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COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMTE DES SCIENCES.
PARIS. — IMPRIMERIE GAUTUIER-VILLARS ET C'', QDAI DES GRANDS-AUGCSTINS, 55.
COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
PUBLIES,
CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE
EN DATE DU 13 JUILLET 1835,
PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS.
TOME GEIVT-SOIXAIVTE-QIJATORZIEME.
JANVIER - JUIN Î922.
PARIS,
GAUTHIER-VILLARS et G'«, IMPRIMEURS-LIBRAIRES
DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES,
Quai des Grands-Augustins, 55.
1922
ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
AlH"JAPIEm922
SCIENCES MATHÉMATIQUES.
Section I^. — Géométrie.
Messieurs :
Jordan (Marie-Ennemond-Camille), o. *.
Appell (Paul-Émile), G. o. *.
Painlevé (Paul), *.
Hadamard (Jacques-Salomon), *.
GouRSAT (Édouard-Jean-Baptiste), *.
BoREL(Félix-Édouard-Justin-Émile), o. *.
Section II. — Mécanique.
BoussiNESQ ( Joseph- Valen tin), O. *.
Sebert (Hlppolyte), c. *
Vieille (Paul-Marie-Eugène), g. o. *.
Lecornu (Léon-François-Alfred), o. *.
Kœnigs (Paul-Xavier-Gabriel), O. *.
Mesnager (Augustin-Charles-Marie), O. *.
Section III. — Astronomie.
Deslandres (Henri- Alexandre), O. *.
BiGOURDAN (Guillaume), o. *.
Baillaud (Edouard-Benjamin), G. *.
Hamy (Maurice-Théodore-Adolphe), *.
PuiSEUX (Pierre-Henri), «f.
Andoyer (Marie-Henri), *.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Section IY. — Géographie et Navigation.
Messieurs :
Bertin (Louis-Émile), C. *.
Lallemand (Jean-Pierre, dit Charles), o. *.
FouRNiER (François-Ernest), g. c. *, %.
Bourgeois (Joseph-Émile-Robert), g. o. *.
Favé (Louis-Eugène-Napoléon), c. *,
N
Section V. — Physique générale.
ViOLLE (Louis-Jules-Gabriel), c. *.
BouTY (Edmond-Marie-Léopold), o. *.
ViLLARD (Paul), o. *.
Branly (Désiré-Eugène-Edouard), o. ^.
Berthelot (Paul- Alfred- Daniel).
Brilloi in (Louis-Marcel), *.
SCIEACES PHYSIQUES.
Section YI. — Chimie.
Lemoïne (Clément-Georges), o. *.
Haller (Albin), g. o. *.
Le Chatelier (Henry-Louis), c *.
MouREU (François-Charles-Léon), c. *.
Béhal (Auguste), c. *.
Urbain (Georges), *.
Section YII. — Minéralogie.
Barrois (Charles-Eugène), o. *.
DouviLLÉ (Joseph-Henri-Ferdinand), o. *.
Wallerant (Frédéric-Félix-Auguste), *.
Termier (Pierre-Marie), o. *.
Launay (Louis-Auguste-Alphonse de), o. *.
Haug (Gustave-Emile), *.
ÉTAT DE l'académie AU l" JANVIER 1922.
Section VIII. — Botanique.
Messieurs :
GuiGNARD (Jean-Louis-Léon), c. *.
BONNIER (Gaston-Eugène-Marie), O. *.
Mangin (Louis- Alexandre), c. *.
CosTANTiN (Julien-Noël), *.
Lecomte (Paul-Henri), o, *.
Dangeard (Pierre-Augustin-Clément), *.
Section IX. — Économie rurale.
Roux (Pierre-Paul-Émile), g. c. *.
ScHLŒSiNG (Alphonse-Théophile), o. ft.
Maquenne (Léon-Gervais-Marie), *.
Leglainche (Auguste-Louis-Emmanuel), c. *.
VlALA (Pierre), O. *.
Llndet (Gaston-Aimé-Léon), C. *.
Section X. — Anatomie et Zoologie.
Ranvier (Louis-Antoine), O. *.
Bouvier (Louis-Eugène), o. *.
Henneguy (Louis-Félix), o. *.
Marchal (Paul-Alfred), o. *.
JouBiN (Louis-Marie-Adolphe-Olivier-Édouard), o. *.
Mesnil (Félix-Étiehne-Pierre), *.
Section XI. — Médecine et Chirurgie.
Arsonval (Jacques Arsène d'), C. *.
Laveran (Charles Louis- Alphonse), c. *.
RiCHET (Robert-Charles), C. *.
QuÉNU (Édouard-André-Victor-Alfred), c. *.
Widâl (Fernand-Georges-Isidore), G. O. *.
Bazy (Pierre-Jean-Baptiste), o. *.
ACADEMIE DES SCIENCES.
SECRÉTAIRES PERPÉTUELS.
Messieurs :
Picard (Charles-Emile), c. *, pour les sciences mathématiques.
Lacroix (François- Antoine- Alfred) , o . * , pour les sciences physiques .
ACADÉMICIENS LIRRES.
Freycinet (Louis-Charles de Saulses de), o. *.
Hatonde la Goupillière (Julien-Napoléon), g. o. «.
Bonaparte (le prince Roland).
Tisserand (Louis-Eugène), g. g. *.
Blondel (André-Eugène), o. *.
Gramont (le c*^ Antoine-Alfred-Arnaud-Xavier-Louis de), O. *.
FOCH (le maréchal Ferdinand), g. c. *, f .
Janet (Paul-André-Marie), o. *.
Breton (Jules-Louis).
N
MEMBRES NON RÉSIDANTS.
Sabatier (Paul), o. *, à Toulouse.
GouY (Louis-Georges), *, à Lyon.
Depéret (Charles-Jean-Julien), *, à Lyon.
Flahault (Charles-Henri-Marie), o. *, à Montpellier.
KiLiAN (Charles-Constant-Wilfrid), *, à Grenoble.
COSSERAT (Eugène-Maurice-Pierre), à Toulouse.
APPLICATIONS DE LA SCIENCE
A L'IiXDLSlTUE.
Leblanc (Charles-Léonard-Armand-Maurice), *, à Paris.
Râteau (Camille-Edmond-Anguste), o. ^, à Paris.
Charpy (Au^ustin-Georges-Albert), *, à Paris.
CnARDONNET (le c'^ Louis-Matie-Hilaire Bi rmgaud de), ^, à Paris.
Lumière (Louis-Jean), c. *, à Lyon.
Laubëuf (Alfred-Maxime), o. *, à Paris.
ÉTAT DE l'académie AU l" JANVIER 1922.
ASSOCIÉS ÉTRANGERS.
Messieurs :
Albert P^ (S. A. S.), prince souverain de Monaco, g. c. *.
Van der Waals (Joannes Diderik), à Amsterdam.
Lankester (SirEdwin Ray), à Londres.
LoRENTZ (Hendrik Antoon ), à Haarlem (Pays-Bas).
Geikie (Sir Archibald), o. *, à Haslemere, Surrey.
VoLTERRA^Vito), c. *, à Rome.
Hale (George Ellery),àMountWilson Observatory (Californie).
Thomson (Sir Joseph John), à Cambridge (Angleterre).
Walcott (Charles Doolittle), à Washington.
Ciamician (Giacomo), *, à Bologne.
MiCHELSON (Albert Abraham), à Chicago.
N
CORRESPOND AXTS.
SCIENCES MATHÉMATIQUES.
Section P«. — Géométrie (10).
Mittag-Leffler (Magnus Gustaf), c. *, à Djursholm (Suède).
Nœther (Max), à Erlangen.
Guichard (Claude), à Paris.
Hilbert (David), à Gôttingen.
LA Vallée Poussin (Charles-Jean-Gustave-Nicolas de), à Louvain,
Bi'ANCHi (Luigi), à Pise.
Larmor (Sir Joseph), à Cambridge (Angleterre).
Di KSON (Léonard Eugène), à Chicago.
R.QilER(Charle.s-Edinond-Alfred), à Caen (Calvados).
N. .
lO ACADEMIE DES SCIENCES.
Section H. — Mécanique (lo).
Messieurs :
WiTZ (Marie- Joseph- Aimé), à Lille.
Levi-Civita (Tullio), à Rome.
ScHWOERER (Emile), ^, à Colmar.
Sparre (le comte Magnus-Louis-Marie de), à Lyon.
Ariès (Louis-Marie-Joseph-Emmanuel), o. *, à Versailles.
Waddell (John Alexander Low), à Kansas City (Missouri).
Torres Quevedo (Leonardo), à Madrid.
Greenhill (Sir George), à Londres.
Andrade (Juleé-Frédéric-Charles), à Besançon.
N
Section III. — Astronomie (i6).
Stephan (Jean-Marie-Édouard), o. *, à Marseille.
Van de Sande Bakhuyzen (Hendrik Gerardus), c. *, à Leyde
(Pays-Bas).
Christie (Sir William Henry Mahoney), à Down (Angleterre).
TuRNER (Herbert Hall), à Oxford.
Kapteyn (Jacobus Cornélius), *, à Groningue (Pays-Bas).
Verschaffel (Aloys), à Abbadia (Basses-Pyrénées).
Lebeuf (Auguste-Victor), *, à Besançon.
DySON (Sir Frank Watson), à Greenwich.
GONNESSIAT (François), *, à Alger.
Campbell (William Wallace), à Mount Hamillon (Californie).
Fabry (Louis), à Marseille.
FowLER (Alfred), à Londres.
Brown (Ernest jWilliam), à New-Haven (Connectitut).
N. . . . ^ . . . °
N
N
Section IV. — Géographie et Navigation (lo).
Teffé (le baron de), à Petropolis (Brésil).
Nansen (Fridtjof), c. «, à Lysaker (Norvège).
ÉTAT DE l'académie AU l*"" JANVIER 1922. II
Messieurs :
Colin (Édouard-Elie), *, à Tananarive.
Hedin (Sven Anders), à Stockholm.
HiLDEBRAND HiLDEBRANDSSON (Hugo), C. *, à Upsal.
Davis (William Morris), *, à Cambridge (Massachusetts).
Amundsen (Roald), g. o. *, à Kristiania.
TiLHO (Jean-Augusle-Marie), o. *, à Paris.
Legointe (Georges), g. *, à Uccle (Belgique).
Watts (Sir Philip), à Londres.
Section V. — Physique générale (10).
Blondlot (Prosper-René), o. *, à Nancy.
Benoît (Justin-Miranda-René), o. *, à Courbevoie.
Guillaume (Charles-Edouard), o. *, à Sèvres.
Arrhemus (Svante August), g. o. «, à Stockholm.
Mathias (Emile-Ovide-Joseph), *, à Clermont-Ferrand.
Dewar (Sir James), à Cambridge (Angleterre).
Onnes (Hecke Kamerlingh), à Leyde (Pays-Bas).
WeiSS (Pierre) *, à Strasbourg.
Rutherford (Sir Ernest), à Cambridge (Angleterre).
Zeeman (Pieter), à Amsterdam.
SCIENCES PHYSIQUES.
Section VI. — Chimie (10).
Forgrand de Coiselet (Hippolyte-RobertDE), *, à Montpellier.
Guye (Philippe-Auguste), *, à Genève.
Guntz (Antoine-Nicolas), *, à Nancy.
Graebe (Cari), à Francfort-sur-le-Main.
Barbier (François-Antoine-Philippe), o. *,'à'Bandol[(Var).
Grignard (François-Auguste-Victor), o. ^, à Lyon.
Walden (Paul), à Riga.
Solvay (Ernest-Gaston), g. o. *, à Bruxelles.
Paternô di sessa (le marquis Emanuele), g. o. ^, à Rome.
Perkin (William Henry), à Oxford (Angleterre).
12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Sectiox VII. — Minéralogie {lo).
Messieurs :
TscHERMAK (Gustav), à Vienne (Autriche).
Brôgger (Waldemar Chrislofer^, c. *, à Kristiania.
Heim (Albert), à Zurich.
Lehmann (Otto), à Karlsruhe.
Grossouvre (Marie-Félix-Albert Durand de), o. *, à Bourges.
Becke (Friedrich Johann Karl), à Vienne (Autriche).
Friedel (Georges), o. *, à Grafenstaden (Alsace).
Bigot (Alexandre-Pierre-Désiré), ^, à Caen.
LuGEON (Maurice), o. ^, à f^ausannp.
N .
Section VIII. — Botanique (lo).
Warming (Johannes Eugenius Biilow), à Copenhague.
Engler (Heinrich Gustav Adolf), à Dahlem, près de Berlin.
De Vries (Hugo), à Lunteren (Pays-Bas).
VuiLLEMiN (Jean-Paul), à Malzéville (Meurthe-et-Moselle).
Battandier (Jules-Aimé), à Alger.
Sauvageau (Camille-François), à Bordeaux.
Chodat (Robert-Hippolyte), w, Palmella, Pinchat, près de Genève.
Leclerg du Sablon (Albert-Mathieu), à Vénéjan (Gard).
Massart (Jean), à Etterbeek-Biuxelles.
N
Section IX. — Économie rurale (lo).
Gayon (Léonard-Ulysse), o. *, à Bordeaux.
Winogradski (Serge), à Pétrograd.
GoDLEWSKi (Emil), à Cracovie.
Perroncito (Eduardo), o. ^, à Turin.
Wagner (Paul), à Darmstadt.
Imbeaux (Charles-Edouard-Augustin), o. *, à Nancy.
Balland (Joseph-Antoine-Félix), o. *?-, à Saint-Julien (Ain),
ÉTAT DE L'ACA-DÉMIE AU I^'' JANVIER 1922. l3
Messieurs :
iNeumann (Louis-Georges), o. *t, à Saint- Jean-de-Luz (Basses-
Pyrénées).
Trabut (Louis), *, à Alger.
Effront (Jean), à Bruxelles.
Section X. — Anatomie et Zoologie (10).
Simon (Eugène-Louis), *, à Paris.
Lœb (Jacques), à New-York.
Ramon Cajal (Santiago), c. ^, à Madrid.
BouLENGER (George-Albert), à Londres.
Bataillon (Jean-Eugène), o. ^^ à Strasbourg.
CuÉNOT (Lucien-Claude), *, à Nancy,
VayssiÈRE (Jean-Baptiste-Marie-Albert), à Marseille.
Braghet (Albert-Toussaint-Joseph), ^, à Bruxelles.
Lameere (Auguste-Alfred-Lucien-Gaston), à Saint-Gilles-lez-
Bruxelles.
ViGUiER (Antoine-François-Camille), *, à Alger.
Section XI. — Médecine et Chirurgie (10).
Calmette (Léon- Charles-Albert), c. *, à Paris.
Manson (Sir Patrick), à Clonbur (Angleterre).
Pavlov (Jean Petrovitch), à Pétrograd.
Yersin (Alexandre-John-Émile), c. *, à Nha-Trang (Annam).
BERGONiÉ*(Jean-Alban), C. *, à Bordeaux.
Depagë (Antoine), à Bruxelles.
Bruce (Sir David), à Londres.
Wright (Sir Almroth Edward), à Londres.
N1COLLE (Charles-Jules-Henri), o. *, à Tunis.
BORDET (Jules-Jean-Baptiste- Vincent), O. *, à Bruxelles.
'»9«*
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU MARDI 5 JANVIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Georges LEMOINE, PUIS DE M. Emile BERTIN.
M. Georges Lemoine, Président sortant, fait connaître à l'Académie l'état
où se trouve l'impression des recueils qu'elle publie et les changements
survenus parmi les Membres et les Correspondants pendant le cours de
l'année 1921.
État de V impression des recueils de l'Académie au i*" janvier 1922.
Comptes rendus des séances de l' Académie. — Les tomes 167 (2^ semestre de
l'année 1918) et 168 (i" semestre 1919) sont parus avec leurs tables et ont
été mis en distribution.
Les numéros des 2* semestre de l'année 1919, i^"" et 1^ semestres de
l'année 1920, i'^" et 2*^ semestres de l'année 1921 ont été mis en distribu-
tion, chaque semaine, avec la régularité habituelle.
Mémoires de l'Académie. — Le tome LVII, 2^ série, est sous presse.
Procès-verbaux des séances de V Académie des Sciences, tenues depuis la
fondation de r Institut jusqu'au mois d'août i835. — Le tome IX, années
1828-1831, a été mis en distribution.
Le tome X, années i832-i835, est sous presse.
Annuaire de V Académie. — L'Annuaire pour 1922 est paru et est mis
en distribution au cours de cette séance.
Les deux volumes de M. A. Lacroix : Déodat Dohmieu, Membre de
l'Institut national {j 'j 5 i-iSo\), ont été mis en distribution.
l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Membres décédés depuis le i" janvier 1921.
Section de Géométrie. — M. Georges Humbekt, à Paris, le 22 janvier.
Section de Géographie et Navigation. — M. Alfred Grandidier, à Paris,
le i3 septembre.
Section de Physique générale. — M. G. Lippmaniv, en mer au retour d'une
mission au Canada, le 12 juillet.
Section de Chimie. — M. Emile Bourquelot, à Paris, le 26 janvier.
Section d' Anatomie et Zoologie. — M. Ed.moxd Perrier, à Paris, le
3i juillet.
Académiciens libres. — M. J. Carpentier, à Joigny, Yonne, le 3o juin.
Membres élus depuis le i^^ janvier 1921.
Section de Géométrie. — M. Emile Borel, le 11 avril, en remplacement
de M. Georges Humbert, décédé.
Section de Physique générale. — M. Marcel Brillouin, le 21 novembre,
en remplacement de M. G. Lippmann, décédé.
Section de Chimie. — M. Auguste Béhal, le 3i janvier, en remplacement
de M. Armand Gautier, décédé; M. (ieorges Urbain, le 9 mai, en rem-
placement de M. Emile Bourquelot, décédé.
Section d' Anatomie et Zoologie. — M. Louis Joubin, le i4 février, en
remplacement de M. Yves Delage, décédé ; M. Félix Mesnil, le 5 décembre,
en remplacement de M. Edmond Perrier, décédé.
Section de Médecine et Chirurgie. — M. Pierre Bazt, le i[\ janvier, en
remplacement de M. Félix Guyon, décédé.
Membres à remplacer.
Section de Géographie et Navigation. — M. Alfred Grandidier, décédé à
Paris, le i3 septembre 1921.
SIIANCE DU j JANVIER l^2'2. I7
Académiciens libres . — M. .1. C.mipextier, décédé à Joigny. Yonne, le
3o juin 19?. I .
As.sncie.se/ fan f^rrs. — M . Simox Sciiwexde.ver, décédé à Berlin . le 2- mai 1 f) i ç) .
Correspondants dccvdcs depuis le T'' janvier nj'-». i.
Pour la Section de Géomélrie. — M. H. A. Sciiwak/. à Berliii-Gruiiewald,
le ')0 novenmbie.
Pour la Section de Mécanujue. ~ M. Vai.kieu, à Versailles, le 29 mars;
M. Hexry Parexty, à Paris, le iG décembre.
Pour la Section d\istronomie. — M. Gaillot, à Chartres, le 4 juin.
Correspondants élus depuis le i*" janvier 19:^1 .
Pour la Section de Mécanique. — Sir George Greexiull, à T^ondres,
le i4 mars, en remplacement de M. Voict, décédé; M. Jules Axdrade,
à Besançon, le 2 novembre, en remplacement de Vai.f.ieii, décédé.
Pour la Section d' Astronomie. — M. Erxest W. Browx, à New-Haveii,
le v^i janvier, en remplacement de M. Picnehing, décédé.
Pour la Section de Physique générale. — Sir Erxest Kutherford, à Cam-r
bridge, Angleterre, le 21 février, en remplacement de M. Ai.I!Ert Michei.sox,
élu associé étranger; M. 1*iete» Zkeman, à Amsterdam, le 19 décembre, en
remplacement de M. Auguste Ric.hi, décédé.
Pour la Section de Botanique. — M. Jeax IWassaro. à Bruxelles, le 20 mai,
en remplacement de M. Pfefeep., décédé.
Pour la Section de Méclecine et Chirurgie. — M. Jules Bordet, à
Bruxelles, le 21 février, en remplacement de M. PiEPxr.E Mon.vr, décédé.
Coït es pondants à retnplaeer.
Pour la Section de Géométrie. — M. H. A. Sr.nwAK/, décédé à iîerliii-
Grunewald, le 3o novembre 1921.
Pour la Section de Mécanique. — M. Hexrv Pare\tv, décédé à Paris, le
16 décembre 1921.
C. R., i9:?2, \" Semestre. (T. 17't, N° 1.) 2
l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Pour la Seclion (P Astronomie. — M. Grouges Ellery Hale, élu Associé
éirang-cr le lo mars 1919; Sir .\oiniA\ Lockyer, décédé à Salcombe Rej^is,
Sidmoùih, Angleterre, le 16 août 1920; M. Gaillot, décédé à Chartres, le
l\ juin 1921.
Pour la Section de Minéralogie. — M. OEhlert, décédé à Laval, le 17 sep-
tembre T920.
PourlaSection de Botanique. — M. BouDiER,décédéàBlois, le/| févrieri9.>o.
En prenant possession du fautenil de la présidence. M. E. Bf.rtiiv
s'exprime en ces termes :
Mes ciiKiis ET inÈs noNORÉs Confrères,
Je tiens tout d'abord, pour inaugurer mes nouvelles fonctions, à vous
remercier de l'honneur que vous m'avez fait en m'élisant Président de
l'Académie des Sciences; j'y ai ét('' infiniment sensible.
.le m'associe au souhait exprimé par mon éminent prédécesseur et vieil
ami au sujet du silence désirable qui permettrait de mieux entendre les
(Communications faites à l'Acad('Mnie. Ce >ilence est d'autanl phis désirable
que l'acoustique de notre salle est plus défectueuse et que l'auditoire est
disposé longitudinalenient, tandis que les orateurs parlent dans le sens
transversal.
La sonnette pr«''sidentielle est quelque peu impuissante à dominer le
bruit des conversations. Je serai cependant obligé de m'en contenter, à
di-faut de la Srji^oyarde, difficile à faire descendre de la basilique de Mont-
martre.
3IEM0IUES ET COMMUIVICATIOIVS
i»i:s MKMi'.nES l'.T i>r:s (;lM!t!Esp(>M)\^Ts i>k i."\(;\r»i:Mii:.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur fes propriétés distinetives des amylases
de di /Je rente s provenances. Xote (' ) de IVl. Jeax Effro\t.
T^'étude de l'individualili- des différentes amylases exige une méthode
qui permette de doser leur pouvoir li(|upfiant. C'esl pourquoi nous avons
(') Séance du 2^ décembre 1921.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 19
substitué aux méthodes couranlos. qui ne fournissent que des données
approximatives, une laéthodr nouvelle basée sur l'action coagulante de
riode sur l'amidon, qui permet de suivre les réactions dans leurs phases
intermédiaires.
On introduit, dans une série de tubes contenant a*^'"' d'un empois à i pour 100 de
fécule de pommes de terre, 2""^ des substances actives à des concentrations différentes.
On chauffe au bain-marie le mélange à la température oplima de la diastase em-
ployée : 40° ou 60". A intervalles de 5 minutes, on prélève deux grandes gouttes
(o'''"',2) de chaque tube et on les réunit, dans les godets d'une plaque en porcelaine à
, ^ . N
une goutte (o'''"\o5) d'iode — • Dans le godet réservé à l'essai lémoin qui est fait sans
diaslasp, l'amidon se trouve précipité sous forme de grands llocons bleus nageant dans
un hfjuide jaune. On observe dans les autres godets le commencement de raction de la
substance active sur l'amidon, en constatant la din)inution de la grandeur des grains
colorés en bleu, qui se forment. Dans la phase suivante les grains ont encore diminué,
mais le liquide est devenu bleu, et dans la phase finale le liquide bleu est complète-
ment exempt de grains, ainsi que de tous di-bris.
L'étude de diverses amylases, par cette méthode, est résumée dans le
tableau suivant. (l\ous indiquons par P. L. et P. S. le pouvoir liquéfiant et
le pouvoir saccharifiant par heure et par gramme de substance eniplové<';
par P. S. M. l'intensité d'hydrolys<' qui se manifeste en présence d'un grand
excès de diastase après 5 heures d'action à la température optima.)
Provenancf- de la fiiasiase. I^ilulion. IM.. p. S. l'.S.M. lOl) — '— ■
\. Pancréatine 2 4*^0 000 6000 61.60 71 1,01
'2. Taka-diastase So 000 48" (>,io ■•> i .:>.-
3. Mesentericiis amy\ase. qSooo 200 9-25 4i .'\ J')2
4. Orge malté. 82000 ^o 2.92 72 -.3
."). Salive .. 5 000 4o 0.43 72 1.09
(). Urine 120 o.i> o.ooi 71 o,83
7. Oige 4o 0.025 0.06 44 2400
8. Avoine 55 o.i 0.63 48 63o
9. Son de riz 400 0.0 0.4 45 r33
10. Graine d'arachide. .. . 43o o,5 ^>,45 5i 90
11. Feuilles de poirier .. . 20 o.o33 o.oo4 45 12
12. Feuilles de svringa. . . 3 o.oia » » »
13. Mâche 12 o.3. o.oSi 35 ii
14. Laitue 12 o.o3 » 43 »
15. Chicorée 2 o.oo3 » » »
16. Cresson 5 o.oi 0.001 4 2 01
Les propriétés individuelles des amylases se reflètent surtout dans le
20 ACADEMIE I)ES SCIENCES.
rapport entre P. S. et P. L. Une unité de dia-^tase capable de liquéfier en
une heure toos d'amidon, fournit, dans le même temps des quantités très
variables de maltose (i^ à 22^0^'). L'indivi(]ualité des amylases se manifeste
aussi dans leur températureoplima et leur tbermostabililé.
Pouvoirs liquéfiants comparatifs à des températures rie 20° à 100".
Provenance de la diastasc -^O". -'jO°. (10 . TO". O.'r. 1(J0° .
1. <,)rge malté 6 33 loo 5o n o
2. Salive 6- loo 86 o o o
3. Urine 4" loo 8o » » »
V. Mesentericus am\\i\se { '^ ) . . 5o loo 8o 85 o,3 o
."). P.iDcit'atine \'\ i oo 33 •>, o o
(i. 'l'aka-diastase io loo îq 8 o o
7. Orge Co loo 'i\ 9 o o
8. tSicin inalté i3 33 lOo pO i3 3
\). l'endive ir». 100 90 ■> 1 33 très aclif
10. Laitue i5 1 1 100 ■ '1')
1 1 . Cresson Crx 100 '\o 1 ')<> 70 .'»
12. Cliicorée 55 100 80 » » «
i:{. Màclie 9 43 100 70 70 20
Pour les t«'uq)ératun's dr 20" à (n)°, la vitesse de la réaclion a été déter-
minée eu mettant direclemeul l'amidon en présence de la substance active.
Pour les températures supérieures à 60°, la diasiase a clé préalablement
maiulemir î5 minules à la teuipéralure indiquée
Pour con-uter l.i ibeimoslabililé dos amylases, il faut se placer dans des
coudilious spéciales. Le suc des herbes poiié à des températures de plus
de 60'^ se trouble plus ou moins forlemenl. Ces liquides ti'oubI<'S sont géné-
ralenuMil peu ou pas actifs, mais deviennent actifs si on les libre sur papier.
Souvent le P. L. et le P. S. des liquides chaullés et ensuite hltn'S sont très
supérieurs à ceux des liquides qui n'oul pas élé préaldblemeni chaullés.
Influence <le la jiltralion sur le P. L. des diasiases.
• ' '^ '^' ., Hiaslasc i.V à G5° Diasiase i".' à ()> Diaslasf; i' à lod"
(le l'amylnsc. cl Hlln-r. non IiIiimt. filirér. non lillrcc. fillrrr. nrni fillrro. fillréf.
iMiclive.. 100 62 62 i3 210 o actif
Laitue.. 100 (34 45o 5o '|5 o 4^
Oesson. 100 i5 ci*') o 53 o actif
^làclie.. 100 60 85 ■;>o 75 <> 5
La r(''g<''n<''ration de ractivil('' d'une enzyme à la lempérature de 100" a
(') Comptes rendus, l. 1(Ji. 1917, p. 4'5.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 21
(l(''jà rté conslaléopaiDurieux. G. Bertrand et Rosenblalt ( ' j. La le\ure de
bière desséchée fournit un suc qui, cliaiillo à 80". perd son pouvoir sur le
saccharose. Le mène suc porté à 100° se montre très riche en sucrase.
Durieux: explique cotte theruiorégénération par la coagulation de l'albu-
mine à 80", coagidation qui a immobilisé bi sucrase, biquelle est remise en
liberté à l'ébullition. Cette interprétation ne peut pas s'ajtpliquer aux cas
que nous avons étudiés où tout se pa'ssc comme si dans le liquide aclii se
trouvait un corps entravant l'action de la diaslase. La température exalte
cette action, mais fait changer en même temps l'état physique de la subs-
tance retardatrice, qui dès lors ac(piiert la propriété d'adhérer au (illre.
Nous avons eu l'occasion d'observer des phénomènes du même ordre a^ec
la ptyaline, mais ici c'est la diastase et non la sidtsîance retardatrice qui se
trouve retenue par le liltre.
I\ L. coniparaiifs cCiine .sali\e à .,ô^ avant cl après jlUraLion.
Salive portée lô' à GO" Salive poiléc IJ' j' ''■"'"
Sali\i' après après • apre-
imu cliautlc.- a\aiil filtraiion likration -axant liliraiion
.•t niircc. filtralinii. à froiil. à (50°. liltralion. ;> O-r.
i(i(> 35 6 o 3.5 o
La sali\e portée à 60" reste complètement limpide, mais il résulte de
l'effet qu'exerce la filtraiion que la température fait subir à la ptyaline des
modilications physiques très [)rofondes, qui se manifestent par le change-
ment de ses propriétés d'adhérence.
En résumé, les amylases de différentes provenances se distiiignenl par
le rapport entre leur P. L. etlei.rP. S., par l'iiiteusilé de leur 1*. S., par
leur tenq)érature optima, par leur action à la température de 20" et par
leur résistance aux tem])pratures de 70*^, 90" ei loo*^. La saliNe et les dias-
tases d<'s herbes portées à la tempc-raturc de 60*^ et plus montrent im<' sen-
sibilité très graiîde aux effets de la filtration. Le passage par les porcs du
llltrr r(''g<''nère dans certains cas Taetivité, affaiblie sous l'action de la
chaleur; dans d'autres cas il conduit à une action diamétralement o|)pos.-e.
On peut [)r(''suiner que ee pluMiomène <'st dû à l'action de la chaleur ->ur le^
divers colloïdes contenus dans les diaslases : la substance active, ainsi qu''
les substances retardatrices de nature colloïdale qui l'accompagnent,
acquièrent sous certaines conditions la proprii'ié d'adhérer à des substances
poreuses.
(') DuRiEix. Bull. Soc. c/u'm. belg-.,n\vt\ igû- — G. Bkkthand et Iiosemu.ait,
Comptes rendus, l. I08. 1914, p. i io').
22 ACADEMIE DES SCIENCES.
CORRESPONDAIVCE
M. le Ministre de l'Agriculture invite l'Académie à désigner six de ses
Membres qui feront partie du Conseil d'administration de Vlnsliiut des
rechtrches agronomiques^ créé par la loi du 3o avril 1921 et organisé par
décret en date du 26 décembre 192 1.
L'Académie royale de Belgique invite l'Académie à participer aux
solennités qui auront lieu à l'occasioji du cent-cin;^uantième anniversaire,
qui sera célébré le i[\ mai 1922.
L'Académie délègue son Bureau.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Eludes sur F organisation et le développement des Lombriciens limicoles
thalassophiles. (Présenté par M. F. Mesnil.)
2" Cari,.-Au(;. Nilssgn-Cainteli,. Cirripeden-Studien. Zur hemitnis der
Biologie, Anatomie unçl Systematik dieser Gruppe.
3° LiîiK A : Son Stensio. Triasic Fishes frorn Spitzbergen.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les familles qiMsi-iiorniales.
Note de M. Paul Moxtel.
L Considérons une famille de fonctions f{oc) holomorphes dans un
domaine connexe (D) : nous dirons qu<' celte famille est quasi-normale
dans ce domaine si, de tonte suite infinie de fonctions de cette famille
on peut extraire une suite partielle convergeant uniformément à l'intéricui'
àe (^J), sauf autour d'un nombre limité de points^ vers une fonction holo-
morphe ou une constante .finie ou infinie. Les points de convergence non
uniforme seront appelés /JomifA' irrêguliers.
SÉANCE DU 3 JANVIKR 199,2. 23
Si le nombre des points irréf2^uli<'j-s ne dépasse pas l'enlieryj, nous diior.s
que la famille est quasi-normale d'ordre p\ lorsque /> = o, la famille est
normale.
Lorsqu'une famille quasi-normale est composée de fondions ne prenant
pas plus de/> fois la valeur zéro, cette famille est quasi-normale d'ordre/; au
plus; en parliculier, si p-^o, c'est-à-dire si zéro est une valeur excep-
tionnelle, la famille est normale.
On peut énoncer la proposition suivante qui -est fondamentale dans
l'étude des familles quasi-normales : Lu Jumillc des fondions f {x) Jiolo-
niorphes duns le domaine (D ) , telles (jue f{x) n ait pas plus de p zéros et que
/(.^•) — in ait pas plus de q zéros dans ce domaine, est une famille quasi-
normale dont V ordre ne dépasse pas le plus petit des deux nombres p et q.
En parliculier, si /j ou 7 est nul, c'est-à-dire si les fonctions admettent
une valeur exceptionnelle, la famille est normale.
2. Il est utile de connaître des cas où l'on peut affirmer qu'une famille
quasi-normale est normale et bornée. Voici des propositions indiquant
certains de ces cas.
Une famille qnasi-nornmle d'' ordre p de fonctions holomorplies et bornées
en p -r- I points fixes d 'un domaine (D) est une famille normale et bornée dans
ce domaine.
Une famille quasi-normale d'ordre p formée de fondions holomorphes
ne prenant pas plus de/j fois la valeur zéro et dont les p + i premiers coef-
ficients de leurs développements en série de Ta) lor autour d'un point fixe
du domaine (D) sont bornés, est une famille normale et bornée dans ce
domaine.
Cette proposition est un cas p nticnlier du théorème suivant :
Soiejit X,, X,, .... X,, les affixes de k points fixes inlérieuis à (D), et suppo-
sons que les nombres
./"( ■'•■/, ) : f\ J-'i- ) , / '-'.-l' ( .1-1, )
soient les mêmes ou, plus ixenér aie ment, soient bornes pour toutes les Jonc-
tions f {x) qui forment une famille quasi-normale et ne prennent pas plus de
p fois la ni leur zéro; si
.:Z| -H «2 -H . . . + y-i,'' P -^ I •
la famille de ces fonctions est normale cl borner. /■' '- '■ 'y
lu-J Li £R A R Y-rc
ll\ ACADÉMIE DES SCIENCES.
3. Appliquons les résultats précédents aux fonctions qui ne prennent
pas plus àe p fois la valeur zéro ni la valeur un. Ces fonctions ont alors leurs
modules bornés par un nombre il dans tout domaine (D' ) intérieur à (D) :
1° si les valeurs de f{x) sont fixées ou bornées en p -i- i points inté-
rieurs à (D);
2° si les valeurs de J\oc) et de ses p premières dérivées sont fixées ou
bornées en un point intérieur à ( D);
3" plus généralement, si l'on fixe ou si on limite supérieurement les
modules de /(./) et d'un certain nombre de ses dérivées en plusieurs points
du domaine, de telle sorte qu'il existe un polynôme de degré />, prenant en
CCS points, ainsi que ses dérivées, les mêmes valeurs que '/(x) et ses
dérivées.
Dans tous les cas, lorsque les domaines (D) et (D' ) sont déterminés, le
nombre il ne dépend que des affixes des points donnés et des \aleurs
données, ou des limites supérieures de leurs modules.
En particulier, supposons que les domaines (D) et (D'^ soient des
cercles concentriques dont le centre est à l'origine et soit
/( JC ) ■= cit, -h a , .r -h . . . ~t- a pO.-'' + . . . . :
Les Jonctions /'{ .r) holoniorphes dans le cercle (D ) où elles ne prennent pas
plus (le p fois la râleur zéro ni la râleur un et pour lesquelles les p -h i preniwrs
eoefjicients a^^^ r/,, ..., a j, sont fixes ont leurs modules bornés dans (D) par
un nombre il.
Il en est de même si les modules de ^/„, «,, . . ., a^, sont seulement bornés.
Si/> = o, nous retrouvons le théorème de M. Schotlky, relatif aux fonc-
tions qui ne prennent ni la valeur zéro ni la valeur un, théorème dont la
proposition préccnlente est une généralisation.
On peut obtenir aussi une extension parfaite du théorème correspondant
de M. T.andau.
AI.GKBllF.. — Sur la L>énér(disalion des /raclions continues.
Noie de M. AuRic
( )n connaît le- rôle capital que devraient jouer les développemenls en
fractions continues dans la théorie des nombres arithmétiques ou algé-
briques et l'on sait combien Hermite attachait d'importance à l'établis-
sement d'un algorithme qui aurait été une généralisation rationnelle de
celui d<'s fractions continues.
SÉANCE DU 3 JA.WILR I922. 25
Soit d;ms ses œuvres, soit dans sa cociespondance a\ec Stieltjr's (voir
notamment la lellic n" -\0S, t. II, p. 389), Herniite revient à plusieurs
rej)rises sur |(,'s recherches qu'il avait entrt'prises à ce sujet et qui, dit-il,
« n'ont cessé pendant plus de cinquante ans de le préoccuper et aussi de le
désespérer ».
f.es ditticultés rencontrées par Hermite et par ses continuateurs semblent
tenir surtout à ce qu'ils ont abordé de front le calcul et l'étude des tableaux
(déterminants ou matrices) qui sont la rcpcésentation explicite d'un sys-
tème de formes linéaires, tandis qu'il eût été évidemment [)référable et plus
simple de commencer par l'étude du point représentatif d'une forme linéaire;
de même qu'en ij^éométrie analytique l'étude des coordonnées précède tou-
jours celle des systèmes de droites.
La théorie des fractions continues ordinaires peut s'exposer comme il
suit :
On considère deux nombres quelconques a^^ii appartenant soit au do-
maine réel, soit au domaine complexe.
On considère alors l'équation
a,, — j:, a, r__ o.
et l'on choisit lenticr X, le plus rapproché de a\
V2
>., 4--M avec | £1 j < - ou
' ' 2 2
suivant le domaine dans lequel on se trouve.
On posera alors pour définir l'élément suivant a.^
<7o — /.( a, H- rto=: o.
On résoudra de même l'équation
«1 ./■:,a.,:— o,
et en prenant Tentier Aj le plus rapproché de j-., on (tosera pour définir
l'élt-iiienl suivant a..
(( i /..tU.i -■- U-. — o,
et ainsi de suite.
On peut dire que la suite
«0, '"'1, «2' «':!• •••
représente la fraction continue issue du quotient— -
26 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tl est facile de généi*aliser celte théorie en |)artant d'une suilc à plusieurs
éléments initiaux, quatre par exem[)Ie.
Considérons quatre éléments consécutifs
a/, cii-i-i, cii+-2i (ti+i'
Oji déterminera les entiers X,^,, [j-i^,,^ v,v.,, de manière à rendre minima
es modules des expressions sui\antes :
et l'élément suivant «,v^ sera défini par la relation
On |)r('nd les termes de cette relation alternativement positifs cl négatifs
afin que les déterminants des substitutions aient constamment pour
valeur -h i.
Dans le cas où tous les coefficients A, et a, sont pris égaux à zéro on
retombe sur un développement que nous avons indiqué antérieurement (').
Jusqu'ici on n'a considéré qu'une suite d'éléments initiaux. Mais les prin-
cipes exposés permettent de traiter également le cas de deux ou de plusieurs
suites.
Considérons, par exemple, deux séries de trois éléments initiaux
r/„, a,, a.2,
^„ Z^i, Oi.
On résoudra les équations
hf, .T, b^ + Vo />2 = ^'•
On prendra les entiers A,, a^ les plus rapprochés respeclivcuKuit
deic,,j,. .
On définira alors a,, et b.^ par les relations de récui-rence
«0 — ^^1 «1 -I- /J-o «o — «3 = O.
^0 — Âi bi + y.o b<, — bi — o.
De même les éléments r/,, a.., a^, b,, b., b,, seront utilisés pour la détei--
(') Cuinplcs rendus, l. t3o, igoi, p. ()5o, el l. \k\, 19U.J. p. 491).
SÉANCE DU 3 JA.NVIEK I922. 27
minationde a-, d de h., au moyen de deux équations récurrentes
"l — ^-2 ^-2 ~^ l-'-i 'h — ^<i = t>;
hi — À, h., -+- [X. «3 — h^ ^-1 o,
él ainsi de suiLe.
Il sera facile de passer au cas général de A suites formées par A -f- / élé-
ments initiaux; on obtiendra ainsi une méthode systématique pour la réso-
lution exacte ou approchée d'équations quelconques, ce qui permettra de
retrouver et de généraliser les résultats déjà obtenus par Hermite el par
Minkowski.
MÉCANIQUE. — Sur les principes de la Balistique intérieure.
Note de MM. Gossot et Liouville, présentée par M. Vieille.
Les théories, actuellement proposées pour la Balistique intérieure,
appartiennent à deux classes distinctes. Les unes demandent à rex[)é-
rience directe toutes les propriétés des poudres et ne se pprmetlent
aucune modification : elles aboutissent à des équations différentielles non
intégrables, dont elles déduisent cependant toutes les règles nécesi^aires à
la pratique. Les autres retouchent aux résultats fournis par l'expérience
pour être ramenées au seul cas où les équations de la Balistique se laissent
intégrer; elles en concluent la forme des fonctions balistiques et, grâce à
certains coefficients d'adaptation, plient les forjnules à une représentation
partielle des faits.
Dans une étude récente (^'), on a désigné ces deux systèmes sous les
noms à'' Ecole de la compensation el û^École de V intégration; nous adoptons,
dans ce qui va suivre, cette manière de parler.
La vitesse de combustion des poudres change avec la pression. L'expé-
rience en vase clos montre qu'elle varie comme la puissance f de la pression
et ce résultat est accepté tel quel par TLcole de la conipejisation. L'autre
l'.cole a besoin, pour l'intégration, d'adopter la puissance i el la différence
entre cet exposant el la réalité ne lui parait pas suffisante pour en empêcher
le choix, La divergence entre ces deux points de vue a pu paraître d'im-
portance secondaire, tant qu"on ne s'était pas heurté à des constatations
contraires à l'un d'eux. Mais nous avons signalé, dès 1907, une conse-
il) Note sur l'état actuel de la BalisLiquc intérieure, par le cnpiiaine T>esmazièreb
28 ACADÉMIE DES SCIENCES.
quence iualteiidue dos formules préconisées par rj^cole de l'inlégralioii :
Quand on lire, dans une même bouche à feu, des poudres de lenteurs et de
charges croissantes, sous une même pression tiiaximum, le point où celle-ci
se produit s'éloigne sans cesse de la culasse, d'après les expéiiences
connues; le parcours du projectile, à l'instant du maximum, peut atteindre
i5 calibres et le volume occupé par les gaz est alors double du volume de
la chambre. L'Ecole de l'intégration conclut au contraire que le poinl de
pression maximum, après s'être éloigné, rétrograde vers la culasse et la
posilicn limite trouvée correspond à un parcours inférieur, de près de
moitié, à celui que l'expérience indique.
L'Ecole de l'intégration a employé successivement des formules, issues
d'une même source, et néanmoins fort dillérenles numériquement. Les
preiïjières en date impliquaient, entre les pressions calculées et les pres-
sions mesurées, pour les fortes densités de chargemenl, des écarts énormes,
que les formules ultérieures ont eu pour but de supprimer.
En ce qui roncerue la position du maximum de pression, les deux types
de formules sont d'accord pour l'éloigner de l'origine l»eaucoup moins que
jie l'exigent les expériences: le premier l'éloiiiue toujours d'autant moins
que la poudre est plus lente, pour une pression invariable; le second type
commence par suivre de loin l'expérience, puis l'abandonne rapidement
pour prendre, comme le premier, TalUire opposée. Les deuv types de for-
mules sont déduites d'intégrales qu'elles sont censées représenléj-; mais,
comme elles résultent de celles-ci [)ar un dévelopjjement en séries dont
deux termes au plus ont été conservés, on a pu croire d'abord que les inté-
grales exactes corrigeaient l'anomalie signalée plus haut.
Il restait à vérifier le bien-fondé de cette croyance, en calculant les inté-
grales elle.—mêmes. En principe, aucune difliculté n'est à craindre : il s'agit
de soumettre à des quadratures des fonctions réductibles à des fractions
rationnelles; leur complication, toutefois, est telle (juc l'essai n'avait pas
été tenté.
Par des procédés assez simples pour être appliqués à des cas nombienx,
nous avons obtenu deux limites enti'e lesquelles il est cerlain que les^aleul■s
cherchées sont comprises; ces limites se rapprochent d ailleurs de façon à
ne laisser aucun doute sur les conclusions (ju'il faut adopter.
Il y a di-coidance des intégrales avec l'expérienre et avec les formules
des deux types emp'oyés, soit pour les densité- de chargement fortes, soit
pour les densité> faibh's, à la fois sur la valeur de- pressions maximum réa-
lisées et sur la position du maximum. I^a discordance en Ire l'expérience et
SÉANCE DU 3 JAiWIEIl I922. ' 29
les formules csl cncoie exag(T(''e par les intc,2:rales. La cori'ectioii qu'ollos
apporlrnl doniio donc une raison définilivc de mettre en doute les pré-
misses el l'on peut dire ([ue tout se pa<se comme si les lois, acceptées pour
la comjjuslion des poudres par TEcole de l'inléiiration, augmentaient
])eaucoup trop rintluence de la densité de charjïenicnt.
Les formules du deuxième type, dans lesquelles on s'est attaqué* précisé-
ment à cette cause d'ei reui', par l'intervention dun paramètre arbitraire,
n'offrent pas le même inconvénient que celles du premier type pour les
densités élevées, elles présentent l'inconvénient inverse ponr les densités dç
chargement faibles'. Dans ces difticidlés, on a peine à distinguer la part
revenant à ce que l'on a appelé In fonction de forme ou de combustion , fonc-
tion choisie sans règles strictes et celle qui appartient à l'exposant de la
pression dans la vit^^sse de combustion. 11 est cependant vraisemblable que
c'est ce derniei' qu'il faut incriminer, car la « fonction de forme » ne peut
guère inlluer beaucoii]) sur les résultats sans contredire des expériences
connues.
Il va de soi que nous avons adopté, pour ces recherches, toutes les
salmirs attribuées aux paramètres par l'Ecole de l'intégration: nos calculs
seront publiés ailleurs avec les détaiss nécessaires.
Nous devons ajouter qu'au sujet de la position du maximum de pression,
les essais ont été rares depuis iQoS et Ton ne peut que rcijretter une
pareille abstention, pour des motifs de toutes sortes. L'utilité d'une vérifi-
cation étendue est manifeste : ou bien le constructeur, se fiant aux lois
indiquées par l'Ecole de la compensation, alourdit inutilement les Bouches
à feu, pour tenir compte dune progression exagérée du maximum de pres-
sion, ou bien, adoptant les règles de l'Ecole de l'intégi-alion, il expose, par
suite de l'insuffisance de longueur du renfort du canon, le personnel appelé
à s'en servir aux graves dangers qui en seraient la conséquence.
PftYSiQUE. — Les imarifints neivioniens de la matière et de f énergie radiante .
et Cèther mécanique des ondes variables. \ote de M. G. Sagnac, pré-
sentée par M. Daniel Berthelot.
\ous avons publié ici même, en 1919 et 1920, une théorie mathématique
de la Lumière et du Vent d'Eiher qui traverse le globe terrestre en mouve-
ment de translation avec le Soleil et en mouvement orbital annuel autour
de cet astre.
3o ACADÉMIE DES SCIENCES.
I. Cette mécanique nouvelle rapporte tout champ de radiation en trans-
lation, tout laboratoire terrestre, au système de référence solide invariable S
où la source de radiation est immobile. Cette source émet son énergie et les
ondulations sinusoïdales qui la forment en se superposant dans S et dans
le temps newtonien des horloges matérielles invariables. Ces horloges sont
comparées en un même point, et transportées lentement dans S sur les
divers rayons rectilignes de longueur R rigidement liés au solide S et à la
matière de la source s.
IL Dans cet espace invariable S de vitesse de translation permanente,
l'observateur étudie la distribution permanente de l'énergie radiante de s
en son flux d'aspect continu, dans le vide, ou dans les milieux optiques, ou
dans les franges d'interférence réglées par la méthode de Michelson et
Morley dans un ap|)areil flottant tout entier sur un bain de mercure : dans
toutes les orientations lentement acquises par ce système optique complet,
la distribution du flux d'énergie des franges s'est montrée indépendante de
l'orientation, avec une rigueur encore inconnue à celte époque (1887).
\ous admettons que la vitesse de translation d(^ S et de tout système
optique rigide dans Tune de ses positions définies est sans aucune influence
sur l'état permanent de Vespace optique.
L'observateur réalise cet espace par une superposition quelconque des
ondulations considérées sur leurs tronçons successifs de rayons liés rigide-
ment chacun par son origine à son centre radiant d'aboi d en un pointsur la
matière de la source S, puis du séparateur des faisceaux interfèrent s dis-
tincts efl'ectuant chacun un aller et un retour particuliers superposés ou
séparés pour chaque faisceau distinct autour d'une certaine aire dans le
vide, ou dans un milieu quelconque. Ces faisceaux sont finalement réunis
pour interférer par la superposition de leurs ondulations sinusoïdales élé-
mentaires de même période vibratoire dans S. Ils ont finalement parcouru
deux chemins optiques aussi complexes et différents qu'on voudra entre un
point radiant de la sout ce s et un autre point /• du récepteur de l'énergie
totale de superposition ou sur la rétine de l'œil observateur. Nous considé-
rons comme indépendantes de la vitesse de translation de S les difîérences
des retards de phase acquis sur les divers chemins optiques issus de s et
réunis en /•.
Cette condition générale règle l'espace optique de constante linéaire X
de chaque radiation entraîné avec S et comf)arable à une division constante
d'une règle solide. La condition géométrique de liaison des longueurs
d'ondes variables fi. avec la longueur d'onde compensée représente, en géo-
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. 3l
métrie euclidienne, la longueiiia le long d'un Iraj/'t optique ol de direction
quelconque autour de son point d'origine par un rayon vecteur focal d'une
quadri(jue de révolution autour de l'axe de translation. L'exceniricité de
cette quadrique est laissée indéterminée par cette condition de liaison rela-
tive à l'espace S.
III. Laissons les ondes libres de varier dans leur vitesse de propagation V
dans S. A un centre radiant s immobile dans S associons un second
centre s^ animé d'une vitesse radiale di^ dans S. Ces deux centjes sont deux
antennes en oscillation électrique cohérente et donnent dans S, sur chaque
trajet direct R, des ondulations superposées de longueur j7. et u. -+- du.. Un
battement sinusoïdal virtuel en résulte et enferme une quantité déterminée
d'énergie radiante entre ses nœuds extrêmes séparés par un nombre indé-
fini d'ondulations.
La condition de liaison nouvelle dans l'espace S et dans le temps newto-
nien des horloges aura lieu entre les constantes A et C, C étant la vitesse
constante relative à la source S, et les variables u. et V étant comptées sur
un trajet de direction y. par rapport à la vitesse u de translation. Cette
vitesse u est définie dans le système de référence universel S,, formé par
l'ensemble des champs S^ dont le centre radiant s'entoUre d'ondulations
isotropes dans leur longueur X et leur vitesse C unique.
Dans S„ le glissement relatif des deux ondulations u. et u. -h dfj. réalise à
la manière d'un rernier dr translation le transport de la coïncidence des
deux divisions d'ondes u. et a -h c/'u, lieu de l'énergie moyenne maximum
du battement. La période (-) de reproduction de l'ondulation entre les
nœuds du battement est définie par le rapport ,,. ^, • C'est bien la
durée du transport, le long de a, de la coïncidence dans sa nouvelle posi-
tion. La même avance u, est gagnée dans le même temps par l'excès (C — V)
de la vitesse de l'énergie sur la vitesse des ondes. L'égalité de la nouvelle
valeur , _ . ^ de 0 à la première valeur représente la nouvelle loi de liaison.
Les lois ondulatoires du vent d'éther. — On les calcule sans hypothèse
ondulatoire par l'association de l'équation ci-dessus avec celle de la qua-
drique d'excentricité indéterminée F f -^ j> en les rapportant aux deux va-
riables réduites : f(u, y.) qui représente — > et g{u^) qui représente. le rap-
port-^^-—- des fréquences vibratoires dans S,, et Sq. Le calcul déduit aisé-
ment:/ou - se réduit à i -h - cosx ou i + t.;; et^ rapport des fréquences
32 ACADÉMIE DES SCIENCES.
se réduit à [ i -^ ]• Ces ondes ellipsoïdales d excenlricité générale -^ lor-
nient nn réseau do foyer unique à la source s. Le recul ou ravance des ondes
par rapport à Ténero^ie a une vitesse <'== C — V le long- du tiain d'ondes.
Pour un expériuientati'ur étudiant ce recul avec un 7'éccptrur d'oin/ex issues
d'une antenne électrique .v, cette vitesse t' se réduit, au second oidre près,
à la vitesse radiale (^ de la source .v dans 1„.
Toutes ces conséquences mécaniques sont effacées par riiypothèse de'la
relativité générale qui impose sans raison physique Timpossibililé de toute
vaiMation dans la vilpsse des ondes. Cette hypothèse supprime Texistence,
sur la Terre, du vent d'éther qui. par les zones de silence observées déjà
de i8()5 à 1902 dans la télégraphie sans fd ('), révèle le recul des ondes
entraînées avec la vitesse radiale de la Terre elle-même, emportée avec le
Soleil dans l'espace universel i^„.
MESURES ÉLECTRIQUES. — Sur le gali-onomèlrc halistiqur.
Note de M. H. Ciiau.mat, présentée par M. Paul Janet.
Le mouvement d'un galvanomèlrc balistique obéit à l'équation connue
^ ' dl~ rll
Si le galvanomètre est du typp à cadre mobile, fonctionnant sur un
circuit de résistance totale B et de self-induction négligeable, A peut se
mettre sous la forme
«1)2
\ A ' '»
V A , -T- -T-y
\\
A, étant la valeur de A à circuit ouveit et 4% le produit de la surface totale
du cadre mobile par la valeur moyenne du champ.
Si l'on suppose le s^'stème lancé avec une vitesse angulaire initiale (o„, en
posant
A. (^l
( 2 ) ■ //
l'élongation 0 sera donnée pai' les formules suivantes :
(') G. Sagnac, Comptes rendus. 1919 et 1920.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. ^ 33
solution qui correspond au mouvement apériorlique, m variant entre^^
("pour R r^ o) etTunité
/K
ic Itasp des logarithmes népériens).
solution qui correspond au mouvement périodique amorti, m variant entre
1 unité et la valeur ",J_ qui correspond au fonctionnement à circuit ouvert
i \/ KC
Enfin, ces deux formules tendent Tune et l'autre vers le cas de passaae
{aperiodicite critique) pour m — i et pour lequel on a la formule remarqua-
blement simple :
(5, ^-'Wly
Cette formule ((3) correspond, comme nous Tavons dit, à la valeur w = 1
et à une valeur de la résistance totale du circuit d'amortissement dile
résistance critique ( R,.) djfinie par l'équation
(6) K *"
V"KC — A]
La formule (3) correspond aux cas où R varie entre o et R^, la formule (4)
aux cas où R varie entre R^. et ce.
Ces formules présentent Tintérêt d'être utilisables pour tous les galvano-
mètres et permettent d'établir des équations réduites, car elles font
apparaître le rapport, que nous avons appelé m, de la valeur de l'amortis-
sement dans des conditions quelconques de fonctionnement de l'appareil à
la valeur de l'amortissement correspondant à la périodicité critique. Elles
sont ainsi préférables aux formules classiques.
11 est intéressant de se demander comment varie la fonction 0 de R
donnant l'élongation en fonction de la résistance du circuit d'amortissement
pour la même vitesse initiale co„. ~
Le calcul est assez délicat et se trouve rendu plus commode par le^
changements de variables suivants :
Posons :
-1 /£
c. R., 192 -, i" Semestre. (T. 17 i, N» 1.)
— l ci ou
H
34 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Posons enfin :
pour /« > 1 , m 4- sjm- — i = e"-^
pour m << 1 , arc tangYJ z=r c.
m
Les formules (3) et {!\) sont remplacées par les groupes suivants :
' coshc — a
valables pour a/z variant de -h ^^ à l'unité en décroissant, c'est-à-dire R variant
de o à R, , el .r variant de o à en croissant:
1 — a
valables pour m <^\ et décroissant de i à a, c'est-à-dire R variant de H^ à
l'infini et x croissant de à -(- x;,
11 revient, dès lors, au même d'étudier les fonctions
y=:f(a;) ou 6»— ©(R),
on trouve les résultats suivants :
La courbe qui traduit la fonction 0(R) passe par l'origine. Les coeffi-
cients angulaires intéressants sont :
Pour R =: o,
dfj K
COfl
Pour R = R„
Le coefficient angulaire de la tangente à l'origine est toujours plus grand
que le coefficient angulaire de la tangente au point critique et le rapport de
ces deux coefficients, pris dans cet ordre, dépend de la valeur de A,, mais
3 e
il est toujours supérieur à -y--
La courbe 0(R) a pour direction asymptotique l'axe des R.
La fonction 0(R) est constamment croissante avec R. Elle part de zéro
pour atteindre une valeur limite (correspondant à R = oo).
Cette valeur limite est
5;
/ K ~ •'" - art cos a
(9) Ôlim=0)„l/^e V'-"^
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 35
Entiri, la courbe qui traduit la fonction 0(U) présente sa concavité
constamment vers l'axe des R; elle ne comporte pas de points d'inflexion.
Les deux lignes analytiques qui traduisent les groupes d'équations
(3') et (V) se raccordent au point m = i, R = R^, pour lequel elles ont
même tangente dont le coefficient angulaire est donné par l'équation (8 ),
mais, pas plus en ce point qu'en Ji'impoite quel autre, la courbe 0(R) ne
présenle de particularité.
Ces résultats sont en contradiction avec ceux qui ont été annoncés par
M. Germani (').
TÉLÉGRAPHIE SANS FIL. — Sur la réception des ondes entretenues par modu-
lation. Note de M. R. Jouaust, présentée par M. Paul Janet.
Les détecteurs utilisés pour la réception en radiotélégraphie ont un ren-
dement très faible. Leur fonctionnement difl'ère notablement en eflet de
celui du redresseur théorique qui laisserait passer totalement une des ondes
du courant alternatif et arrêterait complètement l'autre : pratiquement
l'intensité du courant redressé n'est qu'une faible fraction de l'amplitude
du courant alternatif total qui traverse le détecteur.
Le procédé de modulation que nous allons d'écrire et qui permet la
réception des ondes entretenues est basé sur un principe différent de celui
de la détection.
La modulation à la réception consiste à faire varier périodiquement par un
dispositif quelconque l'intensité du courant dans les organes récepteurs.
Soit I„, sinto/ l'intensité du courant qui circulerait normalement dans un
appareil de réception. Si ce courant est modulé avec une fréquence —5
son intensité est de la forme
1^, sin o' / sino) / ^-: — cosfcjj — co' ) / -!- — cos((.» -h fi)') /
et, si to' est voisin de w, le couranl de ])ulsation w — w' est de fréquence
musicale. On obtient donc ainsi un courant audible au téléphone dont
l'amplitude dans le cas d'une modulation complète est la moitié de celle du
courant qui circule dans les organes récepteurs.
De même «ju'il n'existe pas de détecteurs parfaits, de même il n'est pas
(') Revue générale de l'électricitr, p.^ juillet 1919.
36 ACADÉMIE DES SCIENCES.
possible de produire une modulatjpn complète, mais avec ce nouveau pro-
cédé de réception, on peut sf rapprocher bien davantage des conditions
théoriques de fonctionnement optimunj.
On sait déjà que dans le cas de la modulation à basse fréquence, utilisée
à ia transmission en radiotéléphonie, le courant de Tantenne est presque
complètement modulé à la fréquence de la voix.
La modulation à haute fréquence à la réception se réalise très facilement
à l'aide de la lampe à 3 électrodes.
La différence de potentiel aux bornes de Tappareil récepteur (amplifiée
ou non) est appliquée entre le pôle négatif du iilamenl et la grille. Une diffé-
rence de potentiel de haute fréquence est appliquée entre le filament et la
plaque.
Cette difïérence de potentiel de haute fréquence s'obtient en réunissant
d'une part la plaque, d'autre part le filament aux bornes du condensateur
d'une Ijptérodyne ordinaire. Le téléphone récepteur est intercalé sur l'un
des conducteurs assurant celte jonction. Il n'est nullement nécessaire qu'une
différence de potentiel continue existe entre la plaque et le filament. Les
résultats obtenus avec ce di>;positif se sont montrés plus avantageux que
ceux fournis par une lampe montée sur détecteur et dans laquelle venaient
se superposer les ondes à recevoir et celles provenant d'une hétérodyne
locale. C'est ainsi qu'à Paris on pouvait avec une seule lampe recevoir lisi-
blement dans un cadre de 2"' les transmissions du poste de Lyon,
alors qu'elles étaient à peine sensibles avec une lampe identique montée sur
détecteur.
CHIMIE PHYSIQUE. — Le recuit des verres. Note (') de M. Taffix,
présentée par M. H. Le Chatelier.
K.undt (1881), au cours d'études sur la biréfringence accidentelle des
liquides visqueux, a développé certaines considérations générales établies
par Maxwell à propos de la théorie cinétique des gaz. Supposant que la
disparition des tensions, dans un liquide visqueux, se produit sans défor-
mation, il établit la relation suivante :
(') Séance du 19 décembre 1921.
SÉANCE DU 3 JAXVIER 1922. 37
A et A„ étant les biréfringences du liquide aux instants o et ^; T étant ce
que Maxwell a appelé « le temps de relaxation », constante spécifique du corps
étudié. M. F. Twymann (') a établi que, dans le cas du verre, T serait une
fonction exponentielle de la température.
MM. Adams et Williamson ont montré récemment (-) que la loi de
Ivundtne s'applique pas rigoureusement au recuit du verre. Ils ont proposé
la loi expérimentale suivante :
I I ,,
A étant compris entre 5o et 5^^/cni'^
Ao étant la biréfringence à Tinstant / = o;
K est une fonction exponentielle de la température 0.
Nous avons repris les expériences de MM. Adams et Williamson, cher-
chant à généraliser leur loi expérimentale pour des retards compris entre
gD^^ et 5^^. La biréfringence était mesurée par une méthode antérieure-
ment décrite ('). Les prismes du verre soumis à l'expérience mesuraient
i'''",8 X i''™,2 X i*^"",!. Les ayant trempés de façon uniforme, on les recuisait
à température constante et l'on mesurait leur biréfringence à divers
moments de leur recuit (2^ et 3* colonne du Tableau).
Dans la quatrième colonne on lit les valeurs de / calculées par les
formules d'Adams en fonction de A et A,,. A mesure que Aq devienl plus
grand, la divergence entre les mesures et le résultat du calcul apparaît plus
importante. Ceci nous a conduits à corriger par un terme du deuxième degré
la formule précédente. On obtenait la loi parabolique
A et B étant fonctions de la température 6,
i logA = a— bO^
&—Q'
a, b, c, (ï) sont constants pour un verre déterminé. Dans la cinquième
colonne on lit les valeurs de t obtenues au moyen de cette formule (I), (L).
( ' ) J. of Glass tch., vol. 1, p. 61 .
(-) Géop. Lab. y 1920.
(^) Comptes rendus, t. 173. 1921. p. 1347.
1 1
i
1 1
' 1
38 ACADÉMIE DES SCIENCES,
Cherchant une concordance plus parfaite encore, nous nous sommes
arrêté à la formule suivante :
(11) Log
Les constantes o et T s'expriment en fonction de la température par les
relations
(ir.)
^ ' i T = /.((■) -9),
dajis lesquelles C,, Co, /•, 0 sont constants pour un verre donné.
On voit facilement que cette formule contient iniplicitemejit, pour des
valeurs de A„ et de (Aq — A) assez petites, la loi d'Adams et la loi parabo-
lique. 0 représenterait une biréfringence limite, déterminée pour chaque
température, et qu'un recuit, si long soit-il, à cette température, ne feia
jamais disparaître.
Si 0 est infini, on retrouve la loi de Kundt, T serait alors le temps de
relaxation. Pour le verre étudié (^ = 590°; 0 est égal à il[^^-,b5 à 52,5";
il tombe à 2.^^,4^ à Sgo". Dans la sixième colonne du Tableau on lit les
valeurs de t calculées au moyen des formules (II) et (II').
t calculé,
Température 6. (ij.|ji/cm). /observé. Loi Adams. Éq. (I),(r). Éq, ( II ). (II'j.
525 88,1 O O 3
O,
76,3 i5 19 16 17
70,0 26 3i 27 29
54,8 75 75 75 74
48,0 io5 io3 ii5 108
43,75 i35 125 142 137
37,70 195 i65 2o3 201
34,0 255 196 258 262
535 93,7 o o 3
o
82 5
9
63,95 25 28 25 25
53, o5 45 46 42 44
42,5 70 72 70 65'
36,5 io5 93 99 102
3o,4 145 124 j38 i48
27,4 180 145 171 184
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. Sq
t calcule.
Tempéialure f). (;j.|i/cnij- (! observé. Loi Adams. Éq. (I). H'). Eq. (II), HT).
(1 III m "I ">
.554 82,75 O O O O
» 62 5 6 6 •">
H 44,5 i5 16 16 i5
). 35,9.5 25 26 3tJ '^'7
» 20,5 4> 4^ -*/ ■*
. 20,6 60 57 67 65
i> 17,6 90 70 85 87
. i4,6 I30 88 ii4 1^-2
565. ..... 47 00 o o
M 37,2 5 4 5 4
" 3o,4 10 9 " 9
,. 23, 1 20 16 -^.o 17
>, 16,4 3o 3o 38 34
,. i4,6 4o 43 45 i'
575 26,75 u o 00
» 23,55 32 22
,. -^OjBo .r 1 4 ^
,. . i5,2 10 11 II 9
,. 12. 78* i5 16 17 14
„ io,35 20 23 24 22
.. ....... 8,54 3o 32 34 32
Il résulte des Tableaux ci-dessus que, pour les tensions initiales inférieures
à Se'*'', les trois formules représentent également bien les résultats de 1 expé-
rience. Pour les tensions comprises entre 5oS^i^ et ioqî^^ les deux dernières
formules (I) et (II) sont équivalentes, mais la formule d'Adams est insuf-
fisante pour représenter les résultats des mesures.
Pour savoir laquelle des deux formules (I ) ou (II) doit définitivement
être adoptée, de nouvelles expériences sont nécessaires.
CHIMIE ORGANIQUE. — Synthèse de V (icide cyanhydriqiie par oxydation, en
milieu argentico- ammoniacal, d'alcools, de phénols et d'aminés. Note
de'MM. R. Fosse et A. Hieulle, présentée par M. A. Haller.
1. L'acide cyanhydrique, précurseur instable de la carbimide et de la
carbamide dans l'oxydation permanganique, ammoniacale, des substances
4o ACADÉMIE DES SCIENCES,
organiques
CMi -^^ CONH -î^ Cu(:^H^
peut cependant être isolé et dosé, si l'on provoque Toxydalion en présence
de sel d'argent ou de mercure.
L'oxydation en milieu argentico-ammoniacal donne, en effet, ce nitrile
dans les proportions : 0^,8 à 1^,7 pour 100 (glucose, sucre de canne,
dextrine, amidon, cellulose); 3^,6 pour loo (glycérine): 8^,58 pour 100
(aldéhyde formique).
Puisque l'acide cyanhydrique est un terme intermédiaire, instable, de
l'oxydation de l'ammoniaque et des principes naturels précités, peut-être
prend-il aussi, transitoirement, naissance dans la respiration de la cellule
végétale ou animale, pour disparaître aussitôt en créant de nouveaux prin-
cipes ou tissus (').
2. Les hydrates de carbone, la glycérine et l'aldéhyde formique ne sont
pas les seuls corps susceptibles de produire l'acide cyanhydrique; la même
faculté appartient également à plusieurs représentants des fonctions : alcool,
phénol Çfl aminé. Les rendements varient avec la nature des substances, les
facteurs de la réaction ainsi que, parfois, sous de très faibles influences. "
Alcools. — L'acide cyanhydrique formé par 100'™ de méthanol atteint
oe,2àos,5(MnO*K;,i8,3ài%,'5 [(MnO")-Ca |, 2S4(MnO'*Iv-^ NH^CI).
Avec l'éthanol, rendement maximum : 0^,5 pour 100. L'acélamide, obtenue
par oxydation électrolytique de Félhanol et de l'ammoniaque (-), apparaît
aussi dans nos expériences. Le butanol conduit à des rendements nuls ou
extrêmement faibles : o^',o5 pour 100.
Phénols. — L'oxydation du phénol, des crésols o et p. de la résorcine,
par MnO'K-4- NH'Cl peut donner 4%3 à 5%i de C\H pour 100: celle des
naphtols n'en produit, dans les mêmes circonstances, que 0^,6 à i^,35.
Angines. — Tandis que l'acide cyanhydrique est engendré, en quantités
notables ou considérables, aux dépens de l'aniline (9^1 pour 100), de la
méthylamine (28^,5 pour ioo)(=') et de la diméthylamine (25^,9 pour 100).
ce cor s n'apparaît, au contraire, qu'en très minime pro, oriicn (0^,2
pour loo), lorsqu'on oxyde l'éthylamine dans les mêmes conditions.
(^) R Fosse, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 1870.
(2) FiCHTER, Zeit^chrift f. Elektrochemie, t. 18. 1912, p. 652.
(^) L'action de l'acide monopersulfurique sur la méthylamine provoque la formation
d'acide cyanhydrique ( Bamberger e. Seligman, "fiez/cA^e. t. 35 1902. p. 4800).
Substances.
en gi'amnn
ou vol.
en cm .
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922.
Il- H,
M!
Mi'Cl. MnO'K. (MnO')-Ca. NOA-.
4i
Tem|i
maxin
de
roxvdat. \0 \
!.„,.
HCN
en gr.
pour 100
ou cm .
A /cools.
cm'
1 . Métlianril 1
•2. » 0,5
3. Méthanol et CO''Cu. 1
V. Mëlhanol ......... 1
5. " I
(i. i 1
7. " 0,1
S. •' o , I
9. .. 0,1
10. EthanoletCÛ'Cii.. o.i
11., - . . 0 . I
12. Ellhaiiol.'. 0,1
13. Bulanol 0.1
1'*. . I
l.'j. Pliénol 0.5
16. >. o.r>
17. Pyrocaléchine i
18. " " I
19. Résorcine i
•20. ■> ,0 . :.
2i\ Hydroquinone 1
22. Phénol 0,1
'2-i. j) (I . i
2'i-. O.-crésol o.x
25. P.-ci ésol 0,1
213. Résorcine o. i
27. )i o. I ■
28. Xaphtol A i
29. )) o.i
30. Naphtol B i
31. î) „.i
32. ), o.i
33. Aléthylamine o.o52
3i. » o.o52
3o. Dimétjiylaniine. . . . 0.0928
H6. _ » . . . . o 092S
37. Elhylamine 01
38. Aniline . 0,5
39. " 0,1
+0 . 0.1
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9.18
42 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Sur l'âge des phosphates marocains. Note de M. Louis Gentil.
Les gisements de phosphate tricalciqae du Maroc sont répartis sur de
vastes étendues. C'est à M. Gombelas que l'on doit la première découverte
de ces dépôts sédimentaires dont la richesse est maintenant reconnue en
plusieurs points, notamment dans la région de l'Oued Zem.
En juin 191 3, j'ai constaté que les couches phosphatées se trouvaient sur
la série crétacée du plateau de Settat que j'avais antérieurement décrite.
Depuis cette époque, sous l'impulsion de M. l'ingénieur Daum, le
Service des Mines du Protectorat a entrepris une reconnaissance détaillée
de ces gisements qui s'étendent sous la Gaada, entre El Borouj et Oued
Zem, sur un quadrilatère de quelque (Jo'^™ de côtés. Et j'ai eu l'occasion
de parcourir à nouveau la région des Béni Meskine en 191 7.
Plus récemment, des gisements phosphatés ont été reconnus ('), d'une
part au sud du plateau des Rehamna, d'autre part dans la région d'Imi n
Tanout, au pied de l'Al.las, ainsi que chez les Meskala. Tous ces dépôts
sont considérés comme tertiaires, d'âge suessonien (-).
Depuis longtemps, cependant, me basant sur quelques documents
paléontologiques recueillis dans la Gaada; je pense que les phosphates
marocains sont plutôt crétacés.
Une Mission effectuée à un autre point de vue, en avril 1921, m'a offert
roccasion de parcourir le Sud-marocain et a fortifié ma conviction qu'il s'agit
de dépôts du Crétacé supérieur et du Montien.
^^ntre le petit plateau de Zned et le Souq el Khemis des Meskala, au nord de Dar
Kaïd Khoubbane, j'ai observé un banc de calcaire marneux enserré dans les couche
de phosphate.
Le banc renferme BacuUtes anceps Lam., Bacidites sp. de grande taille, Fasus nu-
inidicus Coq., Turritella Fur^emoii Coq., Cardila ( Venericaidia) Beaumonti
d'Arch.^ Ostrea {Exogyi-a) Overwegi \^uc\l. Cette petite faune caractérise le niveau
à beaux fossiles siliceux que j'ai signalé à quelques kilomètres au sud, dans la vallée
de l'Oued Igrounzar C*).
Il s'agit ici, de couches crétacées tabulaires, en continuité directe avec celles que je
viens de décrire pLus au nord et j'ai cité, en outre, de cet horizon : Plicatiila instabi-
/«Stoi., Cardila libfcaZili., Crassatella ZitteliWann., Cr. numidica Mun.-Ghalm.,
AsLarte similis Munst., Roudeireia Drui Mun.-Chalm.. Corbis Wanneri Krutnb.,
(') J. Savornin Comptes Rendus^ t. 172. 1921, p. ^i^.g.
(-) J. Savornin, loc. cit.. et Comptes rendus^ t. 171, içj'.io. p. 807,
(*) Louis Gentil, Comptes rendus, t. 160. igi5, p. 771.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 4^
Lucina C a/ mon i' Perv.. Cyt/ierea Rohlfsi Ouass. Celte faune est iiidiscatablement
maëstrichlienne, rappelant celles décrites à ce niveau en Tunisie méridionale, en Tri-
politaine, en Kgypte et dans l'Inde.
Le niveau à Baculites des Meskala est recouvert, en concordance, par des couches
phosphatées qui se poursuivent, à l'Est, jusqu'aux gour des Kaïa et du Dj. Tilda où
elles sont couronnées par un entablement de calcaire-lumachelles à Tlicrsilées.
Au-dessus, j'ai constaté la présence d'autres couches phosphatées toujours concor-
dantes, à teneurs variables, sur une extension verticale d'au moins So" et dans les-
quelles se trouvent fréquemment, avec d'autres fossiles maeslrichtiens, des dents de
Corax pristodontus L. Agas., de la craie phosphatée de l'Aisne et de la Somme, et
des dents de Grocodiliens (M-
Ainsi, dans le Sud-marocain, les phosphates sont en partie d'âge maos-
trichtien et, comme ils se poursuivent sur une grande hauteur verticale
au-dessus du calcaire à Baculites, je pense qu'il en existe d'âges danien et
montien. Il y a, en effet, continuité de sédimentation jusqu'au Suessonien,
ainsi que je l'ai toujours soutenu et ce que je maintiens malgré des affir-
mations contraires récentes (-).
Je ne doute pas qu'il en soit ainsi dans la région septentrionale d El
Borouj-Oued Zem, d'après mes documents paléontologiques.
Le Corax pristodontus se trouve dans la partie la plus élevée des couches phos-
phatées de celte région; or, ce squalidé ne monte pas au-dessus du Montien. On
trouve, en outre, Lanina apendiculala L. Agas., dont l'extension verticale est com-
prise entre l'Albien et le Montien, et Scapanorhynchus iOdontaspis) rapliiodon
L. Agas., espèce du Crétacé se promenant de l'Albien au Sénonien,
Ces formes suffisent à démontrer l'âge, surtout crétacé, des phosphates
d'El Borouj-Oued Zem.
Je dois ajouter que j'ai recueilli en outre : Odontaspis elegans L. Agas., espèce
(«j J'ignore la valeur industrielle de ces gisements, qui ne sera connue qu'après
d'importants et minutieux travaux de recherches. Aussi me paraîl-i! prématuré de
dire qu'il n'y a de ce côté que des « résidus d'un intérêt théorique » (Savornin, lac
cit., p. 23i). On doit se trouver au Dj. Tilda, au sommet des couches phosphaTces;
mais chez les Meskala, le niveau à Baculites que M. Savornin a pris pour un seud cré-
tacé {toc. cit., p. 25o) séparant deux gisements phosphatés lerliain-s, se trouve, en
réalité, au cœur de la masse des couches de phosphate.
(-) J. Savornin, lac. cit., p. ^Si.
M. J. Savornin m'attribue par erreur les tracés de l'Éocène inférieur à l'ouest du
lac Zima {loc. cit., p. 23o). C'est à M. Brives seul qu'en revient le mérite, car je n'ai
fait que reproduire ses contours dans celte région sur ma petite carte géologique
générale de iç)i2 {Ann. Geo^/., Paris, mars 1912).
44 ACADÉMIE DES SCIENCES.
monLienne et sue^sonienue, O. cuspidala I.. Agas., et Plivsodon secundiis Winkler,
connues dans le Landénien de la Belgique; enfin Otodus obliquas L. Agas., et Dyro-
saurus phosphalicus Ph. Thomas, qui sont communs dans les phosphates algéro-
marocains, considérés comme siiessoniens.
L'association des formes crétacées et éocènes indi(]ae que les niveaux
phosphatés marocains doivent encore comprendre le Montien.
Ici, comme dans le Sud, le toit des phosphates est toujours représenté par
un banc plus ou moins épais de calcaires à Thersitées, avec fossiles silicifîés
où abonde Thcrsitea (Hcrmifhersùea) maroccana Savornin. accompagnée de
Th. vcnlricosa du même auteur qui place ce niveau dans le Lutétien inférieur
à cause de l'association de Nummidites irregidaris ('). Mais Ion sait mainte-
nant que ce Foraminifère apparaît dans le Londinien (-) et que les Ther-
sitées ont été sig-nalées par Dollo dans le Montien du Bas-Congo (^).
Quant aux calcaires à silex auxquels on attribue un âge suessonien, nous
avons vu qu'une faciès identique se rencontre dans le Crétacé supérieur bien
caractérisé par i)ne faune à Baculites.
Conclusion. — Les phosphates marocains sont, au moins en grande partie,
crétacés, d'âge maéstrichtien et danien. Ils atteignent, en hauteur, le Mon-
tien. à l'extrême base du Tertiaire, le Corax pristodontus qui persiste dans
le Montien, se trouvant dans les parties les plus élcAées des couches phos-
phatées.
Ces gîtes minéraux se trouvent donc aux mêmes niveaux que les phos-
phates de la Palestine signales par M. Blanckenhorn ( '') et de rÉo:ypte (^),
et il est frappant que les riches teneurs des phosphates marocains, en les
rapprochant des phosphates égyptiens et asiatiques, s'accordent avec cette
similitude chronologique.
Ce sont ces considérations d'âge qui m'ont conduit à figurer, sur ma nou-
velle Carte géologique générale du Maroc qui vient de sortir des presses, les
zones phosphatées du Protectorat par des bandes jaunes du Paléogène, sur
un fond vert du Crétacé supérieur.
(') J. Savorni\, .s. h. /V. Afr. yV., t. 6, 1914, p. 78-79.
(■-) Henri Douvillé, Mém. Carie Géolog. Fr. Paris. Impr. nat.. 1919.
(^) Bull. Ac. R. Belgique (Section des Sciences), n° 7, juillet 1914. p- 291.
(*) IJeber das Vorkommen von Phosphaten Asfhaltkalk und Petroleum in Pa-
Instina und Àgypten {ZeiLschr. f. praktisch. GeoL, XI, Ht-ft 7-9, p. 294-298.
\') Phosphate Deposits of Egypte (Surç-. Departm. Egypl. Cairo ISat. Prinl.
Departni igoS).
SÉANCE DU ^ JANVIER 1922. 4^)
GEOLOGIE, — Le contact anormal du Flrsch nord-pyrénéen au nord de Sainl
Jean-Pied -dr-Port. Note de M. Pierre Viexnot. présentée par M. Piprre
Termier.
J'ai exposé précédemmeiil ('; les faits nouveaux que fait ressortir une
étude détaillée du bord iiK-ridional du Flyscli nord-pyrénéen entre la va]l('-e
d'Aspe et celle du Saison. Les particularités signalées mettent en évidence
la nature tectonique du contact: celui-ci présente, plus à l'Ouest. entr<'
Jaxu et Hélette, le même caractère anormal que prouvent V allure des
contours et V existence de nombreuses lames pincées entre le Flysch et les
terrains voisins, ici d'âge très varié. Mais la particularité la plus marquante
dans cette région du pays basque qui s'étend au nord de Saint-Jean-Pied-
de-Port, c'est l'extraordinaire développement des formations mylonitiques.
qui se montrent aussi bien dans le Flysch que dans les lames du contact et
dans les terrains paléozoïques et triasiques du voisinage. Le contraste est
même frappant entre l'abondance des brèches tectoniques de la région
Jaxu-Hélelte et leur pénurie dans le secteur vallée d'Aspe-valléedu Saison.
Cela s'explique facilement, à mon avis, par la différence de nature des
roches sur lesquelles a glissé le Flysch : entre la vallée d'Aspe et celle du
Saison, ce sont presque uniquement des schiste.s albiens. de consistance
à peu près identique à celle du Flysch, très déformables, tandis qu'entre
Jaxu et Hélette dominent des roches beaucoup plus dures, gneiss, schistes,
calcaires et grès paléozoïques plus ou moins métamorphiques, grès
triasiques.
La structure des collines cotées 383 et 368 (SW de Jaxu) a donné lieu
à de nombreuses controverses. Le problème s'éclaire d'un jour nouveau
lorsqu'on l'aborde après avoir étudié dans le détail la structure du Flysch
dans les environs. La traversée en ligne droite du Flysch entre Jaxu et
Armendarits. par Iholdy, est très démonstrative à ce sujet. Sur un itiné-
raire de plus de 25''"\ le Flysch affleure déformé, broyé, mylonitisé, acc-om-
pagné de lames exotiques, elles-mêmes très brécho ides, de calcaires crétacés
et jurassiques, d'argiles triasiques, d'ophites, de quartziles et de schistes
paléozoïques (ceux-ci fossilifères à i""™ à l'ouest de Jaxu. où j'ai ti'ouvé
plusieurs Streptorliyncîius crenistria Philipps). Il est pratiquement impos-
sible de tracer des contours dans un tel complexe bréchoïde, dont l'épais-
(•) Comptes rendus, t. 173. 1921. p. 18-4.
46. ACADÉMIE DES SCIENCES.
seur atteint plusieurs centaines de mètres entre Suhescun et Iholdy, et dont
létude détaillée demandera de plus amples développements. Les brèches
tectoniques sont très nettes autour de Jaxu ; cette considération, jointe à
l'arg'ument de la forme des contours, permet de conclure que les collines
383'" et 368™ sont constituées par des écailles superposées, où l'on observe, sur
un substratum triasique d'ophite, des lambeaux de calcaire crétacé à Orbi-
tolines (marqué en Lias sur la feuille de Mauléon) et de Flysch, supportant
un complexe de couches jurassiques fossilifères et d'ophite qui couronne
le sommet 383.
La zone rnylonitique du contact du Flysch se poursuit ensuite sans disconti-
nuité jusque vers Hèlette, avec des caractères variables suivant la nature des
roclies intéressées par le frottement. Sur tout le parcours, les blocs de
Flysch abondent, accompagnés d'un chaos de morceaux de toute taille
empruntés aux terrains qui affleurent largement dans le voisinage : ce sont
surtout des blocs de grès paléozoïques et triasiques enrobés dans des schistes
carbonifères, au nord du Pic ri'Arradoy ; des biocs de cargneule triasique
arrivant au contact du Dévonien et du Silurien, au S-SE d'Ossès. La mylo
nite se compose exclusivement d'esquilles de schistes siluriens vers Béclari-
déguia (^W d'Irissarry) et de morceaux de gneiss sur la route d'Irissarry
à Hélette. Parfois, la roche complexe que constitue la mylonite est sans
aucune consistance ; c'est ainsi (|ue dans le petit ravin au nord de Ghola
(à 4''™ au nord d'Uhart-Cize) on n'observe qu'un chaos de blocs de grès
dans une terre schisteuse carbonifère ; on prendrait aisément ce chaos pour
de l'éboulis si l'on ne remarquait que les pentes dominantes sont unique-
ment couvertes de Flysch ; la mise en relief des blocs de grès provient
de l'érosion particulièrement intense des schistes carbonifères de la
mylonite.
Quant aux lames pincées dans le contact^ elles sont nombreuses. Le petit,
affleurement de calcaires marneux jurassiques posé sur les grès du Trias
inférieur à l'est du Pic d'Arradoy (feuille de Saint-Jean-Pied-de-Port) en
est une ; il existe d'ailleurs d'autres petites lames de Jurassique fossilifère
un peu plus à l'Est, vers le bord de la feuille. Deux copeaux de schistes
siluriens, d'une dizaine de mètres de long, se montrent entre le Dévonien
et le Flysch au sud de la cote 39^ : à l'ouest de cette cote, plus près d'Ossès,
une bande de cargneule triasique se suit sur 5oo"' de long entre Silurien
et Flysch. A l'est d'Ossès, on observe un mince copeau de Flysch dans
les argiles du Trias. A l'ouest et au nord-ouest dTrissarry, une bande
d'ophite, dont l'épaisseur très variable peut atteindre par endroit 200*^, se
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. ^17
suit sur plus de s""'" entre Silurien et Flyscli. Knfin, l'ophile arrive encore
au contact du Flysch un peu plus au Nord, vers Lucaindéguia, mais
elle y affleure dans une importante fenêtre triasiqw s' ouvrant dans les schistes
siluriens^ et sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.
Ainsi, de nombreuses lames étirées de terrains secondaires et primaires
jalonnent le contact du Flysch nord-pyrénéen dans la région qui s'étend au
nord de Saint-Jean-Pied-de-Porl, et elles sont accompagnées de puissantes
formations mylonitiques, qui avaient été attribuées auparavant à des conglo-
mérats côtiers du Génomanien ou à des bi èches éruptives en connexion avec
les ophites. Mais l'ampleur de ces formations et leurs relations structurales
très nettes avec les lames de terrains variés qu'elles enrobent ne laissent
aucun doute sur leur nature : ce sont des brèches tectoniques .
Le caractère anormal du contact du Flysch nord-pyrénéen est donc aussi
apparent sur la feuille de Saint- Jean-Pied-dr -Port que sur celle de Mauléon. La
grande variation du pendage de la surface du contact le long de sa ligne
d'affleurement montre que cette surface est elle-même plissée. Quant à l;i
situation tectonique du Flysch par rapport aux autres unités structurales
des Pvrénées occidentales, elle ne pourra èli-e précisée qu'après une analyse
détaillée de ces unités, que je me propose de faire.
GÉOLOGIE. — V Atlantis et la Régression quaternaire.
Note de M. Ph. IVégris, présentée par M. Pierre Termier.
Glace au précieuv Ouvrage de M. E.-A. Marte^'), j'ai pris connais>ance
lie la forme du lit sous-marin de THudson River. \\ se présente à la profon-
deur de 2000"* avec un canon dont les murs encaissants ont plus de 1100°'
de hauteur : au delà il reroit des affluents et est encore reconuaissable à
2700°^ environ. Ces détails semblent incompatibles avec l'hypothèse de
Suess d'un sillon formé des déjections du fleuve, et l'idée d'un aiTaissement
s'impose. Si l'on rapproche cette submersion de celle aussi importante des
vallées qui font face à l'Hndson River en Europe, il est difficile d'échapper
à la conclusion que l'on se trouve en présence du phénomène grandiose de
la submersion de l'Atlantis, si éloquemment représentée par" M. Pierre
Termier et telle que je l'ai exposée moi-même ailleurs (- ).
Cette confirmation de la submersion de 1' \tlantis conduit à la confirma-
( ') Nouveau Traité des Eaux souterraines, p. 595.
( - ) La Régression quaternaire, Chap. XI.
48 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lion aussi dr la Régression quaternaire^ qui forme le sujet du travail précité.
En effet ramplitudf de l'affaissement, ayant été de plusieurs milliprs de
mètres, sous la mer, sur une vaste étendue de l'Océan \tianlique, n a pu
que produire un abaissement considérable du niveau marin, abaissement
dont nous donne une idé<' l'île de Siphnos, en Grèce. Les cavités de litho-
phages, dans c<'tte île, peuveut être suivies sur 700™ de hauteur, depuis le
sommet de Tîle jusqu'au niveau actuel de la mer, ce qui nous donne, comme
minimum d'amplitude de la Régression, 700™, sans compter la quantité dont
elle a dépassé le niveau de la mer. Les niveaux élevés de la mer, à l'origine
de la Régression quaternaire, sont, d'autre part, une preuve de là surrection
de l'écorce à cette époque, comme nous l'avons exposé ailleurs (').
Comme point de repère de Torigine de la Régression, nous devons
considérer l'invasion des immigrés du Nord dans la Méditerranée, à la suite
des dislocations de TAtlantis. Un autre point de repère de ces phénomènes
nous est donné par la formation du Gulf-Slream, qui, d'autre part, coïnci-
derait avec le recul définitif des glaces : on ne saurait rejeter lépoque de ce
recul au delà de loooo ans' (-). La mer se trouvait encore à ce moment à
un niveau supérieur à iqS'", comme le prouvent les débris de bois accu-
mulés en Islande, sous le nom de Surlurbrand^ débris qui proviendraient du
golfe du Mexique. Les affaissements se sont donc continués encore depuis
cette époque, aussi bien dans. l'iJcéan Atlantique que dans la Méditerranée,
particulièrement autour de la Grèce, où le grand effondrement des côtes
ouest du Péloponèse ne paraît pas encore terminé, comme le prouvent les
tremblements de terre désastreux auxquels ces côtes sont soumises.
Cela explique que les prêtres de Sais, qui avaient conservé dans leurs
temples les annales de 8000 années, à l'époque de la visite de Solon, aient
enregistré les catastrophes terribles de ces temps peu lointains.
D'autre part, l'imagination ardente des Grecs aurait conservé le souvenir
de ces convulsions de la terre sous la forme du mythe de la Titanomachie
d'Hésiode, dans laquelle les rochers s'écroulent dans la lutte avec les dieux
de l'Olympe, les flots de la mer sont déchaînés, des vapeurs brûlantes
s'élèvent jusqu'aux cieux, la terre entre en fusion. Citons encore, comme se
rapportant aux mêmes phénomènes, la fable d'Egine, lille du fleuve Asopus,
enlevée à son père par Jupiter, et celle de [Sisyphe, condamné par Jupiter
à porter un bloc de rocher au haut d'une colline, sans pouvoir l'y établir/
parce qu'il croulait à peine arrivé au sommet,
( 1) Loc. cit., p. 66.
(2) Loc. cit., Chap. XI.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 49
GÉOLOGIE. — Les lignites du i ap-Bon (^Tunisie).
Nole( ' ) de M. A. ALLEMAXD-MARTix,?transmise par M. Charles Depéret.
La présence de lignites a été signalée en Tunisie pour la première fois
par Aubert, dans son Explication de la carte géologique provisoire de la
Tunisie (1892); toutefois cet auteur, tout eu leur assignant un âge Miocène,
n'a pas déterminé l'étage auquel ils appartienneiil.
M. Berton a étudié, au point de vue technique, les dilîérents gisements
signalés par Auberl, en vue de leur utilisation pendant la guerre; seuls,
ceux du (lap-Bon, ont pu êlre exploités, et l'on sait les services éminents
qu'ils ont rendus, jusqu'ici, aux industries locales. M. Berton les classe
également dans le Miocène, mais ne se pionoiice pas sur l'étage où ils se
trouvent localisés.
D'autre part M. Joleaud [Bull. Soc. géoL. ^C série, t. 18) suggère qu<>
les lignites de Monastir, comme ceux du Gap Bon, pourraient être torto-
niens, mais n'en donne pas de preuve paléontologique précise.
Les recherches que j'ai effectuées, au cours d'un récent voyage dans la
péninsule du Cap-Bon, me permettent, à la suite de la découverte de fossiles,
de préciser ce point intéressant.
J'ai relevé plusieurs coupes (notamment de Zaouiet-Djbali à Menzel
Heurr, passant par l'exploitation des lignites de la Compagnie des
Tramways de Tunis), qui m'ont amené à établir la succession des divers
niveaux.
A partir du massif de l'Abd er Rahmane, constitué par les grès numi-
diens rouges, on observe, en discordance, inclinés à environ 35" NO-SE, la
série suivante :
1° Calcaires blancs ou légèrement rosés, très compacts, et grès roses peu épais,
renfermant une faune abondante de Peclinidés, parmi lesquels : Chlomys prœsca-
hriusculusFonl. var. catalaunica: F labelUpecten groupe flabelliformis Broc; Peclen
convexlor Alm. el Buf. ; Peclen sub-Holgeri Font.; Ecliinolamfjas pyguroïdes Pom.
C'est une faune nettement Burdigalienne [Cartennienne).
2° Grès rosés : environ 2" d'épaisseur pétris A''Anomia sp.
3° Alternance de marnes verdàtres sans fossiles, d'épaisseur considérable (et de grés
blancs jaunâtres peu épai>) que Ton traverse sur une longueur de près de 4*""- Cette
. série marneuse représente vraisemblablement les marnes cartenniennes d'Algéne.
4° Couche marneuse, verdàtre, renfermant quelques exemplaires d'O^/ré-a c/a^5«-
(*) Séance du 27 décembre 1921.
C. R., 192a, t" Semestre. (T. 17 i, N« 1.)
^O ACADEMIE DES SCIENCES.
sima Lmk. de taille moyenne, et d'O. gingensis, nnontrant i|ue nous pénétrons dans le
Vindobonien.
5° Grès blancs à grains fins, sans fossiles^ environ 4"" ou "^"^ d'épaisseur.
0° Argiles marneuses, jaunâtres, renfermant un banc très compact d'O. crassissima
de grande taille, correspondant à rilelvéïien.
7° Banc de grès, jaune clair, sans fossiles, à grains lins, formant le subsli aluni de
la formation lignileuse et inclinés à 28° NO-SE,
8° Formation ligniteuse, débutant, au contact, par un mince lit de marnes gyp^i-
fères, sur laquelle repose la couche de lignites dont l'épaisseur, mince à l'affleurement,
atteint en profondeur près de <>"',8o au maximum, recouverte par un nouveau lit très
mince de marnes contenant des cristaux de gypse; cette formation ligniteuse peut être
suivie sous ces mêmes grès, sur une longueur de plus de 20'*"' en direction.
9° Grès blancs-jaunâtres, à grains fins, sans fossiles, de 3™ à 4™ d'épaisseur.
io** Argile jaune clair, à petits nodules ferrugineux (i™ à i™,r)0).
11° Marnes verdàtres où l'on rencontre en abondance Turrilella fimhriata Miche-
lotti, mêlée à Cerithium lignitarum Eicliwald, cependant plus rare. Ces deu\
espèces caractéristiques sont toujours accompagnées de nombreux Cardium edule de
petite taille, cVAfca et autres fossiles très mal conservés. D'une fa«"on sporadique, on
y trouve égaleuienl Oslrea Jimbriata.
12° Nouvelle alternance de marnes verdàtres très épaisses, analogues aux précé-
dentes (puissance, une soixantaine de mètres), et de grès à grains fins (épaisseur 2™
environ), le tout sans fossiles.
i3° Ces couches sont finalement recou\ertes en discordance par le Pliocène marin,
formé, ici, de marnes épaisses à O. ] irleti Desh. et O. digitatina Dul)., assez rares
d'ailleurs, surmontées elles-mêmes par les dépôts des plages (|uaternaires à Strombes.
En résumé, il résulte des observations précédentes que les lignites du
Cap Bon sont compris entie le niveau à T. Jimbriata. C. lignitarum et celui
à 0. crassissima: comme ils sont plus rapprochés de l'étage tortonien que
de fétage helvétien, ils peuvent être considérés comme appartenant à l'âge
tortonien.
GÉOLOGIE. — Sur la présence de calcaires à Ahéolines d'âge probablement
auversien à la hase du Nummuli tique du plateau d' Arâchc ( Massif de Plati,
Haute-Savoie). Note (') de M. Léon x^Ioret, transmise par M. Kilian.
La haute plaine rocheuse qui forme la rive droite de TArve au niveau de
Magland, montre une série de barres régulièrement étagées. L'élude de la
tectonique de celle difficile région a montré à M. Ritter qu'il s'agissait en
ce point de la couverture ciélacée et tertiaire des deux plis couchés supé-
(') Séance du 27 décembre 1921.
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. 5l
rieurs du Vlonl Joly qui forment le socle de Plate et dont les noyaux se
montrent très nettement dans le Malm contourné de la cascade d'Arpenaz.
Cette couverture épouse à distance les deux anticlinaux d'Arpenaz en se
couchant vers le Nord, elle donne alors successivement le pli-faille de la
Colonn;iz (anticlinal sup"") et le pli-faille de Maglaud (anticlinal inf""),
lequel offre des complications tectoniques singulières et un grand intérêt
stratigraphique. Le Crétacé et le Tertiaire s'y reploient en boucles syncli-
nales allongées, à concavité tournée vers le Nord et, la jtlupart du temps,
ce dernier terrain n'y est représenté que par des lames ou « coins » inclus
dans le centre des synclinaux. Si, parlant du bas de la vallée, on gravit la
falaise, on note de bas en haut :
I** Sénooien 1res épais (tlanc sud renversé du synclinal de Balancy) en talus;
2° Barre urgonienne des grottes de Balrae (noyau anticlinal ) ;
3" Calcaires et calcschiste du Sénonien en talus; grande épaisseur due à des
reploiemenls;
4" Petit banc de calcaire gréseux noir, glauconieux; quelques centimètres;
5" Conglomérat très broyé, quelques centimètres;
6° Barre de calcaire brun, compact, spalhique, dans laquelle j'ai trouvé une faune
de iNummulites de taille moyenne associées à de nombreuses Alvéolines très bien
conservées, iS"* à 20™;
-° Schistes à patine soufre et à cassure sublithographique (Sénonien ):
8° Couches conglomératiquo liées par un ciment analogue au n'^ 7. Cailloux divers;
9° Couches siliceuses, dures, à traînées de silex en relief, intercalalions de schistes
à patine soufre, azoïques. Dans les bancs durs : Bithynia, Hydrobia, Cypris, dans les
traînées siliceuses, sections de tiges de Chnra :
10° Couches schisteuses (Priabonien, Fivsch);
1 1° Grès de Taveyannaz moucheté en se dirigeant vers l'Est.
- Toutes ces couches sont inclinées de 23° N.-E. approximativement. Au
Sud ('). le pli-faille de Magland sépare cette série d'une autre supérieure
(Hi l'on trouve : Ganlt, Sénonien, conglomérat nummulilique épais, hima-
chelle à débris d'inocerames avec intercalalions de petits lits de poudingue,
calcaires à Nummuliles et Orlhophragmines de Serveray, Flysch.
Le fait important, nouveau et à retenir de ce qui précède, cest C existence
de calcaires à Ahéolines superposés auSénonien. Ce banc, marqué sur la carte
géologique au y~ en Li^gonien, occupe le centre synclinal sénonien à con-
cavité septentiùonale, qui correspond à la boucle inférieure du pli-faille de
Magland.
(') \ .-L. MoRET, Comptes renduf;. t. I7t, 1920, p. 1216.
52 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La présence d"une faune de Nummuliles à piliers, de taille assez grande
(N. perforants^ N. Brongniarti?) associées k de grandes Alvéolines (.4. elon-
gata d'Orb.) caracléristique de FEocène moyen, la position stratigraphique
de ce calcaire à la base du Numinulitique, dont je me propose de rechercher
l'extension dans tout le massif, militent en faveur de son tittribiUioji à V Au-
versien ('); Douxami avait d'ailleurs compris dans cet étage les poudingiies
de base particulièrement épais dans la région méridionale de Plate en remar-
quant leur ressemblance avec les conglomérats el calcaires à N. per forains
auversiens des Bauges. Boussacparla suhe (Stratigraphie du Nuinmuiilique
Alpin 191 2) fit de tout ce Nummulitique(à part leFlysch, bien entendu) du
Priabonien dont les faunes caractéristiques se trouvent cependant bien au-
dessus des poudingiies et dans les calcaires schisteux noirâtres. Cette opinion
esl généralement admise par les géologues alpins. Kemarquons que le seul
gisement à Alvéolines {A. elongata) connu jusqu'à présent dans le Nummu-
lilique alpin, se rencontre non loin de là, dans le synclinal Chatelard-Knlre-
vei-nes (Hauges); les Alvéolines y sont associées à N. ferforatus, Ortho-
phragmina disons dans des couches d'âge \uversien (IJoussac. loc. cit.,
p.277(^).
Cependant Boussac lui-même signale dans les conglomérats nummuli-
tiques dAlldorf en Suisse, près du lac des Quatre Cantons, un galet de cal-
caire à grandes Nummulites et Alvéolines qu'il a figuré et dont le faciès est
tout à fait identique à celui de nos couches de Balme-Aràche [loc. cit., p. 872
et planche). De la présence, dans ce conglomérat, d'une roche complètement
étrangère à l'Helvétique et ne pouvant .^ pour lui., venir que du Sud, des zones
méridionales alpines (Dinariqiies), Boussac tire de grandes conséquences
sur lesquelles je n'insisterai pas. Notons seulement que le faciès des couches
de Balme-Arâche qui est absolument le même que celui du galet d'Altdorf,
n'a rien de Dinarique et la mer qui a déposé ces conglomérats n'a pu l'e
chercher très loin; il est en effet infiniment probable que les calcaires à
(') Faune complètement différente de celles des petites ^lummulites du Priabonien
de la région, elles sont malheureusement très empâtées dans la roche.
' (^) A part celle localité des Bauges, les affleurements de calcaires a Alvéolines les
plus septentrionaux sont, d'après Boussac, ceux, de Guttaring dans la nappe de Bavière.
Giimbel a indiqué Àheolina oblonga dans le Lutétien ferrugineux du Kressenberg et
du Traunihal en Bavière, mais le lieu d'origine de ces sédimer)ls, peut-être préalpins,
est à rechercher plus au Sud. En dehors du domaine de la Mésogée nummulitique,
Alveoliaa elongata se retrouve dans l'Auversien du bois Gouet et jusque dans le
Humpsliire; nulle part elle atteint le Bartonien.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 53
Alvéolines de Balmese retrouveront un jour en place dans cette zone de
l'autocluone suisse qui est la prolongation directe de celle de Plate.
La découverte de couches à Alvéolines à rMatémo^///?f? donc notablement ce
que nous savions depuis les beaux travaux: de Boussac sur les contours de la
mer Auversienne qui devait par conséquent faire une large avancée dans
ces régions entre Pelvoux et Mont Blanc.
Enfin, la présence d' Alvéolines au voisinage de couches saumâtres à
Rydrohia, Bithynia^ Cypris^ est bien en accord avec ce que nous avons
a()pris sur le mode de vie de Tunique espèce actuelle (^A. Melo d'Orb.) qui
se rencontre dans les zon^s littorales des mers chaudes, peu profondes(5o™)
et sur des fonds coralligènes et agités. Ces grands Foraminifères, certaine-
ment les plus littoraux de tous ceux utilisés en stratigraphie, nous enseignent
donc que nous sommes ici en un point qui correspond au maximum atteint
vers le Nord-Ouest par la transgression auversienne.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Les captures de l'Oum er Rehia et V hydrographe!
générale du Moyen-Atlas marocain. Note ( ' ) de M. J. Savor.mx, transmise
par M. Ch. Depéret.
L'Oum er Piebia est le plus puissant des fleuves atlantiques au Maroc.
Il est abondamment alimenté par les quarante sources à régime vauclusien
qui, chez les Mrabtine, vers la frontière commune des Zaïan et des Béni
Mguild, sortent, en grondant, du pied de l'énorme falaise jurassique repo-
sant sur les argiles rouges salifères du Permo-Trias.
En amont de ces sources (VOuïouàne, le cours supérieur se traîne long-
temps à la surface du plateau des Béni Mguild, portion du « Moyen-Atlas »,
de la même façon que l'oued Guigou qui, en direction diamétralement
opposée, constitue la haute vallée du Sebou. fleuve du Pi'arb. L'un et
l'autre, sur ce plateau, empruntent par moment de vieilles vallées où ser-
pentent des coulées basaltiques pliocèncs.
En aval, à quelques kilomètres avant Khenifra^ TOum er Rebia coule en
torrents dans une énorme fissure de basalte, qu'il remplit sur une hauteur
de 12™, au dire des indigènes. Le gouffre écumant est enjambé par le vieux
pont portugais, auprès duquel une tour en ruine a donné son nom au poste
français voisin (El Bordj). La rivière demeure encaissée dans un synclinal
(') Séance du 2- décemijre 1921.
54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
permien, et parfois dans un flanc mônoclinal, jusqu'à Kasba-Tadla où
TEogène lui constitue une vallée tectonique. Elle s'étale ensuite dans
l'immense plaine de son bassin moyen, où l'Abid et la Tessaout, descen-
dant du Grand Atlas, viennent grossir un débit déjà considérable alimenté
par la forte pluviométrie des « Causses » moycn-atlasiques.
Ce bassin du moyen Oum er Rebia, comme je l'ai [fait observer ici
même (*), n'est qu'une large cuvette crétacée-éocène au pays des phosphates.
Il n'est pas impossible que cela ait été momentanément un bassin fermé,
dont la « Bahira », au nord des Djebilet, serait la délaisse ultime. Mais de
bonne heure il a du se déverser dans l'Océan, par les interminables gorges
de Mechra hen Abhou-Boii Laouan, où on le voit profondément encaissé
jusqu'à son embouchure à la pointe nord du pays Doukkala.
L'importance de ce fleuve l'a fait choisir pour la première installation
d'usine hydro-électrique, que l'on va créer à S' Saïd Mâchou, en perçant
par un tunnel un étranglement séparant deux méandres. Une chute de t^'"
permettra d'obtenir environ 8000 kilowatts-heure. Ce sera le modeste
début de réalisation d'un grand programme déjà étudié.
L'Oum er Rebia inférieur a donc probablement accaparé à son profit les
eaux du bassin moyen, dont la destiné».' semblait autre. Il a aussi capturé la
Tessaout, et tout le bassin de Demnat, dont il a décapité le Tensift, fleuve
de Marrakech, qui en était le drain naturel comme le montre la topographie.
J'ai eu l'occasion d'observer, très en amont, un phénomène h\drogra-
phique du même ordre, qu'il était impossible de soupçonner en l'état
d'imperfection des cartes. A Taka Ichiaiie j'ai trouvé, en corniche sur une
liante berge schisteuse, à i5o™ au-dessus du lit actuel, des alluvions fluvia-
tiles dont les g.dets, souvent plats et volumineux, ont ser\i de pierres à
bâtir pour le poste.
Leur présence à cel te altitude relative, alors que le- fleuve n'a pas laissé
de terrasses dans sa profonde et étroite vallée, ne s'explique qu'en les attri-
buant à un cours d'eau venant de BeLrit. chez les Béni Mguild, el coulant à
la surface du plateau avant le travail des eaux vauclusiennes d'Ouïouane.
La nature de certains éléments (calcaires jurassiquesetcrétacés, calcédoines,
éocènes, basaltes) provenant incontestablement du « Moyen-Atlas » est d'ail-
leurs révélatrice à cet égard.
Ces alluvions, reposant sur les schistes paléozoïques, sont assez aquifères
pour alimenter le poste en eau potable.
(/) Comptes rendus, l. 172, 1931, p. ■i-?.<^.
SIÎANCE DU 3 JANVIER 1922. 55
V partir de ce point s'étale vers le Nord au delà de Mriri, une belle plaine
qui serait une anomalie jî^éographique si l'on n\ reconnaissait une « vallée
morte » d'un important cours d'eau. Sa rég;ularité l'a fait choisir pour l'éta-
blissement d'un ^rand port aérien (juin 192 1). Un simple ruisseau serpente
aujourd'hui à sa surface, à la saison pluvieuse; mais cle belles prairies natu-
relles lui fonlun vaste tapis de verdure.
La plaine de Mrirt a un débouché au Nord (a i Soc'" ouest de Kasba
Titahouïne) dénommé : foîim Aguennour. Or l'oued A^^uennour. ainsi que
l'a reconnu au piiutemps dernier M. le capitaine Guillaume du Service des
renseignements, commence à ce défilé. Les cartes lopograpliiques figurent
wn oued Berriakh^ de direction WE, qui conduirait à l'oued Behl les eaux
du Tirzat, venant de Foum Aguennour. Mais c'esl bien l'oued Aguennour
(ou haut Bou-Regreg) qui. sous les noms d'oued Vouam, oued Tirzat.
oued Messouor. coule en zigzags de direction moyenne SE-NW.
La plaine de Mrirt n'est qu'un premier épanouissement lacustre de la
haute vallée morte du liou Regrcg. Il en existe d'autres dans la vallée
encore vivante : plaines d'Aouam. de Messouor (Mechouar sur les cartes ).
de Guerlila ('), séparées par des d(-filés i-appelant le foum Aguennour.
Il faut donc reporter à près de So"^™. en amont du point où on la suppo-
sait, la tête de vallée originelle du Bou-Regreg-Aguennour. Les eaux du
plateau des Beni-Mguild, circulant autour de Bekrit. allaient à Rabat
avant la capture eiïectuée sous Taka Ichiane par l'Ouiri er Rebia. Cette
décapitation a fait perdre au Bon Regreg plus de 40''"^ de son cours supé-
rieur.
Ces observations appellent encore des remarques sur l'hydrographie
primitive, véritablement schématique, de l'immense plan incliné calcaire
du « Moyen-Atlas » et de la pénéplaine schisto-cristalline des Zaïan,
aujourd'hui méconnaissable sous les profondes érosions qui la découpent,
mais où la plupart des directions de rivières sont visiblement surimposées
par une topographie originelle fort simple. Il serait trop long de développer
ici le détail de ces remarques, qu'il nous suffit d'énoncer. ..
(') Qu'il faut déplacer de S"^"' à l'ouest.
56 'ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Étude des plantes salées^ pendant la période où
se produisent des anomalies. Note de M. Tierre Le -âge, présentée par
M. Gaston Bonnier.
Dans une précédente Note(^ ) j'ai indiqué que mps arrosages du Lepi-
dium sativum devaient être fa ts avec des solutions de chlorure de sodium à
coacentrations comprises entre les valeurs C, et C^ : C, correspondant à
une concentration inférieure, début de Faction modificatrice sud les plantes,
seuil de l'excitation utile; < ;„ correspondant à une concentration plus
grande, au-dessous de laquelle la plante vit et donne des graines capables
de germer convenablement, et au-dessus de laquelle la plante | eut encore
vivre, mais ne donne plus de graines ou en donne qui sont mal conformées
et incapables de bien germer. Je ne connais pas encore d'une façon précise
ces limites; mais, dans les diverses cultures que j'ai faites jusqu'à présent,
jesjis resté entre ces valeurs, puisque j'ai obtenu des modifications dans
les plantes et des graines germant suffisamment bien et provenant de ces
plantes. Toutefois, en 1919, j'ai craint d'avoir dépassé C,„ eu emplosanl
l'une des concentrations à i4 pour 100 de NaCl, ce qui a eu pour résultat,
cette année-là. une production de plantes à très petit nombre de graines
convenables et ne germant qu'en faible proportion. En conséquence, j'ai
cru devoir diminuer, eu 1920 et en 192 1, le maximum de mes concentra-
tions, mais je vais essa\er à nouveau, en 1922, lasolutiimà i4 pour 1000 en
modifiant un peu mon procédé d'arrosage, pour chercher à me rapprocher
le plus près possible de la valeur C„,, sans la dépasser, afin d'avoir le
maximum d'action utile sur les graines.
Au point de vue de l'action de ces arrosages salés, on serait tenté de rap-
porter les différences entre les plantes témoins et les planles salées, à des
différences dans l'absorption de l'eau comme conséquence du jeu inégal de
l'osmose. On serait d'autan I mieux tenté de le faire que les cultures en plein
air, pleine terre, ont présenté entre elles, en 1921, année de grande séche-
resse, des différences comparables, dans une certaine mesure, à celles qui
se manifestent entre les plantes cultivées en pots, sous châssis, salées el non
salées, en ce qui concerne la taille, le nombre relatif des grosses graines,
leur poids et même la forme plus ou moins dodue.
Cj PiERRK Lesage, Ptonles salées et période des anomalies (Comptes rendus,
l. 172, 1921, p. 82 ).
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. 67
Cependant il peut, il doit y avoir une autre action, parce que le NaCl
n'intervient pas que dans l'absorption, il doit intervenir à l'inlérieur de la
plante puisqu'il y pénètre. En effet, les auteurs signalent ce fait enlriême
temps que des variations de quantité suivant le milieu ; de mon côté, en con-
sultant mes notes, je vois que desdosagesdu chlore dansles grainesde igiS
ont donné : pour les témoins, des traces; pour les plantes an osées à l'eau
ialée, 4i7 pour ïoo du poids sec. Les sommités débarrassées des fruits ont
encore donné : pour les témoins, 0.17 pour 100 et, pour les plantes salées,
13.07 pour 100 du poids sec. Enfin les dosages dés sommités de plantes
de 1920 ont fourni les proportions suivantes pour cent de la matière
sèche (') :
F.HirlOOdeK. Pour 100 de .\a.
^, . ( a l'eau de source i , 10 o,5o
Plantes arrosées < . 1 ^ ,n, r. , o
I d }•?. pour 1000 de \a(^l 1 .90 4; jo
Il ressort de lexamen de ces derniers nombres que les plantes arrosées à
12 pour 1000 de \aCl absorbent 8 fois plus de sodium que les témoins. 11
est encore intéressant de faire remarquer que la présence du NaCl dans les
arrosages paraît avoir pour résultat l'entraînement dans la plante dune plus
forte proportion de potassium. Quoi qu'il en soit, la pénétration du sel dans
les plantes doit avoir des conséquences qui sont loin d'être établies.
Dans la Campagne de 1921, j'ai retrouvé des différences déjà signalées
entre les plantes salées et les plantes témoins, dans le cycle évolutif et la
taille de ces plantes, dans le nombre relatif des grosses graines et leur poids,
et dans la forme plus ou moins dodue de ces graines. En ce qui concerne ce
dernier caractère^ voici de nouvelles données sur les rapports des dimen-
sions, longueui' (L). largeur (/), épaisseur (e) dans des cas typiques :
, \ à l'eau de source i .~o i ,66
rlaïUe'^ arrosées , 1 xt /^, -o
I a r 2 pour 1000 de ;\a IjI i . jo r . 16
Ces données montrent bien que les graines des plantes salées sont plus
arrondies, plus dodues que celles des plantes témoins. 11 n'est pas sans
intérêt de «lire que celle forme dodue s'est encore manifestée, mais atténu<''e
dans la première génération arrosée à l'eau de source des descendants des
plantes salées.
(') Tous ces dosages ont été faits avec grand soin par M. Artus, chef des travaux de
Chimie et sou--directeur du Laboratoire agricole de la Faculté des Sciences de Rennes,
58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En 1920. j'avais trouvé des fruits anormaux à trois loges en assez grand
nombre et quelques fruits à quatre loges, en grande majorité sur les pieds
salés; en T921 , j'ai retrouvé ces fruits anormaux dans mes cultures : 65 sur
265 pieds arrosés à Teau sal<''e et 1 seulement sur 90 pieds témoins arrosés à
leau de source. Dans les cultures témoins, mais en plein air, pleine terre,
et qui ont eu à soulTrir de la sécheresse de cette année, qui mont donné des
graines un peu dodues mais cependant moins que celles des cultures salées
à 12 pour 1000, je n'ai trouvé que 7 fruits anormaux sur G85 pieds. Je
pense qu'il y a lieu de faire ce rapprochement parce qu'il sera invoqué plus
tard pour interpréter le rôle des solutions de NaCl au point de vue osmo-
tique dans l'absorption de l'eau et pour montrer que ces solutions ne bornent
paslàleuj' action, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le NaCl est absorbé,
et parce que, comme nous venons de le voir, la forte sécheresse elle-même
ne provoque pas des modifications aussi marquées que la salure.
Les graines des fruits anormaux de 1920, semées dans trois cultures
séparées, ont donné des résultats qu'il faut mentionner. Celles des fruits
à 3 carpelles ont fourni deux cultures, l'une arrosée à la solution contenant
12 pour 1000 de NaCl. l'autre arrosée à l'eau de source; la première
culture a donné 10 fruits anormaux sur i i pieds; la seconde, i seul sur
22 pieds. La troisième culture, arrosée à l'eau de source, présentait 1 1 pieds
provenant des graines retirées des fruits à 4 carpelles; ici, je n'ai pas trouvé
un seul fruit anormal. Ces faits sont intéressants parce qu'ils montrent que
nous sommes loin d'être en présence d'une mutation ; mais nous y trouvons
une modification s'établissant d'une manière désordonnée sous des influences
parmi lesquelles celle de la salure doit être considérée. Attendons une
deuxième génération pour voir si nous n'y trouverons pas des résultats
favorables à la conception de ce que Cuénot appelle « un facteur mendélien
récessif » ( ' ).
PHYSIOLOGIE VÉGÉ'J'ALE. — La recherche des, pseudo-hases d anthocyanidines
dans les tissus végétaux. Note de M. Raoul Combes, présentée par
M. Gaston Bonnier.
Willstàtter et ses élèves ont établi une technique permettant de séparer,
dans un mélange, les anthocyanidines de leurs glucosides les anthocyanines :
(') L. GuÉ\OT, L'hérédité des caractères acquis (fiei'ue générale des Sciences,
numéro du i5 octobre 1921, p. 584 j.
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 5g
lorsqu'on agite avec de Talcool amylique une solution d'anthocyanidine et
d'anthocyanine dans l'eau acidifiée, l'anthocyanine reste en solution dans
l'eau, tandis que l'anthocyanidiue passe dans l'alcool amylique. D'autre
part, ces auteurs ont montré que les chlorures d'anlliocyanidines, traités
par l'eau à chaud, perdent leur coloration rouge, se transformant en com-
posés incolores auxquels fut donné le nom de pseudo-bases ; ces pseudo-bases
incolores, chauffées avec un acide élendu, repassent à -l'état de sels d'antho-
cyanidines rouges correspondants.
Kurl Noack (') a entrepris d'appliquer la méthode de séparation des
anthocyanidines et des anthocyanines de AA Jllstâtter à la recherche des
pseudo-bases d'anthocyanidines dans les tissus végétaux. Il Iraite les tissus
parTeau acidifiée, agite le liquide filtré avec de l'alcool amylique et chaniîe
en présence d'un acide fort la solution amylique séparée par décantation:
lorsque cette solution prend dans ces conditions une coloration rouge sem-
blable à celle des anthocyanidines et virant en présence de soude, de carbo-
nate de calcium, ^d'acétate de sodium et de perchlorure de fer. il considère
que ces réactions sont dues à la présence de pseudo-bases ayant passé dans
ralcool amylique. et il en déduit que les tissus traités renfermaient une
pseudo-base d'anthocyanidine. Kurt Noack obtient ainsi de'S résultats qui
l'amènenl à conclure à la présence de corps se* comportant comme des
pseudo-bases d'anthocyanidines dans les feuilles de Polygonum compactum,
à' Ampélopsis hederacea, de Cyc/oma, les péricarpes d\^scuhis, les raisins,
les pommes el les fleurs de Pœonia.
Au cours de recherches sur les relations existant entre les tannins et les
pigments anthocyaniques, j'ai fait des constatations qui amènent à penser
que les substances considérées par Kurt Noack comme des pseudo-bases
d'anthocyanidines sont des phlobatannins.
Mes i-echerches ont porté sur les feuilles &' Ampélopsis hederacea, les
raisins, les pommes et les péricarpes. d'YEj-cw/z/.y Hippocastanum. L'étude des
liquides amyliques obtenus comme l'indique Kurt Noack m'a permis de
constater que ces liquides rc^nferment des phlobatannins donnant toutes les
réactions de coloration attribuées par cet auteur aux pseudo-bases. J'ai
caractérisé ces phlobatannins par les réactifs généraux des tannins ainsi
que par les réactions suivantes qui distinguent ces substances : formation
d'un précipité jaune par l'eau bromée, précipitation par le formol en pré-
sence d'acide chlorhydrique, coloration verte par les sels ferriques, for-
(') Kurt Noack, Zeitschrift fiïr Botanik, 10 Jahrg., 1918, p. 561-628.
6o ACADÉMIE DES SCIENCES.
mation d'un précipité rouge de phlobaphène par ébuUition de la solution
aqueuse acidifiée.
Ensuite, en opérant sur les raisins de la variété Frankenthal, d'une part,
j'ai isolé le phlobatannin contenu dans les fruits encore verts, d'autre part,
j'ai préparé la pseudo-base d'antbocyanidine correspondant à l'anthocya-
nine contenue dans les fruits mûrs, enfin j'ai comparé les deux corps.
1° Pour isoler le phlobatannin, les raisins verts, préalablement soumis
à la presse, sont traités pendant 5 heures pnr de l'acétone; le liquide,
séparé par filtration, est additionné de 3^°' d'éther. Dans c-es conditions,
il se précipite une solution hydro-acétonique de phlobatannin. Cette solu-
tion, isolée par décantation, est saturée de chlorure de sodium; le liquide
se divise en deux couches; la couche supérieure contient la plus grande
partie du phlobatannin en solution dans l'acétone; cette solution est
décantée et évaporée rapidement dans un courant d'air. Le phlobatannin
impur obtenu est dissous dans Feau où on le reprécipite par addition de
chlorure de sodium. Le précipité est séparé par filtration, lavé à l'aide
d'une solution aqueuse saturée de chlorure de sodium, mis en solution dans
l'alcool absolu et précipité par l'éther de pétrole. Enfin, le produit obtenu
est purifié par trois reprises successives au moyen de l'alcool absolu et
reprécipitation par Téther de pétrole.
2^* Pour obtenir la pseudo-base d'anthocyanidine, j'ai préparé l'œnine
des raisins en employant la méthode établie par Willslatter et Zollinger :
isolement du glucoside à l'état de |)icrat('.cristallisé et transformation en
chlorure; l'hydrolyse |iar l'acide chiorhydrique m'a donné le chlorure
d'œnidine, qui a été transformé en pseudo-base par chauffage de sa solu-
tion a(|neuse.
3" Le phlobatannin de raisins veris et la pseudo-base d'anthocyanidine
de raisins rouges piésentent des propriétés communes : le phlobatannin
donne précisément toutes les réactions que Kurt Aoack considérait comme
caractéristiques des pseudo-bases; c'est ainsi que, de même que la pseudo-
base, il se dissout dans l'eau acidifiée et, par agitation de cette solution avec
de l'alcool amylique, il passe dans ce dernier solvant, La solution amylique
de phlobatannin, acidifiée et chauffée, se colore en rouge par suite de la
formation d'un phlobaphène présentant une teinte et des réactions de vi-
rage qui rappellent de très pi-ès l'anthocyanidine que l'on obtient en
traitant dans les mêmes conditions la solution amylique de pseudo-base.
Les solutions aqueuses des deux corps précipitent par chaufl'age en pré-
sence d'acide chiorhydrique et de formol. Ces caractères communs expli-
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 61
quent que Kuit Noack ait pris le phlobatannin pour une pseudo-base <'t le
phlobaphène qui en dérive pour l'anthocyanidine correspondant à cette
pseudo-base. Par contre, les deux corps diffèrent par un grand nombre de
caractères : le phlobatannin précipite par le bichromale de potassium, les
alcaloïdes, l'eau bromée, il se colore en vert foncé par le perchlorure de
fer. La pseudo-base ne présente aucune de ces réactions.
On voit, d'après ces résultats, que les corps que Kurt Noack croyait
avoir caractérisés comme pseudo-bases dans les extraits amyliques qu'il a
étudiés étaient des phlobatannins, et que les substances rouges qu'il oble-
iiail par chauffage en présence des acides et qu'il considérait comme des
anthocyanidines étaient des phlobaphènes. La méthode de l'essai â l'alcool
amylique, établie par Willstâtter el ses élèves pour séparer les anthoc\ani-
dines des anthocyanines, ne peut donc être appliquée à la recherche des
pseudo-bases d'anthocyanidines dans les tissus végétaux. D'une façon géné-
rale, l'étude d'extraits végétaux, dont la composition est très complexe,
par l'emploi de simples réactions de coloration qui, ainsi que nous venons
de le voir, peuvent être communes à diverses subslances organiques, ne
suffit pas pour conclure à la présence d^anthocyanines, d'anthocyanidmes
ou de pseudo-bases dans les tissus examinés; l'extraction des pigments et
leur caractérisation opérée sur des produits purs permettent seules d'obtenir
des résultats concluants.
AGRONOMIE. — De l'influe lia de V orientation sur les succès cir la trans-
plantation des arbres. Note de M. Marti\-Zédé. présentée par
par M. Bazy.
J'ai l'honneur de soumettre à l'Académie un perfectionnement que je
viens d'apporter dans la transplantation des arbres, qui, j'ai heu de le croire,
réduira de beaucoup, s'il est appliqué, la non-réussite qui résulte souvent du
transport et de la replantation des arbres pris en pépinière. ~
Ayant eu de nombreuses transplantations à faire, à l'île d'Anticosti, de
sapins, mélèzes, épicéas, bouleaux, et quoique ayant toujours fait ces opé-
rations au moment le plus favorable, c'est-à-dire à la fin de l'automne, quand
la sève est arrêtée dans son ascension et la végétation en sommeil, j'ai tou-
jours pu constater, Tété suivant, que presque la moitié de mes arbres étaient
morts. L'automne suivant. Je faisais de nouvelles plantations pour remplacer
les arbres morts et invariablement, malgré toutes les précautions prises, je
02 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pouvais constater que dans ces plantations r.ouvelles la moitié des nouveaux
arbres étaient secs.
Il m'est venu à l'idée que je commettais une faute d'acclimatation en
plantant ces arbres sans tenir compte de leur orientation initiale. L'arbre
ayant pris racine dans la pépinière, son tronc et ses branches ayant passé
plusieurs années ainsi exposés ou non au soleil selon le hasard de sa nais-
sance, devait être transplanté dans des conditions identiques à celles où il
avait vécu jusque-là. En effet, il est facile de se tendre compte que la partie
exposée au Nord et qui ne voit jamais le soleil à l'inverse de celle qui fait
face au Midi a une écorce bien plus épaisse qui lui permet de résister faci-
lement au froid et aux intempéries; celle qui est exposée au soleil, par
contre, a une bien moindre épaisseur-, destinée qu'elle est à ne recevoir que
les chauds rayons du soleil et non les morsures de la bise. Si donc nous
livrons au hasard l'orientation nouvelle des arbres quand nous les Irans-
plantons, sans tenir compte de leur plus ou moins grande adaptation d'ori-
gine au froid ou au chaud, nous avons la moitié des chances pour que ces
arbres, ne reprenant pas leur orientation primitive, se trouvent en consé-
quence, même ne mourant pas, dans de mauvaises conditions de résistance,
pendant la période toujours critique de leur transplantation, et dans les
années qui suivront.
Muni d'une boussole, je pris donc le soin, avant de les déplanter, de
repérer leur orientation individuelle et marquai sur chaque arbre une des
branches exposées au Nord d'un signe apparent (bout de ruban quelconque),
puis j'opérais la replantation au nouvel emplacement en dirigeant du côté
du Nord la branche marquée. J'ai pu constater depuis que, sur le nombre
d'arbres ainsi remis en terre, le déchet était insignifiant, ne dépassant pas
G à 8 pour loo, tandis que le nombre des arbres secs dépassait autrefois,
avant l'emploi de cette nouvelle méthode, souvent 5o pour loo.
Il est possible que le froid rigoureux que nous subissons à Anticosti ait
rendu plus effectif mon procédé qu'il ne le serait dans des climats plus
tempérés, toutefois je crois bon de le signaler, car je l'ai trouvé raisonnable,
simple et peu coûteux et toutes choses égales d'ailleurs, et quelle que soit la
région, il doit certainement souvent empêcher la mort de l'arbre transplanté
ou du moins le mettre dans un état de meilleure résistance, plus favorable à
son développement.
Quand nous considérons le prix que coûte la transplantation des arbres
des promenades de Paris et des grandes villes, et les travaux importants
que nécessite la transportation de ces arbres dont les troncs ont souvent un
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 63
diamètre dépassant 25*"', quand nous voyons que ces arbres, obligatoire-
ment, sont dans les plus mauvaises conditions de développement dus au
manque d'air, à la fumée des cheminées et des automobiles, aux poussières
nocives des routes goudronnées, aux frictions diverses, etc. qu'ils subissent
pour toutes sortes de causes, il semble qu'on ne saurait trop prendre de
précautions pour mettre ces jeunes arbres dans l'état de santé et de conser-
vation optimum pour leur permettre de résister le plus longtemps possible
aux mauvaises conditions dans lesquelles ils doivent vivre, pour qu'ils
puissent continuer à nous donner à meilleur compte, la fraîcheur et l'om-
brage qui sont la base de l'hygiène des villes et en constituent la plus belle
décorration.
PHYSIOLOGIE. — Mesure de i excitabilité d' un nei f sècrétoirc : corde du tympan
et glande sous-maxillaire. Note (') de NT. etM*"*^ A. Chauchard, présentée
par M. d'Arsonval.
Nous avons entrepris l'étude de l'excitabilité d'un nerf sécrétoire. la
cordf du tympan. C'est un nerf itératif; M. Lapicque a défini, sous ce
nom. les nerfs qui exigent, pour donner une réponse physiologique, la
répétition des excitations. Depuis 19 12, avec divers collaborateurs, sui'
les vertébrés inférieurs, il a étudié plusieurs de ces nerfs et montré que.
dans la mesure de leur excitabilité, la chronaxie est indépendante de la
fréquence et du nombre des excitations; elle caractérise le nerf lui-même.
Les lois de sommation caractérisent l'appareil auquel aboutissent les fibres
nerveuses.
Nous expérimentons sur des chiens aneslhésiés (morphine-chloroforme). Nous
a\ons d'abord re'connu que, à dose aneslhésique, ces substances ne modifient pas la
chronaxie du nerf. La corde du tympan et le canal excréteur sont découverts suivant
la technique classique. Après mise en place d'électrodes inipolarisables, nous refer-
mons la plaie opératoire. La région est ensuite recouverte d'une épaisse couche de_
coton et l'animal lui-même enveloppé dans une couverture de laine. Dans ces condi-
tions le nerf et la glande' sont maintenus à une température normale.
L'instrumentation électrique est celle qu'a décrit* M. Lapicque (-). Des condensa-
teurs de capacités connues sont chargés et déchargés par un cylindre à cames à inter-
valles réglables. Les résistances comptant pour le temps sont fixées au moyen d'un
( ') Séance du ig décembre 1931.
("I C. /?. $oc. de Biol.^ aS décembre 191 1; Comptes rendus, t. iao, 1912, p. 70
64 ACADEMIE DES SCIENCES.
shunt. La source consiste en une série d'accumulateuis reliés à un réducteur de poten-
tiel. Ce dispositif permet de faire varier Fintensité, la durée, la fréquence et le nonabre
des excitations.
1° Influi'inc de la diirè.e des c.ic citations. — La fréqtience et le nombre des
excitations restant invariables, on cherche le seuil pour des capacités va-
riables, l^e résultat peut se résumer comme suit :
Pour des capacités faibles, le voltage nécessaire pour obtenir le seuil esl
1res élevé. Le voltage décroît quand la capacité augmente, et cela, jusqu'en
un point où l'augmentation de la capacité n'a plus d'inlluence sur le voltage.
Le calcul de la quantité <'t de l'énergie mises en jeu à chaque excitation
montre que la quantité croît avec la capacité et que l'énergie passe par un
minimum. Voici les chiffres d'une expérience.
9 mars. — Chien de 17''^, Nombre des excitations : 36. Intervalle entre les excita-
lions : V de seconde.
Capacité
. \
oit
lye liiuiQa
re
Quaiilili
Énergie
en inicrofai'ads.
en volts.
eu
10"'' couli
)ni
h.
en
10 ''joule
0,4
I ,2.5
0,5
<»,3l
0,3
1,35
f.,4
o,-^-
0,^.
f ,5o
0,3
0,235
0,1
Tj
r. , 0,
0,20
r»,o5
3
0 , 1 .5
0,226
Tout se passe comme dans l'excitation du nerf moteur. On peut donc,
comme dans le cas de ce nerf, déterminer directement la chionaxie. On
cherche le voltage nécessaire pour obtenir le seuil en courant constant
(rhéobase ) avec un nombre d'excitations et un rythme déterminés. Puis,
avec un voltage double, on cherche une capacité qui redonne le seuil. Le
produit de cette capacité par le coefficient expérimental 0,37 et par la
résistance du shunt qui, dans nos expériences, a toujours été de l\ooo ohms
environ, fournit la valeur de la chronaxie.
Dans une série de 20 expériences, la chronaxie de la corde du tympan
s'est toujours, sauf dans un cas, maintenue voisine de o%ooo4, chiffre
qui n'est pas modifié quand on fait varier la fréquence ou le nombre des
excitations.
2° Nombre des excitations. — . La capacité et la fréquence restant inva-
riables, on détermine le voltage liminaire pour des excitations de nombre
croissant.
Le voltage décroit quand le nombre des excitations augmente. La courbe
qui exprime le phénomène s'incline d'abord assez rapidement vers l'axe des
SÉANCE DU ') JA.WIER 1922. G5
abscisses, puis, pour des nombres élev«'s, tend à devenir parallèle à c«'L ave
A partir d'une certaine valeur, le nombre des excitations n"a plus d'intluence
sur le voilage. Il est à remarquer qu'on arrive à ce résullat pour un nombre
d'excitations de Tordre de la centaine ri'parti en i6 secondes: le pouvoir de
sommation est donc fort élevé. Exemple :
Expérience dit 1- février. — (Milieu (ie i S''?. Caparité o,3 microfarad. Iiilfi\ nlle
(les excitation- ~ de seconde.
\ombre des excitations.. .
\ oltac;e liminaire
G
\'.\
•4
3G
Go
9<>
î 'i
9
3
1.3
"••.»
(..S
Fréquence des excitations. — Le nombre des excilations el la capacité
restant invariables, on chercbe b- voltage liminaire pour diflércnles fré-
quence?.
(Juand on augmente l'interxalle entre les excitations, le xuliage s'accroît.
La Courbe d'abord parallèle à l'ave des fréquences, les rytbmes rapides
influençant faib'emeni le voltage, remonte ra})idement pour les rvthmes
lents pour lesquels elle tend à devenir parallèle à Taxe des vo!tagc>.
Exemple :
Expérience du i:? avril. — Chien de 17''^. Capacité o,35 microfarad. Noml^re des
evcilations 36.
Intervalle en seconde ,' ^ ', l i
Noltape liminaire -2,65 3,65 2,8 4-5 >> 20
Les recherches que nous venons d'exposer constituent la première déter-
mination ((uanlitative de l'excilabililé d'un appareil secrétoire. iVous
constatons que les lois <pii n'-gissent cette excilabililé rentrent dans la
formule générale des nerfs itératifs. Il dexient possible d'<''tabiir une compa-
raison avec ceux qui ont été étudiés par Lapicque et ses collaborateurs chez
les Batraciens.
La chronaxiedesxaso-constricteurs el des inhibiteurs cardiaques mesur('-e
chez ces A ertébrés à sang froid a élé trouv(''e égale ào\oo2; la chronaxic de
la corde du tympan est notablement plus petite, mais l'écart paraît de peu
d'importance si Ton tient compte de la difféi^ence de température entre les
Batraciens et les Mammifères.
Si l'on compare le pouvoir de sommation des divers organes éi.udi<'-s,
celui de la glande salixaire est bien plus grand (|ue celui de la moelle prise
comme centre réflexe; il est moindre 'que celui des ehromatophorcs étudiés
par M"*" Ko^nigs. Il se rapproch*- de celui de la Innique contractile des
\ aisseaux.
G. R., 199 j, I" Sp/nps/rp. (T. 17'i, N"!.) ^
1)6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CiilMlE PHYSIOLOGIQUE. — Le venin dès fowmis ^ en parùcuUer V acide
formique. Nole(')de M. IIobkrt Stumper, pirsenU-o par iM. E.-L. Bouvier.
Dans celte note nous j'ésninoiis nos reeheiclK's chimiques sui' le venin
des fonimis, notamnaent sut' l'acide foi'ini(|uc \ coiilenu. jNous avons
làelié avaut. tout d'apportei' un peu de Iinnière dans nos connaissances aussi
confuses qu'incomplètes sur re. sujet. Généralement on alliihue raclion
toxique (le ce Nenin à l'acide formique; d'autres, par exemple von Kiiith,
Kobert et Panst. critiquent une telle assertion. yVvanl d'entier dans le vif
de la question, il est indispensable d'exposer succinctemeni la morphologie
(le l'appareil venirnpux des Formicides.
Tontes les fourmis, à rexce|)li(>n des mâles. |)()ssèdenl nn organe veni-
meux. comp(>S('' d'un dard el d'une glande à venin. Chez les Ponerina\
Myruiicind- el DoryUnxv^ le dard est bien développé: chez les Campono-
lime, le (lard est rudinientaire, mais la glande est bien développr-e; qnani
aux Dolichoderinœ. le dard et la glande à veniii son! rudimentaires. mais
elles possèdent des glandes anales dont la sécr(''tion odorante et ginanle
constitue la partie la plus eflicace de leur jéaction prolecirice.
Nos études ont pour objet la recherche et le dosage de H. COOH dans le
venin de diir(M^entes fonrmis, afin d'établir une relation entre la forme de
l'appareil vénénilique et la pro ludion d'acide formique. La première ques-
tion que nous nous sommes f()rc('' de résoiidre ('tait de savoir si le venin des
fourmis contient, à C(')lé de H.CO()H. d'autres acides libres. La méthode
employée était cède de Duclaux (-), dont le principe est le suivant : les
acides organiques (en solution <^ -i pour loo) distillent d'une fa(;on rigou-
reusement caractéristique pour chaque acide. On n'a qu'à sinvre la marche
de la distillation en titrant racidit(^ des lo""', 20""', 3o""', etc. de liquide
distillé et en calculant l'acide pass('' en centièmes de l'acide total, le \olume
initial étant toujours 1 10""'. on bien en calcidant l'acide pass('' à la distilla-
tion en pour 100 des loo""' de distillai. De ces deux manières on obtient
une série de nombres caractéiisliques de l'acide en question. Des écarts
notables avec ces nombres ré\clent la présence soit d'un, soit de plusieurs
autres acides.
Nous avons soumis à la distillation : 1° un extrait aqueux de Formica
(') Séance du 2- décembre 1921.
( ■') M. DrcLAVx, Traité de Microbiologie^ t. II.
SÉANCE DU 3 JANVIER I922. 67
/•Il /'a, la. fourmi fauve de nos bois, réputée par sa production abondante
de H.COOH, et 2" un extrait aqueux de Vataglyphis bicolor, une espèce
tunisienne, dont j^ai eu à ma disposition un grand nombre d'individus
vivants.
Le Tableau \ rc'sume les résultats obtenus en calculant l'acide passé en
|)0ur 100 de l'acidité des 100'^"'' de liquide passé à la distillation.
Tarleai
I.
Nom lire de cm •
/ nifii.
Acidité
\(
('(ihigiyjiln
[s hiiulur.
Veidilé
jirilire de cm
de NaOIl
en pour lUO
de ^ilOH
en pour 100
\ 10 lus
de l'acide
\/10 lus
de l'acide
II.CUOU |)iir
Uuanlitf'
sur
des lOOcm-'
sur
des 100'"''
( nombres
distiller.
la burette.
de dislill.
la liuretle.
de dislill.
de Duelaux ).
0.
h.
r.
d.
e.
,/'.
rin"
10
cm-'
"•99
5,8
cm'
o,3o
5,54
5,9
20
•i,o8
12.5
0,62
11,3
12,2
,3o
. 3 ,25
19,^'
1 .00
i8.5
19, r
4o
4 ) "j 4
26,5
1,37
25,3
26,3
5o
5,90
34.5
1,80
34,3
34,3
60
7,43
43,5
t
2,36
43,5
43,^
7"
9-3i
54,3
2,9'^
53,8
52,7
80
11,43
66,8
i
3,57
62 , 2
65 , 3
9f>
14,43
82,2
4-37
79' 95
79<9
100
17,10
100
5.42
lOd
1 00
(110)
29 . 60
9, 20 (cale.
)
L'inspection de ce Tableau, notamment la comparaison des colonnes r, c
el /', dénionlre une concordance parfaite avec les nombres de Duelaux, de
sorte (|ue nous souiiiies en droit d'iiïférer que le venin des fourmis soumises
à Tétude ue renferme, comme acide volatil libre, que H.COOH. Toute-
fois, il est à remarquer que la théorie de la dissociation éleclrolytique ei
la loi des masses nous font pré^oir la présence d'au! tes acides, à condition
(lu'il yaitdesanioiis, parexemple Cl, SO''. PO\ Cependant la méthode de
Duelaux n'en a pas ré\ élé la préseuc<', de sorte qu'on peut dire que le \euin
des fourmis n'eu reuferme que des quantités néoligcables.
68 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BIOLOGIE. - Sur les caractères c/' un Hybride issu de F union (F un Canard
musqué mâle (Cairina moschala Flem.) et d'mie Oie d' Egypte femelle
(Ch-'iialopes a'gypticus Eyt.). Noie de M. A. Lé<:aii.lon. présentée par
M. Hcnneguy.
• !*ar suite de la promiscuité dans laquelle se trouvaient, au jardin zoolo-
g-ique de Toulouse, un couple d'Oies d'Egypte et un Canard musqué mâle,
naquit, en 11)17, une couvée qui contenait, outre les petites Oies normales,
un liybi'ide qui vit encore aujourd'hui et dont j'ai pu étudier les mœurs, les
caractères morphologicpies externes et la coloration spéciale du plumage.
Le Canard musqué et l'Oie dlOgyple appartenant à deux espèces très nette-
ment distinctes et mémo assez éloignées l'une de Tautre dans la classifica-
tion, l'examen des caractères spéciaux de l'hybride qu'ils avaient produit
ne pouvait manquer d'intérêt. Voici les faits principaux qui résultent de
mes observations :
Dès sa naissance, le jeune hybride différait des petites Oies nées en même
temps que lui par sa coloration générale jaunâtre, caractère montrant sa
parenté avec le Canard musqué, dont les petits sont presque totalement
jaunes. Au bout de quelques jours, la femelle d'Oie d'Egypte commença à
frapper violemment, avec son bec, le jeune oiseau, tandis que, comme d ha-
bitude, elle se montrait, pour le reste de la couvée, extrêmement dévouée
(chez rOie d'Egypte les deux sexes soignent leur couvée avec une sollici-
tude remarquable). J'attribue la cause de celte altitude non pas aux faibles
dilïeiences d'aspect qui existaient alors entre le peiit hybride et les oisons,
mais à Tode-ur spéciale que le premier de ces animaux exhalait (la chair du
Canard musqué maie est de même peu appréciée à cause de sa saveur peu
agréable).
L'hybride adulte, qui est du sexe mâle, a une physionomie qui le dis-
tingue très nettement des deux espèces dont il est issu. IVjurtant. si l'on
examine avec soin ses divers car.iclères, on en trouve facilement qui le rap-
prochent d ivantage tanlot de l'une, taulol de laulie. Sa taille est plus
considérable que celle des Oies d E^^y ne et éqiivariLÙ celle du ('aiiard
musqué mâle (lequel est pi us gros que la femelle). Le port de l'animal le fait
ressembler davantage à l'Oie d'Egyjjte (chez le Canard musqu('' le corps
occupe, pendant la marche, une position à peu près horizontale et rase
presque le sol, tandis que chez l'Oie d'h^^gypte il est très relevé en avant et
se tient, par suite de la forme de la patte, beaucoup plus loin du sol).
SÉANCE DU 3 .lA.WIEK I922. 69
L'hybride ost muet, comme le Canard musqué, tandis que les deux sexes,
chez l'Oie d'Éu^ypte, poussent des cris perçants, il est très combaltif et
s'attaque à des oiseaux de grande taille tels que les Cygnes noirs. Sons ce
rapport, il ressemble aux Oies dÉgx pte, dont !e mâle, à l'époque des cou-
vées, poursuit les chiens et même les personnes qui passent [)ii''S de lui.
Dès que r hybride lui adulte, il s'apjjaria avec une femelle d'Oir
dM^gypte, l'i le couple, bien qu'ayant toujours été infécond, 11e se désunit
pas au cours des ti'ois aimées suivantes. Les deux oiseaux s'envolaient,
toujours ensemble, jusqu'à des distances de plusieurs kilomètres el reve-
naient chaque jour dans le jardin où ils trouvaient leur nourriture. A ce
point de vue, riiybride se comportait comme le mâle d"Oie d'Egypte, lequel
leste indr-niiinient uni avec la même femelle.
En ce qui concerne la coloration du plumage, on ])eut dire que, sur la r«''-
gion dorsale du corps, 1 h;ybride ressemble davantage au Canard musqué,
tandis que. sur la face ventrale, il se rapproche plus de l'Oie d'Egypte. Mais
sous ce rapport il n'y a pas identité complète. La couleur blanche manque
presque complètement chez lui, tandis que ditns les deux sexes de l'Oie
d'Egypte ilv a, sur les ailes, une large bande blanche coupée d'une ligne
noire et, chez le Canard musqui-, des plumes alaires blanches également
très caractéristiques.
L'aspect de la tête et du bec est aussi caractéristique II u"y a. sur le
milieu de la tète, aucune de ces plumes érectiles qui distinguent le Canard
musqué mâle. De plus, tandis que chez le Canard musqué les parties cuta-
nées épaissies, de couleur rouge vif, dépourvues de plumes, qui recouvrent
la base du Bec et les côtés de la tête (jusqu'au delà de Tceil) sont extrême-
ment développées, elles sont à peine indiquées chez Thybride où on les dis-
tingue seulement autour de la b ise du bec.
Enfin, aucun des groupes de plumes de ciuleur marron que l'on trouve
chez les Oies d'Lgypte (autour des yeux, autour de la base du cou, sous la
partie thoracique) ne se rencontrent chez l'hybride.
Il résulte de cet ensemble de faits que l'hybride dont il est ici question
se rattache incontestablement par certains caractères aux deux espèces qui
ont fourni les deux: progéniteurs desquels il est issu. Mais il a néanmoins
aussi des caractères spéciaux qu'il ne serait pas toujours facile de considérer
comme interinédiaires ent^re ceux de l'Oie d'Egypte et ceux du Canard mus-
qué. On ne pounait le regard'-r com ne constitué par une mosaïque de ca-
ractèr >s dont les uns sei'aieni identiques à ceux du père et les autres iden-
tiques à ceux de la mère.
70 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BIOLOGIE. — Sur ^indépendance de la glande séminale et des cniac-
Icres sexuels secondaires chez les Poissons. Elude expérimentale ( ').
Note de M. R. Courrifjr, présentée par M. ^^ idal.
En été, ri']pinoche iiiàle se dislinjj;ue de la femelle par deux caractères
sexuels secondaires bien nets : une pigmentation rouge de l'abdomen et
une sécrétion muqueuse des cellules rénales. A ce moment les ampoules
spermaliqUes du testicule renferment un nombre si considérable de sperma-
tozoïdes qu'à un premier examen on ne voit que ces éléments. Il faut étudier
attentivement les préparations pour découvrir dans le fond des ampoules
quelques rares spermatogonies et noyaux de Serloli. Une glande intersti-
tielle abondante existe entre les tubes séminifères.
Ce Poisson, capturé en hiver dans une eau de 4° à 7° de température, ne
possède plus ses caractères sexuels secondaires. Il ne se distingue plus de la
femelle par la coloration de sa robe et son rein ne présente plus la sécrétion
si caractéristique que Ton observe au moment du rut. Quelques mâles
cependant ont encore une teinte rose pâle sur l'abdomen. L'examen bisto-
logi(]ue du testicule montre qu'à cette période de Tannée les ampoules
séminifères sont distendues par les éléments de la lignée séminale qui sont
tous présents.
Il y a spermatogénèse et spermiogénèse. Mais tandis que les spermato-
gonies et les spermatocytes existent en assez grande quantité, les spermies
sont plus ou moins nombreuses; en tout cas il en existe beaucoup moins
qu'en été. On peut trouver parfois dans les espaces interstitiels quelques
rares îlots de cellules glandulaires, en particulier au voisinage du bile. Ces
Ilots se remarquent surtout chez les mâles qui ont une teinte rose. Cette
simple observation fait déjà soupçonjier que la glande séminale ne condi-
tionne piobablement pas les caractères sexuels secondaires, puiscjue nous
\ oyons qu'elle est en activité en hi\er quand le^ différences sexuelles font
défaut.
Cependant cette eonelusion ne s'impose pas, <ar les conditions ne sont
pas les mêmes qu'au moment du rut. A cette époque il y a en etïel beaucoup
plus de spermatozoïdes dans le testicule: d'autre part les facteurs nourrilure,
lumière et chaleur, sont difîérenis dans les deux cas. La question lumière
(') Voir les ISVjies antérieures : Comptes rendus, t. 17:i, ^3 mai 1921; C. R. ^oc.
Biol.^ 8 juillet et i- novembre i«).h.
SÉANCE DU > JANVIER IL,1>2. 7I
mise à pari, on peut par rexpérimcnlnliou se placer clans les mêmes cniicli-
lion qu'en élc au point de vue de la température el de Falimenlalion. C'est
ainsi que nous avons fait vivre des E[)inothes dans un aquarium à eau cou-
ranle maintenue à une température conslanle de 17''. Ces poissons fuient
très copieusement noui'ris. Après un mois et demi d'un lel trailemcnl,
l'examen montre que la pigmentation n'a pas été influencée. Ou trouve des
mâles aussi pâles que les femelles et d'autres qui présentent sur l'abdomen
la teinte rose déjà signalée chez les animaux témoins. Le rein ne révèle
aucun chang^ement d'aspect; il possède la structure d'un i-ein de nfiàle normal
d'hiver ou de femelle. Majs le testicule est grandement modifié.
Les ampoules spermaliques montrent une structure absolument id<'n tique
à celle qu'elles ont durant Tété. Elles sont bourrées de spermatozoïdes et
il ne subsiste que de rares ilols de spermatogonies et de spermatocytes
comme en période de reproduction.
Nous n'avons [)as observé de changement au niveau dos espaces intertu-
bulaircs ('): on peut trouver parfois de petits amas de cellules interstitielles
comme chez les animaux témoins.
Grâce à l'aclion de la chaleur, nous avons donc pu obtenir une glande
séminale ayant une structure homologue à celle qu'elle possède en été. Les
ampoules renferment autant de spermatozoïdes qu'au moment du rut, et
pourtant aucune action ne fut enregistrée sur les caractères sexuels secon-
daires. Mais ici une distinction est nécessaire. L':s conditions ne sont pas
les mêmes qu'en été pour les cellules pigmentaires. el si les hormones
sexuelles jouent un rôle dans la pigmentation, il n'est pas exclusif. On sait
en effet que la lumière, la chaleur, le frottement, la coloration du fond,
l'ablation des yeux, etc. ont une ai'tion sur les chromalophores (-). Laissons
donc de côlé ce caractère sexuel secondaire à déterminisme complexe et ne
considérons que le rein. Il est fort probable que la lumière et la coloration
du voisinage n'exercent aucune action sur cet organe. Au cours de notre
expérience, il se trouve donc dans les mêmes condilions qu'en été. On peut
dire alors que si la scciétion parliculière que pi-éscnlent les néphrocytcs.à-
l'époque du rul était provoquée par une hormone issue delà glande séminale,
elle devrait apparaître chez les animaux en e.\[)érience, puisque Icur>
ampoules séminifères ont une structure identique à celle qui existe au
moment de l'activité .génitale.
(') Nous pensons, d'après (le> recherches en couis, qu'en fai-anl durer l'expérience
plus loMglemps nous pourrons obtenir ia formalion dune glande inlersiiiiellc hieii
développée, ainsi que l'apparilion de la sécrétion parliculière tlu rein.
(■-) Voir les travaux de lle-se, \ . Friesch, Kopéc, Hirschler, etc.
7^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
f^a seule différence à noter entre le tcsiicule des h^pinoches màlcsà carac-
Lères sexuels secondaires el celui d^'s mâles ne possédant pascps caractères
esl la présence des cellules interstitielles dans le premier cas et leur absence
dans r-autr<'.
Conclusions. — I . Par Taction de la chaleur, on active les divisions sper-
malo^énétiques dans le testicule de TÉpinoche d'hiver cl Ton ohlicnl d<-s
ampoules séminifères ayanl une structure entièrement identique à celle
qu'elles possèdent en été ( ').
1. Lu glande séminale, formée en qualité el en quanlilé des mêmes consli-
luants qu'au momc^nl du rui, ne provoque pas l'apparition des caractères
sexuels secondaires et en parlicidicr la sécrétion spéciale du rein, bien (pie
cet organe se Irouve dans les mêmes conditions de température et de nutri-
liou qii'eji été (-).
:>. Les deux caractères sexuels secondaires de l'I^pinoche ne réagissent pas
de la même façon à l'hormone sexuelle: il semble y avoir une différence
quantitative La , quantité d'hormone capable d'influencer les chroraato-
pliores |»araît devoir être moins grande que celle qui esl nécessaire à la
r(''aclion des néphrocyles.
CYTOLOGIE. — La régulalion du nombre des cltromosomes chez les em-
bryons p(wlhénoirènèliqii€s de Grenouille rousse. Son mécanisme. Note
de M. li. HovAssH, présentée par M. F. Mesnil.
Conliimant des données de Br.ichet, Henneguy, 1{. Goldschmidt et
J. Loeb, nous avons signalé antérieurement (') une aulorégulation du
nombn; des chromosomes chez une partie des embryons de Grenouille
obtenus par le procédé Balaillou.
De nouveaux élevages nous ont apporté une série de détails complémen-
taires. Cent (jimrante nouveaux embryons ou larves ont ("té étudiés cytolo-
giquemcnt : sur cet ensemble, -fi ont reconstitué leur nombre 'in (2^);
(') L'action de la ciialeur sur la di\isioii cellulaire esl bien connue. Audigé pense
cependant que la température n'a qu'une très faible action sur l'activité sexuelle des
Poissons. Bounliiol et Froii ont vu au contraire que les conditions thermiques ont
une action sensible sur la ponte de quelques Poissons d'Algérie.
("-) S. Kopéc attribue l'apparition de la livrée nuptiale chez le Vairon à la quantité
abondante de sperme ^e trouvant dans les glandes génitales au moment du rut.
(•^) R. HoVASSE, Le nombre des chromosomes chez, les embryons pariliènogéné-
Uques de Grenouille (Comptes rendus, t. 170, 1920, p. 121 1).
SÉANCE DU [-i JANVIER I922. 70
65 ont p^arclé leur nombre haploïde Ti-i ); enfin, parmi toutes ces ébauches,
i4 ont nionlré une réi^ulation aberrante.
La ui;(.iîL.vTi().N. — Elle est générait' : dans les cas normaux, il semble que
tous les noyaux, cju'ils proviennent d'un lissu somalique ou g-énital, ont
reconstitué leur nombre diploïde, ainsi que le montre la constance approxi-
mative des diamètres nucléaiies, idenliqiic à celle qui s'observe chez les
ébauches normalement fécondées.
La régulation est pi'écoce. >yous l'avons constatée sur une morula ayant
7 heures d'évolution. Cependant, il ne semble pas cjue ce soit lecas pénéral.
Si l'on compare le nombre des eud)ryoiis et larves non régulai isés au nombre
total des ébauches, successivement dans les stades jeunes (de 7 heuM>s à
24 heures d^i'^volulion) et à des âges plus avancés (de 4 jours à 8 jours), on
obtient des ri-sultals dilTerenls : 63 pour 100 dans le premier cas, 36,9 l'our
100 dans le second. Le nombre des régularisés augmente donc avec rage des
ébauches.
Il ne semble pas, d'autre part, que, au moins au début de révolution, la
mortalité des embryons haploïdes soit plus forte que celle des régularisés,
la régulation continue donc à se faire au moins dans le début de la segmen-
tation (stades morula et blastula).
Certaines régulations anormales confirment du reste celte hypothèse.
Dans quelques larves, le caractère de généralité fait défaut : on observe par
exemple des îlots cellulaires à éléments diploïdes. enloui'és de toutes parts
de cellules ayant conservé leur nombre haploïde, ce cju'il n'est possible
d'expliquer que par une régulation tardive.
D'autres larves anormales présentent soit un nombre de chromosames très
faible : de 3 à 8 par exemple au lieu d'une douzaine, ou bien au contraire
un nombre considérable de segments chromatiques. Daus l'un de uos œufs,
chacpie cellule a un nombre de chromosomes voisin de 100. Il est intéiessant
de remarquer (pie des anomalies idenliipies à cette dernière se retrouvent
chez l'Abeille mâle, dans les blastodermes parthéiiogénétiques des Oiseaux,
enfin chez les larves d'Oursin obtenues par des procédés chimiques.
Le MÉCAMSMi: i;i;(,u],Aii:LK. — La régulation n'est pas le résultat d'une fusion
du pronucleus femelle avec le second globule polaire non émis, ainsi que l'a
montré Uataillon, et que le confii-me d'autre part la continuité de la régula-
tion au début du développement. Le mat''riel étranger introduit dans l'œuf
par la piip'ire, bi^n qu il puisse parfois se fusionner avec le noyau femelle^ ne
joue égaleinent aucun rôle dans l'ai gmentation du nombre.
Bovcri, puis récemment Herlaut, ont tent<'' d'expliquer la régulation par
^4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le jeu d un iiioiiasler qui augmentera il le nombre et se Uansfornierail ensuite
en diaster, La sej^mentalion dé])ul'^rait alors avec un nom])re double ou
quadruple de chromosomes. Celle hypothèse exige un relard au début de
la segmentation, relard qui. en fait, ne se constate pas le plus souvent ; ou
bien, s'il se constate, se montre totalement indépendant de la régulation.
L'hypothèse nous semble donc insuffisante.
Nous avons observé dans quelques œufs, (lyanL tous le nombre, haploïde.
une division anaphasiciue des chromosomes, suivie du resle par une dissolu-
tion complète de leur substance lors de la télophase, dissolution ( jiii dépouille
ce fait de sa finalité apparenle. Nous considérons celle division simplement
comme l'indice d'une augmentation de la quanlilé dechromalinc nucléaire,
au\ dépens des produits nucléiques que l'on sail exister dans le cytoplasma
des œufs aussi bien d'oursin (Masing)que de grenouille [ Fauré-Frémiet
et du Vivier de Slieel (')]• Cette au^'uieutatiou est la conséquence' d'un
équilibre de parla^e qui tend à s'établir enlre cette chrouiaiine cyloj>las-
mique et la chromaline du noyau. C'est d'elle que dépend vraisemblable-
ment rautorégulaliou du nombre. Les varialions quantitalises probables
de la cliromaline cytoplasmique permettent d'expliquer les divers cas
observés : rès,idalion quand la réserve est suffisante pour combler le déficil
initial; non-iégulation dans le cas contraire, ainsi que les divers troubles
enregistrés.
PARASlTOLO<iiE. — Coccidies d'oiseaux palustres. Le genre Jarrina n. g.
Note (-) de MM. L. Léger elE. Hesse, présentée par M. Henneguy.
Nous avons trouvé de façon à peu près constante, dans l'intestin des
Foulques, Fulica alra V.. (oiseau de matais, désigné ordinairemeul m»us le
nom de « Macreuse » dans le midi de la France) et, plus rarenieiil , dans c<'lui
des Foules d'eau, Gadinula chloropus L., une petite Coccidié du grou[)e des
Eimeridœ, bien caractérisée par la forme très spéciale de ces ookystes
ovoïdes, avec large goulot à l'un des pôles {fig- 6) età paroi ponctuée par
de fins cauaiicules. Nous pi'usons que ces caractères si particuliers justifient
la création d'un i^enre nouveau que nousa|)pellet oris .Mr/'zV/rt (diminutif de
Jarra, petite jarre), perinettant ainsi de distinguer ces formes si spéciali'S
(') Fal:ué-1'*r(^;miet el ou \nn;it ut Sikkel, Composition cftiwique de l'œuf et dv
Ir tard de W. teniporaria L. iConipti^s lendiis. t. 1/3. lo'^f, p. 6i'^).
(-) Séance du 'i- décembre iQ'^i,
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. '^5
(le> iiombreusrs Hluncria \\ ook\stes lisses, sphériqucs ou ovoïdes à [lôli-s
st-mblables. Pour ceux qui, comme Liihe et ] htllciii, tieimeul a conserver
le genre Eimeria sensu lato, ce nouveau genre serait à considérer comme un
sous-genre de ce dernier; mais si Ton adopte avec les auteurs la sous famille
des Eimerinœ. la conservation du g^^nre Eimeria s. l. parait bien su])erflue,
puisque ses caractèirs se confondent alors avec ceux de la sous-familb- dont
il serait [)erpétuellement l'uniqu»' représentant, comportant toujours soit de
nouveaux sous-geures, soit d'innombrables espèces ce qui n'est pas fait pour
faciliter les études de systématique.
Déjà Labbé en 1893 a décrit, sous le nom de Coccidium (Eimeria) rosco-
viense^ une Coccidie à o<ikysl<' tronqué et à spores |)iriformes, commune
dans les Échassiers de rivage, et qui devra vraisemblai)lemeril rentrer dans
notre genre Jarrina. De même, sans d(mte aussi, la Coccidie de r<Jie
(C. Iruncatum), décrue en 1891 par Raill<'t et Lucet et, comme la précé-
dente, incoimueau point de vue de son évolution. Aous ay\ïe\\rro\\s Jai-rina
paiudosa notre espèce qui est caract<''risée par ses spores ovoïdes à pôles
semblables.
Description. — Nous n'avons observé que rarement les stades de schizo-
■i--^-
;ri?55>-
Jarrina padulosa. — Fig. 1 à 7 x 1200: 1, Schizoïile; 2, Miciogamétocylc; ;j, MàcrOgamètc ;
i, Fécondation; ô, Ookyste stade de repos: (i, Ookysle inùr avec 4 spores; 7. Ookysle vide;
S, Spore < 1700 : 9, coupe opli.fue In-s grossie de la pnroi de Tookyste montrant les canalicules.
goniedans l'intestin des Foulques. Les scbizonles adultes sont silués dans
les cellules épithéliales enire le noyau et le plateau. Ovoïdes ou subsphé-
riques, ils mesurent en moyenne lo!^, leur cytoplasnia est chromopbile v.\
nous avons compté jusqu'à 32 noyaux (fig. i). Nous n'avons jusqu'ici
rencontré qu^un seul bouquet de scbizozoïles, arqués et effdés a\ec quelque?;
grains chromatoïdes.
Le< microoramétocvles, silués de même dans les cellules épithéliales^ sont
^6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ovoïdes, de 9'^'X y'"*', l^eur eytopla&iha clair esl cotiveit de nombreux îi(»y;iiix
petits et virgiiliformcs^//^. 2) donnant des niicrogamèles filiformes dn t}'])e
Eimcricï.
Macroga mêles et ookystes se rencontrenl plus connnunéin('nt que les
stades précédents. Nous les avons toujours trouvés en gi-and nombre en été
dans les Macreuses de la Camargue et les marais (]*- Tunis, I^es jeunes
macrogamèles sont ovoïdes, puis de\iennent spbérjques au terme de leuj'
croissance. A ce moment, le macrogamèle, qui atteint 12^^', distend consi-
dérablement la cellule en refoulant et conq)rimanl le noyau dans la partie
basale {fig. 3). Son cytoplasma granuleux esl cbargé de corps cliroma-
loïdes spbériqnes ou arcjués, cpielquefois sous forme de fiUiments parallèles.
Le noyau est centrai avec un gros katyosome. Au moment de la féconda-
tion qui semble s'ellectuer alors que le parasite esl encore dans la cellule-
hôte, le noyau s'élire et vient au contact de la surface {fig. 4)- Anssiiôl
après, le macrogamète subir une contraction et devient ovoïde en jnêmc
temps qu'il sécrète une épaisse paroi, sauf au pôle supérieur (correspondant
au plateau de la cellule) où celte paroi se rétracte, limiianl un assez large
orifice autour duquel elle se replie en foiuiHut un bourrelet circulait e qui
bordei-a le goulot de l'ookyste {fig. 5). Ce goulot n'apparaissanl, av<'c la
paroi, qu'après la fécondatioti, ne peut donc être interprété comme un
micropyle.
Ainsi formés, les ookystes, abandonnant les débris de la cellule-bote,
tombent dans la cavité intestinale pour être exj)ulsés à l'extérieur: ils
mesurent en moyenne i[\' sur ii^^. Leur paroi épaisse apparaît ponctuée à
un foi't grossissement et cette ponctuation est l'expression de fins cana-
licules qui la traversent {Jîg. 9). In vùo leur contenu est granuleux, jau-
nâtre avec un espace clair central correspondant au noyau. La maturation
de ces ookystes est longue (environ i5 jours à 18") et difficile à obtenir,
car beaucoup d'entre eux sont la proie des bactéries qui trouvent, sans
dont", au niveau dn goulot, une zone de moindre résistance facilitant leur
pénétration. Au cours de la maturation, on voit d'abord le contenu se
contracter en une masse sporogène spbérique, que deux divisions succes-
sives transforment bientôt en quatre sporoblastes également sphériques.
Puis, cbacun des sporobla-tes s'allonge pour donner une spore ovoïde.
Ainsi se forment quatre spores remplissant toute la cavité de l'ookyste sans
masse résiduelle. Au pôle antérieur, sous le goulot, se voit souvent un
petit corpuscule brillant, déjà signalé par Labbé cbez L\ roscovieiise (fig- 6 ).
La s[)ore de 9'^' sur 5'^-, à paroi lisse et à pôles semblables, renferme dans
SÉANCE DU 3 JANVIER 1922. 77
sa cavité deux sporozoïtfts avec un petit reliquat granuleux central (/?»•. 8).
Dans nos vieilles cultures, nous avons observé un C(>rlain nombre d'ookysles
vides. Le goulot avait subi une légère dévaginalion (fig.*-;), ce qui nous
porte à penser qu'il représente l'orifice par lequel les spores doivent nor-
malement s'écbapper de leur o )kyste, peut-être sous racfKJU d une ])ression
interne provoquée par des [»li(''nomènes d"absor|)lion qui se manifesleraient
dans, lestomac d'un nouvel bote, grâce aux fins canalicules dont la paroi
ookyslique est ciiblée.
DiAGNOSE. — Ci. .hirrina n. g. Goccidie Eimeridœ de la sous-famille des
Eimerinœ (ookystes à quatre spores dizoïques) à ookystc ovoïde muni d'un
goulot à l'un des pôles et à paroi ponctuée.
/. paludosa n. sp. Ookyste de i4''-i5î^x 11'' mûrissant en dehors de
l'hôte et donnant sans reliquat kystal quatre spores dizoïques ovoïdes bicu-
niques de <^^'- sur 5'' avec uu pelit reliquat sporal granuleux cenli'al.
Habilat : Intestin doiseauxde marais; /^M/?'crtr/;/*<2 (Dauphitié, Camargue,
Tunisie): Gaflijiu/a c/iloropiis {Dduplnné).
PATHOLOGIE. — Sut^ an cas de moniliase bronchique.
\oie de MM. A. ÎSartory el L. Moixson, présentée par M. Guignard.
Kn juin dernier, nous i-olions des expectorations d'un malade suspect de
tub'^rculose pulmonaire un cbainpignon du genre Monilia. Aucun autre
facleui- éliologique, tel que le bicille de la tuberculose. n'a\a.t pu être mis
en évidence dans les crachats.
Syrnptomatologic. — C'est en mai dernier que l'un de nous fut appelé en consul-
tation auprès de M. V..., 38 ans, ingénieur des iMines, ayant résidé à Paris. Le malade
présente à ce moment de la toux avec expectoration sanguine: il manque d'appétit et
paraît amaigri. L'éxulutlon ressemble beaucoup à celle de la phtisie ou de la broncho-
pneumonie. Le début date de deux mois. A l'examen physique on trouve des râles
très nets, du souffle bronchique avec absence complète de murmure vésiculaire; de la
crépitation, des frottements pleuraux et, plus tard, des signes de sclérose pulmonaire',
l'as d'hémoptysie, mais gène respiratoire intense. C"e-l à ce moment que nous edec-
tuons l'examen bactériologique des crachais. L'examen du sang du malade ne révèle
rien et l'examen des urines ne pro.-ente aucun intérêt.
Description du champignon isolé. — Sur les préparations fraîches, il se présente
sous ibrme de cellules arrondies et parfois ovales, mesurant de !\\>- k 6V-.0. Certaines
(le ces cellules ressemblent à une toupie. Kous n'avons jamais rencontré de filaments
nivcéliens dans les e\pectora lions.
Ciilli/re du champignon. — 11 se cultive fort bien sur la gélose or»iinaire, il pré-
^8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
fère cependant la gélose mallosée de Sabouraud. où il donne une grosse saillie
arrondie très nette, d'un blanc opaque.
Sur gélatine ordinaire ou glucosée, il végète bien en donnant des cultures du\e-
teuses, épaisses et saillantes, d'un blanc très pur. Il ne liquéfie la gélatine à aucun
moment; sur carotte, banane, décoction de fruits gélatinée ou gélosée, la culture est
assez luxuriante.
Le sérum coagulé est un mauvais milieu: il }• pousse néanmoins sans provoquer la
liquéfaction.
La pomme de terre, le topinambour, sont des milieux peu fa\orables à la culture
du champignon.
Coractères hioclnniicjues. — Le champignon se colore bien par les couleurs ordi-
naires d'aniline; le colorant de choix cependant est le bleu lactique, et surtout le
colorant triple de (ruéguen, qui nous permet de déceler quelques guttules de graisses
dans les formes ovales et arrondies. Il reste coloré par la méthode de Gram.
Il dégage de l'acide et des gaz dans les milieux à base de glucose, lévulose et mal-
tose, mais pas dans les milieux à base de galactose, lactose, saccharose, raffiuose, dex-
trine et in^iline. Il ne liquéfie pas l'empois d'amidon.
Inoculation. — L'inoculation aux cobayes de crachats frais (trois expériences)
contenant des spores du champignon a donné des résultats négatif»*. Des inoculations
sous-cutanées, intrapéritonéales et intraveineuses ont été faites chez le lapin avec des
cultures pures du champignon isolé. Chaque inoculation était faite avec un fragment
de culture de !\^ heures dans a*"™' de sétum physiologique et agité pendant une demi-
heure de tfranière à bien mélanger tous les éléments.
L'injection sous-cutanée fut négative.
L'injection intrapéritonéale s'accompagna d'une forte température jiendant trois
jours et l'animal maigrit de 3538 (poids initial de l'animal : 17.50^).
L'injection intraveineuse détermina, chez un animal du poids de :i''s,i25. une
mycose généralisée; l'animal mourut au bout du douzième jour avec un amaigrisse-
ment de 5 10°.
L'autopsie révèle les caractéristiques suivantes :
Poumons très congestionnés avec marques ecchvmotiques. lieins très gros et par-
semés sur toute leur surface de petits abcès miliaires. Foie très gros. Rate et intestins
normaux.
Des coupes de poumons et de reins coloi es révèlent la présence du parasite. L'ense-
mencement des divers organes (poumon, rein et foie) laites dans du liquide de Raulin
ordinaire sont positives.
L'agi^lutination est positive au p.'^; la réaction df- Bordet-Gengou est négative.
Trctilemenl du malade. — Nous ;jvons commencé le traitement par l'iode injectable
(huile iodée) dès le diagnostic posé (injections intramusculaires dans la région fes-
sière de 2'''"^ injectés tous les deux jours jusqu'à concurrence de /|0 piqûres).
Depuis le mois d'octobre, le malade ne tousse plus, n'a plus de fièvre; nous le con-
sidérons comme cliniqnement guéri. L'examen bactériologique des crachats ne révèle
plus la présence de Monilia.
Vm résumé, nous nous trouvons en présence d'un cas^de moniliaso bron-
SÉANCE DU 6 JANVIER I922. 79
chique (lécrilc pour la première fois en 1903 à Ceylan par Castellani et
trouvé aussi récemment en France et en Italie par Pinoy et lacono. Plu-
sieurs espèces de champignons du genre Monilia sont susceptibles de pro-
voquer cette affection parfois très grave
Dans le cas que nous décrivons, Tag^nt semble bien être le MoniJui
Piuoyi, [^""examen du champignon en culture cellulaire nous a permis de le
ranger dans le groupe des Monilia. De plus, grâce à Tamabilité de M. ÏNayeb
Farah, nou^ avons pu l'identifier et reconnaître en lui le Monilia Pinovi,
Castellaui, 1910.
MÉDE^[XE. Sur un .signe auditif de spécificité.
Note ( ') de MM. Rousselot et A. Marie, présentée par M. d'Arsonval,
Une étude attentive et prolongée de l'oreille ne devait manquer de
mettre en évidence le retentissement que peu\ent avoir sur cet organe cer-
tains vices du sang.
Lacunes auditives sont souvent synonymes d'infections.
Un cas de paludisme très net a mis sur la voie il y a plu^ de 20 ans.
D'autres et de diverses natures ont suivi. Mais la syphilis a donné la preuve
de lésions caractéristiques presque constantes.
Aussi cette Note ne vise-t-elle que les syphilitiques atteints de syphilis
neurotrope ancienne surtout, et parfois certains jeunes sourds hérédo-
syphilitiques qui ignorent la cause de leur mal et qui en sont innocents.
Le signe est celui-ci.
Intégrité de l'audition pour les notes aigui's jusqu'aux environs de
'2000 vibrations doubles; diminution progressive au-dessous, si bien que,
pour un fort diapason de 224 vibrations doubles, le déficit est considérable
et que pour 64 vibrations doubles il est presque complet.
Ce n'est pas à dire que tout syphilitique soit sourd ou voué fatalement
lui-même à la surdité. Mais si l'on rencontre un sourd qui réalise le tableau
ci-dessus, il y a lieu de se défier.
Ce syndrome auditif paraît aussi caractéristique et pathognomonique,
d'après notre expérience de ces dix dernièies années, que certaines lésions
du fond d'œil pour les oculistes.
Il nous a permis d'annoncer presque à coup sûr le Wassermann positif
que les contrôles dé l'Institut Pasteur ont permis de déterminer en com-
plète confirmation des constatations acoustiques.
(') Séance du •^.7 décembre 192 i.
L.^ L 1 3 R ^
8o ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHOTOCHIMIE. — Elude speclrographique du dédira f^e du platinocyanuîe de
harywn dans r (^ffet Villard. Note (') de MM. A. Zimmerx et M. ^axa.v^s,
préseiilée par M. d'Arsonval.
On sait que les éci-ans lliiorescents ayant subi l'cU'et Yillard (brunisse-
ment de ce sel sous l'action des rayons X) peuvent revenir à Tétat primitif
par Texposition à la lumière dilTusc. Ce phénomène a été attribué par
certains auteurs à une déshydratation, par d'antrps à une transformation
moléculaire du sel avec passaii^e d'une forme isomère à une autre. 11 nous a
paru intéressant de rechercher quelles étaient dans le spectre lumineux les
radiations d'où relève celte réo:énération. A cet effet nous avons exposé une
bande de platinocyanure de b;iryum ayant subi préalablement Faction
des rayons X au delà de la teinte B de l'étalon dosimélrique en usage en
radiothérapie, à l'action de l'arc électrique.
On constate que le dévirage n'apparaît, même après plusieurs heures
d'exposition, que dans des régions parfEitemenl déterminées sous la forme
de bandes perceptibles déjà au bout de très peu de temps, aux intensités
employées, par leurs limites assez franches. Nous en avons jusqu'à présent
compté quatre. Il s'ensuit que les radiations susceptibles de détruire l'effet
Villard semblent se répartir en quatre bandes principales, de largeur
très voisine, la plus basse située entièrement dans l'infrarouge et débutant
à la limite du rouge visible, une seconde dans le vert jaune, une troisième
dans le bleu, et une dernière enlîn, plus lente à venir, dans l'ultraviolet.
(') Séance du 2- décembre 1921.
La séance est levée à i(3 heures et quart.
A. Lx.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉÀNCK DU LUNDI î) JANVIER lî)22.
PRÉSIDENCE DE M. i'Mii.i: HKIITIX.
MÉMOIRES ET COM\IU\ICATIOîVS
DES MKMIîIlKS ET DES GOKIiESlM )M» VXTS DE L'ACVDÉMIE.
M. Emile Picard, en déposant sur le hurean les Comptes rendus des
séances de la sixième Conférence générale des Poids et Mesures, s'exprime
comme il suit :
Je présente ce Volume rendant compte des travaux de la sixicnie Confé-
rence générale des Poids et Mesures. Déjà, dans la séance de rAcadémie, du
3 octobre dernier, en publiant le discours d'ouverture que j'ai prononcé
comme président de la Conférence. j\ai fait connaître le programme des
travaux de celle-ci. Toutes les mesures proposées ont été adoptées, et la
réunion du mois de septembre marqueca une date dans rhistoire du Bureau
international des Poids et Mesures. L'extension graduelle des attributions
du Bureau est un fait d'une haute importance; elle commencera par l'étude
des unités électriques.
La première séance de la Conférence s'est tenue à Paris au Ministère des
Affaires étrangères; les antres séances ont en lieu au Pavillon de Breteuii,
à Sèvres.
M. Émii.e Picard présente en ces termes une brochure intitulée : J.e
Principe de reladvilé et ses applications à f Astronomie :
Dans la séance du 2^ octolire dernier, j'ai eu l'occasion de faire allusion
à un article sur la relativité, que j'avais écrit pour V Annuaire du Bureau des
Longitudes de 1922. C'est un exemplaire de cette petite brochure que je
dépose sur le bureau. On y trouvera un exposé très succinct de la théorie
présentée en vue de ses applications à l'Astronomie, d'un caractère plutôt
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 2.) "
82 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Iiislorique que critique. J'insiste cependant sur quelques points essentiels
jouant un rôle important dans l'établissement de la théorie. L'un d'eux est
la question capitale de la mesure du temps. Ne pouvant dire a priori ce que
c'est que le temps, il faut se borner à le mesurer. Si l'on refuse d'entrer
dans les vues d'Einstein sur le mode de mesure, et si l'on n'admet pas
I interprétation que donnent les relativistes de l'expérience de Michelson, la
théorie manque de base.
Il m'est impossible pour le moment de prendre parti dans les discussions
sur la relativité, qui, je crois, continueront encore longtemps. Les opinions
à ce sujet peuvent dépendre grandement du point de vue où l'on se place,
quant à l'objet des théories physiques. D'ailleurs aucune théorie ne semble
donner actuellement d'explication entièrement satisfaisante de certains
phénomènes électriques et optiques.
NOMOGRAPHIE. — Sur la genèse et l'èlal actuel de la science des abaques.
Note de M. Ch. Lallemand.
Un grand nombre de problèmes pratiques, ressortissant aux sciences les
plus diverses, réclament l'application répétée des mêmes formules et
obligent ainsi à des calculs pénibles et sujets à erreurs. Pour simplifier ces
calculs, les techniciens, pendant longtemps, n'ont eu à leur disposition
que deux moyens : les machines (arithmomètres, intégromètres, plani-
mètres, règles à calculs, etc.), solution souvent coûteuse et d'ailleurs fré-
quemment irréalisable, et, d'autre part, les t'ahles numériques, de construc-
tion généralement longue et fastidieuse, mais surtout peu pratique lorsque
le nombre des entrées dépasse deux. Ln procédé nouveau et infiniment
plus fécond, celui des Tables graphiques ou Abaques, donnant une représen-
tation plane de relations entre plusieurs variables, a fail son apparition il y
a un peu plus d'un siècle. Depuis 1790, date où Pouchet traçait des hyper-
boles d'égale cote sur une table de Pylhagore, cette nouvelle science, grâce
aux travaux de savants pour la plupart français, a réalisé d'énormes
[progrès, dont je me propose de donner une idée somniaire, en renvoyant
pour les détails, au Traité de Nomographie (2*^ édition) de M. d'Ocagne, et
au récent Traité des Abaques de M. R. Soreau ( '), le document le plus
considérable et le plus complet publié sur la matière.
l. Jusqu'à 1884, à de très rares exceptions près, les abaques sont con-
(') OuM-age en deux \olumes (Etienne Chiron, éditeur), Paris, 1921.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 83
stitués par un canevas de verticales et d'horizontales celées, à travers
lequel passe un faisceau de courbes^ cotées elles aussi. Ce mode de repré-
sentation, qui rappelle celui d'une surface topographique par ses courbes de
niveau, s'applique à toute relation entre 3 variables, si compliquée soit-elle.
Dès 1843, en remplaçant, sous le nom de coordonnées graduées^ les variables
primitives par des fonctions auxiliaires, convenablement choisies, de
celles-ci, Lalanne avait, pour quelques équations de type simple, réussi à
transformer également en un groupe de lignes droites les courbes du troi-
sième faisceau : il donna le nom (V anamorphose géométrique k cette transfor-
mation dont, 4o ans plus tard, un savant belge, Massau, devait, le premier,
envisager la généralisation pour trois faisceaux de droites quelconques.
2. En 1884, M. d'Ocagne, faisant une très heureuse application des
théories de Chasles sur les ligures corrélatives et sur l'homographie, trans-
forme, à son tour, en abaques à points alignés et à 3 échelles, les abaques à
entre-croisement, à 3 faisceaux de droites; il donne, en outre, à l'ensemble,
une disposition favorable à la précision. Mais, pas plus les uns que les
autres, ces abaques ne traduisent encore des relations à plus de 3 variables.
3. En i883, préoccupé de simplifier les calculs du Nivellement général
de la France, j'avais, par l'emploi combiné de deux règles très simples,
dites de V addition et de la nudtiplicalion graphiques^ réussi à créer, sous le
nom à^ Abaques hexagonaux, la première méthode générale de représentation
graphique d\ine équation à un nombre quelconque de variables ('), satisfai-
sant à la seule condition de pouvoir, directement, ou après anamorphose,
être séparées, par groupes de deux au plus, dans une somme de produits
de fonctions, telle que
*
-/if^ï-n Vi).A(^'f2, }\)f>{x.i,y.,).. .=--0.
Chacun des groupes est représenté par une échelle dite linéaire, binaire,
ternaire, quaternaire, etc., selon qu'il renferme i, 2. 3, 4? ••• variables.
L'échelle linéaire est une simple droite, divisée d'après le principe des
coordonnées graduées. Véchelle binaire, dont' l'idée première est due à
M. E. Prévôt, l'un de mes collaborateurs, présente, spontanément ou après
anamorphose graphique, deux cours de lignes, droites autant que possible,
ayant pour cotes les valeurs des deux variables en cause. En combi-
nant, par voie de multiplication graphique, une échelle linéaire avec une
(') La brochure contenant Texposé de la méthode n'a paru qu'en i8S5.
84 ACADÉMIE DES SCIENCES.
échelle binaire, on obtient une échetle ternaire ( ' ). \\n associant de même
deux échelles binaires, on a une échelle quaternaire^ etc. Toutes ces échelles
sont orientées parallèlement aux diamètres d'un hexagone régulier. Pour
consulter l'abaque, on emploie un indicateur hexagonal, mobile et trans-
parent, dont les trois diamètres gravés, dits index, sont dispos(''s normale-
ment aux échelles. L'indicateur restant ainsi orienté, on le fait glisser de
manière à amener successivement sous les index toutes les données du pro-
blème. Le résultat se lit sur la dernière échelle, à sa rencontre avec Findex
correspondaiil .
Ces règles générales comportent des variantes adaptées à certains cas par-
ticuliers. Ainsi, parfois, on accole simplement l'une à l'autre deux échelles
binaires, ou bien l'on remplace une échelle binaire fixe par une échelle
linéaire, graduée suivant les valeurs de l'une des variables et successivement
orientée d'après les valeurs de la seconde (-).
D'autres fois, la formule à traduire s'accroît, dans certains cas, d'un terme
supplémentaire; on le représente alors par une échelle additionnelle ('),
formée de bandes courbes cotées. La cote de la bande où tombe le centre de
l'indicateur exprime, le cas échéant^ la valeur correspondante de l'appoint.
D'autres fois eitcore, on élimine par voie graphique, des variables auxi-
liaires impossibles à faire disparaître algébriquement (').
4. Postérieurement, M. d'Ocagne de son côté, par l'emploi, séparé ou
combiné, des deux artifices suivants, a étendu à des formules à plus de trois
variables l'application de sa méthode des points alignés.
Le premier de ces artifices, exposé en 1891, consiste à substituer à une
échelle de points cotés un réseau de points à deux cotes, formé par deux
faisceaux de courbes. Sauf dans le cas particulier dit de^i points condensés, la
droite d'aligm^ment passe à travers ce réseau, comme le fait un des index de
l'indicateur dans un abaque hexagonal avec échelle binaire. Chose curieuse,
le premier aba([ue de ce type est l'abaque à quatre variables que, d'après
des considérations particulières et pour représenter la loi de l'écoulement
(') Comme spécimen, voir dans le Traité de M. Soreau {op. cit., t. 2, p. iS':.
abaque 126) l'abaque Iiexagonal donnant, pour un navire, la dévialion du compas.
(-) Voir dans N iv elle ment de haute précision (a^" édition) par Ch. Lallemand, p. 49"
(Cil. Béranger, éditeur, Paris, 1912), un exetnple d'abaque à échelles pivotantes.
(^) Voir un exemple dans le Traité de M. d'Ocagne ( r<^ édition, p. aSi, ^\%. 12G).
(') Gomme evemple d'élimination graphique , voir dd^n?, Nivellement^ eic.., op. cit..
p. 'iO(), l'abaque Isexagoral de l'cri-eur de réfraction.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 85;
(le l'eàii dans les canaux (' ), (ranguillet et Kutter ont construit, dès 1869,
soit plus de 20 ans avant la naissance de la remarquable ihéorie due à
M. d'Ocagne et dont il a fait, dans toutes les branches de la Science, dos
applicatio-ns nombreuses et variées. Cette théorie a été, en outre, enrichie
par lui de diverses notions, comme celles des valeurs crili(juc<; el des points
critiques, auxquels M. Soreau a d'ailleurs substitué, j)Our l'ordre noniogra-
phique 3, la considération plus générale despoinls nodaur.
Le second procédé consiste à décomposer l'équation proposée en un
système d'équations à trois variables, dont les aba<{ues puissent s'accoler
deux à deux, comme dans certains abaques hexagonaux. C'est aussi en
combinant deux échelles binaires que M. Soreau a imaginé les points à trois
cotes, dont son Traité donne, semble-t-il. le premier exemple (-).
Si la méthode des abaques hexagonaux permet de repi'ésenter des équa-
tions fort compliquées (comme celle déjà citée de la déviation du compas,
impossible d'ailleurs à traduire plus simplement en points alignés), elle a
parfois l'inconvénient (que peut, en ce même cas, ne pas présenter celle des
points aUgnés) d'exiger l'introduction d'une même variable dans deux
échelles distinctes. Tel est, par exemple, le cas pour la formule générale
cosa -- cosè cosc -h siuZ> sine cosA, représentable par un aba(|ue à points
alignés formé de deux échelles rectilignes «, A, et d'un réseau de points à
deux cotes b et c, tandis qu'un abaque hexagonal eût nécessité deux échelles
binaires en b et <?.
5. L'un des procédés permettant de représenter graphiquement certaines
éfjuations à n variables consiste à les décomposer en équations à trois
variables, qui constituent autant d'éléments fondamentaux. M. Soreau
montre que les é({uations de la forme F,o=: G;,, (où i, 2, 3 et 4 désignent
quatre variables 5,, To, ^3 et 5,) peuvent aussi jouer ce rôle et que, en dimi-
nuant le nombre des lis;nes de pivot, l'emploi d'abaques composants à double
alignement parallèle simplifie heureusement la cooslrucliou et l'architecture
de l'assemblage : tel son abaque de la formule de Sarrau donnant la vitesse
initiale d'un projectile (' ). M. Soreau a également iîuagiué, pour les équa-
tions du typeiy„= o(rt désignant une variables,,), un autre type d'abaques,
d'un principe très ingénieux, avec graduations placées, deux à deux, sur des
(^) Voir dans le Traité àe M. Soreau. op. cit.. p. 1129, Abaque 99, la reproduction
de cet abaque, légèrement transformé pour en diminuer rencombrenienl.
(^) Voir Tome 2, page 162. Abaque 1*27.
(^) Traite des .àbarjues, t. 1, p. 388, Abaque 88.
8^6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
circonférences concenlriques, qui servent, en oulre, de lignes de pivots;
ceux-ci ne sortent ainsi jamais des limites de l'épure (' ).
Pour les équations E,o., = o, susceptibles d'anamorphose, l'homographie
et la corrélation sont simultanément synthétisées par la mise de la proposée
sV)US la forme d'un déterminant de disjonction :
co
Etendant le bénéfice de cette propriété aux équations F,,, = (îj,,, suscep-
tibles d'être représentées par deux abaques à double alignement concourant
sur une droite, M. Soreau donne une théorie générale basée sur la réduction
de ces équations aux formes équivalentes
.r. r.
t.
/. ,.".
/'.
A ^.
A,
Ji O-i
/'.
y- -y
.A
I',
X.
1.
z.
y-
/.
S'\
o
ih
.h
i'i
(>
/'.
A
O-i
S-^
Ih
A
A''4
t4
/'v
Lk première de ces formes (oiVles notations x, y, ... indiquent symbo-
liquement les coordonnées définissant les échelles cotées) caractérise le
double alignement concourant; la seconde, le double alignement parallèle.
(>. Le problème analytique fondamental de la Nomographie est celui de
l'anhmorphose des équations \l^^^ = o, c'est-à-dire de leur réduclion aii
déterminant (i) ci-dessus, ou à des formes équivalentes. Abordé par
Lalanne pour quelques équations de typ<'S simph's, ce problème est
lôiriglcmps resté slationnaire. En 1871, de Saint-Robèrt a exposé une
méthode pour réduire, quand cela est possible, une équation quelconque
E, 2:1 = o à la forme : /' -^ /., -f-/,, = o.
La réduction à la forme cariêsicnne gëiiéraie : f^ g.^ -+- /., +/".{ = o, n'a été
réalisée que beaucoup plus tard : en 1884, par Massau, à l'aide de quatre
intégralions; en 1886, par M. Lecornu, à l'aide de trois; dépuis, M. Soreau
a donné une solution par deux intégrations, et M. Gronwall une solution
sans quadrature, m^is par des substitutions pénibles.
Le cas général, consistant à mettre l'équation ]\..j == o sous la l'orme :
|/«, ,^',M /';; I — o (« = I,2,3),
(') A titre d'evemple, voir AJDaque 90 {Traité des Abatjues^ t. 1,' p. SgS).
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 87
n'a été résolu qu'en i9i2parM. Gronwall, dont la savante méthode aboulil à
des équations aux dérivées partielles très compliquées. L'exposé peut en être
beaucoup simplifié grâce à l'important théorème qui suit, dû à M. Soreau :
« Si Ton ne considère pas comme distinctes les anamorphoses donnant lieu
à des abaques homograpbiques, une équation £,03 = 0 ne peut admettre
qu'une anamorphose, sauf dans le cas (résolu par de Saint-Robert) où elle
en admet une infinité. »
7. En pratique, la solution du problème général de l'anamorphose se
simplifie du fait ([ue les variables sont ou peuvent être aisément séparées
dans la presque totalité des équations de la Technique, lorsque celles-ci
sont anamorphosables. La classification vraie de ces équations et de leurs
abaques est basc-e sur Vord/r no mo graphique réel, notion lumineuse due à
M. Soreau. Considérant l'équation
qui contient deux fonctions de z.,, par exemple {^ et f^, M. Soreau dit
qu'elle est d'ordre 2 en z,^, el que cet ordre est apparent ou réel suivant
([u'elle est ou non réductible à la forme <I>,,93 + ^',0 = o, laquelle est dite
d'ordre i en ^3. Il appelle ordre nomographiqne la somme des ordres en 5,,
z.^ et S3 : cet ordre n'est réel que si tous les ordres partiels le sont.
Pour anamorphoser l'équation (2), M. Clark ('), reprenant une méthode
F C
inaugurée par Massau, posait : x = -j^] yz--^-, puis il éliminait z^
et z., entre ces é([uations. S'il obtenait deux équations de la forme :
xf'2-^ySi -h /i2r=o\ xf^ +yg, + A, =0; l'anamorphose (t) était réaUsée.
De cette règle, il avait cru pouvoir déduire le critérium suivant : « L'équa-
tion (2) est, ou non, anamorphosable par voie algébri(jue suivant <|ue
l'élimination donne, ou non, deux équations linéaires en x et y. » Par une
analyse très fouillée, M. Soreau,. précisant l'exacte portée du critérium,
démontre ([u'il n'est pas applicable dans deux cas : i" lorsque l'ordre 2
en :;.j n'est qu'apparent; 2° lorsque la proposée devient anamorphosable par
la règle de l'élimination, après qu'on y a incorporé un facteur anamor-
phosant : chose possible seulement quand il existe, entre /,, «3, /?.,, une
relation homogène du 1% du Z'' ou du 4^ degré.
(') On doil également à M. Clark la lliéorie générale des abaques coniques à points
alignés, dont M. d'Ocagne, antérieurement et pour le cas particulier du fruit inté-
rieur d'un mur de soutènement, avait donné un élégant exemple.
88 AÊADÉMIE DES SCIENCES.
Considérons les éf|nations où F,o, G,., H,o sont des fonctions linéaires
et homog-ènes, d'une part en /', , A', »/'n d'autre part en /.,, ^'^j ^'2'^ elles sont,
par suite, à variables séparées, d'ordre réel total, 3, 4, 5 ou 6. M. Soreau a
établi la proposition suivante, précisant le lien étroit (|ui existe entre l'ordre
réel des écjuations et leur représentation par abacjues : « Toute équation
d'ordre 3 comporte une infinité d'anamorphoses, algébriques et transcen-
dantes. Toute équation d'ordre 4 en comporte une seule, (|ui est algébrique.
Toute é([iiation d'ordre 5 ou 6 né comporte qu'exceptionnellement une
anamorphose, et une seule, qui est algébri(|ue. » Anamorphoses en nombre
infini, anamorphose uni(|ue, ou exceptionnelle, telles sont donc les carac-
téristiques de l'ordre 3, de l'ordre 4 et dés ordres 5 et 6. Ce beau théo-
rème ruinait l'éventualité, jus(|u'alors envisagée, de réussir par voie trans-
cendante, comme pour l'ordre 3, l'anamorphose des équations, d'ordre 5
ou 6, rebelles à la règle de l'élimination : si cet ordre est réel, la proposée
ne saurait alors être anamorphosée ([ue dans le cas singulier où elle admet
un facteur anamorphosant, le((uel est algébri(|ue.
Ce bref exposé suffit à montrer le rôle important qu'a pris la Nomographie
parmi les sciences appli(|uées. L'heure est venue, semble-t-il, de lui donner,
dans l'enseignement technique, la place légitime qu'elle mérite.
M. P. Appell fail hommage à l'Académie d'une brochure intitulée :
Comité inlcrnatioTicd des Poids et Mesures. Procès-verbaux des séances. Session
de 192 1 .
M. Cil. -Ed. Guillaume fait homuiage d'une brochure intitulée : Les
récents progrès du système métrique. Ra[)port présenté à la sixième Confé-
rence générale des Poids et Mesures.
M. Evni.E ScHwoERER présente à l'Académie un travail sui' la détermina-
tion de l'équation séculaire de lu Terre dans la théorie d Arrhénius. Il r<''sulte
de ses calculs, pour l'augmcnlalion de la longitude A, le siècle étant pris
pour unité,
n est le nombre de siècles écoulés.
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. 89
ELECT101\S.
Pai- la majorité absolue des suffrages, MM. E, Roux, Tu. Schlœsing,
L. Maqlexne, E. Leclainche, p. Yiala, L. Linoet, irieuibres de la Section
d'Economie rurale, sout désignés pour faire partie du Conseil d'adminis-
tration d(,' Ylnslitul des recherches agronomiques organisé par Décret du
2G d(''cemb[e i()2i .
CORRESPOIVDAIVCE.
M. Raoul Rayeux adresse un Rapport sur l'emploi qu'il a (ait de la
subvention accordée en 1910 sur le Fonds Bonaparte.
M. le Secrétaiue perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Jean Villey. Physique élémentaire et théories modernes. Molécules et
atomes. États d'équilibre et mouvements de la matière.
2° J. BouGAULT et H. Hérissey. Notice sur la vie et les travaux d' Emile
B ourquelot {i\ \wm i85i — 26 janvier 1921).
3° J. PoiRÉE. Précis d' Arithmétique .
4" M""" Phisalix. Animaux venimeux et venins. (Présenté [)ar M. L.
Bouvier.)
5° PoiNCET. Turbines à vipeur. (Présenté par M. 1^. Lecornu.)
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — 5///' une classe de fonctions croissantes.
ISote de M. Théodore Varopoulos.
1. Envisageons une classe de fonctions [J.(^) positives croissantes indéfi-
niment avec X. mais moins vile que x et considérons une fonction v{x)
décroissante quelconque et un nombre G positif plus grand de l'unité.
Supposons que l'on ail, à partir d'une certaine valeur de x^:^x^^. Vmv-
galité
,u. [ j:- + V ( a? ) ] > 61 . /JL ( J,- ) .
90 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Nous posons
alors nous aurons les inégalités suivantes :
et en multipliant
- /a(a-„)>5>.(.ro),
et, puisque la fonction [J-(x) croît moins vile que^, on en di-duit
a étant un certain nombre positif.
Les relations (i) nous donnent
,r„ 1= ,370 + V ( J"o ) + '> ( -a^i ) + • • • -+- ■> ( ^'^n -. )'
(Toù
parce que la fonction v(j?) est décroissante.
Alors
a [,370 + '^■'■' ( -^'o )] > ^" F ( -fo ) ,
ce qui est impossible puisque le rapport
tend vers l'infini avec n.
Nous arrivons donc à la conclusion suivante :
TriF.ORKMP:. — Pour toute fonction U'(x) croissant moins vite que a\ nous
aurons l'inégalité
lx[x^v{.r)]<:0.iJ.{x),
vérifiée constamment à partir d'une valeur de Xj 0 étant un nombre supérieur
de V unité quelconque et v(cc) une fonction décroissante quelconque.
■séan:ce du 9 janvier 19-22. 9»
ANALYSE MATHÉMATIQUE. - Sur le produit de Laplace relnlif à cer-
tains hypercylindres. Note de M. Pierke Humbert, présentée par
M. Appell.
On sait ([Lie, dans l'espace ordinaire, lo produit de Laplace relatif à un
cylindre ayant pour base une ellipse ou une hyperbole s'exprime au moyen
de lafonctionc^«(s) dite (c de Mathieu » ou « du cylindre el!ipti.[ue ». Cette
fonction, solution périodi.|ue et paire de l'équation différentielle
se réduit, pour X- = o, à cosnz et vérifie aussi l'équalion intégrale homo-
gène .
(,) y[z)-='l.j' e-^'"'^^">-'y{indu.
Dans l'espace à quatre dimensions, nous pouvons considérer le change-
ment de variables
a-— a siru/ sinecoso, v = a sin « sln ç' sln 9,
z z= ai cos a cos r, ^ = t^
qui introduit des hvpercylindres parallèles à l'axe des t, ayant pour base
dans l'espace des jljz des hyperboloïdes (ou, avec une modification insignr-
iiante des ellipsoïdes) de révolution. L'équalion de Laplace AU = o pourra
être véritiée par le produit
la fonction ^" étant solution de ré([ualion aux dérivées partielles
v;-v â-^y , X , '^^'
c 9 ^) h ( 2 u -h I ) col « — -
_ ( 2 ,j. ^_\ ) cot r -— H- A' Cl- ( cos^ a — cos- c) V = o.
a. Si l'on cherche à mellre V s.ms la forme du produit d'une fonction
de « par une fonction de <', on sera amené à considérer des fonctions nou-
velles satisfaisant à l'équation différentielle
y" _^_ 2 (■ coizr' + {a + /.- cos-;) v = o.
Les solutions périodiques et paires, que l'on pourrait appeler Jonctions
92 AC^A.DÉMIE DES SCIENCES.
de Mathieu d'oi-dre supérieur^ se réduiront, pour k = o, au polynôme de
Gegenbauer (J)'(cosî), et v('Tiiieront l'équation intégrale
(3) y{z)—li e'""''"""^in-''uy(ii)du.
b. Si l'on veut au contraire que V soit une véritable fonction de deux
vari ibles, on pourra la considérer comme un cas très particulier des fonc-
tions M (m, e) vérifiant le système
i ^ ^^ , , '^'^^ V '^^^ u àM ^, ,, , ,,
[ -r—. col 1/ col (' ; 1- A col i( h B col «' — f- ( C + />•- cos- m ) M = o,
\i (Jii- (Jaav du ôv
f -5-^ - col a colr - — ■ h A' colc h B col« h ( C + /.- cos-r)M = <•.
V or- Ou (Jv Ov Ou ^ '
La propriété analo^nie aux équations intég-rales (i) ou.("^) est la suivante :
une relation telle, que
M{u, ç) = l / e'-^ '■"■^ « '■»* ? + '^'^^ '•'•"« -^^ N ( p , cr ) ? i n ,0 si n cr i/o do-
existe entre une solution M(u^ c), périodique et paire en u et r, du sys-
tème (4) et une solution N(p, ct), périodique en p, a, du système '
à-^ (9-N , ON ON
—-r — colpcoto-- — - + (,:> — A)colp- (1 — B)colcr-—
Op- "^ dp Oa ^ 'dp 07
+ (G + A + B — 2 + A:-^cos-p)i\ = 0,
<^'- N a^ N , ., » , <?N ^N
-y-r — cotp cot(7-T — ^ + (3 —A') coter- h (i — B') coto— -
'/<7- dp On ^ â(J ' ^p
+ (C'+ A'+B'— :î + /.-'cos-o-lN =0.
(5)
Lorsque certaines relations existent entre les constantes A, B, ..., les
équations (4) se réduisent pour/- = o aux équations d'une fonction hyper-
géométrique du type F,. En particulier, m et n étant des entiers, si l'on
prend A =-71, B=m-hi, A' =- m, B'.==//+i, et si, pour /• = o,
C et C sont respectivement égaux à
( /« + I ) ( m + /i -t- 1 ) el ( // + 1 ) ( //« -h /< + I ) .
le système (4) se réduit pour /• = o au système vérifié par les poly-
nômes xD,„n{cosu, cosr) d'Hcrmitc, généralisation de la fonction cosnx. Il
existe alors des solutions périodiques de (4) se réduisant pour /, = o à
'^'\i.n( cos II, cos^); ce sont donc des généralisations très directes, à deux
variables, de la fonction ce„(z), et on les pourrait appeler fondions de
SÉANCE DU 9 JAjVVIER I(;,22. 93-
Mathieu à deux variables. Il est alors très intéressant de noter que. dans
ce cas, lé système (5) devient pour /== o identique à celui que vérifie le
polynôme associé 'vV/,»(cosp. cosc7).
ANALYSE MATllÉMATlQLilî. — Sur un tableau normal relatif aux surfaces
unilatérales. ?Sote de M. Gustave Dumas, présentée par M. Paul Appell.
Dans une première Note (') dont les résultats seront développés par
Ms Jules Chuard, les tableaux de Poincaré ont été introduits. Une
Note (-) subséquente a fait usage de considérations qui s'y rattachent. Celle
d'aujourd'hui doit conduire à un « tableau normal » permettant de
caractériser, mieux que des a formes Tiormales y> , les surfaces unilatéiales au
point de vue topologique.
Soit T une surface unilatérale fermée satisfaisant aux conditions que Ton
sait de régularité. On peut, d^une manière trop sommaire, puisqu'il
s'agirait encore de distinguer entre homologies avec ou sans division, faire
une classification des contours fermés d'un seul tenant situés sur T. Ces
contours peuvent être simples ou composés et lorsqu'on les parcourt dans
leur totalité, être respectivement, ou i" bilatéraux et homologues à zéro, .
OLi 2" unilatéraux et homologues à zéro, ou encore 3" bilatéraux et non
homologues à zéro, ou 4" unilatéraux et non homologues à zéro.
Les contours des deux premiers types « forment frontière » sur T.
Il n'en est pas de même de ceux qui rentrent dans les deux derniers et
que Ton peut, à cause de cela, désigner respectivement sous les noms de
cycles (le première et de deuxième espèce.
Lne surface de caractéristic|ue égale à — i, le plan projectif par exemple,
ne contient aucun cycle de première ou de deuxième espèce, mais contient,
entre autres, des contours fermés appartenant au second type, Thomologie
(''tant sans division.
ï peut toujours être triangulée en une surface polyédrale II susceptible,
après les coupures nécessaires, d'être étalée sur un plan, de manière à y
former un domaine simplement connexe D, elliptique si l'on veut, et décom-
pose'' à partir d'un point intérieur O en un nombre pair de triangles. Ce
(*) G. Dumas et J. Chuard, Sur les homologies de. P(iiicaré {Coni/t(S rendus,
t. 171, 1920, p. 1 1 13).
(-) G. Dumas, Sur les contours d'encadrement [Comptes rendus^ t. \1'1, 1921,
p. 1221 ; voir aussi p. 1627).
g4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
domaine D dont les faces et les arêtes sont supposées orientées par des indi-
catrices convenablement choisies, peut être considéré comme constituan't
en fait le polyèdre II..
Soit A la caractéristique de II, et C,, Co, ..., C^ les contours de ses
Y faces. L'égalité
(I) 2^'""'-'^'
définit sur II un contour 2X d'un seul tenantet composé d'un ou de plusieurs
contours fermés simples, bilatéraux ou unilatéraux.
Ce contour donne lieu ainsi à une homologie sans division. Il peut
appartenir aussi bien au premier qu'au deuxième des types signalés plus
haut.
Soient, d'autre part, avec c = A-i-i, F, , F^, . . . , Fp, A 4- i cycles de
deuxième espèce, homologiquement indépendants, et composés chacun de
deux arêtes passant par O. Leur existence peut être établie. Le contour
bien déterminé
P T
(2) 2E=:2\4-y (zéro)r, — Vc,
/ = 1 / = 1
est un contour cVencadremcni composé, d'un côté des seules arêtes entrant
dans X parcourues chacune exactement deux fois dans le même sens et, de
l'autre, des arêtes appartenant aux F/ parcourues chacune exactement une
fois dans un sens et une fois dans le sens opposé.
Posons encore
p
(3) 2Y = -2\— Vcir,.
/ = 1
Le tableau normal de T sera constitué au moyen du tableau B, faces-
arètes, de Poincaré, auquel on adjoindra A + i colonnes relatives aux F/ et
une colonne relative à 2Y. Ces colonnes supplémentaires ne contiendront
que des zéros, des 2 et des — 2, les éléments difTc'rents de zéro correspondant
aux arêtes de F^- et à celles de 2 Y.
La somme des éléments de chaque ligne sera nulle, car en tenant compte
de (1) et (3), on a
T p
Si deux surfaces unilatérales ont même caractéristique A, leurs tableaux
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. g5
normaux seront, pour ainsi dire, identiques et elles seront, en outre, à
cause de (2) homéomorphes.
\u tableau normal, on pourra faire correspondre dans le plan diffé-
rentes formes normales.
La forme normale de MM. Dehn et Heegaard (') n'est [)as plane. On la
retrouverait en donnant aux arêtes du contour 2E, une largeur aussi petite
que Ton veut, mais appréciable.
La formule (2), que 2 fil puisse parcourir ou non d'un seul trait, établit
une correspondance univoque et réciproque en général entre T et une por-
tion du plan en forme de « roue « dont O serait le centre et les arêtes des L, les
rayons. Cette correspondance mérite d'être étudiée. Rien cependant ne
])eut, à cause des orientations, remplacer le tableau normal.
On peut aussi attribuer à la « roue » plusieurs feuillets reliant ses diverses
parties entre elles.
La formule (4) est susceptible d'une interprétation géométrique qui
conduirait, sans doute, à la proposition de M. Alexander (-), d'après
laquelle toute surface unilatérale fermée peut être ramenée à une surface
plane limitée par A 4- 2 cercles provenant de contours fermés unilatéraux
(cii'cles arising from one-sided cuts).
Comme enfin des contours d'encadrement, autres que 2E, existent
sur T, il y aura, pour toute surface unilatérale, plusieurs tableaux normaux.
Les surfaces l)ilatérales en admettent aussi. Ces divers tableaux, mutatis
mutandis^ pourront s'obtenir, de la même manière, après avoir étendu sur
un plan l'ensemble des faces du polyèdre correspondant à la surface })ar
triangulation.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — 5///' Ics fonctions définies par des séries de
/raclions rationnelles . Note de M. Arxaud Dexjov, transmise par
M. Emile Borel.
M. WollT a démontré dans une communication toute récente (19 dé-
cembre 1921) que, si une fonction /(:;) est holomorplie à l'intérieur d'un
contour C et sur ce contour, elle est identique, à l'intérieur de C, à la
(') E ncyclopddie der math. \\ issenschaften {Analysis situs^ l. 3,, fasc. t.
p. 1S9).
(^) J.-\V. Alexander, iS or mal f omis for one and twoisided surfaces \^Annah of
MaUiematics (Princeton Universily), 1^ série, t. 16. p. 161].
qC) ACADÉMIE DES SCIENCES,
somme «l'une série du lype
(l) ^
c — a„
OÙ les A„ et les a„ sont indé|)enclaiits de z, la série | A„| élanl de plus abso-
lument coni'erg-entc et les points a„, tous extérieurs à G, possédant pour
ensemble dérivé la courbe G elle-même.
On |)eut encore |>réciser le résultai précédent. Il r.st loisible de choisir /es y.,^
i_ -
indépendants de/, de manière que |A„|<f'~"' '" ^'avec lim£„=0j. Bien
entendu, la série (i) ne comprendra pas les termes en nombre fini, corres-
pondant aux y.„ où /n'est pas bolomorphe.
De plus, la série et toutes les séries dérivées convergent absolument, en tout
point distinct des a,,. La convergence a lieu uniformément à l'intérieur de C
ET SUR G, respectivement iwrs f(z), /'(z), . . . .
Enfin, si /est bolomorphe à Tintérieur d'un contour G' contenant G, et
aussi sur G', on peut encore choisir les a„ indépendants de /, possédant pour
ensemble dérivé la réunion de G et C , et de façon que : 1° \A„\a la même
limitation que ci-dessus ', ■2'' la série (i) et toutes les séries dérivées convergent
absolument et uniformément d'une part vers f et ses dérivées sur (J! et à l'inté-
rieur de G, d'' auti^e part vers o hors de G' et sur G'.
Indiquons par exemple la répartition des a„. p étant un entier positif,
négatif ou nul, soit G/,une courbe simple, si tuée à i'inl(''iieui' de (y, et contenant
à son intérieur G^^^., et G. En outre C^ tend vers ( \ si p croît, et vers G' si p
décroît. Soit h un nombre de valeur quelconque conq)rise par exem])le
entre — et 10. Supposons qu'il existe une suite de nombres positifs Op infé-
rieurs à e"', et tels que, si z^, est quelconque sur C^ el :?,/ sur G^ {p < q ),
la plus courte distance de z^ à C,, et celle de z,f à C,, soient égales à
h^Op -{-. . .-\- 0^-,), la même formule valant ])0ur /? — — ^d ou pour ^ = 4- ce
si G, est G et si G_^ est G'. Enfin la longueur de G^, est h L.
Plaçons sur G^, le, poinls cip tels que la distance de deux points a^, consé-
cutifs soit égale au plus petit des deux nombres
— liab Op\o^-^ Op et — y^«6 0/,_ 1 log~' 0/,_i,
a étant déterminé par les limites de variation de h, et b élanl arbitraire,
mais inférieur à i, et. comme a, positif, indépendant de/?, de G el de G'.
Les y-a ne sont autres que les a^. ()n prendra, par exemple,
0-' =^ /,p\og-p,
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. 97
k étant indépendant de/). La détermination des A„ se tait selon la règle
donnée par M. Wolff.
Il suit de la seconde proposition qu'avec la même décroissance minima
pour les I A„ |. oji peut, étant donnée une infinité de régions a)„ deux à deux-
distinctes et convenablement réparties^ former une série (i) convergeant
dans w„ vers une fonction g„fn(^)^ 7« étant indépendant de z et y„ étant
donné avec n indifféremment . La convergence de la série et de toutes les
séries dérivées est uniforme sur tous les co„ et leurs contours.
Ainsi la soiiiniey( ;) de la série (i) n'est pas monogène, même si
i étant positif et fixe.
Traçons un cercle yJi) de centre a,, et de ravon , " , • Sur une droite
' ^ ^ ' ^ n log-/«
ne rencontrant aucun des cercles précédents, la dérivée p^"^^"" de la série (i) a
son module maximum M,, limité par i - p^'^'r) (lims^, = 0). Pour que,
indépendamment de la répartition des a„, la suite v-^ly^ soit moins crois-
sante que ^/jlogyj ou ^/^logyologo/?, ... (voir ma Note du 19 décem-
bre 1921 et celle de M. Borel en date du 27 décembre), la condition
jA„|<^e~''" ne suffil pas. Il faut atteindre la décroissance même, utilisée
par M. Borel, où le dernier exposant n est remplacé par /z''^°' (a ^ o) ou
par 7ilog'"^*«, .... De ce point de vue, on ne trouve pas de vraisemblance à
la possibilité d'étendre la théorie de la monogénéité de M. Borel, avec des
coefficients A„ nettement moins décroissants.
Considérons une suite de fonctions /(-s), y, (^), ..., fp{^)^ ... définies
sur un ensemble E formé par une double infinité de droites partout denses,
respectivement parallèles à deux directions. (Ces droites peuvent être rem-
placées par un réseau de courbes analytiques.) Supposons que, en tout
point 'C de E, fpÇC) soit la dérivée de f,_t(z) quand :: tend vers 'C sans
quitter un ensemble E("C) qui contient les deux droites de E se croisant en 'Ç
et dont le complémentaire ne renferme aucune ligne continue aboutissant
en Z. Si enlin, sur toute droite D de E, on a v'|/),(s)| <^ a~', la série a^, étant
divergente, il sera impossible que f soit nul sur un arc continu quelconque
sans être nul sur tout E.
Ce résultat, où intervient la considération de toutes les dérivées de /(:?),
somme de la série (i), n'exige aucune hypothèse sur la mesure du complé-
mentaire de E. Au contraire, si l'on suppose : 1° que le complémentaire
de E peut être enfermé dans une famille de cercles gn{î-) de ravons res-
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 17 i, N° 2.) 7
9^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
' peclifsce""" ; 2^ qu'il en est de mêine du eomplémenlaire de E('C), £ variant
^ 'alors avfec 'C et /^, de faijôn que son rappoi't à la diètanfce du ceutrë tlè gj^^s.)
à t tende vers zéro quand n croît, // sif//It alors cV hypothèses siw C existence
et la limitation (e« particulier la continuité) de f et de f^ aux points '( de E,
pour pouvoir conclure à V existence des dérivées f^, de tout ordre et à la mono-
génèité de f.
C'est le résultat de M. Bore!, reposant sur la considération d'ensembles
exceptionnels de mesure « extrêmement nulle ».
GÉOVIÉTRIE INFINITÉSIMALE. ~ Surfaces et variétés de translation de Sophus
Lie. Note de M. IÎertraxd Ga.mbier, présentée par M. Goursat.
1. Sophus Lie a déterminé dans l'espace à trois dimensions toutes les sur-
faces susceptibles de deux ou plusieurs modes de j^énération au titre de
surfaces de translation; il a montré (jue son procédé /je//^ se généraliser
dans l'espace à plus de trois dimensions. Poincaré, Darboux ont apporté
leur contribution au travail de Lie.
Le procédé de Sophus iJe^ pour // ^ 3, ne donne pas toutes les surfaces de
celte espèce.
2. Pour simplifier, si M(.r, ....r„) et \{\x\...x\^) sont deux points de
l'espace à n dimensions, leur résultant (M -h M') sera le point
Y''- et V!^ étant deux a ariétés â a et ^3 diniensions de cet espace, leur résul-
tante V*+ VP sera la variété à a + |^ dimensions obtenue en composant
deux points (juelcbnqucs de V* et V'', elle est de translation. On définira de
même ^ * -h V!^ -4- ... -hV', où l'on suppose a -f- [3 -t-*^... -h a5 zr — i ;
j'éviterai d'ailleurs de considérer ( V^H-V"^) -h V'^ H- ... h-V^, où deux ou
plusieurs composantes seraient remplacées par leur somme eiïectuée;
chaque variété de translation est donc décomposée en composantes simples.
En général la décomposition d'une variété de translation est uni([ue. Sinon,
et c'est là le problème de Lie, on a une égalité symboli([ue
(1) Vf--f-V5^+... + Vjî/— W*! -f:W^^+... + W^;^'
étant bien entendu que* chà'(|ue composaiite n'est plus de translation et
que : ; 1
ou bien les composantes du premier membrene seretrouvent pas toutes
au second ; ' ,
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. 99
OU bien, si ce fait se produit et si M,, Ma, ...» M^ sont des points pris au
.hasai^^ ^^r V, , ..., Y^, il existe^i^n autre système de points M',, ^, ...,,M'
pris respectivement sur V,, ..., Y^, donnant lieu au même point résultant
que le premier système. Sophus Lie traite le problème en supposant tous
les a égaux à l'unité.
3. Je considère, par exemple, la surface de Cayley, retrouvée par
Sophus Lie, admettant ce' modes de génération :
(2) j:=/, -H/.^, y = t]^ /:,-^ 2a, ^ = r' 4- ^J; -F 3a(/, -+- /,).
Si /(/:,), 9(^3)? 'X^O' 7,(^:i ) ^^^^^ quatre fonctions arbitraires de /.j,
j'obtiens dans l'espace à quatre dimensions la surface
qui admet, évidemmeni, ce' modes de génération par composantes à une
dimension.
Soient de mêm'e deux surfaces quelconques de Sophus Lie dans l'espace
à trois dimensions, d'équation respective
©(cT,, jTo, j:':j) = o OU ©1 (.i'i, crj. j:- ,;):=: o.
Les formules
(4) Xi = j:-i, X.,^ T.2, X:,^=ir;., \i = j-;, Xjrrrjjj, X5 =: .r,;
définissent dans l'espace à six dimensions une variété à quatre dimensions :
si chaque surface 0 ou 6, admet seulement deux modes de génération,
cette variété à quatre dimensions admet exactement quatre modes de géné-
ration par composantes à une dimension; elle n'est pas cvlindrique; elle
n'est pas non plus contenue dans un plan à cinq dimensions; celte dernière
propriété appartiendrait, au contraire, à toute variété à quatre dimensions
de l'espace à six dimensions obtenue par le procédé de Lie. En composant
la variété (4) avec une courbe arbitraire à une dimension, nous obtiendrions
une surface à cinq dimensions de l'espace à six dimensions, admettant aussi
quatre modes distincts de génération.
Il serait facile de classer les divers types obtenus par le procédé de celte
Note qui revient, au fond, à une séparation des variables. Dans cette sépa-
ration on devra retrouver au moins un type canonique de Lie.
4. Dans l'espace à trois dijinensions, il ne peut s'agir que de surfaces
ordinaires engendrées par la translation d'une courbe ordinaire. Dans
l'espace à quatre dimensions on peut considérer une surface à trois dimensions
engendrée par la translation de trois courbes à un paramètre : c'est ce qui a
lOO ACADEMIE DES SCIENCES.
('lé fait au paragraphe pn-cédeiit; on peut, par une sccondo g(''néralisation^
cônsid('rer un»' coin|)Osante à une dimension et une composante à deux
dimensions. Voici un exemple très simple où ç. o, ,[; désignent trois para-
mètres arbitraires: c, o'. ^ trois nouveaux paramètres, le p étant commun
aux deux groupes :
f X, = COS'J — p COS'b =z p COS'l' — coso',
,„^ ) Xo=sinca — o sin 'i; =r ,o sin J;' — sino',
(5) < " . i > , ,
X3= '^- ^= 'h'- o',
( \i= ' f(p) = J\o).
Les trois premières équations s'obtiennent en coupant deux cercles
concentriques de rayon i et p par une même sécante, leur considération
fournit dans l'espace à trois dimensions riiélicoïdc minimum. La variété
[pcos'l-, p sifi'-p, '},/(p)J n^est pas de translation si /(p) est une fonction
quelconque d.' p; par exemple /(p) = y H' — p' conduit à considérer la
surface de l'espace ordinaire pcos'|. psin'v);, y'R^ — p-) qui est une sphère
et par suite cette fonction donne bien une surface (X,, X,, Xj, X^) à deux
composantes in(léc()m[)Osables. Si l'on prend an contraire
.... 0
/ ( 0 ) =3 a a rc cos -^ ,
i k
où A, a sont des constantes, on obtient une surface de translation à trois
composantes, rentrant dans les types explicités par Lie.
Le procéd(' employé ici est susceptible de généralisations évidentes.
5. Bien que n'ayant pas explicité les diverses variétés que j'indique^
l'illustre §,ophus Lie semble bien avoir prévu leur existence, comme Tindi-
({uerait cette phrase de sa Note ( ' ) que je recopie :
(( Les ^ équations fonctionnelles (^' = I, 2, p)
A/„, ( ^, ) -r- . . . + A^..,,_, ( t,._, ) =1 - A^.,/, ( /^, ) - . . . _ \,,,,p_, ( !,,,_ , )
sont satisfaites quand on demande f[ue les arguments /,, /o, . . ., ty,_., soient
liés seulement par/> — i équations, do/it chacune contienne au moins p argu-
ments^ de la manière la («lus générale par des expressions de la forme
9,, Oo, ..., 9;,(-p) désignant p intégrales de la première espèce et du
genre p. »
Les tyj)es obtenus ici ne satisfont pas à la condition que j'ai soulignée.
(') Comptes rendus, t. II'i, îSg^.
SÉANCE DU 9 JAWLER 192Î. lOï
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Observation (V une étoile anormah' au p/iolomètm
liétèrochrome de V Observatoire de Paris. Nol»^ de MM. Charles IXordma.w
et Le MonvAX.
' Au cours des observations systématiques que nous poursuivons au moyen
du photomètre hétérochrome au petit équatorial coudé de l'Observatoire,
nous avons été amenés à faire porter nos mesures sur l'éloile i3 Céphée
(B. D. H- 3S°iÇ>i\\) qui présente des anomalies tout à fait singulières.
Cette étoile appartient au type spectral A ( étoiles à hydrogène) d'après les
déterminations de Harvard, mais d'autre part elle est indiquée comme ayant
une coloration jaunâtre (couleur WG -t- dans le catalogue de Potsdara)
alors que les étoiles appartenant à ce type spectral sont généralement assez
blanches. Étant donnés l'incertitude et le caractère subjectif des appré-
ciations des couleurs des étoiles, il nous a paru nécessaire de soumettre cette
4'toile à des mesures photométriques faites au travers des écrans colorés de
notre appareil.
Les mesures ont été poursuivies pendant les nuits des i*"'", 3, 4j ^ et 7 oc-
tobre 192 1 dans des c<mditions atmosphériques favorables. On a employé
comme étoiles de comparaison la Polaire et deux étoiles voisines de l'étoile
considérée, l'une H.R. 8383 appartenant au type spectral Ma, l'autre
îl.R. 83;!) appartenant au type spectral A. toutes deux voisines par leur
position et par leur éclat de l'étoile considérée i3 Céphi'e, qui est indiquée
dans le catalogue de Harvard comme ayant la grandeur G. 01.
Les résultais des nombreuses mesures faites sont indiqués dans le
Tableau ci-dessous, où R, V et 1^ indiquent respectivement, d'après l'en-
semble des déterminations elTecluées, la valeur, à une constante près, du
logarithme de l'intensité des étoiles désignées, vues respectivement à ira-
vers les écrans rouge, vert et bleu (antérieurement déhnis) du photomètre
hétérochrome.
s'oni de 1 (iloilr.
F^
V.
B.
1; — H.
ry n;
icné à la Polai
83 S3 \\J\....
. '.475
I , 766
1-791
0 , 3 1 G
—=-0,370
13 Cépliée . . .
• 0,899
1,398.
1 , 5 1 5
..,61 G
— 0.670
8375 11.15....
ri , - 1 S
1 .3iS
i , 565
0.847
-o,8()^
D'autre par;, les comparaisons failcs avec la Poliiire pendant -les soirées
102 ' ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'observation montrent que, si l'on adopte pour celle-ci la valeur
T)
logg — — o,844
que nous avons utilisée dans toutes nos publications antérieures, on obtient
r>
les valeurs ci-dessus de log^ pour les étoiles considérées, valeurs qui sont
ainsi comparables à celles que .nous avons publiées antérieurement pour
un certain nombre d'étoiles.
Des conséquences remarquables découlent de l'examen des nombres pré-
cédents. Celles-ci notamment :
1° Tout d'abord, si nous considérons les deux étoiles de comparaison
utilisées 8385H. R. et 8373 H. R., nous voyons que les répartitions de
l'intensité dans leurs spectres (et les températures effectives qu'on en
déduit) correspondent assez bien avec leur type spectral amsi qu'il ressort
de nos déterminations antérieures. Celles-ci nous ont, en effet, donne pour
les étoiles du type A (voir nos mesures sur a Andromède, a Lyre,
Y Lyre, ..., C. 7?., pa.ssim) une valeur moyenne de logpr voisine de —0,940
et qui est assez peu différente de la valeur \— o, 898 trouvée ci-dessus pour
rétoile 83^5 H. R. qui appartient au type spectral A. Pareillement, nos
déterminations antérieures nous ont donné, pour les étoiles du type Ma
(voir nos mesures sur [51 Andromède, \l Gémeaux, •/) Gémeaux, . . .,
C. li.y passir/i), une valeur moyenne voisine de — 0,396 peu différente de
la valeur — -îo,37o tr0|Uvée ci-dessus pour l'étoile 8383 H. R. qui appartient
à ce type spectral. I
2^ L'étoile i3 Cépbée présente au contraire dans son spectre, considéré
au point de vue photométrique, une anomalie tout à fait singulière. La
valeur de logrr correspondant à cette étoile est supérieure à la valeur
moyenne de logp- correspondant à son type spectral, d'une quantité égale
à 0,270 environ. Cela signifie que l'intensité des rayons de cette étoile vue
à travers notre écran rouge esl, proportionnellement à son intensité vue à
travers notre écran bleu, lout près de deux fois plus grande que ne le com-
porte le type'spectral de cette étoile.
3° Si nous exprimons ces rapports d'intensités dans le spectre sous la
forme de « températures effectives », au moyen de la loi de Planck. nous
voyons que la température ellective de l'étoile i3 Céphée est d'en-
viron SiSo" absolus, c'est-à-dire nettement inférieure à celle du Soleil qui
SÉANCE DU 9 JANVIER I'»'^^. lo3
est une étoile du lype (i, et inférieure aussi à celle de toutes les étoiles du
type F, et d'un grand nombre des étoiles du type Ivque nous avons étudiées
par la même méthode (*).
4° Quelle peut être la cause de cette anomalie, jusqu'ici sans précédent,
qui fait qu'une étoile du type spectral A possède une intensité lumineuse
répartie dans son spectre de telle manière que les rayons les plus réfran-
giblesysont proportionnellement moins intenses que dans toutes les étoiles
jusqu'ici étudiées, non seulement du type A, mais aussi des types F et (î,
et correspond à peu près à la répartition de l'intensité dans les spectres du
lype K, c'est-à-dire dans les étoiles à température ell'ective et à température
photospliérique relativement basse? Il est extrêmement probable que la
raison de cette anomalie singulière doit être cherchée dans l'existence d'une
atmosphère extrêmement et exceptionnellement absorbante qui entoure
l'étoile considérée.
L'un de nous a montré en elîet récemment (^ ) que l'absorption générale
des atmosphères des étoiles décroit, en moyenne, lorsqu'on passe des étoiles
solaires aux étoiles des types F, A et B de Harvard, mais qu'il y a des écarts
individuels à cette règle. Nos observations de li Céphée semblent mettre
en évidence un exemple tout à fait remarquable de ces écarts individuels.
Toutes les recherches physiques et astrophysiques récentes tendent à établir
que le type spectral d'une étoile ne permet de classer et de définir au point
de vue thermique, au point de vue du rayonnement quantitatif, que la
mince « couche renversante » où se produisent les raies du spectre et qui
avoisine la photosphère. Selon que celle ci est enveloppée par aijleurs d'une
atmosphère plus ou moins vasle et dense, les « températures efîectives »
des étoiles, définies par l'intensité de leur rayonnement global, pourronl
se classer entre elles dans un ordre un peu dillérenl de l'ordre spectral.
C'est ce dont l'étoile i3 Céphée nous donne, ainsi qu'on vient de voir, un
exemple curieux.
j. . : ^ . .
(') Cprnptes rendus, t. Ii9, 1909, p. ro38. el t. 173, 1921, p. 72.
-) C. NouDMA>'.\, Sur les pouvoirs absorbants des atmosphères des étoiles, etc.
Comptes rendus., t. 171, 1920, p. '392).
ro4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — - Sur Ic massif de Poïana Ruska et la corrélation des
cycles d'érosion des Carpates méridionales. Note de M. Emmanuel de
Martonne, présentée par M. Pierre Termier.
Les explorations qui m'ont permis, l'été dernier, de retrouver les trois
plates-formes des Alpes de Transylvanie dans le massif du Bihar et dans
les monts métallifères du Banat(') m'ont aussi conduit dans le massif de
l^oïana Ruska, dont l'étude permet le raccordement a\ec le Haut Massif
hanatique.
Entre le bassin de Hatzeg, à l'Est, et celui de Caran Sebes, à l'Ouest, la
vallée du Mures au Nord et celle de la Bislra au Sud, Poïana Ruska est une
masse de schistes cristallins, bordée de grès daniens au Sud et à l'Est,
dont la structure nous est connue par de nombreuses notes du géologue
hongrois Schafarzik. Le géographe Sawicki y a reconnu une pénéplaine
bombée, dont il a fixé l'âge au Miocène (équivalent probable de ma plate-
forme Riu Ses).
Vu de loin et d'un point élevé, ce massif offre en effet l'apparence d'une
sorte de bouclier, et, sur la carte, l'uniformité d'altitude des crêtes est
remarquable. Mais l'Age miocène de la pénéplaine est contredit par la pré-
sence de graviers alluviaux anciens, déjà signalés par Schafarzik, près de
Delar, formant un dépôt assez continu entre GSo™ et ySo™.
En réalité, on ne voit aucune p'ate-forme étendue comme dans le Bihar
et le Haut Mfissif banatique, mais des crêtes montant très régulièrement
de (3oo'" sur la bordure orientale, à looo'" el 1 1 oo'", près dû point culmi-
nnnt (P. Ruska, iS.Sg™). Une étude attentive montre qu'on doit les rap-
porter à deux niveaux d'érosion : un niveau supérieur (plate-forme de
Vadu Dobri), qui ne s'abaisse nulle part au-dessous de 65o™ à 700"', et un
niveau inférieur (plate-forme de Delar) développe- le long des vallées tri-
butaires du Mures, particulièrement le long de la Cerna, à loo"" et 200"' en
contre-bas.
C'est ce dernier niveau qui porte les caillou lis, probablement levantins.
Il s'étale dans la région de Hunediora (Vajda Hunyad) à une altitude
moyenne de 5oo™ correspondant aux plus hautes buttes tertiaires situées au
nord du bas?in de Hatzeg, et à la plate-forme de Boitza signalée sur la rive
(') Coin;)Les rendus, t. 173, i9'2i, p. 118S el i384.
SÉANCE DU 9 JAWIER I922. Io5
droite du Mures dans le massif du Bihar. Il s'agit donc d'un équivalent de
la plate-forme de Govornilza des Alpes de Transylvanie.
Nous retrouvons ce niveau dans la principale vallée du versant sud, la
Ruskitza, qui débouche dans le couloir de la Bistra. Cette remarcfuable
coupure rectiligne, séparant le massif de Poïana Ruska du Haut Massif
banatique, est un fossé tectonique, aligné dans le prolongement de la
grande dislocation que j'ai montrée à la limite méridionale du bassin de
Hatzeg (Thèse, 1907). La dénivellation est encore de 200"' à 3oo"^ entre les
crêtes témoins de la plaie-forme Riu Ses sur les deux bords du fossé; le bord
méridional, le plus haut, est en continuité avec les crêtes .011 j'ai trouvé, au
nord du Retiezat, le niveau Riu Ses tranché par la faille de Hatzeg.
Comme dans le couloir de Caran Sebes, les dépôts néogènes formés dans
le fossé ont été plissés', puis nivelés par la plate-forme pliocène mordant
sur le bord du massif ancien. Le col de la Porte de fer traiisylvaine est une
légère encoche dans ce niveau.
Le raccord s'établit donc bien avec mes observations antérieures dans
le Haut Massif banatique, et il est possible maintenant d'établir la corréla-
tion des niveaux d'érosion dans l'ensemble des Carpates méridionales, y
compris le Bihar et le Banat.
Après les charriages d'âge crétacé, une pénéplaine s'est développée
fplate-forme Boresco), dont Tàge éocène est fixé dans le Bihar. On la trouve
à plus de 2000"^ dans les hauts massifs des Alpes de Transylvanie (Foga-
rash, Paringu, Retiezat, Godeanu). Elle atteint à peine 1800™ dans le
Bihar, où on la voit plonger vers le Nord-Est pour disparaître sous les
sédiments éoccnes, en s'abaissant par flexure marginale ou faille, tandis
que le bord occidental, relevé à 1700'", est tranché le long d'une ligne
Nord-Sud par le bassin de Beius-Vascau. Elle est affaissée et basculée dans
l'S Monts métallifères du Banat où son altitude maximum est de i/joo"^ au
Semenic. Des fractures l'ont disloquée, au début du Nèogène, suivant des
lignes Nord-Sud.
La plate-forme Riu Ses s'est développée au Miocène. Séparée de la plate-
forme Boresc'o par 200™ en moyenne, elle est parfois plus en contre-bas
(."ioa'"), ou plus rapprochée (100"'), suivant Timportance des dislocations
qui ont inauguré lecvcle d'érosion au cours duquel elle a été formée. Sur le
bord nord-est du ma'^sif du Bihar, elle passe au-dessus de la plate-forme
èocène ennoyèe en nivelant les cotes tertiaires de Cluj. Son altitude très
élevée, en ceriainspoiulsdes \l[)esde Transylvanie fiSoo™ à iGoo'"). indique
bien un nouveau soulèvement, mais n'en mesure p^s l'ampleur ; car il s'agit
Io6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
des points les plus hauts d'un réseau de vallées mûres. Dans le massif du
Bihar, les Monts métallifères du Banat et le massif de Poïana Uuska, la
plate-foniie plus étendue ressemble à une pénéplaine, dont les points les
plus hauts atteignent rarement looo'", et qui plonge vers les bassins néo-
gènes : vallée du Mures, bassin de Hatzeg, couloir de Caran Sebes. Le
versant ouest des Monts métallifères du Banat est remarquable par un
ennoyage de la plate-forme, comme la bordure méridionale des Carpates
d'Olténie. Les fractures méridiennes déjà dessinées ont pris la forme de
fossés tectoniques au moment où s'accentuait cet affaissement vers le bassin
pannonique, particulièrement le couloir de Caran Sebes. En même temps
s'est formé le fossé de la Bistra. *■
La p'ate-forme Gornovitza, d'âge pliocène, est remarquable par l'ûnifor- ;
mité de son altitude, toujours voisine de 5oo™. Elle ne s'abaisse à moins de
3oo" que sur le bord occidental des Monts métallifères du Banat et
n'approche de looo™ qu'à l'origine de vallées de montagne, (^n pourrait
expliquer le cycle d'érosion, qui a entaillé les vallées actuelles dans les
formes lapportées àceniveau, par le seul abaissement du niveau de base des
lacs pliocènes.
PHYSIQUE. — Le principe de relativité dans les diélectriques .
Note (') de M. E. Carvallo, présentée par M. Daniel Berthelol.
1. La conclusion de mes deux Notes antérieures est celle-ci (-) :
Quand un corps est mobile dans le champ magnétique d'un inducteur sup-
posé fixe, il est le siège d' une force électromotrice induite. Celle-ci a pour mesure
le flux d'induction coupé dans V unité de temps s'il s^'agit d'un conducteur.
C'est le m'^mcflux multiplié par A = — p — si le corps mobile est un diélectrique
de pouvoir inducteur K par rapport au i^ide ( ^ ) .
.( îrâce à cette force, la première équation vectorielle de rélectromagn»'-
tisniH (cHlle qui est relative à la circulation de la force électrique) jouit de
rinvai iaiice de Galilée quand il s'agit des conducteurs. La propriété d'inva-
( ' ) S-ance du 3 janvier 1921,
(-) Comptes rendus^ t. 173, 1921, p. ii55 et i46i.
^) l^.iiir la vérificalinn expérimentale de cette loi, voir Wilson, Proced. of Roy.
Soc, I. 73, i9o4; !>• 490.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922, I07
riance semble à première vue disparaître dans les diélectriques. En cela, les
équations de l'électroïnagnétisme diffèrent de celles de la mécanique.
2. L'expérience nous avertit que la différence est plus apparente que
réelle, puisqu'en dépit de leurs elVorts, les physiciens ont abouti à cette
conclusion qu'aucune expérience d'électro-optique, comme aucune expé-
rience de mécanique faite à la surface de la Terre, n'est capable de mani-
fester la translation de notre planète, si toyt le matériel expérimental est
rattaché au sol.
.S. L'apparence trompeuse a pour cause une hypothèse sur les diélec-
triques. Celle-ci résulte d'idées préconçues inspirées par l'analogie. Pour le
montrer, revenons aux diélectriques : La loi ci-dessus a, nous l'avons vu.
pour conséquence que, dans l'expérience de Fizeau, la vitesse v du corps
entraîne l'onde liimineuse avec la vitesse —r — v. Si lé corps est l'air
(K voisin de 1), l'influence de la vitesse v est insensible. Elle tend à devenir
nulle à mesure que l'air raréfi('' se rapproche du vide. De là l'idée générale-
ment admise que Fair joue seulement un r(Me secondaire et perturbateur;
que l'onde est propagée, non par l'air, mais par l'élher ; que ce corps sup-
posé ne participe pas au mouvement de l'air. Hypothèse naturelle, sédui-
sante et féconde par l'analogie qu'elle précise entre les ondes lumineuses et
les ondes sonores; mais hypothèse dangereuse; car si l'on aperçoit de suite
une analogie frappante, l'expérience révèle par contre une diilércnce pro-
fonde dans la loi de relativité. Là se trouve l'origine de la contradiction qui
existe entre la théorie et l'expérience de Michelson : car à l'éther fixe on
attache ce postulat qu'il propage l'onde issue de la source inductrice tou-
jours de la même façon, que la source soit fixe ou ({u'elle soit mobile. Du
postulat résulte la coiis(''queiice inéluctable que l'éther fixe peut servir à
repérer le mouvement absolu de la Terre.
4. Que la pensée abandonne un moment l'image de l'éther fixe pour ne
plus retenir que les faits observés sur la matière tangible, faits dominés par
la loi de relativité de Galilée-Michi-lson, voici quelles sont les données posi-
tives de la science expérimentale.
A une source inductrice S", considérée comme fixe, est lié le système de
référence O^v::. La première des équations de l'éleclromagnétisme dans le
vide est
{a dérivée de /z par rapport au temps pour x constant). Passons à un nou-
ro8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
veau système de référence ^),T^y^z^ parallèle au premier, mais animé par
rapport à S d'une vitesse r, que (pour simplifier les écritures) je suppose
parallèle à ( )x. L'équation (i) devient
(^dérivée pour:r, constant j. Un observateur du système 0,.r, ;-,:;, voit
la source S animée de la vitesse Vq= — t^, . C'est v^ qu'il doit introduire dans
le dernier terme de Téquation (2). Celle-ci devient alors
De la méthode même que nous avons suivie, il résulte que l'équation (2)'
est invariante quand on passe d'un système d'axes à un autt^e système animé
par rapport au premier d'une vitesse de translation quelconque. J'entends
par là qu'on arrive toujours à l'équation (2)', pourvu que la vitesse r„
représente toujours la vitesse de la source par rapport au système de réfé-
rence dans lequel on se trouve. Le fait est d'ailleurs facile à vérilier par un
calcul tout pareil à celui qu'on vient d'exécuter-.
En particulier, si l'on attache le système de référence à la source induc-
trice S, on retombe sur les équations qui coiivierineut au cas du repos,
puisque la vitesse v^ devient alors nulle.
Les mêmes considérations s'appliquent à la deuxième des ('quations vec-
torielles de l'électroinagnétisme. On arrive ainsi à cette proposition :
Une onde issue d'une source inductrice mobile S se propage dans le vide
conrime si le vide (assimilé à un corps matériel) était entraîné dans le mou-
vement de translation de la source.
Pour mieux dire :
Lhic source animée fV une transhilion enlrnine avec elle son train d'ondes
('[('clromagnèliques^ comme un ainianl einporle avec lui son chanq) magné-
tique dans les expériences de Faraday (spectres magnétiques, courants
ind(rits).
Si Ton admet cette loi qui semble bien impérieusement commandée |)ar
les faits, l'expérience de M. Michelson s'explique d'elle-même : aucune
expérience d'(''lectro-optique ne peut révéler la tr-anslation de l'ensemble
des appareils. Quant à la remirquable expéiMence de M. Sagnac montrant
que la rotation de l'appareil expérimental agit sur le phénomène'lumiueux,
comme la rotation de la Terre agit sur le pendule de Foucault, il suffit de
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. I09
reprendre le calcul de l'auteur ('). La seule modification est que les vitesses
envisacfét's sont aug-mentées de la vitesse v de la source. La circulation du
vecteur c sur le contour fermé du rayon lumineux étant nulle, le résullat du
calcul de ^L Sagnac n'est pas changé.
L'harmonie de l'électro-optique avec la mécanique apparaît donc com-
plète, sans qu'il soit nécessaire de bouleverser les fondements de notre
connaissance d"a|)rès les idccs de M. Einstein.
CHIMIE PHYSIQUE. — DilaLabiUté du chrome et des alliages nickel-chrome
dans un intervalle étendu de températures. Note de ^L P. Chkvkxard,
présentée par M. H. Le Cliatelier.
La loi de dilatation du chrome dans un grand intervalle de températures
paraît encore inconnue (-). Je me suis proposé d'efîéctuer cette détermi-
nation et, .en même temps, de préciser l'intluence d'une addition de chrome
sur la dilatabilité du nickel.
Les exj)ériences ont été eiïectuées à Taide du dilatomètre différentiel (';
déjà présenté à l'Académie. Dans cet ap})areil, la barrette-échantillon
est opposée à une barrette-étalon de Baros (alliage nickel-chrome à
10 pour 100 Cr, dont la loi de dilatation, déterminé avec grand sein par
des méthode directes (^), et maintes fois vérifiée, })eut être re[)résentée
entre o° et looo" par une formule parabolique. Grâce à la netteté des
tracés fournis par le dilatomètre, on peut déterminer, avec une précision
suffisante, la valeur de la dérivée en tous les points du diagramme enregistré;
il est aisé, par suite, de tracer la courl)e qui exprime la variation thei-
mique du coefficient vrai du métal étudié.
Chrome. — J'ai utilisé un échantillon de chrome aluminothermique,
relativement pur, préparé par M. Goldschmidt; ce métal renferme 98, ^5
pour 100 de chrome, les impuretés étant constituées principalement par de
l'aluminium et du fer.
(') Sagnac, Journal de Physique, mars 1914.
(-) Je n'ai trouvé aucune indication à ce sujet «laiis le fiecueil des Cousla/itcs
de la Société française de Physique, non jdus que dans les qualre~ volumes acluel-
leraent publiés des Tables annuelles internationales de Constantes eL données numé-
riques. — ' ■• "'■
C") Comptes rendus., t. lOi, J917, p- 9i*J' .
( *) Revuede Métallurgie, t. H, p. Oij.
IIO ACADÉMIE DES SCIENCÉS.
''' Entre o*^ et loo", la dilàtà*tion du chrome est exactement réversible, et le
métal parait dépourvu de toute singularité thermique. Le coefficient vrai,
qui, à o'^V t'-'^t ('gai à G, 8. lo ^, augmente rapidement avec la température;
mais la courbe qui traduit cette variation présente une légère concavité du
coté des températures croissantes (fi!^\ \).
j,-j„ , Dilatal)ilil(!s vraies, en fonction de la Unip('ralure,'du nickel et du-clirome, ainsi que de cinq de leurs alliages.
(Les courbes i et 2 sont rapportées à la graduation de l'axe des ordonnées; les autres ont été progressivement déca-
lées ainsi que l'inïliquent les lignes supplémentaires des abscisses numérotées en accord avec les courbes.)
pi„_ 2. — Dilatabilités vraies, en fonction de la teneur en chromé, des alliages Ni-Cr, considérés à diverses tempéra-
tures (ordonnées cîe gaucHc), et position du point de Curie (B^) en fonction de la teneur en cjirome (ordonnées de
droite ). 1 .,
Alliages nickel- chrome. — Ces alliages, fondus au four électrique, à partir
du nickel réduit et du chrome aluminothermique, sont sensiblement dé-
pourvus de carbone (G<o, 10 pour loo); mais, pour assurer le forgeage,
on a dû incorporer à la charge une proportion de manganèse rapidement
croissante avec la teneur en chrome (o,5 à 0,8 de manganèse pour
5 pour 100 de chrome; i,5 à 2,5 pour 100 de manganèse au delà de
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. III
i5 pour 100 de chrome).. Aussi, ai-jc limité provisoirement cette étude aux
lî^Uiages tenant 16 pour 100 de chrome, car ceux dont le titre est supérieur
sont trop fortement manganèses pour être assimilables à des alliages
binaires.
Les courbes dilatabilité-température pour le nickel, le chrome et leurs
alliages, de i,5à 1 5, 6 pour 100 de chrome, sont i^assemblées dans la figure i.
La transformation magnétique du nickel est accompagnée, comiiie on sait,
d'une diminution rapide de la dilatabilité vraie, et l'abscisse de point d'in-
flexion (},/ coïncide sensiblement avec la température du point de Curie
déterminée par les méthodes ihermomagnéticpies ; de part et d'autre du
crochet, les deux tronçons de la courbe de dilatabilité ont des pentes
moyennes très différentes.
Comme l'a montré M. L. Dumas ('), les alliages nickel-chrome sont
réversibles, et leur point de Curie s'abaisse quand la teneur en chrome
augmente, au point que les alliages de titre supérieur à 5 pour 100 sont
ainagnétiques àîa température ordinaire.
En même temps, l'addition chromée amène une atténuation très rapide
de Tanomahe de dilatation du nickel : le crochet disparaît progressivement,
et les deux tronçons de la courbe tendent à se disposer dans le prolonge-
ment l'un de l'autre. Les alliages amagnétiques n'accusent plus de singula-
rité thermique, et leur coefficient de dilatation vrai augmente régulièrement
avec la température. La loi de cet accroissement est linéaire quand la
teneur en chrome est comprise entre 5 et 10 pour 100, mais prend une
allure parabolique pour les alliages plus riches en chrome.
Le réseau de la figure 2 résume l'ensemble des mesures; il représente,
pour toute température comprise entre 0° et 900°, l'action du chrome sur la
dilatation du nickel. Au-dessous de 4oo°, les isothermes présentent une
singularité; l'abscisse de celle-ci correspond à l'alliage dont le point de
Curie coïncide avec la température de l'isotherme considéré.
L'addition de chrome, beaucoup moins dilatable que le nickel, affecte
peu la dilatabilité de ce métal à la température ordinaire, et tend à
l'augmenter aux températures élevées; cet écart considérable par rapport à
la régie des mélanges tient probablement à la présence du composé Ni-Cr%
dont l'existence paraît ressortir du diagramme de solidification établi par
(') L. Dl'mas, Heclierckes siif les aciers au nickel à hautes teneurs, p. i5o
(Cil. Diinod, éditeur, Paiis, 1902).
112 ACADEMIE DES SCIENCES.
Voss (') et de mes recherches sur l'anomalie totale des ferronickels
chromés (-).
CHIMIE ORGANIQUE. — Composé or ganomèlalliquc mixte de r (iliiminium.
Note de M. Faillebi.v, présentée par M. Haller.
L'aluminium se dissout dans un mélange anhydre d'iodure de méthylène
et d'éther,
A un certain volume d'élher anhydre contenu dans un ballon dans lequel on a mis
de la lournure d'aluminium grossièrement découpée au couteau, on ajoute un égal
volume d'iodure de méthylène et une parcelle d'iode. On surmonte le ballon d'un appa-
reil distillatoire et l'on commence à chaufTer doucement au bain-marie de fa<on à
amorcer la réaction, l ne portion de l'étlicr distille, le liquide se trouble, se décolore,
puis redevient limpide en même temps que l'aspect de l'ébulli lion se modifie. La réac-
tion amorcée se continue d'elle-même. Le ballon est alors adapté à un bouchon por-
tant un réfrigérant ascendant et un tube à brome par lequel on introduit de l'éther
anhydre de façon à éviter un trop grand échaulTement. Le réfrigérant peut être mis en
relation avec un gazomètre de manière à recueillir puis mesurer les gaz qui peuvent
se produire.
On peut formuler la réaction principale :
(i) 3CHn2_^ /■(AI^SCH^AlI-i- All\
celle-ci aurait lieu sans dégagement gazeux. Il y en a un cependant, d'autant
plus grand d'ailleurs que la température est plus élevée ou la concentration
de Fiodure de méthylène plus grande. Ce dégagement est dû à une réaction
accessoire qui se produit également en l'absence d'éthei' et donne naissance
à de l'éthylène.
Ce gaz est bien de l'éthylène : débarrassé de la vapeur d'élher par l'acide sulfurique,
il fixe le brome, décolore le permanganate. Le bromure bout à i3o°, fond vers G*, a un
poids moléculaire de 200 (cryoscopie acélique) et donne à l'analyse 83,6 pour luo de
brome. Ce sont à peu près les caractères du bromure d'éthylène.
La réaclioii accessoire est probablement : "
( ■>. ) 6 CH2 P -^ 4 Al r= 3 C^ Il ^ -h I A 1 1'-
Les réactions (i) et (2) ont lieu aussi avec le bromure de méthylène, mais
(') Zeilsch. f. anorg. Cheinie, t. 96, p. 139.
(-) Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 594.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. Il3
s'amorcent plus difficilement, et la réaction (2) est dans ce cas moins impor-
tante.
Dans des conditions analogues avec ^ molécule CH-1-, on recueille environ un liire
de gaz; avec .' molécule Cll'-Br-, Soo'^"'^ seulement.
La réaction (2) nécessite, pour un poids donné de bromure de méthylène,
moins d'aluminium que la réaction (i). On constate que. pour une molécule
de bromure de méthylène, il se dissout plus d'un atome d'aluminium et moins
de I d'atome, la concordance avec la forumle (i) étant d'autant meilleure
qu'on opère sur de plus g-randes quanlités; d'autre part il reste un peu de
bromure de méthylène non employé. Pour l'iodure les pro[)ortions sont
moins bien respectées à cause de la réaction (2).
Examinons le cas des solutions obtenues avec le bromure de méthylène.
La solution forme deux couches dont on peut interpréter l'existence en
admettant la présence de deux corps : l'iialogénure d'aluminium et l'orga-
nomélallique. On sait que le bromure d'aluminium forme avec l'éther la
combinaison AlBr%C^H'"0. mais celle-ci est très soluble dans Téther et
son existence ne saurait expliquer la formation de deux couches. La partie
la plus dense ne se laisse enlever par distillation que le dissolvant, même
sous pression réduite; il y a ensuite décomposition. On peut penser que
cette partie contient surtout l'halogénure combiné à l'éther.
La couche supérieure concentrée fournit à nouveau deux couches, une
inférieure en petite quantité identique à la précédente, une supérieure qui
ensuite reste homogène. On débarrasse celle-ci le plus possible de l'éther
par chauffage modéré sous pression réduite. Le poids moléculaire de ce qui
reste, mesuré par cryoscopie dans le benzène, est 372. Ce nombre est une
limite inférieure pouvant être largement dépassé, car s'il reste seulement
5 pour 100 d'éther en poids, le chiffre précédent doit être augmenté du
quart de sa valeur. Ce liquide est décomposé par la chaleur. En le distillant
sous pression réduite, on recueille une faible quantité d'un liquide épais ne
contenant plus de brome, renfermant de l'aluminium et un résidu hydro-
carboné. Il reste dans le ballon un solide caverneux brun qui avec l'éther
ne redonne plus le liquide primitif. Ces faits rapprochés de l'impossibilité
d'amorcer la réaction dans un liquide autre que l'éther, par exemple le
sulfure de carbone, conduisent à penser que l'organométallique doit con-
tenir de l'éther et peut-être de l'halogénure d'aluminium combinés.
L'eau agit avec violence sur la solution initiale. Il y a dégagement de
méthane en quantité proportionnelle au poids d'aluminium employé. Il
C. R., 19J2, I" Semestre. (T. 174, N" 2.) ^
Il4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
reste une solution aqueuse contenant de l'halogénure d'aluminium et de
l'alumine; l'éther surnageant ne renferme qu'une faible quantité de bro-
mure de méthylène. L'aicool absolu réagit avec la même énergie que l'eau;
en général agissent également et de façon paraissant quantilative, les corps '
possédant des groupes liydroxyles dont la solution d'aluminium paraît le
réactif. 11 se fait du méthane. Notons que ni l'ammoniac ni l'aniline ne
donnent naissance à un dégagement gazeux.
Parmi les dérivés halogènes, seuls les hydracides paraissenl agir, assez
doucement d'ailleurs; il y a formation de méthane et d'halogénure d'alumi-
nium. (Jii constate dans cette action que la couche inférieure augmente, ce
qui confirme notre hypothèse sur la constitution de cette seconde couche.
Si la formule que nous avons adoptée pour le dérivé organométallique
est exacte, elle renferme une double liaison; celle-ci doit être susceptible
de réaction d'addition. Eu effet la solution d'aluminium fixe deux atomes
d'iode par atome d'aluminium employé, déduction faite de ce qui a parti-
cipé à la formation d'halogénure. Si l'on traite ensuite par l'eau, on n'a plus
de dégagement gazeux. On sépare alors l'éther et on le distille après dessic-
cation: On n'a pu en séparer de l'iodure de méthyle pur, mais si l'on agite le
distillât avec une solution d'azotate d'argent, on a un abondant précipité
jaune d'iodure d'argent. Ce même distillât, après dessiccation sur le sodium,
traité par le magnésium, fournit un dérivé de Grignard. Gela démontre
qu'il s'est formé de l'iodure de méthyle suivant les réactions :
CH3:AIBr4-12=ClPI.AIBrl.
CHM.AlBrl -}-H^O=:=CHn + AlBrl(OH).
Il y a lieu de mentionner l'action de la solution d'aluminium comme
agent de condensation : l'acétone fournit de l'oxyde de mésityle, et du
méthane résultant de l'action de l'eau formée.
CHIMIE DUGAMQUE. — ' Délcrminaùon des acides gras par la formation de
leurs complexes à base duranyle et de sodium. Note de M. J. Bari.ot et
M"' M. T. Brenet, présentée par M. G. TJrbc4iii.
Streng a signalé en i883 (') une méthode permettant de caractériser
microchimiquement l'ion Na. Cette méthode repose sur la formation d'un
(') Streng, Ber. der obçrJiess, Ges, fiir Nat. and Heilluinde. t. 22, i883, et
Halshoker, Mihroshopisdie Reaktionen, iS85. p. iSa.
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. Il5
acélale double d'uraiiyle el de sodium, [)eu soluble, crisiallisé en télraèdies
réguliers. Le réactif employé est généraiemenl l'acétale d'nranyle en solu-
tion aqueuse acidifiée par l'acide acétique; l'ammonium, le potassium, le
rubidium et le cœsium donnent aussi des acétates doubles, mais ce sont de
longues aiguilles ou des prismes très solubles, apjiartenant au système
quadratique.
La réaction de Streng présente de curieuses particularités; pour qu'elle
se produise, il est nécessaire que des ions H existent dans le liquide; c'est
ainsi qu'une solution d'acétate de sodium sur laquelle on projette des cris-
taux d'acétate d'uranyle pur ne donne pas de cristaux d'acétate double
après plusieurs jours de contact; par contre, le nitrate d'uranyle réagit
immédiatement, à froid, sur la solution d'acétate de sodium, et l'on observe
de grosses formes squelettiques tétraédriques, peu à peu remplacées par
des cristaux complets; ces squelettes sont caractérisés par l'angle de 120*',
ou plus exactement par la projection de l'angle des axes ternaires du cube
dont le tétraèdre peut élie dérivé.
Convenablement employée, la formation de ce sel double peut servir à
rechercher le sodium, l'uranium ou l'acide acétique. Il était naturel d'es-
sayer d'utiliser cette réaction pour la i-rcherche des homologues de ce der-
nier; les essais faits dans cette voie ont donné de curieux résultats : tantô
il se forme un sel double peu soluble, tantôt aucun précipité ne prend nais-
sance, et, de l'ensemble des cas jusqu'à présent étudiés, nous dégageons la
règle suivante :
« La réaction de Streng appliquée aux homologues de l'acide acétique
donne des résultats positifs chaque fois que l'acide gras renferme dans sa
chaîne un nombre pair d'atomes de carbone consécutifs. »
Les expériences ont été faites niicrochioiiquement dabord, puis sur des quantités
plus considérables de substance, a\ec les divers sels de sodium des acides gras et le
nitrate d'uranyle ou les sels d'uranyle correspondants, en solution acide; les résultats
sont les suivants :
a. Formiate : rien .
b. Acétate: tétraèdres jaune \erdatie; l'analyse du corps obtenu donne comme
formule :
GH^CO^Na. (CH''C0*)2U0^
c. Propionate ( monoraéthylacétate) ; rien.
cl. Butyrate normal : précipité cristallin immédiat) formé d'abord de cristaux trèa
petits, se transformant peu à peu en grandes aiguilles dentelées. Formule :
G^H'CO'^Na, (C'ii7C0-)^U0^
ri6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
c. Isobulyrate (dimélhylacélale) : rien.
/. Valérianate normal : rien.
g. Valérianate ordinaire ( dérivant de l'alcool amvlique de fermentalion, le métliyl-
3-biitaiiol-i, pr,3 /GH — Cii\- — CO'-\a|: précipité \erl jaune jfornné de cristaux
très petits. Formule :
C ■• H'-' CO'^ i\a, ( C> H» CO- f U0«.
h. Ciiproate normal ; précipité cristallin formé de pyramides (|uadrangulaires
accolées par la base. Formule :
CH[i'CO-Na, (C''H"C02)-U0-.
/. OEnantliyiale normal : rien.
L'ensemble des faits ci-dessus mentionnés paraît démonlrei^ nettement
l'influence du nombre d'atomes de carbone consécutifs dans une chaîne.
Ceci est à rapprocher d'autres alternances connues, telles que celles men-
tionnées en 1(^77 par Bacyer ('), qui a montré que, dans les séries des
acides gras mono- et bibasiques, un terme à, nombre pair d'atomes de car-
bone a un point de fasion supérieur à celui de l'acide qui contient un
carbone de plus.
Pour les acides dérivés de l'acide acétique par substitution d'un des
atomes d'hydrogène du groupe CH', l'aptitude à donner des sels doubles
peu solubles dépend de la nature du radical introduit. Les trois acides
acétiques chlorés ne produisent pas de réaction; par contre, le phényl-
acétato de sodium, au contact du nitrate d'uranyle, donne immédiatement
un précipité cristallin formé d'aiguilles groupées en oursins. Ce sel, repro-
duit en plus grande quantité et analysé, a pour formule
C/\\> - CH2- CO^Na, (C«N-'— CH"-'— CO-)n O^
L'étude physico-chimique de ces différentes réactions, actuellement en
cours, permettra de compléter les résultats ci-dessus, et aussi de savoir si
les sels doubles, dérivés des acides gras à chaîne impaire d'atomes de car-
bone, peuvent exister en solution ou à l'état solide.
(') Bakyer, BerichLe, t. 10, 1877, P- i'-^86.
SÉANCE DU g JANVIER 1922. 1 l'j
GÉOLOGIE. — Sur une formation rédonienne {Miocène supérieur) ravinant les
argiles éocénes^ à minerai de fer, au sud de Rennes (I/le-et-Vilaine). Note
de MM. Y. MiLox et L. Dangearo. ])résentée par M. Cli. Ban ois.
Des fouilles reprises récemment pour la lecherclie du minerai de fer, aux
abords des formations tertiaires de la Chaiissairie (sud de Rennes), ont
attiré notre attention sur les rapports stratigraphiques des dépôts ferri-
fères avec les couches tertiaires voisines (oligocène et miocène).
Jusqu'à présent ces rapports n'avaient pu être observés. S'appuyanl sur
la composition et le mode de gisement de ces minerais, M. Kerforne les a
assimilés récemment (') à ceux de la région de Châleaubriant, dont il a
nettement établi l'âge éocé ne, et la position, sous des g^rès silicifiés, homo-
logues des grés à sabales.
Dans ces deux régions, on recherche des rognons d'hémalite associés à
des argiles blanches ou ocracées.
Une fouille entreprise au Yieux-Charlres (à l'est de la Chaussairie) nous
a permis d'observer le contact, avec ravinement, des argiles éocènes et du
Rédonien fossilifère. La surface de ravinement, très irrégulière, entaille
profondément une argile blanche, compacte, un peu sableuse, homogène à
la partie supérieure, mais renfermant, vers le bas, des rognons d'hématite
de plus en plus nombreux et volumineux.
Le Rédonien se présente sous l'aspect d'un faluii rappelant le type clas-
sique d'Apigné, ou d'une argile de décalcification.
Le falun est très fin, légèrement sableux, en majeure partie formé de
coquilles brisées, parfois cimentées en plaquettes. En certains points les
fossiles sont entiers et ont gardé leur test nacré.
L'argile de décalcification est sableuse, rougeâlre ou brunâtre, et con-
tient des concrétions d'oxyde de fer où se sont conservés, à l'état de moules,
de nombreux petits fossiles rédoniens, surtout abondants vqrs la partie
inférieure.
Le caractère transgressif du Rédonien est nettement indiqué par le
ravinement au contact, et l'accumulation à la base de l'argile rouge et des
faluns, d'éléments remaniés et roulés d'âges divers :
(') F. Kerfohne, Compte rendu des excursions du Laboratoire de Géologie de la
Faculté des Sciences de Rennes en 1918 [Bull. Soc. Se. et Médicale de l'Ouest., (918,
numéro unique, t. 27, p. 8).
ii8
ACADÉMIE DES SCIENCES.
i°" Petits galets de quarlz et de grès, semblant provenir du substralum
paléozoïque.
2° Blocs très nombreux, et parfois volumineux de grès ladères éocènes.
2° Fossiles belvétiens (côtes à'Halitheriiun^ dents de poissons).
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. Oy.
Coupe schéma tique de la fouille (A ieux-Chartres).
Bédonien : f, faluns; /•, argile de décalcifiealion. — Éocène : n, argile bianclic ; 0\ logiions
dhématile; c, ( oiilact-ravinomonl ; e, éléments remaniés.
Dans cette même région, M. Kerforne (') a observé à La Garenne le
ravinement transgressif des faluns belvétiens par le Rédonien, et a signalé
kApîgnê, des galets de Rupélien à la base du même étage. Les observations
que nous avons faites au Vieux-Chartres complètent les données antérieures
sur les rapports des formations rédoniennes avec leur substralum, en met-
tant davantage en relief la grande variété des terrains remaniés au cours de
cette transgression.
Au sud de Rennes, la mer rédoiiienne a pu recouvrir indistinctement les
affleurements de dillérentes coucbes tertiaires, c'est ce que Ton observe au
Vieux-Chartres; mais on y voit de plus apparaître sous le revêtement rédo-
nien une formation d'âge éocène dont on ne soupçonnait l'existence qu'à
l'état de lambeaux isolés.
L'épaisseur des argiles ferrifères, leur prolongement sous le Rédonien,
l'abondance des grès ladères remaniés permettent de supposer que TEocènc
a di^i avoir autrefois une grande extension dans cette région; et qu'il a pu
être conservé, sous des dépots plus récents, à l'état de sables, de grès sili-
ciliés, ou d'argiles à minerai de fer.
(' ) F. Kerforne, Quelques observations sur la mer rédonienne de Bretagne
{Comptes rendus, t. 170, iQ'ao, p. i85).
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 119
BOTANIQUE. — Sur le mécanisme de V orientation des feuilles.
Note de M. Edgar Zaepffe»., présentée par M. Claslon l)oriiiier.
Pendant leur développement, les feuilles pétiolécs s'orienlenl par
rapport à la pesanteur, à la lumière, etc., g^râce à des courbures et à des
torsions de leurs pétioles.
Or on sait que, dans le's réactions tropisliques des tiges et des racines,
le rôle de Teau des tissus est particulièrement important. En est-il de même
pour les feuilles? Une répartition convenable de l'eau, dans une fenillc,
et plus particulièrement dans son pétiole, intervient-elle penrlant ses
réactions tropistiques ?
Pour étudier ce problème, recherchons les effets d'une richesse plus ou
moins grande en eau dans un pétiole, ou dans une portion de pétiole.
Si l'on fend longitudinalement un pétiole en deux portions, l'une supé-
rieure, l'autre inférieure, les portions se courbent légèrement, chacune vers
l'extérieur, c'est-à-dire la première vers le haut, la seconde vers le bas.
Si l'on place alors le pétiole sectionné dans l'eau, on observe que les
courbures s'accroissent notablement, mais d'inégales quantités : la portion
inférieure beaucoup plus que la portion supérieure.
Or, dans ces conditions, la richesse en eau a augmenté dans les divers
tissus du pétiole. On comprend donc que si, dans un pétiole jeune, encore
déformable, la quantité d'eau augmente, des tensions inégales se pro-
duisent : la moitié inférieure l'emporte sur la moitié supérieure, et le
pétiole se courbe vers le bas, entraînant et abaissant le limbe.
Mais les déformations du pétiole se compliquent ordinairement d'une
torsion dont nous allons rechercher l'origine.
Examinons, à cet effet, un pétiole fendu longitudinalement en deux moi-
tiés symétriques, droite et gauche. Pour faciliter l'exposé de ce qui suit, je
supposerai que la section intéresse le limbe et la majeure partie du.pétiole,
sans toutefois atteindre la base de ce dernier. Les deux moitiés s'écartent
légèrement l'une de l'autre. Dans l'eau, elles s'écartent beaucoup plus de la
même manière, devenant chacune fortement concave vers l'extérieur.
Mais les courbures n'en sont pas planes : elles s'accompagnent dun
gauchissement, en relation avec une torsion de chaque demi-pétiole. Pour
chacun d'eux, la région supérieure diverge relativement plus que la région
inférieure : une torsion se produit donc. On voit alors les deux moitiés du
limbe, entraînées par les deux moitiés de pétiole, s'écarter et pivoter : leurs
I20 ACADÉMIE DES SCIENCES.
faces supérieures s'orientent respectivement vers l'extérieur ; leurs faces
inférieures se disposent, au contraire, Tune vers l'autre.
Nous avons, jusqu'ici, réalisé une égale hydratation dans les deux moi-
tiés du pétiole. Installons-en, maintenant, une moitié dans Feau, laissant
l'autre moitié dans l'air. La première moitié accroît rapidement sa richesse
en eau ; sa turgescence augmente et elle se courbe et se gauchit fortemenl.
L'autre moitié demeure au coniraire moins turgescente et ne se courbe que
fort peu. Or, rappelons qu(! le pétiole n'a été qu'incomplètement fendu :
les deux moitiés demeurent en contact normal par la base. Il est dès lors
facile, remettant le tout dans l'air, de rapprocher complètement les deux
bords de la section, puis de les maintenir de la sorte par un fil noué, vers
l'origine du limbe, autour du pétiole reconstitué.
Dans ces conditions, l'ensemble se courbe et se gauchit sous l'action du
demi-pétiole plus riche en eau ; la position d'équilibre est nalurellement
intermédiaire entre celles que prendrait, isolément, chacune des deux
moitiés.
Il résulte de là que, si dans un pétiole normal, intact, non sectionné, la
richesse en eau vienl à varier d'une façon dissymétrique, des déformations
tendent à se produire. Si la quantité d'eau devient, par exemple, plus
abondante dans la moitié droite d'un pétiole, le pétiole se courbe vers ce
côté droit; d'autre part, une torsion du pétiole se produit, orientant vers
la droile la face supérieure du limbe.
Or, dans le pétiole d'une feuille non étalée dans un plan horizontal,
l'amidon mobile détermine une perturbation de la répartition de l'eau (').
De même, pour une feuille éclairée latéralement, les pliénomènes chloro-
phylliens s'accomplissent avec des intensités inégales dans les deux moitiés
du pétiole; il en doit résulter une répartition dissymétrique de la richesse
en eau.
On conçoit alors que les réactions tropistiques des feuilles se réalisent
par des courbures et par des torsions du pétiole.
Dans la plupart des feuilles non pétiolées,la base de la nervure principale
joue le rôle du pétiole.
(') Voir E. Zaupffel, L amidon mobile et le géotropisme {Comptes rendus, t. 173,
192 1, p. 4^2).
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. 121
BOTANIQUE. -- Sur le gcunétophyte des Marchantiées.
ISote de M. Ch. Douin, présentée par M. Gaston Bonnier.
Régénération du thalle. — Les hépalicologues ont souvent remarqué que
les Marchantiées, abondantes dans la saison qui leur est favorable, sont
complètement mortes pendant la saison sèche, ce qui ne les empêche pas,
même restées stériles, de reparaître aux mêiries lieux avec le retour de
l'humidité. Quelques auteurs vont jusqu'à affirmer que les Marchantiées
peuvent revivre après plusieurs années de dessiccation. J'ai vérifié le fait, et
voici les résultats de mes expériences et de mes cultures.
Dans les thalles morts, certaines cellules restent vivantes un an, deux ans
et plus, probablement, pendant que leurs voisines immédiates ont, depuis
longtemps, cessé de vivre. Les cellules qui restent vivantes et qui seules peuvent
rèaénérer le thalle sont r initiale terminale du thalle stérile et ses initiales secon-
daires. J'appelle ainsi les cellules qui se détachent des quatre faces de l'ini-
tiale terminale. On aura encore une idée de l'extraordinaire vitalité de ces
inititlles par le fait suivant : le Plagiochasma elongatum de la zone équato-
riale (Mexique) a gelé à Chartres : seules de toute la plante, les initiales
secondaires sont restées vivantes et l'ont régénérée.
Les initiales secondaires sont espacées comme les écailles ventrales et
disposées sur quatre lignes longitudinales aboutissant à Vinitiale terminale :
deux rangées superposées sur la ligne médiane et deux autres latérales situées
symétriquement par rapport aux précédentes et à la limite externe des insertions
des écailles ventrales.
Anomalies. — Les anomalies des végétaux peuvent nous révéler des faits
morphologiques intéressants pour l'étude des formes normales. Je vais
en citer quelques exemples :
1° L'anomalie du « double capitule » à l'extrémité d'un seul pédoncule
à deux sillons chez le Reboulia m'a prouvé que, dans toute bifurcation, l'ini-
tiale terminale du thalle stérile se divise en deux initiales égales et de même
imleur que celle dont elles sont issues, contrairement à l'opinion de tous les
hépaticologues qui ont accepté la « echtr Dichotomie » et la a falsche Dicho-
tomie » des auteurs allemands.
2*^ Les « andrœcies partielles » du Reboulia et du Plagiochasma m'ont
appris que les cellules détachées de l'initiale terminale se segmentent co/w/w^
des initiales : de là le nom aV initiales secondaires qui leur a été donné: une
122 ACADEMIE DES SCIENCES.
nouvelle compréhension du développement intercalaire est la conséquence
de ce fait.
3° Les « pointes saillantes » du thalle du Reboulia m'ont indiqué comment
se faisait le développement du pédoncule dans les Marchantiées non
sillonnées.
4° Les singuliers appareils $ sessiles sur le thalle stérile du Plagiochasma
elongatum m'ont permis de formuler les principes relatifs à la soudure de
deux organes à développement basilaire.
Développement du thalle. - Le thalle des Marchantiées comprend deux
parties : la partie solide ou tlialie proprement dit qui correspond à la tige
des Muscinées et a, comme cette dernière, un développement terminal ;' les
organes latéraux (chambres aérifères et écailles) sont l'équivalent des
feuilles et dont le développement est basilaire.
Le développement terminal du thalle proprement dit se décompose en
deux temps ; dans le premier, l'initiale terminale se segmente et donne les
initiales secondaires; dans le second, ce sont celles-ci qui fonctionnent à
leur tour.
i*^ L'initiale terminale se segmente à droite et à gauche d'abord^ en dessous
et en dessus ensuite; on a ainsi quatre cellules formant une série de segmenta-
tions. L'initiale terminale continue à se segmenter, toujours dans le même
ordre, pour ainsi dire indétiniment, en donnant d'autres séries d'initiales
secondaires.
2° Chaque initiale secondaire se segrnenle sur trois, plus rarement sur
quatre faces, pour donner autant de cellules primaires (segmentation pri-
maire) qui se multiplient plus ou moins (multiplication secondaire ou déve-
loppement intercalaire), en formant une masse de cellules que j'appelle un
mérophyte. Tous les mérophytes ainsi obtenus grandissent solidairement et
forment le thuUe stérile. Arrivés à leur état définitif, ils se fixent au support
par leurs poils absorbants. On a, de cette façon, un ensemble de méro-
phytes adultes, fixés au sol et désormais immuables, et un certain nombre
d'autres en voie d'accroissement qui, par ce fait même, repoussent en avant
l'initiale terminale et les mérophytes voisins.
Le thalle stérile se compose ainsi de 4 séries longitudinales de mérophytes
intimement soudés : i séries médianes superposées qui composent la
nervure ei 2 séries latérales qui forment les ailes, termes qui se trouvent
ainsi nettement précisés, quant à leur origine, pour la première fois.
Les initiales secondaires ont un triple rôle : autre leur fonction normale
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 123
qui. est dq former les niérophytes, elles donnent encore les initiales basilaires
d'où sont issus les organes latéraux et des initiales terminales, ([ui, dans
certains cas, donnent naissance aux appareils cf et 9 pédoncules el aux
pousses de régénération.
Le développement basilaire des organes latéraux se produit de la manière
suivante :
Une initiale basilaire qui fonctionne fait saillie hors du tluille ou de la
tige par une sorte de bourgeonnement, et la pins grande partie de la saillie
s'isole du reste par une cloison transversale. La cellule externe est la
première cellule de l'organe à former, tandis que la cellule interne est lini-
tiale qui continue à faire saillie au, dehors et à s'isoler de la partie proémi-
nente par une cloison transversale ; etc. Inutile de dire que les organes laté'-
raux sont presque toujours formés de plusieurs initiales basilaires soudées
qui fonctionnent solidairement et souvent pendant longtemps, en donnant
de nombreuses séries, segmentations qui sont réduites chacune à une seule
cellule.
En résumé, dans le développement terminal, les tissus nouvellement
form(''S repoussent en avant l'initiale terminale et les mérophytes voisins, tandis
que, dans le développement basilaire, ce sont les initiales basilaires qui
restent fixes sur le thalle ou la tige, pendant que les tissus jeunes repoussent
les plus âgés à l'extérieur.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sui' la toxicité de divers phénols ni très pour le
Sterigmatocystis nigra. Note de M. L. Plaxtefol, présentée par M. J.
Gostantin.
La toxicité des phénols est consacrée depuis longtemps par le r(Me qu'ils
jouent comme antiseptiques. Parmi les phénols les plus simples, l'acide
phénique et son dérivé trinitré, l'acide picrique, ont été particulièrement
employés. Mais, malgré les travaux de Koch et de Hoppe-Seyler, les
données numériques relatives à la toxicité du phénol et des phénols mirés
sont encore fragmentaires.
J'ai étudié comparativement les actions que présentent, sur la germi-
nation et la croissance du Sterigmatocystis nigra, le phénol et quelques-uns
de ses dérivés nitrés (mononitrophénols : ortho, meta et para; dinitro-
phénol I, 2, 4; trinitrophénol, i, 2, 4, 6).
Le milieu nutritif est constitué par 100""'' de la formule de Raulin, où le saccha-
124 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rose est remplacé par du glucose. On y ajoute le produit à essayer, soit à l'état cristal-
lisé, soit en solution dans l'eau distillée, et l'on porle par addition d'eau distillée, au
volume total de 120*^™'. Les vases de culture sont des crislallisoirs cylindriques de
8""^ de diamètre et 4'"") 5 de profondeur. Les spores du cbampignon sont ensemencées
au pinceau, suivant la technique indiquée par Raulin. Le développement a lieu à 35°.
La tension de l'atmosphère en vapeur d'eau est maintenue constante à l'aide d'un
dispositif rappelant celui qu'utilisait Haulin. Pour les produits relati\ement volatils à
la température de culture (phénol), ou facilement entraînables par la vapeur d'eau
(o-nitrophénol), des expériences de contrôle sont faites en atmosphère confinée. Enfin
l'examen de préparations microscopiques permet de suivre le début de la germination.
Chaque expérience comporte une culture témoin et une série de cultures,
de concentrations croissantes en produit loxique, évaluées en grammes par
litre. Pour le o-nitrophénol, peu soluble dans l'eau, les recherches ont été
poussées jusqu'à saturation du liquide nutritif par le phénol (0^,4 p^ii'
litre).
Parmi les résultats expérimentaux, je retiendrai trois sortes de tests de
la toxicité :
1. Concentration minima empêchant la germination (^concentration anti-
germinative inhibitrice). — A cette concentration, la spore se gonfle beau-
coup plus qu'une spore qui germe; mais l'augmentation de la turgescence
ii'est pas suivie de la poussée d'un tube mycélien :
iMiénul.
Pas de germination 0,8
Germination o,^
La concentration antigerniinalive n'est pasalleinte pour le o-nitrophénol
dissous à saturation dans le liquide nutritif.
2. Concentration maxima permettant le développement des conidies et leur
noircissement, au bout de temps donnés, à partir de l'ensemencement :
o-nilro-
/»-nilic)-
/>-iiilro-
Dinitro-
1 rinilro-
]ilicnoI.
pliénol.
]jhéiiol.
pluMiol.
phénol.
>o,4
0,3
0,12
0,009
0,4
>o,4
0.2
0,1
0,008
0.35
o-nilro-
;«-nilro-
y:>-nilro-
Dinitro-
Trinilro'
Début du noir-
Temps.
Phénol.
pliénol.
phénol.
plicnol.
pliénol.
phénol.
cissement. . .
4o heures
0,1
o,o5
o,o5
0,01
0,001
o,o3
Cultures noires.
j 3 jours
i 4 jours
0,4
0,5
0,4
0,1
II
0,02
o,o5
o,oo4
o,oo5
0,1
0,1 5
3. Poids sec du champignon^ prélevé au bout de 5 jours de culture
SÉANCE DU 9 JANVIER I922. 125
l'oids sec du cliampigiion.
Concenlratiou y ■■ ■ _. !■■ — — ■ — —
en o~nino- /«-nitro- p-n\lro- Diiiilro- Tj-initro-
giamines par litre. l'Iu'iiol. iilicnol. phénol. phénol. phénol. phénol.
« f,64 1,6- 1,67 l,Qi 1,67 1,6',
(.) ,00^ " " V '/ I ,57 "
(1 . 0
' /
0 , 007 ■' •' '/ //
0,01 ' J ,.5- // I ,').]
0,02 ■' " I .GG . I ,48 , " 1 ,37
o,o5 ' 1,65 1 1 49 *^*'99 " ',20
0,1 [ , 60 r , 7 o 1,25 (' . 09 ' 0,79
0,2 1 ,66 1 ,60 0,6- " ' '/ 0,62
0,3 // 1 ,55 " " '/ 0,32
0,4 1,63 1,20 " " ir If
0,5 1,35 '/ /' ■' // //
0,6 o , 74 " . '/ '' •'
Ces résultats mettent en évidence un ensemble de laits :
1" Le phénol et les produits nili'és ([ui en dérivent, sont toxiques pour le
Sterigmatocystis nigra, les produits nitri'S étant plus toxiques que le phénol.
2° Les trois mononitrophi'nols ont des toxicités différentes : Tortho est
le moins toxi({ue, le para, le [)lus toxique. Ainsi semblent s'opposer, par
leurs propriétés pliarmacodynamiques, les deux mononitrophénols (jue
leurs propriétés chimiques rapprochent le plus.
3° Le seul des dinitrophénols ([ui ait été utilise'' dans celte élude montre
une toxicité beaucoup plus élevée c[ue le phénol et les mononitrophénols :
il est près de cent l'ois plus toxicjue que le phénol, et plus de dix l'ois plus
toxique que le plus aclif des mononitrophénols.
4. Le seul des trinitrophénols qui ait été utilisé dans cette étude pré-
sente une toxicité plus grande que celle du phémol, et de même ordre que
celle des mononitrophénols. L'allure toute dillérente de la courbe des poids
secs, en fonction de la concentration, traduit une différence dans l'action
pharmacodynamique.
."). Il est extrêmement curieux de rapprocher les actions du dinitrophé-
nol I, 2, 4, et du trinitrophénol i, 2, 4, 6. Tous deux ont également un
groupement NO^ en position para et un autre en ortho. D'une manière
théorique, on passe du dinitrophénol au trinitrophénol par fixation d'un
nouveau groupement NO" en position 6, c'est-à-dire en ortho. L'introduc-
tion de ce groupement diminue considérablement la toxicité. Comme il
126 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rend la jiiolécule symétrique, il y a lieu de rapprocher ce fait de constata-
lions antérieures (').
6. Parmi les six corps éludiés jusqu'ici, le dinitrophénol 1,2, 4 paraît,
du point de vue toxique, jouir de propriétés particulières, par comparaison
avec la série chimique à laquelle il appartient. A cette toxicité corres-
pondent des propriétés physiologiques spéciales.
CYTOLOGIE. — Sur le polymorphisme ei la maturation des spores des Syndinides
(Péridi/iiens). Note (-) de M. Edouard Chattox.
Les Syndinides forment une famille de Péridiniens caractérisés par leur
parasitisme, leur complète dépigmentation, leur état plasmodial, la struc-
ture de leurs noyaux, qui, dans la cinèse, présentent d'une manière cons-
tante cinq chromosomes en V, et enfin par leurs spores gymnodiniennes
plus ou moins turbinées.
On les trouve dans la ca\ité générale descopépodes pélagiques, et dans
la capsule centrale de certains radiolaires "( Thalassicolla). Il ne sera question
ici que des premiers. J'ai fait connaître antérieurement (=') les phases de
leur é^olutiou, la structure de leur plasmode, le processus cinétique propre
à leurs noyaux, et la morphologie de leurs spores.
Chez une même espèce de copépodes il peut se former jusqu'à trois caté-
gories de spores tout à fait différentes. Cela ne se produit jamais, toutefois,
chez un même indi\ idu, c'est-à-dire à partir d'un même plasmode.
Chez Paracalanus parlas j'ai distingué des « spores à rostre », des
« macrospores » et des « microspores », chacune des deux dernières caté-
gories présentant eUe-mème des variantes secondaires. Mais chez d'autres
copépodes (Corycœus venustiis), il ne se foi-me qu'un seul type de spores.
J'ai posé la question, dans ma monographie, de la signification de ce
polymorphisme sporal. Pluralité des espèces, différenciation sexuelle^ poly-
morphisme non sexuel dans une même espèce, telles sont les trois hypo-
thèses envisagées. De nouAclles recherches me pprmett<'nt d'ébider la
troisième. Chaqu» forme sporale correspond en effet à un plasmode de
(*) Mayer, Magnij et Plantefol, Sur la toxicité des carbonates et cldorocarbo-
nales de méthyle chlorés {Comptes rendus, t. 172, 1921, p. i36).
(-) Séance du 27 décembre 1921.
(') Comptes rendus, 1.1.50, 19105 p. 654-656; t. 170. igao, p. 4r3-4t5; t. 173,
1921, p. 859-861.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1922. 127
structure bien caiactérisée. La formation d'une seule catégorie de spores
par les ])lasmodes du Corycœus inmiistus plaide aussi contre cette hypothèse,
et même conlre celle de la différenciai ion sexuelle.
Toutes les recherches en vue de vérifier cette dernière ont été négati\es.
J'ai mélangé nombre de fois des spores de ditVérentes catégories issues des
Paracalaiius^ en elVectuant avec elles toutes les combinaisons possibles, sans
jamais observer de copulations. Je n'ai jamais constaté non plus de copu-
lations entre spores ideutiques, soit issues d'un mêm<' plasmode, soit issues
de plasmodes différents. Toujours ces spores ont dégénéré purement et
simplement, entre 24 et 4^ heures. Chez S. corycœi^ dont h' cas est parti-
culièrement instructif, les spores, après quelques heures de vie libre, se
fixent sur la dépouille du copépode, ou au verre, et y passent à l'état quies-
cent. On peut les conserver plusieurs jours sous cette forme.
L'étude cytologique de la phase de maturation des spores de toutes
catégories montre au surplus qu'elles ne sont point le siège de phéno-
mènes de réduction, comme elles (le\ raient en présenter si elles étaient des
gamètes.
L'hypothèse qui subsiste donc est celle de la pluralité des espèces. Il con-
vient dès lors de caractériser celles-ci, à la fois par leurs plasmodes et par
leurs spores. Au cours de Fétude cytologique qui a été nécessaire pour ce
faire, j'ai porté spécialement mon attention sur les phénomènes qui accom-
pagnent la sporulation. Chez Syndinium rostratum (« spores à rostre » de
Paracalanus parvus) la formation d'un appareil ciuéto-flagellaire au pôle du
demi-fuseau, constitué par un rhizoplaste ayant la valeur d'une centrodes-
mose et perdant secondairement toute connexion avec le noyau, la dissocia-
tion de la figure fusoriale eji cinq chromosomes à individualité persistante,
pelotonnés dans la vésicule nucléaire ; chez 6'. corycœi {àe Corycœus veniistus),
la réduction de l'appareil cenlrosomien tlagellaire à un cône coiffant le
noyau, la dislocation des chromosomes aboutissant dans la spore mûre et
quiescenle, sessile, à la constitution d'un noyau granuleux, condensé, enve-
loppé d'une forte membrane; chez 5. turho (« macrospores » de Paraca-
lanus parvus) uwe structure et une évolution analogues., quoiqueici les spores
restent mobiles; chez 5. minutum (a microspores v de Paracalanus parvus)^ la
persistance de deux demi-fuseaux dans les spores mûres.
D'une manière plus générale nous dégageons de cette étude les conclusions
suivantes :
1° L'organisation et le mode de division nucléaires des Syndinium pré-
128 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sente d^iiie «'spècc à l'autre une uniformité remarquable. Cliez toutes, les
chromosomes sont constamment au nombre d<" cinq, toujours courbés en V.
2** A la prophase et à la télophase mitoliques, comme en inlerciiièse, ces
chromosomes sont toujours agencés en demi-fuseaux, qui n'ont pas ici de
signification spéciale, comme dans le cas des ciliés où ils paraissent avoir la
valeur d'un synapsis.
3° Quelle que soit la slJ-ucture du noyau dans les spores mûres, c'est
toujours à partir de ce stade en demi-fuseau qu'elle s'établit.
[f La maturation des spores n'est point accompagnée de méiose. Ceci,
joint à leuV évolution solitaire, interdit de les regarder comme des gamètes.
Les véritables gamètes des Syndinium sont encore à découvrir.
5° A Tuniforniité structurale relative des plasmodes s'oppose une grande
diversité morphologique et cytologique dans les spores. Celte constatation
est embarrassante, car si l'on considère, comme les faits nous l'imposent en
général, et particulièrement dans le cas des Péridiniens parasites, la forme
sporale comme originelle, on ne conçoit pas que des types sporaux aussi
divers soient issus de stades végétatifs aussi semblables, jusqu'aux détails
de constitution nucléaire.
5° L'appareil cinétotlagellaire des Dinoflagellés, jusqu'ici peu connu, se
présente, selon la règle fondamentale pour les autres flagellés, comme un
dérivé de l'appareil cenlrosomien nucléaire.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Emploi du hismuth dans la prophylaxie de la
syphilis. Note (') de MM. R. Sazerac et C. Levaditi, présentée par
M. Roux.
Après avoir établi les pro])riélés curatives du bismuth dans la syphi-
lis ("), nous avons recherché, avec !\L Issaïcu, si les dérivés bismuthiques
agissaient préventivement. Convaincus de l'importance du problème au
point de vue de la prophylaxie de la syphilis, nous l'avons étudié expéri-
mentalement sur le lapin, en utilisant les deux techniques que voici :
a. Nous avons administré les produits dont nous désirons connaître l'ac-
tion prophylactique, à des lapins, auxquels nous inoculions le tréponème
(vi?'as neurotrope) par scarification prépuliale (MetchnikolTet Roux).
(') Séance du 3 janvier 1922.
("-) Sazerac et Lkvaditi, Comptes tendus, t. 172, 1921, p. 1891.
SËANCE DU 9 JANVIER Il)2 2. 1 29
/;. En OLitce, nous avons essayé de nous rap[)toclier le plus possible des
conditions qui président à la transmission de la syphilis chez l'homme, en
faisant agir Tagenl [)rophylaclique sur des lapins soumis à la contamination
par contact sexuel, sans nulle lésion préalable.
I. Méthode des scarifica lions. -^ Des lapins mâles étaient infectés par sca-
rifications préputiales abondantes; Tinfeclion massive étail de beaucoup su-
périeure à celle qui assure la contamination humaine. Nous nous sommes
servis du tarlrobismitthate de sodium et de potassium et aussi du lactate <le bis-
muth soluble (en solution aqueuse). Le mode d'application a >arié. Per-
suadés que la propliylaccie de la syphilis pourrait être réalisée par simple inges-
tion d\in médicament spirillicide, nous a^'ons uidisé le bismuth, non seulement
en application locale, mais aussi par la voie digestive (buccale et anale)-
1. liVJKCïiONS PRÉVENTIVES. — Li>r.si|u'(in i n jecte dans le muscle du lii|nii o",o5delar-
lrobi>mulbate j3af kiloijfamme, trois heures après Tinfechon piépuliale, on empêche
définitivement l'apparition des lésions tréponémiqnes (absence de spiiochètes le 60® et
le 63'" jour chez les animaux traités, lésions chez le témoin déjà le 16^ jour).
Le tartrobisinuthale, administré en injection intra-musculaire , agit préventi-
vement.
2. Voie digestivh. — ,\. Voie buccale. — Le lactate de bismuth, administré au
lapin par la bouche, paraît èlre absorbé [action curalive y^tv os constatée par Sazf-ac
et Levadili (')]. Cette absorption par la voie digeslive semble cependant faible. C'est
ce qui explique probablement les résultats impai faits foui nis par nos essais préventifs.
Nous n'avons, en effet, observé que des retards, parfois considérables, dans Téclosion
des lésions et jamais d'empêchement définitif. iNos e^ipériences sont au nombre de i5.
dont 12 avec le tartrobismuthale de Na et K, et 3 avec le lactate. Le premier de ces
sels a été administré par la bouche à la dose de 20'^"'' à ^o"^™', solution, iiouiliie ou
suspension huileu-e à lo ou 20 pour 100, i heure^ 3 heures, 4 heures ttl 24 heures
après l'infection. Sur 12 essais, 7 ont été complètement négatifs et 5 ont montré
un relard de V injection, (jui a été de i4, '7, ^8 et 21 jours, par rapport aux
témoins. Avec le laciale (mêmes doses), sur trois expériences, une >eiile a montré un
relard de 45 jours. Dans l'ensenoble, le Irailement préventif per os a relardé l'appa-
rition des tréponèmes dans une proportion de \o pour loo des cas.
Il y a donc lieu de conclure que, malgré l'absence d'action préventive
définitive, certains sels bism,uthiques ne sont pas totalement inactif s au point
de vue prophylactique , lorsqu'on les administre per os.
(') Sazerac et Levaditi, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 1201.
G. K.. 1923. r"' Semestre. (T. 174, N" 2.) ' \)
l'3o ACADÉMIE DES SCIENCES.
B. i^oie anale. — La voie anale se prête mieuv que la voie buccale à essai-. Ea
effet, uu lapin qui a reçu par le rectum 20'='"' de bouillie de tartrobismulhate à
20 pour 100 n'a pas montré de tréponèmes 76 jours après l'inoculation, tandis que le
témoin s'est infecté le 20'' jour.
3. Â.PPLiCATroN LOCALE. — iNous nous sommes servis de la />om/«a(r/e au lartrobis-
muthale (sel So», vaseline, lanoline, àâ 3oe) et de la poudre du même sel.
a. Pommade. — Six expériences, dans lesquelles la pommade a été appliquée par
frottement sur 'a région infectée, 1 heure, 4 heures et 24 heures après la scarification.
Quatre fois., la pomma le a empêché défi'iitivement l'apparition des lésions spiroché-
tiennes (5o, 76, 98 el 94 jours d'observation), tan lis que les témoins se sont infectés
le 20^ el le 2 î'' jour. Une expérience fut nég^ïlive, tandis que, dans une autre, il y eut
un retard de 1 1 jours. Les lapins qaiont été préservés par la pommade se sont mon-
trés sensibles lors d^une inoculation ultérieure faite le gg" Jour.
Ces essais nionttent que la pommade bismuthiqiie agit préventivement ^
m^me lorsqu''elle est appliquée de i heure à 4 heures après une infection
massive (').
b. Poudre. — La poudre de tartrobismulhate, employée localement 3 heures
après l'inoculation, n'a empêché l'infection que dans une expérience sur trois. Elle
agit donc moins bien (jue la pommade, étant moins adhérente el aussi moins
pénéli ante.
II. Méthode des accouplements. — Cinq couples ont été constitués, un seul des
générateurs étant infecté aux organes génitaux (lésions anciennes, riches en trépo-
nèmes), et l'autre normal (2 mâles infectés, 3 femelles infectées). D'après les expé-
riences de Levadili, Maiie et Iss;iïcu {•)., l'infection se transmet ainsi dans la grande
majorité des cas. Les anima ix sont restés en contact durant 5 jours. Pendant les
quatre premiers jours, nous avons appliqué, par frottement, la pommade bismuthique
au niveau des organes génitaux du procréateur normal.
Résultat. — Trois de ces couples ont été féconds, ce qui prouve qu'il y
eut accouplement au moins dans trois de nos expériences. Or, chez aucun
des cinq pancréateurs normaux (3 mâles et 2 femelles), nous n'avons cons-
taté de lésions tréponémiques, pendant les 82 jours d'observation.
La pommide bismuthique agit pt^èventivement chez des animaux exposés à
une infection certaine, par la voie de C accouplement sexuel.
Conclusions. — Le tartrobismuthate de Na et de K jouit de propriétés
préventives, lors ju'il est appliqué sous forme de pommade sur la région
infectée, de i heure à 4 heures après l'infection; il empêche la maladie chez
(') La pommade se montre iuactive lorsqu'elle est appliquée pendant la période
d'incubation : 5'', lo"^ el 1 5*^ jour.
(-) Levaditi, Mauie et Issaïcu, C. R. de la Soc. de Riol.., t. 85, 192 1, p. 342.
SÉANCE DU y JANVIER 1922. i3l
les animaux exposés à la contamination par contact sexuel; il agit préven-
tivement, lorsqu'on l'injecte à petites doses dans le muscle. Ce sel, ainsi
que le lactate de bismuth, administrés par la bouche, retardent manifeste-
ment l'éelosion de lésions spirochétiennes.
A 16 heures trois quarts, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 18 heures.
É. P.
ERRATA.
(Séance du 19 décembre 1921.)
Note de MM. G. Friedel et L. Royer, Sur les mélanges de liquides aniso-
tropes et l'identité des liquides stratifiés de Grandjean avec les liquides du
type azoxyphénétol :
Page i32o, ligne 22, au lieu de gauche, (ire droit; au lieu de droit, lire gauche»
(Séance du 27 décembre 1921.)
Note de M. Kilian, Sur un problème de la tectonique des chaînes sub-
alpines dauphinoises :
Page 1437, ligne 9, au lieu de situés à l'est, lire situés à l'ouest.
l32 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Olvragks ri:çus dans les séances de décembre 1921 {suite tl fin).
Le Toarcieii supérieur dans la région sud-est de l' Aveyron, par J. Monestier.
Extrait du Bulletin âe la Société géologique de France., l. XX; i fasc. 24'^'".
Calcolo del tilolo piii economico di un gas inisto di gas ricco e povero, par
C. Canovetti. Extrait de Vlndustria del Gas e degli Acquedotii. de septembre 19-21 :
I fasc. 23'^^™. (Présenté par INl. I. allemand.)
Le turbine a gas motrici a propulsions, par C. Canovetti. Extrait de V Industria
del Gas e degli Acquedotii , de septembre 1921; i fasc. l'i''"'. (Présenté par M. Lalle-
m a II d , )
Recherches sur le mouvement des petites planètes^ par H.-V. Zeipel. Extrait de
K. Svenska Vet. Akad : s Arkiv for mateniatik^ astrononii och fysik, Bd. 11, i:^,
1^; I vol. 2i'^"\
L\œui>re astronomique d'Henri Poincaré, par H.-\ . Zeipel. Extrait des Acta
mathematica, t. 38; i fasc. 3o"°.
De la lumière au son . . ., par P. Vivier. Paris, Mendel, 1921; i vol. 25*^™.
Nouveaux principes d' hydraulique générale et de mécanique, d'après une étude
nouvelle de la contraction, par E.-E. Marchand Bev. Chez l'auteur, à Ijivry-sur-
Seine (.Seine-et-Marne), 1921; i v..l. 2.5'^"'.
La loi de /Veu to/i est la loi unique. Théorie mécanique de F Univers, par Max
Franck. Piiris, Gaulhier-Yiilars et C'*", 1921; i vol. 25'^'°.
La Physique théorique nouvelle., par Julien Pacotte. Paris, Gautliier-Villprs et C'*,
1921: I vol. 24'"'.
Analogies mécaniques de l'électricité., par J.-B. Po.\iev. Paris, Gauthier-Villars
et C'% 1921; I vol. 24"".
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI id JANVIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BKRTIN.
MEMOIRES ET COMMUA ICATIOi\ S
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'AC\DÉMIR.
M. le Président annonce le décès de M. Ciamu.iax, Associé étranger,
survenu à Bologne le 2 janvier.
M. A. Haller s'exprime en ces termes :
M. GiAco.Mo CiA.MiciAN, séuatcur du royaume d'Italie, professeur à l'Uni-
versité do Bologne, comptait parmi nos plus illustres Associés étrangers.
L'œuvre de notre regretté confrère est aussi étendue qu'originale. Son
activité scientifique a été cons-acrée pendant de longues années aux combi-
naisons appartenant au groupe du pyrrol, combinaisons dont il a élucidé la
fonction et la constitution. M. Ciamician a attaché plus lard son nom aux
réactions qui s'effectuent entre composés organiques à fonctions variées
quand on les soumet à Tinfluence de la lumière solaire.
Ses dernières recherches ne sont pas moins originales. Considérant l'or-
ganisme des plantes comme un véritable laboratoire, il a essayé d'y réaliser
des synthèses par l'injection de multiples produits, notamment d'alcaloïdes
ou d'autres substances dans le but de se rendre compte de l'influence qu'ils
exercent sur cet organisme. Une des expériences les plus brillantes est celle
qui aboutit à la synthèse de la salicine par injection de la saligenine dan^
des plantes qui ne renfermaient point le gliicoside précité. La Chimie orga-
nique perd en M. Ciamician un de ses représentants les plus distingués,
l'Italie un de ses savants les plus justement renomm'-s et la France un de
ses amis les plus fidèles.
G. K., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 3 ) I^^
l34 ACADÉMIE DES SCIENCES.
NAVIGATION. — Relations entre : Les formes de carène eVun navire : les dépla-
cements relatifs de sa houle satellite; son aptitude à la vitesse; sa vitesse la
plus économique; et la résistance de l'eau à sa translation. Note de
M. F.-E. FouRxiER.
En fin d'analyse, j'ai été conduit parles observations et les considérations
nouvelles, rectifîcatrices et complémentaires, résumées dans cette Note, aux
conclusions suivantes sur la nature et l'enchaînement de ces relations.
[. La résistance, R, de l'eau à la translation, de vitesse v^ en mer calme,
d'une carène, de surface, H, gu fer neuf fraîchement peint., à étrave droite,
ayant, suivant l'usage, son maître-couple, de largeur, /, de profondeur, p^ à
peu près au milieu de la longueur, L, de son plan de flottaison, a pour
expression générale
(i) R=:o,i6ir^']>.
Dans cette expression : 1 peut être calculée par la formule d'inter-
polation
(,) ^=,, 3.3,3 + , .93^(iii)-7,,.5(jii)' + 8,86o(j^y
en fonction de la surface, o-, de son plan vertical de dérive mesurable direc-
tement.
Quant au facteur i/, c'est une fonction de c que cette Note a pour objet
de définir.
rr. Soient: /, l'incidence latérale moyenne sous laquelle les lignes d'eau
de la proue attaquent la masse liquide, à leurs extrélîiités rectilignes sur
l'étrave; et ï^ = 10° 39' 40% ou sin?^ =: o,i85, une valeur critique, constante
générale ^ dépendant de la viscosité de l'eau.
Enfin, représentons par (r une vitesse caractéristique que l'on calcule,
pour chaque navire, par la formule d'interpolation
(3) ' -^= = I .0232 — 3,980 ( -j ) + 15.67 (■; ) ^l-^^\\
et (jui joue, comme vitesse de comparaison, un rôle capital dans la
question.
Ifl. En utilisant les valeurs de R, que le service technique de nos cons-
tructions navales déduit de ses observations directes sur des modèles des
SitANCE DU l(j JAWIEPi 1922. l'J5
différents types de carènes acliiellés. remarqués au moyen de mécanismes
perfectionnés et enregistreurs des résistances, dans le bassin d'essai appro-
prié à cet effet, dont ce service dispose à Paris, j'ai pu calculer les valeurs
correspondantes du facteur -l aux différentes viiesses r par la formule tirée
de (i), 'h = — ,. .- , ■. el constater ainsi les particularités suivantes.
IV. Sur chaque navire : j-^^i. à sa vitesse (t-; et y esl >i, à ses
vitesses r^ tr; au contraire, '-Lest <^i. à ses vitesses r<^(ï'. depuis celle c„.
à laquelle ',p,, = i . et qui est liée à n- par le rapporl
(4) — =1 I ,524.5 \/siii /
SlM l„
I + 0.7414 ( <'-32 —
JL
ïTp
sur les carènes où {i^i^) et se réduit à v\ = o. sur celles où {i <ii^,).
V. La plus petite 'J^,„, des valeurs de 'l moindres que i, est donnée, pour
chaque navire, par la formule d'interpolation
(6) '^ni^= 0.6465 — o.6oc)3 -^^^ — - l 1 ■. — :- ) — o. 1070
" sin l^, \ siii loj
Elle y est atteinte à la vitesse c„^ = -(v^ -h n), Va plus économique, donc, des
navires où (ï^/,,), et qui se réduit à i,^^ = - w, sur ceux où {i<i i,,)-
L'expression (6) comporte un minimum absolu sur les carénés où la valeur
de i est diminuée jusqu'à celle, /,„, qui satisfait à l'équation de condition de
ce minimum,
. . I . . „ ... . „ „, „
sin /,„= - sin /q= o .<iq2D. don i„i^= o° ib 20 '
2
et qui est donc la valeur optima de «, car elle donne à ces carènes leur p!us
grande aptitude à la vitesse, compatible avec la viscositt' de Fcau.
VL Les carènes où (i^i„) sont les moins aptes à la vitesse, parce qu'elles
entretiennent, aux dépens de la force motrice, une houle satellite formée, auor
vitesses v<^{v, d'une vague de translation d^étfrwe se prolongeant extérieure-
ment en proue fluide et, sui\ie de son train d'ondes d'oscillations transK-er-
sales ; ce premier système y étant complété, aujr vitesses r ^ a-, par une*^^«^
de translation d'ètamhoty également suivie dans le sillage de son train
d'ondes d'oscillations transversales.
VIL Les carènes où (/<C^o) sont, au contraire, les plus aptes à la vitesse^
parce qu'elles n'entretiennent : x\\ proue fluide aux vitesses v'^w, ni
vague de translation d'étambot aux vitesses v > iv. Or, la suppression de
l36 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cette seconde vague permet à la vague d'étrave d'allonger librement son
profil vertical, en tendant, à mesure que v croît, de o à oo, vers sa limite
asymptotique, qui est nécessairement le contour du maître-couple^ à la
distance, -■> de Tetra ve.
VIII. Soit : A, la distance à Tétrave de l'extrémité arrière du profil vertical
du premier creux, le plus profond, de la houle satellite, qui maintient
r horizontalité du plan de flottaison des navires, tant qu'il reste en avant de
leur maître-couple.
J'ai reconnu que cette distance varie avec c suivant les relations :
(7)
(8) A' =
V
/ sin /' -
- sin/'o
/ • ■^
/ sin 7 -
4
— sin 4
/ sin/ / sin «
y sin/|i '^ siniy
[5;//' les carènes où (i^ /(,)] »
[sur les carènes où {i < i^)] ;
il en résulte que A étant moindre que -, à toutes leurs vitesses, âe v = o k
i^ = ce, d'après la relation (7), le premier creux ondulatoire y reste en avant
du maître-couple, en y maintenant donc V horizontalité du plan de flottaison.
Tandis que A' restant moindre que -> d'après la relation (8), seulement
jusqu'à la vitesse «r', qui satisfait à la relation
/ ^in i I sini
y siiu'o V sini'o
les carènes où (? <C 'u) conservent l'horizontalité de leur plan de flottaison,
seulement jusqu'à cette vitesse tr'. A mesure, en efîel, que A' dépasse --,
aux vitesses v^ a', une portion de plus en plus grande de ce premier creux
s'allongeant au-dessous du plan de flottaison de \a poupe lui permet alors de
s'y abaisser davantage en donnant à ce plan une inclinaison 0, favorable
à /a z^/ïe^j-e et augmentant avec (^suivant la relation, que j'ai déjà fait connaître
à l'Académie,
(9)
;in 9 =r I sin — j i / sin /(sin /,, — sin /) 1
SÉANCE DU 16 JANVIER '1922. rSj
IX. Pendanl que v croît, de (t- à zc, sinO lend, on le volt, de zéro vers sa
limite asymptotique
sin9„= ( sin — ^ ) y/siii^sin 4— siii/j
comportant un maximum absolu
• r» /. TT \ sin /o
sin0.= ( sin \
sur les carènes où i se trouve réduit à sa valeur optima i,„ qui satisfait à la
condition sin«„,= ^ sinî'o. 0^ = 4°45'i5" est donc, sur ces carènes, la plus
grande inclinaison de leur plan de Jloltaison qui soil compatible aiec la vis-
cosité de l'eau.
X. Le Tableau suivant indique les formules à employer, selon le cas,
pour calculer les valeurs de '|, afm d'en déduire ensuite celles de R par la
formule (i) :
Navires où i-i'n. ■
'l = i-(i-'%04
11 _ li
IV II'
I
^, = 1 + 0
(v>iv).
Navires où (/</o).
!,867 . /
V' 0,0-->i
X
/sin «0 — sin /
y 0,002 262
I — sin 71 — , ) ( sin 7: — -, — 0,646
avec
a = 0,4375
(r<.T/);
, . w ' f w' \
/ 10 s r- / -1 " + " *'" ''^ — ( 1 — Sin 7; — 1
r ' c / / ^ \ • '^ ' ' '' ^
4>i = I -h 2,5g4 -i — ■ Sin;: —
\LpJ l i>
sin /„ — sin/\ •>*"'
- j > /^ =r 5, 176
sin /„ — sin A^»"^^
o,o383 J ' -~-,^j^y o,o383
Tusage de ces formules présenterait le double avantage de suppléer, éven-
l38 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tueliement, aux opérations longues et coûteuses de la construction et du
remorquage des modèles dans un bassin d'essai spécial, par de simples
calculs faciles à renouveler, au gré de l'ingénieur, dans les tâtonnements
<[u'il peut être conduit à entreprendre en vue de diminuer la résistance R à
prévoir par des modifications judicieuses dans le choix des valeurs de /,
de ( - ) et de ( ^ ) dont les rapports, ^^ — - et ( -; — ) , s'en déduisant, sont les
\p J ^ ^ \L J ^t^ ' sin<„ \Lp J
caractéristiques par excellence des formules d'interpolation, d'une carène à
l'autre.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur les j'éscaux il^^^.
Note de M. C. Glichard.
Soient M(X,, X.^, . . ., \o„) un point qui décrit un réseau dans un espace
d'ordre 2//; 6,, ^^,, ,.., ç^,,^; v],, y]„, .,., y)^,^ les paramètres normaux de ses
tangentes. On a
(0
dX , V àli , d'i
-— = hc, —- = lin, -p = n-f],
au dv ai'
dX , dl , df) ^
——=zlf}, —- z=^ /in, __ — 7^:^,
âc ou au
Le réseau M sera Oqo (') ^^ ^'^^^ ^
(2) |i;, -^j— _/„t : + f/V.
Je pose alors
(3) r/ = [X,E]-h\], r=[X,ri]-iy-
Pour que le réseau M soit i^oo, il faut et il suffit que
(4) -— = «/•, —,nq.
c/L ou
Parmi les réseaux parallèles à un réseau i2„o il y en a pour lesquels les
fonctions q et r sont nulles. De tels réseaux seront appelés des l'éseaux
normaux.
Si A(>,, Yo, ..., Yo») et B(Z|, Zo, ..., Zj^) décrivent des réseaux
normaux parallèles et si Ton désigne par A, et /, les valeurs de h et / pour
le réseau A; par h.;, et L, ces valeurs pour B. On aura
i [Y, c:]=A,U, , [Z, ^]=A,U,
( [Y, •o] = /,V, [Z, rj] = /,\.
(') Voir Comptes rendus, l. 173, 1921. p. \\\b.
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. l3ç)
Le point C dont les coordonnées sont a Y, -h ^Z,, a el 3 /tant des cons-
tantes, décrit un réseau parallèle aux précédents, les valeurs de h et / étant
aA, + fl/i. et %l^ + ^i,. Je dis que ce réseau C est un réseau normal. î'^n
effet des équations (5) on déduit
(6)
D'une manière plus générale, si Ton combine linéairement (i«s réseaux
normaux parallèles, on obtient un réseau normal parallèle aux réseaux
primitifs.
Je dis de plus que f Y, ZJ est une constante. I^ii effet,
^[Y, Z] = /i,[^, Z]+/î,[Y, ;]=-Al/^,U + /^,/^,^ = u;
de même la dérivée de [Y , Z] par rapport à v est nulle.
Dans le cas de n = i^ on démontre directement que la recherche des
réseaux normaux revient à la résolution d'un système complet. On trouve
deux réseaux normaux linéairement distincts; en remontant de proche en
proche aux espaces d'ordre supérieur, on arrive au résultat suivant :
Dans un espace d' ordre -in^ il y a in réseaux normaux, linéairement dis-
tincts^ parallèles à un réseau 12oo-
En combinant linéairement ces réseaux, on arrive à une forme cano-
nique ; les coordonnées de ces réseaux forment un déterminant L,
A,.
.r,
X
211- 1
2'(-l
X
2 '1-1
2«-l
qui possède les propriétés suivantes :
1° Les éléments d'une même ligne sont les coordonnées d'un réseau O^,,
normal; si donc on désigne par U/, et b^ les valeurs de /i et / qui coires-
ponclent à la ligne de rang /■, on aura
(7)
(8)
Oxi
= a/.cj,
du
u-ni:
âx',,
ôv
[a-/,, y,] = b,,\\
2'' Si l'on désigne par |.ryi, aî^J le crochet formé avec les éléments dfis
l4o , ACADÉ^IIE DES SCIENCES.
lignes de rangs /•• et /, tous ces crochets sont -nuls sauf les suivants :
qui sont égaux à l'unité.
On sait que cette dernière propriété entraîne la suivante. Si l'on désigne
par [^'', a?'] le crochet formé avec les éléments des colonnes de rangs /• et /,
tous ces crochets sont nuls sauf les suivants :
qui sont égaux à l'unité.
Si maintenant on prend les éléments de la première colonne, on a
, dix
au -"=^"^^-
Oa,,
dv
Oh,,
du
(9)
I OJCi , OU/,
ai; II.
dru
Les formules (9) montrent que le point qui a pour coordoimées les quan-
tités xl décrit un réseau; les paramètres normaux des tangentes à ce réseau
sont les quantités cif^ et bi,\ les fonctions / et / sont ici ;, et r,, ; ce réseau est
opposé au réseau M, c'est-à-dire que la fonction m de l'un des réseaux est
égale à la fonction n de l'autre.
La même propriété existe pour les éléments des autres colonnes.
Les 172 réseaux ainsi obtenus sont parallèles. Je dis, de plus, que ces
réseaux sont des réseaux normaux. Il suffit, pour cela, de remarquer que
le crochet formé avec les coordonnées de deux de ces réseaux est une
constante.
On vérifie d'ailleurs facilement que
l [.r', a] =--!?,
(10) < [a, Z;] =
\ \.^\ !>'] = — y-^i
V U
A chaque réseau i2oo de l'espace d'ordre 2/i, on fait ainsi correspondre un
autre réseau lioo- ^^^ paramètres normaux des tangentes du premier réseau
sont les quantités ç et y] ; pour le second, les quantités a et b. Ces deux
réseaux sont dit conjugués.
Soit maintenant P un point qui décrit un réseau parallèle au réseau
donné. On sait qu'on obtient toutes les congruences (G) conjuguées au
réseau P de la façon suivante : on prend un réseau M parallèle à P, on mène
• SÉANCE DU if) JANVIER 1922. i4i
par le point 1* une droite G parallèle à la droite OM qui joint rorigino au
point M. Les paramètres de G sont donc les coordonnées X,, ..., Xj^deM.
Ces paramètres satisfont à léquation
(11) (^-X _ 1 dh ()X l à^ à\
du Oi- ~' It Ov du l Ou dv
Cela posé, deux cas peuvent se présenter : 1° M est un réseau normal, alors
la congruence G est L„o. En elTet, les conditions
[X, ç]=:AU, [\.-^| = /V
sont équivalentes à
[-f]=-- [^-.fj--'
qui caractérisent une congruence L^o-
2" Le réseau M n'est pas un réseau normal. On détermine Xan+i par les
équations
du dv
OÙ ^ et r sont les valeurs fournies par les formules (3). Dans ce cas X, , . . .,
^j«i ^2«-4-o i> sont solutions de l'équation (11). On vérifie facilement que
dans l'espace d'ordre 2/? + 2 la droite G, qui a pour paramètres X,, ...,
-^-'«? Xo,,^,,!, décrit une congruence L„„; il en résulte que la congruence (G)
est 2L00.
Remarque. — Un réseau conjugué à G, est un réseau li„o de l'espace
d'ordre 2n -h 2.. On a ainsi un moyen de passer des Ù^o dans l'espace d'ordre
2 7Z à un réseau analogue de l'espace d'ordre 2/^ + 2.
M. CosTANTiN présente un Ouvrage nouveau :
J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, pour la Bibliothèque de l'Ins-
titut, l'Ouvrage que je suis en train de publier, avec la collaboration de
M. Faideau, intitulé : Histoire nature/le illustrée : les Plantes. Sept fascicules
ont actuellement paru et ce sont eux (jue j'offre aujourd'hui. Cette publi-
cation est ornée d'un grand nombre de photographies, de planches en cou-
leurs, de cartes, etc.; elle constituera donc, (|uand les vingt-cinq fascicules
auront paru, un ensemble important de documents sur la vie végétale. Elle
permettra de se rendre compte de la place immense que tiennent les indus-
tries botaniques dans les civilisations humaines. Peut-être trouvera-t-on que
l'i2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rapparilion d'un tel livre, <jui s'adresse à tous, pourra rendre des services
à l'heure présente, où la situation économique est si difficile, où chacun a
besoin de se documenter. L'étude des richesses végétales du globe, sur-
tout du monde tropical et de nos colonies, présente un véritable intérêt si
ce sont elles, comme on l'a dit judicieusement, ([ni contribueront à tirer
notre pavs de la situation douloureuse et criti<|uc dans la(|uelle il se débat.
M, L. LiNDET, en son nom et en celui de MM. M. Reau et Ch. Porcher,
fait hommage à l'Académie de la première année (1921) de la lîevue qu'ils
pub'icnt sous le titre : Le lait, revue générale des questions laitières.
COMMISSIONS.
MM. É. Picard, P. Appell, pour la Division des Sciences mathéma-
tiques; H. Le Chatelier, Ch. 3Iot'REU, pour la Division des Sciences phy-
siques; A. de Gramoist, leMan^'chal FocH, pour la Division des Académiciens
lil)res, sont élus membres de la Commission chargée de présenter une liste
de candidats à la succession de M. J. Carpentier, décédé.
CORRESPONDANCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° K. Fauchèhe. Cjuide pratique dWgriculture tropicale : 11. Les grandes
cultures. L'Arachide. Le Cacaoyer. Le Caféier. La Canne à sucre.
2° II. Soi'.EAU. Nomograp/de et 'Jraité des Abaques. Tomes I et II. (Pré-
senté par M. Ch. Lallemand.) » i
S'' Caiie géologique provisoire du Maroc, par Louis Ge^th.. (Présenté par
M. P. Teirmier.)
4" Chaules Oi;Er,TniJR. Éludes de Lépidoptérologie comparée. Fascicule Xl\,
i"" Partie. (Présenté par M. P^.-L. Bouvier.)
5" l'ELix Vanev. Sur les polynômes de Luguerre.
SÉANCE DU l6 JANVIER 11)11.
l/i3
ANALYSE MATHÉMA'i IQUE. — Sur une e.rtcnsioTi (Tun tlièorème de M. Landau.
Note de M. Paul Moxtel.
1. J"ai indiqué, dans une Note récente ('), comment l'étude des familles
cjuasi-normales permet d'étendre le théorème de M. Schottky aux fonc-
tions qui ne prennent pas plus de p fois la valeur zéro ni la valeur un. Je me
propose, dans la présente Note, de montrer que Ton peut aussi obtenir une
extension à ces fonctions du théorème correspondant de M. Landau.
Soù f(x) une fonction holomorphr autour de V origine et représentée par le .
développement
dans lecpicl a,,^^ n'est pas nul : il existe un nombre R, ne dépendant <jue de
//„, a^. ..., ^p+,, tel que, dans tout cercle de rayon supérieur à R, ou la
fonction f{x) cesse d'être holomorphe, ou cette fonction prend dans le cercle
plus de p fois l'une au moins des valeurs zéro et un.
Lorsque /> = o, nous retrouvons le théorème de M. Landau.
2. Supposons maintenant (jue l'on assujettisse la fonction/(.j;-) à prendre
en /; 4- 2 points fixes, .r,,, .r,, .. ., x^,^,, p ^i valeurs données /^,, w,, ...,
u,,., et formons le déterminant
V'+i
A =
'P'i
'p+i
Si A est différent de zéro, il existe un nombre R, ne dépendant que des Xi et
des u„ tel que toute fonction f(x), holomorphe dans un cercle de rayon supé-
rieur à Met, prenant au point x^ la rôdeur m,, prenne nécessairement, dans ce
cercle, plus de p fois l'une au moins des valeurs zéro et un.
Si/) = o, ou a A = w, — w^,, et l'on retn^ive ainsi une généralisation du
théorème de M. Landau qui est due à M. P. Lévy.
On peut remplacer, dans Ténoncé précédent, les conditions que les Ui
soient fixés et ([ue A soit différent de zéro par les conditions que les </, ^ient
-des modules bornés supérieurement et que A ait un module borné inférieu-
rcnaent. ^
(■') Comptes rendus., t. 17'*, 192?., p. 21.
i/j4 académie des sciences.
3. Les propositions ci-dessus sont des cas particuliers d'un théorème
plus général. Fixons, en /.• points donnés, x^, a?,, ..., x,,-^, les valeurs
de/(^) et d'un certain nombre de ses dérivées et supposons
On peut former un déterminant A, dépendant linéairement des valeurs
précédentes, tel que A = o soit la condition nécessaire et suffisante pour
qu'il existe un polynôme entier de degré p prenant, ainsi que ses dérivées,
les valeurs données aux points j?;. La proposition (|ue j'ai en vue est alors la
suivante :
Considérons les fonctions /(x), holomorphes autour de V origine et qm^ en
des points donnés, prennent, ainsi que leurs dérivées jusqu à un certain ordre,
des valeurs données. S'il n existe pas de polynôme de degré p parmi les fonc-
tions f(^x), on peut affirmer qu'il existe un nombre R, ne dépendant que des
affixes des points donnés et des valeurs données., tel que., dans tout cercle de
rayon supérieur à^, ou bien la fonction f{x) cesse d'être holomorphe, ou bien
cette fonction prend plus de p fois l'une au moins des valeurs zéro et un.
Ici encore, il suffit de limiter supérieurement les modules des valeurs
données et, inférieurement, le module de A.
Si ^=1, a^, =/> + 2, nous retrouvons le résultat du paragraphe 1;
si k ^ p -\- 2, a„ = a, = ... := aA_ , = I, nous retrouvons le 'Résultat du para-
graphe 2.
Dans le cas où ^ ^ o, on peut remarquer que les énoncés que l'on obtient,
et qui fournissent le théorème de M. Landau ou une de ses généralisations,
introduisent ainsi la condition qu'il n'existe pas de constante vérifiant les
conditions imposées k f{x).
On peut enfin remplacer les conditions (\wo f{x) doit remplir par des
conditions plus générales, en introduisant des fonctionnelles de f{x),
comme l'a fait M. P. Lévy pour le théorème de M. Landau.
Les propositions précédentes permettent d'obtenir des précisions nou-
velles sur la distribution des zéros de f{x) — «, a étant un nombre quel-
conque, dans le voisinage d'un point essentiel isolé de f(x'). ,
SÉANCE DU r6 JANVIER I922. i45
ALGÈBRE. — Sur la généralisation des nombres entiers complexes}
Note (') de M. Auric.
Pour appliquer la théorie des nombres au domaine complexe a h- bi^ on
porte les nombres réels a sur l'axe des abscisses, les nombres purement
imaginaires bi sur un axe perpendiculaire et l'on décompose le plan en
Carrés dont les sommets ont des coordonnées entières; en d'autres termes,
on prend comme maille fondamentale du réseau le carré construit sur les
segments OA (unité réelle) et OB (unité complexe). ^
Un nombre complexe quelconque tombera à l'intérieur d'un de ces carr'és
et il sera très facilo de déterminer l'entier complexe le plus rapproché
de lui.
A un entier complexe près un nombre quelconque est équivalent, congru
à un nombre a -h ^3^' avec
|ai:^, \^y:\ et v/^FH^i^-
Gomme ce module est inférieur à l'unité, on sait qu'il est possible, dans
ce domaine, de réduire en fonction continue le quotient de deux noml)res —
«1
et d'obtenir une suite
«o> '''i- (t-i, a-i, ••• (Iim«,jr=o) •• .
représentative de ce développement.
On aura des valeurs approchées de — sous la forme )^, O" et O' étant
des entiers complexes.
Il est facile de généraliser et de remplacer le segment OB = i par un
nombre quelconque, algébrique ou transcendant w.
Si le module de ce nombre est >► i, on prendra l'inverse changé de
signe — - qui, comme on sait, est équivalent à co dans la théorie ordinaire
des fractions continues; on peut donc, dans tous les cas, admettre que
OB<i,
L'angle AOB est quelconque, mais non nul. car alors il serait impossil)le
de décomposer le plan en un réseau de parallélogrammes.
o
(') Séance du 9 janvier 1922.
l46 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Par suite, dans ce domaine (i, to) généralisai ion de (i , i), les sommets des
parallélogrammes ont seuls des coordonnées entières; tout nombre de ce
domaine sera équivalent à un nombre a 4- [3co avec | a 1 f -, | [3 |;5 - et
commf I wj^i il en résulte que le module est toujours infc-rieur à i : on peut
donc dans ce domaine réduire en fraction continue le quotient de deux
nombres — et obtenir une suite
a,
Oq, <7,, r/j, f/;j, . . . (lima„rro).
représentative de ce développement.
Les valeurs approchées — seront égaleuieu tue la forme ^> Q'' et Q), étant
des polynômes de co à coefficients entiers réels; si w est un nombre algé-
brique de degré k, il est clair qu'il en sera de même des valeurs approchées.
On peut encore généraliser et prendre deux segments OA et OB égaux à
deux nombres quelconques algébriques ou transcendants co, to' à la seule
condition d'avoir rendu leurs modules égaux ou inférieurs à Tunité.
Dans ce domaine on pourra encore réduire en i'raclion continue le cjuolient
de deux nombres — et obtenir une suite
f/o, «1, a,, r/;;, ... {\\wo,,z=zo).
représentative de ce développement
f^tii
o",
Les valeurs approchées de — seront de la forme ~, ()l el ()[ étant des
polynômes de co et de w' à coefficients entiers réels; si co el co' sont des
nombres algébriques, il est évident qu'il en sera de même des valeurs
approchées.
Il est inutile d'insister sur l'importance que présente l'élude de ce domaine
en raison du lien intime quil possède avec les fonctions elliptiques de
périodes co et co'.
NOMOGRAPHIE. — 5///' la réduction de la quatrième dimension à une représen-
tation plane . Note de M. dOcagne, présentée par M. Appell.
J'ai fait voir, à diverses reprises ( ' ), (|ue les seules équations à plus de trois
variables représentables par concours de lignes prises dans des systèmes
(') En dernier lieu, dans la 2"' édition, p. iS^, de mon Traité de Nomogrophie,
que je désignerai ici par T. j\ .
SÉA.VCE DU l6 JANVIER 1922. 14;
simplement infinis, ou ce', sont celles (jui. moyennant rinlroduction
appropriée de variables auxiliaires aux((uelles correspondent d'autres sys-
tèmes 3d', dits de liaison, sont remplaçables par uae suite d'é([uations ne
renfermant pas chacune plus de trois variables, el ([ui peuVfent, en consé-
quence, être dites dissociables à la troisième dimension. Leur représentation
résulte simplement alors d'uu enchaînement de nomogramnies à trois dimen-
sions. C'est ce ([ui a lieu, notamment, à titre de cas très particulier, pour les
équations représentables par abacjues hexagonaux, plusieurs des systèmes
de liaison pouvant s'y trouver réalisés par les diverses positions de chacun
des index <[iii se déplacent en conservant len^ direction.
Je reviendrai en détail sur le cas général dans une publication plus
détaillée ([iie j'ai en vue, m'en tenant pour l'instant au cas de quatre
variables (' ). L'immense majorité des équations de ce genre se rencontrant
dans la pralicjue sont de la forme (où je fais usage de mon ordinaire nota-
lion par indices pour mettre en évidence celles des variables 5,, z^, 53, c-.
sur les(|uelles porte cha(|ue signe fonctionnel)
dans laquelle, sans nuire à sa généralité, on peut remplacer une des fonc-
tions binaires par i. Toute équation de ce type est représentable ^iV^'cî^-
ment., sans aucune dissociation à la troisième dimension, par la méthode
des points alignés (^) ([ui, d'ailleurs, peut s' appliquer encore à des équations
d' une forme beaucoup plus générale ('). Le nomogramme, qui est bien alors
strictement à quatre dimensions (puisque non dissocié en d autres à trois
dimensions seulement), est constitué par deux échelles reclilignes parai-'
lèles( 5,) j^t (zo) et un réseau de points à deux cotes (s^jS^j), produit par
l'entre-croisement de deux systèmes de lignes (^3) et (^4). Son mode d'em-
ploi résulte simplement de l'alignement des points (^, j, (so) et (^^3, s,).
Pour que ré(|uation ( 1) devienne représentable par abaque hexagonal, il
faut et il suffit ({ue les fonctions g^,^ et h^.^ soient identiques, auquel cas, les
remplaçant tontes deux à la fois par i (suivant la remarque ci-de-sus) on
peut mettre Téquation sous la forme
(2) /i+/2-i-/si=o; .
(') Cas déjà abordé, fnais sous une forme bie'ti plus générale el avec moins de
détails pratiques, dans une de mes précédentes Notes {Comptes rendus, t. IGM, 1919»
p. 1244)-
n r. /v.,p. 296.
{') T. /V.,p. 295.
l48 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et c'est là le type Le plus général à quatre variables auxquels puissent s'appli-
quer directement les abaques hexagonaux. Il suffît, pour en obtenir la
représentation, de poser
(3) Ai^Ç,
ce qui donne
(4) /,+/2+Ç = 0.
Appliquant l'échelle binaire définie par (3) au troisième axe de l'abaque
hexagonal représentatif de (4), on voit que la représentation est obtenue
en réalité par Taccolement des nomogrammes à trois dimensions, corres-
pondant l'un à (3), l'autre à (4), et non, comme précédemment, par un
nomogramme à quatre dimensions non dissocié.
Si d'ailleurs /^i est de la forme /j H-/,,, l'équation (3) est également
représentable par un abaque hexagonal et l'on peut engendrer l'échelle
binaire correspondante par un simple glissement de l'indicateur.
On peut tenter de représenter aussi le type (i) par abaque hexagonal en
ayant recours à deux échelles binaires au lieu d'une. Il suffit pour cela, en
remplaçant ici g^,, par i , de poser
ce qui, on le voit, revient à une dissociation en quatre nomogrammesà trois
dimensions chacun, appliquée à une équation à six variables, parmi les-
quelles deux couples d'identiques entre elles. On se trouve avoir ainsi deux
systèmes cotés (z.^) et deux systèmes cotés (î^) distincts, soit un système (:; .5)
et un système [z^) surabondants, ce qui ne permet plus de prendre pour
inconnue lune ou Vautre de ces variables. Cette circonstance rend, dans bien
des cas, le recours à Tabaque hexagonal absolument impossible. Mais,
même dans les cas où les systèmes surabondants ne portent que sur des
variables toujours comprises parmi les données, il est clair que c'est une
inutile complication de les faire intervenir, alors qu'un autre mode de
représentation n'en comporte point, et c'est justement le cas des points
alignés pour les équations du type (i), qui, je le répète, comprend la plu-
part de celles à quatre variables qui se rencontrent dans la pratique.
Remarquons, en outre, qu'on ne saurait assimiler le rôle que joue
l'index à travers le réseau (i^, :;.,), dans le cas des points à deux cotes et
dans celui de l'échelle binaire, attendu que, dans le second cas, l'index a une
direction /?.re, alors que, dans le premier, il peut prendre /o/z/e^ les directions ;
SÉANCE DU iG JANVIKR 1922. i4q
c'est précisément ià la raison profonde pour iaquelle on a affaire, dans le
premier cas, à des systèmes oc'^ d^élémenls, et, dans le second, à des sys-
tèmes ce' seulement, entraînant la nécessité d'une dissociation qui, sous
une forme plus ou moins déguisée, donne naissance à des nomogrammes à
trois dimensions.
Ce n'est que lorsqu'on veut appliquer les points alignés à Uîie équation
du tyjte (2) que Ton peut envisager trois supj»orts rectilignes (parallèles
ici au lieu d'être mutuellement inclinés à 120°) dont deux sont munis
d'échelles simples (^,) et (z-.,), alors qu'au troisième doit être accolée une
échelle binaire (c-j, z.^); par suite, ce n'est que dans le cas des points con-
denses que la structure du nomogramme à points alignés devient exactement
corrélative de celle de l'abaque hexagonal.
Nous tenons à ajouter, pour faire ressortir toute la portée de la méthode
des points alignés dans le cas de quatre dimensions, que la presque tota-
lité dés équations à quatre variables qui ont dû être traitées pendant la
guerre à la Section de Nomographie pour le tir de l'artillerie, à la Section
technique de TAéronautique pour la construction et l'emploi des avions,
aux établissements Schneider pour l'autofrettage des bouches à feu et le
calcul des trajectoires, se sont trouvées appartenir au type (1 ) à l'exclusion
du type (2) .
Pour ce qui est du graphique construit en 1869 par les auteurs germani-
ques Kutter et Ganguillet dans la Zeilschrift des OEsterr. In^-. iind Arrh.
Vereins (l. 21, p. 5o), outre qu'il diffère totalement, comme disposition, de
celui que donnerait l'application normale de la théorie actuelle, il ne sau-
rait pas plus être regardé comme une pierre d'attente de celle-ci que la pro-
jection de Mercator ne l'a été pour l'anamorphose de Lalanne dont, à la
vérité, elle se rapprocherait pourtant bien davantage. Au surplus, je ren-
voie sur ce point à la rectification qui, par rapport à l'édition allemande,
parue d'abord, a été introduite dans l'édition française de V Encyclopédie
des Sciences mathématiques (t. 1, vol. 4, fasc. 3, p. 38o). On voudra
d'ailleurs bien remarquer que, si le graphique en question avait été de
nature à faire soupçonner le principe général au<juel on a voulu le rattacher^
après coup, il serait bien étonnant que, dans un intervalle de plus de vingt
ans, personne ne s'en fût avisé.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 3.) ï ï
l5o ACADEMIE DES SCIENCES.
GÉOMÉTRIE. — Sur les réseaux de points .
Note de M. G. Tzitzéica, présentée par A[. G. Kœnigs.
1. Considérons une suile double de poinls P,/, (/, X- = o, i, 2, ...) dans un
espace projectif à n dimensions. Je suppose (pie les points voisins P,;;.,
P/+,,/,, P/,/c-^, et P/^i A^, sont situés, quels que soient i et k, dans un même
plan fv.'iriable avec i et k). Les n-\-ï coordonnées projeclivës de P,/,, dont
je noi<' une d'enlr*' ('l'es par ocu,, yériiient une équation aux différences
finies d(- 1) forme
(i) '*V^i./;-f-i -+- «/A-^i'/+i.A+ bji, .r/./,_Hi 4-c//, ^/,/,=: o.
Je dirfi alors que l: suite des points P,v^ forme un réseau. On constate
l'analogie avec les rés aux continus; Téquatiou (i)est analogue à Téquation
de Lajtliice. '
2. Tl esf «isr de voit que le point P)' , dont une des coordonnées est
de même (jue le point f^T ', pour lequel on a
décj'ivent aussi des rés aux : ce sont les premiers transformés de Laplace
dans un sens et dans l'autre. Il convient de remarquer que le point P^^^ ^
est commun aux droites P;7,P,,a+) ^t P/^.,Jt P/+i,A-f-M ^t que de même le point
PS+, est commun auv droites P/AP/+..;t et P,,^^, P,^,,yi^,.
3^ Considérons aclu(41ement deux suites doubles de poinls P,a et
Qik(fj /' " o, I, 2, ...), toujours dans un espace projectif à n dimensions, et
dont une de,-^ coordonnées piojectives pour chacun des points est ce,-,, et v'^/,.,
qui soient telles que le poinl voisin P,./,^, de la seconde sorte de P/y;. et le
point voisin <!^),v,,a de la première sorte de ()//, soient situés, quels que soient
i et iî% sur la droite P^aQ/a- On aura alors, pour les coordonnées corres-
pondantes,
*'/,/, -1-1= ^i.U^ik + Pi.h-yiki
Je dirai alors que les droites P,/, Q,a forment une coTigVuence et que, pour
le rayon P,7(Q,7t, le point P^^^ est le foyer de la seconde sorte, Q/^ le foyer de
la première sorte. Les deux suites P,7, et O//, forment des réseaux, les
réseaux focaux de la coiigruejice.
SÉANCE DU 16 JA-WIEK I()22. l5l
4. Ces définitions étanl posées, on peut traiter, d'une nnanière élémen-
taire, presque tous les problèmes étudiés sur les réseaux et les congruences
habituelles.
Si l'on adopte la nomenclature de M. Guichard, on peut déterminer les
congruences harmoniques à im réseau et les réseaux harmoni([ues à une
congruence, les réseaux conjugués à une congruence et les congruences
conjuguées à un réseau.
J'ai démontré que le théorème de Ribaucour subsiste pour les réseaux
quadratiques, à savoir si l'on suppose que les points P,a d'un espace qua-
dratique k n — i dimensions forment un réseau et que l'on considère une
congruence H/^iR/yt conjuguée, alors le second point l\/ où le rayon Q/^R/a
coupe l'espace quadratique, décrit un réseau.
5. Con>idérons les six points Y*/,^, P/+,,yt5 ^\'l^ ^'^^lii P/+U ^^ P/^-2' ^^i
sont tous situés dans le plan P,7fPi+,,AP,,A+i si l'on suppose que les points P,/,
forment un réseau. Par les quatre premiers points et par chacun des deux
derniers passent deux coniques, qui sont en général distinctes. Pour
qu'elles soient confondues, il est nécessaire et suffisant que l'on ait entre les
coefficients de (1) la relation invariante
C'est l'analogue d'un théorème bien connu de M. Kœnigs sur les réseaux
à invariants égaux. Mais pour tout ce qui concerne la théorie des invariants
de l'équation (i), je me propose d'y revenir dans une autre occasion.
ASTRONOMIE. — Sur fa pression des (itmosphêres des étoiles et du Soleil.
Note de M. P, Salkt. présentée par M. B. Baillaud.
Les raies du fer des tvpes a. b. c, d de Gale et Adams étant inégalement
déplacées vers le rouge par l'effet de la pression, et ce déplacement sem-
blant proportionnel à la pression, on peut, en mesurant seulement la diffé-
rence de déplacement de raies de difïërents types, déterminer la pression
du milieu où ces raies sont produites.
Pour les ("toiles, dont la vitesse radiale. n'est pas connue a ptiori^ cette
méthode nous a peimis d'évaluer la pi-ession de leurs atnwsphères et, par
suite, de trouver Teneur introduite par Tefiet de la pression dans la déter-
mination des vitesses radiales. Nous avons comparé dans ce but les spectres
l52 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de Procyon et d'Arctunis au specLre solaire ('), cL nous avons trouvé que
les pressions des atmosphères d(^ ces étoiles sont de très peu supérieures
^jatm yy 2»tinj A^ cclle du Solcil. Lcs mcsures de vitesses radiales, au
moins pour les étoiles de ce type, ne sont donc pas faussées autant qu'on
aurait pu le craindre par l'effet de la pression.
Pour le Soleil, on peut mesurer par la même méthode la pression de la
couche renversante du fer en comparant le spectre solaire à celui de l'arc à
la pression atmosphérique. Les résultats varient notablement avec les raies
employées, et cela parce que, dans les spectres stellaires eu général, beau
coup de raies sont légèrement déplacées, à droite ou à gauche, par des
causes inconnues (•). On peut espérer toutefois que ces écarts se com-
portent comme des erreurs accidentelles et qu'on aura un résultat approché
en prenant un assez grand nombre de raies. Nous avons donc mesuré une
douzaine de raies solaires de différents types sur des clichés obtenus par
M. Hamy avec une dispersion de 1"""= 2U. A. et nous ^vons trouvé une
pression de la couche renversante de — 0,2 ±o'^'",/|, c'est-à-dire sensible-
ment nulle.
Mais on peut aussi se servir des Tables de Rowland en les comparant aux
mesures interférentielles de Tare au fer. Il suffit de calculer, pour chaque
raie du type c, par exemple, la différence entre la position de la raie d'après
Rowland et celle qu'elle devrait avoir à la ])ression atmosphérique d'après
la moyenne des positions des raies ti et b voisines. En faisant ce calcul pour
toutes les raies des types c et d étudiées par Gale et Adams (sauf pour la
région X53oo — 54oo), je trouve pour la pression H- o, i5 ± o^*'", 12.
Toutes ces déterminations supposent que les chiffres donnés par Gale et
Adams (^) sont exacts et que le déplacement des raies est bien proportionnel
à la pression même quand celle-ci tend vers zéro. On peut dire pourtant
que nos mesures confirment les résultats trouvés par M. Perot avec trois
raies de magnésium (').
La pression de la couche renversante du fer dans le Soleil ne paraît être
que de quelques dixièmes d'atmosphère; et par suite le déplacement des
raies solaires vers le rouge ne peut pas s'expliquer par la pression qui devrait
être alors de 5 ou 6 atmosphères. H est donc possible que ce déplacement
soit dû à l'effet Eiuslein.
(^) Astrophysical Journal, t. 53, p. 827.
C'') Voir à ce sujet nos mesures du Bulletin astronomique, '921, p. 278.
(^) Astroph. Journal^ t. 35, p. 10.
(■') Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 678.
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. \ S'^
PHYSIQi E. — Sut^ /^interprétation de l'expérience de Mic/ielson. Note
de M. E. Brvli\ski, présentée par M. Daniel Berlhelot.
La célèbre expérience de Michelson montre que le temps mis par un fais-
ceau lumineux, issu d'une source placée à la surface de la Terre, à parcourir
une longueur déterminée dans la proximité immédiate de la source, est indé-
pendant de l'orientation de ce parcours, au moins à l'approximation,
d'ailleurs très élevée, de l'expérience.
Si l'on énonce ce résultat en concluant que le temps mis par un faisceau
lumineux, issu d'une source en mouvement uniforme, à parcourir une lon-
gueur déterminée, mesurée dans un système d'axes entraînée dans le mou-
vement de translation de la source, est indépendant de l'orientation de ce
parcours, on formule implicitement une première hypotlièse, qui est que
l'action de la masse terrestre est négligeable.
Si l'on ajoute (jue ce résultat est indépendant de la vitesse de la source
lumineuse, on formule une seconde hypothèse, car Hen ne prouve que le
résultat obtenu à la vitesse, relativement modérée, de translation du globe
terrestre serait le même pour une vitesse très dilTérenle.
Si l'on allège encore l'énoncé, c'est toujours au prix de nouvelles hypo-
thèses plus ou moins implicites.
La première de ces hypothèses paraît mériter une attention spéciale.
L'éther a en efîet une densité finie, sans quoi la vitesse de propagation de
la lumière n'y serait pas finie; il paraît donc vraisemblable que la Terre,
dont la masse est énorme par rapport aux objets isolés que nous manions à
sa surface, exerce sur la portion d'éther qui l'avoisine immédiatement une
attraction trts importante, de nature à produire un entraînement total ou
presque total de cette portion d'éther. L'expérience de Fizeau a d'ailleurs
montré que la matière en mouvement, même en masse très petite par
rapport à celle de la Terre, entraîne partiellement l'élher.
Si l'on admet que la portion d'éther voisine de la surface terrestre est
entraînée totalement, ou même partiellement, mais d'une façon suffisante
pour que l'effet restant soit inférieur à l'effet minimum que permet de
déceler Fexpérience, il va de soi que l'expérience de Michelson ne peut
donner qu'un résultat négatif, et que ce résultat négatif ne saurait, dés lors,
servir de base à aucune théorie.
Peut-être contestera-t-on l'existence de l'éther et dira-t-on que les astres
]54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
éloignés nous envoient leur énergie par des atomes lumineux. Mais s'il y a
des atomes lumineux qui sillonnent constamment Tespace en tout sens, leur
ensemble constitue un véritaiile milieu, auquel rien n'interdit de donner le
nom diélhrr. Il semble donc qu'il ne soit pas possible de contester l'existence
de Féther, mais seulement de disputer sur sa constitution.
On ne conçoitguère, d'ailleurs, en quoi ces atomes lumineux différeraient
de ceux qu'avait imaginés Newton dans sa théorie de l'émission, queFexpé-
rience a condamnée après une lutte très proloiigc'e et des discussions très
approfondies.
Mais, sans s'arrêter à ce résultat acquis, on ne voit pas bien quelle
conception autre que celle de l'éther absolument immobile pouirait per-
mettre de tirer de l'expérience de Michelson la conclusion qui est le
fondement même des théories de M. Einstein.
Le rayon lumineux n'est, en effet, pas transmis par la matière elle-même;
cela résulte de nombreuses expériences déjà anciennes et, en outre, dans
l'expérience de Michelson interprétée par M. Einstein^ du fait que, s'il en
était ainsi, l'expérience ne pourrait donner qu'un résultat négatif.
Mais s'il n'y a pas d'élher fixe, c'est-à-dire s'il n'y a rien en dehors de la
matière et des atomes lumineax émis par la source de Michelson, le mou-
vement de la Terre dans l'espace devient un mouvement mathématique
qui ne saurait avoir aucune répercussion physique sur les phénomènes qui
se passent à sa surface. L'émission et le parcours des atomes lumineux se
font an sein d'une masse de matière se transportant d'un bloc, sur laquelle
il ne peut v avoir de réaction de quelque chose d'extérieur qui soit immo-
bile ou en mouvement différent, puisqu'on admet qu'il n'y a rien, et dans
CCS conditions on se demande comment l'expérience de Michelson pourrait
donner un résultat qui ne soit pas négatif, l^e seul moyen qu'il y ait, dans
l'hypothèse des atomes lumineux, possibilité d'un résultat positif serait de
supposer l'univers rempli de pareils atomes échappant complètement à
l'action de la matière et exerçant une influence sur le mouvement des
atomes issus de la source de Michelson. Cela reviendrait à admettre un
éther discontinu au lieu d'un étner continu.
I^a question de la continuité de l'éther n'est pas encore tranchée, mais
son existence même ne j»arait pas pouvoir être mise en doute. Par contre,
la base des théories de M. Einstein peut apparaître un peu fragile lors-
(ju'on l'examine de près au lieu de l'admettre purement et simplement.
SÉANCE DU l6 JANVIER I922.
l55
MESURES ÉLECTRIQUES. — Sur V application du galvanomètre balistique
aux essais de fer. Note de M. H. Chaumat, [)résentée par M. Paul .lanet.
Dans une Note antérieure (' ), nous avons établi que la courbe r( présen-
lalive de la fonction 0(R) qui lie l'élongatioii dans un galvanomètre balis-
tique à la résistance totale R du circuit d'amortissement avait la forme
générale ci-dessous, à vitesse initiale w,, constante.
Cette courbe ne peut être déterminée expérimentalement que peu* des
valeurs de R supérieures à la résistance propre du galvanomètre. Et uour
des valeurs de R dépassant de peu celle du galvanomètre, les conditions dv
précision de la détermination sont très précaires.
Nous avons, à maintes reprises, tracé expérimentalement de telles
courbes et les résultats obtenus confirment la théorie.
Or 0 est proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, à la vitesse aiigu-
laire initiale co,,.
On peut donc écrire
(0 5 = coo/(R).
la fonction y(R) ayant Tallure représentée par la eourbe ci-dessus.
(*) Comptes rendus, t. 17't, 1922, p. 02.
l56 ^ ACADEMIE DES SCIENCES.
D'autre part, dans un galvanomètre à cadre mobile, la vitesse angulaire
initiale w^ est liée à la quantité d'électricité Q mise en œuvre dans la
décharge par la relation
(2) K(,j„=<ï)oQ.
De (i) et (2), on tire
<ï>0
(3) 9^_"0/(R).
Si l'on emploie le galvanomètre balistique à la mesure d'une variation de
flux A$, on sait que
AO ....
(4) 0 = --- (H, résistance totale du ciicuit induit).
L-a quantité d'électricité induite varie en raison inverse de R. Si R
diminue, la quantité d'électricité induite augmente; mais, l'amortissement
augmentant, on peut se demander s'il y a une valeur de R pour laquelle
l'élongation serait maxima.
La réponse est immédiate.
Les équations (3) et (4) nous donnent
(5) 0 =1 — AO ^^ — - •
^ ' K R
Or =: tanga, à l'échelle près, et l'on voit que, pour une valeur
donnée de A<ï>, tanga, et par suite 0, diminuent régulièrement quand R
augmente. ,,,
On a donc toujours intérêt, pour accroître 0, à diminuer ^ le plus possible et y
par exemple, à connecter le galvanomètre directement aux bornes de la
bobine induite soumise à la variation de flux A$.
Ces résultats sont en contradiction avec ceux qui ont été annoncés par
M. Germani (*) et je les ai vérifiés expérimentalement maintes fois.
Si, dans la pratique courante d'un essai de fer, on n'opère pas ainsi, c'est
uniquement pour des raisons de facilité d'étalonnage. On met en série sur
le circuit induit, entre la bobine induite et le galvanomètre, une résistance
notable et, connue r, par exemple de l'ordre de grandeur de la résistance
propre du galvanomètre. Et l'on décharge aux bornes de ;• un condensateur
de capacité connue chargé sous une différence de potentiels également
( ') Revue générale de l'Electricité, 26 juillet 1919.
SÉANCE DU if) JANVIER 192?.. l57
connue. Ce procédé d'étalonnage dispense de la connaissance de* la résis-
tance totale du circuit et permet de déterminer la constante du balistique
dans des conditions d'amortissement qui sont exactement celles de Fessai
de fer.
PHYSIQUE INDUSTRIELLE. — Sur des accidents observés dans la synthèse de
l'ammoniaque par les hyperpressions el sur le moyen de les éviter. Noie
de M. Geokges Clauije, présentée par M. d'Arsonval.
A côlé d'avanlages donl les plus saillants ont été sig'nalés dans de précé-
dentes Notes ('), la synthèse de l'ammoniaque par les hyperpressions a
soulevé quelques difficultés, actuellement résolues.
L'une des plus essentielles est venue de la nécessité d'enlever très exacte-
ment, à mesure de ieui' production, les énormes quantités de chaleur pro-
duites par la ivaction dans un espace très petit, afin de mamtenir aussi
exactement que possible la température, d'un bout à l'autie du catalyseur,
à la valeur préférable pour concilier la bonne conservation des tubes cata-
lyseurs et l'obtention d'une teneur en iShP élevée dans un courant de gaz
le plus rapide possible. Celle lempératui-e optimum est voisine de 5oo°-f)5o''
lorsqu'on emploie le fei- comme catalyseui", et sous 1000^''", les conditions
de la syntiièse sont telles qi;e, si la chaleur de réaction restait dans le gaz,
la dissociation étant supposée inexistante, elle élèverait leur- température
jusque vers rooo".
On jugera des difficultés que jai roicontrccsparle fait, qu'après beaucoup
d'échecs sur lesquels je passe, j'ai dû, à un moment donné, refroidir les
tubes par un courant de /ï/o/Tz^yb/iû?^/ circulant le long du tube de réaction
vertical par un mécanisme analogue à celui du tbeimo-siphon. Le métal
fondu, grâce à sa masse considérable, enlevait la chaleur à température
presque constante d'un bout du tube à l'autre, et allait évacuer cette chaleur
dans la seconde partie de sou circuit, munie à cet ellel d'un dispositif de
refroidissement appro'prié.
C'est avec ce système que j'ai obtenu mes premiers résultais industriels,
et que fonctionnait en particulier, avec une production de 6 à 7' d'ammo-
niaque liquide par heure, l'appareil que j'ai montré le 9 janvier 1920 à de
nombreux membres de l'Académie.
(') Comptes rendus, i3 octoljre et ("'décembre 1919, 19 janvier 1920, 21 fé\rier,
18 aviil el 17 octobre 1921.
l58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais, (lès que nous avons voulu forcer la pr<idu(lion, des accidents
étranges sont survenus, révélant une cause de dcsîruclion des tubes cata-
lyseurs assez inattendue.
Des éclalemenls répétés de ces tubes se soni produits, en dehors de loîiie
attaque chimique ou de loul ramollissement par la chaleur, et présentant
le caractère commun de s^mioi'cer par Vexlérieur^ comme en témoigne la
photographie (figure ci-dessous).
Le fait bien établi, il a été facile de Texpliquer.
Le métal spécial résistant mécaniquement et chimiquement à chaud qui
constitue les tubes est naturellement très épais pour résister aux pi-essions
employées : le rapport du diamètre extérieur au diamètre d'alésage n'y est
pas moindre de 2. Or, alors que ce fait semble assurer la sécurité, c'est
lui, tout au contraire, qui, dans les conditions réalisées, est le générateur
du danger.
Ce niétal en effet, à côté d'une dilatabilité normale, possède une conduc-
tibilité thermique médiocre, sous l'effet de laquelle le llux calorificjue intense
correspondant à la chaleur éliminée produit dans l'épaisseur de la paroi une
chute de température élevée, pouvant atteindre 200" dans l'appareil en
question. Les couches externes du métal sont donc, en fonctionnement,
beaucoup plus froides que les couches internes.
A première vue, on peut penser que ce fait, comme la grande épaisseur,
est excellent pour la sécurité, puisque le métal central très chaud est ainsi
^-nveloppé d'une carapace qui peut bien mieux maintenir ses conditions de
résistance mt'canique. Mais l'importance de ce fait est de beaucoup dépassée
par cette autre conséquence que les couches internes, plus chaudes, exercent
sur les couches suivantes une ccnnpression énorme, qui s'ajoute à l'effet de
SÉANCE DU 16 JANVIER 1922. l59
la pression de marche; les couches suivantes agissent dans le même sens,
quoique d'une façon moins accenluée; au total, les couches exteines
subissent l'action d'une pression excessive qui détermine leur lupture, puis,
de proche en proche, celle de toute la paroi.
Des calculs de M. Guillaume, auquel j'avais soumis cette explication, il
résulte en effet que les pressions de fonctionnenienl de looo"'''" peuvent
bien avoir ('té triplées.
Ces accidents révèlent donc un danger très spécial, puisqu'il résulte à la
fois de l'c'paisseur relative de la paroi et de l'importance des quantités de
chaleur à évacuer, qui sont l'une et l'autre la conséquence des hyperpres-
sions. Ils mettent en évidence une précaution d'ordre général à prendre
dans cette technique et dans les cas analogues, et consistant à éviter toute
circulation importante de chaleur du centre à la périph(''rie des appareils.
Ce résultat est aisi'ment atteint en entourant le tube de réaction tout entier
d'un calorifuge approprié et, par exemple, en l'immergeant dans une
masse de kieselghur. N'étant plus le siège d'aucune transmission de
chaleur, la paroi est alors, en régime, dans toute son épaisseur à la tempéra-
ture des couches internes, et les pressions parasites sont évitées.
Ainsi, au paradoxe de l'épaisseur cause de danger, succède cet autre para-
doxe que, la température élevée étant évidemment uiie des difficultés de la
question, on est pourtant amené, pour protéger les tubes, à les soumettre
dans toute leur masse à la température la plus élevée. Ceci n'est possible,
naturellement, que grâce aux qualités exceptionnelles du métal que
j'emploie.
Mais comme on ne peut plus, dans ces conditions, évacuer la chaleur de
réaction à travers la paroi, c'est désormais à des moyens tout autres qu'il
faut avoir recours pour sen débarrasser.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur le reciiit et les pi'opriétés mécaniques du verre.
Note (') de M. Taffix, présentée par M. H. L<' Chatelier.
Dans une Note précédente (-), nous avons établi expérimentalement la
la loi de recuit des verres :
I I
A
Loi
(•) Séance du ■>-] décemlire i9>-i.
C^) Comptes rendus, t. 173, 1921. p. 1347.
.' — •>. '*- *
ICO -
l6o ACADÉMIE DES SCIENCES.
OÙ à el Ao mesurent respectivement la biréfringence du verre trempé aux
instants / et ^ = o.
0 est une fonction exponentielle, et T, une fonction linéaire de la tempé-
rature.
Pour chaque température 0, il existe une valeur de o qui représente une
biréfringence limite que Ton n'alteindra qu'avec un recuit indéfiniment pro-
longé à cette température. Si A^ esl plus petit que o, le verre ne pourra se
recuire à la température 0, et sa biréfringence restera constante et égale
à Ao.
Dans nos expériences, la biréfringence A est mesurée sur de petits
prismes de verre dont les arêtes ont pour longueur : i*^'" dans le sens de
propagation de la lumière; i'™,8 et i'^^"\2 dans le plan perpendiculaire.
Dans un verre moyen où un efîort de i kg i-cm^ produit une biréfringence
de i>,5a.[j.:cm, le retard A correspondrait à une tension, uniforme en grandeur
et en direction, de — ^ kg : cm-. Etant données les dimensions de nos prismes
de verre, si l'on admet en outre que les tensions principales au centre du
prisme sont parallèles aux arêtes et proportionnelles à leur longueur,
la 'biréfringence A correspondrait à une tension double ou triple de la
tension uniforme calculée plus haut. De même, la biréfringence limite o
doit correspondre, elle aussi, à une tension limite o, comprise entre 2
ou 3 fois — z ' soit à peu près o kg : cm^.
Pour un verre de laboratoire de com])Osition centésimale :
SiO'^=7i,5; AIH)^:=o,3; Fe20^=:u,2; Mn30'»=o,4; GaO=:6,8;
MgO = o,5; Na-0 — 2o,5;
les constantes o et T de la loi du recuit ont (Hé trouvées égales à
»'
0 r^ 22 /ji]Lt, T =:. 222 minutes (à4">°)-
La tension limite o aurait ])Our valeur approchée à 4io° • 2-2 kg/cm-.
Il était intéressant de rechercher quelle sorte de déforniation subit le verre
sous des elVorls de cet ordre.
Pour cela, on a pris un lul)e mince du verre de laboialoire analysé plus liaut ; ses
diainèlres extérieurs el intérieurs étaient respectivement de 11™™ et 12""". I,a défor-
mation était produite par une torsion. J*,lant,d'ôrinée la faible épaisseur, tous les points
d'une même section droite supportaient un effort de traction très peu dilFérenl de
l'effort langentiel à la surface. Le tube était chaun'é sur une partie de sa longueur dans
un four électrique à résistance et la température était mesurée au milieu du tube au
Temps
en minutes.
( avant cliai^e.
( après charge.
3o
60
9*'
1 20
180
SÉANCE DU 16 JANVIER 1922. 161
point où elle pouvait être la plus élevée. La (iéfoi nialion élail mesurée par le dépla-
cement d'un spot lumineux produit par un miroir sur une règle divisée. On a calculé
rallongement pour 100 correspondant à la déformation observée,, en admettant un
module d'élasticité de 5,25 x 10^ kg/cm-. Les trois premières mesures ont été faites
à 4it)°; la quatrième à 425".
I. Temprralun- : ilO" II. Température : ilO" III. Teinpi rature : 'ilO" IV. Température : 425°
couple moteur : 480 g/cm couple moteur : 900 g/cm couple moteur : Î4n0g/im couple moteur: 'i80g/cm
tension : yi kg/cm- tension : '1,8 kg/cm'
tension : 4.8 kg/cm- tension : 24 kg/cm-
Allongcmenls pour 100. Allongements pour 100.
0,00ogi4
O, ( 10 1066
o , ( X 1 1 066
0,001066
O , 00 I 066
0,001828
o,oo2o55
o,oo2i33
0,0021 33
0,0021 33
Allongements pour 100. .\llongements pour 100.
O O
<», 004669 o,0niigi4
o, 005940
0,006170 o,
o,oo65oo o.
0,006700
0,007010
^ /;
00 I 088
(KU28
(M)i302
(tiii 368
00 1 562
Ces résultats sont traduits pai^ les couibcs de la figure. L'a' courbe eu
1
^
^2AJ^
^2 à ^'>o°
rrr ^ ' —
'
c
0,005
0.004
/^
'
0 003
9,6 Ks.cn
^8 410?
0,002
1 ^"
4,8K».cm»_8_
r25'
'4'8K5.'c'm'r
410"
0.001
.^*^"
.. 1. , ,, !
1 1
1 1 \
30'
60'
90'
120'
150
Temps
80
pointillé correspond à la mesure effectuée à 425". Il est bien net que les
tensions de 4''s,8oo et de 9''^, G n'ont pas produit de déforinalioii visqueuse
à4io°.
Par contre, à cette même température, un effort de 24''^ a produit
rallongenienl à vitesse constante qui caractérise une telle déformation. Il
l(32 ACAnÊMIE DES SCIENCE^.
existe donc une liinile^élastique du verre, varial)le avec la lenipérature,
comme le iiionlre la mesure à 425°. Celle limile d'élasticilé est eoniprise
entre lo*'*'' el 24''^' par cenliniètre carré à 4io°- Elle est du même ordre de
grandeur que la tension limite o que nous axons évaluée plus haul. Ce fait
donne une valeur physique à la loi du recul I que nous avons iappel<''e au
débul c]*' celle IS'ole.
On doil rejeter la loi parabolique que nous avions indiquée dans une
Note pn'cédenle. car elle ne tienl pas compte de l'evistence de la limit(^
élastique.
Le plK'nomène de recuit d'un ^e^^e ne sérail pas autre chos(^ qu'une
di'formation visqueuse sous l'action des tensions inlernes. Le recuil ne peut
plus se faii-e lorsque ces tensions deviennent égales ou inférieures à la limite
élastique; il pourra toutefois se produire, à la longue, une légère diminu-
tion des t<'nsions dues à la disparilion des d(''foi-mations suhpermanenles
analogues à celles qui amènent le déplacemeni du zéro des ihermomèlres.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la vitesse cV extension de couches minces d'huiles à la
surface d'une nappe d'eau. Note (') de M. Paul Woog, présentée par
M. M. Brillouin.
On sait que l'explication de la tension superficielle par la théorie de
Langmuir (-) conduit à attribuer aux groupes d'atomes « actifs » la cause
de l'extension des huiles sur une nappe d'eau.
Partant de ce fait, déjà signalé par Hardy (^), que les huiles telles que
celles de paraffine, dont les molécules sont dénuées de toute « activité «^ ne
s'étendent pas sur l'eau, nous nous sommes demandé si la vitesse d'exten-
sion des corps gras ne serait pas. dans une certaine mesure, dépendante du
degré d'activité des molécules. Nos expériences ont confirmé cette hypo-
thèse.
Les essais ont consisté à verser rapidement et en une fois un excès
d'huile (3""') sur une surface d'eau parfaitement propre, contenue dans une
cuve de ()'" de longueur et de 70™™ de \^t^q. puis à noter le temps employé
par la tache contaminante pour parcourir dans des conditions identiques
, (') Séance du 9 janvier 1922..
(-) Irwing Langviii[r, Joarn. of the American ('henncal Society, l. :39, 1917,
p. i848.
(*) W.-B. Hardy, Proceedings of llie Roycd Society, série A. t. 8G. rgii, p. 6in.
SÉANCE DU iG JANVIER 1922. l63
une même longueur de 5™.5o. On observait le passage du front invisible de
la tache grasse par l'entraînement d'un peu de poudre de lycopode que l'on
rt'pandait sur l'eau, avaiil chaque expérience, à la hauteur du repère ter-
minal. Le Tableau ci-dessous montre les résultats obtenus pour une tempé-
rature d'eau de 8", 25 et une température dair de 9" environ :
Secondes Proportion Acidité liln't-
employées de doubles pour KlQ Vciditi'- rroporlinn
pour Viscosité liaisons en rapportée deC<l-n
parcourir al)SMluc par . acide au poids par 1>
Huilrs. 5'", 5(1. à 10". molécule. oléique. moléculaire, moléqulc. B -+- C. ]\'
(Al. (Bl. (CJ. l)..
Spermacéti 70 o,522 i,533 7,61 'i \^/\65 0,1576 1,690 3,237
Arachide 80. 5 i.i.5 ^^717 ' t77^ i5.3o9 0,0,542 2,801 2, 435
Colza 82.8 1,245 3,49 1 2,002 i8,258 0,0647 3,558 2,857
Olive 89, ',5 1,075 2,484 3,496 28,142 o>0997 2,583 2,4o<
Lard go i,!o5 2,i4i 2,791 23,193 o,o8<2 2,223 2,011
Pied de moulon.. . . 93-9 1,22 - 2.397 1-099 9.3o8 o.o33 2.43o > -99'
l^ied de l)œut' 107. .5 1.2'. 2,169 i.o43 8.740 o.oSog 2,199 i .8o>.
tlicin 128.6 20,8 2.S22 15959 17.435 0.0618 2.883 0,1 38
Frencli Neiilrol . . . . 8|.25 0,1875 o,''.o69
Solar Pied 166 3,o5 0,1 o52
H. V. Pale 170.25 2.3} 0,0731
880 Pale 171.3 0,64 o.oaôi
Bayonne Engine . .. i86.5 4-27 0.0649
Machinery n° 1 . . . . 3i3 i .61 o.o453
F. F. F. C\liDder. . . (•) /' 0.0117
Krernlin n" 1 • 175.75 6,52 0.0499
k. K. 80 124.5 ! . 90 o . 1 207
K. R. 60 i35 7.6 0.1261
Ces chiffres indiquent que. pour les huiles grasses, toutes les molécule»
interviennent, et les vitesses sont, en première approximation, parallèles
au rapport : ,
carboxvies des ijlvcérides + liaisons multiples -f- CO- H libres
-Il- : ^ ; ; ; )
viscosité
Factivité apporter par les carboxyles des glycérides pou\ant être négligée,
étant commune à toutes les molécules (-).
(') Ne s'étale que liés lenlenient.
(■-) NoLer (iirune source de divergence peut résulter de ce fait e\ce|)lionnel que
Certaines molécules contenant plusieuis doubles liaisons (ac. Itiioléique) 11 occupent
pas une surface d'eau supérieure à celle attribuée d'ordinaire à une seule double
liaison.
l64 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dans les huiles minérales, nettement séparées des premières, la vitesse
d'exiension ne dépend que des molécules non saturées qui sont en faible
proportion, et par suite la viscosité ne joue ([u'un rôle insignifiant.
Le déplacement de la pellicule se fait avec une vitesse à peu près régu-
lièrement retardée. Les molécules actives arrivant au contact de Teau
s'orientent, en eiTet, et deviennent aussitôt inactives; leur progression
continuelle résulte donc uniquement de la poussée qu'elles reçoivent du
point où la masse d'huile a été déposée sur l'eau et d'où s'échappe d'une
manière continue un flot de molécules que leur affinité entraîne et qui
s'orientent à leur tour. Cette poussée est sensiblement constante : l'eflbrt
transmis va donc en s'alTaiblissant au fur et à mesure que les frottements
augmentent. La valeur de la dégression peut être indiquée, de façon ap-
proximative par l'expression
/// =z /iti — K{n — I ),
où tn est le temps employé pour parcourir i mètre à n mèlres de l'origine;
/, le lemps nécessaire pour couvrir le premier mètre et K une constante qui
est environ 8,3 pour le 88.5 Pale et io,5 pour le Machinery n*^ 1.
Temps (en secondes) nécessaire pour |)arcoiirir
les dislances suivantes :
k 1"\ De 1" à '^■.
De 2" à 3"'.
De :'.'" à '!■'■
. De 4°' à
23,3
28,3
37
42,3
4o
53
70
82
Huiles. De l'origine à 1
883 Pale i5,3
Machinery n" 1 . . 2.5
On peut encore constater l'influence des groupements actifs sur la vitesse
d'extension d'une couche grasse, en mesurant la rapidité du déplacement
d'une pellicule hétérogène formée par une huile minérale peu active
(885 Pale) à laquelle on ajoute des quantités connues d'huiles riches
on molécules actives (Colza ou French Neutral). Le Tableau ci-dessous
montre que les centres actifs interviennent énergiquement en se précipitant
vers l'eau pour augmenter la vitesse de translation de la tache contami-
nante :
Teneur
des
nié
lang
es
Temps (en secondes) employé
par la lâche contaminanle
pour parcourir .5", 50.
885 Pale.
Uui
le
de Colza.
lOO
0
171,3
99
I
i34,5
95
5
97
90
10
88,5
5o
5o
84
0
100
82,8
SÉANCE DU l6 JANVIER 1922. i65
Teneur des mélanges. Temps (en secondes) employé
I — — ^^- "■"■ par la tache contaminante
885 Pale. Maclunery n" I. pour parcourir 5". .50.
100 o 171,3
95 5 i.5o
90 10 108
o 100 81,25
Ces phénomènes jouent un r (Me important dans la lubrification et dans le
filage de l'huile à la mer employé sur les navires pour atténuer Teffet des
tempêtes.
CHIMIE ANALYTIQUE. — Appareil pour la détermination de la concentration
d'une solution en ions hydrogène. — Application à la recherche des acides
minéraux dansle vinaigre. Note de M. Axdré Klixg et de M. et M™^ A.
Lassieur, présentée par M. A. Haller.
La concentration d'une solution en ions hydrogène est une grandeur qui
prend actuellement une importance considérable en Chimie. On sait que
depuis d'assez nombreuses années déjà, les biologistes ont tiré un grand
parti de sa mesure, et nous pensons que des services aussi grands pourront
être rendus aux chimistes par la connaissance de cette valeur. La détermi-
nation revient à une mesure de différence de potentiel entre les bornes
d'une pile, constituée par l'électrode d'hydrogène baignant dans le liquide
d'expérience, une liaison liquide et une éleclrode auxiliaire (calomel).
On emploie toujours la méthode de compensation de Poggendorf, en utilisant l'élec-
tromètre capillaire comme instrument de zéro. Nous avons estimé que cette méthode
excellente, d'ailleurs, pouvait être simplifiée, et l'appareil mis sous une forme robuste
et pratique, convenant parfaitement à un laboratoire technique. Le montage est figuré
ci-après. Un accumulateur ou pile sèche .\ débite sur l'ensemble des deux rhéostats B
et G, par l'intermédiaire d'un interrupteur D. La résistance de B e-t de 5 ohms, celle
de G étant de 190 ohms enviion. Un commutateur K e?t relié comme l'indique la figure
à la pile P, dont on veut mesurer la difierence de potentiel aux bornes (électrode"^
hydrogène-liaison, électrode au calomel), aux curseurs E, F et au millivoltmètre ^ .
Celui-ci permet de mesurer 1200 millivolts avec une approximation de i millivolt, il
présente plusieurs sensibilités. Ce dis|»ositif ne comporte aucun organe délicat, ni pile
étalon, ni électromètre capillaire, dont le maniement est assez difficile. Pour eflec-
tuer une mesure, ou oppose à la pile P une différence de potentiel prise entre les
cur.-5eurs E et F que l'on fait mouvoir jusqu'à ce que le millivoltmètre revienne au zéro,
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N° 3.) 12
i66
ACADÉMIE DES SCIENCES.
signe qu'aucun courant ne traverse le circuit E. F.V.P. E. et que la dilTérence de
potentiel entre les points E et F est préclsémenl égaie à celle qui existe entre les
bornes de la pile. Pour celte opération, le commutateur est placé dans la position i.
L'équilibre obtenu, on met le commutateur en position ?. et on lit l'indication du
millivoltnièlre qui fournil immédiatement la force électromotrice cherchée. Nous
employons l'électrode d'hydrogène de Sôrensen, qui donne toute satisfaction. Il est
absolument inutile de purifier l'hjdrogène de façon très complète, le gaz obtenu à
l'aide du zinc pur renfermant un peu de cuivre, et l'acide sulfuriqne pur étendu peut
être utilisé tel quel, après passage dans un laveur à eau ou à permanganate par sur-
croît de précaution.
On passe de la force électromotiice à Texposant d'hydrogène à la manière
habituelle, en retranchant de cette valeur celle afférente à Télectrode au
calomel et divisant la différence par un facteur dépendant de la tempéra-
ture. Tous les renseignements utiles pour Tapplication de la méthode et les
calculs seront ti^ouvés dans TOuvrage de Clark : Détermination des ions
hydrogène, ou dans celui de Michaelis : Ln concentration des ions
hydrogène.
Nous avons établi notre appareil en vue d'un certain nombre de ti^avaux
dont le premier est relatif à la recherche des acides minéraux dans le
vinaigre. Comme on le verra dans le Tableau ci-contre le vinaigre présente
un exposant d'hydrogène assez fixe, non en rapport d'ailleurs avec son aci-
dité : Texposant d'hydrogène de l'acide acétique normal, étant nettement
plus faible : 2,36 à i8°. La présence de très petites quantités d'un acide
minéral abaisse l'exposant d'hydrogène d'une façon frappante, ne laissant
place à aucune indécision.
SÉANCE DU l6 JANVIER 1922. 167
Vinaigres.
Pu après addition
Acidité d'acide sulfurique N
(acide acétique (2*^,4 SO'IP
N". Origine. pour 1000). Pii à 18". par litre de vinaigre).
1. Vin 53,7 2,67 I596
2 . » 63 , 3 2 , 67 1 , 74
3. » 68,1 2,84 2,02
4. » 71^7 2,83 1,97
5. Alcool..,. 57,9 2,77 1,48
G. » 61,5 2,68 1,43
7. ') 37,6 2,54 r,53
8. n 59,1 2,67 i,5o
Si l'on considère que les mesures ont une approximation de deux à trois
unités de la deuxième décimale, on reconnaîtra que la présence de l'acide
minéral se trouve nettement mise en évidence.
Il est possible ég-alement d'avoir recours à la méthode colorimétrique, qui
a déjà été emplo^'ée dans le même but par certains auteurs, mais surtout en
vue d'un titrage de l'acide fort en présence d'acide acétique. Nous avons
procédé à la détermination de l'indice d'hydrogène, après décoloration du
vinaigre au moyen de noir animal, traité à l'acide chlorhydrique et lavé à
fond. Un semblable noir ne modifie pas sensiblement l'exposant d'hydro-
gène du vinaigre.
L'indicateur employé est la tymolsulfophtaléine, et les liqueurs de
comparaison sont des solutions tampons: acide chlorhydrique -chlorure
de potassium, et phtalate acide de potassium - acide chlorhydrique. Ce
sont les solutions de Clark et Lubs, dont les exposants d'hydrogène sont
connus et varient de 0,2 en 0,2 en passant d'une liqueur à l'autre. Ces
valeurs ont été contrôlées sur chaque solution par la méthode électro-
métrique. On prépare une série de types dont les exposants d'hydrogène
varient de 1,2 à 2,8, en versant dans des tubes à essais 10"°' de chacune
des solutions convenables et une certaine quantité de l'indicateur ( 1 o gouttes
de solution à o,o4 pour 100). (3n opère de même avec le vinaigre décoloré
et l'on compare la teinte développée à celles de la gamme. Par analogie,
on déduit l'exposant d'hydrogène du vinaigre. On peut situer nettement
l'échantillon en expérience entre deux types différant de 0,2, c'est-à-dire
que la mesure est approchée à peu près à o, i . C'est un résultat moins précis
que celui obtenu électrométriquement, mais qui est tout à fait suffisant.
La présence de l'acide minéral est mise en évidence, même sans comparaison
avec les types, car le vinaigre décoloré donne avec l'indicateur une colora-
l68 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tion jaune analogue à celle du vinaigre naturel, tandis que la présence de
petites quantités d'un acide minéral amène une coloration cerise très
différente.
La grande simplicité de ces méthodes, aussi bien de la méthode éiectro-
métriqueque delà méthode colorimctrique, et l'intérêt des résultats qu'elles
fournissent nous semblent dignes d'attirer l'attention des chimistes, non
seulement pour le cas présent qui ne vise qu'un point particulier, mais
surtout comme moyen d'investigation précieux dans un grand nombre de
circonstances.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la siilfobenzide. Note de M. Eug. Grandmougin.
La sulfobenzide ou diphényisulfone, qui se forme comme sous-produit
lors de la sulfonation du benzène, surtout quand on emploie à cet efïet un
acide fumant, a été obtenue au cours de la guerre en quantités assez impor-
tantes pour que la question de son ulihsation ait pu se poser à nouveau.
L'étude suivante, faite en collaboration avec M. B.-M. Rivetti, a con-
firmé une fois de plus que cette matière première n'ofîrait qu'un intérêt
limité au point de vue de son application dans le domaine des colorants
synthétiques (* ).
Si Ton nitre la sulfobenzide, on obtient un dérivé dinitré (p. f. 201'') qui,
par réduction par le sulfure de sodium par exemple (^), fournit le déiivé
diamidé correspondant (p. f. 168°). La constitution a été établie par trans-
formation dans le diphénol de même position (p. f. 187°) (^). ^Celui-ci se
trouve être identique au produit obtenu par M. Tassinari (') en oxydant
un dioxythiobenzène formé par débromuration du })roduit de condensation
résultant de l'action du chlorure de soufre sur le /^-bromphénol en solution
de sulfure de carbone. Comme les déridés dioxys 2.2' et 4-4' sont connus
avec certitude et fondent respectivement à i65° et à 289°, le dioxy 187° ne
(') Cette constatation confirme celle faite par les brevets allemands 30598 et
61826; voir aussi Lauth, Comptes tendus t. lli, 1892, p. i023.
(-) Ce réducteur est bien préférable à l'étaln et à Tacide chloihydrique employé
par M. Lauth et qui nécessite la précipitation de 1 étain comme sulfure.
(^) Déjà préparé par Hefelma>n, Journ.f. prakl. Chem.^ t. 1, i885, p. iSgi, avec
le point de fusion 179°. Il est signalé par erreur <"onime étant le dérivé 2.4 dans HrcuTKR,
Lexikon der Kohlenstoffverbindungeu, t. 2, p. 2188.
(^) Gazzetta Chim., t. 19, p. 3/(5.
SÉANCE DU l() JANVIER 1922. 169
peut êtie que le dérivé diméta (3.3). Cette constitution était du reste déjà
très probable par le fait que le dérivé dinitré, obtenu par nitration direclc
de la siilfobenzide, peut être synthétisé également par action de Tacide
fumant sur le iiitrobenzène (').
La3.3'-diamidosulfobenzide est, comme Ta déjà signalé le brevet 61826,
une base diazotable qui fournit un dérivé tétrazoïque pouvant être copule
normalement avec des naphtols et leurs dérivés sulfonés.
On peut considérer cette base comme constituée par deux molécules
d'aniline réunies par le groupe SO-, et il est particulièrement intéressant
de noter que les colorants obtenus ne diffèrent pas sensiblement par la
nuance de ceux préparés avec l'aniline même. L'influence du groupe SO"-
au point de vue chromophorique est donc à peu près nulle quand ce groupe
se trouve en meta des deux groupes aminogènes. Les colorants dérivés de
la 3.3'-diamidosulfobenzide ne tirent, en règle générale, que sur laine, et
ne teignent pas le coton, malgré leur constitution symétrique. Seul lail
exception, comme cela pouvait être prévu, le colorant dérivé de l'acide J,
dont on connaît l'aflinité prononcée pour les fibres végétales et, à un degré
infime, les colorants obtenus avec les acides y et H.
Il nous a paru, d'autre part, intéressant de comparer à ces colorant-^,
déjà étudiés en partie par M. Lauth, ceux dérivés de la 4- 4'-diaminosulfo-
benzide.
Cette base a été préparée en oxydant, par le bichromate et l'acide sulfu-
rique, le dérivé diacétylé de la thioaniline (p. f. 21 5°), puis saponification
du dérivé diacétylé formé (p. f. 280''). La base ainsi obtenue (p. f. 174")
se trouve être identique à celle obtenue par réduction de la 4--i'-dini-
troiliphénylsulfone (-) préparée })ar oxydation du sulfnre de [diényle
dinitré 4.4' C)-
Dans les colorants dérivés de cette base symétrique, Tinfluence chromo-
phorique du groupe sulfone se fait notablement plus sentir que dans les
dérivés diméta, où elle est à peu près nulle; mais il faut noter surtout que
l'affinité des colorants dérivés de cette base pour le coton se trouve sensi-
blement accrue.
Néanmoins le pouvoir chromophorique de la 4. V-diamidosulfobenzide
est bien inférieur à celui de la 4-4'-diamidothioaniline et, bien entendu, de
(V) Ber.. i. 9, 1876, p. 79.
(-) Fromm et WiTTMANN, Bef., t. il, 1908. p. 2720.
(^) NiETZKi et BoTHOF, Ber., t. 27, 1894, p. 3302.
T^O ACADEMIE DES SCIENCES.
la benzidine. Ainsi, tandis que ia 4- 4'-diamidosulfobcnzide donne avec deux
molécules d'acide H (en solution alcaline) sur colon un violet rouge, le
colorant correspondant de la 4- 4'-diarnidothioanilinc est un bleu violet et
celui de la benzidine un bleu verdâtre. Ce dernier seul a de Tintérêt au
point de vue indusliiel.
Enfin, si Ton compare la 3 .3'-diamidosulfobenzide avec la benzidinesul-
fonedans laquelle les groupes amidos occupent par rapport au groupe SO"^
la même posititm, la différence est plus considérable encore, et cet exemple
est particulièrement caractéristique pour démontrer l'effet chromophorique
intense provoqué par la liaison diphénylique.
Ainsi donc se trouve vérifié une fois de plus qu'au point de vue de la
coloration l'arrangement des atomes dans la molécule est le fadeur prédo-
minant; il prime Tinfluence pouvant résulter de la grandeur de la molécule.
Nous résumons enfin, dans le Tableau suivant, les conslanles des dérivés
de la sulfobenzide, étudiés au cours de noire travail, et parmi lesquels les
dérivés dihalogénés de la série 3.3'jn'ont pas encore été décrits. Ceux de
la série 4.4' étaient connus et nous nous sommes bornés à une vérification
des conslantes indiquées. Ce travail n'était pasabsolumenl inutile, car il y a
de nombreuses erreurs au sujet des dérivés de la sulfobenzide dans la litté-
rature, même dans les Ouvrages classiques de Beilstein et Richter, notam-
ment au sujet des positions.
Points de fusion.
Dérivés de la suli'obcnzide. Série 3.3'. Série 4.4'.
0 o
Dinilrosulfobenzide 20i 282
Diaipnidosulfobenzide 168 174
Diacélyldiamidosulfobenzide 211 280
Dioxysulfobenzide iSô^-iS;" 289
Dichlorsulfobenzide 1 08 ( ' ) i ^y
Dibromsulfobenzide 119 172
Diiodesulfobenzide i58 197
On constatera également par ce Tableau que les dérivés 3.3' fondent,
d'une façon générale, plus bas que leurs isomères 1[.l\\ mais toutefois plus
haut que les dérivés 2.2'. Nous avons vérifié ce fait, déjà signalé pour les
diphénols, dans la série des produits dinitrésetproduit par synthèse à cet effet
la 2.2'-dinitrosulfobenzide encore inconnue; elle fond en effet à iS^^-iSg".
(') Le dérivé huileux de MM. Gruber et Otto {Ann. Che/n., t. H9, p. 180),
enregistré comme dérivé m. m' par Beilstein (t. 2, p. 8i3), est sans doute un mélange.
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. 171
RADiOACriviTÉ. — Sur quelques propriétés oxydas iques du thorium X. Note
de MM. Pierre Lemay et Léon Jaloustre, présentée par M. Daniel
Berthelot.
Continuant nos recherches sur les propriétés oxydantes des éléments
radioactifs, signalées dans notre Note du i4 novembre 1921, nous avons
constaté l'action oxydasique puissante du thorium X vis-à-vis de l'adré-
naline et de la morphine. Au contraire, sur les alcools, nous n'avons pu
mettre en évidence aucun phénomène d'oxydation notable.
Action sur l'adrénaline. — Si, à une solution d'adrénaline au millième,
on ajoute 5o microgrammes de bromure de thorium X, on constate rapi-
dement une teinte rosée, puis le brunissement complet, indice de Toxyda-
tion de l'adrénaline. Avec une dose de 200 microgrammes, le brunissement
est complet dans les 24 heures à la température du laboratoire.
Les mêmes essais faits avec les doses de 5o micros, 200 micros, 1'°' de
chlorure et de lactate de manganèse, et, comme les précédents, en présence
de tubes témoins, ont montré que les sels de manganèse ont une action
oxydante beaucoup moins énergique; la différence d'oxydation entre le
tube témoin et le tube expérimenté n'apparaissant qu'avec la dose de i*"',
au bout de 48 heures, et par la teinte rosée seulement de ce dernier.
Il semble donc que le thorium X soit le plus puissant des catalysa-
teurs d'oxydation introduits jusqu'à ce jour dans l'organisme ; et il y a lieu
de rapprocher son action sur l'adrénaline, des phénomènes cliniques obi-er-
vés sur les malades ayant reçu de fortes injections de bromure de
thorium X ('). On observe en effet chez ces malades la pigmentation
mélanique, l'hypotension sanguine, la diarrhée, la dépression physique,
qui sont les signes de la maladie d'Addison et l'on peut envisager l'hypothèse
que dans ce cas il y a eu destruction de l'adrénahne dans l'organisme, des-
truction qui équivaudrait à une insuffisance des capsules surrénales.
Action sur la morphine. — Si, à une solution de 08,10 de chlorhydrate
de morphine dans 10*™' d'eau distillée, on ajoute 5o micros de bromure
de thorium X, on obtient déjà, au bout de 24 heures, une précipitation de
cristaux d'oxymorphine et, dans le même temps, avec une dose de 400 mi-
cros de thorium X, la transformation est presque complète.
(') Gabriel Petit, Léon Marchand et Léon Jaloustre, Comptes rendus, l. 173,
1921, p. 1170.
1^2 ACADEMIE DES SCIENCES.
Action sur les alcools, — Des recherches faites, par la même méthode, sur
la série des alcools primaires de la série gérasse, de l'alcool méthylique jus-
qu'à Talcool amylique, n'ont pas permis de mettre en évidence une oxyda-
tion notable de ces alcools en présence du bromure de thorium X. Les
activités employées ont été augmentées successivement jusqu'à 5oo micros
par centimètre cube. Les autres éléments radioactifs employés, bromure de
radium, de mésothorium et de radiothorium, en quantités beaucoup plus
faibles d'ailleurs (quelques micros par centimètre cube), n'ont pas permis
davantage l'observation d'une oxydation des alcools primaires, même après
plusieurs jours.
MINÉRALOGIE. — Le plomb dans les minerais d'urane de Madagascar.
Note de M. 3Iuguet.
Dans Sri description du minéral de Madagascar qu'il a appelé betafile et
qui constitue aujourd'hui un minerai exploité de radium, M. A. J^acroix
y a signalé (') des liaces de plomb; la variété samiésite en renferme
même jusqu'à 7,35 pour loo, niais en général la proportion de ce métal
est faible et elle est passée inaj:»erçue dans les analyses.
Le Irailciuent industriel de plusieurs tonnes de betafite m'a permis
d'isoler des quantités de plomb représentant environ 0,6 pour 100 du poids
du minerai employé.
La betafîte étant un minéral parfaitement ciislallisé el livré à peu près
sans matières étrangères, il faut rejeter rhypothèse de la présence du
plomb dans la gangue sous la forme habituelle des mineiais de plomb,
comme cela pourrait être le cas avec les minerais d'urane, d'origine tilo-
nienne, que l'on rencontre associés à des pyrites de cuivre et de fer, de la
cassitérite, etc.
Ce plomb doit vraisemblablement se trouver dans la betafite sous la
même forme chimique que l'uranium, et constituer un exemple démon-
trant l'exactitude de la théorie, représentant le plomb comme le terme
ultime de la désintégration atomique de l'uranium. La quantité de plomb,
déterminée exactement, pourrait servir, dans ce cas, à calculer l'âge du
minéral.
(') Cf. Minéralogie de-Madagascar, l. 1, 1922, p. 384, Paris, Challfimel, éditeur
En général, ces traces de plomb peuvent être mises en évidence au chalumeau.
SKAXCK 1)1 l6 JA.WIKR I922. 178
Des disques de ce plomb, suivis depuis six mois, monlrenl une radioacti-
vité aug-mentant régulièrement suivant une droite. Cette radioactivité, qui
était en mai de o,5, est au i5 décembre de 6,0. Un échantillon a été remis
à M'"^ Curie qui se propose d'en poursuivre l'étude.
GI':0L0GIE. — Les vestiges du Lulélicn^ remaniés dans le Quaternaire du
nord de la France. Note (')de M. Maukice Lekiche, présentée par
i\l. Ch. Barrois.
Il y a [)lus dun siècle et demi (jue des fragments épars de grès à Nummu-
lites lœvigatus ont été signalés dans le Quaternaire du nord de la France, loin
des gisements, en place, de Nummulites lœvigatus du bassin de Paris
et du bassin belge. Ils furent observés pour la première fois en Artois, et
décrits, sous le nom de pierres lenticulaires^ par Fauteur, resté anonyme,
d'un opuscule sur les fossiles de celte province (').
Dans la première moitié du siècle dernier, Elie de Beaumont, d'Archiac
et Buteux firent des observations analogues, en divers points du nord de la
France.
En 1H-3, Gosselet, étudiant la répartition des gisements de grès à \um-
muliles lœvigatus^ connus de lui, conclut à l'existence d'une communication
directe enti e les bassins parisien et belge, à répo({ue où vivait Nummulites
lœvigatus (^). Quelques années pins tard, il montra cette communication
se faisant par un étroit bras de mer, traversant, du Sud au ^ord, le Ver-
mandois et le Cambrés's (' ).
Plus récemment, j'ai prouvé que cette communication avait été beau-
coup plus %'aste, qu'elle s'était faite à travers tout le nord de la France, et
qu'elle avait ainsi réalisé l'unité des deux bassins ( ^).
( ' ) Séance du g janvier 1922.
(^) Mémoires sur quelques fossiles d' Artois, pour ser^nr a t' Histoire naliirelle de
cette province^ par un membre de la Société littéraire d'Arras, 1765, p. 89-92.
(^) J. Gosselet, De l'extension des couches à Nummulites lœvigata dans le nord
de la France {Bull. Soc. géol. de France, 3*= série, l. 2, p. 5i 58, pi. III ).
(*) J. Gosselet, Esquisse géologique du nord de la France et des contrées voi-
sines, pi. XIII (A); i883.
(^) M. Leriche, Sur l' ex tension des grès ci Nummulites lœvigatus dans le nord de-
là France et sur les relations des bassins parisien et belge à P époque lutétienne
( C. R. Assoc. franc. Avanc. des Sciences; Cong/ès de Cherbourg, 1905, p. 394-899,
pi. VII). — UÉocène des bassins parisien et belge {Bull. Soc. géol. de France,
4'' série, l. 12, 1912, p. 7(9-720, pi. XXV).
l'j^ ACADEMIE DES SCIENCES.
Ou sait que /Vuniniulitea Uvvigatiis ne caracléiise que Tune des assises qui onl été
distinguées dans le Lutétien marin du bassin de Paris, et qui sont (') :
1. Assise à Maretia Omaliusi, Gladius Baylei el NammuUles lœvigalas, var.
laudunensis (nov. var.).
2. Assise à Nummulites lœvigatus.
3. Assise à Ditrupa strangidata.
4. Assise à Ceriihlum giganteum, Orbitolites complanatus et MilioUles.
L'assise à MareLia Oinaliusi est constituée par des calcaires sableux, parfois riches
en Nummulites lœvigatus var. laudunensis, et dans lesquels ou constate une prédo-
minance de la forme macrosphérique (/V. Lamarcki) sur la forme microsphérique.
Les assises suivantes sont formées par des calcaires où l'élément siliceux est pour
ainsi dire absent.
Dans l'assise à Nummulites lœvigatus^ les iN'ummulites macrospliériques et micio-
sphériques sont en nombre sensiblement égal; la prépondérance tend même à passer
de la forme macrosphérique à la forme microsphérique. Cette assise comprend deux
niveaux : i°ain niveau inférieur, la « pierre à liards o, qui est un agrégat de Num-
mulites lœvigatus ; 2"^ le « banc Saint-Jacques », qui est pétri de coquilles, à l'état
de moules internes et externes, parmi lesquelles dominent : Cardium porulosum
Sol., Merelrix lœvigata l^amk., Corbis lamellosa Lamk., Chôma calcarata Lamk.
A ces fossiles se trouve souvent associé Nummulites lœvigatus.
Les calcaires de l'assise à Ditrupa strangulata sont forntés en grande partie par
des tubes de cette Annélide. Dans les calcaires du sommet de l'assise apparaissent
déjà V Orbitolites complanatus et les Miliolites, (|ui sont si répandus dans l'assise sui-
vante, à Cerithium giganleum.
Comme je l'ai montré, toutes ces assises sont transgressives du Nord vers le Sud;
elles viennent reposer successivement sur des formations pré-lutétiennes.
Quelle que soit l'assise par laquelle débute le Lutétien, en un point donné, la base
en est toujours marquée par un sable à gros grains de quartz et de glauconie, souvent
chargé de dents de Squales roulées. C'est la « glauconie grossière » des anciens
auteurs; elle représente les cordons littoraux successifs de la mer lulélienne envahis-
sant le bassin de Paris.
L'étude détaillée des gi^ès lutéliens remaniés dans le (Quaternaire du
nord de la France, et, en particulier, la délerminalion des fossiles qu'ils
renferment, m'a permis de reconnaître, dans ces grès, les vestiges de la
plupart des niveaux distingués dans le Lutétien marin du bassin de Paris.
A. L'immense majorité de ces grès provient de l'assise à Nummulites
lœvigatus,; ce sont, ou bien des grès ayant l'aspect de la « pierre à liards »,
(') M. Lerighe, Sur l'extension des différentes assises du calcaire grossier marin
dans le bassin de Paris (Note préliminaire) {C. /?. Assoc. franc. Avanc. des
Sciences; Congrès de Reims, 1907, i'" Partie, p. 207). ~ Observations sur les ter-
rains tertiaires des environs de Reims et d Épernay (Ann. Soc. géol. du Nord^
t. 36, 1907, p. 382).
SÉANCE DU i6 JANVIER 1922. iy5
OU bien des ^lès très riches en eaipreintes de Cardium porulosum, de Mere-
tnx lœvigata, etc., et analogues au « banc Saint-Jacques ». Ces grès furent
pendant longtennps les seuls vestiges connus du Lutétien, dans le Quater-
naire du nord de la France. Les cartes que j'ai dressées en 1906 et en 1912
indiquent leur extension.
B. J'ai déjà signalé, en 1905, la présence de Maretia Omaliusi et de Gla-
diiis Baylei^ fossiles caractéristiques de l'assise inférieure du Lutétien marin,
dans des grès provenant de différents points du Nord, de F Aisne, du Pas-
de-Calais (' ), et j'ai pu, depuis, multiplier leurs gisements : la plupart sont
situés à la limite des départements du Nord et de l'Aisne. C'est encore à
cette même assise inférieure du Lutétien que l'on doit rapporter des grès à
Nwnmuliles lœvigatus, remarquables par la prépondérance de la forme
microsphérique {N. Lnm(ircki).
C. Plus récemment, j'ai fait connaître la présence, à Aisonville (Aisne),
d'un grès très riche en Orhilolites complanatus (-). J'ai retrouvé ce grès, en
grande abondance, dans le bois d'Hannap[)es (Aisne), au sud-est de la forêt
d'Andigny. Il y renferme, indépendamment à'Orbitolites complanalus, de
nombreuses Miliolites, à l'exclusion de Ditrupa strangidata. Ces grès d'Ai-
sonville et d'Hannappes sont des vestiges de l'assise à Cerithium giganteum;
ils se distinguent, au premier abord, des autres grès lutétiens par leur dispo-
sition en plaquettes,
D. Enfin, j'ai recueilli à Bruay (Nord), dans les alluvions anciennes de
l'Escaut, un fragment de grès roulé, dans lequel Orbitolites complanatus est
associé à Ditrupa strangulata.
Ainsi se trouvent reconnues, dans le nord de la France, à l'état de ves-
tiges remaniés dans le Quaternaire, toutes les assises du Lutétien marin du
bassin de Paris. La « glauconie grossière » elle-même s'y trouve représentée
par des grès à gros grains de quartz et de glauconie; elle y occupait la base
de l'assise à Maretia, Omaliusi.
On peut s'étonner de ne pas rencontrer, avec ces vestiges du Lutétien
marin, des restes des calcaires lacustres du Lutétien continental, calcaires
que l'on trouve souvent, meuliérisés, à la surface des plateaux du noiThde
rile-de-France, et que leur dureté aurait dû préserver de la destruclion
totale. A la vérité, il y a peu de chance de rencontrer de pareils restes. En
(') M. Lericbe, Sur l'extension des grès à Nurnmulites Lœvlgalus. . . {C. R. Assoc.
franc. Avanc. des Sciences ; Congrès de Cherbourg^ igoS, p. 4oo, 4o2).
(-) M. Leiughe, L'Eocènedes bassins parisien et belge {Bull. Soc. géol. de France,
4^ série, t. 12, 1912, p. 720).
176 ACADÉMIE DES SCIENCES.
effet, dans la partie la plus septentrionale de l'Ile-de-France, dans le massif
de Saint-Gobain, on assiste à un changement de faciès du Lutétien conti-
nental : les calcaires lacunaires sont fort réduits et limités à la base; le reste
de la formation est constitué par une argile, Targile de Saint-Gobain.
Celle-ci a dû s'étendre vers le Nord, où elle a pu re|)iésenter à elle seule le
Lutétien continental
GÉOLOGIE. — La striicliire du Nord-Annam au nord de Thanh Hoa.
Note de M. Charles Jacob, présentée par M. Pierre Termier.
Par Nord-Annam j'entends la fraction deTAniiam politique actuel, située
au nord-est de la partie de la Chaîne annamitique qui est accolée au Plateau
du Tran Ninh et cpii vient plonger dans la mer à la Porte d'Annam. Géo-
graphiquement, le Nord-Annam correspond vers la côte aux bassins infé-
rieurs et aux deltas du Song Ca et du Song Ma, tandis que vers le Nord-
Ouest le pays s'élève progressivement jusqu'à venir se raccorder, au moins
pour les crêtes, avec la haute surface du Tran Ninh et de Sam Neua.
Cette partie de l'Indochine du Nord s'oppose, quant aux caractères géo-
logiques, aux régions plus méridionales de i'Aiinam et du Laos; elle se rat-
tache déjà au Tonkin, dont elle offre la structure compliquée.
Un bon départ pour l'analyse de cette structure peut être trouvé dans la
province de Thanh Hoa, que j'ai parcourue en détail pendant la saison
d'hiver 1919-1920. I-.a coupe est difTérente dans le Nord et dans le Sud.
Dans cette Note il sera question de la partie nord.
La partuit de la cote, on rencontre tout d'abord, le long de celle-ci, des
terrains cristallins^ affleurant dans les collines dites Nui Truong et Nui Sam
Son, formées de micaschistes, injectés de granité à deux micas et de peg-
matilc.
Puis, après un intervalle masqué par une plaine de rizières, on entre dans
une région primaire, correspondant à ce que j'appelle la Série primaire du
Bas Thanh Hoa.
Celle-ci peut s'étudier avec toute la netteté désirable dans les collines
situées sur la rive droite du Song Ma, au nord-ouesl du Pontd'Ham Rong.
La succession comprend deux termes principaux, à la base des calcaires
suivis de grès et de quartzites, au sommet des schistes, eux-mêmes suivis de
calcaires massifs. Dans les grès subordonnés aux quartzites, jai trouvé
près de Dong Son une intéressante faune ordovicienne à grands Asaphidés,
qu'a étudiée M. Mansuy pour y établir la liste suivante : Heliocrinus '1 ,
SÉANCE DU 16 JANVIER 1922. I 77
Orthis cî. relrursislria M. Coy, 0. cf. hirmanlcnsis M. Coy, 0. tesliidinaria
Dal., Cypricardinia prisca Marisuy, ()<>ygites^ annamensia Mans., Asaphop-
sisJacobi y^ldins., À. Rccd i M-dûs., Isotelus stenocephalus Mans., Prosopiscus
cheiriiroides Mans., Annamitella asialica Mans. Les schistes subordonnés
aux calcaires massifs m'ont fourni à Tho Phuong la faune eifélienne des
Schistes à Spiri/er de Test du Tonkin, avec : Combophyllum Brancal Frech.,
Spirifer speciosus Schl., Stropheodonta annamitica Mans., Proetus indosi-
nensis Mans. Dans les calcaires massifs eux-mêmes, j'ai recueilli à Tré >.ua
un petit ensemble zoo^ène du Dévonien moyen : Cyathophydum hclian-
thoides GoldL , C. convolutum Mans., Heliolites poiosa ED. et H., Actinos-
troma undulata Mans., Stromatopora radiata Mans., lihipidocrinus ?,
Ilolopea asiatica Mans.
Les calcaires inférieurs et les qiiartzites de la Série primaire, avec des
répétitions imbriquées donnant des lames dirigées Est-Ouest et plongeant au
Nord, sont surtout représentés au nord de la ville de Thanh Hoa, le long
d'un bras du Song Ma, dit Song Do Len. Les schistes et les calcaires
dévoniens se rencontrent au voisinage immédiat de Thanh Hoa et plus
au Sud. Je prolonge les calcaires massifs, à 5o'^"' dans l'intérieur des
terres, par une apophyse qui aboutit au rocher d'Ham Rong près de Bai
Thuong.
Au-dessus de la Série primaire vient, en discordance tectonique, une
épaisse série qui comporte secondairement des schistes, dits schistes
rubannés, comparable à une formation liasicpie du Phu Nho Quan dans le
sud du Tonkin, mais qui est surtout caractérisée par de très abondantes
intercal allons de roches éruptives, qualifiées globalement de porphyrites, avec
des diabases, des ophiles, des andésites, des pyroxénolites, des augitites ;
ces roches sont très souvent écrasées, transformées en brèches magnifiques,
en schistes de brèches, en schistes verts, envahis par des produits secon-
daires, tels que clilorite, épidole, calcite.
\jdi Série des porphyrites déh{i\Q par un liséré mylonitique de base, formé
de schistes, de calcaires étirés, de brèches de quarlzite à ciment souvent
ferrugineux. Le contact avec la Série primaire, parfois à angle droit sur les
directions de celle-ci, peut s'observer en de nombreux points. La Série des
porphyrites couvre une partie très importante de la province de Thanh
Hoa : il lui correspond toute la région qui est située des deux côtés du
Song Ma en aval de Phong Y jusqu'à la bifurcation du Song Do Len ; vers
le Sud-Ouest, elle s'étend jusqu'au Song Am, affluent du Song Chu; elle
déborde même, au sud de Bai Thuong, le rocher d'Ham Rong et le
Song Chu.
1^8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Enfin, au-dessus des porphyrites viennent des masses principalement
calcaires, avec schistes subordonnés. A la base des calcaires j'ai trouvé, à
Phong Y, une mauvaise Ammonite, rapprochée par M. Patte de Juvaviles
angulatus Diener, par conséquent triasique; dans les schistes, au Doi Chua
près des Tombeaux royaux, se rencontre une faunule naine de Bivalves,
également triasiques, avec : Daondla cf. indica Bittner. Les Masses calcaires
supérieures forment la chaîne dite parfois Chaîne de Thanh Hoa, qui sépare
le Nord-Annam du Tonkin; elles couvrent aussi la région de Hoi Xuan sur
le Song Ma; elles détachent enfin de grands lambeaux dans la zone des
porphyrites. La superposition des masses calcaires aux porphyrites est cons-
tante à la fois pour les lambeaux détachés et sur toute la périphérie de la zone
des porphyrites. Il faut ajouter que, sur cette périphérie, des lames syncli-
nales de la série supérieure se rencontrent, déjà intercalées, imbriquées,
dans les porphyrites laminées; c'est le cas vers le Song Am, à l'ouest du
pays de Hoi Xuan, où les calcaires, souvent transformés en véritable pâte
feuilletée, s'observent sous forme de lentilles étirées allant jusqu'à des
témoins minuscules; c'est aussi le cas le long du Song Con sur le versant
ouest de la Chaîne de Tlianh Hoa.
En résumé, le nord du Thanh Hoa est un pays de nappes où je distingue
quatre éléments tectoniques superposés, désignés ainsi : le Massif cristallin
côtier, la Série primaire, la Série des schistes rubannés à porphyrites, les
Masses calcaires supérieures.
GÉOLOGIE. — Sur l'âge des dépôts de phosphate de chaux du Sud marocain,
algérien et tunisien. Note de M. L. Joleaud, j)résentée [)ar M. Emile
Haug.
M. Louis Gentil (*) vient de montrer que les phosphates de chaux du Sud-
Ouest marocain sont en partie crétacés, en partie éocènes. Dans la masse
rocheuse que Ton se propose d'exploiter s'interstralifient des calcaires à
Baculites et Exogyra OverwegiV^nch, d'âge maestrichtien, qui se raccordent
à ceux signalés précédemment par ce géologue (^) dans la région de
Mogador. J'ai examiné les Vertébrés des phosphates marocains, qui com-
prennent, indépendamment d'un Crocodilien, Dyrosaurus, des Squale?
(') Sur l'âge des gisements de phosphates du Maroc {Comptes rendus, t. I7i,
1922, p. 42-44)-
(2) Louis Gfntil, Le Crétacé moyen et supérieur dans le Haut Atlas occidental
(Maroc) {Comptes rendus, l. 160, 1 91 5, p. 171-1 74)-
SÉANCE DU 16 JANVIER 1922. I79
éocènes, Olodiis obliquus A g., Odontaspis ciispidala Hopei k^., Od. elegans
Ag-., Pliysodon seciindus \\ inkler, el des types crétacés, persistant jusque
dans le Montien. Scapanorhynchiis rap/iiodon Ag., Lamna appendiculata Ag.
et Cornx pristodonlus Ag. La découverte de dents de cette dernière espèce
vers le haut de la zone des phosphates et l'intercalation de calcaires à
Baculites également assez élevés prouvent que les gîtes prospectés embras-
sent à la fois le Maestrichtien, le Danien et le Montien. Les calcaires à
Thersitea {Hemithersitca) maroccana Sav,, qui en forment le toit, sont
peut-être londiniens.
Les phosphates de la région de Souk Ahra?, dans le Tell constanlinois, renfermenl
des restes de Squales de deux, faunes aussi très dififérentes. J. Blayac (') y indique la
présence d'espèces crétacées ayant subsisté jusque dans le Montien, Pseudocorax aff.
lœçis Ler,, et Lamna appendiculata A.^. J'ai moi-même, depuis longtemps (*), insisté
sur la présence, dans cette localité, de Galeocerdo latidens Ag., qui ne descend pas
au-dessous du Cuisien. L'horizon inférieur des phosphates, qui renferme déjà ici
Olodus obliquus Ag., est évidemment montien. Les calcaires qui lui font suite ren-
ferment Namniulites planulaius Lam. (') et sont sans doute londiniens, H. Dou-
villé {'*) ayant montré récemment que ce Foraminifère existe dès la base de l'Eocène.
D'autres calcaires à Numm. irregularis Desh. sont cuisiens, comme permet de le
penser la récente découverte de cette espèce dans l'étage terminal de l'Eccène infé-
rieur. L'horizon supérieur des phosphates, que caractérise Galeocerdo latidens Ag.,
est lutétien, ainsi que les calcaires du toit à Thersitea cf. gracilis.
Dans le Sud constantinois, aux environs de Tebessa, J. Blayac (^) a in-
diqué à Ain Kissa la présence d'une couche de phosphates à la base des
marnes dites « suessoniennes ». Celles-ci se retrouvent plus à l'est, dans la
Tunisie centiale (Kalaat es Senam, Draa Tebaga), oii L. Pervinquière (")
y a découvert une faune d'Ammonites maestrichtiennes, Bacidites vertebraks
Lam., Scaphites Cunliffci Forbes. Le premier horizon des phosphates est
donc à Tebessa, comme au Maroc, maestrichtien; mais à la différence de ce
que Ton constate dans le Moghreb, il n'offre ici aucun intérêt industriel.
(') Esquisse géologique du bassin de la Sey bouse, 1912, p. [\o?>.
(-) L. JoLEAiiD, Sur les faunes de rÉocène inférieur et moyen du Sud algérien
et tunisien {Bull. Soc. gêol. Fr., 4^ série, t. 8, rgoS, p. 295),
(^) J. Dareste de la. Chavanne, La région de Guelma, 1910, p. i35.
{'*) L'Eocène inférieur en Aquitaine et dans les Pyrénées {Mém. Sen\ Carte
géol. Fr., 1919, 84 pages, 7 planches).
{') Description géologique des régions à phosphate de chaux de Tebessa et de
Bordj Reddir (Algérie) {Ann. Mines, g'' série, t. 6, 1894, p. 324).
C^) Étude géologique de la Tunisie centrale, 1900, p. 128. — Études de Paléon-
tologie tunisienne : I. Céphalopodes des terrains secondaires, 1907, p. 4'^2.
l8o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les marnes épaisses de 4™ à 5"^ qui le surmontent sont encore maestrich-
tiennes, d'a[)rès les Ammonites qu'elles renferment en Tunisie. Immédia-
tement au-dessus et en concordance viennent les phosphates exploités :
leur faune de Poissons est déjà éocène, mais le Crocodilien, Dyrosaurus,
qu'on y trouve a des affinités nettement crétacées; je crois donc qu'il faut
attribuer les phosphates deTehessa au Montien. Ici encore les deux niveaux
de calcaires à Nummulites que j'ai reconnus dés 1907 sont l'un londinien,
niveau à .V. planulatus Lam,, l'autre cuisien, niveau à N. in'egularis ; dans
ceUii-ci al)onde Thersitea ponderosa Coq.
L'âge sénonien d'un horizon à phosphate des environs de Gafsa (Sud
tunisien) à Myliobatis sp., Scapanorhynchus aff. subulatiis A g., S. raphiodon
At^-., Lamna appendicidata Ac^., Cnrax pristodontus Ag., avait été depuis
longtemps indiqué par Philippe Thomas ('), qui le classait dans le Danien.
J'attribue ce dépôt, qui fait partie du complexe marno-calcaire à Roiidaireia
/)/■«;' M un.- Ch, et Exogyra Ovej'wegi \^nc\\.^ au Maestrichtien, étage qui
renferme précisément en Egypte la même faune, et des couches phosphatées
se retrouvant aussi en Palestine. Les phosphates inférieurs sont, à Gafsa
comme à Tebessa, sans intérêt au point de vue industriel, à la différence de
ceux des contrées riveraines de la mer Rouge et de la mer Morte. Les explo-
rations futures révéleront sans doute la ])résence de semblables dépôts dans
les régions intermédiaires du Sud de la Libye et de la Cynéraïque. Au-dessus
des marno-calcaires à Exogyra O^^crwegi de Gafsa viennent des calcaires à
Cardita Cocjuandi Loc. (forme très voisine de C. libyca Zitt. du Maestrich-
tien d'Egypte) à Ostrea muUicostata Desh., 0. stricliplicata 1\. et D., Ther-
sitea {Eemiiherdtea^.) Coquandi Loc. : ce mélange d'espèces crétacées et
tertiaires indique déjà le Montien. Les phosphates exploités qui viennent
ensuite offrent les tvpes de Squales elle Keptile (Dyrosaiirus) déjà indiqués
à Tebessa; ils font donc encore partie du Montien. A leur toit s'étagent 5o"'
de calcaires à Ostrea multicostqta Desh., qui sont sans doute londiniens,
puis i5o'° de gypses probablement cuisiens, enfin un troisième horizon à
phosphate peu important, interstralifié dans des marno-calcaires, où la
même Huître est associée à Carolia placunoides^ qui indique le Lulétien,
Le dépôt des phosphates de chaux a donc commencé au Maestrichtien^ non
seulement au Maroc, mais dans tout le Sud de la Bei^bérie, jusqu'à Tebessa
(') Sur un nouvel horizon phosphatifcre du sud de la Tunisie {Bull. Soc. séol.
France, 4* série, t. 4, 191/4, P 494-497)« — Essai d'une description géologique de
la Tunisie, l. 3, 1913, p. 684-696,
SÉANCE DU l6 JA.NVIER I922, (8l
(Algérie) et Gafsa (Tumsie), comme en h^gyple et en Palestine. L'horizon
intéressant pour l'exploitation date du Muestrichlien dans le Nord-Ouest 'et le
Nord-Est de l'Afrique^ Maroc, Egypte. Dans la région intermédiaire {Sud algé-
rien et tunisien : Tebessa, Gafsa), il remonte seulement au Montien. Enfin.,
dans le Tell algérien, à Souk Ahras, des phosphates moins riches, dont l'extrac-
tion ne s'est pas montrée rémunératrice, existent à la fois dans le Montien cl
dans le Lutétien.
PALÉONTOLOGIE. — Sur la faune des couches moyennes et supérieures de
V Aalénien du Grand-Duché de Luxembourg. Noie de MM. Hemu Joly
et JXicoLAs Laux, présentée par M. Emile Haug.
Nous avons fait connaître au début de Tannée dernière ('), les résultats
tirés d'une étude approfondie et de recherches minutieuses sur les couches
inférieures de l'Aalénien du Grand-Duché de Luxembourg-; à ce moment
restaient posés les problèmes des limites de la zone à Harpoceras opalinum,,
de Texistence de la zone à Harpoceras Murchisonœ, et des limites de la zone
à Harpoceras concavum.
Ces points semblent maintenant élucidés d'une façon claire, caries fossiles
recueillis permettent de distinguer dans l'Aalénien les zones et horizons sui-
vants en allant du sommet à la base, et de placer les assises en regard, ainsi
que le montre le Tableau de la page suivante :
11 convient de signaler :
i"* L'absence très fréquente, surtout aux niveaux supérieurs, de fossiles
dans les couches de minerai de fer, les fossiles se trouvant plutôt au toit
des couches, ou dans les couches intermédiaires appelées « stériles » ;
2° L'ensablement progressif des sédiments vers le haut, la couche rouge
sableuse étant même surmontée, du moins en quelques endroits (Esch,
Galgenberg, mont du Chat), par un conglomérat de petits cailloux roulés
et par un banc de grès très dur;
3° Entin, le passage insensible de l'Aalénien au Bajocien.
Pour chacune des zones de l'Aalénien moyen et supérieur, on peut
donner les caractères suivants :
Zone a Harpoceras opalinum. — Contrairement à ce qui était admis
jusqu'à présent, la vraie caractéristique de la couche est donnée, non par
(') Comptes rendus, t. 171, 1920. p. ii63.
G. R., 1^21, 1" Semestre. (T. 174, N» 3.) l3
l82
ACADEMIE DES SCIENCES.
Harpoceras opalinum ^Q\n . ^ mais parles formes voisines : Harpoceras plica-
tellum Buckm. el Harpoceras partitum Buckm. Ce n'est que dans la couche
jaune principale à Dudelangp, dans la couche jaune secondaire et la couche
rouge principale à Kajl que l'on rencontre la forme typique de Harpoceras
opalinutn. Cette constatation est d'autant plus intéressante qu'elle vient,
par la stratigraphie, confirmer la ^éparation qui a été faite par Buckman
entre les espèces parentes de Harpoceras opalinum et l'espèce type.
Bajocien.
Zone
à Harpoceras
concavutn.
Zone
à Harpoceras
Murchisonœ.
Zone
à Harpoceras
opalinum.
Zone
à Dum. pseudo-radiosa
et Dum. subundulata.
Zone
à Dum. Levesquei.
Toarcien.
Couches à Sonninia.
Horizon
à Hyperlioceras discil<-s
et Inocerarrius polyplocus.
Horizon
à Harpoceras concavuni.
Hoiizon
à Harpoceras opalinum.
Horizon
à Harpoceras plicalellum.
Horizon à Dumortiera
du groupe supérieur.
Horizon à Duniortieria
du groupe inférieur.
Zone
à Harpoceras fallaciosum.
Calcaires marno-sableiix
à Cancellophycus scoparius Thioll.
et Belemnites gingensis 0pp.
Assise de marnes micacées,
10".
) Couclie rouge marno-sableuse,
) o™,5o.
' Assise de 20™ de puissance
\ allant de la couche rouge
', sableuse, au sommet, à la
/ couche rouge secondaire in-
1 férieure, à la base.
/'Assise de 10™ de la couche
rouge principale à la couche
' jaune principale.
i Couche grise et couche inler-
< médiaire couvrante, 5" de
( puissance totale.
r Grès marneux micacé; partie
< supérieure comprenant les
( couches brune et noire.
f Grès marneux micacé : partie
inférieure, et grès marno-
sableux à la base.
Marnesnoiressemi-schisleuses.
Zone a Harpoceras Murchisonœ. — C'est ia zone pour laquelle les carac-
tères sont les moins nets. Nous n'avons rencontré ni Harpoceras Murchisonœ
Sow., ni aucune autre Ammonite dans cette assise de 20™ d'épaisseur. Ce
caractère négatif ne permet pas toutefois de conclure que l'on ne se trouve
pas en présence de la zone à Harpoceras Murchisonœ. A défaut d'Ammonites,
il existe toute une faune de Belemnites et de Lamellibranches qui, com-
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. i83
parées à la faune de Harpoceras Miirchisonœ en Souabe, en Bade, à Schaff-
house et en Alsace, à GundersholTen, semble autoriser rassiinilation que
nous faisons. Il faut citer : Belemnùes sfdnatus Qu., Pecten pumilu.s I.am.,
Pecten lextoriiis Schloth., Pholadomya Voltzi X^., Pholadomya reticu-
lata Ag-,
Zone a Harpoceras concavum. — La couche marno-sableuse, banc de
passage de o"',5o, tenant encore, par le fer et le sable, de la formation
ferrugineuse, présente la faune suivante : Harpoceras concavum Sovv.,
Ludwigia riidis Buckm., Liidwigia Lucyi Buckm., Ludwigella carinata
Buckm., Ludwigella rugosa Buckm., Lioceras ambiguum Buckm., Lioceras
fallax Buckm. C'est l'horizon à Harpoceras concavum. Puis vient l'horizon
à Hyperlioceras discites et Inoceramus polyplocus, caractérisé par le change-
ment de nature du sédiment, qui devient décisif dans les marnes micacées,
niveau infaillible, qui détruit les derniers vestiges de la formation ferrugi-
neuse. Harpoceras concavum et le groupe qui l'accompagne ont déjà disparu;
on rencontre Hyperlioceras discites Waagen el Inoceramus polyplocusRoem. ,
Tune des rares espèces de Lamellibranches qui se distinguent par une exten-
sion verticale restreinte et une propagation latérale des plus étendues. La
place de cet horizon est bien indiquée entre les horizons à Harpoceras conca-
mm d'une part et Sonninia Sowerhyi d'autre part, par les auteurs anglais, en
Angleterre, par L. Brasil, en Normandie, et par Steuer, dans l'Allemagne
septentrionale.
Maintenant que la constitution de l'étage Aalénien dans le Grand-Duché
de Luxembourg, région de l'Est du bassin de Paris, où là série est la plus
complète, semble nettement élabhe, il sera possible, en partant de ce point,
d'en suivre les variations vers l'ouest, le long de l'Ardenne, et vers le sud.
ACTINOMÉTRIE. —Sur le rayonnement diurne de l'atmosphère au mont Blanc.
Note de M. A. Boutaric, présentée par M. J. Violle.
1. Rayonnement par temps clair. — J'ai montré ('), par des expériences
faites à Montpellier, qu'une surface noire, abritée des rayons solaires
directs et tournée vers le zénith, se refroidit, même pendant le jour, lorsque
le ciel est parfaitement pur : les échanges entre la surface noire et Tatmos-
(') A. BouiARic, Thèse, Paris, 1918, p. 168, et Annales de P/iysir/fte,C)'' sévié^l. 10,
1918, p. 82.
l84 ACADÉMIE DES SCIENCES.
phère se traduisent par un rayonnement résultant dirigé de la surface noire
vers l'atmosphère.
M. J. Vallot (') a fait la même constatation au monl Blanc et évalué ce
qu il appelle la radiation I^ de la voûte céleste.
Du 3o juillet au 7 août 192 r, j'ai repris, à TObservatoire Vallot du
mont Blanc (435o'"), les expériences que j'avais effectuées antérieurement
à Montpellier au moyen d'une pile thermo-électrique de Melloni reliée, soit
à un galvanomètre à cadre mçbile du type Deprez-d'Arsonval, soit au
galvanomètre inscripteur qui me servait à enregistrer le rayonnement
nocturne. La pile était disposée verticalement, un groupe de soudures A
étant dirigé vers le zénith (de manière à rayonner suivant les directions
d'un cône d'axe vertical et de faible ouverture), l'autre B vers une lame
brillante de métal, de faible pouvoir émissif, dont la température était celle
de l'atmosphère au lieu de l'expérience (-).
Dans ces conditions, le galvanomètre accuse un refroidissement des sou-
dures A; et les courbes enregistrées par le galvanomètre inscripteur
montrent que le rayonnement résultant de ces soudures vers l'atmosphère
est du même ordre de grandeur que pendant la nuit.
On peut étalonner la pile thermo-électrique en comparant, pendant la
nuit, les déviations du galvanomètre avec les indications de l'actinométre
d'Angstrôm : une déviation do i™*" sur l'échelle du galvanomètre corres-
pondait à un rayonnement de 0,0078 cal-gpar minute et centimètre carré.
La valeur moyenne des déviations observées pendant le jour, à i3^35™
(temps solaire vrai) étant 22™'°, 5, on en déduit, pour le rayonnement
résultant d'une surface noire vers l'ensemble de l'atmosphère (la région
située dans la direction du soleil exceptée) :
0,0078 X 22 ,5 =: o, 175 cal-g par centimètre carré et par minute ( ^).
Par une méthode indirecte, M. J. Vallot avait évalué ce rayonnement à
0,19 cal-g à iS'',
o, 16 cal-g à ï[\^.
.L'accord entre nos résultats est excellent.
2. Rayonnement par temf)s couvert. — Dès que des nuages apparaissent
(') J. Vallot, Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 1387.
(-) Un écran fixé sur la monture de la pile empêchait la lame de métal, placée sous
les soudures B, de rayonner vers l'atmosphère.
(^) La température moyenne de l'air était o°G. et l'état hygrométrique o,55.
SÉANCE DU l6 JANVIER 1922. l85
dans le ciel, ou qu'un brouillard se forme dans ratmosphore, le rayonne-
ment résultant entre la surface noire et Tatmosphère change dé sens ? la
surface noire s'échaufïe.
Ainsi, le 2 août, vers i5''4o'", en plein brouillard, la surface noire rece-
vait 0,340 cal-g par centimètre carré et par minute. Le 3 août, vers i5''4o5
également en plein brouillard et quelques minutes avant une chute abon-
dante de neige et de grêle, la chaleur reçue était o,i34 cal-g par centimètre
carré et par minute.
3. Rayonnement lumineux du ciel. — En disposant, au-dessus de la pile
thermo-électrique, une lame de verre, qui laisse seulement passer les radia-
tions de courte longueur d'onde, les échanges entre les soudures A et
l'atmosphère se traduisent par un gain de chaleur des soudures. Les
quelques mesures faites fixent l'ordre de grandeur du rayonnement lumi-
neux envoyé par l'ensemble de l'atmosphère (la région située dans la direc-
tijon du soleil exceptée) à : ' '
Il Dl
o.o52 cal-g par minute et par centimètre carré à 11 .i5
0,019 " " " l4-25
o , 000 » » » 16.10
MAGNÉTISME TERRESTRE. ~ Valeurs des éléments magnétiques à la station
du Val-Joyeux à Villepreux ÇSeine-et-Oise) au i"' janvier 1922. Note
de M. Ch. Dufour, présentée par M. Daniel Berthelol.
Les observations magnétiques ont été continuées en 192 1 à la station du
Val-Joyeux, rattachée actuellement à Tlnstitut de Physique du Globe de
l'Université de Paris, dans les mêmes conditions que les années précédentes.
Les valeurs des éléments magnétiques au i" janvier 1922 résultent de la
moyenne des valeurs horaires relevées au magnétographe Mascart le 3i dé-
cembre et le i" janvier et rapportées à des mesures absolues faites par
M. J. Itié le 3i décembre et le 2 janvier.
La variation séculaire des différents éléments est déduite de la coTiipa-
raison entre les valeurs actuelles et celles qui ont été données pour le 1 ^'jan-
vier 1921 (').
(') Comptes rendus^ t. 172^ 1921, p. 167.
l86 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Valeurs absolues et variaLion séculaire des éléments magnétiques
à la station du Val-Joyeu.v.
(Latitude : 48°49'i6"; longitude : 2°o'52" E. Gr. )
Valeurs absolues
pour N'arialidii '
l'époque 1922, 0. séculaire.
Déclinaison i2°3y'i — i i' 4 .
Inclinaison 64''4"'i — i'7
Composante horizonlaie. . . . 0,19665 0,00000
» verticale o,4i54i — o,ooo54
, n nord 0,19190 4-0, 0001 4
» ouest 0,04296 — 0,00064
Force totale 0,45961 — o,ooo48
CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur la présence d\in glacosiile à essence dans les tiges
foliées et les racines du Sedum Telephium L. Note de M. Maki: Bridel,
présentée par M. L. Guignard,
Le Sedum Telephium L. est une plante de la famille des Crassulacées que
l'on rencontre communément à la lisière des bois humides. Dans les Vosges,
il fleurit au mois d'août, et c'est à cette époque qu'on Ta récolté, en 1920,
aux environs de Remiremont et, en 1921, aux environs de Belfort.
Le pi^emier essai biochimique a été fait d'abord sur les racines récoltées
en 1920, et c'est cet essai qui nous a indiqué la présence, dans ces racines,
d'un glucoside en quantité suffisante pour que son extraction puisse être
tentée.
En 1921, nou^ avons fait un essai sur les tiges foliées et un essai sur les
racines, et ce sont ces deux essais dont nous donnons ici les résultats. Le
Sedum Telephium h., comme toutes les Crassulacées, renferme, dans tous
ses organes, une très forte proportion d'eau. Il ne fournit que 3^' environ
d'extrait, soluble dans l'eau, pour 100^. C'est pourquoi l'essai biochimique
a été elTectué sur un liquide dont 100""' correspondaient à 200^ d'organe
frais, au lieu de 1 oo^ comme on a l'habitude de le faire.
Tiges foliées.
Rotation initiale {l --= 2) + i5'
Sucre réducteur initial ( pour 100'"') 3", 024
Remarquons la forte quantité de sucre réducteur initial qui représente
près de Q-o,pauiv 100. de l'extrait. On a obtenu avec l'invertine les résultats
suivants :
Rotation après action de l'invertine — i4'
Sucre réducteur après action de l'invertine 3s, 824
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. 187
Soit la formation de os,3oo de sucre réducteur pour un changement de
déviation de 29', ce qui concorde avec les chiffres que donne le sucre de
canne, à l'hydrolyse.
L'action de l'émulsine a donné les résultats suivants :
Rotation Sucre réducteur
(/ = 2). (pour 100cm').
Après 24 heures -i- 10 3 ,600
» 10 jours -<-'9 3,786
» 24 )' — 5 3,923
» 45 I. — •> 3,923
En 24 heures, on a constaté un retour de la déviation, vers la droite,
de 24' et la formation de 0^,276 de sucre réducteur, soit un indice de 690.
En outre, le liquide dégageait alors une odeur très nette de rose qu'il ne
présentait pas avant l'action du ferment. L'émulsine a donc hydrolyse un
principe glucosidique donnant naissance à un produit odorant.
A partir du 10® jour, i! y a eu un recul de la déviation vers la gauche
qui a été de 24' du 10^ au 24*" jour. Il s'était f.)rmé corrélativement os,i37
de sucre réducteur. L'émulsine a donc agi ici sur un principe différent du
premier principe glucosidique, puisque, dans les premiers jours, on a
constaté un changement de déviation vers la droite et, à partir du lo*^ jour,
un changement de déviation vers la gauche. Bourquelot et moi, nous avons
déjà observé des faits semblables dans l'essai des graines à'Entada scandens
Benth., qui renferment un glucoside et un sucre, le raffinose, tous deux
hydrolysables par l'émulsine, mais à des vitesses différentes.
Racines.
Rotation initiale (/=r 2) — 14
Rotation après action de Tinvertim — 5^
Rotation après action de réraulsini' -r53
Sucre réducteur initial (pour lOd*^"'' ) i , 166
Sucre réducteur après action de l'invertint' i ,640
Sucre réducteur après action de l'émulsine 2,701
La déviation initiale est gauche, alors qu'elle était droite dans les tiges
foliées et la quantité de sucre réducteur est près de trois fois moindre.
Sous l'action de l'émulsine, il s'est dégagé une odeur de rose plus forte
qu'avec les tiges foliées, le glucoside existant ici en bien plus forte propor-
tion.
Le retour sous l'action de l'émulsine a été de l'^oo'ef il s'est formé i»,535
de sucre réducteur.
On a essayé d'extraire ce glucoside à essence dont la présence venait
t88 ACADÉMIE DES SCIENCES.
'-■■ d'être signalée par Pessai biochimique. Jusqu'ici, on n'a pas pu obtenir
de produit cristallisé; mais un extrait incolore, purifié au cours de m'ani-
pulations très longues, présentait les propriétés suivantes :
Le produit amorphe que Ton peut considérer comme le glucoside à peu
prèspur, est soluble dans l'eau et soluble dans le chloroforme. Son pouvoir
rotatoire est de [a]j, = — 2.8'^,5'](p = 0,2800; ç'i=io;/=2;a = — i°36').
En solution aqueuse, is réduit comme o*'', io3 de glucose.
Il est hydrolyse par l'acide sulfurique à 3 pour 100, à + io5°. Il se fait
une huile rougeâtre qui se réunit à la partie supérieure du liquide. A
l'ouverture du tube, il se dégage une odeur aromatique rappelant celle de
l'eucalyptol ou du terpineol.
Sous l'action de l'émulsine, il se fait très rapidement un précipité blanc
nacré, en même temps qu'il se développe une odeur aromatique agréable
rappelant celle du géraniol. Des gouttelettes huileuses se réunissent ensuite
à la partie supérieure du liquide. Le principe odorant est soluble dans
l'éther qui laisse, à l'évaporation, un produit huileux à odeur de géraniol.
Le sucre réducteur formé eu même temps que l'essence a été caractérisé
comme glucose : on l'a combiné, sous l'action de l'émulsine, à l'alcool
méthylique et l'on a obtenu des cristaux sur amorce de méthylglucoside-[i.
La différence d'odeur que Ton observe dans l'hydrolyse sulfurique et dans
l'hydrolyse fermentaire permet de penser que le glucoside du Sedum Tele-
phiiim L. fournit un principe odorant voisin du géraniol. On sait en effet
que le géraniol et les corps de la même famille ont la propriété de s'isomé-
riser très facilement, à chaud, en présence des acides, en donnant des pro-
duits tcrpéniques : eucalyptol, terpineol, etc. Ici l'odeur d'eucalyptol que
'on observe dans Uhydrolyse sulfurique est due à l'action isomérisante de
l'acide sur le principe fourni par le glucoside et qui possède une odeur de
géraniol.
BIOLOGIE. — Injtuence des radiations solaires sur la culture de la Belladone
et la formation des alcaloïdes dans les feuilles. Note de MM. A. Goris
et H. Dkluard, présentée par M. Guignard.
Nous nous sommes proposé d'étudier l'influence des radiations solaires
sur le développement de la Belladone et la formation des alcaloïdes dans
cette plante.
j^our éviter les causes d'erreur dans l'interprétation des résultats, nous
nous sommes placés dans des conditions toujours identiques, ne faisant
varier que l'exposition aux radiations lumineuses, de façon à rendre négli-
SÉANCE DU l6 JANVIER 19^2. 189
geables les modifications apportées par les autres facteurs (nature du
terrain, humidité, etc.).
L'expérience a été faite sur des pieds développés en 1920 et sur des
plants obtenus par semis en mars dernier. Une première partie des sujets
a été exposée en plein soleil; une seconde partie, six semaines à l'ombre,
puis six semaines au soleil; la troisième a été ombragée jusqu'à la récolte.
Celle-ci a été faite, pour chaque lot, à l'apparition de deux ou trois fleurs
sur chaque pied.
Trois récoltes ont été faites dans l'espace de trois mois sur les vieux
plants, deux sur les jeunes plants exposés au soleil, une seule sur les lots
restés à l'ombre.
La teneur en alcaloïdes et le rendement en extrait ont été déterminés sur
des feuilles de la même année, séchées, pulvérisées et tamisées sans résidu.
Le dosage des alcaloïdes a donné les résultats suivants rapportés à loo^ de
feuilles sèches :
Pour les feuilles poussées au soleil, la moyenne a été de o^,65 pour 100
d'alcaloïdes à la première récolte, de 0^,32 pour 100 à la deuxième;
Pour les feuilles mises à l'ombre, puis au soleil, la moyenne a été de
0^,42 pour 100 d'alcaloïdes;
Pour les feuilles restées à l'ombre, la moyenne a été de 0^,89 pour 100
d'alcaloïdes.
Il semble donc que l'insolation favorise la formation des alcaloïdes dans
les feuilles de Belladone.
Son action est plus manifeste encore sur le développement de la plante.
Les lots des jeunes plants placés au soleil ont donné deux récoltes en
trois mois; les lots ombragés n'en ont donné qu'une. Les vieux pieds
exposés au soleil ont donné trois récoltes, de mai à septembre. Les lots
restés six semaines à l'ombre et recevant ensuite la lumière solaire n'ont
atteint leur maturité qu'en trois mois.
La quantité de feuilles sèches récoltées par pied de chaque lot est égale-
ment plus forte pour les pieds placés au soleil. Ceux-ci fournissent en
moyenne iS^ de feuilles sèches; les pieds ombragés en donnent seu-
lement 9S.
Si l'on considère la récolte totale, les récoltes faites au soleil sont le
triple et même le quadruple de celles obtenues à l'ombre.
Comme, d'autre part, la teneur en alcaloïdes des feuilles ensoleillées est
environ le double de la teneur en alcaloïdes des feuilles ombragées, il
s'ensuit qu'une plante cultivée au soleil fournit une quantité d'alcaloïdes
sept à huit fois supérieure à la quantité que fournit une plante ombragée.
igo ACADÉMIE DîES SCIENCES.
Le rendement en extrait sec subit lui aussi des variations, qui semblent,
au premier examen, moins directement soumises à l'action du soleil, un lot
ombragé donnant parfois un pourcentage aussi fort que son voisin placé
au soleil. Mais si Ton tient comple de la quantité de feuilles produites par
les pieds de Belladone ensoleillés, on retrouve la même différence en faveur
de l'influence solaire.
En résumé, Faction de la lumière solaire directe favorise la production
des feuilles de Belladone. A poids égal, ces_ feuilles renferment sensiblement
la même quantité d'extrait sec, mais la proportion d'alcaloïdes est plus
élevée dans les feuilles développées au soleil que dans les feuilles poussées
à l'ombre.
L'importance du rôle des radiations solaires est surtout mise en évidence
par la comparaison des quantités de feuilles, d'extrait et d'alcaloïdes
obtenus au cours d'une année.
ENrOMOl.OGlH. — Quelques vues nouvelles sur la Systématique des Mela-
nargia {Lépidoptères : Satyrid.e). Note de MM. Ch. Oberthur et
C. HouLBERT, présentée par M. E.-L. Bouvier.
Les rechercbes que nous poursuivons depuis une dizaine d'années nous
ont montré que, pour certaines familles de Rhopalocères, tout au moins,
les caractères génériques les plus importants, les plus fixés, étaient fournis
parle dessin des ailes inférieures, en dessous. Une importante application de
celte règle a déjà été faite par l'un de nous pour la distinction des genres
Catagramma^ Callicore et Perisama. Avec le secours de l'expérience acquise,
nous avons essayé d'appliquer les mêmes vues aux espèces du genre Mela-
nargia ; nous exposons ainsi qu'il suit les résultats obtenus.
Le rapprochement méthodique des [\o et quelques espèces ou variétés,
représentées dans la collection Gh. Oberthur par un nombre d'exem-
plaires qui n'est pas inférieur à (38oo, nous a permis de former quatre
groupements que nous considérons comme quatre excellentes unités systé-
matiques.
L Examinons tout d'abord Mel. Halimede Menétr.; nous trouvons, aux
ailes inférieures, les nervures noires, auxquelles s'ajoute, pour toute orne-
mentation, une petite moucheture de même couleur {fig. i), perpendicu-
laire au bord antérieur de l'aile ; en avant de la frange, la ligne marginale
est double.
IL Prenons maintenant Mel. Àrge ; l'aile inférieure nous montre, en
plus des nervures, un ensemble de lignes obliques formant deux arcs irrégu-
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. 191
liers {fig. 2), Fun en dehors, l'autre en dedans de la cellule discoïdale; ligne
marginale double.
Fia. I.
Genre
Halimede.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig.
Genre
Melanarsia.
Genre
Parce.
Genre
Lachesis.
A côté d'Argé, possédant le même dessin, nous devons placer Pherusa
Syllius et Inès.
t^2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
III. Avec Mel. Parce, nous trouvons, aux ailes inférieures, un troisième
schéma décoratif (y?^. 3); le champ discoïdal est recouvert par un système
de compartiments polygonaux bordés de noir nettement allongés; ligne
marginale simple. A côté de Parce, dans ce troisième groupement, nous
devons placer Titea, Japygia, Larissa et Lucasi.
IV. Notre espèce française Galathea, avec sa congénère Lachesis, montre
un dessin du même type que Parce; les compartiments sont peu allongés et
recouverts d'écaillés brunes {/îg. 4)-
Conclusions. — Ces quatre groupements présentent des caractères abso-
lument constants; nous n'hésitons pas à les considérer, dans la nature
actuelle, comme quatre unités génériques distinctes. Avec le nom collectif
Melanargia, nous instituons une nouvelle tribu, la tribu des Melanargiini,
équivalente à celle des Satyrini.
En attribuant, ainsi que ces modifications nous y obligent, un nom
spécifique nouveau à chaque type, nous aurons :
I i"' Genre : Halimede Obthr.-Houlb. auquel nous attribuons le nom
l^^amille : \ d'Asiatica : Halimede asiatica ObtHr.-Houlb.
S\TYRID/E. ] 2« Genre : Melanargia Oblhr.-Houlb. (Type : M. Arge Sulz.)-
Tribu : \ 3« Genre : Parce Obthr.-Houlb. (Type : P./er^ana Obthr.-Houlb.)
Melanargiini. / 4' Genre : Lachesis Obthr.-Houlb. (Type : L. ruscinonensisOhùir.-
\ Houlb.)
La règle, relative au schéma décoratif de Taile inférieure, qui nous
permet de subdiviser l'actuel genre Melanargia en quatre coupes génériques
nouvelles, n'est pas un cas particulier de la systématique; cette règle est
d'une portée très générale et peut s'appliquer à un grand nombre de
groupes parmi les Rhopalocères : notamment à beaucoup de Nymphalidœ,
aux Satyridœ, aux Lycœniàœ, etc.
PHYSIOLOGIE, — Sur le déterminisme des caractères sexuels chez les Tritons.
Note de M. Ch, Champy, présentée par M. E,-L, Bouvier.
Dans deux Notes récentes (') M. Aron essaie de démontrer que les carac-
tères sexuels des tritons sont déterminés par le tissu glandulaire du testi-
cule. Ce tissu découvert par Pérez, et que j'ai étudié en détail en le com-
parant, à la légère d'ailleurs, à une glande endocrine, se développe ici
temporairement d'avril à juillet environ. Les observations faites par
Aron sur T. cristalus étant en contradiction avec mes observations sur
(') Comptes rendus, t. 137, igoB, p. 5y ] C. R. Soc. Biol., t. 85, p. 4^2,
SÉANCE DU 16 JANVIER I922. 198
T. alpestris ('), je tie pense pas qu'il existe de telles variations spécifi-
ques. Si je ne me suis servi que du T. alpestris, j'ai en effet étudié toutes
les espèces indigènes, et s'il est entre elles des différences, la règle de
rindépendance entre le tissu adipeux et la parure de noces est générale.
Triton cristatus a spécialement retenu mon allenlion à cause de sa grande
taille et de la beauté de ses caractères. Je l'ai rejeté, car sa parure est extrê-
mement seni«ible à des conditions dont on n'est pas maître, et d'ailleurs
indépendantes du testicule, ce qui enlève beaucoup de valeur à toutes les
expériences, notamment à celles comportant traumatisme (^). J'en dirai
autant de T. punciatus.
Les raisons sur lesquelles Aron se base sont les suivantes :
1° Avant la puberté (?), pas de crête et pas de tissu adipeux : Cela ne
prouve rien ; qu'est-ce d'ailleurs que la puberté des tritons ?
2" Coïncidence entre V apparition de la crête et celle du tissu glandulaire :
Ce serait une présomption non une preuve, mais c'est une erreur complète;
chez cette espèce comme chez les autres, la parure de noces apparaît au
complet avant qu'il n'y ait de tissu glandulaire, et l'on peut la révéler expé-
rimentalement bien plus tôt encore. Les faits que j'ai signalés et qui
résultent d'une dizaine d'années d'observations sont basés sur plus de cent
autopsies et un seul suffirait à anéantir l'explication de M. Aron.
3'^ Coïncidence dans la régression du tissu adipeux et de la parure de
noces .•Ceci est un fait exact en gros, bien qu'il y ait quelques variantes de
détail. Je l'ai soigneusement examiné en conditions diverses; il indique seul
(') Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 48^. Le travail détaillé paraîtra prochaine-
ment dans les Archives de Morphologie.
(^) On peut en i5 jours obtenir une régression de la crête de moitié par la simple
captivité, pas même très étroite. Une alinienlalion un peu insuffisante peut donner
une régression des trois quarts dans le même temps. La station terrestre influe gran-
dement. Toutes ces influences sont d'ailleurs très irrégulières; comment dans ces con-
ditions expérimenter de façon convenable, même avec toutes les précautions ? Les
expériences de Bresca sont de ce fait entachées de grosses causes d'erreur.
Il arrive que chez 7. cristatus mal nourri la crête régresse à mesuie que le lissn
glandulaire se développe, ce qui est nettement contraire à la théorie d'Aron, mais 1res
facile à inlerpréler : c'est parce que le jeûne entraîne résorption des spermatozoïdes et
que celte résorption provoque la formation de graisse. ( Pérez et moi-même.) La crête
renferme d'ailleurs : 1» un élément stable persistant toute l'année; 2° un élément
variable : grand développement au printemps. L'élément stable est inlluencé par la
castration, ce qui est contraire à la théorie d'Aron, car il se montre aussi dépendant du
testicule, mais non du tissu adipeux qui est temporaire.
194 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lement que l'hormone tcsticulaire qui apparaît avec les spermies mûres
survit peut-être un certain temps à leur disparition et reste peut-être fixée
dans ce tissu adipeux (encore ce n'est pas absolument sûr). Cela n'est pas
très étonnant, pour peu qu'on ne raisonne pas exclusivement en morpholo-
logiste, cac ce tissu adipeux provient de la transformation des spermies
qui se montraient actives. Les expériences de galvano-puncture d'Aron
confirment seulement là-dessus les faits d'évolution et ne montrent rien de
plus.
On ne peut d'ailleurs plus, après les faits révélés par Pézard chez les
Oiseaux notamment, considérer les caractères sexuels secondaires comme
un bloc, car on sait qu'ils peuvent avoir des déterminismes différents. C'est
précisément ce qui a lieu chez les tritons où des distinctions sont nécessaires
et où la confusion créée par la classification ancienne des caractères sexuels
ne peut qu'induire en des erreurs importantes (').
L'expérience naturelle de l'évolution annuelle, qui est ici la meilleure,
est en contradiction formelle et irréductible avec la théorie d'Aron, et ses
expériences, d'ailleurs interprétées par lui avec une idée préconçue, ne
peuvent prévaloir contre ce fait.
On ne peut contester que la théorie d'Ancel et Bouin est complètement
en défaut ici. Ce n'est d'ailleurs pas le seul cas. Les Anoures ne lui obéissent
pas davantage, ainsi que me l'ont montré l'évolution annuelle et l'expéri-
mentation. Les Oiseaux y échappent également, car il est impossible de
de faire cadrer les résultats très sûrs de Pézard avec cette théorie, bien que
l'auteur ne le dise pas explicitement.
Ce qui est plus sérieux, c'est que beaucoup de Mammifères y sont égale-
ment réfractaires comme l'a fort bien vu Forgeot (^) et comme j'ai pu le
vérifier. Il est certain que Bouin et Ancel, et surtout leurs élèves, ont un
peu trop généralisé, sur de simples présomptions, les faits d'ailleurs très
intéressants qu'ils ont établis expérimentalement sur quelques espèces;
c'est-à-dire que Vaction hormonique du testicule survit dans certains cas à la
régression ou à la résorption des éléments de la spermato genèse; cela seul est
prouvé et cela paraît, sinon constant, du moins assez général : les tritons en
sont un exemple. Les nombreuses expériences de greffes l'ont amplement
vérifié. On n a jamais prouvé que les cellules séminales n'aient aucune action
et mes expériences sur les tritons indiquent nettement qu'elles en ont une.
(1) Il j a des caractères comme l'aplatissemeul vertical de la queue qui sont indé-
pendants de la glande génitale.
(^) Journal de Médecine vétérinaire et de Zootechnie.
SÉANCE DU l6 JANVIER I922. 196
MÉCANIQUE ANIMALE. — Mesure de la surface cutanée du cheval.
Note de M. B. Roussy, présentée par M. Ch. Richet.
Dans plusieurs publications antérieures, j'ai montré comment se calcule
exactement et rapidement la surface du corps de l'homme.
Bien que je fusse convaincu que cette méthode est générale, c'est-à-dire
applicable à tous les corps mesurables, vivants ou non, ainsi qu'à l'homme,
néanmoins je tenais à l'expérimenter sur les quadrupèdes et avant tout sur
le cheval.
Mes recherches ont porté sur un petit cheval artificiel de i4'""', très
maniable, bien conformé et proportionné.
Sa surface, moins celle des oreilles, de la queue et des faces plantaires des quatre
sabots, a été divisée en 54 figures géométriques ( rectangles, triangles, trapèzes, etc. ),
dont les aires, mesurées et additionnées ont donné la somme (S) de53'*™',i3.
Les oreilles, considérées comme quatre triangles, la queue (sans ses crins) comme
un cône droit, les faces plantaires des sabots comme quatre demi-cercles, mesurées
séparément, chacune par le procédé classique correspondant, ont donné une surface
totale (5) de 142'^"'', qui, ajoutée à la surface (S), fait une surface totale (S'°'*"=) de
54''°'',55.
Recherchée de nouveau, par ma méthode originale de contrôle, qui consiste à faire,
sur l'animal, une peau artificielle que Ton détache et étale, par fragments numérotés,
sans pli, sur un plan, puis à planimélrer ces fragments, photographiés ou non. cette
même surface a été trouvée égale à 5'2''™\78, et à 54'i'"\20 avec les i42'="'- (s).
La moyenne des deux grandes surfaces (S + S) est de D2'''""-, ggS et celle des quatre
surfaces (8 + 5) -i- (S 4-^) de 54''»\37, surface totale (S""^'*) considérée comme la
plus rapprochée delà réalité, sinon comme la réalité même.
Ce fait paraissant suffisamment bien établi, j'ai mesuré la même surface en appli-
quant la loi géométrique S = H/;, x P,„, trouvée en me^^urant la surface du corps de
l'homme, loi qui, je le rappelle, consiste à multiplier le périmètre moyen (P,„) de son
corps par sa hauteur périphérique moyenne (H,^J
Le simple ex-amen de la figure ci-après permettra de bien comprendre les processus
de la naéthode qui a conduit à 'dégager cette loi géométrique.
Détermination du j>érimètre moyen P,„, — Avec un ruban métrique souple de
précision, convenablement appliqué, mesurer les périmètres des contours alternative-
ment les plus rétrécis et les plus renflés de la tête, du cou, du tronc, d'urt membre
poslHÎrieur et d'un membre antérieur, comme l'indiquent les lignes poiniillées.
On obtient i5 périmètres numérotés de i à i5.
Les périmètres 10 et i5 contournent le bord inférieur des deux sabots de gauche.
Pour tenir compte des deux autres membres, doubler les périmètres 6 à i5 inclus.
La somme des i5 périmètres, 5378"'", étant divisée par leur nombre (i5), donne le
périmètre moyen, P„,, égal à 35^
j mm
i9<3
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Détermination de la hauteur périphérique moyenne H^. — En suivant toutes les
sinuosités de la peau, mesurer les grandes lignes de profil, A, G et la ligne B figurée
sur le milieu de la face latérale de l'animal, puis les trois petites lignes «, b, c de la
jambe antérieure gauche.
LOI GÉOMÉTRIQII[de laSURFACE T0TAlE"Sï5t^"Du CHEVAL
Sr» UD ID D' • '► „ PAR LE Docteur B.ROUSSY
= Pm X Hm ] ' "^ = ' erimetre moyen
Hm= Hauteur périphérique moyenne
a 5_arc.xas
SOflMAIRE DU CALCUL
CALCUL DE Pm
Périmètresdâ 15) 15
Somme des Périmètres 5373"""'
Périmètre moyen = —^^-=358""
CALCUL DE H m
Somme deABC a.bc4439'""' ^rs
Hm =-3- =1480"" |2i
S = PmxHm:358x_U80:52^"9e40 -1 0
PETITES SURFACES =-d ^ -^
Oreilles (4triangles) =30™'^ '^
Queue (icône droit ) = 20""^ /v^-t-lC
Sabot (plante) icerclex4=_92"", tU'I^ *^
somme = 142™ -i**^i»
S"?''S*<î=52''.'"9840*1^"42 = 54f!"40 D
La somme de ces six lignes (/iaSg""", dans le cas particulier), étant divisée par 3
(diviseur commun des deux séries de lignes), donne la hautêUr' périphérique
moyenne H^, égale à i/iSo""".
La surface, S, du cheval est égale à P,„ x H^, — 358 x iz+So = 52'"°', 98.
Ce résultat étant très suffisant, on pourrait s'y tenir.
Mais, bien qu'elles soient négligeables, si l'on préfère, comme cela a, du reste, été
fait plus haut, ajouter la somme 142*^™^ (5) des petites surfaces des oreilles, queue,
plantes des sabots, on obtient la surface totale (S""*'^) de 54**"'', 4o.
Tous les résultats sont donc parfaitement concordants. Ils ne diffèrent
que de S*""' seulement.
Je poursuis ces études àe métrostatique anatomiquc afin d'établir un canon
morphologique, anatomique et physiologique, qui serait très nécessaire,
ainsi que de démontrer l'existence d'une géométrie du corps de l'homme et des
animaux.
SÉANCE DU \6 JAXVIEK 1 ,'22. v^-j
PHYSlOi.OG[E. — L'acuité audUne el Vaplitude au service mUiluirc.
Noie de M. 3Iara(;e, présenlée par M. H. Bourgeois.
Il esl 1res iinporlanl de pouvoir déirrminer e\aclemenl la perle d'audi-
tion, soil que Ton ail affaire à des malades, soil (|ue Ton se trouve en pré-
sence de soldats dont les rôles soni Irrs divers siiixanl les fonctions el les
grades (ju'ils occupent dans l'armée.
Je vais d'abord déterminer- ce (|ue Ton peut ?^^\)ç\(tv oreille fine el oreille
normale.
Je me sers de l'appareil de synthèse des voyelles (pie j'ai fait consiruire
en 1899; sa description se trou\e dans le liulletin de lu Sociélé française de
Physique ( 1 900 ) .
Oreille fine. — On opère avec les voyelles fondamentales ou, o, a, e, /;
la pression de l'air est mesurée avec un manomètre métallique gradué en -^^
de millimètre d'eau.
A un mètre de distance dans un espace clos de 18'"' à l'abii des hruils
extérieurs, une très bonne oreille commence à entendi-e les vibrations sons
les pressions suivantes :
A j'" dans
a lo'
Si l'on représentait graphiquement les résultais eu prenant pour
ordoimées les pressions d'air el pour abscisses les diverses \oyelles. l'acuilé
auditive ne serait donc pas représentée par une ligne horizontale.
Oreille normale. — Mais on constate, en pratique, qu'une oreille quel-
conque non malade entend bien tous les sons voyelles lorsque placée dans
une chambre close isolée de 18'" de \olunie dont les murs soni sans tenture
el dans laquelle il n'y a que deux personnes ( ' ), ces sons voyelles sont émis
sous une pression de i'"™ d'eau.
On peur donc convenir d'appeler oreille normale celle qui, placée
(') Une personne a un pouvoir iibsorbant de o.;5 par rapport à une fenêtre
ouverte de 1'"' prise pour unité.
Ç. R., igai, j"' Semestre. (T. 17i, N» 3.) l4
ou
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8
6
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igS
ACADÉMIE DES SCIENCES.
à I™ de distance de l'appareil producteur du son, entend les voyelles fonda-
mentales synthétiques sous une pression de i"^''" d'eau.
Une expérience de plus de 20 ans m'a prouvé que cette définition pouvait
être regardée comme bonne et suffisante en pratique.
Application à V Armée. — Pendant la guerre il s'agissait de déterminer
rapidement, au point de vue auditif, la place que chacun devait occuper :
service armé, service auxiliaire, réforme.
Pour cela, le manomètre pouvait indiquer des pressions de o""" à 200'"'"
d'eau parce que la pression ma\ima de l'air sortant des poumons pendant
la phonation est 200'"'". Mais l'appareil ne portait des divisions que de 2'""'
en 2°*"" de manière qu'il était gradué de o à 100, ce qui permettait de lire
immédiatement la perte de l'audition en pour 100.
D G ur 0 A V-. 1
AX, service auxiliaire; M, mainl(;nu au régiment; K, réforme; SA, service armé.
Les sujets 1 et 3 ayant perdu 8 »/„ et 2y »/„ d'audition unt été réformés. Les sujets
'2 et 4 ont été maintenus, l'un comme artilleur, l'autre comme secrétaire.
Une perte d'audition de i5 pour loo était compatible avec le service
armé, et de 5o pour loo avec le service auxiliaire.
J'ai indiqué, de plus, dans une Note antérieure, combien il était facile de
démasquer d'une façon rapide et certaine les simulateurs et les exagéra-
teurs (').
(') CumpLes rendus, l. 162, i9it>.
SÉAiSCE DU l6 JANVIKR 1922. 199
.Vai réuni ainsi pendant les hostilités plus de cinq cents observations.
Mais depuis la paix je me suis demandé si j'avais eu raison de proposer
pour la réforme tous ceux ayant perdu plus de 5o pour 100 d'audition.
Si l'on se place au point de vue de la justice stricte, la méthode que
j'emploie est à l'abri de toute critique et chacun est mis à la place qu'il
doit remplir.
Mais au point de vue pralique j'ai changé d'opinion en suivant depuis la
paix les réformés.
Ils sont tous arrivés à se tirer très bien d'affaire et à gagner même de
gros salaires; évidemment beaucoup d'entre eux ont dû changer de métier,
mais ces métiers ils auraient pu les faire dans l'armée et continuer à rendre
des services comme tailleurs, cordonniers, menuisiers, forgerons, ajusteurs,
cuisiniers, etc. Ceux qui avaient des positions libérales auraient pu servir
de dactylographes, même de secrétaires.
Conclusion. — Actuellement il y a pénurie d'hommes et chacun doit êlrr
employé en temps de guerre suivant ses capacités. Je suis donc d'avis que
la surdité ne devrait plus être une cause de réforme, un sourd étant tout à
lait capable de rendre des services à farmée.
Cette expériencea du reste souvent été faite de 1914 a 1918, car il n'était
pas rare de voir garder comme secrétaire des hommes ayant perdu plus de
:)o pour 100 d'audition ( voir les tracés) et comme cuisiniers, ouvriers,
menuisiers ou mécaniciens des soldats ayant perdu toute audition aérienne,
c'est-à-dire 100 pour 100.
Ces décisions amenaient naturellement des protestations; elles étaient
injustes en tant que ne traitant pas également les individus; elles étaient
justes si Ton se plaçait au point de vue de la sécurité nationale.
Le meilleur moyen pour respecter la justice, tout en sauvegardant
l'intérêt du pays, est donc de supprimer comme je le disais plus haut, la
surdité comme cause de réforme.
CYTOLOGIE. — Influence de la pression osnmliquc sur la division cellulaire.
Mote (') de M. J. Dragoiu, présentée par M. F. Henneguy.
Nous avons décrit dans deux Notes précédentes (=') une série de phéno-
mènes représentant des altérations cytologiques progressives que subissent
(') Séance du 9 janvier 1922.
(^) \ Lfcs et Dragoui, Sur la pression osmotique d'arrêt de la dùision cellulaire
{Comptes rendus, t. 172, 1921. p. 11 27). — Dragoiu et Vlês, Les conséquences cyto-
200 ACADÉMIE DES SCIENCES.
les ovules d'oursins, soumis, après fécondation, à des pressions osmoliques
croissantes.
Répétant ces expériences, mais en remettant les ovules après des temps
déterminés dans Teau de mer normale, pour voir jusqu'à quel point les alté-
rations obtenues ont pu iniluencer le cycle évolulif de l'œuf, nous avons
obtenu des résultats qui précisent et complètent les expériences citées dans
noire Note.
I^es expériences ont été conduites de la manière suivante : Après fécondation. les «rufs
<»i;ul's tiailés pai' les xilulions
hypcrloniqiics :
(•lùifs leniis pemlaiil ') liciins dans
l'eau Ac mei' normale après traitement
livperlonique de :
,,1,;;,-,,..' ,h ,l,:;,,m ;,l, .^1.3„n> 3'' :V'3.,"' V
'
-. 1
! /y. 1
,^
' 1
^
1
1
./.
Cy, cy loi y se.
O, stade initial l'I temps zéro.
1-.";, de la i" il 1.1 V di\ision (stades H à \\\I1).
M, movula.
/y/, hJastiila.
C, gastruia.
1/.-. apparition du mii'scmcIi \ me.
sont suivis pendant i heure à i lietire lo minutes, jusqu'à l'apparition du diaster de la
première division (anaphase). (Je point, considéré comme stade initial et comme temps
zéro, constitue le point de départ de l'évolution de cinq lots d'nufs. A partir de ce
moment, les œufs sont portés dans des solutions livpertoniques (solution isoélectrolv-
ticpie d'eau de mer additionnée de saccharose) de concentrations dinérentes, corres-
pondant à des pressions osmotiques de 3o, 3.5, '|0, 'i') et 'to atm.
Sur chacun de ces lots, une certaine quantité d'o-iifs est prélevée avec une pipette,
à intervalles réguliers : 3o minutes, i heure, i heure 3o minutes, 2 heures, 9. heures
3o minutes, 3 heures, 3 heures 3o minutes, et 4 heures. Chaque fois, la moitié des
<eufs prélevés est fixée immédiatement, tandis (|ue l'autre moitié est remise dans
l'eau de mer normale où ils continuent leur évolution.
loi(iques df^ rarnH osniotiqiie de la division cellidaiic {(Joinples rendus, t. 172, 19^1
1 j . 1 2 I ( j ) .
SÉANCE DU l6 JANVIER 1922. 201
l.es iriifs (i\(''s iiiiiiuMliateinenl au sortii- de la solution li\ |)eil<)ni(|iie consliluenl les
séries b, c, (L e et /', qui permettent de suivre les étapes évolutives de l'œuf dans la
solution liypertonique et serviront de témoins, lixant le point de départ de l'évolution
nouvelle de< nMifs remis dans l'eau de mer normale; ceux-ci constituent les séries
l>. C, D, E et 1'. Le lot d'ovules A est le témoin qui suit son évolution dans l'eau de
mer normale (tti = ■?.'y""'\ entre 4 heures 3n minutes et 7 heures à partir du stade
initial.
Dans les diagrammes ci-contre, nous axons pu échelonner les résultats obtenus sur
ces deux catéiiories d'n'ufs et pour huit durées de temps.
Pour les séries qui ont séjourné dans les solutions hv[)ertoiiique5 6 =:= tt .'îo, c=i77r3r>,
d = 77y\o, (? = TTT p') et /'=^c7 5oatm. la ligne indique la marche de l'évolution dans
ces solutions, le signe + iiuli(|ue le point atteint après chaque durée de temps.
Pour les séries B, C, l>, L et F (correspondant à b, c, d, e et / 1 qui ont été remis
dans l'eau de mer normale, le signe x indique le stade atteint par ces ovules après
chaque période de 4 heures de séjour dans l'eau de mer normale. Ces signes sont Mni>
par une ligne qui facilite la lecture du diagramme.
Résiilials. — i" La jiression osmotique de 3o'''"' est su|)pf)rtée jusqu'à
3 lieiires 3o minutes ; révolution des n'ufs, après ce temjts dans Teau de
mer normale, décroît un peu et subit un retard plus sensible par rapport au
témoin A. L'anticipation de la division du noyau, par lapport au cyto-
plasma, est plus évidente après ce temps, quand la faculté de la division du
cytoplasma commence à décroître.
2° L'évolution des œufs dans l'eau de mer normale, après une pression
de 35''^™ (3o"', i*", i''3o"'), progresse. Le point atteint parles évolutions
ultérieures (après traitement de 2 à f\ lieuivs) descend jusqu'à la i*" division
(stade I\ ). Bien que bloqué, dans les séries des œufs qui se trouvent dans la
solution hypertonique, te noyau reprend la faculté de se diviser dans l'eau de
mer normale, même après 3 heures 3o minutes de traitement hypertonique.
Il augmente de volume, devient vésiculeux, répartit régulièrement ses
clii^omosomes entre les deux asters principaux, ou bien irn-gulièrement
euti^e ceux-ci et un ou deux astei^s accessoires voisins, si les irradiations de
ces derniers contribuent à la formation des fuseaux nucléaires (').
L'inégalité des blaslomères, nucléés ou anucléés, semble être due à la
présence des asters accessoires, qui influencent le plan de la segmentation.
3" La pression de 4o'''"' influe sur l'évolution après i heure de séjour dans
(')l-aits analogues ont été observés dans la parthénogenèse expérimentale par :
WiLSON. Exp. studies in crtology { irch. f. Eut. Mech., Bd 12 et 13). — Hi.ndi.k,
A cytologicnl sludy of artificiai parllienogenésis {Arcli. f. Enl. Mech., Bd 31). —
I Irritant : 1" Sur la variation du volume du noyau de l'œuf actiié (Comptes rendus,
t. 1()9, 191 7J ; i*' Mécanisme de la segmentation après le Iraitemenl par la
solution hypertonique {Arc/i. Zool. Exp.^ t. 08. 1919).
202 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la solution hyperlonique. Le pouvoir de segmentation est pins T'éduit. Les
chromosomes sont aglutinés après ^ heures ; les œufs restent bloqués au
même stade que les témoins (d) malgré le séjour dans l'eau de mer normale.
La surpression, continuée encore 3o minutes, détermine la cy toi y se de
l'ovule.
4° A la pression de ^iS"^™, les altérations sont plus précoces, les paquets
chromatiques apparaissent 2 heures après le traitement hyperlonique ; au
delà survient la cvtolyse.
5*^ A la pression de lo""", on voit les mêmes altérations dues au phéno-
mène de blocage du noyau. Vprès i heure 3o minutes de traitement
hypertonique, toujours sui^ i d'eau de mer normale, on observe la cytolyse
immédiate de l'œuf.
Conclusions. — Comme nous l'avons vu dans un travail précédent et
comme les expériences actuelles le conlii-ment, le passage des œufs dans un
milieu ayant une pression osmotique de 3o-5o'""' influence toujours leur
division, et cela d'autant plus vite que la pression est plus forte.
Cette influence produit une série de dégradations en échelons régulieis,
que nous avons décrits, touchant de plus en plus profondément la vie de la
cellule. Si l'on remet dansTeau de mer normale les œufs ayant été amenés
par Taction delà pression osmotique à ces divers échelons de dégradations,
on constate que, pour les premières, l'altération est réversible et que /'œuf
est capable de reprendre sa division normale^ tandis que, pour les derniers, le
phénomène est irréversible et entraîne Vincapacité de segmentation de l'œuf.
Le début de l'irréversibilité du phénomène parait placé entre le stade de
concentration des asters et le stade de concentration des chromosomes en
paquet, altération dont le résultat final est nécessairement la mort et la
cytolyse.
Le paquet chromatique est un novau dt'finitivement mort.
MlCHOBlOF.OGIE. — La mort stérile des Chenilles infectées.
Note de M. S. Metalxikow, présentée par M. F. Mesnil.
En étudiant Faction des difl'érents microbes sur les chenilles de Galleria
mellonella., j'ai observé souvent qu'un même microbe [)eut produire deux
maladies diff(''rentes chez une chenille infectée. Si la chenille leçoil une
petite dose (^ de centimètre cube d'une émulsion très diluée) de vibrion
cholérique très virulent, elle meurt en 10- 1 5 heures d'une septicémie. très
marquée. A partir de la quatrième heure, le sang de la chenille est rempli
par des masses de vibiions cholériques qui envahissent tous les organes
SÉANCE DU I') JANVIER 19.2. 2o3
internes. Quelques rares leucocytes el phagocytessont vacuolisés et entourés
par des amas de vibrions qui deviennont de plus eu |)lus nombreux jusqu'à
la mort.
L'évolution de la maladie est tout Jiiilre si la chenille est cf)nlamin(''e
avec des cultures peu virulentes (culture Choléra asial. S. ). Il faut injecter
des doses très considt'-rables (7^ de centimètre cube d'une émulsion (-paisse)
pour provoquer une maladie mortelle.
Eu examinant le sang des chenilles infcctf-es. nous avons pu constater
que la réaction [)hagocytaire est très faible et que la plus grande partie des
vibrions restent libres, extra-cellulaires. Dès la deuxième-troisième heure,
on observe un commencement d'altération de ces vibrions, tout au moins
d'une partie d'entre eux. Les vibrions sont transformés eu granules très
typiques. C'est le phénomène de Pfeitlér que Ton trouve ordinairement
chez les cobayes immunisés contre lecholéra. Avec le temps, la bactériolvse
devient de plus en [)lus intense. \ ers la dix-douzième heure, on ne trouve
plus de vibrions intacts. Tous les vibrions sont bact(^riolysés et digérés par
les phagocytes. Mais la chenille n'est pas sauvée. Elle devient de plus eu
plus malade et meurt d'une intoxication, au moment où elle était sur le
[)oint d'être entièrement débarrassée des vibrions injectés dans son cor[)s.
J'ai observé le même phénomène chez les chenilles ayant subi une
injection de sarcines, qui sont peu virulentes pour les chenilles. Il faut en
injecter une dose très considérable pour provo(|uer une maladie mortelle.
En étudiant les frottis du sang des chenilles infectées, j'ai observé que la
réaction phagocytaire, qui est très faible au début, devient de plus en plus
forte après quelques heures. Après lo heures- 1 5 heures, toutes les sarcines
sont englobées par les phagocytes. Les phagocytes sont bourrés à tel point
par les sarcines qu'ils sont devenus deux à trois fois plus grands que les
phagocytes normaux. Il n'y a pas de bactériolyse ni de destruction des
sarcines en dehors des cellules. Toutes les sarcines se trouvent englobées
ou par les phagocytes isolés ou par des groupes de phagocytes. Beaucoup
de sarcines sont digérées et transformées en un pigment brun. Mais cette
phagocytose ne sauve pas la chenille infectée qui meurt i heures-'^ heures
après, stérilement, c'est-à-dire avec du sang qui ne contient plus de
microbes libres.
J'ai obtenu des résultats analogues avec des staphylocoques (|ue j'ai
isolés d'un furoncle.
Ce staphylocoque était peu virulent pour les chenilles, mais des doses
fortes (^ de centimètre cube d'une émulsion épaisse) les tuaient à coup
sur. I heuie-2 heures après l'injection de ces staphylocoques, la phagocytose
2o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
n'est pas encore complète et il en reste beaucoup en dehors des cellules:
mais il n'y a pas de destruction extracellulaire.
Cinq heures après l'injection, tous les staphylocoques sont englobés par les
phagocytes. Il ne reste plus de microbes libres dans le sang. Mais il n'y a
éo-alement plus de leucocytes intacts. Toutes les cellules sanguines sont
vacuolisées et déformées. L'animal devient de plus en plus malade et meurt
le lendemain. C'est une vraie victoire à la Pyrrhus. L'animal meurt au
moment même où il a réussi à se débarrasser de tous les microbes introduits
dans son corps. Il meurt, après la victoire, d'épuisement physiologique,
auquel peuvent concourir les toxines des microbes.
Ces faits sont à rapprocher de ceux observés chez des Mammifères (jui
ont reçu dans le p(''ritoine divers microbes tels que le vibrion choléri<|ue, le
bacille typhi(|ue.
MKDEGINE VÉTÉRINAIRE. — Dualité possible de la fièvre aphteuse
{hypothèse de travail). Note de M. Schein, présentée par M. Roux.
Ce que l'on ap])elU' la « lièvre aplitcusc » apparlieiiL au groupe des affec-
tions éruptives causées |)ar virus liltrant, ainsi que |iestt' bovine, peste por-
cine, clavelée, variole, rougeole, etc.
Les derniers travaux publiés montrent son étroite analogie avec la peste
bovine et la pesie [)Oicine (incubation, virulence du sang, hyperthermie,
puis accidents muqueux et cutanés, etc.). [Coscoel Aguzzi, Feiiii, etc.,
rappelés j)ar Moissu, La Fièvre aphteuse {Recueil d' Alfort, |). 108 et suiv.).]
Gril est bien admis aeluellement que ïo«i<?5 les maladies que nous venons
d'énumérer « vaccinent » contre elles-mêmes : une première atteinte confère
une immunité plus ou moins complète, plus ou moins solide, de durée
variable, mais toujours nette cependant.
La fièvre aphteuse constitue une exception, d'autant pins remarquable
qu'elle est unique, dans ce gi'oupe nombreux.
Tf)us les auteurs, à la suite d'observations précises et multiples, rapportées
par nombre de praticiens, admettent que la fièvre aphteuse récidive fré-
quemment, parfois très peu de temps après la guérison. Une observation
même avait paru suffisamment probante à Nocard pour qu'il la cite dans
son cours : une récidive t /ois semaines a^yrès guérison d'une première atteinte.
Mais ces récidives ne constituent pas une règle absolue. Nombre d'auteurs
ont cil<'' d<>s cas d'imnmnité persistante, i'^tje \iens de voir des sujets, ayant
contracté la fièvre aphteuse l'an passé, résister cette année à des essais de
SFAXCE DU l6 JANVIER I9'2?. 2oS
coiitainlnalion de la iiumiic forme de maladie, de iioml)r('ux aulres rester
imiiiiins, maintenus dans un troupeau infecté. M. Moussu rappelle encore
des faits semblables dans le travail précité.
Des observations multiples, précises, concordâmes, ont montié la conla-
i^iosité de la fièvre aphteuse à Tespèce humaine.
Xocard, dans son cours, rappelait la contamination, par du lait aphteux,
de tout l'effectif d'un pensionnat, et les lésions buccales et inteidigilées des
sujets alleinls.
Or, tout récemmenl, M. Lebailly(*) vient d'apporter la démonstration
expérimentale que hi forme de fièvre aphteuse à laquelle il a eu affaire
n'était pas contagieuse à l'homme.
11 est également admis que le porc se contamine de fièvre aphteuse aussi
aisément que les bovidés, moi-même l'ai constaté ici. en 1910. lors d'une
épizootie à forme très contagieuse. (3r, Tannée dernière et celte année —
mais avec une maladie à forme infiniment moins envahissanle qu'en 1910 —
je n'ai vu aucun cas de contagion naturelle au porc. M. Moussu rappelle
aussi des fails analogues. De plus, j'ai essayé à trois reprises d'infecter deux
jeunes porcelets avec de la salive de malades présentant des lésions buc-
cales ouvertes, et je n ai pas réussi à les contaminer.
Tous les praticiens ont pu constater la marche extraordinairement diffé-
rente des épizooties aphteuses ; parfois, la maladie se montre d'une conta-
giosité extrême : à peine les premiers cas conslalc'-s, elle se répand comme
le feu sur une traînée de poudre, en quelques jours un vaste territoire est
envahi. Et dans un pays neuf, où nexiste pas de chemin de fer, où les
transactions commerciales sont réduites, il est bien plus frappant de voir
cette c<jntagion se répandre comme un Ilot envahisseur, ainsi que je l'ai vu.
ici, en 1910 : les premiers cas ont été amenés par mer, par des veaux venant
de Saigon ; huit jours après, toute la vallée était infectée sur 25*"" de pro-
fondeur, et les mois suivants, les vallées, à 100'"" au Sud et au Nord —
séparées par les forêts inhabitées — étaient infectées entièrement. Kt dans
les forêts, les ruminants sauvages, atteints de la maladie, se laissaient
prendre à la main, ne pouvaient s'éch;rpper. En deax mois, quatre pro-
vinces du Sud-Annam étaient prises.
Combien plus lente, plus adoucie, est l'épizootie actuelle! Bien que le
chemin de fer circule maintenant, que les transactions soient infiniment plus
actives, lan passé l'épizootie ne se répandit que comme à regret, en traî-
(') La contagion de la fièvre aphteuse {Rectieil cl' Alfori. r9':?i, p. SSa).
C. R., 1921', I" Semestre. (T. 174, N* 3.) l5
■20h ACADEMIE DES SCIENCES- .
naillaiit et celte année, duvanlage encore, car elle ne frappe guère que les
sujets — assez nombreux d'ailleurs — qui avaient échappé en 1920.
Et pourtant, cliniquement, les différences sont assez peu considérables;
Fincubation, en 1910, ne dépassait pas 4^ heures; cette année, elle est de 4,
5 jours.
En i()io, 4'^ heures après la contamination, les aphtes apparaissaient,
Téruplion buccale, très intense, déterminant de la salivation, la première,
et un jour ou deux après, les localisations dijj;ilées.
Cette année, l'éruption respecte souvent la muqueuse buccale, et quand
elle la touche, elle le fait discrètement, par aphtes isolés.
La localisation digitée est la règle, et presque toujours au niveau du
bourrelet des onglons, en talons, amenant un décollement assez étendu.
L^hyperlhermie est assez intense et j^eut aller à [\o".
Les deux formes diffèrent donc sensiblement.
Ces dilTérences d'intensité des symptômes peuvent s'ex[)liquer par des
différences de virulence, la différence de contagiosité aussi, quoique à un
degré moindre, mais deux phénomènes sont difficilement expliqués par
cette hypolhèse :
1° L'immunité parfois acquise par une ])remière atteinte, et d'autres
fois les récidives possibles, exceptiou remarquable dans le groupe de
maladies envisagé.
2° L'homme et le porc prenant une forme et ne prenant pas Tautre.
Au contraire, l'hypothèse de d<'ux entités morbides encore confondues
que Ton pouriail appeler « lièvre aphteuse » proprement dite et « fièvre
aphtoïde », donnerait une explication bien plus satisfaisante : on pourrait
dire la fièvre « aphtoïde » (?) immuniserait contre elle-même, mais ne vacci-
nerait pas contre la fièvre aphteuse, et inversemenl.
La fièvre aphleuse vraie serait contagieuse à l'homme et au porc, ou à
l'un des deux seulement.
La « fièvre aphtoïde » ne le serait ni à l'un ni à Tautre, ou à celui auquel
ne l'est pas la lièvre aphteuse.
Cette hypolhèse mérite d'autant plus de considération cpie la pathologie
humaine nous fournit un exemple très remarquable de semblable dualité :
la rougeole et la rubéole.
La pluralité des afTeclions aphteuse> est donc parfaiteuienl possible.
Rien, jusqu'à présent, n'autorise à rejeter cette hypothèse comme absurde.
Nous n'avons que des données insuffisantes pour que l'on puisse affirmer
cette dualit('', mais si le fait était «'tabli, il aurait une très grosse importance,
théorique et pratique, en j>eriiiellant de réaliser l'immunisation contre les
SÉANCE DU l6 JA.WIER J<j2-2 207
deux alfcctioiis, (rintcrvenir en loiilr connaissancr' de cause, simplilier l<-s
tncsuies de police sanitaire en pennellant <li' mieux les ado[»l<M' à rafteclion
encours, moins gêner les transactions conuneiciales. en n'appliquant pas
aux sujets d'espèces réfractaires des prohibitions qui ]»ourraicnl être
reconnues inutiles.
MÉDECirs'E vÉrÉRlXAlRE. — Sur l immunité anli-cpluensc. Note
de MM. H, Vallée et H. Carré, présentée par M. E. Uoux.
La précarité de l'imniunité consécutive à la giiérison d'une première
atteinte de fièvre aphteuse est un fait bien connu. On peut lui opposer lin-
discutable résistance à la réinfection d'un très grand nombre de sujets
depuis des mois guéris de la maladie.
L'étude expérimentale de constatations aussi contradictoires s'imposait.
Nous l'avons entreprise en recherchant, notamment, la part qui revient, en
l'espèce, à la variation de qualité du virus qui entre en jeu.
Des lots de jeunes bovidés guéris, les uns d'une fièvre aphteuse exp/'ii-
mentale, les autres de la maladie naturelle, toutes deux provoquées par un
même virus de provenance française, sont ensuite éprouvés, soit expérimen-
talement, soit par contagiori naturelle, et parallèlement, à la faveur d'un
virus d'origine allemande récemment importé (virus A) et du virus français
d'infection première (virus O). Ils résistent à la réinfection par le virus
d'origine (virus O), mais contractent une fièvre aphteuse classique sous
l'influence dn virus A. Voici les faits.
I. Uualre génis-es infeclée» par le virus U, deux par voie sous-culanée, deux, par
coiiabilalion avec un malade et guéries depuis un mois, sont réinociilées avec ce même
virus, soit eous la peau, :-oil dans la veine jugulaire, chacune avec 200™' de sang
virulent défibriné. Aucune d'elles ne se réinfecle. Mais trois sur quatre manifestent,
de la 3" à la 6'' heure conseculives à la réinoculalinn, de vives réactions ihermicpies
qui ne s'ol)serveiit point sur quatre génisses témoins, elles aussi guérits de fièvre
aphteuse, mais réinjectées au sang normal (' ).
II. Cinq génisses infeclées par le virus ( ) dont deux par contagion provoquée el
trois par inoculation virulente, respectivement guéries depuis 86, 85, 84, 4': 35 jours,
sont réinoculées avec du virus A. Les génisses guéries depuis 85 et 86 jours,
lune de la maladie naturelle, l'autre de l'infection expérimentale, reçoivent ainsi,
chacune, îoo'^'" de sang virulent sous la peau. Aucune d'elles ne manifeste de réaction
fébrile immédiate: mais toutes deux se réinfectent.
Les génisses guéries depuis Séjours (maladie naturelle). \\ el 35 jours (maladie
(') Donneur^ el récepteurs des sangs utilisés étaient indemnes de luberculuse.
2o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
e\.périmenlale) sont réinoculées sous la peau avec lo'''"' de sang défibriné, \ irus A.
Toutes trois aussi se réinfectent.
III. Deux génisses guéries toutes deux depuis 36 jours, l'une de linoculalion ex])é-
rimentale, l'autre de la contagion provoquée, par le virus O, sont placées au contact
de deux sujets en pleine éruption aphteuse déterminée par le virus A. Toutes deux se
réinfeclent comme des' sujets neufs.
IV. Une vache hyperimmunisée à l'aide du seul virus O, productrice de sérum anti-
aphteux, se réinfecte, à la faveur de ce même virus O, par contagion naturelle pro-
voquée six mois exactement après la fin du traitement hjpervaccinanl. Réinoculée
38 jours plus tard avec le virus A, elle se réinfecte de nouveau, fournissant ainsi trois
évolutions aphteuses successives en huit mois et demi.
Dans tous le.s cas où la réiiifection fut ainsi obtenue, nous avons régu-
lièrement nol('' l'absence de toute réaction thermiijue immédiatement con-
sécutive à la réinoculalion du virus. De même nous avons toujours relevé,
lors de la réinfeetion, un raccourcissement très mar(]ué de la période din-
cubation qui, de 3 à 5 et même 7 jours, lors de la première infection,
s'abaissait à 4^ ou même à [\o heures seulement à la suite de la léinfection.
L'ensemble de nos constatations éclaire de faits inédits la ([uestion de la
fragilité de l'immunité anti-aphteuse et pose nettement le problème de la
pluralité des virus aphteux. Outre ([u'il précise à nos yeux quelques-unes
des raisons des échecs par nous essuyés depuis de longues années en des
essais de vaccination fondés sur la notion de l'unité du virus aphteux, il
nous conduit à redouter (|ue, pour longtemps encore, la médecine véti'ri-
naire ne bénéficie point, dans la lutte contre la redoutable épizootie, de
moyens préférables à riiémovaccinatiou des jeunes sujets et à l'aphtisation
bénigne par voie sous-cutanée des adultes.
A 17 heures, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures et demie.
A. Lx.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 25 JANVIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIX.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Préside\t s'exprime en ces termes :
Mes ghers Confrères,
La semaine nous a apporté un deuil cruel, la mort de Cajiille Jordan,
élu membre de l'Académie en 1881, à la mort de Chasles.
Jordan a été un mathématicien de premier ordre, comme M. Picard nous
le dira dans un moment. Son œuvre lui survit.
Jordan a été un honnête homme, un grand honnête homme dans toutes
les acceptions du mot. 11 a continué à Paris, dans le même quarlier de
Paris, la tradition des philosophes chrétiens et des penseurs, auxquels est
due la renaissance du catholicisme parisien au commencement du siècle
dernier.
Jordan était le chef d'une famille modèle. Il a été de ceux qui ont versé le
plus cruel tribut pour le salut de la France.
Un de ses fils, Charles Jordan, ancien capitaine de zouaves, était, le
i^' août 1914, 'prêtre sulpicien au séminaire d'Issy; ayant repris aussitôt
les galons de capitaine, il fut tué en septembre. Pierre Jordan, capitaine
d'artillerie, tomba à son tour, peu de temps après son frère. Un troisième
fils, mobilisé comme sergent, fut gravement blessé à la même époque.
Enfin un petit-fils, l'amé des onze enfants du professeur Jordan de la
Sorbonne, succomba à son tour. Vous avez vu avec quel courage Jordan,
imposant silence à sa douleur, a toujours assisté ponctuellemenl aux séances
de l'Académie.
Pour ma part, je perds à la fois un confrère et un vieil ami. Nos relations,
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 4.) I^
2IO ACADÉMIE DES SCIENCES.
qui dataient du temps où j'étais élève à l'i^xole du Génie maritime et où
Jordan terminait son séjour à l'i^cole des Mines, avaient été resserrées par
des liens entre nos fils. Charles Jordan a été, à Saint-Cyr, camarade de
promotion de mon fils aîné; Pierre Jordan a été, à l'Ecole Polytechnique,
camarade de mon second fils.
\ous voyez, mes chers Confrères, à combien de titres j'ai éprouvé, en
apprenant hier la nouvelle de la ijiort de Jordan, la douloureuse émotion
que vous partagez tous avec moi.
La séance puhlifjue est levée en signe de deuil. ,
M. Emile Picard présente, eu les termes suivants, un résumé des travaux
mathématiques de Jordan :
Les recherches de notre illustre. confrère ont eu tout parliculièrement
pour but d'approfondir la théorie de roj'di-eau point de vue de la Géométrie
pure et de l'Analyse. Au début de sa carrière, il s'est occupé des polyèdres
dans un beau Mémoire consacré, en fait, à la Géométrie de situation, et
dans un autre travail, il a donné la condition pour que deux surfaces ou
portions de surfaces, ilexibles et extensibles à volonté, soient applicables
l'une sur l'autre sans déchirure ni duplicature. Ses travaux sur la symétrie
et sur les groupes de mouvement ont devancé les recherches modernes sur
les groupes de transformations, et ont été utilisés par les théoriciens de
la cristallographie. Ils portaient déjà la marcjue de la puissance d'esprit
de leur auteur.
Mais c'est surtout dans la théorie des substitutions et des équations algé-
bric|ues que Jordan laisse une trace profonde. Dans un Ouvrage considé-
rable sur les Substitutions , il a fait une étude approfondie des idées de
Galois, en y ajoutant des résultats fondamentaux sur les groupes primitifs,
les groupes transitifs et les groupes composés, dont un des plus importants
est relatif aux facteurs de composition d'un groupe. Ces études ont permis
à Jordan de résoudre un problème posé par Abel, celui de rechercher les
équations de degré donné résolubles par radicaux et de reconnaître si une
équation rentre ou non dans cette classe. D'autres travaux de notre confrère
se rapportent aux formes algébriques et aux groupes linéaires d'ordre lini,
ce qui l'a amené à étudier les équations différentielles linéaires à intégrales
algébriques.
Plus récemment, Jordan a été un précurseur dans la théorie des fonc-
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 2 1 l
lions de variables réelles. Il a introduit dans cette partie de l'Analyse la
notion capitale de l'onction à variation hornée. Non moins célèbres sont ses
études sur les courbes, universellement désignées sous le nom de courbes de
Jordan^ qui séparent le plan en deux régions distinctes. On lui doit aussi
d'importantes propositions sur la mesure des ensembles, qui ont ouvert la
voie à bien des recherches modernes.
Tous les travaux de Jordan dénotent une rare profondeur d'esprit et
une extraordinaire puissance d'abstraction. Il se jouait au milieu des dis-
cussions les plus subtiles sur des concepts comme ceux de groupes ou de
substitutions, se plaisant à aborder les questions dans loute leur généralité,
comme s'il craignait que quelque particularité l'empêchât de voir ks vraies
raisons des chos<'S. Jordan a été vraiment un grand algébriste; les notions
fondamentales qu'il a introduites en Analysepréserveront son nom de l'oubli.
M. BiGorRDAN présente le premiei' numéro d'un Bulletin horaire public'',
sous sa direction, par le Bureau international de l'heure.
Ce nouveau périodique est principalement destiné à donner, plus rapi-
dement que par le passé, les heures des signaux horaires observés dans ce
Bureau, avec leurs corrections et les éléments qui ont servi à les déter-
miner.
L'utilité de ces signaux est bien connue pour les usages horlogers, mari-
times, etc. Mais leurs corrections ne sont pas moins nécessaires pour
l'Astronomie, la Géodésie, etc., car alors, par exemple, ces signaux peuvent
alléger beaucoup d'Observaîoires de leur service méridien. Pour les longi-
tudes, dont les déterminations sojit .aujourd'hui particulièrement nom-
breuses, ils simplifient considiTabîemeni. les opérations; et là une publi-
cation rapide est, bien nécessaire, puis<|u'on nous demande les résultats à
mesure, semaine par semaine. Enfin l'usage de ces signaux ne tardera pas,
sans doute, à se répandre davantage parmi les physiciens : même pour un
modeste laboratoire, il y a là, actuellemen!, un moyen facile d'avoir à loul
instant l'heure la plus exacte, ne fût-ce qu'avec une seule horloge, car von
peut contrôler sa marche plusieurs fois par jour au moyen des signaux
horaires.
212 ACADEMIE DES SCIENCES.
CORRESPONDANCE .
M. Jacques Zeiller fait don d'un portrait de son père, M. René Zeiller,
ancien Membre de F Académie.
M. Jules Garçon, au nom de V Association de documentation hihliogra-
phi(juc, adresse un Rapport sur l'emploi de la subvention qui lui a été accor-
dée en 191 6 sur la Fondation Loutreuil.
HYDRODYNAMIQUE. — Quelques considérations sur la forme du solide et
l'énergie cinétique du fluide qui V entoure. Note (') de M. D. Riabou-
cHixsKi, présentée par M. G. Kœnigs.
Comparons l'énergie cinétique T, du mouvement d'un liquide indéfini
de densité p autour d'un corps solide de volume v^ (corps oi), limité par
une surface S,, à l'énergie cinétique T^ du mouvement du liquide autour
d'un corps de volume v.^, (corps \i!i), limité par une surface So, en supposant
que les deux corps se meuvent avec la même vitesse uniforme o de direc-
tion Ox, que la forme, les dimensions et l'orientation du corps clj permettent
de le considérer comme une partie du corps i)b et que le mouvement du
fluide est irrotationnel et acyclique. Démontrons que
(0 T, + To>T.,
où Tq = -p(v. — v^)^o'^ est l'énergie cinétique d'un volume fluide, animé
de la vitesse t), égale à la différence entre les volumes des corps iiî> et rX,.
Superposons mentalement les deux mouvements de façon que la sur-
face So du corps 11!) enveloppe le, corps A^. Si la surface So se confond
partiellement avec la surface S,, on peut considérer une surface S!, enve-
loppant complètement le corps cL et s'approchant indéfiniment de la
surface S^. Soient o, etOo les potentiels de vitesses, à l'extérieur des corps ci
et 11!), et Oq = -ox. En appliquant la formule de Green et en tenant compte
(•) Séance du 16 janvier 1922.
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 21 3
des conditions qui définissent les fonctions ç>, cL o.,» on trouve que
(2)
T. + To = T, + ^ pj J ( 9o — o, ) ^ ( 90 — Vi ) d7.
La dérivée est prise suivant la normale extérieure à, la surface S^.
(xDa: — Oo) et (ur — o,) sont les potentiels des mouvements ayant à l'infini
la vitesse o et entourant respectivement les corps cl. et m. supposés immo-
biles.
Soit S,, une portion de la surface S^. dis[iOsée derrière le corps d, en
tous les points de laquelle y- (y. r — o,) > o et qui est limitée nar une
courbe J^^ où cette dérivée s'annule. Désignons par T,, l'énergie cinétique
du fluide autour du système tl,, composé du corps cL et de la surface S,,,
et par o,, le potentiel qui définit ce mouvement. En appliquant au sy>-
• tème ol, la formule (2), il faut étendre l'intégrale à toute la surface S, et
aui deux faces de S,,. Sur la surface S, l'intégrale est évidemment nulle;
sur la surface S,, elle est positive, car les valeurs du potentiel (vx — z^^)
sont plus grandes sur la face où -j- (vx — o,)>»o que sur la face où
■j- (xDx — 'j^) <^o. En remarquant que, dans ce cas, T,, = o, on aura
Tn>T,.
Enveloppons le système =,1, par la surface So de façon que S,, se
confonde avec la portion qui lui correspond sur cette surface. Nom-
mons S,o une portion de la surface So limitée d'une part par la courbe r ,
et d'autre part par la courbe 4^0 le long de laquelle -j- (iDx — 9n) = o; ni
tous les points de S,, on a -^ (vx — 9,,) !>o- Désignons par T^, l'énergie
cinétique du fluide autour du système oi.^, composé du corps cl et de la
surface S,, H- S,,. En raisonnant comme plus haut, on trouve queT|o>>T,,
et, par conséquent, T, o ^ T, .
En continuant ainsi, on trouve pour le système composé du corps cl, '^t
de la surface S^ -1- S.o + . . . -h S,,,, que T,„>>T,. En faisant croître n
indéfiniment et en passant à la limite, on obtient le système composé du
corps -X et de la surface S^ qui Tenveloppe, La valeur limite de T,„ exprime
l'énergie cinétique du fluide qui entoure le corps i)b et de celui qui est com-
pris entre les surfaces So et S, ; ce dernier sera en repos relatif. Le théorème
exprimé par l'inégalité (i) est ainsi démontré.
Corollaires. — 1° L'énergie cinétique d'un juouvement avec glissement,
2l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
y compris celle du fluide mort, est plus grande que l'énergie cinétique du
mouvement non glissant correspondant; 2'' si Ton obtient le corps ii'- en
ajoutant au corps J\j des surfaces infiniment minces, coupant les lignes de
courant, Fénergie cinétique du liquide est plus grande pour le corps lU. que
pour le corps ci. L'énergie cinétique du fluide autour d'un disque est, ])ar
exemple, plus grande que celle qui correspond au mouvement d'une surface,
limitée par un contour arbitraire découpée dans ce disque.
Prenons un exemple parmi 'les mouvemrnts à deux dimensions. La
relation entre les variables complexes n et z pour un corps limité par un
contour S, formé par deux axes de cercle concaves d< rayon r et dont la*
corde commune de longueur 2/ est parallèle à la vitesse du courant u,
s'exprime comme suit :
(T'-f- c\^ z -i- l , r. . ^ !
Dans le cas limite où / == o. le corps prend la forme d'un 8, et Ton obtient
tï' rz: T.rX) cola h 77 -:
et, sur le contour du cercle supérieur,
o = t:/" t) lanff h ( — col a ) . r = •» /• sin-a.
a étant L'angle polaire du rayon vecteur issu du point O où les cercles se
touchent. En faisant le changemenl de variables - cota = i et en appli([uant
la théorie des résidus, on trouve que l'énergie cinétique du fluide s'exprime
dans ce cas comme suit :
.;, 2T T f dy rr- f" di 7:^^-3
( o ) =: ; / O -^ds — I = ^ /, ; 1 rr:
En comparant ce résultat à l'énergie cinétique du fluide correspondant
au mouvement d'un cercle de rayon ir et à celui d'un segment de droite,
orthogonal à la vitesse t), de longueur L\r, on trouve ({ue l'inégalité (1) est
coniirméc.
Nous avions déjà obtenu (') la valeur ., '^' pour le rapport (3 ) en consi-
(') Comptes rendus, t. 173, 1921, p. '2.5 et 826.
SÉANCE DU 2.3 JAXVIER 1922. 2l5
dérant le cas limite de doux cercles se mouvant orthogoiialcment à la droite
réuhissant leurs centres et qu'on rapprocherait indélinimcnt de Taxe de
symétrie et, par conséquent, Tun de l'autre. Mais landis que, dans le cas que
nous étudions dans la présente Note, la vitesse du lluide au point O esl
nulle et les résultantes des pressions sur chacune des circonférences formant
le 8 tâchent à les détacher l'une de l'autre, nous avions, dans le cas limite
étudié précédemment, une vitesse inlinie au point O et une attraction
inlinie entre les cercles. Lorsqu'on approche indéfiniment, de l'une ou de
l'autre façon, du cas critique, les vitesses ne peuvent évidemment différer
sensiblement (]ue dans un domaine tendanl vers zéro.
SPECTROSCOPIE. — Sur kl variation de la lor/oi/eur d'onde des mies
te.lhtriqiies. Note (') de M. A. Perot, présenléc par M. Henri
Deslandres.
Dans une Communication antérieure (-) j'ai indi([ué à l'Académie les
premiers résultats d'une étude sur les raies telluri(|ues du groupe B; leur
longueur d'onde a été trouvée variable avec la hauteur du Soleil au-dessus
de l'horizon. Ces mesures faites en juin 1914 oî^t monlré <{ue la longueur
d'onde croissait avec la hauleur du Soleil, à peu près jji'oporliounellemenl
au sinus de cel angle. Si l'on pose
/. ztz /.q(i -!- K sin ';) avec ^-=Ivsin{),
la valeur de Iv trouvée était voisine de io~'\
J'ai repris ces mesures, toujours sur le groupe B et jtar la mélhode inler-
férentielle. et ai fait quatre séries de déterminations, de la fin d'octobre 1920
au début de septembre 192 1, comprenant 35 mesures de longueur d'onde;
la première série s'étend du 23 octobre au 20 novembre 1920 avec
i\ mesures, la seconde du 6 juillet 1921 eu comprend 4, la troisième du
1 1 juillet au 2 août 1921 en comprend 12, et la (juatrième du 6 septembre
en comprend 5.
Pour déterminer la valeur du fadeur K, j'ai dpéré de la façon suivanl¥ :
J'ai construit des diagrammes en portant en abscisses les sinus des hauteurs
du Soleil et en ordonnées les carrés des diamètres des aimeaux observés,
corrigés des variations ])0ssibles de r-Malou suivant une méthode souvent
(') Séance du 16 janvier 1922.
(-) Comptes rendus., t. 160, iqij, p. 549.
2l6
ACADÉMIE DES SCIENCES.
décrite; chaque mesure est représentée par un point. Si les mesures ne sont
entachées d'aucune erreur et si la formule ci-dessus est exacte, tous les
points doivent se trouver sur une droite dont l'inclinaison donnera la valeur
du facteur K. En réalité les points ne sont pas aUgnés. J'ai alors, dans
''-■'-'..,
0.7
0,8
%
^
Sin S
%
0,5
0.6
0,7
chaque série, combiné les points deux à deux de toutes les manières pos-
sibles, en donnant à chaque valeur du coefficient angulaire ainsi obtenu un
poids égal à la différence des sinus. Les bandes tracées .^ur les figures ci-
dessus ont leg coefficients angulaires trouvés. On voit tout d'abord avec
quelle précision la formule précédente est vérifiée; les deuxième et qua-
, trième séries sont particulièrement intéressantes à cet égard et pour les
SÉANCE DU 2 3 JANVIER 1922. 217
deux autres la variation avec le sinus de la hauteur du Soleil parait bien se
faire suivant la loi linéaire.
Mais pour les quatre séries le coefficient angulaire n'est pas le même; les
valeurs correspondantes de K sont :
Première série (octobre-novembre 1920) 1,8 . lO"-'
Deuxième série (juillet 1921) t);98. io~*
Troisième série (juillet-août 1921) i,3 .io~^
Quatrième série (septembre 1921) 2,3 .lO"-"
Il faut rapprocher de ces valeurs celle de juin 1914 • i.io-^
Faut-il voir dans ces variations du coefficient K le résultat d'erreurs
expérimentales ? L'examen des figures ci-contre semble bien indiquer des
dilïérences réelles dans les valeurs de K, d'autant que la valeur trouvée
en juin 1914 est identique à celle du début de juillet 1921. On peut se
demander si cette variation de la longueur d'onde ne peut pas venir d'un
élargissement dissymétrique de la raie quand, la hauteur du Soleil dimi-
nuant, le rayon travei^se des masses atmosphériques dans lesquelles les
régions à forte pression sont de plus en plus prépondérantes. Si cela était
la loi du sinus ne serait pas jvraie et les valeurs de K devraient simplement
traduire le résultat inexact d'expériences très inexactes faites sur une série
de hauteurs du Soleif. Or les séries 2 et 3 d'une part, et 4 de l'autre cor-
respondent à des hauteurs du Soleil comparables, puisque celles-ci ont
varié de 33° à 6^" pour la série 2, de 27** à 6/1° pour la série 3 et de 35°
à 49° pour la série 4, et la valeur de K trouvée pour la série 4 est à peu
près le double de celles des séries 2 et 3. S'il s'agissait d'un élargissement
dissymétrique, le phénomène ne devrait varier qu'avec la hauteur du Soleil
et les trois séries considérées devraient donner à peu près le même résultat.
D'ailleurs les (?xpériences de 1914 dans lesquelles la hauteur du Soleil a
varié de i4°3o' à 62° 3o' ont vérifié la loi du sinus avec toute l'approxima-
tion possible.
Il semble bien que l'hypothèse d'un élargissement dissymétrique n'est
pas à retenir. Si l'on adopte celle que j'avais émise d'un effet Doppler par
suite du mouvement des centres absorbants, il résulterait des mesures
faites que la vitesse de ces particules varierait avec les conditions météo-
rologiques de la très haute atmosphère suivant une loi à détermin<?r.
2l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la loi d'action de la sucrasc : vitesse d'hydrolyse et
réaction du milieu. Note de M. H. Colix et d<' M"^ A. Chaudu.v, présentt''e
par M. 11. Le Chatclier.
L'activité des diastases hydrolysantes, de la sucrase en particulier,
dépend essentiellement de la réaction du milieu : la vitesse d'hydrolyse
croit g-énéralement avec la proportion d'acide jusqu'à un maximum, puis
elle décroît quand la dose d'acide continue à augmenter. Aucune interpré-
talion satisfaisante n'a été donnée jusqu'alors. La formation transitoire
d'un complexe sucre -h enzyme, de stabilité varia'ble avec la réaction,
permet de comprendre que la vitesse d'inversion croisse avec le degré
d'acidité, mais n'explique pas qu'elle puisse diminuer à partir d'une certaine
dose d'acide.
Nous avons démontré (') (pi'il est légitime, en efTet, de concevoir l'inver-
sion diastasique du saccharose comme une réaction catalytique dans laquelle
le catalyseur s'unit transitoirement au corps qu'il transforme, la vitesse de
formation de la combinaison intermédiaire étanl inliniment grandr par
rapport à sa vitesse de dédoublement. S'il en est ainsi, à une quantité
donnée de diastase, mesurée par un a olume n, d'une solution diastasique,
correspond un poids a, de saccharose qu'on peut déterminer. Ce poids «,
est-il une constante absolue ou, de môme que la vitesse d'inversion, varie-
l-il lorsque la réaction du milieu vient à changer?
Faisons agir une sucrase très aclive, employée à la dose de 2'^"' pour 100,
sur des solutions sucrées contenant 2.^,-2'] de saccharose pour 100""' et*des
quantités variables soit de soude, soit d''acide acétique. Le sucre étant en
excès, la vitesse d'inversion r est d'abord constante, puis elle décroît à
partir du temps T où la quantité de sucre cristallisable encore présente
dans la liqueur est précisément égale à a^. On peut déterminer, pour chaque
cas, vç.\ «,, ou, du moins, une valeur approchée de a,; nos moyens démesure
ne nous permettent pas, enellét, d'atteindre exactement «,, mais 11 est facile
de le comprendre entre une limite inférieure et une limite supérieure, égales
respectivement aux poids de saccharose qui restent dans les solutions aux
deux instants /„^, et i,^ entre lesquels est situé le temps T.
(' ) H. Colin ei A. ChaldliX, Comptes rendus., t. 1G7, 1918, p. 338. — A. Chaudln,
Ann. Cil... 9* série, t. 13, 1920, \>. 3oi.
N
I lO
.^,
55
N
27,5
N
36 1 .38(> 1 ,437
SÉAXCE DU 23 JA?s'VIER I922. 219
Conditions expérimentales.
Concentration Initiale en saccharose 2". 27 pour 100'^'""
Concentration en diastase 2™' pour 100""'
Température H)\ 5
Poids dcsarcliarose coiTcsponiUinl
à la quaiuilé de sucrase cmployi'-i'.
Vitesse 1 — - — -^ — .
Uéaction du niiliei:. d'inversion. f. imite inférieure. Limite supérieure.
Soude -^ — iS j.6i5 1,66-
J07I
\
V)
3928
» o- •^'^ I .0(32 1,400
7007
Sucrase seule 75 i ,323 1 .385
. • , - • ^
Acide acétique ^-. — Q~ . ■> i , o 1 - i , o-8
rjooo ^ ' ' '
» — ; — I o5 1 , 27S I . 3 J >■
2700
'' A ,
» ^, ,., I I <) I , 20f) I , 285
iS3a
» 110 I , 0Q4 I . 1 70
iioo •' '
» -nr- IO4 0,02- I,OÏ'.
ODO ^ '
9S O , go4 o. 964
90 0,890 0,988
85 0,872 0,934
80 o,S58 09:1
.....,,. 68 G 849 '^go^
» N .-...: o..-. 09 0,842 Oj88:
Ainsi que l'ont trouvé les auteurs, la vitesse augmente d'abord avec
Tacidité et diminue ensuite. On voit de plus que le poids r/, de saccharose
susceptible de fixer la quantité de sucrase présente dans la liqueur est d'autant
plus faible que V acidité est plus considérable .
220 ACADEMIE DES SCIENCES.
C'est là le fait nouveau : V addition d'acide se traduit par une diminution
de la quantité d'enzyme qui entre enjeu. La vitesse d'hydrolyse étant, toutes
choses égales d'ailleurs, proportionnelle à la quantité d'invertine, à une
diminution de la dose d'enzyme, correspond nécessairement une diminu-
tion — (A^')2 de la vitesse; dès que (Ac)^ est supérieur à l'accroissement
de vitesse (A^), dû à l'instahilité plus grande du complexe, la variation
totale de la vitesse \v = (Aç'), — (A(')2 devient négative.
L'immobilisation apparente d'une partie de la diastase s'expliquerait
aisément dans l'hypothèse d'un complexe sucre + enzyme de nature phy-
sique. Si, en effet, le saccharose se fixe transitoirement à la surface des par-
ticules de sucrase, le diamètre de celles-ci, donc leur nombre et la surface
totale variant avec la réaction du milieu, le poids «, de sucre correspon-
dant à une quantité n^ de diastase doit être, lui aussi, fonction de la
réaction.
CHIMIE ANALYTIQUE. — Nouvelle méthode pour la recherche de la graisse
de coco dans le beurre de vache. Note de M. C.-F. Muttelet, présentée
par M. Lindet.
J'ai montré précédemment ( ' ) que l'on peut déceler dans une graisse ani-
male la présence d'une graisse végétale en utilisant ce fait que le corps gras
végétal introduit dans la graisse animale une substance étrangère : une
phytostérine que l'on peut caractériser parle point de fusion de son acétate.
.Je me propose de donner et d'interpréter les résultats obtenus en appli-
quant ce même principe à la recherche de la graisse de coco dans le beurre
de vache.
La phytostérine extraite de la graisse de coco fournit un acétate fondant
à 125°, tandis que la cholestérine caractéristique des matières grasses ani-
males, possède un acétate fondant à 1 14**-! i4"52, de telle sorte qu'en
opérant comme je l'indique plus loin pour isoler les stérines, on obtient
avec un beurre additionné de coco un mélange d'acétates de cholestérine
et phytostérine dont le point de fusion est d'autant plus élevé que la quan-
tité de graisse de coco est plus considérable.
Le mode opératoire que j'emploie repose sur cette propriété des stérines d'être pré-
cipitées par la digitonine sous forme d'une combinaison double : digitonide ou stéridet
(') Annales des falsifications^ igii, p. 827
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 22 [
De préférence on eilectue cette précipilallon, non pas sur la matière grasse elle-même,
mais sur les acides gras obtenus par saponification. De plus, lorsqu'il s'agit de beurre,
il est nécessaire de fondre l'écliantillon et de décanter la matière grasse sur un filtre
pour la débarrasser de la partie aqueuse. C'est sur 5o? de filtrat clair qu'on procède
à la recherche de la façon suivante :
Les acides gras fondus au bain-marie, à 70° environ, sont traités par 20'^'"^ d'une
solution de digitonine cristallisée à i pour 100 dans l'alcool à 9.5°. La précipitation du
digitonide commence aussitôt; on la facilite en ajoutant 1""' d'eau et en agitant fré-
quemment. Après 3o à 45 minutes de chauffe, on recueille le précipité sur un petit
filtre sans plis placé dans l'étuve à eau.
On le lave avec du chloroforme chaud, puis à froid avec de l'éther, pour le débar-
rasser de toute trace d'acides gras. C'est après dessiccation, une masse brillante de
follicules nacrées.
On l'introduit dans un gros tube à essais (22'="') et on le chauffe avec 2*^"*' à 4'^™''
d'anhydride acétique en maintenant une douce ébullition pendant 5 minutes. L'acétate
de stérine est ensuite précipité par addition de 5 volumes d'alcool à 5o°; on le recueille
en s'aidant du vide. Le produit est repris sur filtre par l'éther froid et le filtrat éva-
poré fournit l'acétate. On le redissout au bain-marie dans l'alcool absolu (1'^°'^ à 2'^'^^)
et par refroidissement on obtient une masse cristalline qu'on essore sur plaque
poreuse.
C'est l'acétate de stérine dont on prend alors le point de fusion par la méthode des
tubes capillaires, au moyen d'un thermomètre de précision marquant le cinquième de
degré et en s'entourant de toutes les précautions d'usage.
A l'aide de ce procédé dénommé Essai à V acétate de phytostérine ^ j'ai
examiné des beurres purs d'origine française et leurs mélanges avec des
proportions croissantes de graisse de coco. Les résultats obtenus sont
rassemblés daiisle Tableau ci-après.
En ce qui concerne les beurres purs, ces résultats montrent qu'on arrive
facilement, dès la deuxième cristallisation dans l'alcool absolu, à préparer
un acétate de cholestérine propre à la prise du point de fusion. Ils montrent
également, et c'est là ce qu'il s'agissait d'établir tout d'abord, que le point
de fusion de Facétate de cholestérine n'oscille qu'entre des limites fort
rapprochées (11 3°, 6-1 i4"j2) dans ces beurres p^irs d'origine française.
En ce qui concerne les beurres additionnés de graisse de coco, les chiffres
qui figurent au même Tableau sous le titre « Beurre et Graisse de coco »
montrent toute la sensibilité du procédé. On voit en effet que le point de
fusion des mélanges d'acétates de cholestérine et de phylostérine s'élève
progressivement avec la teneur en graisse de coco.
De l'ensemble de ces faits, il résulte que :
i'^ On obtient avec les beurres purs d'origine française, un acétate de
cholestérine dont le point de fusion oscille entre des limites très voisines
222 ACADEMIE DES SCIENCES.
(i l'i^-ô-i i4", 2 ), mais qui reste toujours sensiblement inférieur à 114°, 5.
2" On obtient avec les beurres additionnés de graisse de coco des
mélanges d'acétates do cliolestérine et de phytostérine dont le point de
fusion va en s'élevant de nfi°,C) avec 5 pour 100 d'adultérant végétal,
jusqu'à 1 1 8° pour -une teneur de 3o pour 100 de ce dernier.
Acétates de slciincs.
du Points de l'usiini
\ digilonide Poids en degrés centigrades.
('■ehan- Nature milli- iiiilli- 1'^' cristal- -^^ cristai-
tilions. des matières grasses. grammes, grammes, lisalion. lisation.
Acétate de cliolestérine.
Beurres purs (5os) :
1. Seine-Inférieure 288
'2. Id. 227
3. Manche 2i5
k. Id ;î26
5. Orne 9.28
6. Finistère '^28
7. Vienne o'25
8. Id 225
9. Deux-Sèvres 22.5
10. Charente-Inférieure ..■ 280
11. Ici. 280
12. Maine-et-Loire 235
13. Indre-et-Loire 288
li. Id. ...,...' 287
15. Lozère 245
Beurre et graisse de coco (5o^') :
16. Beurre pur (mélani;ed^ n°* 1 à 15).
17. Beurre n*^. Ki : g5 °/o+ coco : 5 "/„.
: 90V0-+- W. : 10 Vo.
: 8o«/o-l- Id. : 20 "/o-
: 7o7„-+- Id. : 3oo/o.
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Mélanges d'acétates ( ')
de cliolestérine et de phytostérine.
18.
Id.
li).
Id.
2a.
Id.
286
53
1 13,6
1 14.0
224
5i
ll4,2
1 14.5
224
5i
ii4,8
1 15,5
220
5o
116,0
116,6
2l5
4B
117, 0
118,0
En particulier la valeur 1 15'',5 qu'il prend pour une addition de lo pour
(') l'our le n'' 16. tjui est un beurre pur, les points de fusion sont ceux de Tacétate
de cliolestérine.
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 2-^3
roo de graisse de coco, valeur si nettement supérieure au point de fusion
1 14*^? 2 de l'acétate de cholestérine, permet de conclure :
L'addition de graisse de coco à un beurre pur d'origine française, même à
la dose réduite de lo pour 100, peut être aisément décelée par l'eissai àTace-
tate de phytostérine, lorsqu'on isole les st< rincs par la digitonine comme je
Fai indiqué ci-dessus.
Gi':OLOGlE. — Sur l'existriice (ht Crétacé supérieur dans la fosse centrale de
la Manche d'après les dragages du « Pourquoi -Pas'.' ». \ote de MM. Patl
Lemoixe et Rexé Abrard,
La nature des fonds sous-marins, en particulier celle des fonds de la
Manche, est encore à peu prés inconnue, malgré quelques dragages faits par
les Laboratoires de Plymouth et de Roscoff.
Sur la demande de l'un de nous, le D'' Charcot a, lors de la dernière
campagne du Pourquoi-Pas'^ fait procéder à des dragages permettant, grâce
à un dispositif nouveau, de rapporter de gros blocs des fonds sous-marins.
L'étude sommaire des matériaux recueillis et leur report sur la carte a
permis de constater que des silex tout à fait analogues aux silex de la craie
du Bassin de Paris jonchent, en très grande quantité, tout le fond de la
fosse centrale de la Manche. Ils sont généralement associés à des quartzites
et à des roches paléozoïques; ils se trouveraient au-dessous d'un lit de
gravier. Ces silex sont arrondis, mais non roulés ; ils se montrent en très
grande abondance : certains dragages en sont presque exclusivement
composés, dans la grande fosse au nord-ouest de Cherbourg. Un échantillon
trouvé au large de Flamanville (St. 5o) est même constitué par une
véritable craie à Rosalina^ Orbuliiia, Globigerina, etc.
Cette campagne du Pourquoi-Pas? a montré également que, sur le bord
de la péninsule armoricaine, on trouvait dans presque lous les dragages des
silex identiques, mais beaucoup moins nombreux.
Ces silex du fond de la Manche ne paraissent pas avoir été transportés
à de grandes distances; on peut les considérer comme trouvés à peu prés
in situ.
Leur existence doit être rapprochée de celleldu lambeau d'argile à silex
224
ACADÉMIE DES SCIENCES.
signalé par M. Bigot, sur le granité de Flamanville. et de la présence
cV Ananchytes ovatus dans les alluvions anciennes de Bricquebec.
Ils viennent confirmer l'opinion de Lebesconte qui, ayant trouvé des silex
crétacés sur des plages bretonnes, n'admettait pas qu'ils fussent dus au lest
de bateaux et pensait qu'ils provenaient de gisements situés au large.
Carte des gisements crétacés sous-marins de la ."Manche. Les points numérotés sont ceux étudiés
par le D"' Charcot : les autres points ont été dragués par d'autres savants.
Les échantillons recueillis montrent qu'un aflleurement important de
Crétacé supérieur à faciès craie, se trouve \lans Taxe de la Manche et
prouvent que la « Trouée de la Manche » existait déjà à cette époque,
faisant communiquer les mers crétacées du Bassin de Paris avec celles des
Py^rénées et des régions méditerranéennes.
Un seul échantillon de Tertiaire, avec Alçeolina, a été recueilli. Des
sondages ultérieurs permettront certainement de rpultiplier ces trouvailles.
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 225
Mais, dès à présent, nous attirons l'attention sur l'intérêt qu'il y a, au
point de vue géologique, à posséder des navires de recherches, comme le
Pourquoi-Pas? La supériorité incontestable de ces Laboratoires maritimes
mobiles sur les Laboratoires fixés à terre s'étend non seulement aux
sciences biologiques, mais aussi aux sciences géologiques. Leur intérêt
théorique et leur importance pratique s'en trouveront accrus d'autant.
GÉOLOGIE. — Sur la géologie de la province de Sam Neua {Haut
Laos oriental). Note de M. Léox Dussault, présentée par M. Pierre
Termier.
J'ai consacré la saison d'hiver 191 9-1 92oàétudierlaprovince de Sam Neua.
Cette province correspond àTancien territoire des Hua Pan ; c'est une sorte de
glacis, situé à Fest du prolongement de la Chaîne annamitique, qui, par
les hauteurs, dépend bien des vrais plateaux laotiens du Tran Xinh et de
Luang Prabang; mais tous les cours d'eau, bientôt progressivement
encaissés en contrebas d'une pénéplaine ancienne, descendent au Song Ma,
à son affluent le Nam Sam ou haut Song Chu, ainsi qu'au Song Ca, bref
sont tous tributaires du Golfe du Tonkin ; à ce dernier titre, la province de
Sam Neua peut être considérée comme une partie de l'arrière-pays géogra-
phique de ^ inh et de Thanh Hoa, dans le Nord-Annam.
Au point de vue géologique, abstraction faite d'une étroite marge occi-
dentale que je n'ai pas étudiée, la structure est homogène et la province de
Sam Neua se présente comme un fragment d'un ensemble, qui se poursuit
au Nord-Ouest et au Sud-Est et auquel je propose d'attribuer la désigna-
tion de Zone du Nam Sam^ du nom de la rivière située suivant son axe dans
Sam Neua.
Le substratum est formé par des terrains cristallins (granité, gneiss,
micaschistes, schistes amphiboliques et calcaires cipolins) qui affleurent
dans des massifs situés des deux côtés du Nam Sam, à savoir, au Sud-Ouest :
la terminaison septentrionale du Pou Huât et le Massif du Haut Song Ca; au
Nord-Est : le Plateau de Nong Kang et le Massif du Moyen Song Ma.
Sur le substratum et principalement dans l'axe de la Zone le long du
Nam Sam, mais débordant aussi sur les massifs cristallins, se rencontre
une très épaisse série schisto-gréseuse, qui m'a fourni, dans une dizaine de
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N« 4.) ^7
•22.6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
gisemeiiLs, semés sporadiquement sur toute la longueur, des fossiles tria-
siques. Ces fossiles, étudiés par M. Mansuy, paraissent surtout corres-
pondre à un niveau voisin de la Zone à Ceratiles trinodosus ; ']e cite, des gise-
ments de \ong Ivoii, les Ammonites suivantes : Ceratiies Sainneuaensis
Mansuy cf. C. trinodosus , Ceraiites sp. afï". C. Ravana Diener, Ceratites cf.
Padma Diener. Pinacnceras ci. Damesi^lop., Cuccocerascï. C. Yoga Diener,
Arpaditcs sp. cf. A. limLifiensis Mojs. Seul le mauvais gisement du Houei
Klié Die, m'a fourni une Ammonite, Anatibetites sp. cf. A. Kehini iMojs.,
qui fait songer à du Trias supérieur.
La série gréso-schisteuse triasique est envahie par des masses considé-
rables et irrégulières d'iiiie roche éruptive acide, dont le type moyen est
une Bhyolite à quartz globulaire. En de nombreux points, notamment vers
le Sud-Ouest contre le Pou Huât et contre le Haut Sang Ca, ces roches sont
écrasées ju:S([uii prendre Faspect de schistes cristallins. Les traces d'écrase-
ment sont manifestes également dans la série gréso-schisteuse et elles
conduisent à considérer que tout Tensemble a glissé et flotte en contact
anorilial sur le substratum.
Au-dessus de la série triasique, suivant une bande étroite de direction
Nord-Ouest, vient un paquet principalement calcaire que je désigne sous
le nom de Calcaires de Ban 0. Près de Ban O, à la partie supérieure du pa-
quet, j'ai recueilli des Brachiopodes : Holcothyris laosensis Mansuy, Auia-
cothf ris Dussaulti Mansuy , Zeilleria pentagona Mansuy, Zeilleria intermedia
Mansuy, comparés à des formes calloviennes et des Bivalves, dont Lima
sp. cf. L. PhiUipsi d'Orh. de FOxfordien européen. Les calcaires de Ban O,
où les brèches et les bancs laminés sont fréquents, semblent avoir à leur
tour glissé sur la série triasique.
Sur un espace très limité, à Muong Peun, j'ai rencontré, en discordance
sur le Trias, un lambeau de grès et de marnes à végétaux miopliocénes,
du type des formations de "V en Bay au Tonkin.
Enfin, pour compléter ces données générales sur la structure de la pro-
vince de Sam Neua, une longue traînée de roches à pyroxênc^ profondes,
postérieures aux charriages de la région, se poursuit suivant la direction
Nord-Ouest et sépare le Plateau de Nong Kang du massif du Moyen Song
Ma. M. Gh. Jacob, qui a examiné mes échantillons, considère leur type
moyen comme une diabase andésitique; tandis que les roches d'un petit
massif, isolé de la traînée principale vers Muong Pao, offrent des feldspaths
acides et peuvent être appelées syénites à pyroxène.
SÉANCE" DU 23 JANVIER I922. 227
GÉOLOGIE. — Les massifs autochtones du Nord-Est du Tonkln. Nol(î
de M. Kexi': Bourret, présentée par M. Pierre Termicr.
Depuis le début de l'année 191 9 j'ai été appelé à réviser, dansle Nord-Est du
Tonkin, la vaste surface qui s'étend depuis la frontière de Chine, à l'est de la
province de Lang-Son et du Territoire militaire de Gao Bang-, jusqu'à la
Rivière Claire aux environs de Ha Giang-. Déjà considért-e antérieurement à
mes travaux, au moins en partie, comme \\n pays de nappes^ cette région
montre en effet des lambeaux charriés, qui reposent sur une série scliis-
leuse recouvrant elle-même des massifs autochtones. Cette noie se propose
d'indiquer les principaux caractères de ces derniers.
Je les groupe suivant trois arcs, grossièrement concentriques entre eux
et concentriques à un massif, également autochtone et formé exclusivement
de terrains cristallins, le massif du Haut Song Chay.
Pour les arcs, envisagés de l'exlth-isur à l'intérieur, voici les éléments que j'y
reconnais : 1° Massif du Bac Son, aftleurements calcaires des régions de Dieni Hé, de
Lang Son, de Na Cham et de That Khé, massif calcaire de l'est de Gao Bang;
2** Fenêtre de Yen Lac, Fenêtre de Phien Dia, Anticlinal du Lung Xung; 3° Arc du
Coc Xo. correspondant à TAnticlinal du Coc Xo proprement dit, au Dôme de
Ngan Son, au Dôme du Xui Tong Tinh et aux affleurements de la vallée du Song Niao ;
Tare du Coc Xo peut-être prolongé, dans 1 Extrême Nord du Tonkin, par le massif du
Dono Uuan.
Au point de vue stratigraphiquc et en excluant le Dong Quan, qui sort
du domaine de mon étude, les terrains sédimentaires des éléments autoch-
tones sont exclusivement, où je les ai étudiés, le Dévonien et !'(^)uralo-
permieu.
Je vais considérer le Dévonien dans le Massif calcaire à l'est de Cao Bang, puis dans
la Fenêtre de Yen Lac. — A l'est de Gao Bang, la série est la suivante, de bas en haut :
I" Schistes de Ban Gioc à Spirifer c/'ispi/s His. et Grès du Bong Son; >° Schistes à
Spirifer speciosus Schl., avec calcaires dolomitiques subordonnés; les schistes, très
généralement fossilifères et très constants à la base, ont fourni une riche faune, bien
connue par les travaux antérieurs, et définitivement rangée dans l'Eifélien ; ô" Calcaires
dans lesquels j'ai rencontré Slringoccphalus Uurtini Defr.: 4" Série de Ha Lang,
formée de calcaires siliceux à phtaniles avec importantes inlercalations de lydiennes;
5° Série de Ban Cra, composée de schistes en plaifuettes et de calcaires griottes sans
fossiles. — Les terrain^ de Yen Lac complètent les indications de la succession précé-
dente; ils montrent à leur base la Série de Xa Man, située sous le complexe >>chisto-
calcaire ii Spirifer speciosus, par conséquent au niveau des Schistes de Ban Gioc et
des Grès du Bong Son. Cette série, très fossilifère, a fourni notamment, d'après les
228 ACADÉMIE DES SCIENCES.
délenninalions de M. Mansuv : Calceola sandalina Lamarck ; Pleclamboniles yenla-
censis Mansuy, Rajinesqiiina Domillei Mans., Chonetes Lantenoisl Mans., Stropho-
nella i/wersa Mans., Spirifer afT. speciosus Schlolh.. Sp. cf. crispas Ilis., Proetns
namanevsis Mans., toutes espèces rencontrées, sur un point ou sur un autre, avec la
faune à Spirifer speciosus, sauf le Spirifer comparé à Sp. crispas His.; celui-ci con-
sidéré jusqu'ici en Indochine comme caractéristique du Gothlandien, apparaît main-
tenant comme moins probant. L'ensemble de la faune de Na Man est eifélien; il en est
donc de même des Schistes de Ban Gioc et des Grès du Bong Son. A Yen Lac, sur les
schistes à Sp. speciosus, vient une épaisseur considérable de Indiennes avec calcaires
subordonnés, qui représente ici la série de Ha Lang; puis on trouve la série schisto-
calcaire dite de Pa Pc, avec notamment : Rhynchonella caboides Sow., Rh. letiensis
Gosselet, mut. orientalis Mans. Ces deux espèces dont j'ai recueilli la dernière éga-
lement à Phien Dia, témoignent de l'existence du Dévonien supérieur.
En résumé, pour le Dévonien, on ne peut parler avec certitude, dans les
massifs envisagés, que d'Eifélien, de Givétien et de Dévonien supérieur (' ).
L'Ouralo-Permien, représenté exclusivement par des masses calcaires
souvent importantes, n'a fourni comme fossiles déterminables que : Spi-
rifer Nikitîjii Tscliern. et Schwagerina cf. ScJuv . princeps Ehr.
Les terrains cristallins ne se rencontrent que dans l'arc du Coc Xo dont
un des éléments, le Dôme de Ngan Son, présente, avec le Phan >sg;ame,
des granités qui passent à des gneiss, passant eux-mêmes à des schistes et à
des calcaires eiféliens fossilifères. Le granité du Phan Ngame est donc post-
dé vonien.
La disposition tectonique des terrains dans les éléments autochtones
révèle des particularités intéressantes ; je m'attache au plus complet, celui
de l'est de Cao Bang.
Le fait le plus apparent, reconnu depuis les premières explorations,
réside dans la discordance de la masse calcaire ouralo-permienne sur les
terrains dévoniens ; celle-ci débute presque toujours par des brèches, inter-
prétées jusqu'ici comme étant l'indice d'une transgression ; je leur attribue
plutôt une origine tectonique.
L'allure des brèches, composées de morceaux très anguleux, de toutes dimensions,
jamais roidés, montrant souvent au microscope des parties recristallisées, tordues; la
nature des morceaux, surtout constitués par l'Ouralien qui est massif au-dessus de la
brèche ; la nature du ciment, formé de calcite avec grands rhomboèdres de clivage,
sont autant de caractères d'une brèche de friction ; à quoi s'ajoutent, pour témoigner
(') ( Jn connaît, au sud de la région que j'ai étudiée et ^ur le prolongement de la
Fenêtre de ^en J^ac, des schistes gothlandiens à Climacograptus cf. scalaris His.; ils
forment un affleurement très restreint près de Na Yan, sous un complexe schisto-
calcaire dévonien très écrasé, et ne se placent malheureusement pas dans une suc-
cession lilhologique régulière.
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 229
<lu cluirriage, le laminage intense du Dévonien sous-jacent, dont les bancs au contact
sont particulièrement froissés et tordus, ainsi que les suppressions fréquentes au sein
même du Dévonien, surtout vers l'Ouest, près du domaine des schistes superposés
à rOuralien.
Sous rOuralien discordant, on reconnaît, à Test de Cao Bang, une dis-
position en dômes relativement tranquille dans la partie orientale du massif,
oii ces dômes séparent des dépressions synclinales ayant conservé des
lambeaux importants des calcaires ouraliens. Dans l'ouest du massif, au
contraire, la couverture ouralienne, à peu près horizontale, recoupe, par
sa base, la tête des dômes écrasés des terrains dévoniens ; c'est là que la
discordance tectonique s'observe avec le plus de netteté à la faveur de
fenêtres, par exemple au nord de Quang Uyen et en de nombreux points
du Lu Khu. Bref, les choses semblent s'être passées comme si la couver-
ture ouralienne avait été charriée sur une région plissée en dômes, un peu
avant son arrivée. .
GÉOLOGIE. — Sur la structure du Trias des régions de Meknès à riiniaouen
{Maroc septentrional). Note de M. P. Russe, transmise par M. Ch.
Depéret.
D'une série d'observations faites dans le Gharb et dans les régions de
Meknès, de Fez et de l'Innaouen en 1921. je détacherai les faits suivants
relatifs à l'allure tectonique du Trias :
i** Dans toute cette zone, des affleurements de Trias gypso-salin se mon-
trent tantôt en série normale sous le Lias inférieur, tantôt hors de leur po-
sition primitive, les masses gypseuses. s'élevant, grâce aux fentes du Lias
jusqu'au Tertiaire, dans des conditions qui semblent analogues à celles
indiquées par ^L Savornin, dans le Hodna (Algérie).
2° Les couches gypso-salines ne semblent pas toutes triasiques. Une
partie sont éocènes ou mêm-e miocènes et proviennent vraisemblablement
de terrains triasiques remaniés.
3'' Les points où le Trias gypso-salin se montre sous forme de masses-
remontant du dessous des couches basiques jusqu'au contact des marnes
vertes helvétiennes se voient notamment dans les collines qui, au nord de
la Nzala el Oudaïa, bordent la route de Fez à Petitjean, sur les bords de
rOiied Mikkès. On y voit une masse de gypses, d'argiles rouges et de sel
gemme, accompagnée de diabases, et située sous les calcaires bleus du
Lias, s'étendre vers le Nord; puis les calcaires basiques surmontés de termes
plus élevés du Jurassique. d'Eocène et de Bardigalien, s'interrompent
23o ACADEMIE DES SCIENCES.
brusquement, laissant i<^ Trias monter verticalement jusqu'au contact des
marnes vertes lielvétienues qui couvrent tout le pays.
4" En bien des points, le contact du Trias et des marnes miocènes existe,
mais sans qu'on puisse suivre le passage du Trias à travers le Jurassique;
dans ce cas le Trias forme une amygdale au milieu des marnes, et les masses
de gypse et de sel forment constamment des anticlinaux peu étendus, à
pend âge voisin de la verticale, ayant les caractères à' anticlinaux àiapirs
de faible envergure.
5° Dans toute cette région, je n'ai observé aucune trace de mylonites, de
brèches de friction, ni de roches écrasées, et la forme même des pointements
de Trias exclut dans la région observée (pays entre Ouergha et Sebou;
zone entre Petitjean, Meknès, Fès et vallée inférieure et moyenne de Tln-
naouen), la présence de nappes de charriage et fait ressortir le caractère
intrusif de Trias.
(j° L'âgre des terrains tertiaires en contact avec le Trias a été déterminé :
pour TEocène, par la découverte de NummuUtcs Gisehensis et aff. Gisehensi>.
(détermination L. Doncieux) et pour le Miocène, par l'abondance d'une
grande Tnrritclla voisine de T. gradata, Menke, sans être identique à cette
espèce de Burdigalien d'Autriche.
PALÉONTOLOGIE. — Sur V iuiporlancc pratiqur et phylo génétique du
talon antérieur (T,,) des molaires des mastodontes et des éléphants.
Note de M. Sabba Stefaxescu.
De même que le T^,, le T,, des molaires des mastodontes et des éléphants,
que j'ai étudié au point de vue pratique et phylogénétiquc, présente des
caractères morphologiques utilisables à la détermination de droite ou de
gauche des molaires, et des caractères morphophvlogénéticfues utilisables à
la détermination du phylum des mastodontes bunoiophodontes et des élé-
phants qui sont leurs descendants. Cette affirmation est basée sur les faits
suivants :
1. D'après Vacek ('), le T^, et le T„ des molaires des mastodontes angus-
tidens, longirostris, arvernensis n'onl pas la même valeur morphologique, car
le T^, est une vraie colline, landis que le T„ n'est que le produit du collet
(cingulum) du bord antérieur de la couronne. Nous générahsons cette juste
observation, qui convient aussi bien aux molaires des mastodontes précités
qu'aux molaires à^Elephas meridionalis et de lous les éléphants.
(') Ueber œsierrcichische Mastodonten, 1877, P- '^ ^^ ^^-
SÉANCE DU 23 JANVIER ir)22. 23 1
IL Yacek ( ') a remari [iié que le ï„ des m~ et Mj de Mdslodon longirostris
est plus rapproché du côté externe que du côté interne de la couronne. Or,
d'après mes observations, c'est un fait général que le T„ des molaires infé-
rieures des mastodontes bunolophodontes ot des éléphants est déplacé et
penché vers l'extérieur de la cuuronne.
Le déplacement est dû au développement inégal des T^,. et T ,.,. de la pre-
mière colline. En effet, le sommet du T^, est placé juste à l'endroit (ju/
sépare le T,,. de T,.,., mais il est plus rapproché du côté externe que du côté
interne de la couronne, parce ([ue, transversalement, le T,, est moins larg"
que son congénère T,., .
Le penchant est dû à la direction obli(|ue, de l'extérieur à l'intérieur, de
la racine antérieure (R,,) de la molaire: le T,, qu'elle porte est penché en
sens inverse.
Puisque imariablement le T,, des inolaires inférieures est déplacé et penché
vers Vextéiieur de la couronne, il s^msuil qu il nous indique le côté externe, et
par conséquent la position de droite ou de gauche des molaires.
IIL Chez la m' de Mastodon longirostiis, Falconer (^) a observé « an
accessory crest in front » qui « de la pointe principale interne descend obli-
quement vers la base de la pointe la plus externe », et A acek(^) a remarqué
que derrière le collet du bord antérieur de la couronne de M:[ de Mastodon
angustidens il j a. une série de mamelons (en allemand cine Hûgelfolge). qui
«du sommet de la principale pointe pnetrite. va au pied antérieur de la
principale pointe posttrite». Or, d'après mes observations, la série de
mamelons en question n'est que le lobe antérieur (a) du T,;. de la première
colline, et parce qu'il rappelle, en apparence, l'aspect d'une aile déployée,
je l'appelle lobe ali forme (L,,/).
a. Mais chez les M- de Mastodon an'ernensis de ma collection et chez
les M- de Mastodon longirostris figurées par Vacek (^), le L^,/ n'existe pas
derrière le T,,. Nous nous trouvons donc en pr(''sence des deux bouts du
phylum des mastodontes angustidens^ longirostris, anernensis, à savoir: le
bout initial angustidens, dont les Mt ont L,,^, et le bout final longirostris.
arvernensis, dont les M- n'en ont pas.
b. Si nous admettons que le phylum Mastodon angustidens -^longi-
rostris ^^ arv^r ne n si s est réel, ipso facto nous admettons que l'évolution
(') i'I. 1, fig. 2-2a, i-5, et p. ^g-So.
(-) Palœontologicat Memoirs, t. 1, p. 107. ^^ » • a -n.
{") Op. cit., p. 16; pi. IV, lîg. 3-3a. et pi. V, fig. i-ia. .^^^^y.A^-/\
{') Pi. III, fig. i-ia. " ""^ ■ " ""
et: -
luJ L i
-,-:;»
W
'-fe. i ■*'
-y
v^.
r., . c^-
^y
232 ACADÉMIE DES SCIENCES.
du T,; et du L,,/ est en corrélation inverse; à mesure que le T„ s''accroît,
le L^,/ se réduit.
c. Chez les molaires supérieures des mastondontes angustidens, longi-
i^ostris^ arvcrnensis, V>„, existe toujours derrière le collet, car quelle que soit la
différenciation qu'il a subie, soit en trèfle à quatre lobes (<:^ — c^a^p^m),
soit en trèfle à trois lobes (<; e, a, p), ou à deux lobes {/ e, «), le T^,. de la
première colline a gardé le lobe a.
Chez les molaires inférieures des mêmes mastodontes, L^,^ existe aussi,
mais seulement chez les espèces dont le T,,. en question, différencié en trèfle
à quatre lobes, ou en trèfle à trois lobes, a gardé le lobe a. Chez les espèces
dont le T„. de la première colline, différencié en trèfle à deux lobes (\ e,jo),
a perdu le lobe «, le L^,/ n'existe pas.
IV. D'après Yacek ('), le T,, est une excroissance en forme de coussin,
(en diWemdinà polslerartige Wiilst ei polslcraitige FF«cAe;7//?o)^ incapable de
s'organiser en colline. Mais, d'après mes observations, le T^, est une lame
triangulaire ou ovale, au sommet et aux bords libres mamelonnés ou digités,
convexe en avant, concave en arrière, formée de deux moitiés asymétriques
qui sont, en réalité, deux tubercules congénères différemment différentiés et
inégalement développés, le plus gros situé du côté du T^,. de la première
colline.
La base du T,, est oblique, élevée du côlé du T,.;. et abaissée du côté
du T,,..
V. Telle c|ue je viens de Texposer, l'organisation du T„ est plus facile
à vérifier chez les Mj de Mastodon arvernensis que chez les mêmes molaires
à^Elephas meridioncdis . En effet, à première vue, le T,, des M- de cette
dernière espèce paraît être la plus antérieure vraie lame de la couronne.
Mais, en observant attenlivcment, on peul s'assurer qu'il présente tous
les caractères du T„ de Mastodon arverncnsu^ à savoir : il est déplacé et
penché du côté externe de la couronne et sa base est oblique, élevée du côté
du T„. et abaissée du côté du T^,..
En outre, le T,, est petit et, par sa petitesse et par sa situation, il cor-
respond au collet du bord antérieur de la couronne. Il n'est pas une vraie
lame, car les vraies lames antérieures de la couronne des Mj des éléphants,
de même que les collines antérieures des M^ des mastodontes sont les
plus grandes et les plus redressées; les suivantes décroissent, de manière que
la force trituratrice de la couronne est inclinée d'avant en arrière.
(•)P. 15,29,34.
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 233
Puisque le T,, des molaires 6^'Elephas meridionalis el de Mastodou arver-
nensis présente tes mêmes caractères morpJiologiques et puisqu'il est enu;endrè
de la même façon ^ parle collet du bord antérieur de la couronne^ il s'ensuit
que ces deux espèces sont liées phylo génétiquement et que les mastodontes
hunolophodontes sont les ancêtres de /'Elephas meridionalis et de ses descen-
dants.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Observations sur la sculpture du relief
par les glaces. Note de M. Axdré Aliix, présenlée par M. Ch. Danois.
Willard D. Johnson a observé dôs i883, au mont Lyell, que Faction
érosive la plus puissante à laquelle les cirques glaciaires doivent la sculp-
ture de leurs formes est l'alternance du dégel diurne et du regel nocturne,
en été, à Fintérieur de la rimaye. Cette action a pour effet de déliter la
paroi rocheuse, toujours humide, et d'en arracher les débris, qui passent
sous la masse glaciaire et sont entraînés avec la moraine de fond. L'arra-
chement rocheux ainsi déterminé au-dessous de la surface de la glace par les
variations de température est une des foi incs du phénomène encore trop
vaguement défmi qui a reçu le nom de mention (^^). Johnson et, à sa suite
Bernard Stracey, qui, en 191 2, a refait les mêmes expériences au Bliimli-
salpstock, estiment que cette action joue un rôle morphologique plus con-
sidérable que la démolition subaérienne au-dessus de la surface de la glace;
jusqu'ici, dans l'école française, on a été plutôt porté à en réduire 1 impor-
tance.
La période actuelle d'enneigement décroissant met bien en valeur les
résultats de ce processus, comme on a eu l'occasion de l'observer en 1921
dans FUisans. En effet la décrue, sensible jusque dans la partie haute de
presque tous les glaciers, fait aujourd'hui émerger, autour des cirques et
sur une hauteur de plusieurs mètres, la paroi rocheuse (amont) des
rimayes; ces murailles, à peu prés verticales, sont un obstacle nouveau,
parfois fort gênant, à la circulation en haute montagne. Cette barrière
périphérique est connue des géomorphologistes dans les anciens cirques
glaciaires vidés de glace; c'est elle que Gilbert, en 1904, appelait schruiùl^
Hue, et que nous proposons d'appeler en français, d'une manière plus
.expressive, le nmr de rimaye.
Les observations de Johnson et Stracey ne portent que sur le cas parti-
culier de la rimaye et du recul des parois du cirque. Nous avons cherché
(') Cf. Em. dk Maiitox\e, Le rôle morphoUjgique de la neige en montagne {La G.,
t. SV, 1920, li, p. 2.55-267).
234 ACADÉMIE DES SCIENCES.
à les étendre au cas général de la crevasse g-Jaciaire. et par suite à la sculp-
ture de toutes les formes de terrain corrélatives à la présence des glaciers,
cherchant par là à compléter, d'un point de vue différent, la théorie géné-
rale formulée par Em. de Martonne (').
VkjUy cela, il a élé fait des observations directes, non plus dans des
rimayes, mais dans les grandes Crevasses de la zone d'ablation d'une langue
glaciaire. Après un grand nombre d'observations rapides répai'lies sur
plusieurs années, on a choisi pour des études précises, sur le versant est du
Pelvoux, le gradin inférieur du Glacier Blanc, où de grandes crevasses
transversales viennent s'ouvrir obliquement contre la paroi rocheuse de la
rive gauche, de telle manière qu'il est possible d'y pénétrer et d'en explorer
le fond sans trop de difficulté, sur quelques dizaines de mètres. La roche
encaissante est ici formée de schistes cristaUins gneissisés, très acides, de
couleur presque blanche, et Ires durs, à grain très lin, résistant bien aux
actions subériennes et conservant bien les empreintes. Sur le bord du gla-
cier, cette roche est moutonnée, avec nombreuses gouttières étagées; l'en-
semble présente un beau poli, avec quelques stries, et des placages de
moraine dans les creux, l'oulil dont le glacier s'est servi pour effectuer le
polissage étant ainsi demeuré sur sa zone même de travail.
L'exploration de deux grandes crevasses a été faite les lo et 1 1 août 1920.
Les variations diurnes de température au cours de cette journée sont bien
mises en évidence par les lectures suivantes, faites au thermomètre-fronde
dans l'une d'elles (à 0° près) :
Températures.
Fond Surface
de du glacier
Heures. la crevasse. (à l'ombre).
Il 001
î o aoù l ig20 : 9 o , 3 5,9
« 12 4^5 9,7
» 10 6.8 11,5
» t8 •. — 0,1 8,2
» 21 — 1,9 — o, I
1 1 août 1920 : 3 — 2,7 — 2 ,6
Alliliide des points (robservation (-) 2463"" 2485"'
Or le fond des deux crevasses a montré nettement le processus décrit
(') Sur la formalion des cirques {Ann. de G., t. 10. 1901, p..i-io); Vcrosion
glaciaire et la formation des vallées alpines {Ibid.^ t. iO, 1910. p. 289-397, et t. 20,
191 1, p. 1-29).
(-) Evaluée au baromètre par comparaison avec la cote Helbronner du refuge
Tûckett.
3
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 28
par Johnson et Slracey : délitage. arrachement et décollement des blocs,
entraînés seulement moins vile dans le cas de la crevasse parce que, le fond
étant plus prés de l'horizontale que de la verticale, hi pesanteur du caillou
n'agit guère; en revanche, les ruisseaux d'eaux de fonte sont des agents de
transport efticaccs restituant sans cesse une surface fraîche aux actions
gélives. Il y a donc abrasion de la surface rocheuse du fond, et abrasion
vigoureuse, enle\ant sur la totalité du fond une épaisseur appréciable de
masse rocheuse. Cette épaisseur, variant avec la grosseur des blocs
(quelques centimètres de diamètre en moyenne), paraît être, aux points et
à la date considérés, de l'ordre de grandeur d'au moins i"" par jour;
c'est dire qu'elle paraît relativement énorme par rapport à toutes les
autres actions érosives connues. Nous proposons d'appeler cette action
spéciale la corrosion sous-glaciaire.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Modifications apportées à la plage de Sangatte
à la suite des tempêtes de décembre 1921. Note de M. G. Dubois, présentée
par M. Ch. Barrois.
Des tempêtes se sont déchaînées en décembre dernier sur la côte de
Calais et ont failli provoquer la rupture de la digue de Sangatte. Il s'en
est lallu de peu que le Calaisis presque entier et une partie de la Plaine
maritime flamande ne fussent envahis par la mer, catastrophe renouvelant
celles qui se sont déjà produites au cours des âges et que l'histoire a con-
signées ('). On sait en efTet que le niveau moyen de la Flandre maritime
est inférieur à celui des hautes mers.
L'action destructive des vagues s'est exercée à trois reprises dilTéientes
en novembre et décembre (particuhèrement les derniers jours de décembre),
chaque fois qu'un vent violent soufflant de l'O-N-O a uni sou acliou à
celle du flux, et cela par des marées à coefficients très élevés.
Le grand pierre occidental de Sangatte a été dégagé du sabU- qui en
masquait la base et montre maintenant son soubassement; (iifl'érej>l£â
pierres en ont même été descellées.
A l'est du petit pierre oriental, la protection du pays n'est assurée (\\\e
par une ligne unique de dunes qui, en certains points, ne dépassent guère
20™ de largeur à la base. Cette ligne de dunes a été attaquée sur 600"' de
longueur et, dans l'ensemble, rongée sur la moitié de son épaisscui ; par
(') Blanchard, La Flandre, 1906, p. 2i3-2i5.
236 ACADÉMIE DES SCIENCES.
places, le sommet de la dune dépasse à peine de i™ le niveau des marées de
vive eau.
Le danger immédiat a été écarté grâce aux mesures de protection qui
ont été prises (lignes de fascines et muraille de sacs de sable) sous l'active
direction de M. Flngénieur des Ponts et Chaussées de Calais. La menace
dïnondation du Calaisis subsistera cependant jusqu'au moment où l'on
aura prolongé la digue empierrée de Sangatte d'abord jusqu'au niveau de
la ferme Tournant (où la côte s'infléchit légèrement vers l'Ouest), puis
jusqu'à la digue de Calais.
L'extrémité nord-est du pierre oriental de Sangatte s'appuie sur le
cordon littoral ancien des Pierrettes dont la section par le littoral actuel
était habituellement recouverte par la dune. Cette section, décapée par la
vague, est actuellement visible.
La plage, dont le niveau s'est abaissé de plus de o™,5o en certains
endroits, a été nettoyée du cordon de galets qui la recouvrait au pied de la
dune, et qui était constitué de galets de grès diestien, de silex et de craie.
Le sable lui-même a été enlevé en partie de telle façon que le soubassement
géologique de la plage est visible tant au sud-ouest (|u'au nord-est du
cordon des Pierrettes.
Au sud-ouest du cordon des Pierrettes, on peut suivre la tourbe presque
sans interruption au pied des différents pierres successifs et principalement
à la base du grand pierre occidental jusqu'au a Chalet des Mouettes », non
loin de l'église.
Au nord-est du cordon des Pierrettes, on ne voit affleurer que l'argile
grise des polders à Hydrohia ulçœ, Scrohiciilaria piperata et coquilles ter-
restres.
Ces observations complètent les documents fournis par une série de
sondages que j'ai effectués l'été dernier dans le Calaisis et confirment les
conclusions que j'avais été amené à formuler par la seule interprétation de
ces documents (' ).
Le grand trait .dominant de la structure géographique et géologique du
Calaisis est fourni par le cordon des Pierrettes et ses ramifications : digi-
tations du Virval, cordons sableux de Marck et de Petit-Courgain.
Au sud du cordon des Pierrettes, sur les sables et les argiles gris bleu,
repose, de façon très constante, la tourbe affleurant au sol ou recouverte
de sables blancs, d'argile des polders ou d'argile de marais.
(-) Séance de la Société Géologique du ]Sord du 9 novembre 1921; en cours de
publication dans Ami. Soc. GéoL A'ord, t. iG, 1921.
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 2,37
Au nord du cordon, lé sol des polders ou des plages asséchées est com-
posé essentiellement de sables et d'argiles gris bleu à la base, de sables
variés, puis d'argile grise des polders au sommet. La tourbe y est très
exceptionnelle; elle se rencontre sporadiquement en petits amas derrière
la dune de Petil-Courgain et près du Cran à Sangatte, de [)art et d'autre
de la digue Camyn.
Conclusions. — Les sondages et les affleurements de la plage de Sangatte
montrent que la tourbe s'est formée à l'abri de la mer derrière le cordon
littoral des Pierrettes ou derrière ses ramifications lorsque ce cordon pos-
sédait" encore sa base d'attache, maintenant détruite par la mer à la suite
du recul du Blanc-Nez.
La tourbe ayant commencé sa formation au Néolithique, il faut admettre
que le cordon des Pierretles était constitué, au moins dans ses grandes
lignes, dès cette époque.
MÉTÉOROLOGIE. — Le déplacement des hausses et des baisses barométriques
et la direction des cirrus. Note de MM. L. Bessox et H. Dutheil, pré-
sentée par ^L Bigourdan.
D'après une Note récente ('), on a vu que nous avions dressé des cartes
représentant les variations moyennes de la pression atmosphérique dans
les 24 heures en Europe, ayant accompagné un passage de cirrus à Paris,
en distinguant iG directions pour le mouvement des cirrus, en divisant
l'année en deux semestres, et en séparant les cas où l'a hauteur baromé-
trique à Paris avait été supérieure à 760™"^ de ceux où elle avait été infé-
rieure à celte valeur. Pour chacun de ces 64 groupes, nous avons construit
deux cartes de variations moyennes, l'une de la veille au jour d'observation
des cirrus, l'autre de ce jour au lendemain.
Le déplacement, en 24 heures, des lignes d'égale variation (isallobares),
s'y montre en général assez nettement, malgré les déformations qu'elles
subissent. Les domaines de hausse ou de baisse sont presque toujours
allongés et ont souvent la forme de bandes traversant toute la carie.
L'orientation de leur grand-axe a été prise comme représentant Torientatioa
des isallobares quand celles-ci avaient une forte courbure.
Indépendante de la saison et de la hauteur du baromètre, du moins en
première approximation, l'orientation varie suivant la direction des cirrus
comme le montre le Tableau ci-après :
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. iio4.
238
ACADEMIE DES SCIENCES.
Direction
Direction
Direction
(hienlati
on
«lu mouvement
Direction
Orientation
du
mouvement
des cirrus.
fies isallob;
res.
des isallobares.
des cirrus.
des isallobares.
des isallobares.
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On voit que les isallobares sont orientées en moyenne IS-S, mais tendent
à se mettre en croix avec la direction des cirrus cjuand ceux-ci viennent des
régions Nord ou Sud.
Cette remarcjue, jointe à celle que les cirrus de la moitié Nord vont en
général d'une zone de baisse à une zone de hausse, tandis que ceux de la
moitié Sud vont d'une zone de hausse à une zone de baisse, fournit une
interprétation de la loi énoncée à la fm de la Note précitée.
La direction du déplacement des isallobares est à peu près perpendicu-
laire à leur orientation. Gomme celle-ci, elle paraît indépendante de la
saison et de la hauteur du baromètre. La moyenne annuelle est WS'^N.-
La vitesse ne peut être mesurée sur nos cartes qu'assez grossièrement,
les isallobares ne restant pas parallèles à elles-mêmes. Elle semble plus
grande en hiver qu'en été. Nous évaluons sa valeur moyenne à 960'-"* en
24 heures, soit /|o''"' à l'heure ou 11'" par seconde.
La distance entre les lignes de hausse et de baisse maximum est en
moyenne de i3oo'"^, ce qui donne 2600'^" pour la longueur d'onde et
2, 7 jours pour la période (* ).
Il est intéressant de comparer aux résultats que nous venons d'indiquer
pour le mouvement des ondes barométriques, ceux que les dix mêmes
(') Ce dernier cliiffre s'accorde avec le résultat de rétude des variations inter-
diurnes du baromètre dans une même station. Si l'on considère la série des moyennes
diurnes de la pression atuiosplièrique, la fréquence pour 100 des divers intervalles
séparant deux minima consécutifs dans cette série est, d'après 20 ans d'observations,
la suivante :
Intervalle en j()ur>.
7n 7. ~^8. '.I. 10. 11. Vi. >Vi.
I i 8 5 ■>. ■> i M o
I ( 7 ô 3 i ■', 1 I
Dans nos régions, les minima barométriques se succèdent donc le plus souvent
à 3 jours d'intervalle.
•2. 3
4.
5.
Paris. . .
!■>, ■'.
> • > it
16
Upsal..
i3 î 1
19
x5
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 289
années d'observations nous ont fournis sur le mouvement des cirrus
à Paris.
Octobre Avril
à in;ir<. à se])leml)re. Année.
• Direction A\ W 12° S \V6° S
Vitesse relative — p — 3">,20 2™, 54 2°», 87
Vitesse absolue 24^,6 22™, 4 24™, 4
La vitesse relative a été mesurée au néphoscope. La vitesse absolue a (-té
calculée en multipliant la vitesse relative parla hauteur moyenne des cirrus
(etcirro-stratus), qui est, d'après Teisserenc de Bort ('), de 7'^", 7 en hiver,
de 8'"", 8 en été et de 8'"", 5 pour l'ensemble de l'année (au-dessus de l'alti-
tude de Montsouris, 77™).
Cirrus du Nord-Ouest. — Ils présentent une singularité remarquable. Si,
pour un quelconque des groupes de cas considérés (par exemple pour les
cirrus de direction N, semestre d'octobre à mars, pression supérieure à 760
à Paris) on examine quelle est la fréquence des diverses valeurs de la
variation de pression de la veille au jour des cirrus dans une station déter-
minée, on constate que cette fréquence passe par un maximum unique,
correspondant à la valeur moyenne de la variation.
Les cirrus du Xord-Ouest font toutefois exception. En hiver, tant par
haute que par basse pression, et en été par haute pression (les cas de basse
pression en été sont trop peu nombreux pour une telle statistique), on
remarque que la fréquence oiî're, sur la Mer du Nord et l'ouest de l'Europe,
deux maxima, correspondant l'un à une hausse, Tautre à une baisse. On en
conclut que les situations caractérisées par le fait que la direction desciirus
est NW à Paris répondent à deux types diilérents. Nous les avons séparés
le mieux possible et avons dressé, pour l'un et l'autre type, des cartes
moyennes.
Les cartes de variations qui sont relatives au type comportant une hausse
dans la partie de l'Europe indiquée plus haut donnent une impression de
continuité lorsqu'on les rapproche de celles qui concernent les directions
voisines, AYNW et NNW. Elles montrent un déplacement normal des
isallobares de l'Ouest vers l'Est.
Dans le second type, au contraire, la baisse se déplace avec une direction
iSord en hiver et même Nord-Est en été.
La carte isobarique au jour d'observation des cirrus est à peu près sem-
(') Travaux scienlijiques de L'Observatoire de Météorologie dynatuique de
Trappes, t. 1, p. T .2\\.
2^0 ACADÉMIE DES SCIENCES.
blable pour les deux types. Rien dans Faspect ou la vitesse des cirrus ne
paraît fournir à l'observateur local le moyen de distinguer ces deux types
l'un de l'autre.
Le type avec baisse est représenté par un peu moins de la moitié des cas
de cirrus du INW. Afin de ne pas confondre dans la même moyenne deux
réalilés aussi différentes, nous avons laissé les cirrus du Nord-Ouest, type
baisse, en dehors de nos statistiques, sauf pour la fréquence des diverses
directions de cirrus donnée dans la première Note (')•
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — La formation des pigments anthocyaniques.
Note (-) de M. Raoul Combes, présentée par M. Gaston Bonnier.
En 1913, j'ai isolé des feuilles vertes d' Ampélopsis hederacea un pigment
jaune y-pyronique à partir duquel, par réduction au moyen de l'amalgame
de sodium, j'ai produit un pigment anlhocyanique rouge que j'ai identifié
avec celui qui se trouve dans les feuilles rouges de la même plante. En 1914?
Everest obtenait également des pigments anlhocyaniques en réduisant divers
composés y-pyroniqucs. Enfin, la même année, MM. Willstâtter etMallison
produisaient une anthocyanidine, la cyauidine, en réduisant un dérivé y-py-
ronique, la quercétine. Ces recherches onl amené MM. Everest et A\ illsàtter
à définir la constitution des pigments anthocyaniques et à déterminer leur
formule.
Dans deux Communications récentes, M. St. Jonesco(') expose, relative-
ment à l'origine des pigments anthocyaniques, plusieurs faits qui le con-
duisent à infirmer ces résultats.
En traitant divers organes végétaux, et en particulier les feuilles vertes
d^ Ampélopsis hederacea, par une solution d'acide sulfurique à 7 pour 100,
l'auteur a obtenu des extraits acides qui, agités avec de l'alcool amylique,
cèdent à ce solvant des pigments jaunes. Ces solutions amyliques de
pigments jaunes se colorent en rouge par chauffage en présence soit d'acide
sulfurique et de bioxyde de manganèse, soit, dans certains cas, d'acide chlor-
hydrique seul ; elles ne se colorent pas par réduction au moyen de l'amal-
game de sodium (').
(') Loc. ci/., p. iio5. colonne 2.
(-) Séance du 16 janvier kj'^'^.
(^) St. Jonesco, Comptes rendes, t. 173, 1921, p. S5o et looG.
('') Dans la première de ces Communications, M. Ionesco fait connaître de plus les
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 2^1
M. .Ionesco rappelle à ce propos que plusieurs auteurs, doul j'ai cité plus
haut les noms, ont cru pouvoir affirmer que la transformaliou de pigments
jaunes en pigments rouges avait pour cause des phénomènes de réduction ;
il considère que ces auteurs ont commis une erreur, attribuant à une réduc-
tion une coloration qui n'était provoquée selon lui que par la seule action
de l'acide clilorhydrique à chaud. Enfin, il conclut de ses résultats que
l'apparition des pigments rouges chez les plantes est due, non à des réduc-
tions, mais au contraire à des phénomènes d'oxydation.
J'ai préparé, comme l'a fait M. Ionesco, des extraits acides de feuilles vertes
à'' Ampélopsis liederacea en traitant ces organes par une solution aqueuse
d'acide sulfurique à 7 pour 100. Le liquide obtenu a été agité à plusieurs
reprises avec de l'alcool amylique. L'étude de la solution aqueuse et de la
solution amylique m'a permis de constater que ni l'une ni l'autre ne ren-
ferme de pigments jaunes y-pyroniques; il suffît d'ailleurs de connaître
les caractères de ces pigments qui, en présence des acides, forment des sels
d'oxonium insolubles dans l'eau, pour prévoir que l'épuisement des tissus
par l'eau acidifiée ne peut les dissoudre.
Les substances jaunes prises par W. Ionesco pour les pigments y-pyro-
niques étudiés par ses prédécesseurs n'étaient autres que des tannins, comme
je vais le montrer ci-dessous. Les faits qu'il a constatés ne l'autorisaient
donc pas à discuter les résultats antérieurs relatifs à ces pigments. D'autre
part, M. Ionesco pense que les pigments rouges obtenus par les auteurs
auxquels il fait allusion étaient dus simplement à l'action de Tacide chlor-
hydrique à chaud sur les pigments jaunes; il lui eût suffi de soumettre à
cette action un pigment jaune y-pyrbnique quelconque pour se convaincre
résultats qu'il a obtenus en reprenant les recherches de M. E. Rosé relatives à la varia-
tion des glucosides au cours de la pigmentation des corolles de Cobœa scandens.
On peut objecter aux conclusions de l'auteur qu'il a employé pour doser les gh-
cosides une méthode basée sur la précipitation de ces corps par l'acétate neutre de
plomb; or, cette propriété n'est pas commune à tous les glucosides, mais est au con-
traire tout à fait exceptionnelle dans ce groupe; un très petit nombre de ces substances
précipitent dans les conditions indiquées ; 2° il semble en outre exister une contradic-
tion dans l'exposé même de l'auteur : après avoir formulé contre la technique de Rosé
des critiques tendant à montrer que ce physiologiste acompte comme glucosides des
corps non glucosidiques, et a ainsi obtenu des chiffres trop élevés, Jonesco, exposant
ses propres résultats, indique, dans un cas (corolles pigmentées) des chiflfres qui sont
trois fois plus élevés que ceux de M. Rosé, dans l'autre (corolles non pigmentées) il va
même jusqu'à trouver une quantité considérable de glucosides là où son prédécesseur
n'avait pu en mettre en évidence.
C. R., 1922, I" Semestre. (T 174, N" 4.) I^
242 ACADÉMIE DES SCIENCES.
qu'il ne se produit dans ces conditions aucun pigment rouge, la trans-
formation du pigment jaune en pigment anthocyanique n'ayant lieu qu'en
présence d'un agent réducteur.
J'ai étudié le tannin contenu dans les extraits aqueux et amyliques des
feuilles à^ Ampélopsis hederacea; ce corps appartient au groupe des phloba-
tannins; il précipite par l'eau bromée, par le formol en présence d'acide
chlorhydrique, se colore en vert par les sels de fer et forme un précipité
rouge de phlobaphène par ébullition de sa solution aqueuse acidifiée.
J'ai isolé ce plilobatannin en opérant comme je l'ai fait antérieurement
pour celui des raisins ('). J'ai ainsi obtenu un corps amorphe donnant
toutes les réactions que M. Jonesco attribue à son pigment jaune générateur
d'anthocyanine. Il se dissout dans l'eau acidifiée; la solution obtenue,
agitée avec de l'alcool ainylique, cède à ce solvant une partie du pliloba-
tannin, tandis qu'une autre partie reste en solution dans l'eau acidifiée; le
liquide amylique, chauffé avec de l'acide chlorhydrique ou sulfurique, et
sans qu'il soit nécessaire d'ajouter de bioxyde de manganèse, se colore en
rouge par suite de la formation d'un composé phlobaphénique rouge que
Jonesco a pris pour une anthocyanidine.
Les pigments anthocyaniques ne doivent plus être considérés comme
suffisamment caractérisés simplement par leur coloration rouge virant en
présence des alcalis; nos connaissances actuelles les font apparaître comme
des espèces chimiques parfaitement définies appartenant au groupe du
y-pyrane. Il est indispensable, pour les caractériser, de les isoler à l'état
pur et de déterminer qu'ils appartiennent bien au groupe des dérivés du
v-pyraue. Les résultats obtenus par Kurt Noack, et par M. Jonesco, sont
dues à ce que ces auteurs n'ont pas tenu compte de ces considérations.
M. Jonesco ayant opéré sur des phlobatannins, et non sur des pigments
y-pyroniques, les conclusions critiques qu'il formule relativement à la
production des anthocyanines par réduction de ces pigments ne peuvent
donc être prises en considération. Les pigments rouges qu'il a obtenus,
et qu'il a considérés comme des anthocyanidines, étant des composés phlo-
baphéniques, ses conclusions relatives à la production des pigments antho-
cyaniques par oxydation ne peuvent non plus être acceptées.
(') Raoul Co.ubes, Comptes rendus, t. 17i, 19^2, p. 58-6 1.
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 243
BOTANIQUE. — Sur la végétation algologique de Rockall.
Note de M. G. Hamel, présentée par M. L. Mangin.
Au mois de juin 192 1, le commandant Charcot a conduit le Pourquoi-
Pas ? au rocher de Rockall qui pointe dans l'Océan Atlantique à 240 milles
marins de la côte nord-ouest de Tlrlande. M. Le Conte et trois matelots
réussirent à sauter sur le rocher et en détachèrent des morceaux qui ont été
étudiés par M. le Professeur Lacroix ('). Sur ces débris de roche étaient
fixées des algues que j'ai préparées aussitôt.
Le rocher affecte la forme d'un demi-cercle; il a une hauteur de 21™ et
un diamètre de 20™ dans sa plus grande largeur. Sa partie inférieure plonge
à pic dans la mer, tandis que la partie supérieure s'effile pour se terminer
en pointe.
Toute la base était revêtue d'une ceinture brune à' Alaria esculenta
(Lyngb.) Grév. dont les frondes étaient continuellement baignées par les
lames. Cette situation convient parfaitement à VAlaria, car c'est l'algue
caractéristique des endroits violemment battus et elle croît de préférence
sur les parois verticales des rochers. C'est la seule algue brune que j'aie
trouvée à Rockall; je n'ai observé ni Fucus, ni Laminaires et TAlaria ne
portait aucun parasite.
Le petit écueil d'Haselwood, qui se trouve à 200"' au nord de Rockall, est
totalement recouvert d'une chevelure d'Alaria que la houle soulève sans
cesse. Bien que le canot du Pourquoi-Pas ? en ait fait plusieurs fois le tour,
il a été impossible de distinguer la couleur de la roche, tant était épaisse
la couche d'Alaria.
Au-dessus de cette ceinture, la roche apparaît avec, par places, des
taches verdâtres formées par les Cldorophycées et d'autres jaunâtres ou
noirâtres qui ne sont que des Floridées maladives ou des algues calcaires.
Tout le sommet du rocher est couvert du guano déposé par les innom-
brables colonies d'oiseaux qui s'y reposent et de longues traînées blanches
s'écoulent le long des pentes. A la base d'un de ces sillons se trouvait le
Prasiola stipitata Suhr. et les embruns, après avoir lavé le guano, lui appor-
taient les composés ammoniacaux pour lesquels les Prasiola ont une prédi-
lection bien connue. Cette espèce de Prasiola est caractéristique des falaises
à oiseaux, ainsi que l'ont observé MM. Bôrgesen et Cotton.
Parmi les (^hlorophycées que j'ai recueillies abondait surtout une forme
(') A. Lacroix, La coniposilion minéralogique de la rockallUe {Comptas rendus,
t. 173, 192 1, p. 267).
244 ACADÉMIE DES SCIENCES.
naine d' Enteromorpha compressa (L.) Grév. dont les plus grands échan-
tillons atteignaient 3*''".
Le Rhizoclonîum riparium (Roth.) Harv. formait par endroits des cous-
sinets veloutés. Enfin sur un fragment de roche se trouvaient plusieurs
frondes à''Uha Lactuca L. hautes de 2*^™ à 4'^'"-
J'ai trouvé également une fronde monostromatique, haute de i*"™,
à celkiles quaternées que je crois être une forme du Porphyra leucosticta
Thuret-
Le Rhodochorton Rothii Naeg, croissait en abondance à la face supérieure
d'une de ces crevasses qui ont fait croire à la stratification de la roche; et
au-dessus de cette corniche se trouvaient de nombreux échantillons du
Bajigia J usco-purpurea Lyng. qui était particulièrement vigoureux.
Les Floridées avaient un aspect rabougri. \^QCeramiumrubriim(\luà^.) A.^.
qui était l'algue la plus abondante, formait un revêtement jaune paille. Ses
frondes étaient couchées sur la roche et se cachaient l'une l'autre pour pré-
server un peu leurs parties inférieures qui étaient d'un beau rouge. Le
PolysipJionia iirceolata (Lightf.) Grév. formait des toufi'es noirâtres, hautes
de i'"^ à 2^"^ . De nombreuses Corallinacées encroûtantes croissaient entre
les crampons des Alaria et, plus haut, formaient un revêtement rose sur la
roche.
Toutes ces algues sont caractéristiques des rochers exposés et elles ont
déjà été signalées dans de semblables conditions aux Feroë par M. Bôrgesen
et à Clare Island, en Irlande, par M. Cotton. Mais à Rockall toutes ces
espèces, sauf l'Alaria, étaient représentées par des spécimens nains et
chétifs et semblaient se trouver dans des conditions particulièrement dures.
li était intéressant de les retrouver sur ce rocher perdu dans l'Océan.
CRYPTOGAMIE. — Sur le parasitisme de Sphacelaria bipinnata Sauvageau.
Noie de M. E. Cuemix, présentée par M. L. Màngin.
C. Sauvageau, dans ses remarques sur les Sphacélariacées (')? ^ séparé,
de Sphacelaria cirrhosa, un certain nombre d'espèces parmi lesquelles le
Sphacelaria bipinnata^ caractérisé, en particulier, par sa pénétration dans
les algues lui servant de support : Halidrys siliquosa principalement et quel-
quefois Lystoseira fibrosa.
Des dragages, effectués en aoùL, au large de Luc-sur-\Ier, ont ramené des fragments
(') C. Sav\'xgea.v, Remarques sur les Sphacélariacées {Journ. de Bot., t. 16, igo'î,
p. 38i).
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 245
à' Halidrvs porteurs de peliles liouppes de Sphacelaria. Les rameaux dressés u'allei-
gnaieiil que 4""' î> 5"'™ de hauteur; les uns portaient des sporanges uniloculaires ;
d'autres présentaient des sporanges pluriloculaires; aucun n'avait de propagules. Des
rameaux rampants, sorte de stolons, se délacliaient de la base, s'étendaient à la sur-
face du support, et, de place eu place, donnaient naissance à une nouvelle toufi'e en
même temps qu'à un tissu de pénétration. L'ensemble rappelait l'extension d'un pied
de fraisier ou de renoncule rampante.
Malgré sa pénétration évidente, le Sphacelaria bipinnata ne peut être
considéré comme un vrai parasite; à son hôte prétendu, il ne demande
qu'un support, et ne tire de lui aucun aliment où à peu près.
1 2
Fig. 1. — Pénclralion de Sphacelaria bipinnala ÔL^a% le tissu cortical à' Halidrys siliquosa x mo.
Fig. '2. — Régénération du tissu cortical A' Halidrys siliquosa après disparition du cùne
de pénétration de Sphacelaria bipinnata x 220.
La région interne (y?o-. 1^ forme, comme ledit ti^ès bien Sauvageau, un
« faisceau compact, bien limité »; c'est, une sorte de pivot bordé par une
ligne légèrement brunâtre, et dont les cellules présentent toutes des chro-
matopliores. La pénétration débute par une petite pointe, développée sur
un rameau rampant, qui transperce la cuticule et s'enfonce dans une cellule
superficielle; elle n'est jamais très profonde et ne s'étend pas au delà de la
région corticale. Elle entraîne la destruction de quelques cellules (dans la
figure I la pointe du cône s'enfonce dans la cellule «), elle est vraisembla-
blement facilitée par l'action de certaines diastases, mais ces diastases
n'agissent qu'au contact immédiat, pendant la période de pénétration et ne
246 ACADÉMIE DES SCIENCES.
font pas sentir leur action à distance. On n'observe, en effet, aucune alté-
ration ni au sommet ni sur les côtés, les chromatophores de VHalidrys sont
aussi nombreux et aussi colorés dans la région de contact qu'à une certaine
distance. G. Sauvageau (*) a signalé cependant que la matière des Sphace-
laria, qui brunit sous Faction de Teau de Javel, se montre dans la lamelle
moyenne des cellules de la plante-support à une faible distance ; il peut y
avoir diffusion après la mort, et, en tout cas, comme cette matière s'observe
dans tous les Sphacelaria pénétrants ou non pénétrants, on ne peut la
considérer comme un agent de digestion.
Si l'action chimique n'est pas manifeste, l'action mécanique est très
nette. Le pivot exerce une pression sur les tissus voisins, les cellules sont
aplaties, leurs parois sont ondulées, quelquefois délaminées et il n'est pas
toujours facile d'en suivre le contour avec précision ; cette pression déter-
mine de part et d'autre la formation d'un bourrelet. Le cône de pénétration
se comporte moins comme un organe de succion que comme un organe qui,
élaborant lui-même sa nourriture aux dépens de l'eau ambiante, se renfle
pour assurer une adhérence suffisante.
Malgré cela, l'adhérence n'est jamais très forte, un simple grattage avec
l'ongle peut provoquer l'arrachement, il ne reste alors qu'une cavité sans
aucun débris du cône, il n'y a donc pas fusion intime. Cet arrachement
doit se faire dans les conditions naturelles car, dans une série de coupes, on
peut oberver des alvéoles rappelant par leur forme, leur taille, la présence
de bourrelets latéraux, les perforations dues à un pivot de Sphacelaria.
Quelquefois la cavité est entièrement comblée par un tissu de régénération
{Jig. 2); elle ne se remarque que par les bourrelets latéraux et, dans la
profondeur, par la forme étroite et allongée des éléments régénérés, bien
différente de la forme polyédrique des éléments normaux. On n'observe
aucun tissu de cicatrisation, l'altération n'avait pas été profonde; ce sont
les cellules de contact qui, reprenant leur activité, ont comblé la lacune.
Il n'y a donc aucune analogie entre la fixation de Sphacelaria bipinnata
sur Halydrys siliquosa et la fixation d'une phanérogame parasite sur son
hôte. Cette fixation n'entraîne d'ailleurs, contrairement à ce qui se produit
chez les phanérogames, aucune modification dans les organes de multipli-
cation et de reproduction, comme l'a déjà remarqué Sauvageau.
Sphacelaria bipinnata n'a été observé jusqu'ici que sur deux espèces
d'algues, ne serait-ce pas la preuve d'une affinité entre les individus associés?
Sans alléguer l'insuffisance des recherches, on peut répondre que le déve-
(') C. Sauvageau, Le parasitisme des Algues {Comptes rendus^ l. 130, 1900, p. S^S).
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922, 2/17
loppement nécessite une adhérence momentanée de la spore et une perfo-
ration facile de la cuticule : ces conditions, de nature mécanique plus que
physiologique, peuvent ne pas se rencontrer chez toutes les algues.
C'est dans les algues parasites qu'Oltmanns (') range SpJiacclaria pidvi-
nata, Sphacelaiia cœspitulay et il pense que beaucoup d'autres Sphacelaria
se comportent d'une façon semblable. 11 y a là au moins une exagération en
ce qui concerne Sphacelaria hipinnala qu'on devrait considérer comme une
algue Epiphyte-pcr Jurante.
PHYSIOLOGIE. — L^ action de V/iistamine sur la sécrétion du suc gastrique chez
les pigeons. Note de M. W. Koskowski, présentée par M. Roux.
L'histamine obtenue par synthèse par Windaus et Vogt et comnae produit de décora-
posilion de l'histidine, par Ackermann, fut découverte par A. Berlhelot et D,-M.
Bertrand dans les bouillons de culture de certains microbes de la flore intestinale et
surtout du Bacillus aniinophilus inteslinalis, cultivé sur l'histidine. Au point de vue
de son action physiologique, cette substaoce a été étudiée surtout par Dale, Laidlow ,
Barger, Modrakowski, Steusing et autres.
Ces dernières années, Popielski, et ensuite Bothlin et Gundlach constatent que
rhistaraine exerce une action stimulante très énergique sur la sécrétion gastrique du
chien, mais que cette action ne se produit qu'à la suite d'injections hypodermiques.
Les injections intraveineuses, ainsi que rintroduclion directe dans les différentes parties
du tube digestif restaient sans effet. Rothlin et Gundlach en ont conclu que Ihista-
mine agissait par l'excitation de pneumogastrique, comme un corps parasy^mpalhico-
mimétique, tandis que Popielski a montré que la section des nerfs vagues ainsi que
l'injection préalable de scopolamine n'empêchaient pas la sécrétion du suc gastrique
sous l'action de l'instamine.
Se basant sur le fait que Ihislamine n'exerce aucune action sécrétoire après l'injec-
tion intraveineuse, il faut, nous croyons, admettre .que cette substance inactive par
elle-même, provoquait dans l'organisme la formation d'une autre substance qui agirait
directement sur les cellules gastriques (Popielski).
J'ai repris ces expériences dans le but de préciser l'action sécrétoire de
l'histamine dans les différentes conditions en mettant à profit une méthode
très simple et très rapide que j'ai déjà eu Toccasion d'expérimenter avec
Steusing, et qui consiste à prendre comme animaux d'expériences des
oiseaux, qui n'éprouvent du fait de la gaslrotomie qu'un choc opératoire
minime et sur lesquels on peut expérimenter immédiatement après l'opé-
ration, sans aucune précaution spéciale.
J'ai opéré sur des pigeons et, après avoir établi les doses minima actives
(0"°^,! à o™s,2 par kilogramme pour les injections sous-cutanées), j'ai con-
(*) Oltmanns, Morphologie and Biologie der Algen, Bd 2, p. 3 19.
248 ACADÉMIE DES SCIENCES.
staté toul d'abord que rhistamine, inaclive à toute dose par riiijeclion
intraveineuse, ou introduite directement dans la bouche, dans le jabot ou
l'estomac, exerçait son action sjiéciale sur la sécrétion gastrique non seu-
lement quand on l'injectait sous la peau, mais aussi à la suite d'injections
intramusculaires aux mêmes doses que pour les injections sous-cutanées
et que son introduction dans une partie quelconque de l'intestin produit la
même action, tnais à des doses trente à quarante fois plus fortes.
Il est important de noter qu'une simple application d'histamine dissoute
dans une goutte d'eau physiologique sur la peau déplumée et grattée produit
le même elTet que l'injection sous-cutanée de la même dose. La même quan-
tité d'histamine appliquée en plusieurs endroits de la peau provoque une
action beaucoup plus forte. L'atropine à des doses différentes n'empêche pas
cette action.
La première goutte du suc acide (réaction au tournesol et Congo positif)
paraît dans la canule exactement huit minutes après l'injection ou le dépôt.
Pour déterminer si l'histamine ne subit pas une destruction immédiate
dans le sang, et, par conséquent, ne produit pas l'action succagogue, j'ai
fait les expériences suivantes :
i" On laisse couler stérilemenl lo""^^ de sang de lapin sur une solution de io"'sd'liis-
lamine. On défibrine, on laisse en repos pendant 20 lieur es et l'on injecle i'^'"' de sang
sous la peau du pigeon muni d'une canule gastrique. On obtient en 7 heures la quan-
tité énorme de 2i™\5o de suc gastrique bien acide; 2° on injecte très lentement
(i3 minutes) à un pigeon i"b,8 d'histamine dans la veine, et 3 minutes après on lui
prend dans le cœur 2""^ de sang que l'on injecle immédiatement. à un autre pigeon
sous la peau. On obtient en 12 heures 25'=™', 76 de suc gastrique très acide. Dans les
expériences de contrôle la même quantité de sang pris dans le cœur et injecté sous la
peau ne provoque aucune sécrétion dans la première heure après l'injection, et donne
gcm» j'y,^ liquide mélangé de bile àjirès 21 heures; 3° on mouille la peau, préalablement
isolée des tissus sous-jacents par un carton que l'on fait glisser entre la peau et la
chair, d'une gout'e d'eau physiologique contenant !•"« d'histamine et l'on découpe
immédiatement la partie de peau mouillée. On constate un écoulement de 3*^'°', 5 de
suc gastrique en i heure. L'action de l'histamine à travers la peau est donc, pour
ainsi dire, instantanée.
De l'ensemble de nos expériences, nous pouvons donc conclure que l'his-
tamine n'est pas détruite dans le sang et qu'elle n'est pas transformée dans
le sang en stibstance stimulante de la sécrétion gastrique, qu'elle subit celte
transformation dans les autres tissus et principalement dans la peau.
SÉANCE DU 23 JANVIER I922. 2^9
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Vaccïne pwe cérébrale. Virulence pour
rhomme. Note de MM. C. Levaditi et S. IVicolau, présentée par
M. Roux.
Nous avons montré récemment (') que le#virus vaccinal, cultivé à Télat
pur dans le cerveau du lapin, conservait intactes ses affinités pour les seg-
ments cornéen et cutané de l'ectoderme, chez cette espèce animale. Malgré
de nombreux passages exclusivement cérébraux (actuellement au nombre
de iio), ce virus, inoculé sur la peau du lapin, après épilage et rasage
préalables (procédé de Calmette et Guérin), engendre une belle éruption
confluente de vésico-pustules ; il en est de même de Tinjection intra-veineuse
{vaccine généralisée). Nous avons prouvé, d'autre part (-), que le singe
réagit à Tégard du virus cérébral par une vésico-pustule typique, lui con-
férant l'immunité vis-à-vis de la vaccine habituelle. Quelle est la virulence
de ce virus pour l'homme ?
Grâce à l'obligeance de M. le professeur Brindeau et de M"*" Deslandes,
de M. Guérin (Institut Pasteur de Lille), de M. le D^' Marie (Sainte-
Anne) et de M. Banu (Service de M. le professeur Le Lorier), nous avons
pu recueillir quelques données à ce sujet, que nous relatons dans la pré-
sente Note.
1. Nouveau-nés. — Boiv., âgé de 5 jours, fut inoculé par M"" Deslandes, au bras,
avec une énnulsion glycérinée virulente de cerveau (i/i novembre 1921). Le 4<^ jour,
apparition d'une vésicule, entourée d'une aréole erythémateuse, qui grandit les jours
suivants, devient ombiliquée et se transforme en pustule. Peu après, on constate une
éruption de vésicules secondaires, s'étendanl sur une circonférence de 3'='" de dia-
mètre. Le iS*^ jour, formation de croûtes qui se détachent dans la suite. Seule, la
vésico-pustule mère laisse une cicatrice, relativement peu marquée; les vésicules
secondaires guérissent sans traces visibles. Aucune léaclion générale.
M. Banu a, de son côté, pratiqué 12 vaccinations chez des nouveau-nés
âgés de quelques jours; 8 furent couronnées de succès (soit ^d& pour 100);
les pustules ont eu un aspect normal ( ^).
2. Nourrissons. — M"^ Deslandes a vacciné pour nous 4; nourrissons âgés
de 17 jours à i an (la plupart de 3 à 4 mois). Le vaccin dont elle
s'est servie était l'émuision glycérinée conservée pendant 3, 5, 6, i5 et
29 jours à la température ordinaire. De ces 47 nourrissons, 38 ont pu être
suivis.
(') Levaditi et Nicolau, Comptes rendus de la Société de Biologie, t. 86. 1922,
(-) Lrvaditi et Nicolau, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 870.
(^) i\l. Banu publiera prochainement les détails de ses recherches.
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N» 4.) I9
25o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le résultat global a été : 27 succès et i r insuccès^ soit 'ji pour 100 vaccina-
tions positives.
Caractères des vésico-pustules . — Dans la grande majorité des cas (22), les
vésico-pustules ont revêtu un aspect normal et ont évolué comme une vac-
cine de moyenne intensité. Trois fois (11 pour 100) nous avons constaté
l'apparition de vésicules secondaires, du type de celles décrites plus haut
(Obs. Boiv.). Enfin, dans deux cas, la réaction fut plus intense que d'habi-
tude : érythème, confluence de pustules, œdème périphérique, sans tumé-
faction "ganglionnaire. Ces phénomènes réactionnels se sont amendés
rapidement et n'ont été accompagnés d'aucun trouble dénotant une tendance
à la généralisation.
Parmi ces 48 nourrissons, 12 avaient déjà été vaccinés sans succès, alors
qu'ils étaient âgés de quelques jours, à savoir 10 avec la vaccine habituelle
et 2 avec la vaccine cérébrale. De ces 12 enfants, 7 ont réagi positivement
quelques mois plus tard avec notre vaccine : ce sont précisément ceux qui
avaient été inoculés sans succès avec la vaccine habituelle. Enfin, 2 nour-
rissons se sont montrés totalement réfractaires à deux reprises vis-à-vis de
la vaccine cérébrale Tu et 21 jours d'intervalle, immunité naturelle).
M, Guérin (Lille) a pratiqué avec la neurovaccine quatre primo-vaccina-
tions et neuf revaccinations. Parmi les primo-vaccinés, 2 enfants ont
montré trois pustules « larges, plates, entourées d'œdème périphérique »;
un troisième a fait « trois bonnes pustules » -, un quatrième « trois pustules
petites, médiocres ». Quant aux revaccinés, 5 ont été réfractaires; les
autres ont présenté de toutes petites pustules.
3. Adultes. — Nous avons vacciné, dans le service de M. Marie, /jo sujets,
adultes et vieillards, sans tenir compte des vaccinations antérieures. Les
résultats positifs furent au nombre de 20, soit 5o pour 100.
Conclusions. — Le virus vaccinal cultivé dans le cerveau du lapin depuis
8 mois, n'a pas perdu son affinité cutanée pour l'homme. Inoculé à des
nouveau-nés, des nourrissons et des adultes, il engendre des vésico-pustules
semblables à celles de la vaccine habituelle, évoluant comme elle, sans nulle
tendance à la généralisation et exemptes de toute complication. Il offre sur
la vaccine ordinaire l'avantage d'être, sans nulle addition d'antiseptique,
d'une pureté absolue. Sa virulence est quasi constante, ses propriétés
vaccinales se conservent longtemps, tant à la glacière qu'à la température
ordinaire.
MÉDECINE VÉTÉRINAIRE. — Encéphalite aiguè contagieuse du bœuf.
Note de MM. A. Donatien et R. Bosselut, présentée par M. Roux.
Pendant l'automne 1921 une maladie contagieuse a causé neuf morts dans
l'effectif de 20 bœufs d'une ferme des environs d'Alger.
SÉANCE DU 23 JANVIER 1922. 25l
Des signes de fureur, une salivation abondante, l'absence de lésions
nettes pouvant expliquer la mort faisaient penser à la rage, mais ce dia-
gnostic ne pouvait être maintenu en raison de l'absence constante des para-
lysies locomotrices. En outre la glycosurie faisait défaut.
Pour préciser la nature de cette maladie, des veaux, des moutons, des
lapins et des cobayes furent inoculés avec du bulbe et de la rate provenant
d'un bœuf mort naturellement. Seuls les moutons ont résisté jusqu'à ce
jour.
1. Un veau^ inoculé sous la peau de l'encolure avec une émulsion de rate et une
émulsion de bulbe, présentait un syndrome d'encéphalite 82 jours après l'inoculation
etjmourait en ^4 heures. Une émulsion du bulbe de cet animal, inoculée dans les
muscles de la fesse d'un deuxième veau, déterminait, 27 jours après, une contracture,
puisjune paralysie de ces muscles et, 'au bout de 6 jours, cet animal succombait
en 12 heures avec des signes d'encéphalite aiguë (contracture tétaniforme des massé-
ters, sialorrhée, contractions cloniques du diaphragme, respiration de Cheyne
(Stokes). L'urine de ces veaux ne contenait pas de sucre.
'1. Des observations sur des lapina inoculés à partir du bœuf primitif et à partir du
veau du premier passage ont été faites en assez grand nombre pour que l'on puisse
faire une description d'ensemble de la maladie expérimentale de cet animal. Le virus
provenant du premier veau inoculé est passé déjà deux fois par le lapin, ce qui porte
à 3 le nombre de pa-^sages réalisés depuis le bœuf atteint de la maladie naturelle.
Les matières virulentes pour le lapin sont : l'encéphale, la moelle et la rate.
L'infection a pu être réalisée par les voies sous-cutanée, intramusculaire, intrapé-
ritonéale, intraoculaire et subdurale.
La période d'incubation, variable suivant la source et la voie d'introduction du
virus, est en moyenne de 12-20 jours, avec un minimum de 4 jours (inoculation sub-
durale de virus conservé i4 jours en glycérine) et un maximum de 49 jours (inocula-
tion sous-cutanée de rate).
L'évolution de la maladie dure moins de 12 heures dans la plupart des cas.
On peut noter d'emblée, ou bien des signes d'encéphalite (somnolence entrecoupée
de phénomènes d'excitation, ialhorrée, hypothermie prononcée : 33°, 32° ou même So"
plusieurs heures avant la mort), ou bien des signes de myélite (contracture et para-
lysie) bientôt suivie d'une encéphalite qui emporte l'animal.
Les centres nerveux sont très congestionnés et l'histologie lopographique a révélé a
présence de manchons périvasculaires lymphocytaires dans les tubercules quadri-
jumeaux, les pédoncules cérébraux, la protubérance, le bulbe et les cornes antérieures
de la moelle.
L'urine ne contient jamais de sucre.
3. Le coôaj'e peut être infecté par l'inoculation de centres nerveux et de rate sous
la peau ou dans les muscles. Deux passages ont été effectués avec succès sur cette
espèce.
Aucun microorganisme n'a pu être mis en évidence par l'examen microscopique
des matières virulentes.
En outre le sang préliv^é avant et après la m^rt, la rate et les centres nerveux ense-
mencés dans les milieux usuels n'ont donné naissance à aucune culture.
Des recherches sur la filtration du virus sont en cours.
252 ACADÉMIE UES SCIENCES.
L'étude expérimentale prouve donc qu'il s'agit d'une maladie infectieuse
transmissible en série au bœuf, au lapin et au cobaye.
La courte durée de l'évolution chez le lapin écarte l'idée de rage (dans
celle-ci toujours plus de i[\ heures, dans l'encéphalite toujours moins). On
ne peut pas incriminer davantage le virus de la maladie d'Aujesky, car le
prurit, signe essentiel de cette maladie, fait toujours défaut.
On se trouve donc en présence d'un virus nouveau neurotrope. L'étude
de ses caractéristiques, qui se poursuit actuellement, ;le placera vraisem-
blablement à côté des virus de l'encéphalite léthargique et de la poliomyélite
antérieure aiguë de l'homme.
En raison des manifestations cliniques de la maladie naturelle, nous
proposons pour celle-ci l'appellation d'encéphalite aiguë contagieuse du
bœuf.
M. V. IVjegova.v adresse une Note intitulée : Sur les variations de V en-
tropie dans les gaz réels.
C03IITÉ SECRET.
La Commission, chargée de dresser une liste de candidats à la place
vacante, parmi les Académiciens libres, par le décès de M. J. Carpentier^
présente, par l'organe de M. E. Bertin, Président de l'Académie, la liste
suivante :
En première ligne M. Maurice de Broglie
En deuxième ligne M. Paul Sé.iourné
. ., ,. 1 MM. Jean Charcot
En troisième liQ'ne ex œquo \ . ^
, . ' Alexandre Desgrez
par ordre alphabétique i t,- ,^
' ^ ^ 1 Maurice d'Ucagne
Les titres de ces candidats sont discutés.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
A i5 heures trois quarts, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures trois quarts.
É. P.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 50 JANVIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. ilmhE liERTlS.
MEMOIRES ET COMMUIVICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES GORRESPOxNDANTS DE L'ACADÉMIE.
NOMOGRAPHIE. — Siw les avantages comparés des abaques hexagonaux
et des abaques à points alignés. Note de M. Ch. Lallemand.
1. Dans une Note précédente ('), j'ai brièvement indiqué comment est
née et s'est développée, depuis un peu plus d'un siècle, la Science de la
représentation plane des équations à plusieurs variables, au moyen
d'abaques, savoir :
i" Pour les formules à trois variables : abaques à entre-croisements
(Poucliet, 1795); abaques cartésiens anamorphoses (Lalanne, i843);
abaques à coordonnées parallèles (M. d'Ocagne, 1884);
2° Pour les formules renfermant un nombre quelconque de variables :
abaques hexagonaux (Ch. Lallemand, i885), applicables à toute relation
du type
qui embrasse la plupart des formules de la technique ; abaques à points
alignés (M. d'Ocagne, 1891).
Certaines appréciations, erronées à mon sens, ayant été publiées (-) au
sujet des conditions respectives d'application de ces deux dernières caté-
gories d'abaques, il me paraît utile de procéder à une comparaison détaillée
de leurs avantages et de leurs inconvénients relatifs.
2. Tout d'abord, faisons une remarque générale, applicable à tous les
genres d'abaques.
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 82.
(-) Voir, notamment, Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 146.
C. R., 1922, i« Semestre. (T. 174, N» 5.) 20
2 54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Au point de vue philosophique, un abaque, quel qu'il soit, est essentiel-
lement constilué par une mosaïque de points cotés. Or, un point, sur le
plan, est déterminé par la rencontre de deux lignes. Cette condition étant,
à la fois, nécessaire et suffisante, il en résulte que Ton ne saurait concevoir
aucun type d'abaques dont les éléments primordiaux àèi^enàT?àen\., indivi-
duellement, de plus de deux variables. Dès lors, pour qu'une formule soit
siiscej)tible d'être traduite en abaques, il faut et il suffit qu'elle puisse être
dissociée en éléments renfermant chacun deux variables au plus. Cette
dissociation se fera tantôt par voie algébrique, préalablement à la création
de l'abaque, Lanlùt graphiquement, par la construction même de celui-ci.
Un coup d'œil, jeté sur les multiples exemples d'abaques reproduits dans
les Traités de Nomo graphie, suffit pour constater que cette règle ne souffre
aucune exception.
Attribuer, dès lors, un moindre caractère de généralité à l'abaque
hexagonal parce que, au delà de trois variables, il ne serait plus « qu'un
enchaînement de nomogrammes à trois dimensions », c'est, basée sur un
truisme, une critique sans portée.
3. Ceci dit, passons à l'examen comparatif des abaques hexagonaux et
des abaques à [)oints alignés.
Soit à représenter une formule du type (i) ci-dessus. Chacun des élé-
ments, tels que/, o, ^3,, etc., étant figuré par une échelle binaire (réduite à
une échelle linéaire dans le cas d'une seule variable), les échelles multiples,
traduisant chacun des produits tels que /,., g^;,, /i,^^^, etc., sont réalisées,
dans la méthode des [)oints alignés, exactement comme dans celle des
abaques hexagonaux. La seule différence réside dans le mode d'assemblage
employé pour effectuer la sommation de ces produits.
Dans l'abaque hexagonal, les échelles, linéaires ou multiples, sont dispo-
sées perpendiculairement aux trois diamètres de l'hexagone régulier utilisé
comme indicateur.
Dans l'abaque correspondant à })oints alignés, les échelles sont disposées
parallèlement à trois supports reclilignes, eux-mêmes parallèles entre eux,
et les trois iudex de l'abaque hexagonal sont remplacés par un iWr.ruJiique.
Mais les points alignés sous cet index sont les projections respectives de
points des échelles multiples sur les supports correspondants; aussi, pour
les équations à plus de trois variables, l'abaque à points alignés est-il, en
général, moins facile à consulter que l'abaque hexagonal.
Si l'abaque renferme plus de trois échelles, linéaires ou multiples, la som-
mation, dans le type hexagonal, exige, au delà de la troisième échelle,
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 255
autant de glissements successifs de l'indicateur. Mais, dans le cas des points
alignés, ces glissements sont remplacés par un nombre égal de pivotements
autour des points successifs de rencontre de l'indev avec des droites auxi-
liaires servant de charnières; opération assez délicate lorsque le pivot n'est
pas matérialisé par un coup de crayon ou, tout au moins, repéré sur la
charnière, spécialement cotée à cet effet.
En fait, il n'existe pas de méthode générale universellement supérieure à
toutes les autres; le choix à faire entre elles, dans chaque cas particulier,
dépend de la forme de Icquation et des conditions du problème.
4. Voyons maintenant quelques exemples :
1° Formules à trois variables. — Le cas le plus général est représenté par
l'équation
Si elle n'est pas anamorphosable. celte équation peut toujours être repré*
sentée, comme une surface topographique, par des courbes de niveau en. ^3,
recoupant un damier formé d'horizontales et de verticales respectivement
cotées en ;, et en Zn. La dissociation se trouve ainsi effectui'^e graphicjue-
ment; l'équation (2), finalement, étant représentée par une échelle binaire,
cotée en i:, et :;3, accolée à une échelle linéaire en z.^'., ce qui constitue un
cas très particulier des abaques hexagonaux. La méthode en points alignés
n'y apporterait aucune simplification.
Considérons ensuite les équations (2) anamorphosables et classons-les
(Faprès V ordre nomo graphique réel, notion précieuse due à M. R. Soreau.
Les équations d'ordre 3 sont réductibles à la forme canonique
(3) /,-/;+/3=o,
cas particulier de la relation (i), représenté, en points alignés, par trois
simples échelles parallèles (*). Mais ces échelles étant coupées obliquement
par l'index, l'estime des fractions de division y est moins précise que sur un
abaque hexagonal, dont les échelles sont croisées orlhogonalement par les
index correspondants.
Par contre, avec la méthode des points alignés, la faculté de disposer à
volonté du module de deux des échelles permet, en ce cas, de donner à
l'abaque une disposition favorable. Enfin l'inégalité possible des dilatations
(' ) La méthode des points alignés a été vulgarisée par les multiples applications
qui eu ont été faites pour ce cas particulier, très fréquemment rencontre daus la pra-
tique courante.
256 ACADÉMIE DES SCIENCES.
du papier-support, dans deux directions rectangulaires, n'a, dans ce même
cas, aucune influence sur l'exactitude des résultats (').
Pour ro7T//-e 4, comme Ta montré Clark, l'équation proposée est réduc-
tible à l'une ou à l'autre des deux formes canoniques :
(4) AAA+iA+A)-f.+ h = o.
En abaques à points alignés, dans l'un et Tautrc cas, chacune des trois
variables est représentée par une seule échelle.
En abaques hexagonaux, par contre, l'équation (4) exigerait, pour sa
représentation, deux échelles ternaires accolées, contenant chacune les trois
variables, et l'inconnue, dès lors, ne pourrait s'obtenir que par tâtonnements ;
l'équation (5), d'autre part, se traduirait par une échelle binaire et une
échelle linéaire accolées, c'est-à-dire, en somme, par un abaque à entre-
croisement à trois cours de droites.
La supériorité de la méthode des points alignés est, ici, évidente.
En général, les équations tVordre 5 et à'' ordre 6 ne sont pas anamorpho-
sables et, par suite, ne peuvent être représentées à l'aide de trois échelles
simples seulement. Ainsi, malgré sa forme peu compliquée, l'équation,
d'ordre 5,
ne peut, eu général, être ligurée, soit en points align(>s, soit en abaque
hexagonal, autrement qu'avec une échelle simple en z^ et deux échelles
binaires cotées, l'une et l'autre, en z._, et ^3.
La disposition hexagonale et, mieux encore, l'abaque cartésien à entre-
croisements, sont alors plus avantageux.
2° Formules à plus de trois variables. — Nous avons montré que, pour les
équations de la forme ((), l'abaque hexagonal est préférable en général.
Tel est le cas pour la formule, à quatre variables, de la déviation du
compas (-), et aussi pour la formule, à sept variables, de l'erreur de réfrac-
(') Avec l'abaque liexagonal, pour échapper à cet inconvénient, on lemplace parfois
l'indicaleur mobile par un triple réseau de lignes-guides, tracées sur l'épure même et
iiUerronipues à la traversée des échelles, afin d'éviter la confusion, i \ litre d'exemple,
voir, dans JSivellenieiiL de haute précision^ par Gh. Lallemand, p, 774, l'abaque du
salaire des porte-mires.)
("-) Abaque hexagonal reproduit dans le Traité de M. Soreau (t. 2.. p. x55, Abaque
126) et dans le Traité de Nomographie de M. d'Ocagne (■J" édition, p. i53).
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 267
tion ('), équations qui, même, ne sauraient être mises sous forme explicite.
Les Traités de Nomographie ne contiennent aucun exemple d'abaques en
points alignés dont la complication dépasse celle de ces derniers, ou encore
celle de l'abaque hexagonal, à quatre échelles binaires et huit variables,
servant au calcul des salaires des porte-miros du Nivellement général de la
France {^).
Par contre, les avantages et les inconvénients des deux méthodes se
balancent dans un cas particulier, très fréquent, de réquation-typey /„ = o,
pour lequel M. Soreau a donné une troisième solution très favorable, où les
échelles sont placées, deux à deux, sur des cercles concentriques servant
aussi de lignes de pivotement, de sorte que les points-pivots restent toujours
dans les limites de l'épure.
Pour les équations du type
(7) /.,^V.+/./rn-^/:n-o,
les points alignés présentent un avantage marqué, en ce qu'ils permettent de
n'avoir qu'un système figuratif pour chacune des variables, alors que la
méthode hexagonale exigerait deux échelles ternaires accolées, contenant,
chacune, les trois variables, ce qui compliquerait la recherche deTinconnue.
Dans ce cas particulier rentrent l'équation complète du troisième degré
(8) z^-^ nz-'i- pz -{-q — o {^)
et la formule géjiérale de résolution des triangles sphériques
(9) cosfl =: co%b cosc -1- sin 6 sin c cos A.
Comme je l'ai déjà indiqué dans ma Note précédente, la méthode des
points alignés doit alors être nettement préférée.
5. En fait, tant que la construction d'un abaque, qu'il soit hexagonal ou
à points alignés, se réduit au tracé de trois échelles rectilignes, l'opération
est à la portée du plus grand nombre des techniciens; mais dès que l'on est
obligé de recourir à des échelles moir>s simples, elle devient une véritable
(') Abaque hexagonal inséré dans Nivellement de haute précision par Ch. Lalle-
mand (2^ édition, p. 497) ^^ reproduit dans le Traité de Soreau (t. 1, p. 4^5, Abaque 08)
et dans le Traité de Nomographie, op. cit. (2^ édition, p. i5o).
(■-) Voir Nivellement de haute précision, op. cit. (p. 774)-
(^) Cette équation a été traduite par M. d'Ocagne {T. V., 2^ édition, p. 124) en un
abaque à points alignés, comprenant un réseau de points à deux cotes. :: et«, avec deux
échelles simples, parallèles, en p et en a.
258 ACADÉMIE DES SCIENCES.
œuvre d'art, qu'il est préférable de confier à des spécialistes entraînés à ce
genre de travaux. C'est grâce à la création d'un bureau ad hoc que
M. d'Ocagne a pu, durant la guerre, établir, pour les besoins de l'Armée,
les nombreux abaques qui ont rendu tant de services.
CHIMIE GÉNÉRALE. — Sur V autoxydation : les Antioxygènes.
Note (') de MM. Charles Moureu et Charles Dufraisse.
Au cours de nos récentes recherches sur l'acroléine, un examen attentif
des conditions de l'altération de cette matière éminemment instable nous a
conduits, de proche en proche, à envisager des problèmes d'ordre très
général, et, en particulier, celui de l'autoxydation (oxydation spontanée,
par l'oxygène libre, dans les conditions ordinaires de température et de
pression), dont on connaît toute l'importance eu Chimie et en Biologie.
Une découverte bien inattendue résulte de nos investigations : l'autoxyda-
tion d'un grand nombre de substances peut être entravée par la présence de
traces de certains corps (^). Nous appelons ces corps des antioxygènes. Les
faits rapportés ci-dessous établiront que la propriété antioxygèue appartient,
d'une manière générale, à la fonction phénol.
1. Expérience fondamentale. — • Soit un tube barométrique terminé, à sa
partie sup^^nûeure deux fois recourbée, par un petit réservoir contenant, par
exemple, de l'aldéhyde benzoïque, corps qui, comme on sait, s'oxyde rapi-
dement à l'air. Introduisons dans ce tube de l'oxygène pur jusqu'à ce que
le mercure soit au même niveau à l'intérieur et à l'extérieur. On ne tarde
pas à voir le mercure s'élever progressivement; en quelques heures, la
colonne a atteint une hauteur correspondant à une pression intérieure de
5cm ^ grm. l'ascension est de plus en plus lente; et, après i[\ heures, la pres-
sion est encore de 2"" à 3'°\ Ce phénomène est dû à la transformation, par
fixation d'oxygène, de l'aldéhyde benzoïque en peroxyde, puis en acide
benzoïque.
Ivépétons la même expérience avec de l'aldéhyde benzoïque additionné
d'une très faible proportion d'hydroquinone (de l'ordre de ~i^. Celte fois
(') Séance du 28 janvier 1922.
(-) Il convient de rappeler que l'on savait depuis longtemps, dans le même ordre de
faits, que des traces de certains gaz ou vapeurs (hydrogène sulfuré, éthjlène, alcool,
éther, essence de térébenthine, pétrole, etc.) empêchaient la luminescence du
phosphore.
SKANCE DU 3o JANVIER I922. 259
011 ne voit plus nionler le mercuiv ; l'absorption de l'oxygène ne so fait plus.
Des traces d'hydroquinone empêchent donc l'aldéhyde benzoïque de fixer
l'oxygène. Tel esi le fait fondamental nouveau qui est à la hase de nos
recherches.
Nous remarquerons, accessoirement, qu'une autre conclusion intéressante
peut être tirée de la même expérience : l'aldéhyde benzoïque en vapeur ne
subit pas l'auloxydation.
Ajoutons que, si l'on prolonge lobscrNation, un phénomène particulier
se produit (nous y reviendrons plus loin), qui nous prive du moyen de
reconnaîtie pai' cette simple expérience si la fixation doxygène est com( )]('■-
lement supprimée ou si elle n'est que cousidérablement ralentie.
2. \ons a\ons constaté des résultats analogues en opérant avec diffé-
rentes autres substances antoxydables et une série d'antres phénols, les
corps (les deux catégories étant conjugués deux à deux, à savoir : acétal-
déhyde, chloral, aldéhyde |)ropyli(|ue, acroléine, aldéhyde auisique,
aldéhyde ciunamique, aldéhyde hydrocinnamique, liirfurol, styrolène,
essence de térébenthine, iinile de lin, huile de noix, beurre, d'une |iart :
phénol ordinaire, thymol, gaïacol, eugénol, na])htol a, naphtol (i, |»yro-
catéchine, résorcine, |)yrogallol, acide gallique, tannin, aldéhyde salicy-
lique (aldéhyde à fonction phénol), \ anilline (aldéhyde à l'onction phénol),
orthonitiOj)hénol. orthoaniinophénol. d'autre jiart.
Les ellets observés peuvent varier dans des limites assez étendues sui\ant
la natuie et les proportions respectives des deux substances antagonistes,
surtout en ce <[ui concerne le produit phénolique. L'hydroquinone (païa-
diphénol), la pyrocatécliine (orthodiphénol) et le pyrogallol (triphénol
1.2.3) se montrent tout particulièrement actifs; le phénol ordinaire et la
résorcine le sont peu, le gaïacol et les naphtols le sont beaucoup plus (').
3. Nous dirons d'ailleurs, dès maintenant, par raison d'analogie, ({u'il
nous paraît vraisemblable qu'il ne s'agit jamais, même quand la vitesse
d'absorption de l'oxygène paraît être nulle, que d'un ralentissement et non
d'une suppression totale de l'auloxydation.
(') Parmi les ptiénols, nous devons réserver le cas de la phlorogliicine (phénol
1.3.5). Ce corps, en eiTel. opposé à lacroléine, non seulement n'a pas empêché Tau-
toxjdation, mais il a paru même la favoriser. Il convient, du reste, de rappeler que la
phloroglucine réagit souvent comme une tricétone.
Gomme il était à prévoir, l'aldéhyde salicylique et la vanilline, à l'inverse des autres
aldéhydes, ne s'autoxydent pas, la fonction phéuol protégeant la fonction aldéhyde
contre l'action de Toxvgène.
l6o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Il semblerait, à priori, qu'il est facile de s'assurer, d'une manière précise,
si l'oxydation, lorsqu'elle paraît nulle, l'est réellement ou si elle est seule-
ment très ralentie : il devrait suffire de prolonger assez longtemps les
observations. Malheureusement, un phénomène parasite (celui annoncé ci-
dessus) vient fausser les indications. Si nous continuons à observer les tubes
barométriques où les substances autoxydables ont été additionnées de
phénols, nous noterons toujours, au bout d'un temps variant, suivant les
cas, de quelques jours à quelques semaines (voire même à quelques mois et
quelques années), une ascension appréciable de la colonne mercurielle, qui
prouve indubitablement une certaine absorption d'oxygène. En étudiant le
phénomène de plus près, nous constaterons une condensation progressive
du corps autoxydable sur les parois de la chambre barométrique et jusque
sur la surface du mercure, où il se rassemble peu à peu. Et c'est cette frac-
tion du corps ainsi soustraite à la protection de Tantioxygène qui a mani-
festement absorbé l'oxygène dont on a constaté la disparition. Comme on
le voit, le phénomène limite la durée des observations et nous prive du
moyen de savoir si la substance autoxydable additionnée d'antioxygène ne
subit pas une oxydation d'allure très ralentie.
4. Il serait peut-être prématuré, dans l'état actuel de nos expériences,
de chercher à exprimer les activités relatives par des valeurs numériques.
Il est naturel dépenser, toutefois, que l'on peut, en première approxima-
tion, considérer ces activités comme étant, toutes choses égales d'ailleurs,
en raison inverse des proportions de corps phénoliques produisant un effet
déterminé. Ainsi envisagé, le pouvoir antioxygène peut atteindre parfois
un degré très élevé. L'hydroquinone semble empêcher toute autoxydalion
de l'acroléine à la dose de YoTôôi ^^ ^^^^ constate encore une certaine action
retardatrice à la dose de nnrh— 7-
5. En outre des essais en tube barométrique, nous en avons exécuté
aussi dans les conditions ordinaires de conservation des produits au labora-
toire, c'est-à-dire en flacons bouchés sans précautions spéciales. Les résul-
tats ont été trouvés semblables aux précédents, sauf toutefois qu'ici le
phénomène parasite dont il a été question pouvait être négligé. C'est ainsi
que de l'aldéhyde benzoïque, additionné de ^-^ d'hydroquinone et contenu
dans un flacon à moitié rempli, qu'on débouchait de temps en temps, a été
reconnu sensiblement inaltéré au bout de deux années, alors qu'un échan-
tillon témoin était pris en masse (acide benzoïque).
G. Quelle peut être la durée de l'action protectrice ? Si aucun phéno-
mène spécial ne se produit, si, en particulier, l'antioxygéne demeure intact.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 261
elle devrait être illimitée. En fait, ayant soigneusement éliminé par distil-
lation l'acroléine de I litre de solution d'hydroquinone au millième dans cet
aldéhyde, nous avons, après six mois, retrouvé le poids presque intégral de
l'antictxygène inaltéré, et deux observations analogues, cette fois portant
sur deux ans el sur deux ans et demi, ont été faites également avec l'aldé-
hyde benzoïque el avec le styrolène. Il est possible qu'à la longue l'anti-
oxygènese transforme, par réaction chimique sur la substance autoxydable,
surtout si de nouvelles quantités d'oxygène sont fréquemment amenées au
contact du système. En tout cas, la transformation, si elle s'effectue, doit
être très lente. Si nous ajoutons, d'autre part, que nous avons des résultats
positifs fournis par des observations pratiques qui durent depuis déjà trois
années, nous sommes autorisés à conclure que l'on peut, dans beaucoup de
cas, considérer la conservation comme étant pratiquement indéfinie.
7. Les antioxygènes et les phénomènes secondaires de V a utoxy dation. —
On sait que, très souvent, les réactions d'autoxydation sont accompagnées de
phénomènes secondaires, généralement liés à des condensations molécu-
laires, qui se manifestent par des colorations, des précipités, des épaississe-
ments, du rancissement, etc. En même temps que nos antioxygènes
entravent la fixation d'oxygène, nous avons constaté, ainsi qu'on pouvait le
prévoir, qu'ils entravent aussi la production de ces, divers phénomènes.
Ainsi le furfurol, au lieu de se colorer fortement en noir, demeure presque
incolore ; l'acroléine ne se trouble plus par la précipitation de disacrvle ; le
styrolène reste fiuide et ne donne plus la résine soluble dite métastyrolène ;
l'huile de lin peut être exposée à Tair en couches minces sans perdre de sa
fluidité (trois ans d'observations) ; le beurre conserve ses propriétés orga-
noleptiques, et, d'une manière générale, les corps gras ne rancissent
pas, etc.
8. Mécanisme de V action antioxygène. — Nous nous sommes naturel-
lement préoccupés de pénétrer le mécanisme de l'action anlioxygène.
Diverses hypothèses ont été envisagées, qui sont actuellement soumises au
contrôle expérimental. Dès maintenant, étant donné que, d'une part, les
antioxygènes agissent à très faible dose, et que. d'autre part, ils paraissent
rester sensiblement intacts, il nous semble hors de doute que le phéno-
mène est de nature catalytique. Et cette catalyse peut atteindre un degré
d'activité considérable, puisque, comme on l'a vu plus haut, i partie
d'hydroquinone protège 20000 parties d'acroléine, soif, en gros, i molécule
d'antioxygène préservant 40000 molécules de corps autoxydable.
Quant aux modalités de l'action catalytique, des expériences variées sont
202 ACADÉMIE DES SCIENCES.
en cours, qui nous ont déjà donné d'utiles indications. Ayant été amenés à
suppose!^ que des substances autres que les phénols pouvaient avoir égale-
ment la propriété antioxygène, nous avons reconnu, notamment, que la
quinone jouissait de cette propriété.
D'ailleurs, l'étude du mécanisme de l'action antioxygène appelle aussi et
surtout des expériences sur la généralité des matières autoxydables, tant
minérales qu'organiques. Déjà nous avons envisagé de ce point de vue
des corps extrêmemenl autoxydables, lels les cétèncs (nos premiers résul-
tats, effectués sur le diphénylcétène, ont été négatifs ; nous poursuivons les
essais), le triphénylméthyle, les pliosphines, etc. Déjà également nous
sommes en mesure d'annoncer que des composés purement minéraux,
comme le sulfite et même Fhydrosulfite de soude, sont sensibles à l'action
des antioxygènes.
9. Une réflexion générale trouvera ici sa place. Les phénols, substances
facilement autoxydables en liqueur alcaline, entravent, à des doses minimes
et en l'absence d'alcalis, l'autoxydation d'autres substances, sanss'autoxyd<'r
sensiblement eux-mêmes. Et il est remarquable de voir ainsi des traces de
pyrogallol, corps couramment employé comme réaclif absorbant de
l'oxygène, s'opposer à l'action de ce gaz.
(^est, en vérité, une catalyse bien curieuse que celle qui caractérise
l'action antioxygène.
10. Considération biologiques. — lùant donné l'intérêt primordial de
l'autoxydation dans les phénomènes vitaux, nous avons de bonne heure
envisagf'' la répercussion que pourraient avoir les faits et observations que
nous venons de résumer sur quelques conceptions générales de la Biologie.
On remarquera, tout d'abord, que les êtres vivants contiennent des
phénols. Mais, à ce point de vue, ils se séparent en deux catégories bien
tranchées: ceux chez qui les phénols sont couramment répandus et ceux
chez qui, au contraire, ils sont rares. Le premier groupe est constitué par
les végétaux, où l'on rencontre, quelques-uns en abondance, les composés
phénoliques les plus variés : mono - et polyphénols et leurs dérivés, parmi
lesquels les tannins méritent une mention spéciale, en raison de leur dissé-
mination très générale et de leurs proportions élevées. Les animaux cons-
tituent le second groupe : on y trouve, en effet, très peu de phénols, et
toujours en minime proportion. Or, les végétaux sont précisément des êtres
à vie ralentie, où les phénomènes d'autoxydation n'ont pas la même intensité
que chez les animaux, et il est naturel de supposer que les phénols y jouent
le rcMe d'agents de protection contre une action trop vive de l'oxygène, lu
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 263
commenl, au surplus, ne pas être frappé par le fait que les tannins, composes
phénoliques très actifs, abondent de préférence dans les parties du végétal
où la vie est le moins intense ?
Parmi les expériences que pouvait suggérer la considération du pouvoir
antioxygène, la plus séduisante était, sans contredit, celle relative à l'au-
toxydation de l'hémoglobine, vecteur principal d'oxygène chez les animaux
supérieurs. Nous avons effectué à ce propos de nombreux essais, d'abord
sur le sang hémolyse, puis sur une liqueur résultant de l'hémolyse de glo-
bules rouges préalablement lavés avec une solution isotonique, et enfin
sur des solutions d'hémoglobine purifiée par cristallisation. Les résultats
ont été négatifs avec les divers phénols que nous avons mis en œuvre : phé-
nol ordinaire, naphtols, pyrocatéchine, gaïacol, résorcine, hydroquinone,
pyrogallol, acide gallique. L'hémoglobine, préalablement réduite par
l'action du vide à 40"? a paru s'oxyder aussi facilement en présence qu'en
l'absence de ces phénols. En répétant les alteinatives de réduction et d'oxy-
dation, nous avons constaté, en outre, qu'il y avait destruction mutuelle
des phénols et de l'hémoglobine, les phénols semblant s'allérer beaucoup
plus ra])idement.
Faut-il conclure de ces essais que l'action des composés phénoliques sur
l'autoxydation de l'hémoglobine est nulle? On ne saurait l'affirmer. En
effet, la vitesse d'autoxydation de l'hémoglobine est vraiment prodigieuse;
peut-être est-elle comparable à celle de la neutralisation d'un acide fort
par une base forte; et il est dès lors possible que l'action antagoniste des
phénols soit trop lente pour pouvoir être perçue dans les conditions actuelles
de nos expériences.
Quoi qu'il en soit, il est vraisemblable que les phénols doivent agir
énergiquement sur quelque stade des processus d'oxydation chez les
animaux supérieurs. L'on peut en voir une preuve dans leur toxicité, les
phénols les plus actifs comme antioxygènes se trouvant être en même
temps les plus toxiques, et les symptômes de l'intoxication rappelant géné-
ralement ceux de l'asphyxie.
N'est-ce pas également à l'action antioxygène que doit être rapporté 4e
pouvoir antiseptique des phénols, qui agiraient peut-être sur les microbes
en entravant les processus d'oxydation?
Si Ton songe, d'autre part, aux doses extraordinairement faibles aux-
quelles peuvent agir parfois les antioxygènes (voir ci-dessus), on ne peut
s'empêcher de rapprocher ces actions de celles des toxines et des venins,
dont il en est qui causent la mort par asphyxie, ce qui laisse supposer qu'ils
264 ACADÉMIE DES SCIENCES.
agissent peut-être comme antioxygènes. Une telle manière de voir trouve-
rait quelque appui dans le fait que la quinone, dont nous avons reconnu
les propriétés antioxygènes, a été rencontrée dans certains venins.
Enfin, nous ne saurions omettre de souligner les conséquences qui
peuvent résulter de la notion nouvelle d'antioxygène pour la Pharmacologie.
Il est remarquable, en particulier, que les phénols sont des antithermiques,
et sans doute le sont-ils parce qu'ils atténuent l'intensité des oxydations
dans l'économie. N'y aurait-il pas là la clé de l'action physiologique des
antithermiques en général? Il se trouve, en effet, que les antithermiques
utilisés en thérapeutique sont des substances aromatiques, et l'on a constaté
que les corps de cette série s'oxydaient dans l'organisme en donnant des
composés phénoliques.
On voit ainsi que la connaissance de la propriété anlioxygène des phénols
sera peut-être de nature à modilier l'interprétation de certains effets théra-
peutiques observés lors de l'administration des phénols. Dans cet ordre
d'idées, l'on ne peut qu'être frappé des résultats favorables souvent obtenus
par l'emploi de produits phénoliques (créosote, gaïacol et dérivés, etc.)
dans le traitement d'une maladie qui touche précisément de très près aux
processus d'oxydation de l'organisme, à savoir la forme pulmonaire de la
tuberculose. Il appartiendra aux techniciens de rechercher si ces substances,
en dehors de leur action antiseptique sur le bacille, n'agiraient pas en tem-
pérant l'hyperactivité respiratoire .
PHYSIQUE. — Sur la pression dans les fluides aimantés ou polarisés .
Note(')de M. G. GouY.
1. Considérons, dans le vide, un certain volume d'un fluide, dans un
champ magnétique. M. Liénard a établi la formule
P := 2-r- ( 1- cos-9 ) -j-consl.,
où P est la pression normale qu'exerce le fluide sur sa surface, I l'aiman-
tion, 0 l'angle qu'elle fait avec la normale et u. la perméabilité constante.
L'hystérésis est supposée nulle, ainsi que la pesanteur (-).
( ') Séance du 23 janvier 1922.
(-) A. LiÉNART), Pression à V inlér leur des almanls et des diélectriques {La Lumière
électrique^ i894)- Les calculs de Duhem aboutissent au même résiillat {American
Journal of Mathematics^ 1895, et Journal de Physique^ k^oo).
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 265
L'existence d'une pression variable avec la direction de la surface était
une anomalie en Hydrostatique. Cette formule paraît avoir été admise
sans objections; mais la démonstration, assez longue ('), est omise dans les
ouvrages didactiques. Il est pourtant utile, dans un exposé rationnel de
Télectroslatique, de se servir de l'expression analogue pour la polarisation
diélectrique, qui, entre autres usages, permet de rendre compte des forces
apparentes qui existent entre conducteurs électrisés, dans un milieu autre
que le vide. J'ai donc cherché une démonstration qui, sans sacrifier la
rigueur, fût assez facile pour être utilisée dans l'enseignement.
2. Soient un certain volume de liquide dans le champ, et A uu point de
sa surface. En un point éloigné de A, imaginons qu'un long tube capillaire
relie cette masse à un réservoir K contenant le même liquide, et situé hors
du champ. Si le tube est très fin, son aimantation induite ne trouble pas
sensiblement l'aimantation de la masse liquide, sauf au voisinage du point
d'attache.
Nous devons tenir compte de ce que la constitution et les propriétés des
corps, aux distances de la surface inférieures k une très petite longueur A,
difFèrent plus ou moins de ce qu'elles sont dans la masse, et aussi du fait
que les forces moléculaires sont sensibles dans ce petit intervalle.
Soient H et H' les forces du champ à l'intérieur et à l'extérieur, à la dis-
tance A de la surface; elles font avec la normale les angles 8 et 0'. Imaginons
que nous détachons de la surface un disque (-) de petit rayon r et d'épais-
seur £ petite vis-à-vis de r, mais grande vis-à-vis de X, de telle sorte que les
propriétés moyennes de la matière de ce disque ne diffèrent pas sensible-
ment de ce qu'elles sont loin de la surface. On pourra admettre, par
exemple, t — 10''' et r = i™'^; il faut alors qu'on puisse regarder, sur une
étendue de quelques millimètres, la surface comme sensiblement plane et le
champ comme sensiblement uniforme, c'est-à-dire que toute la figure ne
doit pas être à trop petite échelle.
Pour détacher le disque et l'éloigner de quelques millimètres, sans chan-
ger son orientation, nous fournissons un travail t, : _
(') Cela résulte siirlouL de la grande généralité des calculs, qui concernent les
solides aussi bien que les fluides, et l'intérieur du corps comme sa surface,
(■') Comme dans tous les raisonnements analogues, on admet qu'on peut, à volonté,
solidifier le liquide sans changer en rien les forces moléculaires et magnétiques.
266 ACADÉMIE DES SCIENCES.
y étant un coefficient qui exprime l'action des forces moléculaires de tout
genre.
Le champ extérieur H' n'est pas altéré; à l'intérieur du disque le champ
a pour composantes normale et tangentielle -H'cosG' et H' sinG'. Mais on a
les relations connues :
(i) H' cos fJ' = iJ. H cosO; \V s\n6' = H ^iuO.
Par suite, le disque a conservé son aimanlalion primitive.
Laissons le disque s'orientei' parallèlement à H'; en appelaot a l'angle
que fuit à chaque instant H' avec la normale au disque, le couple qui agit
sur lui est, en appelant x la susceptibilité,
/ ( I — ) 7T/'-£ H'- sina cosa.
Nous fournissons ainsi le travail To
r^ =r — x( I )-/•-£ H'- / sina cosada = ^ ( i ) Trr'sH'^ cos-Ô'.
Nous (Uoignons ensuite le disque jusqu'au réservoir R, en le laissant à
chaque instant s'orienter librement; nous fournissons le travail T3
T,= -7r/-2£tr-.
2
Nous appliquons ensuite le disque sur la surface du liquide dajis R, en
fournissant le travail ^4
ri = — Tir-y',
y' étant un coefficient que nous supposons pro\isoirement différent de y,
parce que la surface en R n'est pas aimantée.
Pour fermer le cycle, il ne reste plus (|u'à faire avancer de z l'élément de
surface où nous avons détaché le disque; nous fournissons le travail c^
Le cycle étant isotherme et réversible, on a
rr3+r34-rv+ -0=0,
d'où
■2
I I 1 — — ] cos- ^' ' -L- ^ '-
,'e'~\
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 267
Coiiiiiie P ne peut dépendre de £ ('), un a 7 = 7', et il vient, d'après (i),
à une constante près.
o. Pour un diélectriipie, l est la polarisation, et le pouvoir inducteur K
remplace la perméabilité w..
Si nous remarquons que
IC0s9 = C7',
(>' étant la densiti' de la couche électrique fictive qui équivaut à la polari-
sation pour le potentiel, Vexpression de P devient
2 7:1-
(3) P = r^ + 2 7ro- -= coiist.
^ K — I
Le terme dépendant de rorientation n'est autre que Vd pression élcclnqiir
que produirait la couche fictive g' sur un conducteur, ce qui explique le
paradoxe hydrostatique.
Il en résulte donc que, pour un liquide incompressible, polarisé unijor-
inément, ce lerme seul rend compte des forces qui tendent à le déformer.
Si la polarisation n'est pas uniforme, il faut en outre tenir compte du
■'.7:1-
teruie ^ — pour calculer la déformation.
4. S'il s'agit d'un gaz, K — i est très petit, et l- du second ordre;
l'expression de P se réduit à
(a) p =: — T\ r--l-const.
La pression exercée par le gaz étant plus grande dans le champ J ' qu'au
dehoi'S, et les forces intermoléculaires étant regardées comme négligeables
dans les gaz peu comprimés, il faut que le nombre des molécules dans
l'unité de volume s'augmente dans le même rapport; en dautres termes, la
densité du gaz doit varier avec la [)ression P suivaiil la loi de Mariotte.
C.'est le phéuoinène qui a reçu le nom impropre de conlracùoii électrique des
gaz, et qui est en réalité une compression électrique (^).
(') Le raisonnement suppose que £ est toujours grand vis-à-vis de \. Cela nous
oblige à limiter la démonstration au cas où les rayons de courbure de la surface sont
assez grands, et où le champ varie lentement dun pointa un autre. On peut diminuer
beaucoup la portée de ces restrictions, mais les développements nécessaires ne peuvent
trouver place dans cette Note.
C^) Le terme de cunlraction évoque l'idée d'une diminution de volume due à une
268 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Il est facile, du reste, de montrer que les molécules gazeuses sont réelle-
ment attirées vers le champ. Considérons un récipient fermé qui contient
deux gaz 1 et 2 superposés. Un condensateur à armatures verticales y est
placé et reçoit une charge déterminée.
En écrivant que l'énergie totale (électrostatique et gravifique) est
un minimum, on trouve que la surface de séparation des gaz n'a pas le
même niveau entre les armatures et au dehors, et que la différence h est, en
faisant usage des unités électrostatiques :
g 'èr.e- oi — 0.2 ^T.g 0,-02
Le niveau est plus élevé entre les armatures si le gaz le plus lourd possède
le plus grand pouvoir inducteur, ce qui est le cas le plus fréquent.
Il faut donc nécessairement que les molécules gazeuses soient attirées
vers le champ, suivant leur pouvoir diélectrique; cette attraction se pro-
duit dans la région où le champ n'est pas uniforme, et il en résulte
l'accroissement de pression (' ).
Admettons, au contraire, que celte attraction n'existe pas, et que l'eflel
appelé « contraction électrique des gaz » résulte de forces intermoléculaires
créées par l'action du champ. Alors c'est le gaz qui possède à la fois la plus
grande densité et le plus grand pouvoir inducteur qui subira le plus fort
accroissement de densité, et le niveau devra s'abaisser entre les armatures,
contrairement à la réalité énergétique (-).
5. L'application la plus importante de l'expression de P est le problème
des forces apparentes agissant sur des conducteurs électrisés, placés dans
un diélectrique autre que le vide. On s'est contenté souvent de prendre
action interne; c'est ainsi qu'on parle de la contraction d'un solide par le froid. C'est
en effet cette idée qui s'est présentée tout d'abord, étant toute naturelle quand on ne
songeait pas à l'accroissement de pression dans le champ.
Le calcul fondé sur la loi de Mariotte est bien d'accord avec l'expression connue de
la diminution du volume.
(') Comme vérification, il résulte de la formule (4) que, à niveau constant, la
1/ .
pression entre les armatures est plus grande qu'au dehors de — ^ F- pour le gaz 1,
et de — '- F^ pour le gaz 2; la dénivellation // de l'équation (5) en résulte immé-
diatement.
(^) On voit de plus qu'avec un seul gaz l'équilibre serait impossible, puisque la
densité serait plus grande entre les armatures qu'au dehors : d'où une circulation
continue inadmissible.
SÉANCE DU 3o JÂ.WIl'R I922. 269
comme drfinition du diélectrique la propriété que, à charges données, ces
forces apparentes (regardées comme les forces électriques réelles), y sont
K fois plus petites que dans le vide. Le crédit acquis par les hypothèses
moléculaires et électroniques a rendu cette position intenable. Du moment
qu'on admet l'existence réelle de particules électriques placées dans le vide,
c'est à travers le vide que se transmettent les forces électriques, et l'on ne
peut comprendre qu'elles n'aient pas partout la même valeur.
En effet, on rend bien compte des faits d'expérience en admettant qu'il
en est ainsi. J'ai traité la question à l'apparition de la fornmle de
Liénard ('); la forme de cette solution peut être simplifiée de la manière
suivante.
6. Considérons des conducteurs électrisés placés dans un diélectrique
liquide illimité. Pour rendre le raisonnement plus clair, nous pouvons
imaginer que chacun d'eux est séparé du diélectrique par un intervalle vide,
très petit et invariable.
Dans le diélectrique polarisé, considérons la portion comprise entre deux
surfaces équipolentielles voisines; c'est un feuillet diélectrique fermé, de
puissance constante, qui, comme tel. ne produit de champ que dans son
épaisseur. Il en résulte que la polarisation du diélectrique entier ne produit
aucun champ sur les conducteurs. Par suite :
i^ La distribution sur chacun des conducteurs est la même que dans le
vide ;
2° Les forces électriques qui agissent sur les conducteurs sont les mêmes
que dans le vide.
Ces forces électriques peuvent s'exprimer par la pression 2T:cr- à la
surface de chaque conducteur, dirigée vers l'extérieur, 7 étant la densité
de la charge réelle. Il faut, de plus, tenir compte de la pression hydro-
statique P, qui est normale à la surface et dirigée vers l'intérieur. Ici 0 = o,
et, par suite,
K — I
On a donc, appliquée à l'unité de surface du conducteur, une force
normale o,
o :zr 2 77 5- — 27:1-77 •
k — I
(*) Sur les attractions et répulsions apparentes des conducteurs électrisés clans
un diélectrique fluide ( Comptes rendus^ iSq^) ; Sur le rnle des milieux diélectriques
en électrostatique {Journal de Physique^ 1896).
G. R., 192.', I" Semestre. (T. 174, N* 5.) 2 1
270 ACADÉMIE DES SCIENCES.
D'après un théorème connu, la force du champ dans le diélectrique, près du
J . » 4 71(7
conducteur, est -tt-; par suite,
, 4 Tta Iv — I 2 Tl a-
Ainsi, eu regardant les forces électriques réelles qui s'exercent entre les
charges des conducteurs, comme les mêmes dans le diélectrique et dans le
vide, on trouve que les forces apparentes sont K fois plus petites dans le
diélectrique, comme l'indique l'expérience, l'écart étant dû à la pression
hydrostatique exercée par le diélectrique.
M. Charles Richet fait hommage à l'Académie d'un Ouvrage de M. L.
BfANCHi, intitulé : La mécanique du cerveau et la fonction des lobes frontaux^
traduit par MM. André Collin et Sanguinetti et dont il a écrit la Préface.
M. Paul Janet s'exprime en ces termes :
J'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie du Tome II de la cin-
quième édition de mes Leçons d' Électrotechnique générale. Ce Volume est
consacré à l'étude générale des courants alternatifs. Je me permets de
signaler, en particulier, un certain nombre d'additions sur la propagation des
ondes isolées dans les lignes et un Chapitre nouveau sur la propagation des
courants alternatifs dans les conducteurs cylindriques.
ELECTIONS^
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à l'clectibn d'un Membre
de la Division des Académiciens libres, en remplacement de M. /. Car-
pentier^ décédé.
Au premier tour de scrutin, le nombre de votants étant 68,
M. Maurice d'Ocagne obtient 20 suffrages
M. Paul Séjourné » \() »
M. Alexandre Desgrez » 18 »
M. Maurice de Broglie » 9 »
M. Jean Charcot » 2 »
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 27 1
Au second tour de scrutin, le nombre de votants étant 6S,
M. Maurice d'Ocagne obtient 24 suffrages
M. Paul Séjourné » 20 »
M. Alexandre Desgrez » 19 »
M. Maurice de Broglie » 3 »
M. Jean Charcot » 2 »
Au li'oisiènie tour de scrutin, le nombre de votants étant 68,
M. Maurice d'Ocagne obtient 24 suffrages
M. Paul Séjourné » 24 »
• M. Alexandre Desgrez )> 20 >■>
Au quatrième tour de scrutin, limité aux candidats qui n'en ont point
deux autres supérieurs en suffrages, savoir : MM. Maurice d'Ocagne et
Paul Séjourné, le nombre de votants étant 68,
M. Maurice d'(Jcagne obtient 35 suffrages
M. Paul Séjourné » 32
»
Il y a un bulletin nul.
M. Maurice d'Ocagne, ayant réuni la majorité des suffrages, est
proclamé élu.
Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la Répu-
blique.
CORRESPONDANCE.
M. Edmond Baukr (en son nom et en celui de M. Marcel 3fouLiN),
M. G. -A. Hemsalech adressent des Rapports relatifs à l'emploi qu'ils ont
fait des subventions qui leur ont été accordées sur le Fonds Bonaparte.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Travaux du Laboratoire de Géologie de la Faculté des Sciences de Lyon,
publiés sous la direction de F. Ro:\ian. Fascicule I : La montagne de Crussol,
étude stratigraphique et paléontologique, par Attale Riche et Frédéric
Roman.. (Présenté par M. Ch. Depéret.)
2')2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
2'' Le premier fascicule de la Revue d'optique théorique et insirumcntale^
pulDliée sous les auspices de I'Institut d'optique théoiiique et appliquée et du
Syndicat patronal des constructeurs d'instruments d'optique et de précision.
(PrésenLé par M. H. Deslandres.)
3" Ophidia taprohanica or the snakes of Ceylon, by Frank Wall.
4*^ Précis de Muséologie pratique^ par A. Loir et H. Legangneux.
M. Cil. Hervieux adresse des remercîments pour la subvention qui lui
a été accordée sur la Fondation Loutreuil.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un théorème de M. Montel.
Note de M. Th. Varopoulos.
1. Dans une Note récemment publiée ('), M. Montel, en généralisant la
proposition classique de M. Landau, a énoncé le théorème suivant :
Soit une fonction f {x^ homologue autour de V origine x = o
/(^) = «0-4- «i.r H- «2^-4-. . . 4- ap^^xP^^'^ + . . . ,
OU a^,^^ ■=/^ o, it existe un nombre R ne dépendant que de a^^ a^^ . . . ^ aj,^^ tel
que dans tout cercle de rayon supérieur à R ou bien la fonction f(^x) cesse
d^ être holomorphe ou bien cette fonction prend dans le cercle plus que p fois
Pune au moins des valeurs zéro et un.
2. J'ai cherché à étendre ce théorème aux fonctions qui sont multiformes
dans le voisinage du point ^ = o et j'ai obtenu les résultats suivants :
Théorème. — Soit une fonction f (x ) définie par une équation de la forme
//" + A,u/-j«"-^ 4-. . .+ A„_i(.^'j« + A„(^j =0.
Si la fonction
Ai(jc) H- Aoi J7) H-. . .4- A„_i(.r) 4- i
,. , , ,, . . . f ij.( r) dx I
est régulière autour de i origine x=^o et si nous avons / ^^^^ ^ opourx= o,
// existe un nombre R, ne dépendant que de p ■+■ 2. nombres bien déterminés,
tel que dans tout cercle de rayon supérieur à R ou bien la fonction f(^x) prend
plus de p fois l'une au moins des valew^s zéro et un., ou bien il existe dans le
cercle un zéro de la fonction A , (a;) 4- Ao (^) 4- A 3 {x) 4- . . . 4- A„_^ (^) 4- 1 .
(') Comptes rendus, t. 17'i, 1922, p. 1^3.
SÉANCE DU 3o JAIVVII-R 192,2. 278
Nous ne faisons aucune hypothèse particulière sur les fonctions hiix)
qui peuvent môme ne pas être holomorphes autour de l'origine.
Il y a là une généralisation du théorème de M. Montai concernant une
classe de fonctions non régulières en x = o.
3. Sup])Osons maintenant que les coefficients A, (r) sont des fonctions
entières, et soit
kii x)zzz ai+ b^x + c/.r- -t- . . . ,
si //„ n'est pas une racine du polynôme
alors la fonction
lj.(x)—— —
1- A, (./■);/;;■' -}-... + A„_,«,j
sera régulière en x = o, et si pour a; = o nous avons / ^ ^p^.,^ 7^ o, en vertu
du théorème de M. Montel, il existe un nombre R dépendant de
n[p 4- 2) -h 2 nombres bien déterminés tel que dans tout cercle |^| > R
notre fonction f{x>) prend plus de p fois Tune au moins des valeurs zéro et m„
ou bien la fonction définie par l'équation
M"-' -1- Al (>) a-^-"- 4- . . . + A„_i ix) — o
prend la valeur w^.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les zéros de certaiîu's fonctions.
Note de M. A. Aagelesco, présentée par M. Appell.
Dans cette Note nous nous proposons de généraliser la théorie des poly-
nômes orthogonaux, en ce qui concerne leurs zéros.
Considérons une suite de nombres réels, tous différents,
(i) ■ f^o, /J-n ,"-2, .••,
deux nombres positifs a et h{a<^ b) et une fonction K(x) positive pour x
compris dans l'intervalle (a, b).
Théorème. — Si une fonction f(x), continue dans l'intervalle {a, b), satis-
fait aux n conditions
r-
(2) / K{x)xV-f{x)dx = o (i=: 0,1.2, ...,n — i),
aloi^s l'équation f(x) = o a au moins n racines réelles et distinctes dans l'in-
tervalle (a, b).
274 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En effet, de la condition (2) pour i = o il résulte que /(a?) change de
signe dans l'intervalle d'intégration; /(a?) a donc une racine que nous dési-
gnons parr, . Déterminons alors la constante C de manière que l'équation
ait pour racine r^. Comme cette équation ne peut avoir d'autres racines
positives et que son premier membre change de signe quand o) passe par la
valeur r, , il résulte des conditions (2) pour / = o et i = 1 que l'équation
/'(x) = o doit avoir une autre racine ?\, dans l'intervalle (a, b). De proche
en proche, en remarquant toujours que l'équation
qui a pour racines les s quantités /'i, r^, ..., i\ ne peut avoir d'autres racines
positives (^) et que son premier membre change de signe quand x traverse
les valeurs r,, To, ...., /•,, on établit le théorème énoncé.
Remarque. — Considérons l'équation intégrale de première espèce
f
h
K (.r) jt^^' cp(cr) dx = '-p ( j).
Il résulte de notre théorème que si la fonction K r) a n zéros réels, la
fonction 9(^7) aura n zéros dans l'intervalle (rz, />).
Fonctions biorthogonales. — Soit encore la suite, analogue à la suite (i),
>.o, >.n l,. ....
On peut déterminer les n constantes a,, ^25 •••? ^«> et d'une seule manière,
telles que si
(3) P>,„=: a?^"+ «i^^"-'-f-. . .4- a„^''»,
on ait
(4) / \^{x) xV-.\\,^ cl.r = o (« = o, I, ..., « — i).
Il ne peut y avoir indétermination, car si Ton avait deux fonctions V^^ de la
forme (3) satisfaisant aux conditions (4), on en déduirait qu'une fonction
de la forme
y satisfait aussi. Donc, d'après le théorème précédent, l'équation R)=o
(^) Voir Laguerre, Sur la théorie des équations numériques {OEuyres, l. i, p. 4)'
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 275
aurait n racines positives dans l'intervalle (a, è), ce qui est impossible (').
Déterminons de même la fonction de la forme
par les n conditions
/ \\i^x)œhV^ndx — 0 («=(), I, ..., /i — i).
On voit alors immédiatement que
si m est différent de «, el que l'intégrale
f K(,:r)Px„Px„c/.r
est différente de zéro.
Polynômes de Laguei^e. — Considérons, pour faire une application
simple, l'intégrale
I ( V- ) = / ^""^ rï-^ k{x)dx,
où r ]> o et
A{x) := x" -\- ai.-r"-'' + oi.,x"~'-\- . ..+ «„.
A l'aide de l'intégrale qui définit la fonction F, on voit que
I(^) = r( j)[y ( j 4- x) . . . (7 + n - i) + a, j ( j + 1) . . .(y + Al — 2) + . . . + a„].
Désignons par B(j) le polynôme entre crochets du second membre.
Comme r(/) ne peut s'annuler, il résulte de notre théorème que si Téqua-
tion B(a7) = o a p racines positives distinctes, l'équation A(a7)=o
aura au moins p racines positives distinctes. En particulier, si l'équa-
tion 6(07) =: o a pour racines les 7î nombres X + i, X 4- 2, ...,Xh- n, oùX>>o,
donc
{x — >. — i)(^ — >, — 2). . .(x — }. ~ n)
=zx{x -i-i). . .{x -\- n — i) -h c/:ix{x + 1). . .{x + n — 2) -{- . . .-\-o'.n,
l'équation A(x) = o aura toutes ses racines réelles, distinctes et positives.
( ' ) Loc. cit.
276 ACADÉMIE DES SCIENCES.
De l'identité u''^"~^ = u''^"u~^', par différentialions, on déduit l'identité
(x — 'A — 1)(^ — "^ — 2)...(^ — À — n)
= j-(.r + i)...(.r + « — i) — {}. + n)C},Jc{x + i)...{£C -h n — 2) +...
-^ {— lY'Ck -h n){l -h n — i)...{l + 1);
donc
- A(a;)=^'" — (A + «)G,»a^«-'+(}^4-n)(>^ + 'î + i)C^,^«-2 — ...
+ ( — l)'^(A + /i — l). ..(>. + !).
Pour X = o on a le polynôme de Laguerre du degré n.
Nous nous proposons de revenir sur ces questions et d'autres analogues
dans un travail plus étendu.
ANALYSE MATHÉMATIQIJE. — Sur les équations différentielles du premier ordre
à points critiques fixes. Note de M. Armaad Cahen, présentée par
M. Appell.
Soit
(1) ¥{y\r,x)~y'-'—iM{y,.T)y-\-^{y,T)=zo
une équation différentielle à points critiques fixes de genre zéro, où M et N
désignentdespolynomesen y de degrés 2 et 4 au plus, et D(x, y)^M^ — N
le discriminant. D(^, j) est au plus du 4*^ degré et admet toujours une
racine multiple y (a;).
Premier cas. — Cette racine y = l{(x) est double. Les deux racines
simples j = ^(a^), y = /?(a;) sont des intégrales singulières. On sait que,
dans ces conditions, l'équation (i) se ramène algébriquement à une écjuation
de Riccati, dont on ne connaît a priori aucune solution. Une forme canonique
de l'équation (i) est donnée par
-yv —
(2) -^=:Y4-^;(.r)(Y-i)v/Y.
J'ajouterai les deux remarques suivantes, faciles à établir :
1° j = /.(ic;) est effectivement un lieu des contacts des intégrales par-
ticulières, du moment que y = /,-(^x) n'est pas solution (ordinaire) de
l'équation différentielle.
2" Il est impossible que les deux racines simples soient en même temps
solutions ordinaires. Si cela a lieu pour l'une d'elles, on connaîtra «y^no/v"
une solution de Véquation de Riccali et l'intégration s'achèvera à l'aide de
deux quadratures.
SÉANCE DU 3o JAiyVIER 1922. 277
Deuxième cas. — Supposons de plus que la racine double r = k(x) soil
intégrale de l'équation (1). Ce sera une intégrale or^mmVe, qu'on pourra
obtenir à l'aide de deux valeurs différentes de la constante arbitraire.
Faisons la transformation
,0, Y >(^)[.r — ^(^)]
^'^ ^= v-hyx)
On peut disposer de ^(^) de façon que l'équation transformée s'écrive
(4) ^^9,^),v_r)\/v.
Posons Y = Z- ('), d'où
(5) .^::.9(,r)(c^-.).
On connaît ici deux solutions z =^ -\- i et :; = — i de Téquation de
Riccati. Elle s'intègre [et par suite aussi l'équation (i) d()iin(''e| r) l'didc
(F une seule quadrature. Son intégrale est donnée par
- „5 — I \^(x)dx
Z-\-\
f'i{r.,l.v
et en posant e"^ = X, on obtient
^=(§^.
Ici, Y = o, Y = 20 sont les deux solutions singulières; \ =1 (racine
double du discriminant transformé) est une solution particulière, corres-
pondant aux deux valeurs C = o, C = ce de la constante arbitraire. Les
courbes (6) passent par le point fixe (X = oo, Y = i). Elles sont tangentes
en ce point. La tangente commune Y = i n'est pas un lieu de contacts.
Troisième cas. — D = o admet une racine triple y — g{x ) et une racine
simple y = h{x). A l'aide de la transformation (3), on obtient
(7) — - = è(.r)Y + a(^)Y\/Y
dx
, en posant Y = — j
ou,
(8) —2^=a{x)-^b{a;)z.
(M Cf. Paixlevé, Leçons de Stockholm^ p. ôi-ô^.
2^8 ACADÉMIE DES SCIENCES^
L'équation de Riccati se réduit à une équation linéaire dont l'intégration
(et par suite celle de l'équation donnée) s'obtient à l'aide de deux quadra-
tures. Alors Y =00 est solution singulière de
-[
Gp(j?) + pi(^)
On peut disposer du coefficient 'k{x) de la substitution (3) de manière à
annuler b{x)\ puis du changement de variable indépendante a? = ^(X)
pour ramener l'intégrale à la forme
ou, en changeant C en ^> à la forme
(9) Y=(g^)' [avecV. = 4Y'].
Cette dernière forme (9) est citée dans V Encyclopédie mathématique (édi-
tion française) (II, 15, p. 32) comme exemple d'équation différentielle «/^é-
hrique pour laquelle Tinlégrale générale peut être algébrique ^ sans qu'il
existe ni lieux de rehroussement, ni enveloppe (intégrale singulière). Cela est
exact pour les rebroussements, mais non pour l'intégrale singulière, car une
équation à points critiques fixes de genre zéro possède au moins une inté-
grale singulière.
Dans l'exemple (9) cette intégrale est Y=gc; autrement dit, si l'on
pose Y = :^> les relations (9) deviennent
(10) Y,z=z{X + Cy [Y'/=:4Y,],
et Y, = o est solution singulière de (10) [enveloppe des courbes
Y, = (X+C)=1.
D'autre part, Y = o, solution particulière de (7), est racine triple du
discriminant; comme dans le cas précédent, Y = o n'est pas un lieu de
contacts. Toutes les courbes (9) sont tangentes au point fixe (X=o, Y=:o).
La tangente commune (asymptote) en ce point est \ = 0.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 279
ALGÈBRE. — Sur le développement en fraction continue des nombres
algébriques. Note (') de M. Auric.
Considérons un nombre algébrique w racine d'une équation du second
degré à coefficients entiers
Kx' -{- ?>x 4- C = o.
Si l'on développe en fraction continue ordinaire en prenant pour les deux
premiers termes initiaux
on obtiendra la suite représentative
a^, ai. a.,, «73, ..., a,. ... (lim «;,=: o).
Si Ton a posé
on sait que la suite des X^ deviendra périodique à partir d'un certain
indice h et l'on aura, pour tout indice m'^h,
^m+k
k étant un indice fixe (nombre de termes de la période du développement
ou multiple de ce nombre) et £ une unité algébrique dans le corps obtenu
par l'adjonction du nombre co.
On aura la relation
««=Q,>i — Q'ifl'o
et, comme r/„ tend vers zéro, ^ sera évidemment une valeur approchée
de^»-
^' , , . .
La généralisation de ces résultats dans le cas d'une équation du troisième
degré s'obtient immédiatement en appliquant la méthode que nous avons
indiquée dans une précédente Communication. —
Soit l'équation à coefficients entiers
A ^ ^ + B ^ 2 + C ^ 4- D ==r o
dont on considère les deux racines w, o)'.
(*) Séance du i.\ janvier 1922.
28o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Effectuons le double développement en fraction continue en posant
on obliendra les deux suites représentatives
flo, rtiy «2) «3, • • -1 ^'h ^'z+l-: • • •
bo, bi, b,, b-i, .... bi, />,+!, ...
Si l'on a posé
b, — li+i bi+i + /J./+» />/+, — ^^(+3 ■
les suites des entiers X^ el a, deviendront respectivement périodiques à partir
d'un certain indice h et l'on aura pour un indice fixe /• ( dépendant du nombre
des termes de la période) et pour m ^ h
(lim an^=
o),
(lini bn=:
0).
f»,
o,
«/« + /, ^ //! + /.
£ et s' étant des unités algébriques dans le corps obtenu par l'adjonction des
deux racines w et w'.
On aura en outre les relations
b„ = qib,+ q'i_b, + (y;,b,,
qui constituent des solutions approchées des équations à coefficients enliers
J"o + Pi '>"> -+- Pï f»)'"' = O-
C'est précisément parce qu'on a cherché le tiinome
dont la valeur devient minimum pour les deux racines co et co', qu'on a
obtenu un développement périodique; il fallait Tintroduction de deux
racines daus le calcul pour réaliser ce résultat et, comme il existe une
troisième racine w", on pourra de trois façons différentes obtenir des déve-
loppements périodiques.
Rappelons que si co est racine d'une équation du troisième degré, on aura
en prenant quatre termes initiaux *
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 28 I
un développement représentatif limilé
r/„, <"'!, (l-i- (':;, ••■, f';i- 1, (7„^:=0.
Ces résultats se sfénéralisenl sans aucune difficullé.
»"
GÉOMÉTRIE. — Sur les surfaces telles que les axes des cercles oscula leurs à une
famille de lignes de courbure anpartiennent à un complexe linéaire (').
Note (-) de M. R. Jacques, présentée par M. G. Kœnigs.
Soit S une surface possédant la propriété indiquée. Les variables peuvent
être choisies de façon que le réseau Go décrit par le deuxième centre de
courbure soit caractérisé par le fait que sa première tangente décrive une
congruence appartenant à un complexe linéaire et que sa deuxième tangente
décrive une congruence de normales.
Nous projetterons le réseau Co sur un plan perpendiculaire à Taxe du
complexe. La congruence formée par les premières tangentes au réseau Go
ainsi obtenu est une congruence Lq,,, celle qui est formée par les deuxièmes
tangentes est une congruence H. Par suite, un réseau O, plan conjugué à
cette congruence se transformera par la méthode de Laplace, en allant de w
vers v,en un réseau qui, conjugué aune congruence L(,„, sera un réseau Qoo-
Inversement, tout réseau O plan qui se transforme en un réseau i2oo
donne des solutions du problème.
En effet, désignons par M un tel réseau et par R le réseau dérivé corres-
pondant. R étant Q^o il existe une infinité simple de congruences L^q qui lui
sont conjuguées. Soit ^ l'une d'elles, la congruence k qui en dérive par la
méthode de Laplace, conjuguée au réseau M qui est O, est une congruence H.
A cette congruence /.•. on peut faire correspondre une infinité de con-
gruences de normales dont elle est la projection. Si K est l'une de ces
congruences. la congruence G qui en dérive est projetée suivant g qui
est Log.
M. Guichard a établi, dans son cours, que, dans ces conditions, il existe
une congruence parallèle à G qui appartient à un complexe linéaire. La
congruence dérivée par la méthode de Laplace est parallèle à la congruence
de normales K. On obtient ainsi une solution du problème.
Il suffît donc d'exprimer qu'un réseau O plan se transforme par la
méthode de Laplace en allant de u vers v en un réseau ilç^^.
(') Voir Notes de M. Glichakd, Comptes rendus, t. 171, 19^0. p. xi85. et t. 173,
1921. p. 1145.
(^) Séance du j3 janvier iy2'2.
282 ACADÉMIE DES SCIENCES.
\ un réseau O plan, on peut faire correspondre les quantités
do
:,i '-= coso, i2 = sincp, m =: ~]
09
■fil'— — siiico, ri, = coso, n = —-
Les quantités analogues sonl, pour le réseau dérive,
. ôo I d^ 9 . do I 0- o
[çi] =— sin9Y- — T- ^ T cos?, [£2] = coscp-— — -— -
'ou do Ouav -^ au ôo à
u dv
sine;
di' dv
, 6/9 I do do ^ dv
di\ du d^' du di'
Ce réseau est iioo? si Ton a la relation
qui s'écrit
do\- \ di' do do I do
[ri,
il-
I
: -—COSCO,
do
di
["•
0 =
I
d^'
dv
dv J \ du dv du dv J du
Nous avons remarqué quà toute solution 9 de cette ('quation correspon-
dait une double infinité de solutions du problème. Il existe, en elîet, une
infinité simple de congruences L^^ conjuguées au réseau li„„. Chacune des
congruences H qui en dérive est la projection d'une infinité de con-
gruences O.
Si l'on connaît une congruence particulière Lqo, loules les autres
congruences peuvent être déterminées par quadratures. La congruence par-
ticulière H correspondante admet une deuxième série de réseaux O qui lui
sont conjugues qui déterminent une nouvelle solution ç de l'équation aux
dérivées partielles.
Un réseau O particulier admet, pour réseau dérivé, un réseau Ooo
conjugué à la même congruence L(,„- Les raisonnements précédents s'ap-
pliquent à ce nouveau réseau. On a ainsi une transformation du problème
qui se peut poursuivre indéfiniment par quadratures.
Cette transformation, appliquée à quelques cas particuliers, nous a permis
de déterminer des surfaces nouvelles.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 283
ASTRONOMIE. — La périodicité et le mouvement des taches du Soleil en latitude
expliqués par la pulsation de son noyau. Note de M. Emile Belot, pré-
sentée par M. Big^ourdan.
Dans une Note antérieure (') j'ai pu démontrer la formule de Faye
exprimant la loi de rotation du Soleil. Faye avait cherché à expliquer la loi
de Carrington en supposant que le Soleil contenait un noyau ellipsoïdal ; mais
cette hypothèse était en contradiction avec la théorie de Clairaut : cette
contradiction disparaît si l'on suppose que ce noyau en moyenne sphérique a,
comme les Géphéides, une pulsation qui renfle alternativement l'Equateur
et les pôles. La dissymétrie de la pulsation est due, comme je l'ai montré
pour les Céphéides (^), au fait que le renflement équatoriàl est deux fois
moindre que les renflements polaires. La période undécennable n'est alors
que le résidu. de la pulsation primitive du protosoleil après amortissement
de la période.
Comment le Soleil peut-il être formé d'une enveloppe ou périsphère dont
la surface est la photosphère et qui entoure un noyau dense ou barosphére^.
Celui-ci participant seul à la pulsation ne se mélange pas à l'enveloppe plus
légère? Dans le choc de toute Nova et en particulier de la Nova solaire, la
pression de radiation repousse à grande distance les matériaux légers de la
nébuleuse sous forme d'une enveloppe lumineuse qui a été photographiée
pour les NovcC et qui dans le système solaire a produit la division des
planètes en deux catégories différant par les masses et les densités (^). Après
que le noyau puisant à capté par son attraction les matériaux denses de la
nébuleuse, les masses légères d'abord repoussées finissent par se précipiter
sur lui et constituent une enveloppe de faible densité (calcium, sodium,
hydrogène, etc.). D'après la loi des rotations, la masse de l'enveloppe serait
de I : II de celle du Soleil, ce qui donnerait pour son épaisseur minima
22000''"^ et plus probablement le double.
Si Ton admet que les taches sont dues à la différence de vitesse linéaire
de deux parallèles voisins, on trouve que le maximum du nombre de taches
devrait être, d'après la loi de Faye, à la latitude de 37°38' : or on sait que
ce maximum est dans un cycle vers 17° de latitude. C'est qu'il faut tenir
compte des courants créés dans l'enveloppe A par la pulsation du noyau.
(') Comptes rendus, t. 173, 19^1, p. 270.
(^) Comptes rendus, t. 169, 1919, p. io83.
(^) Comptes rendus, l» 17j. 1920, p. 704.
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28.4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Considérons l'instant où il est renflé en E à l'Equateur et déprimé aux
pôles P : la pulsation tendant à rapprocher Tellipsoïde de la forme sphérique
chasse un certain volume do l'enveloppe A des régions polaires vers l'I^^qua-
leur créant des courants Nord-Sud C( déjà invoqués mais non expliqués par
d'Oppolzer) dont la vitesse de rotation déjà faible est encore ralentie en
vertu de la loi des aires : ces courants rencontreront vers 35° les masses de
l'enveloppe dont la vitesse de rotation est beaucoup plus rapide. La diffé-
rence de vitesse est alors suffisante pour produire des taches-tourbillons T
qui seront entraînées vers l'Equateur, ce qui explique la loi de Spôrer.
A la fin de la pulsation de E vers E', les courants C et CJ opposés s'an-
nulent cL empêchent les taches d'arriver jusqu'à l'I^quatcur. Mais le mou-
vement des taches doit être loujours en retard sur la cause (pulsation) qui
l'a fail naître; et comme la pulsation inverse (do VJ vers E) se produit deux
fois plus lentement (en 7, 5 au lieu de 3, 7 années) les masses de l'enveloppe
ramenées par le contre-courant G" resteront en profondeur tandis que les
taches continueront dans les couches supérieures à descendre lentement
vers l'Equateur. Le cycle suivant commencera par la rencontre du cou-
rant C" et du courant C vers les latitudes ± 35°. Les protubérances exis-
teront aussi bien aux pôles (protubérances quioscenlos) par la poussée de
pulsation P qu'à l'Equateur par l'antagonisme des courants C, C. Les fila-
ments noirs dans la couche extérieure de la chromosphère peuvent aussi
être formés par ces mêmes courants Nord-Sud dont la vitesse de l'ordre
(le 10™ par seconde ne peut guère être révélée par le spectroscope. Par
contre, il serait possible de mesurer l'augmentation par la poussée P' du
rayon polaire vêts l'époqne du maximum des taches : cette augmentation a
parfois été constatée à l'Observatoire de Meudon. L'^^xcès du rayon polaire
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 285
sur le rayon éqiialorial a été mesuré de 1906 (après le maximum) à 1909
par le P. Chevalier : il a trouvé cel excès maximum (o'V^O ^n ^9^7-
Il reste à expliquer comment la durée de pulsation, par amortissement,
a pu passer de quelques jours au début (comme dans une Nova) à 1 1 ans
pour le Soleil.
En l'absence d'une théorie complète de la pulsation des sphères gazeuses,
ou peut essayer d'appliquer la théorie de l'amortissement des ressorts tellf
([ue l'a exposée M. Lecornu (pages 208 à 264 de sa Dynamique appliquer).
Assimilons les couches sphériques puisantes entre une surface S et une
sphère O à un ensemble élastique formé par des ressorts à boudin R,
juxtaposés suivant les rayons et alternativement comprimés et allongés.
L'amortissement de chaque ressort dépend de son poids P, et du poids/? de
la matière non puisante qui se précipite en S à l'extrémilé du rayon :
l'amortissement se produit par transformation en chaleur des frottements
internes et [)ar l'augmentation de la viscosité avec le temps (coefficient A)
dû à l'accroissement de densité. On a alors, pour la période T,
T =- r i / — r- = 7: 1 / ■ ^ {m. u. masses de r et />).
Au début, la densité du protosoleil est très faible (10-^), son diamètre
équatorial étant 62 fois son diamètre actuel. La pulsation n'intéresse
d'abord (ju'une couche superficielle peu épaisse, et la masse a est nulle;
m et A étant faibles, il en est de même de T. Mais la pulsation continuant
atteint des couches de plus en plus profondes (m augmente) en même temps
que la masse ix provenant de la nébuleuse se précipite de plus en plus
abondante : T augmente. Avec le temps le Soleil se réduit beaucoup en
diamètre et sa densité passe de lo"^' à i,4i : alors {7?i + u.) étant constant,
A augmente beaucoup; la durée de pulsation qui, au début, était seulement
de quelques jours, atteint alors 11 ans.
L'amplitude jc de la w'™^ pulsation est
jc r= Xf^e"'"'^ (a'o amplitude pour n = o);
X diffère peu de a?,, tant que X est très faible pendant la période d'émission
des nappes planétaires. A la fin de la condensation, r est à peu près nul
parce que n el \ sont très grands. L'amortissement de la pulsation des
iSovcC de Persée (1901) et de l'Aigle (1918) a été mesuré : la durée de
la période qui, au début, était de 5 à 9 jours, est actuellement d'environ
5o jours.
'C. K., 1932, I" Semestre. (T. 174, N° 5.) 22
286 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ÉLECTRICITÉ. — Sur la mesure des isolements par la méthode
dite d'accumulation. Note de M. H. Chaujiat, présentée par M. J. Violle.
On sait que la méthode de mesure des isolements, dite d'accumulation,
consiste à charger un condensateur de capacité C à travers la résistance
d'isolement à mesurer R, à Taide d'une pile de force électromotrice E. Dans
ces conditions, la différence de potentiels entre les armatures du condensa-
teur Y,, acquise au bout du temps ^,, est définie par Téquation
( I j ^1= CK Loge
K-W
d'où l'on déduit immédiatement R, les grandeurs V, V,, /, pouvant être
facilement mesurées.
Cette méthode convient à la mesure des résistances d'isolement très
élevées.
On est alors gêné paj- lisolemeut propre g du condensateur qui se
décharge à travers son propre [diélectrique pendant qu'il se charge sous
l'action de la pile E.
L'équation devient alors
GRp , I-
;p — (ii + p)V.
équation transcendante en R que l'on peut résoudre par approximations
successives, p étant mesuré dans une expérience distincte.
On peut s'exposer alors à de graves erreurs.
De la formule (2) on tire en effet :
(3) V -• ^P
K + p
formule qui montre que la différence de potentiels V, atteint une limite
_Ep_
R + p'
qui peut être très inférieure à E. La quantité d'électricité reçue par le con-
densateur pendant un temps infiniment petit est alors égale à celle qu'il
perd à travers son propre diélectrique.
Cette limite n'est atteinte qu'au bout d'un temps théoriquement infini.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 287
Mais dans la pratique de la mesure, suivant les valeurs de C, de R et de p,
la valeur de V, acquise au bout du lemps ^, fini, peut ne dilVérer de la
valeur limile que d'une quantité inappréciable, inférieure aux erreurs de
lecture.
Dès lors, quelle que soit la durée de la charge, <»n obtiendra toujours la
même valeur V, de la différence de potentiels finale aux bornes du conden-
sateur. On peut alors, si Ton n'y prend garde, faire des erreurs considérables
dans la mesure de 11, par exemple de l'ordre de jo pour 100 et plus.
Pour éviter les erreurs tenant à cette cause, on devra toujours faire deux
mesures, au moins, l'une avec une durée de charge ^,, l'autre avec une durée
de charge j\ > /,. On doit trouver dans le second cas une ditVérence de
potentiels tinale V'^ noUihlemcnt plus grande que ^ ,.
Si Vj et Y, se confondent sensiblement, aux erreurs près des lectures,
c'est que la limite de charge a été déjà pratiquement atteinte dans la pre-
mière expérience. Et l'on devra recommencer l'expérience en faisant durer
la charge pendant un intervalle de temps plus faible que /, . On continuera
jusqu'à ce que dans deux expériences faites pendant des durées inégales, ^,
et ?',, on trouve, pour la valeur finale de la différence de potentiels entre les
armatures du condensateur, deux valeurs notablement différentes V, et V'^.
Dans les deux cas, l'isolement du condensateur, p, sera mesuré à part par
la méthode de la perte de charge. Et comme l'on sait que l'isolement d'un
diélectrique est fonction de la différence de potentiels à laquelle il est
soumis, cet isolement du condensateur sera mesuré successivement de la
façon suivante :
Pour déterminer la valeur de p correspondant à la première mesure^ on
chargera le condensateur à la différence de potentiels initiale V, et on le
laissera se décharger à travers son propre diélectrique pendant un temps
convenable fixé par les conditions optima de précision.
On opérera de même pour déterminer la valeur de p correspondant à la
seconde mesure, mais en chargeant cette fois le condensateur à la différence
de potentiels initiale V^.
Tous calculs faits, on obtiendra deux valeurs de R qui seront nécessaire-
ment différentes, la résistance d'isolement mesurée étant dans les deux-cas
placée dans des conditions électriques différentes. Elle est soumise en effet,
dans le premier cas, à une différence de potentiels variable pendant la durée
de l'expérience entre E et E — V,, et dans le second cas à une différence de
potentiels variable entre E et E — V'j. Mais les résultats pourront toujours
être interprétés pratiquement.
288 ACADÉMIE DES SCIENCES.
OPTIQUE GÉOMÉTRIQUE. — Relation entre l' aberration et V astigmatisme pour
un point situé sur l'axe d'un système optique centré. Note de M. Marcel
DuFouR, présentée par M. Appell.
Si Ton coupe un pinceau astigmate présentant un plan de symétrie par
un plan perpendiculaire au plan de symétrie et contenant le rayon central
du pinceau, la section de la caustique est symétrique par rapport au rayon
central sur lequel elle présente un point de rebrousscment. Aux environs
immédiats de ce point de rebrousscment, la caustique peut être confondue
avec une développante de cercle, ou, ce qui revient au même, au degré
d'approximation auquel nous nous plaçons, avec une parabole semi-
cubique ('). Or on sait que la distance entre le point de contact et l'inter-
section de la tangenle avec l'axe des x est pour la parabole semi-cubique
double de la distance qui sépare les intersections respectives de la tangente
avec l'axe des x et avec l'axe des y. Si nous supposons que cp est un infini-
ment petit du premier ordre, nous pouvons, au second ordre près, confondre
cette dernière distance avec le tiers de l'abscisse du point de contact. Donc
quand un pinceau astigmate présente un plan de symétrie, le point d'inter-
section du rayon central avec un ra-yon voisin situé dans le plan perpendi-
culaire au plan de symétrie est à une distance du point de rebroussement
égale à la moitié de sa distance au point de contact avec la caustique.
S'il s'agit d'un pinceau de révolution, tous les méridiens de ce pinceau
peuvent être considérés comme des plans de symétrie, et dans le voisinage
du point de rebroussement, l'axe du pinceau constitue l'autre nappe de la
caustique. Le point de rencontre d'un rayon du pinceau avec le rayon
central est un point focal, et la distance de ce point focal au point de
rebroussement est Taberration longitudinale relative au rayon considéré.
Nous pouvons donc dire : dans un pinceau de révolution^ la dislance entre
les deux points focaux situés sur un rayon est égale au double de l^ aberration
longitudinale relative à ce rayon.
I
(')'Si, dans les équations de la développante de cercle, on développe, en fonction
de l'angle o que fait la tangente avec l'axe des a:, sincp et coscp, en négligeant les puis-
sances de cp supérieures à Iqi troisième, on obtient pour représenter la courbe au voi-
sinage du sommet les relations a: = k -— el y =: A -rp? A désignant le rayon du cercle.
8 .
L'élimination de o entre ces deux valeurs de x el y nous donne ^y^'rr: —^ x^.
SÉANCE DU 3o JAWTER I922. 289
Quand un point lumineux objet est placé sur l'axe d'un système optique
centré, la proposition précédente s'applique au faisceau des rayons réfractés
qui est de révolution par raison de symétrie ( ' ).
OPTIQUE. — Portée obtenue par un phare de grand atterrage avec optique à
réflecteurs métalliques. Note de M. Jeax Rey, transmise par M. André
Blondel.
Dans deux Notes précédente (-), j'ai donné la description du premier
phare à réflecteurs métalliques tournants, de grand atterrage, qui ait été
construit jusqu'ici et qui se trouve installé sur Fîlot du Galiton, au nord-
ouest de Bizerte.
Ce phare, à groupes de quatre éclats, est en fonctionnement depuis le
mois de mai 1919. Après une légère mise au point de la source lumineuse,
la position ayant dû être modifiée pour tenir compte de l'altitude du feu
au-dessus de la mei'(i65'"), altitude qui n'était pas connue au moment où
les essais de l'appareil ont été faits en laboratoire, les résultats obtenus ént
été tout à fait satisfaisants.
(^) M. Tscherning a établi cette proposition pour les dioptres et les lentilles infini-
ment minces [cf. Tscherning, Z,a théorie de Gauss appliquée à la réfraction par
incidence oblique {Det Kgl. Danske \ idensilcabernes Selsicah. Matheinatisk-fysiske
Meddelelser, t. 1, p. i5)].
Pour un rayon réfracté faisant avec l'axe de révolution un angle o, l'aberration
Ao^ .
longitudinale est £ = — r^ : il est intéressant d'en connaître la valeur en fonction de
a
l'aberration longitudinale, telle qu'elle est ordinairement définie. Si le ravon réfracté
coupe le plan principal image à une distance R' de l'a\e de révolution, et si nous
P ' R ' I
désignons par F la distance focale imase, nous avons 0:= v=; ^= -jr- dont la
or h — î F £
'-F
P ' P
partie principale est -p- = -^^ en désignant par R la distance à l'axe de rintersection^
du rayon réfracté avec le dernier dioplre du système et S la distance de ce dernier
dioptre (dont nous négligeons la flèche) au foyer principal image. En remplaçant o
par sa valeur — nous avons pour l'aberration longitudinale la \ a leur , .^ et la valeur
AR^
de l'aberration transversale est -ttttt- [cf Gcllstrand, Die Constitution des ini Au^e
gehrochenen Strahlenbii ndels {Archiv flir Ophth., 1901, p. 194)]-
(2) Comptes rendus, t. 169, 1919, p. 471 ^t 611.
29« ACADÉMIE DES SCIENCES.
Il résulte des observations faites par l'Administration des Ponts et
Chaussées de Tunisie que la portée de ce phare, qui avait été calculée de
3o milles, atteint 33 milles, car on l'aperçoit fréquemment de Tabarka à
cette distance ; on l'aperçoit assez soiivent du Ras-Enhelah, à l\i milles,
par temps clair 5 enfin des pêcheurs, venant de Sardaigne à la Galile, ont
même déclaré qu'avec un ciel pur, ils avaient aperçu la clarté du l'en, alors
qu'ils se trouvaient à une trentaine de milles des cùles de C(Hte île, c'est-à-
dire à environ 5o milles du Galiton.
Il est intéressant de chercher à se rendre compte du coefficient de trans-
parence atmosphérique de la r(''gion qui entoure le Galiton, en prenant
SÉANCE DU 3o JAXVIER 1922. 29I
pour base la portée de 33 milles relevée par rAdministralion des Travaux
publics de Tunisie.
Nous donnons, ci-contre, l'abaque à points alignés qui nous sert pour
le calcul des portées des phares (').
L'intensité pratique du feu, telle qu'elle a été déterminée en labora-
toire (-), donne, comme valeur du feu équivalent perçu pendant une durée
de 0.4 seconde, i635oo bougies.
L'abaque des portées indique immédiatement que, pour atteindre
33 milles de portée, il faut que la transparence soit de 0,916, c'est-à-dire
que l'absorption de la lumière ne dépasse pas 8,4 pour 100 par kilo-
mètre.
Pour une portée df 4i milles, atteinte fréquemment par le feu de la
Galite, la transparence atmosphérique serait de 0,933, correspondant à une
absorption de 6,7 pour 100 par kilomètre.
Si l'on compare les résultats obtenus par des optiques en verre donnant
la même apparence (premier ordre à groupes de quatre éclats, feu de
Camarat), on trouve que la portée indiquée par l'Administration des
Phares ne dépasse pas, en moyenne, 29, 5 milles. En attribuant au coefficient
de transparence atmosphérique la même valeur 0,916 que ci-dessus, la
puissance du feu fixe équivalent correspondrait à 70000 bougies environ.
Ce chiffre est le résultat pratique que l'on obtiendrait avec un feu qui
serait fixé par Tobservateur, pendant une durée supérieure à ^\ de seconde.
La valeur de l'optique du phare de premier ordre de CamaraL ainsi
calculée est de 43 pour 100 de celle du feu de la (jalite pour des lentilles
annulaires au ~, la source lumineuse étant la même.
L'essai du nouveau système à réflecteurs métalliques, pour l'îlot du
Galiton, qui a été fait par l'Administration des Phares de France, a donc été
sanctionné par un succès complet, et il a permis de montrer que Ton peut
obtenir des portées plus considérables avec des réflecteurs mélalliques de
mêmes dimensions que les optiques en verre de Fresnel.
(^) Cet abaque a été publié à la page 96 de mon volume Sur la Portée des Projec-
teurs de lumière (^/ecfr/^«e (Berger-Levrault, éd., igiS). avec un autre plus complet
à la page 16^1. Antérieurement, j'en avais indiqué déjà un autre un peu différent dans
mon ouvrage Phares à ré/lecteurs métalliques (Paris, 191 3), p. 75.
(-) Comptes rendus^ t. 169, 1919, p. 611.
292 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE PHYSIQUE. — Influence de hi température sur la vitesse (V interpéné-
tration des solides . Note de MM. H. Weiss el P. Héxry, présentée par
M. H. Le Chatelier.
Dans des Notes précédentes ('), l'un de nous a décrit qualitalivemenl
l'interpénétration de divers couples de mélaux. Nous avons cherché à
aborder quantitativement ce phénomène' et commencé par l'étude de l'in-
fluence de la température; la répartition des concentrations et la vitesse
absolue de diffusion, plus délicates à étudier, font l'objet d'expériences
actuellement en couis d'exécution.
Nous avons utilisé le phénomène suivant : certains alliages, qui sont
formés à l'état d'équilibre par un seul constituant (une solution solide
homogène), peuvent être obtenus, dans des conditions convenables de
refroidissement après fusion, à l'état de solutions solides hétérogènes à
zones de composition variable, bordant des cristaux d'un deuxième cons-
tituant. Par recuit au-dessous du point de fusion minimum, le deuxième
constituant se dissout dans la solution solide hétérogène, qui elle-même
s'homogénise complètement.
Un alliage qui se prêle très bien à ce genre d'expérience est celui
Ag — i4 pour 100 Sb. C'est celui que nous avons employé dans cette étude.
Les deux constituants sont très nettement différenciés par une attaque au
perchlorure de fer acide. L'aspect micrographique de l'alliage est le suivant :
un fond blanc de solution solide riche en argent sur lequel se détachent des
dendrites rouges violacées de Ag'Sb.
Dans ce genre d'expérience on observe la vitesse de dissolution de Ag^Sb
dans la solution solide de Ag; elle coïncide avec la vitesse de diffusion seu-
lement si l'on admet que la vitesse d'entrée en solution de Ag^Sb dans Ag
est négligeable devant elle. Sans vouloir chercher à différencier dans nos
résultats la part de ces deux phénomènes, nous nous sommes contentés
d'observer globalement la variation de sa vitesse avec la température.
l^our cela, nous avons commence par préj)arer un culot unique d'alliage Ag — i4
pour 100 Sb. JNous avons vérifié l'homogénéité de son aspect micrographique dans
toute son étendue. Nous avons découpé ce culot en un grand nombre de petits échan-
tillons. Ceux-ci étaient placés dans des tubes scellés en verre, vidés d'air jusqu'au
vide non mesurable à la jauge de Mac Léod. Au moyen des divers thermostats précé-
(') Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 108, et t. 173, 1921, p, i46.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 298
demment mis au point et indiqués dans nos dernières Notes, nous avons recuit ces
tubes à diverses températures pendant des durées croissantes jusqu'à ce que nous
obtenions des échantillons où le constituant Ag'Sb ait juste disparu (phénomène qui
s'observe avec précision). Nous avons noté les durées de recuit correspondant à ces
disparitions aux diverses températures. Nous avons aussi classé ensemble les échantil-
lons non complètement homogénéisés, qui, bien que traités à des températures difFé-
rentes, avaient le même aspect micrographique; nous avons compaié leurs durées
de recuit.
Durée de recuit de couples d échantillons ayant même aspect.
lY'Mipéralures.
545° C \^ i'^45'"
5oo° q}" 3o'" 4'' 1 5'"
Rapport des durées de recuit. . . 2,5 2,4
2" 10°
4'>45^
2, 1
2" 20"
5''io"
2,2
Discussion faite des causes d'erreur, nous sommes conduits à conclure
que ce rapport reste constant pendant tout le recuit. Donc, dans la formule
qui exprimerait la vitesse d'interpénétiation dans les solutions solides en
/,.3J
Les points maniués sont les points observés.
FLes courbes Iracées sont celles déduites de la formule.
fonction des concentrations des deux métaux et de la température, la fonc-
tion contenant cette dernière grandeur entrerait en facteur.
Températures en degi'és eeutigr...
Durée de complète ( observée. . .
homoeénéisation ) calculée.. . •
560".
550».
525°.
500".
450°.
400°.
380".
45-
l'^So™
•2 11 20°^
5''
24'^
140»»
23oi'
44-
jUjom
:i^25"'
5''
24^^30""
120''
23oi'
294 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Nous avons cherché la formule mathématique qui groupe le mieux les
résultats de ce Tableau. La force exponentielle nous a donné les meilleurs
résultats :
r(vitesse)r^ - — ; = Krt' (T température absolue)
-' ' en lipiiro'i '
avec
K =r 4,17.10"*^ et az=.i^oZ-?J\.
Les causes d'erreur sont les suivantes :
1° Evaluation de la température;
1° Appréciation de l'aspect micrographique ]
3° Inhomogénéité accidentelle du culot Merreur sur la durée).
\° Durée d'échaufTement à la température voulue )
La dernière cause d'erreur devient importante pour les expériences de
relalivenient courte durée, c'est-à-dire aux plus hautes températures, car
les échantillons sont pour ainsi dire placés dans des petits vases de Dewar.
Ce sont d'ailleurs les expériences qui ont donné les résultats les plus irré-
guliers.
Reste la question de savoir s'il existe une température où la vitesse d'ho-
mogénéisation est nulle, autrement dit si elle est plutôt représentée par une
expression de la forme
Vu l'ordre de grandeur de nos erreurs d'expérience (10 pour 100 environ),
tout ce que nous pouvons affirmer c'est que T(,< 280° C. Si T„ est aussi
petit que possible, le zéro absolu, donc pratiquement si (^ =: K«^, la durée
d'homogénéisation à cette température (la plus faible durée qu'on puisse
envisager) serait de 3 mois; celle à la température ordinaire, 20*^, serait de
i5oo ans.
CfîlMtE PHYSIQUE. — Sur deux nouveaux molyhdo-m< dates d'ammonium.
Note de M. E. Darmois, présentée par M. Haller.
Geinez a découvert les \arialions considérables que présente le pouvoir
rotatoire de l'acide malique, quand on lui ajoute en solution aqueuse des
quantités croissanles de molybdale ordinaire d'ammoniaque.
La rotation, lévogyre et faible, augmente d'abord en valeur absolue, passe par un
maximum égal à environ >.5 fois la rotation de l'acide pur. Puis elle diminue, s'annule et
prend finalement des valeurs dextrogyres considérables représentant 3-o fois la rotation
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 296
de l'acide pur. J'ai montré récemment (') qu'on pouvait retirer des solutions fortement
dextrogyres un corps bien cristallisé. Létude polarimétrique des mélanges en pro-
portion variable de MoO', C''H''0^ et MP montrent nettement que le composé, cor-
respond à des proportions respectives 2 , i et ^ des trois substances; il apparaît comme
une combinaison de l'acide molybdique et du malate neutre d'ammoniaque dans les
proportions ^ ! 1 .
J'ai étudié par les iiièines procédés le maximum lévogyre de la courbe
(le Gernez. On piévoil que, s'il lon'espond à un composé, celui-ci doit
avoir une composition \oisine de MoO\ 2C''H'0\ On étudie alois des
• -1111 -11 CH'-O'
mélanges en proportion variable des deux acides, le rapport ;• = ^^^^3
étant voisin de 2; à chacun des mélanges on ajoute des quantités variant
de NH^ On retrouve des résultats analogues à ceux oblenus pour le com-
posé droit. Il est nécessaire d'opérer on solution concentrée pour avoir des
résultats nets. On trouve dans ces conditions que la courbe des [a], en
fonction de la quantité d'ammoniaque, pour un mélange donné des deux
acides, se compose approximativement de trois segments de droite se cou-
pant nettement en deux points anguleux. Le premier point correspond à
une addition de iNH^ pour i d'acide malique, le deuxième de 2NH^ pour
I d'acide. On s'aperçoit ainsi de l'existence de deux composés résultant
de l'action de MoO^ respectivement sur les malates acide et neutre de NH^
Le [a] correspondant à la première cassure est nettement maximum pour
r= 2.. Pour le deuxième composé le résultat est moins net, [a] dépend de
la concentration, et c'est pour une \ aleur de r un peu supérieure à 2 qu'il
est [maximum aux environs de la concentration 3o. On peut en déduire
que MoO' forme a\ec C'H'^O^ et NH^ deux composés lévogyres ayant
les compositions suivantes :
(i) MoO^ oCMIM)', >NH\
{■>.) '\Too^ mC/'H^o-, \\\\\
le premier étant assez stable, le deuxième ne se formant qu'en présence d'un
excès de malate neutre de i\H^
Guidé par cette élude, j'ai pu isoler les deux composés en question.
Si l'on admet la formule yMoO^ 3Am-0 pour le molybdate ordinaire,
on voit qu'à 1™°' il faudra ajouter i4""'' d'acide malique et, pour le premier
composé, 8:NH^ Le mélange fait dans ces conditions se prend de suite
en masse. Le composé, recristallisé et séché, donne [aj = — 66"* pour la raie
(*) Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 348 ; t. 172, 1921, p. }^S6.
296 ACADÉMIE DES SCIENCES.
jaune du mercure; la dispersion pour la raie indigo est 2,25. On peut
•préparer de même à froid les deux composés (i) correspondant à Na et K.
Ils ont des [a] du même ordre.
On peut vérifier la composition du produit obtenu de la façon suivante :
à une quantité fixe du sel, on ajoute des quantités variables de la base, on
complèle au même volume avec de l'eau et l'on polarise. Le [a| niesuic
décroît d'abord lentement, puis la courbe présente une cassure brusque
au delà de laquelle la variation est très rapide ; la cassure a lieu exactement
pour une addition de 2'"°' de base pour i™*^' de composé, c'est-à-dire corres-
pond à la formation du composé (2). J'ai isolé ainsi les Irois composés (2)
pour K,Na,Am. Ils sont lévogyres et un peu moins actifs que les com-
posés(i). Les bases les décomposent. Kn présence de phtaléine, le virage
se produit quand tout MoO' est repassé à l'étal de molybdale neutre, l'acide
malique à l'état de malate neutre. On dispose ainsi d'un procédé de dosage
très simple du molybdène dans les composés de Na et K.
A ces deux composés correspond un acide ayant des pouvoirs rola-
toires gauches plus faibles que ceux des sels. Les mélanges de Gernez ren-
ferment donc probablement au moins quatre corps différents ; il est impos-
sible de les faire cristalliser.
Les composés (i) semblent avoir été préparés par Henderson par disso-
lution de MoO^ blanc dans les solutions bouillantes de malates acides.
Il n'indique pas les [a|. Le procédé à froid semble préférable pour le sel
de Am qui perd nettement de l'ammoniaque à ehaud. Henderson considère
ces composés comme des éthers de la fonction alcool du malale acide (').
J'espère revenir sur cette question.
CHIMIE ORGANIQUE. — Aclion du sulfite de soude sur le nitrobenzène .
Note de MM. Seyewetz et Vignat, présentée par M. A. Haller.
L'emploi des sulfites alcalins pour la réduction des dérivés mononitrés
aromatiques n'a été signalé jusqu'ici que pour la réduction du nitro-
naphtalène qui, d'après Piria, se transforme à sa lempérature de fusion, en
présence de sulfite d'ammonium, en acide naphtylamine sulfonique (-).
Nous avons étudié l'action des solutions de sulfite de soude neutre sur le
nitrobenzène et reconnu que ces solutions, quels que soient leur degré de
(') Hendi'USOn, Orr et Whitkhi:au, Chein. Soc. t. 7o, 1899, p. r>/i;>.
('-) Ann. C hernie, t. 78, p. 3i.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 297
concentration et leur température (jusque vers la température de (jo"
environ) sont sans action appréciable sur le nitrobenzène mis à l'état de
fine suspension par agitation mécanique ('nergique.
Par contre, si l'on mainlienl à l'ébullilion une solution de sulfite de soude renfer-
mant de 10 jusqu'à 2(1 pour 100 deS()''\a^ dans la(|uelle on met en suspension du
nitrobenzène, en employant deux molécules de sulfite pour une de nitrobenzène, on
observe que la couleur de la solution de>ient orangée, puis vire peu à peu au rouge
brun, en même temps que les gouttes huileuses et l'odeur de nitrobenzène dispa-
raissent. Après deux, heures de chauffage à l'ébullilion, la liqueur est complètement
limpide et Ton ne perçoit plus l'odeur du nitrobenzène.
Dès que la solution commence à se colorer, on observe un dégagement d'ammo-
niaque qui se produit lentement au fur et à mesure que le nitrobenzène s'élimine. En
employant deux molécules de sulfite de soude pour une molécule de nitrobenzène
(proportions qui correspondent à la réduction en aniline), on constate qu'après dis-
parition de la totalité du nitrobenzène, il reste encore une faible proportion de sulfite
lie soude non oxydé et la solution a une très forte réaction alcaline.
Les dissolvants organiques, n'extraient rien de la solution. Pour isoler le produit de
la réduction, nous avons traité la liqueur par l'acide chlorlîydrique jusqu'à faible
acidité pour neutraliser la soude et décomposer l'excès de sulfite alcalin. La solution
est ensuite concentrée jusqu'à formation d'une bouillie cristalline qui est séchée au
' bàin-marie dans un courant de gaz sulfureux pour é\iler son oxydation à l'air. On
obtient ainsi un résidu brun cristallin qu'on épuise par l'alcool à 70 pour 100 bouillant.
La liqueur rouge brun ainsi obtenue laisse déposer par concentration et refroi-
dissement un produit rosé d'aspect cristallin. Ce produit peut être purifié par redis-
solution à chaud dans l'alcool à 70 pour loo et décoloration par le noir animal.
On obtient ainsi de petites paillettes brillantes incolores, infusibles, peu solubles
dans l'eau froide, plus solubles à chaud, insolubles dans l'alcool concentré et dans
l'éther.
La solution aqueuse a une réaction acide, elle décompose les carbonates, elle a de
fortes propriétés réductrices, elle réduitinstantanément le nitrate d'argent ammoniacal
à froid et en présence des alcalis, elle développe l'image latente photographique. Elle
se colore en violet par le perchlorure de fer.
Hypothèses sur la nature de la réaction. — Le composé ainsi isolé renferme
du carbone, du soufre à l'état sulfoné et de l'azote aminé. La caracléri-
sation du groupe sulfonique, de la fonction aminé el de la fonction phéno-
lique permet de supposer qu'il s'est formé par l'action du sulfite de
soude sur le nitrobenzène un amidopbénol sulfonique.
Cette hypothèse paraît confirmée par la détermination de la composition
centésimale. Voici les résultats de l'analyse :
298
ACADEMIE DES SCIENCES.
Trouvé
pour 10(1.
Ciilculé poui'
OIP- (»H
37 , 88
08,09
.i.-S
...,70
7,4o
7^0
16.90
16,93
Le composé ayant des propriétés développa triées pour l'image latente
photographique, la position des groupes OH et NH- doit être vraisembla-
blement on oj'tho ou en para. Cet amidophénoi sulfonique a des propriétés
identiques auparamidophénol ( 2) sulfonique décritparSchultzd Stable (').
On peut, croyons-nous, facilement expliquer la formation de cet amido-
|)hénol sulfonique, si l'on remarque que, dans l'action du sulfite de soude
sur le nitrobenzène, il y a eu dégagement d'ammoniaque et que la réaction
de la solution après élimination de l'ammoniaque est fortement alcaline.
On peut supposer que, dans une première phase, la réduction donne
naissance à une phénylhydroxylamine sulfonique d'après l'équation
suivante :
ce FP— NO- -4- 2 S03 Xa^ + H^ ()
^^^'H^C^™^,^^ 4- SO'iNa^+ NaOH.
Cette hydroxylamine sulfonique instable se transposerait immédiatement
en paramidophénol orthosulfonique :
NHOH
SO^ H
NH-
SO^H
OH
On peut expliquer le dégagement d'ammoiiiaque ([ui se produit pendant
Fébullition du nitrobenzène avec la solution de sulfite alcalin par Faction
de la soude, libérée au cours de la sulfonation sur la phénylhydrazine
sulfonique. Celle-ci se décompose probablement sous l'influence de la soude
d'après la réaction suivante :
3C«H^
/NHOIJ
\SOMi
6 N a OH = 2 iN 4- )\H3 4- 3 C' H
/ONa
\sO^Na
ÔH^O.
En outre, la coloration rouge de plus en plus intense que prend la solu-
{^) Journ. fiir pralU. Chcmic, 190^, p. 336.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 299
lion à mesure que l'ébullition se prolonge peut s'expliquer par la formation
d'azoxybenzène qui a été signalée par Bamberger et Brady (') quand on
Iraite à froid par la soude, la phénylhydroxylajiiinc.
Nous avons reconnu qu'il est possible de supprimer presque totalement
le dégagement d'ammoniaque ainsi que la coloration jouge de la solution
en additionnant la solution de sulfite, de bicarbonate de soude qui transforme
en carbonate la soude, au fur et à mesure de sa formation.
Nous avons obtenu 70''' de paramidophénol sulfonique pour 100^ de
nitrobenzène, soit 47,7 pour 100 du rendement théorique. Ce rendement
augmente peu et atteint seulement 5o pour 100 du rendement théorique
quand on opère en présence de bicarbonate de soude.
GÉOLOGIE. — La structure du Nord-Annam au sud de Thanh Hou.
Note de M. Charles Jacob, présentée par M. Pierre Termier.
Nous allons poursuivre vers le Sud l'étude, amorcée dans une Noie
précédente, de la structure du Nord-AuuaJii.
Tout d'abord, entre le petit massif crisiaUin côticr de Sam Son et les
calcaires dévoniens de la Série primaire^ s'introduisent des terrains secon-
daires : grès rouges et [)ondingues, uUribués an Trias inférieur el reuconlrés
en affleurements épars an milieu des rizières le long de la route mandarine
au sud de Tlianh Hoa, grès rhétieus à traces charbonneuses occupant de
vastes surfaces dans le Phu de Tinh Gia. Les relations avec le granité de
Sam Son, isolé dans les rizières, ne peuvent être reconnues par l'obseiva-
lion; mais, plus au Sud, les travaux antérieurs ont établi que les grès el'
poudingues attribués au Trias inférieur, équivalent probable de la base de
l'immense manteau gréseux de toute l'Indo-Ghine centrale et méridionale,
s'étendaient transgressivement sur les petits massifs côtiers de Yinh et de
Ha Tinh, analogues à celui de Sam Son. En revanche, on peut voir, dans
le sud du Thanh Hoa, la Série primaire reposer^ en contact anormal^ sur les
grès et poudingues : au nord-ouest de la station de Yen Thai, les calcaires
dévonieus, débutant par un marbre rose laminé, sont poussés sur les pou-
dingues. Plus au Sud, dans le Phu de Tinh Gia, le mouvement gagne
même de l'importance vers l'avant : au nord-ouest de la gare de Thi Long,
la base des porphyrites a dépassé la Série primaire; et les mylonites de
(') Berichte^ t. 33, p. 27.
3oO ACADÉMIE DES SCIENCES.
quartzites à ciment ferrugineux, accompagnées de calcaires étirés, reposent
directement sur les grès rhétiens.
Avec tous les éléments définis jusqu'ici, nous avons atteint une ligne, à
peu près droite, dirigée Nord-Ouest-Sud Est, suivant le Song Am et se
prolongeant vers la gare de Khoa Truong. A l'ouest de cette ligne et pour
couvrir l'immense surface qui s'élend au Sud-Est jusqu'aux massifs côtiers
de Vinh et de Ha Tinh, à TOuesl jusqu'à la Porte d'Annam, à la Chaîne
annamitique et au versant nord-est du Tran Ninh, se trouve un autre
ensemble, correspondant à la prolongation de la Zont de Nam Sam, telle
que Ta définie M. Dussault dans Sam Neua.
On en retrouve ici tous les caractères. Le subslratum est représenté par
les terrains cristallins de la Chaîne annamitique et du Tran Ninh auxquels
succèdenl des schistes et des calcaires, sans doute paléozoïques ; il Test
aussi par les terrains cristallins du massif du Pou Huât, qui vient se terminer
au sud de Ké Bon ; il l'est enfin par le gra'nile du Bou Ginh. Le principal
élément de la Zone correspond toujours à une épaisse série schisto- gréseuse ,
au sein de laquelle s'ajoutent sur les confins de Vinh et du Thanh Hoa des
lames calcaires, souvent étirées. Cette série gréso-schisteuse avec calcaires
subordonnés a fourni des fossiles triasiques : aux gisements anciennement
connus du Quan Moc et de Quan Son vers la côte d'Annam, j'en joins
divers autres, notammenl celui de Xom Nhuong, à mi-distance entre les
précédents et San Neua ; d'après M. Mansuy, il comporte, avec Myophoria
inœquicostata Klip., les Ammonites suivantes: Ceratites Phat Mans. cf.
C. trinodosiis Mojs., Ceratites cf. Ahichi Mojs., Protrachycerns annamense
Mans. cf. P. Curioni Mojs., Protrachyceras cf. i?r«/s/ Boeek in Mojs., c'est-
'à-dire des éléments de l'horizon à C. trinodosus ou d'horizons voisins.
Ici encore se rencontrent des microgranites et des rhyolites souvent écrasés:
des lambeaux en sont connus au nord de la Porte d'Annam dans Ha Tinh
et au sud du Song Ca dans Vinh ; j'en ai retrouvé à l'est de Muong Lam
dans le haut de Vinh ; j'ai délimité les énormes masses de rhyolites du Ta
Léo dans l'ouest de Thanh Hoa, etc. Enfin, comme dernier caractère, il
faut noter les écrasements fréquents dans cette partie du Nord-Annam ;
je puis notamment signaler des lambeaux de granité ou de schistes cristal-
lins entraînés autour du Bou Ginh ; et le repos de la Série schisto-gréseuse
du Nam Sam se confirme comme anormal sur le substratum.
Nous nous demandons maintenant comment se place la Zone du Nam
Sam par rapport aux éléments tectoniques distingués à l'est de la ligne du
Song Am.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 3oi
Au sud-ouesL du Song Ma, la bordure occidentale du pays d'Hoi Xuan,
dont nous avons indiqué dans une Note précédente les imbrications, formées
des porphyrites et des masses calcaires supérieures, monte sur la couverture
de Bou Ginh. Les Porpliyriies du Thanh Hoa reposent donc sur la zone du
Nam Sam. Du reste, en pleine zone des porphyrites, vers ^ an Am et Chan
Man, au nord de Bai Thuong, je connais, dans des bas-fonds, deux affleu-
rements de rhyolite sous les porphyrites. Ces deux affleurements se trouvent
au nord, tectoniquement à l'intérieur, du rocher d'Hani Kong, apophyse
ultime de la Série primaire. Je trouve là le seul argument que je possède
pour admettre que la Zone du Nam Sam doit s'intercaler entre la Série pri-
maire et les Porphyrites.
Dans le sud du Thanh Hoa, en dehors des faits exposés jusqu'ici, la
structure ne laisse pas que d'être trouÏDlée par tout un système de failles, de
direction Nord-Ouest, postérieures aux charriages, qui juxtaposent les élé-
ments les plus divers; une de ces failles, en particulier, limite à l'Ouest le
Rhétien du Phu de Tinh Gia et empêche de se rendre compte de la position
initiale de celui-ci par rapport à la Zone du Nam Sam. Dans le sud et
l'ouest du Thanh Hoa également, s'ajoutent, comme complications, celles
dues à des montées de roches basiques profondes qui recoupent tous nos élé-
ments suivant des tracés Nord-Ouest, depuis la mer jusqu'à la traînée déjà
signalée dans Sam Neua par M. Dussault. Je mentionne, entre autres, les
affleurements du Nui Na Son, de Luong Son, de Tri Nang, etc., dans les-
quels on rencontre des diabases quartzifères, des gabbros et des péridotites
à olivine passant à des serpentines, localement riches en fer chromé.
Pour conclure, il faut considérer le Nord-Annam presque tout entier
comme une région de nappes. Vers la côte seulement, et sans doute aussi au
sud-ouest de la Chaîne annamitique, il peut être question d'un avant-pays^
qui serait caractérisé par une couverture transgressive de grès secondaires.
Ailleurs, quand le substratum affleure, c'est le cas dans la Zone du Nam-Sam,
il n'a pas ou n'a plus cette couverture transgressive. Au-dessus de l'avant-
pays, vient, en contact anormal, une lame complexe, représentée seulement
dans le nord du Thanh Hoa dont elle constitue la Série primaire. Puis c'est
la Série schisto-gréseuse, triasique, à rhyolites et microgranites souvent
écrasés, définie dans la Zone du Nam-Sam, suivie, elle-même, d'une lame
individualisée dans le Thanh Hoa, qui est caractérisée par des porphyrites,
lame qui a glissé jusque sur l'avant-pays. Enfin, culminant sur le tout, nous
trouvons les masses principalement calcaires de la Chaîne de Thanh Hoa,
entre l'Annam et le Tonkin, et celles du pays de Hoi Xuan.
G. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N* 5.) ^3
3o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE, — Nouvelles observations sin- les dislocations de la Montagne de la
Bastille^ près de Grenoble. Noie (') de MM. F. Klanchet el E. Chagny,
transmise par M. Kilian.
Le promontoire de la Bastille, dont les assises tithoniques (Calcaires de
la Porte de France) sont restées célèbres par les discussions stratigra-
phiques auxquelles elles ont donné lieu, a fail l'objet d'une ('tude détaillée
de la part de M. Kilian (-).
Après avoir caractérisé la série des assises qui prennent part à la consti-
tution de cette montagne, cet auteur y signale un système de cassures trans-
versales découpant dans ces assises quatre « tranches y> chavirées les unes
par rap|)ort aux autres et comprenant : le Mont-Jalla, la plate-forme de la
Bastille, les assises où sont établies les fortifications de la Bastille, enfin
celles qui supportent les fortifications de Rabot.
M, Paul Corbin a récemment mis gracieusement à la disposition de
M. Kilian un plan au -j-^ de cette région, exécuté par le Service du Génie
en 1827. Ce précieux et fort intéressant document nous a permis d'étudier
avec une précision exceptionnelle la disposition de ces assises et de nous
rendre compte d'une façon certaine que plusieurs de ces accidents se
réduisent en réalité à des torsions très brusques^ généralement fort accen-
tuées.
Nous avons pu ainsi relever la présence de quatre torsions grossièrement
parallèles, s'étageant sur le flanc ouest du promontoire de la Bastille et dont
les axes, dirigés d'abord E-0 dans le voisinage de la ligne de faîte, s'incur-
vent de façon sensible vers le N-O dans la direction de Saint-Martin-le-
Yinoux. Ce sont du Nord au Sud :
1° La rOKSiON n° 1 qui relie les couches très redressées de la l^orte de France et du
.lardin des Dauphins aux coiiclies renversées très nettement visibles dans la carrière
abandonnée située en haut du chemin de la Rochette (Carrière à Pygope janilor
Pict. sp.). Des preuves remarquables de cette torsion nous ont été fournies : (a) au
sud de cette carrière, où nous avons relevé dans l'assise supérieure du Titlionique une
torsion de 40° sur une longueur de 5"" à G'" ; (h) non loin de la poterne inférieure de
l'ancienne route Rabot-Bastille; (c) dans l'Enclos du couvent de Sainte-Marie.
(') Séance du 16 janvier iq.^j.
(^) W. Kilian, Len dislocations de la Montagne de la Bastille, près Grenoble
{C. //. de r Association française pour l'Axance/nent des Sciences, S août 190^
avec carte, photographies, coupe el schémas).
SÉANCE DU 3o JAAVIER I922. 3o3
v Lk torsion n" 2, beaucoup plus brutale, raccorde, par un faible changement de
direction et un brusque changement de pendage, les couches renversées de la carrière
à Pygope Jajiilor Pict. sp. aux assises peu inclinées supportant les deux échauguette-
des fortifications ouest :
a. Contre le mur d'escarpe du fossé ouest, au-dessus de l'octroi de la roule de
Clémentières, les couches renversées de Tithonique se redressent à la verticale. En
remontant le fossé, on passe peu à peu au pendage du paquet supérieur.
h. Derrière la poudrière A. M. de Rabot, nous avons trouvé du Kiméridgien en
place qui raccorde parfaitement les deux pendages précédents.
f. La même disposition se retrouve au pied des remparts bordant le sommet de
l'Enclos, dans le Séquanien, cette région marquant d'ailleurs la terminaison orientale
de la torsion.
3° La torsion n° 8, orientée sensiblement NS. faible au Nord dans le Tithonique sur
le bord occidental du plateau de la Bastille, plus brusque au Sud, près de la route
militaire Rabot-Bastille, dans le Séquanien o.ù elle se complique d'une cassure. Elle
ne tarde pas à s'atténuer à l'Est, près de l'ancienne poterne de la route Rabot-Bastille.
4° La torsion n*^ \ qui passe au pied des escarpements du Mont Jalla dans les couches
du Tithonique redressées à la verticale, puis dans le Kiméridgien et vient s'achever
dans le Séquanien vers les batteries, au nord du plateau de la Bastille.
Telles sont les toi'sions principales que nous avons relevées. Il en existe
d'autres secondaires, et, dans le Séquanien notamment, nous avons constaté
la présence d'un certain nombre de flexions très accentuées, accompagnées
souvent de légères cassures intéressant un banc ou deux, mais qui ne
sauraient être interprétées comme des failles véritables.
Il existe néanmoins dans la montagne de la Bastille deux cassures impor-
tantes. L'une d'elles {Faille de la Saucisse) sectionne nettement les assises
du Kiméridgien, du Tithonique et du Berriasien de la route militaire
Rabot-Bastille jusqu'aux environs de Saint-Martin-le-Yinoux. Sa projec-
tion horizontale a la forme d'un S retourné, orienté sensiblement NO dans
son ensemble. Des observations souterraines faites dans les galeries de la
Société des Ciments de la Porte de France nous ont donné comme caracté-
ristiques du miroir de faille, à la hauteur du puits de décharge de la Saucisse,
une direction de 28° NO et un pendage de 60° NE.
L'autre faille {Faille du .lalla) a son origine au sommet du Mont Jalla, ou
elle sectionne le Tithonique, fait apparaître le Kiméridgien vers la cheminée
Saint-Martin (Société des Ciments de la Porte de France), contourne le
grand banc rocheux au-dessus de Saint-Martin-le-Vinoux et disparaît au
nord du restaurant de Bellevue, dans les marnes au-dessus de Tallièros. Il
existe également d'autres failles à rejet très faible, non observables en surface
par suite des éboulis qui les recouvrent, mais que nous avons pu néanmoins
relever dans les galeries d'exploitation des ciments de la Porte de France.
3o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ces failles, au nombre de trois, sont orienlées l'une i\0-SE; la moyenne des
deux autres E-NE. Elles passent approximativement à iioo'" au nord des
Combes et leur rejet varie de 3™ à 6*".
En résumé ('), nous pouvons distinguer dans le promontoire qui domine
si pittoresquement Grenoble au Nord :
1° Une partie septentrionale constitué-e par les couches du mont Jalla,
régulièrement disposées, qui se déploient en éventail à mesure qu'elles
descendent et, d'une direction de 12° NE et un pendage de 55° ouest au
sommet, passent, auprès des Combes, à une direction de 62° NE et à un
pendage de 25** NO; à la hauteur de Bellevue elles sont ramenées à un pen-
dage de 55° ouest par \a faille du Jalla.
2° Une partie méridionale, constituant le promontoire de la Bastille,
déplacée vers l'Est par rapport à la précédente d'environ 5oo™ à la base.
En même temps, sur ces assises refoulées, se sont produits des plissements
allant en s'accentuant vers le Sud jusqu'à provoquer une rupture diagonale
des calcaires du Jurassique supérieur (faille de la Saucisse).
Le résultat de ces actions multiples (torsions et failles) est la formation
dans le promontoire de la Bastille et le mont Jalla de trois tranches à peu
près délimitées à la façon des touches d'un clavier.
Nous avons cru intéressant de relever en détail la position et la nature
de ces accidents, car ils peuvent présenter un certain intérêt en vue d'une
révision de la tectonique de la partie orientale des chaînes subalpines dau-
phinoises. Ces dislocations, si voisines de celles de la bordure orientale du
Vercors, ont très probablement avec celles-ci une origine commune que
seule une étude minutieuse de toute cette région pouira mettre en lumière.
PALÉONTOLOGIE. — Sur quelques Poissons néocomiens de la Haute- Marne et
de la Meuse. Note de M. G. Corroy, présentée par M. Pierre Termier.
i" Cornuel(-) et M. Leriche (^) rapportent au Mesodon cf. gigas
Agassiz, deux dents du calcaire à Spatangues de la Haute-Marne ; dents de
(') Une élude très détaillée avec carte, photographies, coupes et stéréogramme,
sera publiée prochainement.
(-) CoRNUEL, Descriptions de Poissons fossiles provenant principalement du Cal-
caire néocomien de la Haute-Marne {B. S. G. F., 3" série, t. 5, 1877, p. 6o4); JVote
sur de nouveaux débris de Pycnodontes portlandiens et néocomiens de l'est du
Bassin de Paris {B. S. G. F., 3« série, t. 8, 1879, p. iSg).
(") M. LiiRUMiE, Sur quelques Poissons du Crétacé du Bassin de Paris {B. S. G. F.,
'l" série, t. 10, 1910, p. 455).
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 3o5
grande taille venant de la rangée principale de spléniaux, d'une forme très
voisine en effet de Mesodon gigas, si abondant dans le Kiméridgien du Jura
neiifchàtelois. On peut voir, d'autre part, dans les galeries du Muséum
national d'Histoire naturelle, cinq dents isolées, attribuées à cette espèce,
venant de l'Hauterivien de Sainl-Dizier. Je possède également plusieurs de
ces dents énormes trouvées à Brillon et Bettancourt.
Enfin, j'ai eu le loisir d'étudier au Laboratoire de Zoologie de la Faculté
des Sciences de Nancy une pièce fort belle, donnée par M. Thiéry, et qui
fut découverte dans les carrières bauteriviennes de Ville-sur-Saulx. C'est
la dentition d'un splénial droit comptant 49 dents et qui est bien celle
d'un Mesodon g'igcis. Sans doute, ces dents ont appartenu à un individu non
encore adulte, car elles n'ont ni la taille (28™'" pour les maxima au lieu
de 35'"'"), ni l'usure des types âgés. Elles se dénombrent ainsi :
Rangée principale 10 dents
Rangée intermédiaire adjacente i4 »
Première rangée externe i4 »
Seconde rangée externe 8 »
Rangée interne 3 »
Le Mesodon gigas Agassiz a donc bien vécu dans la mer bauterivienne du
Bassin de Paris, Priem(*) signalant déjà quelques dents à Vaux (Yonne).
1° La collection Moreau, conservée à Nancy au Laboratoire de Géologie,
a attiré mon attention sur deux spléniaux de l'Hauterivien de Ville-sur-
Saulx, que j'attribue au Mesodon robustus Cornuel. Or cette espèce n'a
été signalée que dans le Barrémien de cette région (Saint-Dizier). Le splé-
nial droit compte 35 dents dont six très fortes à la rangée principale et
l'emplacement de trois. Le splénial gauche, 23 dents et l'emplacement
de huit.
3** Mesodon heterotypus Cornuel est bien une espèce à maintenir dans le
Néocomien du Bassin de Paris. La seule description que Cornuel en donne,
sur un fragment de vomer des environs de Vassy, dénote la présence de
dents très particulières, principalement celles de la rangée exteriie. Un
fragment de vomer plus important (Hauterivien de Vassy, collection
Moreau) montre précisément les dents externes si caractéristiques, hautes,
à faces triangulaires, à sommet et angles émoussés.
4** M. Lericlie regarde comme peu cerlaine la présence de Cœlodus Man-
tellî Agassiz dans le Néocomien du Bassin de Paris, d'après les restes insuf-
(*) Priem, Etude des Poissons fossiles dit ffassin de Paris (Ann, de Paléontologie,
1908),
3o6 ' ACADÉMIE DES SCIENCES.
fisants que Cornuel signale. Un vomer en excellent état (Hauterivien de
Bellancourt) me permet de confirmer la détermination de Cornuel. Cet
échantillon correspond à la taille des vomers de Cœlodus Manteili, nombreux
dans le Wealdien d'Angleterre (') : 20"^°^ ?ur 10""". Il porte cinq rangées
de dents se répartissant ainsi :
Cinq allongées et quatre ovalaires à la rangée pricipale;
Onze pour les rangées internes avec remplacement de cinq;
Dix pour les rangées externes avec remplacement de cjuatre.
Sur le coté droit on remarque en outre deux dents de remplacement, ce
qui indique un individu d'un âge peu avancé. Cette espèce serait donc
arrivée par le Nord dans le Bassin de Pari's.
5° Enfin un Lamnidé : Odojitaspis macrorhiza Cope, mut. infracretacea
Leriche, est beaucoup moins rare qu'on ne le pensait. Je possède de nom-
breuses dents de cette espèce: Hauterivien de Vassy, Brillon, Saint-Dizier.
En résumé, ces observations permettent d'apporter plus de précision à
nos connaissance^ sur la faune ichtyologique néocomienne du Bassin de
Paris, notamment en ce qui concerne l'existence de plusieurs Pycnodontes.
PALÉONTOLOGIE. — Sur V aire de dispersion de Dyrosaurus, Crocodilien
fossile du Nord-Oursl africain. Note de M. L. Joleaud, présentée par
M. Emile Haug.
Dyrosaurus pJiosphaticus Thom. (^) est un Crocodilien longirostre des
phosphates de Gafsa (Tunisie) : ses principaux caractères en font unTéléo-
saurien archaïque ayant persisté longtemps après la disparition, à la fin du
Jurassique, de presque tous les genres de cette famille (^). Un autre Téléo-
saurien à cachet aussi très ancien, Teleorhinus Browni Osborn, a été décrit
du Turonien de Fort-Benton (Montana, Etats-Unis) : les deux Reptiles
(') Smith-Woodward, Catalogue of the fossil Fishes in the Britisli Muséum,
vol. 1, 1889.
('-) Le nom de D. thevesLensis Pomel me semble pouvoir être conservé pour désigner
la variété de Tebessa, légèrement différente de celle de Gafsa, d'après le fragment de
rostre que j'ai recueilli dans la première de ces localités [voir A. Thevenin, Le Dyro-
saurus des phosphates de Tunisie ( Ann. de Paléont., t. 6, 191 1, p. 95-106, pi. XIV-
XVI, notamment p. 106, pi. XA , fig! 2)].
(•^) Il est très regrettable que deux noms presque homonymes et homophones, d'or-
thographe d'ailleurs à peine différente, Dyrosaurus Pomel et Dryosaurus Marsh,
désignent l'un un Crocodilien, l'autre un Dinosaurien.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 3o7
d'Amérique et do Berbérie sont, comme l'a fait remarquer A. Thevenin,
assez voisins l'un de l'autre. Un troisième Téléosaurien postjurassique,
Congosaurus Bequœrti \}o\\o ('), vient d'être découvert à Cabinda (Landana) :
ce Reptile, dont le squelette a été troii\é avec des dents de Lamna appeit-
diculata A^., Odonlaspis macrota striata Winkl., Myliobatis sp. et i\&<
coquilles de Thershea. remonte au Montien, comme l'indique l'association
de ces fossiles crétacés et éocènes. Les analogies constatées par le paléonto-
logiste belge enl re le Grocodilien du Bas Congo et celui de Berbérie vienneni
donc à l'appui de l'atlribiition au Montien que j'ai récemment proposée ( ')
pour les phosphates d'Algéiie et de Tunisie.
Des vertèbres de Dyrosauras oui été indiquées de deux localités de l'/Vfrique occi-
dentale : i" Abadion, près de Tokpli, sur la rivière Monu, à la limite du Dahomey et
du Togo ( ') ; 2° Anou Mellen, dans la vallée du Tilemsi, au nord de Ciao (Soudan ) ('*).
Dans cette dernière localité, M. Cortier a trouvé une vertèbre de ce Grocodilien avec
une Huître campa nienne, Ostrea Pomeli Coq. Peut-être convient-il d'attribuer au
mèiVie animal le fra<;menl de rostre recueilli aussi à Anou Mellen avec des I^chinides
montiens, Lintlna sudaiiensis Bath., Plesinlampas cf. Paquieri Lamb. ( '). A Aba-
dion, Dyrosdunis est associé à diverses espèces de Poissons : Pycnodits variabilis
tog-oensis Strom., Hypolophites myliobatoides Strom., Myliobatis Di.voni \g., Gin-
glyinostouui sp., Odontaspis macrota striata Winkl. Une faune presque identique
caractérise le Montien de Landana {^) : Hypolophites mayombensis Lev., Myliobatis
dispar Lsr . , Ging-ly mostoma sp., Odontaspis macrota striata Winkl., Lamna appen-
diciilata Ag. Le genre le plus caractéristique, parmi ces Squales, Hypolophites, se
rattache à Rliombodus de Maestricht et paraît être l'ancêtre de Hypolophus actuel. Le
gisement de Dyrosaurus d'Abadion est sans doute montien et celui d'Anou Mellen peut
être en partie sénonien, en partie montien.
Teleorhinus, Conoosanriis et Dyrosaurus sont en somme trois Tèléosau-
ridésqui témoignent de la persistance de cette famille jurassique jusqu'au
(1) Sur la découverte de Téléosauriens It^rtiaires au Congo {Bull. 4cad. my. Bel-
gique, Cl. Se, 1914» P- 288-298).
(-) L. JoLEAUD, Sur l'âge des dépôts de phosphate de chau.r du Sud marocain,
algérien et tunisien {Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 178-181).
(*) E. Stromer, Reptilien und Fischreste aus deni marinen Alttertidr von S/idtogo
(Westafrika) {Monatsb. deutsch. Geol. Ges., Bd. 62, 1910, p. 4/8).
{'') A. Thevenin, lac. cit., p. 108, pi. Ill, fi g. 4, 4«, 4^-
['') Paul Lemoine, Contributions à la connaissance géologique des colonies fran-
çaises; VIII, Sur quelques fossiles du Tilemsi {Soudan) {fiull. Soc. Philom., 1909,
p. 102-104, pi. Il, fig. la).
(^) M. Leriche, Les Poissons paléocènes de Landana {Congo) {Ann. Mus. Congo
belge : Géol. Pal. Min., III; Bas et Moyen Congo, ï, II. rgiS. p. 65-91, pi. VIII-X).
3o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Tiironien, dans l'Amérique du Nord, et jusqu'au Montien, en Afrique. Un
autre Reptile de Gafsa a été aussi envisagé comme un type jurassique ayant
subsisté au début du Tertiaire. G. de Stefano (') l'a nommé Plesiosaurus
pJwspha tiens ^ mais H. Douvillé et A. Thevenin tendraient plutôt à en faire
un Grocodilion. Je ne connais d'aussi grands Reptiles, à dents mesurant au
moins i 20""" de longueur, que parmi les Plésiosauriens et les Mosasauriens
{Hainosauras , Mosasaurus giganteus). Les jners continentales d'Afrique
abritaient donc encore^ à l'aurore des temps éocènes ^ une faune résiduelle juras-
sico-crétacéc se propageant de la Berbérie au Congo par l'Afrique occidentale.
Avec ces animaux à physionomie archaïque i^ivaient alors en AJrique des
précurseurs des éléments caractéi istiques de milieux biologiques européens plus
récents. Les Zeuglodontidés archaïques. Pappocetus Lugardi Andr., de
TEocène inférieur d'Ombialla (Nigeria du Sud), Protocetus atams Fraas et
Eocetus Schweinfurthi Fraas, du Lutétien supérieur de Mokattam (Egypte),
ont précédé Zeuglodon, qui apparaît seulement à l'Eocène supérieur en
Angleterre et dans le Sud-Est des États-Unis. On peut noter aussi comme
caractéristique de la sous-province marine africaine l'apparition précoce
de certains types de Poissons qui ne se montrent que beaucoup plus tard en
Europe : Myliobalis débute au Alaestrichtien à Gafsa, au Montien au Congo,
Ginglymostoma apparaît au Montien à Gafsa, alors que tous deux n'arrivent
qu'au Thanétien en Europe; Aètobatis et les Carcharidés reconnus dans le
Montien de Rerbérie ne pénètrent dans les mers d'Europe qu'au Cuisien.
Parmi les Cliéloniens de TÉocène inférieur africain figurent, à côté
d'espèces marines : Cosmochelys Doiloi Andr., Dermochélyidé d'Ombialla,
Lytoloma Douvillei Stef. et Caretta phosphatica Stef., Ghélonidés de Gafsa,
des types d'eau douce : un Ghélydridé, Gafsachelys phosphatica Stef. de
Gafsa et un Pélomédusidé, Podocnemis congolensis DoUo, de Landana.
Les Ghélydridés, représentés dans le Purbeck et le Weald par Tetrosternum,
ne comptent plus aujourd'hui que quatre espèces appartenant à trois
genres: Chelydra, dont l'aire disjointe embrasse les Etats-Unis, le Mexique
et le Guatemala, d'une part, l'Equateur d'autre part; Macroclemmys,
répandu du Missouri à la Floride et au Texas; Devisia, de la Nouvelle-
■ Guinée. L'ensemble de ces dispersions géographiques, dissocié en trois
tronçons, occupe les extrémités du grand géosynclinal transverse; il
témoigne de la très ancienne adaptation des Ghélydridés à la vie des eaux
O ISaovi Rettili degli slrali a fosfato delta Tunisia {BolL Soc. Geol. Italiana,
i. 23, 1903, p. 5i-8o, pi. IV).
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. SoQ
douces, comme le faisait présager leur découverte dans le Jurassique supé-
rieur continental de nos pays. Le genre Podocnemis^ qui offre, à son tour,
une double localisation actuelle, dans les Guyanes et le Brésil (six espèces),
d'une part, à Madagascar (une espèce), d'autre part, est connu, à l'état
fossile, d'Angleterre (Kocène inférieur), de Malte (Miocène inférieur),
d'i^gypte (l^^ocène supérieur à Miocène inférieur) et de l'Inde (Éocène
inférieur). Les eaux- douces présentent donc en Afrique^ à l'aurore des temps
èocènes, comme le milieu marin, V association de types jurassico-crétacés persis-
tant plus ou moins longtemps (^Gafsachelys^ et de genres précurseurs ae s faunes
éocênes (Podocnemis).
POI.ARIMÉTRIE ET ACTIXOMÉTRIE. — Observations reki^ées au mont Blanc.
Note de M. A. Boutaric, présentée par M. J. Violle.
1. Du ji juillet au 7 août 1921 j'ai effectue'' à l'Observatoire Vallot du
mont Blanc (435o'") une série de mesures actinométriques et polarimé-
triqpes.
Le Tableau suivant donne le relevé horaire (') : 1° des polarisations P
de la lumière diffusée par le ciel, dans le vertical du Soleil et dans la
direction située à 90° du Soleil (mesurées par le photopolarimètre de
Cornu); 2° des intensités ?' du rayonnement solaire en calories-grammes
par centimètre carré et par minute (mesurées par le pyrhéliomètre à
compensation électrique de Knut Angstrôm).
Relevé horaire des observations polarimétriques et actinométriques.
\" aoiil. 2 août. 4 août.
~p'^ TT T. TT "7! TT
II
7 0,62' 1,358 » Il 0,35 1)
8 0.62 1.464 » » 0,35 1-4^4
9 0,62 i,5i4 » i,5ï4 0,34 1,460
10 0,62 1,544 0,61 1,544 » 1.493
II G, 63 1,558 » 1.558 » i,5i2 « »
12 )) 1 , 56o » » » » » ))
i3 o,6ij i,55o )i » » » 0,64 1,540 —
i4 0,62 1,538 » » 0,52 i,5i2 0,64 1,520
i5 0,60 i,5oi » Il » 1,480 0,66 1,484
16 0,59 1,448 » " 0,61 1,436 o,65 i,44o
17 0,61 1,366 I. I. .. 1.349 0'68 1,349
18 » 1 . 198 » « » » 0,68 1,145
18, 45"' 0,68 » » » » I) » »
(*) Les heures sont évaluées en temps solaire vrai au mont Blanc,
3lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
!*'■ aoiH. — Belle journée, mais nuages en dessous de l'Observatoire, sur les
plaines.
•> août. — Le matin, ciel clair, mais nuages et brume sur la vallée; vers 12'', les
nuages montent et enveloppent l'Observatoire.
4 août. — Après une nuit de violente tempête, accompagnée dune chute abondante
de neige, le temps est clair; mais il v a partout de la neige fraîche, et, en dessous de
l'Observatoire, des nuages.
6 août. — Belle journée; fatmosplière est parfaitement transparente, tant au-dessus
qu'en dessous de l'Observatoire (on distingue très nettement la vallée de Chamonix).
2. J. 'examen de ce Tableau permel de formuler quelques remarques :
a. Les valeurs horaires.de /suivent d'assez près la moyenne publiée par
M. J, Vallot et relative à des « joutuiées exceptionnelles » ( ' ).
h. Bien qu'au mont Blanc l'atmosphère soit très pure (ce qu'indiquent
les valeurs élevées du rayonnement solaire), la polarisation de la lumière
diffusée par le ciel n'est pas exceptionnellement forte. Rlle n'a pas
dépassé o,G8, tandis que (^.ornu (-) signale avoir observé, en plaine, des
polarisations de 0,80. 11 faut, je crois, attribuer cet affaiblissement au
pouvoir diffusif intense de la neige : la lumière diffusée par la neige,
suivant toutes les directions, se superpose, dans l'atmosphère, i\ la lumière
solaire directe et diminue notablement la proportion de lumière polarisée.
c. Pour cette raison, la polarisation du ciel ne révèle pas aussi nettement
qu'en plaine la transparence de l'atmosphère (*). Ainsi, la polarisation
était plus faible le i*'"' aoiU que le 6 août, bien que l'atmosphère fût plus
transparente (comme le montre la comparaison des intensités du rayonne-
ment solaire dans l'après-midi) : c'est que le i"' aoûl, il existait, en dessous
de l'observatoire, sur la vallée, une mer de nuages très dense qui
diffusait beaucoup de lumière. De même, dans la matinée du 4 août, la
polarisation de l'atmosphère a été très faible, bien que la transparence ne
fût pas particulièrement réduite : c'est qu'une chute abondante de neige
s'était produite dans la nuit, recouvrant de neige fraîche les environs de
l'observatoire, tandis que des nuages s'étendaient sur la vallée.
(') .). Vai.loï, Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 1387.
(-) A. Cornu, Association française pour V Avancemenl des Sciences, Limoges,
1890, 2" partie, p. 268.
(^) A. BouTARic, Thèse, 1918, et Annales de Physi//ue., 9*^ série, t. 9, p. 11 3. —
Voir également Comptes rendus, t. 172, 1921, p. i5i9.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 3ll
MÉTÉOROLOGIE. — Sur In climatologie du Maroc.
Note de M. Loris Gextil. présentée par M. L. Mangiii.
La climatologie du Maroc est encore peu connue. Du moins, si Ton
compare la carte des pluies de la plus grande partie du Maghreb (le Maroc,
oriental excepté), publiée en 1900 par Theobald Fischer ('), à celle que
vient de faire paraître M. Augustin Bernard (-). on est frappé de leur
ressemblance, malgré la gamme des isohyètesplus détaillée dans la seconde
que dans la première. Or nous possédons maintenant une documentation
bien plus riche, grâce au nombre des stations réparties sur toute l'étendue
du Protectorat, dès l'année 1912, par l'initiative de M. Malet, directeur
général de l'Agriculture à Rabat.
Th. Fischer n'avait à sa disposition que les mesures elï'ectuées dans la
zone du littoral atlantique et à Marrakech; il les a heureusement com-
plétées par des faits observés, au cours de ses itinéraires, sur les régions
naturelles qu'il a traversées.
J'ai exposé brièvement, au début de 191 2, l'état de cette question ( '), en
y ajoutant quelques remarques personnelles sur les caractéristiques clima-
tiques des diverses régions que j'avais parcourues.
Depuis, je me suis toujours attaché à observer le climat par ses influences,
non seulement sur la morphologie du sol, mais encore sur la répartition
des plantes et les associations florales. L'étude du tapis végétal est, en
effet, de nature à jeter parfois une vive lumière sur le climat, en l'absence
de toutes mesures météorologiques. Et il est possible, par la considération
du régime des vents et de l'influence des reliefs, d'expliquer, en bien des
cas, des caractères géobotaniques fort intéressants.
Une mission effectuée l'an dernier, avec la Société botanique de France,
m'a permis de contrôler, par les déterminations de ses membres, notam-
ment celles de MM. Braun et Lemaire, les données climatiques que j'avais
établies. J'attirerai, à ce point de vue, l'attention sur deux régions du
Maroc :
i" Maroc oriental. — On ne saurait adopter sans réserves la distribution
(') Zeitsch. d. Gesel. /. Erdk. z, Berlin, Bd 35, 1900, n" 0. p. 365-41;
Taf. 10.
(2) Le régime des plaies au Maroc {Mém. S. Se. i^at. du Maroc. Rabat, 1921).
(=*) Le Maroc physique. Paris, Alcan, édit.; 1912. p. 244-271.
3 12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
des zones de pluies figurées sur la carte de M. Augustin Bernard, dans le
Maroc oriental.
Il me semble difficile d'admettre, en effet, que toute la région comprise entre Oujda
et Taza, le pied sud-est du Moyen Atlas et la mer, reçoive annuellement de 3oo'""^ à
400™™ d'eau.
J'ai fait remarquer, autrefois, que le climat relativement humide des environs
d'Oujda (environ 3oo'""') passait assez brusquement à l'ouest, dans la plaine d'Angad,
à un climat de steppe bien caractérisé ('). Dans la moyenne Mlouya, entre El Aïoun
Sidi Mellouk et Mçoun,on se trouve dans une légion subdéserlique où affleurent des
terrains tertiaires et quaternaires qui caractérisent, clans le Tell, les régions les plus
fertiles de l'Algérie. En se dirigeant de l'est vers l'ouest, on constate que l'alfa
{Stipa tenacissima) recouvre les collines calcaires, en continuité avec la grande
extension de cette plante dans les Hauts plateaux oranais. Puis, à partir de Mes-
tigmer, on observe la végétation d'une steppe subdésertique : Laiineœ arbores-
cens du Sud-oranais, Anabasis aphylla , Marriibiiim Alfsson, Àrtemisia herba-
alba, etc., avec quelques formes spéciales à ces régions (-).
Il en résulte que les isohyètes de 200""" et de 100'"'" des régions déser-
tiques doivent s'incurver fortement vers le nord et recouvrir la plus grande
partie de la vallée de la haute et moyenne MIouya. J'ai expliqué les carac-
tères climatiques de ces régions par un régime de vents du sud et du sud-
ouest, qui étendent la sécheresse désertique de l'Extrême Sud-marocain,
jusqu'au contact des massifs des Béni Snassen et des Béni Bou Yahi (^).
Cette zone subdésertique s'arrête brusquement, à l'ouest de Mçoun, vers
la ligne de partage du réseau méditerranéen de la MIouya et du réseau
atlantique du Sebou. On passe brusquement à la région très arrosée de
Taza, caractérisée par des pluies de reliefs.
2° Maroc sud-occidental . ~ La zone de steppes indiquée par Th. Fischer
sur sa carte ('') s'expliquerait difficilement si l'on attribuait les zones
décroissantes de moyennes de pluies, depuis la côte de Mazagan jusqu'au
pied de l'Atlas, à l'influence exclusive des vents matins.
Les isohyètes croissent, en efTel, dans la plaine, au delà de la zone steppique, avant
d'atteindre les contreforts de la grande chaîne où la détente adiabatique de l'air com-
mence à s'exercer sur les vents maritimes, déjà dépouillés d'une partie de leur humi-
dité. Aussi convient-il d'expliquer les chutes d'eau sur la grande chaîne, enveloppée
(^) L' Amalat d'Oujda. Étude de géographie physique {La Géographie^ t. 23,
191 1, p. 17 et 33o).
(■") J'emprunte ces déterminations et les suivantes à M. iMaire.
(^) Notice sur les Travaux scientifiques. 1918, p. 128; Paris, E. Larose, édit.
{'*) Elle est caractérisée par : Launeœ nudicaulis, Calendula œgyptiaca, Pennis-
setum ciliare, etc.. parmi lesquelles de nombreuses espèces de steppes algériennes.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 3l3
de risoliyèle 800, par l'intlueuce des vents du nord-est en liiver, du nord et'du nord-est
en ele.
Les caractères géobotaniques de ces régions viennent confirmer, de laçon
lumineuse, cette interprétation.
Je ferai abslraclion de la présence de l'Arganier {Argania sydero.rjlon), qui est
considéré comme représentant les vestiges d'une llore tropicale ancienne ('). Je ferai
seulement remarquer que cette essence se poursuit au delà d'Agadir et je pense que
son extension vers Aoulouz, au pied méridional du Haut Allas, est de nature à
modifier sensiblement le tracé des isoliyètes de la carte de M. A. Bernard; parce que
je crois avoir montré ([ue l'aire géographique de cet arbre de la famille du bois de
fer est exclusivement fonction du climat C^).
Il est plus important de constater que les influences méditerranéennes se
font sentir, parfois très manifestement, sur les associations florales du pied
septentrional de l'Atlas. Les déterminations des membres de la Société
Botanique de France sont des plus instructives à cet égard.
Dans la région de Mogador la végétation qui accompagne l'Arganier est très dilTé-
rente de celle des steppes sud-marocaines. La flore noéditerranéenne y réapparaît avec
des éléments endémiques : Asparagus albiis, Anagyris fœtida^ Clematis cirrlioza,
Asphodelus nv'crocarpus, Scabiosa maritinia, etc. Plus au sud, au Dj. Amsiten, une
llore sub-saharienne {B/ius oxyacantha, Uariona Saharœ, Bupleurum rigi-
dum, etc.) contraste avec les affinités méditerranéennes de la forêt d'Arganiers située
à ses pieds.
Mes compagnons de voyage ont été fort surpris de ces caractères géobo-
taniques du Sud-Ouest marocain, puisqu'il s'agit de la zone littorale atlan-
tique située à plus de 600'^'° du point le plus proche du \'iilora\ méditerranéen.
Mais j'ai toujours été frappé de Tinfluence des vents N. et N.-E. sur le
climat de ces contrées.
Non seulement le Haut Atlas forme une barrière climatique qui sépare
la zone maritime de la zone désertique du Sahara, mais la grande diffé-
rence des chutes de neige, en hiver, sur les deux versants de la chaîne, est
en partie due aux apports des vent N. et surtout N.-E. venus de la Médi-
terranée. L'influence de ces vents sur la croissance et dissémination d'espèces
végétales méditerranéennes, dans la zone steppique et sur les premiers
contreforts de l'Atlas, s'explique non moins aisément.
(*) LoLis Gentil, L'Arganier ou l'arbre du Sous {Maroc) {La Nature, Paris,
10 février 1906, p. 171).
(-) Explorations au Maroc, 1906, p. 34i-354; Paris, Masson, édit.
3l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MÉTÉOROLOGIE. — La signification des cirrus dans la prévision du temps.
Note (') de MM. Ph. Schereschewsky et Ph. Wehrlé, présentée par
M. R. Bourgeois.
Position du problème . — L'observation systématique du ciel (Howard,
Poëy,...) a montré que les formes nuageuses, du beau temps à la pluie, ne
se succédaient pas dans un ordre arbitraire. Les cirrus, têtes de ces séries
chronologiques, de ces « passages nuageux », ont été souvent considérés
comme annonciateurs du mauvais temps. La signification ainsi attribuée à
ces nuages a donné lieu à de nombreuses controverses.
Les essais tentés pour lier l'étude des cirrus à celle des dépressions ne
pouvaient conduire à aucun résultat positif, parce que le rattachement du
mauvais temps aux formes isobariques est injustifié.
La méthode rationnelle consiste à étudier les masses nuageuses indépen-
damment de la pression, mais «*n substituant le concept synoptique de sys-
tème nuageua- au concept local de passage nuageux,
La notion de marge. — En fait, la solution du problème des cirrus est
donnée très simplement par les propriétés élémentaires des systèmes nua-
geux. On sait (-) (|ue nous avons appelé ainsi les groupements des masses
nuageuses dans Tatmosphère, groupements de vaste superficie, générale-
ment mobiles, qui constituent de véritables individus doués de vie persis-
tante, qu'on peut voir, sur les cartes synoptiques, naître, évoluer et
mourir. Nous avons montré qu'ils étaient divisibles en trois secteurs prin-
cipaux : à l'avant, une bande de ciel très nuageux par nuages élevés — le
front; une masse centrale de plafond bas englobant les pluies — le corps; à
l'arrière, une région où l'aspect du ciel est très varié, averses et ciels cou-
verts voisinant avec des éclaircies — la trahie (cf. figure).
11 va lieu de préciser cette structure et d'introduire un quatrième secleur
constitué par les bordures latérales du corps où le ciel est nuageux par
nuages élevés ou moyens. Nous les appelons marges. Ces marges peuvent
s'étendre très loin du corps, parfois à une distance atteignant le diamètre
de la France, les cirrus se raréfiant de plus en plus à mesure qu'on s'écarte
de la masse centrale du système. Aussi dans la Note précitée n'avons-nous
(*) Séance du 20 janvier 1922.
(') Ph. Sgheheschkwsky, Sur les systèmes nuageux {Coinpies rendus, t. 172,
1921, p. 1429).
SÉANCE DU 3o JAiWIER I922. 3l^
pas jugé utile de considéier ces cirrus isolés, sur les contins extérieurs du
front ou de la Lraine, comme faisant partie du système nuageux: nous les
avons classés, au mrme titre qu(' les nuages locaux, dans 1' « intervalle » qui
sépare les systèmes nuageux. Mais il doit être entendu que cette simplifica-
tion, commode dans la pratique, est artificielle. En fait, tout cirru-s se rattache
à un système nuageux. Ces nuages apparaissent dans tous les secteurs d'un
système, sauf dans le corps: ils forment une vaste couronne (jui déborde le
svstème de tous côtés.
D'autre part ('), nous avons montré que le mouvement d'ensemble d'un
système nuageux était celui des courants d'altitude moyenne, de sorte que
sa direction et sa vitesse peuvent être dill'érentes de celles de ses cirrus.
l„, ! de/ pur
Ciel nuageux
Ciel couvert
Plu
Application au.v passages nuageux. — Un même systèiue nuageux peut
donner divers « passages » suivant la position de la station par rapport à
son axe de marche (voir la figure).
Si la station se trouve en A. au voisinage de l'axe de marche, elle assis-
tera successivement au passage du front, du corps et de la traîne. Mais si la
station est désaxée en B, elle ne verra défiler que la marge: le passage
nuageux avortera pour ainsi dire: le retour au ciel pur se fera sans même
qu'il se soit formé un plafond continu et qu'on ait vu d'autres nuages que
des cirrus et des alto-cumulus. Cette notion est d'ailleurs capitale en France,
dont la moitié Nord se trouve très souvent en marge des systèmes nuageux
très fréquents qui passent sur la Grande-Bretagne.
(') Ph. Schekeschewsky et Fh. Wehrlé, Sur le /nouvi;ine/U des noyau. r de ra/ia-
Cio/is de pression {Comptes rendus, l. 173, ig'i, p. looi 1.
3l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La signification des cirrus. — Dans le premier cas l'apparition des cirrus
annonce en elTet la pluie et les coups de vent, mais dans le second cas elle
signifie seulement qu'un système nuageux passe au large de la station. En
résumé^ les cirrus sont toujours les indices de la proximité d'un système nua-
geux ( ' ), mais ils ne signifient pas nécessairement que le système passera sur la
station, que le temps se gâtera. Pour en décider, il est indispensable que le
météorologiste possède des cartes synoptiques lui permettant de déterminer
la position, par rapport à la station, du système nuageux auquel se rattachent
les cirrus, et le sens et la vitesse de son déplacement, d'où il déduira (")
quels secteurs intéresseront le ciel de la station. ( -'est seulement par l'étude
du système nuageux correspondant qu'il pourra savoir si les cirrus ont une
signification redoutable.
• On peut se demander si les cirrus de front ne diffèrent pas des cirrus de
marge, ce qui permettrait à l'observateurisolé de se prononcer sur le temps
à venir? Il semble que les formes de cirrus, si variées, ne soient pas carac-
téristiques d'un secteur du système nuageux, mais du type (dépressionnaire
ou orageux. . .) de ce système. Ce n'est que dans le voisinage immédiat du
corps que l'observation du ciel suffît à trancher la question : front ou
marge? Dans le front, les cirrus s'épaississent tendant à passer au cirro-
stralus ; dans la marge, des alto-cumulus lenticulaires s'ajoutent aux cirrus.
A supposer qu'un observateur sache d'une façon quelconque que c'est le
front et non la marge qui débute au-dessus de lui, il ne pourra, de l'obser-
vation des cirrus, tirer avec certitude aucune conclusion supplémentaire.
En particulier, des cirrus de front rapides ne prouvent pas que le mauvais
temps arrivera vite, le mouvement de l'ensemble du système nuageux,
comme nous l'avons vu, n'étant pas nécessairement celui de ses cirrus. Tout
dépend de la vitesse des courants d'altitude moyenne et de la largeur
du front. Là encore, il faut recourir à l'étude synoptique des systèmes
nuaseux.
(') Encore la marge pouvanl être, comme nous l'avons vu, très profonde convienl-il
de ne pas discuter sur le mol proximité.
(') Soit par la considération des courants d'altitude moyenne, soit par la détermi-
nation des éléments de marche du noyau de variations de pression lié au système
nuageux.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 817
CHIMIE AGRICOLE. — Relation enlrc Vindice de chlore et la teneur
en azote de la terre végétale. Note de M"*^ C Veil, présentée
par M. J.-L. Hreton.
L'hypochlorite de soude, mis en contact avec les terres arables, s'appau-
vrit en chlore actif; il a été démontré que la proportion de chlore ainsi dis-
paru, étroitement liée à leur teneur en humus, classe les terres suivant leur
fertilité apparente ( ' ).
Nous avons repris cette méthode pour examiner s'il y a une relation entre
l'indice de chlore ainsi déterminé et la teneur en azote.
Nous dosons l'azote total par la méthode de Kjeldahl. Pour la recherche
de l'indice de chlore, suivant les indications des auteurs de la méthode,
nous opérons sur un volume déterminé de terre humide et non sur un poids
sec. Nous avons vérifié par nous-même que la mesure faite toujours de la
même manière donne une masse de terre sèche relativement indépendante de
l'humidité. Nous nous sommes rendu compte qu'un volume de 10""' de terre
humide convenablement tassée, quelle que soit la nature de la terre, ramené
à l'état sec donne toujours à peu de chose près un poids de i5^'. H y a excep-
tion pour des terres essentiellement formées de matières organiques qui
sont particulièrement légères et dont l'indice de chlore est très élevé. H y a
exception aussi pour des terres formées de sable presque exclusivement
quartzeux, terres qui sont lourdes avec un indice de chlore très faible.
Résultats qui ne nous étonnent point si nous nous rapportons au poids spé-
cifique des différents minéraux constitutifs de la terré arable.
Gomme nous continuons, pour la méthode de l'indice de chlore, à rapporter
notre dosage à un volume, nous n'hésitons pas à mettre en regard pour une
* ^ , . chlore , azote . ,
même terre des rapports en volume et — — en poids sec.
^ ^ lerre terre ^
Nous nous adressons, bien entendu, à des terres pour lesquelles on n'a
pas, autant que nous pouvons savoir, employé d'engrais chimiques. Nous
avons pris un certain nombre d'échantillons dans les environs de Paris;
d'autres viennent de Bretagne, puis de Haute-Marne, et nous avons géné-
ralisé nos résultats en opérant sur des terres marocaines.
(') L. Lapicque et \.-E. Lîarbé, Comptes rendus, t. 1G3, 1919. p. 4^.
C. R., 192.!, IV Semestre. (T. 17'f, N" 5.) 24
3l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Rapport
chlore azote
terre terre
en cm' en grammes
par cm\ pour 100.
Bois de Meudon. •
Plateau ( S*^™) superficiel 45,50 >/+
» (lo*^™) au-dessous i5,75 i,3/i
» (i5'='") » 7)7^ t>,92
Fonds de ravin 17,25 i,54
Carrières sous bois.
Verger (aS'^'") profondeur i5 i ,70
» ( t^o"^) » 9 o , 85
Champ fumé au fumier 2 1 , 25 1.78
» » 18,75 1,25
Bretagne.
Lande (20'^'") profondeur 07 4,5
» (4o'™) » 32,5 4,3
Haute-Majue.
Alluvions 22,5 1,4^
Verger " 12 0,80
Potager 25 1 , 38
Maroc.
R'Arb 26,5 1,42
R'Arb Camp de Sebou 22,5 1,99
Drà el Merja ( R'Arb ) 27 , 5 1 , 92
Souk el Arbàa du R'Arb 22,5 i ,84
Marneshelvétiennesprès deTaza. LeGampd'Arbal. 12, 5 •NQQ
Fond lacustre dans le Pliocène entre Mehdja et
Kenitra, 7j75 ">9i
Grès argilo-sableuY tortoniens Sidi Abdel Kader,
près Oued Tine, Est de Mechra bel Ksi ri 7 •J,78
On voit que, d'une manière générale, une terre est d'autant plus riche
en azote que son indice de chlore est plus grand. Nous pouvons établir net-
tement trois catégories :
1° La teneur en azote est supérieure à 4 pour looo, l'indice de chlore est
supérieur à 3o, ce sont là des terres très riches.
2° La teneur en azote est inférieure à i pour looo, l'indice de chlore
oscille entre 7 et 12, chiffres qui nous indiquent nettement une faible
teneur en humus. . '
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. • SlQ
3'' Enfin nous avons une série de terres de richesse moyenne dont les
indices de chlore s'étagent entre 1 5 et 27 parallèlement à des teneurs en
azote supérieures à i pour 1000 et inférieures à 2 pour 1000.
CYTOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur V origine des vacuoles aux dépens de Valeurone
pendant la germination des Graminées. Noie de M. Pierre Daxgeaud,
présentée par M. P. -A. Dangeard.
Dans une Note précédente, nous indiquions que les vacuoles, dans une
plantule de Pin maritime, dérivaient des grains d'aleurone préexistant dans
la graine mûre ('). Nous avons ensuite montré que Taleurone du Ricin
avait la même évolution (^). Depuis, nos résultats ont été confirmés chez
d'autres graines (^). Une étude du type des Graminées s'imposait, alors
que M. Mottier vient de signaler que les grains d'aleurone du Maïs déri-
vent de primordia comparables à ceux des leucoplastes et des chloro-
plastes, c'est-à-dire d'organites que plusieurs auteurs nomment des chon-
driosomes ( ' ) .
De l'ensemble des résultats obtenus par nous chez les Graminées, il ressort
au contraire que les grains d'aleurone représentent, comme dans les cas
précédemment étudiés, l'état particulier du vacuome dans la graine, et que
par conséquent il n'y a pas lieu de les désigner sous le nom de protéoplas-
tides, ni d'admettre leur dérivation à partir de primordia comparables à
ceux des chloroplastes.
Nou- axons observé l'albumen et les divei> organes de l'embryon au cours de la ger-
mination cliez le -Maïs, le Blé, l'Orge et l'Avoine. Les colorations vitales montrent que,
pendant la germination, les cellules profondes d'albumen sont mortes et que seule
reste vivante la couche périphérique ou assise protéique, quelquefois double ou triple
(Orge). Cette assise reste active pendant longtemps et jusqu'à ce que la digestion soit
complète. On y colore des grains d'aleurone sans inclusions (Maïs, fïg. E) ou renfer-
mant des globoïdes (Orge, Blé, Avoine). Ces grains se modifient peu pendant la durée
(') Pierre Dangeard, T^' évolution des grains d'aleurone en vacuoles ordinairesYi
la formation des tannins ( Comptes rendus^ t. 172, 1921, p. 990^).
(-) Pierre Dangeard, Sur la formation des grains d'aleurone dans l'albumen du
Ricin {Comptes rendus^ t. 173, 192 1, p. 857).
('^) GuiLLiERMOND, Origine et évolution des vacuoles dans les cellules végétales et
grains d'aleurone ( C. R. Soc. BioL, 3 déc. 1921).
(*) David M. Mottier, On certain plastids, with spécial référence to thc Protein
bodies of Zea. Ricinus and Conopholis [Annals of Botany. July 19'U).
320
ACADÉMIE DES SCIENCES.
de la germination, mais à la fin de la période germiuative, ils se Iransforment en
vacuoles ordinaires et disparaissent.
On sait qu'il existe des grains d'aleurone dans les divers tissus de l'embryon. Ces
grains donnent naissance aux vacuoles de la plantule. Cette évolution est particulière-
ment nelle dans l'épiderme des jeunes racines où M. P. -A. Dangeard l'avait déjà
1 v:...
Cellules (Je Craminécs colorées vùaleirienl.
1, 2, .']. i, cellules de l'épiderme de la jeune racine de Blé : 1, sur une gcriiiinaliuii de 5 heures
(petits grains d'aleurone); 2,' dans une germinaiion de 48 heures (formes filamenteuses du
vacuome); 3 et 4, deux stades plus évolués d'une plantule de même âge : a, b, r, cellules de l'épi-
derme de la jeune feuille d'Orge dans une germination de 2] heures, montrant trois stadejf successifs
de l'évolution des grains d'aleurone (a) en vacuoles typiques (r); A, 15, cellules d'endoderme, et C,
cellule du inéristème vasculaire dans le Blé germé de 48 heures; D, cellule de l'épiderme du coty-
édon de l'Orge, plantule âgée; E. cellule de l'assise proléniue du Maïs, plantule âgée.
signalée (') dans le cas de l'Orge. Dans le Blé, l'Orge, l'Avoine, le Maïs, les grains
d'aleurone d'une germination de quelques heures sont arrondis, très petits, nombreux
et se colorent en rouge par le rouge neutre {/i.^. 1). Plus tard, ils subissent l'évolution
en vacuoles et passent auparavant par des formes d'anastomose (filaments, réseaux)
très remarquables dans le cas du Blé {fig. 2, 3 et 4 ).
(') P. -A. Da>(;earI), 'Sur la distinction du chondriomc des auteurs en vacuome,
plastidotne et sphéronie {Comptes rendus, t. Kiî), 1919, p. ioo5).
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 3lil
Les iiièines faits s'observent dans les divers mérlslènies. (leux-ci dans l'embryon
renferment un certain nombre de i;rains d'aleurone arrondis; ils possèdent plus tard
dans la plantule un petit nombre de Aacuoles spliériques à contenu épais ifig. A).
Plus tard encore, dans les cellules de la coifle, de récorce et de la moelle, il y a rapi-
dement formation de vacuoles typiques par rapprochement et fusion des vacuoles
aleuriques. Dans le méristème xasculaire au contraire, les cellule> qui s'allongent ren-
ferment de beaux ré>eau\ (Jig- C). Tl est à noter (|ue le méri>tème \asculaire se di —
linizue nettement des autres par le contenu de ses \acuoles à réaction ba-ique.
Le même cas se présente pour lépiderme des jeunes feuilles de la gemmule (|ui se
colore en rouge brique par le rouge neutre. Elles renferment pendant les premières
heures de la germination des grains petits et isolés assez nombreux i/ig'- a). Plus
tard, leur anastomose peut donner naissance à des réseaux très remar((uables comme
dans l'Orge (y?,A'. l>) ou bien leur fusion s'opère par mise en contact des vacuoles
aleuriques gonflées. Le résultat est toujours la formation de vacuoles t\'pi(fues {Jig. c).
Le cotylédon absorbant renferme dans son épiderme d'assez nombreux et petits
grains d'aleurone; ceux-ci se réunissent ensuite en masses irrégulièrement lobées
i/îg- D)' ^^ réaction de ces vacuoles est basique.
En résumé, dans les Graminées, nous avons constaté que les grains
d'aleurone n'étaient pas des plastes particuliers, mais qu'ils représentaient
des éléments du vacuome, comme ceux du Pin et du Ricin, Ce que nous
avons -déjà observé chez les Légumineuses est en faveur de la même opi-
nion, pour ce groupe. [1 est certain que les vacuoles des plantules se
forment aux dépens de l'aleurone des graines et qu'il n'existe pas d'autre
système de vacuoles prenant naissance différemment au cours de la germi-
nation. C'est là un phénomène fondamental au point de vue de Thistoiredu
système vactàolaire et nous avons été le premier à le mettre en évidence en
suivant les idées directrices de M. P. -A. Dangeard (loc. cit.).
PHYSIOLOGIE. — La tension superficielle et la narcose.
Note de M. W. Kopaczewski, présentée par M. d'Arsonval.
Dans une Xote précédente ( ' ) nous avons établi que les principaux anes-
ihésiques généraux et locaux diminuent la tension superficielle de l'eau ^
du sérum humain in vitro; que le chloroforme, l'éther et le chlorure d'éthyle
pénètrent dans le sang pendant l'anesthésie et y provoquent un abaissement
de la tension superficielle du sérum.
Tous ces résultats venaient directement à l'appui de l'hypothèse de
C) W. Kopaczewski et \.-H. Pioffo, Comptes rendus, t. 170, 1920. p. 1 ](nj.
322 ACADEMIE DES SCIENCES.
J. Traube et Czapek (') concernant la corrélation enlre la tension superfi-
cielle et la narcose. Toutefois les conclusions de ces auteurs ont été atta-
quées par différents auteurs et surtout par \ iale (^). Cet expérimentateur
n'a pas constaté d'abaissement de la tension superficielle dans la narcose
parle chloroforme ou l'éther. En analysant soigneusement la technique de
cet auteur, on est frappé par l'oubli de la rapidité d'élimination des anes-
thésiques généraux; Viale effectuait ses mesures it\ heures après la saignée
de l'animal.
C'est pour élucider ce point de la question que nous avons entrepris les
recherches suivantes :
Nous avons, en premier lieu, déterminé la tension superficielle de la
pres([ue totalité des aneslhésiques, généraux ou locaux, et des analgésiques
différents ou réputés comme tels (38 en tout).
Toutes ces déterminations ont été exécutées à l'aide de notre tonomètre,
toujours à 20° C. et en suivant toutes les précautions utiles (^).
De ces résultats la conclusion se dégage que les anesthésiques, analgé-
siques et hypnotiques diminuent la tension superficielle de l'eau; ils la
diminuent d'autant plus fortement que leur pouvoir narcotique est plus
grand; cet abaissement varie de i,5 dynes (phényl-éthyl-malony'lurée,
presque insoluble dans l'eau) à 56, o dynes (élher pur).
Nous avons tenté d'apporter la preuve que les anesthésiques généraux
diminuent également la tension superficielle du sérum durant la narcose.
On aneslhésle un lot de cobayes avec le chloroforme, l'éther ou le chlorure d'éthyle ;
unç fois l'anesthésie confirmée, on les saigne à blanc en ponctionnant le cœur avec
un tube effilé et après cautérisation. On prélève environ lo""^ du sang; on ferme
l'orifice supérieure du tube avec un capuchon de caoutchouc; on place le tube dans
une centrifugeuse et on le cale solidement en versant de la paraffine, liquide à 40° C.';
on centrifuge ; on prélève le sérum et l'on détermine tout d'abord sa tension superficielle
puis sa densité; toute celte opération dure i5 à 20 minutes.
Voici quels résultats on obtient dans ces conditions :
Tension
Substances. Densités. superficielle.
1. Sérum normal de cobaye 1,0229 68,26
2. Sérum de cobaye pendant l'anesthésie chloroformique. . . i .oi3o ^9,69
3. » » » élher i,oio4 60, 65
k . y » » chlorure d'éthyle. . 1,0178 59,85
(^) J. Traube et Gzpek, Pfliig. Arch., 1911-1915.
(^) Viale, Archivio di FisioL, t. Il, 1918, p. 535.
(^) W. KoPACzEWSKi, Arch. de Physique bioL, t. 1, i9'2i.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 323
La tension superficielle du sérum sanguin est donc abaissée du fait de la
narcose, d'environ 10 dynes par centimètre.
Mais, effectivement, on n'observe aucun abaissement de la tension super-
ficielle lorsqu'on néglige les précautions décrites.
L'examen attentif des chiffres obtenus soulève des questions impor-
tantes.
Le Tableau n'accuse que de faibles différences entre les tensions superfi-
cielles du sérum des animaux anesthésiés avec les trois anesthésiques géné-
raux habituels. Le même fait a été constaté lors de la diffusion des vapeurs
de ces anesthésiques dans le sérum à travers des membranes de collodion.
Et si l'on compare les quantités nécessaires pour provoquer l'anesthésie,
les doses que les recherches de Nicloux ont fixé pour l'anesthésie confirmée
et le degré d'abaissement de la tension superficielle du sérum in ritro^ on ne
peut pas ne pas y voir un certain parallélisme.
Chloroforme, Chlorure d'éth} le. Éth^.
Doses anesthésiques 5 à lo^ 5 à 3os 15-25*
Quantité dans le sang os,o5i os,o3o-0',200 os,oioo-o5,oi8o
Abaissement de la tension superficielle
(i pour 100 d'anesthésique) 20,0 p. 100 12,0 p. loo 5,o p. 100
Toutefois il serait plus intéressant de comparer les résultats obtenus avec
un plus grand nombre de substances. Malheureusement ces chiiï'res
manquent totalement et ils sont difficiles à obtenir, étant données les varia-
tions extrêmes de la sensibilité d'un organisme aux anesthésiques anal-
gésiques, etc.
A cette difficulté s'ajoute une autre, celle de savoir si les doses qu'on
retrouve dans le sang au moment de l'anesthésie confirmée, sont véritable-
ment en rapport avec le degré' de pouvoir anesthésique de ces substances.
Quelques expériences semblent indiquer qu'il n'en est rien.
En effet, lorsqu'on injecte aux animaux ces doses directement dans le
sang, ou n'observe, ainsi que nous l'avons déjà relaté ('), que les signes
d'un enivrement tout passager, sans abolition des réflexes et sans autres
signes d'anesthésie.
La dernière idée qui se dégage de nos recherches est celle d'un paral-
lélisme entre la narcose et le gonflement.
Parmi toutes les substances qui provoquent la narcose, il en est une
(1) Loc. cit.
324 ACADÉMIE DES SCIENCES.
qui n'abaisse pas la tension superficielle : c'est la morphine. Or les recher-
ches de Lapique et Legendre (') ont établi que, dans ce cas, le gonflement
du cylindraxe ne s'observe point.
Il y a également exception au sujet des sels de magnésium ; il sera donc
intéressant de savoir si le gonflement du cylindraxe fait aussi défaut. Le
mécanisme de la narcose semble, dans ce cas, être différent et reste à élu-
cider.
Mais, d'une façon générale, les narcotiques et les anesthésiques abaissent
la tension superficielle ; il y a un parallélisme entre ce degré d'abaissement
et leur puissance narcotique.
Les lecherches que nous poursuivons vont établir si, entre le degré
d'abaissement de la tension superficielle et la modification du gonflement
des tissus ou des colloïdes, le même parallélismepersiste. Dans l'affirmative,
la question de la narcose trouvera une explication colloïdale.
ENTOMOLOGIE. — La variation des pièces copulalrices chez les Coléoptères.
Note de M. René Jeanxel, présentée par M. E.-L. Bouvier.
Les recherches que je poursuis depuis i5 années sur diverses familles de
Coléoptères représentées dans la faune des cavernes m'ont montré quel
rôle important la variation des pièces copulatrices mâles a dû jouer dans la
production des espèces. Mes observations ont porté d'abord sur les Sil-
phidœ Bathysciinœ^ puis sur les Calopijiœ et surtout sur les Carabidœ Tre-
chinœ et divers genres de Pselaphidœ et de Staphy/inida^., autant sur des
groupes cavernicoles que sur des lucicoles. La constance parfaite des fails
observés dans des familles aussi diverses permet de supposer que l'étude de
tous les groupes de Coléoptères conduira à des résultats identiques.
L'organe copulateur mâle des Coléoptères, excessivement variable, com-
prend toujours une pièce impaire tubuleuse (lobe médian de l'œdéagus)
entourée de sclérites accessoires (paramère) et de segments abdominaux
s])écialisés (segments génitaux). Le lobe médian renferme la partie termi-
nale diiïérenciée du conduit éjaculateur, constituant un très curieux organe
évaginable, armé de pièces chitineuses compliquées, qui sont les véritables
pièces copulatrices dont la l'orme s'adapte à celle des pièces chitineuses de
(') Laimoiik el Li:(;i=:\niuî, Cominunicalion verlîaie.
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 325
l'appareil copulateur femelle (annulus receptaculi). L'existence de ce « sac
interne » de l'œdéagus des Coléoptères était à peine connue avant ma
« Revision des Bathysciinœ » ('); personne en tout cas n'en avait décrit
l'armature chilineuse, ni par conséquent soupçonné la grande importance
taxonomique.
Chaque espèce possède une armature chitineuse spéciale du sac interne,
absolument invariable; j'ai pu le constater en faisant systématiquement le
plus grand nombre possible de préparations de Tœdéagus dans tontes les
espèces des groupes étudiés et le nombre de ces préparations a atteint parfois
la centaine pour certaines espèces à large dispersion géographique. Suivant
les espèces le sac interne porte des pièces chitineuses de forme et de com-
plication variables à rinllni; ces pièces se sont développées par suite de la
spécialisation de dents ou d'épines élémentaires.
Dans le type le plus simple la surface interne du sac est couverte d'écaillés
chitineuses, ou d'épines en paquets, ou de dents crochues, qui se hérissent
dans tous les sens lorsque le sac interne évaginé est retourné en doigt de
gant; parfois on trouve un long stylet évaginable inséré vers la base 'du sac
et libre dans sa cavité, stylet toujours formé par la soudure de quelques
épines modifiées; très souvent ce sont des pièces compliquées, tordues,
repliées, articulées les unes avec les autres, qui jouent pendant le retour-
nement du sac et maintiennent sa rigidité une fois évaginé. La forme de ces
pièces est toujours d'une tixité absolue dans chaque espèce.
D'autre part, le même type de pièces copulatrices du sac interne s'observe
souvent dans des séries d'espèces diversement adaptées, mais possédant des
caractères do filiation communs et occupant des aires géographiques conti-
nues, de sorte qu'il n'est pas possible de douter que ces espèces aient eu la
même origine. Dans ces cas il est facih' de suivre dans l'inlérieur des
groupes d'espèces l'évolution du type d'armature copulatrice. Jamais la
variation des pièces du sac interne ne m'a montré d'exemples de séries
orthogénétiques ; l'étude des groupes nombreux donne au contraire l'im-
pression de variations brusques survenues en tous sens. Il en est tout
autrement des variations dans la forme extérieure de l'œdéagus qui donner.t
de très beaux exemples d'orthogénèses. Quoi qu'il (^n soit les caractères des
(') R. Jeannel, Revision des Bathysclirici?. Morphologie, Systématique, Distribu-
tion géographique {Biospeologica. \\\)AArch. ZooL exp. et gén., 5'^ série, t. 7,
rgi [, p. i-G'|i; 24 planches).
326 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pièces copiilatrice du sac interne constituent toujours comme la signature
de la série phylétique (').
Il semble donc, en règle générale, que la variation de l'armature du sac
interne ait été primitive. La cause de cette variation reste à chercher, mais
il est certain qu''elle est liée à celle qui a produit la séparation des souches
primitives des espèces actuelles. Secondairement se sont produites les
variations dans la forme extérieure de Tœdéagus, en même temps que les
variations spécifiques dans la forme du corps ou des appendices. Ce sont les
différences dans l'armature du sac interne, peut-être apparues par varia-
tions brusques en tous sens, qui ont déterminé la ségrégation des lignées,
dont l'évolution a produit ensuite des caractères de forme extérieure de
l'œdéagus. On peut donc dire que si les caractères tirés de la forme exté-
rieure de l'œdéagus donnent de bons caractères spécifiques, ceux tirés de
l'armature du sac interne permettent de bien définir les genres.
Enfin, il est remarquable que parfois des variations dans la forme du
paramère, c'est-à-dire des annexes de l'œdéagus, sont en corrélation avec
des variations des caractères sexuels secondaires intéressant les pattes, les
antennes, la forme du corps. Le fait est évident chez les espèces à varia-
tions pœcilandriques comme Bathysciola asperula Fairm., par exemple, où
les mâles de forme large, à tarses antérieurs très larges, ont aussi les styles
latéraux de l'œdéagus très épais (forme talpa Norm.). On peut alors cons-
tater que l'organe copulateur mâle présente des caractères « primaires »
(caractères génériques du sac interne, spécifiques du lobe médian) et aussi
de véritables caractères sexuels « secondaires » qui n'intéressent que le
paramère.
Au point de vue systématique, les constatations qui précèdent sont
grosses de conséquences. Les classifications des Coléoptères actuellement
en vigueur ne tiennent absolument aucun compte des caractères sexuels;
elles sont presque toujours basées sur des caractères adaptatifs, toujours
faciles à décrire, et n'ont par conséquent pas la moindre valeur phylogé-
nique, au moins en ce qui concerne les espèces et les subdivisions des
genres. Les véritables caractères de filiation des espèces sont, l'a plupart du
temps, totalement méconnus et, très fréquemment, des espèces bien sépa-
(*) R. Jeannel, Sur la systématique des Bathysciin.T. Les séries phylètiques de
Cavernicoles {Biospeologica, XXXIV) {Arch. Zool. exp. et gén,, t. 54, 191/»»
p. 57.78).
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 827
rées par de grandes différences do structure des pièces copulalrices sont
confondues à cause de ressemblances extérieures trompeuses.
On peut donc affirmer sans crainte que toutes les descriptions des genres
et des espèces de Coléoptères sont à refaire ou, tout au moins, à compléter
par l'addition des caractères sexuels. Tant qu'il n'aura pas élé fait dans
chaque groupe des révisions complètes de toutes les espèces, avec étude
comparative des pièces copulatrices, tout C(V qui sera dit sur les relations
pKvlogéniqnes des espèces doit être tenu pour faux, toute généralisation
biogéograpliique est d'avance fatalement condamnée à l'erreur.
PROTISTOLOGIE. — Microsporidies bactériformes et essai de systématique du
groupe. Note de MM. L. Léger et E. Hesse, présentée par M. Hen-
neguy.
On ne connaît actuellement qu'un petit nombre de Microsporidies bacil-
liformes^ c'est-à-dire à spores en bâtonnet, réparties en deux genres : le
genre Octosporea Flue, 1910 (précisé par Chatton et Krempf, 191 1), avec
deux espèces parasites des Mouches, et le genre Mrazekia Léger et
Hesse, 1916, avec quatre espèces parasites d'animaux des eaux vaseuses
{Tahifex^ Limnodrilus ^ Chironomes et Azelles). Dans ces derniers temps
nous avons rencontré chez diverses larves aquatiques de Diptères un cer-
tain nombre d'autres formes dont nous allons donner une brève description
p())ur montrer la remarquable plasticité de leurs spores bactériformes qui
simulent les types morphologiques caractéristiques des Bactéries.
G. Mrazekia Léger et Hesse, 1916. Spores tubuleuses rectilignes avec un manu-
brium axial. (Les deux, espèces nouvelles que nous décrivons ici ont des spores
bacilliformes qui, malgré leurs dimensions exiguës, nous ont paru avoir même struc-
ture que celles de M. Argoisi, forme géante de 23!^-.)
M. tetraspora n. sp. Spores en bâtonnet rectiligne ou à peine incurvé de 6(*,5
sur o!^,8 avec un court prolongement hyalin de 1(^,20 {Jig. 10) à l'extrémité posté-
rieure. Provenant de pansporoblastes tétrasporés, elles sont d'abord groupées par
bottes de quatre, puis s'éparpillent rapidement dans le tissu adipeux de l'hôte.
Habitat : Tissu adipeux des larves de Tanytarsus sp. Dipt. Grenoble.
M. bacilliformis n. sp. Spores de 5i^ sur oP-,8, sans prolongement caudal, provenant
de pansporoblastes octosporés d'abord sphériques, puis découpés en rosace. Ces
spores, droites ou à peine incurvées, se répandent par la suite dans tout le tissu
adipeux de l'hôte qui semble envahi par des bacilles {fig. 3). Schizogonie avec stades
328 ACADÉMIE DES SCIENCES.
uninucléés en chapelet. Hiibitat: Tissu adipeux des larves d'OrihocladidS, sp. Dipt.
Grenoble.
G. Spironenia n. g. Microsporidies à spores tubuleuses, tordues en hélice et apla-
ties du côté de l'axe d'enroulement. Appareil capsulaire occupant la plus grande
partie de la «pore, sans manubrium visible.
S. oclospora n. sp. La spore spirilliforme {fig. '\ et ii) mesure S!-*- à 8h-, 5o sur li^-.
A son extrémité postérieure se voit une vacuole ovalaire autour de laquelle cer-
taines imprégnations réussies montrent le filament spiral. Celui-ci, dévaginé,
atteint loo!^. Les spores naissent aux dépens de pansporoblastes octosporés souvent
nombreux dans une même cellule hypertrophiée de l'hùte, et restent quelque temps
groupées en faisceaux o\ oïdes comprenant huit éléments tordus comme les carpelles dun
fruit de Spirée. Habitat : tissu adipeux des larves de Ceratopogon sp. Dipt.
Montessaux (Haute-Saône).
G. Toxonema n. g. Microsporidies à spores minuscules en bâtonnet incurvé en demi-
cercle.
7. vibrio u. sp. Spores en virgule ou en arc de cercle ijig' 2). La distance rectiligne
qui sépare les deux extrémités est à peine de 2t*. La longueur totale de la spore sup-
posée déroulée est d'environ S!-"-, 5. La largeur n'excède guère op-,3. A l'une des extré-
mités légèrement renflée, se voit la vacuole. La spore semble quelque peu tordue, les
deux extrémités n'étant pas tout à fait dans le même plan {fig- 12). Le plus souvent
les spores s'observent en nombre immense, difl'uses dans le tissu adipeux de 1 hôte.
^'ous avons pu voir cependant quelques amas sphériques de huit spores indiquant
qu'elles doivent se former aux dépens de pansporoblastes octosporés. Habitat : tissu
adipeux des larves de Ceratopogon sp. Dipt. Montessaux.
Les Microsporidies que nous venons de déci^ire, de même que les Cocco-
nema précédemment signalés ( ' ), se rencontrent presque toujours, dans les
tissus infestés, sous forme de spores éparses et innombrables qui, en raison
de leur petitesse, montrent une curieuse convergence morphologique avec
les Bactéries; et l'on conçoit dès lors qu'en l'absence de stades multiplicatifs
caractéristiques et avec des dimensions ne permettant plus l'analyse struc-
turale, on épi^ouve quelque hésitation à se prononcer sur leur véritable
nature. Ainsi, en coloration intense et massive, les spores de Cocconeina
simulent des Staphylocoques, celles de Mrazekia bacilliformis des Bacilles,
celles de Spironema des Spirilles et celles de Toxonema des Vibrions
[fig. I à 4).
Par la diversité des formes maintenant connues dans les spores de
Microsporidies, le groupe se trouve singulièrement élargi et il nous paraît
nécessaire d'établir sur une nouvelle base sa systématique générale. A ce
(') Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. lAïQ.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 829
point de vue, nous pensons que la morphologie sporale, caractère le plus
facile à constater et souvent le seul dont on puisse disposer, mérite d'être
envisagée comme base d'une systématique pratique des Microsporidies que
nous proposons d'ailleurs sans autre prétention que d'apporter un peu
d'ordre et de faciliter les recherches dans an groupe que le nombre, la
diversité et l'exiguïté des fornies tendent à rendre de plus en plus confus.
Les Microsporidies se diviseraient d'abord en deux sous-groupes : les
Dicapsulées ou Dicnidea et les Monocapsulées ou Monocnidca.
i^ ^ itè i^s
0
c
s G 7 8 9 10 11 12
Fig. 1 à 4, spores de AJiciosporiclies bactériformes en coloration massive x 1000: 1, Cocconenia:
'2, Toxonema vibrio; 3, Mrazekia bacilUf or mis ; 4, Spiroiiema. — Fig. 5 à 10. types de' spores de
Microsporidies x Sooo : 5 et 6, Cocconenia in vivo et a\ec filament dévaginé;(7, type classique de
Glugëidée; 8 et 9, Telomyxa in vivo et avec filament imprégné; 10, Mrazela'a tetraiijiora:
11, Spironema oilospora: Vi, Toxonema vibrio.
Les Dicnidea ne comprennent actuellement que le seul genre Telomyxa
Léger et Hesse (1910) dont la spore ellipsoïde possède deux capsules
polaires et qui, par tous ses autres caractères, est certainement une Micro-
spoiidie {fig. 8 et 9). Famille unique : Télomyxidées.
Les Monocnidca seraient alors réparties en trois familles, selon la forme
fondamentale de la spore :
L Spores piriformes (du type ovoïde au type piriforme plus ou moins
acuminé) : Glugéidées (Thélohan) {fîg. 7). G. Gliigea, Nosema, Pleisto-
phora , etc .
IL Spores sphériques : Gocconemidées {fig. 5 et G), G. Cocconema.
IIL Spores en bâtonnet droit, arqué ou spirale; Mrazekidées (^^. 10,
I [ , 12 ). G. Mrazekia, Oclospora, Toxonema.
La première de ces familles de Monocnidea, de beaucoup la plus
nombreuse, comprend toutes les Microsporidies des anciens auteurs. On
33o ACADÉMIE DES SCIENCES.
sait qu'elle a été subdivisée en prenant comme base soit les caractères des
stades végétatifs (Stempell), soit le mode de sporulation (Doflein, Pérez).
Nous n'essaierons pas pour le moment de pousser plus loin la subdivision
de nos familles en suivant Tune ou l'autre de ces méthodes ; car, dune part,
les stades végétatifs sont loin d'être suffisamment connus pour beaucoup
de formes et, d'autre ^jart, ainsi que ChatLon et Kreinpf (191 1) l'ont déjà
fait remarquer avec juste raison, nous connaissons aujourd'hui nombre
d'espèces qui sporulent suivant les modes numériques les plus variés, ce qui
enlève à de tels systèmes une bonne partie de leur valeur pratique.
BIOLOGIE GÉNÉRALE. — Sur des phénomènes (f auto-destruction et d'auto-
agglutination chez les Gonvoluta. Note de M™*^ Atxsa Drzewixa et
de M. Georges Bohv, présentée par M. Henneguy.
Nous avons cherché à montrer, sur divers animaux d'eau douce et
marins, l'importance du facteur masse dans la résistance à la nocivité du
milieu : masse d'animaux, masse du liquide ambiant. Certaines espèces,
vis-à-vis de certaines substances, résistent d'autant mieux que les individus
sont en plus grand nombre et dans un volume plus restreint de la solution
toxique. Mais il y a des cas où, au contraire, la résistance se trouve accrue
du fait que les individus sont peu nombreux, voire baignés dans une grande
masse de liquide. Une hypothèse qui tiendrait compte de l'ensemble des
faits que nous avons observés consisterait à dire que tout se passe comme
si, en présence d'une solution nocive, les animaux émettaient rapidement
une substance, ou des substances, qui aurait pour effet de les désensibi-
liser ou de les sensibiliser. On assiste de la sorte, suivant les espèces et
suivant les solutions, à une auto-protection ou à une auto-destruction.
Nous avons cité comme étant dans ce dernier cas les Polycelis nigra(^).
Nous pouvons y ajouter aujourd'hui les Comvluta^ traitées par le chlorure
de potassium.
Nous avons eflectué sur cette espèce, récoltée journellement, de juillet à
octobre, sur la petite plage de Buguélès(Côtes-du-Nord), un grand nombre
d'expériences. Nous nous servions généralement d'une solution mère de
KCl préparée avec 74^,6 de ce sel pour un litre d'eau de mer (en quelque
(') Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 107.
SÉANCE DU 3o JANVIER I922. 33 I
sorte une solution normale de KCl dont l'eau de mer serait le solvant), et
que Ton diluait au vingtième; des solutions au-dessus ou au-dessous de ce
taux avaient une action trop brutale ou trop lente pour le but que nous
nous proposions. Chaque série d'expériences portail comparativement sur
deux lots qui ne différaient l'un de l'autre que soit par la masse des indi-
vidus, soit par la masse du liquide. On avait, par exemple :
a. 2""' de la solution de KCl -f- 2.5 Convoluta;
b. 2'"'' de la solution de KCl + 2 5o Convoluta (environ) ;
ou bien :
a. 2"°' de la solution de KCl + 23 Convoluta;
b. 20''"' de la solution de KCl + 20 Convoluta.
L'effet de la solution toxique se manifeste rapidement en une cytolyse
progressant d'arrière en avant et amenant la rupture du corps en deux ou
trois ou plusieurs tronçons, la partie antérieure abandonnant successive-
ment les portions en voie de cytolyse. Souvent les amputations commencent
en moins d'une minute; suivant que l'attaque est plus ou moins brutale,
elles portent sur une plus ou moins grande longueur du corps, rejetée
d'emblée ou par déchirures répétées, tantôt après traction, tantôt sans
effort apparent; dans les cas extrêmes, les « têtes », c'est-à-dire les parties
antérieures restées indemnes et qui continuent à marcher sont réduites à
peu de choses. Si [le terme, qui est de Giard, n'était pas abusif, on serait
tenté de dire qu'il y a là « autotomie protectrice » ; nous avons, en effet,
souvent observé que les lots peu sensibles où les ruptures se produisent à
peine périssent avant les autres. Nous comptons revenir ailleurs sur le
détail de ces expériences ; le fait sur lequel nous insisterons aujourd'hui est
celui-ci : quand les Convoluta sont réunies en grand nombre ou bien placées
dans un petit volume de liquide, les effets de KCl sont beaucoup plus désas-
treux que dans le cas contraire, et se manifestent en particulier par le phé-
nomène d'agglutination.
Soient deux, verres de montre contenant respectivement dans 2"'^'' de la solution
mère de KCl diluée au vingtième : a, 20 Convoluta; 6, plusieurs centaines de Convo-
luta. Dans a, au bout de i à 2 minutes, ou plus tôt, ou plus tard, la sensibilité étant
variable suivant les lots, les çytolyses et les ruptures commencent à se produire. Mais
elles atteignent rarement la totalité des individus, et les « têtes », après s'être débar-
rassées des parties cytolysées, peuvent continuer à vivre et à se déplacer pendant
24 heures et davantage.
Dans h, le phénomène, plus brutal, n'a pas tout à fait la même allure. Aussitôt que
les premiers individus se sont rompus et cytolysés -— et c'est souvent presque instan-
332 ACADÉMIE DES SCIENCES.
laiié, — ils sagglomèrent et agissent sur les autres comme un centre d'agglutination.
Toute Coiivoliila qui, dans sa course rapide et incessante, passe à proximité est
comme happée par un piège : après quelques contorsions, elle s'immobilise et meurt,
souvent même sans se cytolyser. Tant que l'amas est petit, il y a encore pas mal de
Convoluta qui parviennent à se dégager, mais à mesure qu'il grandit l'action s'exalte,
et tout individu qui arrive à son contact demeure fixé ; souvent en jnoins de 5 minutes,
la presque totalité des individus sont morts, agglutinés en un_, deux ou plusieurs amas
chevelus.
Ce phénomène d'aggliilinalion des Convoluta nous paraît présenter une
certaine analogie avec ceux décrits récemment par les bactériologistes au
sujet de l'accolement des microbes aux leucoc;ytes. On admet que ces
derniers quand ils sont morts laissent échajiper un « principe », une
substance qui agit, en les agglutinant, sur les microbes sensibilisés par un
immuii-sérum. Dans le cas des Convoluta traitées par KCl, une substance
émise par les individus en voie de cytolyse agirait sur ceux encore
indemnes en amenant leur agglutination. L'auLo-destruction ainsi déter-
minée est, comiïie on l'a vu, fonction de la masse des individus et de la
masse du liquide ambiant.
MORPHOLOGIE. — Signification morphologique du tissu glandulaire endo-
crinien du testicule des Urodèles. Note (') de M. M. Aron, présentée par
M. Widal.
En des communications antérieures (^), nous avons étudié le lissu glan-
dulaire qui prend temporairement naissance dans le testicule, à l'époque
des amours, chez les Brataciens Urodèles. Nous avons montré le caractère
endocrinien de ce tissu et, par une série d'expériences, nous avons pu
mettre nettement en évidence son rôle dans la détermination des caractères
sexuels secondaires et des manifestations du rut. La présente Note a pour
but d^appeler l'attention sur la signification morphologi((ue de cette glande
périodique.
Nous rappellerons d'abord brièvement sa genèse.
Le tissu glandulaire dont il s'agit apparaît dans la région du hile tesliculaire à
(') Séance du 28 janvier 1932.
(-) Comptes rendus^ t. 173, 1921. 'p. 57; C. R.de la Soc. de fi/ol., t. 80, 1921,
p. 482.
SÉANCE DU 3o JANVIER I9V2. 333
l'époque du rul, c'esl-à-dire, pour l'espèce étudiée (Trilon crêlé), vers le mois d'avril.
Il se forme aux dépens des cellules de Sertoli contenues dans les cystes à spermies.
Ces cellules prolifèrent et se chargent d'abondantes enclaves lipoïdiques, cependant
que disparaissent les spermatozoïdes. L'ancienne cavité du cyste finit par se trouver
comblée par les éléments en question, et, par suite de la régression de sa paroi
propre, elle fait place à un amas glanduliforme entouré de tissu vasculo-conjonctif.
Un tel massif cellulaire a une existence passagère. Nous avons montré qu'après un
court délai de fonctionnement, il subit une véritable et rapide atrophie, tandis que,
par le même mécanisme, se forment dans son voisinage, tant que dure le rut, de nou-
veaux massifs identiques. En résumé, le tissu glandulaire du testicule des Urodèles
résulte de la prolifération et de la transformation endocrine des éléments nourriciers
des cellules séminales.
Si la sig-nitîcation physiologique de ce tissu endocrinien est, comme nous
en avons apporté la preuve expérimentale, identique à celle de la glande
interstitielle du testicule des Mammifères, on voit qu'au contraire sa
signification morphologique apparaît toute particulière. C'est elle qu'il
importe, dès à présent, d'éclairer.
La première question qui se pose à cet égard est celle de la cause qui
détermine la prolifération, à une époque déterminée, des éléments nourri-
ciers de certains cystes.
Champy (i9i3) (') constatait la formation du tissu glandulaire, déjà
signalé par Pérez dès 1904, en des cystes vidés de leur contenu. Dans une
Note récente (-) cet auteur a émis l'hypothèse que la multiplication des
cellules de Sertoli est en rapport avec Tabondante phagocytose de spermies
qui se produit lors du rut. Les enclaves lipoidiques représenteraient donc
les produits d'une véritable activité macrophagique de la pai t des cellules
nourricières. Il est incontestable que, dans les cystes où se forme le tissu
glandulaire, se rencontrent parfois des spermatozoïdes dégénérés. Mais ce
sont là des éléments retardataires étoufîés par la prolifération sertolienne.
On observe aussi, dans la zone en cours d'évolution endocrine, des cystes
remplis de spermies en régression, où cette prolifération n'a pas lieu. Les
phénomènes de dégénérescence des gamètes sont donc contingents. Nous
estimons que c'est dans l'élimination physiologique des spermies, dans la
vacuité des cystes qui en résulte, qu'il faut voir le stimulus à la multiplica-
tion des cellules de Sertoli. C'est la rupture de l'équilibre entre les éléments
( ' ) Arch. de Zool. gén. et exp.^ t. 52, fasc. 2.
(^) Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 482.
C. R , 1922, 1" Semestre. (T. 174, N» 5.) ^5
3 54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nourris et les éléments nourriciers qui provoque l'excitation réactionnelle
de ces derniers. Il y a là un processus superposable à la formation du corps
jaune de l'ovaire chez les Mammifères. Dans les deux cas les cellules nourri-
cières se divisent rapidement par amitose à la suite de l'évacuation, en tout
ou partie, du contenu folliculaire, et aboutissent à la constitution d'une
glandule transitoire.
La deuxième question qui reste à envisager, et la plus délicate, est celle
de la valeur morphologique de ces pseudo-corps jaunes. Pour donner nais-
sance à ces foruiations de rôle endocrinien , les cellules exocrines nourricières
des spermies augmentent purement et simplement de nombre et se chargent
d'enclaves lipoïdiques plus abondantes, mais vraisemblablement identiques
à celles qu'ils renferment habituellement. On est donc amené à se demander
pourquoi, dans les conditions normales, les cellules de Sertoli n'exercent
pas constamment une activité endocrine de même ordre. Mais cette diffi-
culté d'interprélalion n'est qu'apparente. Rappelons que la genèse du tissu
glandulaire s'accompagne de la disparition de la paroi des cystes et que les
massifs cellulaires formés dans leur cavité entrent alors, et seulement alors,
en rapport direct avec le tissu conjonctif et les vaisseaux du voisinage. Au
total il se produit en toute évidence, à ce stade, un changement de polarité
sécrétoire de- éléments seitoliens qui, peut-être, s'accompagne d'une émigra-
tion du centrosime analogue à celle que récemment Masson a montrée dans
les cellules tumorales à polarité inversée. Nous avons pu d'ailleurs provo-
quer expérimentalement la multiplication des cellules de Sertoli et la genèse
de formations voisines des p-^eudo-corps jaunes endocriniens sans qu'en
résulte par contre aucune modification de la polarité de ces éléments, par
suite aucune action générale sur l'organisme. L'ablation bilatérale, en
dehors du rut, des corps adipeux qui coiffent les testicules, a pour effet la
multiplication compensatrice des cellules de Sertoli qui se chargent de gra-
nulations osmio-réductrices plus abondantes qu'avant l'opération et tendent
à envahir certains cysies. Le processus débute donc comme celui ci-dessus
décrit, mais il n'a pour résultat, ni la rupture du cyste et l'organisation
endocrine de son contenu, ni l'apparition des signes du rut.
Les considérations qui précèdent nous semblent de nature à suggérer le
rapprochement des phénomènes observables chez les Urodèles avec ceux
qui se manifestent chez les espèces à glande interstitielle périodique ou
permanente. Nous venons de montrer que, chez les Urodèles, c'est le même
produit de sécrétion qui paraît utilisé, soit en vue de la nutrition des cel-
SÉANCE DU 3o JANVIER 1922. 335
Iules germinales, soit en vue de la détermination dos caractères sexuels. On
est en droit de se demander s'il n'en est pas de même dans toute la série
des Vertébrés et si la §^lande interstitielle, là où on Tobserve, n'a pas la
valeur d'un perfectionnement dans le sens que nous indiquons.
On est ainsi entraîné à admettre qu'elle assume l'exercice simultané de
la double polarité, exocrine et endocrine, que l'on voit chez les Urodèles
mise en jeu alternativement, et qu'elle représente un tissu destiné à sup-
pléer les cellules de Sertoli, désormais vouées, par le procurés de leur ditlé-
renciation, au rôle purement exocrine d'intermédiaire entre le milieu nour-
ricier et la lignée germinale. Quant à la cause déterminante du développe-
ment de la glande interstitielle au cours de la phylogénèse, il faudrait la
rechercher dans l'influence que l'élimination physiolo;,àque. périodique ou
permanente des spermies, exerce sur les cellules conjonctives de voisinage,
dès que la cellule de Sertoli devient inapte à réagir aux changements
d'équilibre entre éléments nourriciers et éléments nourris. S'il en est ainsi,
on conçoit qu'outre la fonction endocrine, mise indéniablement en lumière
par les travaux de Bouin et Ancel, la cellule interstitielle exerce également
une fonction exocrine, en cédant une partie du produit de son activité
aux éléments sertoliens. La notion de la double polarité fonctionnelle de la
glande interstitielle du testicule, celle du couplage entre cette glande et les
cellules de Sertoli, est apte à permettre l'interprétation logique de nom-
breux faits, apparemment disparates, relatifs au tissu glandulaire du tes-
ticule dans la série des Vertébrés.
A 17 heures et quart, l'Académie se forme en Comité secret.
COMITE SECKET.
La Section de Géographie et .Xavigation, par l'organe de son Doyen,
présente la liste suivante de candidats à la place vacante par le décès de
M. Alfred Grandidier :
336
ACADEMIE DES bClENGEb.
En première ligne
En seconde ligne ^ ex œquo et par ordre
alphabétique
Les titres de ces candidats sont discutés.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
La séance est levée à t8 heures et demie.
M. GusTAVK Ferrie
MM. Félix Araco
ElGÈNE FlCHOT
Georges Perrier
Edouard Perrin
Jean Tilho
A. Lx.
ERRATA.
Séance du 3 janvier 1922.)
Ouvrages présentés :
Page 22, ligne 12, le nom de Tauteur Jean Delphy a été omis.
(Séance du 16 janvier 1922.)
Note de M. F.-E. Fournier., Relations entre les formes de carène d'un
navire, les déplacements relatifs de sa houle satellite, etc. :
Page i36, formule (8), au lieu de ir'-, lire w^.
Note de M. Muguet, Le plomb dans les minerais d'urane de Madagascar :
Page 172, ligne i5, au lieu de samiésite, lire samirésite.
Note de M. Maurice Leriche, Les vestiges du Lutétien, remaniés dans le
Quaternaire du nord de la France :
Page 175, ligne i3, au lieu de microspliérique, lire macrosphérique.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 6 FÉVRIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. H.mile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Secrétaire perpétuel annonce à T Académie que le tome 1G9
(1919, second semestre) des Comptes rendus est en distribution au secrétariat.
M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts adresse
ampliation du Décret, en date du 4 février 1922, portant approbation de
l'élection que l'Académie a faite de M. Maurice d'Ocagxe pour occuper la
place d'Académicien libre vacante par le décès de M. ./. Carpentier.
Il est donné lecture de ce Décret.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Maurice d'Ocagne prend place
parmi ses Confrères.
MÉCANIQUE. — Quelques remarques sur la rclatnnté.
Note de M. L. Lecornu.
I. Le principe classique de relativité est parfois énoncé en ces termes :
« Les lois de la nature sont les mêmes pour des observateurs qui sont en
mouvement de translation uniforme l'un par rapport à l'autre. »
C'est là une formule inexacte, comme le montre l'exemple simple que
voici. Soit un plan horizontal sur lequel on a tracé deux axes rectangu-
laires O^, 0/, issus «l'un point fixe O, et sur lequel se déplacent deux axes
OV, Oy, parallèles aux premiers, l'origine O' parcourant Ox avec une
vitesse constante v. Si, à l'instant initial, O' coïncide avec O, la distance
00' est, au bout du temps ;, égale à vt. Imaginons maintenant que l'en-
C. R., 1922, i« Semestre. (|T. 174, N» 6.) 26
338 ACADÉMIE DES SCIENCES.
semble tourne autour de la verticale de O avec la vitesse angulaire, cons-
tante to. Un observateur lié au système œOy constate qu'une masse m sus-
ceptible de glisser sans frottement sur Oo" et retenue par un fil de longueur r
attaché en O exerce sur ce fil la traction constante moi' r. Un autre obser-
vateur, lié au système. ic'O'/', trouve qu'un fil identique attaché en ()'
reçoit d'une masse m mobile sur O'ît' la traction croissante mw-f/- + (^/).
Bien entendu, dans cette expérience, le point O' est lui-même sollicité par
la force centrifuge mw-çt, égale et contraire à la partie variable de la ten-
sion du fil. Mais l'observateur mobile est censé ne pas s'en apercevoir: il
peut être enfermé dans un véhicule parcourant la voie Oa? et freiné exté-
rieurement de façon à conserver la vitesse v\ la variation de tension ne l'en
avertit pas moins qu'il est en mouvement.
Le principe de relativité suppose, en somme, que les axes conservent une
orientation invariable par rapport à la sphère céleste.
L'énoncé que je critique se trouve textuellement à la page ii4 du récent
Ouvrage de M. Gaston Moch sur La relativité des phénomènes. Si je nomme
cet auteur, c'est parce que, à la page 25i, il m'impute une « confusion
étrange » que j'aurais commise à propos du même principe quand, dans
mon Livre de 191 8 La mécanique : les idées et les faits, y ai exprimé une
remarque équivalente, au fond, à celle que je viens de faire. Il ne s'aperçoit
pas que lui-même, à cet endroit, confond le principe de relativité avec un
autre tout différent, qui est celui de l'indépendance entre l'effet d'une force
et la vitesse de son point d'application.
IL On lit dans le même Ouvrage de M. Moch (p. 23o) à propos du
déplacement séculaire du périhélie de Mercure : « Poincaré, suivi par
Lecornu, le réduit à 38', auquel cas Einstein donnerait une valeur calculée
trop forte de i3 pour 100. Vérification faite à l'Observatoire, grâce à
l'obligeance de M. Nordmann, Le Verrier a bien trouvé 43", à un ou deux
dixièmes de seconde près. »
A cela, M. Nordmann vient de répondre en ces termes (') : « D'après les
calculs récents de Grossniann, il résulte des observations astronomiques
réunies par INewcomb que la valeur effectivement constatée du déplacement
séculaire du périhélie de Mercure est non pas de 43", comme le croyait
Le Verrier, mais de 38 tout au plus. »
Quoi qu'il en soit, M. D. Berthelot a indiqué en 1916 (-) que le dépla-
(*) Einstein et C Univers, p» 1G8.
(2) Bulletin de la Société internationale des Électriciens.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 339
cément du périhélie de Mercure pourrait fort bien s'expliquer par l'inter-
vention d'une force agissant, dans le plan de l'orbite, perpendiculairement
à la vitesse, et proportionnellement à cette vitesse. C'est là un genre de
forces que nous sommes habitués à rencontrer en Mécanique, notamment
dans la théorie de l'effet gyroscopique et dans celle des mouvements
relatifs (force centrifuge composée). Elles jouent aussi un rôle dans la
dynamique des électrons.
Il est naturel de se demander si la déviation einsteinienne des rayons
lumineux au voisinage du Soleil ne pourrait pas, à son tour, être attribuée
à l'action combinée d'une pareille force et de l'attraction newlonienne. Le
calcul suivant a pour objet de répondre à cette question.
III. Soit un point matériel de masse un mobile dans un plan où il est solli-
cité simultanément par deux forces : l'une, F, dirigée vers un centre fixe O et
fonction de la distance ;■ à ce centre ; l'autre, $, perpendiculaire à la vitesse v
et ayant une expression de la forme vf{r), dans laquelle /(/') désigne une
fonction donnée de r. Pour avoir le moment de $ par rapport à O, il suffît
d'observer que la projection de cette force sur la direction perpendiculaire
dr
au rayon est/(r)-i-j et que le moment s'obtient en multipliant par /• cette
projection. D'après cela, si l'on appelle 0 l'angle polaire, le théorème des
aires fournit l'équation
d / ,rf9\ dr
d-t['"di)='^^'^'dï'
d'où, en appelant r-'|(/-) la fonction primitive de r /(r),
(1) /-^l — -•!.(/■ )| =:COnSt.
On voit que la vitesse aréolaire est constante par rapport à des axes
tournant autour de O avec la vitesse variable '\'(r).
D'autre part, le travail de $ étant constamment nul, l'intégrale des forces
vives donne, en appelant U le potentiel de F,
(2) i'2-H -ïU — consl.
Les équations (i) et (2) montrent que dans le cas de l'attraction newlo-
nienne la trajectoire est une conique rapportée à des axes tournant avec
une vitesse déterminée en fonction de r. Pour une planète. ?- oscille entre
des limites assez rapprochées. Si l'on suppose alors négligeables les varia-
tions de '^(/'), on peut dire que la trajectoire est une ellipse dont les axes
34o ACADÉMIE DES SCIENCES.
tournent uniformément. La condition pour que cette rotation soit de même
sens que le mouvement sur l'ellipse est que '\'{'') ait une valeur positive.
Dans le cas d'un rayon lumineux assimilé à une trajectoire képlérienne,
celle-ci est une hyperbole et il devient nécessaire de tenir compte des varia-
tions de '^(f). Voici comment on peut alors calculer la déviation totale,
égale à l'angle des asymptotes.
Soit dy, l'angle de contingence, c'est-à-dire l'angle dont tourne la tan-
gente pendant que r éprouve la variation c/r. Soityj la dislance de O à cette
tangente. Le pied de la perpendiculaire abaissée de O se trouve à la distance
\]r'-—p- du point de contact de la tangente. La déviation d^. fait donc
éprouver à p une variation dp égale à y'"^ — P' d'x, d'où
. Fpfrnaf inn ^ r
dt
Comme pv = f'-rr^ l'équation (i) peut s'écrire
pv := r'-'l[r) -h consl.
A l'infini, p prend une valeur limite p (distance de O à l'asymptote) et i^
devient la vitesse c de la lumière en dehors de lout champ de gravitation.
Admettons que /*^ '!»(/•) s'annule dans ces conditions et posons, d'une façon
générale.
Il vient
pç = pc + i.
D'autre part, U s'annulant à l'infini, la constante des forces vives est
_ pC -h c '
égale à c-. On trouve ainsi
d'où
v/c^-2U'
d.= ' u-.^p^+^)_^^)
y/H(c2_2U)-(pC-r£)- L C--2U
Cette expression se simplifie si, vu la grandeur de c, on regarde comme
négligeables 2 U en présence de c- et £ en présence de pc. Il reste alors
dy. =
V^
c
La déviation totale 0 s'obtient en intégrant cette expression, par rapport
à r, depuis le minimum de r, égal sensiblement à p, jusqu'à l'infini, et dou-
blant le résultat.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 34l
Soit U = — - le potentiel newtonien. Si roii commence par annuler ^,
et par conséquent £, la déviation est
^ 2 /xp /* ar 2 pi
On sait que, d'après Einstein, ce résultat serait deux fois trop faible. Mais
il est clair que, d'une infinité de manières, on peut doubler 0 en imposant
à la fonction £ l'unique condition
(3) / -^iî= = ii^
/■?!.
Une solution particulièrement simple consiste à poser
Pu.
c
Si l'on adopte cette solution, il vient
(4) r-^j{r) = -^ et ,•/(;■) ::z: i^,,
d'où
c'est-à-dire que la fonction f varie alors en raison inverse du cube de la
distance au Soleil.
La loi à laquelle on parvient ainsi est semblable à celle de l'action d'un
aimant sur une charge électrique mobile, comme si la force $ était due à
l'aimantation du Soleil. Cherchons si cette loi peut régir à la fois le dépla-
cement du périhélie de Mercure et la déviation des rayons lumineux.
La théorie d'Einstein, à peu près vérifiée par l'observation, donne, pour
le déplacement du périhélie à chaque révolution de la planète, la valeur
, , ' — r- dans laquelle a désigne le demi-^rand axe et e l'excentricité
c-a\i — c^) ^ ° °
égale, pour Mercure, à 0,20. Avec une erreur de 4 pour 100 seulement,
nous pouvons remplacer i — c- par l'unité. La durée de la révolution est,
d'après la troisième loi de Kepler, 2-1 / — ' en sorte que la vitesse de rota-
3 fû^
tion du srrand axe a pour valeur — K/—-'
o r ■ c- \ 0-'
342 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ici, noQS admettons, pour cette même vitesse, l'expression '\^(a) égale
à -^- Il faudrait donc que l'on eût p = - i /«u. ou bien, en unités G. G. S.,
p=z 2,77.10% tandis que le rayon du Soleil est réellement 7.10'% c'est-à-dire
aS fois plus grand. Il y a une difficulté encore plus grave : lé sens du dépla-
cement du périhélie exige que la fonction 'j» soit positive, alors que l'équa-
tion (4) donne une valeur négative. Cette divergence montre que, dans le
voisinage immédiat du Soleil, les phénomènes sont plus compliqués que
nous ne l'avons supposé en dernier lieu. Mais répétons que la formule (3)
laisse subsister une grande latitude dans le choix de la fonction t.
IV. On sait que, d'après Hertz, il n'existe pas d'actions à distance et
la Mécanique se ramène entièrement à des mouvements de masses, visibles
ou cachées, assujetties à des liaisons de contact, visibles ou cachées, mou-
vements qui vérifient le principe de moindre contrainte établi par Gauss.
Sans doute, dans sa pensée, les masses cachées et les liaisons cachées con-
cerneraient l'éther, envisagé dans ses relations avec la matière. Si l'on
adoptait te point de vue, les forces <P devraient, au même titre que les forces
de gravitation,- être regardées comme des manifestations de la présence de
l'éther, grâce auxquelles les phénomènes astronomiques s'expliqueraient
par le principe de moindre contrainte, sans obliger l'intelligence humaine à
sacrifier ses notions intuitives de l'espace et du temps.
ASTRONOMIE. — Sur la détermination interférentielle des diamètres des étoiles
dont r éclat superficiel n est pas uniforme. Note de M. Maurice Hamy.
Mes recherches (') sur la diffraction des images des astres circulaires,
observées au foyer d'une lunette diaphragmée par une fente rectiligne,
m'ont conduit à exprimer analytiquement l'éclat du disque, en un point
quelconque, lorsqu'il diminue du centre au bord, par suite de l'absorption
d'une atmosphère symétrique.
Soit p le rapport, au demi-diamètre de l'astre, de la distance angulaire
d'un point du disque. On démontre que l'éclat, en ce point, s'exprime par
la série convergente
(i) E — A„-t-A,v/i — p-^4-A2(i-p^)-i- A3(i-p2)i_,.A4(i — p2)2_|. ...^
(•) Journat de Mathématiques pures et appliquées. 1917 et- 1920; Bulletin astro-
nomique, 1920.
SÉANCE DU 6 FPVRIER I922. 343
Ao, A,, A,, ... étant des constantes dépendant de la constitution de l'atmo-
sphère de l'astre.
La formule (i), même limitée à quelques termes, représente fort exacte-
ment les faits dans le cas du Soleil. Prenons, en effet, comme point de départ,
les déterminations suivantes C) àe l'éclat de la surface, le long d'un rayon,
pour les radiations de longueur d'onde A = o^\ 5o62 :
o 00 0,20 o,/io 0,55 0,65 0,75 0,825 0,875 0,92 0,95 0,97
k'..... 1,0000 0,9891 0.9510 0,8998 o,85i6 0,7871 0,7196 o,66o5 0,5909 0.5289 0,4719-
Arrêtant le développement (i) au terme en (i - f^j la méthode des
moindres carrés donne
Aq— - 0,257879,
A,=: 0,941025^
A2= — 0,255333,
A3= 0,076874,
Ai~— 0,019945.
Les éclats calculés par la formule sont les suivants :
p o 00 0,20 0.40 0,55 0,65 0,75 0,825 0,875 0,92 0,95 0,97
E. ,,0000 0,9883 o,95o5 0,9003 o,852i 0,7866 0,7195 0.6607 0,5911 0,528^ 0,4721
Ils diflerent des données expérimentales, résumées dans le premier
Tableau, de résidus très faibles qui ne dépassent pas l'ordre de grandeur de
la précision des observations.
L'expression (i) de E se prête à une application intéressante, concernant
les étoiles dont les diamètres peuvent être directemenl mesurés par^la
méthode interférentielle fondée sur une remarque énoncée par Fizeau (-).
Cette méthode (^) repose sur Tobservation des franges d'Young qui se
produisent au foyer d'une lunette, dirigée sur une source lumineuse loin-
taine, de faible diamètre angulaire £, dont l'objectif est recouvert d'un
écran percé de deux fentes égales et parallèles. La théorie et l'expérience
montrent que la netteté des franges diminue, lorsqu'on augmente graduel-
lement la distance / des centres des fentes; elles disparaissent totalement au
(1) C -G Arbot F.-E. Fowle and L.-B. Ali.rich, On the distribution of radiation
over the sun's disk and nea' évidence of ihe solar variabilily {Smithsonian nuscel-
laneous collections, vol. 65).
(2) Comptes rendus, Rapport sur le prix Bordin pour 1868.
(M Hamy, Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'an 1919 (noUce B).
344 ACADÉMIE DES SCIENCES.'
moment où / atteint une valeur telle que
(2) £ — I,:22 jy
\ étant la longueur d'onde des radiations admises dans Tœil de l'obser-
vateur. Cette relation suppose d'ailleurs essentiellement que la source est
uniformément éclairée. Dans cette hypothèse, la mesure de la distance des
fentes qui correspond à l'évanouissement des franges, fait connaître la
valeur du diamètre £, si cette distance est suffisamment grande par rapport
à la largeur commune des deux fentes. La relation (2) montre qu'il faudrait
pouvoir éloigner les fentes à plus de 12"^, pour mesurer un diamètre voisin
deo",oi. Ea conséquence, aucun instrument existant ne peut servir à étudier
directement le diamètre de sources d'aussi faible étendue angulaire. Mais il
y a un moyen détourné, d'application d'ailleurs difficile, de rendre une
lunette utilisable, pour un pareil objet. Il consiste à ramener, par des
réflexions sur des miroirs plans, deux faisceaux émanant de la source et
primitivement très écartés à pénétrer parallèlement, dans l'instrument,
avec une très faible différence de marche. L'écartement des faisceaux pri-
mitifs joue alors le rôle de la distance /, dans la formule (2). C'est par un
dispositif de ce genre, organisé par A. Michelson, que le diamètre de
l'étoile a Orion, supposée d'éclat uniforme, a été mesuré par Pease et
Anderson, à l'Observatoire du mont Wilson.
L'application de la méthode interférentielle peut s'étendre aux étoiles
entourées d'une atmosphère absorbante dont la surface n'est pas uniformé-
ment lumineuse. Jl est même possible de déterminer à la fois la valeur du
diamètre et les variations d'éclat superficiel de l'astre, le long d'un rayon,
en prenant comme point de départ les valeurs, supposées observées, du
rapport des intensités des maxirna et ininima des franges, correspondant à
des valeurs connues de l'écartement des fentes. Appelons /la distance des
fentes qui correspond à l'évanouissement des franges. Le rapport de l'inten-
sité des maxima à celle des minima est alors égal à i. Désignons par K^ le
rapport de ces intensités, lorsque la distance des fentes a pour valeur /,, et
par a, le rapport connu -• Si l'on pose m = t: -r^ et m, = tt —^ £ étant le dia-
mètre de l'astre, on a /w, = m a,. Egalant à K^ l'expression analytique donnant,
en fonctions des constantes A de la formule (i), le rapport de l'intensité des
maxima à celle des minima, pour la distance des fentes /,, on est conduit à
iine relation de la forme suivante, dans laquelle les fonctions y et F sgnt
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1923. 345
connues,
(3) Ao[/o(/«,) - K,F,(m,)] + Ai[/,(m,) - K,-F,(m,)] +. . . = o
qui fournit autant d'équations linéaires auxquelles sont assujettis les A que
l'on possède d'observations du rapport K. L'exemple donné ci-dessus, dans
le cas du Soleil, montre d'ailleurs que Ton peut réduire à quelques termes
seulement l'expression (1) deE. D'une façon générale, si l'on possède /zobser-
valions du rapport K, on conservera Ao, A,, . .., A„_,, dans la formule géné-
rale. Ces n constantes qui ne sont pas toutes nulles devant vérifier n équa-
tions linéaires homogènes, le déterminant ayant pour éléments les coeffi-
cients des A est nécessairement nul. Soit 7n= [x la plus pelite racine positive
de l'équation en m ainsi obtenue, la relation a = - ^ fournit la valeur exacte
du diamètre z. Faisant m=u., dans les n équations linéaires, ces écjuations se
' . A A,
réduisent à /? — i distinctes qui permettent d'évaluer les rapports ~> t^»---»
-T^^' Le problème est ainsi complètement résolu.
Ao ^ .
La solution de la question se ramène, en somme, à la discussion d'une
équation transcendante en m. Cette équation ne peut fournir la valeur de u,
que par des substitutions numériques suffisamment serrées et un calcul
d'interpolation, li. prend d'ailleurs la valeur i.227ï, dans le cas où la surface
de Tastre est uniformément éclairée.
Les fonctions /et F, figurant dans l'équation en m, dépendent d'intégrales
r ' ' ,^-
de la forme j (i —x-) 'cosqxdx, oiip est un entier positif ou nul et q un
nombre peu élevé. Toutes les intégrales obtenues, en faisant varier p,
s'expriment en fonction de celles qui correspondent à/) = ietà/? = o. Celte
dernière a d'ailleurs été mise en table; elle intervient dans la théorie de
la diffraction par une ouverture circulaire.
L'application des considérations précédentes à l'étoile géante Beltégeuse
serait particulièrement intéressante. Il est en effet difficile a priori de se
faire une idée de ce que peut être l'atmosphère d'une étoile aussi immense
et dans un état de condensation aussi peu avancé.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE. — L' accoutumance du ferment lactique aux poisons.
{Spécificité^ simultanéité et alternance). Note de MM. Charles Riciiet,
EuDoxiE Bachrach et Hexry Cardot.
Ayant établi ce fait fondamental, que le ferment lactique s'accoutume
aux milieux toxiques dans lesquels on l'a ensemencé, nous avons étudié
346 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cette accoutumance d'une manière plus approfondie, aux points de vue de
la spécificité, de la simultanéité et de l'alternance.
1. Spécificité. — L'accoutumance est spécifique, en ce sens que le
ferment accoutumé à tel poison déterminé n'est pas accoutumé à tel autre.
Voici, pris parmi beaucoup d'autres, des nombres qui le prouvent (') :
Spécificité de f accoutumance (-).
Teneur de la solution
de culture
en AsO^K^.
Os, 05. Oi?,45. Os, 85.
Souche accoutumée à AsO^K^ 86 5o 87
Souclie accoutumée à Tl NO^ 68 o o
□ 4
SurAso-K^ 0,05 %o
0,4-5 %o
0,85 %o
Fis. I.
Ainsi les seuls ferments pouvant pousser sur lès solutions arsenicales
toxiques sont ceux qui sont accoutumés à l'arsenic, et il n'y a pour pousser
(') Si la lecture de ces cluifies paraît ardue, on se reportera aux nombreux gra-
phiquesque nous donnons ici, lesquels rendront extrêmement simple la compréhension.
(^) Les nombres indiquent l'acidité de la liqueur fernientée après 22 heures de
fermentation. Ils sont toujours rapportés à 100, 100 étant la quantité d'acide produite
dans le même temps par une souche normale ensemencée sur milieu normal. Les
quantités pondérales indiquées pour le poison sont toujours rapportées à i' de la
solution.
SÉANCE DU 6 FI'VRIER I922. 847
sur les solutions cadrniques toxiques que les ferments accoutumés au chlo-
rure de cadmium.
Spécificité de V accoutumance.
Teneur de la solution de culture
en CdCP. ou en AsO'K=.
Of,2.5. Ob', 50. Ce, 25. 0k,50. l^.
Souche normale o 2,. 5 o o o
Souche arsenicale (') o o 60 3i i/i
Souche cadmique 87 4^ o o o
iHM \ Souche normale
^1 2 Souche arsenicale
I I 5 Souche cadmique
Sur CdCP 0,25%
(22")
Sur CdCP 0,50"
('i-O'^)
SurAso'K-' 0,25"
122")
Fis. 2.
SurAso'K 0.50-^
122")
I
SurAso'K' 1 "o
De même, la souche habituée au thallium n'est accoutumée ni à l'arsenic
ni au cadmium. L'accoutumance est étroitement spécifique.
II. Simultanéité. — Il s'agissait de savoir si le ferment peut s'accoutumer
simultanément à deux poisons. La réponse a été nettement positive.
(1) Nous appelons, pour simplifier, souche arsenicale, la souche qui a été, par une
longue série de cultures, accoutumée à l'arséniate de K; souche cadmique, la souche
qui a été, de même, accoutumée au CdCl-, etc.
348
ACADEMIE DES SCIENCES.
Simultanéité de l'accoulumance {flg- 3]
sur AsOMv^.
sur CdCP
0?,25.
Souche normale o
Souche arsenicale 60
Souche cadmique »
Souche mixte, c'esl-à-dire simultané-
ment arsenicale et cadmique Sg
0?, 50.
o
3r
o
i4
0^25.
o
»
68
100-
SurAsCK' 0,25 %o
WM 1 Souche normale
IH 2 Souche arsenicale
1**1 ^ Souche mixte [arsenic* cadmium}
Cl 4 Souche alternée (arsemc et caamiumi
di s Souche cadmique
2
I
lîll H
Sur CdCP 0,25'
Fig. 3.
Donc la présence de Farsenic ne' gêne en rien Taccoutunnance au cad-
mium, et le ferment est accoutumé simultanément à l'arsenic et au
cadmium.
De même, si au lieu de CdCP on ajoute à l'arsenic du nitrate de thallium,
l'accoutumance à l'arsenic n'est nullement oênée.
Simuitanéité de l'accoutumance (/îg. 4)
sur AsO'' K'.
Souche arsenicale
Souche mixte (Âs^O* et TliNO^),
0^05.
86
86
5o
55
Os, 85.
38
39
36
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 3^9
Déjà radaptation héréditaire du protoplasma de la cellule microbienne à
un poison était un fait très surprenant, mais l'adaptation à deux poisons
agissant simultanément est plus extraordinaire encore.
SurAso'K^ 0 05°ôo
Hi 2 Souche arsenicale
liîJ 3 Souche mixte ( sraemc * thallwm )
^ÊÊÀ 4- Souche alternée (arsenic et thalUum)
Fii
III. Alternance de C accoutumance . — Après avoir prouvé l'accoutumance
simultanée à deux poisons, nous avons étudié l'accoutumance alternée.
\ oici comment fut instituée l'expérience :
Après que le ferment a végété pendant vingt-quatre heures sur de l'arsé-
niate de K, on le fait végéter pendant le même temps sur CdCP; puis de
nouveau sur AsOUC, et l'on alterne ainsi toutes les vingt-quatre heures
pendant plusieurs jours ( onze jours).
Au bout de ce temps, on constate que le ferment est encore habitué aux
deux toxiques, mais plus faiblement que lorsque l'accoutumance avait été
simultanée, sans être interrompue par des alternances.
Accoutumance alternée
A i^fig. 4) sur AsO^K'.
Souche mixte simultanée (arsenic et ihallium)..
Souche alternée (arsenic et tliallium)
0^,05.
8G
76
0^,45.
55
0p,85. le, -25.
38 36
35o ACADÉMIE DES SCIENCES.
sur AsO^K'. sur CdCP-.
•0»,25. 0*^,50. Is. ne, -25.
.Souche mixte simultanée (arsenic el CdCl-). . . 69 33 12 68
Souche alternée (arsenic et CdCl-) 36 9 o 3
Souche normale o f> <> '^
^__ ^^^ijig. 5)
sur AsO'K' 1%„. sur CdCl-0e,50Voo.
Souche mixte simultanée (arsenic et GdCl-). . . 33 27
Souche alternée (arsenic et CdCl- 22 24
Souche normale o 2 , j
100 — ..-.-
(•33 Souche mixte lar-semc* cadmium)
(5 <f Souche alternée ( arsenic et caamiumi
^Ë1 Souche normale
SurAso-K': r
SurCdCP: 0.5%u
Fig. 5 ( * ).
(*) Les graphiques ci-joints se comprennent sans difficulté.
La hauteur des colonnes indique les proportions d'acide lactique formé.
La figure i montre la spécificité de l'accoutumance à l'arsenic, (2) représente la souche accoutumée
à l'arsenic, (4) une souche accoutumée au thallium ; on voit que cette dernière n'est pas accoutumée
à l'arsenic.
La figure 2 montre à quel point l'accoutumance est forte pour CdCl- et As O'K''. Elle montre
aussi la spécificité, puisque les souches qui ont poussé sur AsO'K^ ne sont pas du tout accoutumées
à CdCl-, de même que les souches qui ont poussé sur CdCl- ne sont pas du tout accoutumées
à AsOn<^
11 est intéressant de constate)' que, même à des doses de is d'arséniate de K, le croit est encore plus
fort pour le ferment accoutumé qu'aux doses de 0,^5 pour le ferment non accoutumé.
La figure 3 montre que le mélange des deux poisons (souche mixte) n'empêche ni l'an ni l'autre
d'amener l'accoutumance. Si la culture a été alternée (c'est-à-dire ayant poussé un jour sur CdCP, le
lendemain sur AsO^K^, et ainsi de suite) il y a encore accoutumance — mais très légère accoutu-
mance — ù l'un et l'autre des deux poisons.
C'est aussi ce que montre très nettement la figure 4- Un y voit très nettement que 1 addition de
nitrate de thallium n'a nullement modifié l'accoutumance à l'arsenic.
La figure 5 montre que l'alternance de deux poisons (arsenic et cadmium) est moins favorable
à l'accoutumance que leur action simultanée continue.
La ligne en traits interrompus placée au haut des figui'es 3, 4i 5 indique graphiquement la pro-
portion d'acide lactique formé par la souche normale sur milieu normal.
SÉANCE DU 6 FKVRIER 1922. 35 1
Ainsi l'alternance d'un antiseptique, sans détruire tout à fait l'accoutu-
mance, la diminue notablement. C'est là un fait important au point de vue
pratique, puisqu'il prouve que ralternance des antiseptiques, laquelle
empêche les microbes infectieux de s'accoutumer aux poisons, est un traite-
ment antiseptique de choix, comme l'un de nous l'a d'ailleurs indiqué (').
IV. Conclusions. — i" L'accoutumance des microbes à tel ou tel poison,
transmise par hérédité, t^K. spécifique^ c'est-à-dire limitée au poison auquel
ils ont été accoutumés.
2° La cellule microbienne peut % ?iZQ,o\i\MVi\^^v simuUanèment à deux poi-
sons, et cette accoutumance à chacun de ces poisons est, dans certains cas
au moins, aussi facile et aussi complète quand il y en a deux que quand il
n'y en a qu'un seul.
3" Quand, au lieu de faire pousser simultanément les cultures sur les deux
toxiques pour développer Taccoutumance, on alterne leurs cultures, l'accou-
tumance se produit encore, mais à un degré moindre que si l'action des
toxiques était continue, au lieu d'être interrompue par des alternances (^).
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Recherches sur l'insuffisance protéopexique
du foie dans Vhépatite dysentérique. Note de MM. F. Widal, P. AbraiMI
et J. HUTISÎEL.
Après avoir fait connaître, par une série de recherches expérimentales
dont les résultats ont été communiqués ici même, l'existence d'une fonction
nouvelle du foie, à laquelle nous avons donné le nom de « fonction protéo-
pexique », nous avons montré les services que pourrait rendre au médecin
l'exploration de cette fonction, en lui permettant de dépister les moindres
altérations de la glande hépatique. Grâce, en efl'et, à une épreuve des plus
simples, celle de l'hémoclasie digestive, qui consiste, après avoir fait absor-
ber au sujet, à jeun, un verre de 200^ de lait, à rechercher, par quelques
numérations successives de ses globules blancs, l'existence ou l'absence
{*) Charles Hicuet, De V emploi alternant des antiseptiques {Comptes rendus^
l. 163, 1916, p. 589-591).
(-) i\o^ conclusions ne sonl dues qu'à rexpérimeiitaliou sur le ferment lactique et
sur quelques poisons. Mais il extrêmement probable que ces faits peuvent être géné-
ralisés, c'esl-à-dire étendus à d'autres microbes et à d'autres toxiques. Il serait dési-
rable que les nombreux expérimentateurs qui s'occupent de bactériologie entreprissent
cette étude.
352 ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'une crise hémoclasique, on apprécie si le foie exerce ou non sa fonction
d'arrêt à l'égard des protéides incomplètement désintégrées que lui amène
la veine porte à la suite de ce repas ; en un mot, on décèle l'intégrité ou au
contraire l'insuffisance de sa fonction protéopexique. Or, des recherches
comparatives très nombreues nous ont permis d'établir que, de toutes les
fonctions du foie, celle-ci, qui se prête le mieux à une exploration scienti-
fique, est aussi la plus sensible à toutes les causes d'altération de l'organe
hépatique. Nous avons fait voir que, non seulement l'insuffisance protéo-
pexique se retrouve toutes les fois que d'autres fonctions du foie (la biliaire et
l'uréogénique en particulier) sont atteintes, mais qu'elle apparaît dans bien
des cas isolés, sans être accompagnée d'aucune des réactions qu'il est habi-
tuel de rencontrer au cours de l'insuffisance hépatique, et qu'elle constitue
de la sorte le témoin le plus fidèle et le plus délicat de l'hépatisme latent.
Or il est une affection, dans laquelle la recherche de l'insuffisance pro-
téopexique du foie présentait « ^77on un intérêt tout spécial : c'est l'ami-
biase hépatique. Alors même, en effet, que le parasite a déterminé les lésions
massives de l'iiépatite et provoqué un gros abcès, l'anatomie pathologique
a montré depuis longtemps qu'il reste dans le foie des régions indenmes,
où l'amibe n'a pas pénétré et qui conservent leur structure normale.
On pouvait donc supposer que la présence de ce tissu normal suffirait à
contre-balancer l'action destructrice des fpyers d'hépatite, et à assurer, au
moins dans une certaine mesure, la^persislance de la fonction protéo-
pexique. Or c'est bien là ce qui se produit, en réalité.
Il était indiqué, tout d'abord, de rechercher l'influence que la dysenterie
amibienne peut exercer elle-même, et en dehors de toute localisation appa-
rente dans le foie, sur la fonction protéopexique. A cet égard, les résultats
ont été constamment négatifs : chez quatre sujets, atteints d.'entérite ami-
bienne de date plus ou moins ancienne, et chez lesquels aucun symptôme
d'hépatite n'avait jamais été constaté, l'épreuve de l'hémoclasie digestive,
effectuée à différentes reprises, a donné les mêmes résultats que chez des
sujets normaux. L'absorption des 200^ de lait n'a provoqué aucune crise
hémoclasique. ,
Nous avons alors effectué la même recherche sur des sujets atteints d'ami-
biase non seulement intestinale, mais hépatique. L'un d'eux, porteur depuis
plusieurs mois d'une colorectite dysentérique avec amibes nombreuses dans
les selles, présente en outre tous les symptômes d'une hépatite non encore
suppuj'ée : le foie est gros, douloureux spontanément et à la pression, mais
la fièvre est absente.
SÉANCE DU G FEVRIER 1922. 353
Les urines renferment des traces d'urobiline, pas de sels biliaires.
L'('prcuve de l'iirmoclasie digestive est absolument néj^ative; l'ingestion du
lait provoque au contraire une- hyperleucocytose nette, élevant le taux des
globules blancs de id^oo à 18 000.
Trois autres malades sont porteurs d'abcès du foie en évolution. Chez
l'un d'eux, l'opération a permis d'évacuer 200^ de plus du lobe gauche; le
foie dépassait de trois à quatre traces de doigt les fausses cotes. Les urines
renfermaient de l'urobiline, sans sels biliaires. L'épreuve de l'hémoclasie
digestive effectuée le matin même de l'intervention, a montré l'intégrité de
la fonction protéopexique du foie.
Chez un second malade, Tabcès forme une tuméfaction volumineuse sur
la face antérieure du lobe droit; les urines ne renferment que de l'urobiline.
L'épreuve de l'hémoclasie digestive donne un résultat négatif : après
absorption des 200^ de lait, on note au contraire de l'hyperleucocytose,
de 18000 à 21 000.
Enfin, chez un troisième malade, atteint lui aussi d'hépatite suppurée, le
résultat est le même : la fonction protéopexique du foie est indemne.
Ainsi donc, non seulement l'hépatite amibienne non encore suppurée
n'altère pas la fonction protéopexique du foie, mais celle-ci se montre nor-
male, même lorsqu'une partie importante du parenchyme hépatique a été
détruite par la suppuration. Sur quatre malades atteints de complication
hépatique amibienne, quatre fois l'épreuve de l'hémoclasie digestive a fourni
des résultats absolument normaux.
Ces faits tendent à établir, ainsi que nous l'avions indiqué précédemment,
que, dans les altérations du foie dysentérique, on ne saurait mesurer le
degré de l'adultération fonctionnelle à la gravité apparente des lésions;
quelle que soit leur étendue, ces lésions restent en réalité locales. L'amibe
dysentérique n'agit pas par des toxines qui diffusent au loin ; elle exerce
une action de nécrose qui se produit uniquement à son contact; au-delà des
foyers d'hépatite, même suppurée, des régions subsistent dont les cellules
ont conservé leur pouvoir protéopexique. Elles suffisent à assurer la persis-
tance de cette fonction importante du foie; et c'est pourquoi la crise d'hé-
moclasie digestive fait défaut dans ces conditions.
Un certain nombre de faits que nous avons observés chez ces sujets
atteints de dysenterie amibienne sont en outre de nature à faire penser que
non seulement, au cours de cette maladie, le foie conserve l'intégrité de sa
fonction protéopexique, mais qu'il est même, fréquemment, plus résistant
C. R., 1922, I" Semestre. (T ili, N* 6 ) 27
354 ACADÉMIE DES SCIENCES.
qu'un foie normal aux causes qui, d'habitude, altèrent très ra[)idenient
cette fonction, il en est ainsi de l'action des arsénobenzènes.
Nous avons fait voir en effet que, parmi toutes les causes capables de
créer Finsuftîsance protéopexique du foie, les arsénobenzènes, et en parti-
culier le novarsénobenzol, occupaient la première place. Grâce à l'épreuve
de riiémoclasie digestive nous avons pu nous rendre compte que les alté-
rations hépatiques sont constantes au cours du traitement par le 914 i
qu'elles apparaissent d'une façon très précoce et avec l'emploi de très faibles
doses, et qu'elles sont susceptibles de persister plusieurs semaines après la
cessation des injections. « 11 semble même que de toutes les fonctions du
foie, la fonction protéopexique soit une des plus fragiles à l'égard de l'in-
toxication par le novarsénobenzol; si, chez certains sujets, en efïet, nous
avons constaté, en même temps qu'une hémoclasie digestive, un certain
degré d'urobilinurie, une réaction de Hay positive ou un abaissement du
rapport azotémique, chez d'autres, par contre, ces derniers signes faisaient
défaut, et, seule, l'existence de l'insuffisance protéopexique témoignait de
l'altération hépatique. »
Or il est remarquable de constater que chez les sujets atteints de dysen-
terie amibienne que nous avons examinés, le foie supporte, au contraire, le
plus souvent des doses parfois considérables de novarsénobenzol sans
qu'apparaisse la moindre insuffisance protéopexique.
Ainsi, parjui nos quatre sujets atteints d'amibiase intestinale, deux ont
été soumis à une cure novarsénicale, par injections intraveineuses. L'un a
reçu 1^,55 de 914 en quatre fois, à huit jours d'intervalle; le second i^,3o,
en trois fois. Or, chez l'un et l'autre, l'épreuve de l'hémoclasie digestive,
recherchée à maintes reprises, pendant toute la durée du traitement et
après sa cessation, n'a décelé aucune altération hépatique. Cependant le
produit dont on se servait pour les injections (série E.2384) déterminait
dans le même temps une insuffisance protéopexique manifeste chez quatre
témoins, à la simple dose de o*^, 3o.
La même tolérance du foie à l'égard du 914 se retrouve chez noire
malade atteint d'hépatite non suppurée et chez lequel l'hémoclasie digestive
est également absente, bien que ce sujet vienne de subir tout récemment
des cures intensives et prolongées de novarsénobenzol.
Ce n'est, semble-t-il, que lorsque l'on atteint, dans le traitement, une
dose relativement élevée de 914, que l'insuffisance protéopexique fait
son apparition. Ainsi, chez un de nos malades atteint d'abcès du foie et
, SÉANCE DU 6 1 i:VRIER I922. ÔJD
opéré le 20 novembre 1920, l'hémoclasie digeslive était absente le 8 jan-
vier, alors qu'il venait de recevoir i^,65 de novarsénobenzol; trois semaines
plus tard, la dose totale étant montée à 2^,55, l'iiémoclasie digestive
devint positive.
11 semble donc bien que dans la dysenterie amibienne, non seulement le
foie, môme lorsqu'il est le siège de lésions métastatiques suppurées, con-
serve l'intégrité de sa fonction protéopexique, grâce, sans doute, à la persi-
stance d'un grand nombre de cellules hépatiques normales, en dehors des
foyers malades, mais que sa résistance même soit augmentée, puisqu'on le
voit supporter, sans dommage, des doses de certains toxiques, comme les
arsénobenzènes, qui, en quantité beaucoup plus faible, suffisent à rendre
d<''ficiente la fonction protéopexique d'un foie normal.
Les résultats ainsi observés au cours de l'hépatite amibienne s'opposent
d'une manière frappante à ceux que l'on obtient dans les hépatites d'origine
toxique, microbienne ou même circulatoire, où la fonction protéopexique
de la cellule hépatique est au contraire, ainsi que nous l'avons montré, si
facilement altérée. C'est ainsi (jue dans tous les cas d'ictères infectieux que
nous avons étudiés, de même que dans l'asystolie hépatique ou à la suite
de la narcose chloi'oformique, l'épreuve de l'hémoclasie digestive, recher-
chée chez le même sujet à différentes reprises, s'est montrée d'une con-
stance, d'une précocité et d'une persistance remarquables. C'est qu'il s'agit
là de lésions diffuses, dans lesquelles l'action des poisons, des toxines ou
des troubles circulatoires, se fait sentir sans distinction et au même degré
sur toutes les cellules du parenchyme hépatique. Au contraire, dans l'ami-
biase hépatique, les lésions nécroliques, quelle que soit leur étendue,
restent toujours des lésions locales, et il reste toujours dans le foie un
nombre suffisant de cellules normales pour assurer, pour une quantité déter-
minée d'aliments azotés, la persistance de la fonction protéopexique. Tout
semble même se passer, nous l'avons vu, comme si, par une sorte de vica-
riance, ces cellules restées intactes, acquéraient une résistance plus grande
qu'à l'état normal.
NOMOGRAPlilE. — Sur Vexaincn comparatif de dwi'ises méthodes
nomo graphiques . Note de M. d'Ocagxe.
Il ne saurait me convenir de prolonger devant l'Académie un débat dont
je n'ai, au reste, pas été l'initiateur, et qui porte sur une question d'un
356 ACADÉMIE DES SCIENCES.
caractèn? beaucoup trop spécial pour retenir plus longtemps son attention.
Je me contenterai donc pour l'instant, tout en maintenant exprefsément
les termes de la Note que j'ai donnée récemment dans les Comptes rendus
(t. 174, 1922, p. 146), de renvoyer, pour de plus amples développements
sur le sujet, à la publication que j'ai annoncée dans cette Note et que
j'aurai, dès qu'elle aura paru, l'honneur d'offrir à l'Académie.
SPECTROSCOPIE. — Sur V évolution (lu spectre du magnésium sous Vinfluencc
d'actions électriques croissantes . Applications à V Astrophysique. Note(') de
MM. A. DE (iRAMONT et G. -A. HeMSALECH.
Deux raies indigo du magnésium, qui ont respectivement pour longueurs
d'ondes internationales [\l\'6i^i raie d'étincelle, et 435 1,9 (6® terme de la
série de Rydberg), raie de l'arc, jouent un rôle important dans la classifi-
cation des étoiles et dans les hypothèses relatives aux températures de
celles-ci. Le contraste de ces raies est frappant. La raie X 448 1 considérée
par Scheiner et par Lockyer comme révélatrice des plus hautes tempéra-
tures stellaires, est, avec la raie [K] du calcium, une des premières lignes
métalliques à apparaître dans les étoiles à hélium ayant des accointances
avec les nébuleuses. Sa présence, comme raie brillante, dans les étoiles
nouvelles, a été récemment confirmée, notamment dans la nova n° II des
Gémeaux par M. F.-J.-M. Stratton. La forte intensité de cette raie persiste
dans les étoiles à hydrogène, mais elle décroît dans les groupes suivants de
la série évolutive, lorsque les spectres métalliques apparaissent et se déve-
lop^Dent. Elle finit par disparaître, au milieu d'eux, dans les étoiles du type
solaire. La raie A 4352 de l'arc est, au contraire, toujours considérée comme
indiquant des températures stellaires relativement basses. Il nous semble
que, comme terme de comparaison, la raie A 4352 dont les variations sont
peu sensibles, pourrait être avantageusement remplacée par la raie X 457 1 , i
qui est une raie de flamme, puis d'arc, et enfin d'étincelle, où elle s'aO'aiblit
notablement.
Ces deux lignes A 4352 et A 4571 s'accompagnent dans l'évolution
stellaire. Elles apparaissent dans Procyon (groupe F5 de Harvard) étoile
intermédiaire entre les étoiles à hydrogène, et celles du type solaire, où les
raies renforcées des proto-métaux de Lockyer sont aussi développées que les
raies de l'arc. On y trouve aussi les triplets [Z>] X5i84 et X3838, qui ont
(^' ) Séance du 28 janvier 1922.
SÉANCE DU 6 FKVRIER 1922. 357
d'ailleurs fait leur apparition dans les étoiles à hydrogène, de sorte que le
spectre du magnésium, étudié dans le tableau qu'on trouvera plus loin, est
au complet dans Procyon. Les deux raies A 4371 et A 4352 persistent dans
les stades plus avancés de l'évolution stellairc et sont bien marquées dans les
groupes M. Il serait particulièrement intéressant de tenir compte des faits
que nous allons présenter ici, en comparant dans les spectres des groupes M
ceux des étoiles géantes à ceux des étoiles naines, afin de chercher si les
raies du magnésium ne se comportent pas différemment dans ces deux caté-
gories opposées.
Dans une Note antérieure ('), nous avions attiré l'attention sur ce fait
remarquable que la raie d'étincelle A4481 s'arrête brusquement, ou tout au
moins accuse une chute subite et très marquée d'intensité, à un certain
moment, pendant la deuxième phase d'un arc à goutte Uquide (voir figure
ci-dessous), tandis que toutes les autres raies du même spectre (raies d'arc
et raies de flamme) continuent, sans subir aucun changement dans leur émis-
sion. Nous avons démontré de plus que cet événement a toujours lieu quand
l'intensité du champ électrique agissant est tombé à environ 5oo volts : cm;
nous en avons conclu que rémission de la raie a448i est régie par des forces
Champ
électrique
volts/cm
304
460
23000
i
y = (2' phase )
couche liquide
(I""* phase)
-M 00 t^ O O
in _ _ _ o
oc -M C-.
rï rî M
ce oc 00
n n n
Arc au magnésium, avec goutte d'eau.
électriques et qu'il existe une valeur critique de cette force au-dessous de
laquelle cette raie n'est plus émise. Dans une autre série d'expériences faites
avec des fours électriques, l'un de nous a mis en évidence un fait analogue
pour les triplets A3838 et a5i84 ('). Ces triplets sont fortement émis dans
l'espace au-dessous de la lame de graphite jusqu'au bord inférieur de la
frange rouge produite comme l'on sait par le courant thermo-électronique.
A cet endroit ils subissent une chute brusque d'intensité et apparaissent
comme raies faibles dans la partie inférieure de l'espace protégé. D'un autre
(') A. DE Gramont et G. -A. Hemsalech, Comptes rendus, t. 173, 192 r, p. 5o5.
(*) G. -A. Hemsalech, Philosophical Magazine, t. VO, 1920, p. 296.
358 ACADÉMIE DES SCIENCES.
coté la raie de la flamme X/i^ji ne subit aucun changement en passant de
la surface inférieure de la lame vers le bas à travers la frange rouge. Le bord
inférieur de la frange marque ainsi le lieu où la chute de potentiel atteint
une valeur critique au-dessous de laquelle l'émission des triplets ne s'efTectue
plus au moyen d'actions électriques. La faible émission qui subsiste est pro-
voquée, comme dans les enveloppes des flammes, par des actions thermo-
chimiques. La résistance des vapeurs du magnésium n'étant pas évaluable
à ces hautes températures, il n'a pas été possible de déterminer la valeur
critique de la chute du potentiel. Cependant ces raies apparaissent déjà
avec un champ de moins de 5 volts: cm. Dans les mêmes conditions les
raies de la série nébuleuse de Rvdbers: sont absentes. Nous les avons
obtenues dans l'arc direct avec un champ moyen de 70 volts : cm.
La valeur critique du champ pour l'excitation des raies de la série de
Rydberg doit donc être comprise entre 5 et 70 volts : cm. Nous savons en
outre, d'après les observations de M. de Watteville ('), que la distinction
entre les raies de la flamme et les triplets du magnésium est aussi nettement
mise en évidence, dans la flamme air-gaz d'éclairage. Les raies des triplets
(raies d'arc) s'arrêtent brusquement à la hauteur du cône bleu, tandis que
les raies de la flamme continuent, sans aucune modification appréciable,
dans les parties chaudes de l'enveloppe au-dessus du cône. Les résultats
donnés parle four concordent donc parfaitement, en ce qui concerne la
diflerence d'origine des raies de flamme et des raies d'arc, avec ceux obtenus
avec les flammes.
Nous croyons pouvoir conclure de ce qui précède, que les centres d'émis-
sion du magnésium peuvent exister dans cinq états difîérents, dont chacun
est caractérisé par l'apparition unique, ou la pi-édominance dans le spectre,
des types de raies suivants :
Premier état : raies de la flamme.
Deuxième état : raies d'arc (triplets de série).
Troisième état : raies d'arc (série nébuleuse de Rydberg).
Quatrième état : raies d'étincelle fines.
Cinquième élat : raies d'clincelle élargies.
Le dernier état correspond au proto-magnésium de Lockyer. Comme
nous venons de le voir dans deux cas, le passage d'un état à l'autre avec
des forces électriques décroissantes s'accomplit brusquement, à savoir le
passage du quatrième au troisième et celui du deuxième au premier état.
(') C. i)K Watteville, Thèse de Doctorat^ Paris,' 1904, p. 34-
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SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 3%
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36o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le passage du cinquième au quatrième état se fait généralement moins
subitement que les précédents. Quant au changement du troisième au
deuxième état, le point critique n'a pas encore pu être déterminé.
A Taide de toutes ces données et de quelques observations de
MM. Hartley et Ramage sur le spectre de la flamme oxhydrique (^) ainsi
que de celles de M. King sur le spectre du four électrique (-) nous avons
établi le Tableau ci-dessus, qui donne un aperçu général du développement
du spectre du magnésium à travers les sources lumineuses de nos labo-
ratoires. Nous y avons mis en évidence le rôle important joué par les forces
électriques dans l'excitation des principaux types de raies.
On le voit, les seules raies du magnésium émises dans cette partie du
spectre, en l'absence d'actions électriques ou chimiques spéciales, sont la
raie de la flamme X4571 et les triplets des séries. Mais, tandis que la pre-
mière n'est pas sensiblement influencée par les actions électriques, les
triplets, au contraire, croissent en intensité avec l'augmentation du
champ électrique. On constate, en outre, que les actions chimiques
spéciales du cône bleu de la flamme air-gaz d'éclairage provoquent déjà
l'émission des triplets à une température à laquelle des actions thermiques
seules seraient encore incapables de l'exciler. Si, dans le spectre d'une
source de lumière, les triplets du magnésium apparaissent très intenses par
rapport à la raie X4571 on serait donc en droit de soupçonner la présence,
dans cette source, d'actions chimiques spéciales (telles que la formation de
nitrure de magnésium) ou d'actions électriques. Comme l'indique le
second groupe du Tableau, les actions électriques, dans ce cas, peuvent
être assez faibles, pourvu que la vapeur métallique soit à une haute tempé-
rature. Si la source émet, outre ces deux types de raies, également les raies
de la série de Rydberg et la raie d'étincelle }.44^i" il est évident, d'après lé
Tableau, que les actions électriques dans la source doivent être plus vigou-
reuses. Si la raie À44i^i est élargie symétriquement et si les raies de la
série de Rydberg sont ailées du côté rouge, on pourra en conclure que la
source est le siège de courants électriques à chutes de potentiel rapides,
provoquées parla présence de champs électriques intenses. La température
des vapeurs métalliques dans ces conditions doit être sans doute relative-
ment basse. Si, d'un autre côté, X4481 est une ligne fine et relativement
(^) W. N. Hartley et II. Rama(.f, Transactions Royal Dublin Society^ ■^'' série,
vol. 7, 1898-1901, p. 343.
(■-) A. S. IviN(;, Asi/'op/tysicdl Journal, vol, '18, J91S. p. ^9.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 36 1
faible par rapport aux triplcts et aux raies de la série de Rydberg, et si ces
dernières sont sans ailes, et assez bien définies, il est probable que l'émis-
sion de ces radiations est causée par l'opération, conjointe et simultanée
dans la source, de forces électriques modérées et d'actions chimiques
spéciales. La température de la vapeur métallique dans cette source sera
plus élevée que dans le cas précédent.
Ces considérations nous démontrent que, si nous désirons tirer des con-
clusions relatives aux forces qui agissent dans une source lumineuse quel-
conque, nous ne devrons pas nous laisser guider parle seul fait que certains
types de raies sont présents ou prédominent dans le spectre de la source,
mais que nous devrons toujours porter notre attention tout spécialement
sur le caractère des raies. Il serait, de plus, également utile de tenir compte
de la présence de certains gaz, tels que l'hydrogène et l'azote dans la source
lumineuse, et de noter le caractère des raies ou bandes de ces gaz. Enfin, il
sera important d'examiner si le phénomène lumineux qu'on observe est de
nature permanente ou transitoire, avec des changements spectraux rapides.
Comme nous l'avons démontré, les effets specti^aux des champs électriques
intenses sont surtout marqués dans V étape initiale d' un phénomène lumineux
(arc ou étincelle) quand la température et la conductibilité électrique des
vapeurs sont encore peu élevées. Au fur et à mesure que la température
augmente, l'émission qui dépend de la présence de chutes de potentiels
rapides, diminue ou mémo disparaît.
En conséquence, il serait dangereux de conclure qu'une étoile possède une
haute température parce que des raies d'étincelle prédominent dans son
spectre, et une telle conclusion serait particulièrement difficile à soutenir
dans le cas des premières étapes du développement d'une étoile nouvelle
ou nova.
Il nous semble pouvoir estimer, comme l'un de nous l'a déjà fait (')
ailleurs, qu'il est possible de remplacer, en Astrophysique, les expressions
températures élevées par grandes différences de potentiel et, étoiles chaudes
par étoiles à puissantes décharges électriques, les raies des étoiles dites très
chaudes étant, comme nous l'avons vu, produites par des décharges élec-
triques à grandes différences de potentiel. Ces étoiles pourraient aussi être
désignées comme étoiles à hautes tensions.
(• ) A. DE Gramom, Sur les spectres stellaires ( Annuaire du Bureau des Longitudes
pour 1922).
362
ACADEMIE DES SCIENCES.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur les réseciux qui sont plusieurs J ois Q.^^^^.
Note de M. C. Guichard.
Je désigne par l^, ^o, . . ., ^2„; y],, y]2, • • -, 'r\2u les paramètres normaux des
tangentes à un réseau situé dans un espace d'ordre in. On sait que l'on a
-T^ ■= n-f],
ait
Cela posé, le réseau sera Q„„ (voir ma Note du i6 janvier) si l'on a
Si le réseau est 12„o d'une autre manière, on aura aussi
En comparant, on voit que le rapport — est le quotient d'une fonction
do H par une fonction de v^ par un choix convenable des variables indépen-
dantes, on peut supposer m = n; c'est ce que je suppose désormais. Ces
réseaux pour lesquels m = n seront appelés des réseaux à rotations égales.
Ou aura donc
av
du
= me,
(0
(2) [.ï,r;]:=:/«[-U+ V]. •
La formule (2) montre que l'on peut remplacer Vi et V par U 4- co et V4- w,
w étant une constante. D'où les conclusions :
Tout réseau plusieurs fois Ù(^Q est à rotations égales. Tout réseau O^^ à rota-
tions égales est d'une infinité de manières Q^o.
A chaque valeur de co, on peut faire correspondre (Note du 16 janvier)
un déterminant L. Je désigne pour L^ et L,^ les déterminants qui corres-
pondent aux valeurs o et w de co ; enfin pour simplifier l'écriture je suppose
que les réseaux appartiennent à un espace d'ordre 4- Je pose
Ln=:
œ\
x\
cc\
x\
co\
x\
•r\
xX
x*.
L,„:
ri
y\
y\ y\
y\
y\
y\ y\
■y\
y\
yl y\
y\
yï
y\ y\
Je désigne par a^^^ b^ les valeurs de h et / pour la ligne de rang X- du pre-
mier déterminant; par ^;,, fj, les éléments analogues pour le second. On
SÉANCE DU 6 Fl.VRIER 1922. 363
aura
(;>)
dau j de,,
db, ôf,
au ou
r /.T r I 'I
'^ -^ ' L U + co V + w !
L'équation (5) donne le résultat analytique suivant :
SI un système d'équations à relations é orales
di df]
-^ = m-n, -7- = m:.
av au
admet m solutions ç,, Ço, . . . , ^o„; y],, yjo, • • • . "I27. telles que
elle admet une infinité de systèmes de in solutions possédant la même pro-
priété.
Transformation. — Je détermine X par les équations compatibles
(6) -r = «' -Â- = '''- ^
^ au ov
ir oc !27 in
Le point N quia pour coordonnées y' y' ^l'ic ^^^^^^ un réseau; les
valeurs de h et / pour ce réseau sont y' Y"' ^" trouve facilement pour les
paramètres normaux | ^ |, j tq j de ce réseau les valeurs
(7) • \c\ = l-^
Il ^' '
Je dis que ce réseau N est Oo,,, on a, en effet,
= ^[^',n = Ju,
= ^[^'.n] = ^V,
ce ({ui caractérise un réseau Ooo- Les rotations |m|. \n\ de ce réseau se
déduisent des équations (7). On trouve
(8) \in\ = m ^, \n\=n ^,
364
et, par conséquent,
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le réseau N est donc plusieurs fois ù^o-
On forme facilement les déterminants Lo et L^^ qui correspondent à ce
nouveau réseau. La première ligne de L,, est formée par les coordonnées du
point N. Les autres s'obtiennent à l'aide de quadratures que je ne dévelop-
perai pas dans cette Note. Pour former la première ligne du nouveau déter-
minant Lto je pose
On en déduit
(9)
Les éléments | j| |, \yl |, | y., |, | jj | du nouveau déterminant sont
(10)
\yl\=A +
(0 X
En différentiant l'équation (lo) on trouve, en effet,
à\.rl-\
du
^ Q \ / I C3
ce qui montre déjà que le point qui a pour coordonnées \y\\ décrit un
réseau parallèle au réseau (N). On vérifie ensuite que Ton a
[|/Mi|]-(^.+ ^|«.)(U + o3),
ce qui prouve que les \y\ \ forment une ligne du nouveau déterminant L^^.
On détermine les autres lignes en se servant des crochets
[^»,j^], [.r',jM, Voc\y'*\
Application a l'espace ordinaire. — Je prends un système plusieurs fois 1},^
dans un espace d'ordre i. J'ai les deux déterminants
1
1
2
x\
) ^w —
y\
y\
ï
a-\
y\
y\
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 365
Le poinl A qui a pour coordonnées x\, x\^ X décrit un réseau; les para-
mètres normaux des tangentes à ce réseau sont ^,, ^o) ^1 ^^ '^tn ■^i2> ^i-
Je pose maintenant
(11) y3 = - T-i^\ y]-
Le point B qui a pour coordonnées y\, j', 73 décrit un réseau parallèle
à A. Il en résulte que si, par le point A, je mène une droite D parallèle à la
droite qui joint l'origine au point B, cette droite D décrira une congruence
conjuguée au réseau A. Je dis que cette congruence appartient à un com-
plexe linéaire. On a, en effet, d'après l'équation (i i),
' La droite D appartient à un complexe linéaire ayant pour axe le troisième
axe de coordonnées et pour paramètre — (o. A chaque valeur de w on fait
correspondre une série de congruences G, L conjuguées au réseau A. Les
complexes qui contiennent ces congruences forment un faisceau.
Réciproquement, on obtient ainsi tous les réseaux conjugués à deux
congruences G, L appartenant à des complexes différents.
Remarque. — Si la fonction U se réduit à une constante A, la première
tangente AR du réseau A appartient à un complexe linéaire. En effet, les
paramètres directeurs de AR sont i,, Ha, a, et l'on a (4)
Si les deux fonctions U et V se réduisent à des constantes, forcément
distinctes, les deux tangentes du réseau A décrivent des congruences G, L.
On obtient ainsi les réseaux de M. Wilkinsky.
PHYSIQUE. — Les points de congélation de liquides organiques purs comme
repères therniométriques aux températures inférieures « 0° C. iNote ( ' ) de
M. Jean Timmeiuiaxs, M"*^ II. Van dek IIorst et M. U. Kamerlixgh
Onnes.
La fixation d'un certain nombre de repères thermométriques, fournis par
la fusion ou l'ébuUition de substances pureSj a souvent été recommandée
dans le but d'améliorer la concordance des résultats obtenus par les divers
observateurs pour des phénomènes variés. Le présent travail s'occupe de
(') Séance du 3o janvier 1922.
366 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la solution du problème ainsi posé, en ce qui concerne les températures de
congélation inférieures à o"C.
Neuf températures de fusion de liquides organiques purs ont été déter-
minées. Lesmesuresonl été faites dans le laboratoire cryogénique de Leyde
dans un appareil cryostatique où l'équilibre thermodynamique entre phase
liquide et phase cristalline pouvait être maintenu très longtemps à 0,0 1 de
degré près; ce résultat a été obtenu grâce à un brassage énergique de la
masse en voie de congélation et à l'usage d'une enceinte cryogénique dont
la température pouvait être réglée à l'aide d'un courant d'air froid. Les
températures relatives étaient déterminées au j^ de degré, à l'aide d'un
thermomètre à résistance de platine, recalibré par rapport à un ther-
momètre à hélium, capable d'indiquer les températures absolues à
0,02 degré près.
Les cor[)S étudiés ont été purifiés dans le Laboratoire de Chimie de
l'Université de Bruxelles avec le plus grand soin ; la possibilité^ d'en
conserver indéfiniment des échantillons en tube scellé et de les reproduire,
a été vérifiée.
Pendant les mesures ils étaient en communication libre avec l'air atmos-
phérique. La précision de nos déterminations dépasse le dixième de degré.
Nous la considérons cependant comme nettement inférieure à celle qu'on
sait obtenir dans les mesures avec le thermomètre à hélium (0,02 degré).
Il s'agira donc d'améliorer encore les méthodes suivies pour arriver à
connaître les points de repère avec la précision de ce thermomètre. De ce
point de vue notre travail n'est qu'un premier pas vers le but proposé.
Voici les constantes physiques des corps que nous avons étudiés et la
valeur définitive que nous proposons d'adopter pour leur température de
congélation :
Tenipéralure
d'ébullition TempcraUiie
Substance. (760""°). Densité 0"-'i° de C()iii;élulion.
o c. o c.
Tétrachlorure de carbone 76.75 1 ,63255 — 22,9
Glilorobenzène 102,00 1,12796 — 45,2
Chloroforme 61,20 i, 52635 — 63,5
Acétate d'éthyle 77^ i5 0,92450 — 83,6
Toluène 110,70 o, 88445 — 95. i
Sulfure de carbone 46,25 i , 29270 — 111,6
Isther éthylique (forme stable).. 34, 60 0,73625 — 116, 3
» » ( » instable). — 123,3
Mélhylcyclohexane 100, 3o 0,78640 , — 126,4
Isopentaue 27,95 o, 63960 — 159,6
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 367
Nous espérons pouvoir bientôt, sous les auspices de la première Commis-
sion de l'Institut International du Froid, mettre à la disposition de nos
Collègues, des échantillons garantis des repères thermomètriques ainsi
établis.
ÉLECTIONS.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à l'élection d'un Membre
de la Section de Géographie et Navigation, en remplacement de M. Alfred
Grandidier^ décédé.
Au premier tour de scrutin, le nombre de votants étant 57,
M. Gustave Ferrie obtient 52 suffrages
M. Eugène Fichot » 2 »
M. Jean Tilho » 1 »
M. Edouard Perrin » i suffrage
M. Gustave Ferrie, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est
proclamé élu.
Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la
République.
CORRESPOND AIVCE.
M. le Ministre de i/'Ixstructiox publique invite l'Académie à lui pré-
senter une liste de deux candidats à la chaire d'Anatomie comparée du
Muséum d'Histoire naturelle.
(Renvoi à la Section d'Anatomie et Zoologie.)
M. B. Berloty adresse des Rapports relatifs aux subventions accordées
,à l'Observatoire de Ksara sur la Fondation Loutreuil en 1919 et 1921.
M. le Secrétaire PERPÉTUEL signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Ludovic Gaurier. Études glaciaires dans les Pyrénées françaises et espa-
gnoles de 1900 à 1909. Préface de Ch. Radot. (Présenté par M. le Prince
Bonaparte.)
2*^ Franck Duroqiier, La T. S. F. des amateurs.
368
ACADEMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Remarques sur les fonctions quasi analy-
tiques et les fonctions indéfiniment dérivahles. Note de M. 3Iaurice
Gevrey.
Dans deux Noies récentes du plus haut intérêt ( ' ), MM. Arnaud
Denjoy et Emile Borel ont énoncé certaines propriétés des fonctions quasi
analytiques de variables réelles, pour lesquelles la série de Taylor diverge
en tout point de leur domaine d'existence, bien qu'elles soient entièrement
déterminées par la connaissance des dérivées successives en un point.
M. Denjoy a donné un très beau théorème fournissant un critère de quasi-
analyticité par l'allure des dérivées successives d'une fonction donnée 9(^7)
dans un intervalle (a, h) : la condition est vérifiée en particulier pour les
les fonctions dont la dérivée /i''"'"'' admet la limitation ( H7i^/i....(^^,/i)'* et
que M. Borel appelle yo/zc^io/?^' quasi analytiques de catégorie p. Ce type est
intermédiaire entre les fonctions de classe i , qui sont analytiques, et les
fonctions de classe ^ i, que j'ai envisagées dans un Mémoire antérieur (-);
les fonctions quasi analytiques se rangent, en quelque sorte, parmi celles
dont la classe est infiniment peu supérieure à un.
Nous allons faire entrer toutes les fonctions indéfiniment dérivahles dans
la classification suivante : si Ion a, dans Tintervallc (a, ^),
d" o
dx"
<M
co éldni une fonction positive monotone^ nous dirons que o est de tyye [w]
dans (a, b). Les types [w] et \Q\ seront considérés comme identiques si le
rapport^ reste compris entre deux limites finies; si, plus généralement, il
reste borné supérieurement, nous dirons que Q. est dominante pour co (')
et nous traduirons ceci pur la notation [co] < [ilj. Nous envisagerons dans la
suite des types de fonctions bi non décroissantes. Les types [i], ['^«. • • '^;,a/],
[/i* '] donnent respectivement les fonctions analyticpes, quasi analytic|ues,
de classe a.
Plus généralement, si Ton a, en tout point d'un domaine D,
dn.
,<D
dx']^
dx'l/
<M
(') Comptes rendus, t. 173, igji, p. iSag et i/i3i,
(-) Annales de l'Ecole ISormaley 1918, p. 129.
(^) Cf. GouRSAT, Analyse^ t. 3.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 869
nous dirons que la fonction <l>(a-, . . . ., Xp) est, dans D et par rapport à t' en-
semble des variables ûo,, de type [w, | en x, (/ = i , . ..,/>)• Si les fonctions w,
admettent il (par exemple Tune d'elles) comme dominante, on pourra dire
que 4> est de type |0] en (x^, ..., Xp). Si enfin la fonction eu, admet les
autres comme dominantes, on pouiia prendre comme limitation do délini-
tion
en posant
Mt^^^^,[s<-M-...i-a",.)]'v.
et f,j,=z: (,/,«, (<=:2, ..^,J>).
Celte seconde définition, équivalente à la première pour une classe étendue
de fonctions w croissantes, est celle que nous pourrons adopter pi>iir los
fonctions CD à croissance plus rapide.
Cela posé, les propriétés des fonctions analytiques, étendues par M. Borel
aux fonctions ^Mrt« analytiques et antérieurement par nous-mêmes aux fonc-
tions de classe donnée, sont vraies é^ailemcnl pour les fonctions que nous venons
de définir.
A. Dans une fonction <i>(//,. .. ., u^) rem[)larons les u par des fonctions
de x\(i = i, .-.,/?) qui, dans un domaine D, sont de type | co, ] en .r, et
prennent des valeurs constituant un champ de variation où $ est de type
[co] 5|co,| en (w,, . . ., Uç) : la fonction composée <P sera de même type que
les u dans D .
B. Soient q fonctions implicites ///, des x, définies par F^^j:-,, ;//,) = o,
avec /<, k = i, . . . , r/ et « = i , p, h\ étant de type | co,] en a-, et [co] ;; [co,|
en (u,,) : les u^ sont de même type que les F,, par rapport aux Xi.
C. Soit un système d'équations ditlérentielles F/, |d7, >','] = o, avec A,
k = 1, q eli =1, . . ., 71 : si les F;t sont, dans un domaine D, de type [co|
par rapport à l'ensemble de leurs arguments, tout système de solutions appar-
tenant à D est constitué par des fonctions de type [co]^/z x.
Les démonstrations se font par les méthodes employées dans notre
Mémoire, avec des modifications convenables. Les théorèmes B et C sup-
posent les déterminants fonctionnels des F/^ par rapport aux Uf, ou aux v/'^
diftérenls de zéro.
Enfin les théorèmes que nous a\ons établis pour les solutions des équa-
tions aux dérivées partielles subsistent en remplaçant dans les énoncés
(p. i3i du Mémoire) le mot classe par type Donnons-en un exemple :
c. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 6.) ^°
:')jO ACADÉMIE DES SCIENCES.
D. 'So\eni les deux équations elliptique ei parabolique
(C) ' l''(^'f, .)', -, /', '], '\ 'S t) — o,
avec 4F[.F^— F/> o etf^f,.^ o, F ou/étant, dans un domaine de varia-
tion D de leurs arguments, ou de lype fco, | eu x et [coa] on r, ou fie
type [oj, I en x et continues en j, ou de type | Wo] en y et continues en x^
mais dans tous los cas do typo | w | \^ \ co,] en (-, />, </, r, a-, /). />r//25 ces condi-
tions^ toute solution régulière appartenant à D est de même nature que F ou J.
Toutefois, pour («î"), il faut ajouter la condition |/i|f^|a)|.
En particulier, une équation du type elliptique {c) quasi analytique a toutes
ses solutions régulières quasi analytiques en (a?, v); une équation (c) ou (ff)
quasi analytique, sauf en y, a ses solutions quasi analytiques enx. Si enfin /
est quasi analylique, sauf en x, et si la solution g de (<JP) se réduit à deux
fonctions quasi analytiques do / sur deux cotés AB, CD d'un rectangle,
parallèles à Oy, z est quasi analytique en y dans le rectangle cl même pro-
longeable au delà do AB et CD.
Ces résultais s'étendent au cas de m variables et aux équations d'ordre ip
complètement elliptiques (' ).
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Lcs séries de fractions rationnelles
et l'intégration. Note do M. Gaston Julia, présentée par M. Emile Borel.
1. Les fonctions moiiogènes non analytiques introduites |)ar M. Borel
n'ont guère été étudiées jusqu'ici qu'au point de vue de la dérivation et de
la représentation par des séries de polynômes. Je voudrais montrer ici, sur
un exemple particulièrement simple, qu'elles peuvent conduire, par intégra-
tion^ à des conséquences en contradiction avec un théorème imporlant de
la théorie des fonctions selon Weierstrass : le théorème de Poincaré-
Volterra. Ce tïiéorèmo dit que toute fonction multiforme et analytique no
peut avoir en chaque point do son domaine d'existence W que des valeurs
formant un ensemble dénombrahle.
(') Cf. ma Noie des Comptes rendus, t. 158, 1914. P- it)52. Cette Noie devait faire
l'objet d'un second Mémoire : j'ai différé sa publication pour pouvoir utiliser les résul-
tats de mes recherches actuelles sur la fonction de Green, qui permettent de simplifier
les démonstrations primitives.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 87 1
Or considérons, pour simplifier, une sério
OÙ les A,j sont tous positifs et les a„ partout denses sur le cercle Irigonomé-
trique. Moyennant certaines hypothèses sur la décroissance des A,^ et la
convergence de wA„, la série f{z) et toutes ses dérivées convergent unifor-
mément sur une infinité de rayons traversant le cercle trigonoinétrique,
par exemple sur les rayons A extérieurs à des intervalles d'exclusion pris
sur le cercle, ayant pour centres les a„ et décroissant assez rapidement. Ces
rayons forment^un ensemble (<^) ayant la puissance du continu^ puisque la
somme des longueurs des intervalles d'exclusion peut être prise arbitraire-
ment petite. D'ailleurs on peut choisir d'abord les «„, puis les intervalles,
puis les A,j, de façon que la série
1
ait les propriétés précédentes. On peut alors l'intégrer sur chacun des
rayons iK précédents à partir de l'origine, dépasser le cercle trigonomé-
trique, puis aboutir à un .point z fixé hors du cercle trigonométrique. L'in-
tégration peut se faire terme à terme et
'^(s) est monogène aux mêmes points que /{z).
Mais 9(5) n'est pas uniforme et si C, et Ca s'ont deux chemins suivis pour
arriver en ^, on aura
9c.(-)— 9im(^) = '''*"^^^/'>
la sommation étant étendue aux indices/» ccjrrespondant aux a^, intérieurs
au contour fermé composé de C, et C^. Les A^, étant tous positifs on aura
toujours 9,;,=^ ^ç,.
Donc au point z l'intégrale
)dz
a autant de valeurs distinctes qu'il y a de rayons distincts issus de o per-
mettant de traverser le cercle trigonométrique sur lesquels l'intégration
372 ACADÉMIE DES SCIENCES.
soit possible. Et comme tous les rayons A permettent cette intégration,
l'ensemble des valeurs de '-^(s) en chaque point extérieur au cercle trigonomè-
Irique a la puissance du continu.
2. Le raisonnement précédent, s'étend immédiatement aux fonctions
monogènes non analytiques
OÙ les r/„ sont denses dans une aire, les A„ étant assez rapidement croissants,
pour que /(r) ait, dans le domaine G défini îi l'aide des <2„, toutes les pro-
priétés de monogénéité relatives aux dérivées, que M. Borel indique, par
exemple, au Chapitre V de son livre sur les fonctions monogènes. Si Ton a
choisi les A,^ positifs, ou même si on les a astreints à la condition
2 I VJ<^|A,l,
n=:p + 1
quel que soit p^ on reconnaîtra qu'aucune somme Z\^, composée d'une
infinité de A^^, ne peut être nulle et cela suffît pour affirmer que deux
valeurs de
(o^/V(^'
)d=.
sont distinctes si les chemins (') suivis pour aller de ::„ à ; sont distincts.
Chacun de ces chemins pourra être composé de deux segments de droite
respectivement issus de ^o et z, et l'on reconnaît aussitôt ([ue l'ensemble des
directions admissibles issues, par exemple, de z^ a \a. puissance du continu.
L'ensemble des valeurs de o(i) en' tout point z du domaine C aura donc la
puissance du continu.
3. L'intégration des fonctions monogènes uniformes non analytiques
conduit de la manière la plus simple à des fonctions monogènes multiformes
non analytiques pour lesquelles le théorème de Poincaré-Volterra n'est plus
vrai. Avec ce théorème disparaît la notion de surface de Riemann à une
infinité dénombrable de feuillets et toute une série de conséquences en parti-
ticulier celle-ci : dans le domaine d'existence W d'une fonction analy-
lique/(:;), l'ensemble des racines de l'équation f{z) = «(quel que soit a)
est toujours dénombrable. Notons en terminant la forme remarquable des
(') Ces chemins sont, bien entendu, intérieurs au domaine Coii/(^) est monogène.
A,.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 373
séries VA„ log ( I —) que nous a fournies rintégration de la série de
1
fonctions rationnelles, et celle des produits infinis associés 1 i [i ^j
exemples simples de fonctions multiformes monogènes n(m analytiques
dont Tensemble des déterminations en cliaque point n'est pas dénombrable.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un théorème de M. Oenjoy.
Note de M. Torstex Carle.ma\, présentée par M. I*]mile Borel.
Dans une Note récente (*). M. Denjoy vient de publier l'important
théorème suivant :
« Si/{x) est une fonction de variable réelle définie sur le segment (ah)
et y possédant des dérivées de tous les ordres et si, M„ étant le maximum
de I f"H^r)\ sur le serment (ah), la série ^ r-=^ = V — — - est divero^ente
et satisfait à certaines conditions de régularité, f{x) est identiquement
nulle si elle s'annule avec toutes ses dérivées en un seul point du segment. »
Bien que le cas de croissance régulière de la suite y.(j^) soit le plus
important pour les applications (notamment dans la théorie des fonctions
quasi analytiques de M. Borel). il ne sera peut-être pas inutile de faire voir
que le théorème de M. Denjoy reste vrai sans aucune réserve sur la régularité
(le la suite yNIn-
Pour arriver à ce résultat, il suffit de modifier la dernière partie de la
démonstration de M. Denjoy en se servant du lemme suivant :
« Soit <5(-) une fonction analytique de s = j, h- iz.-,^ non identiquement
nulle, qui est régulière pour ::, ^ o, | ^ | >> Rf, et bornée dans le voisinage de
chaque point de l'axe imaginaire à distance finie. Posons
^ = re'<P, los|0(:;)l = ]ooM(/-, o) = U(/-, cp),
logM(r,^)M(,-, ^--^) = .^(r).
Si alors
inf. 1 f' [|U(/-, o)| H-U(/\ 9)]cos(p./Q
Il m
(') Comptes rendus, i. 11^3, 1921,'p. 1829.
374 ACADÉMIE DES SCIENCES,
est finie et si l'intégrale
f'Mni±Mndr
est convergente il en est de même de
Jiinhziinjr.,.
■C
Cette proposition s'obtient par la formule
en y posant u = log| <!>(-) \ el ç = fonction de Green du demi-cercle
^oS-, r^Fi, et en faisant tendre R vers l'infini.
M. Denjoy a remarqué qu'il suffit de considérer des fonctions /(o^) qui
s'annulent avec toutes leurs dérivées en même temps en a et en b. Dans ce
<{ui suit nous allons utiliser une méthode un peu différente pour arriver à la
même conclusion. En supposant
CO o =/{a) =/'( a) = ... = /(") (a) z=...,
il est évident que la fonction
F(0=/
b~ ^{b--a)[l
s'annule avec toutes ses dérivées pour t = o el pour t = i. (Jn démontre
sans difficullr (|u'il existe une constante C telle (|ue
(^•) |F"')(/)|<G"M,.
Considérons maintenant, en reprenant la méthode de M. Denjoy, l'inté-
srrale
(3) > *i^{^) = f e-='F(/)r//,
et introduisons les constantes
En se servant de l'égalité
on trouve que — =. reste borné (pourvu (jue M„ ^ o).
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 3')5
Par une intégration par parties et par l'application de rinégalilé de
Schwarz il viendra
(4)
tf, = - f P^''-'^{t}V^"-^'>{t)dt^-m,^,m,^,.
En supposant m^ = i (ce qui ne restreint pas la généralité), il suit de là
que '\/ml= ^(n) est une suite non décroissante. Vai effectuant dans l'inté-
grale (3) successivement n intégrations par parties, il viendra, pour :?, ^o.
(5)
I'ï>(^-)l<
kt
F("'(/)|r//
FÊiiLîT'
On peut compléter, pour n non entier, la, définition de p(^ï), de manière
il obtenir une fonction admettant partout (pour w^o) une dérivée continue
non négative. Tl existe évidemment une solution n = y(/') toujours crois-
sante de l'équation r= i^^Çn). En posant, dans (5), n =:j[JY(r)], on trouve,
pour 7' suffisamment grand,
loe2
<Piz)
>
y(/-).
11 suffit, maintenant, d'appliquer le lemme énoncé plus haut pour conclure
(jue $(s) est identiquement nulle si
(^>)
f^
r)
cl/'
est divergente. En faisant ici le changement de variable r = 2^(.v), nous
trouverons l'intégrale
Par une intégration par paities il viendra
J„„ e(.v)^ ''' - ,â(/o '^ p(,.,) "^X,. i^(^)' —
étant borné, que l'intégrale (G) est divergente
d'où l'on conclut,
P(/0
i / -^j-T diverge, ce qui arrive 1 1^( s) étant monotone | si V — — - est di\ er-
nte.
Comme l'on a, d'après (2), fl(//)< (^'(/M^^ <^" ^^'^ M^^ ^^ divergence
gente
376 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de y —L= entraîne celle de V^^-— ^> et, par conséquent, celle de Finlé-
grale (G).
<ï>( :;) est donc idenli(iueiiienL nulle si^^, — r= diverge.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — La projection de 1(1 lumière des étoiles doubles
périodiques et les oscillations des raies spectrales. Note (') de M. G. Sagnac,
présentée par M. Daniel Berthelot.
La méthode de Fizeau révèle par le spectroscope associé au télescope la
vitesse purement radiale, directement invisible dans le ciel, que possède
un astre vers nous et la mesure par le déplacement ATv d'une raie vers le
violet, et, inversement, mesure une vitesse opposée, par un déplacement
vers le rouge. A 100 années de lumière de distance, par exemple, un astre
A)
nous avertit par la mesure directe du ra|)j)ort -y, de la grandeur de la
vitesse radiale A(% qui était à cette époque reculée, exactement identique
à la fraction -^ dans son raiJiiort -r- à la vitesse normale C de la lumière.
Cette vitesse C a été déterminée sur la directe traversée de l'orbite terrestre
par Rœmer en utilisant les signaux périodiques très réguliers, éclipses ou
émergences d'un des satellites de Jupiter.
Aujourd'hui le développement de la Physique céleste, appliquée avec de
puissants instruments à Tétude des étoiles doubles, nous invite, comme
théoricien de la lumière, à apporter notre collaboration à la recherche des
clartés que les astronomes aiment à introduire dans les grandioses méca-
nismes qu'ils approfondissent dans l'Univers le plus éloigné de notre sys-
tème solaire. Après des théories d'éclipsés, peut-être trop généralisées dans
l'étude de périodes symétriques d'éclat, ils ont essayé d'expliquer les pério-
diques variations d'éclat devenues très dissymétriques et anormales par rap-
port aux éclipses, que révèlent aujourd'hui les étoiles doubles Céphéides,
(léminides, ou des amas d'étoiles. Le type de [i Lyre a disparu avec le
second maximum d'éclat identique au premier et caractéristique d'une
période presque symétrique, et il n'y a plus guère dans ces étoiles, à la
dissymétrie profonde, qu'une seule ascension vers un maximum M d'éclat
C) Séance du 3o janvier 1922.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 877
beaucoup plus rapidement atteint à partir du minimum m d'éclat antérieur
que la durée, souvent double, de la descente lente terminant à un nouveau
minimum m la période P de quelques jours.
Pour ces Céphêides, c'est un f;iit que le maximum d'éclat M coïncide a
A/
peu près a\ec la plus grande Naleur du déplacement-^» c'est-à-dire avec le
maximum de la vitesse radiale totale dirigée soit vers nous (déplace-
ment AX au maximum vers le violet), soit à l'opposé (déplacement relati-
vement faible vers le rouge).
Mais cette loi est souvent assez inexacte et je crois devoir attribuer la
différence à ce que la concentration de l'énergie en un maximum d'éclat
es( un effet complexe de la projection de l'énergie issue de Tétoile à cbaque
instant avec la vitesse C -h Ae par rapport à la Terre. Les éléments d'énergie
successivement émis avec des vitesses Ae par exemple, croissantes quand
l'étoile vient vers nous, se resserrent en avant et peuvent se superposer ou
se dépasser même. Cette inlerversiou est cachée à l'observateur au photo-
mètre. Elle est au contraire un fait observable au spectroscope. Dans le
spectre, en effet, chaque raie isole et repère par sa position actuelle que
■ précise -^ l'élément d'énergie qui est anciennement ])arti du point de l'or-
bite où la vitesse radiale totale Ar satisfait à l'identité de -^ avec — •
Dès lors, il est d'une bonne méthode de rapporter la classification des
étoiles Géphéides et analogues, non à la seule durée de l'ascension du
minimum au maximum d'ec^//, mais, en liaison avec cette utile méthode de
Ghandler, à la méthode d'observation de la durée de la variation complète
de la vitesse radiale totale ^v entre son minimum et son maximum. Le
minimum peut être la vitesse zéro et coïncider exactement avec la position
de la raie normale À correspondante d'une source de lumière terrestre. Le
maximum est vers le violet ou le rouge et calculable dans la valeur maxi-
mum du rapport -^ par celle du rapport maximum correspondant -^
mesurée par l'observation, ou sur la plaque photographique.
Tin autre avantage de la méthode, qui est caractéristique de notre loi
théorique de la projection, est que la dissymétrie de la phase peut se calculer
[)Our AA par un glissement z dont on déduira \ ascension f àxi zéro au maxi-
mum de la grandeur commune de -4- et de -^ ; :^ et / seront exprimés en frac-
tion de période. Or le glissement, si Ar est dirigée vers nous, c'est-à-dire AA
vers le violet, est une avance par projection de vitesse maximum A(^ji qui
378 ACADÉMIE DES SCIENCES.
diminuerait le numéro des phases sur l'orhito que l'on peut dessiner sur
une circonférence.
Les nombres successifs désignent sur cette orlnte des phases équidis-
tantes applicables aux positions réelles de l'étoile en fonction du temps au
départ, si l'orbite n'a réellement aucune excentricité. Sur la Terre, le glis-
sement de la phase a été en fraction de la période P, le rapport -y- iden-
tique à -jT- qu'on aurait à une distance de l'étoile réduite à P jours de
lumière, multiplié évidemment par le nombre considérable des périodes P
AX T
qui nous séparent de l'étoile dans le temps de lumière T. Alors -v- p dans
sa valeur maximum donne le glissement z- calculé à partir du temps T de
lumière, qu'on peut admettre d'après le Tableau qui fait correspondre T à
l'éclat de l'étoile unique d'une Céphéide, calculé dans sa valeur moyenne
d'après la; mesure de l'aire totale d'une courbe d'éclat le long d'une période
entière. Nous avons des exemples de ce calcul de r. et de l'ascension corres-
pondante/", qui s'accorde avec la valeur directement observée de / dans le
spectroscope, à l'approximation modeste de la mesure de T.-
ÉLECTRO-OPTIQUE. — Sur la série L du spectre des rayons X.
Note de M. D. Coster, présentée par M. K. l>outy.
Dans des travaux précédents j'ai pu montrer qu'on peut réunir, dans un
schéma très simple, presque toutes les lignes qui ont été mesurées avec cer-
titude pour les éléments les plus lourds. Ce schéma est composé d'un
niveau K, trois niveaux L, cinq niveaux M, sept niveaux N. Les «défauts
de combinaison» introduits autrefois par Sommerfeld dans la théorie des
spectres de rayons X n'ont [)as d'existence réelle; ils ont seulement la signi-
fication que le nombre des transitions entre ces différents niveaux est limité
par un «principe de sélection » très simple. Il était devenu désirable de
vérifier ce même schéma pour les éléments plus légers et de constater pour
quels éléments et de quelle manière il peut se modifier. C'est dans ce but
que j'ai mesuré de nouveau dans le laboratoire de Lund les spectres d'un
grand nombre d'éléments (Ta — Rb). En général les nouveaux résultats
confirment les considérations des travaux précédents; en outre, ils donnent
un appui à la théorie de la structure de l'atome de Bohr('). Une partie des
résultats va paraître prochainement dans un autre Piecueil.
(') Voir IVatiire, mars et octobre 19^1.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I912. 879
Les nouvelles mesures onl montré qu'on peut avoir une grande confiance
dans les mesures de précision de Hjahnar pour cette région. Pourtant il
existe plusieurs lignes moins fortes que Hjalmar n'a pas trouvées sur ses cli-
chés, et il en a emprunté quelques-unes aux vieilles mesures de Friman.
Comme l'a remarqué aussi M. Dauvillier, il y a quelques erreurs dans
ci'lles-ci.
Quelques-uns de mes résultats sont plus ou moins contraires aux résultats
et aux considérations de M. Dauvillier ( ' ) ; il peut être intéressant de résu-
mer ici nos divergences (-).
1. Les lignes ^^ et y.j non trouvées par M. Dauvillier pour Sb sont assez
intenses dans cette région, je les ai mesurées jusqu'au Rb.
2. A partir de Te on ne peut plus séparer les lignes ya (Yt) et ya ; donc
la ligne 2694,6 de M. Dauvillier ne peut pas être yo (y^) de Sb.
3. La ligne y,o n'a pas été trouvée.
4. II. est très vraisemblable que les lignes y^ (y^) et ^- n'existent plus
pour Ce et il est certain qu'elles n'existent pas pour Sb. La ligne 2967 , 7 de
M. Dauvillier a une plus courte longueur d'onde que la valeur interpolée
de la longueur d'onde de la discontinuité L, de Sb. (J'ai mesuré la disconti-
nuité L, de l'argent).
5. Les lignes 2985 , 5 et 2989 trouvées par M. Dauvillier pour Sb ne sont
pas les lignes '^^ (^g) et p,o (j^g) des éléments plus lourds. Ce sont des
lignes qu'on trouve seulement pour quelques éléments plus légers.
(). Il n'est pas possible de séparer les lignes ^3,, (|5l") de 3o pour Sb.
7. On ne peut pas séparer le satellite (x.j chez Dauvillier) de a,. C'est
une bande d'émission qui accompagne la ligne a, du côté des plus courtes
longueurs d'ondes. Pour les éléments plus légers que le cadmium, ce
satellite a une structure plus compliquée (').
8. Les lignes |3. et y, ont aussi été mesurées pour Zr, elles disparaissaient
pour Y ou Sr.
9. La ligue |^, est aussi accompagnée d'une bande d'émission du coté
des plus courtes longueurs d'ondes. A quelque distance de cette bande
il y a une ligne très faible pour Sb, mais qui devient assez intense pour
Sr et Rb.
(^) Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. 14.58.
(^) La notation employée ici est celle du Laboratoire de Lund. Quand cette notation
diffère de celle de M. Dauvillier, j'ai donné celle-ci entre parenthèses.
(■') Les satellites des lii^nes a, et pi ont été étudiés en détail dans un article (|ui
paraîtra ailleurs.
38o ACADÉMIE DES SCIENCES.
ÉLECTRICITÉ. — Mesure de la constante diélectrique des gaz et des vapeurs au
moyen des circuits à ondes entretenues . Note de M. Bedeau, présentée par
M.E. Boiity.
Rohmann en 191 1 utilisa les oscillations électriques amorties pour la
déterminalion du pouvoir inducteur spécifique K des gaz. L'élalonnage
absolu des condensateurs présenta des difficultés telles (ju'il se borna à des
mesures relatives. I^]n effet, ])0ur avoir K en valeur absolue, il faut mesuier
deux capacités d'ordre de grandeur très différents; une capacité C dans le
vide, puis la variation AC = (K — i) C qu'elle éprouve lorsqu'on la plonge
dans le gaz. Pour l'air, K étant de l'ordre de i,ooo(), il vient
AC = 6C. 10-^
Cette difficulté avait déjà arrêté Badeker (1901) qui avait rapporté ses
mesures aux pouvoirs inducteurs spécifi([nes de l'air et de l'anhydride sul-
fureux. De même Tangl (1908) faisait l'étalonnai^e en faisant intervenir le
pouvoir inducteur de la benzine, supposé très bien connu. BoUzmann(i874)
avait tourné la difficulté en posant K = i + hp (p étant la pression et ^une
constante). Il mesurait le rapport tt' = 7^: ayant b il en déduisait la
valeur de K pour y; = i atmosphère.
La mesure directe peut être faite avec précision au moyen de circuits à
ondes entretenues. Soient deux circuits A et 1), ce dernier jouant le rôle
d'hétérodyne; le téléphone d'un contrôleur d'ondes servant d'appareil de
réception ne rendra aucun son si la fréquence N de A est très différente ou
égale à celle de B, les fréquences de A et B étant séparément inaudibles
(N est de l'ordre 5. 10^). Lorsque la capacité C du circuit A variera de AC
on entendra un son de fréquence AN =. — ^- Les deux circuits ayant été
réglés pour la mêmelongueur d'onde (A = 700°^) lorsque C est dans le vide,
l'introduction d'un gaz dans la cloche contenant C produira une varia-
tion AC = (K — i) C et l'on entendra au téléphone le son de fréquence
AN= -:t == -(K — I .
2 (. 2
La formule précédente montre que si N est connu avec précision, la
mesure AN donne (K — i). Au lieu d'utiliser cette méthode que je me
propose d'employer ultérieurement, j'ai mesuré directement AC et C. La
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 38l
mesure n'est possible ([uo si AN est aurlible; il faut donc que -\ soit grand
puisque K — i = 0,0006 environ. 11 faut, d'autre part, que C soit assez grand
pour que AC ait une valeur mesurable, une unité électrostatique par
exemple. Iji mettant un voltage convenable (3oo volts) à la plaque de la
lampe génératrice du circuit A. les ondes s'amorcent pour une capacité
C=:2/;57
unités électrostatiques et une self L = "). lo"^ henrys; AN est alors de l'ordre
de i3o vibrations. Le circuit A comprend, outre la self L et la capacité C,
une capacité cvlindrique variable C, telle que le déplacement de i"" de
son armature interne produit une variation de capacité d'une unité électros-
tatique environ. Les deux circuits A et B étant réglés pour la même longueur
d'onde, lorsque C est dans le vide, on laisse rentrer le gaz dans la cloche
contenant C et l'on agit sur C jusqu'à rétablir le silence. Si C a été mesuré
en fonction de C on aura AC, d'où K — i. La capacité C étalonnée à l'éta-
blissement central de la radiotélégraphie militaire est constituée par un
condensateur à air variable d'une valeur maxima, 2457 unités électrosta-
tiques. Les positions de l'armature interne sont repérées par un index se
déplaçant devant un cadran gradué de o*' à 180° La capacité C est calculable,
mais il faut tenir compte de la variation de self résultant du déplacement de
l'armature interne; il a paru préférable de l'évaluer directement en fonction
de C. Pour faire cet étalonnage, C est monté en parallèle avec C, le curseur
étant à 120*', et l'on règle le circuit B à la même longueur d'onde que A. On
amène alors le curseur à 123'^; pour rétablir le silence au téléphone il faut
sortir l'armature interne de C d'une longueur L, correspondant à la varia-
tion de capacité de C entre 120'' et 125*^. On recommence l'expérience de 5°
en D*" jusqu'à 180°. La somme des longueurs L dans une première série
d'expériences a été 7717™™ et 7704°"" dans une deuxième série. La variation
de capacité de C entre 1 20° et 1 80'' étant connue (8 1 o unités électrostatiques),
il en résulte qu'un déplacement de 1'™ de l'armature interne de C vaut i,o5
unité électrostatique. L'expérience a été réalisée avec de l'air sec à la tempé-
rature de i5° et sous la pression de 75*'", 5 de mercure. La moyenne de
déplacement de l'armature interne de G' pour cinq expériences a été i3™™,7,
ce qui donne
K — i = o,ooo586,
la précision étant de -pl;^. La sensibilité de l'appareil sera isufiisante pour
étudier l'influence d'une pression inférieure à i atmosphère.
382 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIQUE. — Nouveau mode de dé termina lion des diamètres moléculaires
par la rotation èlectromagnclique de la décharge dans les gaz. Note (*) do.
MM. C»-E. GuYE et R. Rudy, transmise par M. Villaid.
Si Ton applique au phénomène de la rotation de la décharge électrique
dans les gaz la théorie si féconde de l'ionisation par chocs, on est conduit
à exprimer cette vitesse de rotation par la formule
en • v= — •
Comme on le voit, cette vitesse est inversement proportionnelle au
nombre M de molécules par unité de volume, c'est-à-dire à la pression du
«az, si le iïaz suit la loi de Mariotle. A champ magnétique invariable et
pour un même gaz ^ le produit de la pression par la vitesse observée doit donc
demeurer constant.
Démonstration de ta formule (I). Nous reproduisons ci-après la démonstration
de la formule (1) donnée par l'un de nous (-).
Soient £ et m la charge et la niasse de l'ion positif soumis à l'action simultanée de
deux champs uniformes, Tun électrique I' parallèle à l'axe des y, l'autre magnétique H,
parallèle à l'axe des z\ ce deinier champ entraînera l'ion latéralement suivant l'axe
des X et l'on aura
(Px ,, dy
En remniacant — par sa valeur "- — et en intégrant pour la durée 9 qui sépare deux
' ' dt ^ m
chocs, il vient, pour le chemin parcouru latéralement et pour la vitesse moyenne V
d'entraînement,
Un a d'autre part
£îHF0^ ,, c-HFO'-
^ bm^ bm-
-i
dt 2 m
En égalant cette expression au libre parcours entre deux chocs; soit A — ' -rn-i^'^
M, nombre de molécules par unité de volume; ct, rayon d'une molécule supposé égal
(') Séance du *$o janvier 1922.
(^) G.-E. Cuve, Arch. des Se. pliys. et nat., décembre 1917, p. 489. — C.-E. Glye
et A. RoTHEN, Arch. des Se. phys. el nat., septembre-octobre 1921, p. 466.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 383
à celui de 1 ion posilif. il vient en définitive
cil
en \ ^= •
Un remarquera que la rotation de la déchariie. envisaiiée de la sorte, est plutôt une
rotation de la conductibilité qui se déplace sous l'action du champ magnétique qu'une
rotation ellective d'une niasse gazeuse toujours la même.
Des expériences antérieures ('), effectuées plus particulièrement sur
l'azote et l'oxygène dans le but de vérifier la formule (i), avaient montn''
que les diamètres moléculaires obtenus par cette formule étaient bien rhi
même ordre de grandeur que ceux déduils des expériences de viscosité; elles
avaient fait ressortir en outre Fimportauce fondamentale qu'il y a d'opérer
sur des gaz très purs si l'on veut obtenir des résultats concordants.
Nous avons donc repris récemment de nouvelles séries de mesures sur des
gaz, ti^ès soigneusement purifiés, en utilisant l'appareil même qui avait
servi aux expériences de MM. C.-E. Guye et A. Rothen.
La décharge jaillissait horizontalement entre deux électrodes concen-
triques dorées, placées à l'intérieur d'un tube de laiton, fermé à sa partie
supérieure par une glace de façon à permettre l'observation des vitesses de
rotation. Le champ magnétique vertical était produit par une bobine en-
tourant tout l'appareil.
Résultats. — Lorsqu'on fait varier progressivement la pression du gaz à
l'intérieur du tube, on constate d'abord que la décharge passe successive-
ment par divers régimes. Si l'on prend alors comme abscisse la pression du
gaz et comme ordonnée le produit de cette pression par la vitesse de rota-
tion observée, on trouve que ce produit n'est constant que pour un régime
déterminé et dans des limites généralement peu étendues de pression. La
courbe obtenue présente ainsi un palier, très caractéristique, et c'est seule-
ment pour le régime correspondant à ce palier que la formule (i) est appli-
cable. Dans ces conditions, la vitesse de rotation est très exactement
proportionnelle au champ magnétique, comme le veut cette formule, ce
qui n'est pas toujours le cas pour d'autres régimes.
De même, si l'on emploie des gaz impurs, la vitesse de rotation ne cor-
respond plus à la formule (i)i elle n'est plus proportionnelle au champ
magnétique et le produit de la pression par la vitesse cesse d'être constant;
ainsi pour l'azote insuffisamment purifié, le palier tend à disparaître.
Les résultats des ^mesures sont réunis dans le Tableau suivant. Nous y
(') C.-E. Guye et A. Rothen, loc. cil.
384 ACADÉMIE DES SCIENCES.
avons fait figurer d'une part les vitesses de rotation observées A ,,, et d'autre
part les vitesses calculées V,. en introduisant dans la formule (i ) les ravons
moléculaires, tels qu'ils résultent des expériences de viscosité ('). Toutes
ces vitesses, soit expérimentales, soit calculées, ont été ramenées à une
pression de i'™ et un champ magnétique de i gauss.
Les colonnes 3 et 4 donnent la comparaison entre les diamètres molécu-
laires déduits des vitesses de rotation et des expériences de viscosité.
•
V„ X 10^
0^ ...
8,. 5
\^..
9,6
co^..
4.0
IP....
■2^3, n
N-0...
^,n
CU'...
l3.I
co...
6,8
c- II' .
(2c7)xl(l'''
■ Cis'IxlO^
\, X 10-.
(rolalion ).
( viscosité).
/>i^',,.
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3,25
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1.76
■> , 96
i3,S
3,70
3,6
■>. , 10
■>,,89
8>7
3,88
3,36
I , iji )
■^ , 1 5
se décompose j»ar la déchai'ge
Contrairement à l'opinion généralement admise, la vitesse de rotation
observée n'est pas inversement proportionnelle à la densité du gaz (m),
mais bien au produit du carré du diamètre moléculaire par cette densité
(colonnes 5 et 6).
Les résultats qui précèdent ont été obtenus au moyen d'une machine
électrostatique dont le débit ne pouvait varier que dans des limites très
étroites; ce n'est qu'avec le débit maximum que nous avions une rotation
régulière. Il serait désirable de reprendre dans des conditions plus varié(^s
d'intensité de courant l'étude de ces phénomènes.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la varialion des propriétés mécaniques des métaux
et alliages aux basses températures. Note de MM. Léox Guillet et Jea\
CouRNOT, présentée par M. Henry Le Chatelier.
Nous avons effectué im certain nombre d'essais en vue de déterminer
l'influence des basses températures sur la dureté et la résilience des pr(j-
duits métallurgiques.
Les températures ont été : -1- 20° (température ambiante); — 20" (glace
-h chlorure de calcium); — 80° (neige carbonique); — 190" (air liquide).
(') Becueil de constantes physiques de la Société française de Physique.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 385
Les éprouvctles étaient maintenues à température pendant i5 heures,
avant essai.
Les résultats obtenus sont groupés dans le Taldoan suivant :
Dureits Brinnell. Résilioiiccs.
Ail Air
Métaux ot alliages essayés. -4-20°. — 20î. —80». liquid.'. -f-20°. — '^O". —80°. liquide.
Fer éleclrolylique recui t 80 77 77 269 21,2 17, 5 2,5 i,g
Acier d'eux (G o. i) recuit iio 107 11/4 278 3i,9 32,5 22,5 1,8
-\cier demi-dur (C 0,33) recuit 176 17/4 190 286 i3,i 11,2 10,0 8,7
Acier dur (C 0,79) recuit 23o 280 281 38o 14,4 11,2 10,0 8,7
Acier de cémentation au Ni (C 0,06; iSi 2,80)
recuit i3o 182 i85 280 3i,2 81,2 28,1 8,1
Acier Ni-Cr (Go, 25; Ni4/-i5; Gr 1,2) trempé
à l'air 46o 466 444 578 11,2 10,0 11,2 10,0
Acier Ni-Gr (G o, 1 1 ; \i 5,74 ; Gr 1 ,74) brut.. . 261 269 282 388 11,8 7,0 3,i 1,9
Ferronickel à 36,8 "/o de nickel 157 171 n 289 ^\ ,1" 86.2^' " i"?^
n 47 » 184 192 " 288 82,5 29.4 " 29,4
» 57,4 » 197 212 ■' 240 26,2 35,0' ' 3 1.8
» 98,8 » 98 i()3 '/ 120 47)5" 46,2'' •' 40)6''
Gobait 174 " " 222 ■' Il " //
Gui\ re pur (99,9 '*/o) oi 52 53 66 20,6 18,7 20,6 20,1
Laiton de décoIletage(Cu 60,4 ; Zn 89,3; Pb 0,2). 76 76 76 98 16,2 16,2 17,5 16,8
Laiton au nickel (Gu 52; Ni 4; Pb 1 ,3) recuit. . 118 ii4 118 i48 8,1 7,5 8,8 6,9
Aluminium pur (Si 0,25 ; Fe 0,6) 24 25 24 53 11,2 10.6 11,2 i3,i
Duralumin (Cu 3,6; Fe 0,6; Mn o,5; Si 0.6;
Mgo,5) 101 96 10 1 129 5,0 5.6 5,0 5,6
Alliage Al-Zn à i5 0/0 Zn 55 47 48 76 11,2 11,2 10.0 9.8
» 3o » r?9 187 121 192 2,5 2,5 1,9 1,8
Alliage Al-Zn-Pb à i5 °/o Zn et 1 .5 "/o Pb . . . . , 55 5i 49 88 10.0 10.0 10,0 8,1
Les conclusions suivantes ressortent de ces résultats :
i'' Une augmentation générale de dureté est constatée au refroidisse-
ment, ce qui corrobore bien les résultats obtenus autrefois par Rol)in (').
2° La fragilité aux basses températures est une caractéristique de la fer-
rite, la rapidilé de la chu le de résilience en foncLion de la température
étant d'autant plus grande que la teneur en ferrite est plus forte.
Le nickel et le cuivre, au contraire, n'amènent pas de fragilité; l'alumi-
nium en grande proportion semble même produire une très légère aug-
mentation de résilience .
C) Reçue de Métallurgie (Mémoires), 1909, p. 162.
C R., 19Q2, I" Semestre. (T. 174, N» 6.)
29
386 ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'austénitepure suffisamment riche en nickel ne présente pas de fragilité
aux basses températures ( ').
'5° Les aciers spéciaux perlitiques au nickel présentent aussi une grande
fragilité clans Pair liquide. On remarque cependant que les additions de
nickel retardent rabaissement de la fragilité avec la température.
D'autre part, des mesures de dureté et de résilience après séjour de
i6 heures dans Tair liquide, puis revenu de 24 heures à + 20'', ont mis en
évidence un retour normal aux propriétés à température ordinaire.
CHIMIE PHYSIQUE. — Relations entre les différents oxydes d'uraniimi.
Note de MM. Pierre Jolibois et Robert Bossuet, présentée par
M. H. Le Chatelier.
Les modes de préparation et les conditions de stabilité des différents
oxydes d'uranium présentent un intérêt très grand pour les études dans les-
quelles des radioactivités faibles doivent être mesurées. On sait, en effet,
que la radioactivité de l'oxyde U^'O'* a été prise pour étalon dans un grand
nombre de mesures.
D'accord avec M. Paul Lebeau, qui a entrepris un travail sur les oxydes
d'uranium dont les résultats sont décrits dans la Note suivante, nous
avons appliqué la technique d'enregistrement photographique publiée anté-
rieurement par l'un de nous, à la fixation des domaines de stabilité des
différents oxydes d'uranium.
1° Décomposition de UO^ — L'oxyde UO' que nous avons employé a
été obtenu en calcinant le nitrate d'uranyle à 5oo° d'après le mode de pré-
paration décrit par M. Lebeau. Nous l'avons chauffé dans le vide en enre-
gistrant la température en fonction de la pression {fig- i). On voit ainsi
que la décomposition de UO'' est irréversible, dans ces conditions, et
donne naissance à l'oxyde U'^0^ à la température de 5o2°, température à
laquelle la vitesse de réaction prend une valeur sensible (poids de matière
employé : 3os).
2*^ Oxydation de UO". — Nous avons préparé par la méthode clas-
sique UO'- en réduisant U^O** à haute température par un courant d'hydro-
(') Ce résultai est confirmé par les essais, non encore publics, effectués par Chève-
uard en 1912, relatifs à l'utilisation des ferrouickels dans les appareils de faijrication
d'air liquide.
S.-ANCE DU 6 FÉVRIER I922. 887
gène pur el sec, dans lequel le composé obtenu a été laissé jusqu à refroi-
dissement complet. \ous l'avons chaufï'é dans l'oxygène en enregistrant la
température en fonction de la pression (/îg. 2).
La courbe obtenue nous montre que Toxydation s'efîéclue rapidemeni
dans un intervalle de température 1res restreint à partir de i85". Le
composé obtenu U 'O** se forme donc à basse température et l'oxydation a
lieu sans aucune phase intermédiaire (poids de matièie employé : i5^).
-— '
1
1
5
1
2
1. Déconiposilion de UO'. — 'l. Oxydation de Ln-. — ,). Réduction de L < >' //«/• i'/i\droi;r/ir.
Les températures sont portées en ahscisses, les pressions en ordonnées. Les points de gauche
représentent la température de 20°. Le point central correspond à la température de \\-;". Dans les
figures 2 et 3 le point de dépari de la courbe à gauelie correspondra la pression atmospliéri(|ue 75.')°'"'.
Interruptions de la courbe toutes les 10 minutes.
3° Réduction de h^CY. — L'oxyde que nous avons employé aélé préparé
en calcinaiil à 800'' le iiilrale d'uranyle pur. Nous l'avons placé dans une
atmosphère d'hydrogène pur à l'intérieur d'un crcusel de Gooch surunlil de
porcelaine concassée de manière que la vapeur d'eau formée puisse s'éliminer
par son poids et venir s'absorber dans de l'anhydride phosphorique placé à
la partie inférieure froide de l'appareil. Dans ces conditions }a variation de
la pression d'hydrogène donne une image de l'allure de la réducliou. Il esl
facile de constater sur la courbe que la réduction commence dune manière
388 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sensible vers ëiij" el qu^cUe csl lermiiiée à ôSo". Comme jusqu'à looo"
aucujie autre réaction ne se manifeste et que le produit recueilli est UO- on
ne Y>eut remarquer la formation d'aucun composé intermédiaire entre UO'
et U'0% conclusion à laquelle l'étude de Toxydation de UO- nous avait
déjà conduits (poids de matière employé : 7*^,5).
4" Dissociation de U^O*. — Nous avons, en outre, étudié la dissociation
de U'O^. Par chauffage de U^'O** les nombres que nous avons obtenus sont
voisins de ceux publiés pur Colani ('), Nous avons constaté dans ce cas un
fait analogue à celui qui se produit dans la dissociation du carbonate de
calcium. La réaction de réabsorplion de l'oxygène dégagé se produit avec
une lenteur telle que, pratiquement, les courbes de dégagement el d'ab-
sorption de l'oxygène sont éloignées l'une de l'autre. Nous avons fait le
vide à 1000** sur ce corps pendant 3 heures en maintenant la pression à -^ de
millimètre de mercure environ. Après refroidissement, nous avons retiré
un corps noir bleuté, dont la réduction par l'hydrogène nous donnait une
perle de poids de 3,57 pour loo (théorie pour U''0'^ 3,8o pour loo), c'est-
à-dire U' O" ayant perdu une faible fraction de son oxygène. Pour obtenir
par simple dissociation sans intervention d'hydrogène le composé UO",
nous avons dû calciner dans le vide, à une température voisine de 2000", le
composé U'O*^ dans un four spécial.
CHIMIE MINÉRALE. — Sur les oxydes d'uranium. Note de M. P. Lebeau,
présentée par M. Heniy Le Chatelier.
De nombreux travaux ont déjà été publiés sur les combinaisons binaires
oxygénées de Turanium, et cependant il règne encore une assez grande
incertitude sur la nature de certains d'entre eux. Nous résumons dans la
présente Note les faits que nous avons observés au cours de nos recherches
sur l'uranium, faits qui nous paraissent préciser quelques propriétés impor-
tantes de ces composés.
L'anhydride uranique UO' peut être obtenu pur, ainsi que nous l'avons
établi antérieurement (-), lorsque l'on maintient jusqu'à poids constant
dans un courant d'oxygène l'azotate d'uranyle ou Thydiate uranique à la
tenipératuie de ooo'^. Nous avons reconnu depuis que l'emploi d'un courant
(') GoLAiNi, Ann. Cil. Ph., 'è" série, t. 12, 1907, p. 7;.
(■) I^. Lebeau, Comptes rendus^ l. iS^t, 1912. p. 1808.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. SSc)
d'oxyj^èiie n'est pas nécessaire el que Ton peut opérer an contact de l'air.
L'anhydride uranique chauffé à l'aii' n'est pas altéré jusqu'à (ioo". La
décomposition se produit nettement à 700° et devient assez rapidement
complète à 800*^. Toutes les fois que la durée de la chauffe est suffisante
pour que toute la masse soit portée à cette température de 800°, on obtient
des produits pulvérulents, possédant une couleur gris noir très foncé, et
dont la composition correspond bien à celle d'un oxyde U''0'*. Ils ne
changent pas de poids, lorsqu'on les chauffe même vers 1000°, que leur
refroidissement soit lent ou rapide.
Ces faits sont en contradiction avec ce qui est généralement admis, à
savoir : que la calcinatiou de Tanhydride uranique ou d'un sel d'uranyle à
acide volatil donne déjà au-dessous du rouge sombre, de l'oxyde U^O**. En
réalité on obtient dans ces conditions des mélanges ou, plus vraisemblable-
ment, des solutions solides de UO' et U''0% présentant des couleurs
variant du vert olive clair au vert foncé presque noir.
En raison du poids atomique élevé de l'uranium, ces divers produits ont
des teneurs en oxygène très voisines. Ils se comportent néanmoins de façon
un peu différente vis-à-vis de certains réactifs. En particulier ils s'altèrent
lentement au contact de l'air humide, mais cette altération est en relation
avec la quantité d'anhydride uranique qu'ils renferment. On sait que
l'anhydride uranique s'hydrate à la température ordinaire en donnant
Tacide uranique hydraté UO-(OH)^H-0. Des observations qui nous ont
été communiquées dès 1919 par notre collaborateur M. Courtois nous ont
permis de constater très nettement sur de nombreux échantillons cette
action de l'humidité atmosphérique. M. Courtois ayant eu à analyser en
191 4 un très grand nombre de sels organiques d'uranyle a dosé l'uranium
par pesée de Toxyde U'O^ provenant de la calcination de ces sels. Il chauf-
fait ces composés dans un creuset de porcelaine, placé dans la flamme d'un
brûleur de Bunsen. La température atteinte dans ces conditions dépasse
rarement 65o°.
Les oxydes résultant de ces calcinations présentaient tous sensiblement
le même aspect au moment de leur préparation. Leur couleur était d'uii
noir verdàtre foncé. En 19 19, quelques-uns ont nettement changé de
couleur et sont devenus d'un vert beaucoup plus clair. Nous avons examiné
de nouveau ces produits il y a quelques semaines, certains sont encore
presque noirs, mais d'autres sont vert jaunâtre et ne paraissent plus homo-
gènes. Au microscope l'altération se manifeste pour tous les échantillons
par la présence sur leur surface d'eftlorescences jaune pale ayant bien la
Sgo ACADÉMIE DES SCIENCES.
couleur de l'hydrate uranique. Ces efflorescences disparaissent sous Taction
d'une solution de carbonate d'ammonium.
Dans une récente Communication, M. Staehling (') a indiqué que des
préparations d'oxyde vert d'urane, même à un très grand état de pureté,
s'hydratent lentement à l'air sans changer d'aspect extérieur.
Il est probable que ces observations sont du même ordre que celles
que nous venons de décrire plus haut. La présence de l'anhydride uranique
dans les produits résultant d'une décomposition incomplète permet d'expli-
quer ces phénomènes.
Une autre cause de l'existence de l'anhydride uranique dans ces mêmes
corps qui s'ajoute à la précédente résulte du fait que l'oxyde U'^0** préparé
à température peu élevée peut s'oxydera l'air. En chauffant dans un creuset
de platine muni de son couvercle environ i5^ d'oxalate d'uranyle à la tem-
pérature de 35o°, il se forme non pas l'oxyde UO- mais un oxyde d'un gris
noir très foncé dont la composition correspond à U^O". Cet oxyde main-
tenu au contact de l'air pendant 12 heures à 35o'' s'est transformé en une
poudre brun orange en augmentant de poids. Cette augmentation de poids
correspond à la transformation à peu près totale du produit en anhydride
uranique (trouvé 101,77 au lieu de 101,89).
Une solution de carbonate d'ammoniaque dissout cette substance en ne
laissant qu'un résidu excessivement faible d'oxyde U^O** très divisé res-
tant facilement en suspension dans le liquide. Si la calcination de l'oxalate
est faite à 800". l'oxyde gris noir foncé qui en résulte ne varie pas de poids
lorsqu'on le chauffe dans les mêmes conditions.
La réduction de l'oxyde U^O* par l'hydrogène commence au voisinage
de 5oo°, mais elle est encore incomplète après 10 heures de chauffe à cette
température en opérant sur deux ou trois grammes de produit. Elle est au
contraire assez rapidement totale si l'on chauffe à la température de 900° à
1000". Nous n'avons pas observé, au cours de Tétude de cette réduction, la
formation d'un oxyde intermédiaire. L'oxyde UO- que l'on obtient possède
une couleur brun marron.
L'oxyde uraneux est décrit tantôt comme une poudre noire, tantôt
comme une poudre rouge de cuivre ou brun cannelle. Quel que soit son
mode de préparation, l'oxyde uraneux doit présenter, lorsqu'il est pur, une
teinte brun marron; c'est une poudre de cet aspect que Ton obtient par
pulvérisation de l'oxyde cristallisé.
(') Gh. SiARHLiNr., Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 1^68.
SÉANCE DU 6 FKVRIER 1922. SqI
Parmi les procédés de préparation de l'oxyde cristallisé, il y a lieu d'éli-
miner tous ceux dans lesquels il peut y avoir intervention de l'oxygi-ne.
('/est ainsi que le procédé donné par Ditte('). consistant à chauffer dans un
creuset de platine muni de son couvercle l'oxyde U^O** additionné de quel-
ques gouttes d'acide lluorliydrique. ne donne pas UO", mais bien U^O**
cristallisé.
Nous pouvons conclure de l'ensemljle de ces faits :
1° (}ue seuls les composés oxygénés de l'uranium UO'. UM)** et LO-
011 1 une existence certaine;
2" Que les oxydes de couleur gris foncé, désignés parfois sous le nom
d'oxyde noir, correspondent à U^0^ Ils sont inaltérables à Tair et peinent
être chauffés jusqu'à looo*' sans décomposition sous la pression atmos-
phérique ;
3° Que les oxydes vert olive plus ou moins foncés préparés à une tempé-
rature inférieure à 800° renferment des quantités variables d'anhvdride
urânique et sont susceptibles de s'altérer au contact de Tair humide.
CHIMIE MINÉRALE. — Action du sélénium sur l'or. Note de M. H. Pélabo.v,
présentée par M. A. Haller.
Nous avons indiqué récemment (-) les variations que subit la résislivité
du sélénium quand la température croît régulièrement jusqu'au point
d'ébullition de ce métalloïde. Ces variations pouvaient s'expliquer par
l'existerice de deux modifications a et |i, puisque les électrodes d'or
employées ne variaient pas de poids.
Ayant examiné au microscope métallographique une lame d'or préala-
blement polie, puis maintenae plusieurs heures au contact du sélénium à
une température voisine du point d'ébullition, nous avons pu constater une
modification très nette de la surface de la lame. Celle-ci apparaît comme
recouverte d'un réseau assez régulier à larges mailles dont les lignes courbes
font saillie. Dans l'intérieur des mailles du réseau, l'or est souvent sillonné
de lignes très fines parallèles ; la direction de ces lignes est différente dans
deux mailles voisines. Il n'y a pas de doute, l'or est attaqué et sa surface
est recouverte de plages formées de cristaux parallèles. Il est probable que
(') A. DiTTE, Annales de Chimie et de Physique, 6« série, t. 1, iSS4, P- S^i.
(■-) Comptes rendus, l. 173, 19.? t, p. i^GG.
392 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le sélénium déposé à la surface du métal empêche l'attaque de continuer.
En augmentant la surface d'attaque, on doit pouvoir constater beaucoup
mieux le phénomène. Nous avons donc chauffé pendant plusieurs jours
une large lame d'or dans du sélénium liquide (610° environ) et nous
avons constaté, même après avoir chauffé la lame dans la flamme du chalu-
meau pour la débarrasser du sélénium libre, une très faible augmentation
de poids.
Il nous a semblé ainsi que l'or fondait plus facilement après un tel traite-
ment.
Comme généralement les électrodes d'or ne varient pas de poids, la fixa-
tion du sélénium "sur la lame doit être compensée par une perte de métal.
Après avoir dissous le sélénium dans l'acide azotitjuefdans un vase de verre
à parois très minces, nous avons placé celui-ci sur la platine du microscope
métallographi((ue. En utilisant le plus fort grossissement nous avons pu
apercevoir par endroits de très petits cristaux d'or en forme de tétraèdres.
Ces cristaux sont le plus souvent groupés pour former de JHagnifî<[ues étoiles
à six branches qui apparaissent vivement éclairées sur le fond sombre. L'or
se dissout donc dans le sélénium en très faible quantité ou bien les deux
éléments forment une combinaison instable. J^ans tous les cas par refroidis-
sement le métal se précipite en cristaux tétraédriques.
Mais en même temps qu'on aperçoit les cristaux d'or dont il s'agit on dis-
tingue de longues aiguilles excessivement fines plus blanches, qui traversent
quelquefois tout le champ du microscope. Ces aiguilles sont probablement
identiques à celles qui se groupent sur la surface du mêlai.
En résumé, contrairement à ce qu'on a cru jusqu'ici, Cor est attaqué par le
sélénium^ i\ y ^ échange partiel entre les deux éléments. Le métal fixe du
sélénium qui s'élimine difficilement par élévation de température, le sélé-
nium lui-même prend de l'or.
Le sélénium que nous avons appelé ^ n'est donc pas un corps pur. La
faible résistivité s'explique par la présence de la poussière d'or ([u'il tient en
suspension et par les aiguilles de sélénium qui le traversent.
11 reste à expliquer pourquoi ce sélénium impur peut reprendre une
résistivité très grande par une série d'oscillations de la température.
SÉANCE DU 6 FJ.VRIER 1922. 3^5
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur quelques nouveaux dérivés de la sulfobcnzide.
Note (') de M. Eue. Grandmoukin.
Dans une Note précédente (-) nous avons étudié la sulfobenzide ('), et
en particulier ses dérivés diamidés 3.3' et 4 -AS surtout au point de vue des
applications possibles à l'industrie des colorants synthétiques. Incidemmenl
nous avions signalé quelques nouveaux composés dérivés de celte matière
première et préparés avec le concours de M. B. Rivetti.
Si nous revenons aujourd'hui sur ces nouveaux corps, dont Tintérêt est
surtout documentaire, c'est plutôt pour préciser les méthodes générales de
leur préparation. On verra, une fois de plus, la variété des procédés que
peut employer la synthèse organique et qui rend ce domaine aussi attrayant
et aussi fertile.
En principe, la sulfobenzide se prépare par action de l'acide fumant
(chlorhydrine sulfurique, chlorure de sulfuryle) sur le benzène et Ton
peut généraliser cette réaction pour obtenir des dérivés symétriques. Ainsi
si, au lieu du benzène, on prend le phénol, on obtient une dioxy&ulfo-
benzide 4.4' ( ')' *^* ^^^ prépare de même les dérivés dichloré, dibromé et
diiodé, etc. en para (^^).
L'action de l'acide fumant sur le nitrobenzène conduit par contre au
dérivé dinitré 3.3', identique à la dinitrosulfobenzide obtenue parnitration
de la sulfobenzide ( ').
Par réduction, on fait le dérivé diamidé qui, par application de la réac-
tion de Sandmeyer, nous a donné les dérivés dihalogénés correspondants.
La 3.3'-dichlorosulfobenzide distille inaltérée sous un vide de 8*^'°^; elle cris-
(') Séance du 3o janvier 1959,.
(-) Comptes rendus^ t. 17i, 1922, p. 168.
(■*) La désignation de diphéaylsulfone, parfaitement correcte du reste, peut cepen-
dant prêter à confusion avec la sulfone du diphénvle (voir notamment brevets français
n° 362140 et additions).
(*) Annahbim, Ann. Cheni.^ t. 172, p. 28.
(5) Avec le dichlorobenzène on obtient une tétrachlorosulfobenzide (Friedel et
Crafts, ^«/î. Chim., Cf- série, t. 10, p. l\i\). sans doute 3..'|.3'.4'< et décrite par
erreur comme dérivé dichloré 2.2' dans Richter (vol. 2, p. 23i3).
C) Elle est décrite comme 2.2' dans Richter (vol. 2, p. 23i5); nous avons démontré
dans notre Note précédente que c'était un dérivé diméta, c'est-à-dire 3.3'. \oir aussi :
MM. Martinet et IIaf.iil, Compte.'i rendus, t. 173, rgoi, p. 7-5.
^94 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tallise de Tacide acétique en cristaux jaunâtres (p. f. io8°) (') (chlore,
calculé 24,73 pour 100, trouvé 24,57 pour 100). La 3 .3 -diiodesulfo-
benzide se sépare de l'alcool en cristaux jaunâtres fusibles à i58^ (iode,
calculé 54,04 pour 100, trouvé 53,83 pour 100).
La préparation de ces composés avait été envisagée pour effectuer la syn-
llièse de couleurs à cuve par condensation avec des aminoanthraquinones,
analogues aux dérivés des brevets allemands '234. VI 8 et 230409, mais qui
sont restés sans applications industrielles.
Pour obtenir le dérivé dinitré 4-4'? il faut employer par contre un pro-
cédé indirect; on le prépare par oxydation du sulfure de phényle dinitré 4-4'
formé lors de l'action du sulfure de sodium sur le y?-chloronitrobenzène.
Le même procédé nous a permis de faire la synthèse du dérivé dinitré 2.2'
à partir du sulfure de phényle dinitré en ortho. Ce produit déjà connu se
lait, comme le dérivé pai-a, par condensation du sulfure de sodium avec
l'o-chlornitrobenzène (-). Par oxydation avec le bichromate et l'acide sul-
furique, à froid, il donne la 2 . 2'-dinitrosulfobenzide qui cristallise de
l'acide acétique en cristaux presque blancs (p. f. 189") et dont la com-
position fut vérifiée par l'analyse (N pour 100 calculé 9,09, trouvé
9,00 pour 100) (').
Le dérivé diamidé correspondant n'a pas été préparé; il est du reste à
prévoir que, même s'il se diazotait normalement, ce qui n'est pas certain,
les colorants obtenus n'offriraient sans doute qu'un intérêt assez mé-
diocre (''). Du reste, le mode d'obtention de cette base rend peu probable
son emploi industriel.
(') Le brevet français 423913 signale une dichtorosulfobenzide obtenue par l'action
du chlorure de sulfurjle sur le benzène chloré, en présence du chlorure d'aluminium,
différente du dérivé dipara (?) mais dont les constantes ne sont pas indiquées.
(-) NiETZKi et BoïHOF, Ber., t. 29, 1896, p. 2274. — Comme le rendement est insuf-
fisant, nous avons essayé d'employer l'ortho-iodonitrobenzène, mais sans amélioration
sensible. Des essais faits d'autre part pour l'obtenir par action du diazo de l'o-nitrani-
line sur le sulfure de sodium ont du être abandonnés par suite de la formation de
dérivés diazoïques explosifs, même en milieu aqueux.
(^) Le point de fusion correspond sensiblement à celui du dérivé dinitré de l'oxy-
sulfure (?) de Lobry de Bruyn, p. f. 184" (voir aussi Ber.. t. 20, 1887, p. 198).
('*) I^e dérivé correspondant du disulfure de phényle se comporte, comme nous
l'avons vérifié, d'une façon anormale lors de la diazotation. Cette base obtenue primi-
tivement par Ilofmann {Ber., t. 13, 1880, p. 1280) d'une façon peu commode se prépare
plus facilement par réduction du dérivé dinitré corresjiondant par l'hydrade d'hydra-
zine {Ber., t. 45, 1912, p. i34) ou, comme nous l'avons constaté, par le bisulfure de
sodium. Elle fond à gS".
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 3^5
Tous les procédés énumcrés jusqu'à présent doniienl des dérivés symé-
triques de la sulfobenzide. Pour synthétiser les dérivés asymétriques, il
existe diverses méthodes, à partir des acides sulfiniques, notamment. Nous
signalerons en particulier colle qui consiste à condenser les acides sulfi-
niques avec des dérivés chloronitrés des carbures aromatiques ( ').
Pour V('Tifîer si cette réaction pouvait être généralisée nous avons pré-
paré un dérivé d'une sulfone mixte : o-/;-dinitrophényl-[i}-naphtylsu]fone
par condensation du 1.2.4-chiorodinitrobenzène avec Tacide |3-naplitaline-
sulfînique, en milieu alcoolique ammoniacal, à chaud.
La sulfone, insoluble dans l'alcool, se sépare en cristaux jaune pâle; on
l'obtient à l'état pur ])ar cristallisation de l'acide acétique (p. f. 228°). La
composition fut vérifiée par "l'analyse (N calculé 7,82 pour 100. trouvé
8,00 pour 100). Ajoutons que les dérivés dinitrés 2.4, obtenus par ce pro-
cédé, fournissent par réduction des métadiamines qui, par l'action de
l'acide nitreux, donnent lieu à la formation de colorants rouge brun.
En résumé, notre étude confirme à .nouveau que la sulfobenzide n'olTre,
au point de vue des colorants syntliétiques, qu'un intérêt limité, parce que
les colorants qui en dérivent ne présentent pas d'avantages sur ceux qui
sont préparés avec des bases plus accessibles et d'un prix de revient
inférieur.
Si, par nitration directe, il avait été ])Ossible de préparer le dérivé liexa-
nitré, ce produit aurait pu peut-être offrir de l'intérêt comme explosif.
Mais comme nous avons démontré que la dinitration se fait en meta, on ne
peut dépasser par nitration directe la phase du tétranitro (3. 5. 3'. 5'). Le
dérivé hexanitré, seul intéressant comme explosif, ne pourrait se faire que
par la voie indirecte du sulfure de phényle hexanitré correspondant. Dans
ce domaine encore les applications de la sulfobenzide sont donc sans
intérêt pour les mêmes raisons cjui empêchent son emploi daus le domaine
des couleurs.
CHIMIE ORGANIQUE. — 5^^/' /(/ composition de Vessence de térébenthine d' Alep.
Note de M. Georges Dupo\t, présentée par M. A. Haller.
M, Vèzes(^) a montré l'homogénéité de l'essence de térébenthine du pin
d'Alep et conclu que la presque totalité de cette essence était constituée de
(' ) ULLMA^N et Pasdermadjian, Bej-., t. 3'+, 1901. p. i i5i.
(^) VfcZES, Soc. des Se. de Bordeaux, 20 juin ipoq, ;> 1 mai 191 ■^..
396 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pinône. M. Darniois(') arrive à la même conclusion mais signale qu'un
dixième environ de l'essence ne distille qu'à une température notablement
plus élevée. M. Pariselle (^) a montré que ce pinène a, extrait de l'essence
d'Alep, pouvait être considéré comme du pinène droit à peu près exempt de
racémique. D'autre part, Palazzo(^) a vérifié l'identité des essences d'Alep
française, italienne et grecque qui donnent toutes des caractéristiques voi-
sines de :
^25 = 0,855, «0.,,— 1,464, I oc II, ,,,= + 46° à +47°.
Nous avons vérifié qu'en outre cette composition est indépendante de
l'époque de la récolte. En ellet des essences extraites des gemmes de pin
d'Alep des amasses successives pendant l'année 1921 nous ont donné :
a,l C' ). d.y^.
f^ amasse -t-41,92 o,855o
a" » +41,93 o,855o
3« » -^-4i,i4 o,856o
--t- 4i ,29 o,858o
Ces faits viennent donc confirmer que la composition d'une essence ne
déjjend que de la nature de l'arbre qui la fournit.
Il nous a paru intéressant de recbercher si les queues de distillation
signalées par les divers auteurs sont simplement des produits d'oxydation
de l'essence ou bien s'ils sont des produits normaux de la sécrétion
résineuse.
Dans un essai préliminaire, nous sommes parti d'une gemme d'Alep d'origine
sûre {■'). L'essence obtenue nous a donné, à la distillation, un résidu de 5 pour 100
environ ne distillant qu'au-dessus de iG5°.
Ce résidu est en presque totalité distillable et donne :
Température. Volume. ^/;.. . aj.
fin-'
i56''-i77° 55 0,8570 -t- 42,79
! 77°-230°-250° l\i o , 9247 + 5 , 78
?.5o°-25d° 3o 0,9090 — 7,43
Résidu i5
(') Darmois, Thèse de Doctorat, Paris, 1910.
(2) Pariselle, Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 1496.
(*) Palazzo, La trenienliae italiane. Nota IV, Tip. Ricci, Firenze.
('*) (Zj rotation sur 10'"^ pour la raie jaune de l'arc au mercure (X :=: ol^, 578 ).
{'") ^i\. Carme, à Auriol ( Bouches-du-Rliône), avait bien voulu faire sélectionner
lui même, en forêt, cette gemme en vue de nos expériences. Nous le remercions vive-
ment ici.
SÉANCE DU 6 FKVRIER I922. 397
Ces produits de queue existent donc normalement dans l'essence d'Alep
fraîche; ils se présentent comme un liquide jaunâtre à odeur très fine.
Pour étudier leur nature, nous avons pu nous procurer des essences
enrichies en ces produits en faisant recueillir, à l'usine même, le dernier
litre fourni par chaque distillation de térébenthine dans un appareil ordinaire
à vapeur. Cette essence contient \ environ de produit de queues; elle donne
à la distillation :
Numéros
des fractions. Volunn-s. TctiipôriiUires dcb. | aj ] ''.;.,'.
lào looo l54 -+-42,52 o,851o
6 et 7 4uo i55 +42,28 o,854o
8 et 9 400 >' +41,75 0,8542
10 et 11 3oo i56 -+-89, 5o 0.8548
12 72 157-210° +22,91 0,8622
13 _ 37 210-220 + 3,08 0,9043
14, et 15 198 220-235 +0,37 0,9320 A
16 el 17 200 235-25o — 3,32 0,928
18 100 250-255 —6,98 0,9114
19 100 255-258 -8,75 0,9092 B
20 100 258-265 —11,58 0,9141
21 36 265-285 — 1,02 0,9206
22 70 résidus
Nous voyons nettement, en dehors des têtes constituées ])ar du pinène,
deux fractions, la première A à faible pouvoir rotatoire et à forte densité;
la deuxième B lévogyre et à densité plus faible.
Étude des fractions^. - Les fractions 17, 18, 19, plusieurs fois distillées
sur le sodium, passent finalement, en presque totalité, à 253"-254° et pré-
sentent les caractéristiques suivantes :
^15=0,9096, <io„== 0,9006, Nd2o=i>4977-
L'analyse^ la ayoscopie, la réfraction moléculaire montrent que ce consti-
tuant est un sesquiterpène bicy clique.
Analyse : Trouvé 88,45 (cale. 88,23); H trouvé 12,09 (cale. ii,;6).
Cryoscopie : Trouvé pour les concentrations limites M = «oS (cale. 2o3) Hji trouvé :
66,02; calculé : 66, i4-
Ce sesquiterpène est assez semblable au caryophyllènepar ses propriétés;
toutefois, il s'en distingue par le point de fusion du nitrosite. Ce dérivé,
obtenu avec un très faible rendement, fonda i48«-i49°. Nous n'avons pu
encore obtenir d'autre dérivé cristallisé de ce sesquiterpène. Nous signa-
398 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Icrons la réaction colorée que donne une goutte d'acide sulfurique dans la
solution acétique de ce corps : coloration rose virant au violet.
Étude de la fraction A. — Cette fraction, qui attaque le sodium à chaud,
ne contient ni alcool ni cétone; elle est riche en éther-sel.
95,2 de la fraction i4 ont été traités par 3o""^ d'une solution de IvOH alcoolique
à ioqs par litre, pendant 4 heures, à 100». 11 a disparu o'"°',oi853 de KOH, ce qui
correspond à 39,5 })our 100 détlier, calculé en acétate de bornyle.
Pour déterminer la nature de cet éllier, nous avons saponifié 90S du produit. Dans
la solution aqueuse, nous avons pu caractériser l'acide acétique. L'huile saponiliée a
été chauiiee, à ir)0°, 10 heures avec de l'anhydride phtalique, et les éthers phtaliques
acides ont été extraits par une solution de carbonate de soude.
De cette solution, les éthers phtaliques ont été précipités par l'acide chlorhydrique,
puis soumis à la saponilication.
Nous avons obtenu ainsi du horiiéol inactif tvès pur (cristaux hexagonaux fondant
à 2o6°-207°, phtalate acide fondant à i55°-i56°).
D'autre part, des fractions non éthériliables par l'anhydride phtalique, nous avons
retiré une huile dont la presque totalité bout entre •260° et 255° et qui s'identifie avec
le sesquiterpène que nous avons isolé de la fraction B.
Nous pouvons donc dire que ces fractions de queue sont constituées en
presque totalité d'acétate de bornyle et d'an sesquiterpène.
Dans l'essence de queue initiale, l'indice de saponilication nous conduit
à une iemmv en acétate de bornyle àt^y'ioT^ouY 100 el, par suite, à une teneur
en sesquiterpène voisine de 23 pour 100.
Dans les queues, débarrassées dV.-piiiène, nous trouvons :
Acétate de bornyle . . . , 22,7 pour 100
Sesquiterpène 77 »
La composition de l'essence d' Vlep fraîche totale est donc voisine de la
suivante :
Pinène droit 95 pour 100
Acétate de bornyle inactif i , >4 "
Sesquiterpène 3.8 «
GÉOLOGIE. — Sur la limite oi'ientale du massif graniti<jue de Milkxaches.
Note de M. G. 3Ioujiet, présentée par M. Pierre Tcrmier.
Le Plateau de Millevaches, qui foi^me la partie culminante de la région
du Massif Central, située à l'ouest du grand chenal houiller, est occupé par
un massif de granité à mica blanc, au sein duquel affleure le granité por-
SÉANCE DU 6 Fl-VRIER I922. '5g[)
phyioïde à mica noir sur une vaste étendue au nord de la haute vallée de
la Vienne. Au Sud, ce massif granitique, qui n'atteint pas la localité
d'Égletons (Corrèze), est limite par un massif de granité également por-
phyroïde, compris entre la région dliigletons et Lssel. Au \ord, il est
limité par le massif de granité à mica noir (granité de Guéret) qui couvre
la plus grande partie de la Creuse. A TOuest, il domine le plateau gneis-
sique de Limoges et d'Uzerclie. Enfin, à TEsl, il est limité par les gneiss
d Aubusson associés à quelques gneiss normaux.
Nous avons autrefois fait connaître le caractère de la limite occidentale
du massif et de ses annexes, limite formée par une fracture que jalonne
une traînée continue de mylonites {^fracture dWrgcntal). Il y a deux ans,
nous avons précisé le caractère de la limite septentrionale (région de Pon-
tarion), formée par une bande schisteuse, déjà figurée sur la carte géolo-
gique de la Creuse par Mallard (1866). Nous avons montré que cette bande
schisteuse comprend, là encore, une traînée prcscjuc continue de mylonites,
et ({uelle est associée à des roches laminées, indices certains d'une autre
ligne de fracture (fracture de Pontarion). L'objet de la Note présente est
d'exposer les résultats de nos explorations le long de la limite orientale
du Massif.
Dans une Note antérieure, nous avions indiqué que la ligne de fracture de
Pontarion devait passer dans le voisinage du village de la Borne, aunord-ouest
de Saint-Michel-de-Veisse,et que les mylonites étaient distribuées à plusieurs
niveaux, au sein des couches schisteuses. Il résulte de nos nouvelles explo-
rations qu'en réalité, les mylonites n'occupent cju'un seul niveau, et que la
ligne de fracture de Pontarion, en partie masquée par des dépôts houillers,
passe, non par la Borne, mais par Saint-Michel-de-Veisse. Elle se prolonge
au delà, dans la direction du Sud-Est, jusqu'à la limite des feuilles .4 m6w^^o«
et IJsscl, au village de Vilescot, et alors, là, elle change brusc{uement de
direction, pour s'infléchir vers le Sud, amorçant ainsi la limite orientale du
Massif. Si, dans celte partie, la bande schisteuse se maintient a\ec conti-
nuité, il n'en est pas de même des mylonites, dont on retrouve cependant
des traces près de Treichazeix et qui apparaissent encore très nettes près
du \illage de Chambroutière, à l'ouest de Fellelin. De Janaillat, au nord-
nord-ouest de Bourganeuf, jusc|u'en ce point, la ligne de fracture peut donc
se suivre avec certitude sur en>iron 4o'''" de longueur. A oilà un premier
point établi.
Le second point concerne le prolongement de cette fiaclure vers le Sud,
c'est-à-dire vers Meymac, sur une longueur également d'environ 4o'"". La
4oo ACADÉMIE DES SCIENCES.
f(^uille ^5^ ligure bien une faille formant la limite du massif de granité à
mica blanc, mais d'après nos explorations, cette ligne de fracture doit être
reportée quelque peu plus loin vers l'Est. Les caractères de la limite du
Massif de Millevaches, entre Saint-Michel-de-Veisse et le hameau du Vert, au
nord-nord-est, de Meymac, restent en effet les mêmes que dans la région
septentrionale. La zone schisteuse persiste ; elle forme encore ceinture au
massif de granité à mica blanc; elle s'étend à son pied, en occupe le talus, ou
atteint parfois le rebord du plateau. Envahie plus ou moins par le granité
à mica blanc qui y prend alors une structure gneissique, elle se présente
avec une largeur variable. Cette ceinture n'est même pas continue ; entre
la région de Clairavaul et le parallèle de Saint-Setier, les schistes sont entiè-
rement résorbés et les gneiss d'Aubusson viennent au contact immédiat du
granité de Millevaches. Les schistes ne reparaissent que plus au Sud, et se
poursuivent au moins jusqu'au village du Vert, après quoile granité porphy-
roïde d'Ussel et de Meymac vient au contact de celui du massif considéré.
Au sud de Chanibroutière jusqu'au Vert, et au delà, nous n'avons pu
observer de mylonites ou de roches apparemment laminées, à moins qu'il ne
faille attribuer la structure schisteuse à un laminage ; s'il existe une fracture,
et il est difficile d'admettre que la fracture de Pontarion ne puisse pas se
poursuivre, cette ligne de fracture ne peut être que la limite ou ligne sépa-
ra tive de la zone schisteuse et des gneiss situés plus à l'Est (gneiss d'Au-
busson et autres).
Les caractères qui font présumer une fracture sont, à défaut d'une défor-
mation ou d'un écrasement des roches, les suivants :
1° La netteté et la grande régularité du tracé de la limite du Massif de
Millevaches, y compris la zone schisteuse intimement associée au granité,
et l'absence, autant que nous avons pu en juger, de passage graduel des
schistes de la bordure aux gneiss adjacents.
2" La direction du plongement des couches, qui n'est pas la jnême pour
le granité à mica blanc gneissique et les schistes, ces deux terrains plongeant
généralement vers TOuesl, et pour les gneiss extérieurs, ceux-ci plongeant
plutôl vers l'Esl.
3" La constitution très dilléreiite du Massif de Millevaches et du plateau,
de niveau inférieur, qui s'étend à l'Est, où les schistes font absolument
défaut, qui ne se compose que de granité à mica noir et de gneiss de même
composition. Il y a absence complète de filons de granulit(^ dans le voisinage
même du Massif de Millevaches, et les quelques filons de granulite(gTanulite
à eonliérite et à grenat) que la feuille Ussel figure, sont à grande distance
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. /4OI
du Massif; on peut même dire que la région en question est exceptionnelle
par sa richesse en biolile et sa pauvreté en muscovite.
Dans la région de Meymac, la limite du Massif de Millevaches contourne
ce bourg au Nord. Elle est très nette, et le filon de porphyre quarizifère
figuré sur la feuille Ussel au sud-ouest du Vert, répond, sans doute, au
passage de la ligne de fracture. Il est probable que celte ligne passe aussi
dans le voisinage du petit bassin houiller de Lapleau, sinon même par ce
l)assin qui, par conséquent, se trouverait placé dans une position identique
à celle des autres bassins houillers de cette partie du Massif Cenlral :
bassins d'Argentat, de Corrèze, de Mazurat, de Bourganeuf et de Saint-
Michel-de-Veisse. Celte situation du bassin de Lapleau suggère des consi-
dérations nouvelles au sujet de son extension, car il est recouvert par le
granité, et, à Thypothèse du plissement, imaginée par Dufrénoy pour
expliquer le recouvrement, on peut substituer celle du charriage.
GÉOLOGIE. — Le bassin oligocène effondré Saint-Flow (Cantal)- Malzieii
(Lozère). La Truyère miocène^ affluent de V Allier. Note de M. Pu. Glan-
GEAOD, présentée par M. Pierre Termier.
Lorsque des hauteurs de Saint-Flour (900"^) on regarde l'Est et le Sud-
Est, on aperçoit, barrant l'horizon sur près de 60''"', la masse sombre de la
Margeride, chaîne anticlinale archéogranitique, dissymétrique, dont l'alti-
tude s'élève de i3oo™ à iSBZî'", et dont le rebord occidental retombe brus-
quement sur une fosse d'efl'ondrement drainée par la Truyère.
Cette fosse ne représente qu'une portion d'une importante dépression
oligocène qui s'étendait au delà; au nord de la Margeride, sur le plateau
surélevé de Lastic-Vieillespesse, et au nord de Saint-Flour, où elle rejoi-
gnait la dépression de Neussargues-Murat, plus effondrée^ qui commu-
niquait avec le sud de la Limagne sur l'emplacement de la vallée de l'Alla-
gnon. Elle parait bien s'être étendue aussi sur le territoire compris entre
la Truyère et le Bès, entre Fournels, Saint-Chély, Aumont, territoire qui"
est le premier échelon montagneux vers l'Aubrac. La dépression fut rem-
plie par 200"^ de sédiments surtout détritiques, effondrés en échelons au
pied de la Margeride, mais relevés du Sud au Nord et déblayés partiellement
par la Truyère et ses affluents.
Rames avait étudié TOligocène des environs de Saint-Flour, dont Fouqué
avait dressé la carte; et M. Boule a publié deux Notes sur la même région.
G. R., 192J, 1" Semestre. (T. 174, N" 6.) 3o
4o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Cette formation ne se présente plus que sous forme de lambeaux dont
certains ont été figurés sur la feuille Mende par M. Boule, notamment ceux
de Saint-Alban et de Saint-Chély (Lozère).
Les plus importants s'étendent entre Maizieu et Saint-Flour, car ils ont
été \ç:'6 plus effondrés^ ou ont èlè pj'otéges par des coulées volcaniques plio-
cènes, tels, ceux de Julianges, d'An^^lards, de Villedieu, du Foyet et de
FaveroUes, sous les coulées du mont Chanson, etc.; tels aussi ceux qui
longent le pied de la grande f aille bordière de la Margerides vers \asbres,
Clavières, Ruines, Rentière, etc.
La base de ces dépôts s'' abaisse du Sud au Nord. Elle est à io4o"' à Saint-
Chély et à Javols, 930'" à Saint-Alban, 860"" au Maizieu, 83o'"à Saint-Léger,
puis se maintient de 83o'" à 860™ à l'est et au nord de Saint-Flour, tandis
qu'elle s'élève de nouveau à 1020"' sur le territoire surélevé au nord de la
Margeride, à Tesl de la faille bordière, où quelques îlots ont été conservés
et où il existe une pénéplaine antéoligocène remarquable (notamment vers
Montchamp), gauchie par places par les mouvements miocènes et acci-
dentée par d'assez nombreux volcans.
L'Oligocène du bassin de Saint-Flour se prolongeait par celui du bassin
plus effondré de Neussargues, où cette formation descend à 760°^ sous
Servières et à moins de 700™ sous Joursac, où elle est dénivelée par deux
failles N-0 prolongeant les failles bordières de la Margeride. La faille de
Joursac avait (Hé signalée par M. Boule. Une dizaine de volcans, en reladon
avec ces failles., sont situés sur le pourtour actuel de ce bassin effondré,
La coupe la plus complète de l'Oligocène peut être observée entre Saint-
Léger et Laveyssière. Elle comprend la série suivante à partir de la
Truyère :
6. Argiles sableuses un peu ferrugineuses avec nombreux blocs roulés des roches
de la bordure Margeride (gneiss ou granité suivant les points) exploitées pour
tuileries. Quelques h'is de lignite intercalés.
ôi Calcaires en gros bancs, à silex panachés, Zi""-
h. Argiles vertes feuilletées avec rognons de calcaire sublithographique. 16'".
3. \rgiles très ferrugineuses, bauxiteuses par places, X™.
'1. Argiles sableuses fines exploitées pour tuileries, 10"'.
l. Poudingues, à galets de quartz.
L'ensemble mesure environ 160™ d'épaisseur. Il est surmonté au Maizieu
et à \erdezun par des grès grossiers à stratification entre-cîoi.^ée (avec
coincements de grès fins kaoliniques) jadis exploités pour la fabrication
des meules et dans lesquels M. Boule avait recueilli une flore oligocène
comprenant des feuilles et troncs de Palmiers silicifiés^ Myrica, Cinnoma-
SÉANCE DU 6 FKVRIER I922. 4^3
niim^ Platanus^ etc. Je rappellerai aussi que les argiles sableuses de Brons,
près Saint-Flour, avaient fourni à Rames des restes de tortues {Ptycho-
gaster eniyoides et Testndo), à^ Acerotheriutn lemanense^ A. Gaudryi oX
Enteledon .
Des calcaires intercalés au milieu d'argiles sableuses avaient éu' exploites
jadis à Saint- Albàn. Ces dépôts correspondent vraisemblablement au
Sannoisien et au Stampien.
Sables à chaiUes. — Sur cet ensemble j'ai observé au Malzieu (ait. 996'"-
iood"") et à Polageac, à Test de Saint-Flour (ait. Syc*"), une formation
importante, ravinant V Oligocène, constituée par des sables quartzeux fer-
rugineux, à galets de quarlz iilonien, de granité et de chaiUes jurassiques
palinées de jaune brun. Les galets sont beaucoup plus roulés à Polageac,
qui est à 25*^'° en aval de Saint-Flour, qu'au Malzieu. Leur épaisseur varie
de Tune à l'autre des deux localités de 12™ à 6"".
La présence de ces sables à chailles est des plus intéressante^ car elle
témoigne de l'existence, postérieurement à l'Oligocène fortement raviné,
d'un cours d'eau S-N, suivant la base de la Margeride, descendant des hau-
teurs les plus élevées du rebord archéo-granitique, dominant le territoire
des causses jurassiques Mende-Marvejols.
Or, ce territoire est encore occupé par de pelits lambeaux de Lias, dont
l'altitude monte à i2oo"\ Il est donc logique de penser que les chailles pro-
viennent de dépôts jurassiques décalcifiés de ce rebord sud des causses
redressé au moment des grands mouvements alpins d'âge oligocène supé-
rieur ou miocène inférieur, et qu'elles ont été charriées au Malzieu, à
Polageac, etc., par la Truyère et ses affluents de cette époque.
Ce sont là des faits analogues à ceux constatés par G. Fabre, sur l'autre
versant de la Margeride, près de Langogne, par M. Boule dans le Yelay et
à ceux de la Limagne et de Givreuil (Allier) sur lesquels j'ai attiré longue-
ment l'attention.
Le cours de la Truyère de cette époque se continuait au nord de Saint-
Flour, sous les coulées des volcans périphériques du Plomb du Cantal
(volcans d'Alloux et de Talizat, etc.) et débouchait en face de Joursac à
Taltitude 820™ environ dans la vallée de l'Allagnon, qui n'était alors
qu'un émissaire peu important de la rive droite de la Truyère, tandis que
cette dernière constituait un affluent direct de l'Allier. Les alluvions de
Polageac, qui ont peut-être des rapports a\ec les graviers d'Andelat
(étudiés par MM. Boule. Marty et Lauby), n'ont été conservées que grâce
aux coulées du volcan de Mons.
4o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Aujourd'hui la Truyère, qui possède un cours Nl\0 jusqu'au célèbre
viaduc de Garabit, tourne brusquement à angle droit, vers le SO et s'encaisse
progressivement entre les massifs du Cantal et de l'Aubrac, car elle a été
capturée à partir de Garabit par un affluent régressif du Lot.
Je mentionnerai sommairement ici qu'il, existe une série de failles en
échelon sur le bord ouest du bassin de Saint-Flonr-Malzieu, avec regard
vers la Margeride.
Plusieurs des failles de ce bassin sont jalonnées par des éruptions. Les
volcans de Mons, de Talizal, de Julianges, elc, sont édifiés sur certaines
d'entre elles, que jalonnent également de nombreuses sources minérales émer-
geant : d'une pari, le long de la Truyère, sous Chauliat, Paladine, Garabit,
Anglards et FaveroUes; d'autre part, le long de la grande faille bordière de
la Margeride,. vers Corcnt, Vasbres, etc.
Le territoire synclinal oligocène Malzieu-Saint-Flour oflre donc un
ensemble d'évéjiements sédimenlaires, tectoniques, volcaniques et hydro-
logiques qui s'enchaînent et sonL liés étroitement à l'histoire du Massif
Central.
GÉOLOGIE. — Phases glaciaires en (irèce; leur relation avec le morcellement
de CÉgéis. Note de M. Ph. Négris, présentée par M. Pierre Terniier.
La découverte importante de vestiges de l'époque glaciaire en Grèce par
M. Otto Maull (yBeitrâge zur Morphologie des Pelopones und des sudôst-
lichen Miltelgriechenlunds ; Geogr. Abhandliingen von Prof. Dr Albi-echt
Penck, Leipzig, 1921) nous a ptrmis de tirer des conclusions intéressantes,
concernant l'époque de la disparition de l'Egéis et de la formation de la
mer Egée.
M. Maull a observé, sur les hautes montagnes de la Grèce, les vestiges
de deux phases glaciaires, avec une distance verticale des limites corres-
pondantes des neiges persistantes de 200™ environ {loc. cit., p. 119,
Tableau). Il est naturel de penser que ces deux phases répondent aux deux
dernières époques glaciaires des Alpes, l'époque wiirmienne et Tépoque
rissienne. d'autant plus qu'aux Alpes, la distance des limites des neiges
persistantes de ces deux époques est, d'après M. A. Penck, ioo'"-20o™
{Die Alpen im Eiszeitalter, p. 256).
M. Maull a encore constaté que, si l'on trace les lignes d'égale altitude
pour les limites des neiges de la phase la plus basse, ces lignes sont parallèles
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 192,2. 4o5
aux rivages occidentaux de la Grèce et vont en augmentant d'altitude
d'occident en orient, en se recourbant légèrement vers l'Est par leur
extrémité méridionale.
C'est ainsi que la ligne passant par le Taygète se trouve à i95o™-i975"',
celle passant par le Clielmos à 2oGo'"-2o8o'", celle passant parle Parnasse
à 2i25"\ A cette variation de la limite des neiges, de TOuest à l'Est, corres-
pond une variation dans Tabondance des vestiges, pour chaque groupe
montagneux pris isolément : à TOuest chaque groupe est plus fortement
entaillé qu'à l'Est.
Cette disposition des vestiges a conduit M. Maull à admettre que la cause
de cette variation d'occident en orient doit être attribuée à l'existence du
Continent Egéen, lors de la phase glaciaire qui a donné les limites de
neiges les plus basses : le climat aurait été ainsi à celte époque, continental
à l'Est, maritime à l'Ouest, d'où la différence dans les limites de neiges.
Le Continent Egéen n'aurait donc disparu qu'après la phase la plus
froide que j'attribue au Rissien. Les vestiges supérieurs qui appartien-
draient au Wûrmien sont insuffisants et ne permettent pas malheureuse-
ment une comparaison entre l'occident et l'orient.
Les observations concernant la phase froide concordent avec la décou-
verte faite par ^L Cayeux de la molaire de VElephas antiquus {Description
physique de r île de Délos, p. 39), prouvant qu'à l'époque chelléenne, Délos
appartenait encore au Continent Egéen, et pouvait être visitée par les
grands herbivores de ce Continent,
Dans une Note précédente, nous avons fait mention des perforations de
Siphnos qui existent jusqu'au sommet de l'île (700"" environ). Ces perfo-
rations datent nécessairement du morcellement de l'Égéis et seraient
donc posl-chelléennes et non siciliennes, comme j'ai avancé ailleurs (').
Il est vrai qu'à l'époque pliocène un bras de mer, probablement de faible
largeur, ne pouvant pas modifier le caractère continental de la région, tra-
versait le continent Egéen et arrivait jusqu'au Pirée, et l'on serait tenté de
rapporter les perforations de Siphnos à cette époque. Cette conjecture n'est
pas admissible, non seulement à cause de la fraîcheur des perforations,
dont nous avons donné une photographie ailleurs {Roches cristallophyl-
lienneset Tectonique de la Grèce, pi. XXI), mais parce qu'elles existent aussi
bien sur les roches cristallophylliennes que sur un calcaire terrestre récent
(') Comptes rendus des séances de la Société géologique de France, séance du
3 janvier 1919, p. ■î2.
4o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
avec hélices^ que M. Depéret serait disposé à rapporter au sous-genre Levan-
tina., de l'époque actuelle (/o<?. cit.. p. i85). Ainsi donc^ la mer, lors de la
submersion de l'Egeis, avait encore un niveau de 700™ et plus.
Ce résultat paraît en désaccord avec ce qu'on oI)serve dans d'autres
contrées, mais ce désaccord s'explique facilement par les affaissements des
côtes qui se sont produits un peu partout en prolongement des continents
submergés. Comment, par exemple, comparer Siphnos aux côtes de
l'Atlantique, soit en Europe, soit en Amérique, lorsque l'on sait que les lits
des fleuves qui se jettent dans cet Océan se prolongent jusqu'à des profon-
deurs de milliers de mètres sous le niveau actuel, et qu'il n'y a aucune
raison pour ne pas admettre qu'il s'agit d'un affaissement continu, dont il
faut chercher l'origine bien avant dans le continent actuel correspondant,
et l'on peut se demander si cette origine ne se trouverait pas, pour l'Europe,
dans les Alpes même, où nous avons signalé, dans une Note précé-
dente ('), un affaissement de plus de 600™ depuis l'époque wiirmienne
et de ySo"" à 85o"* depuis l'époque rissienne.
GÉOLOGIE. — Les nappes dans le nord-est du Tonkin.
Note de M. René Rourret, présentée par M. Pierre Termier.
Au-dessus des divers massifs autochtones du nord-est du Tonkin, dont
a parlé une Note précédente, sont conservés des éléments tectoniquement
plus élevés : à la base, une série de schistes auxquels je donne le nom de
Schistes du Song Hiem, et au-dessus, des lambeaux de nappes de charriage
dites Nappes du Song Gam.
Les Schistes correspondent à des formations antérieurement reconnues
dans le Nord sous le nom de Nappe du Song Mien, dans le Sud |sous celui
de Système X; j'ai rétabli la continuité entre les deux formations et Ton
peut maintenant suivre les Schistes du Song Hiem, depuis la région de
Yen Minh jusqu'au sud de That Khé, c'est-à-dire sur une longueur de plus
de 25o'"".
Partout, les Schistes reposent par contact anormal sur les terrains sous-jacents.
Dans la région de Cao Bang en particulier, ils entraînent des lambeaux des calcaires
ourailens qui débutent par des anticlinaux encore attenants au subslratum, et qui
s'en séparent ensuite pour ne plus former, entre les lames des Schistes, que des
amandes étirées de plus en plus réduites; les phases piogressives de ce phénomène
(*) Comptes rendus, l. 171, 1920, p. 728.
SÉANCE DU 6 FKVRIER I922. ^07
sont particLilièremenl visibles entre le petit plateau du Toc Lang et les environs de
Cao Bang. A la périphérie des massifs autochtones et sur presque toute la longueur
du contact de base des Schistes, on rencontre des massifs plus ou moins iuiporlanls
de roches éruplives andésitiques, très écrasées, de structure variée, correspondant à
celles que M. Jacob, dans le Nord-Annam, désigne globalement sous le nom de
Porphyriles. Exceptionnellement, ces roches sont injectées dans le subslratum auto-
chtone (Région du Quang Uyen et de Dong Khé) ou montent à la base des nappes
( Binh Lang).
Les Schistes ne m'ont fourni aucun fossile; ils se prolongent au Sud jusqu'au voisi-
nage de Lang Son, où l'on trouve du Trias qui repose, également par contact anormal,
sur le pays autochtone, c'est-à-dire sur le Massif de Cao Bang, sur le Bac Son el sur
les rochers calcaires établissant la jonction entre les deux. Malheureusement le Trias
ne passe pas aux Schistes du Song Hiem et. suivant un arc formant hernie vers le
Sud-Est entre les deux massifs précédents, on peut voir les Schistes glisser, par contact
anormal, sur le Trias.
Indépendamment des roches basiques signalées ci-dessus, les schistes renferment,
dans leur partie inférieure, des inlercalalions souvent très importantes de rhyoliles,
tantôt à quartz globulaire, tantôt pétrosiliceux, qui se rencontrent également en abon-
dance dans le Trias de la région de Lang Son. Dans les deux formations, les rhyolites
sont souvent écrasés. J'en trouve des galets dans un poudingue dépendant des Schistes
du Song Hiem, et je conclus qu'ils sont antérieurs au dépôt de ceux-ci çl peut-être
d'âge triasique.
J'arrive maintenant aux lambeaux des nappes du Song- Gam; ces lam-
beaux, au nombre de trois, sont d'étetidues très inégaies.
Le petit lambeau du Kim Hi, à l'ouest de Yen Lac, et celui, bien plus
considérable du Binh Lang, au nord-ouest de Cao Bang-, correspondent à
une seule nappe et, dans leur ensemble, à une seule lame, celle du Col des
Partisans, que nous allons définir dans le ti^oisième lambeau, de beaucoup,
le plus important. Ce dernier est conservé suivant une grande dépression
synclinale, à axe courbe, qui prend place entre l'arc Coc Xo-Dong Quan,
et le massif du Haut Song Chay. Dans ce vaste lambeau, qui fournit,
avec tm entablement calcaire, un des traits géographiques majeurs du
nord-est du Tonkin. j'arrive à distinguer deux nappes, dont chacune est
constituée par plusieurs lames distinctes.
La nappe inférieure correspond à deux lames séparées encore par des schistes iden-
tiques aux Schistes du Song Hiem. Ce sont respectivement : la Lame dite de Ha Giang
dont l'étendue est considérable et occupe un vaste pays à l'est de la rivière Claire, et
la L^meduCol des Partisans qui forme la corniche principale de l'entablement dont il
a été question plus haut. La première m'a fourni, à l'est de la feuille de Bao Lac, des
Faoosilidés et un Spirifer cf. cabedanus \ern. el Arch., fossiles qui impliquent pour
cette lame un âge dévonien. J'ai trouvé dans les lambeaux de la seconde, notamment
à Pa Khao (Binh Lang), la fanule suivante, déterminée par M""^ Colani : Fusullna
4o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Japonica Gumb,; Scliwagerina Verbeecki Geinitz; DoUolina lepida Schwag. ;
Neoscluvagerina cratlcuUfera Schwag., espèces du Permien inférieur du Japon.
La nappe supérieure comprend également deu\ lames, la Lame de LangCa Phu et la
Lame du Fia Ya, dont l'ensemble est conservé dans la dépression formée par la Lame
du Col des Partisans. Cette nappe se distingue de la précédente par la présence, à la
base de chacune des deux lames, d'éléments cristallins, tandis que les lames elles-
mêmes sont formées de schistes et de calcaires, qui, dans leur ensemble, rappellent par
leur faciès le Dévonien de Ngan Son, sans qu'il soit possible toutefois de les dater
d'une manière précise. Les terrains cristallins de la Lame inférieure, très écrasés,
affleurent principalement dans la région au sud-ouest de Bac Me; ce sont des granités
et gneiss amphiboliques. Pour la Lame du Pia Ya, c'est dans le splendide Pic du Pia
^a proprement dit, que se rencontre, avec Une épaisseur de plus de looo™, un beau
granité porphyroïde à mica noir, écrasé à la base et suivi de gneiss amphiboliques.
Api'ès avoir parlé des terrains cristallins charriés des Nappes du Song
Gam, je tiens à revenir sur ceux des massifs aulochtoncs, parce que j'ai à
indiquer des granités qui ne sont ni anciens et autochtones, ni charriés, et
qui soidèvent une question délicate de la géologie indo chinoise. Dans le
Dôme autochtone de Ngan Son, nous connaissons, avec le gi^anite du Phan
Ngame, un élément du substratum qui est écrasé, aussi bien que les gneiss
et les schistes ou les calcaires eiféliens qui raccompagnent. Tout autrement
se présente la granulite slannifère du Pia Oac; elle forme un batholite qui
entame la bordure du Dôme du Nui Tong Tinh ; elle n'est pas écrasée: elle
est entourée pi^esque partout d'une auréole de cornéennes, qui cori^espond
au métamor[)hisme, aussi bien des schistes probablement dévoniens du
substratum que des schistes charriés reposant sur les éléments autochtones
envisagés ici. La granulite du Pia Oac aurait donc fait ascension postérieu-
rement à la mise en place des nappes de la région.
GÉOLOGIE. — Sur la géologie du Tonkin occidental .
Note de M. LêonDissault, présentée par M. Pierre Termier.
J'ai consacré les premiers mois de la saison d'hiver 1920- 192 1 à revoir,
au point de vue géologique, la partie du Tonkin qui s'étend du Fleuve
Rouge à la frontière laotienne, au nord d'une ligne qui irait de Yen Bay à
Sop Gop, région où, soit comme officier topographe au Service Géogra-
phique, soit comme Commandant du Territoire militaire de Lai Chau,
j'avais eu antérieurement, depuis 1907, l'occasion de séjourner et de
parcourir de nombreux itinéraires
Géograpbi(jiiement, Faxt' de cette partie du Tonkin est occupé par une
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 409
ligne de plateaux calcaires de direction Sud-Est, comprenant les Plateaux
de Ta Phing, de Sin Tiai, de Son La, et encadrée par deux zones monta-
gneuses d'un caractère ditTérent : au Sud-Ouest, ce sont les crêtes de topo-
graphie assez molle du haut bassin du Song Ma et de la surface bordière du
haut Laos où se trouve le partage des eaux entre le Mékong et la Rivière
>soire; au Nord-Est, ce sont les massifs, pourvus d'une vigoureuse indivi-
dualité, d'entre Rivière Noire et Fleuve Rouge : Sa Phin et Nam Kim, à
l'Ouest et du côté de la Rivière Noire, Fan Si Pan et Aiguilles de Ta ^ ang
l^ing, au Nord et du côté du Fleuve Rouge. Ces traits géographiques
trouvent leur explication dans la constitution géologique.
Le haut bassin du Song Ma et la surface bordière des plateaux du haut
Laos correspondent à la prolongation vers le Nord-Ouest de la province de
Sam Neua. On y rencontre le même substratum cristallin de granité et de
gneiss, suivant certaines bandes anticlinales, sur lequel repose une épaisse
série gréso schisteuse à fossiles triasiques. «
J'y ai recueilli, d'après les déterminations de M. Mansuy, près de Sop
Cop : Monotis cmculœformis Mans., Daonella cf. indica Bittner, Halobia cf.
austriaca Mojs., Palœocardita sp.; les mêmes fossiles se retrouvent près de
Dien Bien et il s'y ajoute une Ammonite à cloisons conservées, attribuée au
genre Discotropites du Trias supérieur par M. Patte. Dans la série schisto-
gréseuse s'intercalent des rhyolites, à Sop Cop, à Dien Bien, à l'ouest de
Lai Chau, auxquelles s'adjoignent dans le haut de la série, vers le plateau
de Son La, des affleurements dispersés de porphyrites. La traînée basique
profonde de Sam Neua atteint, avec de splendides diabases. la région de
Sop Cop; mais ne la dépasse guère au Nord. Bref, avec les caractères qui
viennent d'èlre indiqués, la Zone du Nam Sam, définie dans Sam Neua. se
prolonge jusqu'à l'ouesl de Lai Chau; si l'on y joint l'extension reconnue
par ^L Jacob jusqu'à la côte du golfe du Tonkin, cette zone est maintenant
suivie sur une longueur de 45o'^™.
Au sud-ouest de Dien Bien, des calcaires reposent sur la zone du Nam
Sam el semblent se poursuivre au Laos; peut-être faut-il les considérer
comme un témoin des calcaires de Son La.
Les calcaires des plateaux reposent en effet sur la Zone du Nam Sam ; la
disposition est très nette sur la bordure; elle est confirniée par de nombreuses
fenêtres entaillées dans les plateaux, où l'on trouve la série gchisto-gréseuse,
parfois accompagnée de porphyrites, parfois avec des fossiles; je cite des
Daonelles écrasées sur le chemin de Pac Ma à Dien Bien, Myophoria inœqui-
costata Klips, au sud de Muong Bu. Or, les calcaires eux-mêmes m'ont
4lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
fourni en divers points des polypiers paléozoïques et des Fusulines, celles-ci
à l'ouest de Son La, ou bien encore au nord de Muong Tham, où elles
correspondent à Doliolina lepida Schwag, du Permien. La superposition de
calcaires ouraloperniiens à la série gré>oschir-teuse triasique prouve le char-
riage des calcaires de Son La. Ceux-ci se trouvent du reste dans le prolonge-
ment des masses calcaires supérieures, également charriées, du Mocetde la
chaîne de Thanh Hoa. telles que les a définies M. Jacob; mais dans le
Tonkin occidental elles sont paléozoïques, alors qu'au Sud-Est on n'y a
signalé jusqu'ici que des fossiles Iriasiques.
A l'est des plateaux calcaires court une bande, longue et étroite, connue,
depuis Van Sai et même plus au Sud, jusqu'au Pou Sam Cap à l'est de Lai
Chau; elle est dite du Terrain Bouge et foi-mée de schistes, de grès rouges,
de poudingues calcaires très particuliers et de calcaires; ceux-ci à Pac Ma
sur la Rivière Noire ont fourni des Térébratules, d'âge peut-être callovien,
les mêmes^que celles reirouvées à Ban O dans Sam \eua.
Nous dépassons la Rivière Noire el nous atteignons la Zone du Sa Phin.
Le Sa Phin, de même que son prolongeuien! au Nord, le Nam Kim, esl
formé de schistes triasiques, à Megaphyllites cf. Lantenoisi ^AdiW^uy , à Halo-
bies et Daonelles dans la région de Than Huyen, à Estheria minuta à l'est de
Ta Bu. Dans ces schistes se rencontrent des masses considérables de micro-
granite et de rhyolite, souvent écrasées, avec en divers poinis, notamment
vers la Rivière Noire sur le versant ouest du Sa Phin, des porphyrites. Cette
Zone du Sa Phin supporte les plateaux calcaires, sous lesc|uels elle se relie
au Nam Sam, ainsi que le prouvent les fenêtres de Son La. M. Jacob a
étudié sa naissance à l'esl de Ta Khoa, sous les porphyrites de la Rivière
Noire; il a retrouvé son prolongement au Nord sur le chemin de Cha Pa à
Binh Lu. Nous la connaissons ainsi sur une longueur de i5o'''"\
Si enfin on pousse plus à l'Est encore, pour gagner le Fleuve Rouge, on
trouve une jiouvelle bande, (jui sort sous le Sa Phin, dans la dépression de
Nghia Lo; elle est formée de granités et de gneiss qui se relient à ceux de
la rive gauche du Fleuve Rouge. Cette bande prolonge au Nord la région
primaire de la Moyenne et Basse Rivière Noire, dont je n'ai plus trouvé
qu'un témoin au sud-ouest de Yen Bay, sous la forme de schistes avec
Spirifer certains pour M. Patte, mais indéterminables spécifiquement. Au
Nord, c'est cette bande qui, en se surélevant, va donner le Fan Si Pan et
les Aiguilles de Ta Yang Ping.
En somme l'étude de la structure du Tonkin occidental révèle une
symétrie que traduisaient déjà les aspects géographiques. T3ans l'axe.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. ill
correspondant à une dépression synclinale, dirigée Sud-Est, est conservé
un vaste lambeau d'une nappe qui forme les plateaux calcaires, sous lesquels
et de chaque côté desquels se rencontre une série gréso-schisleuse triasi«]ue
avec de nombreuses infercalations éruptives; c'est, au Sud-Ouest, la zone
du Naui Sam, au Nord-Est celle du Sa Phiii; l'une et l'autre ont glissé sur
un substratum profond, cristallin, qui, au Nord-Est, se relie avec les gneiss
du Fleuve Rouge.
CHIMIE AGRICOLE. — Composition des betteraves sauvages.
Note de iM. E. Saillard, présentée par M, L. Maquenne,
Nous avons eu l'occasion d'analvser des betteraves sauvages qui ont été
i^écoltées à Primel-Trégastel (Finistère).
• Elles nous ont été adressées sur la demande de M. Schribaux.
Deux envois nous ont été faits : le premier le 26 octobre : il comprenait
46 betteraves divisées en 9 lots; le second le i4 décembre : il comprenait
4 lots; tous ont été analysés séparément. *
Voici les résultats moyens que nous avons obtenus pour les lots envoyés
le 26 octobre :
Moyenne.". Maximunj. Minimum.
Poids des racines 17 56 10,80
Matière sèche (pour 100) 82,18 35,22 29,64
Sucre i5,95 19,60 i3,8o
Cendres i,73 1,98 ^^^^
Marc insoluble " 9,12 10, 48 7,24
Cendres carbonalées dans le marc 0,46 o,d6 o,ao
Azote 0,84 0,98 o,63
Eau + sucre 83, 5o 84,38 82,88
Composition moyenne
des cendres caiboriatées
pour 100
de cendres, de betteraves.
Silice 12,45 0,22 „
Oxyde de fer et alumine (très peu) 1 ,78 o,o3
Chaux (CaO) 3, 80 0,07
Magnésie (MgO) 8,87 o,i5
Potasse (Iv'^O) 32, 00 o,55
Soude (Na^O) 8,56 o,i5
Chlore (Cl) 6,o4 0,11
Acide sulfurique (S0^«) 3,i5 o,o5
Acide pho^pllorique (P-^OV) 9>45 0,16
Acide carbonique (C0-) 12,87 0,24
4 12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
On peut comparer ces résultats à ceux que donnent les betteraves indus-
trielles (').
Les betteraves sauvages qui nous ont été envoyées du Finistère étaient
plus petites, plus ligneuses que les betteraves industrielles.
Elles contenaient pour loo^ plus de matière sèche ( 32, 1 8 pour loo contre
22 à 2^|); plus de marc insoluble (9,12 pour 100 contre 5); plus d'azote
total (0,84 pour 100 contre 0,22); plus de matières minérales (environ 2,5
fois plus); plus de chlore (0,11 contre 0,02) ; plus de soude (0,1 5 contre
ô,o4); plus de magnésie (o,i5 contre 0,06); plus d'acide phosphorique
(0,16 contre 0,08 à 0,10).
Leur richesse saccharine («4 à 20 pour 100) était aussi élevée ou plus
élevée que celle des betteraves industrielles; leurs jus étaient plus impurs
(rapport du sucre à la matière sèche dans la partie soluble 69 pour 100
contre 8G à 88); la somme sucre + eau était plus faible (83,5 pour 100
contre 92 à 93).
Quant aux échantillons de betteraves sauvages qui nous ont éié adressés
le i4 décembre, ils ont donné les résultats suivants :
%
Sucre (pour 100) i 3,oo à 15,56
Alatière sèche '<fî/|0 à 0^8,40
Cendres carbonatées 0,98 à i ,28
Azote total o , 33 à o , Zjg
Marc insoluble 9,00 à 9,90
Cendres carbonatées pour 100 de marc o,3.^l à o/io
Les betteraves des derniers lots contiennent donc un peu moins de sucre,
de matière sèche, de marc, d'azote, de matières minérales que les betteraves
des premiers lots.
, Les résultats qui précèdent montrent qu'on trouve des betteraves aussi
riches on sucre que les betteraves industrielles parmi les espèces sauvages,
c'est-à-dire parmi des betteraves qui n'ont été soumises à aucune sélection
par la main de l'homme.
Cela ne veut pas dire que les méthodes de sélection sont inutiles. Leur
rôle est toujours de rechercher des racines répondant le mieux aux besoins
industriels et pouvant transmettre leurs caractères à leurs descendants.
(') Emile Saillahd, Comptes rendus, t. 166, 1918. p. 697, et l, MO., 192'., p. 129,
SÉANCE DU 6 FÉVRIER I922. 4^3
CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Nouvelles observations sur le venin des fourmis.
Noie (M de M. ÎIobert Stumpeu, présentée par M. E.-L. Bouvier.
Comme suite à nos premières recherches sur le venin des fourmis (-),
nous avons tâché de déterminer la concentration de H.COOH dans le
venin de ces insectes. A cet effet, nous avons recueilli du venin de
Formica rufa dans du papier à filtrer dont le poids ('lait connu. Après avoir
titré l'acide formique y contenu, nous avons calculé la concentration.
Le Tableau I réunit les données expérimentales.
Tableau I. — Concentration de l'acide formique (Formica rufa).
Coiiceulration
OuanLilé
Quantité
de H.COOH
de sécrétioQ recueillie.
de H.COOH titrée.
(en grammes pour lOQs
s
0, j336
0 , 0966
pour 100
72,80
0,0955
0.0667
69,87
0, i35o
0.0980
68,43
0.2892
0. 1667
55 , 80
0.2496
. 0.090
36. 12
0,060
0.0128
21 .35
0,0102
0.00598
58.63
0 . 0 I 02
0.00576
.56,39
On voit que la concentration de H.COOH n'est nullement constante :
elle varie de 21 à -r pour- 100, cest-à-dire des liqueurs ^ k -^^
Quelle est la cause de ce phénomène? Il est fort probable que Tétat de
sécheresse et d'humidité y intervienne. D'autre part, la température joue
également un certain rôle. >ious avons pu vérifier la règle de vant Hoff
pour la formation de H.COOH et nos expériences nous ont fourni
Q,c = 2,i6. Ce qu'il y a de plus frappant dans la sécrétion si abondante
d'acide formique, c'est que les parois de la vessie et du conduit éjaculateur
résistent à l'action corrosivc d'un acide si concentré. Nous devons bi«^n
avouer que Tcxplication de ce fait nous échappe pour le moment.
Dans une troisième série d'expériences, nous' avons déterminé la teneur
(') Séance du 3o jatiAier 1922.
(-) îl. Stumper, Le venin dea fourmis^ en particulier C acide formique {^Comptes
rendus, t. \lk, 1922, p. %%),
4l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
en acide formique dans différentes fourmis. Le Tableau II résume les
résultats obtenus par titra tion d'un extrait aqueux de ces insectes.
Tableau II. ,
Ouaiililé
(ie H.COOn
(_)uaiilitr Poids contenue
de H.COOH d'une fourmi dans 100»'
Espèce. par fourmi. (moyenne). de fourmis.
I. Camponotin^ : .
1. Cainponotus ligniperda ^ 0,0017 o,o25 7
2. Formica rufa $ 0,002 0,011 18
3. » pratensis $ 0,0012 0,01 12, 5
4. » truncicola "^ 0,00042 0,011 3,8
5. » sanguiiiea ? o,ooo35 0,0095 3,6
6. )) rufibarbis $ 0,00017 0,0060 2,81
7. » fusca ^ 0,0001 4 0,0039 3,6
8. Lasius flavus $ 0,00012 0,001 54 7:8
9 . )) » Q o , ooo46 0,019 2,5
10. » fuliginosus 'i 0,0001 o.oo43 2,3
11. Cataglyphis bicolor ?^ 0,0007 0,0181 3,9
II. Myrmicin^ :
1 . Mynnica riibra '^ o o
2. Tetra mot iiini in cœspitum o o
3 . Messor barbants o o
i. Acantholepis spec.'! o o
III. DOLICHODERINiE :
1 . Tapinoma erraticum o o
L'inspection du Tableau 11 nous démontre que :
I" La présence de H.COOH est constante chez les Camponotinœ.
2° Les Myrmicinœ et les Dolichoderinœ ne sécrètent pratiquement pas de
H.COOH.
S'' Comme les Cainponotinœ présentent un organe vénénifiqne à dard
rudimentaire et à glandes bien développées, on est en droit de dire que la
sécrétion d'acide formique n'est faite que par ce type d'appareil venimeux
(glande à coussinets d'après Forel).
4° L'action toxique du venin des Camponotinœ esl due à l'acide for-
mique. On peut en distinguer deux actions nettement différentes :
a. \u' action corrosive de l'acide concentré; cet effet est produit par les
calions H-^ de H.COOH.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 4l5
b. Vaclion toxique proprement dite, liée probablomenl à l'anion HCOO"
qui exerce une inClaenee nocive sur le système nerveux.
Quant au venin des autres sous-faniilles chez lesquelles la présence
d'acide formique n'est pas constante ou fait défaut, notamment de ces espèces
tropicales piquantes, dont le venin est capable de produire des troubles très
graves chez l'homme, le chimisme nous reste inconnu. Ce sont probable-
ment des toxines analogues à celles des serpents ou scorpions. Des
recherches futures permettront seules de résoudre ce problème important.
PHYSIOLOGIE. — IncoagidabUité du sang circulant provoquée chez la gre-
nouille par les injections d'acides nucléiques. Durée de la phase. Compa-
raison avec divers anticoagulants. Note de M. Doyo:v, présentée par
M. Charles Richet.
L'injection d'une seule et faible dose d'acide nucléique provoque, chez
la grenouille, l'incoagulabilité du sang circulant pendant plusieurs jours.
L'acide nucléique n'est pas toxique ou du moins a une toxicité très faible.
Son activité sur le sang circulant de la grenouille est plus sûre et plus com-
plète que celle de Toxalate de potasse, du fluorure de sodium, du citrate^de
soude.
1. On injecte à des grenouilles i^- à 4''^ d'acide nucléique (') dans le sac
lymphatique dorsal. Le sang circulant, recueilli par section d'une cuisse,
devient incoagulable. La phase pendant laquelle le sang est incoagulable
dure 4 jours, quelle que soit la dose injectée dans les limites indiquées. Si
les grenouilles, au lieu d'être maintenues à la température du laboratoire,
en hiver, sont placées à l'étuve à -H 3o°-38o, [^ pj^^se pendant laquelle le
sang circulant est incoagulable ne dépasse pas i[\ heures. Dans tous les cas
les grenouilles survivent et restent vivaces.
2. J'ai injecté, à titre comparatif, dans les mêmes conditions et aux
mêmes doses, des solutions d'oxalate de potasse, de fluorure de sodium, de
citrate de soude, dont les propriétés anticoagulantes sur le sang, in vitro,
sont bien connues.
Avec l'oxalate de potasse il est impossible de constater Tincoagulabilité
(') J'emploie, le plus souvent, des solutions contenant 5o'S ou is d'acide nucléique
provenant des ganglions mé.■^entériques dans 25*"»^ d'une solulion alcaline faible (eau
distillée, loooi carbonate de soude, 5; clilorure de sodium. 4'l. Les solutions injec-
tées sont faiblement, mais nettement acides au tournesol.
4l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
du sang-, si même elle se produit. En moins d'une demi-heure les gre-
nouilles deviennent inertes; après quelques heures le cœur ne bat plus. Je
n'ai jamais pu obtenir de sang par section d'une cuisse, à aucun moment.
L'injection de fluorure est moins nocive. Les grenouilles résistent à la
température ordinaire à 2^^^^', mais le sang reste coagulable. Les grenouilles
placées à Tétuve meurent en moins d'une demi-heure.
Le citrate de soude est très peu toxique, mais il est très sensiblement
moins actif sur le sang circulant que l'acide nucléique. Les grenouilles
résistent même aux plus fortes doses indiquées. Passagèrement elles peuvent
devenir inertes, mais, après quelques heures, elles reprennent leur vivacité,
même à l'étuve. On observe des trémulations tîbrillaires, et des contractures,
principalement lorsqu'on maintient les grenouilles injectées dans la main
serrée. Dans les premières heures qui suivent l'injection, le sang, obtenu
par section d'une cuisse, coagule généralement en masse; le sang recueilli
le lendemain peut ne pas se prendre en masse, mais on constate toujours la
présence de nombreux petits flocons de fibrine.
Au total, seules les injections d'acides nucléiques sont réellement effi-
caces.
AiXATOMIE. — De V asymétrie du squelette des membres supérieurs.
Note de M. A. -A. Mejjdes-Corrêa.
Comme suite à une Note précédente sur quelques diff"érences sexuelles
dans le squelette des membres supérieurs ('), voici les résultats de quel-
ques-unes de mes observations sur les différ'ences entre les os des membres
thoraci(|ues des deux côtés du corps C-^). Ces résultats s'appuient sur le
matériel déjà utilisé dans l'étude antérieure (92 clavicules, 70 omoplates,
1 13 humérus, 100 radius et 88 cubitus).
J'ai distingué les moyennes déterminées sur les os identifiés (en ce cas,
aussi sur les os couplés) de celles déterminées sur la totalité des séries. Je
ne considère les différences obtenues dans celle-ci comme établies que lors-
qu'elles sont d'accord avec celles obtenues en excluant les os dont le
diagnostic du sexe a été fait par comparaison avec les os identifiés. Je ne
considère pas non plus comme établies les différences qui ne sont pas assez
grandes par rapport aux écarts-t3^pes {standard déviations).
(') Comptes rendus, t. 172, 192 i, p. 817.
("-) Les chidres, trop nombreux, seront publiés dans un autre Uecueil.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 4l^
D'accord avec les constatations de Parsons sur les clavicules des Anglais modernes,
j'ai trouvé dans la série portugaise que la clavicule gauche est, en moyenne, un peu
plus longue que la droite. Mais ces différences n'ont pas une valeur suffisante
( cf liA = a""», i8; ;7 = o.85. 9 : A := — o°"",88 ; arr o,85) ('). Les différences des
autres mesures linéaires et celles de l'indice total de l'os sont dans le même sens, mais
elles n'ont pas non plus de valeur statistique parce qu'elles sont très petites par rap-
port aux. écarts respectifs. L'indice de la diaphyse ne présente pas de différences
concordantes et significatives entre les deux côtés dans les deux sexes. L'indice de
la courbure ne donne pas non plus de différences importantes. Par contre, la supério-
rité du côté gauche est sensible dans l'indice clavio-numéral, mais elle n'y est pas
non plus d'une valeur suffisante :
( cf : A =: — 0,90 ; a = 0,63 . 9 : 3= — 1,77; o" = o,63 ).
Dans les mesures linéaires de l'omoplate j'ai trouvé aussi quelques différences en
faveur du côté gauche.
L'humérus droit est, en moyenne, plus long que le gauche, mais la différence est à
peine sensible, surtout chez l'homme ( cf : A = i"™,5o; 0-^0,99. 9 : A = 2™°*, 99;
(7::= 1,2.5). Les différences ne sont pas toujours dans le même sens et pourvues de
signification statistique pour les autres mesures linéaires de l'humérus. J'ai trouvé une
proportion des cas de gauchisme numéral plus grande que celle enregistrée par
E. Roliet dans une Note à l'Académie des Sciences (^). L'indice de robustesse, un peu
plus grand à gauche chez l'homme, n'offre pas cependant de différences significatives
des moyennes entre les deux côtés ( cf : A = — 0,19; (t:=o,32. 9 : A=:o,88;
(7r=o,4i)' ^^ même l'indice huméro-fémural et celui de la section de la tête. Les
indices moyens diaphysaire et épicondylo-trochléaire sont.un peu plus grands à gauche,
mais ce résultat n'a pas de valeur statistique.
Pour le radius et le cubitus, la proportion de gauchers s'accroît encore dans ma
série pour les deux sexes, et je ne trouve pas invariablement des moyennes supé-
rieures du côté droit. La plupart des différences trouvées dans les mesures linéaires
n'ont pas de signification statistique, et il n'y a pas souvent de la conformité entre les
différences des moyennes fondées sur les os couplés et celles fondées sur la totalité de
la série. C'est le cas, par exemple, de la longueur du cubitus :
cf — Différence entre la gauche et la droite dans les os couplés — ©"""".ôi
cf — Différence entre la gauche et la droite dans tous les exemplaires .... 5"", 4 1
La longueur moyenne du radius est plus grande à droite pour le sexe masculin et
c'est le contraire chez la femme, mais la différence chez l'homme est très faible
(o™"',32 pour la totalité des exemplaires). Les différences dans les indices de robus-
(') A. différence entre la moyenne gauche et la droite; ff, écart de la différence
{standard déviation).
(*) Comptes renduSy t. 107, 1888, p. 207.
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N* 6.) 3l
4i8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tesse du radius et du cubitus, favorables à la droite (sauf chez l'homme pour le
radius), n'ont pas de valeur, ainsi que les différences, en des sens discordants, des
indices de l'oleciane et de la diaphyse cubitale, et peut-être aussi de l'indice de la
courbure radiale. Il faut cependant remarquer une supériorité légère de la moyenne
droite de l'indice de la diaphyse cubitale, bien qu'elle soit dépourvue de signification
nette. Plus nette est, chez la femme, la supériorité de l'indice ante-brachial gauche
( cf ! A =r — o,4i ; 0" == o,58. Q : A =: — 1)99*, (7= 0,63). J'ai remarqué des différences
importantes dans l'indice delà diaphyse radiale : elle est, en moyenne, plus épaisse et
plus étroite à droite qu'à gauche ( cf : A:=: 2,23; !7 = o,6i. Q : A = 2,39; (7=10,79).
Dans la présente Note, je résume seulement quelques résultats de mes
observations. Ils suffisent cependant à démontrer que le problème du dex-
trisme ou du sénestrisme morphologique dans le squelette des membres
supérieurs n'aboutit pas à des conclusions aussi simples et aussi générales
qu'on l'e supposait. Sauf dans quelques rares éléments métriques, tels que
Tindice de la diaphyse radiale, je n'ai pas trouvé de différences concluantes
entre les deux côtés : en contrôlant la plupart des différences des moyennes
par l'application des méthodes statistiques, on conclut qu'elles n'ont pas de
signification appréciable. Certes, en soumettant les résultats d'autres
auteurs à une analyse critique semblable, on pourra conclure de même pour
beaucoup de ces résultats.
Mes séries me permettront peut-être de remarquer une supériorité sen-
sible de la clavicule et de la largeur scapulaire à gauche, et, tout en accor-
dant, pour la plupart des mesures et des indices, une supériorité plus
fréquente du côté droit sur le gauche, elles me permettent aussi de ne pas
me conformer aux conclusions si catégoriques de Rollet et d'autres auteurs.
La proportion de gauchers morphologiques du squelette du bras et de
l'avant-bras (de celui-ci surtout) est bien plus forte dans la série portugaise
que dans celle de l'auteur français. Doit-on conclure que la proportion des
gauchers fonctionnels y est aussi plus forte? Je n'ose pas le supposer. Il
faudrait établir d'avance une corrélation étroite et constante entre le déve-
loppement morphologique de chacun des membres supérieurs et leur
activité correspondante.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 4l9
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Sur V histogenèse et l'origine des chordomes.
Note de MxVI. Ale/.ais et Peyron, présentée par M. Quénu.
Les néoplasmes dérivés de la notochorde (dont Ribbert a apporté, en
189 'i, la première étude) siègent tantôt à l'occiput où ils sont ordinaire-
ment bénins, tantôt au coccyx où ils sont d'une malignité incontestable.
Sur le nombre total (28) des cas de cbordomes observés jusqu'ici, nous
avons pu en reconnaître personnellement quatre(') [dont un en collaboration
avec MM. Bérard et Dunet (-)], ce qui établit que le type néoplasique est très
souvent méconnu. Nous avons pu, d'autre part, étudier cinq cas anciens
dont les préparations nous ont été communiquées.
1° La disposition histologique fondamentale, retrouvée en particulier à l'examen
des neuf tumeurs, est la vaeuolisation spéciale des éléments cellulaires, se traduisant
parfois par l'aspect typique du physaliphore et affectant à la fois le cytoplasme et les
espaces intercellulaires dérivés de Texoplasme. Elle constitue un caractère spécifique
du tissu chordal, et l'on doit tenir pour douteux, tout cas dans lequel elle ferait com-
plètement défaut.
La substance amorphe ou granuleuse contenue dans les vacuoles et qui constitue
secondairement des plages ou des travées plus ou moins épaisses, présente un ensemble
de réactions qui lui assigne une place intermédiaire entre le mucus et les substances
fondamentales conjonctives. Du reste, certains aspects hislologiques sont favorables à
l'hypothèse de sa transformation directe en fibrilles de nature collagène, suivant un
processus voisin de ceux décrits par Baitsell et Nageotte à propos des exsudats de
fibrine.
A coté de ce type vacuolaire, il existe d'autres dispositions sans doute rares mais
présentant un intérêt particulier pour la biologie générale du tissu chordal. Les unes
expriment l'état de dédifférenciation de ce dernier, les autres une évolution cellulaire
spéciale ou d'apparence anormale, mais qui s'explique par l'embryologie : ce sont les
suivantes :
2° Cavités régulières bordées d'un épithélium prismatique ou cubique et, suscep-
tibles d'être homologuées au canal chordal primitif de l'embryon, mais qui n'ont été
observées jusqu'ici que dans notre cas de chordome occipital. De nonvelles observa-
tions sont donc nécessaires pour confirmer cette dérivation.
(') Alezais et Peyron, Chordome occipital {Bull, de l'Ass, franc, pour l'étude du
cancer., 191 3).
(^) Bérard, Dunet, Peyron, Les chordomes du coccyx {Ibid., décembre 1921. avec
bibliographie).
420 ACADÉMIE DES SCIENCES.
3° Cordons cellulaires pleins de type épithélial, à cytoplasme dense, tantôt vacuo-
laire, tantôt entre lesquels s'interposent parfois régulièrement des endothéliums vascu-
laires ; ce dernier caractère anormal dans le tissu chordal étant très important ici pour
expliquer la prolifération. Cette variété assez rare du type néoplasique a été nette-
ment reconnue par Argaud.
4° Présence d'éléments cellulaires de type fusiforme ou polymorphe analogues à
ceux des sarcomes et en rapport génétique avec une substance fondamentale conjonc-
tive vraie. Cette disposition, jusqu'ici très rare (deux cas) et que nous avons mise en
évidence, a un intérêt particulier parce qu'elle nous paraît réaliser le passage du type
chordal des chordomes à un type sarcomateux franc d'une malignité plus grande : elle
devra être recherchée avec soin dans les observations à venir.
5° Développement d'un réseau de fibrilles d'une finesse remarquable rappelant
l'histogenèse de la névroglie embryonnaire et du gliome. Sous son aspect typique il
est d'observation rare (un cas). Il apparaît au niveau des zones vacuolisées et coïncide
avec une évolution syncytiale qui fait disparaître presque complètement les limites
cellulaires. Ces fibrilles qui n'avaient [)as été signalées jusqu'ici dans les tumeurs (')
représentent un dispositif de soutien : elles ne doivent pas être confondues avec les
fibrilles de nature collagène qui s'individualisent parfois à leur voisinage ou à leur
contact et qui correspondent à une phase plus avancée du syncylium chordal.
En résumé, nos observations sur les chordomes ont permis de retrouver
dans les tumeurs les stades classiques de l'évolution de l'ébauche chordale,
d'abord creuse (canal chordal), ensuite pleine, mais encore indifférenciée,
et enfin adaptée à un rôle de soutien (apparition des vacuoles et des fibrilles).
La genèse d'éléments cartilagineux qui s'observe dans lachorde des Amphi-
biens et probablement aussi chez les Mammifères, ne se retrouve pas ici;
elle correspond du reste à des nécessités fonctionnelles bien déterminées,
qui font évidemment défaut dans les tumeurs, mais le développement d'élé-
ments cellulaires identiques à ceux du sarcome et d'une substance fonda-
mentale conjonctive, exprime un fait de même ordre.
Le mécanisme du développement du chordome et, en particulier, le rôle
du traumatisme, appellent encore de nouvelles recherches. Le tissu noto-
chordal ne paraît guère réagir aux états inflammatoires ou infectieux ; par
contre, il se différencie rapidement à la suite des décompressions ou her-
nies traumatiques et peut présenter alors des néoformations étendues et
prolongées. Il semble acquis, en particulier par l'absence des chordomes
sur le trajet dorso-lombaire de la colonne vertébrale,' que les tumeurs pro-
viennent beaucoup moins des disques que des vestiges chordaux spéciaux
(') Ai.EZAis ET Pevron, C. R. Soc. de Biol.^ 20 mars 1920.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 4^1
persistant au niveau des segments occipital et coccygien. Pour le premier,
la topographie des vestiges, déjà étudiée dans les travaux de Williams et
de Tourneux, se superpose précisément à celles des tumeurs correspon-
dantes ; pour le second, nos propres recherches (faites sur une cinquantaine
d'embryons et de fœtus humains et destinées à être exposées prochaine-
ment) montrent la fréquence, au niveau de la dernière vertèbre coccygienne,
de vestiges chordaux multiples correspondant sans doute au segment ter-
minal de la chorde primitivement contenu dans l'appendice caudal de
l'embryon ; mais nous n'avons pu établir encore avec certitude ni leur per-
sistance chez l'adulte, ni le point de départ des tumeurs à leur niveau.
MÉDECINE. — Sur un nouveau procédé de diagnostic de la fièvre
méditerranéenne. Note de M. E. Burnet, présentée par M. Roux.
On emploie actuellement dans les laboratoires deux procédés de dia-
gnostic de la fièvre méditerranéenne : l'hémoculture et la séro-réaclion. Ils
ne sont applicables que si l'on dispose d'une installation convenable. Or
dans beaucoup de pays à fièvre méditerranéenne les laboratoires font
défaut, ou sont trop éloignés des malades.
Nous proposons un procédé qui peut être utilisé par tout médecin dans sa
clientèle : l'intradermo-réaction faite avec une goutte de filtrat d'une culture
en bouillon de Micrococcus melitensis.
A la suite de cette inoculation, on voit se produire dès la sixième heure
une réaction locale caractérisée par de l'œdème et de la rougeur. L'œdème
est le phénomène essentiel. La rougeur peut manquer.
Chez le cobaye, l'inoculation peut se. faire dans la peau épilée de la patte
ou du flanc, ou dans la peau de l'oreille. Une fois la réaction apparue, on
sent facilement entre le pouce et l'index l'épaississement considérable du
pli de la peau. Si l'inoculation a été faite à l'oreille, l'oreille qui a réagi est
épaissie et chaude; l'oreille non inoculée, qui est restée mince et souple
comme une feuille, fournit le meilleur témoin.
Le cobaye infecté réagit au filtrat dès le huitième jour après l'inoculation
sous-cutanée de o"°'',5 d'une suspension louche de Micrococcus melitensis . Sa
sensibilité va ensuite en augmentant. On obtient de fortes réactions à partir
du vingtième jour.
Nous avons cïierché s'il se produisait chez le cobaye infecté une accou-
42 2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tumance à la réaction locale : il ne s en produit pas. Nous avons pratiqué
chez le même cobaye, en huit jours, six inoculations successives en divers
points du corps : la sixième réaction valait la première. On peut même
répéter avec succès l'inoculation dans un tissu qui a réagi une huitaine de
jours auparavant, et il semble que le tissu soit devenu plus sensible.
D'autre part, nous avons constaté que l'inoculation intracardiaque ou
intrapéritonéale d'une notable quantité de filtrat (4'^'°')? lorsqu'elle ne tue
pas l'animal (car elle est toxique pour les cobayes infectés de melitensis),
supprime ou atténue beaucoup l'intradermo-réaclion faite le lendemain.
L'inoculation sous-cutanée cause un œdème local, avec rougeur au point
d'inoculation : réaction tout à fait comparable à celle qui suit une inocula-
tion sous-cutanée de tuberculine chez l'homme tuberculeux.
Chez l'homme atteint de fièvre méditerranéenne, la réaction positive
apparaît, dès la septième heure après l'inoculation du filtrat, sous l'aspect
d'un redème local, accompagné de rougeur, et même d'une légère douleur.
La zone de réaction, de 4*^™ à 6*^'^ de diamètre environ, est à contour régu-
lier et bien délimitée. Le médecin la trouvera très nette le lendemain de
l'inoculation. Elle persiste plusieurs jours.
Nous l'avons observée chez tous les sujets (huit) chez lesquels la fièvre
méditerranéenne était diagnostiquée par l'ensemble des symptômes
cliniques, par la séro-réaction ou l'hémoculture, ou par ces deux réactions à
la fois.
Ces réactions positives ont été obtenues du douzième au trente-cinquième
jour de la maladie (autant qu'on pouvait en fixer le début) et, chez deux
sujets guéris, trois et cinq mois après la fin de la fièvre. Chez un sujet guéri
depuis dix-huit mois la réaction a été négative. Chez deux autres malades
suspects de fièvre méditerranéenne et qui n'ont pas réagi, l'hémoculture,
la séro-réaction et l'évolution clinique ont prouvé qu'il ne s'agissait pas de
fièvre méditerranéenne.
Quarante-quatre sujets normaux, huit tuberculeux, deuxtyphoïdiques au
troisième septénaire, sept paludéens n'ont pas réagi.
Le dépôt d'une goutte du même filtrat sur la peau légèrement scarifiée ne
nous a pas donné de réaction.
L'inoculation sous-cutanée cause un œdème un peu douloureux.
Nous avons constaté que le bouillon filtré sur bougie Chamberland L est
actif dès le huitième jour de la culture. Nous conseillons d'employer dans
la pratique le filtrat de cultures d'un mois.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. 4^3
L'activité du filtrat résiste à l'ébullition (une minute) qui l'atténue seule-
ment un peu. Le filtrat phéniqué à o,5 pour 100 est actif comme le filtrat
non phéniqué.
Nous continuons l'étude de cette réaction, en l'étendant à la chèvre, pro-
fitant des nombreux troupeaux de chèvres laitières que nous avons à notre
disposition.
Il nous reste à fixer la durée de l'activité des cultures; la durée de la sen-
sibilité des sujets infectés; les conditions de conservation du filtrat actif;
les caractères anatomiques et physiologiques de la réaction; ses rapports
avec la réaction tuberculinique.
Nous croyons dès maintenant que cette intradermo-réaction, sûre, simple
et partout applicable, doit rendre service dans les pavs où la fièvre méditer-
ranéenne sévit et où, faute de laboratoire, elle risque d'être méconnue.
ÉPIDÉMIOLOGIE. — La Musaraigne, Crocidura Stampflii ei lapeste au
Sénégal. Note de MM. Marcel Léger et A. Baury, présentée
par M. F. Mesnil.
Il est établi de façon indiscutable, depuis les importantes constatations
de Yersin à Hong-Kong (189/4) et de Simond aux Indes (1897), que les
Muridés, et en particulier Mus decumanus^ Mus l'attus et Mus muscuUis, sonl
des propagateurs attitrés [Simond (*)] de la peste bubonique.
Les faits observés au cours de Tenzootie actuelle de Dakar nous ont
convaincu qu'un Insectivore, le Crocidura Stampjîii Jentink, joue, au
Sénégal, un rôle différent de celui des Rongeurs, mais non sans impor-
tance. Cette musaraigne africaine ue propage pas à distance la maladie
animale, et transmet sans doute moins facilement la peste à l'homme;
mais elle constitue un réservoir local de virus, capable de créer de petites
épidémies de cases.
La Crocidure est un hôte familier des habitations indigènes, géné-
ralement mal construites et mal entretenues. Elle y abonde, partageant
avec les souris les recoins obscurs et sales, élevant des portées, tri ou
quadriannuelles, de 5 à 10 petits. Quoique insectivore, elle s'accommode de
(*) Simond, La Peste in Grall et Glarac^ Traité Pathologie exotique, t. 6,
p. 453-648. Baillière igiS.
424 ACADÉMIE DES SCIENCES.
débris alimentaires, et fouille volontiers dans les détritus divers, provenant
d'agglomérations peu soucieuses de l'hygiène. L'animal n'est pas migrateur
comme les Rats et, en particulier, Mus decumanus ; il s'éloigne fort peu de
l'endroit où il a élu domicile.
De fin septembre à fin décembre 1921, nous avons examiné 861 rats et
267 musaraignes, capturés dans la ville de Dakar par les soins du Service
de Dératisation dirigé par notre ami, le D'' Javelly.
Le bacille pesteux a été décelé chez les Muridés 98 fois, soit un pour-
centage de 10,8. La proportion de Crocidiu'a StampJIii inîeclés est de 9,87
pour 100.
Les Musaraignes ont été trouvées pesteuses presque uniquement dans les
maisons où il y avait eu récemment des cas humains de la maladie. Elles
traînent une infection chronique, avec très peu de germes dans le sang
circulant ; à l'autopsie, sur frottis d'organes, les bacilles sont toujours rares
ou très rares. A quantité égale d'animaux, la transmission de la Peste de
Crocidure à Homme doit donc être moins commune que celle de Rat à
Homme.
Crocidura Stampfîii héberge, dans son pelage, des puces en nombre aussi
élevé (4 à 5 par animal, en cette saison) que les rats, et beaucoup plus
élevé que les souris. Nous n'y avons jamais rencentré que XenopsyUa
(Pulex) cheopis, qui est la puce la plus communément observée au Sénégal
(André Léger, 92 pour 100 ; F. Noc, «pour la plupart»).
Signalons enfin que des souris ayant été placées à côté d'une Musaraigne,
dans une même cage, séparées seulement par un treillis métallique, les
puces ont quitté les premières pour se réfugier toutes sur la seconde,
attirées sans doute par un pelage plus hospitalier ou par l'odeur fortement
musquée exhalée.
Nos constatations ne cadrent pas avec la plupart de celles faites jusqu'ici.
Aux Indes par exemple, les savants anglais (' ) qui se sont voués depuis
i5 ans, sur l'initiative du Lister Instilute,kV étude delà peste, ont été frappés
du nombre relativement élevé de Musaraignes, Crocidura cœrulea ^ « Musk
Rat», capturés par les différents procédés mis en œuvre contre les rats.
Leur présence est signalée partout, aussi bien sur la Côte occidentale
(') Reports on PLague Investigations in India {Jl of Hygiène, vol. 7, n" 6,
décembre 1907, p. 72^ ; vol. 10, novembre 1910, p. 456 et Sai ; vol. 11, décembre
191 1, ^.j']o et 207).
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. !\1^>
('Bombay: •29'i musaraignes sur i3 369 animaux examinés ; environs de
f^ombay : io43 sur ')6îî6 ; Poona, Belgaum), que sur la Côte orientale
(Madras : i253 « Musk Rats » sur 35744 ; Dacca : 2337 sur 9418). Le
nombre de Crocidura cœrulea examinés aurait dû être plus élevé, car les
Hindous tiennent ces animaux en haute estime (in high esteem), et les
relâchent généralement sans les porter au laboratoire.
Mais les divers Missionnaires qui se sont succédé aux Indes anglaises,
affirment tous que la Crocidure n'a aucun rôle dans l'épidémie ou l'épizootie
pesteuses. Quoique, remarquent-ils, cet Insectivore soit, par ses habitudes
de vie, très exposé à l'infecUon, ils n'en ont jamais trouvé un parasité.
Crocidura cœrulea serait réfractaire, ou tout au moins très résistant à l'infec-
tion (highiy résistant to Plague); l'inoculation sous-cutanée « de 3^ de
tube de culture sur gélose » d'une race pesteuse virulente serait même
restée sans effet.
Lamb et ses collaborateurs écrivent, en outre, n'avoir trouvé à Belgaum
de Pulex cheopis que sur les rats, à Texclusiop des autres animaux. A
Dacca, les musaraignes hébergeaient des Pidex cheopis^ mais en très petit
nombre (0,7 par animal), tandis que sur les rats ces puces étaient abon-
dantes (4, 2 par tête).
Les faits que nous apportons ne concordent pas non plus avec les obser-
vations relevées jusqu'ici au Sénégal par le prédécesseur immédiat de l'un
de nous à la Direction de l'Institut de Biologie, F. Noc, ainsi que pai^
Laveau ('); mais leur examen avait porté sur un très petit nombre de
Musaraignes (-).
Par contre, nous nous trouvons d'accord avec Keiandel (^). Bien que
n'ayant décelé le bacille pesteux que chez une seule Musaraigne du Cam-
bodge (il ne dit pas le nouibre de ces Insectivores examinés), notre distin-
gué Camarade n'a pas hésité à conclure que Crocidura marina constitue « un
réservoir de virus de la Peste ». Sa Musaraigne hébergeait des Xenopsylla
cheopis.
De même Cadet (^), dans son élude de la Peste au Sud Annam,
(') Laveau, Bull. Soc. Patli. exotique., 1919, p. 291.
(-) Rappelons que A. t.eger a découvert, chez la même musaraigne, un spirochète
sangiiicole; A. Léger et Le Gallen ont montré qu'il a les caractères des spirochètes
des fièvres récurrentes humaines {Soc. Path. exot., 1917 et 1918).
(^) Kbrandel, Bull. Soc. Path. exotique, 1915, p. 5^.
(*) Cadet, Bull. Soc. Path. exotique, 1917, p- 4i-
C. R., fgaa, i" Semestre. (T. 174, N" 6.) '^^
l^1'n ACADÉMIE DES SCIENCES.
remarque que Crocidura murina donne asile à de nombreux X. cheopis^ et,
par conséquent, doit être tenu pour dangereux.
En conclusion, la formule, que Simond a rendue classique : « Les
Muridés et les Tarbaganes seuls paraissent jouer un rôle important dans
la transmission et la conservation de la Peste », mérite d'être élargie. Les
Musaraignes, Crocidura murina pour l'Indo-Chine, Crocidura Stampjlii ^ouv
le Sénégal, deviennent facilement des porteurs chroniques de virus, et, par
leurs puces {Xenopsylla cheopis) nombreuses, contaminent, sans conteste,
d'une part l'Homme, créant dans certains cas de petites épidémies de cases,
d'autre part les Muridés, qui disséminent la maladie. Leur destruction doit
donc être poursuivie systématiquement, avec la même vigueur que celle
des Rats.
A i6 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures.
É. P.
ERRATA
(Séance du 3o janvier 1922,)
Note de M. H. Chaumal, Sur la mesure des isolements par la méthode
dite d'accumulation :
lire
Page 286, formule (3), au lieu.de
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1922. ^1']
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
OUVRAGRS REÇUS DANS LES SÉANCES DE JANVIER 1922.
Études sur l'organisation et le développement des Lombriciens limicoles thalas-
sophiles^ par Jean Delphy. Paris, G. Doin, 1921; i vol. 25*=™. (Présenté par M. F.
Me?nil.)
Cirripeden-Studien zur kenntnis der Biologie, Ânatoniie und Systeniatik dieser
Grappe, par Garl-.\lg. Nilsson-Cantkll. Uppsala, Almquist et Wiksells, 1921;
I vol. 25*=™.
Triassic fishes front spitzbergen^ par Erik A : Son Stehsiô- Vienne, Adolf
Holzhausen, 192 1; 1 vol. 28^'".
Comptes rendus des séances de la sixième Conférence générale des Poids et
Mesures, réunie à Paris en 1921 sous la présidence de M. Emile Picard. Paris,
Gauthier- Villars. 1921; i fasc. 32*=™.
La théorie de la relativité et ses applications à l' Astronomie^ par Emile Picard.
Paris, Gauthier-Villars, 1922; i fa^c. 18"^™.
Comité international des Poids et Mesures. Procès-verbaux des séances. Deuxième
série. Tome IX. Session de 1921. Paris, Gauthier-Villars, 1921; 1 vol. 23'='°. (Présenté
par M. P. Appell.)
Les récents progrès du Système métrique. Rapport présenté à la sixième Confé-
rence générale des Poids et Mesures, par Ch.-Ed. Guillaume. Paris, Gauthier-Villars,
192 1; I fasc. 33'='".
Détermination de l'équation séculaire de la Terre dans la théorie d'Arrhenius,
par |Emile Scbwoerer. Extrait des Comptes rendus du Congrès international des
mathématiciens. Strasbourg, 23-3o septembre 1920.
Physique élémentaire et théories modernes, par J. Villey. Première Partie :
Molécules et atomes. Paris, Gauthier-Villars, 1921; i vol. 25'='".
Notice sur la vie et les travaux d'Emile Bourquelot, par J. Bougault et H, Hérissey,
Paris, Société générale d'imprimerie et d'édition, 192 i; 1 vol. 21'='".
Précis d'arithmétique, par J. Poirée. Paris, Gauthier-Villars, 1921; 1 vol. 25'='".
Animaux venimeux et venins, par M""* Phisalix. Totnes 1 et II. Paris, Maison
et C'", 1922: 2 vol. 25'="°. (Présenté par M. L. Bouvier.)
Turbines à vapeur, par M. Poincet. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1922; 1 vol. 23«'".
(Présenté par M. L. Lecornu.)
Histoire naturelle. Les plantes, par J. Costantin et F. Faideau. Fa«c 7, Paris,
Larousse, s. d.; i fasc. SS*^™.
Le lait. Revue générale des questions laitières.^ pubHée par L. Lindet, M. Beau
428 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et Ch. Porcher. Première année, 1921. Lons-leSaunier, Lucien Declume, 1921;
I vol. 23'""'.
Guide pratique d'agriculture tropicale. Tome II : Les grandes cultures. U Ara-
chide, le Cacaoyer, le Caféier, la Canne à sucre, par A. Fauchère. Paris, Augustin
Challamel, 1922; i vol. aS"^".
homographie ou Traité des Abaques. Tome I : Technique des Abaques. Tome II :
Théories générales, par R. Sokeau. Paris, Etienne Chiron, 1921; i \ol. 27="". (Pré-
senté par M. Ch. Lallemand.)
Carte géologique provisoire du Maroc, par Louis Gentil. Paris, Emile Larose, 1920;
I feuille 58'''"-75"='". (Présenté par M. Termier.)
Études de Lépidoptérologie comparée, par Charles Oberthur. Fasc. XIX, r^ Par-
tie. Rennes, Oberthur, 1922; i vol. 25'='". (Présenté par M. E.-L. Bouvier.)
Sur les polynômes de Laguerre, par Félix Vaney. Lausanne, imprimerie La
Concorde, 1921; i vol. 23'''".
Alsnô Hus, par Bkngt Thordeman. Stockholm, Norstedt, 1920; i vol. 25"=™.
Die chinesischen Handschriflen-und sonsiigen Kleinfunde Sven Hedins in Lou-
Lan, par August Conradv. Stockholm, Generalstabens litografiska Anstalt, 1920;
I vol. 32'^"'.
Leçons d' Électrotechnique générale, par Paul Janet. Tome II : Courants alter-
natifs sinusoïdaux et non sinusoïdaux alternateurs. Transformateurs. Paris,
Gauthier-Villars, 1922; i vol. 25=".
La mécanique du cerveau et la fonction des lobes frontaux, par L. Bianchi.
Paris, Louis Arnetle^ 1921; i vol. 25'='". (Présenté par M. Charles Richet.)
Travaux du Laboratoire de Géologie de la Faculté des Sciences de Lyon, publiés
sous la direction de F, Roman. Fasc. 1 : La montagne de Crussol, étude stratigra-
phique et paléonlologique, par Attale Riche et Frédéric Roman. Lyon, Faculté des
Sciences, 1921; \ vol. 25'='". (Présenté par M. Cb. Depéret.)
Ophidia taprobanica or the snakes of Ceylon, par Frank Wall. Colombo, Cottle,
1921 ; I vol. 22'='".
Précis de Muséologie pratique, par A. Loir et H. Legangneux. Le Havie, Mnsénni
d'Histoire naturelle, s. d.; i vol. 19*='".
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 15 FÉVRIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
ME3I0IRES ET COMMUNICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
Le Ministre de l'Instruction publique et des ï5eaux-Arts adresse
ampliation du Décret, en date du 9 février 1922, qui porte approbation de
l'élection que l'Académie a faite de M. Gustave Ferrie pour occuper, dans
la Section de Géographie et Navigation, la place vacante par le décès de
M. Alfred Grandidicr .
Il est donné lecture de ce Décret.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Gustave Ferrie prend place
parmi ses Confrères.
M. Charles Richet présente son livre : Traité de Métansychique (Paris,
Alcan, 1922; in-S", 8i4 pages).
« Cet Ouvrage est un exposé d'expériences et d'observations que j'ai
essayé d'indiquer méthodiquement. Il m'a paru que les faits irréguliers et
singuliers, constatés par beaucoup d'expérimentateurs probes et attentifs,
— parfois illustres, comme sir ^\ illiam Crookes, sir Oliver Lodge, Zôllner,
William James, — devaient être soumis à une étude approfondie, et non
traités par les sarcasmes ou les dédaigneux silences.
1) Le mot àcmélapsychique{^)q[xeyA\ Cl èè pour désigner cette science des
choses occultes, mot qui semble aujourd'hui partout adopté, indique que
les phénomènes sont d'ordre psychologique, mais qu'ils dépassent la psycho-
(*) Aristole avait appelé métaphysique la science des choses qui dépassent la
physique, succédant à la science des choses physiques décrites dans le précédent
Chapitre.
C. R., 1922, i»* Semestre. (T. 174, N» 7.) 33
43o ACADÉMIE DES SCIENCES.
logie commune classique, en agrandissant énormémenl le champ derinlelli-
geiice humaine.
» J'aurais pu me laisser entraîner à des théories aventureuses, à des hypo-
thèses prématurées. Je m'en suis abstenu. J'ai cherché à rapporter scrupu-
leusement, presque servilement, avec commentaires très brefs, les faits
dont j'ai été témoin, les expériences que j'ai inslituées, en même temps
que je donnais connaissance de la bibliographie, déjà très vaste, qui existe
sur ces problèmes de métapsychique.
» Si étranges que paraissent les faits que je relate (cryptesthésies et
ectoplasmies), ils ne sont en contradiction avec aucune des vérités scienti-
fiques actuelles. Ils sont nouveaux; ils sont inhabituels; ils sont difficiles à
classer; mais ils ne renversent rien de notre édifice classique si laborieu-
sement construit. Si on les conteste a priori^ c'est parce qu'on n'a pas suffi-
samment réfléchi à la différence profonde qui sépare Vinhahituel et le
contradictoire.
» J'ai donc le droit de demander à n^ètre jugé qu'après qu'on m'aura lu.
» Il n'est pas douteux que mes conclusions seront vivement attaquées.
C'est un destin commun aux tentatives nouvelles, comme le prouve sura-
bondamment l'histoire de toutes les sciences. Mais il m'a semblé que le
courage du savant n'est pas tant de s'exposer aux virus et aux explosifs que de
dire tout haut, après une prolongée et vigilante étude, ce qu'il croit être la
vérité. »
M. Laverax, par l'organe de M. Mesnil, fait hommage du Tome 14,
n)2i , du Bulletin de la Société de Pathologie exotique.
Le Prince Bonaparte fait hommage à l'Académie du fascicule 10 de ses
Notes ptéridologiques qu'il vient de publier. Dans ce travail il donne les
déterminations faites par lui d'environ 2000 spécimens de fougères prove-
nant de TyVfrique occidentale française, du Cameroun, de l'Afrique équato-
riale française, du Transvaal, du Cap, de Madagascar, de Sumatra et d'Aus-
tralie. La collection la plus importante est celle d'Australie, io3o spécimens,
qui a été communiquée par la Direction de THerbier National de Victoria.
Les espèces et variétés nouvelles créées par le Prince Bonaparte sont res-
pectivement au nombre de 16 et de 6. Elles ont presque toutes été trouvées
à Madagascar par M. H. Perrier de la Bâthie.
SÉANCE DU l3 lÉVRIER 1922. 43l
Sir J.-J. TuoMsox, par l'organe de M. M. Brillouin, fait hommage
de la traduction, par M. Maurick Soloyine, de son Ouvrage : Eiectiicilé et
Matière, avec une Préface de M. Paul Langevin.
M. Jules Axdrade fait hommage de son Ouvrage : Les organes réglants
des chronomètres.
PRÉSEJXTAÏIONS.
Dans la formation d'une liste de deux candidats à la chaire d'Anatomie
comparée, vacante au Muséum d'Histoire naturelle, pour la désignation du
candidat de première ligne, M. Uaoul Anthony obtient l\5 suffrages. Il y a
') bulletins blancs.
Pour la désignation du candidat de seconde ligne, M. Henri Neuville
obtient 3o suffrages contre /\ à M. Lamy.
11 y a 2 bulletins blancs.
En conséquence, la liste présentée à M. le Ministre de l'Instruction
publique comprendra :
En première ligne M. Raoul Anthony
En seconde ligne M. Henri Neuville
CORRESPOND AIVCE.
L'Académie des Sciences de Lisbonne adresse l'expression de ses condo-
léances à roccasion du décès de M. C. Jordan.
M. le Ministre de la Guerre invite l'Académie à lui désigner un de ses
Membres qui fera partie du Conseil de perfectionnement de l'Ecole Poly-
technique, en remplacement de M. C. Jordan décédé.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
Théorie mathématique des Assurances , par P.-J. Rh.haud. (Présenté par
M. Maurice d'Ocagne.)
432 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Les caractères des modules de formes et les
systèmes d'équations aux dérivées partielles. Note (^) de M. Maurice
Janet, présentée par M. Goursat.
Je me suis proposé de rapprocher les résultats des théorèmes généraux
relatifs aux systèmes d'équations aux dérivées partielles de ceux qui ont été
obtenus par M. Cartan au sujet des systèmes d'équations de PfafT(-). J'in-
diquerai ici certaines propositions de nature algébrique, qui peuvent avoir
leur utilité propre, et j'en tirerai plusieurs conséquences relatives à la
théorie des systèmes d'équations aux dérivées partielles ; le parallélisme des
énoncés actuels et des énoncés de M. Cartan apparaîtra de lui-même.
1. Soit un système quelconque donné de formes (F), d'ordre /?,
à n variables a?, , a?o, ..., x,^. Soit cr, le nombre dont augmente son rang (^?i\i
sens de la théorie des équations linéaires, les monômes d'ordre p étant
regardés comme autant de variables indépendantes) lorsqu'on lui adjoint
les produits d'une forme linéaire déterminée à coefficients arbitraires par
tous les monômes d'ordre yj — i. Soit de même (t, -t- CTo -f- ... H- ct/, le nombre
dont augmente son rang lorsqu'on lui adjoint les produits respectifs de
k formes linéaires déterminées à coefficients arbitraires par tous les
monômes d'ordre/) — i. Nous obtenons ainsi un système de n — i entiers(^)
bien déterminés
attaché au système (F) d'une manière invariante dans un changement
linéaire homogène arbitraire des variables indépendantes.
Soient (F') toutes les formes obtenues en multipliant une forme (F) par
une variable {x). Au système (F'), d'ordre /? -h i, sont attachés par la
définition précédente des nombres (j\, cr',, .. ., a-',^_j. On a la relation
(0 a'i + a; + . ..+ !7;_i^o-i+ 2cr2 + . ..+ (rt — i) C7„_i.
Désignons par (F") les formes déduites de (F') comme les (F') l'ont été
des (F), et par (a") les nombres attachés aux (F").
Si Végalité (i) a lieu, on a encore Végalité
o-'l -+- 0-2 + . . . + (J"„^^ r= o-'i + 2 o-', + ...+ (/? — i) o-'„_i
(') Séance du 6 février 19-22.
("-) Annales scienUJic] lies de l'Ecole Normale, 1901 et 1904.
C) Le iionibie o-„ ne pourrait être clifférenL de zéro que si toutes les formes (F)
étaient i<^lenti(j[uetnent nulles; nous excluons ce cas.
SÉANCE DU l3 lÉVRIËR I922. 4^^
et, par suite,
(7'j'+ a';+. . . + o-™_, = cr';+ 2(7'; 4-. ..+ (« — 0^«-i —
D'ailleurs, dans ce cas, les (t) sont donnés en fonction des (a) par les
formules
(j\ =: (7i -4- O-o + . . . + C7„_, ,
(7'., = . . . . (7o + . . . 4- a„_i,
Les (a") se déduisent des (ct') par les mêmes formules, etc.
Le nombre des conditions indépendantes auxquelles on doit assujettir une
forme d'ordre V^p pour qu elle fasse partie du module défini par les (F) est
ou encore
P_n + I (P— /J + I P— /> + 2)
(7i + (7., H O-^i ^ h - . .
' - I 1.2
(P-/? + i)(P— y9 + 2)...(P-/j + n— 2)
"^ """-^ 1.2. ..(«-2)
' ^ I ^ 1.2
). (P-/>->- + l)...(P-/>->. + /^ + 2)
."^^"-1 1.2... (« — 2)
Ce polynôme en P est la fonction caractéristique d'Hilbert par le module (F).
On voit son lien avec les systèmes de nombres [ct'/', o-'^', ..., a'^'ij qu'on
pourrait appeler les caractères du module relativement à l'ordre
/? + X (X = o, 1,2, . . .).
2. Étant donné un système quelconque de formes ($), 0/2 /j^'/// toujours
trouver un entier yo„ Z^/ ^wé' le système des formes d'ordre donné p (/> quel-
conque i^/)o) qui font partie du module défini par les ($) ait précisément la
prop?-iété des (F) supposée au n" 1 [égalité (i)].
3. Considérons les formes d'ordre inférieur ou égal à p du module ($);
dans ces formes, substituons à chaque monôme la dérivée correspondante
d'MA?e fonction inconnue w; égalons à zéro les expressions obtenues. Pour
déterminer entièrement une solution régulière quelconque de ce système
d'équations aux dérivées partielles, on pourra se donner les valeurs en un
pointO de a- dérivées de u d'ordre inférieur àjo; et,.v«/' certaines multiplicités
linéaires arbitraires issues de O et se comprenant les unes les autres, de cer-
434 ACADÉMIE DES SCIENCES.
taines dérivées (F ordre p de z/ :
o-j dérivées fonctions arbitraires (régulières) de l variable
CT, » » » » ^ variables
. , )) » » ». ))
On pourrait d'ailletirs tout aussi bien se donner les valeurs en O de
a + Igi 4- 1rs\ + . . . 4- lo-'/'-'J (dérivées d'ordre </> + \)
et, .y//r certaines multiplicités linéaires arbitraires issues de O ^; se comprenant
les unes les autres^ de
c'/' dérivées fonctions arbitraires de i variable
(tL'' » » » 2 variables
Chacune des déterminations ainsi obtenues est de forme invariante dans
un changement linéaire homogène arbitraire des variables indépendantes.
Setil, il est vrai, le dernier des a qui n'est pas nul est égal au a', i" , ... de
même indice; les a d'indices inférieurs ont pourtant eux aussi une significa-
tion effectivement intéressante en ce qui concerne le degré de généralité de
la solution : ils sont, d'après ce qui précède, invariants dans un changement
linéaire arbitraire des variables.
De plus, si le système envisagé est susceptible de se mettre par simple
combinaison linéaire sous une quelconque des formes canoniques clas-
siques, et si, ce ([ue l'on peut alors toujours faire, on se donne arbitrai-
rement en un point les valeurs des dérivées paramétriques d'ordre inférieur
à /) -4- X et les valeurs sur certaines multiplicités linéaires (spécifiées par les
théorèmes d'existence) des dérivées paramétriques d'ordre /? -t- A, les
nombres respectifs de fonctions arbitraires de i, 2., . . ., /? — i variables sont
encore les nombres précédemment trouvés t^^ a-','', . . ., T^'i, .
4. Un système quelconque d'équations aux dérivées partielles à une
fonction inconnue u étant donné, on sait que le degré de généralité de la
solution est déterminé par la connaissance d'un certain modulç de formes
algébriques, le module des formes caractéristiques des équations du sys-
tème. On voit dès lors que la solution d'un système quelconque pourra
être déterminée sous la forme invariante qui vient d'être indiquée pour les
systèmes étudiés au numéro précédent,
SÉANCE DU l3 FÉVRIER ig22. 435
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un point fondamenUil de la théorie
du potentiel. Note de M. Witold AVilkosz, présentée par M. Goursat.
Dans la théorie classique du potentiel, c'est-à-dire dans celle des inté-
grales d'une équation aux dérivées partielles de la forme
n
on ne se borne pas à admettre qu'en tout point intérieur au domaine que
l'on considère, la fonction est continue et qu'elle vérifie l'équation (i) ; pour
légitimer les opérations que l'on a à effectuer, on adopte toujours quelque
hypothèse additionnelle relative aux dérivées
, \ d-u
(2) -^ (« = i, 2, ..., «);
on suppose le plus souvent que ces dérivées soient continues.
Je vais démontrer que toute hypothèse additionnelle de ce genre est
superflue. A cet effet, supposons que la fonction u des variables x^^ . . . ^ x„
soit définie sans ambiguïté à l'intérieur d'un certain domaine (D) et
bornons-nous à. admettre qu'en tout point, intérieur à ce domaine, elle
satisfasse seulement aux conditions suivantes :
1° Elle est continue;
2° Chacune des dérivées (2) a une valeur finie et bien déterminée;
y^ L'équation (i) est vérifiée.
Je dis que, dans ces conditions, la fonction u sera régulièrement analy-
tique dans le voisinage de tout point intérieur au domaine (D). Pour
le démontrer, mettons en évidence les arguments de la fonction u en
posant
et considérons l'expression
n
(3) M^u,h)^'^ j-,
On doit à M. Peano la forme suivante du théorème de Taylor : « Soit o (a?)
une fonction de x définie sans ambiguïté pour les valeurs de x vérifiant
436 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Finégalité
(4) |^-al<r
et admettant pour ces valeurs de x des dérivées déterminées jusqu'à un
certain ordre/) inclusivement; sans supposer que la dérivée 9'^''*"'H-'z^) existe
pour toutes les valeurs de x vérifiant (4), admettons l'existence de cette
dérivée pour a? = «; dans ces conditions, on a
avec
lim£( A) = o. »
En s'appuyanl sur ce théorème pour p = i, on déduit de (3) et de l'exis-
tence des dérivées (2) qu'en tout point intérieur au domaine ( D ), on a
n
i
Donc, lorsque l'équation (i) est vérifiée à l'intérieur du domaine D, on a
lim A(«, /? ) = 0,
h=o
en tout point intérieur à ce domaine.
Or M. Zarcmba (/) a démontré que cela suffît pour assurer l'analyticité
régulière de la fonction u dans le voisinage de tout point intérieur au
domaine ( D ). Il est donc prouvé que les trois conditions énoncées plus haut
fournissent bien une base suffisante à toute la théorie du potentiel. On pour-
rait se demander si la première des trois conditions précédentes n'est pas
superflue. Il est aisé de prouver qu'elle est au contraire essentielle. Posons
pour cela (-) :
1^
u =: partie réelle de e '^ pour a; ^ o,
w = o pour a: z^ o
ou
(') S. Zaremba, Contribution à la théorie d'une érjuation fonctionnelle de la Phy-
sique {Rendic. di Palernio, l. 19, igoS, p. il\']).
(2) L'exemple que je cite m'a été indiqué par M, Zaremba.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 4^7
La fonction u est discontinue pour x ^= y — o et cependant j— 7 et ■— ,
sont partout (même pour x = y = o) bien déterminées et elles vérifient la
condition
d- a 0- Il
dans tout le plan des variables x et y.
GÉOMÉTRIE. —Sur une définition géométrique du tenseur d'énergie d^ Einstein.
Note de M. E. Cartan, présentée par M. Emile Borcl.
On sait que, dans la théorie de la relativité généralisée d^Einslein, le
tenseur qui caractérise complètement l'état de la matière au voisinage d'un
point d'Univers est identifié à un tenseur faisant intervenir uni([ueinent les
propriétés géométriques de l'inivers au voisinage de ce point. Les dix com-
posantes de ce tenseur sont données par des calculs plus ou moins compli-
({ués qui sont loin d'en faire voir Fessence géométrique. Il m'a semblé qu'il
y aurait intérêt à donner de ce tenseur une définition qui, tout en ayant
toute la précision voulue, pût s'exprimer en langage purement géomé-
trique.
L Avant d'aborder le cas d'un LInivers à quatre dimensions, considérons
le cas beaucoup plus simple d'un Univers statique à trois dimensions, c'est-
à-dire d'un milieu matériel continu en équilibre sous la seule action de ses
forces élastiques. Un tel milieu est caractérisé physiquement par son état
de tension, c'est-à-dire en somme par un vecteur appliqué à un élément de
surface orienté arbitraire du milieu et indiquant la résultante des actions
exercées à travers cet élément de surface par la partie du milieu située du
côté négatif de cet élément sur la partie du milieu située du côté positif.
En définitive, l'état du milieu est défini par un vecteur attaché à chaque
élément de surface orienté de l'espace, vecteur dont les composantes sont
des éléments d'intégrales de surface. Les composantes satisfont, comme
on sait, à la loi de symétrie; de plus, la résultante des vecteurs attachés
aux différents éléments de surface qui limitent un volume donné est nulle
(loi de conservation).
Considérons alors un espace de Riemann à trois dimensions, défini par
un ds- donné, forme différentielle quadratique de trois variables; Vétat de
courbure de cet espace, c'est-à-dire ce qui le différencie plus ou moins d'un
438 ACADÉMIE DES SCIENCES.
espace euclidien, peut se caractériser exactement de la même manière que
l'état de tension d'un milieu élastique en équilibre. Si Ton décrit en effet un
contour fermé infiniment petit, la divergence entre l'espace considéré et
l'espace euclidien se manifeste sur ce contour par le fait qu'un système de trois
directions rectangulaires issues d'un point du contour et transportées joora/-
lèlement à elles-mêmes au sens de Levi-Civita (^) ne revient pas coïncider
avec lui-même lorsqu'on a parcouru, tout le contour fermé; il faut, pour
retrouver le système initial, effectuer une certaine rotation (infiniment
petite). Cette rotation peut se représenter par un vecteur. L'état de diver-
gence entre l'espace donné et l'espace euclidien peut donc être traduit par
un vecteur attaché à chaque élément de surface orienté de l'espace. On
montre facilement que ce vecteur, dont les composantes sont des éléments
d'intégrale de surface, satisfait à la loi de symétrie et à la loi de conser-
vation (la somme géométrique des vecteurs attachés aux éléments de surface
qui limitent un volume infiniment petit est nulle).
Il résulte de ce qui précède qu'on" peut expliquer l'état d'un milieu élas-
tique en équilibre en admettant que l'espace qui le contient est déformé et
que l'état de tension du milieu traduit physiquement cette déformation
géométrique. Un fluide parfait en équilibre (et par suite de pression cons-
tante) correspondrait à un espace non euclidien de courbure constante, le
vecteur qui manifeste la courbure de chaque élément de surface étant
normal à cet élément.
II. J'arrive maintenant à l'Univers d'Einstein. La généralisation va être
facile si nous définissons l'état physique de l'Univers par un vecteur
(à quatre composantes) attaché à chaque élément de volume (à trois dimen-
sions) de l'Univers et satisfaisant à la loi de symétrie : les i6 coefficients,
qui se réduisent à lo à cause de la loi de symétrie, peuvent être, comme on
le fait d'habitude, regardés comme les coefficients d'une forme quadratique
à quatre variables, de même que les 9 coefficients /?^^, p^y, etc. qui se
réduisent à 6, du vecteur qui définit la tension d'un milieu élastique, peuvent
être regardés comme les coefficients d'une forme quadratique à trois
variables.
Partons alors d'un ds^ donné, forme différentielle quadratique à quatre
variables. La différence entre l'Univers défini par ce ds^ et l'Univers eucli-
dien se manifeste sur tout contour fermé infiniment petit par le fait qu'un
système de quatre directions issues d'un point du contour et transporté
(') Rend. Cire. Mat. di Palertno, l. 42, p. 173.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 4^9
parallèlement à lui-môme ne revient pas coïncider avec lui-même quand on a
parcouru tout le contour fermé : il faut, pour retrouver le système initial,
effectuer une certaine rotation (en appelant de ce nom un déplacement d'en-
semble de l'Univers euclidien autour d'un point fixe). A chaque contour
fermé infiniment petit, ou à chaque élément de surface orienté, est ainsi
associée une rotation.
Cela posé, considérons un élément de volume de l'Univers, et prenons-le,
pour simplifier, sous la forme d'un parallélépipède élémentaire; soient O un
de ses sommets, OA^, OA2, OA3 les trois arêtes issues de ce sommet. A la
première face passant par O, ou plutôt à son contour parcouru dans le sens
A3 OAo, est associée une rotation infiniment petite ; par l'effet de cette rota-
tion, tout point de l'espace à trois dimensions perpendiculaire à OA, subit un
déplacement; si l'on ne considère que la composante de ce déplacement qui
se trouve dans l'espace à trois dimensions lui-même, elle pourrait être
obtenue par l'effet d'une certaine rotation de cet espace sur lui-même,
rotation qu'on pourrait appeler \di projection de la rotation primitive sur cet
espace. Cette projection peut être représentée géométriquement dans cet
espace (perpendiculaire à 0A<) parmi vecteur (R,)*
En définitive, à chacune des trois faces du parallélépipède élémentaire on
peut faire correspondre trois vecteurs (R,), (R2), (R3) représentant les
projections, sur les espaces perpendiculaires à OA,, OAo, OA.,, des trois
rotations associées aux trois faces. La somme géométrique de ces trois
vecteurs, multipliés respectivement par les longueurs (ou intervalles) OA,,
OAo, OA3, définit le vecteur cherché, tenseur d'énergie d'Einstein. Ce
tenseur est nul dans toute région vide de matière.
La définition géométrique de ce vecteur peut être mise sous une autre
forme en partant de la notion de rotations complémentaires d'un espace eu-
clidien à quatre dimensions ayant un point fixe.
ALGÈBRE. — Sur la résolution d'une équation linéaire indéterminée.
Note de M. Auric.
Nous avons en vue la résolution en nombres entiers de l'équation
(l) ^0^0 + «l'2^1= 6
dans laquelle les coefficients /7„, a^, b sont des nombres quelconques, réels
ou complexes.
44o ACADÉMIE DES SCIEInCES.
Lorsque b est nul, le développement en fraction continue du rapport —
permet de trouver des solutions de plus en plus approchées de l'équation
donnée; mais, si 6 ^ o, il n'en est plus de même, car nous ne connaissons
pas de méthode générale et systématique de résolution de (i); le procédé
indiqué par Lejeune-Dirichlet et perfectionné par Minkowski devient en
pratique rapidement inapplicable.
11 serait pourtant très utile de posséder un moyen de résolution de (i) car
des problèmes de ce genre se posent assez fréquemment dans les recherches
scientifiques; si, par exemple, en physique, on connaît la partie décimale a
d'une longueur représentant un multiple entier inconnu X d'une longueur
d'onde donnée A, on aura à résoudre l'équation du type (i)
En prenant «^ et «, comme éléments initiaux et en développant en frac-
tion continue suivant la méthode ordinaire, on obtient la suite des éléments
«0, «1, a,, «3, ..-, ^«-1, ««, cin+i (lima„=:o).
11 serait très avantageux de pouvoir modifier la loi de formation de cette
suite, de manière que certains éléments continuent à tendre vers zéro, tandis
que d'autres ont une autre limite, h par exemple; car, dans ce cas, la solu-
tion de (i) serait immédiate, puisque tout élément s'exprime avec des
coefficients entiers en fonction linéaire des deux éléments initiaux.
Or, il est aisé de montrer qu'on peut faire tendre «3,, vers un nombre
donné u.,^ pouvant varier avec /z, les autres éléments ayant zéro pour limite.
Ecrivons en eil'et les équations successives de formation des éléments :
^hl — i^^^ ^-31' ^3/ ^3i + lî
^^3' = ^-S'+l ^'3/-l-l '''a/+2î
^3i+l ^— '•31+2 ^-ii+i ^3'-4-3'
Dans la première, a3,_, et a^i^, tendent vers zéro, tandis que' a.;, tend
vers u.,; il en résulte qu'on devra prendre à partir d'un certain rang À;,/= o
Dans la seconde, on procédera à la manière ordinaire et a.^j^., sera le
reste, changé de signe, de la division de «3, par «.,/+., ; le quotient A^/^.,
augmentera indéfiniment et l'on aura
< - OU < -î—
2 2
•SÉANCE DU 1.3 FÉVRIER I922. 44 1
suivant le domaine dans lequel on se liouvc; d'autre part, cette inégalité
prouve bien que ar^j^., tend vers zéro.
Dans la troisième équation, on prendra [x,+, comme valeur approchée de
«:w+:!5 de sorte que 'k^i+i sera la valeur entière approchée de
^3/-!-l + [J-i+X •^ , ,
'■:ii-t-2-T- 'J>1-
Des deux é2:alités
'^'31-1-1 ~^~ '^3i+3^^^ '-îi-hi^Zi+li
<^3(+l + ['■i+l = ('•31+2 + £/+l ) <^3/+2i
on tire en retranchant
^3(/+l)^= Fi+1 ^i-{-\<^3i+1i
\! "2, I
ce qui montre bien que a■^^i+^) tend vers l;./_^,, puisque | £/+, ] <^ ^— ou - et «;u+2
tend vers zéro.
Le reste du développement se poursuit d'une manière analogue.
Il est donc établi que les éléments «3,, peuvent tendre vers un nombre
donné u.„, les autres éléments tendant vers zéro : on peut donc faire tendre
soit tous les a■^J^ vers è, soit les uns vers è, d'autres vers c, etc., ce qui per-
mettrait de résoudre simultanément l'équation
Gomme d'ailleurs l'élément suivant a3,j+, tend vers zéro on aura la solu-
tion générale approchée de l'-équalion donnée en considérant l'expression
^3n+ P^'^3« + lj
p étant un entier indéterminé fini. *"
ÉLECTRO-OPTIQUE. — Sur les lignes Ka des éléments légers. Note
de M. V. DoLEJSEK, présentée par M. E. Bouty.
Pour les éléments lourds on n'a pas mesuré, en général, plus de deux
liglQes Ka. Elles sont dénotées le plus souvent par Ka, et Kao. Pour les
éléments S-Na,. Hjalmar (') a trouvé cinq nouvelles composantes
appelées par lui : a.,, a., a., a,., et a'.
J'ai mesuré de nouveau les lignes Ka [des éléments Zn-Cl et, pour
(') E. lIjALMAR, Zeils. far Plivs., l. 1, 1920.
442 ACADÉMIE DES SCIENCES.
obtenir une plus grande dispersion, j'ai travaillé avec une fente de ©""'"jOS
à o™'",o3 de largeur, la tension étant d'environ i^o - 1[5 IvV. J'ai alors
trouvé pour les éléments susdits les lignes a..^ et a, que Hjalmar avait
mesurées pour les éléments S-Na. Elles sont inséparables au-dessus du
scandium.
La ligne a', de Hjalmar a été aussi retrouvée pour les éléments Ca-Cl.
En suivant la notation de M. Siegbahn, j'ai appelé celte ligne a.. J'ai re-
cherché cette même ligne pour les autres éléments, en particulier dans la
région Cr-Zn, où j'obtenais de très bons clichés, cette ligne ne put être
observée. Mes clichés du groupe Sc-V n'étant pas aussi bons ('), on ne
peut pas encore dire pour lequel de ces éléments la ligne a. disparaît.
En outre, un nouveau satellite de a, de plus courte longueur d'onde a été
trouvé. Pour les éléments Sc-Cl, ce satellite ne pouvait pas être séparé de
la ligne a,. Il paraît être une bande d'émission comme Coster (^) en a ob-
servé pour les lignes a^ et ^, de la série L. La plus courte longueur d'onde
de cette bande a été dénotée a' .
1
Les résultats de mes nouvelles mesures sont réunis dans le Tableau
suivant :
Lignes K des éléments Zn-Cl.U.X.
a',. a.. a3. «3^,. a,,.
Zn 1428,8
Cu i53o,75
Ni 1647,6
<^'^o 1777^4
Fe 1923, 3o
Mn 2087 ,9
Cr 2278,3
V 2484,6.
Ti 2726,9
Se 3o?.3 3oo6
Ga 3349 3339,87 (•■') 3332,3 333o,o
K 3730 3718,7 («) 3711,0 3708,8
CI 4712 4702,5 4688 4684
Je n'ai pu observer la ligne cc^ deDuane et Stenstrôm ( '') que ces au leurs ont
(•) Les quantités disponibles de ces éléments étaient très petites.
(-)Noii encore publié.
(^) Ces deux valeurs ont été empruntées à Hjalmar, Zeil. f. Ph.^ t. 7, 1921.
( '*) DuANE et Stenstrôm, Phys. Rer., 192 t.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 192a. 443
trouvée pour le tungstène et qui devrait représenter un passage d'électrons
du niveau L3 au niveau K. La ligne ag de ces auteurs, qui doit être située du
côté des grandes longueurs d'onde par rapport à a,, n'a rien de commun
avec la ligne dénotée par a.j dans ce travail.
Les divergences avec les lignes a..^ de cette région telle qu'elles ont été
publiées autrefois par Stensson (') sont dues à une erreur de la constante
employée par M. Stensson. Il est très vraisemblable que les lignes a^ et a,;
n'existent plus pour les éléments Zn-Gl.
Ces rechercbes vont être continuées pour les éléments S-Na. En parti-
culier, j'étudierai l'influence éventuelle de la tension sur l'intensité relative
des différents satellites.
ÉLECTRO-OPTl(j>UE. - Sur la complexité de la série K des éléments légers et
son interprétation théorique. Note de M. A. Dauvillier, présentée par
M. E. Bouty.
L Dans une précédente Note (^) nous avons signalé que nous trouvions
dix composantes dans la série K du cuivre, alors que quatre étaient seule-
ment connues jusqu'ici pour cet élément. Leurs longueurs d'ondes, expri-
mées en io~"cm, en prenant comme référence une mesure de précision due
à Siegbahn (a, = 1 537,35) sont réunies dans le Tableau suivant :
(') N. Stensson, Zeits. f. Pin s., t. 3, 1920.
(■-) Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. 647. M. Gosier {Comptes rendus, t. 174, 1922,
p. 378) pense qu'il n'est pas possible de séparer les raies Lyj et Ly^ de Sb. Ces deux
lignes constituent cependant un doublet présentant une différence de longueur d'onde
constante en fonction du nombre atomique, puisque les niveaux Ng et N7 forment un
doublet régulier. Il en résulte qu'avec une dispersion constante, l'écart des deux com-
posantes sur la plaque doit demeurer constant, ce que vérifie l'expérience (environ i™™
sur nos clichés depuis U jusqu'à Sb).
De même, Locs se dislingue d'autant. mieux de La, que le nombre atomique est plus
petit, car les niveaux iVIi et JNlj forment un doublet irrégulier. La différence entre
les l/p- des deux limites Mj et Mj trouvées par Stenstrom pour l'uranium est exac-
.tement égale à celle que nous avons observée entre les niveaux correspondants de Sb.
La raie La, peut en elïet simuler une bande continue pour les éléments lourds
lorsque la dispersion est faible, mais rien de semblable ne s'observe au voisinage
deLj3i.
444 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Raie...
Tî-
Longueur d'onde. . .
1876,0
Intensité
faible
^'^ J J ^ J
for le
Raie... a,,. a,.
Longueur d'onde. . . i53o,i i53i,3
Intensité ass. forte ass. forte ass. forte
i^r
i-'i"
i-'j-
i388,g
1889,8
1890., 8
,r. forte
moyenne
faible
a.<
a,.
a„.
i535,3
i53-,35
I 54 I , 2
ss. forte
Ir. forte
tr. forte
Conformément à la notation de Siegbahn ( *), nous adoptons la dénomi-
nation a. pour désigner la raie a'^ trouvée par Hjalmar pour les éléments
légers. Par contre, il nous paraît préférable d'appeler y,, comme le font les
auteurs américains, la ligne |3^, les niveaux d'origine de cette ligne et des
raies ^ étant de nature différente.
Nous avions déjà publié (-) les longueurs d'ondes moyennes des dou-
blets a.ja^ du nickel et du cuivre. C'est en opérant dans l'hydrogène avec
une très grande dispersion ( i™'" = 3.io~" cm ) et une forte intensité que
nous avons trouvé les nouvelles lignes a-, 7.3, a.,, pi.,, [i'j et yo. Les raies ag
et a,, n'étaient pas complètement séparées sur nos clichés mais juxtaposées,
fait que nous avons reconnu en remarquant que la bande a^a,, d'opacité
uniforme, était d'une opacité égale mais d'une largeur double de celle de la
raie La, du tungstène. Cette remarque a permis la mesure des deux com-
posantes.
L'existence de la raie a^ est probablement la cause des divergences
récemment trouvées par Siegbahn entre les mesures de précision de a,
effectuées en premier ordre et dans les ordres suivants : l'apparition de a.
déplaçait le « centre de gravité » de a, du côté des courtes longueurs
d'ondes.
IL Nous avons étudié, dans les mêmes conditions expérimentales, la
série K du molybdène, mais sans observer d'autres raies que celles trouvées
par AV. Duane. Les lignes a., 7.3, a^, [^3 et y, n'existent plus pour cet
élément. De plus, la ligne aa de Duane (pour W) n'existe ni pour le cuivre
ni pour le molybdène et, comme son existence serait conti-aire aux exi-
gences des principes de sélection, sa réalité apparaît de plus eji plus
douteuse.
Les lignes [^, et ^(J^ résultent, comme on le sait, des combinaisons M3 K
(') Voir la Noie de M. Dolejsek.
(-) Comptes rendus, t. 173, i92i,p. 137.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 44^
et M, K. Il semble que fij corresponde à M5K. D'autre part, 7, répond
plutôt à \,;K qu'à N-K et y^ paraît provenir de N, ; mais ces combinaisons
sembleraient exiger Texistence dc-^^ et de y. pour MO.
IJl. Nous avons cherché à relier nos mesures des raies a^, a, et a., du
cuivre à celles de Ujalmar pour les éléments Ga-Na. L'hypothèse la plus
plausible, pour expliquer l'existence de ces sateHites, consiste à admettre
qu'ils proviennent de combinaisons entre de nouveaux niveaux L de basse
fréquence et le niveau K.,Si l'on désigne par i^-, .'^3, /^ , les niveaux corres-
pondants, on remarque qu'ils forment avec L^ et L;, des doublels irrè^idicrs^
les nombres souslractifs (Abschirmungszahl de Sommerfeld) étant les mêmes
entre L^ — s^. et 4^7— C_i. Nous interprétons ce fait en imaginant que les
lignes a- et a., sont excitées lorsque l'ionisation K a lieu dans un atome
ayant déjà subi l'ionisation L, à un ou deux degrés, le niveau L^ étant alors
déplacé respectivemenl en .'^7 et j^.. La ligne a^ pi'oviendrait soit d'un
déplacement diflerent de Lo correspondant à une ionisation L2» soit d'un
déplacement de L3 consécutif d'une ionisation L, ou L^. Le fait que ces
lignes n'existent plus pour MO s'explique alors aisément en remarquant
(|ue, pour cet élément, les niveaux L sont protégés de l'ionisation due au
faisceau cathodique par tous les niveaux N^-N^ et par plusieurs niveaux O.
D'autre part, Fexistence de ces niveaux .(^ supplémentaires explique la
complexité observée par Millikan pour les rayons L des éléments légers.
Les lignes supplémentaires èX ne devraient pas apparaître par fluorescence
ni les niveaux t^ comme limites d'absorption dans les conditions normales.
Le spectre ïX correspondrait en quelque sorte aux « spectres d'étincelle »
de l'optique, le spectre K normal étant l'équivalent du « spectre d'arc ».
C'est le premier qui établirait la liaison entre le spectre X caractéristique,
de nature simple à cause du petit nombre des niveaux stables dans l'atome,
et le spectre lumineux, extrêmement complexe, par suite de la multiplicité
des états possibles d'ionisation périphérique.
ÉLECTRICITÉ. — Sur Vcxlension de la loi de Paschen aux fluides polarisés .
Note de M. C.-E. Gute, présentée par M. Daniel Berthelot.
Mes expériences sur le potentiel explosif dans les gaz comprimés m'ont
amené à envisager la loi de Paschen sous une forme plus générale.
Champ moléculaire ( '). — Lorsqu'on soumet une masse gazeuse à un
') \o'\r C.-E. GuYE, Arch. des Se. phys. et nal., novembre 1916.
G. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 7.) >^4
446 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cliamp électrique X^, ^les molécules, de moment éleclrique ;j., tendenl à
prendre une orientation sous l'action combinée de ce champ et de l'agitation
thermique. Le moment de l'unité de volume a dans ce cas pour expression
(i) ^ — /^ip.
, [J-X, rT
col h ^ ^
n, , nombre de molécules dans l'unité de volume ; /% constante des gaz parfaits
rapportée à la masse d'une molécule; T, température absolue (').
Cette relation suppose que les actions mutuelles entre les molécules du
gaz sont négligeables; elle s'applique par conséquent aux gaz dilués. En
outre, lorsqu'on est loin de la saturation, la valeur de g est, comme on sait,
voisine de
Cl tend vers //,;j. à la saturation, c'csL-à-dire lorsque toutes les molécules
ont pris l'orientation du champ extérieur (champ intense, température
basse).
Lorsque les molécules des gaz sont très rapprochées (gaz comprimés), on
ne peut négliger leurs actions mutuelles, mais on pourra remplacer l'action
de l'ensemble de toutes les molécules par un champ dit moléculaire analogue
à celui dont M. Pierre Weiss a fait usage pour l'explication du ferromagné-
tisme. Au champ X^ dans la formule' (i) se substituera un champ
(3) \ = X,+ -\,„, ^
X„j étant le champ moléculaire résultant de la polarisation plus ou moins
complète du milieu.
La valeur de ce champ moléculaire peut être évaluée a[)proximativemenl
de diverses façons.
Si on l'assimile au champ produit à l'intérieur d'une fente pratiquée dans
le milieu polarisé, parallèlement aux armatures du condensateur, il a pour
\aleur 4~ar; si, comme cela paraît plus rationnel, on l'identifie au champ au
sein d'une cavité de forme sphérique, sa valeur est ^r.rr.
On peut d'ailleurs aisément établir la relation entre ce champ moléculaire
et la constante diélectrique. Dans les deux hypothèses précédentes, il a pour
(M Le problème est identique à celui traité par M. Langevin dans la théorie du
paramagnétisme des gaz.
SÉANCE DU l3 FKVRIER I922. 447
exprnssion ,
(A) X,„=47:a=(K_.)\,„
X- 4 K — I -^
( 0 ) \ ,„ = - TTcr = - — ^— X^ ,
en désignant par K la constante diélectrique du milieu.
Jointes aux formules (i) ou (2), ces relations permettent de calculer
l'ordre de grandeur du moment électri([ue u. de la molécule.
Champ iutermoléculaire. — Mais les centres électrisés sont soumis à la
somme des champs extérieur et moléculaire, somme que nous appelons
champ intermoléculaire, soit (3).
Posons pour simplifier X= [A]X,.; on aura dans les deux hypothèses
ci-dessus
(6) [A],= K,
(7) [AJ,= .+ ^.
Loi de Paschen iiènéralisêe. — On sait que le potentiel explosif dans un
gaz peut être considéré comme une fonction du produit n,<7, du nombre des
molécules contenues dans l'unité de volume par la distance des plateaux
(champ uniforme) :
(1) \=z¥{n,n).
('elle relation résulte de l'équation de condition du potenliel explosif,
que l'on peiil mettre sous la forme
log \"o Q„ ( ■ '/,, X) - log \, y, ( 3 À, \
En remplaçant dans cette équation X par | A |X,, = | \J- on obtient pour
la loi de l'ascheii généralisée (')
(II) [A]V=F(,/^,«),
|A| est en réalité une fonction de la pression du gaz, cesl-à-dire de /i, ,
(') Xo et X,. nombre de chocs relatils à chacun des centres électrisés pour un par-
cours de i'^'"; /n et ),], libres parcours niovens des centres électrisés; sXqX et
îAjX, éneriiies moyennes de choc. En tenant compte de la condition : ?,o et Ài inverse-
ment proportionnels à /i, ; Xq et Xj proportionnels à «,, on obtient finalement la rela-
tion (II).
44^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
mais sa valeur peut être déterminée dans chaque expérience par les rela-
tions (6) ou (7).
En résumé, pour vérifier la formule (11), il suffira, dans chaque cas particu-
lier, do multiplier le potentiel explosif observé par [ AJ. Si les courbes ainsi
obtenues pour diverses distances se superposent, la loi de Pa.schen généra-
lisée sera vériiî('ç.
Pour CO-, à la pression de 4o^""', on a [ V, J = i ,06, [ Ajo = 1,02.
Les résultats corrigés se rapprochent alors davantage de ceux qu'exigerait
la loi de Pasclien; la concordance n'est cependant pas complète, par suite,
croyons-nous, de l'inégale répartition des ions, qui ne paraît pas être encore
entièrement éliminée dans les expériences sur ce gaz et dont les formules
précédenlcs ne tiennent pas compte.
Il serait digne d'intérêt de rechercher jusqu'à quel degré de condensation
de la matière la relation (II) est applicable.
ICLECTRICITÉ. — Sur (a synchronisation harmonique des oscillateurs électriques .
INote de M. Mercier, présentée par M. Brillouin.
1. Synchronisation simple. — Le phénomène de la synchronisatioji est
une propriété très générale qui appartient à tout ensemble composé dé deux
systèmes oscillants de même nature, mais quelconques, ayant des fré-
quences voisines et entre lesquels il existe une liaison.
Il est caractérisé ])ar les propriétés suivantes : quand on essaie d'amener
les deux oscillateurs à l'accord parfait en faisant varier progressivement la
fréquence propre de l'un d'entre eux, il se [)roduit, à un momejit donné,
une disparition brusque des battements. Les oscillateurs sont synchronisés.
Ils se sont accrochés. Il y a toute une jjlage de synchronisation dans laquelle
ils sont rigoureusement à la même fréquence, cette fréquence commune
variant d'ailleurs quand on modifie légèrement l'un d'eux. Puis les batte-
ments réapparaissent brusquejnent si la variation se poursuit dans le même
sens. Mais si les oscillateurs s'accrochent pour une valeur déterminée^ de la
fréquence propre de l'un des appareils, quand par exemple nous faisons
croître celle-ci, ils ne se décrocheront plus, quand nous agirons en sens
inverse, que pour une fréquence inférieure à celle trouvée précédemment.
Les oscillateurs montrent ainsi une tendance très accusée à rester au syn-
chronisme.
Nous avons pu mettre ces propriétés en évidence d'une façon particuliè-
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 449
rement nette en utilisant des oscillateurs à lampes amplificatrices à trois
électrodes (audions) dont la stabilité est très grande lorsque le régime est
établi. L'observation est commode et la facilité de réglage permet de suivre
la marclie des phénomènes pour des liaiscms même 1res faibles, lorsc[ue la
synchronisation ne se produit que pour une. égalité presque absolue des
fréquences à quelques l)attements par seconde pour des fréquences di'
l'ordre de looooo par exemple (X = 3*^).
11 est notamment facile de faire varier la grandeur de la plage de syn-
chronisalion en agissant sur la réaction mutuelle des deux oscillateurs.
iNaturellement la fréquence du son de battements à la limite d'accrochage
ou de décrochage varie dans le même sens que l'intensité de la réaction.
2. Synchronisation harmonique. — Cette tendance à la synchronisation
existe aussi dans le cas moins simple où l'un des deux oscillateurs émet sut
l'un des harmoniques de l'autre. Le phénomène présente exactement les
mêmes caractéristiques que précédemment. Mais, comme il était à prévoir,
cela nécessite pour Foscillateur à grande longueur d'onde d'avoir des har-
moniques suffisamment intenses; de plus, la réaction mutuelle doit être
plus forte.
Les deux oscillateurs peuvent également s'accrocher sur un harmonique
commun, qui sera d'ordre d'autant plus élevé que les oscillateurs auront
des harmoniques plus intenses. Mais il devient souvent nécessaire d'avoir
une très forte réaction mutuelle : tous les dispositifs du couplage par induc-
tion ou par lampe que nous avons utilisés donnent des résultats analogues.
Le phénomène est général.
Il a lieu également quelles que soient les fréquences employées; pour des
fréquences de quelques unités ou dizaines par seconde et pour des fré-
quences de Tordre de loooooooo^ (A = 3™). Dans le cas des oscillations de
basse fréquence, le phénomène est aisé à analyser : il suffit d'inscrire sur
du noir de fumée le courant de l'un des oscillateurs et, en agissant progres-
sivement sur la capacité de l'autre, on voit les battements se former, dimi-
nuer de fréquence, pour disparaître brusquement et réapparaîire plus loin
d'une façon également brusque.
3. Synchronisation multiple. — \ous avons alors cherché à étendre cetle
propriété à plusieurs oscillateurs en cascade, chacun d'eux étant accroché
sur un des harmoniques du précédent. Cela ne présente pas de difficultés
particulières, mais demande naturellement plus de soin pour le réglage
lorsque le rang des harmoniques employés et le nombre des oscillateurs
croissent, car les plages de synchronisation deviennent plus étroites.
45o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le maxiinum de sta])ilité esl atteint lorsque lu plage de syiiGhronisation
de l'un des oscillateurs avec le précédent a même centre que la plage de
synchronisation du même oscillateur avec celui qui le suit. On arrive très
bien à se placer dans ces conditions par approximations successives en agis-
sant sur les diverses capacités. Le contrôle se fait en recevant sur des
ondemètres r<''glés sur les différentes longueurs d'ondes employées.
Nous sommes ainsi arrivés à avoir six oscillateurs en série synchronisés
l'un sur l'autie, allant de 5o périodes environ à la seconde à Soooooo
enviroij (X = 60'").
Nous réalisons ainsi un multivibrateur d'un nouveau genre, ayant un
nombre immense d'harmoniques de rangs très élevés el qui sont tous très
intenses, parce qu'ils se trouvent renforcés el créés à nouveau pour ainsi dire
par chaque oscillateur particulier que l'on ajoute. Si Ton agit sur l'un
quelconque des oscillateurs du système sans dépasser les limites de la plage
de synchronisation coriespondanle, on modifie la période fondamentale de
l'ensemble qui se trouve entraîné <'n bioe. Le dernier harmoni(|ue de l'oscil-
lateur de plus haule fréquence esl toujours un harmonique exact de l'oscilla-
teur le moins rapide.
C'est ainsi que nous avons pu comparer le quinzième harmonique du
dernier oscillaleur avec un oscillaleur de 4"^ de longueur d'onde. D'autre
part, les oscillations de l'oscillateur de plus basse fréquence sont inscrites
et comparées à celles d'une horloge dont la période est de deux secondes.
Ces deux comparaisons se font avec une précision dépassant le ,^^,',,„„ et
pei-mettent d'obteuiravec une précision de l'ordre du ,„„'„,,^ la période d'une
onde de quelques mètres.
Ou passe aiusi d'une jx-riode de deux secondes à ime onde de 4'" (fré-
quence 73000000), c'est-à-dire à une p(''riode iSooooooo fois plus petite, cL
ceci par l'intermédiaire d'un système oscillant unique.
OPTIQUE. — Calcul des éléments qui déterminent un système centré formé
par un nombre quelconque de surfaces. Note de M. R. Boulouch,
pi'éseutée par M. M. Brilloûin.
Ce problème, qui couduit à des expressious très compliquées, a été
abordé, dans le cas des systèmes de lentilles infiniment minces, par Cotes,
Euler, Lagrange, etc.
La solutiou suivaute est rapide et complète; le calcul de la convergence
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 45 1
est seul nécessaire, mais cette dernière notion doit être un peu étendue; les
milieux extrêmes d'un système ayant pour indices n, n\ et l'équation, rap-
portée à deux origines conjuguées où le rapport do converg-ence est y, étant
mise sous la forme — — — ; — ; = -r, la coiiveroence C sera
C = — r- ou encore G =: // \ /":= — n' \ f \
k I j j ^
la converg-ence d'un dioptre sera dès lors
R
Soient p surfaces dirimantes. S,, S^, ..., S^ rencontrant leur axe de
révolution connnun en A,, A., ..., A^, et séparant des milieux d'indices
«0 5 'îi, •••? np-^ nous poserons
T~Â — — — '*' .
Ci^=^ '"7' est la convergence du dioptre S,, et C,= -r^' Ici convergence
du système formé par les surfaces S,, S._>, ..., S,. Soit F, la valeur du rap-
port de convergence, dans ce dernier système, au point A, considéré comme
point-image dans le milieu /i,; à la distance ^",de ce point et dans le milieu «,•
le rapport de convergence a une valeur F telle que «,e, — K,(-p- — p- h
mais si en ce point A/+, se trouve la surface S,^ , , suivie du milieu ///+,,
le rapport de convergence F,^.,, dans ce milieu, du point-image A,.^,, sera
donné par F/+, = F — '—■
On tire aisément de ces relations
I , I e,- 1 C, I
Hi+^Ti+i ~ fiïTi Ki "^ ///F/ n, //„'
de là on peut déduire
C, a
1 + 1 H
Calculons maintenant la convergence d'un système résultant de deux
autres : le premier système étant limité à /) — i surfaces, le deuxième en
comportera q qui seront numérotées dans le sens du retour inverse de la
lumière, avec des lettres accentuées; soient N, N' les deux points nodaux
du système total, et D le centre optique des deux systèmes, c'est-à-dire le
4^2 ACADÉMIE DES SCIENCES,
point du milieu commun, d'indice n et d'épaisseurs, qui est image de N par
rapport au premier système et objet de N' par rapport au deuxième; si y est
le rapport de convergence de (^, il), - est évidemment celui de (12, N'), dès
lors
I I \ .. . , . , / 1
et
7 ' /'-i * V
mais
d'où
ne
et en introduisant les convergences
Employons cette formule générale pour l'addition d'un seul dioptre S^
C,= C,_, + c„ f I + -11 + -^ -.-...+ 5^V
Cp ne figurant dans aucune convergence d'indice inférieur
dCp Cl C^_, _ I ^ I dCp
dcp rji ■'■ rjp_i' f>/.^\ "il '^C/,
On peut, d'ailleurs, en écrivant les convergences d'indice décroissant et
faisant la somme, avoir une autre expression de
C C _, C
C/;=r c, + C2 + . ..+ CpH i-(a4-. . .+ c^) +. ..H !LJi(Cp_^-^c,,)-] ^^e„
qui permet d'écrire les convergences c^, c.^, . . ., r^.
C, = c,, C, = c, -h C2 -I — ^-^^
l j;( — Cl -f- Cj -t- ':»-+- -I -h j
Q= ,
^ ■ c-, ( 6-., H- C3 -+-... + f„ ) t'i c.,. . . C,,
vîi ■flx'O^.Ttj, • . . "0/>-i
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 453
les termes intermédiaires de C,, peuvent être écrits séparément en remar-
quant qu'il figure dans C„ tous les termes en —, en — , c'est-à-dire
toutes les combmaisons des Tj, 2 a 2, 3 àJ,...,^ — ikp — 2 et que les numé-
rateurs de toutes ces combinaisons contiennent toutes les convergences
associées de la manière suivante : on écrit la suite Tj, ■/], 7,3. .. r,,,_,, on sup-
prime dans cette suite les n qui figurent au dénominateur du terme consi-
déré; puis on fait correspondre à chaque Tj isolé, la somme de deux conver-
gences qui figurent de part et d'autre, et à chaque groupe de r^ contigus, au
nombre de h, la somme des A -f- i convergences qui les comprennent, on
fait le produit de ces diverses sommes et Ion achève le produit complet avec
les convergences qui ne figurent pas dans le produit partiel.
C^étantcalculé on a facilement ~^; la distance frontale du foyer image
A^ V j, = Zip sera
9r -
et l'on aura
^p _ fip âCp
<^p àai
pour celle du foyer-objet A, Kj, = o,,.
Le système est donc complètement déterminé.
RADIOLOGIE. — Influence de la température sur la sensibilité des
émuhions en radiographie. Note (') de M. A. Zimmern, pré-
sentée par M. d'Arsonval.
La variation de sensibilité des émulsions en fonction de la température
est très notablement différente, selon qu'on impressionne la plaque avec la
lumière ou avec les rayons X.
Si l'on fait abstraction des très basses températures (air liquide), pour
lesquelles on sait que la sensibilité est annulée, les variations trouvées pojir
la lumière, notamment entre la température ordinaire et -1- 80° C.,. parais-
sent être assez faibles.
D'après Wallace, pour des impressions lumineuses faibles, la sensibilité
croît légèrement avec la température, et ce serait le contraire pour les im-
pressions lumineuses fortes.
(') Séance du G février 1932.
454 ACADÉMIE DES SCIENCES.
D'après Padoa et Mer\ ini, le coefficient d'accroissement de sensibilité
serait pour io° d'augmentation de i,o5', ce qui donne i,ii5 pour 60" et 1,37
pour 85". ,
D'autres auteurs déclarent n'avoir pas constaté de différence sensible.
Dans quelques expériences de contrôle, nous n'avons pas ol)seryéJnon plus
de différence très marquée entre une plaque impressionnée froide et une
plaque impressionnée chaude.
Nous avons observé, par con tre, que l'accroissement de température sensi-
bilise beaucoup plus fortement la plaque vis-à-vis des rayons X. En exposant
une série de bandes découpées dans une même plaque portée à des tempé-
ratures croissantes de to° en 10°, pendant le même temps à une intensité
identique de rayons X, on obtient une série de teintes dont la gradation
d'abord faible, mais déjà très appréciable, s'accuse de plus en plus. On ne
peut cependant que difficilement dépasser Sa^, car au-dessus de cette tempé-
rature se surajoute un voile.
Le rapport des densités, comparées à l'échelle de Scheiner, donne en
moyenne 2,5 entre i5° et 85°, et 2 entre i5° et 60°.
La comparaison photométrique de la densité peut se faire plus simple-
ment en irradiant simultanément une plaque témoin laissée à la température
ordinaire pendant un temps donné, et une plaque chaude pendant des
fractions croissantes de ce temps. On observe alors que, vers 60°, l'égalité
d'opacité correspond à un temps de pose inférieur de 5 environ. C'est ainsi
qu'à cette température une plaque ])0sée i3 secondes donne un noircisst;-
ment égal à une plaque froide posée 20 secondes.
Lorsqu'on se sert d'un écran renforçateur, le renforcement thermique ne
se produit plus, ce qui est évident, puisque l'impression se fait presque
exclusivement sous l'action des grandes longueurs d'onde du sel lumines-
cent.
Le pouvoir renforçateur thermique nous a aussi semblé réduit dans une
certaine mesure lorsqu'on utilise des écrans métalliques minces pour
augmenter l'impression radiographique.
L'ordre de giandeur du phénomène ne nous a pas paru subir de varia-
tions importantes suivant qu'on utilise des faisceaux durs ou des faisceaux
mous. Il s'accentue légèrement avec l'emploi d'émulsions épaisses en usage
en radiographie. Il semble enlin, aux températures élevées, nettement ])lus
marqué poui- des impressions faibles voisines du seuil que pour des
impressions fortes.
SÉANCE DU l3 Fl-VRIER 1922. 4^5
Il est donc intéressant de iiolei' mie difTéience aussi considéi'able dans les
actions de la chaleni- entre les rayons actiniqnes dn spectre et les layons \.
Elle semble s'accorder avec la présomption d'une action dissemblable de la
lumière et du layonnement X sur l'édifice atomique de l'halogénure et qui
s'accuserait sons l'influence de l'agitation thermique.
Enfin an point de vue pratique le renfoicement thermique des émulsions
peut (Hre utilisé en radiographie lorsque l'usage des écrans luminescents est
à éviter, par exemple lorsqu'il importe de ne pas modifier l'idenlité des
rayonnements à eniegislrei' sur la plaque (spectrographie).
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur 1(1 transformation de l'ammoniaque en urée. Note
de MM. C. Matignon et M. Fhk.iacqiks, présentée par M. H. Ee
Chalelier.
Dans une Note [)récédente ('), nous avons montré que la réaction de
décomposition réversible du carbamate d'ammoniaque en urée constituait
un système divariant à deux phases, une phase liquide et une phase gazeuse,
et nous avons donné les pressions expérimentales de dissociation maxima
correspondant à cha(|ue température :
o at
100 O'^J^
122 20,95
i35 33, i4
1 .X ) 55,10
Nous exposons aujourd'hui les résultats complémentaires de l'étude
statique de la réaction ainsi que ceux de l'étude cinétique. Les rendements
en urée à l'équilibre sont les suivants :
o
1 3o •. 39 . 2 "/o 39.4
134 • 39,92
i4<' 4i .4
145 43.3 --43. 1
Les nombres de la deuxième colonne ont été obtenus en partant du
système eau et urée.
L'application de la loi d'action de masse au système en équilibre formé
(•) Comptes rendus, t. 17E 1920, p. ioo3.
456 ACADÉMIE DES SCIENCES,
par la phase liquide, nous conduit à la relation
I 2.Ï"
r =: K
dans laquelle r représonte la fraction de molécule urée formée à partir d'une
molécule de carbamate. Les valeurs de la constante Iv aux différentes tempé-
ratures ])ermettent de calculer la chaleur de réaction. iNous avons ainsi
trouvé — (j' '' alors que la va leur expérimentale peut être évaluée à — 7'"', 7
avec une erreur de i''' à 2'"', erreur provenant de la non-connaissance des
chaleurs de fusion de l'urée et du carbamate,chaleurs qui ont été remplacées
dans l'évaluation de l'effet thermique par les chaleurs de dissolution.
L'étude progressive de la transformation nous a conduit aux résultats
condensés dans le Tableau suivant, qui donne aux températures de i3o°,
i34°, i4o° et 145° les pourcentages de transformation après des temps
variables mesurés en heures :
130°. 13i°. TiO'. 145°.
5'..... i.6'>o/^ 3" 3'.oi7„ 1'...... ^.5»/,, i' i4.3'Vo
s 9. ,3 .j 8,i'>. 2 9.^>3 •>...... '.5,2
16 i3.7 4'» 39.7 3 I '1 . '1 3 3<i,9
24 33 , .5() 19 3,S . 2 5 . 3() . . . 29 ,4 ■"> \ ''■ • ^
39 39.20 i3 27,6 9 38, o 10 4'<-7
19. 6,27 16 '\o.(> l() 4?-. 8
21 25.1 24 4 1 • 1 ' ■'• '1 13,3
2() 36, () ^ 39 ) I . '1
Si l'on traduit ces résultats par des courbes, on constate que la vitesse est
accélérée dans les premières heures pour diminuer ensuite. Cette marche
accélérée est en contradiction avec la loi des masses actives qui règle la
vitesse. Nous avons trouvé l'explication de cette anomalie dans le rôle cata-
lytique joué par l'eau formée en proportions croissantes. Si l'on ajoute en
effet au système la quantité d'eau qui correspond au point d'inflexion de la
courbe, on obtient bien une vitesse maximum au début.
Les nombres précédents mettent en évidence le bénéfice des opérations
réalisées à des températures de plus en plus élevées. C'est ainsi qu'après
quatre heures de chauffe, on obtient les proportions suivantes en urée :
130» l'Vo
i35°.. 6 .
1 45° 1 1
La transformation étudiée étant une réaction de déshydratation, nous
SÉANCE DU l5 FÉVRIER I922. 4-^7
avons cherché à l'activer par l'emploi de catalyseurs hydratants, tels que
la thoriue, l'alumine Bayer, Talumine précipitée, le kaolin nalurel et le
kaolin artificiel, la silice, etc. Nous avons obtenu des accélérations de vitesse
fort intéressantes aux basses températures, mais qui deviennent sans béné-
fice appréciable vers IJO".
Voici quelques résultats obtenus à i3o° (') :
4 heures 10 licurcs 16 lieures
Sans catalyseur 1 "/„ f\--i"lo i.î.B"/..
Thorine 1,9 6,3 »
Muinine tiavcr 2,8 9.<S »
kaolin 3, 1 1 1 .8 »
\luinine piéci[nlée 3,4 i3,.) io
Silice 3,4 i4,2 27.2
Kaolin 3,4 i5,3 28,6
SO'Ca 7.-^ 12.3
Nous avons vainement cherché à introduire, dans le système, des corps
susceptibles de s'emparer de Feau sans agir sur les autres constituants, en
vue de supprimer l'équilibre et de réaliser une iransformation complète.
Le sulfate de magnésie, le chlorure de calcium anhydres, etc., intervenant
soit dans la phase liquide, soit dans la phase gazeuse, n'ont pas conduit au
résultat cherché, car ils donnent une double décomposition avec le car-
bonate d'ammoniaque et orientent par suite la marche de la réaction dans
une direction opposée à la direction cherchée.
L'urée ainsi préparée est très pure, elle fond à 133**. On la sépare rigou-
reusement du carbamate et des sels ammoniacaux qui l'accompagnent par
une simple évaporation au bain-marie : l'opéjation est quantitative.
La connaissance approfondie de toutes les conditions qui règlent la trans-
formation de l'ammoniaque en urée nous a permis de déduire un mode
opératoire logique pour la fabrication industrielle de l'urée, engrais azoté
de grande concentration.
CHIMIE PHYSIQUE. — Recherche magnéto-chimiguc des constUutions en
chimie minérale. Les acides du phosphore. Note de M. Paul Pascalt-
présentée par M. H. Le Chatelier.
L'analyse magnétique, dont nous avons récemment fait l'application à
l'étude des composés du soufre, a pu être utilement étendue aux dérivés du
(') L'ex-posé conaplet de ces recherches paraîtra dans un autre Recueil.
458 ACADÉMIE DES SCIENCES.
phosphore : phosphincs, hypophosphitcs, phosphilps, éthers phosphoreux;
phosphates, phosphonates ; oxydes de phosphincs et de phosphamines
dérivés de l'oxychlorure, etc.
Parmi les susceptibilités moléculaires relevées, nous citerons les valeurs
suivantes, en face desquelles on a donné la part contributive, calculée par
additivité, du phosphore ou des groupements oxyphosphorès :
Composés. SusceptibiliU's. Atomes ou radicaux.
1?(G-J1')^ goo.io"' I^ =— ioo.ro-''
P(C''H')-' 1668 P — - — I o.-!
PO^H^p^a 335 P0-^ = — 185
PO^HNa'^ - 465 t^O^^ -242
P(0CM1^)3 -1049 P03=:--24o
V{0(7-il-'y.... . -~i836 POs = -232
P blanc — 263.10"' i* = — 263.10"
PO(C^H")^ —916 PO =1-217
PO(NHG"H')' - 201S PO == — 229
CH^ PO (OC' II')- 1 529 P0=^ = - 3 1 3
PO'.Na^H -566 PO^rz: — 353
PO' H^GMl' - 680 ]'0' — -355
PO'(C?H')' — ii53 ■ PO^— -;;5:!.5
L'ensemble de nos déterminations permet quelques remarques très géné-
rales, indépendantes, une fois encore, de toute formule développée préalable
et de toute théorie de la valence :
1° Dans tous les dérivés incomplètement saturés, le diamagnétisme du
phosphore ou des groupements oxyphosphorès est fortement atténué,
conforniément à la règle très générale que nous avons formulée il y a
longtemps.
2" Dans ces mêmes dérivés non saturés, le phosphore et les radicaux oxy-
phosphorès possèdent une individualité magnétique coristanle, savoir :
I^ = — ioo.io-\ J'0-=r — I85.IO-', P0^= — 237.10-';
au degré de précision des mesures, ces nombres forment une progression
arithmétique lacunaire, dont la raison est précisément la susceptibilité ato-
mique ( — l\6.io~') de l'oxygène des fonctions alcool ou élher-oxyde. iNous
sommes donc fondés à admettre la présence d'un atome de phosphore au
même degré de saturation dans les phosphines, les hypophos])hites, les
phosphites métalliques et les éthers phosphoreux neutres; l'oxygène n'y
servirait qu'à faire la liaison entre cet atome et les métaux, l'hydrogène ou
les radicaux hydrocarbonés du reste de la molécule.
SÉANCE DU l3 FEVRIER I922. 4^9
De même que les phosphines sont iiolces PR% nous sommes donc conduits
à formuler : Pri(OH)% P(OH)', les acides hypophosphoreux et phospho-
reux.
3" Si l'on rapproche du phosphore lui-même ses dérivés i^aturés, on re-
marque la constance des proprirlés magnétiques des ladicaux suivants :
P =:— 363.IO-', P0 = — 29.0.I0 ', 1^0^— — 3i;;.io '. PO'* = — 364.10-'.
Les trois derniers ternies forment une progression arithmétique lacunaire,
de même raison que précédemment, et dont le phosphore esl exclu.
Or. de ce dernier métalloïde au groupement PO, la chute de diamagné-
tisme est sensiblement égale à celle que produit l'introduction dans une
molécule organique d'un oxygène cétonique, ou mieux encore de l'oxygène
du groupe « nitroso » NO. 11 y a donc dans les phosphates, les phospho-
nates et les oxydes de phosphines un oxygène qui joue le même rôle parti-
culier. Ses relations avec le phosphore rappellent celles de l'oxygène avec
le carbone dans les cétones, ou avec Tazote dans les dérivés nitrosés; les
autres atomes d'oxygène de la molécule |)hosphorée sont intimement appa-
rentés avec l'oxygène des fonctions alcooliques.
Ces résultats s'accordent parfaitement avec les formules rationnelles
P(,) (0H)% RP()(OH)- des acides phosphoriques et phosphoniques.
L'analyse magnétique esl donc en opposition absolue avec les formules
H'-PO(OH), HP0(OH)-que l'on propose parfois pour les acides hypo-
phosphoreux et phosphoreux, en les assimilant malencontreusement aux
dérivés saturés de l'oxychlorure, pour ne faire apparaître que les groupes OU
correspondant aux seuls types de sels possibles.
La présence dans les dérivés oxygénés du phosphore d'un oxhydryle
dépourvu de propriétés acides, comme dans les alcools, est cependant chose
assez naturelle. On doit l'admettre dans les éthers phosphoreux acides, qui
ne donnent pas de sels par les bases, mais un dérivé métallique, hydroly-
sable commelesalcoolates, par l'action d'un métal alcalin; on doit l'admettre
dans l'étude des composés du type P(()H)(NHR)', instables au mènic
litre que l'hydrate d'ammonium, mais bien connus sous forme d'éthers-
oxydes : R' — O — P(NHR)'', d'où dérivent facilement les élhers-sels miné-
raux X— P(NHR)'' ou les éthers-sels organiques H" GO-0-P(NHRV'.
Si dans l'acide phosphorique ou les acides phosphoniques seulement, ce
groupement fonctionnel OH prend un caractère faiblement acide, au même
titre que dans les phénols, il le doit probablement au voisinage du groupe-
ment PO, dont nous avons montré l'analogie frappante avec les radicaux
négatifs CO ou NO.
V')0 ACADÉMIE DES SCIENCES.
(^)uanl au passage, par double décomposition, dos pliosphites aux phos-
plîonaleSjdont ou a tiré argument en faveur des formules que nous rejotous,
il s'explique par la formatioji de produits d'addilion intermédiaires, mieux
encore que le passage des sulfites aux sulfonates, puisque dans le cas des
dérivés du phosphore on a pu souvent isoler ces composés transitoires et
en étudier la Iransfornialion en dérivés saturés.
CHIMIE MINÉRALE. — Sur le râle des impuretés gazeuses flans r oxydation
cataly tique du gaz ammoniac. Influence de r hydrogène phosphore. ISote
de M. E. Decarrière, présentée par M. A. Haller.
S
Deux études précédemment parues (') montrent quel est le mode d'ac-
tion de l'acétylène et de l'hydrogène sulfuré dans les conditions suivantes :
le catalyseur est constitué par 1^,95 de platine en feuilles froissées et main-
tenu à 710° à l'intérieur d'un tube en quartz où il occupe une longueur
de i*^'", 5, le mélange d'air et d'ammoniac à 8,5 pour 100 environ de ce
dernier gaz en volume est envoyé dans le tube à la vitesse de 10' en 12 mi-
nutes 3o secondes et les impuretés gazeuses sont introduites dans le mélange
à l'aide de tubes capillaires étalonnes. Pour que le caractère nocif de ces
deux gaz se manifeste au cours d'expériences de quelques heures, il faut les
admettre à la dose d'au moins o, i pour 100 en volume, alors que le mélange
gazeux industriel ne renferme guère plus de 0,02 pour 100 d'acétylène
et 0,002 pour 100 d'hydrogène sulfuré dans le cas défavorable où l'on part
de cyanamidesnon préalablement mouillées.
Mais ce mélange renferme eu outre une proportion appréciable d'hydro-
gène phosphore qui dépasse parfois celle de l'hydrogène sulfuré. Les résul-
tats qui font l'objet de la présente Note ont été obtenus dans les conditions
résumées ci-dessus avec des doses d'hydrogène phosphore allant de 0,1
pour TOC à 0,00002 pour 100, cliaque dose étant étudiée sur un nouvel
échantillon de platine pris dans une même feuille.
Première dose : 0,1 pour 100. — De go, 8 pour 100 le rendeiueiiL lotiibe immédia-
lement à 3, H pour 100, valeur au-dessous de laquelle il ne s est plus sensiblement
abaissé après i heure 3o minutes d'action de l'hydrogène phosphore. En supprimant l'H^
dans le mélange, la régénération s'opère lentement : le rendement atteint 28, 3 en 24 heures,
34,2 en 27 heures. 7/4, 5 en 67 heures.
Deuxième dose : {) ,0^ pour 100. — Le rendement tombe encore de suite et se main-
tient à 3,9 pour 100 pendant i heure 00 minutes, c'est-à-dire presque aussi bas que
précédemment, mais la régénération est beaucoup plus rapide ; on trouve déjà :
(') Comptes rendus, t. 172, 1921, p. i663, et t. 173, 1921, p. i48.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 461
Durée... 2 heures :',0 miii. 7 heures. '^n heures.
Rendement /ica 64.9 "9,4
Troisirnie dose : (),0{)a-2 pour 100. - l/iiifhieiice de IMl' est cette fois notablement
moins brutale et moins durable : on trouve 33,5 après S minutes d'action
et 60,9, 2 minutes 3o secondes après la suppression du i^az nocif; 76.1 au bout
(le I heure 00 minutes.
En admettant de nouveau FM' à la même dose, ou relombe à 32. o en 5 minutes et
laclion inverse, qui s'opère encore aussi l'acilement, donne 70, 5 en i heure 3o minutes
et 79,3 en 3 heures.
Oaatricine dose : 0,0000^ pour 100. — Les résultats obtenus sont les suivants :
Pendaiil Varllon nocive.
Durée.... 5 minutes. 1 heure ;50 min. ;] heures. i heures :i(J min.
Rendement 73,6 71:4 7^?^ 7i;6
Pendant la régénéralion.
Durée.... ."jjniinules. 1 heure .30 min. .'1 heures. 10 heures 3(1 mm.
Rendement 75,5 So,.') 81,1 '^4-4
Donc, même h la dose inlime de ~^ \)0\xy 100, l'hydrogène phosphore,
figurant dans le mélange d'air et d'ammoniac comme unique impureté, se
comporte comme un poison redoutable. Avec le dispositif employé et dans
les conditions indiquées, PH^ à la teneur infime de 0.00002 pour 100 se
montre à peu près aussi toxique que H- S à la dose de 2 pour 100. Mais,
comme dans le cas do H-S et contrairement à ce qui a été observé pour
C-H-, la baisse de rendement, d'autant plus grande que la dose est plus
forte, ne persiste que tant que l'impureté est présente. Toutefois le relève-
ment du rendement est ici plus lent, et les catalyseui^s industi^iels du genr*"
de celui d'Ostwald pourraient être éteints par la. présence momentanée df
traces d'hydrogène phosphore sous certaines circonstances favorables.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur Voxyde du cyclohexéne et l' ortho-inétfiylcy-
clohexanoL Note de MM. Mar<;ei. (iodchot et Pieiire Bédos, présentée
par M. Hallcr.
Les travaux de Biaise ('), Grignard (-), Louis Henry ('), Tilfeneau et
Fourneau (^), relatifs à l'action des organomagnésiens sur les oxydes
(') Comptes rendus, t. 13i, 1902, p. 55?..
(-) Bulletin de la Société chimique, 3'' série, t. 23, 1903, p. 944-
(_*) Comptes rendus, t. 145, 1907, p. i54,|4o6, 453.
(•) Comptes rendus, t. 143, 1907, p. 437-
G. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 7.) 35
462 ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'éthylène ont démontré que la nature du principal composé obtenu dans la
réaction était variable suivant l'oxyde d'éthylène mis en œuvre, ce dernier
pouvant, suivant le cas, soit se transposer en aldéhyde ou acétone, soit
CH-x
réagir tel quel. Avec Toxyde d'éthylène le plus simple i ^ j^O, Grignard,
puis Henry ont établi qu'il se formail tout d'abord un produit d'addition
qui, sous Tinfluence de la chaleur, en l'absence d'élher, se transposait poui'
donner ensuite, par action de l'eau, un alcool primaire :
GH-\ /H GH^^K CH- — H
I >0< - I ' I ■
11 nous a paru intéressant d'étudier l'action des organomagnésiens sur
certains éthers-oxydes hydrocycliques, en particulier tout d'abord sur
GJtP__GH2
l'éther-oxydeducyclohexène IPGC^ /^^^\ , découvert par Brunel('),
gIP GH /^
ce composé pouvant, en effet, se comporter soit comme la cyclohexanone,
soit comme l'oxyde d'éthylène lui-même. Dans le premier cas, on obtien-
GH^ GH^
drait un alcool tertiaire, H- G(^ ^^Xoh ' ^^ ^^"^ ^^ second cas, on
CÎF~CW-
dcvrait isoler un homologue ortho-subtitué du cyclohexanol
GH^_CH^
H2G<^ \gH- h. .
gTF~CH — OH
La présejite Note a pour but de démontrer que c'est cette deuxième hypo-
thèse qui se réalise.
L'éther-oxyde du cyclohexène, mis en œuvre par nous dans ces
recherches, a tout d'abord été préparé en suivantles indications données par
Brunel : action de l'iode et de l'oxyde de mercure sur le cyclohexène et
décomposition parla potasse de l'iodhydrine obtenue. Mais, dans la suite,
nous avons aussi soumis le cyclohexène à Faction oxydante de l'acide per-
benzoïque signalée par Prileschajen (-) et appliquée par lui à différents
carbures éthyléniques :
G«Hs — GO.O.OH +^G= G<: -> G«H^ GO.OH 4-\G C( .
(') Bulletin de la Société chimique^ 3"= série, t. 29, igoS, p. i3i.
(^) Berichte der deutsch. che/nis. Gesellachaft, l. 42, 1909, p. 481 1.
SÉANCE DU l3 FFVRIER I922. 463
Une solution chloroformique de cyclohexène ajoutée à une solution éga-
lement chloroformique d'acide pcrbenzoïque, en quantité calculée fl
refroidie à o", fournit, avec un rcndemeni théorique, l'éther oxyde du
cyclohexène, bouillant à i3i**-i32°, identique à celui obtenu par Brunel.
Lorsqu'on fait réagir, à —10'', un organomagnésien, pai- exemple Tio-
dure de méthylmagnésium sur cet éther-oxyde, on constate, en suivant les
indications données par M. Grignard (') à propos de l'éther-oxyde ordi-
naire, les mêmes phénomènes signalés par ce savant chimiste. Lorsqu'on
distille l'éther au bain-marie, avant de décomposer par l'eau la combinaison
organomagnésienne, il se produit une violente réaction qu'il est nécessaire
de modérer en refroidissant extérieurement; c'est à ce moment que se pro-
duit la transposition moléculaire mentionnée plus haut :
CH^GH^- . GH^ CH^ GH^ CH'
ir-G<^ /^"\ /Mgi ' nu':(^ ^GH-OMgi -> ipg<^ ^ghoh
GH^ G M /^^\GH^^ GH^ GH-GH^* GH^ GH-GH'
Par traitement à l'eau acidulée de la masse visqueuse restant dans le
ballon, par extraction à l'éther et distillation fractionnée, on isole finale-
ment un alcool, bouillant vers i63''-i64'^, constitué par de l'orthométhyl-
( yclohexanol, déjà obtenu par hydrogénation du crésol (-). Oxydé en
effet par l'acide chromique, cet alcool fournit, comme l'ont indiqué
MM. Sabatier et Mailhe, rorthoniéthylcyclohexanone, bouillant à 162"-
i6'5'^, et dont la semicarbazone fond à 191".
Cependant l'orthométhylcyclobexanol préparé par nous, bien qu'il
donne par oxydation la même cétone, est sensiblement différent de celui
obtenu par hydrogénation de l'orthocrésol. Ce fait résulte des considéra-
Lions sui^antes: le phénylurétiiane de notre alcool fond à <Si°-82"; son
[)htalate-acide est fusible vers 99'^-ioo*'. Or, le phényluréthane de l'ortho-
méthylcyclobexanol, décrit par MM. Sabatier et Mailhe, est fusible à
io4** (^) ; de même son phtalate-acide, que nous avons préparé pour la pre-
mière fois, fond à ii';;°-ii8°. Déplus, ces combinaisons sont bien moins
solubles que celles obtenues par nous avec l'orthométhylcyclobexanol
préparé à l'aide de l'oxyde de cyclohexène.
Pour expliquer ces notables divergences dans les points de fusion et
(*) Bulletin de la Société chimique^ t. ^9, 1908, p. 946.
(^) Comptes rendus^ t. \kO, igoS, p. 35o.
(*) MM. Sabatier et Mailhe ont indiqué loy".
464 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dans les solubilités de ces produits très bien cristallisés et caractéristiques,
nous pensons qu'il est infiniment probable que nous avons obtenu un ortho-
méthylcyclohexanol, isomère de cfIuI préparé par hydrogénation de Tortho-
crésol. et que cet isomère, qui ne peut être qu'un isomère de position, peut
être regardé comme étant l'isomère cis ; l'orthométhylcyclobexanol décrit
par MM. Sabatier et Mailhe doit, à notre avis, être constitué soit par l'iso-
mère (cis — trans), soit peut-être par la combinaison (cis -+- cis — trans).
Nous nous proposons de poursuivre nos recherches en vue de généraliser
les faits que nous signalons aujourd'hui.
CHIMIE ORGANIQUE. — Composé organométalligue mixte de l aluminium,.
Note de M. V. Thomas, présentée par M. A. Haller.
Une Note de M. Faillebin ( ' ) m'engage k publier quelques observations
remontant à une dizaine d'années, concernant l'action de l'aluminium sur
riodure de méthylène. Ces observations ont été faites au cours d'un travail,
d'ensemble relatif à la chimie du méthylène, travail interrompu par suite
de la guerre et dont l'étude a été reprise récemment dans mon laboratoire.
I^'aluminium abandonné longtemps au contact de l'iodure de méthylène,
en l'absence de louL solvant, est susceptible de réagir sans aucun dégage-
ment gazeux appréciable. Cette réaction effectuée en présence d'une quan-
tité suffisante d'aluminium détermine la prise en masse de tout le mélange;
on obtient une matière blanche cristalline entrant très facilement en réac-
tion avec la plupart des réactifs.
Je n'avais pu réussir autrefois à séparer les produits formés dans la
réaction. L'emploi des solvants ne m'avait conduit à aucun résultat net.
Une tentative de séparation effectuée à l'aide de nitrobenzène, à tempéra-
ture relativement basse, a donné lieu à une décomposition extrêmement
vive qui se manifestait par un dégagement tuniullueux de vapeur d'iode.
Dans ces conditions, je tentai la réaction en présence d'éther anhydre.
I -a quantité d'aluminium que j'arrivais ainsi à dissoudre correspondait
très sensiblement à i"^ d'aluminium pour i™"' d'iodure de méthylène.
Dans un essai effectué en partant de i^', 5 de métal et 12^ d'iodure, la réac-
tion m'avait fourni environ 90""' de gaz, absorbable par le brome et facile-
ment attaquable par le permanganate. Ce gaz qui correspond à la for-
(*) Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 112.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 4^5
mule (CH-)", je n'avais pas cru pouvoir l'identifier avec l'éthylène, à la
suite d'un essai de combustion à l'eudiomètre. Cet essai semblait indi-
quer pour/î une valeur voisine de 3.
Le composé obtenu en présence d'éther est lui aussi doué d'une grande
activité chimique ot réagit en particulier avec un grand dégagement de
chaleur sur le chlorure d'acétyle.
Je me propose d'étudier l'action de l'aluminium sur l'iodure de méthy-
lène, en l'absence de tout solvant et celle des produits ainsi formés. Je
liens également à faire remarquer que d'autres métaux paraissent suscep-
tibles eu.v aussi d'attaquer l'iodure de méthylène en l'absence de solvant
sans donner lieu à dégagement sensible de gaz; c'est ainsi en particulier
que se comporte le plomb. La réaction est en cours d'étude.
CHIMIE ORGANIQUE. — Nouvelle préparation d'aminés cycloforméniques.
Note (^ ) de M. Alphonse Mailhe, transmise par M. Paul Sabatier.
On sait que riiydrogéiiation directe de l'aniline, réalisée sur le nickel
divisé, conduit à un mélange de trois aminés : la cyclohexylamine (b. i34°),
la dicyclohexylamine (b. 250^*) et la cycloheXylaniline (b. 273*') (-). La
transformation de la métatoluidine en aminés cycloforméniques est plus
[)énible. On obtient trois produits distincts : l'un bouillant vers i5o",
l'hexahydrométatoluidine. les autres distillant sous2o'"'", à i45°et i75''(-').
L'hydrogénation des toluidines ortho et para n'a pas été signalée.
J'ai montré, avec M. Murât, que l'hydrogénation des trois méthylcyclo-
hexanoneoximes, pratiquée sur le nickel à i8o'*-20o*', fournit pour chacune
d'elles un mélange d'aminés primaire et secondaire, la méthVlcyclohexvl-
amine et la diméthocyclohexylamine ('). Mais, par suite de réactions
secondaires, le rendement en aminés est peu élevé.
J'ai essayé de préparer les aminés cycloforméniques par hydrogénation
des cétazines, des cétones cycloforméniques, suivant la méthode que j'ai
fait connaître antérieurement ( " ). _
(') Séance du 6 février 1922.
("-) Sabatier et Senderexs, Comptes rendus, t. 138, 1904, p. 4^7
(') Sabatier et Senderens, Comptes rendus, t. 138, 1904, p. laS;
(') Mailhe et Mlrat, Bull. Soc. chim., 4*^ >érle, t. 9, p. 467.
(■^) Mailhe, Comptes rendus, t. 170, 1920, p. 1120.
466 ACADÉMIE DES SCIENCES.
1° Cyclohexy lamines. — La cyclohexaiioiie s'échauffe assez fortement au
contact d'hydrate d'hydrazine. 5os de cétone el 35*^ d'hydrate d'hydrazine,
additionnés d'alcool^ pour faire un mélange homogène, sont maintenues à
l'ébulhtion pendani six heures. Après séparation de l'alcool, on isole par
(listillaliou vers 195*', V hydrazone de la cyclohexanone (I), puis à 270'', la
cèlazine de la cyclohexanone (11). Celle-ci cristallise par simple refroidisse-
CH2 GH^
CH^C^ )C=zN.NtP,
CH2
Ctl^'
CFI^
S' — .\ :
CH'-
^It^
CH^
CH-
CH2 CH^
(I). (11).
ment en aiguilles fondant à 37^.
En entraînant le mélange de l'hydrazone cl de la cr-tazine sur du nickel
divisé chauffé à 180", à l'aide d'un fort courant d'hydrogène, on le trans-
forme totalement sans aucune perte en un liquide, d'où l'on isole par frac-
tionnement 6 parties d'aminé primaire, la cyclohexy lamine CH^NH-
( b. 134" ) et 2 parties à'' aminé secondaire,, la dicyclohexylami ne ( C* H' ' )^NH
(b. 25o*'-252°), qui cristallise facilement dans l'eau glacée.
1° Orthométhylcyclohexylamines. — L'hydrate d'hydrazine forme, avec
l'orthométhylcyclohexanone, l'hydrazone CH^C'H"G — N NH- ( b. 20 1'^-
210**) et la cétazine de l'orthométhylcyclobevanone
CH3C'H9C ziz ^ — N = GMi'CH» ( b. 276°).
Le mélange de ces deux composés est hydrogéné sui- nickel à 180**. Il
fournit deux aminés, Vorlhomèthylcyclohexy lamine
(IMI '"('', (1). \:n)'\ 10 parties)
et la di-(^orthométhylcyclohexyiyaminc
('cMli"<^^'"'y.NII (b. .-.eS"-^;..», 1 par
liel
La base primaire est un liquide incolore, à saveur amère, fortement alca-
line,au tournesol; elle se carbonate très rapidement à l'air : D" = o,8836.
Sa solution éthérée fournit un chlorhydrate ( f . 280").
L'aminé secondaire est également très alcaline. Son chlorhydrate fond
à 226*'. Elle précipite l'hydrate de cuivre et l'oxyde d'argent des solutions
des sels de cuivre et d'argent.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 4^7
3" MétaméthyLcyclo/ie.xylaminrs. — L'action de l'hydrate d'hydrazine sur
la métamélhylcyclohevanone n'a foui ni qu'un seul produit, bouillanl
à 2I5''-:^20°, la métacydohexanonehydrazone, avec une faible quantité de
cétazine.
L'iiydrazone est un liquide visqueux qui s'hydrogène facilement sur
nickel à 180", en donnant presque exclusivement l'aminé primaire, la
métaméthylcyclohexamine ; elle bout à i52" sous 700™°^ ( DJ ' = 0,8936 ).
Fortement alcaline au tournesol, elle se carbonate à l'air moins rapidement
que son isomère ortho.
L'isocyanate de phényle fournit avec cette aminé uneyV<ewy///m/ (f. i45"').
Dans les queues de dislillution de l'aminé primaire, il reste des traces
d'aminé secondaire.
4° Paraméthylcyclohexylamines. — L'ébuUition du mélange d'hydrate
d'hydrazine et de paraméthylcyclohexanone, en solution alcoolique, fournit
l'hydrazone
cH.-cH<^;j;:™:>c=N.M,=.
qui bout à 21 5*^, et la cétazine de la paraméthylcyclohexanone, bouillant à
28o«-285" :
Le mélange de ces deux corps est hydrogéné sur nickel à 180°. On obtient
ainsi :
i" \^ii pardméthyicyclohcxylamine, bouillant à iSS** sous 750™°^;
D^ =z 0,9007.
Son chlorhydrate est en lamelles brillantes (f. 24^)'') :
riouvé. Calcult-.
Cl pour 100 '..),83 '.! , 7 I
Elle se carbonate facilement à l'air humide.
2" La di-{paramélhylcydohexyV)-amine. distillant à 275°-278°, très alca-
line, précipite l'hydrate des solutions de sulfate de cuivre et de nitrate
d'argent. Le chlorhydrate fond à igS''.
On voit que les aminés primaires cycloforméniques préparées par cette
voie s'obtiennent avec de très forts rendements; au contraire, la quantité
d'aminés secondaires est faible.
468 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Action d'' acides minéraux sur les celluloses brutes;
formation et destruction concomitantes de réducteurs . Utilisation de sous-
produits de cette destruction. Noie de M. G. Mf.unier, pirsentée par
M. L. Lindel.
\. On sait que les acides minéraux attaquenL en parlie les celluloses el
les Iransfoi inenl en corps réduisani les liqueurs cupro-alcalines, el doni
plusieurs soni fermentescibles. Sirallaquea lieu à froid par HCI ou SO''H-,
la quanlilé de réducleurs formée est maxima el correspond presque exac-
lemenl avec le poids de cellulose disparu; mais il n'en esl plus de même
quand l'opéralion se fait à chaud, car ces acides délruisenl les corps réduc-
leurs formés. Lesproduils résullani de celle deslruclion sonl notammenl :
les acides formique el acétique, du furfurol, de l'alcool inélh\ li([ue, de
l'acétone, des acides lévulique el ulmique, des résines el i\ç<^ matières
colorantes brunes.
2. C'est lors de fabrications industrielles, conduites selon mes procédés,
tant en France qu à l'étranger, que j'ai enlrepiis des expériences sur le
sujet; elles ont poité sui- de giandes niasses des matières les plus diverses
qu'on traitait par portions de i à 3 tonnes. Ces celluloses brutes étaient éner-
giquemenl brassées en cours de réaclion; un courant de vapeur de débit el
de vitesse déterminés, de température réglable par tension el surchaulfe,
exportait du champ de la réaclion les corps enliatnables au fui- el à mesure
de leur production. Celle vapeur de lavage élail, avant condensation,
dt'barrassée des acides qu'elle avait entraînés; à cet effet, elle barbotait
dans un lait de carbonate de chaux qui n'agissait pas sur le furfurol
présent.
3. Les chiffres du Tableau ci-contre et relatifs au bois de sapin sont
rapportés à loo'^^ de matière calculée sèche.
4. Les résultats peuvent être traduits graphiquement en portant les
temps en abscisses et les résultats loo — I et loo - 1 — |{ en ordonnées.
On obtient ainsi deux courbes respectivement de formation et de destruc-
tion des réducteurs. Leur ensemble représente l'état d'équilibre entre les
deux réactions. Le réducteur encore présent dans la masse est, à chaque
instant, mesuré par la portion d'ordonnée comprise entre les deu\ courbes.
Leur allure dépend, notamm<Mit, pour une même matière piemière dans
le même état [)liysiqne : de la nature de l'acide, du poids et de la concen-
SÉANCE DU l'-J FÉVRIER I922.
469
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470 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tration de la solution d'acide et aussi de la loi suivant laquelle ont varié, en
cours d'expérience, et la concentration et la température de la solution
imprégnant la masse.
La variation déconcentration était oblfMiuc par injcclion dans les matières
<'n cours de Iraitenionl de quantités données, dans un temps donné, de
nouvel]<'S solutions acides neutres ou saturantes qu'on pouvail additionner
de corps influant sur les vitesses de réactions. Lors d'au Ires expériences,
non citées ici, on augmentail la concentration par séchage à l'air ou sous
vide avec ou sans emploi, dans ce dernier cas, d'injection de vapeur sur-
chauffée.-
5. Si l'on soumet à un nouveau Iraitement l'insoluble résiduaire lavé
provenant d'un traitement antérieur, on obtient de nouveau des réducteurs.
Le rendement total s'en trouve élevé, ainsi qu'il ressort de l'examen des
résultats des expériences 15 et 2 comparées à l'c-xpérience 3.
(). L'intérêt industriel de l'emploi des acides dilués à chaud réside dans
le fait qu'ils peuvent dégrader les ligno-eelluloses aussi profondément que
les acides concentrés à froid, cela avec beaucoup moins d'acide, dans un
temps phis court et avec la faculté de faire varier dans de larges limites les
quantités absolues et relatives des réducteurs et de leurs produits de des-
truction. Ceux-ci ont autant d'intérêt que les l'éducteurs eux-mêmes et,
dans le cas des acides acétique et formique, peuvent être obtenus à un
rendement beaucoup pins élevé que par la distillation pvrogénée.
7. Le furfurol produit est susceptible d'emplois intéressants. J'avais
antérieurement signalé (jue cette aldéhyde dissolvait la plupart des résines
et des gommes ainsi que les éthers cellulosiques, qu'elle formait des résines
spéciales et qu'en présence de polysulfures de sodium, elle fournissait des
matières colorantes.
La furfuramide pourrait avantageusement être dissoute dans des alcools
destinés aux moteurs à explosion : sous l'influence de traces d'acidité elle se
décompose en ammoniaque et en furfurol, lequel est combustible et a un
pouvoir calorifique voisin de celui de l'alcool.
8. La considération d'actions concomitantes de formation et de des-
truction de réducteurs pourrait servir de base à des expériences sur les
matières amylacées lors de leur saccharification par les acides et sur la
cuisson acide des mélasses lorsqu'elle a lieu en présence d'acide minéral
libre.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 4?!
GÉOLOGIE. — La structure du Toiikln méridional. Note de W. Charles Jacob,
[)résentée par M. J^icrre Termier.
Par Tonkin méridional, je comprends toute la région qui s'étend entre
le Nord-Annam et la pro\ ince de Saui Neua d'une part, le Fleuve Rouge
dajjs le delta tonkinois en aval de Phu Tho d'autre paît; cette région fait
suite vers le Sud-Est au Tonkin occidenlal de M. Dussault. (léographique-
ment, on y distingue la prolongation des plateaux calcaires situés à l'ouest
de la Rivière Noire; avec la Chaîne fie Tliaiih Hoa, nous savons qu'ils
arrivent à la mer entre l'Aiinam et le Tonkin ; mais ils admettent aussi une
dépendance qui enveloppe la boucle de la basse Rivière Noire; dans le
eentre de cette dépendance, ils sont crevés par un massif schisteux que
j'appelle, du nom de son point culminant, le Doi Thoi ; puis ils viennent
se dissocier au Nord sur la région schisteuse du Ra Vi, équivalent du Doi
Thoi. A l'intérieur de la boucle, enfin, et jusqu'au Fleuve Rouge, se trouve
la région montagneuse dite de la moyenne et de la basse Rivière Noire. Ce
Tonkin méridional a déjà fait l'objet d'importants travaux. Les révisions,
auxquelles j'ai consacré la saison d'hiver 1920-1921, m'ont conduit- à des
constatations nouvelles et à des conclusions tectoniques fort dilFérentes de
celles qu'on a ('uoneées jusqu'ici.
Nous savons que, du côté de l'Annam, les calcaires des plateaux sont
charriés sur les Schistes à porphyrites du Thanh Hoa et sur les formations
triasiques à rhyoliles de la zone de Naiu Sam. Des terrains très analogues
reparaissent dans la région schisteuse, dans \di fenêtre du Doi Thoi, où ils
sont connus sous le nom de terrains secondaires du Phu Nho Quan ; ceux-ci
renferment les mêmes intercalations éruptives que dans le Nord- Vnnam, avec
des rhyolites et des porphyrites, à vrai dire moins séparées que dans le
Thanh Hoa et alternant entre elles. En dessous de cette série, les vallées
profondes de Vinh Dong et de Kim Roi montrent un granité à mica noir,
dont les affleurements sont tous localisés dans des bas- fonds et forment, sans
ambiguité. le subslratum des poi'[)hvrites.
La région du Nui Vien Nam et du Ra \ i, au nord de la dépression du
Col de Kem, montre la même série schisto-gréseuse et les mêmes roches
éruptives que le Nui Doi Thoi, sans toutefois que l'érosion y ait atteint le
substratum cristallin. Les masses calcaires supérieures, avec schisles inter-
calés où Ton trouve des fossiles triasiques, reposent toujours sur la série
schisto-gréseuse; elles sont découpées en lambeaux irréguliers et conservées
4^2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
à la faveur de petites dépressions synclinales, qui délimitent des bombements
parfaitement nets; tel le Rocher Notre-Dame, près de la Rivière Noire, où
l'on voit des brèches plaquées sur la retombée sud-ouest de l'anticlinal du
RaVi.
Vers le delta tonkinois, la série à porphyrites, avec lames des calcaires
supérieui's subordonnées, s'étend jusque dans les collines du Day, à i8'""
d'Hanoi; mais, si l'on va vers le Sud, les calcaires, relevés le long- du Day,
reposent, par l'intermédiaire des collines schisto-gréseuses du Khé Son, sur
les gneiss et micaschistes à grenats du sud-ouest de la province de Nam
Dinh. De même au Nord, les schistes à porphyrites se relèvent vers Son
Tay, mais n'atteignent pas cette localité, à 6'*™ à l'ouest de laquelle j'ai
irouvé un affleurement de gneiss à pyroxène; c'est le premier témoin d'un
massif profond qu'on peut suivre depuis Viétri jusqu'à Phu Tho, puis à
Tuyen Quang ; et c'est le début de la traînée des gneiss analogues qui sont
connus, entre Song Chay et Fleuve Rouge, jusqu'à l'est de Lao Kay.
Revenons à la Ilivière ^oire. Les masses calcaires supérieures se relèvent
vers elle tout comme vers le delta Loni^^inois et reposent sur une traînée
bordière de la basse et de la moyenne Rivière Noire, formée de schistes
envahis par des porphyrites, souvent bréchoïdes ou laminées, analogues à
celles du 'j'hanh Hoa. Siipporlanl les Masses calcaires supérieures, la Série à
porpliyrites repose à son tour sur la Série primaire de la basse et de la moyenne
lûvière Noire ; cette position est très nette dans les environs de Hoa Binh et
dans ceux de Van Yen. A Gho Bo, il y a suppression momenlanée des
loches vertes; mais les calcaires du Nui Chu, donl la base correspond aux
brèches célèbres du Barrage de Cho Bo, se relèvent contre le Pii maire de
la Rivière Noire.
En amont de Van Sai, vers Ta Khoa, un petit bombement de gneiss
ramène au jour le substratum sous les porphyrites. Dans cette région, sur
la route de Ta Khoa à Quang Huy dans le Phu Yen, on voit entre gneiss et
porphyrites s'intercaler des rhvolites et des microgranites; c'est la
naissance de l'ensemble du Sa Phin que vient de réétudier M. Dussault.
Dans le haut bassin du Phu Yen, les rhyolites du Sa Phin, situées sous les
|)<)rpli> rites qui arrivent de Van Yen et de la JUvière Noire, re]>osentsur la
Série primaire de la Rivière Noire.
Relativement à celle-ci, j'apporte également des observations nouvelles.
Les travaux antérieurs onl permis des identifications qui demeurent, avec
de belles faunes pour le I)é\onien, le Dinantien el l'iJuralien, auxquels se
superposent un lambeau de Trias supérieur et des témoins du Rliétien
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. l^jZ
marin. Tons ces dépôts sont en succession, normale; je veux dire qu'il n'y a
nulle part d'inversion de série. Par contre j'y connais des suppressions de
termes : par exemple, le Diiiantien, bien représenté à lest de la Rivière
f\oire, s'étire à l'Ouest, dans la région d'An Mieng, entre le Dévonien et
rOuralien de la région du Cham Chit. La Série primaire repose sur des
aftleuremenls profonds, restreints en étendue, de terrains cristallins; et
vers Don Van, à l'Est, on voit des schistes paléozoïques sur les gneiss de
La Phu, au bord de la basse Rivière Noire; ceux-ci sont proches des gneiss
de IMiu Tho, c'est-à-dirr de ceux du Fleuve Rouge et du Song Chay.
Pour conclure, la Série primaire de la moyenne et de la basse Rivière JSoire^
reposant sur un subsIraLuni cristallin qui prolonge les gneiss du Fleuve
Rouge, apparaît en fenêtre^ tout comme les gneiss de Nam Dinh, ceux de
Son Tay, le granité du Doi Thoi et les gneiss de Ta Khoa. Tous ces
éléments profonds sont recouverts par là série schisto-gréseuse, à rhyolites
dans le Sa Phin, à porphyrites dans la Rivière Noire, qui sup[)orte à son
tour les masses calcaires charriées des plateaux d'entre Rivière Noire et
Song Ma. Avec des modalités de détail un peu différentes, la structure du
Tonkin méridional est celle du Nord-Annam.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Vérosion ris sienne dans les hautes vallées de la Cère
et du Goul (Cantal). Note de M"*' Yvonne Boisse de Black, présentée
par M. Emile Haug.
L'érosion rissienne est caractérisée, dans la région que j'étudie, par une
profonde modification des anciens axes hydrographiques. Au Glinzien (' )
formazien et au Mindélien ont été tracés des réseaux de plateau, sensi-
blement concordants entre eux, mais en grande partie discordants avec les
réseaux des vallées actuelles. Le premier des deux réseaux de vallées, dont
le second n'est qu'un approfondissement, sans autre modification sensible,
est l'œuvre du Rissien.
Au Rissien, plusieurs vallées centripètes et régressives de la bordure du
massif volcanique (Cère, Allagnon) ont poussé leur tête jusqu'au contacl
des vallées centrifuges, progressives, dont le tracé était préparé par des
fosses structurales (Gère primitive, Allagnon primitif, Goul, Malbo), soit
par les barrancos qui sillonnaient les pentes des volcans (vallées de Salilhes,
(') Le GUnzien correspond au \ illafranchien de M. Haug.
4^4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de la Chevade. <'lc.), d'où coudes de capture (Vie, Mural), vallées déca-
pitées (Gurebourse. Pigiiou), migrations des eiubouchures d'un bassin
liydrogiaphique à l'autre (Allagnon du Lot à l'Allier, Gère du Lot à la
Dordogno).
La tête de l'auge rissienue dessine, dans la vallée de la Gère, le cirque de
rhiézac. De ce point, des lambeaux de niveau forment un gradin discontinu
sur chacun des versants de la vallée, mais principalement sur son versant
gauche. Les élargissements de ce plan constituent le gradin de Thiézac et
celui du Pas-du-Luc, long de 8000'", large, par places, de i5oo'", et qui
s'étend d'un point situé en face de Vie à un point situé en face d'Yolet-le-
Doux. Ges plate-formes, mince revêtement de conglomérat andésitique très
perméable, reposant, là sur des trachy-phonolithes kaolinisécs, ici sur des
nuirnes à pendage accusé vers la vallée, ont été le siège d'une intense circu-
lation souterraine des eaux, qui en a gauchi et dénivelé la surface, en y
produisant parfois des effondrements.
Quelques lambeaux du niveau rissien sont visibles sur le versant droit
de la vallée, entre Polminhac et Arpajon. A ce niveau appartiennent
deux buttes isolées, celle d'Esmoulès et celle du vieux cinjelière qui, à la
hauteur de cette localité, surgissent de part et d'aulre du fond de la \allée.
Par ces deux témoins, le thahveg rissien de la Gère se raccorde manifeste-
ment, dans le bassin d'Aurillac, à la moyenne terrasse de 620'" ou du
Bousquet.
G'est dans les graviers iluvio-glaciaires de cette terrasse, entre Targiie
oligocène dans laquelle elle est entaillée et le manteau de limon de ruissel-
lement quaternaire qui la recouvre, que M. Boule et M. Aymar ont trouvé
un grand nombre d'amygdales chelléo-acheuléennes typiques. Or ces
objets, quand ils sont parfaitement caractérisés, ont, à l'encontre de beau-
coup d'autres silex taillés, la valeur d'un fossile caractéristique, en l'espèce
celle de molaires àTJcphas aiiticjuiis. Ils ne laissent aucun doute sur râg<'
pléislocène inférieur de la formation, conformément aux vues qu'a toujours
soutenues l'éminent directeur de l'Institut de paléontologie humaine.
Tandis que la diflèrence de niveau qui sépare le thah\eg rissien du
thalweg v\ tirmien ne dépasse pas 20™ dans le bassin d'Aurillac, elle en
atteint 100"' dans celui de Thiézac. G'est un fait que je souligne dès à pré-
sent, me réservant d'en tirer les conclusions dans un travail ultérieur.
Observable dans toutes les vallées du Gantai, glaciaires ou non, le niveau
rissien est particulièrement développé dans celle du Goul. entre Jou-sous-
Monjou, Raulhac, le Mur-de-Barrez et Gros de Ronesque. Dans cette
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 476
région, on voit une vaste pénéplaine rissienne, dominée par quelques
buttes-témoins de la surface mindélienne et toute disséquée par un chevelu
de profonds ravins wiirmiens.
Nous savons peu de choses de la glaciation rissienne dans la région que
j'étudie. Des placages de boue glaciaire à éléments moins altérés que ceux
des moraines mindéliennes, plus altérés que ceux des moraines wiiimiennes.
existent dans la vallée du Goul, sur la route de Vie à Raulhac, })rès du Mas.
et dans la vallée de la Gère, sur celle même route, au grand lacet entre Vie
et Gurebourse. Les alluvions à silex chelléo-acheuléens de la terrasse du
Bousquet ont nettement le caractère d'un cône de transition lluvio-glaciaire.
Enfin il existe, au versant gauche de la vallée de la Gère (le Bruget, etc.)
et sur les deux versants de la vallée du Goul (Gapels, le Bos, Badailhac),
des cirques glaciaires suspendus, à fond plat, avec palier, couloir de
décharge en U, qui entaillent la plate-forme mindélienne et font aboutir
leurs émissaires à la plate-forme rissienne, sans atteindre le niveau
wiirmien.
[1 semble donc, et ce sera ma remarque finale, que les glaciers rissiens
des vallées de la Gère el du Goul aient été en parlie des glaciers de cirques
suspendus, de type pyrénéen.
SISMOLOGIE. — Sur le IremblcmerU de ieire italien du 7 septembre 1920.
Note de M. P. Moxxet.
Une période sismique iiiléressanl la Garfagnana. la Lunigiana el
TApennin adjacent aux Alpes Apuanes a débuté le 6 septembre 1920 par
uue secousse très sensible du VI^-VIP degré Mercalli à Villa GoUemandiiia
(haute Garfagnana), suivie d'un Iremblemenl de terre désastreux le 7 sep-
tembre 1920, faisant de nombreuses victiuies (25o personnes tuées).
Gette période sismique n'esl pas encore terminée. L'élude des lieux
éprouvés m'a permis de déterminer l'aire pléistoséisle. Getle zone, qui esl
circonscrite par l'isoséisle du IX*" degré Mercalli n'a pas de forme géomé-
trique bien définie, cependaiil eHe ligure dans son ensemble un ovale doni
le grand axe est parallèle à la direction générale de l Apennin septentrional
et est par conséquent SE-NO. Get axe, d'une longueur de 5o''™ environ,
passe près des monts Giovo, Prado el la Nuda, constitués par des roches
d'âge Eocène inférieur (Macigno). Il esl jalonné par le pli faible de l'Alpe
de Mommio et de Cortino, celui de Sassalbo-Gampoiaghena-Passo dell'-
476 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ospedaleccio, ce dernier au nord de Fivizzano. Ces plis perinetlenl de voir
la nature du subsiralum qui apparlieiil aux Alpes Apuanes. De plus l'axe
eu queslioji se confond presque avec la ligue sismique : Moliualico, haute
vallée de l'Euza, haule vallée de la Secchia, Monte Cimone déterminée par
l'étude des tremblements de terre antérieurs. Il indique bien une zone de
moindre résistance où se trouvent les accidents tectoniques qui ont joué
lors de cette secousse désastreuse. Le centre de la surface pléistoséiste esL
sensiblement à égale distance des monts Tondo et Sillano. Fivizzano et
Villa CoUemandina, localités qui sont parmi les plus éprouvées, sont situées
il une douzaine de kilomètres de ce point, la première àl'ouest et la seconde
à l'est.
Les zones successives, d'intensité de plus en plus faible, devraient
entourer complètement cette aire comme des auréoles plus ou moins dila-
tées dans certaines directions, plus ou moins resserrées dans d'autres. Or,
s'il en est ainsi sur presque toute la périphérie de cette aire, au Sud, au
contraire, l'intensité passe brusquement de Fintcnsité IX à l'intensité VI.
CiCtte région épargnée, entourée de tous côtés par des territoires pins ou
moins éprouvés, est celle des Alpes Apuanes proprement dites, comprenant
le noyau permien et les affleurements successifs de terrains triasiques et
rhétiens qui environnent ce dernier ! d'une façon assez continue. Cette
puissante masse de roches anciennes, le plus souvent métamorphiques
(micaschistes, gneiss, grezzoni, marbres, schistes et calcaires) a fait ponl.
Il est vrai (jue les points habités y sont rares, mais les localités d'Equi,
d'Ajola, de Monzone, de Vinca, de Sagro, au nord, celles de Serravezza,
de Stazzema, au sud du massif apuan, ont ressenti à peine la secousse. La
faible intensité de celle-ci est attestée par le fait que des maisons à trois
étages constituées par de simples pierres superposées n'ont soulfert aucun
dommage.
En tenant compte de la vieillesse et de la mauvaise construction des édi-
fices situés dans les localités les plus touchées, on peut classer ainsi les
roches formant la zone pléistoséiste suivant une instabilité croissante : cal-
caires et schistes sénoniens, calcaires basiques, calcaire compact de l'Eocène
inférieur, grès et pseudomacigno du Trias supérieur, macigno (Éocène
moyen), schistes de l'Eocène supérieur, diabase d'âge Eocène, conglo-
mérats pliocènes, anciennes moraines, alluvions anciennes et récentes. Les
roches du Permien (micaschistes et gneiss), la grande masse triasique
(grezzoni, marbres, calcaires dolomitiques) qui atteignent dans les Alpes
Apuanes de grandes épaisseurs se sont montrées très stables.
SÉANCE DU t3 Février 1922. 477
Ce tremblement de terre a été ressenti sur une aire dont l'étendue n'est
pas inférieure à 100 000'''"' et a été enregistré par presque toutes les stations
sismologiques du globe. Les ondes sensibles se sont propagées jusque dans
le sud-est de la France où elles ont été observées dans quelques localités
des départements des Alpes-Maritimes, du Var et des Basses-Alpes (').
Cependant feur intensité a été faible (degré III ou II Mercalli) : elles n'ont
été remarquées que par les personnes situées à l'intérieur des habitations et
principalement au deuxième étage. Le séisme a donc pu passer inaperçu en
certains points, d'autant plus qu'au mois de septembre, à l'heure où il s'est
produit (5''55'" Gr.) beaucoup de personnes sont en plein air. Malgré le
peu de données dont nous disposons, jnous pouvons dire que la Corse n'a
pas été touchée par les ondes sensibles; au contraire, dans le sud-est de la
France, ces ondes se sont propagées le long des plis formés de terrains
secondaires qui occupent la dépression comprise entre les masses
cristallophylliennes de l'Estérel et du Mercantour. La ligne où elles n'ont
plus été sensibles commence près de la haute vallée de la Durance (ouest
de la Motte du Caire), passe à l'ouest de Saint-Raphaël et à Test de la
Corse.
GÉOPHYSIQUE. — Phénomènes électriques produits pai les gisements métal-
liques. Noie de MM. C. et M. Schlumberger, présentée par M. Pierre
Termier.
Dans une Communication antérieure ('), l'un de nous a signalé que les
gisements pyriteux produisent spontanément des différences de potentiel
dans les terrains encaissants. Nous avons poursuivi l'étude de ce phénomène
sur de nombreux types de gisements différents d'Europe et d'Amérique et
constaté qu'il est plus général que cela n'était d'abord apparu.
La présence de pyrite n'est en effet pas indispensable. Nous avons trouvé
des différences de potentiel dans beaucoup de cas où ce minéral n'était pas
enjeu, notamment sur des gisements de galène, de mispickel, de sulfures
de cuivre, de cuivre gris, de smaltine, de pyrolusitc, d'anthracite, de
schistes anthraciteux, et sur les canalisations d'eau et de gaz. L'ensemble
(') Une enquête a été faitepar MM. Labrouste et Monnet dans les départements des
Alpes-Marilimes, du \ ar, des liasses-Alpes, des Ilautes-Alpeç, de la Savoie et de la
Corse.
(') C. St'.HLUMBER(;ER, Comptes rendus., t. 170, igio, p. 5 19.
C. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N* 7.) 36
478 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de ces constatations et nos expériences de laboratoire nous conduisent à la
conclusion suivante : Toute masse minérale qui possède la cojicliictibilité élec-
trique métallique continue sur une hauteur suffisante et qui est enfouie dans le
sol de telle façon que certaines de ses parties s'élèvent au-dessus du niveau
hydrostatique, produit dans le terrain humide ambiant des courants électriques,
observables par les différences de potentiel qiiils entraînent.
Pour qu'un gisement produise ce phénomène électrique, nous voyons
d'abord qu'il doit être constitué par un minéral qui possède la conducti-
bilité métallique, ainsi que cela est par exemple le cas de la majorité des
sulfures (la blende exceptée), des arsénio et antimonio-sulfures, des oxydes
de manganèse et de certains anthracites. Les carbonates, les silicates,
Thématite, la limonite sont donc exclus, parce que non conducteurs.
D'autre part, il faut que la minéralisation soit rig-oureusement continue,
ce qui peut d'ailleurs n'être réalisé que par des filaments microscopiques
réunissant les divers cristaux. Cette propriété est très variable d'un type de
minerai à l'autre. Ainsi les sulfures de cuivre sont généralement beaucoup
plus continus que la galène. Les schistes anthraciteux jouissent souvent
d'une belle conductibilité d'ensemble, due aux fines paillettes charbon-
neuses qui se touchent de proche en proche, bien que la teneur totale en
carbone ne dépasse pas quelques centièmes.
Les dilTérences de potentiel s'observent habituellement à la surface du
sol, au-dessus du gisement. Leur valeur maxima dépend dans de larges
limites de la nature de la masse métallique. Elle ne dépasse pas en général
quelques centièmes de volt avec les minéraux peu oxydables et elle peut
atteindre un volt pour les schistes anthraciteux. L'étendue du terrain
alfecté par le phénomène varie naturellement beaucoup avec les dimensions
du gisement. Alors qu'un petit filon ne donne des diJVérences de potentiel
observables à la surface du sol qu'à une distance de 10™ à 20"" de part et
d'autre de son affleurement, cette action peut s'étendre à 200°" ou 3oo™
avec les grands amas pyriteux et même atteindre plusieurs kilomètres dans
le cas des larges bancs de schistes anthraciteux.
L'explication théorique de ces phénomènes paraît êlre la suivante. L'en-
semble de la masse minérale, supposée sensiblement homogène sur toute sa
hauteur, plonge dans l'électrolyte que constitue l'humidilé des roches
ambiantes. Dans les parties voisines de la surface, l'eau d'imbibilion du
sol est riche en oxygène. Elle en est à peu près dépourvue, lorsque l'on
s'enfonce au-dessous du niveau hydrostatique, comme le montrent les
analyses des gaz dissous dans l'eau des sources profondes. Celte dissymétrie
SÉA.XCE DU l3 FÉVRIER I922. /^yg
de réleclrolyte environnant le minerai produit un courant électrique,
qui tend à rétablir la symétrie. En ell'et, nos observations montrent que
le sens du courant est tel que celui-ci s'écoule de haut en bas dans
le gisement pour se refermer de bas en haut par le sol. En profondeur, les
fdetsde courant sortent du minerai. lis y rentrent près du jour. L'action
électrolytique contre les parois du gisement consiste donc dans la for-
mation d'oxygène dans les régions profondes, où l'humidité n'en contient
pas, et d'hydrogène dans les parties hautes, où le sol est largement aéré.
Cet hydrogène naissant sort du circuit, en se combinant à l'oxygène dissous
pour donner de l'eau.
En résumé, on est en [)résence d^une vaste pile à gaz, dont l'action
revient en définitive à diffuser Toxygène de l'atmosphère à l'intérieur de
la croule terrestre. Grâce à l'effet électrolyticjue, l'oxygène s'enfonce le
long des parois du gisement et, à toute molécule qui apparaît ainsi en pro-
fondeur, correspond au jour une autre molécule qui disparaît par combi-
naison avec de l'hydrogène.
En ce qui concerne l'ordre de grandeur, il semble qu'un courant total
d'un dixième d'ampère, convenablement réparti dans le sol, soit largement
suffisant pour produire les différences de potentiel que Ton observe au-
dessus d'un gisement de dimensions déjà notables. Ce dixième d'ampère ne
transporte en profondeur que moins de i^ d"oxygène par 24 heures, ce qui
est une quantité relativement très faible.
Pour que la pile continue à fonclionner et ne se polarise pas, il est néces-
saire que la dissymétrie originelle subsiste, c'est-à-dire que Toxygène, libéré
dans les parties profondes, s'élimine en même temps qu'il se forme. Il peut
pour cela soit se diffuser lentement dans les terrains encaissants, soit mieux
se combiner sur place en oxydant le minerai ou les corps immédiatement
en contact avec lui. On voit donc que les minerais oxydables constituent
eux-mêmes le dépolarisant de la pile et qu'ils sont particulièrement aptes à
produire des phénomènes intenses, ainsi qu'on le constate ellèclivement
pour les anthracites et les sulfures métalliques. Les gisements de manoir-"
nèse, où de la pyrolusite superficielle se continue en profondeur par du car-
bonate de manganèse, représentent un exemple différent. La pyrolusite
étant métalliquement conductrice, aloi s que le carbonate ne Test pas, l'oxy-
gène se dépose dans la zone de contact de ces deux minéraux et oxyde le
carbonate, qu'il transforme peu à peu en bioxyde.
D'après nos essais, il semble que la différence de température entre le
fond et le jour n'intervienne pas d'une manière importante. Par contre, la
48o ACADÉMIE DES SCIENCES.
pression, qui est considérable en profondeur, doil jouer un rôle en faci-
litant la dissolution de Foxygène et sa combinaison.
Des expériences de laboratoire permettent très facilement de reproduire
en petit l'essentiel de ces phénomènes. Il suffit de noyer un morceau de
minerai au milieu de sable argileux humide dans un vase en verre, de
chasser soigneusement Toxygène libre par une ébuUition prolongée, puis
de laisser l'action de l'air s'exercer lentement. L'oxygène se dissout peu à
peu dans l'humidité du sable à la partie supérieure, la dissymétrie de
l'électrolyte se crée ainsi comme dans le sol naturel et la pile à gaz entre en
fonctionnement. Les différences de potentiel que l'on constate entre les
divers points du sable sont de l'ordre de grandeur de celles oi)servées sur
les gisements naturels et le sens du courant électrique y est le même.
BOTANIQUE. — Le mucilage chez les Urticées.
Note de M. Paul Guérin, présentée par M. L. Guignard.
Parmi les Urticacées, certaines Ulmacées sont connues depuis longtemps
comme pourvues de principes mucilagineux. Quant aux Urticées propre-
ment dites, elles n'ont, à cet égard, donné lieu jusqu'à présent qu'à un
nombre très restreint d'observations.
Moeller (') semble être le premier qui ait remarqué dans le parenchyme
cortical de la lige du Bœhmeria polyslachya Wedd. des cellules à contenu
visqueux. Plus tard, Engler (-) signale dans la moelle et dans l'écorce des
Bœhmeria plcayphylld Don et Hamilt. et Piptin^us argenteus Hort. la pré-
sence de conduits mucilagineux lysigènes. En igoS, Quanjcr (^) mentionne
de semblables éléments dans les grosses nervures foliaires du Laportea sti-
mulans Miq. var. costala. Plus récemment, F. Schorn (^) constate l'exis-
tence de mucilage chez le Pellionia Daveauana N. E. Br., le Girardînia
palinata Gaud., le Split gerbera japonica Miq. {^= Bœhmeria biloba Wedd.)
et dans l'épiderme des écailles membraneuses des bourgeons de VUrtica
dioica L.
(*) J. Moeller, AnaLomie der Baunirinden^ 1882, p. 85.
(-) A. Engler, Die iiatiïrL Pjlanzenf.^ III, 1, Ufticaceœ, p. loi.
(■*) Qlanjer, Anat. Bouw.^ etc., in Natuurkund. Verhandel. Haarlern, III, 5,
igo3 {Artocarpus^ Laportea).
(*) F. Schorn, Ueber Schleimzellen bei Llriicaceen and aeber Schleimcyslolilhen
von Girardinia palmata Gaad. (Silzb. d. matkeni. nala/^v. KL; 116, I, 1907, p. 3(jo-
4i<», 2 Taf.).
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 481
En 1910, nos rcclierclies (') apportaionl à cette élude un<' nouvelle con-
tribution, en montrant que le mucilage était répandu non seulement chez
plusieurs liœhmeria ôan^^ lesquels il n'avait pas encore été signalé, mais aussi
dans un grand nombre de représentants du genre Urera.
Le dernier travail sur cette question est, à notre connaissance, celui de
N. Wille (-) qui, en rQii, décrit la formation de canaux mucilagineux
chez \e Myriocarpa cordifolia Liebm.
Des recherches plus approfondies nous ont permis d'établir que la répar-
tition des cellules à mucilage chez les Urticées est beaucoup plus vaste
encore qu'on ne Ta indiqué jusqu'ici. Sur une quarantaine de genres que
comprennent les Urticées, 35 se trouvent actuellement étudiés, parmi
lesquels 16 renferment des espèces pourvues de mucilage. Ces genres sont
les suivants :
Urérées : Urtica (i) ('), Nanociiidc (i), Gyrotœnia (i), Urera (7),
Laportca (6), Girardinia {JS^ .
Procridées : Achudemia (i), Lecanthiis (i). Pellionia (6), Etatostema (8),
Procris ( 3 ) .
Bœhmériées : Bœhmeria (6), Pouzolzia (5), Pipturus (2), Debregeasia{i),
Myriocarpa (4).
Le mucilage ne semble pas exister chez les Pariétariées et les Forskoh-
léées.
Les Urera, Laporlea, Girardinia, Pellionia, ELatoslema, Procris, BœJimeria et
Myriocarpa sont les genres chez lesquels le mucilage se rencontre le plus fréquem-
ment. iMais alors que chez les Pellionia, Procris et Myriocarpa, toutes les espèces
semblent en être pourvues, dans les autres genres, au contraire, telles espèces sont
riches en mucilage, tandis que d'autres en sont totalement privées.
Parfois le mucilage semble n'exister, dans un genre donné, que d'une façon tout à
fait exceptionnelle. Le Debregeasia Wallichiana Wedd., par exemple, possède dans
le parenchyme cortical et la moelle de la tige d'abondantes et énormes cellules à muci-
lage, à l'inverse des D. velutina Gaud., D. hypoleuca Wedd., D. edulis Wedd. et
D. longifolia Wedd. qui n'eu renferment aucune.
La répartition des cellules à mucilage dans les divers organes peut offrir, dans le
même genre, d'une espèce à l'autre, de grandes variations. Tel est le cas, par exemple ,
du genre Laportea.
(') P. GuÉRiN, Bull. Soc. Bot. de France, t. 57, p. 899-406, 4 figures.
(") N. Wille, Biol. Arb. tilegn. Eug. Warming, 3 novembre 191 1, p. 265-279,
\i figures.
(') Le chiffre placé entre parenthèses, à la suite de chaque nom de genre, indique
le nombre d'espèces chez lesquelles la présence de mucilage a été constatée jusqu'ici.
482 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Chez les /.. plaLycarpa Wedd. et L. SchotnbiirgLii versicolor Hort., le paren-
chyme cortical de la tige est dépourvu de mucilage. Peu abondantes dans celte
région, chez le L. nniolissinia Miq., les cellules à mucilage y sont, au contraire, très
nombreuses, cliez le L. sLimulaiis Miq. La moelle de toutes ces espèces possède un
très grand nombre de cellule, mucilagineuses. Dans le L. plaLycarpa Wedd. seul, le
parenchyme ligneux en est abondamment pourvu, aussi bien dans la tige que dans la
racine.
La feuille du L. platycarpa Wedd. est complètement privée de mucilage. Chez les
L. amplissima M'u\. et L. longifolia liemsl., au contraire, cette substance abonde
dans le parenchyme des nervures et dans de grandes cellules de Pépiderme supérieur
du limbe où elle se trouve isolée, par une cloison cellulosique, du reste de la ca\ité
cellulaire.
D'ordinaire plus grandes que les cellules Aoisines, et parfois Aolumineuses, les
cellules à mucilage sont le plus sou\ent isolées. Lorsqu'elles sont accolées, elles
peuvent se fusionner et donner naissance à une poche l^'sigène plus ou moins grande.
Mais cette transformation ne s'observe guère que lorsque les cellules à mucilage sont
disposées en file. Dans ce cas, par suite de gélification de leur paroi transversale, il
peut se produire, comme chez les ELatostema sinuaturn Hassk. et E. stipiiaLum
Wedd., de longs et énormes conduits mucilagineux, ofïrant même, chez les Myrio-
carpa {M. cordifolia Liebm., M. longipes Liebm., M. slipitala Benth., M. hetero-
stachya 3. Donnell), l'aspect de canaux à mucilage.
Les cellules à mucilage que l'on observe, en abondance, dans la moelle de la lige de
certains Pouzolzia {P. zeylanica Beun., P. arabica Dell., P. guineensis Benth., etc.)
n'affectent aucune forme distincte de celle des cellules voisines. Mais, au lieu d'appa-
raître sous forme de strates apposées par le protoplasme sur l'une des faces de la
cellule, le mucilage paraît s'être déposé en couches successives autour d'un pied très
court, de façon à simuler, dans l'ensemlile, la disposition que F. Schorn a observée
chez le Girardinia palniala Gaud. et qu'il a qualifiée de cystolithe mucilagineux.
Quoi qu'il en soit, le mucilage des Urticées offre, dans tous les cas, les réactions
des mucilages pectosiques.
En résumé, le mucilage se li^ouve largement réparti chez les Urticées, et
sa présence possible dans les divers organes de ces planles constitue nu
caractère de réelle valeur, digne de s'ajouter aux particularités anato-
miqaes (fibres, cystolithes) des repi^ésentanls de cette tribu.
En se basant sur des caractères purement morphologiques, Weddell,
cherchant à établir les affinités des Urticées et comparant ces plantes avec
les Tiliacées, écrivait : « l'affinité des deux groupes ne me semble donc pas
devoir être mise en doute ». L'existence, chez les Urticées, de cellules à
mucilage analogues à celles des Tiliacées constitue itn nouvel argument en
faveur de cette opinion; nos recherches viennent confirmer la manière de
voir du savant monographe des Urlicées.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 483
BOTANIQUE. — Les Neophloga, Palmiers de Madagascar.
Note de M. H. Jumelle, présentée par M. Gaston Bonnier.
L<»s Neophloga constituent, avec les Dypsis et les Chrysalidocarpus^ les trois
genres de Palmiers qui sont le plus largement représentés à Madagascar.
Si nous ajoutons aux espèces déjà signalées par d'autres auteurs, et notam-
ment par Beccari, les espèces nouvelles que nous avons pu reconnaître en
ces dernières années et que nous décrirons ultérieurement, nous pouvons
citer actuellement dans noire colonie 19 espèces de Dypsis^ 27 espèces de
Neophloga et il\ espèces de Chrysalidocarpus .
Les trois genres sont d'ailleurs très voisins, et il n'y a même en réalité
que les Dypsis qui puissent facilement être séparés des deux autres, grâce à
leur androcée à trois étamines. Entre les Neophloga et les Chrysalidocarpus ^
dont l'androcée est à six étamines, il n'est pas de limite nette, puisque
Beccari lui-même reconnaît que les deux genres se distinguent bien plus
par leur port que par leurs caractères floraux. On conçoit que, dans ces
conditions, il puisse y avoir — et il y a en effet — quelques espèces qui, inter-
médiaires entre les deux types, restent de place un peu douteuse.
Mais, ces deux ou trois espèces mises à part, et en ne retenant que
l'ensemble des caractères qui correspondent respectivement aux deux
groupes formés par des espèces qui sont nettement des Neophloga ou des
Chrysalidocarpus, on peut réussira définir comme il suit le genre Neophloga.
Ces Neophloga sont de très petits Palmiers poussant généralement en
touffes. Par exception, le ^V. Cataiiana, de la forêt orientale, est à tronc isolé
et sans rejets. Les tiges, bien souvent, ne dépassent pas i"^ de hauteur. Les
espèces les plus élevées sont le A^. lanceolata de l'Analamazaotra ( 1™ à 'j"*)
et le A^. isaralanensis (2"^ à 4'")- Le N. procumbens ^ du bassin du Matitana,
à 1000"' d'altitude, a une tige de 4'" de longueur et de 2"" au plus de dia-
mètre, mais ordinairement couchée et appuyée sur les buissons des alen-
tours. Le N. mananjarensis est à tronc de i™ à 3"\ Le N. Poivreana, de la
région de Fénérive, atteint 2"\
Toutes ces tiges sont grêles et ont rarement plus de 2*"™ d'épaisseur,
comme dans ces N. mananjarensis et Poivreana (S'^"*). Bien souvent,
comme dans les NeopJdoga lutea, d'AmbatovoIa, Thyriana, de la baie
d'Antongil, concinna, de l'Analamazaotra, emirnensisy lucens, de la baie
d'Antongil, rhodotricha^ de l'Analamazaotra, vers 800"', elles ont, au
plus, i'"^.
484 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les feuilles sont fréquemment à limbe simple, exceptionnellement entier
et à bords seulement dentés dans le A^. intégra, des rives du Simiane, à peu
près toujours plus ou moins profondément échancré, comme dans les
N. simiane nsis, liicens, Poivrcana, liernicriaua et lutea.
Ces six espèces sont, du moins, celles chez lesquelles nous ne connais-
sons jusqu'ici que celte forme, sans pouvoir affirmer qu'elles ne possèdent
pas, d'autre part, des feuilles penniséquées. Et c'est là, en effet, ce qui com-
plique encore l'étude des Neophloga, comme des Dypsis. Rien ne permet de
dire que ces Palmiers à feuilles simples soient toujours des formes jeunes de
Palmiers a feuilles plus tard divisées, car ils fleurissent et fructifient nor-
malement, et le A^. Poi^reana, une des plus hautes espèces du genre, semble
toujours à limbe simple. 11 est cependant des espèces chez lesquelles les
deux formes foliaires sont connues, soit que ces deux formes se trouvent
sur le même pied, comme chez le N. heterophylla ^ du Centre, et le N. Majo-
rana, soit qu'elles soient portées par des pieds différents, .comme chez le
A^. concinna et le N. Calaliana. Il est donc possible que des rapprochements
ultérieurs soient à faire pour certains de ces Palmiers dont on ne connaît
actuellement que la forme. à limbe simple.
Une autre caractéristique de la feuille des Neophloga est la brièveté ordi-
naire du pétiole, qui manque dans les N. lucens, occidentaJis, liitea, Perrieri
et procumhens, et est excessivement court dans les A''. Peivillci, du Nord-
Ouest, rhodoiricha, Thyriana, concinna, heterophilla, emirnensis, ainsi que
dans le A^. H ncaj-is du ^ây s Tanala. Le pétiole ne devient plus long- (7'™ à 8"^^"')
que dans les A^. Poivreana, Bernieriana, tsaratanensis , mananj are nsis et ian-
ceolata. Très exceptionnel serait, à cet égard, le N. digilata, de Mananjary,
pour lequel Beccari signale un pétiole de So*^™ à 40''".
Ce A^ digitata est un très petit Palmier à spadice simple, et c'est ce qui le
fait ramener par Beccari aux Neophloga, car les Chrysalidocarpus auraient
toujours un spadice une ou deux fois ramifié. Au contraire, le spadice est
ordinairement simple dans les A^. intégra, simianensis, lucens, Poivreana,
Bernieriana, digitata, Penillei^ occidentalis, Curtisii, tsaratanensis, rarement
bifurqué dans le A^. Catatiana, ou trifurqué dansle A^. rhodotricha. Il est tou-
jours une fois ramifié dans les A^ lutea, Thyriana, Majorana, concinna,
Perrieri, procambens ai majiaTijarensis, qui sont pourvus de deux spathes, el
dans les A^. heterophylla, emirnensis, linearis et lanceolata, qui ne possèdent
qu'une spathe. Le spadice est deux fois ramifié dans les A". Scottiana, Com-
mersoniana et corniculata .
Chez les Chrysalidocarpus, ces inflorescences toujours ramifiées sont, en
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 485
oulre, beaucoup plus fortes, à rameaux plus épais; et ce caractère est en
rapport avec tous les autres caractères du genre, dont tous les représentants
typiques sont des Palmiers beaucoup plus robustes*que les Neophloga, k
tronc de plusieurs mètres de hauteur, avec des feuilles à fortes gaines, aux-
quelles succèdent brusquement de longs pétioles; et le limbe est composé
de très nombreux segments droits ou à peine falciformes.
BOTANIQUE. — Sur la signification des canalicules de Holmgren. Note de
MM. A. GuiLLiERMOJiD ct G. Ma.vgenot, présentée par M. Gaston
Bonnier.
Sous le nom de trophosponge^ Holmgren a décrit un réseau de cana-
licules creusés dans le cytoplasme de diverses cellules animales; selon cet
auteur, ces canaux représenteraient des prolongements intracellulaires des
espaces conjonctifs interstitiels, dans lesquels circuleraient les c( sucs » du
milieu intérieur. Ces formations, connues aujourd'hui sous le nom àe cana-
licules de Holmgren^ ont été retrouvées dans de nombreuses cellules ani-
males, et diversement interprétées. L'hypothèse de Holmgren paraît aban-
donnée; certains cytologisles admettent que les a canaux du suc » sont des
artefacts, tandis que d'aulres les considèrent comme représentant des
vacuoles; enfin, on a rapproché ces formations de l'appareil réticulaire de
Golgi.
On sait que certains travaux modernes ont démontré que les vacuoles
des cellules végétales renferment une substance colloïdale douée du pouvoir
de fixer les colorants vitaux, et que, à certaines phases du développement
cellulaire, en particulier dans les cellules embryonnaires, les vacuoles sont
réparties dans le cytoplasme, à l'élat d'inclusions fort petites, à contenu
très condensé, semi-fluide, et offrant Taspect caractéristique des chondrio-
somes. Les grosses vacuoles typiques existant dans les cellules adultes
résultent de l'hydratation et de la fusion de ces petites vacuoles.
Les recherches de l'un de nous ont démontré que les formes mitochon-
driales revêtues à certaines phases [)ar les éléments vacuolaires, ne corres-
pondent pas à des chondriosomes : elles n'ont aucun des caractères micro-
chimiques de ces organites, et s'en distinguent surtout parce qu'elles fixent
les colorants vitaux et ne se colorent pas par les méthodes mitochondriales.
Ces formations ne se retrouvent d'ailleurs pas dans toutes les cellules et,
486 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dans de nombreux cas, les vacuoles des cellules embryonnaires se présentent
sous forme de petits éléments ne rappelant en rien les chondriosomes. Par
contre, quelles que soient leur forme, elles renferment toujours des subs-
tances de nature chimique d'ailleurs variable (protéine, composés pliéno-
liques, métachromatine), susceptibles de fixer les colorants vitaux. Les
formes mitochondriales des vacuoles seraient, d'après l'un de nous,
à rapprocher des canalicules de Holmgren et de l'appareil réticulaire
de Golgi.
Nous sig'nalerons ici un Mémoire déjà ancien de Bensley ('), à peine
connu des botanistes; le savant américain arrive à des résultats auxquels se
superposent parfaitement ceux obtenus par l'un de nous. A l'aide de mé-
thodes spéciales, Bensley a suivi l'évolution du système vacuolaire dans la
racine àWIlium Cepa. Il constate que les grosses vacuoles des cellules
adultes résultent du gonflement et de la fusion de fins canalicules formant,
dans ce cytoplasme des éléments du méristème, une sorte de réseau. Par les
mêmes techniques, il met en évidence, dans certaines cellules animales, des
forinaLions analogues correspondant aux canalicules de Holmgren ; il
n'hésite pas à assimiler les figures obtenues dans V Allium Cepa à celles
décrites par Hohugren et leur attribue la signification de jeunes vacuoles.
Mais ces résultats demeurent un peu incertains, car Bensley n'a pu réussir
à nettement contrôler sur le vivant les aspects produits par ses fixations.
Des recherches effectuées, soit par les méthodes de Holmgren, soit surtout
par celle de Bensley, nous ont amenés à confirmer les résultais de ce der-
nier et l'hypothèse formulée par l'un de nous.
Etudions, pour résumer nos observations, la racine d'Orge. Dans les
cellules les plus jeunes, le système vacuolaire se présente sous forme de
minces filaments neutrophiles onduleux et souvent anastomosés {fig. i),
rappelant un chondriome et, parfois, plus encore, un appareil de Golgi.
On as.siste, dans les régions plus différenciées, à l'hydratation et au gonfle-
ment de ces éléments qui, peu à peu, par fusion, constituent de grosses
vacuoles fluides dont le contenu ne se colore plus que faiblement. Cet
objet ne permet pas l'observation vitale du chondriome, mais, dans
l'épiderme des très jeunes feuilles à' Iris germa nica, où existent les mêmes
formations, on peut voir simultanément le système vacuolaire teint par le
rouge neutre et le chondriome, qui reste incolore.
(') On the canalicular apparatus of the animal cells {Biôlogical Bulletin,
vol, 19, 1910).
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 4^7
Par la méthode de Regaud, on obtient une belle coloration du chondriome
des cellules méristématiqaes de la racine d'Orge; par contre, le système
vacuolaire ne se teint pas, au moins dans les préparations réussies; mais il
est visible, dans les régions les plus jeunes, sous forme d'un réseau de
minces boyaux incolores, très semblables aux canalicules de Holmgren.
10
■''1 ^
ffUSI^
11
S\5tème vacuolairf clans la racine d'orbe.
La technique de Bensley reproduit les mêmes aspects, avec une extrême
netteté. Dans les préparations obtenues par ce procédé, le chondriome reste
invisible, mais on retrouve les formations filamenteuses que le rouge neutre
teint sur le vivant : ce sont de minces canalicules, simples ou ramifiés, in-
colores et se détachant, comme découpés à l'emporte-pièce, sur le cyto-
488 ACADÉMIE DES SCIENCl'S
plasme gris foncé (yfig. 2 à 9). En s'éloignant du méristème, on voit que
ceux-ci s'anastomosent et se gonflent, pour produire, dans les tissus adultes,
de grandes cavités aussi nettement marquées, répondant aux vacuoles
depuis long'temps connues i^fig- 10 et 11).
Tous ces faits nous permettent de conclure que les canalicules de Ilolm-
gren ne sont pas des artefacts, mais re})résentent certaines phases du sys-
tème vacuolaire, bien connues aujourd'hui dans la cellule végétale, encore
ignorées dans la cellule animale.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Action des sds soluhles de plomh sur les plantes.
Note de M. Eugène Boxnet, présentée par M. Gaston Bonnier.
Des expériences faites en 1914 ont porté sur une série de plantes : Blé de
Bordeaux, Sarrasin, Lupin, Cresson alénois. Radis, Lentille, Chou, etc.
Les graines, préalablement désinfectées à l'alcool absolu, étaient mises à
germer dans une assiette contenant de l'eau redistilléc dans des appareils
de verre (' ). Elles étaient placées ensuite dans des solutions titrées des sels
de plomb, lorsque la racine avait atteint quelcpies centimètres de long. On
avait soin de choisir pour chaque expérience des plantules présentant entre
elles des caractères extérieurs aussi semblaljles que possible. Les solutions
employées étaient obtenues en dissolvant la molécule du sel (azotate de
plomb = 33i^; acétate de plomb := 379^), dans un nombre de litres d'eau
redistillée variant de i à 5ooo. Le titre de la solution est indiqué parla
notation suivante : -N/iSog, par exemple, qui signifie que 33i^' d'azolate
de plomb ont été dissous dans i5oo' d'eau. Les sels de plomb employés
étaient purifiés aU préalable par deux recristallifations successives dans de
l'eau redistillée. Le matériel consistait en flacons, ditsco/^ droits de i5o"""
à 200""', fermés par du papier paraffiné, percé de trous pour le passage des
racines. J'ai de plus employé de simples tubes à essais, dont la partie supé-
rieure, étranglée, formait support })0ur une seule graine.
Des nombreuses expériences instituées à cette époque, il s'est dégagé les
résultats généraux suivants :
(*) H. CoupiN, Sur la toxicité comparée des divers composés métalliques à V égard
des végétaux supérieurs ^Ass. franc, pour rAçancement des Sciences, Congrès de
Paris, 1900, p. 63'2 ).
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 48f)
i" Les plantes soumises à une dose forte de sel (solutions déci normales)
absorbent le ploml), qu'on décrie facilement dans l'écorce de la racine, et là
seulement. Ceci confirme les résultats obtenus par Jean de Rufz de
Lavison (' ).
2° Le plomb disparu dans les solutions se retrouve intégralement dans
les cendres des racines de la plante en expérience. On n'en trouve pas trace
dans les cendres des tiges ou des feuilles.
3" Les solutions décinormales d'acétate ou d'azotate de plomb sont
toxiques pour le blé (tué en 20 jours), le sarrazin (tué en 7 jours), le lupin
(tué en 4 jours), la balsamine (tuée en 2 jours). Les sels de magnésium,
potassium ou de calcium ne se sont pas montrés des antitoxiques du plomb,
aux doses employées.
4° L'acétate et l'azotate de plomb donnent des résultats identiques sur le
blé et le cresson. Plus la plante est mise jeune en expérience, plus elle est
sensible au })oison, pris à la même dose.
5° Plus la dilution du sel est grande, moins l'absorption de ce sel est
active.
6° La transpiration a été nettement diminuée dans les plantes soumises
aux sels de plomb, comparativement aux plantes poussant dans l'eau pure.
7° Lorsque l'on place pendant un temps variable des graines de diverses
plantes dans des solutions fortes de sels de plomb (N/io à N/5o) et qu'on
les met à germer, on constate que certaines graines (lentilles) sont très
sensibles au poison : après un jour d'action, toutes les graines sont tuées.
D'autres (radis, cbou) sont assez sensibles : elles sont toutes tuées après
2 jours d'action. D'autres enfin (blé) sont peu sensibles et peuvent germer
même après 19 jours d'action du sel.
Les recherches de 1921 ont été faites dans les mêmes conditions expéri-
mentales qu'en 1914- Bien cjn'il ait été démontré récemment (-) que l eau
redistillée dans des appareils de verre n'était pas absolument pure, j'ai
néanmoins continué à employer ce licjuide pour toutes mes expériences; en
effet, les plantes d'une même expérience se trouvant toutes dans des condi-
(') Jean de Rufz de Lavison, Recherches sur la pénétration des sels dans le proto-
plasma et sur la nature de leur action toxique {Ann. Se. nat. Botanique, 9^ série,
t. ik, 191 1).
(^) J. MAQUENNEet Demoussy, In/luence des matières minérales sur la germination
[Annales de la Société agronomique, 6"= série, mai-juin 1921, p. i i3).
490 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lions aussi identiques que possible, les résultais nie semblent pouvoir être
comparés.
Les expériences ont confirmé les résultats obtenus en 191/^, concernant
l'absorption de plomb par les racines et Faction du plomb sur la germina-
tion des graines. Elles ont aussi montré que les sels de plomb déterminent
des modifications importantes dans la morphologie extérieure de l'appareil
radiculaire ('). Tandis que, dans l'eau pure, les racines sont longues et
abondamment ramifiées, grêles et dépourvues de poils absorbants, dans les
solutions de plomb elles sont courtes, épaisses et pourvues de poils absor-
bants nombreux (blé, orge). Les Tableaux suivants permettront de préciser
ces résultats en ce qui concerne les allongements :
Longueui' des racines
(ea millimètres)
Longueur des tiges
( en milfiiiiélres )
Solutions employées.
Blé (âgé de 5 jours).
Eau 3o iio-ii5
Azotate de plomb de N/iooo à ) „ o r-
-, , ' } ûO 60-bo
JN/2000 )
Pois (âgé de 4 jours)
Eau /40 108
Azolale de plomb N/'iooo.. . . 4o 46
» N/iooo. ... 4o 43
» N/iooo. ... [\o 47
au
après
aprés
après
au
après
après
après
début.
"di-
17j.
30j.
début.
"j-
lîj.
30 j.
■45
45
90
10
I I 2
10
90
10
5o
10
95
Fèves.
Eau
55
i4o
170
3()
,75
(?)
Azotate de
ploiii
1j
rs'/'^ooo. . . .
3o
3o
»
N/1700.. . .
5
5
20
20
))
N/i,5oo
9
9
20
23
»
^/l2oo. . . .
5
5.
10
10
»
^7looo. . . .
6
6
10
20
2i)
100
1 00
100
20
(?)
20
20
29
3o
3o
24
24
24
24
29
3o
3o
3o
3i
3i
3i
32
On peut constater, d'après ce dernier Tableau, que, tandis que la crois-
sance de la tige est arrêtée par l'action du sel de plomb, la croissance de la
(') H. CoupiN, Action nocive du carbonate de magnésium sur les végétaux
{Comptes rendus, t. 166, 1918, p. 1066).
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 491
racine coiUinuc à s'eflectuer, plus lenlement que dans Teau pure, mais à peu
près dans les mêmes proportions. On voit en effet que, dans Teau pure, la
racine a passé de 55"'" à lyj™'" (c'est-à-dire a environ triplé), de même dans
l'azotate à N/i5oo et à N/iooo, la racine triple à peu près de longueur
puisqu'elle passe de 9 à 23 dans le premier cas, et de 6 à 20 dans le second.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les ixiriations de la teneur en manganèse ch s
feuilles avec T âge. Noie de M. Gabriel Bertrand et do M'"*^ M. Rosen-
BLATT, présentée par M. Roux.
Les feuilles coniiptenl parmi les organes végétaux les plus riches en man-
ganèse, ainsi qu'il ressort des travaux de Pichard, de Passerini, de Jadin ot
Astruc, de ceux que nous avons nous-mêmes récemment publiés ('). Mais,
tandis que Pichard semble admettre que les plus jeunes de ces organes sont
ceux qui renferment le plus de métal, Jadin et Astruc émettent une opinion
formellement opposée (-).
Or, si l'on se rappelle, d'une part, le rôle attribué au manganèsedans la
constitution de lalaccase et dans certains phénomènes oxydasiques, d'autre
part, la richesse plus grande en laccase des jeunes feuilles que des vieilles ('),
on est conduit à supposer que ce n'est pas chez ces dernières qu'il doit v
avoir la plus haute teneur en manganèse, à moins qu'il intervienne dans
l'enrichissement des feuilles en métal une raison physiologique nouvelle
dont il serait alors intéressant de déterminer la nature.
Cette considération nous a engagés à examiner de très près les variations
de la teneur en manganèse des feuilles avec l'âge. En dosant le métal, non
plus dans deux lots extrêmes de feuilles, jeunes et vieilles, comme cela avait
paru suflisant à nos devanciers, mais dans une série de feuilles, prises les
unes à la suite des autres et au même mornent sur les tiges d'une plante,
depuis la plus jeune jusqu'à la plus âgée, puis en répétant ces détermina-
tions sur des espèces assez nombreuses et bien différentes, nous avons
trouvé que les variations de la teneur en manganèse des feuilles avec l'âge
obéissaient à des règles plus compliquées que celles apparues d'abord, soit
à Pichard, soit à Jadin et Astruc.
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 1118.
O Comptes rendus, t. 156, 191 3, p. 2028.
(^) Gabriel Beutrand, Comptes rendus, t. 121, 189.5, p. 166.
/|92 ACADÉMIE DES SCIENCES^
En rapportant les résultats obtenus à la matière fraîche et à la matière
sèche de leurs feuilles, les plantes que nous avons examinées se partagent,
en eflet, en quatre groupes.
Il y en a, comme la betterave, chez lesquelles la proportion de manga-
nèse semble maxima dès le début du développement de la feuille; la propor-
tion diminue ensuite peu à peu avec l'àgc, presque jusqu'à la fin, où elle se
relève légèrement.
Il y en a d'autres, telles que la rose trémière, le cytise, le lierre, le tabac
des paysans, l'iris, le buis, l'if, qui se comportent à peu près comme la
betterave, mais où le phénomène de relèvement final delà teneur en manga-
nèse est plus rapide et peut devenir assez important (cytise, lierre, iris,
buis) pour que les feuilles âgées arrivent à être plus riches que les jeunes.
Un troisième groupe comprend les plantes, comme le fusain du Japon,
le lilas, le marronnier rouge, le sureau, le seringa, le troène, chez lesquelles
la proportion du manganèse augmente d'abord rapidement, de telle sorte
qu'elle est maxima chez des feuilles encore jeunes, puis va en diminuant
d'une manière très nette, jusqu'à atteindre, dans certains cas, un chiffre
inférieur à celui des plus jeunes feuilles, ^Chez le lilas, le seringa et le troène,
la teneur reste cependant plus élevée à la fin qu'au début.
Enfin il y a un quatrième groupe, dans lequel figurent la clématite des
bois et l'arbre de Judée, où la proportion de manganèse paraît aller sans
cesse en augmentant.
Cette classification n'est toutefois pas absolue; certaines espèces sont, en
quelque sorte, à cheval sur deux groupes. Ainsi, l'aucuba se range à coté
de la betterave si l'on considère la teneur en manganèse par rapport à la
matière sèche et rentre dans le groupe suivant si on la considère par rapport
aux feuilles fraîches.
Les cendres donnent lieu à des observations analogues aux feuilles, mais
les variations de la teneur en manganèse n'y sont pas toujours parallèles
à celles qui se produisent dans les organes d'où elles proviennent. Cela
tient évidemment à ce que les phénomènes d'absorption et de migration
ne sont pas quantitativement les mêmes pour toutes les substances miné-
rales. Un certain nombre de recherches auxquelles nos analyses apportent
une importante contribution, tendent à établir l'indépendance qui existe
à cet égard entre les divers métalloïdes et métaux qui entrent dans la com-
position des plantes. En ce qui concerne le manganèse, nous avons trouvé
(jue les jeunes feuilles, récollées dès le début ou peu après, laissent gêné-
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 49^
ralemenl des cendres plus riches que ne le font les feuilles âgées. Ainsi,
parmi les 17 espèces de feuilles étudiées par nous, deux seulement, celles
de cytise et de clématite, ont fait exception à cette règle (').
Il n'est pas impossible, il est même probable que les différences indivi-
duelles, la saison, le terrain, l'exposition même, modifient dans une cer-
taine mesure la marche et l'intensité du phénomène d'accumulation du
manganèse dans les organes des plantes, que ces causes puissent aller
jusqu'à changer la place de telle ou telle espèce dans les groupes que nous
avons distingués. Mais ce ne sont là que des questions de détail. Ce qui se
dégage le plus nettement de l'ensemble des recherches que nous venons de
présenter, c'est que la teneur en manganèse présente un maximum dans la
première période de développement de la feuille, parfois dès l'apparition
de celle-ci, d'autres fois peu de temps après. La teneur en métal subit dans
la suite un fléchissement plus ou moins accentué et plus ou moins pro-
longé; souvent, enfin, on assiste à un relèvement final, tantôt faible, tantôt
assez marqué pour que la proportion de métal contenue dans l'organe soit
plus grande à la fin qu'au début. Il serait intéressant de déterminer dans
quelle mesure le premier maximum est en rapport avec les fonctions de la
feuille, par exemple, avec son activité respiratoire; de rechercher ensuite
si le second maximum ne correspond pas seulement au dépôt d'un excès
de métal devenu inutile, peut-être même nuisible.
CHIMIE AGRICOLE. — La Stérilisation partielle du sol. Note de Mi\I. Gustave
Rivière et Georges Pichard, présentée par M. L. Maquenne.
Lorsqu'on incorpore de l'arséniate de soude à un sol on constate qu'il se
produit une modification profonde de sa faune et de sa flore bactérienne.
Comme avec la plupart des antiseptiques déjà essayés, les protozoaires
qui détruisent les bactéries utiles périssent en grand nombre sous l'influence
de ce sel, sans que les végétaux supérieurs en souffrent, à la condition, bien
entendu, que les doses d'arséniate employées n'atteignent point une
certaine limite, qui est d'environ lo^ par mètre carré.
Il en résulte une action favorable sur la culture : c'est au moins ce qui
ressort des expériences que nous avons organisées, avant et depuis la
(') D'autres détails et les données analytiques paraîtront dans un Mémoire ultérieur.
C. R., 1912, I" 5emes//«. (T. 174, N» 7.) ^^7
494 ACADEMIE DES SCIENCES.
g'uerre, sur des surfaces relativement importantes (lo ares) et sur diverses
plantes dans des sols de compositions variées.
Le Tableau suivant donne quelques-uns des résultats que nous avons ainsi
obtenus dans deux séries d'expériences dont Tune, déjà ancienne, remonte
à 190G.
Arséniate employé Rendement en grains Excédents de récolte
par hectare. par hectare. sur le témoin.
1. Blé d' hiver ^ var. hybride inversable. Sol : limon des plateaux (1906).
kg ^ kg kg
o (témoin) 2o5o »
100 2010 — 4o
II. Blé de printemps^ var. Chiddam blanc de mars.
Sol : sables de Fontainebleau (1920).
o (témoin) 1740 »
21 2 1 80 44o
42 2817 677
III. Avoine, var. blanche de Ligowo. Sol : sables de Fontainebleau (1906).
o (témoin) 8900 »
75 .0 4800 4oo
IV. Même expérience répétée en 1990.
o (témoin) 2877 »
21 363o 1 253
42 ^770 1398
V. Pommes de terre, var. dite de Saint-Malo (Fliick).
Sol : sables de Fontainebleau (1920).
o (témoin) 14200 ( tuberc.) »
20 16200 2000
3o 16740 2540
Ce Tableau montre qu'à la dose de loo''^ à l'hectare l'arséniate de soude,
tout en détruisant les protozoaires, exerce une action nuisible sur la
récolte (expérience I sur le blé); mais si l'on n'incorpore au sol que 21"*^ à 4^''*^
SÉANCE DU l3 FÉVRIER I922. 49^
du même sel à l'hectare, soit 2.^ à 4^ seulement au mètre carré, on constate
qu'en faisant toujours périr les protozoaires il favorise la multiplication des
bactéries utiles. Il exerce alors une action indirectement fertilisante qui se
manifeste très nettement sur les rendements de récoltes des plantes de
grande culture, qui peuvent être ainsi augmentés de 20 à 5o pour 100.
Aussi, étant donné son prix d'achat peu élevé, estimons-nous que l'arsé-
niate de soude pourrait pratiquement servir pour stériliser partiellement un
sol, afin d'en obtenir de meilleurs rendements, sans qu'il soit nécessaire,
temporairement, d'y faire apport d'engrais azotés.
PHYSIOLOGIE. — Résistance des femelles en gestation aux chocs anaphylac-
tiques et anaphylactoïdes. Note de MM. Auguste Lumière et Henri Coutu-
rier, présentée par M. Roux.
En étudiant les rapports de Tanaphylaxie avec la grossesse, Duran
Reynals avait observé en 1920 (') que des femelles anaphylactisées à l'aide
d'un antigène déterminé semblaient perdre leur sensibilité pendant la gesta-
tion.
Sans avoir connaissance de ces travaux, nous avions constaté l'année
suivante (^) que des cobayes femelles pleines étaient incapables de réagir,
non seulement à l'injection déchaînante d'antigène, mais aussi à toute
autre injection de substance inerte floculée susceptible de provoquer inva-
riablement des phénomènes de choc chez les animaux qui ne se trouvaient
pas dans cet état.
Cette singulière immunité correspondait donc à une résistance particu-
lière à tout choc, anaphylactique ou anaphylactoïde, et non à une désensi-
bilisation comme le supposait Duran Reynals.
Nous avions constaté également que le sérum de certains malades atteints
d'épilepsie capable de déterminer chez le cobaye mâle des crises rappelant
le mal comitial, pouvait être administré aux femelles en gestation sans que
le moindre trouble nerveux survienne, fait qui concorde avec la suppression
(') J. Duran Rey.nals, Rapports de Vanaphylaxie avec la grossesse {Revue espa-
gnole d'Obstétrique et de Gynécologie, n» 58, octobre 1920, p. 458).
(2) Auguste Lumière et Henri Couturier, Grossesse et phénomènes de choc anaphylac-
tique {Comptes rendus, t. 172, 192 1, p. 772).
496 ACADÉMIE DES SCIENCES.
des crises constatée quelquefois pendant la durée de la grossesse chez les
femmes épileptiques.
Cet effet curieux de protection, aussi bien contre le choc anaphylactique
que contre les chocs barytiques ou épileptiques, ne dépend pas, comme
nous l'avons montré, d'une propriété spécifique transmissible du sérum et
nous avions tout d'abord pensé que l'on pourrait en attribuer la cause aune
diminution de l'aptitude aux phénomènes réflexes vaso-moteurs qui déter-
minent la chute de pression sanguine dans les chocs.
Les masses fœtales, en effet, par l'encombrement, les tiraillements et les
compressions qu'elles créent dans la cavité abdominale, ne seraient-elles pas
susceptibles d'émousser ces réflexes, de retarder ou d'empêcher la trans-
mission aux capillaires viscéraux des excitations que les floculats provoquent
en irritant les endothéliums des vaisseaux cérébraux ? Ne pouvait-on sup-
poser encore que la compression des gros troncs vasculaires abdominaux
par les sacs fœtaux était de nature à entraver la variation brusque de la
pression sanguine qui se produit dans les chocs ?
Ces hypothèses ont été infirmées par des expériences dans lesquelles ces
conditions ont été réalisées artificiellement en introduisant dans l'abdomen
de cobayes mâles et femelles des ovules de caoutchouc stérilisés du volume
des sacs utérins.
Ces essais n'ont [donné aucun résultat, la sensibilité au choc a persisté
chez ces animaux au même degré que chez les témoins.
La castration et l'injection d'extraits de glandes génitales se sont mon-
trées tout aussi inopérantes.
Nous avons enfin découvert la raison de cette curieuse immunité vis-à-vis
des chocs en considérant que, pendant la grossesse, le volume de la masse
sanguine est notablement augmenté. Cette pléthore est une notion classique,
confirmée en 1920 par Mahnert ('), qui évalue l'accroissement du volume
du sang pendant la grossesse à 8 pour 100 environ.
Prenant alors un lot de cobayes en gestation résistant à tout choc, nous
avons pratiqué chez ces animaux une saignée préalable correspondant
approximativement au dixième du volume de leur sang; ainsi traités, ces
cobayes récupèrent toute leur sensibilité au choc, qu'il s'agisse d'injection
déchaînante d'antigène spécifique chez des sujets anaphylactisés, d'injec-
tions barytique, oléique, cireuse ou de sérum d'épileptique.
(') Mahnert, Arch. fur Gynecol., n° lli, J920, p. 168.
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. ^97
Par contre, les cobayes mâles auxquels on injecte préalablement du
sérum physiologique dans les mêmes proportions acquièrent temporaire-
ment l'immunité des femelles en état de grossesse.
Ces constatations s'accordent avec ce fait que Tintroduction dans la cir-
culation de liquides atoxiques peuvent amener la guérison instantanée du
choc.
Si les saignées sont plus abondantes, si elles portent, par exemple, sur
j du volume du sang, dans le cas des femelles pleines, et sur — dans le cas
des mâles, l'injection déchaînante devient de nouveau sans effet, pour une
autre cause : les floculats n'arrivent plus alors brusquement au niveau des
capillaires des centres nerveux et l'excitation initiale des endothéliums
indispensable au déclenchement des phénomènes vaso-moteurs ne se pro-
duit pliis.
Il faut donc de toute nécessité que l'arbre circulatoire renferme une
quantité de sang normale pour que les chocs aient lieu quels qu'ils soient;
lorsque cette quaulilé est augmentée ou diminuée ils ne peuvent plus être
provoqués parles injections déchaînantes.
Ces nouvelles expériences viennent encore confirmer d'une façon parti-
culièrement démonstrative notre théorie physique des chocs.
ZOOLOGIE. — Sur les conditions de la genèse de ïharmozone sexuelle chez les
Batraciens anoures. Note de M. Champy, présentée par M. Bouvier.
Il est établi parles recherchesde Nussbaum, Steinach, Busquet,Harms ( ' )
que le développement des brosses copulatrices des membres antérieurs
chez les Anoures est sous la dépendance du testicule. Etant donnés les faits
que j'ai mis en évidence chez les Urodèles (^), il y alieude chercher si cette
action de la glande génitale peut être localisée à une portion définie de
l'organe. Cette tentative est d'autant plus légitime ici que l'action ne se
manifeste qu'à un moment précis : les grenouilles n'ont pas cette brosse en
été, età cette époque leur testicule n'est pas moins volumineux qu'en hiver.
Les glandes génitales des Anoures évoluent comme je l'ai montré (^)
(') Pour la biographie, voir Ch. Champy, Archives de Morphologie. i92'2 (à l'im-
pression).
(^) Comptes rendus, 1921.
(^) Archives de Zoologie expérimentale, iQ'S.
49^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
suivant deux types principaux représentés assez bien par Rana lemporaria
et Rana esculenta. Chez la première, l'évolution de la spérmatogénèse est
nettement temporaire et n'a lieu qu'en été; le reste du temps, le testicule ne
renferme que des spermalogonies et des spermatozoïdes mûrs. Chez la
deuxième, il y a au contraire tout l'hiver dés poussées de spermatogénèse
plus ou moins abortive et une poussée principale en été. L'hiver, les sper-
matozoïdes mûrs sont mêlés de divers éléments delà spermatogénèse. C'est
une tendance vers l'évolution continue des Vertébrés supérieurs. Le tissu
interstitiel est généralement abondant. Le premier type, où les phénomènes
sont nettement successifs, est le plus favorable à l'analyse.
Chez R. lemporaria^ la brosse peut apparaître dès novembre. Souvent
mal développée chez les animaux qui hivernent au fond de l'eau, elle se
développe très vite si on les met à une température douce et persiste jusqu'à
avril-mai chez les animaux bien nourris (' ).
Pendant cette période, il n'y a dans le testicule que les spermatozoïdes
et les spermatogonies,, plus les éléments sertoliens. Entre les tubes on
trouve, çà et là, quelques rares cellules d'aspect plus conjonctif que glan-
dulaire (^).
A l'accouplement, qui a lieu au tout premier printemps et dont on peut
faire varier expérimentalement l'époque, les tubes séminifères se vident et
le tissu interstitiel devient abondant ; les cellnles se multiplient et se char-
gent d'enclaves (lécithines). Ce développement, très variable selon les
individus, dure jusqu'à la poussée de spermatogénèse qui débute en juillet
(grosse poussée des spermatocytes). La brosse copulatrice disparaît peu
après l'accouplement, bien plus lentement chez les animaux tenus isolés et
qui ne résorbent que lentement leurs spermatozoïdes.
Cette évolution montre : i° qu'i'/ n'y a aucune relation entre l'apparition
de la brosse et le tissu interstitiel; elle apparaît avant lui, peut disparaître
avant lui; 2° que la brosse apparaît pendant quil y a des spermatozoïdes
(') L'inanition entraîne une régression partielle, notamment une dépigmentation
de la brosse, mais la structure histologique essentielle n'est pas touchée; au contraire,
en été, la régression est histologiquement totale. Je ne m'étais pas rendu compte en
1918 qu'on pouvait faire apparaître la brosse aussi tôt en hiver.
(^) J'attire à ce propos l'attention sur ce qu'il y a d'arbitraire à caractériser une
cellule comme glandulaire par le fait qu'elle renferme des mitochondries ou des
enclaves dont on n'a pas démontré l'excrétion ni la nature spécifique. Quelle cellule
n'est glandulaire à ce sens ?
SÉANCE DU l3 FÉVRIER 1922. 499
murs. (Les cellules de Sertoli peuvent être éliminées, car elles se différen-
cient dès les premières spermatides; les spermatogonies durent toute l'an-
née.) Cela vérifie exactement, sur un animal à tul)es séminifères bien nets,
les faits observés sur les tritons.
Les espèces qui ont toute l'année les divers éléments de la spermatogé-
nèse et du tissu interstitiel (Bufo, R. esculenta, Discoglosse) ou bien dont
les périodes d'accouplement sont nombreuses ou variables (Alytes, Disco-
glosse, Bombinator), sont moins favorables à l'analyse. Cependant, les
ayant examinées avec soin, j'ai observé que jamais les brosses n apparaissent
lorsqu'il n'y a pas de spermatozoïdes mûrs, et probablement lorsqu'une
certaine quantité de ces éléments n'est pas atteinte.
C'est la nécessité de cette quantité minima, jointe à l'influence de condi-
tions thermiques, qui paraît déterminer la période d'accouplement de
R. esculenta, les périodes diverses d'AIytes et Bombinator, chez qui il y a
des poussées de spermatogénèse efficaces en diverses saisons.
Chez le Discoglosse, j'ai suivi avec soin sur un lot d'animaux observés au
laboratoire (') les conditions de développement de cette brosse. L'accou-
plement s'est fait au premier printemps. Chez certains mâles, le pouce a
régressé peu après ; chez d'autres, et chez ceux qui ne s'étaient pas accouplés,
la brosse a duré jusqu'à juillet et plus. Sa régression a coïncidé soit avec
l'évacuation de la plus grande partie des spermatozoïdes, soit avec leur
résorption qui précède la poussée de spermatogénèse principale (de juillet
à septembre). Les écarts appréciables dans la date de cette spermatogénèse
(causés peut-être par les conditions anormales) ont toujours coïncidé avec
les écarts de date de régression de la brosse; celle-ci n'a jamais persisté
tout l'été, mais elle peut reparaître fin octobre, lorsque la spermatogénèse
est terminée. La régression histologique de la brosse en été est très com-
plète dans cette espèce.
Ce qui fait l'intérêt spécial du Discoglosse, c'est qu'il n'a pas du tout de
tissu interstitiel (^) en temps ordinaire, il se développe quelques éléments
chargés de graisse entre l'extrémité des tubes séminifères au moment du
début de la poussée de spermatogénèse, alors que la brosse a disparu.
( ^) Je dois la plupart de ces animaux à M. le D"" Genevei.
(■-) Les crapauds, R. esculenta, Alyles, en ont à peu près toute l'année, sans
niavimum aux époques d'accouplement, et avec régression lors de la poussée de
spermatogénèse (cf. 1918, loc. cil.).
5oo ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le tissu intersliliel est ainsi éliminé comme élaborateur de Tharmozone
lesticulaire; celle-ci est en rapport ici avec la présence des spermatozoïdes.
Est-elle élaborée par eux ? L'absence de caractères sécrétoires dans ces élé-
ments n'est pas une objection sérieuse; cependant on peut admettre ou
bien que la résorption de spermatozoïdes soit comme le prétendait Brown-
Séquard la cause des phénomènes observés, ou bien que l'harmozone testi-
culaire soit un produit secondaire de la réaction chimique complexe qui
aboutit à la genèse des spermatozoïdes, produit qui n'apparaîtrait qu'à la
période terminale de cette réaction, lorsqu'elle tend vers l'équilibre. Rien
ne permet de choisir encore entre ces explications.
MÉDECINE. — Les gymnastiques respiratoires et les épreuves de Valsalva
et de Muller. Note de M. Henri- Jean Frossard, présentée par M. d'Ar-
sonval.
On lit dans \q^. Nouveaux Eléments de Physiologie de MM. Langlois et de
Varigny, page 243 :
« L'épreuve de J. Muller que chacun peut faire sur soi, mais qui n est pas
sans dangers, montre bien l'influence de l'aspiration sur la circulation.
Expirez profondément, bouchez-vous les narines (et la bouche) et faites
un effort inspiratoire, le cœur se distend comme tous les vaisseaux de la
poitrine du reste, mais tandis que l'accès du sang dans le cœur droit est
facilité, son expulsion du cœur gauche est au contraire contrariée.
» L'expérience inverse, dite de Valsalva (iCffort expiratoire après
inspiration profonde) détermine la compression du cœur et des vaisseaux
thoraciques : le cœur et les organes thoraciques sont relativement
exsangues.
» Dans les deux cas, mais par un mécanisme difl'érent, le cœur s'arrête et
le pouls disparaît. »
Mais MM. Billard et Merle viennent de montrer avec M. Dechambre
[Le Journal Médical français ^ décembre 1 92 1) qu'en réalité le cœur ne s'arrête
pas, mais que, dans ces deux expériences, les réactions élastiques de l'aorte
apparaissent abolies sous l'écran et que, par conséquent, le pouls qui en est
l'expression palpatoire disparaît, pour n'être plus sensible qu'à l'oscillo-
mètre.
Il n'en est pas moins certain que :
SÉANCfc; UV l3 FÉVRIER u^22. 5oi
1° Ces épreuves diminuent la réaction élastique de Taorte et très proba-
blement aussi celles des autres artères;
2° L'énergie cinétique de la systole diminue singulièrement puisque le
coup de bélier constituant le pouls que la rigidité des tubes artériels devrait
augmenter, d'après les théories admises, est au contraire quasi annulé,
sans que le rythme du cœur soit très sensiblement modifié.
Mais, au point de vue gymnastique respiratoire, le seul que je veuille
traiter ici, les conséquences de ces constatations sont considérables.
En effet, on peut classer les eymnastiques respiiatoires en passives et
actives ( ' ) .
Les premières, où la ventilation pulmonaire est la conséquence d'un acte
volontaire généralement violent tel que la marche, le saut, la course, etc.,
en somme tous les sports, ne peuvent guère être recommandées aux malades
chez lesquels elles créeraient ou augmenteraient une dyspnée d'effort
fâcheuse.
Les secondes sont celles où l'on produit sans déplacement d'autres
muscles que les muscles respiratoires, la ventilation profonde désirée.
Nous pouvons y placer la Spirométrie avec ses variantes, les instruments
de musique à vent, le chant et sa variante la Phonothérapie, etc., qui
peuvent s'adresser à des malades même très atteints et impotents.
Elles ont toutes pour base consciente ou inconsciente les réflexes
orbiculo-costo-diaphragmatiques ou bnccinato-coslo-diaphragmatiques que
j'ai décrit ailleurs (-).
Si, dans la première classe, la dyspnée d'effort provoquée a justement
pour caractéristique de créer un manque à l'inspiration, c'est-à-dire une
dépression considérable dans la cavité pulmonaire, on a l'effet Muller avec
tous ses inconvénients.
Si dans la deuxième classe, au contraire, l'inspiration se fait sous la
pression atmosphérique ou presque, très calmement en général, l'expira-
tion, au contraire, est provoquée et les constatations faites plus haut
obligent à un choix.
Si l'expiration a lieu avec force, sous pression, comme dans la Spiro-
[ ^) La santé par le chant. Paris, Fischbacher, 1914-1919.
(^) Congrès international d'Education physique^ Paris, igiS; Congrès de Phy-
siologie., Paris, 1920.
C. R , 1922, i" Semestre. (T. 174, N° 7.) 38
5o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
métrie et ses variantes, les instruments à vent, le soufflage du verre, etc.,
l'eff'et Valsai va apparaît avec toutes ses conséquences.
Seule sera exempte de ces inconvénients une gymnastique à aspiration
lente sans obstacles et à expiration sans pression sensible intrathoracique
et sans vitesse à la sortie de la bouche.
Le chant seul réalise ces conditions, sous réserve que soient éliminés les
sons que j'ai appelés athlétiques et que, par conséquent, il soit rudimentaire
et gradué, comme dans la Phonothérapie, dont les caractéristiques sont de
produire des sons suffisamment graves, faibles et prolongés.
Graves pour ne pas obliger à des contractions musculaires que j'ai montré
indispensables à l'émission des sons aigus (').
Faibles pour ne pas nécessiter de pressions intrathoraciques fortes.
Prolongés pour bénéficier d'une vidange maximades poumons et, par
conséquent, d'un remplissage également maximnm et aussi de l'action
hyperoxydante des respirations profondes qu'a montré M. Amar.
11 est évident, en effet, que si l'effet Muller ou Valsalva annule ou modifie
l'élasticité des vaisseaux dans le sens de l'immobilité, on ne saurait recom-
mander à des artério-scléreux, par exemple, des gymnastiques qui
impliquent ces effets même atténués.
De même aussi des emphysémateux dont les fibres élastiques sont
détruites par le soufflage du verre ou l'usage des instruments de musique à
vent ne peuvent être justiciables d'une gymnastique qui serait la continua-
tion de leur blessure professionnelle due au soufflage sous pression, etc.
De même, l'aspiration brusque de la dyspnée d'effort qui distend le cœur
exclut toute gymnastique respiratoire active (sportive) aux cardiaques, etc.
Il faut donc conclure que l'application d'une gymnastique respiratoire
autre que le chant rudimentaire du genre de la Phonothérapie doit être le
résultat d'un examen approfondi et avoir en vue un objet bien déterminé,
car, n'étant pas naturelle comme l'émission de la voix ordinaire, elle intro-
duit des facteurs nouveaux dans l'organisme, facteurs qui peuvent être
nuisibles.
(') Théorie mécanique de quelques tuyaux sonores {Comptes rendus, t. 153, 191 1,
p. 176.
SEANCE DU l3 FÉVRIER ig22. 5o3
MÉDECLXE. — La radiothérapie combinée du sein et des ovaires contre les
tumeurs du sein. Note (') de M. Foveau de Courmelles, présentée par
M. d'Arsonval.
Les tumeurs bénignes du sein cèdent facilement à la radiothérapie; les
tumeurs malignes sont plus difficiles à fondre et exigent en général, souvent
pour une action momentanée, des irradiations locales de la tumeur et des
ganglions axillaires. Quand ceux-ci manquent, qu'il existe encore de la
mobilité, bien que le sein rétracté indique déjà la nature squirrhe use, voire
même dans des cas plus avancés, on peut, en agissant à la fois sur le sein et
les ovaires^ (deux milliampères, 20°" d'étincelle, 5 minutes, 23*'™ de dis-
tance à l'anticathode, répétés en chacun de ces trois points ), obtenir une
amélioration rapide de l'état local et général : le mamelon se dégage, la
tumeur régresse, les douleurs et les élancements cessent (5 à 20 séances).
Deux cas de ce genre, soignés il y a une quinzaine d'années et six cas
récents, ont donné des résultats curatifs rapides identiques.
On peut ajouter que maints chirurgiens, même pour des cancers du sein
inopérables, ont eu de longues et supportables survies en se bornant à
enlever les ovaires. L'irradiation de ceux-ci et de la tumeur mamellaire est
donc à ajouter aux procédés habituels.
La séance est levée à 17 heures trois quarts.
A. Lx.
(*) Séance du 6 février 1922.
5o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ERRATA.
(Séance du 3o janvier 1922.)
Note de M. G. Gouy, Sur la pression dans les fluides aimantés ou pola-
risés :
Page 267, équation (3), au lieu de
2 71 1^
P = — -f-2 7:a'^= const.,
K — I
lire
^ 2TrP
T K — I
2 7r<T'*+ const.
(Séance du 6 février 1922.)
Note de M. L. Lecornu^ Quelques remarques sur la relativité :
Page 338, ligne 7, au lieu de sollicité par la force, lire sollicité à la fois par la force
constante rrnù^r et par la force. . . .
Page 339, ligne 4 en remontant, au lieu de la trajectoire est une conique, lire
quand '\i{r) se réduit à une constante très petite, la trajectoire est une conique.
Page 340, ligne 4, «" H^u de une hyperbole, lire une courbe de forme hyperbo-
lique.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 20 FÉVRIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les fonctions d'une variable réelle
indéfiniment dérivahles. Note de M. Emile Borel.
Il résulte du théorème de M. Denjoy, démontré d'une manière complète
par M. Carleman, que si /(a;) est une fonction de variable réelle indéfi-
niment dérivable et non identiquement nulle dans un intervalle, cette
fonction et toutes ses dérivées s'annulant en un point de l'intervalle et si
Ton désigne par M',^ le maximum de la valeur absolue de la dérivée d'ordre n
dans l'intervalle, la série
est convergente.
Considérons toutes les fonctions ./(.<?) indéfiniment dérivables pour
o^aj^i et telles que l'on ait
/(o)--/'(o)=...=/<«)(o)=...r=o, /(i) = i.
Pour toutes ces fonctions, la série cr est convergente; Userait intéressant de
déterminer la plus grande limite des sommes i. Une des voies que l'on
pourrait suivre pour obtenir ce résultat est la suivante. Supposons que,
la fonctiony*(a7) admettant des dérivées continues jusqu'à l'ordre n inclusi-
vement, on ait
/(0)=/'(0)=r=...=r/«(0)=0, /(l) = I.
Les sommes
_ I I I I
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 8.) ^9
5o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
considérées pour toutes les fonctions satisfaisant à ces conditions, ont une
plus grande limite A„; les A„ ne décroissant pas avec n tendent pour
n infini vers une limite A; la plus grande limite des i est égale à A. Je ne
possède pas de démonstration rigoureuse du fait que A est fini, bien que
cela me paraisse vraisemblable. En tous cas, la détermination asympto-
tique de A — A„ (ou de A„, si A est infini) est un problème dont la solu-
tion serait très importante pour la théorie des fonctions indéfiniment
dérivables de variable réelle.
ASTRONOMIE. — Sur le calcul de la précession. Note de M. H. Andoyer.
L'usage des formules suivantes pour le calcul de la précession me paraît
infiniment recommandable : leur application, toujours simple et facile, ne
souffre aucune exception et ne comporte aucune incertitude.
Appelons, en suivant les notations de la Connaissance des Temps,
A et A' les deux équateurs moyens des époques l Qlt' \ y et y' les équinoxes
moyens correspondants; M le nœud (ascendant ou descendant, suivant
que t' est supérieur ou inférieur à t) de A' par rapport à A; [j. la diffé-
rence y' M — yM, p l'arc yM, j l'inclinaison de A' sur A. Remplaçons de
plus p par 90°— G" : la quantité t est extrêmement voisine de — ? et peut
presque toujours être prise égale à -•
Soient encore P, P' les pôles de A, A'; S un point de la sphère céleste
dont l'ascension droite a, et la déclinaison g, deviennent a', 0' à l'époque t' .
La décomposition du triangle PP'S en deux triangles rectangles conduit
immédiatement aux formules rigoureuses :
slno) ;:= sin y sin(a4-a"),
langç ^= tangy cos(a 4- o"),
tang'ji = sinoj tang (ô -+- cp),
tanj
lan;
a
-a-fx-
:ï
w 0
* 2 '; ''.2
oj 'i;
=: — tan g — tang-i-
*= 2 ='2
6'
2
— ô — 9
2
on a désigné par w, o, •]; trois angles auxiliaires, et l'on peut ajouter, pour
préciser, que le produit coscocoscp est égal à cosy", et que l'angle 4^ est
compris entre et -l
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 007
Dans l'immense majorité des cas, l'angle y est assez petit pour qu'on
puisse le confondre avec son sinus ou sa tangente; il en est de même alors
1 a.' ^ y. — a — 'L 0' — ô — es .1, , . ,
de w, o, ! i-, , et 1 on a plus simplement
0) =r / sin(a + c), 9 = / C03( a -h cr),
tangd; 1= oj lang(o -H 9),
a -\- u. -\- 'l ojco , 0 _ 0 + Cû — w tane — ;
' ' 2 ' ' '^ 2
et si le point S n'est pas rapproché de l'un des pôles, on jjourra encore
remplacer tang'J; et tang^ par -{; et -•
Des Tables appropriées donnant les valeurs de/, y., 7 faciliteront l'appli-
cation de cette méthode.
GÉOLOCxiE. — Le Nummiditiquc au sud des Pyrénées.
Note de M. H. Dou ville.
J'ai montré précédemment (*) que l'Éocène inférieur était largement
développé au nord des Pyrénées, mais avec des faciès différents : à l'Est,
au fond du golfe aquilanien, il est représenté par des calcaires à petites
Alvéolines et à Fiosculines, surmontés par des marnes à Nummulites
radiées (globulus, atadcus) et à Assilina Leymeriei; dans les Hautes-Pyré-
nées, à Gan (Bos d'Arros), ce sont des couches marno-gréseuses avec les
mêmes Nummulites et Assilines, auxquelles viennent s'adjoindre des
Nummulites granuleuses (/.wc<75/, granifer) et des méandriformes (/?/r/«M-
latus, dislans, irregulaiis^ Murchisoni) avec des passages aux granuleuses
(aquitanicus). Ici comme plus à l'Est, ces couches se relient régulièrement
au poudingue de Palassou qui les surmonte et qui débute dans rÉocène
moyen : on sait qu'il présente des intercalations de couches d'eau douce. -
Plus à l'Ouest, les couches de base de ce poudingue sont remplacées par
la brèche marine d'Urcuit, dont la faune appartient au Lutétien inférieur.
A Biarritz même, ces couches inférieures font défaut, et le Lutétienmoyen
à N. aturicus repose directement sur un dôme de Jura-Trias.
Immédiatement au Sud, à Fontarabie, l'Eocène inférieur reparait avec le
(') VEocène inférieur en Aquitaine et dans les Pyrénées' {Métn. Carte géoL.
détaillée de la France. 1919).
5o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
faciès de Flysch à petites Alvéolines; il se prolonge sur la côte jusqu'à
Guétaria (') et reparaît ensuite dans la région de Santander, où Mengaud
a retrouve la série complète des couches : à la base le Thanétien des Corbières
avec Flosculines, petites Alvéolines, Num. alacicus^ N. globalus, au-dessus
le Cuisien de Bos d'Arros avec ces mêmes Nummulites puis N. planulatus,
y. irregularis, N. Lucasi, N. granifer, Ass. granulosa-Leymcriei . Le Lutétien
inférieur est représenté par des couches à grandes Assilines (granulosa,
exponcns) avec A. uroniensis et Alveolina clongata; c'est la fauiie d'Urcuit
et de Saint-Barthélémy. Il est surmonté par les couches bien connues du
Lutétien supérieur de Golombres à N. aturicus et yV. millecaput.
On voit que sur tout ce rivage nord de la chaîne, la succession des cou-
ches est établie d'une manière bien complète. Il n'en est pas de même sur
le rivage sud : les géologues qui l'ont étudié d'une manière spéciale (Garez,
Dalloni) ont signalé principalement des couches à Alvéolines et des marnes
à N. perforatiis-Lucasi. Gette dernière détermination a été faite d'après les
travaux de De La Harpe (jui confondait sous cette désignation plusieurs
couples de Nummulites d'âges différents : A^ Lucasi K et B, qui, comme je
l'ai fait voir, caractérise l'Eocène inférieur, — N. uroniensis A et B, Ald.
Heim. que De La Harpe avait considéré comme une variété urancnsis de
\. perforât us et qui en Suisse est accompagnée d'une faune caractéristique
du Lutétien inférieur, — N. aturicus- Rouaulli (perf oratus auct.) ({ui appa-
raît seulement dans le Lutétien moyen.
Il était intéressant de rechercher quelles étaient parmi ces espèces celles
qui avaieni été rencontrées au sud de la chaîne. Pour éclaircir ce point,
M. Dalloni a bien voulu me communiquer les récolles qu'il avait faites dans
son exploration de TAragon; j'ai pu ainsi suivre, pour ainsi dire pas à pas
les descriptions si précises qu'il a données dans son important Mémoire (-).
La succession des couches est plus régulière que sur le versant Nord :
•partout en Aragon, l'h^ocènc débute par une couche de calcaire à Flosculina
glohosn, Alveolina suhpyrenaica, Orhitolites complanatus, Velalcs Schmiedeli^
c'esl le faciès du Thanétien des Gorbières.
Au-dessus à l'Est sur la Noguera Ribagorzana, à Aren, affleurent des
rnarnes grises ou bicuàires avec la faune habituelle, N. atacicus^ N. globulus--
Gucttardi^ Ass. Leymeriei^ comprenant en outre N. Lucasi, Orthophragmina
Archiaci et Ostrea strictiplicata; c'est encore de rÉocène inférieur et à la
(') KiNDiîLAN, Sobre et cretaceo y et eoceno de Guipuzcoa {Bol. d. Inst. geol. de
Espana, t. 40, 1919).
(-) Lliide géologique des Pyrénées de l' Aragon, 1910.
SÉANCE DU 20 FKVRIER 1922. 5o9
partie supérieure de ces couches commencent à s'intercaler des lits de
cong"lomérats.
Dans la vallée de l'Esera, entre Campo et Graus, l'auteur signale à la
base le conglomérat à Flosculines, puis les calcaires à Vclates Schmiedrli^ et
au-dessus les marnes bleues à Turritelles, couronnées elles-mêmes par des
poudingues. Vers la partie supérieure des marnes, on retrouve la faune de
Bos d'Arros, N. atacicus, N. Lucasi^ N. plannlaUis ^ N. aquùanicus, N. gra-
nifer, Ass. granulosa-Leymcriei. Au-dessus de Paiiillo des marnes sableuses
sous la masse principale des conglomérais ont fourni iV. iironicnsu \\ et A,
N. Brongniarli, Ass. spira. C'est le Lutétien inférieur de Saint-Barthélemy-
Urcuit. Dans le Barranco Santa-Lucia on retrouve une faune analogue
N. lœvigalm^ N. gra/iifcr, Ass. granulosn, Ass. spira, Ass. prœspira.
Au Mont Perdu, Dalloni signale les calcaires à Flosculines, puis les
couches à N. alacicus, N. glohidus, N. Lucasi, Ass. granulosa-Leymeriei, c'est
la faune d'Aren.
Au Sud sur le rio Cinca apparaissent des couches plus récentes avec
N. uroniensis, N. lœvigalus, Ass. granulosa, Ass. exponens.
Sur le rio Ara (Boltana, Janovas, Fiscal) on retrouve une faune analogue
avec A", uroniensis et Ass. granulosa, dans des couches qui à leur partie supé-
rieure alternent avec les poudingues.
A Biescas dans la vallée du Gallego, l'i^^ocène inférieur avec N. aUicicus,
N . planulaLus , N. Lucasi, Ass. granulosa, commence à prendre le faciès de
Flysch, tandis qu'à Sabinanigo on retrouve les marnes bleues avec la faune
du Lulélien inférieur, N. uroniensis, N. Brongniarti, N. atacicus, N. globulus,
Ass. granulosa; elles passent aux conglomérais à leur parlie supérieure.
La même faune se développe à Jaca sur le rio Aragon, et au Sud dans la
chaîne de Sierras (Sierra de Guara, Santa-Maria).
On voit que dans loule cette région, le Nummulitique se présenle avec
les mêmes caractères : à la base les deux niveaux de rFocène inférieur,
Thanélien (couclies à Alvcolina subpyrenaica, Flosculina globosa, N. ata-
cicus, N. Lucasi) et Cuisien (couches à faune de Bos d'Arros, A", atacicuj,
N. Lucasi, N. planulatus, N. aquitanicus), au sommel le Lutétien inférieur
{N. lœvigatus, N. uroniensis) dont les couches passent par allernances au
poudingue de Palassou. Celui-ci a donc commencé à se déposer à l'époque
du Lutétien inférieur, comme sur le versant nord de la chaîne et la mer
n'aurait plus pénétré en Aragon à partir du Lutétien moyen; c'est ce que
démontre du reste l'absence du N. aturicus {perforatus aucl.) et de la faune
qui caractérise ce niveau.
5lO . ACADÉMIE DES SCIENCES.
Nous manquons de renseignements précis sur le prolongement de ces
couches vers l'Ouest, nous savons d'après Larrazet, que les couches infé-
rieures à Alvéolines et Flosculines se prolongent jusque dans la province de
Burgos, et il est bien probable que les marnes bleues qui les surmontent
dans la Navarre et l'Alava sont les mêmes que celles de l'Aragon. Il fau-
drait en conclure que dans toute cette région la communication avec la
mer aurait été coupée avant le Lutétien moyen, précisément par les grands
mouvements qui ont donné naissance au poudingue de Palassou et qui ont
porté l'Eocène inférieur jusqu'au sommet du Mont Perdu.
Par où se faisait la communication avec la grande mer? Actuellement
les dépôts du Nummulitique restent cantonnés au sud de la chaîne et sont
séparés par celle-ci des dépôts de la côte Atlantique. Toutefois Dalloni a
déjà signalé que l'Eocène inférieur de TAragon se présentait vers l'Ouest
avec le faciès de Flysch, ce qui conduit à le rapprocher du Flysch de Fon-
tarabie et du Guipazcoa. A l'époque de l'Eocène inférieur, le golfe de
Biscaye se serait ainsi prolongé à là fois au Nord dans l'Aquilaine et au
Sud dans ce qui est aujourd'hui le bassin de l'Ebre, des deux côtés du
noyau ancien des Pyrénées déjà émergé. Les premiers grands mouvements
de la chaîne, à l'Eocène moyen, auraient coupé la communication du côté
du Sud. Je rappelle incidemment que vers cette même époque la mer avait
pénétré jusqu'à Tolède, mais venant probablement de la Méditerranée à
l'Est.
ÉLECTRICITÉ. — Su?' les tensions et pressions de Maxwell dans les aimants et
les diélectriques. Note (') de M. G. Gouy.
1. Dans une théorie célèbre, Maxwell, développant les idées de Faraday,
a voulu renoncer aux actions à distance et expliquer les effets magnétiques
et électriques par des tensions et des pressions, existant dans les milieux
matériels coniQie dans le vide lui-même. Le milieu éthéré qui remplit tout
l'espace et contient la matière subit, de proche en proche, des modifications
de nature inconnue, qui font que les lignes de force tendent à se raccourcir
et à se repousser mutuellement, et les forces qui en résultent sur la matière
et l'électricité doivent être équivalentes aux forces à distance de la théorie
classique.
(') Séance du i3 février 1922.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 5ll
Maxwell a donné sur ce sujet deux énoncés différents, où H est le champ
et B l'induction :
a. [1 Y a une tension 7^ BH — ô^H" suivant les lignes de force, et une
compression g^ H- suivant les directions perpendiculaires; ce qui équivaut
à une tension 7^ BH suivant les lignes de force, et à une pression p valant
■4T.
en tous sens 5- H-.
b. 0 y a une tension s^BH suivant les lignes de force, et une compres-
sion égale suivant les directions perpendiculaires, ce qui équivaut à une
tension ^^BH suivant les lignes de force, et à une pression/) valant en tous
senSg^BH(').
Je me propose d'examiner si les énoncés de Maxwell conduisent aux
résultats connus d'autre part, pour les fluides aimantés ou polarisés, sans
hystérésis, de perméabilité ou de pouvoir inducteur constants.
Je m'occuperai d'abord de l'énoncé a, en le prenant sous sa seconde
forme (tension et pression p). Tout ce qui suit s'appliquera aux diélec-
triques comme aux aimants.
2. Dans l'intérieur d'un fluide matériel, considérons un élément de
volume dv. Un calcul direct montre que les forces de Maxwell produisent
sur cet élément une résultante, qui a pour composantes
di-
r^a-i(^H-^ .g (d'-y d-\ d'X\ àX
avec deux équations semblables. Même s'il n'y a ni magnétisme libre ni
électricité libre, ce que nous supposerons ('), il existe donc une force pon-
déromotrice; elle tend à déplacer l'élément ch suivant la direction où le
champ augmente le plus vite, s'il est paramagnétique, ou en sens opposé,
s'il est diamagnétique.
(1) Dans son grand Traité, Maxwell donne Ténoncé a pour les aimants (t. 2.
Chap. XI), et l'énoncé b pour les diélectriques (t. 1, Chap. Y). Il semble que
nUustre physicien ait voulu ainsi proposer deux solutions différentes pour un même
problème. Depuis lors, on a donné le plus souvent la préférence à l'énoncé b, .pour
les aimants comme pour les diélectriques.
(-) On a alors
dx- Oy-j ' àz-
5 12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Si cette force agissait seule, elle produirait dans le fluide une pression
hydrostatique P', variable d'un point à un autre suivant l'équation -
(2) P'— tLHiH^-hconst.
3. Considérons maintenant la surface de séparation de deux fluides i
et 2. Appelons H, et H^ les forces du champ près de la surface, 0, et Oo les
anglcsqu' elles font avec la normale.
Occupons-nous d'abord des tensions. Le tube de la force H,, qui passe
par le contour d'un élément dsàe la surface, a pour section droite â?^cos6, ;
la force de tension qu'il exerce sur ds est donc —. — '- H^ cosO,, et sa compo-
sante normale est — '-— H^cos-6,, en prenant positivement les compo-
santes dirigées de i vers 2.
De même, la force de tension sur ds provenant de Ho a pour composante
normale ——- H: cos'Oo.
Les composantes tangenticUes de ces deux forces sont parallèles et de
sens opposés ; leurs valeurs absolues sont
^II!cos0, sin9,, ^HHcos5.,sin02;
elles se font équilibre, d'après les relations connues
(3) [jt-i Hj cos9i= /jLoH, COS025 H] sin 0, rr: II2 siii Qo.
Aux composantes précédentes il faut ajouter celles (|ui résultent des
pressions/?, qui donnent respectivement les forces
L'eiïet total est donc une force P'ds normale à la surface, comptée posi-
tivement en allant de i à 2 :
(4) ' P"=g^[HUl-2//,COs2Ô,)-H^(l-2fZ,_C0S^Ô.,)].
4. Soient P', et V., les valeurs des pressions P' de l'équation (2) pour nos
deux fluides. La pression P exercée par le fluide i sur le fluide 2 ( ') sera,
(') C'est la force normale, dirigée de 2 vers i, qu'il faudrait ajDpiiquer à l'unité de
surface pour maintenir l'équilibre.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER igi2. 5l3
à une constante près,
(5) -P == P"+ P; - p;= ^[^..H^i - 2 008^9.) — ij., Hl{i- 2 cos^^O],
c'est-à-dire, d'après (3),
ou bien
{^ ter) P =:-^ H][ra, — 1 + (pLi^O^cos-^^,] — -^Hl[p.2— i -H (/jl,— i)^ cos^Ô,].
Si le fluide 2 avait la perméabilité unité (vide par exemple^, on aurait
donc
(6)
P = ^ H ^ I p, — I + ( p., — I y cos- ô, ] = 2 - 1^ ( — î — i- cos^ e, ) ,
I, étant l'aimantation.
C'est bien la valeur de P, d'après la formule de M. Liénard, dont j'ai
donné récemment une démonstration élémentaire (*).
Supposons maintenant que les fluides i et 2 soient séparés par une couche
très mince et flexible d'un corps 3, de perméabilité (juelconque. Les rela-
tions (3) subsistent. La pression exercée par i sur 3 sera, d'après (5 ter),
celle qu'exerce 3 sur 2 sera
g^Hf[fX3— I + (^3— i)2cos2 03]— g^H2[p,— i + (j^2— i)2cos-^9o].
La somme algébrique de ces deux pressions est le second membre
de (5 ter). Ainsi la pression (ju'exerce le fluide i sur le fluide 2 est la même,
qu'ils soient en contact direct, ou séparés par une enveloppe mince et
flexible.
Pour que ce qui précède soit applicable, il suffit qu'on puisse regarder u.
comme sensiblement constant, ce qui est le cas des liquides, et même des
gaz ordinaires, à cause de leur faible susceptibilité.
5. Considérons maintenant les changements de volume des fluides dans
un champ magnétique. La pression P" est une force superficielle, compa-
(*) Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 264. Le Mémoire de M. Liénard est dans La
Lumière électrique, t. 52, i8c)4.
5l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rable à la pression 2710-- sur un conducteur, et ne peut influer que par son
action mécanique (\). La pression P', au contraire, est une pression hydrosta-
tique interne qui doit produire les mêmes effets que toute autre. On pourra
donc calculer la densité d'après elle en y joignant, bien entendu, les autres
pressions internes résultant, par exemple, de la pesanteur et de la pression
atmosphérique.
La loi de compressibilité peut dépendre de Taimantation, si celle-ci mo-
difie les forces moléculaires. La détermination peut en être faite en suppo-
sant le fluide enfermé dans une enveloppe mince, dans le vide, de telle sorte
que le champ H, soit constant; on a alors P'= const. En un point de l'enve-
loppe où 6, = j on a P"=o, et la pression exercée mesure la pression
interne du fluide.
Pour les gaz, les forces moléculaires ne sont pas modifiées par l'aiman-
tation; cela est démontré par ce fait que leur susceptibilité massique est
constante. Considérons un électro-aimant, placé dans le vide, et de l'oxy-
gène dans une enveloppe mince. Celle-ci, au début, était éloignée; on
l'amène dans le champ uniforme, on fait varier son volume, on la ramène
en son lieu primitif et à son premier état. Le travail dans ce cycle isotherme
étant nul, il en résulte que le gaz, dans le champ^ suit la même loi de com-
pressibilité qu'au dehors (-).
Supposons maintenant que l'électro-aimant soit dans une atmosphère
d'oxygène. La densité dans le champ, comparée avec celle du dehors, est
plus grande dans le rapport p- = i ^- ^-^ — -p-? en appelant P,, la pression
hors du champ.
D'autre part, si, dans le champ, on enferme un certain volume d'oxygène
dans une enveloppe mince, qu'on l'amène hors du champ, et qu'on laisse le
gaz se dilater jusqu'à la pression P^, on trouve le résultat ci-dessus par un
calcul énergétique très simple.
Ainsi f énoncé (a) donne toujours des résultats exacts, en tenant compte de la
force pondéromotrice produisant lap'ression P'.
Tout ce que nous avons dit s'applique aussi bien aux fluides diélectriques
qu'aux fluides aimantés, en remplaçant la perméabilité [x par le pouvoir
inducteur K.
(*) Par exemple, elle peut équilibrer une partie de la pression atmosphérique.
(-) On se rappelle que, pour les gaz, \k — i est très petit; P" est du second ordre,
et nous le négligeons.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 5l5
6. L'énoncé (A), soumis au calcul comme plus haut, donne pour la pres-
sion P le résultat exact; mais, chaque élément de volume à Tintérieur
étant en équilibre de lui-même, la pression hydrostatique P' n'existe pas.
Les seules forces pondéromotrices seraient donc aux surfaces. C'est là,
évidemment, un point de vue trop artificiel, qui laisse inexpliqué, entre
autres, ce fait que, dans une atmosphère indéfinie, le gaz se rapproche d'un
corps électrisé, ou bien d'un aimant s'il est paramagnétique, et s'en éloigne
s'il est diamagnétique.
Il paraît donc que l'énoncé [a) de Maxwell doit être conservé, bien qu'il
faille sans doute renoncer à rattacher ces forces à la théorie de l'élasti-
cité ('). Elles restent comme un jalon pour la théorie qui pourra un jour
rendre compte de Télectricité et du magnétisme par une action de milieu.
En attendant, elles peuvent avoir des applications intéressantes, permet-
tant de traiter simplement bien des problèmes, notamment pour les corps
de faible susceptibilité, où le champ intérieur H est immédiatement
connu.
M. Maurice Hamy fait hommage à l'Académie de V Annuaire du Bureau
des Longitudes Y^ouT 1922.
M. H. AxDOYER s'exprime en ces termes :
J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un essai sur l'Œuvre scientifique
de Laplace. Il serait superflu de rappeler ici tout ce que la Science doit à
ce puissant génie : c'est dans les Mémoires de V Académie que l'on trouve
presque toutes ses recherches, depuis 1773 jusqu'en 1827.^ Je voudrais
seulement rappeler d'un mot que, si Laplace a fait d'admirables décou-
vertes mathématiques, son génie propre Téloignait plutôt de la spéculation
abstraite pour l'incliner vers les problèmes réels de la philosophie naturelle,
entendue dans son sens le plus large : ses Mémoires sur la Physique
comptent parmi ses plus beaux travaux; et c'est avec son illustre confrère et
ami Berthollet qu'il avait fondé la célèbre Société d'Arcueil, pour s'entre-
(*) Les critiques dont la théorie de AlaxAvell a été l'objet, et qui lui ont valu un peu
de discrédit, ont porté surtout sur l'assimilation de ces tensions et pressions à des
forces élastiques, ce qui, semble-t-il, était bien en eflet l'espoir (non réalisé) de
l'auteur.
5l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tenir librement avec un petit nombre de savants plus jeunes, choisis parmi
les plus distingués, des plus hautes questions scientifiques, et tout particu-
lièrement de celles qui relèvent de la Physique générale.
Le Prixce Bovapaute fait hommage à l'Académie du ii*" fascicule de ses
Notes ptéridologiqucs^ qu'il vient de publier. Ce fascicule contient un
Mémoire de M. Houard, professeur à l'Université de Strasbourg, sur les
Zoocécidies des Ptéridophytes de l'Ancien Continent, qui est accompagné
de deux planches hors texte.
ÉLECTIONS.
Par la majorité absolue des suffrages, M. H. Deslandres est élu Membre
du Conseil de perfeciionnemcnt de V Ecole polytechnique.
CORRESPONDANCE.
L'Université royale de Padoue invite l'Académie à se faire représenter
aux fêtes du septième centenaire de sa fondation, qui auront lieu du \[\ au
i-^ mai prochain.
Le Département de l'Industrie et de i-'AtmicuLTURE de l4 République
et Canton de Neuchâtel informe l'Académie de l'ouverture d'un concours
de réglage de chronomètres qui aura lieu à l'occasion du centenaire
d'ABRAM-LouisBREGUET, en 1923, et communique les conditions du concours.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
J. GuiART. Parasitologie. (Présenté par M. Joubin.)
Jules Batuaud. La stérilité féminine^ ses causes^ son traitement. (Présenté
par M. Brauly.)
Th. MoREUx. Origine et formation des mondes. (Présejité par M. B.
Baillaud.)
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. Si']
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Les équations fonctionnelles et In représentation
conforme. Note de M. Gastox Julia.
1. Les progrès réalisés à la suite de l'introduction des fonctions modu-
laires et fuclisiennes en Analyse, notamment par la représentation paramé-
trique des courbes algébriques et l'uniformisation des fonctions multiformes,
ont conduit la représentation conforme à un développement tel qu'il est
possible de la faire servir à la démonstration de ihéorèmes d'existence
variés.
Il faut, pour cela, prouver directement que, par exemple, toute surface de
Riemann simplement connexe est représentable conformément sur un cercle
ou sur un plan pointé ou sur un plan fermé. Ce résultat acquis permet
ensuite d'établir à la fois l'existence des fonctions fuchsiennes, des groupes
correspondants et la représentation paramétrique des courbes algébriques
(une marche analogue donne les fonctions kleinéennes).
Les fonctions fuchsiennes satisfont à des équations fonctionnelles du type
^ (y z -t- 3
/[S( r- )] =y"(5 ) ou vS(2)= f^ — '-• La méthode qu'on vient de ra[)peler
consiste à déterminer, a priori^ \e domaine des valeurs D(Z) que prend
7j=: f{z) dans son domaine d'existence d{z), d'où l'on déduit d par une
représentation conforme. Ce domaine D est une surface de Riemann à une
infinité de feuillets, composée d'une infinité de surfaces de Riemann algé-
briques identiques, empilées, et réunies par des lignes de croisement super-
posées, judicieusement choisies. R est possible de faire correspondre à un
point Z qui décrit D un point Z, , toujours projeté sur Z, qui décrive aussi D
de façon que Z,{Z) et Z(Z,) soient des fonctions uniformes analytiques
sur D. La représentation, par Z ^=f{z ), de D sur un cercle ou sur un plan,
pointé ou non, fera correspondre à Z et Z, des points z- et s, liés par une
relation linéaire z^ = 'S{z)]f['6(z)] = f(z). On a ainsi un groupe fuchsien
correspondant à ce qu'on peut appeler le i^roupe des transformations uni-
formes de D en elle-même, par superposition.
2. Ce qui précède indique l'avantage qu'il y a à déterminer d'abord le
domaine des valeurs D(Z), d'une fonction Z =fÇz) satisfaisant à certaines
conditions, c'est-à-dire à déterminer le domaine d'existence de la fonction
inverse z = o{Z). Ayant examiné dans cet esprit un certain nombre
d'équations fonctionnelles étudiées jusqu'ici par des méthodes variées, j'ai
été conduit à rattacher leur solution à un principe commun assez analogue
5l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
à celui que j'ai exposé ci-dessus. Il s'agit de déterminer une fonction
^ =/(-) satisfaisant à une relation F[f(z), fiS(z))] = o, z^ = S(c) étant
une certaine substitution linéaire àonnèe^*), on à déterminer, etF(Z, Z,) = o
une relation donnée. On déterminera une surface de Riemann D(Z) sur
laquelle la relation F(Z,Z,) = o définisse une correspondance (Z|Z,) qui
soit analytique, et biunivoquc, qui soit invariante par la transformation
Z,(Z) ainsi définie et par son inverse. On choisira D(Z) aussi étendue que
possible et, par la représentation conforme Z =f(z-) de D(Z) sur d(z)j on
aura/(5) dans le domaine d'existence d(z). J'appliquerai cette méthode
aux équations
/(..-) = R[/(:;)]; /(.- + a) = R[/( c) ] ; f[R,{z)] = i\,[f{z)].
Puis, modifiant un peu l'idée précédente ("), je montrerai qu'on en peut
tirer des transcendantes étudiées par M. Picard et montrer d'une façon
intuitive leur grande variété ; enfin on obtiendra des transcendantes
nouvelles.
3. Voici comment se traite l'équation
f{sz):=î{[f{z)] [R, rationnelle].
On suppose que
R(o)=o, |R'(o) = .s|>i,
et l'on cherche les solutions régulières à l'origine. Dans le plan Z, soit C^
un cercle assez petit de centre O, (C„) l'aire qu'il enclôt. La forme circulaire
n'est utile que pour la simplicité de l'exposition.
Lorsque Z décrit (Co), Z, = R(Z) décrit une aire (C, ) contenant (Gq),
Zo = R(Z,) décrit (Cj) contenant (G,), etc. On a une suite d'aires (G,)
[ itérées de (Go)] dont chacune contient toutes les précédentes : A partir d'un
certain moment, ce sont des surfaces de Riemann simplement connexes dont
le nombre de feuillets augmente indéfiniment, le passage de (G„) à (G„+,)
se faisant toujours par prolongement analytique à partir de (G„).
Soit 2 la surface de Riemann simplement connexe, limite de G„ pour
71 = 00, et Z^f(z) la fonction qui la représente conformément sur un
cercle du plan z, ou sur le plan z, pointé à l'infini, et, pour préciser, telle que
(') S(c) pourra n'être pas linéaire; alors le domaine d'existence de /(;) sera lui-
même une surface de Riemann, invariante par ^i = S(5), el J'{z) sera multiforme en
général,
(-) En s'inspirant de la notion de groupe kleinéen (du tvpe Schottky), au lieu de
la notion de groupe fuchsien à cercle fondamental.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. DIQ
f(o) = o,/'(o) = I. Il résulte des théorèmes généraux de la représentation
conforme que f(z) est la limite, dans tout son domaine d'existence, de 9rt(^),
telle que 9,4(0) = o, 9l(o) = i, qui fournit la représentation conforme de
(C,j) sur un cercle (y,j) de centre O du plan z. On a, évidemment,
avec
yo=Co et y„^i=(.s|y„.
Les cercles y,j grandissent indéfiniment. Donc H est représentable sur le plan
pointé (à l'infini) par Z =^f(^z), qui sera une fonction méroinorphe dans
tout le plan z (sauf l'infini). Sur S, Z, = R(Z) transforme d'une façon biuni-
voque (C„) en (C,^^.,), le point O, du premier feuillet, étant le seul point
double : Z, = R(Z) constitue une transformation biuiiivoque de I (') en
elle-même avec comme seul point double O, à distance finie. A deux points
correspondants Z et Z, de S, sont associés z et z^ par Z = f(^z), Z, =f{z^)
et la correspondance (s | :;, ) est une transformation biunivoque et analytique
du plan pointé en lui-même avec s = o et 2 ^ oc pour points doubles : c'esl
justement z^ = sz. f(z) est la fonction fondamentale satisfaisant à
f{sz) = }\[/{z)].
On aurait obtenu toutes les solutions de cette équation (régulières en O) en
partant d'un élément circulaire de surface de Riemaun (C^) possédant en O
un point de ramification d'ordre quelconque.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur le raccordement des lignes et la courbe
élastique plane. Note de M. Georges J. Kémou.vdos, présentée par
M. Hadamard.
1. Tout récemment (^ ) M. P. Appell a publié une Xote importante dans
laquelle il cherche la courbe la plus avantageuse, au point de vue de la
courbure et de la longueur, qui soit tangente à deux droites données
(') i est uti exemple simple de surface de Riemann transcendante, admettant un
groupe infini de transformations analytiques et biunivoques en elle-même; ZiZ=:R(Z),
non biunivoque dans le plan Z, le devient sur ^.
(-) P. Appell, Courbe de raccordement et élastique plane {Bull, de la Soc. math,
de France, t, 49, 1921, fasc. I et II).
520 ACADÉMIE DES SCIENCES.
D, et D^ en deux points donnés ]VI,(^,, j,), M.j,(x.,, y.-,) sans avoir de
points singuliers,
M. Appell, en appliquant une méthode qui rend minimum la courbure
moyenne et conserve la longueur, a abouti à la conclusion que la courbe
cherchée doit être une élastique plane.
Or, le fait que la courbure moyenne est rendue mininium n'est pas tout
à fait satisfaisant pour le but du problème (qui intéresse surtout les
ingénieurs), puisque cela n'empêche pas que, sur l'arc M, Mo, la plus
grande courbure soit trop grande. Il serait donc nécessaire de compléter
à ce point de vue le résultat important de l'éminent géomètre en rendant
aussi minimum la plus grande courbure.
Cette idée se justifie d'autre part par le fait que l'équation différentielle
de l'ensemble des courbes élastiques planes est
où
ôc^^^cosc) — Isinc»), y = X sin r.) + Y cos w + 6,
les «, h, (x> étant trois paramètres variables.
L'intégration de l'équation ( i) donnera deux nouveaux paramètres c et c^ ,
et, par conséquent, l'ensemble des courbes élastiques planes dépend de cinq
paramètres, tandis que le problème traité par M. Appell comporte quatre
conditions. Il reste donc un paramètre disponible, que l'on peut utiliser
pour le complément ci-dessus indicjué. Nous avons traité cela et le résultat
de nos recherches est le suivant :
2. Soient X, et Xo les coeflicients angulaires des droites données D, et Do
et considérons la fonction elliptique />w correspondant aux invariants
(. + ï)vî
2C(,A' — C-)
-^- .7
soient (X,, Y,) et (X., Y.) les valeurs des X et Y correspondant aux
points donnés M, (a?,, 7,), M.^{x^_^ y,) et posons
OÙ les nombres ::, et z... correspondent aux valeurs Y^ et Y. moyennant la
relation
I r 3Yn
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. D'il
Considérons aussi les déterminants fonctionnels (jacobiens ) A,. A.. !.. A.,
des fonctions
(2)
Yi y- /-i-f-tangw / Yj
27.'- j I — /-i laiig()j \2 a-
2 5C-
I — A, tanç^nJ V 2 a-
et de chacune des quatre quantités
^^-2(\'4/^".+ y). ^\/-^^(W/>''. + ^)' ^V/-2C
2C, -v/2(l — C)
a
considérées comme fondions des quatre paramètres a, h^ c, oj.
Alors, notre théorème est le suivant :
Les meilleures élastiques planes, au point de vue de la courbure, sont parmi
celles qui correspondent aux valeurs des paramétres a, h, c, co qui annulent
simultanément les trois fonctions (2) et Vun au moins des jacobiens
A,, Aa, A3, A,.
La seconde constante d'intégration c, est utilisée pour que la courbe
cherchée passe par le point M, (x^ , v, ).
Il faut donc résoudre des systèmes de quatre équations à quatre inconnues
pour trouver les meilleures solutions du problème. Il faudra seulement
constater si elles donnent des courbes réelles. Il est clair qu'une discussion
détaillée au point de vue réalité doit se faire dans un Mémoire étendu.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur quelques applications du calcul diffé-
rentiel absolu. Note de M. René Lagrange, présentée par M. Emile
Borel.
La méthode d'exposition du calcul différentiel absolu, que j'ai résumée
dans une Note récente ('), m'a permis d'obtenir quelques résultats dont
certains me paraissent nouveaux.
L'étude du déplacement d'un vecteur (£,, f,, ..., ç,^) le long d'une
courbe (F) est aussi simple que dans un espace cartésien. En particulier,
si t est le paramètre du point courant de (F), et si les ^, sont fonctions de /,
(') Comptes rendus, t. 173, 19-21, p. i/^Si.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 8.) 4°
522 ACADÉMIE DES SCIENCES.
on obtient la formule de l'aylor généralisée.
'dli {i-- ty- d-ij
•/„(^, ^')_ ->(/) + (i'— /)
dt ' i dV-
(|iii représente, en chaque pointu), le vecteur obtenu en déplaçant £,(/)
parallèlement à lui-même, an sens absolu, à partir du point (z'). ("eLte for-
mule se généralise aussi bien sur une variété d'ordre quelconque plongée
dans un espace d'ordre n.
Les rotations d'un système orthogonal fonction d'un ou de plusieurs
paramètres, et les n — \ courbures d'une courbe, dans un espace rieman-
nien, ou même plus général (dans lequel les coefficients des formes de
Pfafffl^co, sont des intégrales curvilignes), s'obtiennent par les mêmes for-
mules qu'eu calcul ordinaire.
('eci s'appli(|ue sans changement au\ cônes, en appelant « cône « toute
famille de vecteurs issus d'un point. Pour la détermination des courbures
d'un cône, les différentielles absolues coïncident avec les différentielles
ordinaires, car, dans l'expression
dii— dij —2^ ''«P -/^ ^^'^^\''-
les r/cop sont tous nuls.
Cela revient à considérer un vecteur comme un élément géométrique, tel
qu'on le conçoit dans l'espace euclidien, plongé dans un espace euclidien
intinitésimal entourant son origiue M. Cet espace euclidien joue le rôle
d'espace épreuve grâce au(jael on explore l'espace étudié.
(Juand M décrit une trajectoire quelconque de façon que tous les vec-
teurs issus de M restent parallèles à eux-mêmes, au sens absolu, cet espace
épreuve subit un simple déplacement sans déformation (par exemple, les
courbures d'un cône restent constantes).
Un vecteur unité {Oj) étant donné, fonclion d'un point courant d'uu
espace !>„, appelons directions principales toutes les directions orlhogonales
à «„ le long desquelles la vitesse absolue de a, leur est parallèle. < >n
démontre facilement qu'il y en a au moins n — i, et que, t^i (a,) est normal
à une V,, _,, ces directions principales sojit orthogonales deux à deux;
si w, v^ (r, .,., sont les paramètres des lignes de courbure de la V,,_,.
if, r,,, C, • . -, les directions principales, on a les formules suivantes :
Ou dv
SÉANCE DU 20 Fi;VRlER 1922. I)l3
avec, pour la \ „_,,
ds- =-■ do)l + d(j)'-, H- . . . -i- (ioj,-j zzz A-dfi- -+- li^di- -+- Q-di\- 4- ... ;
A,, Xo, A3, ... sont les courbures principales, de signification géométrique
évidente, et l'on a encore le théorème d'Euler pour la courbure normale le
long d'une courbe quelconque (C) de la V„_,.
L'expression Q. = V \-\f.{^i:^k), que j'appellerai courbure totale externe ^
est liée à la courbure totale (^ = —^"z'/l par la formule simple
i, A-
ikht
OÙ les T'I^i sont les symboles de Riemann de E,j.
On a le théorème : « Tous les espaces, dans lesquels les deux courbures
totales d'une V,j , quelconque sont égales, sont ceux dont les covariants
doubles de Kiemann
a
sont identiquement nuls. )>
Pour ft = 3, un tel espace est euclidien.
Comme conséquences du même calcul, on obtient les théorèmes de Dupin
généralisés, dans un espace d'ordre quelconque :
i"" Si deux V,j_,, S et 1, sont orthogonales le long d'une courbe (F),
ligne de courbure de S, et si la normale de 2 est également direction prin-
cipale pour S, (F) est aussi ligne de courbure sur (I), et la normale de S
est direction principale pour 1;
2.° Si un système de n familles de V„_, est /^-orthogonal, les sections de
ces variétés n ~ i k u — i sont lignes de courbure sur ces variétés.
Si ces ligues de courbure sont de plus des géodésiques de E„, E„ est
euclidien.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Correspondance ponctuelle entre deux
surfaces avec échange des réseaux conjugués en réseaux orthogonaux et
vice versa. Note de M. Bertrand Gaaibier, présentée par M. G. Kœnigs.
1. On sait l'importance des trois formes quadratiques "îldx-, ^clcdx,
^dc'- attachées à une surface S.
524 ACADÉMIE DES SCIENCES.
J'ai déjà signalé que certaines surfaces S convenablement choisies
peuvent être mises en correspondance ponctuelle avec une autre surface S,
de façon que le rapport des deux premières formes S et S, et aussi le
rapport des deux dernières soient fonction uniquement de la position du
point M étudié et non de l'orientation de l'élément d'arc issu de M ; on a
vu qu'il peut se produire alors deux hypothèses distinctes dont l'une P,,
que nous retrouverons plus bas, signilie en langage ordinaire que les lignes
de longueur nulle d'une part, les asymptotiques d'autre part se con-
servent ( ' ).
2. Un problèjue analogue consiste à déterminer les couples S, S, tels que
la correspondance ponctuelle transforme les ligues de longueur nulle en
asymptotiques et vice versa. Un réseau soit orthogonal, soit conjugué sur
l'ime des surfaces devient sur l'autre un réseau soit conjugué, soit ortho-
gonal; le réseau des lignes de courbure se conserve. Prenons ce réseau pour
réseau de coordonnées et formons le Tableau :
S
S,
Idc"'
a-da^ -\- c'-dv-
a\ du- -h c'\ch'-
i de dx
a-W du- + c'-H'<^i-
a\ W^du- -\- c'\\
\\ dv-
i f/,r2
cÛ\V-du--{-c''\\'^d^-
a-^\\\du^-^c\\
!;v.-
Les fonctions a, c, R, R' sont liées par trois équations aux dérivées par-
tielles bien connues; de même a,, c,, R,, R, . Les conditions de notre pro-
blème reviennent aux deux équations complémentaires :
R'_ F5, _fac,
K 1-5 'i \C(7]
Le système ainsi formé serait d'étude directe assez pénible, mais il montre
immédiatement qu'à une surface S prise au hasard ne correspond en général
aucune surface S,; de plus, si diverses surfaces S, correspondent à une
surface S, ces surfaces S, sont entre elles en correspondance P, et l'étude
déjà faite pour P, nous donne ce résultat précis ({u'à une surface S solution
de notre problème actuel, autre toutefois qu'une sphère ou une surface
minima, correspond une surface S, dépendant au plus de deux paramètres
constants de forme (on néglige bien entendu une similitude). Si les surfaces
correspondantes sont réelles et en correspondance réelle, les lignes asymp-
totiques sont imaginaires de part et d'autre.
(') Comptes rendus, l. J73, 1921, p. 760.
SÉANCE DU 20 FKVPiIER 1922. J2D
3. Une solution presque banale s'obtient en prenant pour S une sphère :
on a simplement une représentation conforme de jdeux sphères Tune sur
l'autre.
A une surface minima S correspond une surface minima quelconque S, :
le problème revient au fond dans ce cas à échanger entre elles les deux
formes dir -\- f/v- et dir — dv- et la solution est rvidente; mais les transfor-
mations ainsi obtenues font correspondre à une nappe léelle une nappe ima-
ginaire.
On peut obtenir un couple formé soit de deux hélicoïdes, soit de deux
surfaces spirales, soit d'un liélicoïde ou d'une surface spirale.
A une surface de révolution S quelconque correspond, par trois quadra-
tures, une surface S, aussi de révolution dépendant de "deux paramètres;
les méridiens se transforment en méridiens et les parallèles en ])arallèles.
Si la surface S est de révolution et de plus est caractérisée par la rela-
tion R = mR', où m est constant et R désigne le rayon de courbure de la
méridienne, on trouve d'abord la solution qui vient d'être signalée, S,
étant la surface de révolution caractérisée par R, = - R'j ; mais on trouve
une solution nouvelle, spéciale à ce cas, qui est S elle-même : cette surface
possède en effet ce'- auto-correspondances du type actuel, où les méridiens
s'échangent avec les parallèles et inversement.
4. J'indique rapidement, pour ces surfaces de révolution particulières, la
démonstration de ces propriétés qui reviennent d'ailleurs à des propriétés
de P, non signalées dans ma Note précédente. .le puis écrire, pour S,
ch^'uildc-) == du'-+ dv-,
ch- u{^ de dx) = {m r///"- 4- rA'*)R',
ch'- a {Idx'-) = {m'-du'-^ di--')]V\
où R' est une fonction de // que je n'ai pas besoin d'expliciter. On voit
aussitôt que
définissent oo- auto-correspondances P, de S. Sur la surface de révolution
S, (ttt = ^} en appelant ?/,, r,, R,, ?v\, ~ les éléments analogues à u, ç,
R, R', m de S, on voit aussitôt que les formules
définissent oc- correspondances P, entre S et S,.
:>26 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Or on voit, non moins immédiatement, que les formules
;/,==: (', d =: ni- Il
appliquées aux points (w, r) et (z/,, (^,) de S réalisent une auto-correspon-
dance du type actuel sur la surface S; par conséquent, la composition de
cette auto-correspondance unique aveclesco- correspondances P, de S avec
soit elle-même, soit S,, fournissent toutes les correspondances annoncées
échangeant systèmes conjugués et systèmes orthogonaux.
5. Je montrerai, dans une prochaine Note, les résultats intéressants que
l'on peut obtenir en combinant autrement les formes quadratiques attachées
à deux surfaces S et S,.
Je dois signaler que M. Ogura a effleuré le problème P, et le nouveau
problème étudié dans cette INote; il a fourni l'exemple des surfaces minima
sans remarquer qu'une nappe réelle se transforme en nappe imaginaire
{\o\v TohokumathematicalJournaly vol. 12, 191 7).
MÉCANIQUE. — Cycloides de glissement des terres.
Note (^^' ) de M. Frontard, présentée par M. Mesnager.
Considérons un massif en terre cohérente de poids spécifique A, cohé-
sion G, angle de frottement interne o, limité par un talus rectiligne d'incli-
naison «supérieure à 9. Supposons, conformément à l'hypothèse habituelle,
que toutes les lignes de charge sont, au moins jusqu'à une certaine profon-
deur, parallèles à la surface libre du talus, cette hypothèse étant d'ailleurs
rigoureuse au voisinage immédiat de la surface.
Prenons pour axes de coordonnées : Ox ascendant suivant la ligne de
plus grande pente; Oy vertical descendant à partir du pied O du talus.
Soient M un point, de coordonnées .t, t', delà courbe de rupture par glisse-
ment; a l'angle de la tangente TM avec la direction O.r.
Admettons que le glissement ait déjà préludé sur une zone quelconque de
la courbe, et se soit propagé jusqu'en M. Nous nous proposons de rechercher
comment il se propagera au delà de M.
Soit s Faction moléculaire conjuguée en M à la direction MT; et soient n
et t ses composantes suivant la normale à MT et suivant MT. Soient, d'autre
part, ^ = Aj'cos/ l'action moléculaire (verticale) conjuguée en M à la
(^) Séance du i3 février 1922.
SÉANCE DU 20 FKVRIER 1922. 527
direction parallèle an talus Ox; et /■ l'action moléculaire (parallèle à Ox)
conjuguée de la verticale. Les équations d'équilibre des trois forces pu, rv.
si\-, agissant sur le triangle élémentaire on M, de cotés 11, c, ir sont les sui-
vantes :
nw ^~- pu cos{a. — i) + rv>\\\ y..
/n' -3: — p/f sin (y. — /) -' /r cos y.
Il (• ir
D'où l'on lire
(■o?(a — /) sina cos/
cos-(a — i) sin- a
cos/ cos/
sinfa — /)cos(a — /) sinacosa
1 — — P ^ '- — : + /• -.
cos/ cos/
D"autre part, la direction MT étant direction de glissement, l'action
moléculaire conjuguée .?, ou ses composantes n et /, répondent à la double
condition :
i'' De mettre la matière en état d'équilibre strict suivant la direction
conjuguée, soit en admettant la légitimité de la loi de Coulomb
/ — // tang o = < ^ ;
2° D'être la seule, autour de M, à mettre la matière dans ledit état
d'équilibre strict; en d'autres termes, d'être celle qui réalise, autour de M,
le maximum de la fonction t — «tang-^; sans quoi, le glissement s'effec-
tuerait suivant une autre direction que MT. D'où la condition
dt dn
^ tango — o.
dy ily.
Substituons l\. n el t leurs valeurs précédemment déterminées. On trouve,
loutes simplifications faites :
— p cos (a — /') sin (a — /-ho) + /• sin a cos (a H- 9) =; C cos/ cos o,
— /) cos ( 2 a — 2 /■ + 9 ) + /■ COS ( 2 a + 'v ) =::= O.
On en déduit, par élimination de la variable inconnue /• et en* rempla-
r ant/î par sa valeur Avcos?', l'équation différentielle de la courbe de glisse-
ment, soit :
— cos ( a — /' ) sin ( a — /' -h 9 ) cos ( 2 a ~r- 9 ) H-
+ sin y. cos {y. + o) cos il y. — 2 / + o ) r= -7— cos o cos ( •> y. -\- o ).
Celte équation figuie. bien qu'entacbée d'une erreur de signe, dans
528 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'Ouvrage de J. Résal sur les Terres cohérentes. Contrairement à ce que
croyait Résal, elle est intégrable. Elle peut, en effet, être simplifiée, et
s'écrire
Q
-r— coso cos(2 a + 9) = cos/[sin / — >'iao cos( 2 y. — / -t- o)]
OU
Ccoso cos(2a-i-c/)
(') V— , . . . .
Aco?>i sin/ — sin'jcos(>a — /-t-o)
D'où l'on déduit
, 4 c . sina cos(a -f- 'v)
ar = -—coso la 11» «7— — -. ^ —. dy..
û ' [sin/- .sin©cos(''.a — i-ho)\'-
On a
, cos(/— ce) .
clx = dy,
, . 2C .r cos(< -h o) + cos(2a — i + o) ,
(2) X =:— -—-cos-j lanm I —. — ~ ^ —(h..
a ' " Ja *'"' — ^sincpcos(2a — / -f- cp )'^
Désignons par A un angle auxiliaire variable, défini par la relation
/. /sin i -+- sin o , / —
lane- = 4 /-; — : r— ^ tanjr a
2 y sin« — sino ° \ 2
Et l'équation (2) prend la forme, immédiatement intégrable,
c coso tanof C' • - -
^= \ ^ — ■ ' / (cosi 4- coso cosA ) ^//.
A si n ( i — o ) ysi n ( / — o ) si n ( «' -i- o ) J;^
On a finalement
c coso tang/(^o ces/ H- coso sin 7„ — /, cosi — coso si 11 À)
(3) ,r:=
(4) r=r
A sin ( f — cp ) y sin ( i — o ) sin («'-}- o )
c cosp tan g/
— \ sin [^i — o) sinu + o) sin/, -t- cos< ces A
Asin(<' — o)sin(f-+-o) Llangt
La valeur 'Xp, correspondant à a^ = y = o, correspond d'ailleurs à une
valeur de a égale à y — - (angle d'incidence de toute courbe de glissement
avec une surface libre), et est, par suite, fournie par la relation
, V , /.o /siDi + Sin o
(0) tang-
i / ^—. r-^ lang - —
y sin i — sin o \ 4
Ces équations définissent complètement la courbe de glissement.
Cette courbe n'est autre, pour les matières parfaitement glissantes d'angle
SÉANCE DU 20 1 KYRIER I922. 629
0 = 0 (dont le beurre, le saindoux, la glace, l'argile donnent une idée)
qu'un arc de cycloide. Pour les matières d'angle 9 = 0, cette cycloïde se
déforme plus ou moins.
On a aiïaire. dans tous les cas, à une cycloïde déformée homologique-
ment.
MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Travail dépensé dans V usinage mécanique du bois.
Note de M. J. Petitpas, présentée par M. Laubeuf.
[. Sciures et copeaux. — C'est généralement d'après des données très
empiriques qu'est évalué le travail dépensé à Toulil.
Les données de la résistance des matériaux n'apprennent rien à ce sujet.
Des bois ayant môme résistance à la traction ou au cisaillement, par
exemple, peuvent présenter des difTérences très notables dans le travail
dépensé pour leur sciage.
La méthode qui se base sur le pesage des copeaux détachés est inexacte.
Le travail dépensé n'est pas proportionnel au poids des copeaux. C'est ainsi
que pour 60"°' de copeaux enlevés d'un bois blanc en une seconde, la
dépense à l'outil est de l'-o^^'^ si l'épaisseur de passe est de 6"™ et de iqo'^s™
seulement si l'épaisseur est de 3"^'°.
Des recherches poursuivies pendanl une douzaine d'années ont fait con-
naître que l'énergie requise par l'usinage du bois peut être évaluée d'une
manière rationnelle et mise sous forme de formules et de barèmes appli-
cables aux différents cas.
Les opérations secondaires (perçage, etc.) étant éliminées, tout le gros
usinage peut se diviser en deux catégories :
i*^ Le sciage sous toutes ses formes;
1° Le rabotage et opérations similaires.
La variété des essences de bois se réduit à un petit nombre de cas-types.
II. Sciage en long. Étalon. — La puissance transmise à l'outil,
ramenée à l'unité de surface de sciage, diminue d'autant plus qu'on force
la rapidité du débit.
Désignons par T le travail total absorbé à l'outil, pour un débit de s cm-
par seconde, par t celui réellement dépensé à la denture et par /, celui
perdu en frottement :
T := ^ 4- ^1 ;
t est toujours fonction du débit. A égalité de débit, /, est beaucoup moins
53o ACADÉMIE DES SCIENCES.
grand pour les scies à ruban que pour les scies circulaires; /, a été évaluô
dans le premier cas en fonction de.v, tandis (|ue pour les scies circulaires il a
fallu introduire des facteurs parliculicrs à ce genre de machine : coincement
ou pression de fermeture du bois sur l'outil; coefficient de frottement.
On a donc, pour les scies à ruban : T = / -t- /, = fonction de v; pour les
scies circulaires : / :^ fonction de .v.
Oi', dans un cas particulier di( cds èicdon, c'est la même fonction de .9
qui, à de très petites difï'érences près, représente d'une part le T des scies à
ruban et le / des scies circulaires. Cette fonction de s a été désignée par 0.
Le cas étalon est le suivant : Sciage sur une grande machine à grumes, de
bois dur de pays, droit, non tortillard et à point, c'est-à-dire abattu à la
bonne époque, ayant reçu les soins communémenl exigés et dépouillé d'une
partie de son humidité naturelle,
La valeui- de 0 a été représentée graphiquement en fonction des valeurs
du débit .V. La courbe obtenue est représentée avec une très grande
approximation par l'équation du sciage :
log6' = o, 585 log.v + 1 ,6735 ,
où 0 exprime des kilogrammètres par seconde el s des centimètres carrés
de surface de sciage par seconde.
On peut, sur le même graphique, tracer, pour la scie à ruban et le cas
étalon, la courl)e des t^ fonction de s et, pour ce cas, mesurer / en ordonnée,
par différence entre les deux courbes.
Le T des scies à ruban peut être trouvé par simple lecture du barème des
valeurs de 0 que l'on adapte à la nalure du bois, au moyen d'un coeflicient.
Dans la somme (/ -h Z,) relative aux scies circulaires, le terme t est égal
à 0 et celui/,, travail de frottement, esl évalué en fonclion du coinc<'ment et
du coefficient de frottement.
in. Sciage en travers ou tronçonnage à la scie alternative. — On constate
qiu; la production de toutes les machines de ce gt-nre, dont les dimensions
sont limitées par leur principe même, est toujours voisine d'un débit s cm-
par seconde : s est fonction de D, diamètre de la bille à scier. Lorsque D
diminue, s augmente très rapidement. Le travail à l'outil (? ^r- /,) augmente
avec D, mais très peu; il est presque constant. La production diminuant
lorsque D augmente, le travail de frottement /, augmente rapidement et
dans le même sens que 1).
En portant D en abscisses et .v en ordonnées, on obtient une courbe
sinusoïdale qui représente une foncti(»n de fangle a dit angle de prise.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 53 1
Pour que la scie soit engagée ot que son débil soit normal, il faut que sa
denture atteigne la corde d'un certain segment du cercle de la section
à opérer, segment dont Tangle au centie <'st a. La valeur de a est donnée
par 1 ^ "rmule
3<Jo
f>»7 VS — I
S, en centimètres carrés, est lu section à tronçonner, de diamètre D. La
valeur de .v, débit par seconde en centimètres carrés, est fixée par la rela-
tion
/- «sina
v/^=7= — T'
v/S + 3(.
/'z est un coefficient variable suivant la nature du bois. 11 varie entre 5()o
pour les résineux et G80 pour les blancs non résineux. Pour bois dur de pays
on a, en moyenne, a = 6id.
Quand (V/sina) est maximum, s est très voisin de son maximum. Alors,
a = 90° et D = 575™™. Le rendement maximum est donc obtenu au tron-
çonnage d'un arbre dont le diamètre est compris entre ")5*"" et 60"".
A débit égal, le travail utile / est, en tronçonnage, égal aux 0,62 de celui
dépensé dans le sciage en long du même bois.
TV. Rabotage. — On entend par rabotage tout usinage ayant pour but la
diminution du volume evtérieur de la pièce à usiner, par enlèvement de
copeaux.
La dépense utile à l'outil / est directement proportionnelle à la section
<r aménage S
S = \Jliv X e,
on c est l'épaisseur de passe en centimètres, h la largeur de la pièce à
raboter, v la vitesse d'amenage, en centimètres par seconde.
La formule générale de la puissance utile à la coupe est
Le coefficient c est sensiblement proportionnel, pour chaque essence de
bois, au coefficient tic résistance à l'écrasement dans le sens des fibres. Par
exemple, pour les blancs non résineux,
C:zi4"> et /:^4'^S.
Les bois très secs provoquent, dans le mécanisme d'amenage, une dépense
moindre que les bois verts, mais ils absorbent par contre un plus important
travail t à l'outil.
532 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BALISTIQUE INTÉRIEURE. — Au sujet de la vitesse de combustion des
poudres colloïdales. Note (') de M. Paul Bourgoix, présentée
par M. A. Râteau.
La discordance entre les résultats fournis par les formules de la balistique
intérieun^ et ceux expérimentaux, notamment en ce qui concerne la position
du maximum de pression, vient d'être signalée à nouveau par MM. Gossot
et Liouville (-).
A mon avis, cette discordance tient au fait essentiel que l'expression
adoptée pour la détermination de la vitesse de combustion ne tient pas
compte de la température du milieu dans lequel s'effectue la combustion.
Les expériences suivantes mettent en évidence le rôle capital que joue ce
facteur.
L Brûlons dans la bombe de Vieille deux charges de poudre composées :
la première, de iS^ de nitroguanidine en poudre et de 17s de poudre
BM,-Do (Tracé I); la deuxième, de i5^' de balistite en copeaux très minces
et de 17^' de poudre BM^, D^ en lamelles de dimensions identi(pies à celles
composant la première charge (Tracé II).
Les températures de combustion de ces trois corps sont :
Nitroguanidine kioo^C. eiiv.
BMj.; D2 2()(>(l )1 '
Balistite Soon »
Considérons maintenant les deux tracés des pressions en fonction du
temps, allérents à la combustion des deux charges.
Etant donné que, par suite de leur extrême division, la durée de la com-
bustion de la nitroguanidine et de la balistite est une fraction relativement
courte de la durée de la combustion du mélange dont ils font partie, on peut
délimiter de façon assez précise la partie du tracé afierente à la combustion
de la poudre BM,, Dj. Soient a^ et a., les points limitatifs de cette partie des
deux tracés; coupons ceux-ci par une parallèle à O^ passant au-dessus de a\
soient m,, m^ ses deux points d'intersection avec les tracés I et IL
A l'instant où la pression atteint la valeur m,P^ = moPo, la combustion
de la balistite et de la nitroguanidine ayant cessé, la poudre BM,; brûle
(') Séance du 6 février 1922.
(-) Comptes rendus, t. Vih, 1922, p. 2-.
SÉANCE DU 20 lÉVRlER 1922. 533
seule. Les surfaces d'émissioji ayant sensiblement la même valeur à cet
instant et les pressions étant égales, les '-— en m, et m, devraient être
égaux si la pression était la seule variable du phénomène.
Si, au contraire, la vitesse de combustion est foncllou croissante de la
température, le -j- en m, de\ ra êlre plus grand que le -^ en f/i.,. L'expé-
rience montre qu'il en est bien ainsi, la dilVérence entre les -^ des deux
tracés étant, en moyenne, de l'ordre de 20 pour 100 du plus petit d'en Ire eux.
La vérification ci-dessus paraîtra satisfaisante si Ton tient compte du
fait que la poudre BM,, s'enflamme dès le début de la combustion.
IL Brillons deux charges de poudre B composées de lamelles de
poudre de mêmes dimensions. L'une de ces charges est constituée par de la
poudre B pure, l'autre par de la poudre recouverte d'un vernis à l'acétate
de cellulose, dont le poids est d'environ le -z de la charge totale.
Il est clair que la présence de ce vernis, qui d'ailleurs disparaît immédia-
tement, a pour effet d'abaisser la température du milieu gazeux engendré
par la combustion.
Si, ayant établi les tracés de combustion, on les coupe comme précé-
demment par une même parallèle à l'axe des temps, on trouve que les ^
aux points d'intersection diffèrent de quantités atteignant — à — delà
valeur du plus petit d'entre eux, qui est relatif à la poudre recouverte de
vernis.
IIL Brûlons encore dans la bombe réglementaire de i5o"" de capacité
intérieure, et sous la même densité ^de chargement, deux charges de poudre
composées de lamelles de mêmes dimensions. Pour l'une des combustions,
la bombe sera vide. Pour l'autre, elle contiendra une quantité notable de
toile métallique en cuivre rouge destinée à refroidir les gaz de la charge.
La lecture des deux (racés montre que, bien que les durées des deiix
tracés soient du même ordre, les pressions maxima engendrées sont dans
un rapport voisin de 2 : i .
Une même poudre peut donc avoir une même vitesse de combustion sous
des pressions différant du simple au double.
Toutes ces expériences mettent nettement en évidence le fait que la tem-
pérature est, au même titre que la pression, l'un des facteurs essentiels du
phénomène de la combustion de la poudre. En fait, j'ai montré par
534 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ailleurs ('), en me basanl sur les résultats numériques des expériences de
Noble, que la loi de combustion des poudres cuUoïdalcs est la suivante :
« La vitesse de combustion d'une poudre colloïdale esta cliaque instant proportion-
nelle à la quantité de chaleur (supposée uniformément répartie) contenue dans l'unité
(le volume de la capacité à l'intérieur de laquelle s'effectue la combustion de la
poudre. »
De cet énoncé et du fait que la mise en vitesse du projectile absorbe une
fraction importante de la quantité de chaleur dégagée par la combustion,
on déduit qu'il est théoriquement impossible d'obtenir des résultats
satisfaisants en faisant usage de formules balistiques basées sur une loi de
combustion de la poudre dans laquelle il n'est pas tenu compte de l'abaisse-
ment de température dû à la détente adiabatique de la masse gazeuse dans
le canon.
En particulier, si l'on considère la courbe des pressions sur le culot du
projectile en fonction des espaces parcourus par celui-ci, courbe qui pré'
sente un maximum, il est visible que les vitesses de combustion aux points
d'intersection de cette courbe avec une parallèle à l'axe des espaces ne
sauraient être les mêmes, bieji que les pressions en ces jxùnts soient iden-
tiques.
C'est dans ce fait essentiel qu'il convient de chercher la cause principale
des discordances signalées par MM. Gossot et Liouville.
(') Les Poudres colloïdales., Imprimerie nationale, igiq-
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 535
7VSTRONOMIE. — Sur une lunetlc coudée destinée à P application de la méthode
des hauteurs égales. Note de M. A. de La Baime Pluvi.vel, présentée par
M. B. Baillaud.
On sail que la méthode des hauteurs rgales de Gauss présente le grand
avantage de ne pas exiger la lecture de cercles divisés. Au lieu de lire sur
un cercle la hauteur d'un astre à un certain instant, ou note Theure à
laquelle TasLre atteint une hauteur arbitraire, mais qui doit rester rigou-
reusement constaute pendant le cours d'une série d'observations et quel
que soit l'azimut de l'astre considéré. Avec un instrument remplissant ces
conditions, on peut résoudre deux ordres de problèmes : la détermination
des coordonnées des astres et la détermination des coordonnées géogra-
phiques des points de la Terre.
L'instrument qui fait l'objet de cette Note remplit, avec toute la précision
désirable, les conditions exigées pour l'application de la méthode des hau-
teurs égales.
Une lunette coudée est construite de manière que les deux bras de la
lunette forment un \ dont le plan est vertical et dont les deux branches
sont également inclinées d'un angle Z sur la verticale. Au point de croise-
ment des deux bras de la lunette se trouve la surface réfléchissante d'uu
bain de mercure. Soient N le point nodal arrière de l'objectif, M le poiut
où les axes des deux bras se rencontrent sur le bain de mercure et F la
croisée des fils du réticule. Supposons que l'appareil ait été construit de
manière que les deux bras soient égaux, c'est-à-dire que NM = MF el,
qu'en outre, le point M se' trouve au centre du bain de mercure. Il est facile
de voir, par une simple construction géométrique, que la lunette coudée
ainsi établie jouit de la propriété essentielle que doivent posséder les ins-
truments destinés à l'application de la méthode des hauteurs égales, à savoir
(jue l'image d'une étoile se maintient sur la croisée des lils quelles que
soient les inclinaisons sur la verticale que peut prendre accidentiîUement
l'appareil.
Si la longueur de l'un des bras de la lunelle diffère de la longueur de
l'autre bras de /?, et si le point M est à une distance A" du centre de la surface
du bain de mercure, l'erreur maximum sur la distance zénithale d'une
étoile qui peut en résulter, dans le cas où l'angle Z est de 3o", est
g = -(h-{-L); dans cette formule, y. est l'angle dont l'appareil a tourné
536 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et /est la distance focale de l'objectif. Etant donné que l'on peut toujours
niveler l'instrument à i' près, on voit, qu'avec une lunette de o'",75 de
foyer, le constructeur pourrait commettre, sur // et >?■, des erreurs de i™*^^
sans entraîner, pour la distance zénithale, une erreur supérieure à o",i5.
D'ailleurs, il est toujours facile de régler l'appareil de manière que les
erreurs instrumentales restent bien inférieures aux erreurs d'observation :
il suffit de disposer, en avant de Tobjeclif de la lunette coudée, un collima-
teur au foyer duquel se trouve une très petite ouverture éclairée, formant
étoile artificielle. La lunette coudée peut être réglée de manière, qu'en lui
donnant des inclinaisons de lo'de part et d'autre de l'horizontale, on ne
puisse constater aucun déplacement de l'image de l'étoile artificielle par
rapport à la croisée des fils.
L'appareil doit être suffisamment rigide pour que la distance ]NF du
point nodal arrière de l'objectif à la croisée des fils du réticule reste inva-
riable. Afin de ne pas avoir à exercer une pression sur l'appareil pendant le
cours d'une série d'observations, on laisse en place l'oculaire à fort grossis-
sement. H faut alors avoir recours à un chercheur pour amener l'image de
l'étoile dans le champ de la lunette. L'observation à faire consiste à noter
l'heure du passage des étoiles aux divers fils horizontaux du réticule ; on
en déduit, par les méthodes ordinaires, l'instant du passage au fil central.
Le bain de mercure doit être monté sur des vis calantes qui permettent
de l'élever ou de l'abaisser. On peut ainsi mettre au point l'image de
l'étoile sans altérer les deux réglages essentiels de Finstrument. L'appareil
peut être construit pour une distance zénithale quelconque ; on pourrait
même imaginer une lunette coudée à angle variable.
Une première lunette coudée de o'",o4 d'ouverture et de o'", 4o de foyer,
pour observer les astres à 3o"^ du zénith, a été montée provisoirement afin
de se rendre compte de la précision des résultats qu'on pouvait obtenir.
Des observations ont été faites avec cet appareil à l'Observatoire de Paris
par MM. .Iules Baillaud et Pourteau. Les erreurs ont été de Tordre de
grandeur auquel on devait s'attendre étant donné le degré de précision de
l'enregistrement de l'heure du passage des étoiles aux lils du réticule.
Un instrument plus important de o"',075 d'ouverture et de 0^,75 de
foyer est en construction.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 193.2. SSy
ARCHÉOLOGIK. — La reprèsenlalion matérielle préhistorique des Pléiades à
dix étoiles^ dans un bassin de rocher des Epesses {Vendée). INote de
VI. Marcel Baudouin, présentée par M. Bigourdan.
Il existe, sur un rocher fixe, dit des Pierres folles^ à La I^'ilouzière,
commune des Epesses (Vendée), une série de cavités, en forme de bassins^
creusées par l'homme de la pierre polie, sur ce pointement de granulite
qui constitue une masse énorme.
Celui-ci présente trois de ces bassins dont l'un, assez profond, a plus
de o",5o de diamètre et se trouve au centre du bloc.
Or cette cavité, la plus centrale, montre, sculpté sur son fond, un
ensemble de dix petits creux, ou cupules, gravés aussi par les Néolithiques
à une époque plus ou moins contemporaine de la confection desdits
bassins.
Etant supposé démontré, d'après ce que j'ai établi précédemment ('),
qu'une cupule représente une étoile, on peut supposer qu'on a voulu
représenter là une constellation à astérismes très rapprochés.
En l'espèce, on ne peut songer qu'à celle des Pléiades, qui, on le sait,
constitue un amas ou groupement serré d'astres, dont sept sont très
visibles à l'œil nu et connus depuis longtemps, mais dont au moins treize
ou quatorze peuvent être distingués quand on jouit d'une excellente vue.
Cette hypothèse, que justifie le folklore mondial, si important, de cette
constellation, et qui s'explique, si l'on veut bien admettre que les bassins
sculptés par les Néolithiques sont des représentations matérielles du Soleil
lui-même, peut, dans le cas particulier, se défendre, car les dix cupules
semblent correspondre aux dix étoiles suivantes des Pléiades :
Bord nord de la figure : Atlas, Alcyone, Astérope, Externe du Nord (n° 18
de Flamsteed).
Bord sud : Externe du Sud (n^ 26 de Flamsteed), Mérope, Electre, Celœno.
Centre : ouest, Maïa; — est, Taygêle.
L'orientation de l'ensemble, prise à la boussole, sur le pointement granu-
litique, donne une ligne nord-sud géographique passant par Mérope et
Taygète, et une ligne équinoxiale qui unit Electre à Maïa. Or cela corres-
pond presque exactement à l'orientation actuelle de la constellation
indiquée par les cartes célestes.
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 635.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 8.) 4l
538 ACADÉMIE DES SCIENCES.
De plus, on admet qu'en 1880 les douze Pléiades les plus brillantes
étaient précisément les dix citées ci-dessus, plus Pléione et le n" 28 Bessel.
Ces données concordent donc avec les faits, car les anciens ne pouvaient
graver que les Pléiades réellement visibles à Vœil nu.
J'ai observé sur plusieurs rochers, soit en Vendée (Ile d'Yeu), soit en
Bretagne, soit ailleurs, des représentations matérielles analogues, pour les
Pléiades à sept étoiles; mais aucune sculpture ne m'a paru aussi démonstra-
tive. Qui plus est, le fait des Epesses est unique en son genre, parce que les
cupules se trouvent gravées dans un bassin^ comme la Grande Ourse sur le
pied humain de Clisson.
Dans ce cas, il y a certes quelques cupules un peu plus larges que les
autres; mais les différences, qui ne dépassent pas i'^™ pour le rayon,
sont trop minimes pour qu'on puisse tirer de ces données un renseignement
quelconque sur l'éclat des divers astérismes à l'époque néolithique.
On ne trouve guère représentées sur les rochers que des constellations
zodiacales ou boréales, mais je ne crois pas qu'on puisse reconnaître, dans
le bassin des Epesses, l'image d'un ensemble stellaire voisin du pôle. Et c'est
pour cela que j'ai conclu aux Pléiades^ malgré le nombre des étoiles, qui
reste réellement insolite.
GÉODÉSIE. — Sur les différences d' altitude des stations de l' arc méridien
de l'Equateur. Note(') de M. Georges Perrier, présentée par M. Bourgeois.
La présente Note est destinée à faire connaître quelques-uns des résultats
obtenus, relatifs aux altitudes des stations du nouvel arc équatorial..
Celles-ci acquièrent une grande importance dans notre triangulation. En
effet, les stations sont d'altitude très variable : 54 d'entre elles, les plus au
nord, sont, pour la plupart à 35oo'"-4ooo°', tandis qu'au sud, les triangles
s'abaissent brusquement jusqu'au Pacifique. Toutes les fois qu'intervient la
notion d'altitude, un soin particulier doit alors être apporté aux réductions
et discussions.
Opérations exécutées, — i'' Un nivellement trigonométrique relie toutes
les stations conjuguées de la chaîne; 2" Au centre de l'arc, les termes de la
base de Riobamba (2786°^), au sud ceux de la base de Viviate (108'") et la
station astronomique de Payta (72™) sont unis à la mer par des lignes de
nivellement géométrique longues respectivement de 378'^™ et 30^°^. Ainsi,
(') Séance du 3o janvier 1922.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. dSq
on pourra déterminer dans la région côlière du sud de l'arc, rélévation ou
l'abaissement du géoïde par rapport à l'ellipsoïde de référence ( ' ).
Nivellement irigonomètriquc. — Les observateurs ont naturellement été
dans l'impossibilité matérielle de procéder par distances zénithales réci-
proques rigoureusement simultanées. Du moins se sont-ils appliqués à
observer autant que possible aux heures de réfraction minima (en principe
à cinq réitérations au théodolite à microscopes). De plus, j'ai personnelle-
ment procédé entre deux des stations de l'arc (Pinllar, VX lledondo, dans la
province de l'Imbabura) à une étude de la réfraction. Sgi couples de
distances zénithales réciproques et rigoureusement simultanées réparties
sur 12 jours m'ont permis de tracer avec exactitude la courbe des variations
diurnes de la réfraction dans cette région (^).
Calcul des différences iV altitude . — Ces préliminaires indispensables posés,
indiquons comment ont été calculées les différences d'altitude des stations
conjuguées de la triangulation, par rapport à l'ellipsoïde de référence. J'ai
conçu ce calcul comme il suit :
i** Réduction des distances zénithales observées à ce qu'elles auraient été
si l'on avait observé de repère à repère. Il a été tenu compte pour toutes les
stations et tous les signaux excentriques du terme correctif de la forme
/, ' '''',, ou ^- '■^''„ (s. t distances horizontales entre le centre et le signal ou
Ksini" Ksini - ' ^
théodolite excentriques, K distance des deux stations ).
2'' Pour 49 côtés (sur 194) il est permis, d'après les heures et dates des
observations, de considérer celles-ci comme simultanées et exécutées aux
heures de la réfraction minima (ii'^o'" à i4''3o'^). Pour ces côtés, calcul
des coefficients de la réfraction minima n et des différences d'altitude AH.
(') Voir la définition de cet eUipsoïde, t. 3, fasc. 2, p. 77.
La fîvatioii des altitudes définitives des sommets de la triangulation principale doit
permettre aussi, grâce à la triangulation secondaire dont la Mission a couvert la plus
grande partie des régions parcourues, de donner des altitudes de départ pour la des-
cription topographique du pays et notamment de fixer avec précision les altitudes des
sommets géants des Andes, Ghimborazo, Cotopaxi, etc . , dont on n'a le plus souvent que
des hauteurs barométriques suspectes.
(-) Les distances zénithales étaient accompagnées d'observations météorologiques. J'ai
trouvé que le coefficient de réfraction peut, dans la région considérée, être représenté
en fonction de la densité de l'air par la formule /t 1= — 1,11 Sog -1-1,81 840 D. Cette
élude de la réfraction fera l'objet d'une Note spéciale.
54o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Formules employées (M :
AH =: ; -f Ai 1=0,5
K'
sin
(;
^■2-
— z
.)
1
cos
(^2
-J_
1 +
?)
avec
'''=K-"i^)('-îîT^)-
(K- \ .
I j-^ Y négligé dans la pratique habituelle de la géodésie,
ne pouvait l'être ici.
3** Sur les i45 autres côtés :
a. Détermination des coefficients de réfraction minima w;
h. Des coefficients de réfraction aux heures d'observation n, ;
c. Calcul des AH.
a. Si un ou plusieurs des 49 premiers côtés sont issus de la station consi-
dérée, on a adopté pour n à cette station la valeur moyenne fournie par ces
côtés.
Dans le cas contraire, on a adopté pour n une valeur moyenne régionale
déduite des 49 valeurs de n déjà obtenues : régions de Quito (10 côtés ),
0,05347; d'Ambato (6 côtés), 0,6120; de Cuenca (5 côtés), o,o454i;
du rio Quinoz (i côté), 0,07092; de Viviate (16 côtés), o,o5622.
h. En chaque station, les zénithales ont été réparties par groupes
réunissant les observations voisines les unes des autres dans le temps;
ensuite on a formé pour chaque groupe les moyennes des zénithales et
celles des heures.
Puis on a déduit les /i, correspondants en supposant la courbe diurne
donnant lés /î, (ordonnées) en fonction des heures (abscisses), déterminée
avec une haute précision sur le côté (Pinllar-El Redondo), décalée dans le
sens des ordonnées de la quantité n — 0,0407, 0,0407 étant l'ordonnée du
point le plus bas de la courbe (réfraction minima en Imbabura).
c. Enfin on a calculé les AH correspondant à chaque groupe par la
formule AH = K'cot s -f- (/i, — 0,5)9 ^^ formé les moyennes des groupes
(') K côté géodéslque sur l'ellipsoïde de référence, K' corde de sa projection au
niveau de la station la plus basse, z.^^ s, distances zénithales réduites aux centres,
9 angle des normales à rellipsoïde de référence aux deux stations, R„j rayon de
courbure de rellipsoïde de référence à la latitude moyenne des stations et dans
l'azimut du côté.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. 541
en leur attribuant à chacun un poids égal au nombre des zénithales
composantes.
Avec la méthode suivie et les précautions indiquées, les résultats ont été
remarquablement concordants, comme l'ont prouvé la compensation des
altitudes et le calcul des erreurs.
PHYSIQUE. — Sur les barovariomètres à écoulement capillaire.
Note (') de MM. M. Courtixes et Jean Villey, présentée par M. E. Bouty.
Il s'agit du dispositif connu, constitué par une enceinte thermiquement
isolante (Dewar), communiquant avec l'atmosphère extérieure par un tube
capillaire, et munie d'un manomètre sensible qui décèle les variations de la
pression extérieure.
Nous avons été amenés à étudier les conditions très diverses qui influent
sur la sensibilité et la précision de cet appareil. La présente Note résume
très succinctement les indications principales de cette étude, qui seront
détaillées dans une autre publication.
Soient m la masse d'air contenue dans l'appareil, c son volume, ^1* et 5 sa pression
et sa température (échelle absolue), P et T la pression et la température de l'air
extérieur ;/? = 'J? — P la différence de pression qui produit l'écoulement capillaire,
et s le rapport très petit — •
L'expérience montre que les échanges thermiques entre Pair intérieur et les parois
internes du vase de Dewar (volume de l'ordre de ioo'^'°^)-sont assez rapides pour que
leurs températures restent pratiquement égales entre elles (soit 5) : si le capillaire de
fuite est suspendu à l'intérieur du vase, sa température est donc aussi égale à G.
Les grandeurs qui interviennent sont :
1° En ce qui concerne le vase à fuite : son volume v^ sa température S, et le coef-
ficient de débit en volume C,(E) du capillaire, ou plutôt son coefficient de débit en
masse :
Pfi
C(5)-
2° tîn ce qui concerne le manomètre : son coefficient s de variation de volume en
fonction des déplacements^ de l'index rpanométrique (soit dv =: sdx), que nous suppo-
(^) Séance du i.» février 1922.
5/i2
ACADEMIE DES SCIENCES.
sons indépendant de a:; son coefficient de sensibilité statique y l soil da; = jdp\,
que nous supposons également indépendant de x, et qui définit par conséquent la
force de rappel de l'index au zéro/=: kxs\ son coefficient d'amortissement ( défini en
supposant, pour une position quelconque x de l'index, la force de frottement propor-
dx \ ,
tionnelle à la vitesse ;t- de la colonne \i qu'on doit écrire sous la forme W{i -\- px)
quand les longueurs des colonnes liquides varient linéairement avec x\ enfin son coef-
ficient d'inertie qu'on doit écrire, pour la même raison que ci-dessus, sous la
forme M(i -1- p..2?).
d\*
Pour établir la relation générale entre -r- et x, il suffit de différentier
l'équation des gaz parfaits (Sv = Ams appliquée à l'air intérieur (supposé
sec), et de lui adjoindre l'équation des mouvemenls du manomètre
dx d^ X
ip — kx) s ~ R{i + px) — +M{i-{-iJ.x)-j^.
L'expérience montre d'ailleurs que la capacité calorifique des parois
internes du Dewar est assez grande vis-à-vis de celle de l'air intérieur, pour
que md(B soit négligeable devant Sû^m; et Ton arrive facilement, en élîmi-
nant/7, à l'équation
— V -^ = B kx
dt
[eHi
px)
M(i
iJ-x) R ( I
J h (' — 1-
-t- ('/.- 4- P(H- £).^
px
dx
t'R [ dxY
dt ' s '^ \ dt
d-x
IF
M ( I + a j? ) c?3^ <> M dx d^x
dt^
s ^ dt df''
où B représente AG ( s ) P ( 1+ -) •
En régime permanent (x = const.), cette équation se réduit à
_ — L 1^
""■^~ k B~dt'
elle définit la sensibilité globale de l'appareil en régime permanent comme
le produit de la sensibilité j du manomètre par le facteur r- qu'on peut
appeler la sensibilité propre du vase à fuite. Quand on utilise l'appareil
pour la mesure des vitesses ascensionnelles -^ dans l'air, la relation
f • P
aérostatique — dP ^Drf.dz donne
['
A.C(s).p(,-^0
T Idt'
]
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 192a. ^4^
et la sensibilité aux vitesses ascensionnelles ainsi introduite devient indépen-
dante de la pression extérieure P, mais reste fonction (à variation beau-
coup plus lente) de l'altitude par rinlermédiaire de la température exté-
rieure T.
Les deux facteurs t et -^ sur lesquels on peut agir séparément et très
facilement permettent de réaliser des sensibilités extrêmement élevées;
mais c'est au détriment des mesures en régimes variables {x variable),
les trois derniers termes de l'équation générale prenant une importance
relative notable.
Si Ton veut atteindre des sensibilités très grandes, le manomètre à tube incliné
arrive à faire, avec le plan horizontal, un angle si faible, que la plus petite rotation
accidentelle de l'appareil autour d'un axe horizontal perpendiculaire au tube modi-
fierait sa sensibilité dans des proportions inadmissibles. Pour éviter ce défaut, il faut
que la projection verticale du tube varie très peu, donc qu'il soit lui-même vertical :
cette condition peut être réalisée en utilisant un manomètre différentiel à deux
liquides. L'alcool éthyliqiie (à 90 pour 100 pour que sa densité soit stable) et le
pétrole (à proportion de composants denses convenablement dosée) permettent de
réaliser des couples de liquides non miscibles, à différence de densités réglable
à volonté, qui fournissent une surface de séparation bien mobile et très permanente.
Le manomètre différentiel permet aussi d'éliminer les déplacements de zéro dus
aux mêmes changements accidentels d'orientation relative de la pesanteur (ou, plus
exactement, de la pesanteur apparente) : pour que les distances verticales entre les
centres de gravité géométrique des surfaces libres ne soient pas altérées par les petites
rotations envisagées, il faut et il suffit, en effet, que ces divers centres géométriques
soient placés sur une même verticale; or cette condition est réalisable en disposant les
deux surfaces libres dans deux réservoirs cylindriques coaxiaux, et la surface de sépa-
ration des deux liquides dans un tube manométrique prolongeant leur axe commun.
Quel que soit le manomètre utilisé, sa sensibilité statique j est facile à
déterminer expérimentalement; le volume v du vase à fuite étant d'autre
part connu géométriquement, une mesure de sensibilité globale de l'appa-
reil en régime permanent permet de déterminer B. Le coefficient s est
connu géométriquement; et l'étude des mouvements propres du mano-
mètre isolé, écarté de sa position d'équilibre, permet de calculer ses coeffi-
cients d'amortissement et d'inertie.
544 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIQUE MOLÉCULAIRE. — Couches minces formées par des mélanges
de glycérides. Note de M"^ Paule Collet, présentée par M. Paul
Janet.
On sait que les glycérides ont la propriété de s'étendre sur l'eau, soit
directement, soit par l'intermédiaire de solutions, dans la benzine par
exemple. Les couches obtenues sont monomoléculaires, ainsi que l'ont
montré les travaux de MM. Devaux et Labrouste.
Les mélanges de glycérides peuvent aussi donner des couches minces à la
surface de Teau.
Pour les étudier, j'ai préparé des solutions benzéniques très étendues de
ces glycérides, et des gammes de mélanges en proportions volumétriques
connues. J'ai mesuré les surfaces couvertes par un volume constant de solu-
tion, afin d'établir les graphiques des variations de surface en fonction de
la composition du mélange.
Les courbes obtenues ne sont pas des droites. Par conséquent, la loi
d'association de deux glycérides en une même couche mince n'est pas
purement additive ('). Les graphiques présentent soit un maximum, soit
un minimum nettement caractérisé.
Lorsque les glycérides mélangés sont l'un solide, l'autre liquide, le
changement d'état physique de la couche mince se produit au niveau du
maximum ou du minimum.
L'écart entre l'ordonnée d'un de ces points et l'ordonnée qu'on mesure-
rait sur une droite joignant les points extrêmes de la courbe, peut atteindre
32 pour loo de la surface initiale (mélange de trimyristine et de tri-
benzoïne). Dans l'ensemble, les écarts importants sont surtout positifs et se
présentent plutôt avec des glycérides solides, tandis que les écarts moyens
sont négatifs.
De plus, dans les mélanges correspondant à un maximum ou à un mini-
mum de la surface couverte, les nombres de molécules des glycérides sont
dans un rapport simple. Ce rapport est égal à 3 pour les mélanges tri-
benzoïne-trilaurine et trilaurine-trimyristine, qui donnent lieu tous deux
à un minimum de surface. Pour le mélange trimyristine-tripalmitine, le
rapport est voisin de i ; les deux mélanges Iribenzoïne-tripalmitine et tri-
(') M. I^abrouste avait déjà constaté ce fait sur quelques exemples.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 545
benzoïne-trimyristine donnent un rapport égal à 4? lors du maximum de
surface.
Lors de la solidification d'un glycéride en couche mince, il semble que
des molécules identiques s'associent quatre par quatre. Les résultats précé-
dents nous conduisent à penser que, de même, dans un mélange, des molé-
cules chimiquement différentes se groupent de manière simple, leur asso-
ciation étant caractérisée par une extension maximum ou minimum sur
l'eau.
MESURES ÉLECTRIQUES. — Sur la mesure des puissances en courants
alternatifs dans les cas anormaux. Note (') de M. He.vri Chaumat,
présentée par M. Paul Janet.
On sait que l'emploi du wattmètre pour la mesure des puissances en
courant alternatif entraîne la nécessité d'un facteur de correction, de sorte
que l'on doit généralement écrire
p^^p^ i-t-tang--?
I 4- taogcp tang<P
formule dans laquelle P^ est la puissance vraie, P^ la puissance lue telle
qu'elle résulte de l'étalonnage du wattmètre en courant continu, ç le
déphasage du courant dans le circuit à fil fin par rapport à la différence de
potentiels aux bornes de l'appareil d'utilisation, $ le déphasage propre au
circuit d'utilisation lui-même.
Cette formule ne tient pas compte de la consommation du circuit à fil fin,
qui est approximativement proportionnelle à la différence de potentiels,
et de Tordre de 3 watts au plus, sous 1 10 volts, dans les bons wattmètres
modernes.
On voit que ce facteur dépend de $, c'est-à-dire du facteur de puissance
de l'appareil d'utilisation, lequel est déterminé à son tour par des lectures
simultanées au wattmètre, au voltmètre et à l'ampèremètre.
On peut tourner la difficulté par une méthode d'approximations succes-
sives évidente, mais qui ne peut donner de résultats acceptables que pour
des valeurs assez grandes du facteur de puissance.
En fait, dans la pratique courante, tang^ a une valeur tellement faible
que l'on peut confondre la puissance vraie avec la puissance lue lorsque le
(*) Séance du i3 février 1922.
546
ACADÉMIE IDES SCIENCES.
facteur de puissance est supérieur à o,5 ou o,G. Nous appellerons ces
cas les cas normaux.
Quelle solution faut-il adopter dans les cas anormaux, c'est-à-dire
lorsque le facteur de puissance, cos<I>, descend à des valeurs de Tordre
de o,i ou même o,o5 et moins?
Ces cas anormaux se présentent assez fréquemment (mesure de puis-
sances dans des transformateurs à vide, essais de fer, mesure de la
puissance absorbée par une ligne souterraine à vide, etc.). Dans ces cas
anormaux, même si 9» est très petit, la valeur de tang $ est assez élevée
(voisine de 20 pour cos<ï> = o,o5) pour que, si l'on peut toujours
négliger tang'^cp devant l'unité au numérateur, on ne puisse plus négliger
tang!ptang<ï> devant l'unité au dénominateur. P,, diffère alors assez notable-
ment de P/.
Voici comment on peut résoudre le problème. Entre les points P et Q
se trouve en A le circuit anormal très inductif oii présentant de la capacité.
On peut couper ce circuit anormal à l'aide de l'interrupteur I.
A
On double ce circuit par un circuit non inductif PBQ et l'on insère
entre les points P et Q un bon voltmètre V et le fil fin du wattmètre D
en série avec la résistance additionnelle r. Le circuit à gros fil du vsattmètre
est en S.
Dans ces conditions, le circuit total entre P et Q présente, grâce à la
présence du circuit non inductif PBQ, un facteur de puissance accep-
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 547
table et l'on mesurera, d'une façon correcte, au wattmètre, la puissance
totale qui se dépense entre P et Q, c'est-à-dire la puissance? qui se dépense
dans le circuit A (l'interrupteur I étant alors fermé) augmentée de la
puissance qui se dépense dans le circuit PBQ, de la puissance consommée
par le voltmètre et de celle consommée par le fil fin du wattmètre.
Ceci fait, nous coupons le circuit A et, ramenant la différence de poten-
tiels très exactement à la même valeur, nous mesurons encore, sans cor-
rections (le circuit étant alors très peu inductif), la puissance qui se dépense
dans les trois circuits PBQ, V et D.
La puissance n'étant fonction que de la différence de potentiels aux
bornes, nous aurons la puissance P absorbée par A par différence. Mais il
faut que la différence de potentiels entre les points P et D soit ramenée
très exactement à la même valeur au cours des deux mesures succes-
sives.
On objectera que la puissance P étant mesurée par différence, on peut
avoir une erreur relative assez élevée. Mais l'opérateur prévenu portera
toute son attention sur ce point et cela vaut encore mieux que l'incertitude
où l'on se trouverait en n'employant pas cet artifice. .
D'ailleurs il est possible alors d'employer des watlmètres très sensibles,
c'est-à-dire à grand couple et, par suite, à fil fin notablement plus
inductif qu'à l'ordinaire. On aura alors des lectures suffisamment élevées.
On remarque qu'il n'y a pas lieu de tenir compte de la puissance
dépensée dans le fil fin du wattmètre qui s'élimine, elle aussi, par diffé-
rence.
CHIMIE PHYSIQUE. — Utilisation de la force thermo-électromotrice de coTitact
pour identifier quelques aciers. Note (') de M. Galibourg, présentée par
M. H. Le Chatelier.
L'essai de dureté par bille Brinell, sur métal recuit, permet d'identifier,
dans les ateliers, avec une approximation suffisante, les diverses catégories
d'aciers ordinaires. Pour les aciers spéciaux, cet essai ne suffit plus, des
aciers de nature différente présentant la même dureté. Cette considération
m'a conduit à rechercher une méthode classant les aciers dans un ordre dif-
férent du classement par dureté, mais applicable, comme l'essai Brinell, à
chaque pièce individuellement.
Le dispositif suivant {fig. i), basé sur l'utilisation des forces électromo-
*) Séance du 6 février 1922.
548 ACADÉMIE DES SCIENCES.
trices de contact, répond à cet objet. Un bain de mercure est chauffe à 120*^
' t Bohint « fliaclAnce
Boite de résisianc
}lfox^BV
mobil,
GalvAno-Tièb^
par une résistance électrique en nichrome. Un fil de fer électrolytique plonge
Fig. 2.
dans le bain et est relié à l'une des bornes d'un millivoltmètre. L'autre borne
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. 549
est reliée à une, pince métallique refroidie par circulation d'eau, laquelle
serre la pièce à essayer. La pièce maintenue à une extrémité, dans la pince,
est amenée à l'extrémité opposée, en contact avec le bain de mercure. Au
bout de 4 à 5 secondes, l'aiguille du miliivoltmèlrc se stabilise. Le mercure
a pour seule fonction de fermer le circuit en assurant une liaison électrique
et thermique parfaite entre le fil de métal type et la pièce à essayer.
Un très grand nombre d'essais a été effectué dans le but de déterminer la
force thermo-électromotrice produite, dans ces conditions, par divers aciers
ordinaires et spéciaux, pour les températures comprises entre 20" et 820".
Pour les températures les plus élevées, le mercure est remplacé par du plomb.
Cette étude a été effectuée avec le montage représenté {fig. 2).
Aciers au carbone.
Force thermo-électromotrice
\.. C. .Mn. Si. à 120''. à 200°. à 300».
1 o.o3 0,18 0,06 0,10 0,25 o,3o
2 0,29 0,47 0,19 0,60 0,90 1,20
3 0,55 0,26 0,28 o,65 '0,95 1,25
k 1,10 0,43 0,43 0,90 i,3o 1,80
Aciers au silicium.
Force thermo-électroniotrice
.\... C. Mn. Si. à 120°. à 200°. à 300°.
1 0,21 o 0,93 1,20 1,65 2,4o
2 0,18 0,27 1.60 1,55 2,40 3,20
3 0,42 0,56 1,92 1,70 2,55 3,35
Aciers au nickel.
Force thermo-électromotrice
Xo,. c. Mn. Si. Ni. ;. 120». à 200°. à 300°.
1 0,08' 0,34 o.i3 2,i5 0,8 1,25 1,70
2 0,12 (>,oi o,o5 5,23 1,8 2,80 3,8o
3 0,12 o.(2 o,o5 7.1 3 2,1 3,4o 4,80
La figure 3 montre Tàspect des courbes obtenues avec les aciers au nickel.
Aciers au chrome tungstène.
Force thermo-électromotrice
\o.. c. Cr. W. Va. h 120°. h 200°. à 300".
1 0,76 4^28 8.39 i.3o o,o5 0,1 5 0.10
2 o,.5o 4,i5 i3,43 0,17 0,20 — o,i5 — u.65
La trempe a peu d'influence sur l'allure de la courbe tracée avec un acier
quelconque. Exemple :
Recuit. Trempé.
Force électromotrice Force électromotrice
à l^O-r à 300°. à 120°. à 300°.
Acier au carbone o,5o OjQS o,55 i,i5
Acier au chrome tungstène. o,25 — o,25 o,25 — o,35
55o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Cette particularité dispense de faire subir aux pièces examinées un trai-
tement spécial.
iD'
Fig. 3.
7& n%h èrâ, bu ^&s
ZOO*
Conclusion. — Les différences de force électromotrice entre les différents
aciers sont suffisantes pour qu'à la température choisie pour l'essai (120*'),
la mesure de la force électromotrice dans les conditions indiquées permette
de classer les aciers courants ordinaires et spéciaux dans un ordre différent
de celui qui donne l'essai de dureté Brinell, et de donner par conséquent
une deuxième équation (la première étant fournie par la dureté) pour pré-
sumer de la nature d'un acier dont on ne peut faire l'analyse.
CHIMIE PHYSIQUE. — Action des j'ayons rouges et infrarouges sur les suif ures
phosphorescents. Note (' ) de M. Maurice Curie, présentée par M. Georges
Urbain.
Différentes théories ont été émises pour rendre compte de l'action extinc-
trice de la partie la moins réfrangible du spectre sur certaines substances
(') Séance du i3 février 1922.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 55l
phosphorescentes. Parmi les dernières en date est celle de MM. Ives et
Lukiesh (') basée sur une agitation supposée des atomes de soufre sous
l'action des rayonnements lumineux de faibles fréquences ; je n'ai pu mettre
en évidence cette agitation (-). M. Perrin (*) a proposé une autre théorie
qui n'explique pas cependant pourquoi l'action est surtout remarquable
sur les composés sulfurés ('*); de plus., cette théorie a dû être complétée
pour expliquer que la quantité de lumière restituée sous l'action des rayons
rouges est bien inférieure à celle restituée pendant une extinction normale.
L'explication suivante me paraît mieux rendre compte du phénomène :
l'action des rayons extincteurs consisterait à rendre le milieu conducteur
par détachement d'électrons des atomes de soufre.
Le Zn S phosphorescent, par exemple, renferme un petit nombre de grou-
pements phosphorogènes contenant du Cu noyé dans un grand nombre de
molécules de ZnS. Adoptant une hypothèse électronique, on peut supposer,
avec Lénard, que pendant l'insolation, un électron e^ du groupement
phosphorogène s'est écarté du noyau positif; le retour de cet électron e,
vers sa région d'équilibre sera accompagné de phosphorescence. Mais si,
faisant agir un rayonnement de faible fréquence, on détache d'un atome
de Sun nouvel électron e.^, plus rapproché du centre positif du groupement
phosphorogène que l'électron e, , cet électron e.^ viendra remplacer e, dans
sa région d'équilibre en émettant une radiation de fréquence moins élevée,
infra-rouge par exemple.
La distance moyenne des centres des atomes de S dans le ZnS est de
l'ordre de 3.to~* cm, d'après les travaux de M. Bragg. D'autre part, même
pour le cas relativement simple d'un atome du Cu phosphorogène conçu
sur le modèle Rutherford-Bohr, on ne peut calculer la distance de l'électron
détaché; toutefois, si l'on considère qu'il s'agit d'un électron superficiel,
il semble bien que l'éloignement de s, de son centre positif puisse être
( ' ) Ives et Lukiesh, Astrophysical Journal, 191 1 .
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 554.
(^) J. Perrin, Annales de Physique, i9'9-
{'*) Maurice Curie, Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 2-2. J'ai depuis examiné, avec le
dispositif décrit dans cette Noie, différentes substances : un ZnO fluorescent à phospho-
rogène Cu, diflférents échantillons de fluorines et du tungstate de Ca. Je n'ai observé
aucun effet sous Faclion d'un faisceau concentré infrarouge. Cependant, le tungstate
de Ca, préalablement excité aux rayons X, semble légèrement afl'aibli après avoir été
soumis à l'action d'un faisceau lumineux très puissant; maison ne peut dire si la
quantité de lumière restituée a baissé.
' ! . 1 ç, R A R
552 ACADÉMIE DES SCIENCES.
supérieur à 3.io~* cm et, à plus forte raison, supérieure à la distance de e.^
à ce centre.
L'augmentation de conductibilité du S sous l'action de la lumière a été signalée
par Baies ('), qui a simplement observé une augmentation de la décharge spontanée
d'un électroscope à isolant de S lorsqu'on le place dans une vive lumière solaire. Ne
connaissant aucune autre publication à ce sujet, j'ai effectué quelques mesures pour
voir l'ordre de grandeur de cette conductibilité et savoir si les radiations rouges
pouvaient être actives.
Le S, finiment pulvérisé, était tamisé eu une couche de o™"',5 d'épaisseur environ
sur un plateau de métal porté à un potentiel élevé à l'aide d'une batterie de petits
accumulateurs ; un disque annulaire de métal relié au sol reposait sur le S et élait main-
tenu par de petites cales isolantes; l'intérieur du disque était occupé par une grille
circulaire métallique eu relation avec un électromètre et portée par deux cales
d'ambre vissées sur le disque annulaire formant anneau de garde; la grille, de 45""*"
de diamètre, pouvait être appliquée fortement contre le S. L'éclairage se faisait à tra-
vers la grille au moyen d'une lampe tungstène-azote de 3oo bougies à trois courtes
spires très resserrées; on employait un condenseur optique et l'on plaçait une cuve à
eau sur le trajet des rayons. Les mesures électrométriques se faisaient par une
méthode de zéro, la compensation étant obtenue à l'aide d'un quartz piézo-électrique.
Je ne puis donner ici que les conclusions de ces mesures : l'augmentation de conduc-
tibilité est très grande sous l'action du rayonnement total de la source; elle est bien
plus faible quand on interpose un écran rouge, mais très nette encore. J'ai ensuite
étudié dans les mêmes conditions l'augmentation de conductibilité sous l'action de la
lumière rouge du ZnS placé depuis plusieurs jobrs dans l'obscurité. Bien que le ZnS
ne présente alors aucune phosphorescence, il y a un accroissement considérable de
conductibilité, bien plus grand que pour le S soumis à l'action du même rayonnement.
Il est cependant possible qu'il soit dû au détachement d'électrons des atomes de S qui,
dans le cas de S pur, se déplaceraient avec une plus grande difficulté que dans le ZnS.
J'ai enfin cherché à comparer ces résultats à l'augmenlalion de conductibilité que
présente le ZnS quand on le rend phosphorescent par une insolation préalable au
moyen du rayonnement total de la source (^). Les mesures, peu précises par suile de
la conductibilité propre du ZnS, montrent que cet accroissement est de l'ordre de
celui pris par le ZnS non insolé soumis à l'action de la lumière rouge.
Tous les courants mesurés se polarisent rapidement.
Ces mesures me paraissent établir la possibilité de Texplication proposée.
Cette explication permet de rendre compte du fait que l'action extinctrice
n'est pas limitée aux régions rouge et infrarouge; on peut aussi concevoir
qu'il puisse exister au début de Faction des rayons extincteurs un faible
(') Bâtes, Journal « Le Radium », 191 i.
(■-) Vaillant, Comptes rendus, 191 t -191 2. — Gudden et Pohl, Zeilsch. fur Physik,
1920-192 I.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 553
accroissement de luminosité. Enfin on peut clierclier à expliquer parallè-
lement l'action extinctrice de certaines régions de l'ultraviolet sur divers
composés comme le CaS par une action photo-électrique sur les atomes
de Ca ou d'autres métaux.
GÉOLOGIE. — Sur le prolongement de la fracture cV ArgenlatiCorrèze) dans
la région du Dorât (^Haute-Vienne et Vienne). Note de M. G. Mourkt,
présentée par M. Pierre Termier.
Dans deux Notes précédentes ( ' ), nous avons fait connaître (|ue la zone de
roches écrasées ([ui, à partir d'Asprières (Lot), délimite le vaste plateau
gneissique de Tulle et de Limoges, si riche en amphibolites, se poursuit
jusque dans la Haute-Vienne, non seulement au sein du massif de granité à
mica blanc de Chàteau-Ponsac, mais encore à l'ouest de ce massif, où elle
reparaît, toujours dans la même direction, en deux points isolés. L'un est
au nord de Magnac-Laval (carrière de Lavaublois), l'autre est au sud
d'Azat-le-Ris (ferme du Douhet). Nous avons, en outre, émis la suppo-
sition que la fracture devait se prolonger dans le département de la
Vienne, jusqu'au moulin d'Ouzilly sur la Gartempe.
Cette supposition se trouve vérifiée par nos nouvelles explorations.
Celles-ci nous ont, en effet, permis d'établir (jue si une lacune subsiste encore
dans la zone des mvlonites, entre la route de Chàteau-Ponsac à Saint-
Sornin-Leulac et la limite occidentale du massif granitique, cette zone
reparait plus à l'Ouest, et se suit d'une manière continue jusque dans la
Vienne.
A l'Ouest, le massif granitique de Chàteau-Ponsac est, au sud de Dom-
pierre (Haute-Vienne), interrompu bruscjuement par une zone de mica-
schistes dirigée au NNE et (jui, sur 1000'" à i5oo™ de largeur, sépare le
granité de Chàteau-Ponsac des gneiss de Magnac-Laval, dont le type est
identique à celui des gneiss d'Aubusson.
C'est seulement après cette zone schisteuse ({ue, sur la route de Dompierre
à Magnac-Laval, reparaît brusquement la traînée des mylonites, près du
village de Grand-Roche. Cette traînée (|ui, visiblement, ne traverse pas la
bande schisteuse, sépare le massif de granité à mica blanc du Nord des
(*) Comptes rendus, t. 164, 1917, p- 822 ; t. 1G9, 1919, p. 862.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 8.) 4^
554 ACADÉMIE DES SCIENCES.
roches de Magnac-Laval, très gneissiques au voisinage du massif; elle se
suit sans interruption dans la direction du Nord-Ouest et elle est particu-
lièrement développée à la traversée de la vallée delaSemme; c'est dans
cette traînée qu'est ouverte la carrière de Lavaublois, sur la route de
Magnac-Laval à Lussac-les-Eglises.
Au delà, sur le plateau granitique de Tersannes, dont les vallonnements
sont peu profonds, les observations deviennent difficiles. Cependant, à la
limite des gneiss et du granité à mica blanc, on observe encore des traces
de roches écrasées ou froissées. Celles-ci, très nettes près de la ferme du
Douhet, sont encore plus développées dans le fond de la vallée du Salbron,
au sud de la ferme du Pin. Oa observe les dernières traces des mylonites
au sud de la Lucasserie. Au delà, la surface du sol est parfaitement plate,
le sous-sol n'est pas visible, et c'est à peine si l'on parvient à tracer la
limite du granité et des gneiss appartenant encore au type d'Aubusson.
Cette limite, toujours rectiligne, et dirigée vers le Nord-Ouest, se pour-
suit jusqu'à la Gartempe, un peu au sud du Moulin d'Ouzilly, disparaissant
sur la rive gauche sous le manteau des dépôts basiques ou tertiaires. Avant
de déboucher dans la vallée de la Gartempe, elle suit le thalweg du ravin
très encaissé qui passe au nord du hameau du Peu-Peintureau. Là, les
roches affleurent nettement, et l'on constate que, contrairement aux indica-
tions de la feuille géologique Poitiers, la séparation des gneiss et du granité
coupe en ligne droite toutes les sinuosités du ravin, sans les contourner.
Les schistes et gneiss, plongeant vers le Sud, sont juxtaposés, en concor-
dance, au granité, lui même lité, sans que, d'ailleurs, il y ait passage d'une
roche à l'autre, mais aussi sans laminage apparent, sans vestige de mylo-
nites, sauf à la naissance du ravin près de la Nouillère (sud-sud-ouest de
Lathus). Seul un filon de porphyre quartzifère avoisine la limite, et un
autre filon s'observe encore sur la rive gauche de la Gartempe. Il est diffi-
cile de croire que la fracture puisse cesser brusquement à la Nouillère; il
faut admettre plutôt qu'elle s'étend bien jusqu'au moulin d'Ouzilly, for-
mant toujours la limite Sud de ce vaste massif de granité à mica blanc qui,
de Montluçon, s'étend vers l'Ouest jusqu'à Lathus (Vienne), et se pro-
longe peut-être jusqu'à Lussac-les-Chàteaux ou même Ligugé.
La ligue de fracture traverse la vallée de la Gartempe, puis elle est mas-
quée par le manteau sédirnentaire du plateau. Elle ne reparaît pas dans le
vallon de Mouillebec, dont les eaux se rendent à la Gartempe, et dont le
fond est creusé dans un granité uniforme à petits grains. Peut-être est-elle
noyée dans ce granité, peut-être est-elle déviée ou décrochée au Nord.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 555
En résumé, à part une lacune de 8'"" vers Chùteau-Ponsac, dans le gra-
nité, et une autre entre le Celé et le Lot, sous le bassin tertiaire de Saint-
Santin, la fracture d'Argentat se suit d'une manière continue, d'Asprières,
dans le Lot, jusqu'au moulin d'Ouzilly sur la Gartempe, dans la Vienne.
Elle limite tout uii grand secteur du Massif Central, secteur dont la surface
est environ le tiers de la surface totale du Massif.
Les probabilités sont pour qu'au sud dWsprières la lig^ne de 'fracture se
dirige vers le Guépie (Tarn) ; des études ultérieures pourront sans doute
en décider. A l'ouest du moulin dOuzilly, on ])eut être porté à croire que
la ligne de fracture se dirige sur la Vendée et la Bretagne. L'affleurement
granitique de Ligugé se trouve exactement situé dansle prolongement géo-
métrique de la fracture d'Argentat, et le granité à mica blanc y est accolé,
au Nord, à des porphyroïdes, sortes de granité écrasé. Mais la distance de
Ligugéau moulin d'Ouzilly est de 5o'"", et il n'existe entre ces deux points
aucun affleurement intermédiaire. On ne saurait donc tirer, de l'existence
de cet affleurement de Ligugé, aucune conclusion. Comme le prouve le
tracé d'ensemble de la fracture, celle-ci est susceptible de grands change-
ments de direction.
GÉOLOGIE. — Le T(im Dao et la région de la basse Rivière Claire (Tonkin).
Note de M. Léox Dussault, présentée par M. Pierre Termier.
Le Tam Dao est la crête de direction Nord-Ouest, longue de do^"^,
large à la base de 10'^"^ en moyenne, qui s'enlève avec une altitude dépas-
sant 1400"^ entre les régions basses de l'origine du delta tonkinois et la
partie inférieure du bassin du Song Cau. Ce Tam Dao n'est qu'une masse,
qu'un bloc de rliyolites ou de microgranites laminés, dont il était intéres-
sant de préciser les relations géologiques. C'est à quoi j'ai consacré les mois
de février, mars et avril 1921, en étudiant la terminaison du Tam Dao au
Nord-Ouest, dans la région située entre Tuyen Quang et Tliai Nguyen.
Plus récemment, en septembre et octobre, j'ai prolongé ma reconnaissance
jusqu'à Ha Giang, en remontant la Rivière Claire.
Le substratum du Tam Dao, tant du côté du delta qu'au Nord-Est, est
formé par des schistes cristallins, avec granité subordonné, comportant
toute une gamme de gneiss, notamment des roches à pyroxène, fréquentes
au nord de Phu Tho et vers l'amorce de la bande gneissique d'entre Fleuve
Rouge et Song Chay.
556 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Au nord du Tarn Dao dans le bassin du Song Con, affluent du Song
Cau, j'ai trouvé une épaisse série gréso-schisteuse avec poudingues, dans
laquelle je n'ai pu recueillir aucun fossile, et que je nomme Séi-ie de Luc Ra.
Cette série se trouve dans la même position que les rhyolites du Tam Dao,
c'est-à-dire sur les gneiss; mais un intervalle la sépare de ceux-ci et les rela-
tions mutuelles ne peuvent s'établir.
Si maintenant on se déplace vers l'intérieur, vers le Nord-Ouest, on voit
apparaître une nouvelle série, manifestement charriée sur tous les terrains
précédents; je la désigne sous le nom de série, ou mieux de Nappe du Nui
Rao. Elle est formée de terrains très laminés, dont le type dominant corres-
pond à des schistes lustrés, à des schistes à sérielle. Ces schistes englobent
des lits calcaires étirés, souvent sériciteux, reployés et étir(''S avec les
schistes. Localement^ par exemple dans le canton de Dong-Luc, entre le
Tam Dao et la Rivière Claire en amont du confluent du Song Chay, des
masses calcaires plus importantes, entièrement recristallisées, s'intercalent
dans les schistes a séricite. Ceux-ci peuvent aussi comporter à la base des
lames de gneiss arrachées au substratum et entraînées avec eux.
Le repos de la Nappe du Nui Rao sur les rhyolites s'observe avec netteté
vers la terminaison périclinale de ceux-ci, c'est-à-dire à la périphérie du
Thanh Son, sommet terminal au nord-ouest de l'arête du Tam Dao. Le
repos sur la série de Luc Ra est bien visible à l'ouest du Song Con, dans la
région de Van Lang. Quant au repos sur le substratum, il est constant par-
tout où les rhyolites ou bien la Série de Luc Ra ne sont point représentées,
par exemple, dans la région de Tuyen Quang.
En somme, les rhy otites du Tam Dao et la Série de Luc Ra, prises entre le
substratum cristallin et la Nappe du Nui Rao ont une position tectonique
analogue à celle des rhyolites et de la Série du Sa Phin, analogue aussi à celle
de la Série du Nani Sam.
Cette question étant résolue, j'ai recherché quelle était, vers le Nord et
vers l'Ouest, l'extension du domaine de la Nappe du Nui Rao.
Vers le Nord, eu remoiLtan l la Rivière Claire depuis Tuyen Quang jusqu'à
Rac Quang, à part une réapparition du substratum crislallin au nord du
Rac Mue, le trajet reste entièrement dans la Nappe du Nui Rao, avec les
mêmes sehisles à séricite et les mêmes calcaires étirés. Sur la droite, à l'Est,
un énorme bastion calcaire correspondant au Nui Cao Duong et au Cham
Chu domine à dislance et de plus de looo'" la Rivière Claire sur la rive
gauche. Je n'y ai point accédé; peut-être faut-il y voir l'arrivée et la ter-
minaison vers le Sud-Ouesl de rentablement calcaire des Nappes du Song
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 557
Gam de-M. Bourret. Dans la région de Bac Quang, la série des schistes à
séricite se relève sur le granité et les micaschistes du Pou Khao Ao, dépen-
dance du massif cristallin autochtone du haut Song Chay.
Vers l'Ouest, on dispose des Cartes d'extensions rooheuses établies avec
les récoltes des officiers du Service Géographique et déposées aux archives
du Service Géologique, documents que j'ai moi-même, en 1907-1910, con-
tribué à établir pour la feuille de Yen Bay. Les terrains du Nui Rao semblent
pouvoir se relier aux schistes à séricite et aux calcaires de Bao Ngai, (jue
MM. Jacob et Bourret raccordent, à l'ouest du haut Song Chay, avec la
région de Pa Kha. Ces terrains viendraient aussi se coller contre les gneiss
d'entre Fleuve Rouge et Song Chay; la limite passerait par Luc An Chau;
formerait une pointe sur le Song Chay en amont de Phu ^ en Binh ; puis elle
remonte au Nord vers Bac Mue, pour en\ elopper, en gagnani Tuyen Quang,
le massif cristallin du Nui La, qui n'est autre qu'une digitation du subs-
tratum. Le long de cette limite, je connais, à 27"^™ en amont de Phu \en
Binh, un affleurement de rhyolite; tandis qu'en divers points sont signalées
des roches basiques : diabases, gabbros, porphyrites.
GÉOLOGIE. — Sur la formation du « Gouf de Cap-Breton ».
Note de M. Ch. Gorceix, présentée par M. Pierre Termier.
Diverses hypothèses ont été jusqu'ici émises pour expliquer l'origine de
cette fosse sous-marine, perpendiculaire à la cote sablonneuse des Landes,
où elle aboutit presque, à id'^"^^ au nord de l'embouchure de l'Adour. Celle
qui paraît le plus généralement admise, ou du moins enseignée, consiste à
penser que cette dépression est un ancien estuaire de l'Adour, submergé
en même temps que le plateau continental par un mouvement positif. La
carte à laquelle on se reporte pour appuyer cette assertion est celle de
France, du Dépôt des Fortifications à -— 7175? sur laquelle les isobathes sont
de 10 en 10 jusqu'à i5o™, puis de 1 00 en 100 au delà de 200"% ce qui déna-
ture les formes réelles pour qui ne le remarque pas. L'équidistance est
même portée à 5oo™ dans le voisinage des grands fonds, où d'ailleurs les
sondes sont rares. C'est un figuré tout à fait inexact.
Si l'on se reporte aux cartes du Service hydrographique de la Marine les
558 ACADÉMIE DES SCIENCES.
plus détaillées (175G à environ j^ et 4991 à environ .,^^\^,), et si, par
interpolation dos sondagos, on trace les isobathes, on obtient la représen-
tation approximative d'un terrain qui n'a pas été modelé par l'érosion sui-
vant les règles connues. 0/- cet aspect du « Gouf y> n'est en rien celui cVune
vallée^ encore moins d'un estuaire.
Il n'v a pas de thalweg-; les parois sont escar])ées; le fond présente une
série de bosses séparant des trous très profonds semblables aux abîmes et
aux avens ^ comme forme générale (sur les dix premiers kilomètres, il y en a
trois principaux descendant de i5o™ à 175™ au-dessous du fond qui est déjà
aux mêmes distances dunivean delà mer); enfin, la ^enXemoyenne est v^sur
i3''",5, soit 10 fois celle du cours inférieur du Pihùne. On peut donc con-
clure siirement de ce simple examen, que le creusement n'est pas dû à une
eau courante de surface.
En poussant le même travail le long des cotes d'Espagne, où le plateau
continental est fort réduit, on trouve que la Fosse se prolonge, dans les
mêmes conditions, fort loin, en augmentant de largeur et de profondeur.
J'ai pu la suivre ainsi jusqu'au cap Ortegal, par 10'' de longitude Ouest. Là
où les sondages sont assez serrés et s'éloignent de la côte, comme en face
de Bilbao, où la pose d'un cable allant en Angleterre a nécessité une recon-
naissance plus précise, ou voit que ce terrain d'aspect karstique, à accidents
amplifiés, s'étend sur une largeur d'au moins 22 milles au delà desquels les
observations manquent. Le « Gouf » n'est donc qu'une infime partie d'une
région bouleversée par un même phénomène, à peine :7^, et ce n'est pas à
l'action d un fleuve, dont il faudrait que le niveau de base ait varié de plus
de 2000"^ qu'on peut attribuer son origine.
Une autre théorie qui, à la rigueur pourrait par analogie expliquer la
formation de canons sous-marins, suppose l'existence d'un fleuve d'eau chaude
souterrain, puis sous-marin venant de la vallée du moyen Adour, aux
environs de Dax, et suivant une profonde faille ou diaclase rectiligne,
constatée à la limite de la Chalosse. Les abîmes n'auraient pu se former
comme à terre par creusement de marmites, mais proviendraient d'effon-
drement des cavernes creusées par le fleuve. Il est inutile de réfuter cette
théorie toute locale étant donnée l'ampleur du phénomène telle que je viens
de la montrer. Des sondages de température et de salure faits avec précision
peuvent d'ailleurs éclaircir la question.
Cependant il est difficile d'expliquer autrement que par des effondre-
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. SSg
ments ces séries d'entonnoirs, dont le kilomètre est l'ordre de grandeur et
dont certains en ont 10 ou i5, mais il faut leur chercher une autre cause
plus puissant e.
Dans son ensemble, cette région, dont Taxe est à peu près le paral-
lèle 43" 4^', est parallèle à la chaîne côtière d'Espagne: on peut donc penser
qu'elle appartient à un même étage géologique. Or, parmi les couches
particulièrement afTouillables qu'on trouve sur le continent, à même lati-
tude, se trouvent : les marnes de la cote des Basques, les argiles bariolées
du terrain salifère, et surtout les couches de gypse et de sel gemme, le tout
recoupé par des épanchements et des filons d'ophite. En 1893 j'ai montré
à la Société géologique de France que, dans les environs de Rayonne,
l'ophite et son cortège d'argiles colorées, de gypse et de sel jalonnaient
xactement des cassures rayonnant autour d'un point correspondant à
l'angle NO du massif granitique du Labourd (3°38'io"— 43°25'3o"). Sur
le prolongement de ces alignements on rencontre des pitons sous-marins à
pente raide qui ne peuvent être que de Tophite et certains abîmes les plus
rapprochés. On retrouve de ces pitons dans la fosse côtière d'Espagne, où
l'un d'eux porte le nom typique de Castro verde; les sondages indiquent une
argile verte.
Ne peut-on pas conclure de tout cela qu'on se trouve en présence d'une
vaste bande gypso-salifère longeant la chaîne, dont les affleurements de
Bayonne, Salies-de-Béarn, Saint-Pandelon, près Dax, seraient l'extrémité
Est avec une série de cassures intéressant les couches protectrices du sel et du
gypse, et permettant l'infiltration de l'eau de mer. Celle-ci, en dissolvant le
sel et le gypse et délayant l'argile, aurait provoqué une série d'éboulements,
en chapelet, de profondeur et d'étendue essentiellement variables, en don-
nant à toute cette région sous-marine l'aspect extraordinaire que révèle
l'étude attentive des sondages (').
Cela me paraît l'explication la plus probable àes faits observés en dehors
de toute théorie générale.
Ajoutons que cette fosse ne se comble pas à la suite des mouvements con-
sidérables de sable allant du Nord au Sud parce que, sans doute, les cou-
rants côtiers ne se font guère sentir au delà de 4o™ ou 5o™ de profondeur et
qu'alors il reste une largeur de 700™ à <Soo'" entre la fosse et la cote pour
permettre leur passage.
(') Les « Cofias » de Cordona, près Mauresa (Catalogne), offrent en petit cet aspect et
sont dus à la même cause.
56o ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Su?' la géologie des environs d'A.Mi Tchéou ( Yiinnan oriental).
Note de M. Justin Fromaget, présentée par M. Pierre Termier.
Résidant à A Mi Tchéou, j'ai employé mes loisirs à étudier les terrains
traversés par la voie ferrée entre les kilomètres i44 6t 207 de la ligne du
Yunnau. Il s'agit d'une large bande schisto-gréseuse de Trias, dirigée
Nord-Nord-Esl et comprise entre des massifs primaires^. Jusqu'à ce jour,
le Trias d'A Mi Tchéou a été considéré comme un compartimenl effondré
entre deux môles de calcaires paléozoïques, suivant un système de failles
parallèles.
Mon attention s'est portée principalement sur les trois régions, dont je
vais indiquer les caractères :
1° Boucle du Pa Ta Ho au nord d'A Mi Tchéou. — Elle enveloppe un massif à
relief peu accidenté, qui domine les cours d'eau de 400"^ à 600™, et dont le subs-
tratum, visible sur la périphérie et dans le lit des ravins, est constitué par une série
presque verticale d'écaillés, poussées vers l'Est et formées de calcaires en dalles, de
schistes laminés et de grès^ le tout d'âge triasique. .J'y ai recueilli des fossiles. —
A. Dans plusieurs gisements échelonnés sur une même bande calcaire entre Siun
Kien S'seu et le Pont de Siao I^ong T'an, j'ai trouvé : Myophoria inœquicostata Klip.;
Avicula cL venetianœ Hauer. — B. Des schistes et grès, se répétant suivant un trajet
transversal de Siao Long T'an à Rwei Tien, proviennent Myoplioria inœquicostata
Klip., M. Goldfussi Alb., Palœoneilo cf. etliplica Klip., Hœrnesia cf. augusta
Mansuj, Marmolatella profunda Kitll., Trachynerita cf. quadrata Stopp., Wal-
dheiniia cf. augustd'fornus Rkh., Spiriferina cf. Stracheyi Sait., et T rachyceras
costulatuni Mans. Ces faunes avec des espèces du Trias moyen d'Europe, notamment
des calcaires d'Esino, paraissent se ranger dans le Ladinien.
Au-dessus du Trias et en discordance très nette, vient un banc de poudingues à
éléments calcaires, auquel succède une série puissante de calcaires massifs blancs ou
gris clairs, présentant en de nombreux points des traces de broyage. Cet ensemble,
peuplissé, décrit seulement quelques ondulations à larges courbures, sur la tranche
redressée des sédiments triasiques. Ici, je n'y ai trouvé aucun fossile; mais plus au
Nord, à i5''°i environ de la région étudiée, le long de la voie ferrée, ces mêmes
calcaires, qui font là déjà partie de la région primaire du Nord-Ouest, contiennent
des l'usulinidés.
2° Bordure orientale des plaines d''A Mi Tchéou et de Ta Tchouang. — Les
plaines d'A Mi Tchéou et de Ta Tchouang sont bordées à l'Est par plusieurs lignes de
collines de Trias, presque toujours schisto-gréseux, avec, comme dans la boucle du
Pa Ta Ho, des écailles laminées, redressées à la verticale. Sur ce Trias vient, en discor-
dance, une série calcaire très puissante; elle débute par une brèche de friction, con-
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 56 1
tenant parfois des granités écrasés et toujours un gran.d nombre d'éléments arrachés
au substratum triasique, quelquefois fossilifères; elle se continue par des brèches
calcaires pour se tenninei' par une lame de calcaires massifs. Eu dessous de la série
calcaire, j'ai noté dans les schistes, en divers points, des affleurements d'andésite.
La série triasique m'a fourni des fossiles répartis sur des bandes généralement
parallèles. — A. Des gisements de Wan Kia Fan g, je citerai : Trachyceras costu-
lalum Mansuy, Trachyceras Doiii'illeiyians. , T/achjce/as cf. scnense ^ïans., Ortlio-
ceras ci. politutn Klip., Trauniatocrinus cf. pcrjoralus Mans., Halobia cf. rugosa
Giimb. — B. De trois gisements apparaissant en fenêtres dans l'axe de cette région et
sur un même alignement longitudinal, proviennent : 1° Environs de Niou Ké : Ti'a-
chyceras costulatum Mans, et Pai-aceratites cï. Cricki Smith.; 2" Ravin situé au
nord du km 2o3de la voie ferrée : Halobia cf. ragosa Gi'imb. ; Trauniatocrinus cf.
perforatus Mans., Trachyceras afï. costulatum Mans, et Ceratites aff. super bus
Mojs. ; 3° Village de Tseng Hong Tchai sur les bords du lac de Ta ïchouang : I\ucula
strigilata Gold., Balatonites cf. B. Carinthiacus Mojs., Trachyceras cf. Aon
Mïmst.; Trauniatocrinus cf. perforatus Mans. Toutes ces faunes, avec des formes
des zones à 1 rachyceras archelaus et à T. Aon, sont encore ladiniennes.
Quant aux calcaires, ils ne m'ont fourni aucun fossile déterminable; cependant leur
raccordement direct avec les calcaires massifs du sud-est de Monglzeu, reconnus
comme ouralo-permiens, conduit à leur attribuer le même âge.
3° Bordure sud-est du bassin de Monglzeu. — Les calcaires massifs de Ta
Tchouang se suivent jusqu'à la bordure sud-orientale de la plaine de Mongtzeu, où
ils couronnent le faîte orographique qui sépare cette plaine du bassin du haut Nam Ti.
Des fenêtres, dont l'une de plusieurs kilomètres de longueur au nord de Dragon \oir,
entaillées dans les calcaires massifs sur le versant de Mongtzeu, laissent voir une série
calcaréo-schisto-gréseuse, verticale comme piirtout ailleurs, mais contenant ici des
éléments plus laminés, lustrés et amygdalaires; c'est dans les calcaires de cette for-
mation laminée, que Leclère a trouvé jadis sur la roule de Kai Hoa Fou des fossiles
d'Esino et de la Marmolata, c'est-à-dire toujours du Ladinien.
Au col de Mi La Ti et dune façon générafe dans le bassin supérieur du Nam Ti,
apparaît, également en fenêtre sous les calcaires massifs, une autre série schisteuf-e,
peut-être un peu plus calcaire, mais dont les faciès diffèrent peu dans l'ensemble de
ceux du Trias. Trois gisements trouvés : le premier à l'est de Dragon Noir, dans la
vallée du Nam Ti ; le second au col de Mi La Ti ; le troisième à Tché T'souen, m'ont
fourni : Alvéolites., cf. A. verniicularis M. Cov, Cyathopliyllum, aff. cwspilosuin
Gold., Cyathophyllum sp., Favosites cf. F. Goldfussi d'Orb., ce qui fait attribuer
ces schistes et calcaires au Dévonien. Ces formations, partout très plissées, se suivent
vers le Sud-Est, sous le recouvrement calcaire, et viennent se raccorder aux schistes
de Ko Kou (km l'ii de la voie ferrée) à Spirifeispeciosus Schl.
Le complexe calcaire attribué à l'Ouralo-permien qui recouvre en discordance,
tantôt le Trias comme sur le versant de Mongtzeu, tantôt le Dévonien comme sur celui
de Tche-Tsouen, est constitué comme à l'est d'A Mi Tchéou; près de la base, dans la
région de Dragon Noir, s'y intercale un banc épais de poudingues calcaires, identiques
à ceux de la Boucle du Pa Ta FIo.
562 ACADÉMIE DES SCIENCES.
De ce qui précède, on peut conclure que la région d'A Mi Tchéou cor-
respond, non pas à un fossé tectonique ayant effondré le Trias entre les
massifs calcaires, mais à une vaste fenêtre qui montre une série extrêmement
complexe de Trias, redressée à la verticale. Ce Trias apparaît sous des cal-
caires massifs, probablement ouralo-permiens, et il semble disparaître sous
eux vers sa bordure nord-ouest, c'est-à-dire vers la vaste région primaire
du Yunnan, connue jusqu'au delà de Yunnan Fou; tandis qu'au Sud-Est
il viendrait s'appuyer sur le Dévonien du Haut Nam Ti, lui aussi recouvert
en discordance par les calcaires massifs.
Nous reconnaissons en somme, dans la région d'A Mi Tchéou, une nappe
de recouvrement composée d'une masse calcaire, rigide, ayant glissé sur
la surface du Trias qui, plus plastique, s'est énergiquement plissé, en se
décollant de son substratum, dont le Dévonien du haut Nam Ti paraît
représenter une partie.
GÉOLOGIE. — Sur la présence ^u Tortonien à Valence (^Espagne).
Note (^) de M. Gigmoux, transmise par M. Ch. Depéret.
La ville de Valence occupe le centre d'un bassin néogêne et quaternaire
qu'entoure un amphithéâtre de montagnes secondaires : Besori, Sierra.
Pelenchisa, Rodana, monts de Liria, Rebalsadores, monts de Sagunto. Les
alhmons quaternaires du Rio Turia et des torrents affluents ou voisins
recouvrent entièrement la surface de cette « huerta » richement cultivée.
La base de ce Néogène est constituée par des mollasses plus ou moins
calcaires ou sableuses, formant des collines en bordure du bassin : ces for-
mations paraissent monter jusqu'à VHelvétien, car on y trouve de grandes
Ostrea crassissima Lmk. Mais le sous-sol de la plaine quaternaire était
jusqu'à présent inconnu. Or j'avais remarqué dans la collection Boscà à
Valence des fossiles qui m'avaient paru tortoniens.
Les fossiles en question proviennent de la région dite Valencia-la-Vella^
située sur la rive droite du Rio Turia, à 16''™ de Valence sur la route de
Pedralva; un « a » du mot « Ribarroja » sur la Carte géologique d'Espagne
(') Séance du i3 février 1922.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. 563
au 75^5^ indique à peu près la position du gisement ( ' ). Là tout est recouvert
d'alluvions quaternaires, mais, vers 1892, des travaux d'adduction d'eau
ont rencontré à (S™ de profondeur des marnes bleues fossilifères. M. Boscà
vit immédiatement l'intérêt de cette découverte qu'il signala dans une brève
Note (-); mais, faute de matériaux de comparaison, il ne put faire de
déterminations spécifiques précises, ni reconnaître l'âge de cette formation
(Mallada en fait du Pliocène dans sa Description de la Carie géologique
d'Espagne).
J'ai reconnu dans cette faunuleles éléments suivants :
1° Espèces nouvelles, et pour cela inutilisables en stratigraphie: Fossarus Boscai,
Nassa prœneritula, N. obliqua Hilber, var. valentinensis. lîlles seront décrites et
figurées dans un travail ultérieur; notons seulement que le groupe auquel appartien-
nent ces deux Nasses est spécialement bien développé au Tovlonien.
2° Espèces banales, communes au Miocène et au Pliocène : Pleuroloma asperulala
Lmk. (d'ailleurs surtout fréquent au Tortonien), Marginella miliaria L., Mitra sp.,
Nassa cf. recondita Mayer, Tritonium affine Desh., Cerithium tricinctum Br.,
Turritella subangulata Br., Turritella Archimedis Brong. (surtout Tortonien),
Calyptrœa chinensis L., Natica josephinia Risso, Trochus magus L., T. zizyphi-
nus L., Arca barbata L., C^rdiurn edule L. var.
3° Espèces souvent citées comme caractéristiques du Miocène, mais si voisines de
leurs descendants dans le Pliocène qu'on ne peut guère les utiliser en stratigraphie :
Nassa obliqua Ililber, CoUnnbella Borsoni Bell., Murex dertonensis Mayer,
M. inflexus Dod., M. Hôrnesi d'Ane., Cerithium turonicuni Mayer, Natica re-
denipla Michti, Trochus Araonis Bast., Mytilus Haidingeri HOrn.
4° Espèces spécialement caractéristiques du Miocène, car elles appartiennent à des
rameaux qui, ou bien disparaissent de notre mer avant le Pliocène, ou bien y sont
représentés par des formes nettement différentes : Tritonidea Bredœ Michti, var.
badensis, H. et A. (ctiste encore dans le Pliccène, mais très rare), Cerithium biden-
tatuni Defr., C. lignitarum Eichw., C. disjunctum Sow., C. dertocostatum Sacco,
Perna Bollei Horn., Lucina incrassata Dub., L. columbelia Lmk,
Ces dernières suffisent à nous prouver que nous sommes bien dans le
Miocène (^). Les caractères paléontologiques des étages successifs du Miocène
(') D'après M. Boscà la même couche aurait déjà été rencontrée en i865, en forant
un puits à 84™ de profondeur, sur la route de Liria, à ij''™ de Valence et à G*"™ au
nord du gisement étudié ici.
(-) Un yacimiento de fôsiles cerca de Valencia (Actas de la Soc. esp. de Hist^
nat.y 2^ série, t. 1, 1892).
(^) 11 ne serait d'ailleurs pas impossible qu'il n'y ait du Pliocène en d'autres points
du bassin ; mais nous n'en avons pour le moment point de preuves.
564 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tiennent snrtont à des différences de faciès, et il ne fant pas se faire trop
d'illusions sur la valeur absolue de ces étages : ici, en tout cas, toutes nos
espèces sont communes dans les gisements tortoniens typiques (bassin de
Vienne, Cabrières d'Aiguës, Italie du Nord). Comme nous avons vu que la
hase du Miocène de la région de Valence se terminait par des couches
sableuses encore helvètiennes ^ on voit que nos marnes bleues de Valencia-
la-Vella sont un représentant typique de l'étage tortonien.
Le seul trait un peu particulier de la faune est rabonJance de petits
Céritbidés saumâlres, dont Tun, le C. disjunclum^ ne semble même guère
exister en dehors du faciès sarmatien de l'Europe orientale, et dont les
autres, voisins du C. rubiginosum si abondant dans la même région, restent
habituellemejit rares dans les faciès profonds typiques du Tortonien : cela
nous indique déjà le commencement de la dessalure de la mer miocène, et
des affinités sarmatiqiies. Il est intéressant de remarquer que ces affinités
sarmatiques ont été signalées depuis longtemps par M. Depérel an sommet
du Miocène marin de Catalogne, et que les petits Céritbidés saumâtres
rappelés plus haut ont été retrouvés par le même auteur dans un Tortonien
un peu saumâtre de la province d'Oran ('), où ils ont été découverts par
M. Doumergue.
PHYSIOLOGIE. — Sur la circulation entêro-hépaliciue des acides biliaires.
Note de M. E. Wertheimer, présentée par M. Charles Richet.
Deux méthodes surtout ont été utilisées pour vérifier si les acides biliaires,
comme l'a soutenu Schiff, sont résorbés dans l'intestin et repris par le foie
pour reparaître de nouveau, en nature, dans la bile. La première consiste à
faire ingérer à un chien une quantité déterminée d'acide taurocholique et à
rechercher dans quelle mesure cet acide a augmenté dans la bile sécrétée
par l'animal. Cette méthode a été employée avec succès par Stadelmann (-),
plus récemment par Poster, Hooper et Whipple (') et a fourni à ces expé-
rimentateurs des résultats qui ne peuvent guère laisser de doutes sur la
réalité de l'absorption des acides biliaires. Cependant ils ne prouvent pas
C) Voir aussi Gentil. Thèse, igoS, et L. Joleaud, Bull. Soc. géol. France., 1908,
jD. 290. — M. Paul Fallût signale une faunule analogue aux Baléares (Thèse en cours
(l'impression).
(-) Zeitschr. f. Biologie., t. 3i, 1896.
(*) Jour, of Biologie. Cliemistry., t. 38, 1919, p- 379.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922, 565
d'une façon décisive que ces acides sonl éliminés tels qu'ils ont été absorbés.
Il est possible que Tacide taurocholique, qui se décompose facilement, se
dédouble dans son trajet de l'intestin au foie, et que celui-ci soit obligé de
le reconstituer avec ses produits de dédoublement : ce qui impliquerait un
nouveau travail de la glande et non une excrétion pure et simple de l'acide.
Aussi la deuxième méthode est-elle, à cet égard, plus démonstrative. On
fait ingérer à un chien de l'acide glycocholique et l'on recherche ce composé
dans la bile de l'animal où il n'existe pas naturellement (' ). Cette expé-
rience a donné des résultats positifs aux uns, négatifs aux autres, Stadelmann
le dernier qui, à ma connaissance, l'ait reprise croit pouvoir affirmer que le
passage de l'acide glycocholique dans la bile du chien est indiscutable. Mais
sa critique des recherches antérieures, l'exposé de celles qui lui sont propres,
et même l'épreuve délicate sur laquelle il base sa conclusion sont bien faits
pour montrer toutes les difficultés de cette détermination.
11 y a donc intérêt à signaler une expérience qui permet de démontrer
d'une façon très simple, et en même temps très frappante, ce cycle de la
bile qui va de l'intestin au foie pour retourner à l'intestin : si bien qu'elle
peut servir d'expérience de cours. Elle repose sur cette donnée que le chlo-
rure de baryum ne précipite pas la bile de chien et n'y provoque qu'un
faible Irouble, tandis qu'il produit dans la bile de porc un épais précipilé
d'hyoglycocholates. On conçoit facilement quelle sera la marche de l'expé-
rience.
Chez un chien de 5^" à S'^s^ chloralosé, on introduil une canule dansle cholédoque,
après avoir lié le canal cjslique. On place aussi dans le duodénum un tube de verre
dont l'extrémité libre, munie d'un embout de caoutchouc, reste en dehors de
l'abdomen, et par lequel se fera l'injection de bile de porc. On applique une ligature
sur le pylore pour empêcher cette bile de refluer vers l'estomac. On referme la paroi
abdominale, qui ne laissera passer que lesdeux canules. La solution de BaCl- dont
on se servira contient 338 de sel pour roo d'eau.
On recueille la bile du cholédoque par périodes de dix minutes. Après qu'on a
obtenu deux échantillons de bile normale, on injecte dans le duodénum 120'^"'^ à i5o'^"*^
de bile de porc et l'on continue à recevoir chaque récolte dans un tube à essai dis-
tinct. Puis on verse dans chacun d'eux cinq ou six gouttes de la solution de BaCl'.
A cette dose, le réactif laisse ordinairement à la bile des deux premiers tubes témoins
toute sa limpidité, sans même y produire, si ce n'est à la longue, le faible trouble
dont j'ai parlé.
Il en est de même pour le troisième qui renferme la bile sécrétée dans les dix pre-
(^) Cependant, d'après Stadelmann, la bile normale du chien renfermerait vraisem-
blablement de l'acide glycocholique.
566 ACADÉMIE DES SCIENCES.
mières minutes qui suivent l'injection. Mais, à peu près régulièrement, clans le qua-
trième tube, c'est-à-dire dans la bile recueillie entre la dixième et la vingtième minute
après l'injection^ la solution de BaCP produit instantanément un précipité déjà épais
qui ira encore s'accentuanl dans les tubes suivants ; de sorte qu'il suffit alors
d'une ou deux gouttes de réactif pour l'obtenir. Ce précipité donne la réaction
de Péttenkofer.
On peut opérer de la même manière avec une solution saturée de chlorure de cal-
cium. J'avais d'abord cherché à utiliser le sulfate de soude et le chlorure de sodium,
et j'ai été surpris de n'obtenir avec le premier aucun résultat, et des résultats peu
satisfaisants avec le second, bien que ces deux sels soient couramment employés pour
la précipitation des hyoglvcocholales. Mais il faut remarquer que la quantité de bile
de porc qui est éliminée dans la bile du chien doit être relativement faible; je me suis
assuré que, dans ces conditions, la bile de chien exerce une action empêchante sur la
précipitation de la bile de porc par les deux sels de sodium et qu'elle redissout les
précipités qu'ils ont formés.
Les résultats de l'expérience restent absolument les mêmes à la suite de
la ligature de toutes les branches de Tartère hépatique. L'élimination des
acides biliaires peut donc se faire exclusivement par l'intermédiaire de la
veine-porte.
PHYSIOLOGIE. — Recherches sur les propriétés physiologiques et thérapeutiques
des diastases tissulaires. — De l'existence des diastases synthétisantes.
Note (') de M. F. Maignon, présentée par M. E. Leclainche.
Les diastases de synthèse existent-elles ?
En ce qui concerne la synthèse protéique, les expériences in vitro
instituées en vue de démontrer leur existence ont toujours donné des
résultats négatifs.
Nous sommes parti de cette idée que, si ces diastases synthétisantes exis-
tent, elles doivent avoir une importance considérable puisqu'elles président
à la création des tissus nouveaux chez le jeune, à la reconstitution du proto-
plasme usé chez l'adulte et à l'élaboration de tous les produits de sécrétion,
externe ou interne, qui ne pi^éexistent pas dans le sang. Nous avons pensé
que l'insuffisance fonctionnelle des organes devait être liée à une insuffi-
sance nutritive qui serait elle-même la conséquence d'une déficience de ces
diastases de synthèse, et que, dans ce cas, l'introduction dans l'organisme
malade de ces agents, empruntés à l'organe similaire d'un sujet sain, devrait
(*) Séance du i3 février 1922.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. 567
relever immédiatement Tactivité nutritive et fonctionnelle de l'organe frappé
d'insuffisance. C'est ce que nous nous sommes efforcé de vérifier et c'est ce
que l'expérimentation clinique, chez les animaux et chez l'homme, a confirmé
d'une façon évidente.
Nous avons extrait en bloc les diastases tissulaires, en adaptant aux
organes animaux la méthode utilisée par A. Lebedeff pour l'extraction de
la zymase alcoolique, par simple macération de la levure desséchée. Nous
avons fait macérer dans de l'eau chloroformée les poudres d'organes, obte-
nues dans le vide sulfurique à basse température, et précipité le filtrat par
l'alcool-éther. Un second traitement nous a permis de séparer les diaslases
des albumines coagulées. Les. diastases ainsi isolées peuvent être purifiées
par une nouvelle précipitation, suivie d'une dialyse contre l'eau distillée qui
enlève tous les cristalloïdes précipitables par l'alcool. Les solutions de ces
diastases sont stérilisées aux rayons ultra-violets et conservées dans des ,
ampoules également stérilisées. Ces ampoules de 2''™', contenant i"^ de dias-
tases, peuvent être administrées en injections inlra-veineuses, intra-muscu-
laires ou sous-cutanées, sans jamais provoquer de réaction, ni locale ni
générale. Les résultats cliniques obtenus montrent d'ailleurs que l'ingestion
produit les mêmes effets que l'injection et que ces diastases sont absorbées
par la muqueuse intestinale.
Nous examinerons successivement les résultats cliniques obtenus en agis-
sant sur des organes à sécrétion interne, externe, interne et externe, et enfin
sur des organes dépourvus de toute sécrétion.
Organes à sécrétion interne. — Nous avons expérimenté avec les diastases
de thyroïde, d'hypophyse, de surrénale, d'ovaire, administrées par injection
ou ingestion. Les effets thérapeutiques sont ceux de l'opothérapie ordinaire,
mais plus nets, plus constants, et avec les phénomènes toxiques ou hyper-
fonclionnels en moins. Au lieu d'introduire les hormones déficientes dans
l'économie, on permet à l'organe insuffisant de les sécréter en lui apportant
les agents diastasiques qui lui faisaient défaut. Dans ces conditions, la
médication thyroïdienne, par exemple, peut être maintenue sans interruption
pendant une année, sur des enfants, sans jamais occasionner ni amaigris-
sement, ni trouble cardiaque.
Organes à sécrétion externe. — Nous avons obtenu avec des diastases
d'estomac (muqueuse et musculeuse réunies), par injection ou ingestion, des
résultats rapides et très nets dans des cas d'atonie avec dilatation, de
dyspepsie, d'hyperchlorhydrie. Il s'agit donc d'une véritable action régula-
.•)68 ACADÉMIE DES SCIENCES.
trice sur la nutrition, puisque même les troubles hypersécrétoires peuvent
être combattus avec succès.
Avec les diastases rénales, action très nette sur la nutrition de l'organe
et sur sa perméabilité.
Organes à sécrétion externe et interne. — Sur un enfant de six ans, qui
avait toujours eu, depuis l'âge de deux ans. des selles grumeleuses, mal
digérées, à odeur aigrelette, l'injection sous-cutanée de diastases pancréa-
tiques amena, dès le lendemain, des selles régulières et normales, avec amé-
lioration du teint et de l'état général.
Dans un très grand nombre de cas, nous avons vu les diastases de foie,
administrées indifféremment par injection ou ingestion, combattre avec
succès des troubles hépatiques variés, souvent graves. Nous avons constaté
maintes fois la diminution de volume de Forgane, avec disparition complète
de sa sensibilité, la disparition des troubles digestifs et des malaises divers
liés à rinsuffisance hépatique, le relèvement de la nutrition générale et des
forces, le relèvemeni du coefficient d'oxydation (v^-pn ) ^^^'^ l'urine et le
^Az total
sang. Ces résultats sont obtenus en i5 à 20 jours et ramélioration débute
généralement vers le sixième jour.
Organes dépourvus de toute sécrétion. — Trois fois sur trois, nous avons
vu la tension artérielle se Telever de plusieurs centimètres, en même temps
que l'énergie des systoles, sur des sujets en état de défaillance cardiaque
(asystolie, coma urémique), sous l'influence d'injections sous-cutanées ou
intra-veineuses de diastases de ca:ur. Enfin, par l'administration de dias-
tases pulmonaires en ingestion, età raison de i™« par jour, nous avons, dans
de nombreux cas, sur des sujets atteints de bronchite aiguë ou chronique,
obtenu en quelques jours la disparition ou la diminution très notable de la
toux, des expectorations et de l'essoufflement, avec amélioration de l'état
général.
Ces résultats nous permettent de comprendre l'organothérapie des
anciens et posent les bases d'une méthode thérapeutique nouvelle, beaucoup
plus précise, Vorgano-z-yinolhérapie.
L'action de ces diastases tissulaires est spécifique, en ce sens que celles du
foie n'agissent que sur la fonction hépatique, celles de la thyroïde que sur
la fonction thyroïdienne, etc. La spécificité d'organe de l'action thérapeu-
tique ne peut s'expliquer que pour les diastases synthétisantes, auxquelles
on est logiquement obligé d'attribuer les effets cliniques obtenus. La spéci-
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. Sôg
ficité des diaslases de la synthèse proléiquc résulte de la spécificité des
albumines constitutives de chaque organe.
Ces diastases sont sans aucune action lorsqu'on les administre à des
sujets sains, dont l'état fonctionnel des organes est normal. Nous avons
injecté des doses massives de diastases cardiaques ou pancréatiques dans
les veines de chiens sains, sans jamais produire aucune modification de la
tension artérielle, des contractions du cœur ou de la sécrétion pancréatique.
L'intensité des phénomènes chimiques de la nutrition est liée non pas
à l'abondance des matériaux ou agents nutritifs, mais uniquement aux
besoins physiologiques de l'organisme. L'intensité des combustions respi-
ratoires n'est pas augmentée lorsqu'on fait respirer à un sujet sain de
l'oxygène pur.
ENTOMOLOGIE. — La dispersion géographique des Silphida' CatopiiicC
pendant le Tertiaire. Note ( * ) de M. Rexé Jeannel, présentée par
M. E.-L. Bouvier.
Une révision des Silphidœ Catopinœ m'a permis d'établir que les genres
de cette sous-famille habitant Thémisphère Nord se groupent dans quatre
séries. Les caractères de fdiation fournis par l'appareil copulateur mâle
m'ont permis de suivre la phylogénèse de ces quatre groupes et de reconsti-
tuer leur histoire à travers les temps géologiques.
C'est sur la série phylétique de lUomaphagus que nous avons le |ilus de
renseignements. Son centre de dispersion a été situé dans l'Amérique tro-
picale après le morcellement du continent africano-brésilien, c'est-à-dire
après la fin du Crétacé, car aucune espèce n'a pu passer dans l'Afrique
tropicale. C'est dans le nord de l'Amérique du Sud que le tvpe Ptomaphagus
présente le maximum de variations et ce protéisme des Ptomapha giis sud-
américains contraste avec la parfaite homogénéité de ceux d'Europe.
Les Plomaphagus d'Europe dérivent évidemment d'espèces existant
encore dans l'Amérique du Sud comme le montre l'éNolution de leur organe
copulateur mâle. Leur passage de l'Amérique du Sud en Europe ne peut
s'expliquer que par l'existence d'un pont continental transatlantique ayant
uni l'Antillea aux massifs Tyrrhéniens par les Canaries et les Açores.
(') Séance du i3 février 1922.
G. R., 1922, I» Semestre. (T. 174, N» 8.) 43
5^0 ACADÉMIE DES SCIENCES.
poiil (|ue M. K. Scharir(' ) (p. 280, carie 14, et p. 294, carte 16) suppose
avoir existé à rÉoccne, jusque vers le milieu de r01ii;ocène.
Alors les P/om^//;/i^/i,'7/* ont dû se répiindrc d'abord dans l'Euiope médi-
lerraiiéeiinc etle nord de l'Afrique où ou les trou\ e actuellement représentés
par de nombreuses forjucs dilVérenciées, Incicoles ou m vrmécophiles
(Synaidus). Puis ils se sont largement répandus dans toute la région [»alé-
arclique jusque dajis le nord de l'Europe. Une espèce fossile esl connue de
l'ambre de la IJal tique.
Mais ce n'est pas tout. Pendant le Miocène, la lignée très \igoureuse des
Plomaphagus d'Europe est passée dans l'Amérique du Nord en jjrenant
|)Ossession d<'S continents nord-atlantiques. Elle a atteint le nord-est et l'esl
de lAmérique du Nord et y a fait souche de C.di\ &v w'icoX^s {Adelops hù'tiis
Tellk., du Kentu('kv) et aussi de Myrmécophiles (Addojjs hrachy der us hec,
A. parasita Lee). L'identilé absolue de l'œdeagus de V Adelops Idiius -Ayac
celui des Ptonmp/ui^us d'Europe est une pi-euve ésidente de ce retour de la
lignée en Amérique par le nord.
Au Pliocène enfin, lorsque les deux Amériques, jusque-là séparées par
des mers, se sont trouvées r<'>unies, beaucouj» d'espèces snd-américaines sont
p;iss<''es dans l'Amérique du Nord. Les Plomaphagus ont snixi ce courant
d'immigration, car les espèces de Californie, du Texas, de Géorgie semblent
appartenir au même type que celles du V(''nézu<''la et dn Bri'sil.
On comprend ainsi pourquoi les Plomaphagus font défaut dans le nord-
ouest de l'Amérique du Nord, et comment il se fait que dans l'est des Etats-
Unis se trouvent côte à côte des espèces à affinités sud-américaines et
d'autres nettement apparent<''es aux formes européennes.
La série phylétique de Catops a eu certainement une toute autre histoire
c|ue celle des Plomaphagus. Il n'existe aucun Galops connu de V Vmérique
du Sud et d'autre part certains indices sembleraient indiquer que les Catops
européens ont dû avoir, au Secondaire, une origine commune avec les
Catopinœ. peuplant actuellement FAustralie et la Tasmanie. En tous cas,
la souche des Catops existait dans les massifs méditerrant-ens dès le début
du Tertiaire, car ils ont pu se répandre également en Europe et dans le
nord de l'Afrique et même dans les îles Canaries.
Partis de l'Europe méditerranéenne, les Catops se sont largement répandus
(') I^.-l^\ ScHARFF, DisLribiilion and origin of UJ'e in America (T.ondon, Constable
and f>, 191 t; .^,97 pages).
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. 5;!
dans la rég^ion pal<'arctiqu<.'. Certaines esprces du nord-est de rAm< riqu<;
du Mord semblent être venues d'Europe comiiie la souche des Adclop.s, par
la \ oie nord-atlantique ; mais c'est surtout par l'Asie orientale que le groupe
des Catops a colonisé l'Amérique du Nord, où il s'est largement répandu
dans le nord-ouest et le centre, sans atteindre les régions tropicales. La
preuve que c'est bien par l'Asie et non par les continents nord-atlan-
tiques que la majorité des Catops américains sont venus d'Europe est
fournie parla distribution actuelle du genre Catoptrichus (Japon, Alaska),
du genre Prionochacla (Japon, Sibérie orientale, Pensylvanie) et surtout
du sous-genre Lasiocatops (Europe, Caucase, Mongolie, Japon, Alaska,
Etats-Unis).
Ce n'est pas au Crétacé, comme les l'olamobius, que les Catops se sont
répandus de l'Asie vers l'Amérique du Nord, car nous devrions alors les
trouver actuellement confinés, comme ces Ecrevisses, dans la partie occi-
dentale du continent nord-américain. C'est plus tard, pendant la fin du Ter-
liaire, qu'ils ont dû se disperser avec les nombreux groupes holarctiques de
l'aune froide qui ont émigré d'Asie en Amérique et réciproqoaement, jusque
pendant le Glaciaire.
Quant aux deux autres des quatre séries pliylétiques des Catopinw de
l'hémisphère nord, elles ont eu la même histoire que celles dont il vient
d'être question. Les Anemadus se sont développés parallèlement aux Ptoma-
p/iagus, mais n'ont pas dépassé, dans leurs migrations, la région méditer-
ranéenne; le groupe du type Nargus {Choleva^ \argus, Catopomorphus) a eu
le même centre de dispersion que les Catops, a effectué les mêmes migra-
tions dans la région paléarctique, mais sans toutefois atteindre l'Asie orien- '
taie, ni passer en Amérique.
Un fait semble à première vue se trouver en contradiction avec cette
reconstitution des migrations des Catopinœ de l'hémisphère nord, c'est que
les îles Canaries et Madère abritent des espèces des groupes Catops et Nargus
d'origine européenne et ne nous fournissent aucun représentant des groupes
Ptomaphag'us el Anemadus, supposés être venus de l'Amérique tropicale par
le pont continental transatlantique de Scharfî.
Mais la faune des îles Canaries et Madère ne montre guère de points
communs avec les faunes américaines. En ce qui concerne les Insectes tout
au moins, c'est toujours avec l'Afrique du Nord que les liens de parenté sont
le plus étroits.
L'étude de plusieurs groupes de Coléoptères canariens me donne à penser
5-2 ACADEMIE DES SCIENCES,
que les espèces diverses citées par Scliarlï, comme jalonnant les restes de son
ponl continental, mériteraient d'être révisées. En tout cas, je pense que
riiypothèse de Scharff doit être retenue, car elle est féconde et même néces-
saire et semble bien fondée. Mais il faut admettre soit que le pont continental-
éocène unissant directement l'Amérique tropicale aux massifs méditerra-
néens ne passait pas par les îles Canaries et Madère, soit qu'après le morcel-
lement du ponl ces îles aient été submergées à rOligocène, puis de nouveau
exondées au Miocène' et alors encore rattachées à l'Afrique du Nord, d'où
elles ont reçu leur faune actuelle.
CYTOLOGIE. — Sur des phénomènes de condensation de corps gras à la
sw face des mitochondries. Note de M. R. Noël, transmise par
M. Henneguy.
Nous avons signalé récemment (') que, sur des préparations de foie de
Souris blanche traitées par les méthodes de Kull ou d'Altmanu, après
fixation par le mélange osmio-chromique de Mèves, on peut voir en certains
points de minuscides granulations noires siégeant à la périphérie des
mitochondries teintées en rouge.
^;
'■•* O O O '
tt ^
Au stade initial de cette condensation, on ne voit qu'une seule granulation;
puis ces éléments augmentent de nombre pour confluer enfin en une bande
qui cercle plus ou moins complètement la périphérie du chondriosome. La
(*) Cf. NoKL, Sur un mode d^ élaboration de graisse osmio-réductrice dans la cel-
lule hépatique de la Souris hlanche {Comptes rendus df la Sùciélé de Biologie^
3 décemltre i()'.>.i,p. io3o).
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. ^7'î
graisse apparaît ainsi d'une façon 1res nette, à la jonction de la luilochon-
drie et du cytoplasme ambiant.
Nous avons fait une étude systcmaticpie de ces dispositions; elles nous
ont apparu constantes avec toutes les méthodes; elles ont même aspect
quelles que soient les conditions histo-physiologiques; néanmoins elles sont
observables avec une particulière facilité sur les foies peu chargés on graisse.
On peut en conclure que, morphologiquement, la graisse apparaît d'abord à
la périphérie de la mitochondrie sous la forme de granulations très petites,
qui ultérieurement confluent en un anneau.
Ces faits nous semblent appeler les considérations suivantes, au point de
vue du mécanisme pliysico-chimique de leur production. On sait que, au
niveau des couches de passage (zone de surface ) entre les divers colloïdes pro-
toplasmiques, il y a condensation de certains des éléments de ces colloïdes,
en particulier des lipoïdes. La plupartdu temps, cette condensation est invi-
sible à no? yeux et indt'celable par nos réactifs histo-chimiques; c'est un
phénomène d'ordre colloïdal portant sur des éléments placés au delà de la
limite de visibilité pratique. Mais dans le cas présent, la condensation des
corps gras semble si accentuée que le processus atteint celte limite de visi-
bilité; et les corps gras apparaissent sous la forme des très petites granula-
tions décrites plus haut.
Cette expression histologique du phénomène physico-chimique de la con-
densation des substances au niveau des surfaces de contact entre éléments do
la cellule nous a paru mériter d'être signalée.
ANAïOMIE PATHOLOGIQUE. ~ Sw quelques fondions du mègacaryocytc
tumoral, en particulier sur son rôle raso formateur. Note de M. R. Anr.Aun,
transmise par M. Hcunoguy.
Nous avons eu récemment l'occasion d'étudier, chez l'homme, deux
myélomes spéciaux formés exclusivement de cellules à noyaux bourgeon-
nants et qui s'étaient développés, l'un, tout petit, sur l'aile du nez, l'autre,
volumineux, de la grosseur d'une tête d'enfant, dans l'épaisseur de la
glande mammaire. Ces tumeurs, auxquelles nous avons donné le nom de
mé gacaryocy tomes {^), nous ont permis, en raison même de leur activité
génétique, de suivre, dans les meilleures conditions, l'évolution des méga-
(i) Annales de Dermraoloiiie et fie SYphili'^rapJiie, t. -2, n° iO, oclol3i-e iç)?!.
574 ACADÉMIE DES SCIENCES.
caryocytes et certaines de leurs fonctions, entre autre leur tôle vasoforma-
teur depuis si longtemps controversé.
ÎVous avons d'abord constaté, dans ces éléments tumoraux, toutes les
figures intermédiaires à Fétat embryonnaire et à la cellule de Howel, avec
les formes les plus diverses : noyaux lobés, incisés bourgeonnants, coro-
naires, sphérulaires, mûriformes, déroulés ou même égrenés. Par endroits,
quelques noyaux paraissent entrer en caryolyse après avoir figuré une
ébauche caryocinétique, la plupart du temps multipolaire, tandis que, ])ar
gemmation ou simple division directe, des cellules voisines donnent nais-
sance à de nombreuses cellules fdles qui s'individualisent dans différents
sens.
Nos l'echerches nous ont en outre amené à émettre les conclusions sui-
vantes au sujet de trois fonctions très importantes :
a, la fonction de soutènement;
^, la fonction ^ asoformalive ;
Y, la fonction sanguiformatixe.
a. Fonction de soutènement. — Le réticuluni fibiillaire de la tumeur est
entièrement dû à l'activité des cellules à noyau bourgeonnant. La surface
des mégacaryocytes jeunes est dépourvue de prolongements, mais celle
des adultes émet, au contraire, de longues expansions rameuses qui s'anas-
tomosent d'une cellule à l'autre, constituant ainsi la trame fondamentale
de la néoplasie.
p. Fonction vosoformative. — Les noyaux mûriformes ou multilobés se
disloquent, tandis qu'une ou plusieurs cavités, creusées dans le proto-
plasma, se développent et se fusionnent. Les noyaux isolés viennent s'ap-
pliquer à la surface de la cavité, à la façon des noyaux endothéliaux;
l'ébauche vasculaire est constituée.
Le processus vasoformatif peut s'effectuer avec (juelques variantes : nous
vîmes, parfois, de longues fissures se disposer d'une façon concentrique,
autour d'une cavité centrale plus volumineuse, entraînant ainsi une dispo-
sition similaire des noyaux Iragmentés. Il ne s'agil nullement d'éléments
multinucléés si abondants dans les sarcomes angioplastiques, ni de plas-
modes en pointes d'accroissement. Les cellules vasoformatrices sont ici
complètement indépendantes, au débul , de tout vaisseau. Ce sont des
mégacaryocN tes créateurs de capillaires, d'abord isolés, qui s'unisseni ensuit;e
aux capillaires voisins et suivent enfin l'évolution normale de toute forma-
tion vasculaire.
SÉANCE DU 20 FKVPvIER I922. ^;;S
y. Fonction liluhiiliiuène. — Ces rb-nients soni, en même temps, sangiii-
formateurs. En effet, sans (ju'il nous soit, dès maintenant, possible d'indi-
(|uer d'une façon prrcise toutes les phases de leur évolution, nous avons
constate la présence intramégacaryocytaire de globules rouges dont Tt'loi-
gnement de toute autre formation vasculaire, la structure embryonnaire et
les ('videntes relations g(''n<'-ti(|ues avec Frlément incorporant éloignaient
toute idée de ])liagoc\ tose. \ous avons parfaitement observi- les phases
suivantes:
1° ^V•sicuh'ltion du noyau d'un bourgeon niegacaryocylaire ;
1" Localisation exclusive de la chromaline à la membrane nucl<''aire ;
j" Dans certains cas, transformation de la v<''sicule en cupule ;
4" Disparition lente de la clironiaticilc habituelle de la substance
nucléaire ;
.'>° Disparition du protoplasma périnucléaire et réalisation lente de la
forme normale des hf-maties.
Cette évolution globuligène présente d'ailleurs d'autres modalités et c'est
là, croyons-nous, une cause de divergence dans les interprétations qui
furent émises.
En n-sunK' :
i'' Dans certains cas pathologiques, les cellules de Houel peuvent donner
naissance à des tumeurs (juelquefois volumineuses ;
1" Ces mt'gacaryocytes tumoraux constituent, par Ti-mission de nom-
breux prolongements protoplasmiques anastomoli(jues, la trame fondamen-
tale de ces tumeurs ;
3° Enfin, par le moicellcincnt du noyau vi'giHant et r(''parlition des
fragments nucléaires parfaitement individualisés, autour d'une cavité
intraprotoplasmi(|ue (|ui s'accroît progressivement, le mégacaryocyte
devient vasoformateur. Il est aussi globuligène.
MICROBIOLOGIE. — Nouvelles observations sur la culture du />. pyocyamque
sur milieux arli/iciels définis. Note de MM. A. Goris et A. Lioi-,
présentée par M. Roux.
Nous avons fait connaître, dans une préci'dente Communication ('), que
les sels ammoniacaux des acides bibasiques pouvaient servir d'aliment au
( ' ) Observations sur la culture du B. pyocyanique sur milieux artificiels définis
par A. CiORis et A. LiOT {C"mptes rendus, t. 172, 199.1. p. lO?. >.).
376 ACADÉMIE DES SCIENCES.
B. pyocyanique. Depuis, nous avons entrepris de nombreux essais sur la
culture de ce microbe sur milieux définis en faisant varier la nature des com-
posés azotés (sels ammoniacaux, dérivés amidt's ou aminés) qui pouvaient
lui être offerts comme aliments.
Nous avons d'abord essayé les amides des acides bibasiques précédem-
ment utilisés, puis les dérivés monoaminés de ces mêmes acides.
Comnie précédcMnment, nous avons cultivé le H. pyocyanique sur milieux
supports géloses (gélose simple et gélose minéralisée) additionnés au
moment de l'emploi d'une quantité déterminée de substance azotée.
Dans une première série d'essais, nous avons réuni les résultats obtenus
avec les amides. Il ne s'est produit ni culture ni coloration avec les corps
suivants : Acide carbamique. Urée, Oxamide, \cidc oxamique, Malona-
,mide, Succinamide, Succinimide.
L'acétamidc, la benzamide, expérimenlées par comparaison, ainsi que
l'acide cyanurique et la guanidine, qui se rattachent à l'urée, nous montrent
également que les dérivés amides, en général, ne peuvent pas servir d'ali-
ments au B. pyocyanique.
Dans une seconde série d'expériences, nous donnons les résultats obtenus
avec les diacides monoaminés. Les acides aspartique et glutamique ont été
des agents très défa^ orables au développement de la culture et à la produc-
tion de coloration; l'asparaginc, amide de l'acide aspartique, a donné, sur
gélose simple, une culture très maigre avec légère coloration verte, et sur
gélose minéralisée une culture légère avec coloi'ation verte assez nette. Si
Ton vient à neutraliser les fonctions acides de ce corps par une base, telle
que la soude, le corps obtenu est cette fois utilisable par le microbe sur
gélose simple et sur gélose minéralisée.
Ce sont ces résultats qui nous ont conduits à essayer les autres aniino-
acides : monoacides monoaminés et monoacides diaminés. à réaction
neutre, ainsi que divers produits qui en dérivent.
Ces résultats sont consignés dans le Tableau suivant :
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922.
Monoacides monoaininés.
Sur sélùse simple,
Cilvcocolle Pas de développemeut ;
pas de coloralioii.
\cide i;lvcoclioli(|iie Id.
Via ni ne Id.
Leiicine Très maigre dévelop-
pement ; légère colo-
ration violacée.
Gystine (ditliiodialanine) Pas de développement ;
pas de coloration.
Phénylalanine Développementpresque
nul ; Teinte violacée
noirâtre.
Tyrosine (/>-Oxyphénylalanine) . . Pas de développement ;
pas de coloration.
Ilistidine ( 3-lmidazolaIanine) . . .
Tryptophane (jj-Indolalanine) . . .
Id
Léger développement ;
Teinte violacée noi-
râtre.
D77
Sur gélose minéralisée.
Bon développement ;
légère coloration
verte.
Pas de développe-
ment ; pas de co-
' loration.
Bon développement ;
coloration verte
intense.
Bon développement;
coloration verte.
Légerdéveloppemenl;
coloration verte
pâle.
Très bon développe-
ment ; coloration
verte intense.
Pas de développe-
ment ; pas de colo-
ration.
Bon développement ;
légère coloration
verte.
Maigre développe-
ment ; coloration
verte noirâtre.
Arginine,
Monoacides diaminés.
Pas de développement ;
pas de coloration.
Lvsine,
Id.
Maigre développe-
ment ; légère colo-
ration ^e^le.
Maigre développe-
ment ; peu de co-
loration.
57H ACADÉMIE DES SCIENCES.
On voit donc quo les dérivés amidés mis en expérience ne peuvent servir
d'aliment au B. pyocyanique. Au contraire, les acides aminés (mouoacides
moiioaminés et diaminés et les diacides monoaminés employés après neutra-
lisation) peuvent ser\ir au développement de ce bacille, mais, en général,
ils sont de moins bons aliments que les sels ammoniacauv dérivés des acides
bibasiques, surtout lorsqu'on les emploie sans addition de substances miné-
rales.
L'emploi des divers acides aminés comme source d'azote, pour la cul-
ture du B. pyocyanique n'est pas indifférent. Leur valeur nutritive dépend,
non seulement de la présence d'une ou de plusieurs fonctions aminées dans
la molécule, mais aussi de la structure de la chaîne qui supporte ces fonc-
tions.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Le procédé d' épuration par J.es « boues actm'rs » est-il
applicable au système séparati f? Note de M. r.rr.iFx Cavkl, présentée par
M. A. Haller.
Les applications actuellement existantes du procédé d'épuration des
eaux d'égout par les « boues activées » sont faites sur des eaux d'égout du
système unitaire^ qui est le mode d'assainissement des villes déjà âgées.
Les cités plus jeunes, ou celles dont l'assainissement est plus récent,
recourent au ^y^^eme séparatif^ qui écarte les eaux pluviales et d'arrosage.
Celui-ci a sui- son aîné de réels avantages : la constance du délnt, une com-
position plus homogène, un volume d'eau beaucoup moindre, et, j)ar con-
séquent, une constiuction plus économique. Mais les eaux d'un réseau sépa-
ralif n'étant pa^ diluées, sont très polluées, et, la conduite de leur
épuration biologique est moins commode que celle d'un réseau unitaire.
Aussi la règle qui consiste à épandre i"'' par mètre carré de lit bactérien,
et par joui-, ne leur est généralement pas ap])licable.
Je me suis préoccupé de savoir si le procédé d'épuration des eaux par
les « boues activées » peut être employé par le système séparatif. et j'ai
essayé d'activer des boues, puisées dans son sein même. Je me suis
adressé pour cela, aux boues de la ville de Yilleneuve-Saint-Georges, qui
possède, depuis 8 ans, un réseau d'égout séparatif étudié d'après les plus
heureuses conceptions.
I
SÉANCE DU 20 FÉVRIER I922. ^79
L'activation de ces boues, a été obtenue au laboratoire, après 47 jours
d'aération; puis on les a fait agir sur les eau.v brutes de Villeneuve, dans
la proportion de 33 pour 100 (mesurée après 2 heures de repos), du
volume à traiter. Ces eaux, ainsi préparées, furent analysées avant et après
épuration.
I ^e Tableau ei-dessous, pris parmi de nombreuses expériences, indique les
résultats comparés avant et après 2^1 heures d'aération (' ). Tls sont exprimés
en milligrammes par litre.
F'aii avant aération Eau après épur;itioii
(eau hi'uti'). i eau épurée).
Aspect très trouille tout à fait limpide
Matières en suspensinn (^), totales !j4o néant
» organique^ •>,86.5 »
» minérales 56,5 »
Alcalinité (CO^Ca) 646 <>
Azote organique (A/,) (^) 58,5 i '1
Azote ammoniacal (Az) 113 o
Azote nitrique (Az) lo.g(^) 111,9.
Azote nitreux o traces
Oxjclabiiité (acide. lomin. ébiillition ). . . .-. 147, ?- 4o
Sulfures (H^S) '4 o
( kleur très putride inodore
» après - jours déluve » inodore
Germes microbiens par centimètre cube.. . . 92000000 7000000
La leeture de ce Tableau montre que, l'alcalinité, l'ammoniaque, les
sulfures disparaissent complètement; et que l'oxydabilité se trouve abaissée
dans la proportion de 72,8 pour 100. ( hiant aux germes microbiens, 92,4
pour 100 sont éliminés. L'azote ori^anique, qui représente un ensemble de
composés très putrescibles, se trouve aussi diminué de ~i\ pour 100. Enfin.
Feau. est claire et imputrescible.
(') Cette période peut être écourtée.
(-) Avant le mélange avec les boues activées.
(^) C'est-à-dire l'azote obtenu par la méthode de Kjeldahl (après élimination des
nitrates par FeCl-), diminué de AzH^ dosé à part par distillation.
{'*) Provenant des nitrates dissous dans l'eau qui imprègne la boue.
58o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les doutes étaient permis au sujet de la réussite des essais entrepris, à
cause de la concentration des eaux, de leur alcalinité atteignant parfois
900™^ par litre; à cause encore des sécrétions microbiennes d'un milieu
aussi souillé, capables de jjaralyser la nitrification.
Il n'en a rien été, et, d'après les nombreuses expériences que j'ai faites, il
m'est permis de dire qu'on peut envisager la possibilité d'appliquer au
système préparatif le procédé d'épuration par les « boues activées ».
Dans la pratique, il ne sera pas nécessaire d'atteindre la disparition totale
de l'ammoniaque. Cette ammoniaque, dans l'effluent épuré, n'est pas bien
gênante. Elle disparaît d'elle-même |)ar auto-épuration dans la rivière. Il
suffira, par exemple, pour arrêter le traitement des eaux, de s'imposer une
limite, qui pourra être l'instant où le chiffre de Foxydabilité devient constant.
Cette limite est généralement atteinte avant la disparition complète de
l'ammoniaque. Il y aura ainsi une économie de temps et d'énergie.
PHYSIQUE MÉDICALE. — L' auscultation électrique de la respiration au début
de la tuberculose ; nouvelle méthode d' auscultation pratiquée à Vaide de
stéthoscopes microtéléphoniques amplificateurs. Note de M. J. Glover,
présentée par M. d'Arsonval.
(^etle nouvelle méthode d'auscultation que j'ai innovée eu clinique en
191 5 ( ' ) donne d'importants résultats et se précise dans son utilité pratique.
Les caractères propres et les avantages de Tauscultation électrique,
pratiquée à l'aide de diverses variétés de stéthoscopes tétéphoniques (-)
qui ont été perfectionnés depuis, sont: V amplification sonore ; V auscultation
rigoureusement localisatrice pour r auscultation et V exploration vasculaire, par
exemple ; l'auscultation topo graphique d'une région plus ou moins étendue ;.
Visolement vibratoire complet et nécessaire^ entre le malade ausculté et le
médecin qui ausculte ; enfin la pluri auscultation^ c'est-à-dire l'auscultation
simultanée d'une même région par plusieurs élèves à la fois, à l'occasion de
l'enseignement à l'hôpital.
(') Jules Glovi'R. Comptes rendus, t. IGO, 191 5, p. 685 ; De l'aincultalion de la voix
solidienne à distance en clinique pour le dia-gnosùc précoce du début de la tul)er-
culose pulmonaire {Bulletin de l' Académie de Médecine^ 22 février 1916).
(-) Jn.KS Glovku, Api>areil électrique d'auscultation, d'exploration clinique
et fie physiologie expérimentale [Comptr.'i rendus, I. H»*2, i*)!*"), p. 79">).
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1922. 58l
En ce qui Louche i auscultation de la respiration en particulier, on a i^éné-
ralement basé, par exemple, le diagnostic du début de la tuberculose pulmo-
naire eiilre aulrcs signes stéthoscopiques, sur la diminution on même
l'absence du bruit normal de la respiration, ainsi que sur certains caraclèrcs
et variations du rythme respiratoire.
Or l'emploi de mes stéthoscopes microtéléphoniques amplificateurs pour
l'auscultation électrique permettent de reconnaître et d'établir :
i'' Que les résultats de l'auscultation de la respiration, à l'état physio-
logique, semblent varier avec le type respiratoire adopté par le sujet observé,
en raison de sa conformation llioracique ;
2" Qu'étant donnée l'existence d'une infinité des conformations squelet-
tiques du thorax, intermédiaires entre les deux types extrêmes, de thorax
à taille et de thorax sans taille, certains de mes stéthoscopes mierotélé-
phoniques spéciaux, permettent de constater qu'aux principales variétés
de conformations squelettiques du thorax, paraissent s'adapter par l'accou-
tumance, des variétés spéciales de types respiratoires.
Or, à l'observation, on remarque que les sujets à thorax à taille nette-
ment définis ou de conformations approchantes, ont tendance à adopter le
type respiratoire costo-claviculaire, supérieur, lequel fournit avec un maxi-
mum d'efforts, un minimum d'effets; on constate aussi que les sujets à
thorax sans taille ou d'une venue, ou de conformations approchantes,
sont portés à adopter le type respiratoire costo-latéral inféiieur, lequel
fournit avec un minimum d'efforts, un maximum d'elîets.
>[ais ce que l'emploi des stéthoscopes microtéléphoniques, par leurs
propriétés amplificatrices et rigoureusement locahsatrices, démontre de
plus important encore, c'est qu'il semble, qu'à l'occasion de ces obser-
vations, le médecin peut ne plus être induit en erreur, en ce cjui touche
l'auscultation des caractères de la respiration des sommets des poumons,
au début de la tuberculose.
Il s'ensuit en effet qu'un sujet à thoiax sans taille peut présenter, entre
autres signes st(''thoscopiques, une diminution relative ou une impercepti-
bilité presque totale du bruit normal de la respiration au sommet des pou-
mons, sans être tuberculeux.
De même encore, un sujet à thorax à taille, gêné en quelque sorte par
cette conformation, pour l'adoption du type costo-latéral inférieur et obligé
à une suppléance respiratoire à type costo-claviculaire supérieur, parfois
assez accentuée, peut n'avoir pas de diminution du murmure vésiculaire
au sommet des poumons, tout en étant tuberculeux.
582 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Les stomoxes, propagateurs de la trypano-
somiase des dromadaires. Note de MM. Edm. Sergent (jL A. Donatien,
présentée par M. Roux.
La trypanosomiase des dromadaires de l'Afrique du Nord est transmise
par plusieurs espèces de taons. Les nomades le savent; nous avons pu jadis
le vérifier expérimentalement et préciser le mécanisme de cette transmis-
sion (*). Mais des constatations récentes nous ont montré que les taons ne
sont pas les seuls agents vecteurs.
Nous avons observé, chez des dromadaires en stabulation, une épizootie
propagée uniquement par des stonioxes. C'est l'histoire de cette épizootie
et des recherches expérimentales qu'elle a suggérées que nous rapportons.
Un troupeau de [) dromadaires, parqué en automne 1920 dans un
paddock, comptait 8 animaux indemnes et i infecté chronique qui fit seu-
lement 9 rechutes, de i ou 2 jours de durée, dans le cours d'une
année. Au voisinage de ce porteur de germes, et 9 jours après l'une de
ces rechutes, un dromadaire sain présenta un accès typique de première
invasion, caractérisé par une fièvre subcontinue el la présence presque
constante de trypanosomes dans le sang.
Le dromadaire atteint d'un accès aigu fut placé dans une case avec cinq
dromadaires indemnes; ceux-ci furent tous contaminés successivement dans
l'espace d'un mois et succombèrent.
Plus tard on réunit dans le paddeck i dromadaire en pleine phase aigui*
de trypanosomiase inoculée expérimentalement et deux dromadaires neufs :
une chamelle et son petit. Ces deux derniers se contaminèrent tous deux et
leur infection fut mortelle.
Si l'on étudie les conditions de la contamination, on voit que le réservoir
de virus a été constitué dans chaque cas par des dromadaires fortement
|)arasités. On constate aussi que l'inl'eclion a dû s'opérer à courte distance
<laus l'espace el dans le temps : la contagion en effet est localisée à la case
du paddock où se trouvait le porteur de germes. La comparaison des dates
exclut la possibilité d'une évolution des trypanosomes en dehors de l'oiga-
nisme du dromadaire. La contagion a été immédiate.
(^) Ann. Inst. Pasteur, t. 19, janvier igoS, p. 17-48; t- 20, août 1906, p. 6-4-<^8i.
A finals of trop. Med. and Paras. ^ l. 2, 3 février l'joy, p. iiîi.
SÉANCE DU '20 lÉVRlER I922. f)83
Lu lecherclie de Cagenl transmetl eiir conàwïX. ;i accuseï' les slomoxes. En
effet, on ne peul pas inciiminer le contact direct, car des troupeaux de dro-
madaires comprenant également animauv sains et porteurs de germes ont
vécu pendant plusieurs années dans ce paddock sans qu'aucune contamina-
lion se produisit. La seule diffeience entre les années précédentes et 1920
est que, cette année-là, le paddock était infesté par de très nombreux sto-
moxes dont les larves vivaient dans la lili(" le laissée pour empêcher les dro-
madaires de glisser sur le sol cimenté. A cause de la saison, il n'y avail ni
taons, ni mousiiqucs, niphlébolomcSjui céralopogoniées. Les animaux élanl
nelloyés, ils n'avaicnl ni hyppobosques, ni liques, ni poux. Le seul vcclcur
animé préscnl élail le slomoxe.
Si Ton observe la façon doni les slomoxes allaquenl les di'omadaires, on
voil qu'ils réussisseni 1res raremenl à se gorger de sang dès leur première
piqûre : ils sont obligés de mulliplier des essais de piqûres, qui font sourdre
des goutlelelles de saug('), avani de pouvoir déjouer les défenses d<'
l'animal, el d'arriver à se fixer. Ces piqûres successives alteignenl souvent,
dans un troupeau, des bêles différenles. On comprend ainsi commeni le
slomoxe peul lransporl<T le virus <'n piquant coup sur coup un dromadaire
malade, jmis un dromadaire sain.
L'expérimentation a confirmé et précisé ces données de l'observation.
Dans i4 expériences, 25 cobayes reçoivent, sans être infectés, les picjûres
de stomoxes nourris antérieurement sur des cobayes trypanosomés, à
une date remontant à i jour au minimum et à 66 jours au maximum
(2842 piqûres au total). On n'a pu observer aucune évolution des trypa-
nosomés dans l'organisme des stomoxes.
Par contre, 6 cobayes neufs sur 12 sont infectés par des piqûres de
stomoxes venant de piquer, immédiatement avant, un cobaye infecté.
L'expérience suivante uiontre que ce sont les trypanosomés adhérent à
la surface externe de la trompe des stomoxes qui transmettent l'infection
et non ceux qui sont contenus à l'intérieur de la trompe. Nous avons fait
piquer des stomoxes à travers une mousseline tine dont les mailles serrées
essuient la trompe au passage; dans ces conditions, nous n'avons eu qmT
I cobaye contaminé sur 11 (670 piqûres). Les mêmes stomoxes, piquant
à travers un tulle à larges mailles, ont contaminé, avec un nonjbre moindre
de piqûres (557), ^ cobayes sur 12.
(') 84 fois sur I 2<7 piqûres observées, soil une goulte pour i4 piqûres!
584 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En conclusion, la trypanosomiase des dromadaires est transmise, dans
la nature, de deux façons :
i** En pleine campagne, dans le bled, par les taons dont les larves
foisonnent dans le sable humide du fond des vallées;
2° Dans les lieu\ habités, dans les fondouks (caravansérails), par les
stomoxes, dont les larves vivent sur le fumier pailleux des écuries ('). Le
transport des germes par taons et stomoxes est mécanique; on ne constate
aucune évolution des trypanosomes chez les insectes, qui ne sont que des
porte-virus, véhiculant les trypanosomes sur la surface externe de leur
trompe comme sur une lancette. Pour être infectante, la piqûre de Tanimal
trypanosomé doit saigner et précéder immédiatement la piqûre de l'animal
sain. La longue durée de la trypanosomiase chez le dromadaire fait de cet
animal le réservoir de virus.
A i6 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures.
É. P.
E RM ATA.
(Séance du 6 février 1922.)
Note de MM. A. de Gramont et G. -A. Hemsalech, Sur l'évolution du
spectre du magnésium sous l'influence d'actions électriques croissantes :
Page 357, figure, au lieu de SSag et 43^5, lire 5528 el 4352.
Page 359, ligne 4, «m lieu de }.3838 el },5i84 [&], /f>e [^^] /, 5i84 el ?.3838; «a
lieu de /4704, lire /47o3.
(') Nous avons trouvé des slonaoxes dans loutes les régions de l'Afrique du Nord :
le littoral, les hauts-plateaux, le Sahara.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 27 FÉVRIER 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. BiGouRDAN communique les publications suivantes qu'il vient de faire
paraître :
Corrections des signaux horaires déterminées au Bureau international de
l'Heure en 1920 (i'"'' année). Cette publication est formée essentiellement
par les six Tableaux suivants :
1" Corrections C^ de la pendule directrice. Ce sont les données de
départ, fournies par l'Observatoire de Paris.
2° Comparaisons mutuelles des quatre pendules garde-temps.
3° Valeurs adoptées pour les corrections C^ des pendules garde-temps,
pour chaque jour où l'on a effectué des observations méridiennes. Ces
valeurs sont réduites au méridien de Greenwich et à 2i*'36™, heure choisie
parce qu'elle est généralement voisine de celle pour laquelle on obtient la
correction de la pendule directrice.
En outre, on donne ici les corrections AC'^^ que les marches comparées
des garde-temps ont indiquées pour les corrections de pendule, avec la
méthode de discussion adoptée.
4° Valeurs conclues des mêmes AC^ pour chaque jour et corrections
journalières conclues de la pendule directrice.
5° Corrections des signaux demi-automatiques de io''45™ et de 23''/i5"';
qui sont ceux que reçoivent le plus généralement les marins, les horlo-
gers, etc.
6° Signaux rythmés normaux de 10'' 3o™, de 23'' o" et de 23''3o'°, avec
divers signaux rythmés occasionnels^ qui avaient été demandés de plusieurs
côtés, pour la détermination précise de Longitudes.
Pour tous ces signaux rythmés on donne les heures provisoires des i'*'
C. R,, 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 9.) 44
586 ACADEMIE DES SCIENCES.
et 3oo^ signaux telles qu'elles ont été radiotéléyraphiées, et leur correction.
Il est évidemment utile de fournir les éléments qui permettent de contrôler
nos calculs; mais, notamment pour les sifi^naux rythmés, cela n'a pas été
possible pour 1920, à cause de divers intermédiaires qui ont été supprimes
en 1921.
Rappout annukl sur les travaiiœ effectués par le Bureau inlernational de
rileureen 1921 (2* année).
Ce Rapport indique la marche générale du service et les tentatives faites
pour l'améliorer. Il mentionne notamment quelques recherches entreprises
pour relier l'origine de chaque seconde directement au balancier lui-même
en évitant ainsi les erreurs causées par les irrégularités des rouages.
L'enregistrement a été bien amélioré en employant un dispositif de
MM. H. Abraham et R. Planiol; il a permis, entre les pendules garde-
temps, une comparaison directe contrôlant la comparaison faite par coïnci-
dences.
RiJLi.ETiN iuJhaikk, u" 2. — O uumcro donne les corrections des signaux
horaires de janvier 1922. A partir du 1*'' janvier dernier, le temps sidéral à
midi moyen fXe. la Connaissance des Temps a été diminué de o%o6 afin qu'à
l'avenir nos résultats donnés en temps moyen soient comparables à ceux
qu'on obtient au moyen des Kphémérides qui cnq:)loient les Tables solaires
de Newcomb.
On y trouve aussi, pour les signaux rythmés de 10'', les heures comparées
obtenues à Greenwich, Paris et Uccle.
M. L. Lecornu s'exprime en ces termes :
J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un Ouvrage dont j'ai écrit la
préface, et qui est intitulé : L'éther actuel et ses précurseurs. L'auteur,
M. E.-M. Lémeray, retrace d'une façon attachante la succession des idées
et des croyances relatives à une substance invisible répandue dans l'espace :
d'abord le souffle {pneuma) des premiers âges; puis l'air et le feu; ensuite,
dans les temps modernes, le phlogistique de Stahl; le calorique sensible ou
latent; le fluide électrique; l'éther de Huyghens, celui de Fresnel, celui de
Lorcntz; celui d'Einstein.
Je signale en particulier le passage où M. Lémeray revendique pour
Laplace l'honneur d'avoir, le premier peut-être, affirmé l'équivalence de la
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 387
"chaleur et du travail; Laplace dit en effet, dans un Mémoire lu le 18 juin
1 783 devant l'Académie des Sciences : « la chaleur est la force. vive qui résulte
(les mouvements insensibles des molécules d\in corps. » Ce texte précis mérilai.t
bien d'être rappelé.
M. A. Hallek s'exprime en ces termes :
Le volume des Actualités de CJiimic contemporaine que j'ai rhonneur de
présenter à rAcadéniie comprend une série de neuf conférences faites à la
Sorbonne par différents auteurs sur des sujets à l'ordre du jour. Deux d'entre
elles, consacrées à la guerre des gaz, permettent d'avoir un aperçu des
produits nocifs employés des le 22 avril 191 5 par l'Allemagne, puis, réci-
proquement, par les Alliés quelques mois plus tard.
Les conférences suivantes ont trait à la micro-analyse quantitative, à la
synthèse biochimique, à la solidité des liaisons dans les molécules organiques,
à la naplitaline au point de vue scientifique et industriel, aux cétènes, nou-
velle fonction organique, et enfin à quelques complexes de l'iridium.
Le bon accueil réservé à ces conférences qui ont été publiées dans la Revue
des Sciences pures et appliquées, en 1020 et 192 1, nous a conduit à les réunir
en un volume qui fera suite à trois autres séries parues de 1906 à 1908.
NOMIJ\ATïOi\S.
MM. L, GuiGivARD, le Prince Bonaparte, 31. d'Ocagne sont adjoints à la
délégation qui représentera l'Académie aux fêtes du cent-cinquajitième
anniversaire de la fondation de V Académie royale de Belgique.
M. Emile Borel est désigné pour représenter l'Académie aux fêles du—
septième centenaire de la fondation de V Université royale de Padoue.
ELECTIONS.
. Par l'unanimité des 48 votants, M.E. I. Fredholm est élu Correspondant
de l'Académie pour la Section de Géométrie.
588 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Par l\i voix contre 8 à M. A. Gnilliermond, M. Hknri Jumelle est élu
Correspondant de TAcadémie pour la Section de Botanique.
CORRESPOND AIVCE .
M. le Mlmstre de l'Instruction publique invite l'Académie à lui pré-
senter une liste de deux candidats à la chaire d'Histoire naturelle des corps
organisés déclarée vacante au Collège de France.
(Renvoi aux Sections de Botanique et d'Anatomie et Zoologie.)
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
The W lient plant ^ a Monograph by John Percival-.
M. le Directeur de l'Ecole supérieure d'Aéronautique et de Construc-
tion MÉCANIQUE adresse un Rapport relatif à l'emploi qui a été fait d'une
subvention accordée sur la Fondation Loutreuil en 1921.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les séries V _ ' "" -
Note (') de M. Torsten Carleman, présentée par M. Emile Borel.
Soient a,, a., ..., a„, ... les affîxes d'une suite de points (dans le plan
des z) qui peut être partout dense dans une partie du plan (ou dans le plan
entier). Considérons la série
et supposons d'abord M.= ^ | A,] v* (a > i) convergente. Décrivons
autour de chaque point a,, comme centre des cercles avec des rayons
(') Séance du i3 février i9'22.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 689
li\-=h~^. Appelons Cl^' l'ensemble des points qui restent après exclusion
de ces cercles. Soit C» l'ensemble-limile de C^' lorsque / tend vers zéro. On
sait que C^^ comprend tous les points du plan sauf un ensemble de mesure
nulle, et que la série (i) convcrg^e partout dans Cg,.
D'après les recherches de M. Borel, les points z = a., sont certainement
des véritables singularités pour la fonction y(^) si la suite |A„| décroît plus
rapidement que e~*" . Nous verrons dans ce qui suit qu'il suffît de supposer
I A„ |< e-^+^""''^" ( * ) , Dans sa Note ( - ) : Remarques sur la Note de M. J. Wolff,
M. Borel vient de poser d'une manière explicite la question dont nous nous
occuperons ici. La Note de M. Wolll' (-) contient un exemple intéressant
de série de la forme (0 ( S _ ) avec ^ | A,, | convergente, qui converge
en chaque point z :^ (x.,. /(z) étant, dans ce cas, uniformément bornée
pour z ^ y..,, on peut en conclure qu'il n'existe pas de série V r, à termes
positifs telle que "V — ' converge (cette condition est équivalente à V y'A.,
divergente) • On peut, eu effet, démontrer que le terme " est le terme
dominant de (i) sur presque tous les vecteurs qui passent par a„, pourvu
qu'il existe une série à termes positifs convergente ^ r„ telle que V ~ con-
verge. On déduit de là : Si /"(s) est uniformément bornée sur un ensemble
de points obtenu par exclusion d'un ensemble de mesure nulle, tous les A,^
sont égaux a zéro.
Nous allons démontrer le théorème suivant :
Si /(z) s'annule sur un arc de courbe T {arbitrairement petit) situé dans
un domaine 0^\ et si
I A„ I <; g- *+-'« lo"" (£ = nombre positif arbitraire),
les coefficients A,, sont tous nuls.
Soit OABO un contour simple fermé composé de deux lignes droites OA
et OB dans C^f' et d'une partie AB de F. On voit qu'il est toujours possible
d'enfermer un point quelconque C de C^'' dans un tel contour, pourvu
que r ne soit pas rectiligne et '( situé sur le prolongement de F. Partageons
la suite a,ao...a„... en deux groupes [3, ^o ... p,j..., YiT2---T«--- suivant
(^) M. Denjoy a démontré dans une Communication récente {Comptes rendus, t. 174,
1922, p. gS) qu'il ne suffit pas de supposer | A„ | < e~^^'^~'' ,
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. io56 et 1057.
Sgo ACADÉMIE DES SCIENCES.
que a,, est à l'inlérieur ou à l'extérieur de OABO et écrivons
V = 1 V = 1
Il existe évidemment une fonction N(v) croissante telle que Pv=a^,,,.
Soient 'Co l'affixe du point (> et Oq l'angle que fait la bissectrice de AOB avec
Taxe réel et positif. En désignant par ktz la valeur de l'angle AOB, on
voit que la fonction
a sa valeur absolue égale à i sur ()A et OB (et cela quel que soit t).
Posons
V = 1 V = 1
et considérons la fonction (régulière dans OABO)
m
v = l
On a sur OA et ( )B, à cause de l'inégalité
en désignant par L le diamètre de OABO
M
l\n{z)
L'".
D'autre part, on trouve en tous les points de AB, /(-) étant nul sur F,
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Finalement, on voit ({ue l'inégalité
F (-)I-Mi.
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SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 691
OÙ roii a posé N = N(m), est valable en tous les points du contour OABO,
et, par conséqueni, à son intérieur. 11 s'ensuit, de là,
(2) IA(?)l<^(7)\|N)-[M + e'*Hx],
a étant une constante positive
i 1 i )
I « = partie réelle de [(^ — COe-'^^»]^- et Z^ = L^' ( .
Eu attribuant à o-, qui est une quantité positive arbitraire, la valeur
donnée par l'équation
et en supposant que Rx, décroît assez rapidement pour que
N(^y(|N)*T'RN<K (K = const.),
(3) e^''Rx =
on aurg, d'après (2),
(3) est vérifié si
b ,
En calculant la valeur de - on voit qu'il suflit de supposer
en démontrant, d'abord, (fue /(-) est nulle dans certains domaines dans
le voisinage de F et puis, de proche en proche, qu'elle s'annule partout
dans Ca (' ).
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — 5///' un théorème de M. Landau.
Note de M. Spiridion SARANtopouLOs, présentée par M. Emile Borel.
1. Dans son travail paru en 1906, M. Landau (^) a démontré, comme
cas particulier d'un théorème à lui, la proposition suivante :
(1) Il est possible d'obtenir par la même mélliode des résultats analogues pour les
fonctions quasi analytiques de M. Borel.
{-) Ueber den Picardschen Satz {Vierteljalirssclirift der naturforschenden Ge-
■sellschafl in Zurich, t. 51, p. 252-3 18).
592 ACADÉMIE DES SCIENCES.
« Toute équation trinôme
I H- ,3? + a J7'"=: o
a au moins une racine dans un cercle ayant pour centre o et un rayon con-
stant (indépendant de a et de m). »
Une démonstration de ce théorème très simple et purement algébrique a
été donnée par M. Hurwitz que M. Landau cite dans son travail ci-dessus
mentionné. Dans le même travail, il a démontré aussi que l'équation qua-
trinome
(où I < ui <^ v) a au moins une racine dans un cercle de rayon constant et a
trouvé comme limite supérieure du rayon le nombre 8.
En proposant la généralisation de ce théorème pour une équation /.-nome,
il dit qu'il ne possède pas en ce qui concerne l'équaition quatrinome une
démonstration algébrique simple telle que celle de M. Hurwitz pour l'équa-
tion trinôme, il réussit ce[)endant à abaisser la limite supérieure de 8 à 5|.
2. Le manque d'une démonstration purement algébrique m'a été indiqué
par M. Georges Remoundos qui m'a proposé d'en chercher une.
J'ai donc démontré d'une manière algébrique:
a. La proposition suivante :
L'équation
a au moins une racine dans un cercle de rayon constant (indépendant de «,
è, [j., v) et j'ai trouvé comme limite supérieure le nombre 8;
b. J'ai fait la généralisation proposée par ^L Landau en démontrant que
toute équation de la forme
dans laquelle les a,, «o, . . ., a,, sont quelconques et v ^ v,.>> v,_, >. . .v,^i
aussi quelconques, a au moins une racine dont le module ne dépasse pas un
nombre constant (indépendant de a, «,., . . ., ^/, et v, v,., . . .,v,, et dépendant
seulement du nombre des termes de l'équation).
SÉANCE DU 27 FKVRIER T922. 693
GÉOMÉTRIE. — Sur une généralisatioTi de la notion de courbure de
Riemann et les espaces à torsion. Note de M. E. Cartax, présentée par
M. Emile Borel.
Dans une Note récente ('), j'ai indiqué comment, dans un Univers
d'Einstein à ds- donné, on pouvait définir géométriquement le tenseur
d'énergie attaché à chaque élément de volume de cet Univers ; c'est ce tenseur
qui, égalé à zéro, donne les lois de, la gravitation dans toute région vide de
matière. La définition que j'ai donnée fait intervenir la courbure de l'Uni-
vers par une certaine rotation associée à tout contour fermé infiniment petit,
et cette rotation était introduite en s'appuyant sur la notion de transport
par parallélisme de Levi-Civita.
Cette dernière notion elle-même, bien qu'elle se soit présentée à son
auteur par des considérations géométriques, est assez difficile à définir
d'une manière précise sans calcul. Or il est possible, me semble-t-il, d'en
montrer la signification profonde en généralisant la notion même d'espace;
cela nous conduira en même temps à des images géométriques d'Univers
matériels plus riches physiquement que notre Univers, au moins tel qu'on
le considère d'habitude; cela nous montrera aussi la vraie raison des
lois fondamentales auxquelles obéit le tenseur d'énergie (loi de symétrie,
loi de conservation).
Bornons-nous au cas de trois dimensions, la généralisation à quatre
dimensions étant facile. Imaginons un espace qui, au voisinage immédiat de
chaque point, ait tous les caractères de l'espace euclidien. Les habitants de
cet espace sauront, par exemple, repérer les points infiniment voisins d'un
point A au moyen d'un trièdre trirectangle ayant ce point A pour origine ;
mais nous supposerons en outre qu'ils ont une loi leur permettant de repérer,
par rapport au trièdre d'origine A, tout trièdre de référence ayant son origine
A' voisine de A ; en particulier cela aura un sens pour eux de dire que deux
directions issues Tune de A, l'autre de A', sont parallèles. En définitive, un
tel espace sera défini par la loi de repérage mutuel (de nature euclidienne) de
deux trièdres d'origines infiniment voisines.
Lin espace de la nature précédenle n' est pas complètement dé f ni par son ds- .
Le ds^, en effet, ne détermine qu'une partie de l'opération qui permet de
passer d'un trièdre d'origine A à un trièdre d'origine infiniment voi-
sine A', à savoir la translation AA'; il s'y ajoute, comme on sait, une
(') Comptes rendus, t. ITV, 1922, p. 437.
594 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rotation qui, le ds^ étant donné, peut encore être définie suivant une
loi arbitraire.
Cela posé, quand on décrira un contour fermé infiniment petit partant
d'un point A et y revenant, la divergence entre l'espace considéré et l'es-
pace euclidien se manifestera de la façon suivante. Attachons à chaque
point M du contour un trièdre de référence ; pour passer du trièdre attaché
à M au trièdre attaché au point infiniment voisin M', il faut effectuer une
translation et une rotation infiniment petites dont on connaît les compo-
santes par rapport au trièdre mobile d'origine M. Imaginons alors que
cette suite de déplacements infiniment petits soit effectuée dans un espace
euclidien en partant d'un trièdre initial choisi d'une manière quelconque.
Lorsque le point M de l'espace non euclidien partira de A et y reviendra
après avoir décrit le contour fermé, on ne retrouvera pas dans l'espace eucli-
dien le trièdre initial, mais il faudra, pour l'obtenir, efTectuer un déplace-
ment complémentaire dont les composantes seront bien définies par rapport
au trièdre initial. Ce déplacement complémentaire est du reste indépendant
de la loi suivant laquelle on a attaché un trièdre à chaque point M du
contour.
En définitive, à tout contour fermé infiniment petit de l'espace donné sont
associées une translation et une rotation infiniment petites (de l'ordre de
grandeur de l'aire limitée par ce contour) et qui manifestent la divergence
entre cet espace et l'espace euclidien. La rotation peut être représentée par
un vecteur d'origine A et la translation par un couple. On peut alors
démontrer la loi de conservation suivante : Si l'on considère un volume inti-
ment petit, les rwcteurs et les couples associés aux différents éléments de sur-
face qui limitent le volume se font équilibre.
On a ainsi une image géométrique d'un milieu matériel continu en équi-
libre sous la seule action de ses forces élastiques, mais dans le cas où ces
forces se manifesteraient sur chaque élément de surface, non seulement par
une force unique (tension ou pression), mais par un couple (torsion).
Revenons maintenant au cas où Ton se donne simplement un ds'. Un
calcul facile montre que, parmi toutes les lois de repérage mutuel de deux
trièdres d'origines infiniment voisines compatibles avec le ds'- donné, il y
en a une et une seule pour laquelle la translation associée .à un contour fermé
infiniment petit quelconque est nulle. C'est cette loi qui conduit à la notion
de déplacement par parallélisme de Levi-Civita. Si on l'adopte, le couple
dont il est question plus haut disparaît, et c'est la raison pour laquelle le ten-
seur élastique satisfait à la loi de symétrie.
Dans le cas général où il y a une translation associée à tout contour fermé
SÉANCE DU 2y FÉVRIER I922. SgS
infiniment petit, on peut dire que l'espace donné se différencie de l'espace
euclidien de deux manières : i*^ par une courbure au sens de Riemann, qui
se traduit par la rotation ; 2" par une torsion, qui se traduit par la trans-
lation.
Dans un espace à courbure et torsion, la méthode du trièdre mobile
permet, comme dans l'espace euclidien, d'édifier une théorie de la
courbure des courbes (et même des surfaces). Une ligne droite sera carac-
térisée par la propriété d'avoir en tous ses points une courbure (relative)
nulle, c'est-à-dire de conserver de proche en proche la même direction.
La ligne droite n est plus alors nécessairement le plus court chemin d'un point
à un autre ; elle l'est dans les espaces dépourvus de torsion ; elle peut l'être
aussi exceptionnellement dans certains espaces doués de torsion.
Un exemple très simple de ce dernier cas est le suivant. Imaginons un
espace vL' qui corresponde point par point avec un espace euclidien E,
la correspondance conservant les distances. La différence entre les deux
espaces sera la suivante : deux trièdres trirectangles issus de deux points
infiniment voisins A et A' de C seront parallèles lorsque les trièdres corres-
pondants de E pourront se déduire l'un de l'autre par un déplacement
hélicoïdal de pas donné, de sens donné (dextrorsum, par exemple) ayant
pour axe la droite qui joint leurs origines. Les droites de c correspondent
alors aux droites de E : ce sont encore des géodésiques. L'espace 6 ainsi
défini admet un groupe de transformations à 6 paramètres ; ce serait notre
espace ordinaire vu par des observateurs dont toutes les perceptions seraient
tordues. Mécaniquement il correspondrait à un milieu. à pression constante
et torsion constante.
J'ajouterai que les considérations précédentes qui, du point de vue méca-
nique, s'apparentent aux beaux travaux de MM. E. et F. Cosserat sur
l'action euclidienne, s'apparentent également à la théorie des espaces géné-
ralisés de H. Weyl et peuvent elles-mêmes se généraliser.
ASTRONOMIE. — Mesures de parallaxes stellaires ci VObservatoire de
Deadborii (^Etats-Unis). Note(')de M. Philippe Fox, présentée par
M. H. Deslandres.
Le Tableau suivant présente les mesures de parallaxe, faites récemment
à l'Observatoire de Deadborn par une méthode déjà décrite, et est la suite
(*) Séance du io février 1922.
596
ACADEMIE DES SCIENCES.
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598 ACADÉMIE DES SCIENCES.
des listes similaires publiées dans les Comptes rendus en 1919, t. 1(38,
p. 1095, et en 1921,1. 172, p. 1016.
Quelques étoiles de ce Tableau méritent une mention spéciale. I)\aprèt>
la suggestion de Gorlin, les étoiles n° .5 et n° 25 feraient partie du courant
de la Licorne. Le n" 7 est une étoile faible à laquelle Furuhjelm a reconnu
un mûuvemenl propre égal à celui de Capella. Avec Tétoile n° 22 nous
avons une nouvelle détermination du mouvemenl propre qui a été signalé
par Barnard, et qui est basé sur une série de ()laques plus importante
que dans nos publications précédentes. Le n" 21 donne les mesures de deux
étoiles de ^^2128. Les plaques correspondantes ont été mesurées par deux
observateurs Hill et Fox, qui ont trouvé des parallaxes différentes, mais
des mouvements propres identiques.
Si cette différence des parallaxes n'est pas réelle, la divergence des
mesures ne peut être expliquée que par un déplacement anormal dû à la
proximité des images photographiques.
ASTRONOMIE. — Suf une nouvelle théorie de la formation des nébu-
leuses spirales et du système solaire. TVote ( ' ) de M. Th. Moreux, présentée
par M. B. Baillaud.
Pour expliquer le fait que les Novœ s'entourent généralement» de nébu-
losités rappelant les branches spirales des nébuleuses, on a émis l'idée
qu'une étoile peut rencontrer des amas de gaz à basse température ; mais
on se heurte ainsi à de graves objections et en particulier à celles formulées
par Maxwell. Il m'a semblé qu'on pourrait tourner la difficulté, en suppo-
sant que la pénétration s'effectue au sein d'un nuage composé de météores,
c'est-à-dire de petites masses solides, non élastiques.
Dès lors, ces parties constituantes restent soumises aux lois de la gravi-
tation et le problème relève de la Mécanique céleste.
Les conditions ne changent pas si nous considérons une masse attirante
M (soleil ou étoile) immobile au sein de météores animés par rapport à
elle d'un mouvement relatif k vitesse constante v et qui décrivent des trajec-
toires parallèles.
On voit immédiatement que les météores peuvent être répartis en deux
groupes : i" ceux qui abordent directement la masse stellaire ; soit mM
( ') Séance du 20 février 1^21.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 699
leur trajectoire, axe du faisceau capté ; 2*' ceux qui, passant autour de la
masse M, pénétreront dans sa sphère d'action de rayon r. Tous seront
déviés et décriront des trajectoires hyperboliques plus ou moins tendues ;
mais il est à remarquer que les météores formant un même angle A avec
certains vecteurs /• (rayon de la sphère d'action), décriront des courbes
symétriques par rapport k mM et se rejoindront sur cette même droite
prolongée en arrière de la masse attirante, à l'extrémité d'un mêmevecteur ç
où des chocs auront lieu. Si nous posons r = /i R (R étant le rayon qui
donnerait le mouvement circulaire), le vecteur p aura pour valeur :
p = 71^ R (i — cos X) et il est facile de montrer que la variation des vitesses Y^,
à l'extrémité des différents vecteurs p, p', p " correspondant aux^divers A, sera
fonction de ^- Ces formules, ainsi que les valeurs des angles o, sous
lesquels les amas aborderont l'axe de symétrie aux extrémités des vecteurs,
permettent de calculer la vitesse résultante V,, après les chocs engendrés
par les rencontres et l'on arrive à la conclusion que celte vitesse est
constante pour tous les amas ; elle répond à l'expression simple :
Dès lors, chaque amas se trouvera dans le cas d'un corps s'éloignant en
ligne droite (d'un mouvement uniformément retardé) à partir d'une dis-
tance p fonction de A. Si l'on a V,/> o, au moment où un amas arrive à une
distance r de M, celui-ci est définitivement perdu pour la future nébuleuse
et s'éloignera indéfiniment de la masse centrale ; tous les autres, par contre,
retomberont sur elfe après avoir parcouru un trajet h, sous la seule condi-
tion qu'on ait p H- h ^ r: ce sera la capture indirecte pour ces météores et
la chute de ces derniers sera diamétralement opposée à celle du premier
groupe capté directe nient.
Supposons maintenant la masse M animée d'un mouvement de rotation
se communiquant de proche en proche, nous assistons à la formation de
deux branches spirales opposées, caractéristique de la plupart des nébu-
leuses. L'examen des conditions auxquelles furent soumis les amas assez
éloignés de la masse centrale pour être plongés dans un milieu à faible
résistance, conduit pour chaque branche spirale à la forme observée dans
les nébuleuses; elle répond à l'équation suivante : r- 0 = «- (const.), qui
n'est autre que celle de la spirale litiius étudiée par Cotes dès 1722.
Plus près de la masse centrale, la résistance croissant, la même équation
6oO ACADÉMIE DES SCIENCES.
nous ramène à la fofme classique bien connue Sa = 4i^p«^ qui exprime la
variation du grand axe des orbites après chaque révolution.
Maintenant, dans l'hypothèse envisagée, deux cas peuvent se présenter :
i"* Si la direction relative générale des météores est perpendiculaire à
l'axe de rotation de la masse M, les deux spires s'enrouleront autour de
l'équateur de cette même masse. Dès lors, la condensation se continuera
régulièrement et la totalité des amas sera précipitée vers le centre; il n'y
aura donc aucune cause de formation de planètes. C'est l'explication des
étoiles simples, parfois géantes.
2" Mais les conditions changent du tout au tout lorsque le plan de circu-
lation des amas aborde l'axe de rotation sous un ajigle quelconque. Les
premiers météores captes s'enrouleront bien encore autour des régions
équatoriales, en raison de l'entraînement rapide, mais, la vitesse communi-
quée diminuant avec l'éloignement, les amas auront de plus en plus la
tendance à rester dans le plan de leurs trajectoires primitives. Delà, forma-
tion de deux ellipsoïdes de condensation, emboîtés pour ainsi dire; le plus
petit, intérieur, tournant suivant la même orientation que la masse cen-
trale; le plus grand, extérieur, ayant son grand axe en coïncidence assez
approchée avec h direction générale du nuage cosmique. Les spires mar-
quant les régions de forte densité affecteront donc la forme de courbes
gauches, rappelant un ressort de montre dont on écarterait la partie exté-
rieure du plan dans lequel a lieu l'enroulement normal.
Tel fut le cas qui se présenta sans doute pour notre système solaire où
nous constatons une déviation de 5° 48' du plan équatorial actuel du Soleil
par rapport au plan du maximum des aires. Mercure circule à très peu près
dans ce même plan et Vénus s'en éloigne peu, alors que les planètes exté-
rieures sont, par contre, restées au voisinage du plan principal du grand
ellipsoïde extérieur.
Dans de telles conditions, la formation des planètes s'explique très natu-
rellement. La concentration, en précipitant les particules extérieures vers
le centre, a dû, dès l'origine, et en vertu du théorème de la composition
des rotations, relever sans cesse l'axe du Soleil ; les mouvements de bascule
de l'équateur solaire se sont ainsi communiqués peu à peu aux branches
spirales et y ont déterminé des cassures successives où les matériaux se sont
de préférence accumulés. De plus, ces cassures ont été forcément diamé-
tralement opposées et symétriques dans chaque branche; et c'est ce que
confirme remplacement actuel des planètes par rapport au plan du maxi-
mum des aires.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 60I
La discussion des circonstances dans lesquelles les cassures se sont pro-
duites au sein des deux ellipsoïdes, explique l'existence des grosses planètes
loin du Soleil, les particularités des orbites des astéroïdes, ainsi que la
présence de ces mondicules aux confins de l'ellipsoïde intérieur. Elle fournit
pour la première fois une raison plausible des intervalles planétaires, en
montrant que la série de Bode, taxée jusqu'ici d'empirique, n'est qu'une
conséquence obligée des lois de la gravitation newtonienne *, elle laisse
enfin entrevoir dans les accroissements successifs du Soleil la véritable
cause des excentricités variées des orbites planétaires.
Quant aux comètes, elles proviendraient, d'après ma théorie, d'amas
ayant échappé à la concentration générale et dont les rencontres ou les
chocs auraient eu lieu en dehors de l'axe de symétrie mM précédemment
défini (').
GÉODÉSIE. — Compensation des différences (Tahiliide d' une chaîne de triangles
de premier ordre. Application à la triangulation de l'arc méridien de
Véquateur, Note (^) de M. Georges Perrier, présentée parM. R. Bourgeois.
Une compensation des différences d'altitude de la triangulation de l'arc
de méridien équatorial(') s'imposait afin 1° d'obtenir toujours la même alti-
tude pour chaque point de premier ordre quel que soit le cheminement
suivi pour la calculer et déposséder ainsi un réseau d'altitudes primor-
diales de départ concordantes pour le calcul des altitudes des triangulations
secondaires; 2° d'avoir une idée des erreurs du nivellement trigonomé-
trique.
Une compensation d'ensemble eût été, à cause du nombre des inconnues
et des équations de condition, un travail hors de proportion avec le résultat
à atteindre. Aussi la compensation a-t-elle été faite par figures successives
accolées le long d'un côté commun.
N
Le poids de chaque différence d'altitude a été pris égal à p^» N étant le
nombre total de distances zénithales réciproques observées, K' la longueur
de la corde du côté géodésique projeté au niveau de la station la plus basse.
(') Les détails de cette nouvelle hypothèse cosmogonique sont exposés dans mon
Ouvrage : Origine et Formation des Mondes.
(-) Séance du 20 février 1922.
(^) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 538.
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N» 9.) 45
6oi ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'unité de poids adoptée est donc le poids d'une différence d'altitude
obtenue par une seule zénithale sur un côté d'un kilomètre.
En partant de l'altitude de la station astronomique de départ, Loma de
Quito, par rapport à l'ellipsoïde de référence — 1 7'", 789 altitude qui résulte
de la définition même de Fellipsoïde, on obtient les altitudes définitives des
78 points de la triangulation primordiale par rapport à cet ellipsoïde.
l^our chaque figure les erreurs moyennes M* de l'unité de poids ont été
/y — ~'
calculées par la formule M* = ±: -^ — ? c rej>résenlf la correction calculée
pour une différence d'altitude, p le poids de celle-ci, r le nombre des équa-
tions de condition. Ces erreurs, dans la chaîne primordiale, ■varient de
o"\oio à o™,38o (valeur anormale). Leur moyenne est de o'",ioi.
Ainsi, en moyenne, les différences d'altitude observées sont affectées des
erreurs moyennes suivantes :
km m kiij m j m
I Zénithale à i dio,io 10 zénilliales à i ± o, 10 X -^= = o,o3
,1 » 10 ±: 1,00 10 )) 10 ±: 1 .00 X -p=. ::=^ 0,02
I » 5o ±5,00 10 )j 5o ±:5,oox —= = 1.58
\/
10
Les erreurs moyennes M de chacune des 194 différences d altitude obte-
K'
nues ont été calculées par la formule M = M* — =•
L objet essentiel de ces calculs d'erreurs était de déterminer l'crreiir
moyenne à craindre sur les altitudes des termes extrêmes de chaque base
pour avoir une idée des erreurs à craindre sur les longueurs des bases
réduites à l'ellipsoïde, par suite sur les longueurs des côtés de la triangu-
lation déduits de la base centrale de Riobamba et sur les fermetures des
bases de vérification nord (de San Gabriel) et sud (de Viviate).
Indiquons par exemple comment le calcul a été conduit pour le terme
nord de la base de San Gabriel.
Il a élé fait choix d'un itinéraire aussi court que possible pour se rendre
de la station origine, Loma de Quito, à ce terme nord. Cet itinéraire' com-
porte dix côtés et traverse six figures. L'altitude du terme est donnée par;
une expression de la forme
H=— i7">,78g + Ai4-A, 4-. ..-|-A,o. '
Chaque différence d'altitude A compensée est une fonction z> de tous
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 6o3
les 1 observés dans lu fig-ure traversée. Soient e l'erreur moyenne de Falti-
tude du tenue, rj^ l'erreur moyenne d'une fonction ^k- ^^ ^
e-= In'à.
Les 0 ont été calculés par la méthode qui fournit dans chaque figure
Terreur moyenne d'une fonction des quaiitil('s cojiipensées (' ).
Le calcul de c a été fait non seulement pour les six termes des trois bases,
mais pour les stations astronomiques de Quito (Observaloire), Tulcan
(station extrême Nord), Machala (sur le littoral), Payta (station exlrême
Sud). On a obtenu :
e. Moyennes.
m
Base de San Gabriel, terme Sud ±1 ,462
)) » jNord 1 5 '^17
Base de Riobamba, terme Est 0,117
» » Ouest o, 233
Base de Vi\ iate, terme ]'>st 3,o23 ) ^ „
.) Ouest 3,635 } ""' ^^
Quito (Observatoire) i,2r6
Tulcan i ,5i3
Machala 2,566
Payta 3, 161
11 est aisé de voir qu'une erreur de i™ sur l'altitude moyenne des portées
des bases de San Gabriel, Riobamba et Payta cause des erreurs respectives
de i"'",o4 — i""",47 — i""',29 sur les longueurs de ces bases réduites à
l'ellipsoïde, et de 6,58. io~^ — 45^3. lo""* -^ 5, 28.10"^ sur leurs loga-
rithmes (-). En admettant dans une approximation suffisante, pour erreur
moyenne de l'altitude moyenne des portées, la moyenne des valeurs de e
pour chaque terme, on en déduit pour l'erreur moyenne à craindre sur les
bases réduites :
in m / ^^ i
San Gabriel ; ± i ,55 ( -, —
\4261 177
/ ±1
Riobamba ±: o , 26 ( — ^ ;r-
V36079902
/ ±1
Pavla ± 4 - 20 (
\i 916099
La base de lliobauiba ayant servi de base fondamentale pour le calcul de
(■) Tome m, fasc. 2, p. 87 et suiv.
(^) Tome III, fasc. 2, p. 84- Les bases réduites ont respectivement 66o4™, 82850 —
9880^,78751 ~ 8220'",o6355.
6o4 ACADÉMIE DES SCIENCES^
toute la triangulation, on voit qu'il règne sur tous les côtes, du fait de
l'erreur commise sur son altitude, une incertitude de irp. —- Pour des
360799D2
raisons analogues, les fermetures sur les bases de vérification de San
— I
89764
"o
Gabriel et Viviate qui sont de — 0", 07358 et + o™, o25G5, ou
-\- 1
et ^ — j— (*), sont affectées des erreurs moyennes rt i""",55 et ± 4™'") 29,
ou T-^ et -,
4201 177 1 910099
La discussion ci-dessus est le premier exemple, dans la géodésie française
tout au moins, d'une compensation des altitudes trigonométriques suivie
d'une analyse complète des erreurs. Pour la réaliser, MM. Hasse
et Reneaume, calculateurs au Service Géographique, ont assumé la tâche
d'exécuter sous ma direction une longue suite de laborieux calculs.
PHYSIQUE. — Meswe du pouvoir moyen de pénétration d'un faisceau de
rayons X par un nouveau procédé radiochromomètrique . Note (^) de
M. MiRAMoxD DE Lakoquette, transmisc par M. Laveran.
La mesure du pouvoir de pénétration du rayonnement d'une ampoule
est utile pour tout travail radiologiqae et indispensable en radiothérapie,
surtout avec les rayonnements très différents et de plus en plus pénétrants
que l'on emploie aujourd'hui.
Le procédé radiochromomètrique de M. Benoist si simple et si coni-
mode, et dont l'emploi s'est généralisé, fournit d'utiles indications, et son
échelle de pénétration moyenne en degré B. a été partout adoptée. Cepen-
dant l'expérience montre que les données du radiochromomètre manquent
de précision, qu'elles ne s'appliquent pas aux rayonnements très péné-
trants, et qu'elles ne constituent pas une mesure réelle de la pénétration.
Nous avons constaté notamment les faits suivants :
1° Les divers radiochromomètres livrés dans le commerce ne donnent
pas tous les mêmes indications : cinq radiochromomètres pris au hasard
et placés sur une même plaque, sous un même rayonnement, ont donné sur
le cliché : un VI B., deux VII B. et deux VIll B."
2*^ Au delà d'une certaine tension, environ 70000 volts, le radiochro-
(1) Tome III, fasc. 2, p. G. 8.
(■^) Séance du 20 février 1922.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 6o5
momètre ne donne plus de renseignements. On ne peut guère obtenir sans
filtration plus de VIII B., quelle que soit rélévation de la tension du cou-
rant et de la puissance du rayonnement (fait déjà signalé, notamment par
M. Riquard).
3*^ L'appréciation radioscopiqiie du degré B. est incertaine et varie d'un
observateur à l'autre, d'un degré en plus ou en moins. L'appréciation de
l'image radiographique prête aussi à discussion, mais devient plus nette
et plus facile si l'on se sert d'un cache-fenn(''tr(' qui limite l'observation à un
seul secteur du radiocliromomètre.
4° Pour un même rayonnement, l'image radioscopique et l'image radio-
graphique ne sont pas identiques; on trouve généralement un degré en
plus sur l'image radioscopique; on a par exemple VII B. à Técran et VI B.
sur le cliché ou sur le papier sensible.
5° La même différence s'observe entre deux épreuves radiographiques,
prises l'une avec écran renforçateur, et Fautre sans écran; il y a donc à
distinguer, dans l'emploi du radiochromomètre, un degré B. radiogra-
phique et un degré B. radioscopique ou de fluorescence, celui-ci supérieur
environ d'une unité.
Ces constatations nous ont amené d'abord à écarter comme moyen de
mesure toute épreuve radioscopique, trop fugace, incertaine et variable;
puis à remplacer la plage d'argent du radiochromomètre par un terme de
comparaison plus constant, aussi simple à réaliser, qui soit valable pour
tous les rayonnements, et qui permette une mesure réelle milli ou centimé-
trique de leur pénétration.
Nous avons pour cela recours à deux séries de teintes radiographiques
obtenues simultanément sous le rayonnement à mesurer, les unes en sur-
face, sans filtration, en des temps de pose progressifs et exactement chro-
nométrés, les autres avec un même temps de pose total, mais sous diverses
épaisseurs de filtre dont la progression va de o™"^ à 66^"^ d'aluminium.
Les teintes chromométriques correspondent, par exemple, à i, 2, 3, 5,
10, i5, 20, 3o, 4o, 5o pour 100 du temps total d'irradiation, c'est-à-dire
à I, 2, 3, 5, 10, i5, 20, 3o, 4o, 5o pour 100 de la quantité incidente totale
du rayonnement. La comparaison avec les teintes obtenues par filtration
montre à quelles épaisseurs de filtre correspondent le 20 pour 100, le
10 pour 100, le 5 pour 100, etc., du temps total, et par suite à quelles pro-
fondeurs parviennent des quantités de rayonnement égales à 20, 10,
5 pour 100 de la quantité totale incidente à la surface.
Le dispositif qui réalise ce procédé est essentiellement formé par une
6o6
ACADEMIE DES SCIENCES.
plaque de plomb percée de trous, d'où le nom de grille scléromélrique que
nous lui avons donné.
Sur un trou dessiné en. rosace est fixé le radiochromométre de Benoist avec sa plage
centrale d'argent et ses douze degrés d'aluminium bien délimités. Seize autres trous
plus petits sont recouverts par des lames de métal en nombre croissant, dont le
pouvoir de filtration se mesure en millimètres d'aluminium et va jusqu'à 66™"".
~7ei7itet par filtmtion en rnillim . fjf^
ht
1
Grille scléromélrique.
Epreuve rodiographique sur papier au j^élatino-bromure d'argent, 2 niillis.
Etincelle, 10°""; hauteur de l'anticathode 3o'^'=; pose totale, joo secondes.
Sur un côté est l'échelle chromomélrique dont les trous restent libres, mais seront
recouverts successivement par une lame de plomb pendant l'épreuve radiographique.
Pour l'opération, on place la grille sur une feuille de papier sensible, sou3 enveloppe
noire, anticathode à 20''™ ou So'^^™, intensité 2""» à 4"™» temps de pose 100 à 200 se-
condes; les trous de l'échelle chromométrique sont recouverts après i, 2, 3, 5, 10, i5,
20, 3o, 40, 5o pour 100 du temps total.
Après développement, on détache l'échelle chromomélrique dun coup de ciseaux et
on les superpose à l'échelle de teintes par filtration.
La grille peut être simplifiée et comprendre seulement un radiochromométre sur une
plaque de plomb en rosace, avec 3 trous pour 3 teintes chromomélriques principales,
par exemple 20, 10 et 5 pour io<>. On peut même se contenter d'un seul trou pour le
10 pour 100, dont la profondeur suffit à caractériser le pouvoir de pénétration moyen
d'un rayonnement.
Nous avons établi avec ce procédé une échelle de degrés de pénétration e".
correspondance approximative avec les degrés Benoist, mais qui peut aller
au delà de XIIB. et s'appliquer à tous les rayonnements.
SÉANCE DU 27 I ÎIVRIER 1922. 607
Degrés Correspondance
sclérométriques approvimative Profondeur en millimétrés d'aluminium
ou de pénétration avec les — 1^ — — ^ —
iiiuyenne. degrés Henoist ('). du 20 °/o. du 10 °/„. du ô"/». du i 7.,.
lA . 3-5 0,7 1,5 3 5
A\ 4-5 1,3 2,5 - 5 8,5
VI. 5-7 2 4 7,5 i3
AU. 6-7 3 5,5 10 17
VIII. 7-8 4 7 12,5 21
IX. 8-9 5 8,5 i5 26
X. 8-9 6 10,5 .18 3i
XI. 9-'o 7 12,5 il 38
Xïl. 10- Il 9 .i5 25 46
XIII. lo-ii II 17 29 54
Xn\ II-X2 i3 19 ■ 33 62 "
La grille scl<''rométrique n'a pas seulement pour but d'indiquer le degré
de pénétration moyen; elle permet de suivre de millimètre en millimètre
d'aluminium, ou approximativement de centimètre en centimètre dans les
tissus, l'absorption du rayonnement, ce qui est particulièrement important
en radiothérapie, où l'effet dépend moins de la quantité incidente j:|ue de la
quantité absorbée au point considéré.
Enfin la comparaison entre elles ou avec une épreuve étalon de diverses
radiographies de la grille, obtenue sous divers rayonnements, dans des con-
ditions identiques de temps, de distance, d'intensité et de développement
donne une mesure à la fois qualitative et quantitative de ces rayonnements
et par conséquent du débit des tubes et des appareillages.
MESURES ÉLECTRIQUES. — La mesure des puissances par V électrodynamo-
mètre différentiel. \ote ( -) de M. Paul de la Gorce, présentée par M. Paul
Janet.
La méthode décrite ici (^) sert au Laboratoire central d'I^^lectricité pour
l'étalonnement des wattmètres en courant alternatif. Elle consiste essentiel-
(') Obtenus par llltralion
(■-) Séance du 20 févriei" 1922.
(*) Le principe de la méthode de l'électrodjnamomètre difierentiei a été indiqué
par Potier dès 1902 (voir A. Potier, Mémoires sur l' Electricité et l'Optique, p. 89).
Mais nous l'avons appliqué dans des conditions différentes de celles qu'avait suggérées
l'illustre physicien.
6o8
ACADKMIE DES SCIENCES.
lement à équilibrer la puissance à déterminer, ou une fraction connue de
celle-ci, par une autre puissance aisément accessible aux mesures (puissance
dissipée dans un circuit non inductif convenablement réalisé). A cet effet
on utilise un électrodynamomètre à miroir de grande sensibilité comportant
deux bobines inductrices fixes B, et Bo, aussi identiques que possible, et
une bobine h mobile. Le montage réalisé est celui de la ligure ci-dessous :
r "
-AAA^V-
B,
r'
i
Soient U la tension du réseau, I le courant dans le circuit d'utilisation. La
puissance à mesurer a pour expression UI cosç;. Dans le cas de la figure, qui
correspond à Tétalonnement d'un waltmètre >V, cette puissance est une
puissance fictive.
Supposons d'abord négligeables les inductances des circuits des bobines b,
B, et B^,. Les bobines /^ et B, sont alors parcourues par des courants en
phase avec la tension U et la bobine B^ par une dérivation du courant I en
phase avec celui-ci. Admettons aussi que l'appareil soit parfaitement symé-
trique. Quand l'équilibre est obtenu, on [a, avec les notations de la figure,
les relations suivantes :
R
i' = l'cOSG nr 1 COSO
' R -+- /•'
OU sensiblement
i'z=: I COS'O
R
B étant toujours très faible vis-à-vis de r' . D'autre part
U
/■ +
,-'r" ^ /■'■
/■'■ + /■"■
Donc
SÉANCE DU 27 1 KVRIER 1922. 6 09
U / ' , R
d'où
/■ + — ;
r' + r
L- r'r" i
y I cos 9 = j-f^ X -, j. X -Tj '
r -i -. T.
En définitive, si l'on suppose connues les résistances r, /, r" et II, la
mesure de la puissance se trouve ramenée à une simple mesure de tension
qu'on peut effectuer avec toute la précision et toute la sensibilité désirable
à l'aide d'un électromètre.
Nous avons admis que les circuits des bobines ne sont pas inductifs. 11
est évident que cette hypothèse est inexacte^ Mais la méthode reste valable
dans tous ses détails pourvu que les trois circuits considérés possèdent la
même constante de temps. On aura donc soin de monter en série avec les
bobines inductrices et induite des résistances et des inductances appro-
priées de manière à réaliser très exactement cette condition. Les vecteurs
qui représentent les intensités dans les «'uroulements de l'électrodynamo-
mètre tournent alors du même angle sans changement de leur position
relative. Les équations gardent la forme indiquée sous réserve de substituer
à la résistance /' l'impédance z'. Moyennant ces précautions, la méthode
s'apphque en toute correction quelle que soit la fréquence et quel que soit
le déphasage entre la tension et le courant.
Quant à la symétrie de l'appareil il est possible de l'obtenir d'une
maïuère complète avec l'électrodynamomètre dont nous disposons. Il suffit
pour cela d'agir très légèrement sur les vis calantes de manière à rappro-
cher la bobine mobile de l'une des deux bobines fixes. D'ailleurs, si le réglage
n'est pas absolument parfait, on peut éliminer les erreurs de dissymétrie en
interchangeant les circuits des inducteurs et en prenant la moyenne des
résultats ainsi obtenus.
La méthode est extrêmement souple puisqu'elle permet de mesurer avec
le même appareil les puissances les plus diverses par le simple changement
de la résistance R. Elle présente de plus une grande sensibilité qui n'est
limitée pratiquement que par l'approximation avec laquelle seront connues
la tension L et les résistances (ou les impédances) des circuits. Enfin elle
offre tous les avantages des méthodes de zéro, qui suppriment les erreurs et
les difticultés inhérentes à l'étalonnement d'un appareil à déviation.
6lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE PHYSIQUE. - — Solubilité des acides toluiques isomères dans les trois
xylènes. Noie de M. Chapas, présentée par M. G. Lemoine.
Dans une première Note ( '), nous avons fait connaître la valeur des coef-
ficients de solubilité des nitranilines isomères dans le m-xylène.
Nous avons ensuite abordé l'étude de la solubilité des acides toluiques,
COM[ CO^H
dans le même solvant et dans ses deux isomères, l'o-xylène et le/)-xylène,
dont nous avons pu nous procurer, assez difficilement, il est vrai, des échan-
tillons suffisamment purs. Ce travail nous a permis d'avoir une vue
d'ensemble sur les relations entre la solubilité et la constitution des dérivés
benzéniques bisubstitués, fonctionnant simultanément comme solvants et
comme corps dissous.
Dosage des solutions xyléniques. — Le solvant est saturé à la température
du bain-marie avec l'acide étudié, puis abandonné au refroidissement dans
un bain d'eau à la température ordinaire, en agitant de temps en temps.
, Lorsque l'équilibre thermique est réalisé, on filtre rapidement \ç, liquide,
en recevant le filtrat dans un récipient taré; une pesée donne alors le poids
de solution employée. La prise d'essai est versée dans un entonnoir à décan-
N
tation dans lequel on l'agite avec un volume connu d'une lessive de soude — ;
après repos, on décante la couche aqueuse et on lave l'entonnoir à l'eau dis-
tillée ; puis on titre l'excès de soude dans les liquides séparés avec une solu-
tion chlorhydrique — ? en employant le phénolphtaléine comme indicateur.
On réitère l'extraction du xylène jusqu'à ce que l'on ne constate plus, au
titrage, d'abaissement du titre de la soude. On obtient ainsi la quantité
d'acide toluique dissous dans la prise d'essai et l'on en déduit le coefficient
de solubilité.
Ce mode opératoire, très simple, a été vérifié pour les neuf solutions en
mettant en présence des xylènes un poids connu d'acide toluique.
Résultats. — Quantité d'acide toluique dissous dans loo de xylène, à la
température de il\° C. :
(') Comptes rendus, t. \1'2, 1921, p. 538.
SÉANCE DU •l'J FÉVRIER I922. 61I
Ortlioxylùiii'. Mélax\lciie. Paraxv Icne.
Acide o-toluique 7)^' 5>78 1 ■>^^
Acide /«-toluique 8,63 8,5- 10,83
Acide /y-tolui([ue i.o5 0,91 1.47
La comparaison de ces coefficients conduit aux observations suivantes :
1° L'acideyo-toluique est trrs peu soluljle dans les trois xylènes. Nous avons
déjà indiqué que la solubilité de la />-nitraniline dans le ///-xylène est très
faible, vis-à-vis de celle de ses isomères. Ces faits sont à rapprocher de la
volatilité moindre des dérivés parabisubstitués du benzène.
2° L'acide w-tolui({ue possède les coefficients de solubilité les plus
grands, mais néanmoins assez peu écartés des coefficients correspondants de
l'acide o-toluique.
3° En rapprochant maintenant les solubilités d'un même acide dans les
trois solvants, on voit que le /?-xylène a le plus grand pouvoir dissolvant,
tandis que celui du m-xylène est minimum; mais il ne semble pas que Tiso-
mérie produise chez les solvants une variation notable de ce pouvoir.
CHIMIE PHYSIQUE. — Contribution à l'étude de hi trempe.
Note ( ' ) de M. A. Poucholle, présentée par W. H. Le Chatelior.
Introduction. — Les expériences qui suivent ont été faites à l'aide d'un
enregistreur réalisé pour les besoins de mon enseignement, par mon prépa-
rateur M. Gueugnon (-). Elles ont porté sur dos fils d'acier au carbone
(0,9 pour 100 environ) de i'" de longueur et de i""™ de diamètre. Les gra-
phiques ci-joints se rapportent à la loi de variation de la longueur du fil en
fonction du temps au cours du refroidissement à l'air. Les allongements ou
contractions sont multipliés par 5. l n certain nombre de résulliits.
récemment obtenus par MM. Portevin et Garvin. par _\L Chevenard. ont
d'abord été recherchés à litre de contrôle de la méthode. Jai cru devoir en
faire figurer quelques-uns en raison de l'intérêt pédagogique qu'ils
présentent et.de la- netteté remarquable des graphiques qui les traduisenl.
Notations. — Les points de transformation à haute température (65o°-70o")
(^ ' ) Séance du 3o janvier iq^^..
(-) Gel appareil a été réalisé par une li-ansforrnalion très simple de la machine
d'Alwood ordinaire. Pour sa description, voir le Bulletin de l'Union des Physiciens
(février-mars 1919-1920 et décembre i9*. 1).
6l2
ACADEMIE DES SCIENCES.
et à basse température (environ 200**) sont désignés respectivement par Ar^
et Aro, les courbes où le point A?-, apparaît seul sont désignées sous le nom
de courbes de recuit, celles où le point Ar.^ a])paraU seul sont appelées
courbes de trempe (Chevenard).
Fig.I- Recuit
Ar,
FI g. 2- Trempe
Fig. 3- Revenu
Av.
FigA et B-Transformations dédoublées
(Trempes douces)
Fig.6 et 7- Atténuation de l'accident
de recalescence (Acier dup)
Fi g, 8,9 et iO.Même phénomème
(Acisp doux )
Résultats d'' expériences. — i** La trempe est caractérisée par le rejet du
point de transformation Ar, à basse température. La figure 2 illustre le
phénomène d'une manière très caractéristique. Le lil après s'être contracté
en deçà de sa longueur primitive se dilate au cours du refroidissement par
une transformation lente qui se continue à la température ordinaire. Fina-
lement il en résulte un allongement permanent que le revenu fait disparaître
(/?£>•. 3); d'où lajustification de cette opération. J'ai nettement constaté que
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 6l3
la transformation du fer y en fer a, accusée par la réapparition du magné-
tisme, ne s'effectue, au cours de la trempe, qu'au point A/'o, c'est-à-dire
vers 200°. Dans l'intervalle 65o°-2oo*' des points Ar, et A?\y les courbes
n'accusent aucune particularité. Toutefois, invariablement dans cette région,
et seulement dans cette région, des tensions mécaniques apparaissent. Elles
se manifestent sous forme de bruits secs et s'accompagnent de la projection
de la mince pellicule d'oxyde.
2° Le point de transformation A/', s'abaisse si le recuit observé suit une
trempe. Parallèlement la température pour laquelle on obtient la trempe
s'abaisse sensiblement par l'effet de trempes successives. Les figures 4
et 5 illustrent ce phénomène : La figure 4 a été choisie comme exemple de
trempe douce avec transformation dédoublée.
3° L'amplitude de l'accident Ar, diminue : (a) par l'élévation de tempé-
rature jusqu'à une valeur nulle qui correspond au dédoublement de la
transformation, [(b) la température restant la même, par la durée de
chauffe. Une durée de chauffe convenable de l'ordre de 20 minutes peut
aboutir à un palier (/%•. 7) mais dans ce cas, comparable à celui de la
figure 4j il n'y a pas de dédoublement de transformations. Les figures 8,
9, 10 montrent le même phénomène obtenu avec un fîl d'acier extra-doux.
On remarquera que la courbe correspondant à la chauffe prolongée est
encadrée entre deux courbes à durée de chauffe restreinte obtenues l'une
avant, l'autre après. L'atténuation de l'accident Ar, ne peut donc être
causée, au moins uniquement, par la diminution d'ailleurs légère de la
teneur en carbone au cours de la chauffe prolongée ; car, en ce cas, la
température étant restée la même, l'accident devrait être encore moins
accusé à la chauffe qui a suivi (/ig. 10). Or c'est le contraire qui se
produit (').
CHIMIE PHYSIQUE. — Étude électrométrique de V hydrolyse^ sous V action de
la baryte^ de quelques complexes aminés du cobalt. Note (") de ^L Paul
Job, présentée par M. G. Urbain.
J'ai montré par des mesures de résistance électrique (') que, sous l'action
des alcalis, l'eau de constitution des sulfates roséo- et diroséo- cobaltiques
(') Toutes les courbes figurées sont celles-là mêmes qui ont été tracées par
l'appareil.
(") Séance du i3 février 1923.
(^) Comptes rendus, t. 170, 1920, p. 840, et Thèse, 1921.
6l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
est remplacée à l'intérieur de Pion complexe par le radical oxhydryle. Le
point anguleux observé sur les courbes de conductivité, au mouient où,
après élimination .complète de l'eau de constitution, il apparaît dans la
solution des ions OH libres, n'est suffîsanmient marqué que si l'on précipite
peu à peu les sulfates par une solution de baryte. Pour étendre cette
méthode à l'étude des complexes à radicaux négatifs différents, il faudrait
trouver, pour chacun d'eux, un sel insoluble dont l'hydroxyde put exister,
en solution aqueuse, à une concentration à peu près dixième normale. On
ne connaît pas en général de sel répondant à ces deux conditions. C'est
ainsi que le chlorure de thallium est trop soluble, et l'hydroxyde d'argent
trop peu soluble pour permettre l'étude, par cette méthode, des chlorures
de cobaltammines (^).
Au contraire, la mesure électrométrique de la concentration des ions OH,
au cours de la précipitation ménagée par la baryte (-) d'une solution d'un
complexe cobaltique, doit rendre possible cette étude pour tous les sels de
cobaltammines.
Pour obtenir la concentration des ions OH, on mesure, en général, la
différence de potentiel au contact de la solution et d'une électrode de pla-
tine platiné saturée d'hydrogène. Cette méthode n'est pas applicable aux
complexes aminés du cobalt. J'ai en effet constaté une action chimique
profonde de l'hydrogène sur ces composés en présence de platine platiné.
Mais il est possible de remplacer l'électrode d'hydrogène, soit par une
électrode d'oxygène, préparée de la même manière, soit par une simple élec-
trode de platine. Je me suis assuré, en effet, que le titrage électrométrique
d'une solution chlorhydrique par la baryte donne au moins en première
approximation les mêmes résultats, soit avec une électrode d'hydrogène,
soit avec un hl de platine. Les deux courbes représentatives sont superpo-
sables; elles sont simplement distinctes, la différence de potentiel IP [solu-
tion étant inférieure, dans les conditions où j'ai opéré, de o^''", 89 environ
à la différence de potentiel Pt| solution.
(') On peut cependant mesurer les conduclivdtés électriques des mélanges de soln-
]\ \
lion>i 1res étendues de chlorure roséocobaltique (environ ) et d'Iivdrowde d'ar"enl
^ ^ nooo/ " ■" ^
N \ , . .
(environ l- La courbe correspondante présente un minimum pour la précipitation
totale du chlore et un point anguleux, très net pour la précipitation d'un seul des trois
atomes de chlore du sel roséo.
(-) J'ai préféré la baryte à la soude ou â la potasse pour éviter la présence de car-
bonate.
SÉANCE DU 27 FI.VRIER 1912. 6l5
J'ai donc éliidié les variations de la force élcclromotrice au coiilact d'un
fil de platine et de solutions de différents complexes cobaltiques, aux(|uelles
j'ajoutais peu à peu une solution de baryte contenant o™°',o9i par litre. La
Volfi
0.9
0,8
0,7
0.8
A
(1 ) Nitrate sulfata pen/ammine
(2)CMorure roseo
i3)Ch/orure diroséo
\
2 ïonsOH pour une
molécule de sel
figure ci-dessus donne, à titre d'exemple, les résultats obtenus pour le nitrate
sulfatopentammine
Co
(NH^)-^
N0-' (courbe i, concentration : o™°',ooi i4
par litre), le chlorure roséopentammine:
^ (NH3)^
CP (courbe 2, concen-
tration : o"^°',oo2 par litre), et pour le chlorure diroséotétrammine
Co
{w oy-
Gl"' (courbe 3, concentration : 0'"°', 00228 par litre).
Les ordonnées représentent les différences de potentiel mesurées à l'aide
d'une électrode au calomel et d'une pile étalon au cadmium, et les abscisses
le nombre d'ions OH ajoutés pour une molécule de sel.
1° Le nitrate sulfatopentammine ne contient pas d'eau de constitution.
La concentration des ions OH croît régulièrement quand on ajoute à sa
solution une solution de baryte. La courbe i a la même allure que la courbe
obtenue en traitant par la baryte, une solution de chlorure de potassium,
par exemple.
2° Le chlorure roséo contient une molécule d'eau de constitution. La
courbe 2 montre que, par addition de baryte, la concentration des ions OH
6l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
croît tout d'abord lentement, pour augmenter brusquement quand la molé-
cule d'eau a été entièrement chassée du complexe par le groupement oxhy-
dryle.
3° Dans le cas du chlorure diroséo, la variation de la concentration des
ions OH est moins brusque. Mais on voit nettement sur la courbe 3 que les
ions OH ajoutés n'existent à l'état libre dans la solution, qu'après addition
de deux groupements oxhydryles pour une molécule de sel, c'est-à-dire après
l'élimination des deux molécules d'eau du complexe.
La méthode clectrométrique s'applique donc à tous les sels, alors que la
méthode des conductibilités ne s'appliquerait commodément qu'aux sul-
fates. J'ajouterai qu'elle permet en outre une étude quantitative du
phénomène.
CHLMIE ORGANIQUE. — Préparation catalytiquc des cyclohexanetriols . Note
de MM. J.-B. Sendereas et J. Aboulenc, présentée par M. Georges
Lemoine.
Dans une Communication précédente (' ), nous avons décrit la prépara-
tion des cyclohexanediols par hydrogénation, en présence du nickel et sous
pression, des solutions aqueuses ou alcooliques des diphénols correspon-
dants. La même technique nous a servi à préparer les cyclohexanetriols.
Pyrogallite. — Cyclohexanelriol-i .1 .?>. — M. Brunel a décrit deux
pyrogallites, fondant à io8° et à 124°, retirées de l'éthoxylcyclohexanediol
par destruction de la fonction éther-oxyde au moyen de HBr(-). De leur
côté, MM. Sabatier et Mailhe ont signalé une pyrogallite, fusible à 67°,
qu'ils obtenaient en réduisant, par voie sèche^ le pyrogallol en présence du
nickel (^).
La réduction catalytique du pyrogallol, />«/• voie humide et sous pression,
nous a fourni les résultats suivants :
En solution aqueuse et mieux en solution alcoolique, le pyrogallol s''hy-
drogène rapidement en présence du nickel vers i4o° et sous la pression de
4o'*s à 5o''^s. Pour l'^e de pyrogallol employé, la quantité d'hydrogène
absorbée, mesurée par le manomètre de la bombe, a été de 5os, ce qui
(') Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. i365.
(^) Comptes rendus^ t. 150, 1910, p. 987.
(^) Comptes rendus, l. 14G, 1908, p. 1198.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 617
correspond à l'équation
COH CHOH
CH^ ^COII CW VJIOII
CIK /COU (:il\ ,
Cil 011
CH CII-
l'yrogallol. Pyrugallile.
Le produit obtenu ne donne plus les réactions du pyrogallol, ce qui
indique que la réduction est coniplèle. Après expulsion de Teau ou de
Talcool, on a un liquide qui distille de 225° à 240** et qui par refroidissement
se prend en une masse fusible vers 70°. C'est un mélange de deux pyrogal-
lites isomères a, et ce.,, que leur inégale solubililé dans l'eau et l'alcool
permet assez facilement de séparer.
Si, en effet, on dissout à chaud le mélange précédent dans le double de
son poids d'alcool fort et que l'on concentre légèrement la dissolution, il se
fait par refroidissement un dépôt abondant qui, après essorage dans le vide
et lavage à l'éther où il est très peu soluble, se présente sous la forme d'un
feutrage blanc et léger d'aiguilles microscopiques. Cette pyrogallile a, fond
à 145° et distille sans décomposition à 290°. Elle est moins soluble dans
l'alcool que dans Teau.
La pyrogallite y.., est au contraire plus soluble dans l'alcool que dans l'eau .
Aussi est-elle la première à se déposer par l'évaporation à l'air de la solu-
tion aqueuse du mélange des deux pyrogallites. Ce sont des tablettes rhom-
biques qui fondent à 90° et qui distillent sans décomposition à 225".
Les deux pyrogallites a, et 7.., se combinent avec 3""'' d'acide acétique
pour donner un triacétate.
Le triacétate a,, insoluble dans l'eau, cristallise dans un mélange d'alcool
etd'éther en longues aiguilles qui fondent à 47° ^t qui distillent à 288°.
Le triacétate x., est un liquide incolore qui bout à 238*'.
Phloroglucite. — Cycloheooanetriol-i .3 . 3 . — La réduction cataly tique de
la phloroglucine se fait mal en solution alcoolique, tandis qu'au contraire,
en solution aqueuse, elle se fait aisément à i35-'-i4o". sous la pression
de 4o''^) et donne lieu à une absorption de 24^,3 d'hydrogène pour joo^ de
phloroglucine employée, ce qui correspond à l'équation
C«H5(OB)3+3tI2 = C«HS(OIl)3
Phloroglucine. IMiloroglucile.
On obtient de la sorte un mélange de phloroglucites isomères,
G. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N» 9.) 4^
6l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'aspect gélatineux, qui distille à 2/i5°-2()0°, et se combine avec 3°^°'
d'acide acétique.
OxYiiYnuoQi iMTE. — Cyclohcxanetriol-1 .2.4. — Sous la pression de 4o''s à
So'^f^, la réduction complète de l'oxyhydroquinone par l'hydrogène s'est
elï'ectuée à i35''-i^o" en solution alcoolique, et à ioo"-iio° en solution
aqueuse, en donnant, dans les deux cas, le même mélange d'oxyhydroqui-
nites isomères, qui distille à 260^-280'' et se prend en une masse vitreuse
par le refroidissement.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur quelques dérivés de la siibérone.
Note de MM. Marcel (jodchot et Pierre Brun, présentée par M. Haller.
Dans de récentes Communications ('), l'un de nous a fait connaître, en
collaboration avec M. Taboury, une nouvelle méthode d'obtention des
cétones bicycliques, basée sur l'emploi, comme agent de condensation, de
l'hydrure de calcium. Ce procédé permet d'obtenir des cétones bicycliques
aussi ])ien en partant de cétones cyclohexaniques (cyclohexanone, méthyl-
cyclohexanone, diméthylcyclohexanone) que de cétones cyclopenlaniques
( cyclopenlanone, méthylcyclopentanone, thuyamenthone). La présente
Note a pour but de décrire quelques nouveaux dérivés de la subérone
obtenus en soumettant cette cétone cycloheptanique à l'action condensante
de l'h\ drure de calcium.
La subérone qui nous a servi de matière première a été obtenue en utilisant la
technique indiquée récemment par l'un de nous ( - ) ; elle bouillait à 180° sous la pres-
sion atmosphérique.
Cycloheplj'lidène-cycloheplanone C'H'-= G''li'"0. — Ce composé s'obtient, avec
un très bon rendement, par action de l'hydrure de calcium sur la subérone, en
utilisant le mode opératoire décrit par l'un de nous en collaboration avec M. Taboury.
Celle nou\elle céloue bicyclique non saturée est constituée par un liquide à odeur
faiblement mentholée, bouillant \ ers i/iS^-i^S" sous 8""™; sa densité à i4° est égale
à 0,993(3, el son indice de réfraction, par rapport à la raie D et à la même tempéra-
ture, est égal à i,5i44 (réfraction moléculaire : trouvée, 02,45; calculée pour
Q7 ]|t2 _- Q7 {|io Q^ (32 , 1 I ). Elle a pour formule de constitution la formule suivante :
CH^ CH- CO CH2 CH^ CM
CH^^
>CH^
CH'- CFP C = C CH^ CH2
(') Comptes rendus, t. 109, 1919, p. 62, i 168, et t. 172, 1921, p. 688.
(-) Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 1887.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 619
Cycloheptyl-cycloheptanol C'Jl" — C^H'-OII. — On obtient cet alcool secondaire
par hydrogénation de la céloiie précédente, au moyen de l'alcool absolu et du sodium.
C'est un liquide à odeur peu prononcée, bouillant vers iSS^-iGio sous 20™™ et ayant
pour densité à i3°, 0,9908, et pour indice de réfraction, par rapport à la raie D,
et à la môme température, i,5i33 (réfraction moléculaire : trouvée, 63,74; calculée
pour CH" — C'H'-OH. (33,86). Là constitution de ce nouvel alcool cyclolieplanique
répond à la formule
CH^ CH- CHOU IPC CIP CIP
y
H2C<
)CH-.
CFP CiP en HC Cil^ GIF
Nous n'avons pu obtenir la phényluréthane de cet alcool ni la semi-
carbazone de la cétone qui se formo dans le premier stade de la réduction,
et nous attribuons cet insuccès à un empêchement stcrique très souvent
observé par différents chimistes et par nous-mêmes dans le cas de certaines
cétones et de certains alcools cycliques substitués en ortho.
Par contre, en utilisant la technique indiquée par M. Béhal ('). nous
avons pu préparer l'éther allophanique du cycloheptyl-cycloheptanol, qui,
après cristalhsation dans l'alcool absolu, se présente sous la forme de
belles aiguilles blanches, fusibles vers i83°, et dont l'analyse répond à la
formule
C>i W--^—0 - CO - Ml - CO — NH-
(N pour 100 : trouvé, 9,37; calculé, 9,45).
Dibi'omosubérone C'^ï'^OBr^. — Incidemment, au cours de ces
recherches, nous avons été amenés à étudier l'action du brome sur la
subérone.
En versant peu à peu le brome dissous dans un excès de tétrachlorure de carbone
dans une solution tétrachlorocarbonique de subérone, on constate un fort dégagement
d'acide bromln driqiie, et l'on évite une élévation de température en refroidissant par
un courant d'eau froide. Lorsque l'on a ajouté environ 4'"^^ de brome pour une molé-
cule de subérone, la réaction est terminée, et, par évaporation à la température ordi-
naire de la solution tétrachlorocarbonique, on obtient un aJJondant dépôt de cristaux
baignés dans un peu d'huile. Après essorage des cristaux et recristallisation de ce
dérivé dans la ligroïne, on isole un produit bien défini, incolore, se présentant sous
la forme de très longues aiguilles, fusibles vers 68".
L'analyse etlacryoscopie nous ont montré que ce dérivé brome était une
dibromosubérone (Br pour 100: trouvé, 09,96; calculé pour C' H'^'OBr-,
(*) Bull, de la Soc. chim. de France, 4" série, t. 25, p. 473.
620 ACADÉMIE DES SCIENCES.
69,25. Cryoscopie dans le ])enz(''ne : poids moléculaire: trouvé, 2(38, () ;
calculé, 270).
Il est à remarquer que le brome réagit sur la subérone en donnant un
dérivé dibromé, alors qu'en bromant soit la cyclohexanone, soit la cyclo-
pentanone, on obtient un dérivé tétrabromé, ainsi que l'ont démontré les
recherches de W allach ('), de Bodroux, de Taboury (-) et de l'un de
nous(''). De plus, à l'inverse de la tétrabromocyclopentanone et de la tétra-
bromocyclohexanone, la dibromosubérone présente une grande stabilité,
puisque, môme exposée à la lumière, on peut la conserver pendant plusieurs
mois sans altération. Ce fait peut s'expliquer en admettant que cette dibro-
mosubérone est constiluéc par un éther dibromhydriqne ayant pour for-
mule
\co.
Cil- Cll^ Gllt^r
Cette combinaison est douée de propriétés sternutatoires et vésicantes assez
intenses. Traitée par la soude diluée et à froid, elle fournit une substance
sirupeuse, très soluble dans les différents solvants, ne cristallisant pas,
même par refroidissement intense, et se décomposant par distillation, même
dans le vide. Ce composé sirupeux réduit du reste très facilement la
liqueur de Fehling et il est probable qu'il doit constituer une cycloheptane-
diol-onc, ce que nous nous proposons de confirmer par de nouvelles
reclu rchcs.
CHIMIE ORGAMQlE. — Sur /es isatines halogénées.
Note (^) de iVI. Eigkxe Graxdmougi.v, présentée par M. Béhal.
L'étude des indigos halogènes (') implique comme complément celle des
isalines halogénées. Pour établir la constitution des indigos substitués par
l'halogénation directe, nous avonsemployéle procédé classique d'oxydation
en isatine. Dans ces conditions, l'indigo substitué d'une façon symétrique
(') Liebigs Ann. Chemie, t. 341, p. i33.
("-) Bull. Soc. chiot., /)«' série, t. 11, p. 656.
(^) IbicL, 4'' série, t. Il}, p. 542.
('*) Séance du 6 février 1922.
(■^) Comptes rendus, t. 173, igii, p. i363.
SÉANCE DU 27 FÉVRIEK Hjll. 6il
donne deux molécules de la même isalinc; un indigo asyriiélrique. par
contre, fournira deux isatines dillérentcs dont la séparation pourra ètieplus
ou moins facile.
La constitution de Tisaline elle-même est établie jiar distillation avec un
alcali caustique ( ' ) ; dans ces conditions, elle est décomposée avec formation
d'une aniline halogénée qui sera caractérisée par ses constantes et celles de
son dérivé acétylé.
L'oxydation des indigos halogènes se fait en milieu acétique, à tempéra-
ture ordinaire, par l'acide nitrique ou. mieux encore, par l'acide chromique.
11 importe, cepeudant, d'employer un indigo aussi finement divisé que
possible et d'opérer avec une bonne agitation pour faciliter la réaction. On
dissout ensuite l'isatine brute ainsi obtenue dans l'alcali dilué à chaud, on
sépare par filtration de l'indigo inaltéré et de quelques impuretés, et Ton
reprécipite l'isatine sous une forme sensiblement plus pure par acidification.
Il ne reste plus qu'à la cristalliser dans un solvant approprié, en particulier
dans l'alcool, l'acétone ou l'éther acétique pour l'amener à point de fusion
constant. Dans le cas où il se serait formé deux isatines, on les séparera en
utilisant leur solubilité dillerente dans les solvants organiques.
En collaboration avec M. Pierre Seyder nous avons préparé ainsi une
série d'isatines halogt'uées que nous avons caractéTis(''es en outre par leurs
oximes et leurs phénylhydrazones. On sait que, d'une façon générale,
il se forme, par action de l'hydroxylamine ou de la phénylhydrazine, le
dériv('' 1^ substitué.
Les isatines halogé-nées sont, à l'état cristallisé, colorc'-es en orange'' ou
rouge orangé, selon le degré de substitution et la position de l'halogène;
elles peuvent être sublinif-es sans altération et sont solubles en rouge
orangé dans l'acide sulfurique concentré. Avec les alcalis caustiques,
à froid, on observe une coloration violette due à la formation d'un sel
cyclique; à chaud, la coloration passe au jaune et l'on a alors en solution
le sel alcalin de l'acide isatique correspondant. Si l'on travaille en solution
concentrée, ce sel se sépare même à l'état cristallin (-).
Les [5»-hydrazones sont colorées en jaune intense, mais n'ont pas le
oaractère de colorants, par suite de leur insolubilité; leurs dérivés
(') HoFMA>'x, A/ifi. C/iem., t. 53, p. 47'
(2) Il faut noter cependant que les isatines tétrahalogénées sont sensibles à l'action
des alcalis un peu concentrés qui les modiiîenl profondément.
62 2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sulfonôs par contre teignent la laine et la soie en jaune ('). La solution
sulfurique est rouge intense; par addition d'eau on peut séparer Thydra-
zone inaltérée.
Les ^-oximes sont naturellement moins colorées que les hydrazones,
mais leur solution sulfurique est rouge grenat; on peut admettre dans
ces solutions des sels azoniums ou oxoniums qui sont dissociés par
dilution.
D'une façon g(''nérale les oximes fondent avec décomposition, ce qui rend
le point de fusion un peu incertain.
Nous résumons dans le Tableau suivant les principales constantes des
isalines halogénées que nous avons étudiées.
Points de fusion des :
Isatines. isatines. |i-oximes. Jj-piiénylhydrazones.
o 0 o o
5.7-dichIori3atine (^) 228 déc. 255 296-297
/j .7-dicl)lorisaline 252 déc. 245 265
4 chloro-5-bromisatine (^). . . 278-274 déc. 258-254 278
5.7-dibromisatine (*) 25o déc. 272 297-298
4.5 .7-lribromisaline 257-258 » »
4.5,6.7-tétrachlorisatine . . , . 294-290 » 298
On voudra bien remarquer que la 5-bromisatine fond à 225°, la 5.7-di-
bromisatine à 25o° et la 4-5.7-tribromisatine à 257°-258'^, ce qui montre
que le point de fusion seul est insuffisant pour caractériser les isatines
halogénées.
Pour compléter les constantes physiques, il nous a paru intéressant de
déterminer Fabsorption de ces composés dans l'ultraviolet à l'aide d'un
spectrographe. Le mode opératoire est connu; on procède par voie photo-
graphique en variant l'épaisseur de la solution absorbante (au 75-^ par
exemple) de 5™™ a 65™"\ On obtient ainsi une image de l'absorption dont,
à défaut de représentation graphique, nous ne donnons que le début de
(') Comptes rendus, t. 172, 1920, p. 83o el i4i5.
(2) Déjà décrite [Ber., t. 42, 1909, p. 3663); le p.f. 186° indiqué par Dorsch
{Journ.f. prakt. Cliein.^ 2*^ série, t. 33, p. 5i) est erroné.
(3) Le bre\ et allemand 254-468 décrit une 4-chloro-5-bromisatine, p.f. 255°, obtenue
par bromuration de la 4-clîlo''isatine (p. t. 254°); cette indication paraît sujette à
caution.
(■*) Baeyer et Oekonomidiîs, Ber,^ t. lo, 1882, p, 2098.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 628
l'absorption et les sommets, ce qui corres[)on(l à la transposition de la
méthode de M. Formânek à la partie invisible du spectre (').
Absorption en solution alcoolique aqueuse {•>. \ 3) au yôoirit-
Epaisseur :
Isatincs. (en ;j.;j.). ô""". "^j""". 50°"".
5.7-dichlorisatine 233 101 Ji 313 »
4.7-dicl)lorisatine ^33 '}.-]h 311 »
4-chloro-5-bromisatiiu' » 202 314 4^5
5.7-dibromisatine » 260 311 »
4.5.6.7-iétraclilorisaiine » 245 320 352
On verra que, d'une façon générale, ainsi que nous l'avons déjà observé
dans d'autres groupes de corps colorés, l'absorption dans l'ultraviolet des
dérivés substitués a sensiblement la même allure que celle de la substance
mère (-). Cela d'autant plus que l'influence chromophorique de l'halogène
est relativement faible.
Dans la partie visible du spectre on observe une extinction de la région
violette sans aucun caractère spécial. Nous pensons donc que, pour carac-
tériser les isalines halogénées, la méthode chimique, indiquée au début
de cette Note, paraît préférable à la détermination de la constitution par la
méthode physique.
MINÉRALOGIE. — Sur kl dcivindùtc, nouveau minéral radioactif .
Note de M. Alfred Sciioep.
Le minéral qui fait l'objet de cette Note provient de Kasolo (Kalanga,
Congo belge). On l'y trouve mélangé à la chalcolite. Sa couleur est jaune
canari; il est pulvérulent, plus rarement compact. Il imprègne certains
morceaux de chalcolite jusqu'à remplir tous les vides qui existent entre
les cristaux de ce minéral. On peut, sans trop de difficulté, l'en extraire
par quelques lavages à l'eau distillée. Mais il est moins aisé de séparer le
minéral jaune d'une espèce de gangue blanche dont il sera question plus
loin.
Au microscope on constate que le minéral jaune est cristallisé on pail-
(M Grandhougix et M™*' I'avue-Ambrlmyax, Ber., l. 47, 1914. p. 2127.
(■-) Voir nolarniiient IvAHRMANV, Havas et ( ii\A-\DMOU(a.\, Der.. t. -VG, iQiS, p. 2i3i,
2802; t. i7. 19141 P- '881.
624 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lettes d'un jaune pâle, translucides, très minces, de forme généralement
rectangulaire ou carrée. Le bord de ces paillettes ost souvent déchiqueté
comme si elles avaient subi un commencement de dissolution ou de cor-
rosion. Ces paillettes cristallines atteignent rarement plus de o""",02
ào'"'",o3 de côté. Elles restent obscures entre niçois croisés, mais si on
les examine suivant leur tranche on constate qu'elles sont biréfringentes.
Leur indice de réfraction est plus élevé que celui de l'iodure de méthylène.
Leur densité, mesurée à l'aide du pycnomètre, est de l[°,H à 17° C.
Dans le tube fermé, le minéral donne de Teau et dexient rouge brun à chaud; par
refroidissement il reprend sa couleur primitixe. Examiné au microscope après calci-
nation, il ne semble avoir subi aucune altération; tout au plus les cristaux, sont-ils
devenus d'un jaune un peu plus foncé. Sur le charbon, à la llamme oxydante du cha-
lumeau, il fond facilement en un globule noir, sans donner d'auréole. A la flamme
réductrice, on obtient des globules métalliques de plomb, si le minéral a été mélangé
au préalable avec du carbonate de sodium. Il se dissout dans l'acide azotique; celte
solution donne avec la liqueur molybdique un abondant précipité jaune de phospho-
molybdale d'ammonium. Il se dissout également bien dans l'acide chlorhydrique
ainsi ([ne dans l'acide sulfurique avec lequel il forme du sulfate de plomb insoluble.
Ces solutions sont colorées en jaune par l'uranium.
La radioacti\ ilé de ce sel minéral est plus élexée que celle de la kasolite.
En réunissant dans une seule colonne les résultats des diverses analyses
chimiques et en calculant la moyenne des résultats obtenus, on trouve que
le minéral a la composition suivante :
P^O^ 10,01
UO» 55, 5o
J'bO 21,74
Fe-0^ )
xi2C\i 1 ^5*^^ (très peu de Fe"-0^)
CaO 1,32
MçO 2,75
H^O 5,82
Insoluble o, 4o
99>6o
Le minéral analysé avait été préalablement purifié par lavage à l'eau dis-
tillée, et desséché jusqu'à poids constant à 100° C.
Les morceaux de chalcolite, dans lesquels on trouve le minéral jaune,
sont souvent mélangés à une gangue blanche, pulvérulente, ressemblant
à du talc impur. Lorsqu'on traite cette gangue par l'acide chlorhydrique, k
chaud, la plus grande partie se dissout; le résidu insoluble est de 3o, 34
pour 100.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. iriJ
La solution renferme :
Iioui- 100
CoO ^.20
MH:p 33.25
MgO II , Il
CaO "on dosé
SiO^ 6.3.
Al-0^ Fe-O»^ CaO, MgO.Co et l'insoluble trouvés dans l'analyse du minéral jaune,'
ont évidemment des impuretés provenant de la gangue et dont il est pratiquement
impossible de débarrasser le minéral; la somme de ces impuretés s'élève à 6,53
pour 100; c'est la gangue sèche mélangée au minéral. Je n'en ai pas tenu compte dans
le calcul de la formule ; j'ai soustrait les 6,53 pour 100 du total. Mais il faut noter que
la gangue renferme normalement 10,74 poni" lo*^ d'eau et que, par conséquent, toute
l'eau trouvée à l'analyse, soit 0,82 pour 100, ne provient pas seulement du minéral
jaune. Aux 6,53 pour 100 de gangue sèche correspond 0,78 pour 100 d'eau (|u'il faut
déduire des 5,82 pour 100 trouvés.
Dans le Tableau suivant, la colonne I représente la composition centési-
male du minéral après déduction des teneurs en Al-0% MgO, etc., ainsi
que des 0,78 pour 100 d'eau. Dans la colonne II, ces chiffres ont été rap-
portés à 100. La colonne III renferme les teneurs théoriques calculées
d'après la formule que j'attribue au nouveau minéral, savoir :
4 Pb 0 . S UO^ . 3 P^ O ' . 1 2 IP O.
I. II. III.
PbO 21,74 23,55 24,08
UO^ 55, 5o 60, i3 59,30
P^O'^ 10,01 10, 8) 11,00
H- O 5 . ù t 5 , 46 5 , 5o
Je propose de donner à ce nouveau minéral le nom de dewindtite, en sou-
venir du D*' Jean Dewindt, géologue belge, élève de l'Université de Gand,
noyé accidentellement dans le lac Tanganyika.
GÉOLOGIE. — La structure du Nord-Annam et du Tonkîn,
Note de M. Ch.4ules Jacob, présentée par M. Pierre Termier.
Des Notes analytiques, récemment parues ici même, ont résumé les
résultats obtenus, au cours des trois dernières années, par mes collabora-
teurs, MM. Dussault et Bourret, et par moi. Si l'on y joint la considération
G2() ACADÉMIE DES SCIENCES.
de toutes les donnt^es accumulées au Service géologique depuis sa fondation
en 1898, voici à quelle description générale on aboutit pour la moitié
orientale de l'Indochine du Nord.
Il y a lieu de distinguer trois ensembles superposés, que je qualifie de
Substratu/n, de Série inlermcdiaire et de Xappes charriées,
I. Le SithstratuTn. — .l'y reconnais deux parties : V A^'ant-pays et les Elé-
ments autochlones, ceux-ci en fenêtres sous la Série intermédiaire.
A. L'Avant-pays comprend la terminaison de l'Indochine méridionale
et centrale vers la Porte d'Annam et au sud du Tran Ninh, les massifs
côtiers du Nord-Annam et le massif côtier de l'est du Tonkin. Cet avant-
pays semble caractérisé par des terrains secondaires, triaso-rhétiens, détri-
tiques, transgressifs sur des terrains cristallins et paléozoïques plissés. Le
Rhétien n'y a fourni jusqu'ici que des végétaux et des charbons maigres.
B. Les Eléments autochtones sont dépourvus de la couverture trans-
gressive de l'avant-pays. Ils comportent des terrains cristallins, auxquels se
superposent parfois des terrains primaires : telles sont les Séries primaires
du Tran Ninh, de la moyenne et de la basse Rivière Noire, du nord-est du
Tonkin; une mention spéciale doit être réservée à la Série primaire du
Thanh Hoa, qui est ramenée de la profondeur et poussée sur l'avant-pays.
Comme éléments autochtones, j'indiquerai : les multiples massifs cristallins
qui affleurent dans la zone de Nam Sam, Pou Huât, Bon Ginh, moyen
Song Ma, etc. ; les gneiss de Nam Dinh; la grande bande cristalline du liaut
Delta tonkinois, du Song Chay, du Fleuve Rouge et du Fan Si Pan — c'est
celle-ci (jui supporte au Sud-Ouest la Série primaire de la Rivière Noire — ;
le massif cristallin du haut Song Chay; les massifs primaires du nord-est du
Tonkin.
II. La Série intenn''diaire. — Elle est intermédiaire, tectoniquement,
entre les éléments autochtones, sur lesquels elle semble avoir glissé, et les
nappes. Elle est formée de terrains secondaires, principalement schisto-
gréseux. Il y est identifié du Trias moyen en de nombreux points, du Trias
supérieur, du Rhétien à fossiles marins et à charbon gras, du Lias, et, dans
les calcaires dits du Terrain Rouge, du Callovien. Cette Série intermédiaire
est caractérisée par de très nombreuses intercalations éruplives, correspon-
dant à deux séries pétrographiques, cjualifiées globalement de Rhyolithes et
de Porphyriles. Les roches éruptives, de même que les couches encaissantes,
sont très fréquemment écrasées. Comme grosses masses de Rbyolites, je
citerai celles de la Zone du Nani Sam, le Sa Phin, le Tarn Dao, celles de la
région de Lang Son et de Cao Rang. Les Porphyrîles, plus généralement
SÉANCE DU 27 KÎ:VRIER l(j22. 627
distribuées que les lUiyoliles, ne se présentent guère par contre, en impor-
tantes intercalations, que dans le Tlianh Hoa et dans la lîivière Noire.
III. Les Nappes culminent au-dessus de la Série intermédiaire. Deux
i;rands ensembles, deux grands lambeaux, en sont conservés: celui de l'Ouest
duTonkinet celui du Nord-Est. Le premier olfre une structure assez simple;
correspondant à Tentablement de la longue bande des plateaux <[ui s'i-tcnd
de Lai Chau à la mer, il est formé de calcaires avec scbistes subordonnés;
le Trias y est identifié dans le Sud; TOuralo-permien dans le Nord. Le
pa([uet du Nord-Est est plus complexe et semble comporter au nioins deux
nappes superposées, formées de terrains paléozoï([ues, aux([uels s'ajoutent,
dans la nappe supérieure, des granités et des schistes ciistallins écrasés.
L'origine des Nappes est loin d'être reconnue à l'heure actuelle. Si, dans
le pa([uet du Nord-Est, la base, la Nappe du Nui Rao de M. Dussault,
rejoint, par l'isthme de Bao Ngay, la région de Pa Kha et du Nam Ti en
arrière du haut Song Chay, })our peut-être s'y enraciner, en revanche la
Nappe supérieure du Nord-Est et le vaste lambeau de l'Ouest se prolongent
tous deux vers les plateaux calcaires yunnanais. L'étude de M. Fromaget
sur le bassin d'A Mi Tchéou ouvre des horizons nouveaux dans cette direc-
tion, (^uant à la prolongation latérale des nappes, leur domaine n'est
actuellement limité ni vei's le Kouang Si, ni vers le Laos; et cette incerti-
tude, notamment du côté du Laos, porte à attendre de nouvelles observa-
tions avant de conclure.
Dans le résumé ([ui vient d'être donné, il a été fait abstraction des dépôts
miopliocènes d'eau douce; ceux-ci sont postérieurs aux charriages; ils
jalonnent de longs synclinaux Nord-Ouest, suivant une direction ([ui
donne au Tonkin et au Nord-Annam la physionomie, topographi([uement
très apparente, reconnue dès les premières observations; ce système de
plis récents n'est, en ([uehjue sorle, (|ue surajouté à la slruclure géologi({ue
fondameulule, telle ([u'clle vient d'être es([uissée dans cette Note.
GÉOLOGIE. — Obsejvations stratigraphiques et tectoniques à la fron-
tière nord-est du Maroc. Note ( ' ) de M. J. Savormx, transmise par
M. Depéret.
La région frontière algéro-marocaine, le long de Voucd Kiss^ est
demeurée, au point de vue géologique, l'une des moins étudiées de
l'Afrique du Nord.
(*) Séance du 20 février 1922.
628 ACADÉMIE !;):h SCIENCES.
C'est à Pouyaimc ('), puis à Pomel (-), enfin à Gentil (^) que Ton doit
ce qui en est actuellement connu. [ Voir les caries géologiques au 800000*"
de l'Algérie (trois éditions) et, pour la zone marocaine, dans la carte au
3ooooo'' des Béni Snassen (^).]
D'après ces documents, des roches éruptives variées, des terrains sédi
mentaires rattachés au Sahélien, ou à rHelvétien-Tortonien, formeraient
(avec le Quaternaire) tout le pays avoisinant le Kiss, La structure de ce
pays m'est apparue fort diOérente de ce schéma. J'y ai fait les principales
observations ci-après :
1° Berge du Kiss à Marlimprey . — l^a carte au 'jooooo'* indique ici du
« Miocène moyen» supportant un minuscule lambeau de « conglomérats post-
helvétiens ». Une s'agit ni de l'une ni de l'autte de ces formations.
Des tufs éruptifs, projetés par les volcans andésitiques des Menasseb
Kiss (Algérie), forment toule la berge sous redoute de Martimprey
( Maroc), entre Ras el Ma et le coude du fleuve. Une corniche calcaire s'y
superpose directement, formant le rebord du plateau qui porte le village.
C'est un ircwertin à empreintes végétales parmi lesquelles j'ai reconnu une
feuille de Ceratonia siliqua (nervation etlimbe typiques). Le Caroubier est
d'ailleurs encore vivant dans la région. On est ici en présence d'un dépôt
d'eau chaude incrustante, représentant le phénomène paléothermal qui a
succédé au volcanique.
Par comparaison avec ce que j'ai vu sur les plateaux de Fès et Meknès,
où s'observent les mêmes phénomènes, j'attribue au Pliocène supérieur ce
calcaire de Martimprey, Il passe progressivement, vers le Nord-Ouest,
d'abord avec quelques intercalations de conglomérats, aux calcaires
lacustres du Sahel des Oulad el Hadj-Oulad Mansour. Ceux-ci compre-
nant deux assises principales que séparent quelques mètres d'argile rouge
(en partie produites par décalcification) rappellent les formations pliocènes
du plateau sétifien en Algérie (''). Ils renferment les mêmes Planorhis^
Melanopsis, Hélix que le calcaire lacustre de Fès.
(') .1. PouYANMi), Notice géologique sur la subdivision de Tlemcen (Ann. Mines,
juillet-août 1877).
(-) A. Pomel, Description stratlgraphlqae générale de l'Algérie, suivie d'une
étude succincte des roches éruptives par J. Curie el G. Flamand (Alger, 1889; in-8°).
(*) L. Gentil, Esquisse géologique du massif des Benl Snassen (avec carte en noir
à l'échelle de Ydo-^^) {Bull. Soc. géol. Fr., 4'' série, t. 8, p. Sgi).
(*) Cf. Géologie du Hodua et du Plateau sétifien {Bull. Serv. géol. Alg., 1920,
p. 878 à 876 et p. 428).
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 629
La similitude avec ce dernier est accentuée par le rôle hydrologique : les
sources vauclusiennes du nord des Trifa et de la rive droite de la Moulouya
(Kas el Ma, Ras el Merdja, Aïn Beïda, Ain Zerga, Ain Zebda; puis Ain
Kerma, Aïn Salali, Aïn Tiffert) rappellent exactement les belles sources
du Sais, entre P'ès et Meknès (Ras el Ma, Aïoum Blouze, etc.) que j'ai
étudiées l'an dernier (').
Si l'on se dirige au sud de Martimprey on assiste, inversement, au pas- .
sage latéral du calcaire aux conglomérats littoraux du lac pliocène des
'J'rifa, que L. Gentil a reconnus, par places, comme post-helvétiens.
2" Gorges du Kiss. — On n'a jamais signalé l'important affleurement lia-
sique supportant le poste algérien à'Adjerond et le camp marocain (aban-
donné) de Saïdia. Entre ces deux points, le Kiss a creusé une profonde
gorge. Les cartes ne figurent ici que du Miocène moyen.
.On reconnaîl aisément les couches rouges de la base du Lias moyen trans-
gressif (comme aux Béni Snassen et à Oudjda) (-). Elles sont au cœur d'un
premier anticUnal, sur la rive algérienne, s'ennoyant sur la rive opposée.
Un autre pli convexe apparaît en aval : une grotte en haute ogive (=*)
permet d'entrer dans sa voûte, sur la rive marocaine. Ici la base du Lias
moyen serait à 1 5'" ou 20™ sous ledit actuel du fleuve.
Au sud et au nord de ce double pli liasique, aux flancs ravinés, se voit la
superposition directe du Sahélien horizontal.
3° Po/V-vS«v (Algérie). — C'est encore le Lias moyen^ fragmenté par des
failles, qui forme le petit cap de Koudiat el Kelaà, que l'on a utilisé pour
la création d'un petit port artificiel déjà ensablé. Le Sahélien, avec marnes
blanches caractéristiques, bancs à Lithothamninm, etc., remplit les anfrac-
tuosités du Lias.
Ce dernier pointe encore à travers le Miocène supérieur au bord de la
plage quaternaire : Ghabet el Mrorfa et sous le point 87. Ges jalons
démontrent la continuité du Lias entre Koudiat el Kelaâ et Adjeroud.
4° Trias des Béni Snassen. — Entre Aïn Sfa et Sefrou, au sud-est des
Béni Snassen, j'ai vu le Trias argilo.-gypseux autrefois signalé par
(') Rapports fournis aux Services des Travaux publics de Rabat et des Renseigne-
ments de Fès (juin 192 i).
(-) Cf. L. Gentil, loc. cit.
(^) Le travail des eaux souterraines a préparé la percée de la gorge par le Kiss, qui,
auparavant, n'était qu'un ultime affluent de la Moulouya parla « vallée-morte ». pas-
sant devant tiassi Smia.
63o ACADÉMIE DES SCIENCES.
A. Brivcs ('). Il passe latéralement aux diabases dont L. Gentil a défini le
rôle sans en préciser Page (-). L'association de diabases ophitiques avec le
Trias se voit ici en son état orig-inel : la roche éruptives'interstratifiantdans
le dépôt lacunaire. Le tout est exactement à sa place comme substratum
du Lias, transgressif mais subconcordant.
5° Remarques tectoniques. — L'examen des divers affleurements ci-dessus
mentionnés écarte toute idée de phénomènes de plissement s'accompagnant
de refoulements horizontaux. Les plis sont fort réguliers. Un paisible et
large synclinal, sous la plaine des Trifa, sépare les anticlinaux basiques du
Kiss et des Béni Snassen. Son remplissage jurassique se voit à l'ouest de la
plaine, où l'érosion l'a respecté.
Une structure aussi schématiquement simple, alors que le substratum
paléozoïque de tous les terrains apparaît lui-même très exactement à sa
place normale au co^ur des plis des Béni Snassen, ne permet pas de songer
à la possibilité àe phénomènes de charriage en cette région frontière.
OCÉANOGRAPHIE. — Sur les lignes neutres de sédiments sous-marins côtiers.
Note (') de M. J. Thoulet.
Sur les cinq feuilles lithologiques dressées par moi de la carte du golfe
du Lion, depuis l'embouchure du Petit-Rhône jusqu'au cap de Creus, j'ai
pu apporter des faits nouveaux concernant les lois de Lavoisier, d'Aimé et
celles que j'ai formulée, relatives à la distribution des sédiments sur le fond et
à la ligne désignée sous les noms de ligne de moindre classement, ligne neutre
ou ligne critique. On sait que cette ligne neutre longe les plages à une dis-
tance variable mais peu éloignée du rivage et, en partant de celle-ci, les
sédiments sont classés d'un côté vers la terre, dont ils suivent sensiblement
les contours, et de l'autre côté vers la haute mer.
On d(''signera sous le nom à'' agitation de la mer la somme moyenne de
mouvement des flots en un lieu donn*' due à la fois aux vagues, aux marées
et aux courants. Le coeflicient de minéraux lourds dans un échantillon sera
le pourcentage de minéraux microscopiques lourds (densité supérieure
(*) Les Beat Snassen {Maroc) {Bail. Soc. Géogr. Afrique du IVord, i'"' trimestre
1908).
(^) Loc. cit.
(^) Séance du ^o février 1922.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 63 1
à 2,8, tels que ampliibole, pyroxène, zircon, péridot, touniialiae, etc.),
contenu dans la portion dite sable très fin (ayant franchi le tamis 100 et été
arrêtée par le tamis 200; diamètre moyen — o"'"',i3). Une partie de mes
conclusions s'appuie sur ces deux variables.
A la suite de l'evamen attentif des résultats des analyses détaillées méca-
niques et microscopiques de 462 échantillons de sédiments marins récol-
tés par moi entre l'embouchure du Petit-Rhône et le cap de Creus, j'ai
reconnu les faits suivants :
1. La mer, par son agitation, est un instrument de triage des éléments
minéraux meubles qu'elle contient, agissant avec autant de puissance que
de délicatesse et de précision.
2. La permanence est complète en une même localité d'un même genre
de fond. Ce fait est à rapprocher d'une observation faite dans l'Iroise sur
des fonds décrits et représentés par de Roujoux plus de 3o ans auparavant;
elle justifie l'intérêt durable que présentent les caites bathylithologiques.
3. En se servant, pour la confection d'une carte bathylithologique. d'une
classification des sédiments basée comme celle que j'ai établie et que
j'emploie sur les dimensions et les proportions des éléments composants des
fonds, on obtient en même temps une carte lilhologique et une carte de la
répartition des divers degrés d'agitation des flots, devenus mesurables et
comparables en des localités différentes. \\ existe donc une agitation carac-
téristique de sable, une agitation de sable vaseux, de vase très sableuse, de
vase sableuse, etc.; la seule variable est la profondeur de l'eau correspon-
dant à telle ou telle agitation spéciale et l'on peut en déduire de nom-
breuses conséquences se rapportant aussi bien aux sciences pures qu'aux
sciences appliquées.
4. H n'y a pas qu'une seule ligne neutre mais bien un grand nombre qui,
juxtaposées les unes aux autres, se succédant en ordre constant et par degrés
insensibles selon la loi de Lavoisier. La ligne neutre des vases dont la
composition, obtenue par une rapide analyse mécanique, est d'au moins
90 pour 100 de vase proprement dite, parait être le mieux appropriée à
servir de repère dans l'étude des dépôts de plages.
5. Plus les diverses lignes neutres sont situées profondément et plus est
violente l'agitation des flots; plus elles sont espacées entre elles et plus le
sol sous-marin est en pente douce et peu accidenté; plus elles sont serrées
les unes contre les autres, plus au contraire le terrain est en pente abrupte.
6. Les lignes neutres varient de position avec la hauteur des vagues; elles
ne restent donc pas toujours rigoureusement à la même distance du rivage.
632 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Elles oscillent et se rapprochent de la terre quand la mer est calme et s'en
éloignent quand elle est agitée. Ces oscillations n'ont d'ailleurs qu'une
faible amplitude. On admettra donc pratiquement une situation moyenne.
Cette ligne est d'autant moins variable qu'elle est plus loin de terre et par
conséquent plus profonde, motif qui doitcontril)uer encore à faire préférer,
pour les sédiments côtiers, la ligne des vases comme repère.
7. Les grains sableux marins d'une espèce déterminée présentent un
double mode de distribution longitudinale et transversale. Longitudinale-
ment, ils sont distribués parallèlement à la côte, leur composition se
simplifie et leur quantité diminue dans la direction de l'aval à partir de
l'embouchure de chaque fleuve apportant à la mer ses eaux et ses sédiments
spéciaux. Transversalement, les sédiments appartenant à une ligne neutre
déterminée augmentent d'abondance symétriquement de chaque côté de la
ligne neutre aussi bien vers la côte que vers le large. C'est sur la ligne neutre
que se rencontre le minimum quantitatif du grain spécial considéré.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur unc méthode indicatrice permettant d'évaluer la
vitalité des semences par voie biochimique. Note de MM. Antonix Nkmec
et Frantisek Duchox, présentée par M. L. Maquenne.
Dans une Communication précédente ('), nous avons démontré que
l'activité de la catalase peut représenter un moyen convenable pour évaluer
rapidement et facilement, en quelques minutes, la vitalité des graines. Le
contrôle des semences dans la pratique agricole a pour but de déterminer
l'identité d'espèce, leur variété et origine, leur purelé (proportion des
graines étrangères et des matières inertes) et leur faculté et énergie germi-
native. La détermination de la faculté vitale des graines, qui est le facteur
le plus important dans l'analyse des semences, fut jusqu'ici pratiquée seule-
ment par des essais de germination, qui sont souvent de longue durée, ne
permettant d'obtenir le résultat ({u'aubout de plusieurs jours. Mais parfois,
il s'agit de s'orienter rapidement sur la faculté germinative des semences,
en vue de distinguer les graines de haute vitalité de celles d'une énergie
vitale affaiblie. Dans ce cas, on peut se servir de la voie biochimique, basée
sur la détermination de l'activité de la catalase des graines.
Pour recherclier l'activité de la catalase dans les graines, nous avons
(^) Comptes rendus^ t. 173, 1921, p. goS.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 633
déterminé le volume d'oxygène dégagé de l'eau oxygénée et nous nous
sommes arrêtés à la méthode suivante :
On mélange 2^' de graines finement moulues avoc 20""' d'eau distillée
dans une fiole munie d'un bouchon de caoutchouc, percé de deux trous,
dontTun est traversé par uu entonnoir avec robinet; par l'autre passe un
tube à dégagement deux fois recourbé, plongeant dans une cuve à eau et
débouchant sous une cloche à gaz, divisée en dixièmes de centimètre cube.
Par l'entonnoir, on introduit i5'^'"' d'eau oxygénée à 3 pour 100, neutralisée
préalablement, et l'on mesure le volume d'oxygène dégagé au bout de 5 et
de i5 minutes.
Dans l'expérience témoin, nous avons opéré de même sur des farines
mises en contact avec 20*"™' d'eau distillée, portées préalablement pendant
20 minutes dans un bain-marie à l'ébuUition et refroidies.
Des nombreuses séries d'expériences que nous avons exécutées sur des
graines d'espèces et origines diverses, nous citons ici les résultats obtenus
avec l'avoine et les pois, qui sont réunis dans les Tableaux suivants :
Expériences avec avoine.
Ôxygi'iK- dégagé de H-O-
Facullr
Vnnéc gerniinalivc
tic la rrcollc. pour 100.
1891 o
1900.. 9
1904 I-
1909 32
1910 44
1910 57
1911 66
1912 70
1915 8.5
1917 91
1919 97
1920 100
à 3 pour 100
au buul de
Ivvpi'iieiuc
^
i^
témoin
Catalase
.1 minutes.
15 iiiinules.
.5 minutcïf.
0 miiuiles,
4,1
cm3
6,1
cm'
3,9
0,2
12,0
18,6
3,9
8,1
•214
27.8
3.7
17-7
•29,6
47,2
3,6
26,0
36,1
43,0
3-7
32.4
44.0
5i ,0
3 . ■>
4o,8
57.1
58.6
3.4
53.7
69.7
76.4
3,3
66,4
77\ »
II
3,0
74,1
77,8
II
3.0
74,8
78.2
II
3,0
7.5 . 2
78,6
•1
•2,8
75.8
C. B., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 9.) 4?
634 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Expériences avec pois.
Oxygène dégagé de H*()-
Faculté à 3 pour 100 au bout de Expérience
Année gerniinative i ^ ~ témoin Calalase
de la récolte. pour 100. 5 minutes. 15 minutes. 5 minutes. 5 minutes.
cm^ cm' l'ui" cm'
1891 o 6,4 8.0 3,0. 3.'^,
1906 6 II, o i3,8 3,o 7,'>.
1911 27 3t,8 36, o j,8 9.9,8
1915.. [^o 43,1 44,9 ^9 40,2
1916 5i 52,0 59,6 2,7 49,3
1916 7.5 72,9 89,0 2,4 70^5
1917 84 88,3 // 2,2 86,1
1918 90 90,' " ii9 88,2
1919 96 9'2,o " 1)6 90,4
1920 98 93,4 . 1,6 91,8
< )n voit par ces données que l'activité de la catalase est étroitement liée
avec l'énergie vitale de la graine. Le volume d'oxygène, dégagé par la cata-
lase et mesuré sous des conditions comparables de température, de concen-
tration de l'eau oxygénée et sur une quantité constante de farine, décroît
régulièrement avec l'affaiblissement de la faculté germinative de la graine.
Les résultats, traduits graphiquement, donnent une courbe régulière, de
manière qu'il est possible de déduire du volume d'oxygène dégagé la faculté
germinative de la graine. On peut donc ainsi distinguer nettement des
graines d'une haute valeur agricole de celles d'une faculté germinative
inférieure ou nulle. Pour la pratique il est recommandable de se servir de
la méthode, comparative, en opérant sur une quantité convenable de
graines (pour les céréaler 2», pour les graines oléagineuses, riches en cata-
lase, is) d'une faculté germinative bien connue et en comparant dans le
graphique, établi pour certaines conditions d'expérience, les résultats
obtenus avec l'activité catalasique de la farine des graines examinées.
CHIMIE AGRICOLE. — Dispanùoii progressive de l'acide sulfureux libre dans
un jus de pommes conservé. Note de MM. AVarcollïer et Le Moal, pi-é-
senlée par M. L. Lindet.
Pour satisfaire certains consommateurs de cidre « doux », on édulcore
des cidres fermentes avec des jus de pommes que l'on a conservés par
addition d'acide sulfureux.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 635
Ces jus, avant d'être sulfites, doivent être l'objet d'une clariiicatioii spon-
tanée, [)rovoquée par la coagulation des matières pecliqucs ; puis ils sont
soumis à une sulfilalion qui atteint au moins loo*^ par liectolilre et (|ui
permet de les mélanger avec des cidres o secs » sans provoquer de trouble.
On peut les obtenir également par le pressurage et le cuvage d'une pulpe,
préalablement sulfltée à 20^ par hectolitre de jus ; ainsi appauvris de leurs
matières pectiqucs, ces jus sont ensuite sulfites à haute dose, sans que l'on
soit obligé de les déféquer. Pour que les jus ainsi traités ne fermentent pas
il est bon de les soutirer à l'abri de l'air quelques mois après leur prépara-
tioji et avant les chaleurs de l'été.
L'expérience montre que les jus ainsi sulfites perdent, au couis de leur
conservation, une partie plus ou moins importante de leur acide sulfureux
libre, qui passe à l'état d'acide sulfureux combiné, au détriment de ses pro-
priétés antiseptiques primitives.
Eu présence d'insuccès obtenus dans les cidreries, où des jus sulfites à
i^ par litre avaient spontanément fermenté., nous avons été amenés à
rechercher pourquoi, dans ces cas particuliers, l'acide sulfureux passait
presque en totalité à l'état combiné.
Notre attention a été immédiatement attirée vers les jus provenant de
pommes pourries, et c'est l'étude de la sulfitation des jus de pommes
pourries qui fait l'objet principal de cette Communication.
Nous avons d'abord recherché quels étaient les constituants du jus de
pommes normal susceptibles de se combiner à l'acide sulfureux, et nous
avons constaté que les sucres du jus (glucose, 20^; lévulose, 80^; saccha-
rose, 2oSpar litre), les tannoïdes, 3^ à /jspar litre, ne pouvaient, en se com-
binant à SU-, fournir que des quantités relativement faibles de SO- com-
biné (environ 100'"^ de SO^ combiné pour 100^ de sucres ). Nous avons
constaté de plus que les matières pecti(|ues, l'acide maliquc du jus ne se
combinaient pas à SO".
En parlant de jus de pommes pourries, nous avons constaté au contraire
que, lorsque ce jus est sulfite à la dose de i» par litre, le SO^ qu'il renferme
passe très rapidement à l'état combiné; la proportion de SO- combiné peut
atteindre 90 kcp pour 100 au bout de quelques jours.
A l'analyse, les moûts de pommes pourries semblent avoir une composi-
tion chimique voisine de celle des jus de pommes saines. Toutefois, ils s'en
distinguent par les caractères suivants : ils ne renferment plus de saccha-
rose, celui-ci ayant été inverti; leur acidité fixe a beaucoup augmenté; ils
sont plus riches en matières pectiques et mucilages. Les moûts que nous
636 ACADÉMIE DES SCIENCES.
iivons étudiés ne renferment pas, contrairement aux observations de
Muller-Thurgaii et d'Osterwalder, d^ildéhyde éthylique en quantité sen-
sible; ils ne contiennent pas non plus d'acétone.
Dans ces conditions, comment expliquer la formation rapide de SO-
combiné en grandes quantités dans les pommes pourries?
Les diastases oxydantes sécrétées par les moisissures aérobies des fruits
pourris déterminent l'oxydation d'éléments qui sont susceptibles de prendre
des fonctions aldéhydiques ou cétoniques; or on sait que ces corps ont la
propriété de fournir avec SO'des combinaisons stables. Il est donc probable
que ces corps doivent exister en proportions assez grandes dans les moûts
de pommes pourries.
Afin de vérifier cette hypothèse, nous avons été amenés à étudier l'action
de quelques oxydants sur les principaux constituants du jus de pommes
normal et à mesurer en môme temps le pouvoir de combinaison des corps
obtenus avec S0-.
Après avoir essayé un certain nombre de réactifs qui nous ont paru trop
énergiques, nous avons utilisé un oxydant agissant d'une façon plus
ménagée, analogue en quelque sorte à celle des diastases oxydantes du jus
de pommes pourries.
Cet ovydant est constitué par un mélange de sulfate ferreux et d'eau
oxygénée; il contient, pour loo'™', 5^ de sulfate de fer ammoniacal et i*^™
d'acide sulfurique.
Nous utilisons ce réactif à la dose de i""' à 2""' pour 100""' de solution des
corps et ajoutons une quantité variable d'eau oxygénée : i"'"', 2""', 5*"'"',
10""', 20'^'"'. Nous abandonnons pendant 24 ou 48 heures et faisons ensuite
agir l'acide sulfureux.
Action sur Tacide malique et le tanin : pas de SO" combiné.
Action sur les matières pectiques : SO* se combine à raison de 5o pour 100 ;
en même temps l'acidité du milieu augmente de 1 00 pour 100.
Action sur les sucres : les sucres fixent des doses extrêmement élevées
de SO- (2S, 3s, 4*^ de SO^ pour des solutions de sucres à loo^ par litre).
Ces solutions ne renferment ni aldéhyde éthylique, ni formol, ni acétone,
ni furfurol ou n'en renferment que des traces. Il se produit une légère des-
truction des sucres. Il y a augmentation de l'acidité totale du milieu; il y a
présence d'acides-alcools, acide gluconique et autres qui n'ont pas été déter-
minés.
Des jus de pommes normaux ont été soumis à leur tour à l'action du
mélange oxydant (sulfate ferreux et eau oxygénée); on a constaté une
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 637
augmentation d'acidité du milieu et la proportion de SO- coml)iné a
atteint 90 pour 100.
En résumé, sous l'action du mélange oxydant, comme dans les jus de
pommes pourries, sous l'aclion des diastases oxydantes des moisissures,
il se forme aux dépens des sucres et des matières pecliques des jus, de nou-
veaux corps, fort probablement de nature aldéhydique.ou cétonique, aptes
à fixer de grandes quantités d'acide sulfureux.
Ces corps que nous n'avons pas encore caractérisés pourraient être aussi
constitués aux dépens de la glycérine; car une solution de glycérine
soumise à l'action du mélange oxydant se combine aussi à Tacide sulfu-
reux (93 pour )oo de SO" combiné). Les moûts de pommes normaux
oxydés acquièrent des propriétés nouvelles qui leur donnent les caractères
des moûts de pommes pourries; comme ces derniers, ils possèdent une
grande capacité d'absorption pour l'acide sulfureux, et leur acidité fixe
augmente.
La conclusion pratique que l'on doit tirer de ce travail est que, quand on
voudra sulfiter des jus de pommes en cidrerie pour les conserver à l'état
doux pendant une longue période (un an par exemple), il conviendra de
n'utiliser que des jus sains, c'est-à-dire provenant de fruits de bonne qualité,
bien conservés et exempts de moisissures.
BIOLOGIE. — Contribution à l'étude de la régression d'un or":ane : les muscles
vibraleurs du vol <^'Apterina pedestris Meig. pendant la nymphose. Note
de i\L L. Mercier, présentée par M. E.-L. Bouvier.
J'ai montré (') que chez l'imago à\\plerina pedestris Meig., Borboride à
ailes rudimeataires, les muscles vibrateurs du vol n'existent pas. Or, on
doit admettre que les ancêtres à\A. pedestris possédaient la faculté du vol,
et que la disparition des muscles vibrateurs n'a été réalisée que secondaire-
ment. Aussi, il était intéressant, non seulement pour ce cas particulier,
mais encore à un point de vue philosophique de portée plus générale, de
tenter de mettre en évidence le déterminisme de l'atrophie de ces muscles.
(') L. MuKCiER, Aplerina pedestris il/e/^. Les musclesdn vol chez certains Diptères
à ailes rudimentaires ou nulles {Comptes rendus, t. 172, 19^-1, p. 7i*j).
638 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les observations de Janet ( ' ) sur l'anatomie des Fourmis nous ont appris
que. chez l'ouvrière, les muscles vibrateurs existent à l'état rudimentaire
pendant la période larvaire, mais qu'ils disparaissent chez l'imago. Il était
donc indiqué de vérilier s'il en est de même chez A. pcdestris el de rechercher
ces muscles pendant la nymphose.
Non formation des muscles vibraleurs du vol. — On sait, grâce aux belles
reclierches de Van Rees et de Ferez, que ce sont trois paires de muscles
thoraciques larvaires qui, échappant à l'histolyse, deviennent les premières
ébauches des muscles du vol. D'autre part Pérez (") a constaté que chez la
pupe de Callipliora erythiocephala de 20 heures, les muscles larvaires persis-
tants ont perdu leur striation transversale, présenlcnt une structure homo-
gène et sont déjà entourés de nombreux myoblastes.
Or, chez une nymphe d'J. pedestrîs parvenue à une phase de son évolu-
tion correspondant par l'ensemble des processus d'histogenèse à un stade
que Pérez fixe au douzième jour pour C. erythrocephnla^ j'ai encore cons-
taté la présence des muscles thoraciques larvaires et, par suite, l'absence
d'ébauches des muscles vibrateurs. Les muscles larvaires présentaient des
traces évidentes d'altération; mais leur striation transversale -était très
nette et à leur voisinage il n'existait aucun myoblaste.
Il semble donc que chez cette nymphe les myoblastes ne se sont pas
formés et n'ont pu, par conséquent, donner l'essaim initial constructeur des
ébauches musculaires.
Foî'mation com.plète des ébauches des muscles vibrateurs. — Par contre, chez
une autre nymphe d'.4. pedestris prise au même stade que la précédente,
j'ai constaté l'existence d'ébauches très nettes des muscles du vol. Les
muscles vibrateurs longitudinaux, en particulier, présentaient la même
disposition que chez Borborus equiiius Fall., espèce affine à ailes normale-
ment développées et volant bien. J'ai complé six paires de faisceaux muscu-
laires régulièrement disposés.
Les cas intermédicdres . — Entre ces deux cas extrêmes, il existe des aspects
intermédiaires. En effet, chez d'autres nymphes, les ébauches des muscles
(') Ch. Janet, Anatomie du corselet et histolyne des muscles vibrateurs, après le
vol nuptial, chez la reine de la Fourmi (Lasius niger). Imprimerie Ducourtieux -et
Goût, T.imoges, 190-.
("-) Gh. Pérez, Recherches histologiques sui- la uivlamorpliose des Muscides (Galli-
pliora eryllirocepliala Mg.) {Arch. zool. e.vp,, f)'' série, l. '1, 1910, p. 1).
SÉANCE DU 27 FKVRIER I922. ()39
vibrateurs se forineul, mais elles présentent des anomalies dans la taille et
dans le nombre.
C'est ainsi, par exemple, qu'au lieu de six paires de faisceaux musculaires
longitudinaux, il peut n'en exister que cinq paires, ou encore quatre fais-
ceaux d'un côté et cinq de l'autre.
Souvent, preuve évidente d'une histogenèse anormale, les ébauches
présentent des. différences de taille considérables. Il semble donc que si,
dans certains cas, les myoblastes constructeurs des muscles du vol ont pu
essaimer, ils n'ont pas été cependant en nombre suffisant pour permettre la
réalisation du plan d'organisation typique et ancestral.
Cette variation dans le nombre des faisceaux musculaires de la nymphe
d'A . pcdestris est à rapprocher de celle que j'ai signalée ( ' ) chez Chersodromia
hirla ^^'alk; il est possible maintenant de comprendre comment la variation
s'est établie chez cette dernière espèce.
Disparition des ébauches musculaires nymphales. — Les exemplaires
à'A.pedestris (\m viennent d'éclore ne présentent plus trace des muscles du
vol ; c'est donc que si les ébauches de ces muscles se sont formées, elles ont
disparu au cours des derniers jours de la nymphose. En effet, les ébauches,
quand elles existent, ne dépassent jamais dans leur développement un
certain stade. Celui-ci correspond sensiblement à la fusion des myoblastes
avec les inuscles thoraciques larvaires persistants et à l'orientation des
noyaux. Ce stade ne me parait pas devoir être franchi, car'je n'ai jamais
observé la pénétration des trachées dans les ébauches musculaires.
Lorsque la nymphe est parvenue à une phase de son évolution caractérisée
par la pigmentation des soies qui recouvrent le corps, la dégénérescence des
ébauclies musculaires commence. Dans ses grandes lignes, le processus est
comparable à celui décrit par Janet au cours de l'atrophie des muscles
vibrateurs du vol chez la reine de la Fourmi ; il s'agit d'une histolyse sans
phagocytose. Or on sait quel rôle important les amibocy tes jouent, chez les
Diptères en particulier, dans les remaniements du système musculaire au
cours de la nymphose; aussi, le fait que les ébauches des muscles vibrateurs
d'à. pèdestris disparaissent sans intervention de ces éléments méritf- de
retenir l'attention. A mon avis, ce processus de dégénérescence particulier
(1) L. Mercier, Variation dans le nombre des fibres des muscles vibrateurs longi-
tudinaux chez Chersodromia hirta Wallz. Perte de la faculté du vol {Comptes
rendus, t. 171, 1920, p. gSS).
64o ACADÉMIE DES SCIENCES.
montre bien qu^'il s'agit d'un phénomène surajouté à la métamorphose.
Conclusions. — En résumé, bien que les muscles vibrateurs du vol fassent
défaut chez V imago d^ A. pedestris, des ébauches de ces muscles peuvent appa-
raître chez la nymphe. L'importance de ces ('bauches est subordonnée à
l'apport des myoblastes constructeurs; lorsque ceux-ci ne prolifèrent pas,
les ébauches ne se constituent pas. Mes observations à ce sujet sont à rap-
procher de celles faites par R. Poisson sur la série : Ranatre, Nèpe et Nau-
cores. Chei: la Ranâtre et la Nèpe, où les myoblastes apparaissent en nombre,
les ébauches des muscles du vol sont importantes; chez Naucoris macula-
tus L., il ne se forme plus de myoblastes, aussi ne trouve-t-on plus trace
des muscles vibrateurs.
Enfin la variabilité que présentent les ébauches musculaires àW. pedestris
et le fait que certaines nymphes possèdent des ébauches rappelant, d'une
façon frappante, la disposition qui existe chez des espèces affines capables
de voler, nous laissent supposer que la régression des muscles du vol ne s'est
pas effectuée par une diminution graduelle et rc'gulière, Aussi, comme
Guénot l'a magistralement laissé pressentir dans le chapitre « Panmixie »
de sa « Genèse des Espèces animales », j'admets volontiers que la disparition
des muscles vibrateurs à\\ . pedestris iv e?,l pas due aux effets héréditaires et
cumulatifs du non-usage, mais à une mutation.
ZOOLOGIE. — Sur un genre de Poisson abyssal Japonais très rare, noui^ellement
retrouvé dans r Océan Atlajitique Nord-Africain. Note de M. Louis Roule,
présentée par M. L. Joubin.
Ce genre est Ijimaia Sauter (1903), dédié au distingué naturaliste
Ijima, professeur à l'Université de Tokyo. Il compose, avec le genre Ate-
leopus Schlegel (^Podateles Boulenger) la remarquable famille des Atéléo-
pidés'. Son unique espèce, Ijimaia Dofleini Sauter, a été créée pour un seul
individu péché auprès d'Enoshima, dans la mer de Sagami, en avril 1905,
par 700 brasses de fond. Par contre, les exemplaires qui font l'objet de la
présente relation sont au nombre de trois, et ont été péchés récemment
par un chalutier français à vapeur, au début de février, sur les cotes du
Maroc, devant Agadir, par 3oo brasses environ. L'un deux ne fut pas con-
servé ; les deux autres ont été offerts par l 'Association rochclaise de pêche à
SÉANCE DU 27 FÉVRIER I922. 641
vapeur au Musée d'Histoire Naturelle de La Rochelle et au Muséum national .
L'incli\idii donné à ce dernier dillère snffisamment de l'exemplaire japonais pour
moti\er la création en sa laveur d'une espèce spéciale., que je nomme Ijimaia Loppei,
pour rappeler Tinstigaleur du don, et son zèle de naturaliste. L'espèce atlantique
s'écarte de l'espèce japonaise, entre autres caractères : par la difTérenciation très
nette de son corps en deiiv parties, Tune antérieure comprenant la tète unie à la
région préanale du tronc, l'autre postérieure comprenant la partie post-anale, celle-ci
beaucoup moins haute et moins épaisse que la piécédenle, de manière à donner a
l'ensemble la forme d'un gigantesque Macruridé des grands fonds; par la tète plus
courte et plus massive; enfin par le nombre moindre des rayons de la nageoire anale
(76 seulement).
L'étude à' Ijimaia Loppei el sa comparaison avec Ijimaia Do/Ieini pevmeilenl, en
outre, de rectifier la diagnose générique à'Ijimaia exposée par Sauter. La bouche,
chez Ijimaia, est vraiment inférieure et surmontée d'un rostre court et épais comme
celle à'Ateleopus: elle n'est pas sublerminale. La diagnose générique réelle d'//j/??a/a
doit donc porter : sur la brièveté et la conformation particulière des nageoires pel-
viennes; sur la brièveté de la tète; enfin sur le nombre, égal à 10, des rayons de
l'unique nageoire dorsale.
Cette étude, que je compte pousser davantage, appelle d'ores et déjà
qnelqties observations :
1° Sauter considère Ijimaia Dofleini comme possédant une taille consi-
déi^able parmi les Atéléopidés, son exemplaire mesurant i™,238 de lon-
gueur. A plus forte raison en est-il ainsi, pour Ijimaia Loppei^ dont
l'exemplaire du Muséum atteint presque 2'" (exactement i™,845). Ces
dimensions excessives expliquent sans doute pourquoi les représentants de
cette espèce n'ont jamais été pris par les nombreuses expéditions océanogra-
phiques qui se sont succédées dans la région ibéro-mauritanienne, alors
qu'ils peuvent l'être maintenant par les puissants engins des chalutiers
modernes à vapeur. 11 est à présumer que des trouvailles de même sorte se
manifesteront à nouveau, les grands chaluts actuels pouvant draguer parfois
jusqu'à 5oo™ de profondeur et même davantage.
2° J'ai déjà signalé à plusieurs reprises la ressemblance établie, quanta la
faune ichtyologique, entre la province japonaise et la province atlantique
ibéro-mauritanienne avec son annexe du bassin méditerranéen occidental.
11 y a là une sorte de bipolarité, avec espèces communes ou avec espèces
représentatives dans les genres communs, aux deux extrémités actuellement
séparées de l'ancienne Méditerranée tertiaire, eurasiatique. La présence
642 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dans les deux stations d'une forme aussi caractéristique qu'Ijimaia contribue
à accentuer le fait.
3° La famille des Atéléopidés, connue jusqu'ici par un très petit nombre
d'exemplaires, est habituellement placée dans l'ordre des Blenniformes
(Acanthopterygiens jugulaires des auteurs). C.-T. Regan (1909) constitue
pour elle, d'autre part, un ordre spécial, celui des Chondrobrachii. A mon
avis, d'après les premiers résultats de mon étude, les affinités les plus directes
sonjt tournées vers les G«<^{/ormev ( Anacanthines des auteurs) et notamment
vers la famille des Macrouroididés, créés par Radcliffe (191 2) pour des
Macruridés n'ayant, comme les Atéléopidés, qu'une seule dorsale anté-
rieure. Je présume que les Atéléopidés représentent, dans la nature
actuelle, un type très primitif, se rattachant d'une part à des formes chon-
drostéennes nues, et, de l'autre, constituant un centre auquel se relient les
Gadiformes d'abord, puis les Blenniformes et les Pédicules.
ZOOLOGIE. — Sur In morphologie des pièces buccales chez le mâle c?'Akido-
gnathia halidaii {Bote and Weslwood). Note (' ) de M. Théodore Monod,
présentée par M. Joubin.
L'absence chez le mâle de tout élément appartenant au mérome appen-
diculaire des V® et VP segments céphaliques était jusqu'ici considérée
comme un caractère distinctif du sous-ordre des Gnathiidea^ en en excep-
tant toutefois l'espèce unique du ^enT^Akidognatlda Stebbing (-), chez
lequel l'auteur a découvert un rudiment qu'il considère comme représentant
l'appendice du V^ segment (premières mâchoires).
C'est une modalité du même genre que m'a révélée la dissection minu-
tieuse des mâles de Paragnathia halidaii (Baie and Westwood) (*). Cette
paire d'appendices maxillaires, non encore remarquée C), se trouve au
(') Séance du 20 février 1922. *
(^) Akidognathia œdipus Steb. {Proc. Zoot. Soc. London^ '912, p. 4^, et Tram;.
Zool. Soc. London, vol. 20, Pari, k, igiS, p. 235, pi. XXV).
(^) Exemplaires récoltés par moi à Lorient (1920), Roscofï (1921), Courseulles-
sur-Mer (1921).
(*) A moins que ce ne soit à ces éléments que Hesse fasse allusion : « Je n'ai pas
pu pénétrer plus avant dans Tintérieur de la bouche de manière à en pouvoir décrire
les mâchoires; mais on les aperçoit rangées autour de son orifice. » {Ann. Se. nat.
zooL, t. 17, 1884, art. n° 6, p. 4).
SÉANCE DU 27 rÉVRIER 192a. ^43
voisinage i,nm,.dial (le lorilice buccale, dans une position symétrique des
n.axillinèdes, par rapport au plan sagittal. Chaque mâchotre se compose
de deux articles hasilaires paraissant incomplètement sépares le premier
d',.ntre eux égal en longueur au double du second, et d'un palpe obscuré-
ment segmenté ( ' ). Ce dernier inséré sur l'angle anté.ro-.nterne de I article
distal du pédoncule est cylindroïde. un peu arqué, à concavit,. «terne,
entièrement glabre et dépourvu d'épines ou de coupling-^pines: Les deux
mâchoires, séparées par l'orifice buccal, n'entrent pas en contact 1 une avec
Vautre' S'agit-il ici de mr' ou de m:^^ Nous ne le savons pas encore et .1
nous faut attendre l'observation de la métamorphose pour pouvoir
attribuer, à l'un ou à l'autre de ces éléments, les appendices buccaux que
nous avons découverts. r ■ i,„ i„
Rappelons qu'une structure analogue a été décrite et figurée chez la
femelle de l'espèce qui nous occupe. Mais, dans ce cas, le rudiment d ap-
pendice est attribué par J. Omer-Cooper au septième segment cephalique
maxiUipède); de plus, il est temporaire et disparaît quelque tempsapres
a métamorphose (P). L'extrême ressemblance de ce rudiment avec 1 appa-
reil maxillaire du mâle chez lequel le maxiUipède existe, rend pro^iable
leur homologie. En ce cas, l'appendice de la femelle, figure par J. Omer-
Cooper, représenterait une mâchoire et non un maxiUipede.
La découverte de mâchoires dans une espèce du genre Paragnatha
\V Omer-Cooper (') autorise la réunion de ce dernier genre au genre
A/:Ulo?naMa Steb. (') dont U était principalement séparé par 1 existence
des inàchoires dans Akidognal/ua (Me Stebbing) et son absence dans
Pnragr^athia. La présente découverte et l'identité pour ces deux genres de
la formule anlenno-gnathopodique (') nous permet de les considérer
,.) Sur un mâle d, ullle normale; longueur : preniier arliole, o«.,,o ; deuxième
article o™,o5; palpe, o™,o4. . . , i- i •• • ir
e I. O«.,:coorr.;,, On Cl. occ.rence of M. I.opod Paragnall,^ l.ahda,, ,« .Vo,-
fol ui,h a ,U,cripaon of ihe prani.a .lage ( Trans. Nor. and Nonuch Val. Soc
v„ 10 Pan 3 >q.6-,q,-. p. ^3.3, pi. 1\ . Rg. ç,a) : « h Ihe aduU lemale iherejs no
mtimpLr bu'l ;!a afie; the final 'moull a .mail and degenerate remnan. may be
ob^erved whicli appears lo be rapidly absorbed. » . -, ,
n W. OMBK-CoorE», On , Pa,r.gna,lna -, a Genns of U.e Crustaceaa fan^Uy
, Gnailudae . (Ann. Mag. lYat. HisC 8- série, vol. 18, july ,9.6, p. .-—,
pi. VI).
i'-\ Loc. cit., note (2), p. 235. , , . . , 1^
(..) Cette formule, base rationnelle pour l'adoption de coupures gener.que.s dans le
644 ACADÉMIE DES SCIENCES.
comme synonymes. La diag-nose actuelle à'' Akidognathia renferme des
éléments certainement dépourvus de la valeur de caractères génériques : la
présence de soies aux pléopodes, par exemple, non seulement n'est pas un
caractère générique, mais n'est vraisemblablement même pas susceptible
d'appuyer une distinction spécifique comme on l'a cru ('). Nous avons, en
eiret, observé un certain nombre d'exemplaires de (i. maxillaj'is de prove-
nances variées et présentant des pléopodes tantôt sétifères, tantôt privés de
soies, sans que rien pour le moment ne nous autorise à ranger ces formes
dans deux espèces. La diagnose du genre AIddognathia, tel que nous le
comprenons, sera donc : flagellum antennaire de 8 articles, gnalhopode
du mâle composé de 5 segments; maie pourvu de rudiments maxillaires;
femelle privée de maxillipèdes développés (-).
11 pourrait se faire cependant que certaines espèces du genre Para gnathia
que nous n'avons pu examiner se montrent dépourvues de mâchoires,
auquel cas il faudrait créer, pour ces espèces, un genre nouveau : le géno-
type du genre Paragnathia devant passer dans le genre Akidognathia; le
premier de ces genres tombe définitivenient en svnonymie.
Indiquons en terminant les résultats provisoires de notre révision :
Sous-ordre : GNATHIIDEA H.-J. Hansen 1916.
Famille unique : GNATHIID.L Harger 1880.
Section L — Flagellum antennaire de 8 articles :
a. Gnathopode (=') de 6 articles (8 : 6) {''). Euneognathia Steb. 1893.
Génotype : E. {Anceus) gigasY^eàà'Avà i88().
b. Gnalhopode de 5 articles (8:5). Présence de rudiments maxillaires.
Akidognathia Steb. 1912 (inc. Paragnathia W. Omer-Cooper 1916). —
Génotype : A. œdipus Steb. 191 2.
Section IL -~ Flagellum antennaires de 7 articles.
sous-ordre îles Gnathiidea^ se compose du nombre darlicles au llagellum antennaire
et du nombre de segments du gnathojîode du màie. f-es deuv caractères permettent
de grouper en un certain noml)re de genres les quelques GnalhUdea dont nous pos-
sédions une diagnose suffisamment précise.
(') A. Norman et Th. Scott, The crust. of Devon and Cornwall, 1906 : A propos
de a Gnatlna inaxillaris » Mont, et a C. oricy aviva ». LiUj.
(^) Tout au moins dans A. Iiaiidaii.
. 0 Mâle.
(*) Formule antenno-gnatliopodique.
SÉA.NCE DU 27 1 K VKIKR I922. 643
a. Gnatliopodc de i article (7:1). Metagxathia nov. gcn. prov. —
Génotype : M. (Anccus) formica Hcsse 1864.
(N. B. — Ce genre, fondé sur une description de Hesse, ne peut rire que
provisoire tant que l'espèce n'aura pas été revue.)
h. Gnalhopode de 2 articles (7 : 2). Gîvathia s. sir. Leach. 18 i3 (inc.
C.KCOGXATHIA Dollfus 1901). ~ Génol\pe : G. (cancer) maxHlaris Mon-
tagus 1808.
c. Gnalhopode de 3 articles (7 : 3). Peric.xatiiia iiov, gen. — Génotype :
P. {Anceus) abyssorilm {G.-i).^diVs 1871).
d. Gnalhopode de 5 articles (7:5). Bathygnathia Dollfus 1901. —
Génotype : B. (Anceus) bathyhia Beddard 1886.
PHYSIOLOGIE. — Action de la tcmpéralure sur le chondriome cellulaiie. Un
critérium physique des formations mitochondriales. Note de MM. A.
PoLrcARD et G. MwGENOT, présentée par M. Roux.
Dans un travail antérieur, l'un de nous (') a démontré la grande sensibi-
lité des mitochoiidries aux élévations de tempéra lure. Entre 47° et 5o" C.,
les mitochondries des cellules rénales et hépatiques de la Grenouille dispa-
raissent comme par suite d'une sorte de fusion, le* reste de la cellule demeu-
rant sensiblement modifié. N.-H. Gowdry (-)a confirmé ces observations
pour les mitochondries du pancréas et des cellules végétales (racine de
J*ois), qui disparaissent à une température de 48° à 5o''.
Nous avons repris ces recherches sur des objets d'étude permettant l'ob-
servation directe des mitochondries vivantes et de leurs modifications sous
l'influence des élévations de la température ambiante. Nous avons fait
porter nos expériences sur des filaments d'une algue, Saprolegnia, les
cellules épidermiques déjeunes feuilles d'Iris et les cellules épidermiques des
pélales de Tulipe, variété blanche et jaune. Sur tous ces objets d'étude les
mitochondries sont facilement observables sur les cellules vivantes (Guil-
lierniond ). L'action de la chaleur a été é'iudiée comparativement par examen
direct sur une platine chautïante, et après application des méthodes mito-
(') A. PoLicARD, Sensibilité des cliondiiosomes aux élévations de température
(C. li. Soc. de Biol., t. 72, 1912. p. 228).
(-) N.-H. CovvDRV, A coniparison of niitochondria in plant and animal cells
{Biol. Bull., t. 33, 1917, p. 220).
646 ACADÉMIE DES SCIENCES.
chondriales habituelles (Regaud, Kiill) sur des fragments de tissus main-
tenus pendant lo minutes environ dans un bain-marie à une température,
rigoureusement réglée.
Les résultais de nos recherches peuvent être ainsi résumés.
I. Entre /^S"^ et 5o° G., les mitochondries subissent une altération
brusque. La précision de cette disparition peut être utilisée comme un crité-
rium physique, une sorte de température dç fusion pour ces organiles cellu-
laires. Aucun autre des éléments morphologiquement apparent dans la
cellule ne subit une telle transformation. On peut donc placer, à côté des
autres caractères morphologiques et histochimiques des mitochondries, celui
de s'altérer sous l'inlluence d'une température de Zj^° à 5o".
II. On sait que les formations mitochondriales peuvent subir la vacuoli-
sation. C'est là un mode banal d'altération, bien connu pour les cellules
animales et végétales. Cette vacuolisation peut se produire à la température
ordinaire, avec une vitesse plus ou moins grande, suivant des conditions
encore mal déterminées. La température accélère manifestement ce phéno-
mène; M.-R. et W.-H. Lewis(') ont suivi de près les modifications de
cet ordre qui se produisent dans les mitochondries quand la température
s'élève jusqu'à 48°. Or le mode typique de disparition des mitochondries
par action de la température est d'un tout autre ordre. Sur les cellules
directement observées, ces forjînations ne se vacuolisent pas, elles parais-
sent s'évanouir. Sur les préparations vitales examinées directement, on
cesse brusquement, à un moment précis, de voir les mitochondries. Après
application des méthodes histologiques spéciales, leur coloration caraclé-
ristiquc ne peut plus être obtenue.
1 ÏL La fixité de la température de disparition des mitochondries ne parait
absolue et identique rigoureusement pour tous les éléments. Nous avons pu
observer des variations de très faible amplitude dans les conditions
suivantes.
On constate, en premier lieu, des dilTérences de sensibilité suivant les
espèces. Les mitochondries de Saprolegnia sont plus sensibles que celles de
la Tulipe et celles-ci plus que celles de l'Iris. Nous poursuivons des recher-
ches sur ces faits et les rapprochements que l'on peut faire entre ces cons-
tatations et le comportement biologique du végétal.
(') R. Margaret et W.-H. Lewis, Milochonch'ia and other cyLoplasniic slntclure
in lissue cullures {Amer. Journ. of Anat., t. 17, I9i5, p. 3-4).
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1922. 647
D'autre part, dans une même cellule, il ne semble pas que toutes les
mitochondries soient rigoureusement identiques dans leur sensibilité vis-à-
vis de la température. Les unes semblent plus résistantes que les autres,
mais dans des limites très réduites. Des faits identiques avaient été signalés
pour les mitochondries des cellules hépatiques et rénales. Leur interpréta-
tion précise est encore impossible. Dans des cellules maintenues quelques
minutes, cinq, par exemple, à 5o", on constate que toutes les mitochondries
filamenteuses ont disparu ; seules quelques formations granuleuses per-
sistent encore, ayant tous les caractères des mitochondries granuleuses. Ce
type de chondriosome serait donc plus résistant que les autres. Mais cette
résistance est peu accentuée, car, à 52°, il ne reste plus aucun élément mito-
chondrial. Pour la feuille d'Jris cependant, il faut atteindre 54" pour que
toutes les mitochondries soient évanouies.
En tout cas, ces variations individuelles sont très faibles. Elles ne nuisent
en rien à la valeur pratique du critérium physique que nous venons d'm-
diquer.
Il semble, en résumé, que dans toutes les cellules, animales ou végétales,
les mitochondries ne peuvent supporter sans disparaître des températures
supérieures à 4t^°-5o". En dehors de sa signification biologique, probable-
ment considérable, ce caractère constitue un moyen précis et commode
pour se rendre compte de la nature mitochondriale d'une formation cel-
lulaire.
MÉDECINE. — Sur un composé bismutliique de la série aromatique et son
activité thérapeutique. Note de ]VL\L Henri Grexet et Henri Drouix,
présentée par M. Bazy.
Nous avons étudié dillérents sels de bismuth, utilisables en thérapeu-
tique antisyphilitique. Nous nous sommes arrêtés à un dérivé phénolique.
Ce sel, dont la teneur en métal actif, est comparable à celle du tartro-bis--
muthate de sodium et de potassium, est soluble dans l'eau et peu toxique :
une injection intra-veineuse de lo'^s est bien supportée par un lapin de S'"^.
Par sa faible toxicité, il se distingue de la plupart des sels de bismuth et en
particulier du tartro-bismuthate.
Chez l'homme, nous ne l'avons encore employé qu'à faible dose, ne
dépassant pas 10'=*'', tant par la voie intra-veineuse que par la voie hypo-
648 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dermique. Nous nous réservons d'ailleurs d'en étudier plus complètement
la tolérance.
L'injection intra-veineuse de lo'^s ne détermine chez Thomme aucun
trouble, si ce n'est d'une manière inconstante, une douleur immédiate, vive
et passagère dans la mâchoire. Ce phénomène n'est observé qu'à partir
de 8*^"; il est propre au bismuth, puisque, dans des essais antérieurs,
datant de 1919, nous l'avions déjà constaté avec d'autres sels de bismuth,
introduits dans les veines à plus faibles doses.
L'injection sous-cutanée ou iiitra-musculaire de 10^^ dans 2™' d'eau est
à peine douloureuse, ne détermine pas de nodosités et peut être répétée à
la même dose tous les deux jours.
Ni avec les intra-veineuses, ni avec les hypodermiques, nous n'avons
observé de stomatite (à peine un léger liséré gingival chez les sujets à mau-
vaise dentition).
Avec la dose de 10'*^' répétée trois fois par semaine nous avons obtenu la
disparition des lésions syphilitiques primaires, secondaires et tertiaires,
avec une rapidité comparable à celle que donnent les arsénobenzènes. La
réaction de Bordet-Wassermann paraît un peu moins vite influencée. Sous
le rapport de l'activité thérapeutique, la voie veineuse ne semble pas supé-
rieure à la voie hypodermique.
A 16 heures et quart, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 16 heures et demie.
A. Lx.
-=»^s^^»-^^ <a «g
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI « MARS 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET C03IMU]\ICATIO]\S
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Secrétaire perpétuel annonce à FAcadémie le décès, survenu le
i3 décembre 1921, de M. Max IVœther, Correspondant pour la Section de
Géométrie.
M. H. Jumelle, élu Correspondant pour la Section de Botanique,
adresse des remercîments à l'Académie.
COMMISSIONS.
Le scrutin pour la nomination des commissions de prix de 1922, ouvert
en la séance du 27 février, est clos en celle du 6 mars.
52 cahiers de vote sont déposés.
Le dépouillement des cahiers de vote donne les résultats suivants :
L Mathématiques : Grand prix des sciences mathématiques, prix Poncelet,
Francœur. — MiM. Appell, Painlevé, Hadamard, Goursat, Borel, N...;
Boussinesq, Emile Picard, Lecornu.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM: Hamy, Kœnigs.
IL Mécanique : Prix Montyon, Fourneyron, Henri de Pareille. —
MM. Boussinesq, Sebeit, Vieille, Lecornu. Kœnigs, Mesnager; Emile
Picard, Appell, Bertin.
Ont obtenu ensuite le plus de suffiages : MM. Râteau, Borel.
G. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 10.) 4^
65o ACADÉMIE DES SCIENCES.
ni. Astronomie : Prix Lalande^ Benjamin Vah, Janssen, Pierre Giizman. —
MM. Deslandies, Bigourdan, Baillaud, Hamy, Puiseux, Andoyer;
Boussinesq, Emile Picard, Appell.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. de Gramont, Favé.
IV. Ctkographie : Prix Delalande-Guérineau, Gay, fondation Tchihatchef,
prix Binoux. — MM. Bertin, Lallemand, Fournier, Bourgeois, Favé,
Ferrie; Guignard, le prince Bonaparte, Douvillé.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Lecomte, Joubin.
V. Navigation: Prix de six mille francs^ Plumey. — MM. Boussinesq,
Sebert, Berlin, Vieille, Lallemand, Lecornu, Fournier, Bourgeois, Kœnigs,
Favé, Mesnager, Ferrie; Emile Picard, Râteau, Laubeuf-.
Ont ensuite obtenu le plus de suffrages : MM. Gaston Bonnier, Borel.
VI. Physique : Prix L. La Caze, Kastner-Boursault, Hébert, Hughes, fon-
dation Clément Félix. — MM. Violle, Bouty, Villard, Branly, Daniel
Berthelot, Brillouin; Boussinesq, Emile Picard, Paul Janet.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Appell, de Gramont.
VII. Chimie : Prix Montyon des arts insalubres, Jecker, L. La Caze,
fondation Cahours, prix Houzeau. — MM. Lemoine, Haller, Le Chatelier,
Moureu, Béhal, Urbain; Schlœsing, Maquenne, Lindet.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Roux. A. Lacroix.
VIII. Minéralogie et Géologie : Prix Victor Raulin. — MM. Barrois,
Douvillé, ^Vallerant, Termier, de Launay, Haug; A. Lacroix, Depéret,
Kilian.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Maquenne, le prince
Bonaparte.
IX. Botanique : Prix Desmaziêres, Montagne, de la Fons-Mélicocq^ de
Coincy. — MM. Guignard, Gaston Bonnier, Mangin, Costantin, Lecomte,
Dangeard; Bouvier, le prince Bonaparte, Henneguy.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Maquenne, Flahault.
X. Anatomie et Zoologie : Prix Cuvier, fondation Savigny, prix Jean
Thore. —MM. Ranvier, Bouvier, Henneguy, Marchai, Joubin, Mesnil ;
Laveran, le prince Bonaparte, Douvillé.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. d'Arsonval, Charles Richet.
XL Médecine et Chirurgie : Prix Montyon, Barbier, Bréanl, Godard, Mcge,
SÉANCE DU 6 MARS I923. 65 1
Bcllion, Lariry. — MM. d'Arsonval, Laveran, Charles Richet, Quénu,
Widal, Bazy; (iiiignard, Uoux. Henneguy, liranly, Mesnil.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Leclainclie, Joubin.
XII. Physiologie : Prix Montynn, L. La Caze, Pourat, Martin-Damourette,
Philipraux. - MM. d'Arsonval, Roux, Laveran, Henneguy, Mangin,
Charles Richet, Quénu.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Widal, Mesnil.
XIII. Fonds Charles Bouchard. - MM. d'Arsonval, Guignard, Roux.
Laveran, Henneguy, Mangin, Branly, Charles Richet, Quénu, Widal.
Bazy, Mesnil.
XIV. Prix Montron de statistique. - MM. Emile Picard, Appell, Violle,
le prince Bonaparte, Tisserand, Lecomte, Borel.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Boussinesq, d'Ocagne.
XV. Histoire et philosophie des sciences : Prix Binoux. — MM. Boussi-
nesq, Emile Picard, Appell, Bouvier, Bigourdan, de Launay, Daniel
Berthelot.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Violle, Borel.
XVI. Médailles Ara go, Lavoisier, Berthelot. — MM. Bertin, Haller,
Emile Picard, A. Lacroix.
XVII. Prix Gustave Roux, Thorlet, fondations Lannelongue, Trémont,
Gegner, Hirn, Henri Becquerel. - MM. Bertin, Haller, Lmile Picard,
A. Lacroix, Appell, Guignard.
XVIII. Prix Alhumbert. — MM. Guignard, Bouvier, A. Lacroix,
Le Chatelier, Wallerant, de Gramont, Joubin.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. d'Arsonval, Roux.
XIX. Prix Bordin. — MM. Guignard, Roux, Haller, A. Lacroix,
Douvillé, Mangin, Costantin.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Schlœsing, Lecomte.
XX. Prix Lallemand. — MM. d'Arsonval, Bouvier, Henneguy, Marchai,
Richet, Joubin, Mesnil.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Quénu, Widal.
XXI. Prix Vaillant. - MM. Guignard, Bouvier, A. Lacroix, Le Cha-
telier, Termier, Moureu, Joubin.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Roux, Douvillé.
652 ACADÉMIE DES SCIENCES.
XXII. Prix Houllevigue. — MM. Boiissinesq, Emile Picard, Appell,
Violle, Deslandres, Bij^ourdan, Lecornu.
Ont obtenu ensuite le plus de sufTrages : MM. Borel, Brillouin.
XXIII. Prix Saijitour. — MM. Guignard, Roux, Bouvier, A. Lacroix,
Termier, Marchai, Mesnil.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Laveran, Mangin.
XKIV. Prix Henri de Panille (Ouvrages de sciences). — MM. Bertin,
Haller, Emile Picard, A. Lacroix; Appell, Moureu, Janet.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Boussinesq, Haller,
le prince Bonaparte.
XXV. Prix Loiichampt. — MM. Guignard, Roux, Laveran, A. Lacroix,
Macfuenne, Mangin, Charles Richet.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Leclainche, Widal.
XXVL Prix Henry Wilde. ~ MM. Emile Picard, Guignard, Violle,
A. Lacroix, Bigourdan, Kœnigs, Borel.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Boussinesq, Appell.
XXVIL Prix Camérê. — MM. Vieille, Le Cliatelier, Lecornu, Kœnigs,
Raleau, Mesnager, d'Ocagne.
Ont obtenu ensuite lt* plus de suffrages: MM. A. Lacroix, Lallemand.
XXVIIL Prix Victor Raidin. — MM. Violle, Deslandres, Bigourdan,
Hamy, Lallemand, Puiseux, Bourgeois.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : M^L A. Lacroix, Branly.
XXIX. Fondation Jérôme Pond. — MM. Boussinesq, Emile Picard,
Appell, Bigourdan, Villard, Lecornu. Kœnigs.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Sebert, Borel.
XXX. Question à proposer pour le Grand prix des sciences physiques
à décerner en 1923. — MM. d'Arsonval, Guignard, A. Lacroix, Douvillé,
Le Ghatelier, Termier, Joubin.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Bouvier, Henneguy.
XXXL Question à proposer pour le Pïix Bordin (sciences mathéma-
tiques) à décerner en 1925. — MM. Boussinesq, Emile Picard, Appell,
Bigourdan, Lecornu, Kœnigs, Borel.
Ont obtenu ensuite le plus de suffrages : MM. Hadamard, Bourgeois.
SÉANCE DU 6 MARS l<^22. 653
CORRESPOIVD AIVCE .
AXALYSE MATHÉMATIQUE. ^ Nouvelles applications de la représentation
conforme aux équations fojiclinnne Iles. Note de M. Gaston Julia.
l. Lorsque la substitution Z,n=U(Z) a un point double indifférent a,
tel que a = Pi (y.), R'(a) = i [R"(a)^o pour siuiplifier], on peut sup-
poser a à rinfini et les axes tels que Z, = Z -f- r/ + p(Z), a étant positif
et p(Z) fonction rationnelle de Z, nulle à l'infini. L'existence d'une fonction
méromorphe /(^ ) vérifiant /(s -h «)= R[ /'(^)] peut s'établir par la
méthode indiquée dans ma précédente ISote (' ).
L'étude locale de l'itération au voisinage d'un point double indifférent
prouve que l'on peut déterminer un demi-plan (P„) |R(Z) = a], tel que,
Z décrivant (Po), Z, décrive une aire (P, ) contenant (Po) à son inté-
rieur (-). De proche en proche on définira les aires (Pa), (P3), ... par
prolongement analytique, telles que Z décrivant (P„), Z, = R(Z) décrive
(P„^.,), chacune de ces aires contenant toutes les précédentes. Lorsque
n grandit, ces aires deviennent des surfaces de Riemann simplement con-
nexes dont le nombre de feuillets devient infini avec n et qui recouvrent
tout le plan. Soit }il la limite de (P„) pour n —^•. c'est une surface de
Riemann simplement connexe. Essayons de la représenter sur un cercle ou
un plan pointé. Choisissons un point fixe w sur Z, par exemple dans (Pq)
sur le premier feuillet. Comme cercle (ou demi plan) de représentation,
nous pouvons toujours choisir -ûj, | R( g ) = aj, identique à P^, et comme
point correspondant à w, nous choisissons co lui-même. Si l'on convient
qu'au point à l'infini sur l'axe réel négatif de z doit correspondre le point à
l'infini sur l'axe réel négatif du premier feuillet de 1, la fonction Z = 9(2)
qui fournit la représentation est parfaitement définie, si elle existe. Et
c'est la limite uniformément atteinte dans û^, de la famille (^) des
(') Comptes rendus, t. 17i, 19^2, p. 017.
(^) Si a était à distance finie, Fq serait un cercle Cq passant par a, non tangent à
une direction privilégiée, issue de a, et de rayon assez petit. Laire (C,) itérée de (Cq)
contiendrait (G^) et son contour C, serait langent à (]„ en a.
(^) 9rt(^) fournit la représentation de (l*„) sur 7:0.
654 ACADÉMIE DES SCIENCES.
les substitutions S„(^) == a„^ 4- ^,j conservant le demi-plan ti,,, et étant
telles que S,, (co) = (^i_„, antécédent d'ordre n de co [w = R,j(to_„)], antécé-
dent intérieur à tc^ et tendant vers l'infini, lorsque /i =3o; alors o„(co) = w.
Mais on reconnaît que '^\\iû) devient infini avec n, et ce critérium d'impos-
sibilité prouve que S n'est pas représenlable sur un demi-plan (ou cercle),
mais doit l'être sur un plan pointé. Pour obtenir cette représentation, on
peut considérer la suite
Mz)^-z., f,{z) = l\[Mz + li,)]=S\{z + h,), ..., Mz)^{K,[z + h,,^,
en posant h„ = w_„ - w. Alors /„(co)= w. Les/;^(to) = Rl(^-«) = w \ s
forment cette fois une suite qui converge vers une limite finie (') et :^ o.
Ov fJ^{z) représente (P,j) sur le demi-plan
7r„ [A{z.)_y. — A{lin) = a + .'R((,j — w_„) = a„],
et t:,j a pour limite le plan :; (pointé à l'infini). La fonction méromorphe
Z=^/(^z) représentaîit ^ sur le plan pointé z, [y(co) = co] sera la limite
de /,i(z) dans tout domaine fini.
Suri, Z, — R(Z) définit urte transformation analytique biunivoque sans
autre point double que le point a du premier feuillet (a est à l'infini). C'est un
pointy>-o/i//er^ de H. A deux points bomologues Z et Z, de Z correspondent,
par Z = f(z) et Z, =::/(3, ), deux points :; et :;, du plan pointé; z^(z) est
une transformation biunivoque et analytique du plan pointé en lui-même,
l'infini étant seul point double : c'est justement ^, = ^ -i- « et Ton a bien
J\z + a) = n[J\z)].
2. Si l'on considère maintenant G[R,(Z)] = RJGlZ)), R, et R^ étant
deux fractions rationnelles et G une fonction à déterminer, bolomorphe
au voisinage d'un point double o, répulsif (- ) de
[Z|R.(Z)], [R,(o) = o, lR',(o)=5,|>i],
telle, pour simplifier, que
G(o)=o, G'(o) = i [o = R,(o), R;(o)=r5,],
la méthode utilisée ici conduit : i° à prendre autour de o dans le plan Z
(M On le voit par une évaluation assez grossière de &j„„„ ^ R_„('jj), montrant
que tend vers — i pour n = ce.
na ^
(^) Ceci ne restreint pas la généralité.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 655
une petite aire circulaire (C^) qui, itérée indéfiniment par [Z|R,(Z)],
donnera à la limite une surface de Riemann 1, simplement connexe;
2° à opérer de même dans un plan 'Ç en itérant indéfiniment par
[Z|Ro(Z)] une petite aire (Fo) entourant o, ce qui à la limite donne une
surface de Riemann }C.. La relation 'C = G(Z), G(Z) étant la fonction
cherchée, fournira la représentation conforme de H., sur'L^. On la réalise en
représentants, et S^ sur un plan auxiliaire :; par les fonctions fondamen-
tales T, (:;) et F, (s) :
r,(6-,3)==H,[r,(s)],
r,(o) = o,
r,(o) = i;
r,(5.5) = R,[r,(^)],
r,(o)=r,,
r;(o) = i.
11 est évident alors que Tof::) = G| F, ( r )J. Donc G(Z ) = Fo| y, (Z)J,
Y,(Z) étant la fonction inverse de F,(^) ( ' ). En partant d'un élément circu-
laire (F,)) de surface de Riemann ramifiée en o dans le plan 'C, pour engen-
drer Zo, on aurait toutes les solutions de G [R,( Z )] = Ro[G(Z)J.
3. La même méthode, appliquée à Fitération indéfinie du domaine D^,
supposé simplement connexe, d'un point double attractif a de R(Z), fournit
une surface de Riemann 2 simplement connexe, projetée sur D^, limitée au
contour de D^ parcouru une infinité de fois dans le même sens. I peut être
représentée conformément sur un demi-plan I(^) ^ o par une fonction uni-
forme Z =/(z). "Envisagée sur^, Z, = R( Z) est une transformation biuni-
voque de ïi en elle-même, sans point double intérieur àl.[y,, limite de points
de ramification de I, n'est pas un point intérieur à S] ; il lui correspond une
transformation biunivoque du demi-plan I(r.)>o en lui-même, qui se
ramène k z■^ ^= ryz (a réel positif). On a
.f{az) = ï\[f{z)].
Mais, sauf dans le cas où [Z|R(Z)1 est à cercle ou arc de cercle fonda-
mental, /{:•) admettra pour coupure l'axe réel l{z) = o. f(z) pourrait
s'obtenir : i" en représentant Da sur un cercle du plan t pa;- Z = -^(0;
2° en déterminant une fonction fondamentale t = c^iz) de la transforma-
tion rationnelle t^ = p(t) déduite de Z, = R(Z): o [cr^J = g( :; )] ; alors
f(z-) = '\^[o(z)\. f(z) présente quelque analogie avec la fonction modu-
laire. Mais ses valeurs restent intérieures à D^, et elle tend vers a quand z
tend vers l'infini sur un rayon issu de o.
{^) Sur une classe d'équations fonctionnelles {Comptes rendus, l. 173, 1921,
p. 8i3).
656 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un problème nouveau concernant
les fonctions analytiques et la représentation conforme. Note de
M. Henri Villat.
Dans un ensemble de recherches sur les mouvemenls fluides tourbillon-
naires, j'ai reconnu que la solution d'un nombre considérable de questions
dépendait du problème suivant :
« Déterminer une représentation conforme faisant correspondre à un
demi-plan, par exemple, un domaine pour lequel deux portions de la fron-
tière puissent être amenées en coïncidence par une simple translation. »
C'est là un problème que je crois entièrement nouveau, et qui permettra
beaucoup d'applications importantes. La question peut se ramener à une
équation intégrale pour la résolution de laquelle j'ai pu obtenir un théo-
rème d'existence. Dans certains cas la solution se laisse écrire explicitement;
dans le cas le plus général, on peut toujours parvenir à une solution appro-
chée, à défaut de la solution précise que l'on sait exister.
Je donne ci-dessous quelques indications concernant d'abord le cas théo-
riquement, mais non praticjuement, le plus, simple, où le domaine à repré-
senter est une bande indéfinie comprise entre deux courbes déduites par
translation l'une de l'autre. Il est naturel de représenter ce domaine sur une
bande à bords rectilignes. Un premier procédé consiste à rechercher une
fonction analytique se reproduisant à une constante près quand on passe
d'un bord à l'autre, moyennant une correspondance convenable entre les
points des frontières; on tombe ainsi sur des équations peu maniables, sauf
le cas particulier où la correspondance des bords se fait par divisions sem-
blables; dans ce dernier cas on trouve l'équatioji intégrale, avec la fonction
inconnue F :
■ 'F(a)-l^^([3)
r
Ax ( y.— 'p
doi-zzi c {c ~^ consl.) :
cette équation est aisée à étudier : on constate saris peine qu'elle possède
la solution
b (a) = const. 4- — —\
71"
on démontre aussi qu'elle n'en possède pas d'autres.
Ce cas particulier mis à part, pour surmonter la difficulté du cas général,
j'utiliserai un procédé se rattachant à la Mécanicpie des fluides, en suppo-
SÉANCE DU 6 MARS 19^2. Ô-S;
sant le domaine étudié, occupé par un courant liquide, dont le [)olenliel et
la fonction de courant serviront de variables auxiliaires. Avec des unités con-
venablement choisies, le problème général se ramène alors à la résolution,
par rapport à la fonction inconnue B, de l'équation intégrale
l:
, A(a) — (P , B(a"
ih — tl) — :
dy. =z T loi;
B'(cp)
A'(
OÙ A' et B' désignent les dérivées de A et B.
Considérons maintenant deux suites de nombies, rangés par ordre d<
grandeur,
— ce, «,, a^, ..., a,,, r/ , f/„, -h ce
— oc, />i, h.2,
-h^.
et attachons aux intervalles qu'elles définissent les constantes A,,, A,, A., ...,
A^, X,j en choisissant \,= A(rt^). Puis écrivons pour chaque valeur de p les
équations
(2)
/
■ h'-^
— «1
2
cl. '^
— />.
2
S 11
9 — ''2
'2
cl
0 — />.,
■i
do
.1
ch
cil
<^C2.
On peut démontrer que l'ensemble de ces équations (en nombre /i — i)
constitue une représentation approchée de l'équation intégrale précédente :
on retrouverait cette dernière équation en faisant croître indéfiniment le
nombre des intervalles ci-dessus, chacun d'eux devenant infiniment petit.
Et une solution, supposée d'abord existante, des équations (2), ferait con-
naître, en traduisant les choses géométriquement, non pas la courbe cher-
chée ^ = B(a), mais une courbe en escalier inscrite dans cette dernièréT^
Or on peut faire voir que le système des équations (2) est résoluble, par
rapport aux inconnues 6, , ^o, . . ., 6„, et que sa solution dépend d'une con-
stante arbitraire. On en déduira donc une solution approchée de (1), et
cette solution pourra être aussi approchée que l'on voudra.
Le mécanisme du calcul est très analogue à l'un de ceux qu'on utilise
pour l'équation de Fredholm de seconde espèce. Mais ici les équations (2 )
qui remplacent les équations linéaires de Fredholm sont singulièrement
658 ACADÉMIE DES SCIENCES.
plus compliquées, et ne permettent pas d'espérer écrire simplement la solu-
tion explicite de (i).
Le procédé employé ci-dessus a l'avantage de rendre aisée la solution
de la difficulté qui peut provenir du recoupement éventuel des bords du
domaine à étudier.
Malgré les apparences, le cas où le domaine est limité par deux ccurbes G,
et Co égales par translation, et en outre par d'autres courbes D, n'est pas
toujours plus compliqué que le cas envisagé ci-dessus. Cependant la mé-
thode hydrodynamique comporte alors l'emploi de mouvements tourbillon-
naires. On trouvera ailleurs les calculs correspondants. Ce qui intervient
comme élément de simplification est le fait qu'on peut dans certains cas
reporter la difficulté sur les courbes D; or, par rapport aux fonctions con-
cernant CCS dernières courbes, les équations qui s'introduisent sont des
équations de Fredholm; il est vrai qu'elles sont de première espèce, et sin-
gulières; j'indiquerai ultérieurement le parti qu'on peut en tirer. Je signale
comme particulièrement intéressant le cas d'un domaine limité par quatre
courbes formant une sorte de parallélogramme curviligne, à côtés opposés
superposables par translation; ce cas comporte des développements spé-
ciaux et importants.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur l'application des variétés d^ ordre p dans un
espace x d'' ordre n. Note de M. René Lagrange, présentée par M. Emile
Borel.
Je me suis proposé de déterminer les propriétés métriques d'une variété V^
plongée dans un espace E„, pour un observateur, parcourant cette variété,
qui ne saurait distinguer qu'un élément tangent d'un élément qui ne l'est
pas. Le /i-èdre orthogonal d'étude est alors assujetti à la seule condition
d'avoir/) âe ses axes constamment tangents à la variété.
" /•
Soit ûf^^ = V diii] le ds- de E)/' ; le long de V^,, ds'- = V du\ et les formes
de Pfa{î<ito, sont des formes linéaires des formes du^^ :
a
Complétons les/) axes tangents (^". . .^,^) à l'aide de ^= n — p axes nor-
maux (a*. . .«*). Les rotations du n-èdve orthogonal sont données par les
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 669
équations
^^^ _ V - :r , V pg ^g
) {
11 résulte de (0, r/)w,= o que les t„,./< sont les symboles (' ) de la V^, et
que, d'autre part, P^, = H^, K^ = - K^ •
Nous cherchons les invariants pour les deux groupes orthogonaux
b p
Deux variétés V^, V étant dites « applicables dans K,j », si l'on peut
trouver deux observateurs pour lesquels les équations (1) sont identiques,
on peut dire que le problème consiste à chercher les conditions d'une telle
application, dont l'application ordinaire est un cas particulier {n =^p)-
Les expressions qui interviennent dans les calculs contenant des indices
d'éléments tangents (a, b, c, . . .) et d'éléments normaux (a, ^, y, . . .), j'ap-
pellerai « différentielle absolue le long de V^, » l'opération
;TYai.-a. ^v^'i-*' V X^ -r va,...a, i_ \^ Ra;,3 v=',...p...g, 1 ^ ,
C L '■i' *? J
La définition des dérivées partielles absolues X*; ;«;/,. s'en déduit immé-
diatement. Nos deux groupes orthogonaux introduisent deux sortes de
covariance, que nous désignerons par covariance (r, s), r se rapportant aux
indices tangents, s aux indices normaux.
Ceci étant posé, les conditions d'intégrabilité de (I) donnent le système
(II) e';,i,=yei6:.z:ae, p;f.=2^''^''pp^-" pii>'=y,^'^pl^''^'--
de [3 (Y/ <-Y
Ces équations entraînent l'orthogonalité des b" et des p^. On en déduit les
deux théorèmes suivants :
1° La diffèrentiation absolue le long de V^, conserve la covariance ;
qP Les dérivées partielles absolues le long de Yj„ d'ordre m, d'un système
covariant (r, .y), sont des covariants (r -h m, s).
Enfin la permutation de deux différentiations successives introduit les
C) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. iS^S.
6(So ACADÉMIE DES SCIENCES.
symboles de Riemann t"^ de V,„ et des symboles analogues R'fJ, qui consti-
tuent un système covariant (2, 2). On pourra donc former, à partir de ces
trois sot tes de symboles P,"^,,, t;.'J, R*/^, trois séries de covarianls P, G, R, et
par suite les invariants de V^, d'une manière systématique, à Taide des
transformations infinitésimales des deux «groupes orthogonaux prolongés.
Or les conditions d'inlégrabilité de ( II), finies par rapport aux G/J et p^,
consistent à écrire les covariances de nos symboles; celles qui s'en dédui-
sent, également. Les conditions d'application sont donc la compatibilité
des équations (1), (I ), (II), et de celles (jui expriment les covariances suc-
cessives des trois séries de covariants P, G, R.
Courbures externes n. ~ Ce sont les invariants formés avec les P*/,.
^1/12 ' — -^ ils sont au nombre de N = -^— ^ — ^— -:
- 2 22
SI /i ^ — '— ) [\ = - — ^ ; SI yo = /i — I , [N = « — I ; on
retrouve les /z — i courbures principales; si /> = i, N = i, et l'on a la pre-
mière courbure de la courbe; si /> = 2, N = 2, 4 ou 5, suivant que ^^3,4
ou>5. .
'/
En posant P"^^ = y ( |>=^^ p^^ __ p^ p^^^)^ qai sont des covariants (4, 4),
a= 1
un invariant simple est — 2i ^al^ ^^ ^* courbure totale externe » ; pour/?= i,
elle s'évanouit; pour p = n — i, c'est la somme des doubles produits des
courbures principales combinées deux à deux.
Un autre invariant simple est la « courbure moyenne externe »
V a \ a
si ^ = I , c'est l'invariant unique; si p = n — i, c'est la somme des cour-
bures principales.
Relations avec respace E„. — Les conditions d'intégrabilité de (i) et (2)
donnent, entre les symboles introduits dans cette étude, et les courbures
de Riemann de E„, des relations dont voici quelques applications.
Si une Vo quelconque a ses deux courbures totales égales, E/^est euclidien;
si ceci a lieu pour lonle V„„,, on retrouve un théorème que j'ai énoncé
récemment (^ ).
(') Voir Comptes rendus^ l, 174, 1922, p. 5oo.
SÉANCE DU 6 MARS I922. 661
En appelant « développable » une variété dont tous les P^* sont nuls, on
voit que dans un espace de courbure constante, toute développable esta
courbure constante égale, et; réciproquement, toute V^, à courl)ure cons-
tante égale est développable.
Si toute courbe, et une géodésique quelconque normale à cette courbe
définissent une Vo développable réelle engendrée par des géodésiques nor-
males, l'espace E,j est nécessairement à courbure constante.
Une variété V^, « plane », c'est-à-dire dont toutes les courbures exté-
rieures sont nulles, n'a que /) dimensions dans E„. Si, par tout point M
de E„, il passe une V^ plane, admettant en M un hyperplan tangent arbi-
traire, E„ est à courbure constante; et le long de cette V^^, l'espace normal
reste parallèle à lui-même au sens absolu.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Correspondances ponctuelles déduites de l'étude
des trois formes quadratiques fondamentales de deux surfaces. Note de
M. Bertrand Gambier, présentée par l\l. G. Kœnigs.
1. Soient F, $, ^' et F,, <ï>,, ^ï', les formes quadratiques fondamen-
tales I^.r*, Iidcd.T, ^dc'^ de deux surfaces Set S, en correspondance ponc-
tuelle. Si un rapport tel que -rr^ ou -r~y • ■■> dépend uniquement de la posi-
tion du point M sur S et non de l'orientation d'arc issu de M, je dirai que ce
rapport est fonction de M.
Cherchons toutes les correspondances telles que deux de ces rapports
soient fonction de M. Le cas de S, sphère ou surface minima, est facile,
écartons-le. Mais alors le réseau des lignes de courbure de S (ou S, j est
caractérisé complètement par la propriété de diviser harmoniquement<Yew.r
des trois réseaux l^dx"^ == o, 'Ldcdx = o, 'Ldc- = o : donc les lignes de cour-
bure seront conservées.
2. On constate aisément qu'une surface S quelconque ne possède pas en
général de transformation ponctuelle du type actuel en une autre surface S, .
Rapportons S et S, à leur lignes de courbure (a, v) et dressons le Tableau :
s. Sj.
i de- a- (lu- -+- c^ dv- a\ dii"^ -t- c\ dv-
Idcd.r «2H^/«2^c^RVr2 a\Ki du^ + c\K^dv^
Idx'- «^^2 di(^ + c- R- dv' a- ?y\ dir- + c\ \\\- dv-
Les ({uatre fonctions «, c, 11. Il' satisfont à trois équations aux dérivées
662 ACADÉMIE DES SCIENCES.
partielles bien connues; a,, c,, R,, 11'^ donnent trois équations homologues
et enfin les deux rapports envisagés donnent deux relations complémen-
taires entre Tcnsemble de ces huit fonctions. Je dresse le Tableau complet
de toutes les transformations P symétriques par rapport à S et S, et de
toutes les transformations Q non symétriques en S et S,, indiquant les
rapports envisagés et les deux conditions résultantes pour a, r, . .., 11'^. Pour
les transformations non symétriques, je n'indicjue pas celles que l'on obtien-
drait en permutant S et S, dans le Tableau ci-dessous :
Pa,
Pi-
P5,
Q2=p;,
Qa.
Qs,
Qe,
On remarquera que P5 doit être séparée en deux transformations P,. ou
P'!. suivant que -j^ et ^^ sont égaux ou opposés. Les transformations P sont
donc en réalité au nombre de six; j'ai étudié P, et P2 aux Comptes rendus
(2 novembre 192 1), et P3 le 20 février 1922.
La transformation Q3 appliquée à une surface S convenable donne un
seul type de surfaces S,, mais la transformation inverse, —^ appliquée à S,
Vs
R'
donne deux types distincts de surfaces S suivant que -^ est positif ou négatif :
F
0
^
R'
H',
a
«1
f;'
a>,'
•*".'
R
— ■
h;'
c
" t'i
¥
w
R'
iM
a
a
f;'
TÏT'
"R
—
"rT'
c
~ c,
F
0)
R'
R, fac,'
2
â^'
f;'
R
\\\ - \ca,^
) '
0)
W
R'
R, a^c]
'F, '
^'
R
— -
r; ~ c'a\'
F
W
R'
, R, (7C|
W,'
f;'
R
— - ■
H- ' — ,
R', crt,
F
0
R'
R7 cûc\
f;'
W/
R
z-zz
Rf ~ cVf
F
<^
w
R'
R, acj
^'
^:
f;'
"R
-—
R, cox
W
F
R'2
1^',
a
a,
M~'
^'
R^
— -
r;'
c "
~ c,
F
<D
R'
R', a'-c]
â^'
qT'
R
R, ~ c^af
F
W
R/2
R, /ac,^
r; 'vc^'..
v'
^'
fT'
R^
— -
)'
<I>
w
R'
R? a^c?
w:
f;'
R
—
\M-~' c^a\
SÉANCE DU 6 MARS 1912. 663
on pourra appeler l .-\-) et ( 7=^ ) ces deux transformations inverses. Même
remarque pour Q^. De même Q, (ou Q,;) se décompose en deux transfor-
., • . R'
mations Q\ et Q^' (ou Q,, et Q|.) suivant que r-^ est positif ou négatif.
Il se trouve que Q. reproduit P'- identiquement; donc les transforma-
tions Q, avec leurs inverses, définissent f/untorze correspondances parti-
culières; vingt au total, en réunissant les P et (^ : toutes ces transformations
conservent les lignes de coubure.
3. On constate immédiatement que deux surfaces S,, S', distinctes, cor-
respondant à une même surface S par la même transformation P ou Q, se
correspondent entre elles par P, 0UP2; j'ai montré que, sauf cas réservé
des sphères ou surfaces minima, les surfaces correspondant par P, ou Po à
une même surface dépendent au plus de deux paramètres de forme. Il en
résulte immédiatement que si une surface S peut être tranformée par Tune
de ces vingt transformations, la surface qui lui correspond dépend au plus
de deux paramètres de forme.
On peut trouver un couple formé soit de deux hélicoïdes, soit de deux
surfaces spirales, soit d'un hélicoïde et d'une surface spirale.
Une surface de révolution S queico/ique esl solution-^ la surface associée S,
s'obtient par trois quadratures et dépend de deux paramètres de forme effec-
tivement, les méridiens se correspondent.
La surface de révolution S particulière, définie par -07 — m où m est une
constante, admet deux séries (ou quatre) de surfaces associées : il y a
d'abord la surface de révolution S, obtenue à partir de S, comme si S était
quelconque, puis les surfaces déduites de S, par P, (ou Po).
M. Ogura, dont j'ai déjà cité le nom, a étudié assez succinctement quel-
ques cas particuliers des transformations précédentes.
MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Rendement organique des moteurs à combustion
interne. Note de M. André Planiol, présentée par M. Kœnigs.
Le rendement organique constitue dans la théorie des machines motrices
l'une des parties les moins connues, vraisemblablement en raison des diffi-
cultés introduites dans son étude expérimentale par la multiplicité des
causes de variation des pertes par frottements qui en fixent la valeur.
Cette détermination des pertes par frottement présente cependant un
664 ACADÉMIE DES SCIENCES.
intérêt tout particulier : elle constitue en eflet un critère précieux de la
qualité mécanique de la machine.
On doit même voir dans ces pertes un des plus importants facteurs déter-
minant les limites assignées par les ressources actuelles de la construction
mécanique à l'accroissement possible du rendement thermique des cycles
moteurs.
La connaissance des pertes par frottements a été obtenue pour les
machines à vapeur à piston soit par la différence de la puissance indiquée et
de la puissance effective sur l'arbre, soit par la mesure de la puissance
indiquée en marche à vide.
La première méthode, utilisable tant que reste suffisante la précision des
mesures à l'indicateur, dont dépendent les résultats, voit son champ
d'action limité parles possibilités expérimentales imposées par l'emploi de
cet indicateur.
La deuxième pose en principe lidenlité des pertes par frottements à vide
et en charge, assimilation aventureuse, admise seulement par certains
auteurs pour les machines à vapeur, mais illégitime en ce qui concerne les
moteurs à combustion interne.
Appliqué d'autre part à ces moteurs, le premier procédé de mesures à
l'indicateur a donné les résultats les plus décevants, à la suite desquels
M. Witz a pu écrire ('), parlant précisément des difficultés rencontrées
par lui dans l'application de cette méthode :
« yVinsi ... nous avons été conduits à assigner à celte belle machine un
rendement organique de 0,984 à pleine charge.
» Or, M. le professeur Riedler, dont l'habileté est connue, opérant sur
un moteur de dimensions équivalentes . . ., n'a trouvé que o,83i. »
Les pertes relatives auraient donc été de 0,066 dans le premier cas et
de o, 169 dans le second, soit presque triples, différence absolument inad-
missible pour de semblables moteurs de i5oo chevaux et qui ne saurait être
imputée, malgré la haute notoriété des observateurs, qu'à des erreurs dues
à la méthode expérimentale employée.
Une méthode nouvelle a été proposée (-), basée sur l'idée suivante : le
cou})le résistant dû aux frottements varie avec le couple moteur ou encore
(') Dernière évolution du moteur à gaz, p. 224.
("^) G. LuMET, Etude générale de l'influence sur la puissance d'un moteur à
mélange tonnant et sur la valeur de sa consommation spécifique de différentes
modifications apportées aux conditions de son fonctionnement, p. 25; Dunod.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 665
avec la pression moyenne au diagramme développé, pression dont il serait
une fonction linéaire.
Par pression moyenne ou diagramme développé il faut entendre ici la
moyenne des valeurs absolues des pressions relatives moyennes indiquées
aux quatre temps du cycle, avec la simplificalion admise jo^—^^^ o, façon
de poser le problème qui implique l'hypolhèse suivanle :
Les pressions du gaz sont les seules forces déterminant la variation des
pertes organiques totales en fonction de la pression moyenne au diagramme
développé.
Les présentes recherches ont fait a[>paiaîlrc la nécessité absolue d'intro-
duire dans le calcul deux autres facteurs déterminants de la variation des
pertes organiques qui sont les effets d'inertie des pièces à mouvements
alternatifs, et les pertes causées par les résistances à l'écoulement des gaz
transvasés de l'atmosphère dans le cylindre et ricc rersa.
Reprenant la mesure du couple résistant du moteur entraîné par une
énergie extérieure :
i" Le cylindre étant en libre et constante communication avec l'atmo-
sphère ;
2*^ Le moteur aspirant, comprimant, détendant et évacuant de l'air,
nous avons été amené à mettre le calcul sous la forme générale exposée
ci-dessous.
En raison de l'existence des forces d'inertie, dont la valeur peut s'ex-
primer sous la forme d'une pression d'inertie -, rapportée à la surface du
piston, le diagramme développé, tiré des tracés fournis par l'indicateur,
doit être modifié en ajoiitant algébriquement, en chaque point, à la valeur
de la pression des gaz û^,. celle de la pression d'inertie.
Soit û = ~:,r-+- t:,, la pression instantanée relative ainsi définie. La pres-
sion moyenne au diagramme développé, qui détermine les frottements et
que nous prendrons comme variable indépendante, sera r? ^ | ' | r/^^ prise
successivement pour les quatre temps du cycle.
Soient c^ le couple résistant dû aux résistances de transvasement des gaz
dans l'essai 2, Cf le couple résistant dû aux seuls frottements pour une valeur
quelconque de t..
Dans les conditions de l'essai i, on a ■::,=: - : pression moyenne due à
l'inertie seule, les pressions -^ des gaz étant constamment nulles. Le couple
résistant est c^, dû aux seuls frottements.
Dans les conditions de l'essai 2 la pression est -o, mais le couple dû
G. R , 1922, I" Semestre. (T 174, N* 10.) ^9
666 ACADÉMIE DES SCIENCES.
aux seuls froUcments n'est pas le couple c^ dircctemenl observé, mais
bien c^ — c^.
L'équation de la droite représentant les frottements dans le système de
coordonnées û, Cf est donc
ff= c) ^ ^ + -i L X t: — rt + />-.
77, Tli 71-2 77,
C est cette loi qui a été soumise aux vérifications expérimentales con-
sistant à mesurer les valeurs de Cf correspondant à des valeurs différentes
de - pour le plus grand nombre de cas possibles et par des méthodes entiè-
rement distinctes les unes des autres.
Cette étude a montré que l'expression Cf= a ^ b-rz représentait d'une
façon parfaitement satisfaisante les variations du couple résistant de frotte-
ment pour des valeurs très différentes de la pression"::.
Il est apparu, ainsi que l'on s'y attendait a priori, en raison de la
précision de ces expériences, que le développement en série de Taylor de la
fonction c^ n'avait aucunement besoin d'être» poussé au delà du terme du
premier degré en û pour fournir une représentation correcte des résultats
obtenus.
HYDRAULIQUE. — Sur les surfaces de discontinuité.
Note de M. G. Gamichel, transmise par M. André Blonde).
Cette Note est relative à l'étude expérimentale des surfaces de disconti-
nuité des vitesses et des dérivées premières des vitesses.
I. Les surfaces de discontinuité, mises en évidence expérimentalement,
comme je l'ai indiqué dans les Notes précédentes, peuvent être comparées
à celles que l'on obtient par le calcul dans certains cas particuliers, en sup-
posant le fluide parfait et en admettant l'existence d'un potentiel des
vitesses. Ce calcul a été fail, par la méthode de Schuarz et Ghiistoffel,
dans le cas d'une lame plane normale à un courant d'eau indéfini. L'expé-
rience a été réalisée au moyen d'une plaque de 3'™'de largeur, placée dans
un ajutage ayant comme longueur 40*"" et comme section 3'"" x iS*""'; la
vitesse moyenne de l'eau avant Tobstacle étant, par exemple, i™,48 par
seconde. Dans ce cas. la surface de discontinuité a une portion nette beau-
coup plus restreinte que lorsque la lame est faiblement inclinée sur la
direction du courant. Bien que le milieu ne puisse être considéré comme
indéfini, la concordance des premiers éléments de la surface de disconti-
SÉANCE DU 6 MARS lg22. ^6-]
nuité observée et calculée est remarquable sur une lungucurde i"" environ.
Au delà, les tourbillons mélangent les deux zones et la surface de disconti-
nuité perd sa netteté; mais, on peut voir que la surface observée se détache
de la surface calculée et se place à l'intérieur de celle-ci.
Les calculs et les détails de cette étude seronl publiés ailleurs.
II. Quand on fait pénétrer de Tair à l'inlérieur de la surface de disconti-
nuité, par exemple au moyen d'un tube, cet air se maintient derrière
l'obstacle. La surface ainsi produite se prolonge jusqu'à l'extrémité de
l'ajutage communiquant avec l'atmosphère: sur toute son étendue, elle
diffère peu de la surface de discontinuité calculée. L'expérience a été faite
avec le même ajutage et une vitesse du même ordre que les précédentes,
par exemple i"'.'22 par seconde. On observe par la photographie qu'à
l'extérieur de cette surface existe le régime hydraulique non turbulent. On
supprime par ce procédé les tourbillons et Ton substitue au mouvement de
Teau en mouvement sur l'eau immobile, le frottement de l'eau sur l'air.
Ce procédé paraît susceptible d'être appliqué dans l'industrie.
•IIL Dans une Note antérieure, j'ai montré comment on peut conslatei'
expérimentalement, dans les masses d'eau en mouvement, l'existence d'un
potentiel des vitesses. On peut aussi réaliser, et c'est le cas le plus général,
des masses d'eau renfermant à la fois des portions à mouvement rotationnel
et des portions à mouvement irrotationnel. Les projections ^, r,, Z du tour-
billon sont alors des fonctions discontinues de J", r, -: la discontinuité a
lieu sur les surfaces de séparation des deux régions.
Pour obtenir expérimentalement une surface de celle nature, j'ai éUidi(''
le mouvement de l'eau dans un cylindre vertical muni à sa partie inférieure
d'un orifice; une légère dissymétrie donnait à volonté un mouvement dex-
trorsum ou sinistrorsum. J'ai réalisé ainsi le cas classique (Traités de Méca-
nique, de MM. Vppell, Lecornu, etc.) d'un tube de tourbillon à l'intérieur
duquel la vitesse varie proportionnellement à la distance à l'axe; à l'exté-
rieur de ce tube, la vitesse varie en raison inverse de la distance à Taxe. La
courbe représentant la vitesse W d'un point en fonction de sa distance à
l'axe, se compose donc d'une droite passant par l'origine et d'une branche
d'hyperbole écjuilatère. L'intersection de ces deux courbes correspond à la
discontinuité.
L'expérience donne une courbe W(/') présentant un maximum très
accusé, par exemple:
cm
2 ,
. Il
2,19
1
.26
1 ,2.1
O
,90
f'Q'i
O
'7 1
o.-i
668 ACADÉMIE DES SCIENCES.
W observé . \N calculé
*v. (encm:sec). /■. ''A\ observé. ( \\'/ = const.').
ram mm
2,3 3,5 28,8,
3,7.5 5,0 5i , 2 .
8,1....; 5,7 67 , 2 .
ii,o.« ;,S 88.1,
1 3 , 8 1,0
Au lieu d'avoir une véritable disconlinuilé, on a seulement une région
dans laquelle les dérivées premières de la vitesse varient 1res rapidement.
Les surfaces de discontiiniité de cette natuie sont donc moins nettes que
celles des vitesses à une certaine distance de Taxe, 23""", dans l'expérience
citée, la relation Wr=const. se vérifie.
En observant des poussières en sus[)eiision dans le li(|uide, on peut mettre
très nettement en évidence le tube de tourbillon. Quand on examine la
surface du liquide, la zone centrale apparaît le plus souvent comme un
cercle conqjlétement nettoyé.
(^uand l'écoulement est plus rapide, les tiajectoires des particules sont
des spirales logarithmiques, comme M. Kateau l'a montré ( ' ). La vérili-
cation se fait ég'alenient d'une façon très satisfaisante.
IV. J'ai étudié également le cas de l'écoulement de l'eau dans une
chambre cylindrique de 3i"", 5 de dianiètre munie suivant son axe d'une
tige cylindri<|ue de 9'""* de diamètre. Dans ce cas, le maximum de vitesse
est assez rapproché de la surface de la tige et difficile à mettre en évidence.
Voici le résultat d'ujie expérience :
/•.
mm cm inm
11,9 17,4 » '\o.b
2 1..
\V observé
\\
c;ilculé
( en cm: sec).
( \N r
= const.).
cm
17,4
))
12,2
))
1 1 ,5
«
10.3
))
9,3
9-4
7,8
8,1
47,(3,
20,14 10,5 )) 54, 1
'7^3 9,3 9,4 (14
32,0.
W observe.
W
calculé,
cm
6,3
6,4
5,8
5,7
5,6
5,2
4,6
/ _
4-7
4,u6
4 ,o3
A partir d'une distance / = ^'-i*""' environ, la relation Wr = const. se
vérifie bien.
V. Les expériences qui viennent d'être signalées et celles qui ont été
indiquées antérieurement (-) montrent qu'il existe, en général, un poten-
(*) Bulletin de la Société de r Industrie minérale^ Saint-Etienne, 1892.
("^) Comptes rendus^ t. 170, 1920, p. 881.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 669
liel des vitesses dans la plus grande partie d'une masse d'eau en mouve-
ment ; d'ailleurs celle-ci peut être, dans une première approximation, assi-
milée à un lluide parfait ; on comprend donc l'importance en hydraulique
de l'usage des fonctions de variables complexes.
ASTRONOMIE l'HVSiQUE. — Observation d'un phénomène singulier que pré-
sente r étoile 0 (le la Grande Ourse. Note de MM. Charles Xordmann et
Le Morvan.
Nos observations d'un certain nombre d'étoiles boréales au moyen du
photomètre hétérochrome de l'Observatoire do Paris nous ont amenés à
constater <|ue les étoiles i et 0 de la (rrande Ourse présentent sensiblement
la même répartition de l'intensité dans le spectre. Une étude systématique
de ces étoiles observées comparativementdaiis des conditions variées etd'une
manière suivie au cours des nuits des i^'', 9, 20 et 23 février 1922 et du
2 mars 1922 ont confirmé entièrement l'existence de cette répartition iden-
tique des intensités, la<|uelle nous était apparue on réduisant les observa-
lions de ces étoiles faites antérieurement dans la nuit du 4 avril 1921 .
La moyenne de toutes les observations (d'ailleurs isolément concordantes)
de ces deux étoiles montre que si l'on désigne suivant nos conventions anté-
rieures (') par R, V et B les valeurs, à une constante près, du logarithme de
l'intensité des étoiles désignées, vues respectivement à travers les écrans
rouge, vert et bleu (antérieurement définis) de notre pliotomètre hétéro
chrome on a :
Nom de l'étoile. R. V.
(5 Grande Ourse i ,020 i ,i\^o
' I. » )) 1 .01 G I ,?)SG
Ces nombres illustrent le fait constaté, à savoir que la répartition de l'in-
tensité dans le spectre des deux étoiles est sensiblement la même et qu'en
particulier le rapport des intensités H et R est prati<juement identique dans
l'une et l'autre.
Cette identité est tout à fait anormale, car les deux étoiles considérées
appartiennent à des types spectraux extrêmement différents. D'après les
déterminations de l'Observatoire de Harvard Collège, 6 Grande Ourse est
indiquée comme étant du type F8 dans le catalogue H. R. et du type FS p
15.
B — p..
1 .858
0.838
i.85(i
0.8^0
(') Noir Comptes rendus^ t. 17V, 192 j, p. ii>i et passini.
670 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dans le catalogue H. D. Vu contraire, l'étoile i (Irande Ourse est indicjuée
comme étant du type A 5 dans l'un et Taulre catalogue. C'est dire que
spectralement cette dernière est une étoile à hydrogène se rapprochant de
Sirus et Véga, tandis que 0 (irande Ourse est voisine du type solaire el
appartient à un groupe spectral beaucoup plus évolué.
Au premier abord on pouvait penser que le fait anormal constaté était
analogue à celui que nous avons signalé récemment à rAcadéniie (') et qui
concernait l'i-toile i3 Céphée. On se souvient que nous avions observé que la
répartition de l'intensité dans le spectre de cette étoile et sa température
effective étaient analogues à celles des types V et K des étoiles, bien que
l3 Céphée appartienne d'après H. R. au type V5.
L'étoile i (Irande Ourse (qui appartient elle aussi au type A 5) ayant,
d'après les observations qui l'ont l'objet de la présente Communication, la
même répartition d'intensité spectrale que l'étoile 0 (îrande Ourse (type F8
ou F8jo), il semblait a priori naturel d'attribuer cette identité au fait
que la répartition de l'intensité dans le spectre de i Grande Ourse est due
(comme pour i3 Céphée) à une anomalie ([ui lui donne une température
effective voisine de celle des étoiles des types F el K.
Or, à notre grande surprise, l'observation nous a démontré que cette expli-
cation n'est pas exacte. Dans le dessein de vérifier celle ex])lication nous
avons d'abord comparé les étoiles i et 0 (Irande (^urse à une étoile voisine
d'elles par sa grandeur et sa position, l'étoile H. K. 3594 (qui a le type spec-
tral A tl'aj)rès H, R. et A^ d'après Jl. D.). A notre étonnenient les observa-
tions toutes concordantes nous ont montré que la ré])artition de l'inten-
sité dans le s|)ectie de i Grande Ourse n'avait rien d'anormal et était
sensiblement la même que celle de l'étoile H. R. 3594 et de la moyenne
des étoiles du type A.
De nouvelles observations faites en prenant comme étoile de comparaisoii
la Polaire nous ont conduit au même résullat.
Il s'ensuit avec évidence que si (i Grande Ourse et i Grande Ourse ont une
répartition sensiblement identique de Vintensité dans leur spectre, ce n'est pas
parce que la seconde (conwie tel est le cas pour i'5 Céphée) présenle'une anomalie
qui, bien quelle appartienne au groupe des étoiles à hydrogène, lui imposerait
une température effective correspondant aux étoiles métalliques i^oisines du type
solaire. Cette identité provient au contraire de ce que c'est l'étoile G Grande Ourse
( ' ) Ohscrvalion d'' une étoile anormale au pliolonièire Itrirrochronie de l' Observa-
toire de Paris [Comptes rendus, l. 17V, ig'iM, p. 101 ).
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 67 1
qui est anormale et qui, bien que voisine du type solaire par ses raies spectrales,
présente une répartition de l'intensité, une température effective roisi/ies de
celles des étoiles très c/iàudes à hydrogène. Ce cas est exactement l'opposé de
celui de 1 3 Céphée.
Des comparaisons faites avec la polaire il résulte que si Ton adopte pour
collo-ti la valeur logp^ — o,844 que nous avons utilisé dans toutes nos
publications antérieures, les valeurs correspondantes de log ijpour i et 6
Grande Ourse sont de l'ordre de — 0,9^0 à — 1,000, ce qui diflére peu de
la valeur correspondant, d'après nos mesures, à la moyenne des étoiles du
type A, et ce qui conduit à attribuer à ces deux étoiles une température
effective très certainement supérieure à 10 000".
Or, d'après son type spectral, l'étoile 0 Grande Ourse (type F8) devrait
avoir une répartition de son intensité correspondant à une valeur de
log-^ voisine de — 0,800 et une température effective de l'ordre de 6000*'
à 8000°.
L'anomalie sans précédent que nos observations ont manifestée dans
l'rtoile 0 Grande Ourse établit que cette étoile a une « température
effective » très élevée, en dépit de caractères qualitatifs de son spectre qui
tendraient à lui faire attribuer une température effective relativement
basse.
Ce cas est exactement l'opposé de celui de l'étoile i3 Céphée qui, d'après
nos observations quantitatives antérieures {loc. cit.), présente au contraire
une « température effective » relativement très basse et très inférieure à
celle que les caractères qualitatifs de son spectre tendraient à lui faire
attribuer.
Ces faits démontrent nettement c|ue la correspondance existant entre les
caractères spectraux des étoiles et leurs températures effectives ne peut avoir
qu'une signification moyenne comportant de nombreuses exceptions indi-
viduelles. Cela est compréhensible étant donné que les raies du spectre-ne
peuvent fournir des renseignements thermiques- que sur la « couche ren-
versante » très voisine des photosphères stellaires, couche entourée elle-
même d'une atmosphère plus ou moins absorbante qui modifie plus ou
moins la « température effective » de l'étoile et le rayonnement quantitatif
qu'elle nous envoie.
672 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉODÉSIE. — Détermination des coefficients dans le développement en poly-
nômes de Laplace d'une fonction de deux variables. Note ( ' ) de M. G.
Prévost, présentée par M. Brilloiiin.
Le développement en série d'une fonction Y = f(^, a) de deux variables
(par exemple le relief du sol, la profondeur des océans, l'intensité de la
pesanteur, les propriétés magnéliques, etc.) peut être mis sous la forme
d'une suite de polynômes de Laplace
Y := \o 4- Yi -h Y., + . . . + ^'„ 4- . . . ,
où chaque terme Y,, s'exprime par des fonctions harmoniques sphé-
riques P„^(cosO), 0 étant la colatitude, et par des sinus ou cosinus dr
multiples de la longitude a
" ♦
Y«=2]l\,y(cos6')(A„^ cos/aH- B„y sin/a) (,/ = o, i, 2, ..., n).
Les coefficients A et B se calculent par les intégrales doubles
A„yr-= — j / / V „j{ii) diifiij., a) co%nad(X,
^nj — f^ I I '^\,j{lJ-)(fljf{lJ-, a) ^'in n ce doc,
OÙ a = cosd.
Pour le calcul numérique, il est commode (Love) de remplacer les
intégrales par des sommes, en subdivisant l'intervalle d'intégiation en
parties assez petites
0,
IJ-l,
IM, .
., lJ-;n
/J-A-t-1, • •
-, I,
0,
a,,
«2, •
-, «//,
«/( + !, ••
-, '.ill.
pour qu'entre deux couples de valeurs consécutives de [j. et de a la fonction
donnée /([J-, a) puisse être regardée comme constante, et en choisissant
les divisions de sorte que les intégrales définies
/ p„,iiJ.)diJ.^\HiJ)\ ,
. / . . lu,
co',nadv. = \ , / ûntiy.dy.-- cosz/a
0.1, I «/■ i/ai
«).+ >
(') Séance du 27 février lyio,
SÉANCE DU 6 MARS I92!2. 678
prennent les mêmes valeurs dans chaque intervalle. On n'a plus qu'à mul-
tiplier un même nombre par la somme algébrique des valeurs de /(a, â)
évaluées dans une suite de compartimenls (a./;, [J.a+,), (^-a. 'y-u+d-
Toutefois, l'application à une fonction harmonique P,;, présentant des
boucles d'aires positives et négatives ne peut se faire qu'approximative-
nient, ces aires n'ayant pas, en général, une commune mesure linie.
La méthode nouvelle aboutit à une solution à la fois plus rapide et quasi
rigoureuse. D.e chaque coté d'un zéro de la courbe on imagine des aires
égales et de signes contraires donnant lien à des intervalles d'effet compensé
ou nul que l'on pourra omettre dans le calcul. Ces intervalles sont des zones
Dour les P„y, et des fuseaux pour les sinus et les cosinus.
Soient des aires A, B, C alternativement positives et négatives
et m, n, p des nombres entiers représentant dans les conditions d'approxi-
mation acceptables, les rapports de ces aires. Désignons par a une aire
contenue m fois dans A plus un reste x, n fois dans B plus x plus y, et /> fois
dans C plus y; on a les relations
A = ma H- ,/■, V> -= na -{- .r + 1-, V, = pa -h y\
d'où
(B — C)ni^X{/i—p) {\',~X)p-C{n — m)
.r = i i , y = -— )
/;/ — n ~\- p " m — n -\- p
a?, y définissent les intervalles compensés.
Le procédé est général pour un nombre quelconque de boucles. Le
partage d'une aire de même signe en parties équivalentes se fait ensuite par
interpolation ; on obtient ainsi les \t,j^ et les 7./,.
La recherche précédente se fait aussi par un procédé graphique à la fois
plus expéditif et plus précis. On construit d'abord à l'aide des données des
tables numériques les courbes P„y, puis on détermine les courbes dont les
ordonnées représentent leurs aires. On partage alors chacune des aires en
portions équivalentes, en divisant en parties égales l'ordonnée finale qui
représente l'aire totale en valeur absolue, on prolonge les divisions s'il est
besoin, et [)ar chacune d'elles on mène des horizontales rencontrant la
courbe des aires en des |)oints dont les abscisses donnent les valeurs Uy, cher-
chées et par suite les colatitudes 0;,. Le même procédé s'applique avec pins
de facilité aux courbes figurant les aires décos/? a et sin/ia; on obtient lésa/,,
c'est-à-dire les longitudes des'points de division.
Les résultats obtenus ont été consignés en Tableaux indiquant les latitudes
divisionnaires pour chacune des 45 fonctions P„„, P,„, P,,, P20» ••••, ^^i-,
Pgs, et de même pour les longitudes relatives aux fonctions sin/ia et cos7?a.
674 ACADÉMIE DES SCIENCES.
n variant de o à 8. On prend, en général,, une vingtaine de points de divi-
sion entre 0° et 90°.
A titre d'exemple, voici les valeurs nécessaires au calcul du terme parti-
culier As3 cos3a dans le huitième polynôme de Laplace.
IJi visions. Latitude. Divisions. Latitude.
0..
\.
2. .
3..
k..
6..
7..
8..
0
10..
o. o
5 . 5q
S. 20
10.45
i3.i5
i5.5o
19.25
22 .20
25.45
29.30
82. 1 5
11.
12.
t:{.
IV.
15.
10.
17.
18.
1î).
•20.
21.
34.45
37.40
4o.3o
40.20
52 . 10
55 . 1 5
58. i5
fil . 3o
64 . 3o
69.0
90
Divisions
0.
1.
•).
3.
Y
o .
C.
7 .
8.
9.
10.
Longitude. |)ivisions
O
3
C)
9
1 2 . '1 ( 1
16.40
32. 3o
3o . o
3^ . 3o
43.20
47.20
11..
12..
13..
Vv..
15..
16..
17..
18..
19..
20..
21..
Longitude.
o /
5o . 5o
54
57
60
63
66
69 10
72.40
76.40
82 . 3o
9'»
Le calcul numérique des subdivisions a été effectué pour toutes les fonc-
tions ni'ccssaires à un développement poussé jusqu'aux fonctions du hui-
tième ordre contenant (8 -f- 1)'' = 81 coefficients différents à déterminer.
Les Tableaux détaillés seront publiés ailleurs.
Les intervalles marqués d'un trait noir dans cha(|ue Tableau corres-
pondent à des compartiments d'effets compensés qui sont exclus du calcul.
Dans l'exemple actuel, on n'aura à appliquer la méthode de Love qu'aux
trois quarts de la surface de la sphère environ.
Les aires des fonctions harmoniques P„y ont été également calculées et
dressées en tables numériques pour des arguments a variant de 1 en 2 cen-
tièmes.
Remarque, — La méttiode graphique se prête avec facilité aux interpolations.
On connaît des valeurs discontinues des polynômes de Legendre P(/J^), calculés
avec précision par Lodge, de 5 en 5 centièmes de \j. jusqu'à P2o(F)i ^'^^ cons-
truction graphique des plus simples, appliquée à trois points consécutifs, fournit
très rapidement les points intermédiaires, avec trois ou quatre chiffres exacts pour
leurs ordonnées.
Le procédé graphique a été aussi employé à déterminer les courbes reprèsentati^es
des fonctions P„ en réalisant par une construction la formule de récurrence
(// -M)P„+i — {in -hOcoseP,,— rtP„_, ;
au bout d'un certain nombre d'opérations on perd en précision, mais on a l'allure
générale de la courbe pouvant servir de guide pour un calcul plus complet.
SÉANCE DU () MARS I922. 676
OPTIQUE GÉOMÉTRIQUE. — Sur Vexistcnce géométrique d'un invaruml
vénérai des faisceaux de rayons se réfractant suivant la loi de Descartes, et
SCS applications à l'optique géométrique et au rayonnement. Note (' ) de
M. Labussière, présentée par Brillouin.
Considérons une portion de surface S ne présentant pas de singularité
{/ig. i), supposons que chaque point P de cette portion de surface est le
sommet d'un angle solide (o, que la surface conique de Taugle solide 03 varie
d'une manière continue quand le point P se déplace. L'ensemble des droites
situées sur les surfaces coniques constitue un complexe continu. Nous appel-
lerons flux géométrique l'eusemble des droites comprises dans les angles
solides.
Par un point Q de l'espace passera un cône continu de droites du com-
plexe (ou aucune droite du complexe) qui limitera un angle solide entiè-
rement occupé par toutes les droites du flux géométrique passant par le
point Q, Lorsque la position du point Q variera continûment dans l'espace,
le cône variera continûment.
Soit u l'angle d'incidence d'une droite du flux sur la surface S (angle de
la droite et de la normale au point d'incidence); appelons L l'intégrale
ff/' if £'""""■')■
Première proposition. - La valeur de l'intégrale L est la même, quelle que
(') Séance du 27 février 19>.2.
676 ACADÉMIE DES SCIENCES.
soit la surface sécante considérée, pourvu qu'elle coupe entièrement le flux
(c'est-à-dire qu'elle coupe tous les rayons un nombre impair de fois ).
Deuxième proposition. — Si nous considérons les droites du flux comme
des rayons lumineux au sens de l'Optique géométrique, après réflexion ou
réfraction sur un nombre quelconque de surfaces continues (suivant la loi
de Descartes), si nous appelons n l'indice du milieu où se trouve la surface
sécante S, l'expression /?-L est un invariant du flux.
Troisième proposition. — liéciproquemeiit, admettant que le rayon
réfracté est dans le plan d'incidence, dire que n-\^ est une constante pour
tout flux de rayons, entraîne la loi des sinus de Descartes.
Il résulte de là que l'invariant le plus général et le seul qui soit général
pour un flux de rayons quelconques se réfléchissant ou se réfractant sur des
surfaces optiques continues est
^=n^ i fdS f f Ce COS// dr.
où s est une surface sécante quelconque et où E est une fonction continue
des coordonnées de la droite qui est l'axe de l'élément d'angle solide t/w,
p(mrvu que cette fonction K garde la même valeur après réflexion ou
réfraction.
Application au rayonnement. — Clansius a montré, en partant du second
])rincipe de la Thermodynamique, la constance de l'intégrale <ï> dans un cer-
tain nombre de cas; on peut reprendre ses conclusions en sens inverse.
La condition des sinus d'Abbe déduite des considérations énergétiques
de Clansius n'est autre chose que /îv/L = consl. appliquée à des éléments
de surface image et objet perpendiculaires à l'axe du système optique et
traversés par cet axe.
Cas particulier relatif à dès rayons lumineux situés dans un plan et rencon-
trant des surfaces réfringentes ou réfléchissantes normales au plan (par
exemple plan méridien d'un système centré, on plan de section droite d'un
système de surfaces cylindriques à génératrices parallèles). Il existe alors
un invariant particulier plus simple
It=z n I ds I cos// du,
v étant un arc de courhe quelconque coupant entièrement le flux plan de
rayons.
Application di?-ecte à rOptique géométrique. — Si dans un système centré
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 677
un élément de figure plane dS admet pour image un éléiiienl de ligure
plane r/S', ces éléments sont certainement perpendiculaires au plan méri-
dien qu'ils déterminent (en raison de rimpossibililé connue de la corres-
pondance ponctuelle entre deux régions d'espace ù trois dimensions); si
nous jippeloMs «et u' les angles des rayons silués dans 1<' plan méridien avec
les normales aux éléments de surface, ds cl ds' les longueurs des éléments
linéaires se correspondant dans le plan axial, nous avons
// c/.v siii II =^ II' ds Mil n' -1- K.
Cette condition jointe à l'absence d'aberration en un [»«>int de rélémenl
r/S' est nécessaire mais non suftisante (invariant particulier) pour la corres-
pondance ponctuelle entre f/S et f/S'.
Dans le cas plus particulier où l'on obtiendrait une image plane sans dis-
torsion, perpendiculaire à l'axe, d'un objet plan [)erpendicnlaire à l'axe dé
dimensions linies (problème de l'objectif photographique), on aurait en dési-
gnant par v et v' les distances à l'axe des points correspondants de Tobjel
et de l'image
siii a' =[ —, —. jsiiu/ + K(r)
et la connaissance de la fonction K en fonction de y [obligatoirement
K(o) = oj suffirait à faire connaître complètement la correspondance des
espaces image et objet (si celle-ci est possible, c'est-à-dire si l'on peut satis-
faire en même temps aux conditions plus complexes posées par la considé-
ration de l'invariant général).
Raison (les aberrations rcnconlrèes dans les systèmes centrés. — L'homogra-
phie de Gauss suppose ([ue les invariants des systèmes de rayons seraient
«-^ «^ s \ •-' •- (il /
li^^ n f ds ( f j- du
= n i dsl /
où 7 désigne l'angle du rayon principal de l'élément d'angle </w (respecti-
vement du) avec l'axe du système optique centré.
678 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Èr.EGTRicITÉ INDUSTRIELLI::. - Sur la transmission Iclc graphique dr s plioln-
graphies^ drssins et écritures. Note (') de M. Edouard Beliiv, présentée
par M. Maurice Leblanc.
La méthode téléphotograpJdque que nous avons proposée pour la première
fois en 1907 est basée sur l'utilisation de reliefs que présentent, après
développement, certaines épreuves photographiques et, d'une manière
générale, sur l'utilisation de tout tracé en relief.
Le problème se pose de la manière suivante :
Au départ, traduire les variations de reliefs en variations électriques
d'intensités correspondantes.
A l'arrivée., traduire les variations d'intensités électriques en variations
lumineuses correspondantes.
Enfin, assurer le parfait synchronisme des organes correspondants des
deux postes.
Le poste de transmission comprend un cylindre métallique sur lequel est
transférée l'épreuve à transmettre. Cette dernière est une copie tirée du
cliché original, sur papier à la gélatine bichromatée. (Contre ce cylindre
s'appuie une pointe placée à Textrémité d'une lame llexible portant, du côté
opposé, une saillie arrondie en contact pernjanenl avec le centre delà mem-
brane d'un microphone spécial.
Ce microphone doit, en ed'et, avoir une origine rigoureusement fixe, des résistances
intérieures toujours semblables pour les mêmes pressions et sa construction doit per^
mettre de l'employer, en régime permanent, sous une intensité relativement élevée.
Sur une plaque de fond en charbon est fixée une feuille de mica percée, excentrique-
ment, d'une seule ouverture circulaire de [,', de millimètre environ, 0(1 est logé un seul
granule de charbon dont le diamètre est de j''„ à {J de millimètre. Contre lui s'appuie
la membrane montée sur le l^oîtier de manière à l'immobiliser complètement.
Dans ces conditions, l'instrument est très sensible et les variations de sa résistance
intérieure sont pratiquement proportionnelles aux variations de pression.
Le microphone étant relié à la ligne et le cylindre portant l'épreuve en relief tour-
nant d'un mouvement uniforme en se déplaçant parallèlement à son axe, les reliefs
exercent des pressions variables sur la membrane, et l'intensité du courant télégra-
phique traduit exactement les variations de transparence du cliché original.
Le poste de réception comprend :
Un oscillogTaplie Blondel.
(') Séance du 20 jan>ier 1922.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 679
La source lumineuse doit vive puncllfonue cL rigoureusemenl constanle. Nous nous
servons, dans ce but, d'une pelile lampe à arc en vase clos dont le pôle positif est cens-
lilué par une sphère métallique; en avant d'une première lentille condensalrice est
placé un diaphragme devant lequel se trouve, immédiatement, une seconde lentille
formant objectif. L'image réduite de la sphère lumineuse se produit exactement sur
le miroir M de l'oscillographe, l'image du diaphragme se trouvant elle-même reportée
très au delà, sur le faisceau rélléchi; le tout est disposé f)0ur ([ue ce dernier soit dans
un plan horizontal. A l'endroit où se forme rimai;edu diaphragme, le faisceau réfléchi
rencontre une lentille convergente aplanétique et forme ainsi, au delà de celte lentille.
en un point M', l'image du miroir. C'est en ce point M' que passent, suivant une
hélice identique à celle que décrit la pointe exploratrice de transmission, la surface
photographique sensible (pellicule ou papier) destinée à enregistrer l'image récep-
trice. La lumière tombe d'ailleurs sur la surface par un tube fermé par une plaque
d'argent où est pratiqué un trou de diamètre égal au pas de cette hélice.
Immédiatement en avant de la lentille L, est placé un écran de verre d'opacité
croissante, allant de la transparence parfaite au noir absolu. Si, en shuntant le galva-
nomètre, on a convenablement réglé l'écart maximun) du faisceau rélléchi, le spot
tombe, pour chaque déviation du miroir, sur une région déterminée de cette iiamme
de teintes G et la lumière que reçoit la préparation photographique est, par suite,
proportionnelle à l'intensité du courant transmis. On conçoit aisément qu'en retour-
nant la gamme de teintes ou en employant une gamme double symétrique on puisse
obtenir à volonté, à la réception, une épreuve positive ou négative.
Nous assurons actuellement le synchronisme de nos appareils en
employant la méthode de remise à l'heure.
Lorsqu'il s'agit de transmettre seulement des tracés au trait ne compor-
tant que du noir ou du blanc (dessins, écriture, etc.), le microphone de la
transmission est remplacé par un interrupteur constitué par une équerre
rigide, contre laquelle s'appuie une mince lame de ressort. Cette lame porte
à son extrémité la pointe explorati^ce et le tout est fixé dans une' monture
rigide avec deux vis micrométriques, dont l'une a pour but d'avancer ou
d'éloigner tout le système interrupteur et dont l'autre permet de régler la
sensibilité de l'instrument en armant plus ou moins la lame flexible F parle
recul ou l'avancement de l'é({uerre E.
Le passage des traits en relief actionne Tinterrupteur et provoque l'émis-
sion brusque du courant sur la ligne. La batterie qui le fournit est
accompagnée d'une résistance pour éviler sa mise en court-circuil .
A la réception, la gamme de teintes est remplacée par un diaphragme
rectangulaire à joues d'écartement variable et dont le rôle est de permettre
à la lumière de traverser la lentille ou bien de l'en empêcher. Là encore, la
position du diaphragme permet d'obtenir à volonté, soit une épreuve
positive, soit une épreuve négative.
68o
ACADÉMIE DES SCIENCES.
rSotre appareil peut être rendu réversible et être à volonté utilisé comme
transmetteur ou comme récepteur. Mais les nécessités du reportage nous
ont amené à réaliser un type d'appareil seulement transmetteur tout à fait
Appareil liaiisiiicUiiir (joilalif en ordre de iiiarclic.
portatif. Il a Taspect et les dimensions d^un phonographe et a permis,
depuis quelques mois, à des reporters d'un grand Journal parisien de trans-
mettre soit de France, soit de l'étranger, sous le nom de Helino grammes y
des photographies d'actualités immédiates.
Indépendamment de nombreuses expériences poursuivies, depuis plu-
sieurs années, en France sur divers circuits de l'Administration des P. T. T.
et sur la ligne particulière reliant nos laboratoire^; de Paris et de Lyon -,
indépendamment aussi des reportages télépholugraphi<jues rappelés ci-
dessus, il convient de mentionner les expériences particulières suivantes :
i^ Transmission de textes et de photographies le il\ novembre 1920
entre New-York et Saint-Louis,première transmission de cegenre effectuée
en Amérique ;
2" Transmission d'empreintes digitales de signalements et de clichés
anthropométriques, l'été dernier, entre Lyon et Paris ;
J*' Transmission, sur la même ligne, de textes chinois et japonais, dont
les caractères extrêmement nombreux ne se prêtent pas à la transmission
télégraphique ordinaire.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 68 1
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur l'élimination de la chaleur de réaction dans la syn-
thèse de r ammoniaque par les hyperpressions. INote (') de M. Georges
Claude, présentée par M. d'Aï sonval.
J'ai expliqué récemment (-) que daus la synthèse de Tammoniaque par
les hyperpressions, l'élimination de la chaleur de réaction à travers la paroi
très épaisse des tubes de réaction développait, du fait de la température
plus élevée des couches internes du métal, des pressions parasites suffisantes
pour provoquer la rupture des tubes.
Pour surmonter cette difficulté, il suffit, comme je Tai dit, d'uniformiser
la température dans toute l'épaisseur de la paroi, en immergeant le tube
dans un calorifuge approprié, amiante ou kieselguhr ('). Mais il faut alors
avoir recours à d'autres movens pour évacuer la chaleur de réaction.
Celui que j'utilise est basé sur le fait qu'avec les coefficients de combi-
naison voisins de 5o.pour 100 conférés par l'emploi de pressions d'un millier
d'atmosphères, la chaleur dégagée par la réaction équivaut à un échauffe-
roent voisin de 5oo^des gaz réagissants, échaullément d'ailleurs impossible,
car les conditions de l'équilibre en seraient bouleversées. Mais, si la chaleur
deréaction dégagéepar une certaine masse de gaz est transportée à une masse
égale de gaz comprimés frais prise à la température ambiante, elle sera
précisément capable d'amener cette masse à la température de réaction.
Dès lors, j'ai complètement abandonné le procédé habituel qui consiste
à échauiler les gaz à traiter dans un échangeur de température aux dépens
de la chaleur des gaz sortants, à les amener ainsi au tube à réaction, déjà
échauffés à la température de réaction, et à évacuer au dehors, à travers la
paroi, toute la chaleur de réaction. Dans ma méthode actuelle, les gaz sont
introduits dans le tube de catalyse sans avoir été échauffés au préalable et
sont échauffés dans l'intérieur du tube aux dépens de la réaction^ à mesure
de celle-ci.
A cet effet, les gaz froids entrants circulent dans l'espace annulaire
compris entre le tube extérieur épais et un tube intérieur mince contenant
(*) Séance du ■?.- février 1922.
(■-) Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 107.
(^) Pour caractériser le rôle de cet isolement, qui n'a pas pour but, à l'enconlre
des pratiques usuels, d'éviter des pertes de clialeur, je lui ai donné le nom d'isole-
ment isotherme.
C. R., J922, I" Semestre. (T. 174, iN" 10.) ^^
682 ACADÉMIE DES ^SCIENCES.'
la matière catalysante, et s'échauffent progressivement aux dépens de la
chaleur de réaction. Un isolement approprié du tube mince gradue cet
échauffement de telle sorte que la quantité de chaleur enlevée en chaque
point du tube par les gaz extérieurs entrants est justement égale à la quantité
de chaleur dégagée en ce point par la réaction. Or, vers l'entrée des gaz
froids, c'est-à-dire vers la sortie des gaz ayant réagi, la différence de tempé-
rature entre les deux courants de gaz est très grande et la réaction peu
intense : l'épaisseur du calorifuge y doit donc rtre très grande. Au contraire,
vers l'entrée sur la matière catalysante, l'écart de température est faible,
la réaction intense : l'isolant doit donc être très mince en cette région,
pour évacuer beaucoup de chaleur malgré ce faible écart. On trouve
aisément que, dans l'ensemble, la section du calorifuge le long d'une
génératrice doit être une courbe d'allure parabolique.
La condition désirée ainsi satisfaite, la chaleur de réaction étant trans-
portée sur les gaz réagissants à mesure de sa production, la réaction peut
ainsi se poursuivre d'un bout à l'autre du tube à la température la plus
favorable pour concilier une forte vitesse des gaz et une bonne teneur en
ammoniaque.
Les résultats pratiques fournis par cette méthode sont excellents, et c'est
ainsi que, depuis plus d'un an, fonctionnent mes appareils.
Si l'on veut cependant utiliser des pressions moindres de looo'"^^'", il est
naturellement nécessaire d'échaullér quelque peu les gaz à traiter avant
leur entrée dans le tube. On y arrive aisément en les faisant passer dans un
serpentin plongé dans un bain d'eau que chauffe un autre serpentin tra-
versé par les gaz sortants : en renouvelant plus ou moins vite l'eau du bain,
on règle la température d'entrée à la valeur la plus convenable .
Ainsi suggérée par des nécessités toutes fortuites, cette solution s'est
trouvée dotée par surcroît d'avantages très précieux. L'un des plus intéres-
sants est que, les gaz arrivant froids autour du tube contenant le catalyseur,
et ne s'échauffant que peu à peu, le tube extérieur ne doit supporter la
haute température — qui seule peut le fatiguer à la longue — que tout à fait
au bout opposé à l'arrivée, où il est aisé de lui donner un supplément
d'épaisseur. De là une augmentation de la vie des tubes : celle-ci approche
déjà de 4ooo heures dans les appareils que j'ai en service. Une consé-
quence encore plus importante du fait que le bout du tube côté de l'arrivée
des gaz est à peu près à la température normale, c'est que toute difficulté de
joint à la tête mobile qui ferme le tube est supprimée. On a pu dès lors
constituer de cette tête et du tube renfermant la matière catalysante un
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 683
ensemble léger et facilement amovible, qu'on peut enlever quand cette
matière est hors d'état (ce qui dès à présent ne se produit guère que toutes
les 200 ou 3oo heures) pour le remplacer par un autre tout identique plein
de catalyseur neuf ('). Une simple rotation d'un quart de tour suffit à
assurer le joint grâce à un dispositif à filets interrompus analogue à celui
des culasses de canon, et comme le tube extérieur reste en p'ace, dans son
calorifuge, à sa température, le remplacement de la matière catalysante se
fait avec autant de facilité que celui des cartouches d'un canoi.
CHIMIE ANALYTIQUE. — Sw le closcige du soLifre dans les pyrites de fer.
Note C^) de MM. G. Chaudron et G. Ju<iE-BoiRARD , présentée par
M. H. Le Chalelier.
La méthode, généralement recommandée pour le dosage du soufre dans
les pyrites, consiste à le transformer en acide sulfurique au nioyen de Tcau
régale. Sur les conditions de cette réaction, les traités d'analyse donnent
des indications très différentes et ils signalent comme un incident courant
la mise en liberté de soufre.
Nous nous sommes efforcés dans ce travail de déterminer les facteurs
dont dépend cette séparation accidentelle du soufre.
Le bisulfure de fer FeS- existe sous deux formes : la pyrite cubique qui
cristallise dans le système cubique et la marcassite ou pyrite blanche, qui
cristallise dans le système rhombique. Los pyrites de fer renferment parfois
des quantités notables de sulfure de cuIn re et de zinc.
Nous avons fait l'attaque avec des liqueurs de compositions variant
depuis l'acide nitrique concentré (densité i,4), jusqu'à l'acide nitrique
additionné de trois. fois son volume d'acide chlorhydrique concentré (den-
sité 1,2).
Nous avons opéré à différentes températures, obtenues en agitant éner-
giquement le vase d'attaque, en verre mince, dans un bain d'eau maintenue
à température constante.
(1) Un de ces ensembles, pour chacun des quatre lubes catalyseurs d'une installa-
tion de cinq tonnes de NH^ par jour, ne pèse, matière calalvsante etengrenages compris,
que 80'^s
(-) Séance du 27 février 1922.
684
ACADEMIE DES SCIENCES.
I. — Essais sur un échantillon de pyrite.
Les essais ont été effectués sur os, 5 environ de matière passée au tamis 120.
Le résidu insoluble, inférieur à i pour loo, a été pesé avec le fer.
des essais
1..
2. .
3..
10..
11..
12..
13..
Température
de l'attaque.
15" environ
Liqueur d'attaque.
io""'NO^H
io^'"MN03H + ^HCI
60° environ
90° environ
joCmsl^O^H
5cm3 jvfO^H
io""'('n03H+|hC1
I0cm3 ^Q3ll
,0cm3(N0^H4-^HCI
Fe
■ s
Observations.
p. 100.
p. 100.
dissol. en 6 heures, pas de soufre
46,7
»
»
46,6
52,3
))
46,8
52,21
j »
46,2
5i,9
))
»
52,26
dissol. en 1 heure, pas de soufre
46,9
52,3
»
46,36
5i,4
»
47
52,2
»
46,6
5i,8
dissol. en 5 min., filaments de soufre
48
5o
«
46,4
50,87
j)
»
49,8
» io""MN03H + ^HC1
Les essais faits à 90° donnent des résultats trop faibles en soufre.
Nous avons toujours observé pour l'eau régale et l'acide nitrique concentré
\n\e action identique sur la pyrite.
II. — Essais sur un échantillon de inarcassile.
Les essais ont été effectués sur os, 5 de matière, passée au tamis 120.
des essais.
15...
Température
de l'attaque.
Liqueur d'attaque.
Observations.
•Fe
p' 100.
19C)
i5° environ 10""' ( NO^H + ^HCl j dissol. en i heure, pas de soufre 46,5
,0cm3lSJ03H » 47
» dissol. en 5m., petits grains de soufre »
» formation de globules de soufre 46,69
» io'='°'(N041 +^HCl) dépôt de soufre abondant 46,8
Si l'on évite, dans l'attaque à la température ordinaire, l'accélération de
16...
»
17...
60° environ
18...
70° environ
S
p. 100.
5i,9
52
»
5o,2
4o,2
(') Echantillon broyé grossièrement.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 685
la réaction, il n'y a pas de séparation de soufre libre. Vers 70°, au con-
traire, le soufre s'agglomère; de même le défaut de finesse favorise la
séparation du soufre.
III. — Essais sur des échantillons de pyrite de fer contenant d'autres sulfures^
en particulier de la calchopyrite .
iX"
Tenipéralure
Fe
S
des essais.
de l'attaque.
Liqueur d'attaque.
Observations.
p. 100.
p. 100
20....
i5°
io'=°i'('\0'H + ^HgA
pas de soufre libre
42C)
47,6
21....
bain-marie
\ /
»
altaq
ue en 5 min., dépôt de
sou
fre
41,94
40,8
22. . . .
1 attaque en \
\ 1 temps (2) \
»
pas de soufre libre
42,8
48
Les échantillons de pyrite, contenant des sulfures de cuivre et de zinc, sont
tous très facilement attaquables par l'acide nitrique ou l'eau régale. Ils
donnent une séparation de soufre si on laisse la réaction s'accélérer; cepen-
dant, après un contact de quelques heures avec l'eau régale, à la tempé-
rature ordinaire, on peut, sans inconvénient, terminer la réaction au
bain-marie.
Conclusions. — Les variétés de pyrite de fer facilement attaquables, mar-
cassite ou pyrite contenant d'autres sulfures, en particulier de cuivre et de
zinc, donnent dès que la température dépasse ôo**, une séparation de soufre.
Si la réaction se fait à froid, nous avons toujours observé une oxydation
totale du soufre; cette méthode est donc à préconiser malgré l'inconvénient
de la durée d'attaque, variant de 5 à 12 heures (attaque de o^,5 de pyrite
pulvérisée, passée au tamis 120, par 10""' d'eau régale).
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la réduction du henzoate d'éthyle et de quelques
autres composés benz-éniques par le sodium et l'alcool absolu. INote de
M. Hervé de PoiMMereau, présentée par M. Ch. Moureu.
J'ai précédemment montré (') que la réduction de l'a-naphtoate d'éthyle
par le sodium et l'alcool absolu donne un dihydrométhylnaphtalène, et que
ce même carbure peut être obtenu en réduisant de la même façon l'alcool
a-naphtylique.
(*) Insoluble 4,2 pour 100.
C^) Une heure à froid, puis au bain-marie.
(*) Comptes rendus, t. 172, 1921, p. i5o3.
686 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Bouveault et Blanc ont signalé, d'autre part ('), que l'alcool benzy-
lique ne peut être obtenu par la réduction du benzoate d'éthyle au moyen
du sodium et de l'alcool absolu, par suite de la formation d'un complexe
solide entre l'éthylate de soude et l'éther-sel.
MarkownikofF (^), puis Éinhorn et Willstatter (^), ayant réduit l'ucide
benzoïque en acide bexahydrobenzoïque par le sodium et l'alcool amylique,
il m'a paru intéressant d'étudier à nouveau la réduction du benzoate
d'éthyle par le sodium et l'alcool.
Lorsque l'on fait couler une solution de 5o^ de benzoate d'éthyle dans un
litre d'alcool absolu sur i4o^ de sodium, on constate tout d'abord, ainsi que
Bouveault et Blanc l'ont signalé, la formation d'un complexe solide ; mais
ce composé se redissout lentement à chaud en même temps que se termine
l'attaque du sodium. Après saponification du mélange on trouve surtout de
l'acide hexahydrobenzoique et une petile quantité d'un alcool tétrahydro-
benzylique.
Cet alcool tétrahydrobenzylique C®H"CH^OH est un liquide incolore
bouillant à 188*^ sous ySo™"", il fixe deux atomes de brome et donne une
uréthane fusible à 63° ; cette uréthane peut également fixer deux atomes de
brome en solution dans le sulfure de carbone.
Dans cette réduction je n'ai pas trouvé de toluène.
Ces résultats sont comparables à ceux obtenus par Einhorn et Wills-
tiitter ("), qui, par la réduction du salicvlate d'éthyle au moyen du sodium
et de l'alcool amylique, ont observé la formation, à coté de l'acide cyclo-
hexanol-ortho-carbonique, d'acide pimélique, lequel provient vraisembla-
blement d'une hydrolyse d'un acide tétrahydrosalicylique qui se formerait
d'abord.
Le benzoate et le naphtoalc d'éthyle se comportent donc de façons dif-
férentes vis-à-vis du sodium et de l'alcool absolu.
Cette réduction d'un composé benzénique en dérivés tétra- et hexahy-
drogénés, m'a conduit à rechercher quelle pouvait être l'influence de la
fonction fixée au noyau benzénique sur la réduction de ce même noyau par
le sodium et l'alcool absolu.
Klages (^) a déjà montré que l'alcool benzylique est ainsi réduit en
(') Comptes rendus, t. 137, 1908, p. Go.
(2) Berichte, t. 25, 1892, p. 3355.
(■^) Berichte, t. 2G, 1893, p. 391.!,
( ■' ) Berichte, t. 27, 1894, p. 33 1.
(') Berichte. l. 150, 1906, p. 258 j.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 687
toluène. Le rendement en carbure qu'il indique élant médiocre, j'ai exa-
miné à nouveau cette réduction et n'ai trouvé que du toluène.
La réduction de l'aldéhyde benzoïque m'a donné du toluène et de l'acide
hexahydrobenzoïque; cela était à prévoir, puisque l'aldéhyde benzoïque
forme avec l'élhylate de sodium un complexe qui peut se décomposer en
acide benzoïque et en alcool benzylique (^).
Le phénol, le phénethol et l'aniline ne sont sensiblement pas altérés par le
sodium et l'alcool absolu. ^
La réduction dans les mêmes conditions du nitrobenzène donne sur-
tout de l'aniline, avec une petite quantité d'hydrazobenzène, lequel, dans
les conditions de l'expérience, s'oxyde rapidement en azobenzène.
En résumé, l'étude de la réduction par le sodium et l'alcool d'un certain
nombre de composés benzéniques (acide benzoïque, benzoated'éthyle, alcool
benzylique, aldéhyde benzoïque, phénol, phénethol, aniline, nitrobenzène)
indique que, seuls, les noyaux auxquels est directement fixé un groupement
carboxyle sont facilement réduite.
CHIMIE ORGANIQUE. — Hydrogénation formiqiie des sels quaternaires
d'hexaméthylênetétramine. ?s'ote de MM. Marcel Sommelet et Jean
GuioTH, présentée par M. Béhal.
L'hexaméthylènetétramine (CH-)^iN^ se rapproche, par ses propriétés,
des aminés tertiaires ; elle s'unit, par exemple, aux dérivés halogènes
ak'ooliques pour donner des sels d'ammoniums quaternaires
(CIP)«N3^x/^CtP-R
dont il existe, aujourd'hui, un nombre déjà grand. Ces sels se prêtent à un
certain nombre de transformations caractéristiques qui dépendent de leur
peu de résistance à l'action des réactifs.
L'hexaméthylènetétramine est, elle-même, hydrolysée facilement sous
l'iniluence des acides; on retrouve cette instabilité chez ses sels quater-
naires et M. Delépine a montré qu'ils s'hydrolysent dans les mêmes condi-
tions. Leur décomposition entraîne alors la mise en liberté d'aldéhyde
formique, d'ammoniaque et de l'aminé primaire R — CH-— NH-. Cette
dernière prend naissance si simplement et en si bon rendement qu'il y a eu
{') Berichte. l. 20. 1887. p. 646.
688 ACADÉMIE DES SCIENCES.
là le point de départ d'une méthode fort intéressante de synthèse des aminés
primaires
L'un de nous (') a constaté, d'autre part, que certains sels quaternaires
d'hexaméthylèiietétramiiie étaient si peu stables, que le contact avec Teau
bouillante suffit à les décomposer : il se forme, entre autres produits,
Taldéhyde R-CHO qui correspond au résidu R-CH- existant dans le sel
quaternaire. Cette transformation s'effectue le mieux quand elle porte sur
des combinaisons delà base enyisagée avec des halogénures du groupe beii-
zylique : on peut alors l'utiliser pour l'obtention d'aldéhydes de la série
benzoïque.
Ayant été amené à rechercher de quelle manière l'acide formique peut
réagir sur l'hexaméthylènetétramine, l'un de nous avait constaté que, si
l'on met les deux corps en présence à chaud, il y a production d'anhydride
carbonique et d'un mélange de bases où il a pu, en collaboration avec
M. Ferrand (*), reconnaître la présence de l'ammoniaque, de la monomé-
thylamine et de la triméthylamine, cette dernière prédominant. La produc-
tion de l'anhydride carbonique est l'indice que l'acide formique se décom-
pose de la manière dont l'équation suivante rend compte :
H-COOH = C02-4-lP,
l'hydrogène, formé corrélativement, se fixant sur les éléments de l'hexamé-
thylènetétramine pour engendrer les méthylamines.
Nous nous sommes proposé, dans le présent travail, d'examiner ce qui se
passe quand, dans la réaction précédente, on substitue à l'hexaméthylène-
tétrauiine elle-même l'un de ses sels quaternaires.
Lorsqu'on échauffe lentement un mélange d'acide formique et de chloro-
benzylate d'hexamétliylènetétramine, on observe, dès avant l'ébullition, de
même que lorsqu'il s'agit de la base libre, un dégagement d'anhydride
carbonique. Ce dégagement, qui témoigne, ici aussi, d'une action hydro-
génante de l'acide formique, se poursuit assez longtemps; quand il est
arrivé à son terme, on peut isoler comme l'un des principaux produits de la
réaction la IS-diméthylbenzylamine :
La manière la plus simple de concevoir le phénomène est d'admettre que
(') Coinpiea rendus^ \.. 157, igiS, p. 182.
(■-) liait. Soc. c/iim., 4'' série, t. 2o. 1919, p. 457.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 689
le chlorobenzylale se transforme par hydrogénation de façon telle que le
chaînon
fixe deux atomes d'hydrogène; le restant de la molécule donne, en même
temps, lieu à la production d'ammoniaque et de méthylamines.
La quantité de diméthylbenzylamine ainsi produite correspond à un ren-
dement de Go à 70 pour zoo du rendement théorique; on ne voit pas ce
rendement se modifier de façon importante quand on fait varier la concen-
tration de l'acide formique mis en œuvre; on a employé des solutions
aqueuses contenant 25, 5o et 80 pour 100 d'acide réel.
En présence de ce mode nouveau de production d'une aminé tertiaire
diméthylée à l'azote, nous avons cherché à connaître son degré de généra-
lité et, par suite, sa valeur pratique. \ous l'avons, dans ce but, appliqué à
des sels quaternaires d'hexaméthylènetétramine appartenant à trois groupes
différents : 1° dérivés acycliques : bromoéthylate, lodo-fi- butylale, iodoal-
lylate; 2° dérivés benzyliques : yj-éthylchlorobenzylate, diméthyl-3.5-bro-
mobenzylate, les trois nitrobenzylales isomériques; 3° dérivés phénylgras-
iodophénopropylate, chlorocinnamylate.
On a pu, dans chacun de ces cas en dehors du premier, caractériser
l'aminé diméthylée attendue. Les rendements obtenus, très faibles pour les
composés du premier groupe, sont un peu plus satisfaisants pour ceux du
troisième, mais ne semblent intéressants que pour les sels quaternaires du
groupe benzylique. Il faut signaler que ces derniers donnent lieu à une réac-
tion parasite qui consiste dans la production d'une aldéhyde benzoïque et qui
est relativement importante quand il s'agit du/>-étliylchlorobenzylate et du
diméthylbromobenzylate .
Les aminés tertiaires diméthylées à l'azote peuvent être obtenues par
réaction d'un dérivé halogène sur la diméthylamine ou par méthylation
d'une aminé primaire. La méthode que nous proposons pourra, dans
certains cas, présenter quelque avantage du fait qu'elle ne nécessite la
possession ni de diméthylamine, ni de l'aminé primaire à méthyler.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Observations sur la sculpture du relicj
par les glaces . Note de M. Axdré Allix, présentée par M. Barrois.
Les observations présentées dans la précédente Note entraînent sommai-
rement les déductions suivantes :
690 ACADÉMIE DES SCIENCES.
i" Le glacier travaille vite à l'érosion du sol encaissant (sous la réserve
que cette action ne se fait sentir que pendant la période de l'année où il y a
dégel diurne).
2° Le glacier travaille d'autant plus vite que la période de dégel diurne
est plus longue et que Tamplilude diurne de température est plus grande;
en d'autres termes, il travaille plus vite dans les parties basses et en période
de décrue que dans les parties hautes et en période de crue. Ceci jus({u';i
une limite inférieure déterminée par l'importance et la durée du regel
nocturne.
3° Sur toutes les parties du sol qu'il travaille ainsi, le glacier enlève une
épaisseur de roche à peu près égale partout (ou du moins du même ordre de
grandeur), puisque l'épaisseur de la tranche rocheuse enlevée par ce pro-
cessus est indépendante à la fois de la pente, du volume et de la vitesse
d'écoulement du glacier. Son action sur le relief n'est donc ni régressive
ni progressive^ dans l'ensemble, elle ne peut mieux se traduire que comme
un enfoncement verticdl sur place.
4^ La rapidité de cette action par rapport à l'usure siibaéricnue des
versants rend compte du surcreusement classique, c'est-à-dire de l'enfon-
cement, depuis longtemps observé, de tout lit glaciaire (auge ou cirque) au
milieu des formes qui l'entourent.
5° L'enfoncement, sur place, de la masse glaciaire seule, explique les
ombilics des fjords et des grandes vallées subalpines, qui cessent, en gros,
aux points mêmes où a cessé le stationnement des grands glaciers quater-
naires. Ainsi s'expliquent aussi les ombilics et contre-pentes> du profil en
long des auges glaciaires, soulignant peut-être, au moins dans les cas les
plus simples, les limites successives de cet enfoncement sur place au cours
des saccades de la dernière décrue. Enfin, ainsi s'explique l'existence, dans
les cirques et certaines grandes auges, de parois verticales, d'une netteté
absolue, découpant, comme au couteau, des roches dures non décomposées,
sur une hauteur de plusieurs centaines de mètres parfois.
G° Dans les limites altimétriques indiquées plus haut, il existe deux cas
où le processus de corrosion n'agit pas :
a. Partout où la masse de glace est interrompue, cas fréquent dans les
cirques composites. Dans ce cas, l'action d'enfoncement respecte certaines
zones rocheuses; au bout d'un temps suffisant, elles demeurent en saillie,
oiigine des nunataks et peut-être de certains verrous.
h. Partout où, entre la glace et la roche, s'interpose une couche de
moraine de fond assez épaisse et assez continue pour jouer le rôle d'isolant
SÉANCE DU 6 MARS I922. 69I
thermique et entraver les actions gélives. Dans ce cas, il y a encore une
action du glacier sur le relief, mais toute différente : c'est la friction de la
roche par la moraine de fond, où interviennent cette fois le volume, la
pente, la vitesse d'écoulement et, pour tout dire, la pression du glacier.
En négligeant, pour le moment, le travail des eaux de fond, c'est cette
action de friction, seule, qui avait été regardée jusqu'ici comme responsable
du creusement par les glaces.
Or, la comparaison des deux processus, évidente notamment dans la
zone choisie du Glacier Blanc, nous conduit à penser que la friction est
incapable de donner à la roche autre chose que \e poli glaciaù-etradilionnel.
Sous cette forme, le glacier agit comme une meule-émeri pour polir les
formes (et seulement dans certains cas, le poli n'étant pas un fait général);
mais ces formes ont été d'abord dégrossies, rabotées et sculptées par les
actions gélives, c'est-à-dire par la corrosion sous-glaciaire.
La variation des conditions locales de détail dans les diverses zones d'un
glacier peut, semble-t-il, expliquer suffisamment que l'un ou l'autre
des deux processus, corrosion ou friction, prédomine en tel ou tel point, et
permette ainsi, sur les cas d'espèce, de compléter l'explication des accidents
particuliers du relief (verrous, gouttières, ombilics complexes, etc.).
7° L'ampleur topographique des formes glaciaires et leur extension alti-
métrique sont évidemment déterminées par un phénomène climatique, à
savoir l'ampleur des masses glaciaires qui les ont sculptées. Dans le cas de
périodes de glaciation croissantes, chacune couvrira et débordera les formes
de la précédente, c'est-à-dire, si elle en a le temps, les dévorera sans en
laisser de traces. Dans le cas de périodes décroissantes, des formes de plus
en plus petites et de plus en plus perchées s'enfonceront au milieu des pré-
cédentes ('). Les débris de celles-ci disparaîtront d'autant plus vite et plus
complètement que l'on sera dans une zone plus élevée et plus centrale. Lcr
formes vieilles du relief glaciaire, dans un massif donné, se trouvent donc
d'autant plus vastes et d'autant mieux conservées qu'on s'abaisse davantage
vers la périphérie du massif; les reliefs sont, malgré leur hauteur crois-
sante, d'autant plus jeunes (ju'on se rapproche du centre.
(') Il en résulte notamment que, sauf evceplions, Tépaulement classique n'est le
reste d'un fond d'ancienne auge que dans une zone très étroite, pincée entre l'ange
jeune, en bas, et les cirques jeun-es, en haut.
692 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BOTANIQUE, — Sur la signification de T appareil réticulaire de Golgi. Note de
MM. A. GuiLLiERMOND ct G. Mangenot, présentée par M. Gaston
Bonnier.
Dans une Note précédente, nous avons démontré que les vacuoles fila-
menteuses et réticulées, à contenu semi-fluide et colorable vitalement,
existant dans les cellules embryonnaires de nombreux végétaux (méristème
de la racine d'Orge pour exemple), sont analogues aux formations connues,
dans la cellule animale, sous le nom de canalicules de Holmgren. Dans les
préparations obtenues parles méthodes deRegaud, ces aspects particuliers
du système vacuolaire se traduisent par des canaux incolores, très sembla-
bles aux canalicules de Holmgren, tandis que le chondriome, qu'il est
impossible de colorer sur le frais, apparaît avec netteté. En appliquant aux
mêmes objets les techniques utilisées en cytologie animale pour mettre en
évidence l'appareil canaliculaire (méthodes de Holmgren, de Bensley),
nous avons reconnu que les vacuoles filamenteuses se comportent comme
les canaux de Holmgren, et nous avons cru pouvoir conclure que ces
dernières formations, jusqu'alors énigmatiques, se rapportent également,
dans la cellule animale, à certaines phases du système vacuolaire.
On sait que de nombreux cytologistes identifient à ce trophosponge de
Holmgren V apparat reticolare interno de Golgi, ces formations n'étant,
pour eux, que deux aspects d'un même système, provoqués par des tech-
niques différentes : les méthodes de Holmgren et de Bensley mettraient en
évidence un réseau de canalicules incolores, au niveau desquels, à la suite
des réactions constituant la méthode de Golgi et ses nombreuses variantes,
l'argent formerait un dépôt noir. Cependant certains auteurs prétendent
avoir réussi la déteclion simultanée, dans une même cellule, des canalicules
de Holmgren et du réseau de Golgi, et soutiennent que ces deux systèmes
sont différents. Sur la nature même du réseau de Golgi, on ne sait pas
grand'chose. Pensa, à la suite d'études sur la cellule végétale, semble
admettre que l'appareil réticulaire correspond à certaines substances
colloïdales, dont l'équilibre physique, dans le cytoplasme, est réalisé sous
forme de filaments anastomosés. Enfin, pour de nombreux cytologistes, cet
appareil ne serait qu'un artifice de préparation.
L'étude de la cellule végétale, et en particulier des cellules du méristème
de la racine d'Orge, nous a permis d'éclaircir cette question si controversée.
Nous avons utilisé la méthode de Golgi et surtout celles, plus sûres, de
SÉANCE DU 6 MARS T922. 693
Cajal et de Da l^^ano; cette dernière nous a donné des résultats particulière-
ment satisfaisants.
Dans les cellules indifférenciées du méristèrnc, l'imprégnation met nette-
ment en évidence un appareil réticulaire bien caractérisé : dans tout le
cytoplasme, surtout dans les régions libres de chaque côté du noyau, on
voit des filaments colorés en noir intense, extrêmement tortueux, de largeur
très irrégulière, portant de nombreuses varicosités parfois très volumi-
Apparcil réticulaire clans la racine d'Orge.
neuses et anastomosées en réseau. Cet apparato redcolare se superpose
d'une manière très exacte' au système canaliculaire que met en évidence,
dans les mêmes cellules, la méthode de Bensley, et correspond sans nul
doute, malgré quelques déformations, aux éléments vacuolaires filamenteux
et anastomosés colorables vitalement. D'ailleurs, si l'on observe, sur la
même coupe, des régions plus éloignées de la pointe, donc plus différen-
ciées, on voit disparaître les réseaux de Golgi; en même temps on distingue
694 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'existence, dans le cytoplasme coloré en gris très pâle, de vacuoles assez
volumineuses. Dans les cellules âgées, à grandes vacuoles, l'appareil réti-
culairc fait toujours défaut. On voit donc ici, avec la plus grande netteté,
que Vapparato reticolare résulte d'une abondante réduction argentique
au niveau des canalicules très ténus que sont les jeunes vacuoles. On recon-
naît, non moins nettement, que les systèmes de Golgi et de Holmgren sont
parfaitement correspondants ; mais, comme l'imprégnation du système
vacuolaire paraît s'effectuer sur les substances mêmes en solution dans les
vacuoles, on comprend que ces dernières puissent se rétracter sous l'in-
fluence des manipulationset déterminer des espaces lacunaires incolores, sus-
ceptibles, dans certains cas, d'être confondus avec un appareil de Holmgren.
Dans les cellules différenciées où n'existe plus d'appareil de Golgi, rare- ,
ment dans les cellules embryonnaires, l'argent noircit des granulations très
fines, des bâtonnets extrêmement ténus, groupés par places en grumeaux
mal définis et qui paraissent correspondre à un chondriome altéré. Ces
formations, qui se mêlent à Vapparato reticolare dans les quelques cellules
méristématiques où elles se rencontrent, ne peuvent être, naturellement,
confondues avec ce dernier. Il est cependant vraisemblable d'admettre que
des éléments de même ordre ont été décrits à tort comme ap])areil de Golgi;
cette considération permet d'entrevoir comment cet appareil, typiquement
réticulé, et qui, selon notre conception, manifeste un état fonctionnel déter-
miné des cellules, a été décrit absolument partout, avec les aspects les plus
divers.
En dépit du peu de précision de la métbode de Golgi el de celles qui en
ont été dérivées, nos observations nous conduisent à admettre que l'appa-
reil de Golgi, tout au moins dans sa forme typique, n'est pas un artifice de
préparation; c'est bien, comme l'admettent aujourd'hui Duesberg, Corti
et d'autres cytologistes, un constituant morphologique de la cellule; mais
ces auteurs étaient dans l'incapacité de définir sa nature. Pensa, en 1917,
s'est beaucoup rapproché de ce qiie nous pensons être la vérité, car il a vu
que les éléments filamenteux réticulés de nombreuses cellules végétales,
([u'il imprègne par la méthode de Golgi, sont distincts des chondriosomes
colorables vitulement, et résultent de la disparition, sous des influences
expérimentales diverses, de vacuoles préexistantes. Mais le savant italien
ne pouvait aller plus loin, car il ignorait l'évolution du système vacuolaire.
Aujourd'hui, nous croyons être autorisés par nos recherches à considérer
l'appareil de Golgi comme superposable au trophosponge de Holmgren et
à assimiler ces deux formations à certaines figures de l'évolution des
vacuoles.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 696
CYTOLOGIE VÉGÉTALE. — L'origine du centrosomc et la Jormcuion du fuseau
chez Slypocaulon scoparium (/>.) Kûlz. Note de M. Pierre Georgévitcii,
présentée par M. J. Costanlin.
Sur l'origine du centrosome chez les végétaux, il existe encore des opi-
nions contradictoires. Pour élucider cette question, nous avons fait de
nouvelles recherches sur une Algue marine du genre Slypocaulon.
Dans les cellules apicales de Stypocauton^ le centrosome est d'origine
inlranucléaire et prend naissance de la masse nucléolaire.
Ce n'est qu'après la fragnientation du nucléole que le centrosome se
délivre du nucléole, et ainsi délivré arrive enfin jusqu'à la membrane du
noyau, avec laquelle il reste en relation intinie. Ces stades de développe-
ment sont très fréquents, et ils ont été observés par la plupart de nos devan-
ciers. Les stades antérieurs de l'origine même du centrosome, ainsi que sa
migration à travers le noyau jusqu'à sa membrane, esl difficile à constater,
et surtout sur les préparations insuffisamment différenciées. C'est pourquoi
les premiers stades étaient le plus souvent passés inaperçus, comme nous le
verrons dans la suite.
Dans les cellules apicales de celle Algue, on trouve un grand noyau ne
contenant qu'un seul nucléole arrondi, dont le centre est occupé par une
sphère assez grande de plasline. Cette sphère, se colorant très faiblement,
donne l'aspect d'une grande vacuole. Sur la périphérie de ce nucléole est
concenirée la masse chromatique dans laquelle on voit un assez grand
nombre des vacuoles. Sur les préparations bien différenciées, le nucléole est
séparé du réseau nucléaire par une zone claire. En outre on voit au centre
de la sphère de plastine du nucléole une granulation très chromophile,
autour de laquelle se trouve aussi une zone claire. Cette granulation se
divise bientôt en doux parties égales qui prennent l'aspect de baguettes.
Chacune de ces baguettes se divise au cours du développement ultérieur
en deux parties inégales, sous forme de granulation, qui atteignent bientôt
les deux pôles du nucléole. Ensuite le nucléole s'allonge, prenant un con-
tour irrégulier. Dans sa masse apparail un grand nombre de petites vacuoles,
causant ainsi la fragmentation du nucléole en plusieurs parties ayant la
tendance de s'étirer.
Grâce à cette fragmentation du nucléole, les deux paires des granulations
chromophiles se délivrent et atteignent les pôles du noyau. Pendant ce
temps, le nucléole s'allonge considé'rablcment et. à cause delà vacuolisation
qui s'accuse sans cesse, sa masse prend l'aspect fibrillaire.
696 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ce faisceau fibrillaire occupe le centre du noyau el s'allonge vers ses
pôles.
Ainsi se forme un fuseau intranuclraire, el, comme on le voit, d'origine
nuclrolaire. Les pôles de ce fuseau d'abord n'alteignenl pas la membrane
du noyau. Sur les pôles Ironqués de ce fuseau on voit deux granulations
chromophiles de grandeur inrgale, autour desquelles apparaît une radia-
tion kinoplasmatique. Ce n'est que plus lard que ce fuseau s'allonge et
atlcinl la membrane du noyau, qui montre une dépression sur le lien de
contacl, et sur laquelle se trouvent maintenant les centrosomes bacili-
formes.
ZOOLOGIE. — Sur un lype nouveau cl remarquable de Gymnosomes
(Laginiopsis n. g.). Note de M™'' A. Pruvot, présentée par M. Joubin.
Dans la collection de Gastéropodes gymnosomes recueillis au cours des
campagnes de S. A. S, le Prince de Monaco, dans la région des Açores,
se trouve un animal intéressant par le fait qu'il semble représenter dans ce
groupe le terme extrême d'une évolution aberrante.
Vivant d'une vie pélagique ou batbyp(''lagique, les Gymnosomes sont
caractérisés, en général, par la variété et le développement parfois consi-
dérable des parties buccales, ventouses, cônes buccaux, crochets, radula.
Tous ces organes sont capables de se dévaginer hors de la bouche et d'être
projetés au dehors pour happer la proie et la maintenir. Il est donc assez
surprenant de rencontrer un Gymnosome, bien caractérisé d'ailleurs,
conformé normalement au point de vue de la forme extérieure (corps,
nageoires, pied, tentacules) et de la plupart des organes internes (cœur,
rein, organes génitaux), mais qui présente, d'autre part, une régression
des parties buccales allant jusqu'à la disparition complète de tous les
organes préhensiles, et montre dans tout le lube digestif des anomalies
remarquables qui ont leur répercussion sur le système nerveux.
Long de i3'"™ ou 1/4""" jusqu'au sommet de la tête, cet animal, pour lequel je pro-
pose le nom générique de Laginiopsis {Lagin. Iriloba n. g., n. sp.), porte au point
où est généralement située la bouche, un appendice à peu près long comme la moitié
du corps, rappelant par sa forme un pistil de Liliacée, et ne ressemblant en rien à une
trompe de Gymnosome. Ilélréci sur une certaine longueur, cet appendice s'épanouit
au sommet en trois lobes charnus, un médian el deux latéraux, au centre desquels, et
un peu dorsaiement, s'ouvre l'orifice antérieur du tube digestif. Sous les lobes laté-
raux pend de chaque côté un petit appendice conique, effilé. Sous la loupe, ces lobes
ne contiennent aucun organe, si ce n'est les deux ganglions buccaux, bien développés,
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 697
et dont les coiineclifs 1res longs suivent le trajet du tube digestif jusqu'aux ganglions
cérébroïdes situés dans la partie céphalique. L'œsophage, mince, incolore, transpa-
rent, traverse l'anneau nerveux, et, aussitôt après, s'élargit dorsalenient en une tubé-
rosité qui remonte vers la partie antérieure, puis se continue en une vaste poche ou
jabot, à parois toujours minces et non glandulaires, qui s'étend en formant de nom-
breux plis flasques, jusqu'à l'extrémité postérieure du corps. Cette poche a une capa-
cité considérable; il semble qu'une fois pleine elle doit être capable de distendre les
parois du corps. De sa partie inférieure part en remontant un conduit peu à peu
rétréci, qui se rend à une glande de couleur jaune, assez grosse, située transversale-
ment dans la cavité abdominale, peu au-dessous de l'anus. C'est là certainement
l'équivalent du foie des autres Gvmnosomes, dont le débouché dans le canal alimen-
taire marque l'eiiiplacemenl mor[)hologi(|ue de l'estomac; ici, il est reporté tout près
de la terminaison du tube digestif par le développement de l'œsophage et de l'énorme
jabot dont je viens de parler. Et c'est tout; pas de bulbe buccal, ni de glandes sali-
vaires; pas de sacs à crochets, de bras à ventouses, ni de ladula.
l*ar la position des ganglions buccaux, la direction (|ue prennent les six ou
sept nerfs qui en partent et dont l'un, médian, forme deux autres ganglions
plus petits, il semble que c'est dans le lobe médian de la trompe qu'il faul
\oir tout ce ([ui reste du bulbe buccal, et dans les lobes latéraux, ses annexes,
les sacs à crochets, tandis que les petits appendices tentaculiformes seraient
les représentants des cônes buccaux. Tout cela serait définitivement dé\a-
giné, incapable de rentrer désormais dans le corps. Je ne puis donner cette
interprétation que comme une hypothèse; mais, à mon avis, c'est la seule
possi])le.
Quant à assigner à cet animal une place dans une des familles déjà exis-
tantes, cela paraît tout à fait impossible. Par un point important, l'absence
complète d'armature buccale, Laginiopsis s'oppose à tous les autres Gymno-
somes, dont les organes buccaux, diversement dé\ eloppés, semble dans les
divers groupes se balancer et se suppléer l'un l'autre, l'un au moins étant
toujours très développé. Or ces organes, qui dominent loule la biologie de
ces animaux, sont ceux qui doivent, semble-t-il, jouer le plus grand rôle
dans leur classilication, et passer bien avant les branchies, et surtout avant
le pied, organe rudimenlaire, dont les variations n'ont (|u'uiie faible impor-
tance. Tout l'effort de r(''volution dans cet ordre de Mollusque a porté sur
le développement de ces organes préhensiles; et cet effort a produit des
séries évolutives divergeant à partir d'un type moyen, sujet à des flotte-
ments, à des tâtonnements, pourrait-on dire, pour aboutir à quelques formes
extrêmes et bien caractérisées par Tatrophie plus ou moins complète de
l'un ou l'autre de ces organes, compensée par le développement exagéré
d'un autre, des bras à ventouses chez les Pneiimoderma ; des sacs à crochets
C. R,, 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 10.) -' 1
698 [académie des sciences'.
chez quelques Cllone. les Cephalobrachia ; de la lromf)e chez Cliopsis , et
\\x?,û c\\cz Laginiopsis, mais cliez celui-ci d'une façon toute ditrérenle.
Basée sur ces considérations, la classilicalion naturelle des Gymnosonies
sera alors élablie comme le montre le tableau suivant :
Sous-ORDKE. — I. Radula à plus de 3 dents par rangée; des sacs à cro-
chets; mâchoire présente ou absente. 8 ganglions au système nerveux
central ;
i'"^ famille : Pnrumodermatid.e (type : Pneumoderma (Juv.). - Des ven-
touses; pas de cônes buccaux; trompe peu développée.
'1*" famille : Glionu).!:. — Pas de ventouses; des cônes buccaux (manquent
parfois); trompe peu développée ou nulle.
a. Sous-famille : Nolohranchœhiw (type : No/obranc/ura Pels.). — Radula
à deux sortes de dents; une mâchoire; des branchies.
b. Sous-famille : Clwm'nœ (type: CiionrV^iW.). — Radula à deux sortes de
dents; ni mâchoire, ni branchies.
c. Sous-famille : Thliptodont/nœ (lypc : Thliptodon Boas). — Radula à
trois sortes de dents; ni mâchoire, ni branchies.
3^ famille : Cliopsu).e (type : Cliopsis Trosch.). — Ni ventouses, ni
cônes; trompe très développée, plus longue que le corps.
II. Radula à 3 dents par rangée; pas de sacs à crochets; une màchoiie.
7 ganglions au système nerveux central :
4*^ famille : iVNOi'Sin.E (type : Anopsia (iist., = Halopsyche Kef.).
m. Ni radula, ni sacs à crochets, ni mâchoire, o ganglions au syslème
nerveux central :
.5* famille : L.V(;inioi'SI1).e (type : Laginiopsis u. g.).
PHYSIOLOGIE. — Utilisation, des diastases tissulaires pour la détermination de
l'organe dont l'insuffisance fonctionnelle est la cause d'un étal patholo-
gique déterminé. — Application de cette méthode cli raque à V étude da rôle
physiologique de certains organes. Note { ' ) de M. F. Maignon, présentée
par M. E. Leclainche.
La spécificité d'organe des diastases tissulaires, que nous avons établie
dans notre précédente Note, nous a permis de déterminer, dans plusieurs
cas, l'organe dont l'insuffisance fonctionnelle était la cause d'un état patho-
(') Séance du 20 février igssi.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 699
logique donné. Nous examinerons successivement le cas de la maladie de
BasedoKV^ de Veczéma et des troubles digestifs d'origine thyroïdienne.
Maladie de Basedow. — Cette affection, que l'on a considérée longtemps
comme une manifestation d'hyperthyroïdisme, a été attribuée récemment
par Swieciki à un trouble surrénal et ovarien. Une première malade, âgée
de 28 ans, sans goitre ni exophtalmie, reçut, pendant cinq mois consécutifs,
i'"^ de diastases thyroïdiennes, tous les deux jours, soit en injection sous-
cutanée, soit en ingestion. On obtint ainsi une amélioration de l'état
général, avec augmentation de poids et ralentissement du pouls, mais
aucune action sur les signes nerveux de basedowisme. On administra
alors, pendant six semaines et quotidiennement, les diastases de thyroïde,
d'ovaire et de surrénale (i'"» de chaque) et, au bout de trois semaines, on
constata la disparition des symptômes nerveux. Sur une deuxième malade,
âgée de 54 ans, avec léger goitre, les diastases thyroïdiennes amenèrent,
en vingt jours, une amélioration importante de Tétai général et de l'état
nerveux. Enfin, sur une troisième malade, âgée de 52 ans, sans goitre, mais
avec, exophtalmie, on obtint une première amélioration en vingt jours
d'administration de diastases ovariennes; puis cette an^dioration, qui
porta à la fois sur Tétat général et nerveux, s'accentua beaucoup avec les
diastases thyroïdiennes, données pendant quatre mois, et se poursuivit
encore avec les diastases surrénales qui terminèrent le traitement. La
malade augmenta de 6''S; le nervosisme et l'émotivité disparurent com-
plètement; l'exorbilisnie diminua surtout avec les diastases surrénales. Il
faut en conclure que la maladie de Basedow est un syndrome qui peut
relever de causes multiples, dont la détermination est possible par l'emploi
des diastases tissulaires.
Eczéma. — Cerlains fails nous ayant amené à penser que le foie devait
jouer un rôle dans la nutrition des téguments, nous en avons inféré que les
diastases hépatiques donneraient peut-être des résultats dans le traite-
ment de l'eczéma, et l'expérimentation clinique,. effectuée chez le chien et
chez l'hornme, a pleinement confirmé cette manière de voir.
Nous avons expérimenté, nous et nos élèves, sur une cinquantaine de
chiens, jeunes et vieux, atteints d'eczémas à formes variées, humides ou
croûleux. Sur trois animaux seulement, l'administration de diastases hépa-
tiques (i°'s en injection sous-cutanée tous les deux jours) demeura sans
effet. Dans tous les autres cas, vers le cinquième ou le sixième jour, com-
mença l'assèchement de la peau et la chute des croûtes. En i5 à 20 jours,
la disparition complète des lésions fut obtenue; les poils repoussèrent, épais
700 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et réguliers. Dans le tiers des cas environ, les diastases hépatiques laissèrent
persister un peu de congestion du derme et de prurit qui disparurent par
remploi de diastases thyroïdiennes.
Chez rhomme, nous ne possédons encore que quelques observations :
Une femme, âgée de 45 ans, atteinte d'un eczéma papulo-vésiculeux du dos,
des mains et des pieds remontant à 12 ans et qui avait résisté à tous les
traitements; cet eczéma disparut en 1 5 jours d'administration de diastases
hépatiques (i™s par jour en ingestion). Autre résultai, tout à fait semblable,
sur une femme de 5o ans. Disparition, également en i5 jours, d'un eczéma
de la face et du corps sur un nourrisson de i5 mois, malade depuis sa nais-
sance, avec un mélange de diastases de foie, estomac, intestin, pancréas.
Par contre, l'eczéma sec séborréique de l'homme nous a paru plus rebelle.
Il est à remarquer que ce traitement ne supprime pas les poussées nou-
velles; mais celles-ci sont très courtes, comme avortées, et vont en s'espa-
çant de plus en plus.
Action de la thyroïde sur les fonctions digestives. — La glande thyroïde
possède des fonctions multiples que l'emploi des diastases tissulaires per-
mettra de préciser.
Sur un enfant de 10 ans, atteint de troubles intestinaux depuis sa nais-
sance et d'une croissance ralentie, l'administration de diastases thyroï-
diennes, en même temps qu'elle agit sur la croissance, amena très rapide-
ment la disparition définitive des troubles digestifs.
Un jeune homme de i5 ans, d'une taille de 1^,60, avait un développe-
ment cérébral insuffisant, en même temps qu'il présentait des troubles pro-
fonds de la nutrition et de la digestion gastrique, une véritable apepsie.
L'administration des diastases thyroïdiennes amena, en un mois, le fonc-
tionnement normal de l'estomac, avec relèvement de l'appétit, alors que les
diastases d'estomac n'avaient produit aucun effet. Après trois mois de
médication thyroïdienne, le sujet avait pris G'^s et grandi de G'™. Au bout
de six mois, l'augmentation de poids était de i5''^ et l'amélioration de l'étal
cérébral très importante.
Irderprétation de certains effets de i administration de diastases tissulaires
dans des états pathologiques complexes. — Nous avons montré, dans notre
précédente Note, que les diastases tissulaires ne peuvent, en aucun cas, pro-
duire de trouble d'hyperfonctionnement. Leur administration à des sujets
sains passe toujours inaperçue. Sur des sujets atteints d'insuffisance fonc-
tioimelle d'un ou de plusieurs organes, l'interprétation des résultats peut être
compliquée, du fait que le rétablissement fonctionnel d'un organe peut
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 7OI
amener des troubles nouveaux si l'insuffisance primitive avait été conij^onsée.
L'action compensatrice, persistant après disparition de la cause qui l'avait
provoquée, peut à son tour entraîner une perturbation, qui n'est générale-
ment que passagère, un nouvel équilibre, plus normal, ne tardant pas à se
substituer à l'ancien.
L'administration de diastases tbyroïdiennes, qui demeure sans effet sur
les sujets sains, pourra provoquer des troubles nouveaux et passagers sur
des sujets atteints d'insuffisance de la glande lliyroïde, en raison des cor-
rélations fonctionnelles de cette glande avec d'autres organes, corrélations
qui aboutissent toujours à l'établissement d'un certain équilibre dont le
traitement amène la rupture. Chez certains sujets, la diminution de la
tonicité et de l'irritabilité de la musculeuse intestinale peut rire compensée
par une exagération de l'influx nerveux moteur et ne pas produire de cons-
tipation. On conçoit alors que l'administration de diastases intestinales
(musculeuse et muqueuse réunies), en rétablissant la nutrition et l'acti-
vité fonctionnelle de l'organe, entraîne une exagération du péristaltisme et
par suite, de la diarrhée, qui est, dans ce cas, la" conséquence d'une exagé-
ration de la commande nerveuse et non d'un trouble hyperfonctionnel de
l'intestin.
PHYSIOLOGIE. — Sur la conditions- physiologiques relatives à la parure
nuptiale périodique chez les Oiseaux. Note de \L J. Bexoit, présentée
parM.Widal.
Dans le but d'étudier le déterminisme des caractères sexuels secondaires
chez certains Oiseaux, nous avons porté notre attention sur quelques
espèces exotiques dont le mâle présente tous les ans, pendant l'été, à
l'époque de la reproduction, un changement de couleur très caractéristique.
Nous avons choisi le Pyromelana franciscana et VHypochera chalybeata,
vulgairement appelés, l'un Ignicolore ou Multicolore, l'autre Combussou ou
Comhasson.
Pendant la saison froide, les mâles et les femelles de ces deux espèces sont
presque impossibles à distinguer les uns des autres : les couleurs du plu-
mage sont identiques dans les deux sexes. Sans entrer dans trop de détails
descriptifs, disons que, en hiver, l'ignicolore (mâle ou femelle) porte des
plumes d'une coloration noir brun. Le ventre est blanc. Lorsque appa-
raissent les premiers beaux jours, les couleurs du mâle se modifient : la
^02 ACADEMIE DES SCIENCES.
tête et le ventre deviennent d'un Jjeau noir, et une large et magnilique col-
lerette de plumes rouge vermillon apparaît sur la nuque et la gorge de
Foiseau. Cette superbe parure de noce dure tout l'été, et régresse lentement,
à la fin de la période des amours.
Le Combassou (mâle ou femelle) présente aussi en hiver un plumage
terne. Lorsque le mâle entre dans la période de reproduction, son plumage
devient entièrement noir bleu marine, à l'exception de quelques plumes des
ailes et de bi queue.
La parure de noces du mâle constitue donc, chez ces deux espèces, un
caractère sexuel secondaire à évolution cyclique annuelle. Nous basant sur
ce fait que chez tous les Vertébrés l'apparition des caractères sexuels
secondaires sont sous la dépendance de la sécrétion interne du testicule,
comme M. Pézard, notamment, l'a montré avec une grande précision chez
les oiseaux, nous avons étudié la structure histologique de cet organe chez
les Ignicolores et les Combassous, aux divers stades du cycle évolutif de
leur parure de noces, afiu de tenter de préciser le substratum histologique
de la sécrétion interne qui détermine ce caractère sexuel.
Nous avons évité d'utiliser les techniques histologiques banales, qui ne
renseignent pas assez exactement, pour des objets aussi délicats, sur l'état
physiologique des cellules. Nous nous sommes servi d'une méthode cytolo-
gique, qui met bien en évidence les états de repos ou d'activité sécrétoire
des éléments cellulaires.
Voici les faits que nous avons observés :
En ce qui concerne l'Ignicolore, nous avons étudié les testicules d'Oiseaux
qui perdaient leur parure, qui l'avaient complètement perdue depuis quelque
temps, et qui étaient en train de la reprendre depuis un mois (*). Dans les
trois cas, les tubes séminifères sont au repos complet : ils renferment des
cellules de Sertoli et de grosses spermatogonies d'hiver. Le tissu interstitiel
au contraire présente des différences marquées :
1° et 2.° Dans le cas de l'Ignicolore en train de perdre sa parure de noces et
de l'Ignicolore complètement dépourvu de cette parure, le tissu interstitiel,
très abondant comparativement au volume des tubes séminifères, est cons-
(') 11 est assez difficile de distinguer les Ignicolores qui perdent de ceux qui
acquièrent leurs couleurs. Cependant les plumes des premiers sont complètement
développées, et elles tombent. Celles des seconds, au contraire, présentent diverses
tailles : elles sont en voie de croissance. Mais la meilleure garantie est encore de
suivre les Oiseaux avant de les tuer. (3n est ainsi certain que la parure régresse ou
progresse.
SÉANCE DU 6 MARS I922. 7o3
litué par de nombreuses cellules à. protoplasme très rare, et qui présentent
tous les signes du repos glandulaire à peu près complet.
3° Le testicule des Ignicolores dont la livrée a réapparu depuis un mois
présente, à côlé des tubes séminifères embryonnaires, un tissu interstitiel
qui sécrète très activement,
. Nous avons fait la même élude dans les mêmes condilions, chez le Com-
bassou : .
1° Gombassou en train de perdre ses couleurs : les tubes séminifères
sont revenus au repos. Le tissu interstitiel est formé par de petites cellules,
sécrétant peu ou pas.
2'' Combassous complètement dépourvus de leur parure nuptiale. Dans
un cas : aucun phénomène sécrétoire dans le tissu interstitiel abondant.
Certaines cellules interstitielles sont bourrées de grains de pigment. Dans
un autre cas : sécrétion discrète.
3*" Combassous reprenant leurs couleurs depuis quelques semaines : la
livrée est bleu marine. Il reste cependant encore sur le dos des plumes
brun jaune, et des plumes blanches sur le ventre. Les tubes séminifères
sont toujours au repos complet. Certaines cellules interstitielles augmentent
de volume, et leur protoplasme contient des vacuoles de graisse.
4° Combassou ayant acquis la parure de noces complète. Les tubes
séminifères sont un peu plus larges que dans les cas précédents. Dans
certains d'entre eux apparaît déjà une lumière. Ils se préparent à la sperma-
togenèse. Entre ces tubes on voit des cellules interstitielles volumineuses.
Elles sécrètent abondamment et contiennent des grains fuchsinophiles et
osmiophiles.
5'- Combassou ayant acquis sa parure de noces, comme le précédent : le
testicule très augmenté de volume, est en pleine spermatogenèse: les tubes
séminifères, très dilatés, contiennent tous les éléments de la lignée sémi-
nale, jusqu'aux: spermatozoïdes. Le tissu interstitiel est réduit, dans les
carrefours intertubulaires, à quelques cellules glandulaires, volumineuses;
gorgées de produits de sécrétion, et orientées autour des capillaires san-
guins.
Ces constatations nous amènent aux interprétations suivantes :
i*^ Il existe une corréhilion étroite entre rétut de la glande interstitielle
testicujaire et Vètat de la parure nuptiale.
Quand ce caractère sexuel régresse ou est absent, les cellules intersti-
tielles présentent tous les caractères morphologiques du repos fonctionnel
presque complet (très peu de protoplasme et absence presque totale de
produits sécrétés).
7o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Quand la parure nuptiale fait son apparition, les cellules interstitielles
commencent à présenter les caractères cytologiqucs d'éléments glandulaires
(augmentation nette du volume du protoplasme et élaboration des produits
de sécrétion).
Quand la parure nuptiale est complètement développée, les cellules inters-
titielles sont volumineuses et en plein travail sécrétoire.
2° Il n'existe (lucime corrélation entre ce même caructèrc sexuel et la glande
séminale intratubulaire.
Chez les Oiseaux dont la parure nuptiale se développe, les tubes sémini-
fères sont encore au repos complet; ils ne renferment toujours que les
cellules nourricières et les spermatogonies d'hiver. Ce n'est que chez les
Oiseaux à parure nuptiale complètement développée ou sur le point de
l'être que la spermatogenèse commence à s'installer.
Par conséquent, puisque les caractères sexuels secondaires se développent
alors que la glande séminale est toujours au repos, et alors que la glande
interstitielle est en travail sécrétoire, nous avons le droit d'affirmer que les
éléments sexuels n'ont aucune action sur ces mêmes caractères et que tout
se passe comme s'ils étaient sous la dépendance de la glande à structure
endocrine intertubulaire. Ces oiseaux rentreraient donc dans la loi géné-
rale établie tout d'abord chez les Mammifères, et confirmée chez les Oiseaux
par des Cilleuls et surtout par les expériences de Massaglia.
BIOLOGIE. — Convergence ou i^ariation parallèle dans le genre Halimede
(Lépidopt. Satyridte). Note ( ' ) de MM. Cn. Obektiiur et C. Houlbert,
présentée par M. E.-L. Bouvier.
L'examen de nombreuses formes appartenant au genre Halimede, tel que
nous l'avons défini dans notre dernière Note, nous a montré que, si ce genre
est bien caractérisé par le dessin de ses ailes inférieures, ce dessin présente
néanmoins des variations dont il est utile de fixer l'allure.
Nous avons réuni, sous les n°' i, 2, 3, 4, etc., de la Planche I, huit
exemplaires à'Halimede asiatica Obthr-Houlb. provenant des régions sud-
occidentales de la Chine; or, quelle que soit la localité considérée, nous
observons, dans le dessin de l'aile inférieure, en dessous, une complication
graduelle des lignes transversales, laquelle, partant de la simple mouche-
ture du bord antérieur {fig. i), aboutit à l'élégant festonnement de la
(') Séance du i- février 1922.
SÉANCE DU 6 MARS Icj2 2,
llAMMinii: ASIATKA.
noD
ri. /.
Les perfeclionn.nie.Us graduels du dessin des ailes inféiieiucs (1 à 8)
chez Halimede asiatica Obtlir-Houlb.
7o6
A.CADEM1E DES SCIENCES.
11ali.\ii:I)e MKNETniKSf.
PI. IL
I.cs [K'iiVcliontii'iiieiits f^i'Hiliiels du cles'iin des iiilcs ini'érieui-cs (1 a
chez lluli/iicdc 3/enc/ii:-'s/ < ibllii -lloulb.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. ' 707
figure S. lùitie ces deux points extrêmes (I et 8) delà variation nous pouvons
placer tous les exemplaires à' Halimede asiatica.
Sur la Planche II, nous avons réuni de même huit formes typiques
d'une autre lignée voisine, distincte de la première; ici, les exemplaires
proviennent, en majorité, de la Sibérie orientale ou de la Mandchourie. Le
dessin des ailes inférieures est bien du même gabarit que le précédent, mais
avec une légère variante; la moucheture transversale du bord antérieur est
plus compliquée; puis, dans l'angle formé par les nervures Mo et M3 à leur
origine, se voit un petit arc noir convexe, qui ne se rencontre jamais dans
la série précédente. Nous nommons l'espèce de Mandchourie Halimede
Menctriesi., parce que c'est elle qui fut signalée pour la première fois, en
iSSc), par Ménétriés. Cette espèce présente, ainsi qu'on peut le voir, un
schéma tle variation absolument parallèle à celui à'Halimedc asiatica.
Nous tirons de ce qui pn-cède les conclusions suivantes ;
1. Pour deux espèces bien définies, Hal. asiatica et fiai. Mcnctriesi^ nous
avons deux schémas de variations parallèles absolument concordants.
2. On sait que les espèces varient, mais il est souvent dil'ticile de fixer
l'amplitude des variations; ici, les limites sont nettes pour chaque série
entre les n"* l et 8.
3. Les deux thèmes de variations que nous venons d'indiquer ne sont
point spéciaux au genre Halimede; nous les retrouverons dans les genres
Arge^ Mclannrgia et Parce ; i\^ répondent donc à une loi biologique géné-
rale que nous nous proposons d'étudier méthodiquement.
BIOLOGIE. — Contribution à V étude des bouillies cupriques.
Note de M. et M'"*" G. Villedieu, présentée par M. P. Viala.
Dans des Notes antérieures (') nous avons montré que les eaux de pluie
ne pouvaient dissoudre de traces appréciables des sels de cuivre existant
dans les bouillies neutres ou alcalines actuellement employées en viticul-
ture; nous avons montré également en faisant vivre dans les solutions de
cuivre des zoospores de Phytophthora infestans (mildiou de la pomme de
terre), que même si des traces de cuivre étaient ainsi solubilisées elles ne
sauraient entraver l'éclosion des conidies du mildiou et la germination des
zoospores.
(') Comptes rendus, L 171, i;)io, p. 3G;j el l. 172, 19^1. p. 335.
-^oS ACADÉMIE DES SCIENCES.
On peut facilement répéter ces expériences en utilisant une solution
d'acide carbonique contenant 5oo°^8de ce gaz par litre qu'on sature par
de l'oxyde de cuivre bleu hydraté dit de Péligot bien exempt d'alcali; après
filtration on obtient un liquide riche en cuivre que l'on ensemence avec des
conidies de phytophthora; celles-ci éclosent, les zoospores se fixent et
germent normalement à -h i4°. Celte expérience infirme les théories actuel-
lement admises.
Dans les bouillies bourguignonnes, où l'on fait réagir en proportions
équimoléculaires du sulfate de cuivre sur du carbonate de soude, on obtient
S0*Gu + G0^Na^+3H-^0 =CO='Cu(OH)S J^■20 + S0^^a^
c'est-à-dire du sulfate de sodium et de l'hydrocarbonate bleu de cuivre qui
en séchant à l'air, en présence du sulfate de soude, se déshydrate et donne
de l'hydrocarbonate vert CO^Cu Cu(OH)- ou malachite; ce composé est
de tous les composés cupriques des bouillies le* plus insoluble et son rôle
dans les bouillies devient alors inexplicaljle.
Il nous a paru intéressant de rechercher si le sulfate de soude qui se
forme dans cette réaction n'aurait pas une action sur les zoospores de mil-
diou. Ce sulfate de soude, séché avec l'hydrocarbonate et retenu par lui, est
protégé des eaux de pluie par le revêtement insoluble que forme le prc'ci-
pité cuprique; mais, après un orage où lors d'une rosée, les gouttes d'eau
qui séjournent sur une tache dissolvent le sulfate de soude resté inclus dans
le produit cuprique.
Il nous a été permis de constater qu'une solution à 1^,80 pour 1000
de SO'Na- entravait singulièrement l'éclosion des conidies de phvtoph-
thora et qu'une solution à 2 pour 1000 l'empêchait complètement. Ce
phénomène n'est pas particulier au sulfate de soude : des solutions
à i,5o pour 1000 de KCl, à i,5opour 1000 de Na Cl, ou même à 2 pour 1000
de AzO^K, grossièrement isoioniques au point de vue osmotique, avec
une solution à 2 pour 1000 de sulfate de soude arrêtent complètement éga-
lement la germination du mildiou.
Si Ton prend le mélange : SO'Ca et CO'^Ca qui constitue le résidu des
bouillies bordelaises neutres (ou alcalines, mais carbonatées) en aj^ant soin
de prendre du sulfate de chaux (SO'Ca, 2H'M)) finement précipité comme
celui des bouillies et mélangé de carbonate de chaux au préalal)le, et qu'on
additionne ce mélange d'une eau contenant, coininc l'eau de pluie, des traces
de carbonate d'ammoniaque, on obtient, après agitation, contact et filtra-
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 7^9
lion, un liquide saturé de sulfate de calcium dans lequel Téclosion des
conidies de phytophthora est singulièrement entravée.
Si une conidie vient par hasard à éclore, ce n'est qu'avec un retard très
api)réciable, atteignant quelquefois plusieurs heures, sur Téclosion des
conidies d'une préparation témoin sur Feau distillée ou sur une eau légère-
ment cuivrée.
Ceci explique les insuccès qu'ont signalés mainls auteurs, et qu'ils ont
déclaré avoir éprouvés, à faire germer du Plasmopara rilicola dans des
eaux de puits ou de rivières ou même dans des eaux mal distillées, conte-
nant des sels divers. Tous ont, par contre, reconnu que dans l'eau de pluie
ou de rosée ou même dans l'eau Ijidistillée, la germination s'effectue r<'-gu-
lièrement. Les conidies de mildiou semblent, comme beaucoup de graines,
être dans l'impossibilité de germer dans des solutions salines suffisamment
concentrées : toutes les expériences faites jusqu'à ce jour l'ont fait prévoir
et celles que nous venons de signaler le démontrent suffisamment.
Toutes les bouillies, en dehors de leur alcalinité ou de leur acidité,
peuvent donc agir par la simple solution des sels adjoints aux sels de
cuivre : sulfate de calcium dans les bouillies bordelaises ou sulfate de
sodium dans les bouilUes l)Ourguignonnes, auxquels viennent s'ajouter les
sels déposés par les (^aux ayant servi à leur préparation.
Sans le concours problématique du cuivre, ce simple fait, d'ordre connu,
suffit donc pour expliquer l'action anticryptogamique de ces l)OuiUies.
BIOLOGIE. ^ Sur le déterminisme des caractères sexuels secondaires
chez les Urodèles. Note ( ' ) de M. M. Aron, présentée par M. Widal.
Dans une Note récente (0, M. Champy tente de réfuter les observations
morphologiques et expérimentales que nous avons faites chez Triton cris
tatus, et à la suite desquelles nous avons établi que le tissu glandulaire
périodique du testicule, découvert par Pérez, tient sous sa dépendance
chez cette espèce, le développement de la parure nuptiale ('). Nous ne
(*) Séance du 27 février 1922.
(-) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 192-195.
{') Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 5;, et t. 17i, 1922, p. 332: C. R. Soc. Biol.,
t. 85, p. 482.
nio ACADÉMIE DES SCIENCES.
méconnaissions nullement, en nos communications précédentes", les travaux
de M. Champy. L'auteur dans sa dernière Note ne fait que confirmer la
plupart des conclusions auxquelles il était arrivé antérieurement. Préci-
sons les raisons sur lesquelles s'appuie notre opinion.
A. Constatations morphologiques. — i° Formation et signification mor-
phologique (la tissu glandulnire. — Nous venons d'écrire que M. Champy
confirme la plupart de ses conclusions antérieures, non pas toutes. En effet,
en ce qui concerne l'origine et la signification du tissu glandulaire, on note
dans les idées de M. Champy trois stades : a. Le tissu glandulaire, issu
de la prolifération des cellules de Sertoli, comporte la signification d'une
glande endocrine (i9i3) ('). b. La formation du tissu glandulaire res-
sortit à la phagocytose des spermies; sa signification est celle d'une réserve
de « lécithines » (1921) (^). c « Le tissu adipeux provient de la trans-
formation des spermies » (1922, loc. cit.). Sans vouloir revenir sur les
points établis au cours de nos travaux précédents, nous insistons sur ce fait
que la prolifération des cellules de Sertoli (d'où résulte leur organisation
ultérieure en un amas endocrinien) est commandée, non par la régression,
mais par l'élimination des spermies. Qu&nt à l'évolution glandulaire des
éléments qui prolifèrent, elle est évidente (^).
2° Concomitance entre la présence du tissu glandulaire et V existence de la
parure.
M. Champy la nie, et, pour la nier, s'appuie sur le fait que la parure de
noces apparaîtrait au complet avant qu'il n'y eut de tissu glandulaire dans
le testicule. L'auteur base sa conclusion sur une centaine d'autopsies.
Nous basons le nôtre sur un nombre presque égal d'observations. Mais
iM. Champy reconnaît qu'il a « rejeté », dans ses investigations, l'espèce
cristata que nous avons étudiée. Or nous avons précisé ce qu'il faut,
chez Molge cristata, considérer comme caractères sexuels périodiques :
crête dorso-caudale, ligne argentée caudale, développement et peloton-
nement du canal de Wolff. Il y aurait grand intérêt à savoir la signi-
(') Archives de Zool. expér. et gén.., t. ."iO, fasc. 2.
(-) Comptes rendus, t. 172, 192 1, p. [\^'?..
("') Les celldies deviennent volumineuses; leur abondant proloplasme renferme de
nombreuses granulations milochondriales et des enclaves ôsmio-réductrices. Leur
prolifération est suivie de la disparition de la paroi du cyste et de leur mise en rap-
port avec le tisiju conjonctif.
SÉANCE DU 6 MARS' 1922. 7II
fication réelle de ceux sur lesquels M. Champy fonde les conclusions tirées
de l'observalion de l'espèce alpestris. Nous ne saurions en effet qu'ac-
quiescer à ridée qu'il y a des caractères dont le délerminisnie complexe
peut échapper à l'action du testicule. Si là n'était pas la source de l'erreur
de M. Champy, il faudrait la ^rechercher dans le fait que le tissu glandu-
laire, à cause de son étroite localisation, n'a pas été intéressé par les coupes
que l'auteur a examinées.
Les caractères sexuels périodiques de Triton cristatus disparaissent
d'autre part en même temps que ce dernier régresse. M. Champy veut
bien reconnaître cette deuxième concomitance; mais, pour l'inter-
préter, il recourt à une « survivance de l'hormone fixée par le tissu
adipeux » et disparaissant avec lui. Si l'on néglige l'hypothèse de la
fixation de l'hormone, cela revient à dire que le prétendu « tissu adi-
peux » (' ) constitue bien en soinme le point de départ de l'action exercée
sur l'organisme. En admettant, comme M. Champy, que nos expériences
de galvano-puncture ne fissent que confirmer les faits d'évolution, elles
renforceraient déjà sérieusement notre théorie. Mais elles prouvent en
outre que les spermies — ménagées dans! l'intervention en question, en de
nombreux cystes intacts — ne jouent aucun rôle dans le déterminisme des
caractères sexuels.
B. Constatations EXPKRiMRXTALES. — Nous avons pratiqué plus de 60 inter-
ventions opératoires. Les principales sont résumées dans nos Communica-
tions précédentes. Toutes ont abouti à des résultats concordants. M. Champy
les rejette au moyen des objections suivantes :
1'' La parure nuptiale des Tritons est sensible au traumatisme. — On
admettra aisément que nous nous soyons, avant M. Champy, inquiété d'une
telle objeiction. Nous avons pratiqué de nombreuses opérations témoins. Or
en aucun cas nous n'a\ons observé qu'une opération, si grave et si longue
qu'elle fût, pût entraîner plus qu'une légère et passagère régression des
caractères sexuels, quand le tissu glandulaire était ménagé bi- ou unilatéra-
lement, et l'animal nourri sitôt que possible après l'intervention.
1^ La parure nuptiale des Triions est sensible à la captivité. — Le fait sui-
vant nous dispensera de longs commentaires : une quinzaine de tritons
(') Celle expression de « tissu adipeux », outre {[u'elie est Inexacte, prèle à l'équi-
voque et induit à la confusion avec le « corps adipeux » qu'on otjserve cliez tous les
Batraciens au voisinage des glandes génitales.
712 ACADÉMIE DES SCIENCES.
mâles, mainlenus en étroite captivité dans une pièce bien chauffée, de
septembre 1921 à février 1922, mais soigneusement alimentée, ont présenté
sans interruption, durant celte période, une parure magnifique. Tous ceux
qui ont été autopsiés avaient dans leur testicide un tissu glandulaire bien
développé.
3° La parure nuptiale des Tritons est sensible au jeune. — C'est \rai; une
conséquence de cette proposition est qu'il faut nourrir les tritons en expé-
rience. Le jeûne provoque assez rapidement une régression de la parure,
et c'est un argument de plus en faveur de notre théorie : le jeûne suspend en
elfet la genèse du tissu glandulaire. Un jeûne prolongé entraîne même la
dégénérescence graisseuse du testicule. Maison conviendra qu'on ne saurait
assimiler au tissu glandulaire (c"est ce que semble faire M. Champy si nous
comprenons bien le passage de sa Note relatif aux ellets du jeûne), tissu
spécifique de par son origine, son mode de formation et son rôle, le produit
de la dégénérescence graisseuse d'un organe.
En résumé les conclusions de nos précédentes Communications sur le
déterminisme des caractères sexuels secondaires des IJrodèles demeurent
entières.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — SolubiUsation et dégradation diastasique des matières
azotées du maïs ; application aux fabriques de levure. Note de M . P. Nottin,
présentée par M. L. Lindet.
Les distillateurs de grains cherchent aujourd'hui à augmenter les rende-
ments en levure, au détriment du rendement en alcool, dont la vente n'est
plus rémunératrice. Une des conditions essentielles est de produire des
moûts riches en matières azotées, solubilisées et dégradées. Cette solubili-
sation et cette dégradation pourraient être efféctu,ées par la peptase et la
tryptase du maïs employé; mais celui-ci doit subir la cuisson pour mettre
son amidoji en état d'être saccharifié par le malt, en sorte que les enzymes
du mais sont tués et que la digestion des matières azotées ne peut plus être
demandée qu'aux enzymes du malt.
L Pour caractériser la dégradation des matières azotées, j'ai dosé dans
les moûts filtrés les matières azotées qui ne coagulent pas par le bisulfate de
mercure, dosage qu'il faut distinguer de celui des matières azotées totales
SÉANCE DU 6 MARS I922. -jlS
contenues dans les mêmes moûts filtrés. Pour détruire les diastasesdu mais
dans certaines expériences, j'ai eu recours à l'action, pendant i heure, du
bisulfate de mercure sur la farine en suspension dans l'eau; le réactif est
éliminé ensuite par Feau de baryte.
-Matières azotées
Pour 100* (le farine employée: Après: tfitaie. non coagulable.
A. Digestion, ;ui contact de l'eau, de maïs
cru, privé de ses enzvnies par le bisul-
fate de mercure 4«> o,63 0,4/i
B. Digestion, au contact de leau, de maïs
cru, contenant ses enzymes 45 i ,98 1,^4
r> r^- • 1. 1 1 1 f 42 1 ) 70 0,87
Li. Digestion, au contact d eau de malt, de S '
. . s 4^ 2,01 1 ,53
mais cru contenant ses enzAnes > .^
(90 2,Di I ,78
D. Digestion, au contact d'eau de malt, de 1 42 ')09 *^')44
maïs privé de ses enzymes par la 45 1.22 o,58
cuisson '93 I ,3o o,58
Ce Tableau permet de constater, en comparant B et D, laction des fer-
ments protéolytiques du mais cru, agissant à 60°. Si Ton rapproche A et B,
on voit que les matières azotées non coagulables ont triplé sous l'action de
la tryptase du maïs (l'azote total de A n'est pas comparable à celui de B,
le bisulfate de mercure ayant certainement coaj^ulé de la matière azotée
en même temps qu'il détruisait les enzymes). Dans la colonne C, les actions
des diaslases du maïs et du malt se superposent ; en comparant B et C, on
ne voit pas l'action du malt, tandis que l'action trypsique est manifeste,
la proportion de l'azote non coagulable pour 100 d'azote total du moût
passant de 62,6 pour 100 en l'absence de malt (B) à 76,1 pour 100 en pré-
sence de malt (C).
L'action prolongée du malt sur le maïs cuit (D) ne favorise pas la disso-
lution des protéines comme elle le fait sur le maïs cru (C). Mais la tryptase
du malt agit sur les matières azotées solublesdu maïs cuit puisque la teneur
en matières azotées non coagulables est 0^,58 dans un moût de mais cuit
saccharifié par le malt (D), alors qu'elle est 0^,44 dans ce même maïs en
l'absence de tout phénomène diastasique (A). Cette différence, 0^,14, se
retrouve dans une autre expérience. Là, je saccharifié par le malt séparé-
ment 80S de maïs cuit et 20^ de maïs cru; et je compare la somme des
résultats ainsi obtenus à une saccharification du mélange 80^ de maïs
cuit -h 2osde maïs cru. La matière azotée totale du moût filtré est la même
dans les deux cas, montrant une action nulle de la peptase sur le maïs cuit,
G. R., 1922. i" Semestre. (T. 174. N» 10.) ^2
yi4 ACADEMIE DES SCIENCES.
quelle que soit Torigine de cet enzyme; la matière azotée non coagulable
provenant du mélange dépasse de os,i3 la somme des expériences séparées,
ce qui confirme l'action de la tryptase.
II. Les expériences précédentes nous amènent à conclure que, pour dis-
poser du maximum de matières azotées assimilables par la levure, il faut
éviter de tuer par la chaleur les enzymes contenus dans le maïs cru; cette
manière de faire est en opposition avec la nécessité de transformer en em-
pois l'amidon que Tamylase du maH va saccharifier. Dans ces conditions,
il m'a semblé que l'on peut concilier ces deux faits de la manière suivante :
La farine de maïs crue, sans malt, est laissée au contact de Teau à 60°:
la matière azotée se dissout dans le liquide; par filtration, la drèche est
séparée du liquide et cuite; sur l'empois, on remet le liquide précédemment
filtré, puis on saccharifie par le malt. J'ai recherché si cette méthode (A)
permet d'augmenter en effet le rendement en levure, en la comparant avec
e procédé o -dinaire (B). c'est-à-dire cuisson du maïs sans macération
préalable.
Pour lOlJe de farine de maïs : A. B.
Hj'drates de carbone (en glucose ) 71,92 72,44
Matières azotées dissoutes totales • 2,o5 1 ,45
Matières azotées non coagulabies i ,o5 0,60
Rendement en levure sèche 2,3i i,33
On peut objecter que ces moûts n'ont pas la même composition. Aussi
ai-je préparé deux autres moûts, l'un de maïs cru, l'autre de maïs cuit ; puis,
par dilution, j'ai égalisé les teneurs en azote total, et; par dissolution de
sucres appropriés, j'ai uniformisé la teneur en hydrates de carbone. Un
même volume de ces moûts, ne correspondant pas au même poids de maïs,
a donné après fermentation :
Pour 300™' de moût : Maïs cru. Maïs cuit.
Levure sèche os, 557 ^°' ^^^
Alcool en poids 6s, 4o 5?, 87
En résumé, grâce au procédé proposé qui permet de conserver les
enzymes de maïs, on obtient une meilleure utilisation des protéines de cette
céréale et une augmentation du rendement en levure pour 100''° de grains.
La séance est levée à i5 heures trois quarts.
K. P.
SÉANCE DU 6 MARS 1922. 7l5
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances de février 1922.
Études glaciaires dans les Pyrénées françaises et espagnoles de 1900 à 1909,
par Ludovic Gaurier. Pau, Garet-Haristoy, 1921; i vol. 25'^"'. (Présenté par M. le
Prince Bonaparte.)
La 7. 5. F. des amateurs, par Frank Duroquier. Paris, Masson et C'^ 1922;
I vol. 18'='°.
Calcolo del titolo più ecotiomico di un gas niisto di gas ricco e povero, par
C. Canovktti. Extrait de VIndustria del gas e degli Acquedotti,n°9, septembre 1921.
(Présenté par M. Ch. Lallemand.)
/Votes ptéridologiques, par le Prince Bonaparte. Fascicules X et XI. Paris, chez
l'auteur, 1920; 2 vol. 20"^™.
Traité de métapsychique, par Charles Ricbet. Paris, Félix Alcan, 1922; i vol. 25'='".
Électricité et matière, par Sir J.-J. Thomson. Paris, Gauihier-Villars, 1922;
i vol. 16'='".
Les organes réglants des chronomètres, par J. Andradb. Besançon et Bienne.
E. Magron, 1922; i vol. i9'='°.
Théorie mathématique des assurances, par P.-J.. Richard. Tomes I et II. Paris,
Octave et Gaston Doin. 1922; 2 vol. 28'='". (Présenté par M. d'Ocagne.)
Éther ou relativité, par Maurice Gandillot. Paris, Gauihier-Villars, 1922 ;
I vol. 18'='°.
Nouvelle méthode de calculs différentiel et intégral à la portée de tous, par
E.-E. Marchand Bev. Première partie chez l'auteur, 1^22; i vol. 23'='».
{A suivre.)
7l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
E RU ATA.
(Séance du 3o janvier 1922.)
Note de M. Armand Cahen, Sur les équations différentielles du premier
ordre à points critiques fixes :
Page 2'y8, avant-dernière ligne, au lieu ^e (X :=o, ¥=0), lire (X=:oo, Y r^ o),^
Séance du i3 février 1922.)
Note de M. Maurice Janet^ Les caractères des modules de formes et les
systèmes d'équations aux dérivées partielles :
Page 432, dernière ligne, au lieu de 0"J,4,i, lire 'y"„^^.
Page 433, ligne 2, après a^_,, remplacer les points par etc....; lignes 6 et 8, sup-
primer les points avant a, et ct,,-!.
Page 434» ligne 9, ajouter les mots : certaines dérivées d'ordre p -i- 1 de u :
(Séance du 27 février 1922.)
Note de MM. A. Policard ç:i G. Mangenol, Action de la température sur
le chondriome cellulaire. Un critérium physique des formations mitochon-
driales :
Page 645, ligne 25, au lieu de une algue, Saprolegnia, lire un champignon,
Saprolegnia.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 15 MARS 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUIVICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
ASTRONOMIE. — Sur u/ie pi'opriété des émulsions photographiques et l'enregis-
trement des étoiles^ pendant les éclipses totales de Soleil^ en vue de la vérifi-
cation de l'effet Einstein. Note de M. Maurice Hamy.
Au cours d'expérieuces, nécessitant un ciel très pur, amorcées l'été
dernier, à grande altitude, dans le massif du mont Blanc, en vue d'étudier
les conditions de possibilité de la photographie des étoiles en plein jour,
j'ai constaté une propriété des émulsions photographiques méritant d'être
signalée.
Ces expériences font intervenir des étoiles artificielles dont les images
projetées sui- le fond du ciel, par une glace transparente, forment autant
d'astres possédant des grandeurs bien déterminées. Ces astres sont photo-
graphiés, à travers un écran rouge foncé, de deux façons différentes, sur
une émulsion convenablement sensibilisée : i° en arrêtant la lumière du
fond du ciel, c'est-à-dire en opérant comme en pleine nuit; 2° en faisant
agir simultanément la lumière des astres artificiels et celle du fond du ciel.
Dans l'un et l'autre cas, la durée de pose est exactement la même ('); les
clichés, pris sur une même plaque, sont d'ailleurs développés ensemble.
Le phénomène observé est le suivant :
La durée de pose étant réglée de façon à fournir, dans le premier cas, une
trace perceptible des astres, jusqu'à la 5'' grandeur, les clichés obtenus,
dans le second cas, portent la trace perceptible des astres, jusqu'à la
(') Voir, pour les conditions expérimentales. Comptes rendus^ t. 171, J920,
p. 691.
G. R-, 1922, i«' Semestre. (T. 171, N° 11.)
53
7l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
7'" grandeur ou à fort peu près. Dans la première hypothèse, le fond des
chchés n'est pas impressionné; dans le second, ce fond, légèrement impres-
sionné par la faible proportion de radiations rouges, émises par le ciel, est
de teinte gris clair.
Ainsi la lumière résiduelle, émanant du ciel, a pour effet de faciliter
l'inscription des images des astres faibles.
Reste à savoir si Ton obtiendrait un résultat équivalent en faisant un
troisième cliché impressionné successivement par le ciel, puis par les
astres seuls, toujours avec le même temps de pose. Quoi qu'il en soit,
l'action signalée est à rapprocher du fait connu de l'augmentation de sensi-
bilité des plaques, par une exposition préalable à une lumière très faible,
juste suffisante pour ne pas provoquer un voile irrémédiable.
La propriété en question tend d'ailleurs à montrer que la photographie
des étoiles autour du Soleil, lors d'une éclipse totale, en vue de vérifier
1 edet Einsten, doit être entreprise avec des temps de pose plutôt un peu
inférieurs à ceux qui conviennent, pour obtenir leur inscription en pleine
nuit. Il y aurait, sous ce rapport, des expériences spéciales à entreprendre.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur les réseaux qui sont harmoniques
Cl une congruence CL. et conjuguée à une autre congruence CL.
Note de M. C. Glichard.
Soient M un point qui décrit un réseau, G une congruence conjuguée à ce
réseau, H une congruence ^harmonique. Je suppose que G et H appartiennent
respectivement aux complexes Unéaires T, et T.. On peut toujours, par une
homographie, ramener ces deux complexes à avoir le même axe ou des axes
parallèles. Je suppose les axes des complexes parallèles au troisième axe de
coordonnées. Si l'on projette sur un plan perpendiculaire à cet axe, le
réseau M a pour projection un réseau {m). Ce réseau plan sera Qoo, puisque M
est conjugué à G; il sera 2(2,,, puisque M est harmonique à H.
Soient ç,, ^. ; ■/],, r\., les paramètres normaux du réseau (m) qui satisfont
aux équations
de du
Le réseau {m) étant liQ^,, les équations (i) admettent deux systèmes de
solutions Ç3, l, ; rj3, r^, telles que
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 7 HJ
Les réseaux {m) «'tant ii„„, on aura
( 3 ) ;, Ti, — £2 '^z 1 = — /" L' 4- /i V
et par suite
(4) hri^—':.yfiz=m\: — n\.
Il en résulte que si un réseau plan {n) a pour paramètres normaux de ses
tangentes l,^, l.,\ 7,3, r,,,, ce réseau {n) sera aussi Oqo ^t 2Q,,. Il en est de
même des réseaux qui correspondent à {rn) et (n) par orthogonalité.
Je détermine X,, Xo, X3, X^ par les équations
D'après les propriétés des réseaux Oq,, on aura
X , 42 - X, ; 1 r= /? U + fy , , X3 i, — X . Ça = - A U + g.,
y,, r, d'une part, q.,, r., d'autre part, sont des systèmes de solutions des
équations ( i). Des é(|uations ( 6) on déduit
(7) [X, ;] = v,H r/,=:^, [X,r,] = r, + r,z=r.
Je détermine X5 par les équations compatibles
<^X, , ôX,
Ou 6/r
Le point de coordonnées X,, Xo, . . ., X^ décrit un réseau dans un espace
d'ordre 5. Soit 0 une solution de l'équation de Laplace du réseau. On
aura
(9) 1- = ''Qî -y- = ni.
. du ^ dv
Les foyers P(Y,, \ ,, ..., Y_;), Q(Z,, Z., ..., Z^ ) d'une congruence
harmonique au réseau X sont donnés par les formules
(10) <| J (A = i, 2,.... 4).
Z/,= X^. -Y]/,
720 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et Ton a
D'après les formules (7 ) et (2), oji a
Si l'cj! fait maintenant 0 = \^, on aura Y.j'= Zo == o et, par conséquent,
(12) Y,Z,-Z,Y,= Z,-Y,.
On voit que le réseau M(X,, X2, X5 ) est harmonique à une congruence
dont les foyers ont pour coordonnées {Y,, Y^, Y,.) et (Z^, Z,, Zj). D'après
la relation (12) cette congruence harmonique appartient à un complexe
linéaire, ayant pour axe le troisième axe de coordonnées et pour module i.
Soit maintenant (a?,, x^ ) un réseau normal parallèle au réseau (m). On
aura
du ■ du - . -^ ,
Si l'on pose
(i4) Tr=Xi^2 — X^.rj,
on aura, en tenant compte des formules (G) et (i3),
(i5) =a</i. --=:bri.
ou ôv
Je détermine X'. par les équations
(.6) __^^A^„ -d;7="^''^'
to étant une constante. Le point M, (X,, X., X5) décrit un réseau parallèle
au réseau décrit par le point (^,, se.,, coT ). Il en résulte que si par M, on
mène une droite G qui a pour paramètres directeurs x^, x.^, o>T, cette
droite C décrit une congruence conjuguée à M,, et d'après la relation (i4)
cette congruence appartient à un complexe qui a pour axe le troisième axe
de coordonnées et pour module-- Pour avoir les réseaux cherchés il faut
SÉANCE DU l3 MARS I922. 7 21
que M, coïncide avec M; pour cela il faut et il suffit que
Si co = I, les deux congruences appartiennent au même complexe; dans
le cas contraire les complexes F, et T.> sont distincts. Je vais d'abord
prendre ce dernier cas. Je pose
fj. étant une constante. Dans l'espace d'ordre quatre il y a des réseaux
parallèles dont les tangentes ont pour paramètres normaux ^,, ^o, ^'3, ^'^ ;
Y],, Y]^, -^j, Tj'j. Ces réseaux sont Ooo, car
Je prends pour fonctions h et / celles qui correspondent à un réseau normal.
Les coordonnées de ce réseau normal sont X,, Xo, [JlX.,, uX,, et l'on aura,
d'après la définition des réseaux normaux,
En comparant avec les formules (6), on aura
et de même
r, + fi-Torr O,
ce qui donne
I
Si l'on veut maintenant que les cong-ruences G et H appartiennent au
même complexe, il suffit de supposer cj.^ = r.-,=: o, c'est-à-dire de prendre
pour fonctions h et /celles qui correspondent à un réseau normal parallèle
au réseau (m).
Dans ce cas particulier, on a un très grand nombre de propriétés que je
me borne à indiquer.
Les lignes asymptotiques du réseau ( M ) e/ celles des surfaces focales des
congruences G et W se correspondent.
Réciproquement, si un réseau M est harmonique à une congrucnce C. L. et
si les lignes asymptotiques de M correspondent à celles des focales de la con-
grucnce, le réseau M est conjugué à des congruences C. L. qui appartiennent
au même complexe que la congruence harmonique.
Même propriété en intervertissant les mots harmonique et conjugué.
722 ACADEMIE DES SCIENCES.
Les congruencesGouHsont celles qui ont été signalées par M.Demoulin.
Ce sont des congruences C. L. qui se transforment en congruences W par
l'application de la méthode de Laplace.
M. Demoulin a montré que la recherche de ces congruences revient à la
détermination des surfaces isothermiques; donc :
La recherche des réseaux plans il^^ et 2Ù^^ revient à celle des surfaces
isothermiques.
CHRONOMÉTRIE. — Les problèmes mécaniques des ressorts réglants.
Note ( ' ) de M. Jules Andrade.
L Le problème de Mécanique chronomélrique abordé dans cette Note
est relatif à l'évaluation de la précision que l'on peut espérer atteindre par
l'emploi de spiraux-cylindriques convenablement associés dans celte pour-
suite de l'isochronisme des vibrations des chronomètres à balancier rigide
qui est aujourd'hui aulorisée par les grands progrès de la métallurgie des
aciers au iiickel que décrivait M. Ch.-Ed. Guillaume dans ses trois Notes
des i4 et 28 juin et du 12 juillet de l'année 1920 sur la dilatabilité et la
thermo-élasticité des aciers au nickel (-).
IL Parmi les divers modes d'assemblages de spiraux cylindriques, j'ai
décrit les ajustages de doublets à spiraux égaux ou symétriques dont les
étendues angulaires sont égales à un même multiple impair de quarts de
tour comme dans le spiral de Pierre Le Roy dont Caspari armé de la
méthode de Résal avait commencé l'étude.
Pour compléter ces études je m'appuierai encore non seulement sur la
méthode de Résal-Gaspari, mais encore et surtout sur une interprétation
simple des forces élastiques traiisverses transmises au spiral soit par l'une,
soit par l'autre de ces deux attaches fixe ou mobile : le piton du bâti fixe
ou la virole du balancier.
Sans doute cette interprétation géométrique nouvelle était contenue im-
plicitement dans la théorie de Résal-Caspari, mais elle y dormirait encore
si un problème technique ne m'avait, en 1920, suggéré l'idée de l'en
dégager
Voici cette interprétation aujourd'hui entièrement précisée dans son
degré d'approximatioji :
(') Séance du 6 mars 1922.
(^) Comptes rendus^ t. 170 et 171.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 728
III. Si un spiral cylindrique, de pesanteur négligée, est pincé entre
l'encastrement fixe du piton et VencaLSiromenl supposé immobilisé de la virole
du balancier; et si ce balancier, par rapport à sa position naturelle d'équi-
libre ou point mort a tourné d'un angle u compté positivement dans le sens où
le spiral se ferme, c'est-à-dire dans le sens de son enroulement depuis le
piton jusqu'à la virole, les deux bouts de ce spiral supportent deux systèmes
de forces qui se font équilibre ; chacun de ces systèmes se compose d'ailleurs
d'un couple d'encastrement et d'une force œmplèmentaire appliquée en
l'extrémité correspondante de sa fibre moyenne; les projections sur un plan
transverse (perpendiculaire à l'axe du balancier) de ces forces complémen-
taires sont les mêmes que si ces forces complémentaires constituaient une
répulsion mutuelle des deux bouts de la fibre moyenne du spiral ; cette répulsion
mutuelle des deux bouts serait d'ailleurs proportionnelle à leur distance et à
une fonction de l'angle u précisée plus loin [formule (i)]-
L'hypothèse dite des techniciens conserve le même énoncé non seulement
sur un plan transverse, mais dans l'espace environnant le spiral.
Si W, et Q, sont les projections sur le plan transverse du bout virole W
et du bout piton ( ). la valeur de cette composante transverse est donnée par
la formule
o.EI
Dans cette formule,
— = moment élastique du ressort;
L = R|, P = longueur de la projection transverse de la fibre moyenne du
ressort ;
Ro = rayon du spiral cylindrique au repos naturel ;
P = son étendue angulaire au repos naturel;
la —V -\- u.
Dans cette formule, la parenthèse facteur est évaluée à l'ordre prè^
de r—- Si u est positif alors, en considérant W,Q, comme un vecteur
attractif appliqué en W, et dirigé vers (^),, la formule (f) ainsi interprétée
représentera la force attractive transmise par le spiral au balancier et agis-
sant sur cette virole.
Ainsi : attraction ou répulsion de la virole du balancier par le piton du
bâti, selon que s'ouvre ou se ferme le ressort spiral.
IV. Cette attraction et le couple qui la complète produisent autour de l'axe
u
I -I
H,
724 ACADÉMIE DES SCIENCES.
du balancier un moment mécanique dont la valeur IS est
(2) ^=-ir"
:(-^)
2 il .
p^ COSO) — p:; SI no
cette valeur de N est évaluée avec une erreur relative de Tordre de r—',
F'*
tandis que l'attraction complémentaire est évaluée à l'approximation de p^-
Mais on ne doit pas s'élonner de cette apparente anomalie, car en vertu
de la flexion du ressort il faut, pour le calcul de N, reporter le point d'ap-
plication de cette attraction au centre de gravité de la projection du ressort,
centre qui est précisément à une dislance de Taxe du balancier qui est de
l'ordre de -r^-
V. L'usage systématique des formules (2) et (1) sera alors le suivant :
Aux formules (2) appliquées à deux ressorts convenables on demande
les conditions d'ajustages de ces ressorts de manière à produire, soit la dispari-
tion rigoureuse^ soit la disparition à l'ordre de tj^ des termes en costo etsinw
et leurs analogues pour les deux spiraux.
Aux formules (i) envisagées dans les deux ressorts on emprunte l'évalua-
tion des frottements de divers ordres et Ton s'applique à reculer l'ordre
d'importance de leurs perturbations d'isochronisnie.
C'est dans cette direction que l'on rencontre des résultats pratiques inié-
lessants pour les chronomètres ; la petite difficulté du problème consistant à
tenir compte de la nécessité de limiter à deux, le nombre des spiraux asso-
ciés, en raison de l'économie qui s'impose dans la bauteur des organes
réglants des chronomètres marins. Je signalerai des réalisations de celte
méthode dans une prochaine Note.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Vaccination préventive par voie digestive chez
l'homme. Note de MM. Charles Nicolle et E. Conseil.
Quelques savants, en particulier M. Besredka, ont montré que la voie
digestive pouvait être utilisée par l'immunisation active des animaux de
laboratoire. Par contre, aucune preuve expérimentale n'avait été apportée
de l'efficacité de la méthode chez l'homme. Le développement de certains
anticorps, constaté dans notre espèce, à la suite de l'ingestion de cultures
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 720
mortes, ne saurait rtre considéré comme concluant. Le pouvoir aggluti-
nant n'a rien à \oir avec l'immunité; la réaction de fixation sans doute, pas
davantage. L'immunité ne se prouve que par la constatation expérimentale
de l'immunité.
Nous avons choisi, pour établir ce point important, deux infections rela-
tivement bénignes, vis-à-vis desquelles la thérapeutique est armée. Nous
les avons prises aussi différentes que possible : l'une, la fièvre méditerra-
néenne, est, chez l'homme, une septicémie, dont la porte d'entrée peut être
la peau, aussi bien que la muqueuse digestive; l'autre, la dysenterie bacil-
laire, est une maladie purement locale et qui ne semble pouvoir se con-
tracter que par voie digestive.
Vaccination préventive par i^oie digestive contre la fièvre méditerranéenne.
— Le vaccin est constitué par un mélange de cultures de M. mclitensis de
cinq origines, stérilisées par un chauffage d'une heure à "^1°-']^^.
L'expérience porte sur trois sujets volontaires de notre entourage. Deux
d'entre eux absorbent trois jours consécutifs, puis le cinquième jour, une
même dose de vaccin (100 milliards de corps microbiens); ils ont été préa-
lablement soumis au jeûne depuis la veille au soir (soit pendant 17 heures)
et cette diète est prolongée 6 heures après l'absorption du vaccin. Le
16*^ jour, qui suit la dernière ingestion, ils sont éprouvés, ainsi que le
témoin par inoculation sous-cutanée de 45o millions de M. melitensis
vivants des cinq souches.
Aucun trouble chez les vaccinés, dont le sang ne montre aucun pouvoir
agglutinant. Le témoin contracte au 17* jour après l'épreuve une fièvre
méditerranéenne prouvée par l'hémoculture et bientôt arrêtée grâce à l'ac-
tion d'un vaccin curatif.
T^accination préventive par voie digestive contre la dysenterie à bacille de
Shiga. — S'il est aisé de vacciner l'homme contre la fièvre méditerranéenne
par voie sous-cutanée (cf. notre Note antérieure, Comptes rendus, 26 oc-
tobre 1920), l'emploi de la même voie ne va pas sans inconvénients sérieux
avec un vaccin constitué par le bacille de Shiga. Celui-ci en effet contient
des produits toxiques, dont l'action se traduit par un œdème étendu, dur,
douloureux et d'une durée de plusieurs jours. L'existence de cette impor-
tante réaction locale est la raison pour laquelle la pratique de la vaccination
antidysentérique n'a pu jusqu'à présent être étendue. Nous nous en sommes
personnellement rendu compte pendant la guerre, une épidémie extrême-
ment grave de dysenterie, nous ayant contraint à utiliser, faute de mieux,
un vaccin sous-cutané sur 10 18 sujets. Le seul moyen d'atténuation, qui
726 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nous ait donné des résultats, consistait dans l'inoculation de quelques cen-
timètres cubes de sérum antidysentérique, pratiquée drs le début de
l'œdème; celui-ci n'apparaît qu'après une incubation de 48 heures environ.
La voie veineuse provoque une réaction violente, sensiblement égale
qu'on utilise les cultures mortes ou vivantes, et qui rendrait sans doute fort
dangereux son emploi.
D'autre part, les essais tentés pour rendre atoxiquele vaccin altèrent tel-
lement celui-ci qu'il est impossible de penser qu'on puisse attendre un
résultat utile d'un microbe aussi modifié.
Il y avait lieu d'espérer un meilleur effet de la voie digestive.
Deux difficultés se sont présentées, lorsque nous favons essayée et ont
retardé grandement nos expériences. Nous ne ferons que les signaler ici.
IVous y reviendrons, en exposant en même temps le détail de toutes ces
recherches, dans une publication complète. Ces deux difficultés sont : la
résistance presque totale à la dysenterie de la race indigène tunisienne,
vaccinée sans doute dès l'enfance par l'absorption d'eaux polluées, et la
fragilité de la virulence chez le bacille dysentérique. On peut dire que la
conservation de cette virulence sur les souches entretenues en milieux arti-
ficiels est exceptionnelle. C'est pour cette raison que des savants de labora-
toire, jugeant la question avec des échantillons isolés depuis longtemps,
donc avirulents, et sur le lapin, animal sensible aux poisons inoculés mais
réfractaire, ont pu avancer que, pour le bacille de Shiga, toxicité et viru-
lence étaient synonymes.
En possession enfin d'une race virulente, nous avons réalisé l'expérience
décisive de vaccination digestive dans les mêmes conditions que pour la
fièvre méditerranéenne : cultures stérilisées à 73°; mêmes doses de 100 mil-
liards administrées aux mêmes jours, mêmes jeûnes avant et après. Il y eut
cette fois deux vaccinés et deux témoins volontaires appartenant aux races
européennes.
L'épreuve par ingestion de cultures virulentes (10 milliards de bacilles
de Shiga) eut lieu aux quinzième et dix-huitième jours après la dernière in-
gestion. Elle ne fut suivie d'aucun trouble chez les vaccinés; pas plus que
du développement d'un pouvoir agglutinant, même après l'épreuve. Les
deux témoins contractèrent par contre une dysenterie nette, jugée par
l'isolement du bacille de Shiga de leurs selles et immédiatement arrêtés
par le sérum antidysenlérique.
Conclusions. — Ces expériences prouvent qu'il est possible de vacciner
préventivement l'homme par voie digestive contre la fièvre méditerranéenne
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 727
et la dysenterie bacillaire. Contre cette dernière maladie, l'emploi d'un
vaccin digestif est d'autre part la seule méthode applicable.
Il paraît légitime de penser que la même méthode se montrera effective
vis-à-vis d'autres maladies, comme la fièvre typhoïde ouïe choléra, spéciales
à l'homme, d'origine intestinale de même que la dysenterie, et sur les-
quelles l'expérimentation est dans notre espèce impossible.
M. LiNDET présente à l'Académie un Livre qu'il vient de faire paraître,
intitulé : L'outillage de Vindmtrie chimique, agricole et alimentaire, ampli-
fication des conférences qu'il a professées à l'Ecole de Physique et de Chimie
de la Ville de Paris. L'Ouvrage est destiné aux chimistes qui, sortant du
laboratoire pour entrer dans l'industrie, doivent connaître les appareils à
grande puissance et à grands rendements qu'ils devront substituer aux
modestes outils qu'ils employaient. C'est la première fois que l'on dresse
un semblable inventaire, méthodique et raisonné, des appareils employés
par rindustrie chimique. Les figures, croquis dessinés par l'auteur, com-
portent une même échelle {i^)\ ce Livre se termine par une liste des prin-
cipaux industriels qui peuvent fournir les appareils décrits.
M. Gaston Boxnieb offre à l'Académie le Tome V de la Flore complète de
France, Suisse et Belgique, dont il est l'auteur. Ce volume, qui est accom-
pagné de 425 figures en couleurs, renferme la fin de la famille des Ombelli-
fères^ les Araliacées, Cornées, Loranthacées, Caprifoliacées, Rubiacées,
Valérianées, Dipsacées et le commencement de la grande famille des Com-
posées. Un tableàu synoptique, accompagné de figures de détail, indique
les haisons multiples que l'on peut établir entre les genres des Ombelli-
fères. Comme précédemment, sont indiquées les applications agricoles,
horticoles, apicoles, industrielles, forestières, médicales et de Chimi<^
végétale.
M. A. DE Gramont dépose sur le bureau de l'Académie un Mémoire dont
il est l'auteur, en collaboration avec M. Hemsalech : Observations and expe-
riments on the occurrence of Spark Unes {enltanced Unes) in the arc : L Lead
and tin, paru dans le Philosophical Magazine, vol. 43, février 1922. Ce
Mémoire est le développement, avec planches et tableaux numériques
d'une Note parue dans les Comptes rendus du i^'" août.
728 ACADÉMIE DES SCIENCES.
M. J.-L. Breton fait hommage d'un Ouvrage de M. Albert Raxc,
intitulé : Les ingénieurs et la guerre. La mobilisation technique et scientifique^
dont il a écrit la Préface.
CORRESPOIVD ANCE .
M. IvAR Fredholm, élu Correspondant pour la Section de Géométrie,
adresse des remercîments à l'Académie.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
i'' J. GuiÂRT et L. Grimberï. Diagnostic chimique, microscopique et parasi-
tologique. (Présenté par M. L. Guignard.)
Qp Ch. Frémont. Essai mécanique des fils d'acier. (Présenté par M. L.
Lecornu.)
3*^ Léon Bouthillon. La théorie et la pratique des radiocommunications.
\\. La propagation des ondes électromagnétiques à la surface de la terre.
(Présenté par M. Blondel.)
4° Ministère de l\ Guerre. Tables de balistique extérieure, tomes T, Il
et III.
ALGÈBRE. — Sur les eayléens et les bicayléens anormaux.
Note de M. Maurice Lecat.
Une cayléenne C de deux matrices M, et Mo, d'ordre /;, est une matrice
de cet ordre et dont certains déterminants, les eayléens normaux, expriment,
suivant la règle de Cayley-Rice ('), le produit d'un déterminant de M, par
un déterminant de Mo. Les autres eayléens sont anormaux . Si M, et Mo sont
identiques, on a affaire aux cayléennes à'une matrice, M, et les valeurs
normales expriment alors les produits de deux codéterminants .
Si M est cubique, les C sont de classe 4 et il y en a six distinctes. Les cay-
(') A. Cavley, Trans. Cambridge Philos. Soc, t. 8, 1842-1849, .Part I, p. 85-88;
Papers, t. 1, Cambridge 18S9, p. 75-79. — L.-H. Rice, Amer. J. Math., t. 40, 1918,
p. 250-262.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 729
léens anormaux sont : a. \q per signant (d'espèce 4, ou à 4 signances); h. le
permanent (d'espèce o); c. les deux déterminants, d'espèce 2, où les deux
signances figurent dans un même facteur, et qui se réduisent à un seul si'
les deux indices sommants ont le même rang dans les deux facteurs. Si D^,
désigne le déterminant cubique dont a est le rang non-signant, P le perma-
nent, TCj, , et Ojj^ le permanent et le déterminant de la tranche g de rang a,
on obtient une valeur anormale en prenant : P pour chacun des facteurs
éventuels à deux non-signances, D^ pour ceux à deux signances, a y étant
le rang sommant; et en ajoutant au produit des deux fonctions trouvées un
complément valant 2''^* fois la somme en p des produits de deux fonctions
obtenues en prenant 7:^ .^ ou 0,, ., pour un facteur respectivement à 2 ou à o
non-signances, [3 ou ^ y étant le rang sommant.
Exemple. — Les trois déterminants :
2 *^p' ^" ^2) (?
i'\ r\
J
2
.0, £
£2) (^3,
.£1,
^2) V?, £3, îj
d'espèces respectives 4> 2, o, valent :
Df
'2,P'
2l>-l
2-.
2,p '•!,&•
p = l
p = l
Ce résultat est susceptible de généralisations. Si, pour mettre sous forme
de déterminant le produit de trois codéterminants cubiques, on en multi-
plie d'abord deux suivant la règle de Scott-Rice(') et qu'on effectue ensuite,
suivant la règle de Cayley-Rice, le produit parle facteur restant, on obtient
des matrices de classe 6, analogues aux C. Les valeurs anormales sont celles
du permanent, du persignant, des trois déterminants d'espèce 2 où les deux
signances figurent dans un même facteur, et des trois d'espèce 4 où les deux
non-signances ont la même disposition. Le complément est ici 2""'''""^* e:^ N
fois la somme en p des produits de trois facteurs obtenus comme les deux
des C. Ainsi le permanent
Z. V£i, p, £2; Ua, ?, ^J vîii, P, EeV
p P = i
(*) K.-F. Scott, P/oc. London, Math. Soc, (1), t. 11, 1879-1880, p. 17-29.
RiCE, loc. cit. Observons, en passant, que tous les scottiens sont normaux.
L.-H.
73o ACADÉMIE DES SCIENCES.
on obtient, comme pour le persignant de cette matrice, une somme de
cubes, p ayant été mis partout au même rang.
Dans le cas de n matrices quelconques, un déterminant anormal
'' - - 'A r\ A A \-w-m . N
p = 1 I s+l
.s n p .V ;;
f. = 1 1 .V + 1
où Df ' désigne le déterminant
P*'^' étant le permanent qui lui correspond, et où
permanent, de classe m.^^ — t, de la tranche p de rang [x^ de la matrice t'*""'
de classe m^] et de même pour les déterminants o. Les classes m^, ...,mj
doivent être impaires. Le complément se forme donc comme plus haut. Si,
pour toutes les valeurs de g- et de u., on a
le persignant et le permanent donnent une somme de /i'*"'"'' puissances.
Une cayléenne de M et d'une de ses cayléennes est une matrice d'éléments
à deux paires d'indices sommants, appelée bicnyléenne de M. Elle est de
classe 5 si M est cubique.
Il y en a 27 distinctes, ayant cliacune 16 déterminants distincts (mais
dont certains ne sont pas inégaux en valeur). Les 4 normaux sont d'espèce 2.
Les 8 quasi-normaux (4 d'espèce 4 et 4 d'espèce 2) s'expriment normalement
(par la règle de Cayley) en fonction des déterminants cubiques et de leurs
cayléens anormaux; ce sont les seuls pour lesquels le facteur F pourvu d'un
indice sommant de chaque paire n'a pas de non-signance. Nous leur consa-
crons un Mémoire spécial.
Les4 bicayléens anormaux sont : a. le permanent; b. celui des 5 détermi-
nants d'espèce 4 où la non-signance figure dans F; c. les 2 déterminants
à 2 signances figurant dans un seul facteur. La place manque pour donner
in exlenso la loi de formation de leurs valeurs; du reste elle apparaît clai-
SÉANCE DU l3 MARS I922. 78]
rement dans ces exemples :
0)
(■'.)
(0
(II)
1/' /' /' /' /'
;a = i y=:i !J.=i Y = i 1
I p r p p /'
/' /' / \ /O vO \ / 0 0
y =; 1 [J. = 1
/' /' /' /' p
y\) PDiD,+ ;/'-'D,VTti,j;,Ô2,f,.-i-a/^-JD,2^2,y^^i,y + 2/'2 ^n*^'"''"^' "'^''^'iJ^^i'Y'
\). = i y = i 5J.=i Y=i 1
/' /' /' /'
(II) V^^ 2PP^T.,;,T.,^i+ 4^ ^Y\(lJ;l,''>)r:'i,^.-i,r
1 — 1 u. = 1 y = 1 1
Il y a- en général 4 groupes de termes : a. un produit de déterminants
(permanent y compris); b, c. deux qui, rappelant le complément des cay-
léens, correspondent chacun à une paire d'indices sommants et sont iden-
tiques pour certains permanents (cas de II ); d. le groupe restant, qui com-
porte 2 sommations et constitue une image remarquable de l'élément entre
barres. Observons que, tandis que pour les valeurs anormales F engendre
toujours P, pour les valeurs normales il donne D^, si a est, dans F, le rang
non-signant.
On peut généraliser comme dans le cas des cayléens.
ANALYSE MATïHÉMATIQUE. — Sw V équation générale du type elliptique .
Note ( ') de M. Kyrille Popoff, présentée par M. Hadamard.
M. Picard (-) considère l'équation générale du type elliptique
, , d''-u d'-u du , du
ôx^ dy- dx dv
et cherche une intégrale s'annulant sur le contour fermé C et continue
(') Séance du 20 février 1922.
C) Ann. Ec. IVorm. sup.^ t. 23, 1906, p. J09.
^32 ACADÉMIE DES SCIENCES.
à l'intérieur de C, ainsi que ses dérivées partielles du premier et du second
ordre. Il ramène le problème à une équation intégrale. Pour remonter de
celle-ci à l'équation (i), on a besoin de prouver que u a des dérivées conti-
nues des deux premiers ordres. Pour cela, M. Picard admet que rt, />, c, /
sont continus ainsi que leurs dérivées utiles.
Nous nous proposons de ramener le problème à une équation intégrale ana-
logue^ dont la solution ri aura même pas besoin d^ admettre des dérivées
premières. Soit
(2) A« = cp(^,j),
où o(x^ y) est une fonction à déterminer, d'où (u s'annulant sur le con-
tour C )
(3) u{x, y)—— ~jj ?(^rfl)C.(^, -fl^-a^, J)f^^
dn
(G, fonction de Green ordinaire).
Pour que la fonction u(x,y) ainsi définie satisfasse à (2), il suffit,
d'après une remarque de M. Hôlder que cite M. Picard ( ' ), que
?(^iji) — ?(-2t-2y2)< A/•^
A et a étant deux constantes positives et ;• la distance de (.37, , 7,) à (x^, jo).
Si l'on substitue la fonction u(œ,y) ainsi formée dans l'équation ( i ),
qu'on peut écrire aussi
A« + ca(a:, y) — ca(.t\ v) + « -^ ^ u V- eu z=: J ^
on obtient l'équation intégrale en ai(j-, v) suivante :
(4) o{x,y)-^^J^J
.^(^-^■^ d^
, , . , ^G(t, Ti, ne, y) ■ „ .
\-b{x, y) ^-^ ^ - c{a-.,y)G{t, -fi, JC,y)
X 9 ( ç, Y) ) di dn —f{x, y).
Pour que la fonction «(a-, y) formée avec la solution 0(^,7) de cette
équation intégrale soit l'intégrale cherchée de (i), il suffit que ç;(x", y)
satisfasse à la condition de Hôlder. Pour cela, il suffit que a, b, c satisfassent
à cette condition. Cela se voit sur l'expression de (^(x^y) au moyen du
C) Journal, de Malh., i8go.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 733
noyau résolvant. Considérons par exemple l'intégrale
celle qui présente les plus grandes difficultés. On aura
-j J 0. /(^•-^)^^^
Ici, /"(.r, y) satisfaisant à la condition de Hôlder,
/ / / ( 4- "^' ) G ( ^, -^, .7^, j) f/^ dn
admet des dérivées premières et secondes, d'où il s'ensuit que 'l(-x, y)
satisfait aussi à la condition de Hôlder et que par conséquent l'intégrale (3)
vérifie l'équation ( 1 ).
On arrive au même résultat en se servant d'une remarque de M. Hada-
mard, publiée par MM. Heywood et Fréchet, Décrivons pour cela autour
du point (Xf , r, ) un cercle (Si) de rayon deux fois la distance /• de (.r, , y^ )
à (^2j Va)- L'intégrale / / - — ' ^' ^' "^ /(^, ■ri)d;dq étendue au domaine
extérieur à ce cercle est une fonction dérivable de a?, j. Considérons main-
tenant les intégrales
(6) / / — -L— f {-_,■(,) didr\ (/ = i,2),
étendues au domaine intérieur au cercle 2.
Pour ç = ^7, ;/i=:y, ^— — ^ étant inhni comme -, ou 0, est la
distance du point (;, y] ) au point (.r,, v,\ l'intégrale (G) sera de l'ordre de
où M est la plus grande valeur que |/('i",.v)| peut prendre en général.
Une homothétie qui change IS en un cercle Z' de rayon un, ayant le même
C. R.. 192s. ." Semestre. (T. 174, N* 11.) • 54
734 ACADÉMIE DES SCIENCES.
centre, donne
M / — —W.ir / —,
OÙ R, désigne la distance d'un point quelconque à Tintérieur de -' au
centre de 2', et Ra la distance au point transformé de (-r^. v^X qui est à la
distance - du centre de H'. La valeur de / -rr étant indépendante du choix
des points (^, » jO ^^ (^Co? J2)? il s'ensuit que
//^
dx
fil, -fi) dtdri
et par conséquent •\^(^x,y) satisfont à la condition de Hôlder.
Soient M, et ii^ deux intégrales de (i) qui s'annulent sur le contour G et
qui sont formées avec les fonctions tp, (a;, j) et cp^C-^ij)- l^eur difTérence
sera intégrale de l'équation sans deuxième membre.
En substituant w, — z/o dans cette équation, on obtient
(^/y) .
Si — n'est pas une constante caractéristique du noyau, on aura identi-
quement ^,(07, j) — ^2(^5 j)^^o et par conséquente, et u^ seront iden-
tiques.
GÉOMÉTRIE. — Sur les espaces généi^alisés et la théorie de la Relatwité.
Note de M. E. Cartan, présentée par M. Emile Borel.
Dans deux Notes récentes(*) j'ai d'une part donné une définition géo-
métrique du tenseur d'énergie d'Einstein, d'autre part introduit la notion
d'espace doué de torsion. Si l'on regarde l'Univers comme un espace à
quatre dimensions doué à la fois d'une courbure et d'une torsion, la défini-
tion du tenseur d'énergie se généralise sans difficulté; il est maintenant
constitué par un vecteur et des couples attachés à chaque élément de volume
de l'Univers; le vecteur traduit la courbure de l'Univers et les couples tra-
duisent sa torsion. Le nouveau tenseur d'énergie a, en chaque point de
(') Comptes rendus, 1. 174, 1922, p. 437 et SgS.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 78^
l'Univers, Zîo composantes numériques, dont iT) pour le vecteur et 24 pour
les couples, tandis que le tenseur ordinaire n'en a que 10.
La loi de conservation pour le tenseur gr-néralisé d'énerg^ie exprime que,
si l'on considère un éléjnent à quatre dimensions de l'Univers, le système
formé des vecteurs et des couples attachés aux différents éléments de volume
qui limitent l'élément donné est géométriquement nul. Si l'Univers n'a pas
de torsion, les 24 composantes qui traduisent la torsion sont nulles d'elles-
mêmes : la loi générale de conservation entraîne alors comme double con-
séquence : i" l'existence de (3 relations linéaires entre les 16 composantes du
vecteur (loi de symétrie du tenseur d'Einstein) ; 2° la loi de conservation
ordinaire de ce dernier tenseur.
L'Univers d'Einstein peut être regardé comme un Univers euclidien
déformé (mais sans torsion). On pourrait considérer, plus généralement,
des espaces provenant de la déformation, non d'un espace euclidien, mais
d'un espace projectif, d'un espace affine, d'un espace conforme, etc. Par-
tons, pour fixer les idées, d'un espace affine à trois dimensions, dans lequel
les figures n'ont d'autres propriétés intrinsèques que celles qui se conservent
par une transformation homographique laissant invariant le plan de l'infini.
Dans un tel espace les notions de droite, de plan, de parallélisme subsistent,
mais non celles de longueur et d'angle. Le système de référence normal y
est formé d'un point quelconque et de trois vecteurs quelconques (non
parallèles à un même plan) issus de ce point.
Gela posé, imaginons un espace non affine, mais possédant, au voisinage
immédiat de chaque point, tous les caractères d'un espace affine. Cela
signifie d'une manière précise qu'il existe une loi de repérage mutuel de
deux systèmes de référence d'origines infiniment voisines. La divergence
entre un tel espace et l'espace affine proprement dit se traduira de la ma-
nière suivante quand on décrira un contour fermé infiniment petit.
Attachons à chaque point M du contour un système de référence et con-
sidérons les transformations homographiques (ou déplacements affines) qui
permettent de passer du système de référence attaché à chaque point JM au
système de référence attaché au point infiniment voisin M'. Si en partant,
dans l'espace affine proprement dit, d'un système de référence initial, on
lui faisait subir successivement les déplace^ients précédents, on ne revien-
drait pas au système de référence initial : un déplacement complémentaire
serait nécessaire. Autrement dit, à tout contour fermé infiniment petit de
l'espace déformé est associé un déplacement affine infiniment petit. Dans
l'espèce, ce déplacement pourrait se décomposer en une translation et un
736 ACADÉMIE DES SCIENCES.
déplacement laissant fixe Torigine, qui traduiraient la courbure (de nature
non euclidienne) de l'espace. Dans un espace affine déformé, il existe des
lignes qui généralisent les droites de l'espace affine proprement dit; seule-
ment, ce ne sont pas de'è géodésiques, puisque la notion de distance, même
entre deux poins infiniment voisins, n'existe pas.
Dans les espaces déformés (au sens précédent) il y a une loi générale de
conservation^ qui est la suivante. Considérons un élément de volume de
l'espace ; aux différents éléments de surface qui le limitent sont associés des
déplacements (affines) infiniment petits : la somme de tous ces déplacements
est nulle. Il faut entendre par somme de deux déplacements infiniment petits
la partie principale du déplacement résultant; dans ce sens, l'addition d'un
nombre quelconque de déplacements infiniment petits est commutative et
associative. On pourrait représenter les déplacements infiniment petits par
des figures géométriques ou tenseurs : ce seraient des tenseurs additifs
[dans l'espace euclidien, à chaque déplacement, on peut faire corres-
pondre un système de vecteurs (glissants); V addition géométrique de ces
systèmes de vecteurs se fait suivant des règles classiques].
Les espaces généralisés de H. Weyl rentrent dans le schéma précèdent :
ce sont. des espaces euclidiens déformés, mais en donnant à l'expression
d'espace euclidien un sens un peu différent de celui que nous lui avons
attribué jusqu'à présent ; les seules propriétés intrinsèques des figures
y sont celles qui se conservent non seulement par un déplacement,
mais encore par une homothétie, c'est-à-dire par une transformation
par similitude.
Les systèmes de référence normaux pour cet espace sont formés d'un
point quelconque et de trois vecteurs rectangulaires égaux issus de ce
point. Un espace euclidien déformé sera défini si Ton se donne une loi de
repérage mutuel de deux systèmes de référence d'origines infiniment voi-
sines A et A', ou encore si l'on se donne la translation AA', la rotation et
l'homothétie qui permettent de passer du premier au second. A tout con-
tour fermé infiniment petit partant d'un point A et y revenant sont
associées : i° une rotation, qui traduira la courbure proprement dite de
l'espace; 2° une translation, qui traduira sa torsion; 3° une homothétie,
qui traduira ce qu'on peut appeler sa courbure d'homothétie. L'Univers de
H. Weyl, qui est naturellement à quatre dimensions, n'a pas de torsion;
sa courbure d'homothétie se traduit, sur chaque élément de surface, par
l'élément d'intégrale double qui définit le champ électromagnétique ^ et qui
SÉANCE DU l3 MARS 192.2. 737
n'est autre que la différence entre le rapport d'homothétie associé au con-
tour fermé qui limite la surface et l'unité. La loi générale de conservation
s'exprime ici en particulier par le fait que l'intégrale du champ électro-
magnétique étendue à la surface qui limite un volume élémentaire donné
est nulle. Enfin on peut définir pour chaque élément de volume de FLni-
vers un tenseur d'énergie; la loi générale de conservation montre qu'il
peut être décomposé en un tenseur symétrique (intéressant la matière) et
un tenseur antisymétrique (intéressant l'électricité). Le fait que les phé-
nomènes électromagnétiques sont indépendants de la matière tient au
fond, dans cette conception, à la propriété du groupe des déplacements
d'être un sous groupe invariant du groupe des similitudes.
L'Univers de H. Weyl est une déformation de l'Univers de la Relativité
restreinte, dans lequel il n'y aurait pas d'unité de longueur fixée une fois
pour toutes. On peut se demander jusqu'à quel point la déformation de
l'Univers galiléen^ avec unités de longueur et de temps non fixées, permet-
trait de rendre compte des phénomènes physiques. La richesse des maté-
riaux fournis par la Géométrie ne serait pas moindre que dans l'Univers
de H. Weyl, puisque le groupe fondamental de l'Univers galiléen est à
II paramètres au lieu de 10, le choix de l'unité de longueur n'entraînant
plus avec lui celui de l'unité de temps. Bien que la tentative mérite d'être
faite, on peut concevoir des doutes sur sa réussite.
GÉO.VIÉTRIE. — La géométrie des espaces courbes et le tenseur d'énergie
d'Einstein. iNote de M. E.xrico Bompiaxi, présentée par M. Emile
Borel.
1. M. E. Gartan vient de donner (') une très élégante construction du
tenseur d'Einstein relatif à un Univers non euclidien à quatre dimensions.
Comme je m'étais occupé de la géométrie des espaces courbes (-), juste-
ment à propos de questions géométriques posées par la relativité, je me
(') Sur une définition géométrique du tenseur d'énergie d' Einstein {Comptes
rendus^ t. 174, n° 7, 1922, p. ^Sj-^Sg).
('-) Studi sugli spazi curvi : Del parallelismo in una varietà qualunque {Atti
del R. Istit. Veneto, t. 80, 1920-1921; 1" parte, p. 355-386; 2* parte, p. 839-859).
l^our d'autres questions qui se rattachent au parallélisme de M. Levi-Cività, voir aussi
Studi sugli spazi curvi : la seconda forma fondamentale di una V,„ in \ „ {Ihid.^
p. 1 1 i3-i i45).
^38 ACADÉMIE DES SCIENCES.
permets de donner un bref aperçu de quelques résultais qui sont intimement
liés avecla recherche de M. Cartan.
2. Le point de départ commun est la notion de parallélisme introduite
par M. Levi-Gività (') : si l'on déplace une direction sortant d'un point
suivant un chemin fermé infiniment petit (cycle), on y revient avec une
direction différente; M. Pérès a donné les formules pour passer de la
direction initiale à celle d'arrivée (^).
Si Ton déplace d'une manière analogue toute l'étoile des directions sor-
tantes d'un point, on y revient avec une étoile directement égale à la pri-
mitive; l'effet du déplacement est donc une rotation qui a pour composantes
tr
^('>, Y]''"' étant les paramètres de deux directions orthogonales sur l'élément
de surface qui contient le cycle, oS son aire.
Tout ce qui se rapporte à cette rotation constitue un invariant relatif aux
éléments donnés.
Dans un espace V„ de dimension impaire, il existe toujours une direction
qui revient sur elle-même au bout d'un déplacement suivant un cycle donné
(^axe de rotation) : ses paramètres yf'^ sont donnés par
l»'
/,y_l^'= O (;■ =r I , . . .. // ) ;
si n est pair il n'existe pas en général un axe relatif à un cycle donné.
En particulier, s'il s'agit d'une variété V^ (w = 3), il y a à considérer les
invariants suivants :
1° L'angle que l'axe relatif à un cycle forme avec celui-ci;
2° La rotation de l'étoile, c'est-à-dire l'angle (rapporté à oS) dont il faut
tourner l'étoile autour de l'axe pour la porter sur sa nouvelle position;
3" La rotation de l'élément de surface, c'est-à-dire l'angle (rapporté à SS)
entre la position initiale et finale de cet élément (auquel le cycle appartient).
On a alors les interprétations cinématiques suivtintes de la courbure
riemannienne : elle est la projection sur l'élément de surface du vecteur qui
(') Nozione di parallelismo, etc. {Rend. Girc. Mal. Palerino, l. 42, 1917)-
{^) Le paraltélisine de M. Levi-Cività^ etc. {Rend. Accad. Lincei, vol. 28, 191 9,
p. 425-428).
SÉANCE DU l3 MARS I922. 739
représente la rotation de l'étoile; son carré est égal à lu différence des cairés
des rotations de l'étoile et de l'élément donné.
Si l'axe relatif à un cycle appartient à son élément de surface, cet élément
est à courbure riemannienne nulle; s'il lui est perpendiculaire, c'est une
direction principale (au sens de M. Ricci); et vice versa.
Certains de ces résultats peuvent être généralisés pour n quelconque.
3. On obtient plusieurs invariants (pour n quelconque) en partant de la
notion de déviation angulaire d'une direction X, (angle dont est tournée 'C
rapporté à 5S) : c'est l'invariant ( qui dépend du cycle et de w) mesuré par
le module du vecteur ayant pour composantes ^/>,viC*'.
Si V,j est à courbure constante, le rapport entre la déviation angulaire
de "C et le cosinus de l'angle que X, fait avec l'élément de surface (^, r^) est
toujours égale à la courbure.
Si la direction 'C appartient à (;, y]), la déviation angulaire vient coïncider
avec un autre invariant [courbure de direction) dont la définition géomé-
trique se rattache à deux manières différentes de transporter une direction
suivant une géodésique (').
La somme des carrés des déviations angulaires, par effet du même cycle,
des directions d'une /i-uple orthogonale est l'invariant (qui ne dépend nul-
lement de ces directions)
Par des constructions analogues j'arrive à d'autres invariants dont la signi-
fication cinématique est évidente par la construction même; en particulier
à l'invariant que l'on obtient en composant le système covariant 4-uple de
Riemann avec son réciproque par rapport à l'élément linéaire de l'espace V„.
4. Je vais indiquer une construction géométrique du tenseur
R,v; — y )ih.hlr.
Il
de Ricci (^) d'où l'on déduit aisément le tenseur d'Einstein R/a — -gin"^-
Considérons une direction ^ et /^ — i .directions r^y orthogonales entre
(*) Voir mon Mémoire, i" Partie, Chapitre lï.
(') Direzioni e invarianti principali, etc. {Atti H. /st. Venelo, t. 63, 190^,
p. 1233-1239).
74o ACADÉMIE DES SCIENCES.
elles et à ^ (sortantes d'un même point) et prenons sur chaque direction un
vecteur unitaire.
Si l'on déplace par parallélisme le vecteur de direction r,y suivant un
cycle appartenant à l'élément de surface (^, yjy), le déplacement de son
extrémité libre a pour composantes
h hi
La somme géométrique des déplacements ainsi obtenus pour les « — i direc-.
tions y]/ est le vecteur de composantes
X,= V ^/i y ;,/,,/;/; :^ V H,,.;<^).
t h I.
Le tenseur (homographie vectorielle) R,v; qui fait passer du vecteur \ au
vecteur X est bien le tenseur de Ricci.
MÉCANIQUE. — Logoïdes de glissement des terres. Note de M. Frontad,
présentée par M. Mesnager.
Considérons un massif de terre cohérente et supposons, comme nous
l'avons fait précédemment, qu'on a affaire à l'état d'équilibre particulier où
les lignes de charge sont parallèles à la surface libre du talus.
Nous adopterons les mêmes notations que dans notre précédente Note,
qui concernait les talus d'inclinaison i supérieure à o. Les mêmes calculs
préliminaires nous conduiront à des équations d'allure identique, qu'il
s'agit d'intégrer :
Cco~c5 cos(2a-f-o)
(0
A cos i si II / ^ .-in o cos (2a -\- o — i
, . 2 G . f cos(? + '^) + cos(2a -f- 9 — 0 ,
(2) x = r- cos 9 la 11 ^; / -z:—. — r- ; ■ — — ^ -rr- (ly.-
Soit 7/ un angle auxiliaire variable, défini eu fonction do a par la
relation
/tt }/\ /sinxp + sin/ / o — i\
lang - H — i/-, — ' ^_.. lang a-H- •
\4 , 2 ' V' -III o — Mil i \ 2 /
L'équation (2) à intégrer prend alors la forme
C cosi^ lang/ f coscp — cosi'sin// ^
A
s i n ( © — / ) y/s i n ( cp -+-•/) si n ( (
SÉANCE DU l3 MARS I922,
741
On a finalement
(3) ^ = T-
rose» lang/
^ sin(9 — / ) \/s\n (q — ?)sin (o ~n i )
C( • l
coso(col/.'.— col j:'q) — COS< L„;.p
col —
2
c
(4) V-T
A cos/-inf cji — /)?iii(cp-t-<)
la valeur À'^, étant d'ailleurs fournie par la relation
- — si n f\/.si n (c3 — i)>i n (o-\-i) col À' — si ncpcosi
(5)
/tt }.!, \ /sincs -H- si II < /t: <'
On peut encore simplifier les équations de cette courbe en adoptant les
axes de coordonnées obliques Ox et Oy' et en prenant pour paramèue
variable un angle a' défini par la relation
, 71 p.
laiig ( - H- —
4 2
/ Mil
V sin
111 ( o -1-0 SI 11 a.
((p — l) COS(à -r 9)
Le résultat obtenu est le suivant
col
cos o SlIW
A .;
Il ( 'j — "i) y/si n ( cp — ( ) si u ( cp -i- i )
col p.' — COl/J-'g — - Lnép
C
A siii('
V
lanS'JJ
co'^C' siii i / lans'JJ \
^— r-^ ; cosec/j.' ^-V
un ( o — O S'il ( ç> -i- <) \ ' •laiigf/
la valeur [\ étant définie par la relation
ou encore
.ans I 3 + E.
Slll ]JLq
_ /si II ( 9 -I- 0
y sin (9 — i)
la no/
là n g ce
La courbe obtenue comporte deux branches, l'une pour l'état d'équilibre
strict supérieur (à poussée maxima) et l'autre pour l'état inférieur (à poussée
minima). Les directions asymptotiques sont définies par l'équation
sin t — sin 9 cos ( 2 5^ — / H- 9) = o,
soit
1 /sin/
a- := — arc cos -:
2 \ SIM es
I / SIIl /
— arc cos
sin C9
742 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les deux branches dont il s^agit sont obliquement symétriques parallèle-
ment à 0.3?', par rapport à la droite parallèle à Or' , d'abscisse
C coscpsin/ /' . , , fjf.'u
. . ,- : : , COt/J-o — L„é,,. col
^ sin(9 — i) \/5in(cp — i ) SU! (tp + ?) \
où la courbe offre un point de rebroussement, d'ailleurs situé sur une
branche parasite extérieure au massif.
Nous proposons de désigner, pour plus de simplicité, sous le nom géné-
rique de cycloïdes de glissement, les courbes d'allure cycloïdale naguère
obtenues dans le cas « ^ o; et àelogoïdes de glissement les courbes ci-dessus,
correspondant au cas i<^ cp.
Dans le cas particulier ï = 9, les équations générales, taiit des logoïdes
que des cycloïdes, tombent en défaut, leurs termes prenant la forme indé-
terminée -•
o
On arrive à lever l'indétermination au prix de développements en série
assez pénibles, qui donnent finalement un résultat très simple, savoir
!>G
cos-*(a -1-9)
: : — 1
3 A siii 5cp
c cf)s( 2a + © )
2Asinco siii^a
La courbe obtenue est une parabole semi-cubique ayant pour axe de
symétrie oblique parallèlement à Ox' la droite parallèle à O/, d'abscisse
ni
o A SI II 2 CÛ
Les deux branches extrêmes de cette courbe sont, comme pour les
logoïdes, les solutions véritables du problème, correspondant l'une au cas
d'équilibre strict supérieur, l'autre au cas d'équilibre strict inférieur; et la
zone qui les sépare, au voisinage du point de rebroussement, n'est qu'une
branche parasite extérieure au massif.
SÉANCE DU l3 MARS I923. 7^3
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sfir le scns de rotation des lignes cotidales autour
des points amphidromiques . Note de M. E. Fichot, présentée par
M. \.. Favé.
Dans l'énumération des causes pouvant contribuer à la formation d'un
point de marée nulle, H. Poincaré (') signale, en dernier lieu, l'influence
de la force centrifuge composée. « Dans l'hémisphère nord, dit-il, une
onde de direction quelconque semblera s'infléchir vers la gauche et, par
suite, les lignes cotidales se succéderont dans le sens contraire à celui des
aiguilles d'une montre. » Ainsi présentée, cette conclusion risque de
paraître erronée, car, outre qu'il est peu légitime d'assimiler simplement,
la propagation d'une ondulation au mouvement d'un point matériel,
l'action déviatrice de la force centrifuge composée sur un tel mouvement
s'exerce précisément en sens contraire. Il n'est donc pas inutile de justilier
plus complètement dans chaque cas d'espèce l'intuition de Poincaré.
Nous envisagerons ici le cas de points amphidromiques tels que ceux de
la mer du Nord, dont la production peut être attribuée au conflit de deux
ondes progressives opposées, manifestement aff"ectées par la rotation
terrestre.
En conservant les notations de Poincaré et nous restreignant aux condi-
tions simples d'un canal de profondeur constante, ouvert aux deux extré-
mités et parcouru dans les deux sens par des ondes de même amplitude et
de célérité c, le mouvement résultant dépendra de la fonction
V t.it y \{l, a
co représentant le produit de la rotation terrestre par le sinus de la latitude.
Par un choix convenable de l'origine du temps et de celle des coor-
données, cette fonction peut se mettre sous la forme
en prenant
et
=: e H- e ' — 2 cos — —
„ / , 2 0) 7' /^^\
d r= arc tane tn — col — •
"V c c J
(') Leçons de Mécanique céleste, l. 3 : Théorie des marées y p. 867.
744 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Tous les points x = ^— (k entier) de l'axe .7 = 0 seront des points
de marée nulle, et les lignes cotidales, dont l'équation peut encore s'écrire
ch i-tane0 = sh ^col^ — ?
c ce
passeront toutes par ces points. Lorsque x varie de —■> la fonction 'd ne
fait que changer de signe. Pour deux points amphidromiqucs consécutifs,
le tracé des lignes cotidales reste donc le même, mais il y a inversion des
phases.
Toute ligne cotidale correspondant à l'heure - du temps spécial de l'onde
admet pour tangente au point amphidromique la droite de coefficient
ang-ulaire — tangO. Lorsque l'heure cotidale croît, la rotation amphidro-
mique s'effectue bien, dans l'hémisphère nord, dans le sens positif astrono-
mique, c'est-à-dire en sens inverse des aiguilles d'une montre, avec une vitesse
angulaire — — ^^ , variable avec Ô. Deux lisrnes cotidales différant
1 -H y-^tang B
de6 heures sont symétriques par rapport au point amphidromique et forment
ainsi une courbe continue présentant une inflexion en ce point.
Relativement à l'axe du canal, toute ligne cotidale d'heure H a pour
symétrique la ligne cotidale d'heure 12 — H.
Enfin toute ligne cotidale d'heure H a pour asymptote la droite
T.
qui se déplace alternativement d'un ventre à l'autre avec une vitesse égale
à la célérité. Si l'on observe que dans la région comprise entre deux points
amphidromiqucs consécutifs, la ligne cotidale d'heure zéro (ou VI) com-
prend non seulement la portion de l'axe reliant ces deux points, mais encore
la perpendiculaire passant par le ventre médian, on aura ainsi tous les
éléments essentiels de la propagation du mouvement vertical.
On voit aisément que l'axe du canal ainsi que ses perpendiculaires
menées des points amphidromiqucs et des ventres intermédiaires sont axes
de symétrie pour les courbes d'égale amplitude. Celle de ces courbes qui
passe par les ventres, où elle admet comme tangentes d'inflexion les droites
de coefficient angulaire ± —-, limite autour des points amphidromiqucs
2(0
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 7^5
des régions intérieures dans lesquelles les courbes d'égale amplitude sont
fermées, orthogonales à l'axe et se confondent sensiblement, au voisinage
des points amphidromiques, avec des ellipses de plus en plus petites, dont
les axes restent respectivement proportionnels à 20) et [j..
ÉLEGïRO-OPTigUE. — Sur le degré (V exactitude de la loi de Bragg pour
les rayons X. Note de M. Maixive Siegbahx, présentée par M. Brillouin.
Dans des Mémoires de 19 19 et 1920, MM. Stenstrôm et Hjalmar ont
montré que la loi de Bragg doit subir une petite correction. En réalité,
celte loi ne donne pas exactement la même valeur pour la longueur. d'onde
calculée d'après des réflexions d'ordre différent. Bien que le défaut qui se
montre dans les longueurs calculées soit très petit et ne surpasse pas beau-
coup les erreurs expérimentales, le caractère systématique des écarts met
la réalité de la correction hors de doute.
MM. Stenstrôm et Hjalmar ont constaté l'inexactitude de la relation de
Bragg pour les cristaux de gypse et de sucre. Pour reconnaître de quoi
dépend la correction des longueurs d'onde, ces auteurs ont aussi mesuré
l'effet obtenu en utilisant des raNons caractéristiques différents. Bien
entendu, les rayons utilisés furent choisis en vue d'échapper aux complica-
tions par non-simplicité des lignes spectrales.
Le résultat que la théorie simple de la réflexion des rayons X par des
milieux cristallins n'est pas suffisant pour des mesures très exactes était à
prévoir. M. P. -P. Ewald a donné une théorie plus complète de ce phéno-
mène et l'a comparée aux résultats expéi imentauxde Stenstrôm et Hjalmar.
On doit s'attendre à ce que tous les cristaux montrent celte déviation de la
théorie simple, pourvu que les mesures aient une précision suffisante. Dans
une Note précédente ('), j'ai donné des résultats de mesures de précision
avec un appareil perfectionné. Un des résultats mentionnés dans cette Note
avait rapport à cette question; j'ai pu montrer l'inexactitude de la théorie
de Bragg pour la calcite. Ce fait a une importance spéciale en raison de
l'emploi fréquent de ce cristal pour les mesures spectroscopiques.
Dans une Note récemment publiée (-), M. Dauvillier a supposé que
l'écart était dû à la complexité de la ligne spectrale Ka, utilisée dans mes
mesures. Je veux remarquer :
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. i35o.
(^) Comptes rendus, t. 174, 192^^, p. 443.
746 ACADÉMIE DES SCIENCES.
1° Que le résultat est le même pour la ligne a, qui, d'après M. Dauvil-
lier, est simple;
2" Que la composante faible a, à côté de a,, aurait, d'après M. Dauvil-
lier, une longueur d'onde différant de 2XU (io~" cm) de la ligne a,. Avec
dispersion de mon spectrographe, deux lignes d'une différence supérieure
à 0,4 XU sont séparables, et la ligne a^, si elle existait dans mes spectro-
grammes, devrait être à une distance considérable de la ligne a, qui a servi
dans mes mesures. (D'après une remarque de la Note de M. Dauvillier
j'estime que, dans mes spectrogrammes, la résolution est trois fois plus
grande que dans ceux de M. Dauvillier.) Pour cette raison, je ne peux pas
attribuer, dans mes résultats, la déviation de la loi de M. Bragg à une
autre cause que celle déjà reconnue par M. Ewald ('") pour les résultats
de MM. Stenstrom et Hjalmar.
RADIOACTIVITÉ. — Sur le poids atomique du chlore dans un minéral ancien^
Vapatitede Balme. Note de M'^' Ellen Gleditscb et de M. B. Samdahl,
présentée par M. A. Haller.
Depuis les recherches de M. F.-W. Aston, on sait que le chlore ordi-
naire, de poids atomique 35,46, comprend deux isotopes, doni un a- pour
poids atomique 35, l'autre 87. Le rapport entre les deux est constant el
ne change point dans le chlore de nos laboratoire?, ce qui ressort des déter-
minations très concordantes de son poids atomique. Ce chlore provient
sans exception des minéraux qui ont été déposés par l'eau de mer.
Une question cependant s'impose : ce rapport peut-il n'avoir jamais
varié? Le chlore, dans des minéraux anciens, cristallisés du magma primaire,
comprenait-il déjà les deux isotopes dans les mêmes proportions? Pour
s'en rendre compte, il faudrait déterminer le poids atomique du chlore dans
un minéral, qui n'aurait pas été en contact avec de l'eau, un minéral où le
chlore serait un élément constitutif. L'analyse de ce minéral, généralement
désigné comme un chloro-lluophosphate de calcium, nous a montré qu'il
contient en effet 5, 61 pour 100 de chlore, ainsi que des traces de fluor. A
Oedegaarden l'apatite se trouve en liions dans des gabbros, qui appartien-
nent sans aucun doute à la période archéenne. L'apatite d'Oedegaarden,
étant formée du premier magma par des vapeurs ou des solutions, réalise
donc les conditions exigées.
(') Z. /. Ph., B(l -2. 1920.
SÉANCE DU I -i MARS 1922. 747
\u cours de noire travail. M"" Irône Curie a publié une Note (') sur le
poids atomique du chlore dans certains minéraux anciens, entre autres dans
l'apatite de Bamle.
Le plan que nous avons suivi était de nous procurer une assez j^^rande
quantité d'acide chlorliydrique, en distillant le minerai avec l'acide sulfu-
rique, puis de transformer l'acide obtenu en chlorure de sodium par neu-
tralisation avec du carbonate de sodium, ensuite de purifier le chlorure de
sodium et de déterminer le poids atomique du chlore y contenu. Vu les
expériences antérieures sur les isotopes, et particulièrement sur ceux du
plomb, nous avons pensé qu'on ne risquerait certainement pas de changer
le rapport des isotopes en purifiant le chlorure brut; nous nous sommes
donc efforcés d'obtenir un cidorure pur, où aucune trace d'une substance
étrangère, spécialement de brome ou d'iode, ne pourrait rendre les résul-
tats douteux.
Voici comment nous avons purifié le chlorure :
I. Du chlorure de sodium, préparé de l'apatite, fut précipité par du nilrate
d'argent, le chlorure étant en léger excès. Le précipité, après avoir été lavé et séché,
fut transformé en chlorure de sodium par fusion avec du carbonate de sodium et de
l'hydrate de soude, le chlorure étant en excès. Le chlorure de sodium extrait de la
masse fondue fut précipité de la solution saturée par un courant d'acide chlorhjdrique
gazeux, provenant d'un chlorure de sodium préparé de l'apatite. Le précipité fut
chaulfé au rouge et, après dissolution et filtration, fut recristallisé douze fois.
IL On a dissous du chlorure de sodium de Fapatile, et à la solution on a ajouté un
peu d'hydrate de baryte pur. Après filtration, l'excès de baryum fut précipité par un
courant d'anhydride carbonique (provenant d'un carbonate pur et de l'acide sulfu-
rique). Le liquide fut chauffé à ébullition et, après filtration, évaporé à cristalli-
sation. Les cristaux furent dissous et le chlorure fut précipité à trois reprises par
l'alcool pur. Le précipité fut chauffé au rouge et, après dissolution et filtration, il fut
encore recristallisé sept fois.
lit. On a préparé d'un chlorure de sodium du commerce purifié une solution
saturée et l'on y a fait passer un courant de chlore pendant une heure. Le liquide fut
chauffé et maintenu à ébullition pendant quelques minutes; après refroidissement or.
y a fait passer un courant d'acide chlorliydrique. Le chlorure de sodium précipité fut
séparé du liquide et recristallisé deux fois.
Ces trois échantillons de chlorure nous ont servi pour la détermination du poids
atomique. Le procédé était le suivant : Une petite quantité de chlorure fut dissous, et
l'on y ajouta du nitrate d'argent, en ayant soin d'avoir le chlorure en léger excès ; le
chlorure d'argent fut lavé et séché suivant les règles ordinaires jusqu'à pesée cons-
tante. Toutes les opérations furent faites à la lumière artificielle. On pesa dans une
(') Comptes rendus, t. 172, 1921, p- 1023.
748 ACADÉMIE DES SCIENCES.
petite nacelle en porcelaine une partie du cblorure d'argent absolument blanc. La
nacelle fut placée dans un tube en verre d'Iéna et l'on cliaufTa lentement, tout en faisant
passer un courant lent d'hvdrogène. Après rédaction complète, une nouvelle pesée
donna le poids de l'argent, et la difTèrence des deux pesées donna le chlore, enlevé
par l'opération.
Il convient de dire que tous les réactifs qui nous ont servi étaient des
produits purs. Voici les résultats :
I. AgCl : pesé 0,9220, d'oîi Cl 0,2282. Le calcul pour un chlore de
poids atomique 35, 16 donne Cl 0,2280.
II. Ag-Cl : pesé 0,8870, d'où Cl 0,2194. Le calcul pour un chlore de
poids atomique 35,16 donne Cl 0,2194(2).
III. AgCl : pesé 0,9024, d^où Cl 0,2232, conforme au calcul, qui
donne Cl o, 2232.
Les poids atomiques résultant de ces expériences seront donc : I. 35,49;
IL 35,45(4); 111.35,46.
Il n'y a donc aucun doute que le chlore dans Tapatite de Bamle n'ait un
poids atomique égal à celui du chlore ordinaire. Les variations sont de
l'ordre des erreurs expérimentales. Etant donnés l'âge et l'origine du
minéral examiné, nous pensons qu'on peut conclure de nos résultats que le
chlore, à l'époque de la formation des minéraux du magma primaire, com-
prenait déjà les deux isotopes dans le même rapport qu'aujourdhui, ou
que les deux isotopes étaient alors formés en proportions constantes.
MÉTALLURGIE. — Sur le traitement thermique de quelques fontes de moulage.
Note de M. Jean Durand, présentée par M. (1. Charpy.
Il semble que les traitements thermiques, dont l'emploi s'est généralisé
pour les aciers, soient au contraire peu pratiqués pour les fontes. Les
données théoriques actuellement acquises sont cependant suffisantes pour
orienter ces opérations. En particulier, les travaux de MM. Charpy et
(jrenet sur l'équilibre des systèmes fer-carbone (*) et sur l'influence des
divers facteurs de l'équilibre peuvent servir de base à une conception de la
constitution des fontes qui a été adoptée à plusieurs reprises depuis lors;
elle consiste à considérer les fontes comme constituées, au point de vue
structural, par un mélange d'acier et de graphite. Il en résulte immédiate-
(*) Chari'y et Grenkt, Bull. Soc. Encour., 1902, p. 899. — Charpy, Soc. Chiin.
France., mai 1908.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 7^9
ment que les caractéristiques mécaniques de ces fontes seront afleclées à la
fois par Pétat physico-chimique de l'acier constituant et p.ir la répartition
du graphite, ce deinier jouant le rôle d'inclusions et ayant tendance, par
conséquent, à diminuer la résistance de Pensemble.
Cf.'tte manière de voir a été expo-ée récemment par le D"" Ilalficld (') et
développée dans ses conséquences au pointde xuede la siructure des fontes;
mais si des essais pratiques, d'ailleurs fort peu nombreux, ont porté sur
l'influence du recuit el ont abouti à des résultats conforrnes à ceux qui sont
exposés plus loin, il ne semble pas, par contre, qu'il aient comporté des
trempes et des revenus.
Les essais que nous résumons ici ont porté sur les fontes suivantes :
C. total.
Graphile.
Silicium.
Manganèse.
Soufre.
Phosphore,
A..
3,200
2,720
1,180
o,536
o,o48
0,208
B..
. 3,25o
2,500
1,087
0,432
o,o56
0, i3i
G..
. 2,960
2,4oo
0,823
o,84o
o,o48
o,'49
D..
. 3,060
2,74o
1,195
o,5o4
o,o4i
0,257
Afin de pouvoir comparer les résultats des traitements thermiques effec-
tués à ceux obtenus en pi atique courante, les essais, et notamment les essais
de choc, ont été exécutés suivant la technique prévue aux Spécifications
techniques des Chemins de fer français, bien que ces essais ne fournissant
pas des données numériques d'int<Tprétation facile et qu'en particulier
l'essai de choc corresponde à un travail dont la valeur est d'autant moins
précise que le travail est plus élevé. Les éprouxettes de traction, par séries
de 12 pour chaque composition, étaient coulées eh sable au diarnètre de
25'"™, après traitement usinées à itj""" et rectifiées; l'essai était effectué à
la machine Maillard.
Les éprouvettes de choc étaient coulées en sable aux dimensions de
/jo X 4o X 25o'"'° ; mode opératoire: barreau placé sur deux couteaux
distants de iGo"™ d'axe en axe; mouton de 12**^; hauteur initiale de chute
o'",35 ; la hauteur de chute croît de o'°,o5 à chaque coup de mouton jusqu'à
rupture.
1. Recuit. — Le traitement adopté consistait dans un chauffag-e à Qoo'*,
d'une durée de 45 minutes, dans un moufle électrique, avec refroidissement
dans le four; les essais mécaniques avant et après traitement sont résu-
més ici :
(') Cast Iron in the Ught of récent resenrch, r9i8, p. i23.
C. R,, igaa, i" Semestre. (T. 174, N» 11.) 5o
75o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Résistance moyenne Hauteur de rupture moyenne Travail total de rupture
(kg par mm-). (en mètres) (en kgiii)
avant après avant après avant après
traitement. traitement. traitement. traitement. traitement. traitement.
A 23,1 i6,2 o,65 0,60 42,0 34,2
B 25,4 i5,8 0,55 0,60 27,0 34,2
G 20,4 16,4 0,55 o,5o 27,0 20,4
D 25,4 i5,7 o,65 0,60 42,0 .34,2
On voit que la résistance à la rupture est fortement afTeclée par le recuit,
tandis que la hauteur de chute correspondant à la rupture reste sensiblement
constante.
La diminution de résistance est due à la séparation du graphite qui
s'effectue au cours du recuit et qui est mise en évidence par l'analyse :
Teneur en graphite
avant traitement, après traitement.
A 2,720 2,920
B 2,5oo 3,000
G -. . . . 2,400 2,520
D 2,740 3,o5o ■
La conséquence pratique est que le recuit des fontes grises doit s'efTcctuer
à une température inférieure à la température de séparation du graphite,
température qui est d'autant plus basse que la teneur en silicium est plus
élevée.
2. Trempe suivie d'un revenu. — Les essais préliminaires ont montré que
le traitement le plus favorable pour les fontes étudiées consistait dans une
trempe à l'huile à 900° suivie d'un revenu à 65o°.
Le résultat des essais est résumé dans le Tableau suivant :
Résistance moyenne Hauteur de rupture moyenne
(en kg par mm') (en mètres)
avant après avant après
traitement. traitement. traitement. tiailement-
A 23,1 3o,6 o,65 1,10
B 25,4 3o,3 0,55 0,80
G 20,4 26,5 0,55 0)95
D 25,4 27,3 0,65 0,80
L'augmentation de la résistance et de la hauteur de rupture est donc très
importante; il faut surtout remarquer la variation du nombre de coups de
mouton subis avant rupture et celle du travail de rupture :
SÉANCE DU l3 MARS I922. 761
Nombre de coups de iiioiitoii Travail de rupture (en kgiii) Rapport du travail
. „ ^ , — ^— ^11 — de rupture
avant après avant après avant et après
traitement, traitement. traitement. traitement. traitement.
A. 7 16 42,0 j39,2 3,3
B 5 10 27,0 69,0 2,5
G 5 i3 27,0 loi ,4 3,7
D 7 10 42,0 69,0 1,6
L'amélioration est plus faible pour la fonte D qui contient seulement
10 pour 100 de carbone combiné, tandis que les fontes A. B. C en con-
tiennent respectivement 20, 20 et 18 pour 100.
Ceci est conforme à la conception exposée plus haut; il est logique en elle t
que l'influence de la trempe et du revenu soit d'autant moins accentuée que
l'élément modifié par ce trailement, c'est-à-dire le carbone combiné, est en
proportion plus faible.
La conséquence de ces essais peut être importante au point de vue indus-
triel; ils démontrent en effet l'influence d'un traitement thermique con-
venable sur les propriétés mécaniques des moulages et notamment ce
que l'on peut espérer en obtenir sur les projectiles en fonle aciérée.
CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur la séparation de l'oxyde ferriq ne et de l'alu-
mine d'avec la chaux par la méthode des azotates. Note de M. Charriou.
présentée par M. H. Le Chatelier.
La séparation de l'oxyde ferrique et de l'alumine d'avec la chaux par la
méthode des azotates de H. Sainte-Claire Deville, (') est incomplète par
suite de l'entraînement de la chaux par Toxyde feriique et l'alumine. .l'aL
recherché les moyens d'annu'er ces entraînements.
Influence de la température de décomposition des azotates. — Après le trai-
tement par la chaleur, la masse était reprise avec So""'' d'une solution bouil-
lante d'azotate d'ammoniaque à 4 pour 100 conservée à chaud pendant une
heure, puis. lavée à l'eau bouillante.
(») Ann. Ch. Ph., .3« série, t. 38,;i853, p. 5.
52 ACADÉMIE DES SCIENCES.
7J2
I. — Oxyde ferrique et chaux.
Solution. Mode de décomposilion des azotates
CaO. Fe'O^ par la chaleur.
i Jusqu'au cnminencemenl <le décom- \
posilinn de l'azoïale de c;dcium >
(a|ipHiiiinn des vapetii s nilreuses). /
/ Jusqu'à la fin dt^ la décomposilion de j
o,.56 o,i4i8 I r^tz'.iale feirique (dlsp^iriiioii des /
( vapeurs tiiliiquts) vei> 35o°. )
Ju^qii à la fin de la dérompo-ilion de
r;iz(ii;iLe ferrique vtrs aSo".
i Jusqu'à la fin de la décompo-ilion de
l'uzolale ferrique vers i5o°.
II. — Alumine et chaux.
o,56 o,i4
CaO
CaO
entraînée.
pour 100.
o,oi6
11,4
0,0091
6,4
0,007
5
0,0057
3,9
CaO CaO
enlraînée. pour 100.
/ Jusqu'à la fin de la décomposition de \
' riizolale d'idiiuiiniuni (disparilion ^ 0,Oo34 2
( des vnppiirs niiriques) veis 25-)". )
( Ju'^nu'à la fin de 1.» décomposition de ) ,
o 166 ^ ., ,, . • c \ 0,0022 1,4
' j Tazolale d'aluminium vers j5o°. \ ' '^
Influence de la concentration de V azotate d^ ammoniaque. — J'ai clierclié
à diiiiimicr renlrirmcmcnl en augincntanl la concenlr.ilion de lazolate
d'aiimioniarju'^, «-l en le l.iissanl a^ir pc nd.int un temps plus long.
La (Jccotnposilion des azolalcs clail rôali&ée vers i5o° jusqu'à la dispari-
tion (les vapeurs iiilriipics.
1° l^a masse était reprise unf» seule fols avec So'"*' de solution bouillante
d'azolale <rainmoiii:iqiie de concenlralion xatiahle et laissée en présence à
cliauil pendant un temps variable, puis lavée à Feau bouillanle.
Soliilion.^ CaO CaO
CyO. Fe'U'. enlraînée. pour 100.
( S'ihi'ion d'azotale d'ammoniaque à ) „
0,56 0,142 o J . I o °'^°3 -2,1
' ' ^ (8 p'>ur 100 pendant l lieuie. \
( Solution d'iizoïaie d ammonijique à )
0,56 o,i4o4 \ \ , \ ^1 \ 0)0027 1,9
' J -+ ■+ I ,f, pour 100 pendant 1 heure. )
( Solution d'iizittate d';immnnia(iue à ) „
o 56 o lAA \ 1 o 1 [ o,ooi5 i
o,jo 0,144 j 10 pour 100 pendant 3 heures. \ '
On voit donc que le traitement par une solution bouillante d'azotate
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 7^3
d'ammoninqiie à 5 pour 100 qui déharrasse complèlcmcnt de la chaux
Toxy le ferriqtie li\dralé a éié ici insuflisaiit.
2** La masse était reprise ttois fois su' cessivcmenl avec fïo'^'"' de solution
boiiiliaiite d'azotate d'amrnonijiquc à 10 pour 100, la li'jiieur ?U'naj:e;irile
étant chaque fois décantée. Enfin lavage par décantation à l'eau bjuillanle.
Solution I. Soluiion II.
CaO. ~^"0C ' CaO. Al'0\
o,56 o, 1^2 0,56 o, 166
V entraînement a été nul dans le cas des deux sesqidoxydcs pris séparément^
de m'orne dans le cas du mé'angc des deux sesquioxvdcs.
3** La déconiposilion des azolatcs pir la chaleur en présence d'azotate
d'ammoniaque (vers iSo") peirnct d'obtrnir un euh aîneincnl nul, mais
cette inétho le n'est pas pratiqua, car 1rs ses(|uii>x}'dLS séparés ainsi iont
d'une fin<?sse telle qu'ils passent au travers des filins.
Méthode de dessicc.vtion apiiès précipitation pau l'ammo>'i\que. — J ai
recherché une méthode de séparation plus praiique que celle des décanta-
tions successives.
Solution I. Solii'ion 11.
CaO. Fo^O'. i\0'NH«, CaO. APO^. NO' Ml*.
o,56 o,i4i 2 o,56 0,166 2
Dans chaque soluiion le spsquioxyde élait précipité avi^c 2''™' d'une solu-
tion d'ammoniaque a ii'"»' par litre, puis le tout était dessrch"', sans
dépasser i5o° pour ne [las décomposer tout l'azrjtale d'auimoniafpie. La
masse était ensuile reprise et lavce pir décaniaiion à l'eau bouilliinle.
L' entraînement a été nul dans le cas des deuc S( s juioxydes pris sépurémcnt,
de mêm,e dans le cas du mélange des deux ses(/'noxydfs.
Les décanlatlons et filtrations, bien (pi'ét;int beaucoup plus rapides que
dans le cas des ses([uioxydes hydratés, sont [)ourlarit a^sez 1< htes, lorsqu'il
y a de l'alumine. Pour éviter cet inconvénient, le résidu insoluhle apiès^
deux décantations peut être dissous dans l'acide azotique bouillant et le
tout décomposé par la chaleur vers 200°, puis repris avec 5o'^^' dUne solu-
tion boui lante d'azotate d'ammonia(|ue à 5 pour 100, l'alumine et l'oxyde
ferrique restent alors sous forme dune matière dense et grenue cl la conti-
nuation du lava'.,^e par décantation est très r-apide.
Il e>t très difficile de débarrasser com[)lèteruent pendant le lavage la cap-
sule de tout l'oxyde qui y adhère, au>si il faut :
Soit tarer au préalable la capsule et y réaliser la calcinalion puis la pesée
des sesquioxydes;
754 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Soit dissoudre les parcelles d'oxydes avec un peu d'acide azotique, puis
précipiter par l'ammoniaque et entraîner le tout sur le filtre.
Dans toutes ces expériences le lavage était tel que le volume total des
eaux de lavage (dans lesquelles est dosée ensuite la chaux) était toujours
deSoG-^"*'.
J'ai vérifié que les quantités d'azotate d'ammoniaque introduites dans ces
eaux n'avaient aucune influence sur le dosage do la chaux à l'état d'oxalate
de chaux.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les acides 7.-alcoyllévuliques .
Note de MM. H. Gault et T. Salomox, présentée par M. A. Haller.
Les acides a-a1coyllévuliques n'ont été jusqu'à présent l'objet que de
rares études et il faut en trouver la raison dans les difficultés que soulève
leur préparation par les méthodes actuelles, en particulier par celles qui
sont basées sur l'emploi comme matière première des acides a-alcoylsucci-
niques(').
Nous exposerons dans cette Note un procédé général de préparation de
ces acides qui repose sur le. cycle de réactions suivantes :
La matière première d'où nous sommes partis est l'éther acétonylmalo-
nique (I) que nous avons préparé avec de bons rendements par condensation
de la monobromacétone avec Téther malonique sodé. L'éther acétonyl-
malonique fournit facilement un dérivé sodé qui, condensé avec les iodure^
alcooliques, conduit aux éthers alcoylacétonylmaloniques (II). Les acides
libres (111) résultant de la saponification de ces éthers perdent une molécule
d'anhydride carbonique sous l'action de la chaleur en donnant finalement
naissance aux acides a-alcoyllévuliques (IV).
GOOGMl'5
GtP-
-CO — GH^
(I).
-GH
GOOG^ H^
GOOIi
GH»-
-GO-Gtl^
— G - R
(III).
GOOH
Na
Br — R
-> GH3-^G0
GOOGMI«
CIP_C-R
COOG^'H'
(II).
Cli3_C0 -GH^— GH— GOOH
I
R
(IV).
(^) Thorne, Ch. Soc, t. 39, p. 34o. — Fitt[g-Young, L. Annal. ^ t. 216, p. Sg. —
Bentley et Perkin, Cli. 5oc., t. 7 3, p. 57.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 7^5
Nous indiq(]erons uniquement, dans cette Note, les résultats relatifs à
l'élude des trois premières phases de ces transformations successives.
I. Éther acètonylmnlonique. — L'éther acétonylmalonique se forme par
condensation directe de Tcther malonique sodé avec la monobromacétone.
Cette réaction a été signalée pour la première fois par G. Paul, K. Zahn et
G. Kuehne (') qui, s'intéressant exclusivement au bromure de sodium qui
se précipite à l'étal colloïdal au cours de cette réaction, n'ont jamais cherché
à en isoler le terme principal.
La monobromacétone (i"""') préparée à partir de racélone commerciale d'après les
indications simplifiées de Skolow^ky (*) et distillée immédialé/7ieni sprès préparation,
est versée par portions et en évitant tout écliaufTemeat dans 600°^ à 800*=°*' d'élher
absolu, tenant en suspension le malonale d'éthyle sodé (i"°'). La réaction s'amorce
rapidement et peut être considérée comme terminée après un contact de deux à trois
jours. Le mélange soumis à un traitement approprié fournit un liquide neutre qui,
distillé sous 20"'", donne, outre de petites quantités de monobromacétone et d'élher
malonique non entrés en réaction, deux réactions principales :
La première fraction E.20 (i45^-i55°) est constituée par l'élher acétonvlinalonique.
La fraction supérieure renferme un corps solide (F. 7/^°) qui est Téliit-r étliane-
tétracarbonique symétrique (V), (produit de condensation bimoléculaire de l'éther
malonique (^).
GOOG^H» COOG^H^ GOOG-H^ GOOG^H'
11 I t
GH — Na +Na — GH ^ GH GH
Il II
GOOG-Hs GOOG'-H' GOOG^H^ GOOG^H^
L'éther acétonylmalonique est une huile jaune pâle bouillant à i5o°
sous 20™" sans aucune décomposition. On l'obtient avec un rendement
de 65 pour 100.
Il fournit une phénylhydrazone extrêmement instable (F. ioS'^-ioq^) et
une semicarbazone stable (F. i25*'-i27*').
II. Éthers alcoylacétonylmaloniques. — Ges élhers prennent facilement naisi:L_
sauce par condensation directe, eu milieu alcoolique, de l'éther acètonylmnlonique
sodé avec les iodures alcooliques. La réaciion se développe à température ordinaire et
se termine par chauffage au baiu-marie jusqu'à neulrali>alion complète.
Nons avons préparé :
L'élher éthylacélonylmalonique {renâemenl 86 pouv 100), huile indislillable sans
décomposition même sous vide réduit, Phénylhydrazone instable (F, gg^-ioo").
L'élher isobutylacétonylnialonique (rendement 72 pour 100), huile indislillable
(') Ber., t, il, I, 1908, p. 32-59; ^- ^^' "909; P- 277.
(2) Ber., t. 9, p. 1687.
(') Giovanni Romeo, Gaz. Chim., t. 35, 1903, p. 11 5.
756 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sans décomposilion complète sous pression réduite. Phénylhydrazone instable
(F. 72"-73").
in. Acides acélonylmalonicjiies. — La saponification des élhers acéto-
nylmaloniqiies ne s'elTeclue pas avec la même facilité pour tous les termes
que nous avons isolés et, en pailiculier, réther isobutylacélonylmalonique
s'hydrolyse plus difficilement que les termes à radical substituant moins
lourd : c'est une propriété des élhers malonicjues déjà fi é(juemmrnt mise
en évidence et qui peut être attribu-'e à des phénomènes d'empêcliemenl
stérique (').
Acide acélonylmahnique. — L'éther acétonylmalonique peut être facile-
ment saponifié et fournit avec un bon rendement l'acide acélon}lina-
loni(jue (-) solide fondante i45° avec perte d'anhydride carbonique. Phé-
nylhydtazone (F. i27°-i28*').
Acide élhylacétonylmalonique. — Dans les mêmes conditions, l'élher
élhylacétonylmalonique .fournit l'acide libie corres[)ondant qui, rrcrislal-
lisé dans le benzène, fond à i22"-i :3°. Phénylhydiazone (F. i JG''-i37°).
Acide isobiUylacétonylmalonique. — L'hydrolyse complète de l'élher
isobutylacélonylmalonique est plus difficile et moins complèle que pour les
deux termes précédents : en particulier, la proportion d'éiher-acide qui se
forme au cours de la saponification par les méthodes iiabilutl es est rela-
tivement considérable. Nous n'avons pas obtenu jusqu'à pi ésent l'acide sous
la forme solide.
IV. Acides alcoylléi^uliques. — Le> acides alcoylacélonylmaloniques
soumis à l'action de la chaleur perdent facilement une molécule d'anhydride
carbonique en conduisant aux acides a-alcoyllévuliques correspondants.
Dans les mêmes conditions, les élhers-acides qui résultent de Ihydrolyse
incomplète des élhers acétonylmaloniques perdent égalementde l'anhydride
carbonique avec production des éthers a-alcoyllévuliques.
CHIMIE GÉrvÉRALE. — Stw le rôle des impuretés gazeuses dans Voxydation
calalyliqne du gaz ammoniac. Note de M. Eugèxe Uecaruièue, présentée
par M. A. llaller.
Les résultats antérieurement obtenus à la température de 710" par les
mélanjjes à 8,5 pour 100 de gaz ammoniac en volume, dans la catalyse par le
(•) Weuner, Lehrbuck der Stereochi/nie, jgo^, p. 4o3-4o4. — A. Micuaël, J. pr.,
2« série, t. 72, p. 537-554.
(^) Perkin-Simonsen, Ch. Soc, t. 91, p. 821.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 757
platine en feuilles froissées, pernnettent de conclure que l'action nocive est
lenle mais délinitive pour racélylène, faible et passaj^cre pour l'hydrogène
sulfuré, considérable mais passagère encore pour l'hydrogène phosphore.
Dans les deux derniers cas, le rendement baisse, devient constant ou
s'élève suivanl*que la dose d'impureté croît, est constante ou décroît* mais
l'aclion de l'hydrogène phosphore est si forte que sans (') certaines circons-
tances favorables les catalyseurs industriels genre Ostwald pourraient être
éteints par la présence momentanée de traces d'hydrogène phos[)horé dans
le mélange gazeux. Or, de môme que l'on a pu constater (^) que, dans les
conditions précisées dans la iNote du i3 février 19^2, l'hydrogène sulfuré
est capable de neutraliser en partie l'influence nuisible de l'acétylène, de
même on verra ci-après que le même gaz peut contre-balancer celle pourtant
si redoutable de l'hydrogène phosphore.
Dans une première série d'expériences, Tacétylène est d'abord seul adjoint à l'hy-
drogène phosphore; on constate alors que l'acétylène (essayé jusqu'à la dose 0,34
pour 100) n'eni|)êclie ni l'action nocive par lliydrogène phosphore (à la dose
0,000020 '^ o,ooo(j2.'j pour 100), ni la régénéralion par le mélange d'amntioniac et
d'air, tout en fatiguant le c:italyseur comme à l'habilude.
Ainsi, le rendement se trouvant abaissé à 60,1 pour 100 en présence de 0,000022
pour 100 d'hydtogène phosphore et o,i25 pour 100 d'acétylène remonte en /jS minutes
378,8 pour 100 si l'on supprime l'hydrogène phosphore en laissant l'acétylène sub-
sister dans le mélange gazeux,
D.ms une deuxième ^éi\Q d'expériences effectuées consécutivement dans l'ordre in-
diqué avec un même éclianiillon de pi iline neuf, l'acétylène, l'hvdrogène sulfuré et
l'hydrogène phosphore agis>enl d'abord ensemble, puis les deux premiers gaz sont
siuiult inément ou successivement supprimés afin de mettre en évidence leurs rôles
respectifs dans le mélange.
Après deux hetires et demie de catalyse en présence de
o, 19 pour 100 d'acétylène -H 0,01 pour 100 d'hydrogène sulfuré
+ 0,00001 pour 100 hydrogène phosphore,
le rendement est de 91,9 pour 100; il atteint 92,5 pour 100 après huit heures de ré-
génération par le mélange d'ammoniac et d'air.
Après quitre heures d'action du mélarige nocif précédent employé à la dose double,
de façon que l'hydrogène phosphore soit à la teneur de 0,00002 pour 100 qui fait
tomber le rendement 371,6 pour 100 environ quand ce gaz figure comme seule im-
pureté, on obtient 89,1 pour joo.
(') Et non « sous certaines circonstances favorables » comme cela a été imprimé
par erreur dans ma précédente Note {Comptes rendus, 1. 174, 1922, p. 461.
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. i48).
^58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ce qui a été dit plus haut à propos de Taddition de Tacétylène à l'hydrogène phos-
phore reste vrai en présence de riiydrogène sulfuré dont l'influence favorable ressort
nettement de la suppression de ce dernier gaz dans le mélange; dans le Tableau sui-
vant, les doses des impuretés sont soit zéro, soit :
Pour Tacétylènc. I^onr l'hydrogène sulfuré. Pour l'hydrogène phosphore.
o,38 pour loo 0,02 pour 100 0,00002 pour 100
ConstilutioD
du mélange d'
impuretés.
Durée d'action
depuis
l'expérience
précédenle.
Uétylène.
Hydrogène
sulfuré.
Hydrogène
phosphore.
en
pour 100.
Présent
Présent
Présent
Il m
/
t
89,'
Absent
Absent
Présent
I .3o
7^,4
Présent
Présent
Présent
I
85,9
Présent
Absent
Présent
1 .3o
, 70,9
Absent
Présent
Présent
I
80,8
Après 8''3o'^ de régénération, le rendement est remonté à 88, g pour 100.
L'heureux antagonisme de Thydrogène sulfuré vis-à-vis de l'hydrogène
phosphore ne peut d'ailleurs être attribué à l'hydrogène qu'il libère par
dissociation, car, en ajoutant l'hydrogène à raison de 0,02 pour 100 à la
même dose d'hydrogène phosphore que précédemment, le rendement
s'abaisse à 75,4 pour 100 en une heure, et on le trouve égal à 76,4 pour 100
au bout du môme temps en décuplantla proportion d'hydrogène; or il suffît
de faire intervenir en outre l'hydrogène sulfuré à la dose de 0,02 pour 100
pour qu'en une heure le rendement soit remonté à 84,4 pour 100.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les leucoindigos acylés et alcoylés.
Note (^) de M. E. Grandmougin, présentée par M. A. Béhal.
La formule cétonique de l'indigo libre est établie avec une assez grande
certitude, mais comme dérivé hélérocyclique on peut envisager de nom-
breuses formes tautomériques (aussi bien cis que trans) de ses dérivés. 11
en est de même de l'indigo réduit auquel on attribue cependant assez géné-
ralement, par suite de sa solubilité dans les alcalis, la formule énolique,
mais on a décrit des dérivés acylés de la forme cétonique, en particulier le
diacétylleucoindigo, obtenu en acétylant l'indigo par l'anhydride acéùque
en présence de poudre de zinc et d'acétate de soude (-).
(') Séance du 27 février 1922.
(2) LiEBERMANN et DiCKHCTH, Ber., t. 2i, 1891, p. /4f3o.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 759
Ce composé est insoluble dans les alcalis et par oxydation il donne le dia-
célylindigo rouge qui est un dérivé N. acélylé. La preuve en a été fournie
récemment, car, par oxydation énergique, il fournit Tacide acétylanthra-
nilique; d'autre part, sa constitution ressort également du fait qu'il a pu
être obtenu par oxydation du N. acélylindoxyle (').
A l'occasion d'une étude sur Faction du chlorure debenzoyle sur l'indigo,
nous avons été amenés à examiner ces composés acylés du leucoindigo et à
envisager une constitution énolique des leuco dérivés acylés.
Si, en effet, sur une cuve d'indigo, contenant donc le sel sodique du leu-
coindigo, on fait agir des anhydrides d'acides ou des chlorures d'acides on
obtient des dérivés diacylés du leucoindigo (') qui, d'après leur niode de
formation et leur insolubilité dans les alcalis, ne peuvent guère avoir une
autre con>titution que celle de composés O. acylés. D'autre part, il est abso-
lument certain que les indigos correspondants sont incontestablement acylés
à l'azote. Nous en avons fourni la preuve pour le dibenzoylindigo rouge,
qui, par oxydation chromique, donne très nettement l'acide benzoylisatique
(p. f. 188°) déjà connu (^) et qui, chauffé au-dessus de son point de fusion,
se transforme en N. benzoylisatine (p. f. 2oG°)(*).
11 faut donc admettre que, lors de l'oxydation du leuco dérivé acylé, il y
a migration du groupe acylé de l'oxygène à l'azote et transposition de la
forme énolique en forme cétonique. Cette migration et cett,e transposition
ont été également observées dans d'autres groupes, notamment dans le
groupe des composés azoïques qui sont les isomères phénoliques des hydra-
zones quinoniques. On connaît dans ce groupe de couleurs de nombreux
cas du passage du groupe acylé de l'oxygène à l'azote et inversement (^).
L'observation suivante, faite en collaboration avec M. Pierre Seyder et
concernant l'alcoylation de l'indigo blanc, vient confirmer l'interprétation
que nous donnons.
Si l'on fait réagir le sulfate de méthyle sur une solution alcaline d'indigo
blanc, en maintenant constamment la réaction alcaline, il se sépare un nou-
veau composé insoluble dans l'alcali et qui est constitué essentiellement par
(!) Voi$LAE.\DER et J. V. PhEiFbERyBer., t. 52, 1919, p. 325.
(-) VoRLAENDER et Drescher, Ber., t. 3i, 1901, p. i858.
C) C ScHOTTEN, Ber., t. '2k, 1891, p. 775.
(*) G. Heller, Ber., t. 36, 1908, p. 2764.
(^) ^Oir, en particulier, Willstaetter et \'eraglth, Ber., t. 40, 1907, p. i432. —
K. AuwERs, Ber., t. iO, 1907, p. 2i5/î.
760 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le dérivé dimélhylé du leucoindigo. Pour l'obtfnir à l'élat pur, on le cris-
tallise p!u><ieur.s fois du xylène, ce qui permet di* le séparer d'une certaine
quantité d'indii^o qui a ('chfippé à Li réaclion. 11 forme alois des cristaux
faiblement colorés en bleu, fusibles à 252° en se décomposant. L'analyse
démontre quM s'agit bien d'un dérivé dimétbylé (N calculé 9,59 pour 100;
trouvé 9,55 pour 100).
Par oxydation ménaj^ce à Facide nitreux, il régénère de l'indigo; l'oxy-
dation ciiromiqifE le transforme par contre en isaline (p. f. 2o<.°). Il n'est
donc certainement pas mélliylé à l'azote, car l'oxydation aurait donné en
ce cas d'abord le N. diniétiiylindigo et, ultcripurernent, de la N. mélhyli-
saline, qui sont connus les deux. Il ne peut donc être qu'alcoylé à Tliydro-
xyle et la formule cétonique (indigo blanc) nous paraît certainement
exclue.
On peut donc conchire de cette observation que l'acylation qui est faite
dans les mêmes conditions que l'alcoylalion doit fournir éga'ement des
dérivés O. acylés. Mais il y a c^nte dilTcrcnce, c'est que dans le cas des
étbers il n'y a p^is, lors de l'oxydation, migration du groupe alcoylé, mais
saponification, alors que pour le^ d'rivés acylés, le groupe acylé passe de
l'oxygène à l'azote pour donner la forme cétonique stable de l'iridigo.
Il est du reste connu que l'élher O. éthyli(|ue de l'indoxyle donne, lors
de l'oxydation par le pt^rclilorure de fer, de l'indigo (') et non pas un
dérivé O. alcoylé de ce colorant, inconnu jnsqn'à présent (X). Il en est de
même du reste des déiivés O. acylés; si l'on oxyde 10. acélylindoxyle, il
se fait, non pas de l'indigo au({iiel on aur^ it pu s'attendre, mais, par suite
d'une réaction plus complexe (formation partielle d'isatine), en fin de
compte, de l'indirubine (").
Tous les faits que nous venons d'exposer nous paraissent donc parler en
faveur de notre interprétation : l'acylation ou l'alcoylation du leucoindigo
donne des dérivés O. substitués; les dérivés O. acylés s'oxydent en
dérivés N. acylés de Findigo, par suite d'une migration du groupe acylé;
les dérivés alcoylés, par contre, sont saponifiés en régénérant simplement
de Findigo.
(') Baeyer, Ber,^ t. 14, 1881, p. 17^5.
(^) VoRLAANUER et J. V. Pfeikfer, Ber.^ t. 52, 1919, p. 325.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 76 1
GÉOLOGIE. — Les roches érupti'ves de la Série inlermèdiaire dans le Nord- Annam
et le Tonkin. Note de M. Chaules Jacob, présentée par M. Pierre
Termier.
A mainte reprise, au cours de Notes précédentes, il a été signalé des
intercalations de roches éruplives, dites pour sifnplifier rhyoliles el porphy-
rites^ au sein d'une Série tfctoniqiiement inlermédiaire entre un Substratum
et des Nappns charriées. Ou les rencontre dans tout le domaine des char-
riages du NorJ-Annam et du Tonkin ; et, si Ton en juge par les rochps que
M. Dussaulta rapportées en iÇ)i^ de Luang Prabang et du Tran Ninh,
leur extension paraît se prolonger bien plus loin à fOuest. L'origine de ces
roches pose donc une que>lion capitale pour la compréhension de Flndo-
chine du Nor I, et, par surcroît, soulève un problèuie ài géologie générale.
Je donne d'abord quelques rapides indications pétrographiques sur
les rhyoliles et les porphyrites, avant de revenir sur leur distribution.
I. Série des rhyoliles. — A l'élat mnssif et non écra«ées, ces roches sont le plus
souvent des rhyoliles à qiiarLz globulaire typiques; c'est le cas, notamment, dans
Thauh Hoa, dans Taxe de Sam Neua, à la partie supérieure du Sa Piiin et du Tarn
Dao, dans Va région de Lang Son et de Gao B.ing. Plus exceptionnellement, en parti-
culier dans le l\. Doi T ici, se rencontrent de vrais microgranites à microlites
d'orlhose, où le quartz peut même disparaître du second stade, la roche passant alors
au tracliyte.
Mais c'est surtout dans des roches écrasées que se rencontre la structure micro-
gianiiique avec des types singulier', abondatus sur le bord occidenl;il des sc'iisles du
Nim Sam dans Sam Neua, abondants aussi dans le Sa Phin et dans le T.im Dao,
A l'œil nu, ce sont de vrais scliiites ciislidlins, oeillés, dont les « veux » sont assez
générdiement des cristaux de leld-ipallis arrondis, atteignant 2'^'"' de diamètre au Tarn
Dao, plus rarement des cristaux de quartz. Au microscope, les cristaux de feld^paths,
en tnicropertliile altérée, sont, de même que ceux de qiiarlz. rongés et recomplélé_s
par de la pàti, loul comme les plién'iciistaux du premier slade dans les rhvolites ou
les microgranites normaux. La pâle e^t liiée, con^tiluée par des traîni'-es irrégulières,
où le c+libi-e des grains varie d'une traînée à laulre; l'association comporte du quartz
dominant avec de la biolile, plus rarement de la muscovite; il y a aussi des traînées
in lépenJantes, des mo iclies, de biolile, plus rarement de séricite; les grands quartz
brisés ont souvent des extinctions roulantes. L'hypothèse qui donnerait le mieux
l'idée de celte structure serait, f)Our le second >lade, celle d'une cristallisation pro-
gressive dans un milieu orienté, lité par un écrasement.
IL Série des porphyrites. — Ces roches renferment toutes ou presque toutes de
762 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'augite; les pyroxènes rhombiques el Tolivine sont (oui à fait exceptionnels. Les
feldspalhs correspondent à de l'andésine (oligoclase à labrador acide). La texture va
de types grenus, ou plutôt opliitiques, à des roches vitreuses. Dans le lot considérable,
recueilli au cours des dernières années, j'ai reconnu : àe?> diabases andésàiques, de^
tnicrodiabases andésiliqaes à texture ophitique\ celles-ci très fréquentes, des andé-
sites augitique'i , également très fréquentes, des andésites non augitiques , à verre
opaque très ferrugineux, passant à de vrais minerais de fer, àe?, pyroxénolites et des
augitites fréquentes. L'altération la plus constante comporte de la chlorite, épigéni-
sant l'augite; l'épidote aussi est assez généralement répandue.
Beaucoup de ces roches sont écrasées et transformées en brèches, disposées en
grosses amandes ou en gros bancs; je signalerai le vrai béton naturel mal consolidé,
que décapent les travaux en cours pour le barrage de Bai Thuong (Thanh Hoa) et les
brèches du lit de la Rivière Noire entre Van Sai et Van Yen. Il y a des schistes de
brèches, notamment de la région de La Han (Thanh Hoa); et l'on aboutit à des
schistes verts, dans lesquels plus rien n'est reconnaissable que des produits d'alté-
ration : épidote, calcite, (|uartz, etc.
Quant à la dislribuLion, les rhyolites el les porphyrites se présentent
d'une manière difîérente.
Partout où elles accompagnent des couches fossilifères, les rhyolites
ont été rencontrées jusqu'ici avec (les fossiles du Trias moyen ou du Trias
supérieur; cette constatation vaut pour toute la longueur de la Zone du
Nam Sam, pour celle du Sa Phin et pour les environs de Lang Son. De
plus, M. Bourret trouve des galets de rhyolite dans un poudingue qui
dépend de ses Schistes du Song Hien, ternie de la Série intermédiaire; les
rhyolites seraient donc antérieures au dépôt d'une partie de celle-ci et
l'hypothèse la plus simple consiste à les inierstralifier dans le Trias. J'avoue
que cette solution me satisfait incomplètement : elle rend mal compte de
l'allure des rhyolites, en masses souvent énormes, comme au Tam Dao où
nous les connaissons sur une épaisseur de i4oo™ et sur une longueur de
5o'"", au point qu'il ne reste plus qu'elles entre le substratum elles masses
charriées; et surtout cette hypothèse explique mal la structure des types
microgranitiques schisteux, dont il a été question plus haut.
J'estime être plus avancé pour les porphyrites. Celles-ci accompagnent
dans la région de Pliu Nho Quan des couches liasiques. Mais, dans la même
région, on les rencontre alternant avec des rhyolites non écrasées, rhyolites
pour lesquelles nous venons de supposer un âge triasique. Dans le nord-
est du Tonkin, elles montent jusque dans la Nappe inférieure. Enfin, des
roches, sinon identiques, tout au moins très voiirines des porphyrites, avec
des gabbros, des diabases et des labradoritcs, se rencontrent en lentilles
,/,-, r.vi./".. I, 174,
1^?
j I I I I I
1 « I I i ; ' ' '
il» J i I
SÉANCE DU l3 MARS I922. 703
dans la Série primaire de la Rivière Noire : il en est connu dans le Dévo-
nien, dans le Dinantien et dans FOuralien. Bref, les Porphyriles et leur
cortège de roches voisines n'ont pas de niveau stratigraphique, mais bien
un niveau tectonique moyen, ayant leur principal gisement dans la Série
intermédiaire. Je suis ainsi conduit à les considérer comme contemporaines
du charriage. La ségrégation des masses le long des surfaces de glissement,
leur consolidation lente ou brusque, l'écrasement des masses consolidées
avant la fin du mouvement, seraient autant de circonstances propres à
expliquer les variétés de composition et de texture, ainsi que les transfor-
mations dynamiques, des divers types rencontrés dans nos porphyrites.
Il semble donc que l'Indochine du Nord, où il y a tout à la fois tant de
roches éruptives et de si grands phénomènes de charriage, soit susceptible
de fournir quelques arguments en faveur d'une hypothèse autrefois défen-
due par Eduard Suess, Thypothèse d'une liaison entre les mouvements
tanerentiels de l'écorce terrestre et la sortie de certaines laves. Mais l'étude
de cette question difficile appelle encore de nouvelles observations.
GÉOLOGIE. — Quelques coupes sur la bordure orientale du massif du Vercors.
Note(') de M. Paul Corbin, présentée par M. Emile Haug.
Ces coupes résument l'interprétation tectonique que j'ai donnée précé-
demment (-) de cette région. Elles ont été exécutées sur le plan directeur à
l'échelle de j^, puis réduites au j^.
Les nécessités géométriques qui se sont manifestées dans ces construc-
tions précises, confirmées par quelques faits nouveaux, ont imposé une
modification, sérieuse mais très intéressante, de mon interprétation primi-
tive pour la région au sud du col de l'Arc. Les coupes 1 1, 12 et i3 montrent
en efFet que le régime tectonique que j'ai reconnu depuis l'Itère jusqu'à ce
col, celui du double-pli couché vers l'ouest, se continue jusqu'à la Grande
Moucherolle. Il se poursuit très probablement au moins jusqu'au parallèle
(') Séance du 27 février 1922,
(*) Paul ConBix, Sur la tectonique du bord oriental du massif du Vercors
{Comptes rendus, t. 173, ig'?!, p. logj); Obser\'ations nouvelles sur la bordure
orientale des monts de Lans {Ibid., t. 173, 1921, p. \Z-]^).
764 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de Clelles (16^™ au sud) et vraisemblablement encore au delà. Il se
pourrait donc qu'un accident de celte importance, reconnu sur une telle
longueur (37''™), eût une répercussion au nord de l'Isère dans le massif de
la Chartreuse.
En outre, le flanc normal de la partie synclinale est continu, sans dis-
cussion possible, depuis Tlsère jusqu'à la Moucherolle, et les coupes 11,12
et i3 prouvent que, transversalement, il ne fait qu'un avec le reste du
double-pli; or, les autres coupes montrant la continuité complète delà
partie anliclinale vers le nord jusqu'aux Trois Pucelles, l'anticlinal Mou-
cherolte-Trois Pucelles ne peut être un lambeau de charriage lointain,
refoulé sur le pli-faille de Sassenage; mais il est, comme je l'ai montré, la
continuation même de ce pli-faille, après cassure transversale et chevauche
ment du bord sud de la cassure sur le bord nord, en avant des anticlinaux
jurassiques.
PALÉONTOLOGIE. — Les Turritelles tertiaires et actuelles : évolution
et migrations (*). Note de M. Lduis Guillaume, présentée par
M. H. Douvillé.
Mode de vie. — Si Ton 'met de côté certaines espèces australiennes
(TurriteUa Goieffroyana Donald, etc.) formant un groupe à part, on
peut dire que les Turritelles actuelles ne vivent pas au-dessous de cent brasses
de fond et que les espèces dont la taille dépasse 5*™ ne descendent guère
au-dessous de cinquante brasses.
Les Turritelles seraient donc des gastropodes littoraux ou néritiques,
jamais bathyaux, conclusion en accord avec leur régime herbivore et du
plus haut intérêt tant au point de vue de l'élude de leurs migrations qu'au
point de vue de l'appréciation de la profondeur des faunes à Turritelles des
gisements classiques (cf. Tegel de Baden).
L'espèce australienne, T, Gunnii Rceve (côtes méridionales de l'Aus-
tralie) est vivipare (-). De plus celle espèce présente un dimorphisme sexuel
assez net, la coquille du mâle étant en général plus petite, de couleur plus
(') Je ne donne ici que les résultais d'une élude entreprise à Strasbourg, et au
Brilish Muséum, grâce à l'hospitalité de la Maison de l'Institut de France à Londres.
(*) La découverte en a été faite (septembre 1921) par le lieutenant-colonel Pelle.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 765
foncée, avec un angle apical plus faible et les derniers tours moins renflés
que chez la femelle (').
Classification. — Les caractères invoqués par certains auteurs pour la
subdivision du genre en sous-genres sont loin d'avoir tous la valeur que ces
auteurs leur attribuent. La grandeur de l'angle apical, le profd des derniers
tours, le détail de leur ornementation (tout au moins le nombre et l'impor-
tance relative des carènes secondaires), la profondeur des sutures seraient
dans beaucoup de cas tout au plus des caractères d'espèces et même de
variétés. Des caractères beaucoup plus importants dont la valeur n'a d'ail-
leurs pas échappé à de nombreux auteurs seraient tirés du dessin des stries
d'accroissement, et du profd et de l'ornementation des premiers tours, véri-
tables caractères statifs — de l'allure générale de l'ornementation — et du
nombre de tours, caractère évolutif.^ ce nombre semblant en règle générale
augmenter au cours de l'évolution en même temps que l'accélération dans
l'accroissement des tours en largeur se ralentit.
En s'appuyant sur ces derniers caractères ainsi que sur des considérations
géographiques et stratigraphiques, on peut ranger les Turritelles en un
certain nombre de groupes pouvant englober chacun plusieurs phylums
évolutifs. Tantôt ces groupes sont en accord avec les divisions généralement
admises {Zaria.^ Haustator, etc.), tant(')t ils en diffèrent sensiblement. Les
principaux de ces groupes sont les suivants :
T. IMBRICATARIA (^carinifera^ hyhrida^ sulcifera, etc.), — tlrris (ÀJ'chi-
medis, tei'ebra, ? commanis)^ — subangllata {varicosa, etc.), — terebralis
{duplicata, etc.)- triplicata Sluder {bicarinata Eichwald, vermicularis, etc.),
— EXOLETA, — RUNCINATA, — CtC.
Migrations. — Le groupe de T. imhricataria en décroissance rapide en
Europe dès la fin de l'Eocène, se retrouve en Amérique où il est représenté
par des espèces pliocènes ou actuelles (.4 «//«YerœBose, pliocène du Mexique;
imhricata, mer des Antilles; tigrina^ côte pacifique de l'Amérique cen-
trale, etc.). Il y a donc eu entre i Europe et i Amérique des rapports fauniques,
soit à la fin de l'Eocène, soit à l'Oligocène.
Ces relations de faune persistent plus longtemps entre VEurope et les
Indes. Déjà à l'Eocène inférieur, T. halaensis Cossmann (Ranikot séries)
présente des affinités indiscutables avec T. carinifera du bassin de Paris, etc.
Les groupes de T. turris et de T. terebralis, après avoir atteint leur maximum
d'extension dans le bassin méditerranéen au Miocène, en disparaissent
(*) M. Iredale a fait de son côté des observations analogues.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 11.) 56
766 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pendant le Pliocène. Des représentants du premier orpoupe {T. terebra
Lamarck, bacillum, cerea^ etc.) et du second ( J. duplicata Lamarck) vivent
encore dans les mers orientales.
Enfin on retrouve pour les Turritelles ce fait très général d'un déplace-
ment de la faune vers le Sud, à la recherche de mers plus chaudes, au cours
du Pliocène : c'est ainsi que T. vermicalans ne dépassant pas au Nord le
bassin de Vienne disparaît de la Méditerranée au Calabrien, et l'on retrouve
des formes apparentées, T. torulosa, sur les cotes de l'Afrique occidentale,
et trîsulcata^ dans la mer Rouge. De même T. triplicata que l'on trouve dans
le coralline-crag" d'Angleterre ne persiste guère actuellement que dans la
Méditerranée et ne remonte pas au Nord des côtes du Portugal.
Les Turritelles australiennes semblent, à part un très petit nombre
d'espèces communes avec l'océan Indien, être issues d'une souche particu-
lière et avoir évolué à part. On ne peut cependant manquer d'être frappé de
l'analogie entre T. rosea, Ouoy et Gaimard, vivant sur les côtes de la Nou-
velle-Zélande, et l'espèce oligocène de la Méditerranée, T. Desmare&tina
Basterot.
Conclusion. — En résumé, en ce qui concerne les Turritelles, et autant
que l'état actuel de mes recherches me permet de conclure, les rapports
entre l'Europe et l'Amérique ont cessé à TOligocène; ils ont persisté jus-
cju'àla fin du Miocène avec les mers orientales ; enfin, au Pliocène les affinités
s'établissent avec la faune actuelle des côtes de l'Afrique occidentale et à
un moindre degré avec celle de la mer Fiouge.
BOTANIQUE. — Sur la détermination de la faculté germinative autrement que
par la germination des graines. Note de M. Pierre Lesage, présentée par
M. Gaston Bonnier.
Dans une Noie récente (' ), on peut lire : « La détermination de la faculté
vitale des graines, qui est le facteur le plus important dans l'analyse des
semences, fut jusqu'ici pratiquée seulement par des essais de germination, qui
sont souvent de longue durée, ne permettant d'obtenir le résultat qu'au
bout de plusieurs jours. »
Je ne puis laisser passer cette assertion sans rappeler que j'ai publié en
(') Antonin i\i:M!:c et Frantisek r)ucHON, Sur une mélhode indicatrice permettant
d'évaluer la vitalité des semences par voie- biochimique {Comptes rendus, t. Xlk,
1922, p. 632).
SÉANCE DU l3 MARS I922. 767
1911 (') el rappelé, en les complétant en 1917 (^), les résultats d'expé-
riences d'après lesquelles il était possible, en moins de 4 heures, de savoir
si des graines de Lepidium salivum avaient encore .conservé ou perdu leur
faculté germinative, et, par conséquent, de déterminer la faculté germina-
tive de ces graines autrement que par leur germination.
Rappelons en quelques mots Tessentiel de ces expériences. Des graines
âgées ne germant plus et des graines plus récentes, germant encore, placées
dans 20 solutions de potasse variées depuis la solution normale N jusqu'à la
3
solution diluée à - 2~''N, colorent inégalement ces solutions en jaune d'œuf:
les graines ne germant plus colorent toutes les solutions, les graines germant
encore colorent les solutions fortes jusqu'à la concentration 2~*N et ne
colorent plus les solutions faibles au-dessous de cette concentration.
3
Les solutions comprises entre les concentrations i~'^ N et j 2"" N pouvaient
donc et ont pu me servir à reconnaître à l'avance si des graines devaient ou
non germer dans mes expériences dont la conclusion se résume en ceci :
coloration, pas de germination; pas de coloration, germination.
Comme la coloration, signe de la perte de la faculté germinative, appa-
raissait dans moins de 4 lieures, il y avait bien là le principe d'une méthode
de détermination rapide de la faculté germinative sans recourir à la germi-
nation des graines. J'ai ajouté que cette méthode n'est pas applicable seule-
ment aux graines de Lepidium sntiviim, mais peut s'appliquer à celles
d'autres plantes, comme l'ont fait prévoir des essais sur les graines de
18 espèces avec des solutions de potasse. Il y a, dans ces faits, un départ
pour l'étude physico-chimique des graines, d'un point de vue théorique,
pouvant amener à des résultats plus ou moins immédiatement pratiques que
je me suis contenté de laisser entrevoir jus([u'à présent.
(') PiEHKE Lesage, GerniLitation c/c'i ^rainns de cresson alénois dans les solutions
de potasse et coloration de ces solutions {Bull. Soc. se. et niéd. de VOuest.,
0 mars igi i); Sur l emploi des solutions de potasse à la reconnaissance de la faculté
germinative de certaines graines {Comptes rendus, t. 152, 1911, p. 6)5).
(-) Pierre Lesage, Au voisinage des limites de la germination dans les graines
de Lepidium salivum {Revue générale de Botanique., t. 29, 1917, p. 97).
768 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BOTANIQUE. — Influence de la météorologie de Vannée 1921 sur le rougisse-
ment et la chute des feuilles. Note de MM. Joseph Bouget et Ad. Davy
DE ViRviLLE, présentée par M . Gaston Bonnier.
L'année 192 1, par sa forte chaleur et sa sécheresse prolongée, a été tout
à fait exceptionnelle, dans nos contrées, au point de vue météorologique.
Les conditions climatiques de cette année ont eu un retentissement marqué
sur la biologie des végétaux et, en particulier, sur le rougissement et la
chute dçs feuilles. Nos recherches ayant été faites sur le versant nord des
Pyrénées centrales, nous avons utilisé les observations faites simultané-
ment à l'Observatoire du Pic-du-Midi (altitude 2877™) et à Bagnères-de-
Bigorre (altitude 548™). Les Tableaux suivants résument les différences
constatées entre Tannée 1921 et l'année 1920 qu'on peut considérer comme
normale. Ayant comparé 1921 à 1920, les signes positifs placés devant les
nombres indiquent donc qu'il est tombé un excès d'eau, ou que la tempéra-
ture a été plus élevée, en 192 1 qu'en 1920, et les signes négatifs marquent
l'inverse.
Ecarts plaviométriques entre les années 192 1 et 1920.
Août. Septembre. Octobre. Novembre.
Pic-du-Midi +29"™, 8 — iSi'"'" — 93'^'°,7 —35""^', 7
Bagnères -i-44'"™!^ — 36""" — 75"'™,8 — 26'"™,9
Ecarts entre les niininia absolus des années 1921 et 1920.
Août. Septembre. Octobre. Novembre.
Pic-du-Midi^ , . -1-0°, 5 +10°, i +5° +8°, 4
Bagnères — i°,2 + 4°) i —3° -+- 6°, 7
Ecarts entre les niaxinia absolus des années 1921 et 1920.
Août. Septembre. Octolire. Novembre.
Pic-du-Midi H- 3°, 7 -l-o°,2 -1-4°, 9 -1-2°, 3
Bagnères -t-i'',7 H- 3" + 4°, 8 H-o°,8
Par suite les teintes automnales ne se sont pas produites ou ont apparu
très tard et les feuilles des arbres ont gardé leur teinte verte jusqu'au
froid subit des 10 à i /j novembre. La température s'abaissa brusquement :
le thermomètre marquant de ■ — 7°, 7 à Bagnères jusqu'à — 22°, Zj au Pic-du-
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 769
Midi. A ce moment les feuilles séchèrent et prirent une teinte d'un gris pâle.
Quelques-unes tombèrent, mais la plupart demeurèrent attachées aux
branches et y seraient même restées plus longtemps si une violente tem-
pête survenue le i*^"" décembre (pendant laquelle la vitesse horizontale du
vent atteignit jusqu'à iG'^,7 par seconde au Pic-du-Midi) n'avait entraîné
leur chute presque totale. Le Châtaignier, le Platane, le Marronnier, le
Piobinier ne présentèrent pas la moindre formation de teintes automnales.
Mais si l'on observait les feuilles des Merisiers, Chênes, Hêtres, Tilleuls,
Cornouillers ou Saules, on remarquait le long de la nervure médiane, des
plages d'étendue et de couleur variables suivant les espèces, premières indi-
cation de ces teintes d'automne dont la formation fut complètement intei-
rompue par le froid subit et \iï.
Ces plages offraient un coloris beaucoup plu^ intense sur les terrains cal-
caires que sur les terrains siliceux. L'un de nous ('), du reste, a montré que
normalement les teintes automnales sont toujours plus vives et plus pré-
coces sur les sols calcaires que sur les sols siliceux, à tel point, qu'à l'au-
tomne, on peut déceler à distance, sur le flanc des basses montagnes des
Pyrénées, les bandes de calcaire jurassique incluses dans les schistes dé-
voniens, par les arbres qui, sur le sol calcaire, ont perdu presque toutes
leurs feuilles, alors qu'ils les ont encore gardées sur le terrain siliceux. La
crête de Bois-Oubac, vue des Plaines d'Esquiou, off're un exemple remar-
quable de ce phénomène.
La météorologie anormale de l'année 1921 a également agi sur le rougis-
sement des feuilles du Buis.
Sur les basses montagnes du versant nord des Pyrénées centrales, on
observe deux types de Bu.xiis sempetvù-ens L. Dans les terrains plus ou moins
riches en silice, les Buis atteignent souvent une forte taille; leurs feuilles
sont d'un vert foncé et leur végétation luxuriante les rapproche des types
cultivés, pour l'ornement, dans les jardins (-). De plus, leur floraison et
leur fructification sont toujours très peu intenses. Ces Buis ne rougissent
jamais et leurs feuilles persistent pendant tout l'hiver. Au conti-aire, sur les
(') Joseph BouGET, Note sur la végétation de la Bande septentrionale des Ter-
rains secondaires dans les Pyrénées {Rev. gén. de Bot., t. 22, 1910, p. 2i3).
(2) Monceau, au Congrès de la Société Botanique de France tenu à Pau, en août j868,
proposa de distinguer une variété lancifolia^ rappelant la forme que prennent souvent
les feuilles du Buis développées dans ces conditions (voir Bull. Soc. Bot. de France^
t. 15, p. xvn et liv).
770 ACADÉMIE DES SCIENCES.
terrains calcaires, principalement dans les expositions arides et chaudes,
on trouve des Buis de petite taille, à feuilles d'un vert clair, qui fleurissent
et fructifient en abondance. Par certaines périodes, variables suivant les
années, on peut voir, au cours de l'hiver, rougir brusquement et irréguliè-
rement leurs feuilles qui ont ensuite une tendance à tomber, et même,
lorsque le rougissement est très accentué, leur chute peut être totale : ces
Buis se comportent alors comme des arbustes à feuilles caduques. Or,
en if)2i, les pieds qui, par leur élat physiologique, étaient ainsi disposés à
rougir, sont restés verts plus longtemps qu'au cours des années normales
et lorsque leurs feuilles ont enfin commencé à se colorer, on a pu constater
une atténuation très marquée du rougissement.
En somme, on voit que les conditions méléorologiques exceptionnelles
réalisées par Tannée 1921 ont influé notablement, dans la région des Pyré-
nées, sur le rougissement et la chute des feuilles. On a pu constaiei- des
phénomènes analogues dans beaucoup d'autres contrées.
ENlO.viOLOGili:, — L'histogenèse des muscles du l'ol chez la Ranâtre, la Nèpe
et les Naucorises. Note (') de M. Raymond Poisson, présentée par
M. E.-L. Bouvier.
Après Perrière (1914), j'ai déjà signalé (-) la série remarquable que
forment la Ranâtre, la Nèpe et les Naucorises (A^. cimicôides L. et N. macu-
latiis Fab,), en ce qui concerne la disparition progressive des muscles du
vol. Or, jusqu'à ce jour, l'étude de ces muscles n'a été faite que chez les
Insectes adultes. Il m'a paru intéressant d'en suivre l'histogenèse chez les
trois genres cités précédemme,nt ; je résume ci-dessous les résultats de mes
observations.
1° Nepa cinerea L. —('et insecte présente six mues dont la première se
produit à l'^éclosion et il existe cinq stades larvaires.
Histogenèse des vibrateurs longitudinaux. — C'est au cours du troisième
stade larvaire qu'apparaissent les premières ébauches reconnaissables de
ces muscles. A ce moment des myoblasies commencent à se porter au
(') Séance du 27 févrici- nyi2.
(-) Comptes rendus, t. 172, i9'2i. p. i3'?^.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 77 1
voisinage des deux troncs trachéens où ils se différencient et s'allongent en
fibres. Les noyaux de ces fibres primitives ne se divisent plus par mitose
mais continuent à le faire très lentement par voie directe. Ce processus se
poursuit pendant le quatrième stade.
Au cours du cinquième stade larvaire de nombreuses petites trachées
bourgeonnent du tronc trachéen correspondant et commencent à s'infiltrer
entre les jeunes fibres musculaires.
Vers la fin du cinquième stade larvaire, à Tapproche de la dernière mue,
les processus d'histogenèse deviennent plus actifs. On observe alors un
nouvel afflux de myoblastes qui se collent sur les fibres déjà partiellement
différenciées, auxquelles ils forment tout d'abord un manchon. Ces nouveaux
myoblastes se différencient comme précédemment.
Synchroniquement avec cette nouvelle activité des myoblastes on observe
une active prolifération des trachées. Jusqu'alors les fibres ne présentent
pas de striation transversale.
Au cours de la mue imaginale (sixième mue), les processus d'histoge-
nèse, dont les muscles vibrateurs longitudinaux ont été jusqu'alors le siège,
changent brusquement d'allure. A ce stade on n'observe plus que quelques
rares myoblastes autour des ébauches musculaires. Le synchronisme qui
existait primitivement dans le développement des fibres et des trachées
cesse d'exister. Alors que les myoblastes et les fibres formées n'évoluent
plus que très lentement, les trachées poursuivent leur active prolifération et
s'infiltrent entre les fibres en les dissociant. Les fibres musculaires ne pré-
sentent toujours pas de striation transversale, celle-ci n'est apparue que
dans quelques fibres périphériques.
Pendant la fin de la mue imaginale, alors que l'insecte ayant rejeté son
exuvie attend immobile le durcissement de ses téguments, les noyaux de
beaucoup de fibres périphériques entrent en pycnose. Cette dégénérescence
nucléaire frappe toutes les rares fibres qui ont évolué jusqu'à la striation
transversale et seulement quelques autres de celles dont le développement
n'a pas atteint cette différenciation. A ce stade, de nombreux leucocytes
viennent se rassembler sur toute la face interne du muscle vibrateur; les
fibres périphériques en dégénérescence se dissocient et sont phagocytées.
Puis des leucocytes pénètrent à l'intérieur de l'organe. On constate alors
que le sarcoplasme des fibres qui vont persister disparaît et que leur stria-
tion longitudinale s'atténue. Les leucocytes ne paraissent pas participer
directement au processus. Cette troisième phase dans l'histogenèse du
772 ACADÉMIE DES SCIENCES.
muscle est donc une phase purement régressive et contribue à réduire dans
de notables proportions le volume de l'organe.
Finalement, au terme de leur évolution, les muscles vibrateurs longitu-
dinaux présentent l'aspect d'organes trachéo-parenchymateux décrits par
L. Dufour (i833), Dogs (1909), Perrière (1914), Brocher (i9o8-)9i6).
L'évolution des sternali-dorsaux et des latéraux dorsaux postérieurs est en
tous points semblable à celle des vibrateurs longitudinaux; mais comme
il ne se développe à leur intérieur que quelques rares trachées, leur volume
chez l'imago est extrêmement réduit. Ces muscles sont uniquement consti-
tués par de minces lames d'un tissu formé de longues fibres grêles, accolé
aux vésicules et sacs trachéens correspondants.
Rcmati^a linearis. — Les processus d'histogenèse sont presque identiques
à ceux que j'ai décrits cliez la Nèpe. Je noterai cependant que j'ai observé
chez les imagos à muscles vibrateurs longitudinaux anormaux une structure
de l'organe trachéo-parenchymateux un peu dillérente de celle décrite par
Perrière. Les fibres musculaires ont presque toutes acquis la stria tion trans-
versale, leurs noyaux sont allongés et comparables à ceux de la Nèpe; mais
elles sont pauvres en sarcoplasma. Secondairement, V organe est envahi par
du tissu graisseux qui se présente sous forme de gros adipocytes qui n adhèrent
pas toujours aux fibres avoisinanles (' ).
iV. cimicoides L. ,'— Le début de l'histogenèse des vibrateurs longitu-
dinaux est comparable à ce que j'ai décrit chez la Nèpe^ mais la diileren-
ciation des myoblastes est encore moins accusée et jamais aucune fibre
n'évolue jusqu'à la striation; aussi l'organe trachéo-parenchymateux est-il
moins volumineux. Quant aux autres muscles du vol, il est très difficile,
sinon impossible, de les dilférencier chez l'imago.
IV. maculai us F ah. — L'histogenèse est extrêmement réduite, et au dernier
stade larvaire quelques rares trachées seules se forment dans les ébauches
très rudimentaires des vibrateurs longitudinaux. La mince lame de tissu
accolé au tronc trachéen présente une structure fibro-réticulée d'apparence
conjonctive ; il n'y a donc pas à proprement parler d'organe trachéo-paren-
chymateux.
(') C'est vraisemblablement de ces adipocvtes dont Perrière veut parler, lorsqu'il
dit que les fibres sont entourées comme dune gaine par des cellules arrondies à gros
noyaux. Dans ce cas il n'aurait vu que le début de la formation des colonnettes d'adi-
pocytes.
SÉANCE DU l3 MARS I922. 778
Conclusion. — Les muscles du vol chez la Ranâtre, la Nèpc et les Nauco-
rises présentent le plus souvent une histogenèse anormale qui aboutit pour
les vibrateurs longitudinaux, soit à la formation d'un organe particulier
(organe trachéo-pai-enchymateux), soit à la disparition presque totale de
ces muscles. Cette évolution spéciale est caractérisée tout d'abord par un
arrêt dans la multiplication et le développement des myoblastes^ puis secondai-
rement par des phénomènes de dégénérescence. Dans la série envisagée, cette
régression atteint son maximum chez A^. maculatiis où les vibrateurs longitu-
dinaux ne sont plus représentés que par une mince lame de tissu conjonctij .
MÉDECINE. — Modifications de la chronaxie des muscles squelrltiques et de
leurs nerfs, par répercussion de la lésion de neurones auxquels ils sont fonc-
tionnellement associés. Note ( ' ) de M. Georges Bourguigxox, présentée par
M. d'Arsonval.
Dans une Note antérieure (-), j'ai montré que la lésion d'un nerf périphé-
rique s'accompagne d'une modification de la chronaxie dans le domaine des
nerfs de même chronaxie du même membre ou du membre symétrique.
De l'étude de la chronaxie des muscles et des nerfs moteurs dans les
affections les plus diverses du système nerveux, il résulte qneXdi répercussion
est un fait encore plus général et que toute lésion d'un neurone quelconque
peut retentir sur les neurones moteurs périphériques qui lui sont fonction-
■ nellement associés. Diiring, par l'étude histologique desoxydases, a montré
des répercussions analogues.
Dans les répercussions, la valeur de la variation de la chronaxie en plus
ou en moins, reste en général comprise entre le \ de la valeur normale et
10 fois cette valeur. Sur les points moteurs des muscles, tantôt la chronaxie
diminue jusqu'à la | ou le ^ de la valeur normale, tantôt elle augmente
jusqu'à 2 à 10 fois cette valeur. Sur le nerf, elle reste quelquefois normale,
mais, le plus souvent, elle augmente légèrement.
J'ai observé ces répercussions sur le nerf et le muscle dans les lésions
suivantes :
1° Lésions du neurone sensitif périphérique. — Zona; Tabès; Névralgies
(') Séance du 6 mars 1922.
(-) G. Bourguignon, Comptes rendus^ t. 173, 1921, p. 433.
774 ACADÉMIE DES SCIENCES.
diverses sans troubles moteurs ni des réflexes cliniquement décelables.
Cest dans les neurones moteurs correspondant aux neurones sensitifs
malades qu'on observe la répercussion.
2° Lésions du neurone moteur central (faisceau pyramidal). — Hémi-
plégies cérébrales, pédonculaires, protubérantielles, bulbaires. Hémiplégies
spinales, monoplégies et paraplégies par lésions diverses de la moelle.
3° Lésions des voies motrices centrales extra-pyramidales (corps opto- striés) .
— Maladie de Parkin.son, syndrome sparkinsoniens, maladie de Wilson, etc.
Cette dernière catégorie de faits a été étudiée spécialement dans uise série
de tra\aux antérieurs (').
Je n'ai pas encore eu l'occasion d'étudier à ce point de vue les affections
cérébelleuses.
Les faits isolés, publiés par certains auteurs, de réaction de dégénéres-
cence au cours du zona et d'atrophie musculaire du tabès, ne sont proba-
blement que des cas extrêmes du fait général (jue j'ai observé.
Dans les affections du deuxième et du troisième groupe, les répercussions
ne s'observent que chez les malades qui ont de la contracture ou de la rigi-
dité musculaire. Au contraire, lorsqu'il y a du tremblement ou des mouve-
ments choréiformes, la chronaxie des nerfs moteurs et des muscles reste
normale.
En règle générale, dans la contracture (lésions du faisceau pyramidal)
et dans la rigidité (lésions des voies motrices centrales extra-pyramidales),
la chronaxie diminue au point moteur des muscles contractures ou rigides,
et augmente au point moteur des muscles non contractures; les muscles'
à chronaxie augmentée sont, le plus souvent, les antagonistes des muscles
contractures ou rigides. C'est le cas le plus fréquent dans l'hémiplégie
cérél)rale et dans les syndromes parkinsoniens; au membre supérieur, par
exemple, l'attitude est alors celle de la contracture en flexion : la chronaxie
est inférieure à la normale aux points moteurs des fléchisseurs, et plus
grande que la normale aux points moteurs des extenseurs.
(') \i. Clalde et G. lîouiîGL'iGNON, La forme de la contraclion et la chronaxie
dans deux cas d'encéphalite léthargique : Société de Neurologie, 6 janvier 1921
{f{evue neurologique, n° 1). — G. tiouRGUiGNOX et Laignel-LavasïIxNE, La chronaxie
dans les syndromes parkinsoniens : Réunion annuelle de la Société de Neurologie,
3 juin ip'u {Revue neurologique, n° 6). — G. Bouiîguioon, La chronaxie dans les
états de rigidité musculaire en général : Réunion annuelle de la Société de Neuro-
logie, 3 juin 1921 {Hevue neurologique, n°^ 6 et 7-8).
SÉANCE DU l3 MARS I922. 775
Sur les nerfs, la chronaxie est, en général, augmentée et il y a un certain
hétérochronisme entre le nerf et le point moteur.
Quelquefois la chronaxie des points moteurs des muscles varie un peu
dilTéremment. Le cas le plus rare est celui où la chronaxie du muscle con-
tracture reste normale, et celle de l'antagoniste non contracture augmenle.
Plus souvent, on ol)serve la diminution de la chronaxie du muscle contrac-
ture, avec chronaxie normale dans Tantagonisle non contracture. Dans
tous ces modes de variation, le résultat final est toujours le même : le rap-
port entre la chronaxie des fléchisseurs et la chronaxie des extenseurs est plus
grand que riormalement.
Dans quelques cas, la contracture porte à la fois sur les fléchisseurs et les
extenseurs. J'en ai observé un exemple typique dans une hémiplégie spinale
])ar hlessuie de guerre. Les doigts ])rennent une attitude en grifre (exten-
sion de la })remière phalange et flexion des autres) et le poignet est rigide
dans le prolongement de l'avant-bras : la chronaxie était diminuée à la fois
dans les extenseurs et les fléchisseurs, et le rapport de leurs chronaxies était
plus petit que normalement.
Des pliénomènes semblables s'observent aux membres inférieurs. Les
attitudes que prennent les membres afTectés paraissent donc liées au rapport
des chronaxies des différents groupes musculaires antagonistes. Il en est de
même d'ailleurs à l'état normal (').
Il semble donc bien qu'il y ait une relation entre la chronaxie du point
moteur musculaire et la tonicité du muscle, au moins dans certaines con-
dilions.
De ces faits, on peut tirer les conclusions suivantes :
1° Toute lésion d'un neurone peut avoir une répercussion sur la chro-
naxie des neurones qui lui sonl fonctionnellement associés. Il semble
donc qu'on pourrait étendre, en pathologie, le sens du terme « réflexe »
et qualifier de a réflexes » toutes les modifications observées dans un neu-
rone par ré]»ercussion de la lésion d'un neurone (|ui lui est fonctionnelle-
ment associé.
2° Quand il y a contracture ou rigidité, l'attitude ])araît liée au rapport
des chronaxies des extenseurs e( des fléchisseurs, qui sonl modifiées. Il paraît
y avoir une relation entre le tonus et la chronaxie, à l'état jjathologique
comme à Tétat normal. Au contraire, quand il y a tremblement ou mou-
(') G. l>0UHGurGN0N, Coiigrès de Physioloi^ie^ Paris, juillet 1920.
776 ACADÉMIE DES SCIENCES.
vements choréiforines, la clironaxie motrice péiiphérique reste normale :
l'activité dont le muscle est alors le siège em])êche proljablement sa cliro-
naxie de se modifier.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Sw les c/iocs iraumciUques. Note
de MM. Auguste Lumière et Hexri Couturier, présentée par
M. Roux.
Les états de dépression intenses consécutifs aux traumatismes, qui ont
donné lieu depuis la guerre à des controverses assez vives, relèvent d'un
mécanisme différent suivant la nature des lésions qui les déterminent.
Nous ne nous arrêterons pas à un certain nombre de types de choc con-
duisant à des accidents qui semblent pouvoir être facilement expliqués: ce
sont ceux qui se produisent notamment à la suite d'hémorragies abon-
dantes, d'embolie graisseuse dans les fractures des os longs, d'excitations
brusques d'un nerf sensitif, de violentes douleurs, d'inhalation de gaz
irritants ou que l'on observe dans les états émotionnels, au cours des
anesthésies, etc.
Notre expérimentation sur ce sujet a été limitée au choc traumatique
proprement dit, qui a été l'objet principal des discussions, choc dont le
syndrome particulier se manifeste à l'occasion de contusions graves, de
broiements, d'écrasements dans les chutes, les éboulements, les accidents
de chemins de fer ou de mines, les plaies de guerre, qu'il s'agisse d'un foyer
d'attrition unique ou d'une multitude de petits foyers.
Rappelons que M. Quénu, par la simple observation des faits cliniques,
est arrivé à cette conclusion, que le facteur principal du choc est une intoxi-
cation qui a son origine dans le foyer traumatique même, au niveau duquel
il se produit une résorption de substances toxiques se comportant comme
le ferait une solution d'histamine.
MM. Duval et Grigaut ont montré, d'autre part, que l'on provoque un
choc mortel en injectant, dans la veine marginale de l'oreille d'un lapin,
quelques centimètres cubes d'un filtrat aseptique obtenu en broyant de
10*'' à 20S de muscle avec de l'eau stériHsée.
Nos expériences personnelles ont confirmé ces faits et nous ont permis
de nous assurer que les accidents ainsi déchaînés sont dus à la floculation
des colloïdes tissulaires lorsqu'ils sont mélangés par le broyage, de sorte
SÉANCE DU l3 MARS I922. 777
que le choc traumatique semble dépendre de la même cause physique que
le choc anaphylactique.
On peut, en effet, vacciner contre les accidents brusques provenant de
l'introduction de suc musculaire dans la circulation, au moyen d'injec-
tions subintrantes, soit de ce suc lui-même, soit de sulfate de baryte ou
d'autres floculats.
L'hyposulfite de soude, la ligature préalable des carotides, les anesthé-
siques suppriment ces accidents tout aussi bien que ceux du choc anaphy-
lactique.
Il existe cependant une différence importante entre les deux phénomènes.
Quand on a injecté à des cobayes le filtrat musculaire à dose insuffisante
pour les tuer, ils paraissent d'abord se rétablir, puis, à des intervalles
d'une ou plusieurs heures, des rechutes se produisent et ils finissent sou-
vent par succomber.
L'étude des modifications spontanées qui se passent dans le filtrat nous
donne l'expUcation de ces poussées successives et de l'évolution fatale de
certains chocs. Tout d'abord l'extrait musculaire est uniformément louche,
les particules floculées étant réparties régulièrement dans le liquide, puis^
peu à peu ces éléments s'accollent sous forme de gros amas qui tombent au
fond du récipient.
Si à ce moment on injecte cet extrait musculaire, il ne produit plus aucun
accident,, même si les masses granulaires volumineuses sont introduites
dans les vaisseaux en même temps que le liquide plus clair qui les entoure.
En continuant à observer ce filtrat, on constate qu'il devient le siège de
nouvelles floculations. Les colloïdes mélangés par la trituration, réagissant
les uns sur les autres, mûrissent progressivement et précipitent tour à tour.
Vingt-quatre heures après sa préparation, l'extrait tissulaire, conservé
aseptiquement, est devenu définitivement inoffensif, alors que, pendant les
premières heures, il s'était montré tantôt toxique, tantôt inactif, la toxicité
apparaissant au moment où les floculations survenaient.
Le rythme des crises successives chez un animal qui a reçu une injection
unique de filtrat musculaire correspond sensiblement au rythme de la
floculation ; le mûrissement colloïdal paraissant s'effectuer avec la même
vitesse in vivo et in vitro.
Au début de leur formation, ces floculats sont capables de déterminer le
choc; mais, quand ils ont dépassé un certain stade dans leur agglomération,
ils deviennent sans danger.
77^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les précipités qui se font dans le sang, à chaque phase de floculation,
occasionnent non seulement des accidents de choc plus ou moins atténués,
mais aussi des lésious hémorrag-iques dans les parenchymes, lésions dont
les eflels s'ajoutent et qui peuvent se terminer par la mort.
Ces expériences donnent l'explication du tableau symptomatiquc du choc
traumatique dans lequel les signes typiques intenses du début du choc
peuvent passer inaperçus en raison de l'absorption parfois lente et progres-
sive des albumines susceptibles de floculer: l'ensemble des accidents et des
lésions secondaires, dont les précipitations successives sont responsables,
permettra de comprendre les alternatives de dyspnée, d'angoisse, d'agita-
tion, de modification du rythme cardiaque, de sueurs, de diarrhée, de
migraine, d'hématurie, etc. et de calme relatif, qui caractérisent ces chocs
ainsi que leur issue parfois fatale.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Les Jeuihets embryonnaires en rapport avec
les affinités du virus vaccinal. Note de MM. C. Levaditi et S. Nicolau,
présentée par M. Roux.
L'un de nous a émis l'hypothèse que des relations étroites doivent
exister entre l'affinité des microorganismes pathogènes pour les divers tissus
des vertébrés et les feuillets embryonnaires d'où ces tissus dérivent (*).
« Les infections du rnésoderme, les « mésodermoses » , sont engendrées., en général^
par des bactéries, des champignons ., des spirilles ou des protozoaires, en un mot,
par des microorganismes lisibles et, pour la plupart, cultivables, tandis que les
infections de V ecto derme, les a ectodermoses y) , sont provoquées par des germes
dont la majorité sont des virus filtrants et invisibles.
Nous avons tenté de vérifier cette hypothèse en étudiant l'affinité du virus
vaccinal adapté au cerveau {neurovaccine) (-), pour les divers tissus du
lapin, en tenant compte de l'origine embryonnaire de ces tissus.
Dans 10 expériences, une émulsion cérébrale virulente, préalablement centrifugée,
a été injectée dans la veine de l'oreille. Dans une autre l'émulsion fut introduite par le
bout périphérique de l'artère carotide et dans la dernière elle fut injectée dans la tra-
chée du lapin. En même temps les animaux étaient épilés sur la peau du flanc
(') C. Levaditi, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 070.
(^) G. Levaditi et S. Nicolau, Comptes rendus, t. 174, 19^2, p. 249-
SÉANCE DU l3 MARS 19^2. 779
(Galmelte et Guéiin). Les lapins étaient sacrifiés du 6« au io« jour, alors que la peau
épilée était cou\erte d'une riche érupliou vaccinale. La recherclie du virus dans les
tissus était effectuée en inoculant des émulsions sur la peau épilée et rasée de
lapins neufs.
I. Affinité tour f.es tissus dérivés de l'ectoderme. — A. Ectoderme pro-
prement dit. — i*^ Peau. Chez tous les animaux, la vaccine s'est localisée à la
peau, surtout lorsque l'épiderme avait été irrité. — 2" Cornée. Certains
I ipins ont fait de la kératite vaccinale. — 3"^ Glande mammaire en lactation.
Présence du virus en abondance et lésions des acinis chez une lapine pleine.
B. Segment hucco -pharyngé de V ectoderme. — Le virus vaccinal existe dans
la salive des animaux infectés par les veines, par la peau et même dans le
cerveau. Il y apparaît, en petite quantité, dès le 4^ jour et, en abondance,
le ;'■ et le 8' jour. Le germe ne provient pas de la glande salivaire. En eflét
Tevamen de cette glande révèle des quantités de virus de beaucoup infé-
rieures à celles que contient la salive. Son origine est puremejit locale. La
muqiieu^e buccale montre des pustules vaccinales au niveau de la langue,
et dont Taspect macroscopique et la structure sont caractéristiques. Il en
résulte ([ue la vaccine offre une affinité marquée pour le segment bucco-pha-
ryngé de l'ectoderme, quelle que soit sa voie de pénétration dans V organisme
du lapin. On peut, d'ailleurs, l'ensemencer directement sur la mu([uetise
buccale, en badigeonnant cette muqueuse avec du virus frais (pustules lin-
guales et virulence de la salive dès le 4'' jour).
C. Système nerveux central (^segment invaginé de V ectodermey. — Le
cerveau, examiné à neuf reprises, s'est montré ou dépourvu de vaccine, ou
très pauvre en virus (i à 2 pustules). Comment se fait-il que la neurovac-
cine, si étroitement adaptée au système nerveux, ne se localise pas dans le
cerveau, quand on l'introduit dans le torrent circulatoire? Le virus vaccinal
ne pullule dans le cerveau qu'après une irritation préalable de celui-ci, de
même qu'il ne se développe abondamment sur la peau qu'après épilage.
II suffit, en efTet, chez un animal infecté par voie intraveineuse, d'injecter
dans le cerveau àeVeau salée ou du bouillon., pour constater que, dans ces
conditions, l'encéphale devient une riche culture de neurovaccine. V^affi-
nilé du virus pour le système nerveux [ectoderme invaginé) apparaît ainsi
nettement.
II. Affinité pour les tissus dérivés de l'endoderme. — A. Foie. — L'examen
du foie, pjatiqué à cinq reprises, a révélé la présence de faibles quantités
de virus (2 à 20 pustules).
780 ACADÉMIE DES SCIENCES.
B. Il n'en est pas de même du poumon qui, souvent, s'est montré très
riche en germes. Cet organe joue le rôle de filtre vis-à-vis du virus injecté
dans la veine auriculaire ; grâce à ses affinités tissulaires, il retient le microbe,
sans cependant réagir par des lésions intenses.
III. Affinité pour les tissus dérivés du mésoderme. — Contrairement aux
organes de l'ectoderme et de l'endoderme, les tissus dérivés du mésoderme
sont ou totalement avirulents, ou très pauvres en germes. Il en est ainsi du
sang, de la rate (hypertrophiée), de la moelle osseuse, des ganglions lympha-
tiques ('), des muscles, du rein (ce dernier fut quatre fois stérile et deux
fois presque avirulent). \j affinité de la neuro^accine pour les tissus dérivés
du mésoderme est pratiquement nulle.
IV. Une place à part doit être réservée aux glandes sexuelles, testicule et
ovaire. Quelles que soient les conditions expérimentales , l'ovaire et le testicule
contiennent des quantités considérables de vaccine. Le germe apparaît dans
l'ovaire dès le deuxième jour, alors que nulle manifestation vaccinale n'est
encore apparue sur la peau épilée du même animal. Sa présence dans ces
organes se traduit, d'ailleurs, par des lésions de la glande interstitielle
(ovaire), ressemblant à celles de la vaccine cutanée. Ces lésions semblent
indiquer une localisation primitive de germe sur les cellules de cette glande.
Ce fait, particulièrement important, démontre l'affinité du virus vaccinal
pour le plasma germinatif, sans distinction de sexe ('). Tout se passe
comme si les cellules germinatives , malgré leur origine mésodermique, renfer-
maient à Vétat latent les caractères ectodermiques qui dominent les affinités
tissulaires de la vaccine.
V. Les capsules surrénales ont fourni des résultats intéressants. Dans Ja moitié
(les cas, elles renfermaient autant de virus vaccinal que l'ovaire ou le testicule du
même animal. L'origine ectodermique nerveuse (sympathique) de la substance
médulaire pourrait expliquer l'affinité du germe pour les capsules surrénales.
Conclusions. — Conformément à notre hypothèse, la vaccine, virus filtrant
et invisible, offre une affinité élective pour tous les tissus dérivés de i ectodcrme
et pour certains organes de provenance endodermique, alors que son affinité
pour les tissus d^ origine mésodermique est, pour ainsi dire, nulle. Les éléments
(*) Exception faite du ganglion sous-maxillaire, lequel contient le virus qui lui
parvient des pustules linguales.
(^) Le virus a été trouvé en abondance dans \ ov aie fécondé intra-utérin.
SÉANCE DU l3 MARS 1922. 78 1
germinatifsqui, eux, renferment, à l'état potentiel, tous les caractères lissu-
laires sans distinction d'origine embryonnaire, sont aussi ceux pour lesquels
le virus vaccinal montre Taffinité la plus marquée et la plus constante. Cer-
taines cellules ectodermiques (épiderme, cerveau) nécessitent une irritation
préalable pour fixer le germe et lui permettre de pulluler. Pour que ce
germe puisse s'attaquer à un élément cellulaire donné, il faut donc que cet
élément ait une origine ecto-endodermique et que, de plus, il soit mis en
état de prolifération, de rajeunissement, par une irritation préalable. A
moins qu'il s'agisse de cellules germinatives, auquel cas cette irritation est
inutile, attendu que ces cellules remplissent d'emblée toutes ces conditions
(caractères ectodermiques potentiels, multiplication active et continue).
Ces conclusions sont d'accord avec nos recherches sur la culture du virus
vaccinal dans les néoplasmes épithéliaux et conjonctifs du rat et de la souns.
MICROBIOLOGIE. — Action d'un suc gastrique artificiel sur les fçi^anulations
pulmonaires tuberculeuses du cobaye. Note de MM. E. Fersibich et
G. RoLLiER, présentée par M. Roux.
Dans deux communications antérieures ('), nous avons montré, par
quatre séries d'expériences, la grande différence dans la manière dont se
comportent vis-à-vis d'un suc gastrique artificiel C) complet, ou de ses élé-
ments pris séparément, d'une part les bacilles tuberculeux de culture (race
bovine de Vallée) et d'autre part les granulations soit pulmonaires, soit
spléniques, provenant de l'inoculation au cobaye de bacille de même âge
et de même race.
Après un contact de 3 heures à 62" plus 87 heures à i5** avec du suc
gastrique complet, la diminution de la virulence, s'il s'agit de bacilles
de culture, se manifeste par une évolution ralentie de la maladie, mais les
animaux meurent tous tuberculeux. Nous ne pouvons cependant affirmer
(') Société d'Etudes scientifiques sur la tuberculose, séances du 8 janvier igai et
du i4 janvier 1922.
(^) Formule du suc gastrique artificiel emplové :
Pepsine en paillettes (Billaull) ôo*^?
HCl pur. 10 gouttes
Eau distillée, q. s. p. f -0'=™'
C R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 11.) ^7
782 ACADÉMIE DES SCIENCES.
que ce ralentissement de révolution soit le fait du suc gastrique lui-même
plutôt que celui d'un de ses éléments (pepsine — taux d'acidité), tempéra-
ture d'action.
Au contraire, la virulence disparaît entièrement s'il sagit de granulations'^
les granulations se résorbent in situ en 3 ou 4 jours, sans laisser de trace
apparente au point d'inoculation, sans donner lieu à aucune manifestation
tuberculeuse ultérieure. Aucun des éléments du suc gastrique, agissant
séparément ne nous a donné les même résultats.
Que devient donc la virulence des granulations soumises au suc gastrique
complet, pendant la durée de la digestion? C'est ce que nous étudions dans
l'expérience décrite ci-aprc-s.
Expérience du 19 mai 192 1. — Des granulations pulmonaires, d'un cobaye mort
le 3 mai, conservées à la glacière dans le liquide de Ringer, de pureté microbienne
contrôlée, renfermant de 45 à 5o bacilles par champ (oc. comp. VI. Imm. homog.
Y5 Stiassnie), ont été divisées le 17 mai en 7 lots dont 6 sont introduits dans le liquide
de digestion, à raison de 20 granulations ayant à peu près le même volume pour i/Jo"^™'
de liquide.
A Témoin sans digestion.
B Contact de [^o^ à i5°
^^ » o'' i5™ à 52° + 89'' /jS'" »
D » o^'Sd"^ » + 39*'3o'" »
1^^ » i"* » -4- 39** ft
F » a»' » +38*» «
G » 3h » + 37!^ »
Chaque série de granulations, après lavage, est mise en émulsion, à raison de
5 granulations pour 2"»' d'eau distillée (dose par animal) et inoculée sous la peau de
l'abdomen à 7 groupes de cobayes neufs (2 témoins pour A, 4 animaux pour chaque
série, soit en tout 26 animaux).
Au i*"'' mars 1922, soit q.^[\ jours après l'inoculation, les résultats sont les
suivants :
A. Les témoins sont morts dans les délais normaux, avec de grosses
lésions de tuberculose généralisée.
B. La décroissance de la virulence est à peine sensible si l'on agit pen-
dant 40 heures à la tempéreture de i5« : évolution à peine ralentie de la
maladie.
Cette décroissance est déjà plus appréciable dans les séries G et D : les
effets de l'inoculation se traduisent par la formation de nodules sous-
cutanés persistants et par des lésions ganglionnaires chez quelques ani-
SÉANCE DU l3 MARS I922. 788
maux; dans la série E seulement par la formation de nodules sous-cutanés
toujours persistants, dont les éléments bacillaires sont rapidement résor-
bables par un organisme neuf; enfin, dans la série F, par des réactions
locales minimes et fugaces.
La série G reste indemne, ce qui confirme nos précédentes expériences
et porte actuellement à 18 le nombre des animaux inoculés de la même
façon et sans aucun dommage.
De tous ces faits, nous pouvons tirer la conclusion suivante :
En traitant par un suc gastrique artificiel, dans les conditions de tempé-
rature sus-indiquées, des granulations pulmonaires dues à l'inoculation au
cobaye de bacilles tuberculeux (race bovine de Vallée), nous sommes à
même de constater que la virulence de ces granulations décroit à peu près régu-
lièrement jusqu'à devenir nulle^ à mesure que la durée du temps de contact
s'accT'oît.
A 16 heures et quart, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures et quart.
A. Lx.
ERRATA.
(Séance du 6 mars 1922.)
Note de M. et M"**^ G. Villedieu, Contribution à l'étude des bouillies
cupriques :
Page 708, ligne 10, au lieu de
SO*Cu + GO»Na^4-2H20=:CO'Cu(OH)2, Hî0 4-SO*i\a2,
lire
2S0*Gu ^2CO^\a^-i-2H^O = GO'Cu,Gu(OH)SH»0 4-2SO*Na2-+-CO^
^84 ACADEMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances de février 1922 {suite et fin).
Catalogue of Double Stars froni observations made at tlie Royal Observatory.
Greenwich with the l'è-inch refractor during the years iSgS-igig, sous la direc-
tion de Sir Frank Watson Dyson. London, Majesty's stationery office, -1921 ; i vol. Si'™.
L'œuvre scientifique de Laplace, par H. Andoyer. Paris, Payot, 1922; i vol. 15"=".
Origine et formation des mondes^ par l'abbé Tu. Moreux. Paris, Octave Doin.
1922; I vol. 23"=™. (Présenté par M. B. Baillaud.)
Précis de parasitologie, par J.| Guiart. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1922;
I vol. i9'^'°,5. (Présenté par M. Joubin.)
La stérilité féminine, ses causes, son traitement, par Jules Batuaud. Paris, Octave
Douin, 1922; I vol. i8<='",5. (Présenté par M. Branly.)
The ifheat plant, par John Percival. Londres, Duckworth et C'*, 192 1 ; i vol. 25'"°.
L'éther actuel et ses précurseurs, par E.-M. Lémeray. Paris, Gauthier-Villars et G'*',
1922; I vol. iS*'™. (Présenté par M. Lecornu.)
Les actualités de Chimie contemporaine, publiées sous la direction de A. Haller.
!>■« série : par R. Cornubert, D. Florentin, A. Mailhe, E. Bourquelot, J. Martinet,
E. Noelting, m. Sommelet et M. Delépine. Paris, Octave Doin, 1922; i vol. 19'=°'.
(Présenté par M. Haller.)
Corrections des signaux horaires déterminés au Bureau international de l'heure
en 1920, par G. Bigourdan. Paris, Gauthier-Villars et C'^, 1922; i fasc. 25''™.
Rapport annuel sur les travaux effectués par le Bureau international de Vheure
en 1921, par G. Bigourdan. Paris, Gauthier-Villars et C''^, 1922 ; i fasc. 25*=™.
Ether ou relativité, par Maurice Gandillot. Paris, Gauthier-Villars et C'^, 1922;
I vol. 19'='".
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 20 MARS 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUAICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président soiiliaite la bienvenue à M. U.-G. Aitkex, astronome à
l'Observatoire de Lick, qui assiste à la séance.
CHIMIE ORGANIQUE. — Nouveoux caractères distinctifs des trois propanol-
i-camphocarbonolidcs fondant respectivement à i^\°., 1 1 7**-! 18° et 89*^-90°.
Note de M. A. Haller et de M'"*" Ramart-Lucas.
Dans notre dernière Communication ('). nous avons montré les condi-
tions dans lesquelles se forment ces olides qui nous paraissent répondre
toutes trois à la formule
CH^-CK — GIP
/ >0
/G CO
G»H< I .
\G0
Rappelons tout d'abord que deux d'entre ces composés [F. i4 1" et Sg^'-go*']
se forment aux dépens de l'allylcamphocarbonate de mélhyle solide et
que l'isomère à point de fusion le plus bas ne se produit qu'en petites
quantités.
Soupçonnant que sa formation pouvait être due à l'action ultérieure de
l'acide sulfurique concentré sur l'olide fondant à i4i**, nous avons chauffé
celte dernière olide (5^) avec une nouvelle quantité d'acide concentré, pen-
dant une heure. Après précipitation de la masse noirâtre par de l'eau, lavage
(') A. Haller et M"" Ramart-Lucas, Comptes rendus, t. 173, /gai, p. ii5.
C. R., i9«, 1" Semestre. (T. 174, N» 12.) ^8
•;86 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et cristallisation fractionnée, nous avons, en effet, réussi à isoler os,o5 à
0^,07 de l'isomère fondant à Sg'^-go". Cet essai devra être répété sur de
plus grandes quantités de matière.
Action de Valcoolate de sodium sur les trois olidcs en solution dans V alcool
absolu. — I. 2^,36 de l'olide fondant à ïZji" ont été dissous à froid dans une
quantité suffisante d'alcool absolu et additionnés de 5""' d'une solution
d'alcoolate de sodium à 4,^ pour 100 de Na. Le liquide, à peine louche, a
été ensuite abandonné sur de l'acide sulfurique, sous une cloche à dessicca-
tion. Au bout de quelques jours, on a constaté la formation d'une masse
pâteuse qui s'est desséché peu à peu. Le tout a été repris par l'eau, agité
avec de l'éther pour enlever les petites quantités d'olide non atteinte par
l'alcali, et la solution légèrement alcaline fut enfin sursaturée par de l'acide
sulfurique étendu. On a obtenu un précipité extrêmement léger sous la
forme «de paillettes blanches et brillantes qui, lavées et séchées, fondent
vers iGo^'-iyo'' en se décomposant. La formation de cet acide ainsi que sa
décomposition sous l'influence de la chaleur peuvent se traduire de la façon
suivante :
CII-— Ctl — CH'
/ y^ /GH-— CHOH.CH^
CsHu/V ^^ _. cni-( \COOH
T. II. .
/Cil - CH2 _ GHOtL CH3
-> C**H^< I- : +C0-.
III.
L'analyse a enfin démontré que la nouvelle molécule répond bien à la
formule IL Un essai de décomposition à chaud, réalisé dans un petit tube
communiquant avec un autre contenant de l'eau de baryte, a justifié le
dédoublement de la molécule en acide carboniipie et en camphopropanol-2,
identique à celui qui se forme quand on fait bouillir une solution alcoolique
de l'olide avec de la potasse ( ' ).
L'acide propanol-i-camphocarbonique est soluble dans l'alcool, d'où il
cristallise en petites tables dures et brillantes. Peu soluble dans l'éther et
l'éther de pétrole, il se dissout dans les alcalis caustiques et les carbonates
alcalins. Son pouvoir rotatoire dans l'alcool [a]j, = h- 33° 5'.
Pour le distinguer de son isomère décrit plus loin, nous appellerons cet
acide, acide propanol-i-camphocarbonique 'j.^ cis-trans.
(' ) Loc. cit.
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 787
il.' Si l'on soumet la propanol-2-camphocarbonolide fondant à 1 1';"*- 1 18"
au même traitement alcalin que son isomère, on obtient, par évaporation
lente, un résidu solide qui se dissout intégralement dans l'eau. Mais, à la
différence de ce même isomère, quand on traite le nouveau propanol-2-cam-
phocarbonate de sodium formé par un acide, on régénère intégralement
1 olide fondant à 1 17°-! 18" avec toutes ses propriétés primitive- :
CH--CH — CH^
/CH^-CHOH-CJP
CH^— GH — C[{'
/ >0
/G- CO
^GO
Les faits observés nous permettent d'altribiier à Tolide 117" et à l'acide
transitoire qui en dérive une configuration c/i-c/V.
Nous avons m;is à profit cette lâctonisàtion spontanée pour S(''parer l'olide
fondant à 1 17"-! 18** de son mélange avec son isomère de point de fusion i4i".
Dans notre dernière Communication, nous avons en effet appelé l'attention
sur la difficulté qu'on éprouve à isoler la première à Tétat pur, étant donnée
l'impossibilité de préparer de 1,'allylcamphocarbonate de méthyle exempt de
son isomère solide . Le mélange d es deux olides provenant de l'action de l'acide
sulfurique sur l'éther liquide est, après purification, traité par la quantité
théorique de sodium dans l'alcool absolu et abandonné sous une cloche à
dessiccation. La masse solide formée est reprise par l'eau, filtrée et sursa-
turée par de l'acide sulfurique. Le précipité, recueilli sur filtre lavé et
séché, est ensuite épuisé à l'éther qui dissout l'olide fondant à 117°-! 18** et
laisse l'acide propanolcamphocarbonigue a à l'état insoluble. Nous devons
ajouter que la séparation nest pas totale, soit que la lâctonisàtion ne se
fasse pas assez rapidement, soit que l'acide a ne retienne obstinément
l'olide formée. Dans tous les cas, il convient de redissoudre Facide dans le
carbonate de soude, de séparer par filtration un peu d'olide 1 17"-! 18" inso-
luble et de le reprécipiter une seconde fois par de l'acide sulfurique.
Dans tous ces traitements, nous avons reniarqué que les eaux,. mères
acides, abandonnées à elles-mêmes, laissent déposer, au bout de quielque
temps, de fines aiguilles également constituées par de l'olide fo'ndàht
à ii7*'-i 18°, à laquelle se trouve mélangées de petites quantités d'un aut^e
corps de point de fusion plus élevé. ' ^^ ■ •
^88 ACADÉMIE DES SCIENCES.
III. La troisième olide, fondant à Sg^-go", trouvée dans les liquides mères
de cristallisation de l'olide de point de fusion 141"? se comporte comme
cette dernière quand on la soumet, dans les mêmes conditions, à l'action
de l'alcoolate de sodium. La masse résiduaire provenant de l'évaporation à
froid de la solution alcoolique, dissoute dans l'eau, donne une liqueur un
peu jaunâtre, que l'acide sulfurique précipite en blanc. On recueille le pré-
cipité, on le lave et on le sèche. Il constitue une poudre blanche un peu
plus soluble dans l'éther que l'acide propanolcamphocarbonique a, dont il
est isomère ; il se dissout aussi dans l'alcool et dans le carbonate de sodium,
mais ses solutions alcalines ne tardent pas à se charger de petites paillettes
brillantes sur la nature desquelles nous ne pouvons nous prononcer, étant
donné le trop peu de matière à notre disposition. Pouvoir rotatoire dans
l'alcool [a]„ = -h 23°, 3. L'analyse et les autres propriétés de cet acide nous
permettent de le considérer comme un acide propanolcamphocarbonique (3
fusible entre i iS" et 120°, en se décomposant en acide carbonique et en un
nouvel alcool camphopropanolique. L'épreuve de cette décomposition a été
faite comme celle de l'acide propanolcamphocarbonique a. L'alcool obtenu
dans ces conditions se présente sous la forme de tables minces trapézoïdales,
très dures, solubles dans l'alcool, l'éther, moins dans l'éther de pétrole, et
qui fondent à loo^-ioi**.
Son pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu [a]D= -t- 61°, 7, alors que
celui, li({uide, provenant de la décomposition par les alcalis des deux olides
fondant à i4i° et 1 17--1 18° est de [a]j,= + 3i°25' et + 3i°G'.
Gomme les deux propanol-2-camphocarbonolides isomères, celle fondant
à Bg'^-go^ se dissocie également, quand on la fait bouillir en une solution
alcaline de potasse, en carbonate alcalin et camphopropanol, celui-ci iden-
tique avec Talcool provenant de la décomposition, sous l'influence de la
chaleur, de l'acide propanolcamphocarbonique ^ fusible vers ii5°-i20°en
se dissociant. Cet alcool fond en effet à ioo"-ioi° et son pouvoir rotatoire
dans l'alcool [a]B= -h 62°4'-
La phényluréthane de cet alcool diffère[nettement de celle de son isomère.
Elle se présente en effet sous la forme de cristaux compacts, durs et brillants
et fond à 120*^- 120°, 5, tandis quelaphényluréthane dérivée de l'alcool cam-
phopropanolique constitue des aiguilles blanches et fines fondant à 117°-
117°, 5, Le mélange des deux cristaux possède un point de fusion infé-
rieur.
Une différence plus considérable se manifeste dans le pouvoir rotatoire
de ces deux phényïuréthanes isomères. Celle se rattachant à l'alcool dérivé
SÉANCE DU 20 MARS I922. 789
des deux olides, fondant respectivement à i^i'' et 117°-! 18°, possè<le le
pouvoir rotatoire moyen [a]„= + 44°j45, tandis que l'uréthane obtenue
avec l'alcool isomère, de point de fusion ioo°-ioi°, a une rotation spécifique
de[a]o+5«47'-
En résumé, des recherches que nous venons d'exposer on peut tirer les
conclusions suivantes :
1° Les deux propanol-2-camphocarbonolides fondant respectivement à
i4i'^ et ii7''-ii8°, dérivés des allylcamphocarbonates isomères, possèdent,
la première, la configuration d'une molécule cis-trans, et la seconde celle
d'un composé cis-cis.
2*^ Cette différence de configuration ressort du fait que l'olide du point
de fusion 141" fournit un acide propanolcamphocarboniqueisolable comme
tel, tandis que son isomère fondant à 117°-! 18° n'est pas susceptible de
donner naissance à un acide alcool stable, celui-ci se lactonisant aussitôt mis
en liberté de son sel de sodium. L'attitude différente des deux olides nous
a fourni un moyen de les séparer, la première (F. i4i°) à l'état d'acide
propanol-2-camphocarbonique et la seconde à l'état d'olide primitive
(F. ii7°-ii8°).
3° La troisième olide (F. SQ^-go**), (jui semble dériver de l'olide
(F. i4i**)) soumise au même traitement que ses isomères, a fourni un
second acide propanolcamphocarbonique (fl) différant du composé a et par
son point de décomposition (ii5°-i2o'') et par le camphopropanol solide
(F. loo^-ioi") auquel il donne naissance. La phényluréthane de ce dernier
alcool se distingue également de celle de l'alcool isomère et par l'habitus
de ses cristaux et par son pouvoir rotatoire.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Lc théorème de Cauchy sur l'intégrale d'une
fonction entre des limites imaginaires. iNote (') de M. G. jMittag-
Lefflek. ^
Les restrictions du théorème général que j'ai donné dans les Comptes
rendus {i. 173, 1921, p. io4i), théorème d'où découlent les théorèmes de
Cauchy et de Laurent, n'ont ^^as été exprimées d'une manière assez précise.
Elles doivent être modifiées de la manière suivante.
11 suffit de poser
/(,r) = .rF(./); j- ^ p e'^
et d'assujettir y( a;) à la condition :
(') Séance du 6 mars 1922.
79»
ACADEMIE DES SCIENCES.
A', /{-r) est uniforme et continue pour tout domaine appartenant à E;
puis, eu posant
,, /(p, g'-.) — /(o r'-t) - /(p e">) - /(p e^n _
• (o.-p)'''"' pCe-'-e'") ~'^'
il suffit dé' supposer que p f'", p, e"', p t^"' appartenant à E, il correspond à
tout nombre positif s, arbitrairement petit, des quantités positives g et ô,
telles que
tant que -
Ipi— PI<''^' i '":— '•1<''^i- • ^
Le (héorème de Caucliy découle de ces deux suppositions.
On voit que réj^alité B peut être transformée dans Tégalité suivante :
/(pi^'":0— /(pg") _ /(pp"-.)-/(pe'>) _ ^^^ (p,-p)e'-^
p , r"' — p :'"' p ( r'"'> — f.'''' ) p 1 r-""' — p e'"
ou
(pi — p)e"
tant que
Posons alors
C. (r()u'il coiTespond à
Pie"' — pe" I ' '
lp,-p|<ô, h',-f|<o,.
/(pe-.)-/(?'"0
p(e''"'— e-'")
une quanlité/,'(p{'") donnée d'une manière univoque et telle que
p(e'"''— e"^]
fUpe'n
<^ i
dès que h', — <^ | <C «5, . »
On oblient. dans ce cas,
/(pie'"')-/(pe''')
p, r"''-^ ,ot''
■.^:(?''^")
<5S.
ou
1 ). « l'>n mettant
|pi— p|<0, |C, — l|<Oi.
.r = pi'""', A := Pi^" ' — p^'"''
il correspond par conséquent, r appartenant au domaine E, à chaque
nombre z un autre nombre positif /] tel que
/(a+/0-/(.r)
//
tant que |/.K "/;. »
I
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 791
Les conditions A, D sont celles admises, en général, comme conditions
de Cauchy.
Ma démonstration, qui suppose les conditions A et B au lieu de A et D,
fui publiée 27 ans avanl celle de M. Goursat qui, de son côte, au lieu de 1),
présume seulement
. lin, f^--^"l-f^-^^ =/■(,,,
1 // 1 = 0 "
pour chaque point a? de E. »
La condition E de M. Goursat n'implique pas ma condition B, mais
celle-là, d^un autre côté, n'embrasse pas la condition E.
CHIMIE VÉGÉTALE. — A propos des cfjlorescenccs duV\\ioàym.e\\rA palmata;
présence d'un œylane chez les Algues jloridées. Note de MM. C. Sauvageau
et G. Dexigès.
De toutes les Algues fforidces qui entraient jadis dans l'alimentation des
habitants des contrées septentrionales, le Rhodymenia palmata fut l'espèce
la plus appréciée. Ses propriétés digestives ne peuvent être comparées à
celles du Garragaheen, ou des autres Floridées qui fournissent une phyco-
colle, puisqu'une donne pas de matière gelable après ébullition dans l'eau;
elles ne peuvent être les mêmes que celles du Dilsea edulis, souvent employé
aussi, sinon confondu avec lui, dont les cellules sont bourrées d'amidon, car
on n'y voit pas d'éléments figurés de réserve.
Slenliouse, reprenant en 1844 le^ observations de daullier de Claubry (^), trouva
de la mannile chez les sept Fucacées et Laminariacées examinées; l'anique Floridée
étudiée, \e R. palmata récolté sur les côtes britanniques, en renfermait aussi, eh pro-
portion intermédiaire entre celle de VAlaria esculenla et celle du Fucus vesicu-
losus. Cependant Kjlin, qui a vu de la niannite chez presque toutes les Algues?
brunes où il l'a cherchée, n'a pu la mettre en évidence chez aucune Floridée; par
contre, quatre Floridées, récoltées en juillet sur les côtes suédoises, renfermaient,
selon lui, dii tréhalose en proportion variant de 14,8 pour 100 du poids sec, chez le
/?. palmata^ à î pour 100 chez \e. Furcellaria fastigiala. Ce sucre n'avait jusqu'alors
été signalé chez aucune Algue. Toutefois l'auteur n'a pas, à proprement parler, isolé
ce tréhalose; il en a déduit la nature par le pouvoir rotatoire de la solution en expé-
rience, par la dffficulté de Thydrolyser, et par la non-formation d'une osazone avant
hydrolyse; il en a fait le dosage par Ja mesure du pouvoir rotatoire avant et après
(') Bibliographie //* C. Sauvageau, lJUlisaJ,ion des Algues marines, V^s\cyc\o\>^à\^
scientifique de Doin, Paris, 1920.
'jgi ACADÉMIE DES SCIENCES.
hydrolyse, et en admettant que la solulion ne renfermait aucune autre sorte de sucre.
Cette méthode indirecte n'est pas à Tabri de toute critique.
Ayant employé des matériaux frais, Kylin ne nous renseigne pas sur la nature des
efflorescences du R. palniata auxquelles les Islandais trouvent un goût douceâtre. Et.
si la détermination de Kylin était exacte, cette saveur pourrait être due au tréhalose,
à moins toutefois (|ue celui-ci ne se transforme en mannite, pendant la dessiccation,
comme Bourquelot Ta constaté chez divers Champignons.
Le R.palmata que nous avons étudié provenait de RoscofT; nous en avons
récolté pendant deux étés, et la Station biologique nous en a expédié à
diverses saisons. Séché au soleil ou à Tombre, il nous a fourni de très abon-
dantes effloi^escences de chlorure de potassium, mais jatnais de mannite ni
de tréhalose; la sortie du KCl commence promptement, parfois dès le len-
demain, et elle peut se continuer durant plusieurs mois; la plante ainsi
séchée reste souple. Puis, croyant imiter le procédé employé par les Islandais
dans la préparation du « sol », nous avons laissé dans l'eau douce durant
im, deux et trois jours, en juillet et en aoiit, du R. p aima la fraîchement
récolté; la plante ainsi lavée a perdu tout son KCl; elle sèche rapidement,
devient raide, de consistance parcheminée, mais ne produit plus aucune
cfflorescence. Depuis, nous avons appris, par l'algologue Helgi Jonsson de
Reykjavik, que la préparation du « sol », loin de comporter un lavage,
demande même la préservation de la rosée si une journée ne suffit pas à sa
dessiccation. Le sol est une marchandise devenue rare, car les Islandais en
ont perdu l'usage; M. J(')nsson a néanmoins pu nous en envoyer un paquet
obtenu d'un commerçant d'Eyrarbaki; la plante était garnie de cristaux
de KCl (moins abondants toutefois que sur nos exemplaires de RoscoiV) et
d'une moindre quantité de cristaux de mannite plus petits et plus adhérents.
Le goût particulier de la « hneita » est donc dû au mélange de mannite et
de KCl. La présence de mannite, indiquée par Stenhouse, dépend vraisem-
blablement des localités où eut lieu la récolte; nous avons déjà constaté un
phénomène comparable à propos des efflorescences des Cystoseira (' ).
Cependant, des /?. palmaf a jeunes, adultes ou âgés, que nous avions fait
(') C. Salvageau et G. Denigès, Sur les efflorescences des Algues' marines du
genre Cystoseira [Comptes rendus, t. 173, iQ'îi, p. it'^g)- Le Rhodymenia renferme
une quantité considérable de KCl; ainsi, la plante récollée à la fin de novembre, après
avoir fourni des efflorescences de KCl représentant 6 pour loo de son poids sec (à io5°),
en renfermait encore :î5 pour loo, soit en tout 3i pour lOo. proportion égale à celle
que nous avons citée chez le Cyst. concalenata : des exemplaires récollés à Roscoff
en mai, et ceux d'Eyrarbaki, dont les efflorescences n'ont pas été pesées, en renfer-
maient, les premiers ^5 pour loo, et les seconds g pour mo environ.
SÉANCE DU 20 MARS I922. 798
sécher à Roscoff, ou bien que nous avions reçus en vrac en bon état de fraî-
cheur, traités selon la méthode de Bourquelot, ne nous ont donné ni
mannite ni tréhalose ('). Nous avons alors cherché ces principes, sans phis
de succès, dans un envoi de R. pnlmald fructifié, récolté en novembre et qui,
selon nos indications, avait été mis aussitôt dans l'alcool à 94"; aucune
cellule végétative ne présentait d'amidon, tandis que l'iode colorait les
tétraspôres en brun acajou d'autant plus foncé qu'elles étaient plus près de
leur maturité.
Or, un peu avant les Mémoires de Kylin, M'"** Swartz, étudiant la diges-
tibilité de diverses Algues, expérimenta sur du R. palmata acheté aux
Etats-Unis et en retira un pentosane, soluble dans l'eau chaude, qui dis-
paraît en presque totalité dans le tu])e digestif de l'homme. Nous nous
sommes servi de la conserve alcooUque ci-dessus pour rechercher ce pen-
tosane en suivant point par point le laborieux mode opératoire méticuleu-
sement exposé par M™^ Swartz; or le pentosane obtenu par nous et l'osazone
de son produit d'hydrolyse (point de fusion vers 132°) ont tous les carac-
tères qu'elle a mentionnés.
(') Em. BoLRyuELOT, Les liydraLes de ciubone cliez les Champignons (Bull. Soc.
niycol., t. o, Paris, 1889, et Volumes suivants). Nous avons fait des essais comparatifs
avec du tréhalose pur, préparé par Bourquelot et dû à l'obligeance de M. Bougault;
Tun de nous, qui s'occupait plus particulièrement du côté chimique de cetie Noie, a
trouvé un procédé grâce auquel la caractérisation microscopique du tréhalose devient
aussi facile que celle de la mannite. L'artifice de Bourquelot. surtout employé pour
permettre ultérieurement la cristallisation d'une masse importante de solution sucrée,
et consistant à déposer une goutte de cette solution concentrée sur une lame de verre
préalablement frottée avec un cristal de tréhalose pur, se prête mal à une caractérisa-
tion microchimique nette de ce sucre, les cristaux obtenus sur la lame étant confus et
enchevêtrés. L'emploi de l'acétone avec la technique suivante résout la difficulté.
Une gouttelette de la solution à essayer est évaporée à une très douce chaleur sur
lame de verre, en s'arrètant avant dessiccation complète que la chaleur propre de !a
lame suffit à parfaire. 11 reste un résidu amorphe ayant, même avec le tréhalose pur,
Taspect d'un vernis, que l'on raye dans tous les sens avec la pointe effilée d'un agita-
teur portant une trace de tréhalose cristallisé; s'il renferme de ce sucre, il s'opacifie
en passant de l'état vitreux à l'état cristallin, mais des cristaux nets ne sont pas encore
apparents. Pour les mettre en évidence, on dépose, sur le résidu opacifié, une goutte
d'acétone qu'on laisse évaporer et l'on répète cette opération au moins trois ou
quatre fois. Finalement, la préparation présente de nombreux et volumineux hexaèdres
et octaèdres, d'autant plus apparents que la masse à identifier est plus minime. Celte
réaction, des plus sensibles, nous eût permis de démasquer le tréhalose si le /?. palmata
de Roscofi' en avait renfermé.
794 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Rappelons que sa technique consiste, essentiellement, à soumettre l'algue
à l'action de l'eau bouillante pendant une douzaine d'heures, à concentrer
jusqu'à consistance sirupeuse le produit de décoction et à verser le sirop
obtenu dans trois fois son volume d'acétone. (Jn purifie le précipité formé
par l'alcool bouillant, puis par l'éther, et on le dessèche dans le vide. L'opé-
ration totale répétée sur le produit sec fournit, finalement, une jtoudre
d'un blanc crème, offrant la réaction des pentosanes de Salkowski (préci-
pité blanc floconneux par la liqueur de Fehling ) et donnant, par distilla-
tion en milieu chlorhydrique, du furfurol mélangé de 5 à 6 pour loo de
méthylfurfurol (jui indique le mélange d'une petite ({uantité de méthyl-
pentosane.
jyjme Swartz n'a point déterminé la nature du sucre réducteur pentosique
qu'elle a obtenu par l'hydrolyse de son penlosane; allant plus loin qu'elle
dans cette voie, nous l'avons identifié avec le xylose par les caractères de
son osazone et surtout par la formation de xylonobromure de cadmium.
L'aspect microscopique des cristaux obtenus, aiguilles groupées en masses
sphéroïdes radiées et surtout lamelles losangiques très allongées bien carac-
téristiques,, et leur formule chimique (C^H^O'' — Cd — Br) h- H- O,
cadrent, en effet, avec ceux du sel dont G. Bertrand a si ingénieusement
appliqué la formation à l'identification du xylose. Le pentosane du
R. palmala est donc un xylane; jusqu'à présent, ce corps n'avait jamais été
signalé chez aucune Algue; on le rencontrera sans doute chez d'autres
Fioridées.
Nous n'avons pas encore identifié le méthylpenlosane mélangé au xylane,
mais il n'est point téméraire de penser que le méthylpentose qui en dérive
par hydrolyse puisse être l'origine de la mannite trouvée, dans certaines
circonstances, et dont il ne diffère que parles éléments d'une molécule d'eau,
dont la fixation, si elle n'a pu être réalisée in vi/ro, n'est peut-être point au-
dessus des ressources de l'activité cellulaire. Du reste, l'absence de groupe-
ments hexosiques, en quantité appréciable, dans la r('serve hydrocarbonée
du /?. palmata ne permet guère d'autre interprétation.
M. Emile Borel offre à l'Académie un Livre qu'il vient de faire paraître,
intitulé : l'Espace et le Temps. Ce Livre est une introduction élémentaire
aux Ouvrages didactiques sur la théorie de la relativité; il est inspiré par
l'idée que la meilleure manière de faire avancer la Science n'est pas d'adopter
vis-à-vis des théories d'Einstein une attitude négative. Quelque part de
SÉANCE DU 20 MARS 1922. ' ygS
vérité que puissent renfermer certaines objections théoriques, un fait prime
en effet toutes les contestations : Einstein, non seulement est allé plus loin
que la physique du xix^ siècle dans la coordination des phénomènes connus,
mais il y a ajouté la prévision de phénomènes nouveaux, prévision jusqu'ici
sanctionnée par l'expérience. Même si, en utilisant ses travaux, on arrivait,
par quelque artifice analytique, à coordonner les résultats anciens et nou-
\eaux en prenant comme point de départ les méthodes de la physique du
xiK^ siècle, cela ne suffirait pas àppouver la supériorité de ces méthodes
anciennes sur les méthodes nouvelles, puisque ce serait seulement après
coup qu'on aurait réussi là où les plus éminents savants du xix^ siècle avaient
échoué. C'est seulement le jour où, en partant de principes différents, on
arrivera à prévoir de nouveaux phénomènes tout en coordonnant aussi bien
les phénomènes connus, que ces nouveaux principes devront s'adjoindre à
ceux d'Einstein ou les remplacer s'ils ne peuvent s'y adjoindre sans con-
tradiction.
L'auteur serait heureux si ce petit Livre pouvait contribuer à faire
disparaître quelques-uns des préjugés qui subsistent encore contre les
nouvelles théories. La discussion des points encore obscurs et le développe-
ment de la théorie dans des directions diverses constituent en effet une
tâche assez grande pour qu'il soit désirable de ne pas accroître encore cette
tâch« en imposant aux relativistes la réfutation continuelle d'objections
futiles.
M. G. BiGouRDAx fait hommage à l'Académie d'un Ouvrage qu'il vient
de pubher sous le titre : Gnomonique ou Traité théorique et pratique de la
construction des cadrana solaires^ suivi de Tables auxiliaires relatives aux
cadrans et aux calendriers.
NOMIiVATIOIVS.
MM. FouRNiER et Favé sont désignés pour représenter l'Académie.à Ja
réunion d'été que V Institution of naval cnxhitects tiendra à Paris les 4, 5 et
G juillet i(>'2 2.
796 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PRESENTATIONS.
Pour Ja première ligne de la liste de candidats à présenter pour la chaire
à' Histoire naturelle des corps organisés^ vacante au Collège de France,
M. André Mayer obtient 45 suffrages, contre l\ à M. Maurice Doyen.
Pour la seconde ligne, M. Maurice Doyon réunit l'unanimité de 44 suf-
frages.
En conséquence, la liste présentée à M. le Ministre de Flnstruction
publique comprendra :
En première ligne M. André Mayer
En seconde ligne M. Maurice Doyon
CORRESPOIVDAIVCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Le principe de relativité et la théorie de la gravitation. Leçons professées
à r Ecole Polytechnique et au Muséum d'Histoire naturelle^ par M. Jean
Becquerel. (Présenté par M. Emile Borel.)
2" Jacques Pellegrin. Les Poissons des eaux douces de r Afrique du Nord
Jrançaise^ Maroc, Algérie, Tunisie, Sahara. (Présenté par M. E.-L. Bouvier.)
S*' ^ova Caledonia. Recherches scientifiques en Nouvelle-Calédonie et aux
îles Loyalty : Botanique, rédigé par Hans Schinz et A. Guillaumin. Vol. I,
Livre III. (Présenté par M. le Prince Bonaparte.)
4** Les régions polaires pendant la guerre, par Charles Rabot, précédées
des Rapports sur les récentes expéditions norvégiennes au Spitzbrrg (191g-
1921), par Adolf Hoel. (Présenté par M. Ch. Lallemand.)
5** Société de Chimie physique. Recueil des Procès- Verbaux des Communica-
tions scientifiques /ailes devant la Société depuis le 8 décembre igo^jusqu^au
24 juin I9i4' Publié à la mémoire des membres de la Société morts pen-
dant la guerre 1914-191-8. (Présenté par M. G. Urbain.)
SÉANCE DU 20 MARS I922. 797
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la détermination des équations différentielles
du second ordre intégrables par quadratures. Note de M. Jules Drach.
11 s'agit ici des équations de la forme
(.) y'=R(y), »" / = ^' /'=£^''
et où R désigne une fraction rationnelle de y' dont les deux termes sont de
degré donné en y', leurs coefficients étant des fonctions quelconques
de X et y. Les cas de réduction les plus importants sont ceux où l'équa-
tion (i) possède une intégrale première algébrique (par suite rationnelle)
en x', soit 9 = R,(r'), et où l'équation dy — y' dx = o correspondante est
aussi susceptible de réduction. Cela exige (jue, pour l'équation
^ ' dj; oy
l'un des éléments
ou i = ]'\>, y\, soit rationnel en y'. Il faut y joindre le cas où l'on peut
ajouter une relation -^ — p^==o, où p est rationnel (ou algébrique
à deux valeurs) en y'; .j; étant donné par un système complet aux
variables x, y, cp.
Lorsque 'J>, K ou J sont rationnels en y', (i) peut s'intégrer par des
quadratures. J'ai réussi à former explicitement les types des équations (t)
qui présentent ces réductions.
L La méthode sera précisée dans l'hypothèse où 9, intégrale première
de (i), est entière en y :
'.•;-.l
(2) (^^a^y^-^-a^y
et de degré minimum, de sorte que j^ et ^ "•" T?/ ^^^^ ^^"^ diviseur
commun en j'.
Si l'on suppose que ->[/ est aussi un polynôme entier en y', de degré
m= {n -hp) :
t\> — boy"" + b, y'"--' + . . . + b„„
on aura à satisfaire à l'identité en y' :
yç)8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
C'est le système (I) d'équations aux dérivées partielles pour les a et les b
que l'on va intégrer : Un changement de la fonction j, donné par une qua-
drature partielle, et un autre : a?, =:/(^), de la variable, permettent de
poser
«g— I, ba= X (ou />„== i)
et donnent la condition immédiate
/nvoi — n(y -h bi) =z\(x).
Et) observant ([ue
où A est un polynôme de degré p, on aura (n — i) conditions algébriques
entières entre les a et les />, exprimant cette divisibilité.
Une intégrale est définie par
A(À)=.o, '|(}i) = C m: const. ;
elle exprime que l'équation '\>{y') = C possède une intégrale singulière.
Les intégrales qui manquent résultent de l'expression
•^ ày dy
Si Ui désigne l'une des (m — i ) racines de K(j') = o, on a
d;(a/) = F,(cp,), A(/^)=: f— ^^ avec q(«/) = 9/,
où les F/ sont des fonctions arbitraires. Ces o-, sont ici les variables caracté-
ristiques ci' Ampère du système (-).
Il n'y a pas de difficulté à traiter le cas où Iv a des racines multiples.
II. Précisons également la méthode lorsqu'il existe pour dy — -/ d.r== o
où
(2) cp=j'" + a,j'«-' + ....4-r^,— (v'-/J., )...(/' -,aj,
une intégrale ]/ avec un multiplicateur K de la forme
OÙ les [3 sont rationnels, positifs ou négatifs (ou même quelconques, ce qui
correspond à J ratioimel en j'). Les racines de -y-^, = o sont des pôles pour
do'
La résolvante en K s'écrit :
l'intégrale ,
SÉANCE DU 20 MARS 1922. . 799
<)o
et les racines de ~ = o ne peuvent rendre K nul ou infini. Pour intéerer
le système (H) correspondant on observera qu'on peut prendre K„ = i et
ensuite : 1° que o(b-) == ([};=: const. est l'intégrale de j'— A/=o; 2° que
pour une racine to, de ^, = o, ©(w,) = 0,= const. est l'intégrale de
dx m o.
Enfin, on a entre les u.,- et les b la relation
■ Ceci conduit à ijitroduire explicitement, comme variables indépendantes
les caractéristiques d' Ampère qui sont ici o, et <I>/. En posant ia, = <I>, on
exprime les a et les co algébriquement en o,, <I>; les b^ au moyen de o,, <l>i
puisque $ est algébrique en o;, $/. Si l'on écrit alors
/M, /^AI>, A, d(Di \
d'lj = K(dY-y'dœ) = il[-^ — r^4-...4- ,' ■' +... K
où
o = K(/ - /.,) ...(/- b.,) (/- o„ ) . . . (/_ r^„_,),
on exprimera que d'\/ est une différentielle exacte en o,, <P,. pour v' donné
par (2 ) : cela exige
OÙ 6 est la solution générale d'un système d'équations de Laplace (T ), solu-
tion qu'on obtient par des quadratures en partant de la solution, qui dépend
du paramètre o :
U ne reste qu'à établir entre les variables 9,, tl>yt, a' et y autant de rela-
tions ([ue d'éléments. Ces relations sont les intégrales des combinaisons
intégrables, que l'on obtient aisément, du système aux différentielles totales
obtenu en identifiant les deux formes de d'\^.
La méthode indiquée est l'extension naturelle de celle qui m'a servi déjà
à former les intégrales premières rationnelles des équationsj" = F(j-, r)
et de l'équation différentielle des lignes géodési([ues. Elle sera développée
ailleurs, avec ses conséquences relatives aux transformations de contact
en ce, y, y' .
8oo ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la iransformalion des substitutions ration-
nelles en substitutions linéaires. Note de M. Gaston Julia.
1. Z, = R(Z) étant une substitution rationnelle donnée, on cherche une
fonctiony(:;) satisfaisant ày'[S(-)J = H[/(z)], S(r) étant une substitu-
tion linéaire. Si l'on ne s'astreint pas à la considération des points doubles
de [Z| R(Z)] [laquelle donne naissance à des fonctions connues], il y a une
infinité de manières de résoudre le problème, comme M. Picard l'a indiqué
dans plusieurs Mémoires. Voici une nouvelle méthode pour traiter la ques-
tion. On part d'une petite courbe C du plan Z (premier feuillet) limitant une
aire (C) ne contenant aucune racine de R'(Z) = o, pour simplifier. Lorsque
Z la décrit dans le sens positif Z, = R(Z) décrira dans le sens positif une
petite courbe C,, limitant une aire (C,). On suppose C et C, extérieures,
ce qui aura toujours lieu si C est assez petite (') et n'entoure pas un point
double de [Z|R(Z)]; de plus l'aire C, est supposée portée par un deuxième
feuillet, relié au premier par une ligne de croisement intérieure à G,. La
partie du premier feuillet extérieure à C, avec celle du deuxième intérieure
à C,, forme une surface de Riemann i^o à deux contours G et C, dont la
connexion est celle de l'aire latérale d'un cylindre de révolution. [On aurait
pu aussi bien {^) supposer G, sur un /i'*-"" feuillet, les 2'^"% 3""'% ..., (^ — i)''"'*
feuillets étant des plans entiers, chacun d'eux relié au précédent par une
ligne de croisement, le (/z — ly*"» relié à l'aire (G,) du /z'*"" par une ligne de
croisement intérieure à C,.] Lorsque Z décrit So? Z» = R(Z) décrit une
aire '^^, de même connexion que I^,, qui s'ajuste à lo le long de G,,
Z2 = R(Z, ) décrit Z2 qui s'ajuste à I, par une courlje G2, etc. A la limite,
la surface il = Zo H- 2, 4- -^ + ••• aura la connexion d'un cylindre de révo-
lution illimité dans un sens. Elle sera représental)le conformément sur un
anneau circulaire (y, y') par une fonction '( = 9(Z), qui à G fera corres-
pondre un cercle y, et aux courbes G,, G., ... qui morcellent - fera corres-
pondre des courbes y,, y., ... parcourant l'anneau (y y') et tendant unifor-
mément vers le cercle intérieur y' pour n = oc. Les aires S^, S,, i^o, ... ayant
le même module de représentation conforme^ le cercle y' devra se réduire à
un point O centre de y.
(') La supposition que G est assez petite n'intervient que pour simplifier l'expo-
sition.
(-) La supposition essentielle est que io> limitée par G et Cj, ait la connexion d'un
cylindre fini.
SÉANCE DU -20 MARS 1922, 80I
Deux points Z et Z, qui se correspondent sur ï par Z, = lv(Z ) sont trans-
formés en deux points Z — o(Z) et "C, — 9(^-1) intérieurs au cercle 7 et 7^ o
qui se correspondent analytiquement. La correspondance analytique
Z^ = '^'C^) doit conserver l'origine "C = oet par suite elle s'étend à Voriginc :
•|((C), holomorphedansy, nul pour ^ = 0, transforme l'aire (y) en l'aire (y,)
complètement intérieure à (y) et la correspondance est biunivoque; donc
|f(o) = cr|<i.
Mais on sait qu'il existe une fonction s = 0(«Ç), liolomorphe dans (y),
|0(o) = o, O'(o) = i], telle que G ['|( r j] = crO( (I) et comme r = '];_, CC,)
[fonction inverse de '\>CC)\ est holomorphe dans (y,), "C = '^-<(-) sera une
fonction holomorphe de z dans l'aire simple (3) que décrira z quand
C décrira ( y ).
En définitive, à Z etZ, de i correspondront :; et j, de {Z ) liés par la
relation z^ = 'JZ. La fonction z = H[^{Z)\. uniforme sur I, représente
d'une manière conforme ii sur( z )de façon que z^ = 0[o( Z, )] = az. Inver-
sement,* Z zz^ f(z) sera uniforme et méromorphc dans z et telle ([ue
f{^z)^K{f{z)-\ et l^|<i;
seulement :; = o sera point singulier essentiel de f (z ) . En posant z = e", la
fonction /(e~") = F(w) admet la période i-i^ est méromorphe dans un
certain demi-plan cil(M)^a et l'on a
avec w = — loger. Cette fonction est une de celles qui ont été signalées par
M. Picard. Elle dépend de la formation de ï„ qui renferme une large part
d'arbitraire.
Si C était un petit cercle entourant un point double répulsif et C, sur le
même feuillet que G de façon que -0 •^'^^^ simplement Vanneau (C^ C, ), on
retrouverait pourri z) les fonctions de Poincaré.
2. On a ainsi résolu le problème suivant : Représenter conformément Iq,
limitée par deux contours CetC^, qui se correspondent d'une façon biuni-
voque et analytique par Z, = R( Z), sur une aire plane annulaire limitée par
deux contours ô et c, qui se correspondent linéairement par z ^=^ '7z : On a
linéarisé la substitution entre les contours.
La résolution du problème particulier de l'aire à deux contours sert à
traiter le problème plus général suivant :
Étant donnée une aire limitée par 2/> contours qui se correspondent deux
à deux d'une façon biunivoque et analytique, la représenter conformément
c. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 12.) ^9
8o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sur une aire plane à ip contours de façon que les/? suljstilutions analy-
tiques entre les contours deviennent linéaires. ( Voir les travaux de
M. Koebe. )
. 11 est en particulier possible de linéariser simiiUanémenl p substitutions
rationnelles quelconques. Décrivons, sur un premier feuiltet, p petits contours
deux à deux extérieurs C,, C,, ..., C^; leurs p transformés C, , C, ..., G],,
respectivement par [Z|R,(Z)], [Z| R^^Z)], ..., [Z | Il/,(Z)] seront supposés
tracés sur un 2% un 3®, ..., un (p h- ly^^^^ feuillet; les aires ( (1, ), ..., (C^,),
(C'j), .,., (C^j étant supposées deux à deux extérieures, on reliera
(C, ), ..., ( C^J au premier feuillet chacune par une ligne de croisement inté-
rieure; on aura ainsi une aire Z^ limitée par C,, G., ..., G,,, G,, G'^, ..., G',.
qui a même connexion qu'une aire plane contenant le point à l'infini et
limitée par ip contours intérieurs. Il est possible de la re])résenter, par
z = a)(Z), sur une telle aire cr„ limitée par y^, y^^ •••^ Y/;' T, ' Y^' T/>- ^^ ^^
telle façon qu'aux couples |Z, R/(Z )] décrivant G, et G) correspondent
des couples | :;| S/( ^ ) | décrivant y, et y/. S, étant une substitution linéaire.
Z = /( ^ K fonction inverse de 9(Z), sera uniforme et mèromorphe dans
Faire cto à ip contours, et elle vérifiera les/) équations fonctionnelles
/[S,(..)]=:R,[/(::)] (^-=1,:., ...,/>),
ou S,U)= '-^^
y,z +0.
/( 2 ) sera encore mèromorphe dans tout le domaine déduit de g-^ par les
substitutions qui sont des proauits de puissances entières positives des S,. On a
ainsi pour /"(r ) un domaine d'uniformité limité par une infinité de courbes
déduites des y,, y', par les substitutions précédentes. Si Ton opère des sub-
stitutions où entrent comme facteurs des puissances entières négatives
des S,, /"(;) cesse en général d'être uniforme. Le groupe engendré par les
p substitutions S, et leurs inverses est kleinéen. c-„ est son domaine fonda-
mental; mais on ne choisira dans ce groupe que les substitutiojis dont tous
les facteurs ont des exposants positifs ou nuls pour étendre de façon cer-
taine, à partir de o-„, le domaine où/( z ) reste uniforme.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur l'intégrale dé/inic et la mesure des ensembles.
Note de M. Stoïlow.
I . L'intégrale de Lebcsgue
/ f{x)dx
SÉANCE DU 20 MARS I922. 8o3
exprime la mesure superficielle de renseinble de points du plan xOy dont
les coordonnées satisfont à
[cette dernière inégalité étant remplacée par l'inégalité inverse si /'{-x) <^ oj.
Je vais montrer ici que Ton peut exprimer par une intégrale simple con-
nue (i) la mesure superficielle d'un ensemble quelconque à deux dimen-
sions, mesurable au sensde Borel-Lebesgue. On pourrait étendre facilement
le raisonnement au cas des ensembles à n dimensions et exprimer leur
mesure par des intégrales n — i fois multiples.
2. Disons qu'une propriété a lieu sur presque toutes les droites parallèles à
une direction^ si les parallèles où elle n'est pas vérifiée coupent une transver-
sale (par exemple l'un des axes des coordonnées) suivant des points dont
l'ensemble est de mesure linéaire nulle.
Si un ensemble E, formé de points du plan xOy^ est mesurable super-
ficiellement, il est mesurable linéairement sur presque toutes les droites
parallèles à une direction donnée quelconque, c'est-à-dire que les
ensembles E^,/,, partie commune entre E et la droite (f/) sont presque
tous mesurables.
Considérons en efYet toutes les droites parallèles (<^) qui contiennent au
moins un point de E. Si E est mesurable, il existe un ensemble fermé F
contenu dans E et tel que E — F est de mesure extérieure plus petite que £%
aussi petite que soit la quantité positive z. Soient Ey et F ,/) les parties
communes de E et de F avec la droite (û^).
On peut montrer que si E — F< £- les droites (<^/), où l'on aE.,/) — F,,^; >£,
coupent l'un des axes en des points dont l'ensemble est de mesure linéaire
inférieure à i.
En faisant tendre F vers E, les droites {d) où E^^ — F,/; ne tendra pas
vers zéro couperont l'axe en un ensemble de points de mesure linéaire
nulle.
3. Pour mesurer E on pourra donc faire abstraction des ensembles E,/
où E^,/;— \\,i, ne tend pas vers zéro ave £, c'est-à-dire où E ^^ n'est pas
mesurable linéairement.
Soit alors T l'ensemble des points où les droites {d) coupent l'axe. Il y
aura dans T un ensemble de mesure nulle correspondant aux E,^, non
mesural)les. Le reste de T pourra se partager en deux ensembles : l'un sera
la projection de la limite des F croissants et tendant vers E, l'autre sera la
projection de certains E,„ de mesure linéaire nulle. Le premier sera néces-
8o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sairement mesurable, l'autre pourra ne pas l'être. Il est clair que l'on
pourra faire abstraction de tous les points de E qui se projettent suivant ce
dernier ensemble, quand il s'agira de mesurer E. On pourra donc rem-
placer E par un ensemble E,, limite des ensembles fermés F qui tendent
vers E.
4. Soit F un ensemble fermé quelconque. 11 pourra toujours être consi-
déré comme limite d'aires à contours élémentaires et il est aisé de se rendre
compte qu'une telle aire, et par conséquent la mesure de F, peut s'exprimer
par l'intégrale
(2) ■ I nia)dl
où mÇ^) désigne la mesure extérieure linéaire de la partie commune de F et
de la droite x =:^. Il en serait de même de la mesure de E, .
D'autre part si l'on envisage l'intégrale (2) pour l'.ensemble E, il est clair
que la contribution de la partie de E qu'il faut négliger pour avoir E, est
nulle dans cette intégrale. Donc rintégrale (2) appliquée à l'ensemble E
exprime la mesure de ce même ensemble.
5. il est à remarquer que m(^) est toujours positive ou nulle. Pour que
la mesure de E soit nulle, il faut donc que la projection de E sur un axe
soit de mesure nulle, ou bien que m(^) = o, pour « presque toutes les
valeurs de ^ ». Les ensembles dont toutes les projections sont nulles, dont
je me suis occupé dans une Note antérieure ( ' ), satisfont évidemment à la
fois à ces deux conditions. On pourrait donc dire que la mesure de ces
ensembles est doublement nulle, mais tous les ensembles de celte espèce
n'ont pas toutes leurs projections nulles.
ASTRONOMIE. — Sur les observations de l'éclipsé partielle de Soleil du
i^' octobre 1921, faites à Buenos- Ayres ( République Argentine). Note de
M. J. Ubach, présentée par M. Bigourdan.
Avec un équatorial Zeiss (objectif i3o°'™, d. f. 235^™), je pris à
\ illa Devoto (limite ouest de Buenos-Ayres) 44 mesures micrométriques
de la corde luni-solaire, à des instants déterminés, et j'observai les deux
contacts. On fit, pendant quelques nuits, de nombreuses observations pour
l'exacte détermination des constantes. Les deux chronomètres dont je me
(') Comptes rendus, t. 171, 1920, p. SSq.
SÉANCE DU 20 MARS I922. 8o5
servais furent très soigneusement contrôlés, plusieurs jours avant et après
rèclipse, par radiotélégraphie avec les signaux du Service de la Marine et
téléphoniquemcnl avec la Stalion astronomique du Bureau de Géodésie de
l'Institut géographique militaire.
Je renvoie à un autre temps le calcul des 44 mesures des cordes et ne cal-
cule actuellement que les contacts, y compris ceux communiqués par
l'Observatoire de La Plata.
Pour en tirer la correction des coordonnc'es de la Lune, il fallait comparer
les observations des contacts avec les distances, tirées des Tables, des
centres Soleil-Lune aux mêmes instants.
En conséquence on tira rigoureusement des Tables les lieux géocentriques
pour les instants observés; puis on introduisit parallaxe et réfraction et
l'on calcula la distance apparente àas centres à l'aide de la formule
(0
D = {a — y.'Y cos2-(o + 0') + {0— 0'
La distance observée, correspondant à un contact, résulte de la somme des
demi-diamètres aiïectés de la parallaxe et raccourcis par la figure elliptique
des disques, résultant de la réfraction. La valeur du raccourcissement aux
points des contacts était calculée par l'équation de l'ellipse, ce qui deman-
dait des calculs préalables, surtout de l'angle du rayon aboutissant au point
de contact, avec l'axe horizontal.
La comparaison de la distance calculée et de la distance observée a été
faille à l'aide de la diiïerentielle de l'équation (i), dans laquelle on introduisit
aussi la correction du demi-diamétre.
Par ce procédé, on a obtenu huit équations de condition, d'où l'on a tire
finalement, pour la correction des coordonnées lunaires, telles qu'elles
résultent des Tables dont se sert la Connaissance des Temps :
A\. : -h o",Gi : — Décl : H
ce qui donne
o%Gi ; — Décl : + i", 9,
9", 7 pour la correction en longitude.
PHYSIQUE. — Micromanomètre à sensibilité réglable.
Note (') de M. F. Michaud, présentée par M. E. Bouty.
L'appareil se compose de deux récipients à large surface (par exemple,
deux grands flacons à tubulure inférieure), reliés par un tube de verre de
(*) Séance du i3 mars 1922.
8o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
faible diamètre muni d'un robinet. L'ensemble est rempli partiellement
d'un liquide contenant en suspension des particules assez grosses pour
échapper au mouvement brownien. On pointe au microscope celles de ces
particules qui se trouvent suivant l'axe du tube, en visant à travers une
lamelle couvre-objet de microscope, collée sur le tube par une goutte de
baume de Canada.
Pour faire une mesure, on fait régner dans un des flacons la pression
inconnue, et l'on immerge plus ou moins, dans le liquide de l'autre flacon,
une aiguille suspendue à un fil qui s'enroule sur un tambour gradué. La
différence de niveau produite se calcule aisément connaissant la longueur
de la partie immergée de Faiguille, son diamètre et la section du récipient.
Entrouvrant alors le robinet, on juge, d'après le mouvement des parti-
cules, du sens dans lequel il faut agir sur le tambour pour arriver à l'équi-
libre.
Lorsque la communication complète est établie, la sensibilité est loo fois
plus grande que celle du micromanomètre de Henry ('). Par une journée
très calme (l'appareil est- sensible aux moindres variations de la pression
atmosphérique), à une heure où les vibrations du sol étaient réduites et
en utilisant un tube un peu large (5™™ de diamètre), pour diminuer le ralen-
tissement causé par la viscosité, j'ai pu saisir une différence de pression
de ~~ de barye, correspondant à une dénivellation de ^ de micron d'eau.
PHOTOGRAPHIE. — Sut' un nouvel obturateur crobjeclif pour la prise de photo-
graphies (lériennes œ^ec les appareils à grand foyer. Note de M. A. Guil-
lemet, présentée par M. Ch. Lallemand.
L'emploi de la photographie aérienne au levé des plans de précision et au
contrôle des indicateurs d'altitude, de direction et d'inclinaison à bord des
avions, est conditionné par la précision obtenue sur les clichés photogra-
phiques eux-mêmes.
Pour les grands oJjjectifs (foyers de o"',5o et de i'",2o), on n'a utilisé
jusqu'ici que des obturaleurs de plaques : une fente éclairante se déplace
devant la plaque, à une vitesse assez faible (temps total dépassant \ de
seoonde pour les plaques i8x 24) et surtout à une vitesse variable, le
mécanisme ne fonctionnant qu'au moment de la prise du cliché.
(') A. Henry, Comptes rendus, t, 155, 191 2, p. 1078,
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 807
On obtient ainsi le maximum de clart*': mais, par suite des déplacements
de l'avion sur sa ligne de vol pendant le temps total de l'exposition du
cliché, celui-ci peut être déformé gravement, et ne plus correspondre, par
conséquent, à une perspective géométrique du terrain.
En vue d'annuler ces déformations, j'ai elTectué en 1919 l'étude d'un
obturateur d'objectif ^ susceptible de donner une clarté suffisante et de per-
mettre l'exposition, pendant toute la durée d'ouverture, de l'rnsemble de la
plaque sensible.
Or, pour obtenir le maximum de précision et de netteté, il faut limiter
à :7^ de millimètre au maximum le déplacemenl, sur le cliché, de l'image
d'un point du terrain pendant toute la durée t du temps de pose. En expri-
mant l'altitude A en kilomètres el la vitesse v de l'avion en mètres par
seconde, on trouve alors, pour l'objectif de o™,5o :
A
loc
On est ainsi conduit à l'adoption d'un obturateur donnant des temps de
pose compris entre — ^ et j^ de seconde, ce qui implique une durée maxima
de ^ de seconde pour chacune des périodes d'ouverture et de fermeture,
afin que l'objectif reste totalement ouvert pendant une partie suffisante du
temps de pose.
On ne peut songer à réaliser de pareilles vitesses avec des pièces métal-
liques mises en mouvement juste au moment de la prise du cliché. La
solution adoptée est la suivante.
L'appareil comprend :
i** Un dispositif sélecteur laissant périodiquement passer la lumière
pendantune durée totale égale au temps de pose désiré (^ à ^ de seconde).
Ce dispositif est constitué par quatre disques mélalliques dont les plans sont très
voisins et dont l'axe commun est parallèle à Taxe optique de robjectif.
Les deux premiers disques sont échancrés chacun sur un secteur de 100" de faron à
laisser l'objectif intégralement découvert pendant les ^ du temps de pose: ils sont
animés, en sens in\erse, des mêmes vitesses angulaires \ , qui doivent être comprises
entre 5o et 100 tours à la seconde. La durée de superposition totale ou partielle des
échancrures de ces deux disques détermine le temps de pose.
Les deux autres disques, échancrés chacun sur un secteur un peu inférieur à 60",
sont respectivement animés des vitesses -r et t;-:) de sorte que l'objectif ne peut être
découvert ([ue tous les 3G tours des disques les plus rapides.
Par exemple, avec quatre disques, dont les deux plus rapides tournent chacun à
72 tours-seconde et les deux autres tournent respectivement à 12 tours-seconde et
8o8 ACADÉMIE DES SCIENCES,
1 1 ■ 1, 1 • , , I lOO 1
a 2 tours-seconde, on obtient une ouverture a une durée totale de — x —pr- = —pr-
~1 3D0 2D0
de seconde, toutes les demi-secondes.
2^ Un dispositif d'' armement très simple, qui permet d'utiliser, en temps
voulu, ou à intervalles réguliers (obturateur automatique), l'ouverture ainsi
périodiquement donnée.
11 consiste en un \olet recouvrant l'échancrure du plus lent des disques et pouvant
la démasquer en glissant dans son plan; le volet porte à cet elTet une butée qui peut
être arrêtée, soit à intervalles réguliers par l'intermédiaire d'une came, soit à volonté
par l'intermédiaire d'un ergot mobile manœuvré par un poussoir. Le disque continue
son mouvement lorsque le volet s'arrête, et l'échancrure se trouve démasquée. Au mo-
ment où l'ouverture est maxima, la butée du volet est automatiquement libérée, et le
volet est rappelé à sa position de fermeture par un ressort.
Le mouvement des organes de l'appareil est entretenu pendant toute la durée de
prise de la série des photographies^ soit au moyen d'un embrayage sur une poulie
commandée par le moteur de l'avion, soit par un petit moteur indépendant; la force
nécessaire est Inférieure à o,5 HP.
L'ensemble de l'appareil est placé dans un carter en aluminium qui peut être facile-
ment fixé à la chambre photographique (devant l'objectif), avec interjDOsillon d'un
joint élastique pour éviter la transmission des vibrations du système rotatif. Tous les
axes de rotation dont la vitesse dépasse un tour à la seconde sont montés sur roule-
ments à billes.
Dans le cas de l'obturateur automatique, on peut réglera diverses valeurs l'Inter-
valle de prise de deux photographies successives par la manœuvre d'un pellt engrenage
balladeur. Pour le régime des 72 tours-seconde déjà indiqué, les intervalles possibles
sont 8, 12 et 16 secondes.
Un appareil d'étude a donné, au cours d'essais effectués en 1921, des cli-
chés nets et suffisamment lumineux dans des conditions passables de clarté
atmosphérique, et, malgré les vibrations violentes imposées à l'ensemble de
l'appareil photographique, on n'a constaté sur les épreuves aucun flou
appréciable.
Le rendement lumineux, caractérisé par le rapport de la quantité de
lumière entrant dans l'objectif, pendant le fonctionnement de l'obturateur, à
celle qui y entrerait si l'objectif restait intégralement ouvert pendant tout
le temps de pose donné par l'obturateur, est voisin de 80 pour 100 pour les
objectifs usuels de o™,5o.
L'obturateur d'objectif peut d'ailleurs être adapté à des chambres photo-
graphiques munies d'objectifs quelconques^ le rendement lumineux atteint
alors, en régime normal :
90 pour 100 pour les objectifs de 0^,26 de foyer;
60 pour 100 pour les objectifs de i™,20 de foyer.
SÉANCE DU 20 MARS I922. 809
(iràce à cet appareil, dont on étudie actuellement l'installation à bord
d'un avion d'essai équipé en vue de la réfection du Cadastre, on est mainte-
nant parfaitement outiillé pour prendre des clichés aériens rigoureusement
assimilables à des perspectives géométriques. Cette condition devait néces-
sairement être réalisée avant la mise au point des appareils de restitution
d^une part, et des appareils de contrôle du vol en avion d'autre part.
ClKMll^ PHYSIQUE. — Spectre d'absorption de la vapeur de benzène et gran-
deurs fondamentales de la molécule de benzène. \ote(') de M. Victor
Henri, présentée par M. G. Urbain.
L'énergie d'une molécule dépend de trois sortes de mouvements : celui
des électrons, celui des noyaux atomiques dans la molécule et celui de la
molécule tout entière. La théorie des quanta appliquée à chacun de ces
mouvements conduit, pour une molécule biatomique, à une expression de
la forme
El = [B + (^//) H- />'/>* + . ..) -i- y.fj'^hc,
où B est une fonction compliquée d'un entier t, b représente la fréquence
des vibrations des noyaux atomiques, et a caractérise le mouvement de
rotation de la molécule : a = — 5-—, h est la constante de Planck 6,55. 10 -%
2 -- -3 r
c = 3.10''' et >, le moment d'inertie de la molécule par rapport à un axe
de rotation.
D'après la théorie de Bohr une molécule absoibe un quantum //v,
lorsqu'elle passe d'un niveau énergétique E, à un niveau E^ ; on obtient
ainsi, pour le nombre de vibrations d'une bande d'absorption :
(i) i. — A — B + (fl'« +«'«2 + .. .) — {bp + b' p^ + . . .) + a(7«2— ^^). . .,
n^ p, m, q sont des nombres entiers 0, i, 2, .... et en vertu du principe
de correspondance de Bohr on a
q rr m OU q ^=^ rn±^\ .
Le premier exemple de molécule compliquée que nous présentons est
celui du benzène, qui comprend 12 noyaux atomiques et 42 électrons.
Le spectre d'absorption ultraviolet de la vapeur de benzène a été étudié
(') Séance du i3 mars i9'22.
8 10 ACADÉMIE DES SCIENCES.
par un grand nombre d'auteurs; mais toutes les études faites jusquici sont
très incomplètes; en effet, on n'a mesuré que les positions des têtes de
bandes, sans jamais obtenir la structure fine des bandes.
En perfectionnant la source lumineuse, étincelle de haute fréquence
d'aluminium dans l'eau, ce qui donne un spectre continu très intense jus-
o
qu'à 7. = 1950 A; en photographiant sur des plaques Schumann ou sur des
plaques à grain très fin et couche très mince; eu étudiant la vapeur de ben-
zène dans un très bon vide sous une épaisseur de So''" et à des pressions
variant graduellement depuis o™™,oi jusqu'à 65""", nous avons pu obtenir
la structure fine des bandes et repérer ainsi plus de 35o bandes d'absorp-
tion.
Les bandes les plus fortes sont visibles déjà à la pression de o™™,oi,
tandis que les bandes les plus faibles n'apparaissent que pour la pression
de GS"""". L'échelle des intensités varie donc de 65od à i. Cette intensité est
proportionnelle au nombre de molécules qui subissent le saut d'énergie
correspondant.
Résultats. — i" Le spectre d'absorption ultraviolet de la vapeur de
benzène peut être rcprésenh' très exactement par la formule (i).
Ce spectre se compose de (juatre séries de bandes superposées, obéissant
aux: formules suivantes :
(I) y — 37703 -f-92i,4rt — (i59/?+ 2/)^) -h 2(m-— 72),
(II) y = 37 494 + 92i,4« — (i59/j-i- 2y>-) + 2(/«2— r/-^),
(III) r- = 37613 -h 921 ,4'« — ('^/^ + 2/>-) + 2(/;?2 — q-),
(IV) - = 37^26 + 921 ,4« — i66/> +2 (m- — cf).
OÙ n di les valeurs o, i, 2, 3, 4, 5, 6, 7 ; /? = o, i , 2, 3, 4, 5, G; q =■ m ou
^ = 7?z =t I et m = i , 2 , . . . , I o .
Aux huit valeurs de n correspondent huit groupes de bandes dont les
plus intenses ont les longueurs d'onde suivantes :
A = 2667; B = 2589; C=: 2528,5; 0=^2471;
E = 2415,9; ]•' — 2363,5; G = 23214, 4'' 11 = 2275,2.
A ces huit groupes de bandes correspondent les huit bandes du benzène
liquide ou dissous.
SÉANCE DU lO MARS I922. «S II
Aux différentes valeurs de p correspondent les positions des têtes de
bandes dans chaque groupe.
Enfin les valeurs de m donnent la structure fine de chaque bande.
■2" L'intensité des bandes est la plus forte pour les valeurs les plus faibles
de/); elle diminue très rapidement lorsque p augmente.
3* Les constantes « = 921 ,4 et ?> = 139 représentent, d'après la théorie
précédente, les nombres de vibrations des noyaux atomiques ou des
groupes d'atomes dans la molécule II en résulte que le spectre d'absorption
infrarouge devrait s'exprimer par la formule
(2) r- := ir?« — />/) = 921 ,4« — I'^9/^---;
Le spectre d'absorption infrarouge du benzène a été étudié par Cob'entz
et Puccianti. Nous trouvons que ce spectre est très exactement représenté
par la formule théorique (2) :
Combinaisons. a calculé. a observé. Combinaisons. 1 calculé. a observe.
a — b i3,i i3,o ka—ïb 3,2S ..,2.)
2a — C)b i4,4 n.S oa — 66 2,74 2,7.5
'2a
56 9.x 9,6 6a— 9b 2,45 2,^9
^a — kb 8.4 8,7 Qa — 6b 2.19 2.16
2a-3b 7.3 7-3 8a-9b 1,7» ''7'
■ia—2b 6,6 6,7 9a — 96 1.46 1.44
3 a — 6 6 J , 5 5,4
4*^ La structure fine des bandes, qui résulte de la rotation des molécules,
h
H-'r^C
a donné pour toutes les séries a = 2
On en déduit pour le moment d'inertie de la molécule de benzène
p^ = 1,45 . io~'^
5" On sait que le benzène cristallise dans le système rhomboédrique en
donnant des bipyramides, le rapport des axes étant égal à 0,89: 1 : 0,80.
On peut supposer que la molécule de benzène a la forme d'une bipyrarnide
qui diffère peu d'un octaèdre, les six carbones occupant les six sommets.
La valeur précédente du moment d'inertie permet alors de calculer la
distance entre les atomes de carbone; on trouve i,85.io-' cm et par le dia-
mètre de la molécule 2,6.10-*^ cm.
Or la distance entre les atomes de carbone est dans le diamant égale
à 1,54.10-' et dans le graphite i,75.io-« cm. Enfin, à partir de la visco-
sité de la vapeur du benzène, on calcule pour le diamètre de la molé-
cule 3,2. io~** cm.
8 12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ces résultats montrent que la molécule de benzène est un édifice très
symétrique, dont les mouvements obéissent aux lois simples déduites pour
les molécules biatomiques. Il y aurait lieu de supposer que dans le benzène
les carbones sont liés trois par trois, la molécule serait formée de deux
moitiés C^H^ — C'H' qui vibrent Tune par rapport à l'autre; cette hypo-
thèse est appuyée par les expériences de J.-J. Thomson qui a montré qu'en
introduisant du benzène dans un tube à rayons positifs on obtient des
groupes C'H^ chargés négativement.
CHIMIE PHYSIQUE. — Spectre d' absorption ultraviolet du phénol dans différents
solvants. Note de M. F.-W. Klixgstedt, présentée par M. G. Urbain.
Nous avons entrepris l'étude quantitative de l'absorption des rayons
ultraviolets par une série de dérivés du benzène.
L'absorption a été mesurée par deux méthodes suivant les techniques de
V, Henri : d'une part avec le spectre d'étincelle Fe-Cd ou Cu; d'autre
part avec le spectre continu que donne une étincelle de haute fréquence
d'aluminium dans l'eau. Les spectres continus ont été étudiés quantitative-
ment points par points pour tous les demi ou même tous les | de millimètre
au moyen du microphotomètre de Fabry et Buisson.
Le spectre d'absorption du phénol a été étudié dans des solvants diffé-
rents, ainsi que pur, liquide ou solide, en couche très mince, égale environ
à -^-^^ de millimètre, et à l'état de vapeur.
Résultats :
1 " Le spectre d'absorption du phénol dissous dans le pentane ou l'hexane,
que nous appelons spectre normal, comprend dans l'ultraviolet deux régions :
1° entre X = 28G0 et 2400 A; 2° entre X = 2325 et l'ultraviolet extrême,
que nous avons étudié jusqu'à A = 1944 Â.
On trouve dans la première région d'abord trois bandes étroites intenses,
dont les positions et les valeurs des coefficients d'absorption moléculaires i
(défini par a = A.^.io"''''') sont les suivants :
A — A irz 2772, £ t:r: 2^00; B — /. rr 2-05, 6 = 2000 ; C À ^= 2643, ê = I OOO.
Puis une ou deux bandes faibles vers A '= 255o, £ = -oo.
Dans l'ultraviolet extrême on observe deux bandes larges :
À := 2i5o, t = 85oo et /. z= 2o4o, £ r= io5oo.
Rappelons que le benzène dissous dans le pentane présente d'après
SÉANCE DU 20 MARS I922.
8l3
«^-34000
m»
J6000
v-IKO
,05C
1080
\-W# .^
ai?
2773
36000
MXXW
WOOO
42000
WOOO
wm
kSOOO
IIW
1170
1200
1230
1260
1290
D20
tSS)
ZS3I
2564
2500
2W9
2381
23Î5
2273
sa
l'h
8l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
V. Henri un premier groupe de huit bandes entre 2686 et 2-290, £ variant
entre 9 et 234, ^t un deuxième groupe de trois bandes entre 20G8 et 1944,
pour lesquelles £ varie entre 56oo et 7900.
2° Le spectre d'absorption normal des solutions de phénol se déduit du
spectre de la vapeur par élargissement et fusion des bandes, avec un déplace-
ment vers le rouge. La figure i contient en trait plein le spectre d'absorption
du phénol dans le pentane, et dans le bas le spectre de la vapeur mesuré
par Witte. On voit que les moindres irrégularités dans la forme des bandes
de la solution correspondent à des bandes étroites et intenses de la
vapeur. '
3° Le spectre d'absorption du phénol en solution change avec la nalure
du solvant. Ce changement est plus ou moins profond suivant les solvants,
que l'on peut diviser en deux groupes :
a. Les solvants du premier groupe ne modifient pas l'aspect général du
spectre d'absorption. Ils produisent seulement un déplacement et un élar-
gissement des bandes. Tels sont le GCP, CHCl% l'éther, etc.
La figure 2 contient les spectres d'absorption dans le CCP (i*^), le pen-
tane (2°), l'alcool éthylique (3°), l'eau (4°) et le phénol liquide pur (5*^);
ces courbes ont été tracées les unes au-dessus des autres.
Le Tableau suivant donne les positions des bandes et les fréquences
(
en - cm~'
A
Bande A. liandc B. Bande C.
Phénol vaj3eur 2750 36364 2686 37301 2626 38o8i
» liquide 2772 36075 2706 36968
Sol. hexane et pentane 2772 36075 2705 36968 26^3 37836
» GHCl^ 2778 35997 2710 36900 265i 37722
» GCF 2790 358^2 2721 36751 2658 37622
'' éther 2794 35791 2732 366o3 2673 3741 1
Le déplacement vers le rouge produit par ces solvants est presque le même
(sauf pour l'éther ) que celui que l'on observe pour le spectre d'absorption
du benzène.
h. Les solvants du deuxième groupe — alcools méthylique et élhylique,
eau, etc. — modifient complètement le spectre d'absorption du phénol. La
figure I, courbe pointillée, correspondant à la solution alcoolique, el la
figure 2. courbes 3« et 4", montrent nettement ces modifications.
On n'observe daus ces solvants qu'une seule bande tivs large et uniforme;
la position du maximum est : dans l'eau X = 2698, dans l'alcool méthylique
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 8l5
A = 2720 et dans l'alcool ('thylique A = 27J8; le coefficient d'absorption du
maximum est dans les trois cas égal à 1400.
Ces solvants ne modifient pas le spectre d'absorption du benzrne ou du
toluène, ils ne produisent pour ces corps qu'un déplacement des bandes.
4° Le spectre d'absorption du phénol pur liquide et solide occupe une
place intermédiaire entre les deux types précédents.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur une méthode optique pour la détermination delà
solubilité réciproque de liquides peu miscibles. Note de M. C. Chéxeveau,
présentée par M. Paul Janet.
Il est possible de connaître par une méthode optique, avec une précision
au moins égale à celle de la méthode pondérale, la solubilité réciproque de
liquides peu miscibles.
Le procédé employé consiste à utiliser la méthode d'autocollimation en
la rendant différentielle. A cet effet, un prisme creux, dont l'angle est d'en-
viron 30", fermé par de bonnes glaces à faces parallèles, est séparé en deux
compartiments A et B qui contiennent, l'un le liquide considéré comme
solvant, l'autre la solution (voir la figure). La face réfléchissante sera, au
besoin, argentée.
■■Jr
Si l'on appelle N l'indice de réfraction, par rapport à la raie D, du liquide
qui se trouve en B, n l'indice de la solution placée en A, en admettant que
l'indice de la solution soit inférieur à celui du solvant, on a les relations sui-
8l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
vantes :
-^ si ni' sinr
I\ = -: — j n =r —. — ,
sin/' sin/'
.. sini — sin/' 2 . i-^i' i -^ /'
1> — n =^ ; — =r — : — sin cos
-iti /• sin r2 2
2sin
/
— i
- =r 2 S i n
y.
2
—
sin y.
1
\ —
n
sin a 00»
0
■-
Or, si le cercle du goniomètre, au centre duquel la face antérieure du
prisme est disposée, peut être eu traîné })ar une vis à tête graduée permet-
tant d'estimer la seconde d'arc, on peut mesurer avec précision la diffé-
rence i — i' =z a. Comme a est assez petit pour que cos - soit remplaçable
par Funilé, on a
el, finalement.
(0
sin /•
Il est donc facile d'obtenir la diffi'-rence d'indice du solvant et de la solu-
tion d'une façon assez indépendante de la température.
Si l'on a déterminé Tindice X du solvant, on déduit alors l'indice n de la
solution et ra|)plication de la loi optique des solutions à la solnlion formée
par X grammes du liquide dissous dans ioqs de solvant donne
(2) (i()(.-+-.r)
d, D, d^ étant les densités de la solution, du solvant et du liquide dissous
dont l'indice est^o- On en déduit alors a;.
J'ai appliqué, en particulier, cette méthode à l'étude de la solubilité réci-
proque de Taniline et de l'eau. Voici, par exemple, les résultats obtenus
par la formule ( i), à i5'', pour la dissolution de l'eau dans l'aniline :
«■== 50039' 35", /:=29»23'6", a:=3<)'39"6,
N — n =r 0,01 i5o.
D'autre part, d'après la formule (2), on peut déduire la solubilité de
l'eau dans l'aniline et celle de l'aniline dans l'eau en grammes de corps dis-
sous pour 1008 de solvant.
Le Tableau suivant permet de comparer les résultats de la méthode
optique et de la méthode pondérale et de faire ressortir leur bonne concor-
dance :
SÉANCE DU 20 MARS I922.
817
N
— I
D
n
— 1
d
Hi
— I
ci.
Eau dans Vaniline.
Méthode optique (f nr i5"'
\ — /< := 0,01 I 5o.
z= o, 5750
= o , 564 •'■ ' u- = 4 , 68 po 11 r 1 00
:i= o, 3338
Méthode pondérale (/= i4°,6).
Eau. . . . 0^,4952
Aniline. ioS,5i52
O-' rrz 4 ,70 pour I OO
[ni Une dans ieau .
Méthode optique (^z:=i6°).
n — N rr 0,00901 >.
N
— I
\)
//
— I
d
/t,
— I
=: 0 . .IJJ4
= O, 3421
= 0,0700
jT = 3,73 pour 100
Méthode pondérale ( ^ := 1 5° , 9) .
Aniline. os,8644 )
Eau. . . . 23°, 37.51 I
. X = o, 70 pour 100
Il est également facile d'établir que rabaissement d'indice de l'aniline
N — n est proportionnel à la quantité p grammes d'eau qui a été dissoute
par 100^ d'aniline. On a trouvé par exemple, pour la raie D, à 20°,
i,586o — /^ = 0,002- p.
MÉTÉOROLOGIE. — Sur V observation des nuages en prévision du temps.
Note de M. Gabriel Guilbert.
De l'étude des nuages que nous avons entreprise il y a plus de quarante
ans, nous avons déduit certains principes ou conclusions dont nous tenons
à conserver la priorité, notamment vis-à-vis delà Note de MM. W erhlé et
Schereschewsky (').
C'est en 1886, le 6 avril, que nous présentâmes, à la Société météoro-
logique de France, le résumé de longues années d'observations de
nuages (-). Le principe essentiel exposé alors consistait dans l'ordre de
passage découvert dans l'ensemble des météores aqueux. Cet ordre, nous
le présentions sous le nom de succession nuageuse.
La succession nuageuse comprend l'ensemble de tous les nuages supérieurs
et moyens qui s'offrent à la vue, depuis les cirrus les plus élevés, filiformes
ou filamenteux jusqu'aux nuages d'orage (cirro-nimbus), et depuis les
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 3i4.
(-) Annuaire de la Société météorologi(]ue de France, avril-mai 18S7, p. 162.
' 60
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N" 12.)
8l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cil rus moutonnés jusqu'aux cin-us pommelés ( cii-ro-cumulus) les plus
abaissés.
Nous présentions aussi une nouvelle classification des nuages que nous
avons depuis lors employée dans nos registres d'observations quotidiennes
(i 883-1 920) et dans le Bidlelin méléorologiqiie du Cahados (^i^()i--[^io).
Cette classification se base avant tout sur la nature des nuages, certifiée par
les phénomènes lumineux.
Distinguer l'ordre de passage des nuages est notre première acquisition
météorologique, mais en découvrir l'ordi-e de superposition est une autre
tâche que nous croyons avoir heureusement remplie. Nous avons reconnu
que cet ordre de superposition est invariable.
Nous avons découvert simultanément que la vitesse des cirrus supérieurs
pouvait rester égale durant plusieurs jours, mais que la vitesse des différentes
couches nuageuses pouvait êli-e des plus inégales : des cirrus pominelés,
dans une succession nuageuse, peuvent être rapides sous des cirrus filamen-
teux lents et inversement.
Il s'agissait ensuite de découvrir les relations qui pouvaient unir la
succession nuageuse à la dépression barométrique. Le i*' févriei' 1887, nous
exposions à la Société météorologique de France ( ' ) nos conclusions sur ce
point et nous établissions, non seulement l'accord, théorique et pratique,
des successions nuageuses et des dépressions barométriques, mais aussi leur
« désaccord ». c'est-à-dire l'indépendance absolue des deux ordres de
phénomènes. La « succession nuageuse « doit le plus souvent concorder
avec le cyclone — et cette relation était connue — mais nous établissions,
fait nouveau, que cette même succession nuageuse pouvait précéder, suivre,
ou accompagner la dépiession, comme elle pouvait aussi exister sans elle,
parfois même au-dessus de l'anticyclone. L'individualité ou l'autonomie de
la succession nuageuse était donc mise hors de doute.
Mais, si la succession nuageuse constitue une entité indépendante, ses
indications doivent nécessairement parfois contredire les déductions tirées
de la pression : c'est ce que nos observations mirent en pleine lumière.
Dès 1878, nous avions prévu une tempête par les nuages seuls. A partir
de 1887, nous nous appliquâmes à prévoir le temps (piotidiennement par
les nuages et le baromètre, considéré comme l'indice des dépressions.
En 1890, M. Mascart présentait à l'Académie le résumé de notre méthode,
(') Annuaire de la Société météorologique de France, avril-mai 1887, p. \*o~.
SÉANCE DU 20 MARS 1922. '819
principalement quant à la prévision des tempêtes ('). La vitesse des cirrus
devenait l'une de nos bases principales, car nous établissions que cette
vitesse était en corriMation avec l'importance des bourrasques et que la
direction de ces cirrus supérieurs indiquait la position du centre cyclonicjue,
et sa direction initiale.
Nous avons donc créé, et nous tenons à ces acquisitions, une méthode
de prévision locale pour les successions nuaiieuses (vent et baromètre
observés en un seul point), puis, en i8r)o-i8()i, une méthode toute nou-
velle basée sur les \eiits comparés aux gradients barométri({ues, el enfin
une méthode mixte, nuages et isobares, que nous considérons encore comme
la vraie méthode scientificjue de prévision du temps. Cette dernière mé-
thode distingue, en la succession nuageuse, plusieurs parties constitutiAes.
Les cirrus sont Cavant-garde ou simplement le début ; le centre de la succes-
sion nuageuse est constitué par le pallio- cirrus, plu\ieux de 4ooo™ à
6000™ d'altitude ou représenté par des bancs épais de cirrus, ou encore par
des cirrus moutonnés et pommelés, plusieurs par places. L'arrière suit
avec ses cirro-nimbus d'averses, au milieu d'éclaircies et. comme toute suc-
cession nuageuse est nécessairement limitée dans l'espace, nous avons
désigné certains nuages : les cirrus genre filamenteux et les cirrus irisés,
comme caractéristiques ànbordon Aq l'extrême bord de la succession nua-
geuse.
Ces noms sont discutables, mais il ne suffit pas de les modifier pour dé-
couvrir un fait nouveau. C'est pourquoi nous tenons à préciser les faits
acquis.
Nous signalerons encore nos études sur la superposition des successions
nuageuses, dont les groupes nuageux restent distincts, principalement
quant à la vitesse. Nos remarques sur la vitesse future des orages et des
grains, basées sur l'inégalité de vitesse des courants supérieurs, les uns
très lents, presque immobiles, les autres animés d'une vertigineuse vitesse.
De ces multiples observations présentées, soit à la Société météorologique de
France, soit à V Association française pour V Avancement des Sciences, soit dans
le Bulletin météorologique du Calvados, découlent des prévisions rationnelles
du temps de chaque jour, des diverses précipitations, des variations de
température, etc.
Sans doute, il reste beaucoup à faire dans l'observation des nuages. Leurs
modifications, leurs transformations certaines, la mesure des intervalles qui
(') Comptes rendus, t. 111, 1S90, p. 127.
820 ACADÉMIE DES SCIENCES.
les séparenl, en hauteur ou en étendue, le mode des précipitations et leur
nature, la mesure exacte dr leurs vitesses et de leur altitude, demandent de
multiples observations simultanées, mais ce ne sont pas de nouvelles déno-
minations qui sufliront à résoudre ces problèmes de l'atmosphère et à
constituer de nouvelles méthodes de prévision.
GÉOLOGli: — Sur Vcxislcncc de phénomènes de charridge à l'extrémité orien-
tale de la chaîne Ibérique^ prés de Montalban (province de Téruel, Espagne).
Note de M. H. Joly, présentée par M. Pierre Termier.
J'ai consacré plusieurs mois de 1921 à l'étude géologique des monlag-nes
■qui constituent ce que Ton a coutume d'appeler la chaîne Ibérique ou la
chaîne Celtibérique, et qui s'étendent sur une largeur moyenne de 5o'^'",
des environs de Burgos à l'Ouest aux environs de Téruel à l'Esl. J'ai pu
observer un certain nombre de faits nouveaux, les uns rclalifs à la tectc-
niquc, d'autres à la stratigraphie.
Les auteurs espagnols ou français, parmi lesquels il faut citer en pre-
mière ligne De Cortazar et M. Dereims, qui ont écrit sur la constitution
géologique des montagnes de cette chaîne, n'ont fait qu'effleurer la partie
tectonique, étant amenés à en signaler les anomalies, uniquement à l'occa-
sion de leurs descriptions stratigraphiques. Nulle part dans leurs Ouvrages
ne se trouve signalée l'observation de charriages, et les plus grandes
complications tectoniques qu'ils aient remarquées semblent être des
renversements.
C'est ainsi que dans la région de Castel de Cabra, vers l'extrémité orien-
tale de la chaîne, De Cortazar (' ) signale, sans toutefois y attacher d'im-
portance, une faille séparant le Jurassique du Crétacé et qui fait apparaître
les couches du Lias en position verticale, le Lias arrivant même, selon cet
auteur, à être renversé sous des terrains plus récents aux environs de
Montalban et de Cualrodineros. M. Dereims (-) réédite la même observa-
tion, ajoutant que l'Infralias et le Lias se redressent et se renversent sur le
Crétacé inférieur qui les surmontait. « Ce renversement, écrit M. Dereims,
est facile à observer le long du rio Adovas, à 2'^'" à l'est de Montalban :
dans les éboulis qui couvrent l'Aptien, on trouve en abondance les ammo-
(') De CouTAZAn, Bosqaejo -de la provincia de Teruel {Bol. del Mapa Geol. de
Espana, t. 12, i885).
(-; Dkrehis, Rech. dana le sud de V Aragon ('l'Iièse, Lille, 190N).
SÉANCE DU 20 MAf^S 1922. 82I
nites et les biachiopodes du Toarcien. )> Une coupe accompagne cette
description.
J'ai tenu à observer les mêmes localités, et j'ai [u relever une belle coupe
le long du rio de Palomar, celui sans doute que M. Dereims appelle no
Adovas, en amont et ea aval du pont pittoresque par lequel la roule de
^[ontalban à Castel de Cabra franchit celle rivière. Otle conjie e>t la
suivante.
Rio MARTIN
Cou|)e le long du rio de Palomar.
Elle dessine uu vaste synclinal, en champij^non renverse, à liane sud
couché assez fortement vers le Nord sous l'effet d'une poussée d'un anti-
clinal crétacé qui est venu le surplomber par suite d'une faille de ciiarriage.
L'axe de ce synclinal est occupé par une masse puissante de poudingues
que les auteurs espagnols ont rattachée au/Pertiaire inférieur. Sur le flanc
nord du synclinal, les couches, d'abord redressées, notamment pour former
près du pont sur le rio de Palomar ces murailles verticales, désignées dans
le pays sous le nom de Humhrias (formes humaines), se renversent bientôt
avec le Crétacé à couches de charbon, puis avec le Crétacé inférieur (Bar-
rêmiçn ) à Ostracés. Sur ce dernier repose, par l'intermédiaire d'une faille
de chairiage, du Jurassique en série normale ; Toarcien à Diimortiena,
Grammoceras^ lamellibranches et brachiopodes, surmonté de Bajocien avec
Cancellophiciis^ puis de Balhonien.
Sur le Jurassique vient reposer, par l'intermédiaire d'une nouvelle faille
de charriage, le Trias avec marnes bariolées et gypse. Enfin, à l'extrémité
nord de la coupe, lo Silurien repose sur le Trias (cette dernière partie de
la coupe est prise sur la rive droite du rio Martin, presque au pied du vieux
château de Montalban).
Il semble que l'on puisse interpréter la disposition des couches de la
coupe précédente dans le sens d'un bassin crétacée-tertiaire relativement
822 ACADÉMIE DES SCIENCES.
étroit et fragile qui a été resserré sur lui-même et comprimé, contre une
sorte de horst septentrional silurien, par le refoulement vers le Nord de
couches crétacées et tertiaires exhaussées, et s'étendant d'ailleurs assez lar-
gement vers le Sud en plateforme. Deux accidents principaux à allure de
faille de charriage ont été la résultante de ce plissement : Tun au Nord,
assez vertical, plongeant vers le Nord, l'autre au Sud. plus incliné et plon-
geant a ers le Sud. Le Silurien lui-même, loin d'être resté immobile, a été
affecté par les plis de la même époque ; j'ai pu le constater en étudiant le
versant Nord de la bande primaire de Montalban-Segura.
Un peu plus à l'Ouest, à Montalban même, à hauteur du pont sur le rio
Martin, on retrouve encore le Jurassi(jue redressé reposant par faille sur la
tête des poudingues tertiaires, mais, cette fois, sans intercalai ion de Crétacé.
L'existence de déplacements horizontaux de forte amplitude, dans cette
partie de la chaîne ïb('Ti(|ue, semble donc un fait bien établi. Peut-être
s'exagèrent-ils jus(|u'à mériter le nom de charriages.
D'autre part, la coupe ei-dessus fait ressortir un parallélisme complet
entre les strates du Crétacé et celles du Tertiaire, en opposition avec ce
qui est indi(|ué dans la coupe de M. Dereims. Il n'est même pas possible
d'établir sur le terrain une séparation entre ces deux systèmes; car, entre
les grès blancs, jaunâtres et versicolores, alternant avec des argiles bario-
lées, qui appartiennent bien nettement au Crétacé, et la Jiiasse des conglo-
mérats tertiaires, on observe des alternances de sédiments gréseux et de
sédiments argileux de mêjue teinte, mais dans les({uels s'introduit de plus
en plus l'élément a conglomérat l)réchoïdc » qui finit par dominer complè-
tement.
Cette transformation se fait progressivement sur une série puissante
de 70'", et la continuité des couches avec le mêiiie faciès ne permet pas
de placer la lacune signalée par M. Dereims s'étendant à tout le Crétacé
supérieur et qui semble aussi un fait bien établi; mais il m'a paru bon de
signaler que, malgré la lacune, il n'y a pas eu, entre le Crétacé et le Ter»
tiaire, de phénomène de plissements ayant laissé des traces.
BOTANIQUE. — Détermination de /'optimum dlnimidité du milieu extérieur .
chez les Oscillaires. Note de M. Henri Coupix, présentée par M. Gaston
Bonnier.
On sait que les Oscillaires, Algues du groupe des Cyanophycées, plongées
dans un récipient contenant de l'eau douce (je ne parle que des espèces non
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 823
marines, les seules que j'ai étudiées), se divisent en éléments courts (hormo-
g'onies), qui, en partie ( ') entraînées par les bulles d'oxygène provenant de
l'assimilation chlorophyllienne, gagnent les régions supérieures. Arrivées
là, les hormogonies rampent à la surface de l'eau, atteignent les bords et
s'y élèvent sur une faible hauteur (i^'" environ), qui n'est jamais dépassée.
Le même fait se produit dans les différents endroits où elles vivent, par
exemple le bord des marais, des ruisseaux, des murs, etc. On peut se
demander quelles sont les raisons de cette manière de se comporter et,
a priori, en chercher l'explication dans certains besoins d'oxygénation, de
géogropisme, de lumière ("), de nécessités osmotiques, de consistance da
milieu, etc. Je ne chercherai pas à démêler riniluence de tous ces facteurs,
et, s'ils agissent tous dans le même sens, à chercher quel est celui qui est
prépondérant. Je n'envisagerai que celui de la « consistance » de milieu,
ce qui revient à étudier sa plus ou moins grande richesse en eau. Il est
difficile d'obtenir des milieux plus ou moins humides et plus ou moins secs.
Cependant j'y suis parvenu, jusqu'à un certain point, avec une exactitude
qu'il ne faudrait cependant pas exagérer, en constituant des gelées formées
d'une quantité plus ou moins grande de gélose (gonflée à chaud, puis
refroidie) dans de l'eau douce ou dans du liquide de Knop. Les Oscillaires,
semées à la surface, y prospèrent plus ou moins bien.
Sur la gélose à o,5 pour 100, gelée qui ne fait presque pas prise et reste tiès liquide,
les Oscillaires prospèrent mal, et, souvent même, |)as du tout, surtout si, en raison de
la pesanteur, elles s'immergent tant soit peu.
Sur la gélose à i pour 100, les Oscillaires se développent parfaitement, aussi bien
en surface quVn profondeur, de telle sorte qu'en quelques jours, les petits amas
ensemencés se montrent entourés d'un large halo vert, 011 les hormogonies sont bien
isolées et se déplacent lentement.
Sur la gélose à i pour 100, le développement est très médiocre, nul en profondeur^
tandis qu'eu surface les Oscillaires se présentent en longs filaments appliqués paral-
lèlement les uns au\ autres en « faisceaux » verts, visibles à l'œil nu.
Sur la gélose à 3 pour 100 le développement est nul en profondeur, et à peu pus
nul en surface (filaments fascicules) ; il le devient tout à fait dans la gélose à plus de
3 pour loo.
(^) Ce point serait à élucider, car il m'a bien semblé constater l'ascension d'hor-
mogonies en dehors de toute production de bulles d'oxjgène (tout au moins sur les
parois du récipient).
(^) De quelques observations superficielles, il m'a semblé que les Oscillaires
demandent beaucoup de lumière pour assinriiler.
82/4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
On voit que, dans tous ces milieux plus ou moins aqueux, le développe-
ment optimum paraît être celui qui s'efîeclue dans la gélose à i pour loo
et qu'il est médiocre, à la fois, dans les milieux très humides (gélose à
0,5 pour 100) et dans les milieux peu humides (gélose à 2 el 3 pour 100),
voire même nul dans les milieux très peu humides (gélose à plus de
3 pour toc). La grande compacité du milieu (gélose à 2 ou 3 pour 100)
amène les filaments à se fasciculer.
Il semble donc que si l'humidité est indispensable au développement des
Oscillaires, ce qui n'avait pas besoin d'être démontré, il ne faut pas qu'elle
soit ni trop forte ni trop faible. Si, dans les milieux naturels, les Oscillaires
quittent l'eau elle-même, pour gagner les parois voisines et y grimper, c'est
qu'elles sont à la recherche de l'optimum de Thumidité qui leur convient;
elles s'arrêtent dès qu'elles l'ont atteint, car, au delà, la sécheresse, même
relative, les ferait languir, puis périr.
La quantité d'eau du milieu extérieur apparaît ainsi comme l'un des fac-
teurs importants de la manière dont se comportent les Oscillaires, mais
peut-être n'intervient-elle qu'indirectement en agissant sur les besoins plus
ou moins grands d'oxygénation de ces Algues bleues, si répandues partout.
En tout cas, des constatations ci-dessus résumées, il résulte que, si les
Oscillaires sont des végétaux normalement aquatiques, elles cherchent, ce
qui est assez particulier, et, je crois, peu répandu, à fuir l'eau le plus pos-
sible, jusqu'à ce qu'elles aient atteint la limite de la sécheresse relative com-
patible avec leur existence; il leur faut do l'eau, mais modérément.
BOTANIQUE. — Beproduclion des Vaucheria/J*-/;* zonsporcs amihoïdes.
Note de M. A. de Pi ymaly, présentée par M. P. -A. Dangeard.
En 18790 Stahl mentionnait chez V. geminata i)C. une reproduction
asexuée fort remarquable. Il s'agissait, en effet, de zoospores amiboïdesqui
sortent en grand nombre d'une cellule mère, rampent quelque temps, puis
s'arrondissent, s'entourent d'une membrane et finalement germent en
donnant chacune un nouvel individu. Cette observation, inattendue chez
un Vaucheria, semble être restée exceptionnelle, soit qu'elle n'ait pas attiré
l'attention des botanistes autant qu'elle le méritait, soit que les conditions
(') E. Si'AHL, Ueber die RuhezuUande der Vauclieria geminata {Bol, Zeit.^ t, 37,
'879. P- 129).
SÉANCE DU 20 MARS 1922.
825
D
dans lesquelles elle est possible ne se trouvent réalisées que très rarement.
Or j'ai récolté, en février, dans les environs de Bordeaux, des échantillons
de K. hamala DC, qui me permettent de confirmer et de compléter la
découverte de Slahl. .
La plante que j'ai étudiée, franchement aérienne, formait a la surface
d'une terre sablonneuse un lacis filamenteux d'un vert pâle; ça et la cepen-
dant, la teinte verte était plus vive. Les régions pâles montraient la struc-
ture normale des Vaucheria, mais, dans les parties fortenient colorées,
l'aspect était tout autre : les filaments, pourvus d'une ramification nette-
• ment dichotomique, étaient segmentés en une série d'articles plus ou moins
é.'aux. Évidemment, on se trouvait ici en présence d'une forme comparable
à'celle que KiUzing (Tab. phycoL, IV, pi. 98) figure sous le nom de Go«-
^rosin, dichowma et que Stahl range dans le cycle de développement de
1-. ^eminala ('). Les articles ont. au début, la structure ordinaire des
Vaucheria; placés dans l'eau, ils germent en émettant chacun un tube gei-
minatif; celui-ci peut naître en un point quelconque de leur surface et sa
direction est des plus variables. Mais ces articles, capables de reproduire
la plante par voie végétative, sont en réalité l'étatjeune de futurs sporanges.
Ultérieurement, en effet, leur contenu comme l'a vu Stahl est le siège de
divisions simultanées : ainsi s'isolent un nombre variable, mais assez
grand, de spores. ... .1
Dans les cultures de Stahl, peu d'articles germaient directement; la
plupart donnaient des spores. Cet auteur ne s'est pas aperçu que ses com-
portements différents dépendent de l'état de différenciation où se trouvent
les articles lorsqu'on les transporte dans l'eau, de sorte qu il en a conclu
que la reproduction par spores est plus fréquente que la muUiphcation
végétative. Or j'ai obtenu l'une ou l'autre à volonté suivant I âge des élé-
ments mis en expérience : au contact de l'eau, les articles âgés, déjà trans-
formés en sporanges, fournissaient des spores, tandis que les jeunes, a
structure de Vaucheria, ne se différenciaient pas en sporanges et germaie.u
directement.
La sporogénèse débute en général dans les articles aplcaux. A ^^^f^!^"^''^ ^';^-
con^pli' le: cellules mères, ou sporanges, perdent leur -"^.-'7^^'^f '.J, i^
devenir dolilformes e. finalement presque sphér.ques: en même temps, les cloisons
dilTérenl.
Acluellemenl le terme de Gongrosira désigne un genre d'Ulotrichales bien
«26 ACADÉMIE DES SCIENCES.
transversales continuent à s'épaissir un peu, tandis que les parois lonollutlinales
restent minces jusqu'au moment de la déhiscence. Celle-ci, dans mes cultures, s"est
toujours produite le matin, de préférence au point du jour. Une ou deu\ heures
avant, la portion interne de la membrane, de nature pectique, se i;onlle tellement que
les parois loni^itudinales deviennent sept à huit fois plus épaisses ; mais cet étal précède
de très près la sortie des spores et n'est pas celui sous lequel se présente habituelle-
ment la forme Goni;rosira, comme pourraient le laisser supposer les figures de Stahl,
sur lesquelles certains auteurs, G. -S. West entre autres (Algœ, I. Cambridge, 191G,
p. 246), se sont appuyés pour attribuer à ces articles une membrane normalement
épaisse, ce qui leur donnerait la signification de kystes. La gélification pectique qui
provoque le i;onnement en question s'étend, mais à un degré moindre, à la partie
externe de la membrane qui, tout d'abord, se distend, puis finalement se rompt. C'est
par cette déchirure que s'échappe en bloc le contenu de l'article sous la forme d'un
sac allongé, dont la mince membrane se perce, au bout de quelques minutes, d'un
orifice étroit, par lequel les spores sont expulsées une à une et brusquement. Ces
spores motiles présentent des caractères singuliers : ce sont des masses protoplas-
miques nues, dont la forme change à chaque instant et qui se déplacent à l'aide de
mouvements amiboïdes. Entre chaque mouvement de progression, cependant, leur
contour est plus ou moins claviforme; à ce moment-là, elles sont longues de iGiV- à 33H
et larges de i-iV' à \[\V- au niveau de la partie la plus renflée. Leur extrémité la plus
mince est hyaline, presque dépourvue d'inclusions, tandis que le reste du corps ren-
ferme des chloroplastes, des gouttelettes d'huile et tantôt un, tantôt deux novaux que
Stahl n'avait pu mettre en évidence.
Contrairement à l'affirmation de cet auteur et contrairement à ce qu'on aurait pu
supposer par analogie a\ ec ce qui a lieu chez les zoospores ordinaires, la région claire
ne représente pas le pôle antérieur de la spore, mais bien sa partie postérieure : c'est
toujours, en eflfet, sur l'extrémité la plus renilée, riche en inclusions, que naissent les
pseudopodes. C'est également par celte extrémité que se fait la fixation des spores,
dont les mouvements très lents (lo!^- à la minute en moyenne), non influencés par la
lumière, durent souvent ■< à .'i heures. En cessant de se mouvoir, la cellule s'arrondit,
s'entoure d'une membrane, tandis que les inclusions émigrent à la périphérie de son
corps et qu'une vacuole, dont la taille grandit rapidement, en occupe le centre. La
spore arrondie, de 17!^ à juS^ de diamètre, gi'ossit un peu parla suite, puis germe au
bout de 5 à 7 jours ; chaque spore émet un tube qui s'allonge en un filament de
Vaucheiia.
Les deux espèces V. f^eminata et F. hamata, d'ailleurs très voisines, sont
les seules où cette ctirieuse reproduction soit connue; elles sont indifférem-
ment aquatiques ou aériennes, mais les individus, qui nous ont fourni des
zoospores amiboïdes, à Stahl et à moi, croissaient hors de l'eau. Ce fait et,
en outre, mes expériences, relatées plus haut, laissent présumer que ce
mode de reproduction est incompatible avec la vie aquatique et ne pour-
rait s'observer chez les espèces constamment submergées. Quelques gouttes
SÉANCE DU 20 MARS I922. 827
de rosée d'ailleurs semblent suffire [)Our produire la déhiscence des
sporanges.
Une étude plus détaillée, accompagnée de dessins, paraîtra à ce sujet
dans un Mémoire en préparation sur les Algues vertes aériennnes.
CHIMIE VÉGKTALlî. — Sur 1(1 composition cliimifiuc de F Eri>ot de Diss et de
VErgot d' Avoine. Note de M. Georges Tanret, présenlée par M. L. Ma-
quennc.
De tous les ergots que l'on rencontre sur les Graminées (ergots dus, on
le sait, à l'infection de l'ovaire par le Claviccps puipurea'), celui de seigle est
à peu près le seul connu, tanl au point de vue chimique qu'au point de vue
physiologique. Des auti'es, nous ne savons rien, ou presque rien. La ques-
tion mérite pourtant quelques recherches : outre sou intérêt propre (un
champignon pathogène est-il capable de se reproduire sur difïérents hôtes
avec les mêmes caractères chimiques que ceux qui l'accompagnent sur son
milieu habituel), une pareille étude parait d'autant plus opportune que le
seigle ergoté est devenu, depuis la fermeture des frontières russes, d'une
rareté telle et d'un prix si élevé qu'on a pu craindie un moment sa dispa-
rition de notre arsenal thérapeutique. Il serait donc désirable de voir si
notre territoire national ne pourrait pas fournir un succédané de l'ergot
de seigle, permettant au besoin à la Fiance de s'affranchir de sa dépen-
dance vis-à-vis des marchés étrangers, l'Espagne étant, à Theure actuelle,
presque seule à en fournir le monde entier.
Dans cet ordre d'idées, j'ai entrepris l'examen de deux ergots que l'émi-
nenl botaniste d'Alger, M. le Professeur Trabut, m'a signalés comme se
rencontrant, en plus ou moins grande abondance, sur le diss et sur l'avoine.
1. Le Diss {Ampelodesmos lenax Linck) est une haute graminée sauvage
qui croît en abondance sur les terrains argilo-calcaires de l'Afrique dû
Nord, principalement dans l'Est- Algérien. L'Ergot de Diss, dont la forme
rappelle celle de l'ergot de seigle, mais plus allongée, plus fine et plus
arquée, a déjà fait l'objet des Mémoires surtout descriptifs de Bourlier et
Coudray, de Lallemant (i863) : quelques observations cliniques de ces
auteurs, jointes aux expérimentations physiologiques de Germaix (1882),
semblent montrer que les propriétés de cet ergot sont analogues à celles du
seigle ergoté.
828 ' ACADÉMIE DEt> SCIENCES.
Mes analyses ont porté sur une dizaine de kilos d'ergol, récoltes en
juin 1921, dans la province de Constantine.
L'ergot, finement moulu, est épuisé par l'alcool à 85° chaud. Le résidu
de la distillation de cet alcool se compose de deux parties : un liquide
aqueux rouge et un mélange de graisses et de résines.
Celles-ci ont été reprises par l'éther, qui dissout les graisses : la résine,
rougeâtre et pulvérulente, reste insoluble. L'extraction de Vergoiininc en
est particulièrement délicate et l'on échoue si on lui applique les méthodes
classiques d'isolement. Par un procédé, dont le détail sera donné dans un
autre Recueil, j'ai isolé o^', 10 à'crgolinine brute par kilo de diss, celle-ci
étant formée d'un mélange à proportions sensiblement égales d'ergotinine
cristallisée et d'ergotinine amorphe, dite aussi hydroergotinine ou crgo-
îoxine.
Des graisses de cet ergot on a de plus retiré de Vergostérine ( i^, 20 au kilo)
qui s'y est montrée quatre à six fois plus abondante que dans l'ergot de
seigle.
Quant au liquide aqueux qui doit sa couleur sang à un pigment rouge, la
sclérérythrine, analogue à celui du seigle ergoté et précipitabic par SO''H-
à 4o pour 100, on l'a déféqué par le sous-acétate de plomb : après élimina-
tion du plomb et de l'acide acétique, on Ta concentré en sirop clair et repris
par l'alcool à 90° bouillant : par refroidissement, l'alcool a d'abord laissé
déposer de la mannite (8^,80), puis une faible cristallisation de tréha-
lose (o^, 70). On a de plus dosé 2^, 80 de sucre réducteur {glucose).
Dans l'extrait alcoolique privé de ses sucres on a eniin recherché la pré-
sence do Vergothionéine. Celle-ci, précipitée à l'état de chloromeicurale
qu'on a ensuite décomposé par H- S, a été obtenue cristallisée : 0^,40 |)ar
kilo.
IL L'Avoine est, en Algérie, assez souvent parasitée par le Clmiceps
piirpuren. L'ergot d'avoine, petit et trapu, a une distfibution- assez capri-
cieuse et se rencontre surtout dans la province d'Oran. Ses proportions sont
très variables selon les années : les avoines ergotées peuvent, exceptionnel-
lement, contenir parfois assez d'ergot pour que les éleveurs leur attribuent
certains accidents observés par eux chez les Kquidés, en particulier des
avortemcnts chez les juments; mais la proportion qu'elles en renferment est
en général assez faible (i5os environ au quintal) pour ne pas nécessiter de
triage et ne pas attirer l'attention des propriétaires et des vétérinaires,
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 829
i><s' d'ergot a fourni 60^ de graisses et 18" de résines, desquelles 011
a pu facilement ol)tenir i", 80 d'ergotinine brute : celle-ci, reprise par
TalcGol, a permis d'isoler 0^,80 d'ergotinine cristallisée, blanche et pure,
à [a]i, == -f- 369**. Comme le rendement moyen des seigles ergotes espa-
gnols est de o^, 4o a 0^,60 d'alcaloïde cristallisé par kilogramme, on voit
la haute teneur de l'ergot d'avoine en ergotinine. La quantité d'ergostérine
(mélange d'ergostérine vraie à [x],, — 126" et de fongislérine à |a]„ — 22*')
a d'autre part été de o^"^, 70.
Les liqueurs aqueuses contiennent, comme dans le cas précédent, la sch'-
rérythrine caractéristique des ergots. Concentrées, après traitements con-
venables, et reprises par l'alcool, elles abandonnent une abondante cris-
tallisation (32^ par kilogramme) d'un mélange sucré à [a]j,+ 116°. Devant
la difficulté de séparer celui-ci en ses constituants par l'action des divers
solvants, à froid et à chaud, on l'a soumis à des précipitations fractionnées
par la baryte et l'alcool : quand les fractions de tête ont atteint -h i65°,
on les a reprises [)ar l'alcool à 85*^ chaud : en recueillant les cristaux déposés
de l'alcool encore tiède, on a obtenu du tréhalose tout à fait pur. Quant
aux fractions de queue, ayant -h 70", on les a additionnées d'une quantité
de molybdate d'ammoniaque égale au double de la proportion de man-
nite qu'elles étaient supposées contenir : en même lemps qu'on mesurait
un brusque accroissement du pouvoir rotaloire, on ne tardait pas à voir se
déposer le complexe organo-niolybdique que j'ai décrit antérieurement ('),
à [a]„= + 52'', 5, qui, décomposé ensuite par Ba(OH)-, a donné de la
mannite pure. Le mélange sucré primitif était ainsi formé de 70 pour 100
de tréhalose et de 3o pour 100 de mannite (ergot vieux de huit mois). On
a dosé en outre 14*'? 2 de sucre réducteur (glucose) par kilogramme.
La quantité d'ergothionéine isolée a été de os,5o.
IIL On voit par ces recherches que l'on retrouve dans l'ergot de diss et
dans l'ergot d'avoine les mêmes principes que dans l'ergot de seigle. Mais
la proportion en est fort variable quand on passe de Tun à l'autre. En par-
ticulier celui de diss est pauvre en ergotinine cristallisée, alors que celui
d'avoine est plus riche que la moyenne des seigles ergotes ordinaires. Si
(') G. Tanrut, Comptes rendus, l. 172, j<)2(, p. j5oo. La cartnctérisalion de la
mannite par l'isolement direct de son complexe molybdique a réussi d'emblée sur une
cristallisation à [scji) -t~ !43°, formée de 8 parties de tréhalose et de 2 de mannite.
83o ACADÉMIE DES SCIENCES.
donc l'ergot de diss ne paraît, au point de vue des principes étudiés,
pouvoir constituer un succédané de l'ergot de seigle que dans les années de
disette et les périodes de crise, il n'en est pas de même de l'ergot d'avoine
qui semble pouvoir être substitué au seigle ergoté dans tous ses emplois. A
ce titre, la récolte de ces ergots pourrait constituer pour nos provinces
algériennes une source de revenus, et même de richesses, qu'il leur serait
facile d'exploiter.
ZOOLOGIE. — Suf les relations du Cruslacé et de PEporii^e chez les Cirripèdes
spongicoles. Note de M. Ch.-J. Gravier, présentée par M. E.-L.
Bouvier.
Parmi les exemplaires nombreux d'un Cirripède spongicole nouveau
[Acasta armata Gravier (')] que j'ai rapportés de la Côte des Somalis
en 1904, il en est deux qui sont entièrement remplis par l'Eponge qui leur
servait de support. D'après M. E. Topsent, cette Eponge appartient à la
famille des Benieridœ, dont la taxonomie présente de grandes difficultés;
son tissu compact est soutenu essentiellement par des spicules siliceux à
un axe.
En se fixaht à la surface de l'Eponge, la larve du Cirripède y trouve un
précieux support. Les Eponges créent autour d'elles, grâce aux mouve-
ments de leurs appareils vibratiles, une circulation intense dans l'eau qui
les baigne, favorable à tous égards au Crustacé. Autour de la région
occupée par ce dernier, l'Eponge continue à croître; peu à peu, le Crus-
tacé s'enfonce passivement dans la masse de son hôte. Même dans le cas le
plus favorable, où le Cirripède est fixé normalement à la surface du sup-
port, l'Eponge, en grandissant, finit par atteindre le niveau de l'orifice de
la muraille. A ce moment, entrent en jeu, chez V Acasta armata, les épines
recourbées vers l'extérieur, portées par la muraille, qui peuvent arrêter,
au moins un certain temps, l'envahissement par FEponge de la cavité où
vit le Cirripède. Ces soies robustes peuvent être considérées comme des
organes de défense vis-à-vis de l'Eponge; elles permettent aux cirres de
continuer à se mouvoir et d'assurer la respiration et l'alimentation de
l'animal. Mais quand les tissus de l'Eponge se développent autour et
au-dessus de l'orifice de la muraille, la vie du Crustacé devient de plus en
(*) Cf. Bull. Mas. llisi. /latur., l. 27, 1921, p. 353.
SÉANCE DU 20 MARS 1922. 83)
plus pénible, puis lout à fait impossible. Le Cirripède meurt et l'Eponge
peut pénétrer à l'intérieur du revêtement calcaire de ce Cirripède.
Comment TEponge pénètre-l-elle dans la cavité circonscrite par le sque-
lette externe du Crustacé? L'un des exemplaires signalés plus haut est
presque entièrement rempli par les tissus de l'Kponge; il reste, au sommet,
une cupule remplie de débris variés qui sont, en partie au moins, formés
par ce qui reste de l'animal. L'envahissement a dû se faire ici par la base,
dont il ne subsiste plus que quelques fragments à la surface du moule interne
constitué par l'Epongé. On remarque d'ailleurs, chez la plupart des indi-
vidus de grande taille parvenus à l'état adulte, que la base est fortement
corrodée, tandis que chez les jeunes, en général, elle demeure intacte et
elle présente à sa surface de fines stries d'accroissement. Chez certains
exemplaires, la base a l'aspect d'une écumoire qu\ serait incomplètement
percée. Le calcaire de la base, de consistance homogène apparemment, est
fort irrégulièrement entamé. Des plages relativement étendues, avec leurs
stries parallèles au bord libre, conservent leur intégrité, alors qu'autour
d'elles, tout est plus ou moins profondément creusé. Il y a aussi des perfo-
rations isolées dans des territoires bien conservés. Il paraît très vraisem-
blable que c'est l'I^ponge qui, avec ses faisceaux de spicules siliceux à un
axe, attaque la base calcaire peu épaisse du Cirripède, tout comme les
Cliones percent les coquilles des Mollusques et aussi les Madréporaires des
récifs, qu'elles minent parfois assez profondément pour en provoquer
l'éboulement et l'émiettement. L'attaque de la base se fait lorsque le Cirri-
pède est parfaitement vivant; on voit, en effet, des individus en très bon
état et encore jeunes, dont la base est déjà toute corrodée par l'Eponge.
11 est possible qu'en pénétrant à l'intérieur du squelette d'individus jeunes
des Cirripèdes en question, l'Eponge parvienne à les tuer avant leur enfouis-
sement complet.
Du reste, l'euNabissement peut se faire par ailleurs chez les Acasta,
notamment par les fenêtres dont est percée normalement la muraille de
certaines espèces et qui, chez l'animal vivant, ne sont fermées que par une
mince membrane. Déplus, ch^z les Acasta, la muraille paraît être simple-
ment posée sur la base et l'Eponge peut s'insinuer entre ces deux parties
du test. Dans la masse de l'Eponge qui servait de support aux Cirripèdes
dont il est question ici, on trouve les enveloppes calcaires de quelques-uns
de ces derniers, qui ont été englobés graduellement par leur substratum
vivant.
Parmi les exemplaires à'Acasta glans Lamarck des collections du
832 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Muséum, il en est un qui est rempli par TEpongc cornée servant de sup-
port; le test est intact. On aperçoit très nettement, au niveau de la sépa-
ration de la muraille et de la base, des fragments du s(|ueietle corné de
l'Eponge qui paraissent avoir été en continuité avec les fibres cornées de
la partie de l'I^ponge extérieure à la paroi calcaire du Crustacé-, il semble
bien que c'est parce lieu de moindre résistance que s'est faite la pénétration
de TEponge dans le Cirripède. 11 en esl de même pour un spécimen d'Acasla
cyathus Darwin des mêmes collections.
Chez une autre Éponge cornée donnant asile à des exemplaires àWcasla
Icvigala J.-E. Gray, la plupart des Cirripèdes sont situés au fond de puits
(jui se refermaient peu à peu au-dessus d'eux quand l'Eponge a été recueillie.
Il s'est formé comme des sortes de galles autour des Crustacés; plusieurs
d'entre eux sont même enfouis dans le support. Leur |)résence n'est plus
indiquée que par une saillie à la surface; il n'y a plus trace de l'ouverture
primitive.
J'ai signalé des faits du même ordre chez les Madréporaires des récifs de
Coraux (' ) attachés au sol ou à des supports solides, comme les Éponges,
et incapables, comme celles-ci, de réagir directement contre les animaux
si variés qui viennent se fixer à leur surface. Ces êtres sédentaires se
défendent cependant, à leur façon, contre leurs hôtes encombrants, com-
mensaux ou parasites, qu'ils enveloppent finalement et auxquels ils four-
nissent d'abord un gîte et, ultérieurement, un tombeau.
A i6 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 17 heures.
É. P.
(') Comptes rendus, l. 152. 1911, p. 2io-2rj.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 27 MARS IÎI22.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COM.MUiXICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président annonce à l'Académie le décès de M. Louis Ranvicr,
survenu à Vendranges (Loire), le 22 mars dernier :
M. Henxeguy donne lecture d'une Notice nécrologique,
L'Académie perd en la personne de M. R.vnvier, doyen 'de la Section
d'Anatomie et de Zoologie, l'un de ses membres les plus anciens et les plus
cminents, qui a grandement honoré la Science française.
Né à Lyon, le 2 octobre i835, Louis-Antoine Hanvier", tout en poursui-
vant des études médicales, fut de bonne heure attiré vers les recherches de
science pure et se consacra à l'Histologie et à l'Anatomie pathologique.
L'Histologie, vers 1860, sous l'influence des travaux de Leydig, Kol-
liker, Max Schultze, venait de faire à l'étranger de réels progrès. Elle
n'était représentée chez nous que par Charles Robin qui, disciple intellec-
tuel de Schwann, professait des idées en opposition avec celles de la jeune
école allemande. Ranvier, encore jeune étudiant, comprit que la France^
patrie de Ricliat, fondateur de l'Anatomie générale, ne pouvait se laisser
devancer par les nations étrangères; il eut la noble ambition de contri-
buer par ses propres recherches à étendre nos connaissances sur la struc-
ture intime des tissus des organismes. Avec l'aide de son camarade d'in-
ternat, Gornil, il installa, rue Christine, à Paris, un petit laboratoire privé,
dans lequel les deux collaborateurs, tout en préparant leur Traité d'Ana-
tomie pathologique, qui devait rapidement devenir classique, enseignaient
aux étudiants en Médecine les principes de l'Histologie.
Les premiers travaux de Ranvier attirèrent l'attention de Claude Bernard
C. R., 1922, r" Semestre. (T. 174, N* 13 ) ^'
834 ACADÉMIE DES SCIENCES.
qui, en 1867, le prit comme préparateur de son Cours au Collège de
France, puis lui confia la direction d'un laboratoire d'Histologie de l'Ecole
pratique des Hautes l'^tudes, rattaché à sa chaire, et obtenait, en 18^5, des
pouvoirs publics, la cr(''ation pour son collaborateur d'une chaire d'Ana-
tomie générale dans ce même établissement.
C'est au Collège de France que, pendant plus de 3o années, Ranvier
travailla avec une ardeur inlassable et fit toutes les belles découvertes qui
ont illustré son nom. En 1886, il entrait à l'Académie de Médecine et,
l'année suivante, notre Compagnie l'appelait à remplacer Ch. Robin dans
la Section d'Anatomie et de Zoologie. Il était déjà, à cette époque, corres-
pondant et membre honoraire de nombreuses Sociétés et Acad(''mies étran-
gères et docteur honoris causa de l'Universiu'' de Wûrzburg.
Il est difficile de résumer l'œuvre de notre confrère : elle comprend tout
le domaine de l'histologie. Il n'est pas de système de tissus qu'il n'ait
étudié en soumettant ses observations à toute la rigueur de la méthode
expérimentale qu'il tenait de son maître Claude Bernard. Doué d'une
dextérité manuelle des plus remarquables, en employant des procédés de
dissociation aussi simples qu'élégants, imaginés par lui, et des modes de
coloration nouveaux, permettant de dillérencier les éléments des tissus, il a
pu trouver un très grand nombre de faits nouveaux des plus importants,
que n'ont pu que confirmer, à l'aide de méthodes plus compliquées, les
histologistes qui,' après lui, ont étudié les mêmes objets. A l'habileté du
technicien il joignait l'ingéniosité de l'expérimentateur.- Ranvier ne se
contenta pas, en ellét, de décrire et figurer la structure des tissus et de
leurs éléments, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, il voulut connaître
le. fonctionnement de ces tissus et des cellules. Il a créé, selon l'expression
de Claude Bernard, l'histologie expérimentale, ébauchée par Bichat. C'est
en cela surtout que son œuvre se distingue de celle des histologistes alle-
mands, ses contemporains.
Dans ses magistrales leçons, professées au Collège de France et puljliées
par ses élèves, sur le Système musculaire^ sur le Système nerveux, sur les
Appareils nerveux terminaux des muscles de la vie organique^ la physiologie
tient une aussi large place que l'histologie proprement dite.
Les faits nouveaux dont le savant professeur du Collège de France a
enrichi la Science sont trop nombreux pour qu'on puisse seulement les
énumérer. Je me bornerai à signaler les principaux. Dans le domaine du
système nerveux, la découverte des étranglements annulaires lui a permis
de montrer que la gaine de Schwann des fibres à myéline est constituée
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 835
par une srrie de cellules placées bout à bout. Il établit les caractères dis-
tinctifs des fibres nerveuses sans myéline et des fibres conjonctives. Ses
recherches sur la réj^énération des terminaisons nerveuses dans la cornée
et les épithéliums l'ont amené à admettre que la croissance des fibres
nerveuses a lieu par bourgeonnement. Dans le système musculaire, il dis-
tingua les muscles rouges à contraction plus ou moins lente des muscles
pâles qui se contractent plus rapidement, et il étudia avec soin le mode dt
vascularisation et d'innervation de ces muscles. Pour le tissu conjonctif,
dont la constitution avait donné lieu à de nombreuses controverses, il a
montré que les cellules, qu'on voit si nettement dans le tissu lâche, se
retrouvent dans ce qu'il a appelé le tissa conjonctif modelé^ les ligaments
et les tendons. Il convient enfin de rappeler ses recherches sur le dévelop-
pement et la constitution du système osseux, sur la structure de la peau et
des corpuscules du tact, sui- la rétine, sur le sang et le développement des
vaisseaux, sur les glandes muqueuses et le mécanisme de leur sécrétion.
Toutes ces découvertes forment un ensemble considérable et se trouvent
résumées dans son célèbre Traité technique d^llistolot^ic. Ouvrage absolu-
ment original, qui fut traduit en plusieurs langues, et qui est encore
aujourd'hui entre les mains de tous les histologistes.
Ranvier n'a pas été un travailleur solitaire. Sa réputation mondiale
attirait à son laboratoire de nombreux élèves et d-es savants étrangers qui
venaient s'initier à ses méthodes ou entreprendre des recherches sous sa
direction et celle de son dévoué collaborateur Malassez. Il était le chef
incontesté de rÉcole histologique française, et tous les maîtres actuels de la
médecine, de la physiologie, de l'anatomie pathologique, comme de l'histo-
logie, peuvent revendiquer l'honneur d'avoir été ses disciples.
Après une vie de labeur incessant, bien que jouissant encore de toutes
ses facultés physiques et intellectuelles, notre confrère pensa qu'il avait
droit à un repos bien mérité. Il abandonna son enseignement du Collège de
France et se retira dans sa belle propriété de Thélys, non loin de Roanne,
où, comme Cincinnatus, il se consacra aux travaux champêtres. C'est là
qu'il vient de s'éteindre dans sa quatre-vingt-huitième année. Depuis vingt
ans. il avait cessé d'assister à nos séances et beaucoup d'entre nous ne l'ont
pas connu. Mais ceux qui, comme moi, ont eu la bonne fortune d'être son
élève, son collègue et son ami, et de pouvoir apprécier les qualités de
l'homme privé en même temps que la grande valeur du savant, conserve-
ront de lui un souvenir ému et reconnaissant.
L'œuvre de Ranvier est impérissable et ses travaux demeureront un titre
de gloire pour notre pays.
836 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur unc théorie classique de Cauchy.
Note de M. E.GouRSAT.
Dans deux Notes récentes ('), M. Mittag-Leffler est revenu sur une
ancienne démonstration du théorème de Cauchy, pour la comparer avec
celle que j'ai publiée en 1900. Pour éviter tout malentendu, je voudrais
préciser en quelques mots les conclusions de cette comparaison.
La démonstration que j'ai donnée suppose uniquement l'existence de la
dérivée^ tandis que la plupart des démonstrations antérieures supposaient,
plus ou moins explicitement, que le rapport
/(^ + /0-/(^)
h
end uniformément vers /(s) lorsquT' \h \ tend vers zéro. Dans la démons-
tration plus ancienne à laquelle il fait allusion, M. Mittag-Leffler avait
remplacé cette condition par une condition analogue; une expression
formée avec les valeurs de la fonction /(g) en trois points infiniment voisins
doit tendre uniformément vers zéro. Ma démonstration est donc la pre-
mière, du moins je le crois jusqu'à preuve du contraire, qui ne fait inter-
venir aucune condition de ce genre. C'est un point que je tenais à préciser,
parce que les Notes de M. Mittag-Leffler pouvaient donner lieu à quelque
confusion.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la fabrication, de la soude à P ammoniaque.
Note de M. H. le Chatelier.
Les expériences de M. Toporescu, relatives à la préparation du bicar-
bonate de sodium, qui sont données ci-dessous (-), permettent de formu-
ler quelques conclusions intéressantes au sujet de la fabrication de la soude
à l'ammoniaque, en particulier de calculer le rendement théorique de l'opé-
ration, c'est-à-dire la proportion de NaCl transformable en NaHCO^
cristallisé. La comparaison entre ce rendement théorique et le rendement
pratique obtenu dans les usines permet de se rendre compte de la perfec-
(') Comptes rendus, l. 173, 1921, p. 1041, et t. 17V, 1922. p. 789.
{■'-) Page 870.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 837
tion plus ou moins grande avec laquelle sont conduites les opérations indus-
trielles.
Pour cette discussion, j'emploierai la représentation géométrique sur
diagramme carré {fig. i), dont j'ai indiqué l'usage il y aura bientôt trente
B
BSCO^
ans(') et dont j'ai précisé récemment les conditions d'emploi (-V Dans le but
de mieux fixer les idées, je prendrai un mélange salin déterminé, renfermant,
par exemple, o'°°S32 de NaCl et o'^'^^ôS de NH'HCO% représenté
sur le diagramme par le point figuratif M, situé sur la diagonale CD. La
quantité d'eau nécessaire pour dissoudre une molécule de ce mélange est,
d'après les expériences de M. Toporescu, de 4oo^.
(') Comptes rendus, t, 118. 1894, p- ^i5,
(^) Comptes rendus^ t. 172, 1921, p. 345.
838
ACADEMIE DES SCIENCES.
En évaporant cette solution, le bicarbonate cristallise progressivement
et, en même temps, le point figuratif de la dissolution se déplace suivant la
ligne MK. Le prolongement de cette ligne passe par le sommet du carré A,
par^e que le dépôt du bicarbonate ne modifie pas les proportions relatives
de chlore, et d'ammonium existant dans la dissolution.
1,0
Mol, KaCl dans la solution Initiale.
Fij
Tant que le point figuratif n'est pas arrivé en K, il se dépose exclusive-
ment du bicarbonate. Pour avoir ce sel pur, il ne faut pas dépasser la con-
centration correspondant à ce point. Au delà, on aurait un dépôt siniuhané
des deux bicarbonates d'ammonium et de sodium ; le point figuratif suivrait
alors la ligne KJ.
On calcule graphiquement la proportion de bicarbonate cristallisé au
SÉANCE DU 27 MARS I922. SSq
moment où l'on atteint le point K, en employant la règle que j'ai indiquée
précédemment ('). On joint le point K au sommet D du carré, puis parle
point M on mène une parallèle à cette droite. Celte parallèle coupe le
côté AD du carré au point N et le segment DN donne le nombre de molé-
cules de bicarbonate cristallisé, la longueur du côté du carré représentant
une molécule. On trouve ainsi une quantité de bicarbonate égale à o'°°',ii.
Le rapport de ce nombre à la quantité initiale de chlorure de sodium mise
en expérience, o™"',32, donne le rendement o,345.
On peut, par la même méthode, calculer le rendement pour des mélanges
de composition initiale quelconque. Dans le procédé habituel de fabrication
de la soude, où l'on rejette chaque fois les eaux résiduaires après en avoir
récupéré l'ammoniaque, les points figuratifs des divers mélanges mis en
expérience se trouvent nécessairement sur la diagonale CD parce qu'il y a
toujours égalité entre le nombre d'atomes de Na et de Cl, entre le nombre
de molécules de NH' et CO^H. Voici les résultats du calcul pour un certain
nombre de mélanges. On a donné dans la première colonne l'indication de
la quantité d'eau nécessaire pour dissoudre i™"' du mélange salin mis en
expérience et dans la dernière colonne la quantité d'eau nécessaire pour
dissoudre 1™°' du mélange final.
Points E;ui XaCI XalICO' lUndeinent I^;iii
du diagramme. pour 1™°' sel. initial. recueilli. final. pour 1'"°'.
1 — L 280 o,238 0,000 0,000 280
2 — MK 4oc) 0.320 0,110 0,345 240
3 450 o,384 0,200 0,622 ^10
k 490 0,446 o,3oo 0,6-3 i65
5 5o5 o,5oo 0,370 0,740 i4o
6 — OJ 5io 0.626 o,4oo 0.766 127
7 490 o,6o4 o,35o 0,680 122
8 — QI 460 0,696 o.3io 0.463 118
9 4oo 0.782 0,210 0,34./- i34
10 161 0,980 0,000 0,000 161
Ces valeurs du rendement ont été reproduites graphiquement sur la
figure 2. On remarquera que le rendement maximum est placé au sommet
d'un angle très aigu, de telle sorte <{ue pour de très légers changements
dans la composition initiale, dans un sens ou dans l'autre, le rendement
diminue très rapidement. C'est là un point essentiel à prendre en considé-
(1) Loc. cit., p. 349.
84o ACADÉMIE DES SCIENCES.
ration dans la fabrication; il est indispensable de régler avec une très
grande précision la composition des mélanges traités.
Le mode opératoire envisagé dans cette discussion ne correspond pas aux
conditions de la pratique; on ne procède jamais par concentration de disso-
lutions initialement très diluées. On introduit au contraire les sels dans une
quantité fixe d'eau, qui reste invariable pendant toute la cristallisation du
bicarbonate. Au point de vue théorique peu importe, car l'état final d'un
système en équilibre est indépendant des états intermédiaires par lesquels
il est antérieurement passé. Cela suppose, bien entendu, que toutes les
opérations sont rigoureusement réversibles, qu'il ne se forme pas, par
exemple, de croûtes imperméables de bicarbonate de sodium sur des sels
non encore dissous, qui seraient ainsi éliminés du champ de la réaction,
comme cela peut se produire si l'on introduit les deux sels NaCl et
NH^HGO^ à l'état solide dans un volume donné d'eau. Pour éviter cet
enrobage, il est indispensable de prendre les sels à un très grand état de
finesse.
En faisant dissoudre i"'**' du mélange optimum dans 76^ d'eau, soit
Molécules. Poids.
Na Cl o . 52.5 29 , 2
NH'^IICO' 0,475 39,5
1 , 000 68 , 7 \
Dans eau 76»
on doit théoriquement retirer, à la température de i5°, Zj^^ de bicarbonate
de sodium cristallisé. En faisant cette expérience, j'ai obtenu 4i^,S. Le sel
avait été lavé avec une solution saturée de bicarbonate pur.
Industriellement, on part eu réalité d'une solution de chlorure de sodium
plus ou moins voisine de la saturation, dans laquelle on fait dissoudre de
l'ammoniaque provenant de la distillation des eaux résiduaires, puis on fait
passer de l'acide carbonique de façon à obtenir le bicarbonate d'ammo-
nium, qui réagit au fur et à mesure sur le chlorure de sodium.
Prenons le cas d'une solution saturée de chlorure de sodium renfermant
jinoi jg ^Q ggj^ gQ-j^ 58s, 5 dans i63f^' d'eau et ajoutons-y 1'"°' d'ammoniaque,
puis faisons passer l'acide carbonique à saturation. Il doit, d'après le
Tableau précédent, se précipiter o"'°',74 de bicarbonate. Il restera
omo' _ o™°',74) soit i™*^',2G des différents sels dissous dans iG3^ d'eau.
Cela correspond pour 1'"°' de sels à i()3 : 1,26, soit i3os d'eau. Ce poids est
SÉANCE DU 27 MARS I922. 84 1
inférieur à la quantité nécessaire pour dissoudre les sels restants, quantité
qui, d'après la dernière colonne du Tableau précédent, est de i/jo^'. Par
conséquent, dans ce cas, le point K du diagramme sera dépassé et il se dépo-
sera, en même temps que le bicarbonate de sodium, une petite quantité de
bicarbonate d'ammonium; pour éviter cet inconvénient, il faudrait ajouter
au début un peu d'eau à la solution saturre de sel, employer au total,
pour 1™°', 17,5^' d'eau au lieu de i63^.
Voici les résultats d'un calcul semblable pour les divers mélanges "du
Tableau précédent, en partant toujours de la solution saturée de 1'"°'
de NaCl. La première colonne donne la quantité d'eau finale, calculée pour
,moi jgg ggjg restants, en supposant que la réaction a atteint la limite théo-
rique précédemment indiquée et la seconde colonne donne la quantité d'eau
qui serait nécessaire pour dissoudre réellement la quantité des sels restant
finalement en présence :
Numéros Eau finale Eau finale
et lettres. calculée. nécessaire. Diiïérence.
2 — MC 59 240 —181
3 79 -i I o — 1 3 1
4. 1 10 i65 — 55
o 1 3o 1/40 — 10
6-OJ i43 127 - -h 16
7 l48 122 -r- 26
8 — QI i63 118 +45
9 1-5 1 34 + 4 1
Dans le cas des quatre premiers mélanges, il seraitindispensable d'étendre
la solution initiale de chlorure de sodium pour éviter le dépôt de bicar-
bonate d'ammonium. Pour les quatre derniers mélanges, au contraire, il
faudrait ajouter à la solution saturée une certaine quantité de sel solide
en excès pour obtenir le rendement théorique.
Ces conclusions ne peuventpas être immédiatement soumises au contrôle
de la pratique industrielle parce que la température est habituellement
supérieure à 3o° et parce que la carbonatation n'est jamais complète. Les
expériences en cours permettront de compléter ultérieurement cette dis-
cussion.
842 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE. — Études SUT la fermentation lactique. Le souvenir
chez les microbes ('). iSote de MM. Charles Richet, Eudoxie Bachrach
et Henry Cardot.
I. En poursuivant nos études sur la fermentation lactique, nous avons été
amenés à constater un phénomène imprévu, c'est que, lorsqu'une intoxi-
cation, même très légère et de courte durée, a louché un microbe, sa des-
cendance s'en souvient 'longtemps après, quoiqu'elle soit depuis longtemps
revenue en apparence à l'état tout à fait normal, au statu quo ante.
II. Voici comment se peut démontrer ce souvenir chez le ferment lac-
tique.
Il peut y avoir souvenir pour l'accoutumance ou pour l'anaphylaxie.
Prenons d'abord le cas de l'accoutumance.
(]elle-ci commence dès le premier passage (24 heures). Après avoir végété
pendant 24 heures dans un bouillon de culture contenant de l'arséniate
de R, le ferment est déjà quelque peu accoutumé ; car, si on le fait végéter
sur milieu arsenical, il pousse déjà plus activement que le ferment normal
non accoutumé, et la différence est extrêmement nette.
Or celte différence, c est-à-dire V accoutumance à Varscnic, se maintient
pendant loni:,temps, même si [l'on fait pendant longtemps pousser, sur milieu
normal, ce ferment différencié.
On verra nettement cette persistance latente (souvenir) de l'accoutu-
mance dans le graphique suivant {^flg. i).
Après passage de 24 heures sur milieu normal, le souvenir est très net.
Après 9 et 1 5 jours de passages successifs sur milieu normal, et même après
3o jours de passages, c'est-à-dire 3o ensemencements successifs, le souvenir
apparaît encore, quoique atténué. Ce chiffre de 3o ensejnencements repré-
sente un nombre énorme de filiations qui, quoique ayant évolué dans un
milieu normal, n'ont cependant pas oublié qu'une génération mère avait
il y a longtemps subi l'action passagère de l'arsenic.
Ainsi. il y a persistance héréditaire de la très courte et légère accoutu-
mance à l'arsenic. Un mois (3o passages) ne suffît pas pour effacer le sou-
venir de 24 heures (i passage).
(') Le mol tiouvenir ne signifie ici nullenieiit, bien entendu, souvenir conscient. Il
s'agit seulement de la mémoire cellulaire, organique, élémentaire, et sans conscience,
qui est le retentissement prolongé d'une intoxication antérieure ancienne.
En outre,, ce souvenir n'est pas celui de l'individu, mais de la race.
SÉANCE DU 27 MARS I922. ^43
D'ailleurs, à tous points de vue autres que l'accoulumance à Tarséniate
de K, le ferment est redevenu identique au fenuent normal, et cela dès le
premier passage.
400
U
Oljjtei i joM.t
^ jours -{5 JOUIS
Fis, I.
30 ^ou.t',
III. On peut mener la complication plus loin, et même très loin, c'est-
à-dire intoxiquer le ferment non plus par un seul poison, mais par trois
poisons à la fois. Même si cette intoxication ne dure qu'un temps très court
(24 heures), le ferment garde, après des ensemencements successifs pendant
une semaine et peut-être, pendant plus longtemps, le souvenir de chacun de
ces trois poisons.
L'expérience suivante le prouve. Le ferment normal a été cultivé dans un
bouillon contenant à la fois de l'arséniate de K, du sulfate de Cd, et du sul-
fate de Cu, à doses légèrement offensives. Puis on a ensemencé pendant
7 jours (c'est-à-dire par 7 ensemencements successifs) ce même ferment
dans un milieu normal, et l'on a constaté qu'il se souvient à la fois, et très
nettement, de l'arséniate de K, du sulfate de Cd et du sulfate de Cu.
Mais comme les sels de cuivre produisent la sensibilisation anaphylactique
et non l'accoutumance, le souvenir pour les sels de cuivre se traduit par une
SVi
ACADÉMIE DES SCIENCES.
diminution de l'aclivité, tandis que pour l'arséniate de K. et le sulfate
de Cd qui donnent l'accoutumance, il y a accroissement d'activité.
Le graphique suivant (/ig. 2) montre le phénomène dans toute sa netteté,
et il se comprend sans légende explicalive.
□ Soiuke noimaPe ,
■ Souche 'soavvrii
I
"•^^Zo "-^"'/uo O.US'I
Fig. 2.
Cle qui rend cette expérience spécialement intéressante, c'est qu'elle
prouve en toute évidence que le souvenir n'est nullement quelque maladie
persistante du ferment, soit un affaiblissement, soit une exagération de sa
vitalité. En effet, selon la nature des substances toxiques avec lesquelles
il a été pendant 24 heures en contact, il est à la fois affaibli et activé. Il
paraît affaibli pour le cuivre qui anaphylactise; il paraît activé pour le
cadmium et l'arsenic qui accoutument. En réalité, en milieu normal, il n'est
ni affaibli ni activé. Nulle autre modification n'apparaît que son accoutu-
mance à certains poisons, et son anaphylaxie à d'autres.
IV. La conclusion qu'on en peut déduire au point de vue de la physio-
logie générale est très importante.
En effet, comme les ferments microbiens gardent longtemps le souvenir
d'une intoxication aussi faible que passagère, il s'ensuit que chaque ferment
ensemencé, pris à telle ou telle origine, est différent de tous les autres,
puisque les origines ne sont pas identiquement les mêmes. Il a sa caracté-
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 845
ristique, son individualité ('). Il est lui-même, et non pas autre, de par son
évolution antérieure, de par les milieux dans lesquels il a vécu, milieux qui
n'ont jamais pu être identiques entre eux.
Notre individualité psychologique (c'est-à-dire notre personnalité) est
évidente, de par nos souvenirs, nos volontés qui sont particulières à noire
Tnoi., et qui ne nous permettront pas de nous assimiler à quelque autre
personnalité qui n'est pas nous-même. Il semble qu'il en soil de même pour
l'individualité microbienne, comme aussi sans doute pour l'individualité
de toute cellule vivante.
Autrement dit, il est prouvé par nos expériences que lorsque deux cultures
de micî'ohes, de même espèce, ont vécu, même très peu de temps, dans des milieu j:
même très peu différents, elles sont différentes l'une de l'autre.
ÉCONOMIE INDUSTRIELLE, — Su.r le salaire p<waholique.
Note de M. Ch. Lallemand.
Parmi les questions importantes dont l'industrie, dans les dernières
décades, a dû se préoccuper, figure le mode de rémunération du travail.
Pendant longtemps, les seuls systèmes en usage ont été, d'une part, le
salaire au temps (soit à l'heure, à la journée, au mois ou à l'année) et,
d'autre part, le salaire à la tâche. Sous la pression de l'expérience, et en vue
de mieux répondre aux conditions du problème, on a progressivement été
conduit à substituer à ces deux systèmes, relativement simples, d'autres
solutions un peu plus complexes.
Dans une Note sur les Formules modernes de Salaire, M. F. Bayle a
passé en revue les divers procédés successivement essayés. D'après
lui, le premier en date serait le système que, dès l'année 1888,
c'est-à-dire il y a 34 ans, j'avais imaginé, sous le nom de salaire parabo-
lique, pour la rémunération des opérateurs et manœuvres employés aux
travaux du Nivellement général de la France. Il n'est peut-être pas inu-
tile d'en indiquer sommairement ici le principe, avec les résultats pra-
tiques obtenus.
En établissant le contrat de travail, le patron met en balance, d'une part,
le salaire à payer et, de l'autre, le travail produit; de son côté, sciemment
ou non, l'ouvrier compare ce même salaire avec l'effort correspondant à
(') Nous disons individualité et non personnalité: carie mot personnalité innplique
la conscience.
846 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dépenser par lui, effort qui, à chaque instant, toutes choses égales d'ailleurs
et pour un même travail élémentaire, croît avec la fatigue de l'organisme à
cet instant.
Le problème à résoudre était de concilier du mieux possible les divers
intérêts en présence. Or, d'une part, le salaire au temps ne vise aucun des
deux facteurs en cause : dépense d'énergie, pour l'ouvrier; rendement, pour
le patron. Et, d'autre part, le salaire à la tâche, ne visant que le second de
ces éléments, intéresse plus l'employeur que l'ouvrier.
J'ai imaginé une formule mixte, ayant pour objet d'assurer automati-
quement à l'ouvrier une sorte de participation dans les bénéfices de l'entre-
prise. Cette formule est basée sur les considérations suivantes :
A. Cas (Van travail indwidud. — Le salaire élémentaire <^S, correspon-
dant à un travail très petit t/T, doit croître, ai-je dit, comme l'énergie
dépensée à exécuter ce travail. Or cette dépense est proportionnelle, d'une
part, à 6?T, et, de l'autre, à la fatigue des'musclesau même moment, fatigue
elle-même en rapport avec le travail T déjà accompli par l'ouvrier depuis
son arrivée au chantier.
y. étant un coefficient constant, on a donc la relation difîérentielle
f/S =^ aT f/T,
dont l'intégrale est
S„ désignant le salaire minimum, payé même pour un travail nul. La
courbe représentative du salaire, au lieu d'être une ligne droite comme
dans le cas du travail à la tâche, est ici une parabole, d'où le nom donné
au système.
Soient maintenant :
F, la part des frais généraux afférente à la période de temps (heure, jour, mois ou
année) durant laquelle a été exécuté le travail T;
TïT. le prix correspondant de revient de l'unité de travail.
On a
F -^ S __ F + So a T
T T ' 1
Les coefficients a et S„ doivent être choisis de manière que, d'une part,
dans les plus mauvaises conditions, l'ouvrier reçoive un salaire convenable,
et que, d'autre part, le prix de revient diminue à mesure que le rendement
augmente. Ceci exige que la dérivée yr, soit négative, tout au moins pour les
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 847
valeurs de T inférieures au rendement maximum T,„ susceptible d'être
atteint, dans les circonstances les plus favorables, durant la période consi-
dérée de temps.
Or on a
dw ^ F -t- S,j a
d^ ~ Y- ^ a'
Pour que la condition précédente soit remplie dans tous les cas, il faut et
il suffit que les coefficients a et S„ satisfassent à la relation
2(F + S„)
a.;
T;
les frais généraux F étant ici évalués à leur minimum.
B. Cas d\in iravail collectif. — La théorie précédente s'applique, sans
difficulté, au cas d'un travail exécuté par une équipe formée d'agents de
divers grades ou de diverses spécialités; mais, dans ce dernier cas, S repré-
sente le salaire global à partager entre les intéressés.
Voici comment on peut faire ce partage. Soient :
//), /?.,, . . . les nombres respectifs d'agents des i''", 1^, ... catégories;
5,, 5o, . . . les salaires individuels correspijndanls ;
.y,, .Vo, • . • doivent satisfaire atix deux conditions suivantes :
i'^ La somme des salaires partiels doit être égale au salaire global à
répartir :
n 1 fi H- vi^-So + . . . = S ;
2° X,, X%, ... étant des nombres proportionnels aux salaires habituels,
connus, des agents des diverses spécialités, on doit avoir :
/. I /.o /il /, 1 -H n-i Aj -h . . . H
11 étant une nouvelle constante définie par la condition
H — /<iA,H- //oA%,
D'après cela, le salaire individuel des agents de chacune des catégories
est une fraction constante du salaire global de l'équipe :
Il suffit donc de déterminer S comme dans le premier cas.
G. Application au travail des équipes du Sendce du Nivellement général de
la France. — Ce travail étant évalué d'après le temps normal nécessaire
848
ACADÉMIE DES SCIENCES.
Abaque liexagruial servant au calcul des primes et salaires des opérateurs et porte-mires
du Service du Nivellem.ent général de la France.
( 1-Iclielle de 12.)
L'exemple représenté sur l'abaque répond aux données suivantes, pour un mois d'opérations :
ii4'"" de cheminements doubles, avec scellement préalable des repères [point Oi sur l'échelle IJ;
io65 stations du niveau (nivellement de 2" ordre) [point On sur l'échelle II]; 170 repères scellés
dans la pierre dure [point Om sur l'échelle III].
1° Par chacun des points Oi, On, Om, on a tracé une directrice parallèle aux lignes-guides ponc-
tuées (...) entne lesquelles se trouve le point considéré;
2* Par le point de rencontre des deux directrices de O, et de Ou, on a mené une parallèle aux
lignes ponctuées constituant le troisième réseau de lignes-guides;
3° Par le point d'intersection de cette parallèle avec la directrice de Om, on a tracé une hori-
zontale coupant les échelles de salaires et de piimes.
Sur ces échelles, à la rencontre de l'horizontale en question, on lit finalement le salaire journalier
des porte-mires et la prime journalière de l'opérateur, savoir :
1° i2f%65, II'"', 25 et g'', 80, res^pectivement pour les porte-mires de première, deuxième et troi-
sième classe;
2" 2^', 20, Qu i''%8o-, pour la prime de l'opérateur, selon qu'il est conducteur ou commis des Ponts
et Chaussées.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 849
à son exécution, la théorie qui précède conduit à la formule suivante :
«=i^
■^ (LÀ + Nv + Ro)2
L représente le nombre mensuel moyen de kilomètres nivelés;
X, le nombre mensuel moyen de stations du niveau;
H, le nombre mensuel moyen de repères scellés;
À, le nombre de minutes alloué par kilomètre nivelé (temps variable selon la nature
des opérations : cheminement simple ou double, avec ou sans scellement préalable
de repères) ;
V, le nombre de minutes alloué par station du ni\ eau (nombre variable avec Tordre du
nivellement);
p, le nombre de minutes alloué par repère scellé (nombre variable avec la dureté de
la pierre dans la région);
5', le temps mensuel total correspondant;
^, le temps journalier moyen correspondant;
K, un coefficient égal à g, 8 ou 7, suivant la classe du porte-mire;
H et (3, deux constantes respectivement égales à 9^44 et à 108000.
Mon adjoint, M. Prévôt, a traduit en un abaque hexagonal reproduit
ci-contre, cette formule où figurent, en fait, onze variables, savoir : six
données, L, N, R, /., v, p, et cinq inconnues, les salaires — d'avant-guerre
— des trois classes de porte-mires et les primes des deux classes d'opérateurs.
Sur les trois échelles binaires I, II, et III correspondant aux trois élé-
ments du rendement, on a tracé, une fois pour toutes, les droites corres-
pondant aux temps unitaires alloués pour les diverses opérations élémen-
taires.
L'abaque est imprimé sur les feuilles même de paie, de manière à permettre
aux intéressés d'y contrôler la correction du tracé des lignes conduisant à
l'indication de leur salaire.
Avec ce nouveau mode de rémunération, le salaire des porte-mires qui,
en 1884, réglé à la journée, ne dépassait pas 6'^'',3o en moyenne, s'est élevé
à 12'^'', 25 en 1888, pendant que, simultanément, le prix de revient kilomé-
trique des nivellements de premier ordre s'abaissait, de 4o*^'" en 1884, à 33''
en 1888.
M. A. DE Gramoxt présente à l'Académie un Mémoire dont il est l'au-
teur, intitulé : Sur l emploi de l'analyse spectvogrophique en métallurgie :
spectres de dissociation des aciers spéciaux^ extrait de la Reçue de Métallurgie,
numéro de février 1922.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 13.) 62
85o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Cette étude, accompagnée de planches spectrales, porte sur les aciers au
nickel, au chrome, au cobalt, au molybdène, au tungstène, au vanadium
et au titane. Les alliages examinés contenaient de deux à quatre de ces
éléments réunis dans le même acier, sans que leur détermination rapide en
fût rendue moins aisée.
CORRESPOND AIVCE
M. A. ScHusTER adresse le programme des travaux de la deuxième
assemblée générale du ConscilinleiJiational des Rechcrclics, qui se tiendra à
Bruxelles, du 25 au 29 juillet prochain.
M. le Ministre du Travail invite l'Académie à lui désigner un de ses
Membres qui occupera, dans la Commission supérieure des Maludics profcs-
sio/mr//es, la place vacante par l'expiration des pouvoirs de M. Widai,
rééligible.
M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
Ministère des régions libérées. Reconstitution foncière et cadastre. Emploi
de la photographie aérienne aux levés cadastraux et aux levés géographiques.
Rapport sur les éludes techniques effectuées en 1919 et 1920 sous la direc-
tion de M. H. RoussiLiiE. (Présenté par M. Ch. Lallemand. )
Nouvelle géographie universelle^ par Eunest Granger, i'*' Partie.
ALGÈBRE. — Sur un théorème d'algèbre. Note de M. Paul Mostel.
1. M. Landau a démontré que l'équation trinôme
a toujours une racine dorlt le module ne dépasse pas 2 et que l'équation
quadrinome
i -\- X ->r ax"^-\- bx'^=z o
a toujours une racine dont le module ne dépasse pas un nombre inférieur
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 85 I
à 5-^- lia posé la question de savoir si Irqualion à /• -4- i termes
1 + ^ H- «1^'".+ aiX"'^-\-. . .+ rt/,_i.z- '"*—=: o,
a toujours une racine dont le module est limité supérieurement par un
nombre o(A- ) ne dépendant que du nombre dt^s termes de Téquation (' ).
Dans une Noie récente, M. Sarantopoulos a annoncé qu'il avait obtenu
une démonstration algébrique de l'existence de ce nombre o(^) (^).
Je me propose d'énoncer ici une proposition faisant connaître la valeur
tout à fait simple de o{k) et quelques généralisations de cette proposition.
On établit, par une voie très élémentaire, le théorème suivant :
V équation à k -k- \ termes
I < "'1 < /"2 < • . . < "l/^^i
a toujours une racine dont le module est inférieur ou égal à />\ La râleur
maximum de ce module n^'st atteinte que pour les racines de V équation
J'Y
2. Supposons que, au lieu de fixer le coefficient de x, on ait fixé, dans
l'équation, le coefficient de la puissance xP. On peut toujours, par le chan-
gement de X en A.r, admettre que ce coefficient est égal à l'unité; on a alors
l'équation à /• 4- i termes
I -t-rt,a;"'.-i- a^x'"^-\-. . . + x'' -^ . . .-\- fl'/,_,vr '"»-.= o,
mi < ;«o < . . . < /» < . . . < /«A-i.
Une équation à k -h i termes, dont le terme constant et le coefficient de x^
sont égaux à V unité, a toujours une racine dont le module est inférieur ou
égala vC/', en désignant par Cl le nombre des combinaisons de k objets, pris
pàp. .
(') E. Landau, Ueber den Picardsclien' Satz {Vierteljahrsschrifl der natiir--
forschenden Gesellschaft in Zurich, t. 51, 190O, p. 3i--3i8). — Sur quelques géné-
ralisations du théorème de M. Picard {Annales de l'École IS or maie, o" série, t. 24,
1907. P- 198-201).
(-) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 592.
852 ACADÉMIE DES SCIENCES.
3. Considérons maintenant l'équation à / H- i termes
I -t- Jc"- + «i .r'"' -I- a.2 œ'"^ H- ... -h a;^_i .7-"'''-< = o ;
nous pourrons ici donner une limite supérieure des modules de deux racines
de l'équation qui ne dépendra que du nombre /• et énoncer le théorème sui-
vant :
Une équation à k -^ \ tenues dont les deux termes de moindre degré sont i
et X' a toujours deux rucines d(mt le module est inférieur ou è^al au nombre
équations
=^0. Le module maximum n'est atteint que pour les racines des
(-Vl"(-f)
Pour l'équation
2<p<mi< m^ < . . . <[/Wx_, ,
j'ai obtenu des résultats moins précis.
Une équation à k-\-\ termes dont les deux termes de moindre degré sont i
et xP a toujours p racines dont le module ne dépasse pas un nombre fixe (ù(j), k),
ne dépendant que de p et de k.
Je crois que l'on peut prendre o(/?, /) = vGJ;^/_j, mais je ne l'ai pas
démontré rigoureusement.
4. Considérons enfin l'équation à /. H-jo termes
^pT^^y /?<m,<. ..<M^._,,
dans laquelle les nombres a,, a^, . . ., a^ sont fixes. On établit la proposition
suivante :
Une équation à l; -\- p termes dont les p -h i termes de moindre degré sont
fixes et dont le coe fficient de x'' n'est pas nul a toujours p racines dont les mo-
dules ne dépassent pas une linnte r^(^p^ k, y.^, y..,, . . . , y.^^ne dépendant que des
entiers p et k et des valeurs des coe.fficienis a,, a^, . .., a^,, des termes en Xy
x^, ..., x^, le terme constant étant supposé égal à r unité.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 853
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — 5///' les équations non linéaires aux dérivées'
partielles du second ordre du type elliptique. Note de M. Georges Giraud.
Les propriétés énoncées dans ma dernière Note (') relative à l'équation
du type elliptique
^[d'^u d-u ÔUi Ou du \
\d^i\ Ud^iOji-2 ax-,„ OJCi or m J
admettant la solution u = o, appellent une rectillcation et peuvent recevoir
quelques compléments.
Tout d'abord le contour C, sur lequel on donne
«=/9(a,, a.,, . . ., a,„_, ).
a été supposé suffisamment petit : or il est au moins plus simple de le
supposer, en outre, convexe, et même à courbures principales en chaque
point assez fortes. Ces conditions sont remplies si C est une hypothèse. Le
rayon assez petit, cas auquel je me bornerai dans ce qui suit. Toute hypo-
thèse sur le signe de F^ devient alors inutile.
Le fait que la solution obtenue est analytique à l'intérieur du contour C
ne s'apercevait pas directement sur les limitations données dans ma dernière
Note. Pour éviter de recourir à d'autres considérations, par exemple
aux raisonnements de M. Gevrey ( - ), on peut établir ce point comme
il suit.
Supposons que l'hypersphère C de rayon «, sur laquelle on donne a^
soit intérieure à une hypersphère D de rayon «', telle que F soit holomorphe
quand (a?,, x.^^ . . . ^ x^^) est dans D ou sur son contour, u et ses dérivées ne
sortant pas d'un domaine Z assez petit et comprenant les valeurs
du ^ d^u
dx^ ' ' ' 0^1,
Soit
( 2) :r] -t- a\] -H . . . H- x*„ = (7'-
l'hypersphère D. Introduisons, au lieu de x^, a?,, ..., ^,„, des variables
C) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 543. Jai cliangé en ru le nom du nombre des
variables, pour éviter la confusion avec le rang n des approximations successives.
(^) Maurice Guvrey, Sur la nature analytique des solutions des équations aux
dérivées partielles {Annales scientifiques de V Ecole Normale supérieure^ t. 35,
1918, p. 129), où les résultats sont démontrés pour /?* =r 2. et annoncés pour m > 2.
854 ACADÉMIE DES SCIENCES.
complexes,
-/, = f'/c -+- ijk ' (/.= I ,:?.... , m ) ,
et considérons le domaine linéairement connexe, comprenant l'intérieur
de 1^, et Iimit('' par Tenveloppe des hypersphères
(3) .x\ -H cv\ +. . .+ xl,-^y\ + r2 +. . . + jf„ — '.ly.-fH — iy.f\.—. ..— ifn.rim = «",
oîi "^17 "'^j2> • • • j flm sont des paramètres liés par la seule relation
(4) -/)j + -05+. .. + -fl;„ = 6'-.
Pour avoir l'enveloppe, on doit poser
( ■">) yk — >^-oa ( /.■ — ï , 2, . . . , m),
et A est donné par l'équation
(6) x\ + x\^... + xi, + o. — KYir-^cr--^ir-;
la portion utile de cette enveloppe est celle qui satisfait aux inégalités
(7) x\-{- xl + ...+ x-„,''^a'-, \lo.
Considérons le domaine analogue où a^, 1/ sont remplacés par a et par
le nombre h tel que a' b = ah' . Si a', h' et le rapport a' : h' sont assez
petits, le domaine complexe défini par les relations (5), (<)), (7) peut être
substitué au domaine réel de ma Note précédente; chaque fois qu'on passe
d'une approximation à la suivante, on le remplace par un domaine plus
petit, homothélique du précédent, et contenant toujours C à son intérieur.
Les rapports successifs {a' — a) ; a tendent vers zéro et jouent un rôle
analogue, dans les limitations, au nombre R de ma dernière Note. On
prouve ainsi la convergence uniforme dans le domaine défini par les rela-
tions analogues à (5), (6), (7), où a' , // sont remplacés par rt, b. La limite
est par suite holornorphc à V intérieur de ce domaine.
La démonstration s'appuie sur le fait que les caractéristiques des sphères
(8) x\ + x\ + . , .-\-xl,^ y\-vy\-\-.. • + jL— 27iYi,— 2/2 Y)2 — ...— iy,„'(i„^ = a'
OÙ les paramètres r^, , 7]2, . . ., y]^ sont liés par la rektion
(9) Y)]4- Yj^ + . . .+ Yi^, = C-,
C étant assez grand, peuvent être substituées au domaine réel dans la solu-
tion du problème de Dirichlet; en effet, le conoïde caractéristique de
M. Hadamard, relatif à un point d'une de ces multiplicités, n'a alors abso-
lument que ce point de commun avec la multiplicité.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 855
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur le rôle de la loi de Gauss dans la théorie des
erreurs. Note de M. Paul Lévy, présentée par M. Hadamard.
Le rôle de la loi de Gauss dans la théorie des erreurs s'explique par la loi
des grands nombres, qu'on peut énoncer comme suit : des erreurs indépen-
dantes les unes des autres^ très nombreuses et très petites^ ont une somme qui
obéit à la loi de Gauss.
Depuis Bernoulli, Gauss, Laplace et Poisson, de nombreux auteurs ont
montré l'importance de cette loi. Mais il ne semble pas qu'on ait donné de
démonstration à la fois rigoureuse et ne s'appuyant que sur des hypothèses
assez larges pour qu'on puisse aisément admettre qu'elles sont vérifiées en
pratique. Poincaré n'a considéré que le cas où la fonction caractéris-
tique 9(^), valeur probable de cosjj; h- ?'sin ::./-, est développable en série
de Taylor; mais sa méthode a une portée bien plus grande qu'il ne l'a"
indiqué. J'ai déjà donné des indications sur ce sujet dans mon cours de
l'Ecole Polytechnique, et je me propose d'y revenir avec plus de dévelop-
pements. J'indique seulement ici les hypothèses qu'il faut faire sur les lois
de probabilité composantes pour arriver au résultat.
Désignons par F(.ï-) la probabilité pour que, dans (me de ces lois, l'erreur
soit inférieure à x, et supposons sa valeur probable (si elle est finie), ramenée
à zéro par addition d'une constante. Il faut supposer :
1° Que les très grandes valeurs de l'erreur sont très peu probables; d'une
manière précise que l'erreur quadratique moyenne 111^ définie par
-/
.r- d¥ {x),
soit finie et que, si petit que soit £, on puisse déterminer un nombre c, le
même pour toutes les lois composantes, tel qu'on commette sur l'intégrale
précédente une erreur relative inférieure à £ en négligeant les valeurs àear
supérieures à c.
2^ Qu'aucune erreur ne constitue une fraction appréciable de l'erreur
totale; d'une manière précise, que nr constitue une fraction inférieure à t
de la somme M- = Zm-.
L'importance de la deuxième condition est évidente. Pour mettre en évi-
dence celle de la première, nous allons étudier le cas de lois pour lesquelles m
soit infini.
856 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Considérons d'abord la loi de probabilité définie par
(1) ■ F'(.r)
Elle jouit des propriétés suivantes : si deux erreurs obéissent à cette loi,
avec des valeurs « et è du paramètre, l'erreur totale obéit à la même loi,
avec la valeur a -h b du paramètre. Si n erreurs obéissent à cette loi, l'erreur
totale obéit à la même loi, le paramètre devenant 71 fois plus grand (et non
y// fois, comme dans l'énoncé liabituel de la loi des grands nombres). La
précision ne peut pas être augmentée en prenant la moyenne de n mesures,
à moins qu'on ne prenne le soin d'écarter, dans une proportion déterminée,
les mesures ayant donné les plus grandes et les plus petites valeurs; sans
cette précaution, l'influence de quelques mesures très défectueuses empê-
cherait d'obtenir une bonne évaluation de la quantité à mesurer.
Ces résultats peuvent s'étendre à d'autres lois. Si l'on cherche toutes les
lois stables, c'est-à-dire tous les cas dans lesquels deux erreurs obéissant à
des lois de même forme (c'est-à-dire se ramenant l'une à l'autre par un
changement d'unité) ont pour somme une erreur obéissant à une loi de la
même forme, on trouve pour la fonction caractéristique d'une telle loi
(2) \ogc^{z)~—\az\=', (o<a<2).
Pour a = 2, on a la loi de Gauss, et, pour a — i, celle définie par la for-
mule (i). La relation entre les paramètres des lois composantes et celui de
la loi résultante est
Si a^i,on peutdévelopper une théorie delà compensation des erreurs iden-
tique à celle déduite de la loi de Gauss, à cela près que les poids des différentes
a
mesures sont proportionnels à a'"". Si a^i, cela n'est pas possible; pour
a<^i la précision des mesures, au lieu d'augmenter si l'on remplace plu-
sieurs mesures par leur moyenne, diminue.
Chacune de ces lois a un domaine cVattraction composé de lois de proba-
bilité pour lesquelles elle joue le même rôle que la loi de Gauss pour les lois
pour lesquelles m est fini. Ce domaine comprend les lois pour lesquelles la
valeur probable de \x\p est finie sijo < a et infinie siy9>» a.
Indiquons enfin les circonstances qui se présentent si l'on compose des
lois appartenant à plusieurs domaines d'attraction différents, par exemple
p lois de la forme (i), avec le paramètre a, et q lois de la forme de Gauss,
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 857
avec le paramètre h. On trouve pour la loi résultante
\o^o{z)= — pa\z\~qbz'-,
d'où
logol -]=— a\z\~
r,h
A la limite, si p et q sont du même ordre de grandeur, on trouve la loi
définie par la formule ( ij. D'une manière générale, c'est la loi correspon-
dant à la plus petite valeur de a qui l'emporte. Le résultat peut changer si/j
et ^ ne sont pas du même ordre de grandeur; on remarque en particulier
dans l'exemple cité que si ç' = c/?^, on trouve à la limite la loi définie par
qui n'est pas une loi stable. On peut être tenté de considérer comme évident
qu'on ne peut obtenir à la limite qu'une loi stable. Cela n'est exact que si/>
el q sont du même ordre de grandeur, et, dans ce cas, la démonstration du
fait énoncé est immédiate.
GÉOMÉTRIE. — Sur les espaces conformes généralisés et VUnivers optique.
Note de M. E. Cartax, présenrée par M. Emile Borel.
D'après une définition générale donnée dans une Note précédente ('),
un espace conforme généralisé est un espace qui jouit, au voisinage de chaque
point, de toutes les propriétés de l'espace conforme et pour lequel on a une
loi de repérage mutuel de deux systèmes de référence attachés à deux points
infiniment voisins. Je rappelle que dans un espace conforme les seules pro-
priétés intrinsèques des figures sont celles qui se conservent par une trans-
formation conforme (déplacement, similitude, inversion ou combinaison
de ces transformations); la notion de distance n'existe pas (tandis que celle
d'angle subsiste); néanmoins on peut parler du rapport des longueurs de
deux vecteurs infiniment petits issus d'un même point. Analytiquement, les
transformations conformes sont les transformations les plus générales qui
conservent l'équation obtenue en annulant une forme quadratique de difle-
rentielles à coefficients constants (l'équation c^a^'-i- </y- -H c/:;'* = o pour
l'espace conforme ordinaire). En relativité restreinte la propagation de la
lumière se fait d'après l'équation dx- -\- dy'^ ■+- dz- — c-dt- = o : cette équa-
(') Comptes rendus, t. ITi, 1922, p. -34-736.
858 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tion définit un Univers conforme à quatre dimensions; les rayons lumineux
jouent dans cet Univers le même rôle que les droites isotropes dans l'espace
conforme ordinaire.
Les transformations conformes qui laissent invariant un point donné A
forment un sous-groupe du groupe conforme : par une inversion de centre A
ce sous-groupe se ramène au groupe des similitudes (déplacements et homo-
théties); en particulier les transformations qui, par Tinversion considérée,
se réduisent aux translations, jouissenl de la propriété de remplacer tout
cercle passant par A en un cercle tangent; autrement dit, elles conservent
toutes les directions issues de A ; nous donnerons à ces transformations parti-
culières le nom Relations. En définitive, il résulte de ce qui précède que
toute transformation conforme qui laisse fixe un point donné A peut se
ramener : i° à une homothélie de centre A; 2" à une rotation autour de A;
3*' à une élation. C'est l'existence de ces élations qui distingue l'espace
conforme de l'espace euclidien des similitudes dont TUnivers de H. Weyl
peut être considéré comme une déformation (').
Cela posé, atout espace conforme généralisé correspondra une équation
obtenue en annulant une certaine forme quadratique de différentielles ;
mais cette équation ne suffira pas pour définir l'espace généralisé, car elle
ne donnera qu'une partie des éléments nécessaires au repérage mutuel de
deux systèmes de référence attachés à deux points infiniment voisins. Quelle
que soit cette loi, elle se traduira, pour tout contour fermé infiniment petit
partant d'un point A et y revenant, par une transformation conforme infini-
ment petite associée à ce contour et qu'on pourra toujours décomposer :
1° en une translation; 2° en une homothétie de centre A; 3° en une rota-
tion autour de A; 4° en une élation de centre A. L'espace conforme géné-
ralisé aura ainsi une courbure de translation ou lorsion, une courbure
d'homolhétie, une coui bure de rotation et une courbure d'élation.
L'équation obtenue en annulant le ds- de l'Univers d'Einstein définit
une infinité d'espaces conformes généralisés. Les rayons lumineux seront
les droites isotropes généralisées d'un de ces espaces si celui-ci est dénué de
torsion.
A une équation ds- = o donnée correspondent une infinité d'espaces con-
formes généralisés dénués de lorsion. Parmi tous ces espaces on peut en
trouver un et un seul satisfaisant aux conditions supplémentaires suivantes :
i'^ Il n'a pas de courbure d'homothétie ;
(*) Loc. cil.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. SSg
2° Le tenseur de Ricci (' ) est identiquement nul.
Il est évident ([ue les propriétés géométriques de cet espace, qu'on
pourrait appeler normal, sont liées d'une manière invariante à l'équation
ds'- = o donnée.
Si l'espace considéré est à /? = 3 dimensions, la condition 1° entraîne la
suppression de la courbure de rotation ; toute direction issue de A reste
invariante par le déplacement associé à un contour fermé quelconque
partant de A et y )"evenanl : on peut dire que toules les directions issues
d'un point sont stables. Si la seule courbure d'élation qu'admet l'espace
normal vient elle-même à disparaître, Tespace est identique à l'espace
conforme ordinaire.
Si /î>3, la condition 2° n'entraîne pas en général la disparition de la
courbure de rotation. Mais si cette courbure est nulle, la courbure d'élation
est aussi nulle d'elle-même et l'espace est identique à l'espace conforme
proprement dit.
Le cas /i = 4 <?st particulièrement important. Nous pou\ ons convenir
d'appeler Uniçcrs optique d' Einstein l'espace conforme généralisé normal
défini en annulant le ds'- de l'Univers d'Einstein. C'est conformément aux
propriétés géométriques de cet Univers optique que se fait la propagation
de la lumière. La courbure de rotation de cet Univers est définie en chaque
point par dix quantités scalaires, ou encore par une forme quadratique
ternaire à coefficients com plexes, qu'un changement du système de référence
transforme par une substitution orthogonale. Au pointde vue géométrique,
la propriété suivante mérite dètre signalée. 11 existe en chaque point A
quatre directions optiques (cest-à-dire annulant le ds'-) privilégiées. Elles
sont caractérisées par la propriété que si AA' est Tune d'elles, elle se con-
serve par le déplacement associé à un parallélogramme élémentaire admet-
tant comme côtés AA' et une autre direction optique quelconque issue de A.
Dans le cas du c?5" d'une seule masse attirante {ds- de Schwarzschild), ces
quatre directions optiques privilégiées se réduisent à deux (doubles) : les
deux rayons lumineux qui leur correspondent iraient au centre d'attraction
ou en viendraient.
Une autre remarque intéressante est fondée sur la relation entre le tenseur
de Ricci et le tenseur d'énergie. Elle peut se formuler de la manière suivante :
Dans toute région ride de matière, la courbure de l'Univers matériel d'Einstein
est de la même nature géométrique que la courbure de rotation d^un espace
(') Cf. G. BoMPiANi, Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 789.
86o ACADÉMIE DES SCIENCES.
conforme généralisé normal. C'est là un énoncé assez curieux de la loi de la
gravitation d'Einstein.
Je signalerai en terminant une propriété intéressante du système d'équa-
tions différentielles qui définit les cercles généralisés d'un espace conforme
généralisé normal. Si n est quelconque, on connaît sans intégration un
multiplicateur de Jacobi de ce système. Mais si n = 3, on connaît en outre
un invariant intégral linéaire relatif (ce qui ramène Tintégration à celle
d\in système d'équations canoniques). Il est facile de donner une interpré-
tation géométrique de cet invariant. Considérons un pinceau de cercles et
une courbe fermée quelconque entourant le pinceau. Imaginons, dans
l'espace conforme tangent attaché à chaque point M de cette courbe, les
deux sphères (S) et (H), Tune tangente, l'autre normale à la surface latérale
qui limite le pinceau, qui admettent un contact du second ordre avec le
cercle généralisé passant par M. La sphère(S') attachéean pointinfiniment
voisin M' fait avec la sphère (2) un angle très voisin de -, soit 7 -h t. L'inté-
grale des quantités £ étendue au contour fermé est indépendante de ce
contour et ne dépend que du pinceau donné. Celte propriété, qui est natu-
rellement vraie dans l'espace ordinaire, s étend à tout espace normal à trois
dimensions.
/ MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Étude des pertes par frottements dans les moteurs
à combustion interne. Note de M. Axdré Plamol, présentée par
M. Cl. Kœnigs.
L'étude de ces pertes a été entreprise dans l'espoir de dégager une loi
régissant les variations, en fonction de la pression moyenne au diagramme
développé, des frottements internes des moteurs à combustion.
Cette loi permettrait de déduire la valeur du rendement organique,
pour une charge quelconque, de mesures mécaniques directes substituées
aux méthodes méticuleuses et incertaines basées sur l'emploi de l'indicateur
de Walt.
Il a été reconnu expérimentalement qu'une telle loi serait très bien
représentée par la formule simple
(i) C^ — a + bW
dans les cas étudiés jusqu'à présent.
Les expériences ont été poursuivies depuis deux ans sur un moteur
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 861
expérimental : monocylindrique à 4 temps, marchant au gaz de ville,
construit par les ateliers de Winlerlhur: il développe 3o HP à 200 t: m avec
une compression volumétrique
—-=7,0.
Ce moteur, de construction très soignée, et spécialement établi pour les
recherches, a été progressivement muni de tous les dispositifs expérimen-
taux nécessaires.
Les procédés mis en œuvre ont été les suivants :
a. Mesure du rendement organique à Tindicateur et au frein de Prony.
b. Entraînement du moteur, tournant à vide, par différentes machines
électriques étalonnées.
c. Mesure directe des résistances passives par la méthode cinétique due à
M. le professeur Wilz, amenée au plus haut degré possible de préci-
sion.
Ces deux dernières méthodes, Tune recoupant l'autre, ont en outre con-
duit à l'étude des variations de C/ en fonction de la vitesse d'une part, et
d'autre part en fonction de la température de Teau de refroidissement,
étroitement liée à la température de paroi du cylindre, et, par suite, aux
conditions de graissage du piston, celle-ci rendue nécessaire par l'influence
prépondérante de cette température de l'eau sur les variations de Cf obli-
geant au calcul de corrections de température.
Enfin la méthode de mesures directes à l'indicateur a donné d'excellents
résultats grâce à la vitesse de rotation modérée du moteur, grâce aussi au
soin extrême apporté à l'élimination des erreurs systématiques accumulées
dans ces mesures.
Ces erreurs sont de toutes sortes, venant tant de l'indicateur lui-même
(jeux du mécanisme amplificateur, lancés dynamiques et surtout frotte-
ments de tout l'appareillage mobile) que de ses commandes de mouvement
(jeux, longueur excessive des cordes, défaut de similitude des mouvements),
tant enfin que de la communication de l'indicateur avec le cylindre moteur
(pulsations de la colonne gazeuse, résistances de passage excessives).
Cette dernière source d'erreurs systématiques a pu être mise en évidence
d'une façon complète par un dispositif nouveau de tampons interchan-
geables munis de canaux de passage de "profils variés dont est muni le
moteur expérimental.
Les erreurs accidentelles ont été éliminées dans la mesure du possible
862 ACADÉMIE DES SCIENCES.
par r usage de plusieurs indicateurs différents, employant des pistons et
ressorts très variés, ainsi que par la mise en œuvre de plus d'un millier de
diagrammes, portant sur près de dix mille cycles moteurs.
L'ensemble des résultats ainsi obtenus a confirmé d'une façon excellente
les vues qui ont guidé ces travaux, et a montré que le couple résistant de
frottement du moteur expérimental exprimé en kilogrammètres pouvait
être mis sous la forme
(2) C/=:l6+4.5II.
En aucun cas la différence entre les résultats expérimentaux et les valeurs
fournies par cette formule n'atteint un kilogrammètre de couple.
Le couple moteur indiqué maximum Ci^ de ce moteur étant de i4o''s°'
environ on voit que Terreur n'excède presque jamais un demi pour cent sur
le rendement organi([ue, résultat qu'il eût peut-être été téméraire d'es-
compter a priori.
Afin de pouvoir comparer entre eux les résultats relatifs à des moteurs
de puissance différente, il est désirable de transformer la formule (i) afin
de rendre à ses coefficients le même degré de généralité qu'au rendement
organique. Il suffit pour cela de diviser lesdits coefficients par C/„, et
d'écrire
(3) C^=:zC„„(a + ,3n).
Dans ces conditions, la formule (2) devient
(/J) C/- = 140 (0,1 14 + OjoSalI).
Mais il importe de contrôler la généralité de ces résultats.
Ce travail, récemment entrepris, se poursuit actuellement par des essais
faits en usine sur des moteurs industriels, par les méthodes indiquées dans
ma Note du 6 mars et rappelées ci-dessus, du moins par celles qui sont appli-
cables à chaque cas particulier.
Chacun de ces essais est évidemment beaucoup moins complet et beau-
coup moins sûr que ceux faits sur le moteur expérimental, mais la
vérification cherchée finira par se dégager de Taccumulation des documents
ainsi obtenus.
Voici, à titre d'indication, les coefficients relevés sur un moteur S.M.LM.
de 35 chevaux à 220 t: m au gaz pauvre :
(5) a=:o,ii5, |3 := o,o33
d'autant plus remarquablement concordants avec ceux de la formule (4)
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 863
que ce moteur, incomplètement rodé lors de l'essai, présentait certainement
des frottements plus grands qu'une machine usagée.
On voit donc que, si les résultats obtenus par la suite restent aussi favo-
rables, la présente étude aura atteint son but pratique en instituant une
méthode permettant de calculer le rendement organique des machines à
combustion sans avoir directement recours à l'indicateur.
Il n'est pas inutile de faire remarquer que si les mesures nécessaires au
calcul de la pression moyenne au diagramme développé II et du couple de
transvasement Q entraînant l'emploi de l'indicateur, ces mesures se font
dans des conditions de précision infiniment plus favorables que dans le
calcul des pertes par différence entre le travail indiqué et le travail effectif.
11 résulte en effet des phénomènes mis enjeu que, pour la mesure de la
pression moyenne ou diagramme développé, la principale cause d'erreur,
due aux frottements de l'indicateur, n'influe guère sur le résultat, et que
dans la mesure de C^ elle n'affecte qu'un terme correctif toujours petit par
rapport à Cy^.
Si donc l'application de la méthode exposée ici rencontre dans la pra-
tique des difficultés, celles-ci ne sauraient provenir de l'emploi de l'indi-
cateur, source principale des erreurs dans la mesure du rendement
organique par la méthode habituelle.
C'est en partie à cause de ce i'ait qu'il a paru intéressant de la signaler.
TOPOGRAPHIE. — Sur les applications de la photographie aérienne et de
i appared de photorestitution. Note de M. H. Roussilhe, présentée par
M. Ch. Lallemand.
J'ai montré ( ') comment on peut transformer les clichés pris en avion en
carte précise^ en effectuant d'abord un redressement photographique à l'aide
d'un appareil spécial, et en transformant ensuite ce redressement (pers-
pective conique) en plan (projection orthogonale), par l'intermédiaire des
corrections de relief si celui-ci est connu. Lorsque le nivellement du terrain
est inconnu, on se sert des redressements de plusieurs vues photographiques
de la même région, et l'on détermine la planimétrie et le relief comme en
topographie régulière, par la méthode des intersections.
Les difficultés d'application pratiques sont nombreuses : la présente Note
( ' ) Anna les hydrogr ap h iq ues, 1 9 ' 7 •
8G4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
a pour but de montrer comment elles ont été résolues, après construction et
étude expérimentale de l'appareil de photorestitution. Les essais ont porté
sur l'emploi des objectifs de o'",5o pour la rédaction des plans cadastraux
1° Le redressement photographique ne déforme pas la perspective du
terrain si V image du plan du cliché est un plan. Après étude delà profondeur
et de la courbure du champ, on a constaté cpje l'image du cliché est entiè-
rement au point sur l'écran de projection, placé dans les conditions théo-
riques, si l'on opère à demi-diaphragme (ouverture /: 1 1), et si l'on agrandit
le cliché original au moins une fois et demie.
2° La projection photographique est assimilable à une ])erspective
conique vue du point nodal d'éjuergence de l'objectif, si la distance des
points nodaux est inférieure à l'écart probable de mise au point sur l'écran,
ce qu'on vérifie expérimentalement pour la [)lupart des objectifs de o™, 5o
(Krauss, Zeiss, Lacour-Berlhiot).
3" L'image photogra])hique obtenue })ar redressement est nette dans
toute son étendue et est identique à une perspective géométrique û\ agran-
dissement des clichés varie entre i ,5 et 2,5 et si l'objectif n'a pas de distorsion
dépassant o"'"',o5 à 12''™ du centre de plaque. Cette dernière condition est
vériliée expérimejitalement pour les objectifs courants de o™,5o. On peut
donc redresser exactement et agrandir à l'échelle du ^7^, (à o™™,i près
environ) les clichés pris à une altitude comprise entre i5oo'" et 2500°^.
4** Dans ces limites d'emploi, la longueur focale principale/", donnée
par l'équation caractéristique simple -7 = 1 ?> est pratiquement con-
stante. Les abaques établis, en appliquant la théorie des lentilles jninces,
pour la détermination des coordonnées de l'avion au moment de la prise du
cliché, sont donc applicables, sous réserve des corrections à faire subir aux
résultats lorsque la longueur focale /s'écarte iiolablement de o'",5o,
5° Enfin le redressement photographique doit être effectué sur un sup-
port indéfoi-mahle pendant les manipulations au laboratoire et le séchage.
On emploie à cet eflet, soit des cadres tenseurs, soit des papiers sensibles
collés à/roid sur une plaque de verre, permettant l'exploitation ultérieure
par transparence.
Ces conditions nécessaires étant réalisées, la théorie indique les résultats
suivants, vérifiés par les expériences de 191 9-1 920 :
A. Le redressement photographique du terrain est une vue perspective
dont les éléments inconnus sont : la position de l'avion, la direction de la
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 865
ligne de vol et l'inclinaison du cliché au moment où celui-ci a été pris.
L'appareil de photorestitution permet de déterminer ces inconnues (en
moyenne en ^5 minutes), la seule quantité à connaître étant la longueur
focale de l'objectif employé pour la prise des photographies. On utilise
d'autre part, dans l'appareil de restitution, un objectif à peu près identique
à celui de l'avion.
La méthode de restitution est la suivante : on fait coïncider les images, projetées
sur l'écran, de trois points de repère du cliché, avec les positions géodésiques de ces
points, portées sur l'écran (dans un système de représentation conservant les longueurs
à l'approximation de y^ de millimètre au plus).
La position normale de restitution s'obtient après une première approximation
permettant de tenir compte des différences d'altitude des repères.
On agit successivement sur les distances de mise au point {p etjo') et sur les
angles (a, a') du cliché et de l'écran de projection, avec l'axe principal de l'appareil
(ligne joignant le centre de plaque du cliché au point nodal d'émergence de l'objectif).
D'autre part, le cliché tourne dans son plan (recherche de la direction des lignes
de plus grande pente du cliché) et l'objectif est décentré^ par basculement autour du
point nodal d'émergence, afin d'assurer la correspondance exacte des plans conjugués.
On prend alors une épreuve photographique de l'agrandissement redressé.
B. On mesure sur l'appareil les longueurs p, p' et les angles a, a', et
l'on en déduit, en moins d'une minute (par simple lecture des abaques),
l'inclinaison t du cliché (à 0°, S près au plus), le pied v de la verticale de la
station photographique et l'altitude A, ces deux éléments à moins de iQ^ près
si le cliché est pris entre i5oo™ et 2600™.
G. Si alors on combine plusieurs clichés en traitant les stations photo-
graphiques comme des stations topographiques ordinaires, on obtient, par
irtersections , les positions planimétriques, en moyenne à j-^ de millimètre près,
soit, à l'échelle du ^^, à 0^^,20 près. Les altitudes sont déterminées à o™, 5o
près seulement.
D. Enfin, le plan cadastral ainsi obtenu coïncide, à j-q de millimètre près,
avec un plan dressé par les méthodes ordinaires delà topomètrie.
Si l'on observe que les résultats obtenus jusqu'à ce jour sont légèrement
viciés par les déformations inhérentes aux clichés, pris avec des obturateurs
de plaques à vitesse faible par rapport à celle de Tavion, on est en droit
d'espérer une approximation juste de l'ordre de l'approximation finale des
positions du canevas géodésique, c'est-à-dire une méthode nouvelle d'un
rendement parfait en qualité, d'un rendement considérable en quantité.
Pour terminer je ferai observer que la pholorestitulion des clichés aériens
est actuellement considérée comme le seul procédé précis et pratique pour
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 13.) 63
866 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le contrôle des enregistreurs de direction et d'altitude en avion, l'étude de
la stabilité de vo!, celle des appareils de lancement de bombes, etc. Cette
méthode est donc susceptible de très intéressantes applications en naviga-
tion aérienne, civile ou militaire.
MESURES ÉLECTRIQUES. — Sui' lin nouveau wattmètre.
Note(') de M. II. Chaumat.
Les wattmètres des types Zi()ernosky, Carpentier, etc. (à couple de tor-
sion appliqué de l'extérieur pour ramener la bobine mobile à sa position
d'équilibre primitive) ont pour eux Tavantage d'une grande sécurité théo-
rique : ils sont rigoureusement proportionnels dans les limites où le couple
de torsion d'un ressort est proportionnel à l'angle de torsion. Il en résulte
une grande facilité de construction puisque la graduation peut être faite
a priori Qi nne, simplicité d'étalonnage très grande aussi puisqu'on peut se
borner à déterminer un point. Ils présentent par contre un inconvénient
très grave en ce que les moindres vibrations extérieures amorcent des oscil-
lations de l'aiguille qui rendent incertaine la position d'équilibre. Ces
vibrations extérieures sont surtout dues à l'intervention directe de l'obser-
vateur qui tourne le tambour de torsion : dans le cas d'un régime peu
constant, cette intervention est de chaque instant et la précision de la
lecture devient médiocre même entre les mains d'opérateurs exercés.
Ceci explique la grande faveur dont jouissent à l'heure actuelle les watt-
mètres à lecture directe surtout si le système mobile est pivoté et non sus-
pendu et si le couple de torsion est donné par des spiraux et non par des
ressorts en hélice. Mais ces appareils nécessitent une graduation particulière
à moins qu'ils ne répondent à une condition qui en fait des appareils pro-
portionnels; c'est le cas du wattmètre de Siemens et Halske.
Cette condition est la suivante :
Soit M le coefficient d'induction mutuelle des deux circuits du wattmètre.
Soit a l'angle des deux plans d'enroulement de ces deux circuits. La valeur
du couple électrodynamique développé par deux courants I et /est
dM
dcf.
(') Extraite d'un pli cacheté reçu dans la séance du 20 février iQoS et inscrit sous le
no 6959.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 867
Ce couple est équilibré par un couple de torsion C|3 (^ angle de torsion
du ressort, angle ayant une origine quelconque).
On voit que si li est proportionnel à P (cas des wattmètres où P repré-
sente la puissance à mesurer) et si d'autre part
— — rziconst.,
d(X
p sera proportionnel à P.
Pour qu'un appareil à lecture directe soit à indications proportionnelles,
il faut donc que M soit une fonction linéaire de l'angle a.
Or cette condition ne peut être remplie que d'une façon approximative
par des artifices de construction.
Un cas particulier où cette condition serait rigoureusement remplie et où
de plus on aurait à toutes charges M == o serait très intéressant d'abord
pour la proportionnalité et aussi parce qu'il n'y aurait pas de correction
variable avec la charge provenant de M^ o dans l'emploi de Tappareil en
courant alternatif.
Le dispositif ci-après réalise ces deux conditions :
L'équipage mobile à fil fin a la forme d'un cadre rectangulaire D; il est
pivoté entre pierres et la position d'équilibre ainsi que le couple de torsion
sont assurés par deux ressorts spiraux R bandés l'un contre l'autre. Ces
ressorts sont attachés d'une part à l'axe et d'autre parla un point fixe du
socle. Cet équipage porte une aiguille A mobile sur un cadran divisé en
parties égales E.
Le circuit à gros fil S (circuit des ampères du Avattmètre) porte un en-
roulement à forte section et les deux extrémités du circuit aboutissent à
deux bagues C et C sur lesquelles frottent deux balais B et B', Ce circuit
n'est pas fixe; on peut le faire tourner à la main à l'aide de la manette M
autour de l'axe de rotation du circuit D ; il porte un index L
On procède ainsi : l'appareil étant mis en service, on amène l'index I en
regard de l'aiguille A. On lit alors l'angle de déviation de A sur le cadran,
soit ^.
La coïncidence entre l'aiguille A et l'index peut être assurée de façon
grossière. Si a est l'angle d'écart entre ces deux index, le coefficient d'in-
duction mutuelle est de la forme
■ M =r Mgsina,
(l'index A étant perpendiculaire au plan d'enroulement de D, l'index 1
dans le plan d'enroulement de S).
868 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le couple électrodynamique est donc de la forme
„2
KMnCosa = KM„ ( i
Pour des angles d'écart de 5 à 6 degrés d'un côté ou de Tautre, ce couple
variera de -^ de sa valeur moyenne.
En résumé, ce dispositif et cette façon d'opérer présentent les avantages
suivants :
i" M nul à toutes charges (pas de correction en courant alternatif);
2° Proportionnalité rigoureuse;
3° L'intervention de l'opérateur se borne à faire tourner des pièces mas-
sives bien centrées; il n'y a donc pas d'oscillations à craindre : on n'agit
pas sur les points d'attache des ressorts;
4° En cas de régime légèrement variable l'opérateur peut ne pas inter-
venir puisqu'on peut tolérer pour a une amplitude de io° à 12";
5** L'emploi de l'instrument peut s'admettre jusqu'à des angles de près
de 360^* (au moins trois fois l'amplitude de la graduation des appareils à
lecture directe). Pour la clarté de la figure, la manette M a été placée du
côté opposé à la potence de support du pivotage. Rien n'empêche de la
mettre de l'autre côté et l'on pourrait d'ailleurs imaginer de très simples
dispositifs permettant plus d'un tour si les ressorts restent proportionnels.
CHIMIE PHYSIQUE. — Etude cinétique des solutions alcalines d'^iode.
Note de M. O. LiÉviiv, présentée par M. H. Le Chatelier.
L'iode réagit sur les solutions alcalines pour donner finalement un
iodate; mais il se forme d'abord un produit instable. Schônbein(') signala
le fait, et admit l'existence d'un hypoïodite, analogue à l'hypochlorite.
On représente d'ordinaire le phénomène par les deux équations :
(I) P + 2K0H-> KI+IOK+H^o,
(II) 3P + 6KOH ^ 5Kl4-IO^K4-3H20.
La deuxième réaction serait lente et totale, mais la première est réver-
sible et équilibrée, comme l'a montré M. Péchard (-),
(') ScaÔNBEiN, Journ. fiir prakt. Chemie, t. 84, p. 385.
(^) Péchard, Comptes rendus^ t. 128, 1899, p. i453.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 869
Appelons, avec cet auteur :
I, l'iode ayant réagi suivant (I),
I2 riode ayant réagi suivant (II),
I, l'iode resté libre.
I, et I3 ne peuvent être dosés avec exactitude, car tout réactif agis-
sant sur l'iode ou Fhypoïodite déplace l'équilibre ('); mais il est facile
de déterminer avec grande précision L, c'est-à-dire la proportion d'iodate,
si l'on a d'abord détruit I, et I3 par un réactif approprié. On peut
employer à cet effet l'hyposulfite de soude, l'anhydride arsénieux ou l'eau
oxygénée.
Etudions l'évolution des mélanges d'iode et de divers alcalis.
Voici les résultats obtenus avec la soude :
Soit le système o,oo5P-t- 0,03 Kl + aNaOH.
Si a ^0,01 y l'iode libre disparaît très vite, d'autant plus vite que a est
plus grand; l'hypoïodite disparait aussi complètement au profit de l'iodate,
mais il persiste plus longtemps s'il y a plus de soude. Voici le temps z au
bout duquel, à 13", la formation d'iodate est à moitié terminée ;
a (mol. par litre) .. , o,oi4 0,02 0,00 o,o4 o,o5 0,10 0,20 o,4o
T (minutes) < i <; 2 < 4 5 8 i5 3o 4^
L'influence de l'iodure est aussi importante que celle de la soude : ce sel
accélère considérablement la formation d'iodate, comme le montre le
Tableau suivant :
Mélanges : o,oo5P-i- bKl 4- o,2oNaOH à 10".
6 (mol. par litre) o,o3 o,<>6 0,11 0,21 o,4j
t( minutes) 35 18 i3 7 4
Nous retrouvons ainsi un résultat important, signalé par Forster et Gyr(-),
puis par Skrabal ('), et assez inattendu : l'iodure est le produit d''une réaction
quil catalyse ; la soude retarde une réaction où elle est consommée.
Il est évident, d'après cela, que le mécanisme de la transformation n'est
pas simple. Comme dans toutes les réactions d'ordre élevé, la dilution fait
baisser la vitesse. Voici la valeur de t à i3° pour les systèmes répondant à
la composition :
(') BouGALLT, Comptes rendus, t 16i, '9i7) P- 949, et J. Ph. et Ch., 7^ série,
t. 16, 1917, p. 33.
(^) Forster et Gyr, Zeit. f. Elektrochemie, t. 9, 1900, p. i.
(*) Skrabal, Monat. f. Chem., l. 28, '907, p. 319.
870 ACADÉMIE DES SCIENCES.
a[o,oo5I--i- o,o2KI -t- o,2oNaOH],
Valeur de-a 2 i o,5 o,a5
Valeur de T , 16 3o 55 120
Produit a.~ 82 3o 27,5 3o
La constance du produit cl- semble indiquer qu'il s'agit d'une réaction
bimoléculaire.
En remplaçant la soude par la potasse, on obtient des résultats en tous
points analogues; par contre, les mélanges d'iode et de carbonate ou phos-
phate Iribasique de soude présentent une évolution toute différente.
L'addition d'alcali accélère maintenant la formation d'iodate; l'iodure,
au contraire, la relarde.
Enfin la dilution fait croître la vitesse de réaction : c'est là un fait nou-
veau que les chiffres suivants mettent en évidence :
Système: a [ o,oo5 P + o, 12 Kl + o, 10 GO'Na-] à 18°, 5.
Valeur de a. . 2 i o, 5
Valeur de t So"'" 1 1°'" 3
mm
Il est à remarquer que, dans tous les cas, la concentration en iodate influe
à peine sur la vitesse de transformation de l'iode en iodate : cela confirme
bien que cette transformation est intégrale et illimitée.
Conclusion. — En milieu alcalin, l'iode se transforme en iodate par des
mécanismes bien différents suivant le degré d'alcalinité. L'alcali, l'eau,
l'iodure influent sur la réaction tantôt pour l'accélérer, tantôt pour la
retarder, et l'on peut constituer des milieux dont l'évolution est indépen-
dante de ces facteurs, en mélangeant convenablement des bases fortes et des
bases faibles.
CHiviiE PHYSIQUE. — Sur la préparation du bicarbonate de sodium.
Note de M. E. Toporescu, présentée par M. H. Le Chatelier.
La fabrication de la soude à l'ammoniaque n'a été jusqu'ici l'objet,
malgré sa grande importance industrielle, que de publications scientifiques
très incomplètes. L'Ouvrage classique de Schreib (') fournit la description
(^) ScHKEiB, Traité de la fabrication de la soude par le procédé à l'ammoniaque
(Traduction de L, Gauthier. — Béranger, éditeur).
Depuis la rédaction de celte Note, j'ai eu connaissance d'un travail sur le même
sujet de Janecke {Zeit. f. ang. Chem.., t. 20, 1907, p. i559). Je crois cependant
devoir publier le résultat de mes recherches, parce qu'ils ne confirment pas seulement
ceux de Janecke, mais aussi les complètent.
SÉANCE DU 27 MARS I922. 87 1
détaillée des procédés techniques, mais aucun renseignement précis sur les
équilibres auxquels donne lieu la réaction chimique qui sert'de base à toute
cetle industrie :
NaCl + NH* IIGO'rr NatlCO^-h NH*C1.
Je me suis proposé de combler cette lacune en déterminant à différentes
températures les conditions d'équilibre de chacun de ces quatre sels avec
leurs solutions saturées. Je donne aujourd'hui les résultats relatifs à la tem-
pérature de i5°.
Les différents sels, mis en contact avec une quantité d'eau insuffisante
pour les dissoudre en totalité, étaient placés dans un therinostatetle mélange
était maintenu pendant six heures en agitation au moyen d'une hélice. Ce
temps est bien supérieur à celui qui est strictement nécessaire pour atteindre
la saturation. On laissait ensuite reposer pendant une heure et l'on prélevait
avec une pipette un certain volume de la solution clarifiée.
Les nombres donnés ci-dessous sont chacun la moyenne de trois prises.
Les écarts entre les mesures ne dépassaient pas généralement les erreurs
imputables aux pesées ou aux mesures volumétriques. En cas de diver-
gences plus importantes, de nouvelles analyses ont été faites de
façon à n'utiliser pour la moyenne que des nombres concordants. Le
Tableau ci-dessous résume les résultats ainsi obtenus à la température
de i5°.
Composition des solutions saturées à 15".
Grammes
Nombre de molécules d'eau
Sels solides • Grammes pour 100 d'eau. dans 1"°' de mélange. dissolvant
en présence — -^ -~~ — -— ^ — —■ ^ — -^ ^ — 1"°°
delà solution saturée. ClNa. CINH*. CO^HNa. CO'HNH'. ClXa. CINH*. GO'HNa. CO^HNH*. de mélange.
Cl Na 35,7 // V II I 1 u II i63,3
CINH* // 35,1 " V u \ n u 102,8
CO=*HNa .'/ // 8,9 // // '/ I II 876,8
COMINH^ // // // 18,4 " " " I 424,1
Cii\a-i-ClNH^ 27,2 20,3 /' " o,55 o,45 " n 118, 5
ClNa-h CO^HNa 35,7 u i,o5 '/ 0,98 n 0,02 " 161, 4
CO^HNa-i-CO^HNH*. // n 6,2 19,6 // « o,23 0,77 -30-7,7
C03HNH*+ CINH^.. // 35,4 " 7,02 // 0,88 // 0,12 i38,3
Composition des solutions aux deux points triples.
Grammes
JNombre de molécules d'eau
Sels solides Grammes pour, 100 d'eau. dans 1"°°^ de mélange. dissolvant
en présence ^ — — — -^ ~™^ — — ^ — l"""'
de la solution saturée. Na. NH>. Cl. CO^H. Na. NH*. Cl. CO^H. de mélange.
ClNa-^CliNH*
-1-CO^HNa 10,0 6,6 29,3 1,2 o,54 0,46 0,97 o,o3 118,1
ClNH^-î-GO^HNH'
^-CO^^HNa 3,4 11,2 24,5 0,9 0,2a 0,78 0,87 0,10 126.6
872 ACADÉMIE Ides sciences.
Indépendamment de ces déterminations, quelques mesures ont été faites
sur des mélanges en proportions variables des deux sels NaHCO' et NH*C1,
de façon à mieux préciser la courbure de la surface de solubilité du bicarbo-
nate de sodium.
Nous avons représenté nos mesures au moyen du diagramme carré de
M. H. Le Chatelier (voir figure).
M^Cl
119
NaCl
153
138
424
163
161
877
UH^OOS H 308
NaHCOS
L'examen de ceMiagramme permet'de se rendre^immédiatement compte
de la composition des solutions qui peuvent par évaporation laisser préci-
piter du bicarbonate de sodium pur. Les points figuratifs de ces compositions
correspondent à la très grande surface comprenant le sommet du carré
marqué NaHGO'. Sur les lignes du diagramme, il se précipiterait au con-
traire un mélange des deux sels, dont les domaines viennent se couper sur
cette ligne. On peut enfin calculer par la règle donnée par M. Le Chatelier
SÉANCE DU 27 MARS 1922. ^78
la quantité des différents sels qui cristallisent, quand on soumet à une éva-
poration progressive une solution de composition initiale donnée.
Je poursuis des mesures relatives aux températures de 35° et de 5o*',
températures qui-se rapprochent davantage des conditions de la pratique
industrielle et ne semblent pas encore avoir fait l'objet de recherches
complètes. .
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la décomposition catalytique de V acide oléique.
Note (^) de M. Alphonse 3Iailhe, transmise par M. Paul Sabatier.
J'ai montré antérieurement (^) que la décomposition catalytique des
huiles végétales sur cuivre-magnésie ou cuivre-alumine, conduit à des pro-
duits liquides partiellement incomplets qui sont transformés, par hydrogé-
nation su,r nickel, en composés saturés. Les uns, peu importants, sont de
nature acide; les autres sont constitués par des hydrocarbures forméniques,
aromatiques et cycloforméniques.
En même temps que des produits liquides, il se forme des gaz riches, de
l'eau et de l'acroléine.
La décomposition des glycérides inférieurs, triacétine, tributyrine, triiso-
valérine ne conduit pas à une réaction semblable. Par contre, la myristine
et la palmitine subissent une décomposition de même nature que celle des
huiles.
Il semble par conséquent que la production des hydrocarbures est liée à
la haute richesse carbonée de l'acide qui constitue le glycéride. J'ai été
amené ainsi à examiner la décomposition catalytique des acides gras
élevés.
Les vapeurs diacide oléique, dirigées dans un tube en cuivre renfermant
des boulettes de cuivre-alumine, chauffées à 6oo°-65o", se décomposent nor-
malement en donnant des produits liquides, de l'eau et du gaz.
Le gaz présente la composition suivante :
Pour 100.
CO» 6,7
CO 10
C"H2'' xo
C«H2«+2 38
GH* II
H 24
(*) Séance du 20 mars 1922
(^) Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. 358 et 658.
874 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les produits liquides sont acides. Traités par la soude diluée, on obtient
un produit jaune ambré qui commence à distiller à 4o°- Les diverses frac-
tions s'échauffent fortement par Tacide sulfurique qui absorbe plus de la
moitié du liquide. La portion distillant de \o° a 5o° fournit avec le brome
un liquide lourd qui bout à i9o*'-20o°; c'est le bibromure d'amylène.
Au lieu de séparer les hydrocarbures incomplets par l'acide sulfurique,
j'ai soumis tout le liquide neutre provenant de la décomposition de Tacide
oléique, à Faction hydrogénante du nickel à i8o**-20o°. On obtient ainsi un
liquide incolore d'odeur agréable, ne décolorant plus le brome. Par rectifi-
cation, on peut isoler deux séries de produits, les uns bouillant de 4^»'' à
i5o°, les autres distillant de i5o** à 250**. Les premiers fournissent les frac-
tions suivantes :
D.o- Dio-
00 00
60- 75 o , 70^7 I o5- r I o o , 7440
75-80 0,7154 iio-ii5 0,7477
80- 85 0,7198 ii5-i20 o,75i4
85- 90 0,7247 I20-I25 0,7545
90-95 0,7294 i25-i3o 0,7572
95-100 0,7825 i3o-i35 0,7601
ioo-io5 0,7860 i35-i4o 0,7686
Le produit distillant de 60° à 75^ est très peu attaquable par le mélange
sulfo-nilrique; il est surtout formé d'hexane.
Dans la portion 85*^-90°, on isole parnitration de la nitrobenzine, changée
en aniline, et dans la partie bouillant à io5°-i 10", on identifie facilement le
toluène par son dérivé dinitré. Le liquide résiduel, catalysé sur nickel, fournit
une petite quantité de carbures aromatiques; si on les sépare, le résidu a
une densité D,o = 0,7090, voisine de celle de Vheptane.
Le même traitement sur la portion iSo^-iSS" permet d'identifier le
métaxylène et un liquide de densité 0,0 = 0,7310, voisine de celle du
nonane, 0,3 = 0,7228.
La fraction distillant de i5o^ à 25o" a une densité D,o = o,845o.
Ces résultats montrent que la décomposition catalytique de l'acide
oléique conduit à des gaz riches et à des produits hydrocarbonés liquides
que l'hydrogénation sur nickel transforme en un mélange de carbures ali-
phaliques et de carbures cycliques parmi lesquels se trouvent la benzine, le
toluène et le métaxylène.
SÉANCE DU 27 MARS I922. 876
MINÉRALOGIE. — Suj' la stasùe, un minéral nouveau^ dimorphe de la dewindtite.
Note de M. Alfred Schoep.
La chalcolite de Kasolo (Katanga, Congo belge) est souvent imprégnée
de divers autres minéraux uranifères. J'y ai trouvé de petites géodes de kaso-
lite ainsi que des amas peu volumineux et de minces couches de dewindtite.
C'est également sur la chalcolite de Kasolo que j'ai découvert le minéral qui
fait l'objet de la présente Note; on l'y rencontre quelquefois en quantité
suffisante pour le séparer des minéraux étrangers dans un état de pureté
très satisfaisant, supérieur même à celui dans lequel j'ai pu obtenir la de-
windtite.
Ce minéral, examiné à l'œil nu, est de couleur jaune, plutôt sale ; mais
au microscope on constate qu'il est formé de petits prismes très aplatis sui-
vant A' ( 100), brillants, transparents, d'un beau jaune d'or. Les plus longs
d'entre eux atteignent rarement o°"^,09 et leur largeur ne dépasse guère
o™™,o4. Ils possèdent suivant A' un clivage qui paraît facile; ils sont nette-
ment limités à l'une de leurs extrémités par une face/) (001); mais à cause
de la très faible épaisseur de ces prismes on ne peut apercevoir de/> que la
trace qui est perpendiculaire à la zone [001]. La cassure est irrégulière à
l'autre extrémité. Ces cristaux sont biréfringents et s'éteignent suivant leur
allongement qui est de signe positif. L'indice de réfraction est plus élevé
que celui de l'iodure de méthylène.
La densité du minéral déterminée à l'aide du pycnomètre est de 5,o3
à i7«C.
Au point de vue chimique il se comporte comme la dewindtite. Dans le
tube fermé il donne de l'eau et devient rouge brun à chaud; il reprend sa
couleur par refroidissement. Sur le charbon, à la flamme oxydante du
chalumeau, il fond facilement en un globule noir, sans donner d'auréole.
Mélangé à du carbonate de sodium, il donne à la flamme réductrice des
globules de plomb. Il se dissout dans l'acide azotique; cette solution donne
avec la liqueur molybdique un abondant précipité jaune de phosphomo-
lybdate d'ammonium. Le minéral se dissout également bien dans Tacide
chlorhydrique, avec formation de cristaux de chlorure de plomb, et dans
l'acide sulfurique avec dépôt d'un précipité blanc de sulfate de plomb. Ces
solutions sont colorées en jaune par l'uranium.
876 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Deux portions du minéral, différentes en qualité, ont été soumises à l'analyse.
Elles furent séchées à 100° jusqu'à poids constant, et c'est sur la poudre ainsi dessé-
chée que les analyses ont été faites. Cette dessiccation n'altère pas le minéral au point
de vue de sa transparence, ni de ses autres propriétés optiques observables.
La portion du minéral, la plus parfaitement débarrassée de toute gangue est désignée
par I; l'autre, un peu moins pure, par II. J'ai fait sur la portion I les dosages dont les
résultats se trouvent dans les colonnes Aj, B,, C,, Dj. M. W. Steinkuhler, qui m'assiste
dans ces recherches, a fait plusieurs analyses de la portion II; les moyennes en sont
données dans la colonne En.
A,. B,. C. D,. E„.
Insoluble 0,74 o,4o 1,17 » o,5o
Perte par calcination . . 6,60 6,71 » » 6,24
H^ 0 . . . . • » » » 5 , 60 «
PbO 25,53 26,20 26,08 » 26,20
VOK...... 56,28 55,77 » » 56,20
P^O^..... 10,32 10,62 » )) 10,60
GaO j) )) o,3o » »
MgO » » » » »
(99.47 99>7o » » 99>74
Total ) c>,3o o,3o » « o,3o
[99-77 100,00 » )) ioo,o4
La magnésie se trouve dans le produit analysé à l'état de traces.
Dans le Tableau suivant, la colonne i contient les chiffres moyens donnés
par les analyses Aj et B, pour les composants principaux. Ces chiffres sont
rapportés à 100 dans la colonne 2. Une troisième colonne reproduit, en
regard, les résultats trouvés pour la dewindtitc.
1. 2. 3.
PbO 25,86 26,40 23,55
UO^ 56, 02 57,19 60, i3
P'0-5 10,47 Ï0.68 10, 84
H'0 5,60 5,70 5,46
Les analyses du nouveau minéral accusent pour celui-ci une plus forte
teneur en plomb et une teneur moindre en uranium. Mais pour l'un et
l'autre minéral fa somme (PbO-hUO') esta peu près la même, 83,59
et 83,68.
Si l'on divise les nombres de la colonne 2 par les poids moléculaires,
on trouve :
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 877
PbO ;.. ;... o,ii3
UO3 0,198
P^O^ 0,075
H^O 0,817
ce qui conduit à la formule
4Pb0.8U0^3P20^I2H2 0
qui est celle trouvée précédemment pour la dewindtite. Le minéral diffère
de celle-ci par sa densité, sa couleur, la couleur de sa poussière, la forme de
ses cristaux dont la symétrie vraie n'est pas encore établie.
Sa radioactivité est un peu inférieure à celle de la dewindtite.
Le minéral qui vient d'être décrit est nouveau. Je propose de lui donner
le nom de stasîte, en l'honneur du chimiste belge J.-S. Slas. La stasite
et la dewindtite sont deux variétés dimorphes d'un même composé.
BIOLOGIE VÉGÉTALE. — Hérédité anormale de la couleur des embryons d'une
variété de Pois (Pisum sativum Z,.). Note de M. L. Blaringhem, présentée
par M. L. Guignard.
Dans les expériences classiques de Mendel, la couleur jaune des em-
bryons de Pisum sativum domine la couleur verte, et la ségrégation en
deuxième génération a provoqué la découverte d'une proportion numé-
rique simple 3J : I V. Mendel (i865) Fa vérifiée sur 8028 descendants dont
6022 étaient jaunes et 2001 verts; Correns (1900), Tschermak (1900),
Hurst (1904), Bateson (1900), Lock (igoS) ont obtenu des résultats con-
cordants portant à 53 064 les embryons dénombrés, avec ségrégation
en 491 17 jaunes et 18947 verts, soit 3, 01 : i. Pour obtenir ces résultats, il
faut choisir les lignées.
Bateson (tqoS, et Mendel' s Principles, 1909? P- 4o) signale des embryons
panachés (« piebald » ; « en de rares cas, en F,, on trouve des embryons verts;
beaucoup de variétés récentes ont des cotylédons teintés de vert et de
jaune », et il suggère que les circonstances de la maturation peuvent altérer
la couleur. C. E. White (1916) croit aussi à une influence possible des
années humides où la maturation se produirait mal. Les conditions excep-
tionnelles des étés 1920 et 1921 fournissent à ce sujet complète garantie; en
fait, la lignée détermine les aberrations; il y a des lignées instables au point
878 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de vue de V hérédité de la coloration des embryons; il y en a d'autres, et C. E.
White (1916) l'a montré avec une grande netteté, où la dominance est ren-
versée, le vert dominant le jaune.
Le Muséum d'Histoire naturelle me remit au printemps 191 1 une collec-
tion de Pisum provenant de Hohenheim (Wurtemberg); mise en culture de
191 1 à 1914 en lots séparés par des parcelks d'Orges, je vérifiai la cons-
tance des caractères sur i5 à 20 plantes par génération. En 1913, i plante
sur 18 de la Sorte Pariser Gold^ classée dans Pisum sativum var. axiphium
Alefeld, présenta une variation notable; alors que toutes les graines des
17 autres plantes étaient d'un jaune bien pur, comme les graines reçues et
celles de la génération précédente, la variante, qui fournit seulement
5 cosses, donna 27 graines jaunes et 2 graines vert jaunâtre. Plantées
en 1914, j'ai pu m'assurer qu'en cette année les plantes de graines jaunes
ne donnèrent que des jaunes et les deux graines vertes que des graines
vertes.
Les descendants veris de 1914 furent remis en culture en 1919 sous le n° 9 ;
3o graines donnèrent des plantes peu vigoureuses dont 11 seulement fertiles; tous les
embryons étaient d'un vert pâle uniforme; mais en 1920, sur 28 plantes (lot 91),
25 (dont les liguées 911 à 919) ne donnèrent que des embryons verts et 3 (lignées 921,
922, 923) respectivement 17, 12 et to verts pour 5,4 et 11 jaunes franc.
Les épreuves de 1921 furent faites sur une vaste échelle ; les embryons jaunes
de 921, 922, 923 ne donnèrent que des embryons jaunes, sauf une plante avec
i5 embryons jaunes et i strié de vert; les descendants verts des mêmes lignées se
disjoignent et fournissent :
921
922
923
i4 jaunes, 28 verts, gS intermédiaires = 187;
i5 » 33 » 117 » c=: i65 ;
21 » 1(5 » 49
la lignée 923 donnant en quelque mesure 3 verts pour i jaune, soit la proportion
inverse du cas normal. Mais ce n'est, sans doute, qu'un exemple accidentel, d'autant
plus qu'il est nécessaire, pour analyser les descendances des lignées 911 à 9l9, de sérier
les teintes des embryons [ 1018] en catégories dérivées :
Lignées 911.
Jaune blanc [gS] 4
Mi-blanc mi-verl [189] 27
Jaune vert [890] 52
Vert franc [337] 3i
Vert foncé [7] o
Comme dans la plupart des exemples d'hérédité intermédiaire, quelques plantes
m.
913.
915.
915.
916.
917.
918.
919.
1 1
0
0
i5
9
22
i3
2 I
32
18
17
2 5
i4
19
i5
22
47
4i
38
43
42
28
54
45
22
68
75
3i
27
26
23
34
0
4
3
0
0
0
0
0
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 879
se distinguent par des particularités inattendues. Ainsi, dans la lignée 917, une plante
ne donne que des graines jaunes dans les 2 cosses inférieures, que des graines
vertes franc dans les 3 cosses supérieure-^ ; une autre donne de bas en haut i cosse
intermédiaire, 2 jaunes, i mi-vert mi-blanc; dans d'autres lignées, 911, le vert franc
passe par teintes graduées aux. très rares jaunes (3 pour 100). Il est matériellement
impossible de constater un schéma de disjonction selon le mode mendélien, même
en décomposant les caractères en plusieurs facteurs indépendants, selon le procédé
de Nilsson-Ehle.
O.-E. White (1916) a, en effet, constaté que la variété Goldkônîg du
Pisum sativiim se comportait comme si la couleur des* embryons dépendait
de trois couples de facteurs G, Y, T, le facteur G (vert) dominant Y (jaune)
et I servant à expliquer les anomalies. Mais il faudrait sans doute d'autres
termt^s pour rendre compte de la disjonction de la Sorte Suttons non pareil
qui, d'après Bateson (iQoa), donne souvent des Pois jaunes avec des Pois
verts. Bateson et Miss Kelby (1904) notent des colorations mixtes chez
les Sortes Merveille d^ Am.érique^ Téléphone^ etc. La même Sorte Merveille
d' Amérique se comporte dans les croisements de P. Baccarini (191 1) d'une
manière si irrégulière qu'il lui est impossible de définir la couleur domi-
nante. Enfin E. Zederbauer (1914), étudiant lui aussi la génétique de
MerveiVe d' Amérique^ constate que la valeur du caractère change au cours
de l'existence de l'individu; en 1917, il conclut que les individus jeunes,
ordinairement récessifs, tendent dans les croisements avec les individus plus
âgés à prendre une condition de véritable dominance. Nous sommes loin,
dans ces exemples, de la loi simple de ségrégation des caractères énoncée
par Mendel.
En résumé, certaines lignées de Pisum sativum présentent comme les
Hordeum (Blaringhem, 1909), comme les Lins (Blaringhem, 1921) des
irrégularités frappantes dans la transmission des caractères discontinus. Il
faut faire un triage sévère des lignées pour vérifier rigoureusement les lois
de Mendel; elles seules constituent les véritables variétés régressives utili-
sables comme réactifs pour l'analyse mendélienne de la descendance. Les
lignées irrégulières fournissent d'autre part des réactifs sensibles à l'action
du climat, de l'âge et, d'une façon générale, des conditions particulières de
nutrition. Il est intéressant de posséder une lignée du Pisum sativum sen-
sible quant à la coloration des embryons, qui permet des dénombrements
rapides et le gain d'une année de culture à cause des phénomènes de xénie.
88o ACADÉMIE DES SCIENCES.
BOTANIQUE. — Sur V élongation des racines.
Note (' ) de M. H. Ricome, présentée par M. Gaston Bonnier.
L'élongation des racines est si minime qu'il est difficile de montrer que
la réaction à la pesanteur y est de même sens que dans les tiges; la multi-
plication cellulaire masque cette réaction.
Nos expériences antérieures portaient sur des organes fendus longitudi-
nalement et pouvaient paraître insuffisantes à établir cette affirmation;
mais voici une preuve concluante.
On n'a jusqu'ici trouvé d'autre moyen d'empêcher la racine de se diriger
vers le bas que la roue de Knight et le dispositif pendulaire imaginé par
nous. Dans les deux cas, on ne fait qu'égaliser l'action de la pesanteur
autour de l'axe de l'organe. Dans l'expérience actuelle, la pesanteur oriente
la racine verticalement vers le haut.
Il est possible de détruire la majeure partie des cellules en état de division
active, en piquant la racine dans le sens de son axe avec une aiguille.
L'expérience échoue avec une aiguille à dissection qui fait éclater les tissus
superficiels. Elle réussit avec une fine aiguille à coudre qui perfore les cel-
lules voisines de l'axe sans détériorer les autres. Dans ce cas, un grand
nombre de cellules intactes demeurent capables d'élongation. Si l'on enfonce
l'aiguille de 2°^" à 3™™, on obtient régulièrement une incurvation de la
racine vers le haut.
Si la racine ainsi traitée est placée dans l'eau en position normale, il se
produit dès la première heure une courbure affectant une longueur qui
atteint parfois iS"^™. Cette courbure est due à une modification de la tension
relative des tissus et non à l'intervention de la pesanteur. Mais l'élongation
se produit, et la pesanteur fait sentir son effet tropique. Alors la courbe pri-
mitive se déforme de façon qu'au bout de quelques heures la racine est
redevenue verticale descendante et que seul le sommet est redressé vers le
haut. La racine est donc coudée et le coude est situé régulièrement vers le
cinquième ou le sixième millimètre.
Si la racine est placée en position horizontale, les mêmes phénomènes se
manifestent. La courbure de tension se produit en direction quelconque (le
traumatisme détruisant les cellules irrégulièrement), mais le coude résultant
(') Séance du 20 mars 1922.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 88 1
de réloHg'iilioii relève le soiiiiuel vers le haut. Le coude est à la même dis-
tance de rextréiiiité que dans le cas piécédent.
Ainsi il suffît de gêner la multiplication cellulaire en détruisant les cellules
les plus actives pour constater que l'elVel de la pesanteur sur l'élongalion
est la même que dans la lij^e et non inverse comme on le croyait.
Nous avons déjà établi expérimentalement que la région des divisions
cellulaires de la tige réagit eu se dirigeant vers le bas. Ainsi se trouve com-
plt'iéc la démonstration c\périmenlale de l'elVet inverse de l'action de la
pesanteur sur les zones en état de division et en état d'élougation, eilet dont
le résultat le plus fra[>pant est l'orienlation de la racine vers le bas et Torien-
lation de la tige \ers le liant.
PHYSIOLOGIE VÉ(;ÉTALE. — Sw une nouvelle Jcrmeiitalion adde jxoduiie par
le Sterigmatocystis nigra. Note de M. Marix Molliard, |)résentée par
M. (iaston lîonnier.
Au cours de mes reclierches sur la production des acides organiques
libres par le Sterigmatocystis nigra j'ai montré en particulier que cette
Mucédinée était capable, dans certaines conditions, de transformer en
aoide citrique lAie partie du sucre mis à sa disposition ; c'est ce qui se passe
par exemple quand le développement du (Champignon s'effectue en
présence d'un milieu ne contenant, en outre des doses normales de sucre et
de sels minéraux, qu'tine (juantité insuffisante d'azote.
( )n observe d'autre part fréquemment que les quantités d'acide citrique
et d'acide oxalique libres produits (les deux acides apparaissent par exemple
dans le cas où c'est le phosphore ([ui est fourni en quantité insuffisante) se
montrent nettement inférieures à celles (|ui correspondent à l'acidité libre^
présenlée par le milieu de culture; il faut donc admettre qu'il existe au
moins une autre substance acide s'ajoutant aux deux |)récédentes.
J'ai pu détermirter la nature d'une telle substance dans un cas où son
étude est rendue particulièrement facile du fait qu'elle apparaît seule et en
quantité très importante. (Cultivons le Sterigmatocystis nigra sur un milieu
ne contenant, pour une dose normale de saccharose (7^ pour i5o""'), pour
le ~ d'azote et de sels minéraux nécessaires au développement optimum de
la Mucédinée; la marche de la culture, effectuée à 36", est alors très spéciale
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 13.) ^4
882 ACADÉMIE DES SCIENCES»
et se trouve présenter, entre autres caractères, ceux qui sont résumés par
le Tableau suivant :
Dui'cL' PoiJs
de hi culture du rnyci'liuiii acidité Sucre con:oniiHc
(en jours). sec (en mg). (en cni-^ N ). (en nig).
lo , 779 13.3 5i45
■;>o.. 845 i3.6 58 12
3o 99/4 I ' ■ 9 6555
'10 I i5o i»><) 6856
Au bout de 10 jours le maximum d'acidité est à peu près réalisi* et, à
partir de ce moment, la disparition du sucre est très lente; on ne met en
évidence dans le milieu de culture ni acide oxalique, ni acide citrique; mais
le liquide présente d'une manière très intense la r(''action de iîerg relative
aux acides-alcools.
Si l'on remplace le liquide précédent par un milieu n'en dilïerant que par
une dose double de sucre, on obtient des résultats analogues, mais avec une
exagération de l'acidité; Ir développement physiologique de la culture se
traduit de la manière qui suit :
Poids
Durée du mycélium sec Acidité \iide citrique Sucre consommé
(en jours,. (en mg). (encm■■■.^). dosé. (enmi;;.
2 288 .8.96 O »
4 507 32 o »
6 696 32.8 o »
S 877 36,2 o »
10 1 0 1 5 37.4 o 9216
2(1 Il 34 38 33(> '0469
3o 1 290 36, 4 389 I 1 700
4o 1299 32,4 289 12762
Jusqu'au 6'' jour, il ne se produit pas trace d'acide citrique; le liquide
reste limpide par addition d'acétate de plomb et ne doAne pas la réaction
de Denigès; ce n'est que vers le <S*'jour qu'on peut obtenir une réaction
qualitative de l'acide citrique et seulement vers le 20* jour qu'on peut le
doser à l'état de citrate tricalcique. A aucun moment on ne décèle d'acide
oxalique. Kt cependant le maximum d'acidité du liiiuide se trouve presque
atteint dès le 4^ jour.
SÉANCE DU 2- MARS I922. 883
Des cultures de la série précédente, prélevées au G® jour, permettent-
d'isoler facilement à Tétai de sels de calcium ou de zinc l'acide-alcool produit
en si grande abondance, de le séparer ainsi du sucre restant et de le régé-
nérer à l'état libre par la décomposition de ces sels.
Il s'agit d'un acide ne cristallisant pas,. mais restant sirupeux ; son pouvoir
rotatoire, les caractères de ses sels (le sel de cinchonine, en particulier, est
insoluble dans l'alcool), ceux de sa phénylhydrazide, les résultats fournis par
l'analyse élémentaire du sel de calcium, m'amènent à l'identifier à l'acide
monobasique r/-giucosique, que Léon Boutroux a déjà signalé comme un
produit dérivant du glucose sous l'emploi de certains ferments acéticjues.
L'acide en question apparaît comme le produit le plus simple qui puisse
résulter de l'oxydation du glucose, et j'ai pu constater qu'il constitue à son
tour un aliment pour le Sterigmatocystis nigra et peut subir une oxydation
totale, au même titre d'ailleurs que l'acide citrique et l'acide oxalique,
quand on fournit au milieu de culture tous les éléments nécessaires au déve-
loppement normal du Cbampignon.
La méthode des milieux déséquilibrés, outre qu'elle montre le rôle im-
portant et spécifique des différents éléments chimiques dans les phénomènes
biologiques d'oxydation, permet donc de mettre en évidence certains pro-
duits du métabolisme intermédiaire des substances organiques ; d'après
mes recherches, les diverses substances dérivant successivement de l'oxy-
dation du sucre interverti s'accumulent dans les conditions suivantes :
I** Quand on diminue notablement les quantités de la source d'azote et
de l'ensemble des sels minéraux, il s'accumule de l'acide glucosique, soit
à l'état pur, soit d'une manière très prédominante par rapport à l'acide
citrique ;
2° Si l'on ne diminue que la dose de la substance azotée, c'est l'acide
citrique qui devient le plus important ;
3° Vient-on à faire porter la réduction sur le phosphore, on obtient une
forte acidité libre résultant surtout d'un mélange d"acide citrique et d'acide
oxalique ;
4° Quand la réduction intéresse le potassium, on assiste à une accumu-
lation considérable d'acide oxalique ;
5° Enfin, dans un milieu équilibré, il n'apparaît que des traces d'acides
libres et l'on peut considi-rer qu'on est en présence dupliénomène respira-
toire normal.
884
ACADEMIE DES SCIENCES.
ZOOLOGIE. — 5/^/' un nouveau Poisson (nrui;le des eaux douces de IWfrique
oecident(de. Noie de M. jAt:QUEs Pelleghix présentée par M. Bouvier.
La faune ichlyologiquc des eaux douces de TAfriquc est loin d'être com-
piètement connue et peut nous réserver encore des découvertes fortinléres-
santes. Tout récemment, M. Houlenger ( ') décrivait comme le premier
l*oisson aveugle africain, un Barbeau sans yeux, le Cweoharhus iieerlsi, péché
dans un lac de la grotte de Tliysville (Bas-Congo ).
M. le D'' Bouel, chargé d'affaires de France au Libéria, a recueilli aux
environs de Monrovia un Poisson qui, bien qu'appartenant à un groupe fort
différent, présente (''gaiement le caractère d'être aveugle et constitue une
forme tout à l'ail curieuse. La capture de cet échantillon unique, mesurant
233'"'" de longueur, a été faite à i i'' du soii' dans un petit ruisseau d'eau
Typklosynbranchiis Botie/i ('lY'U- vue en dessous).
douce se jetant dans un marigot, à-a''*" ou 3'"" de la mer. L'étude de ce spé-
cimen montre qu'il s'agit d'un genre nouveau de la famille des Synbran-
chidés, auquel je donne le nom de Typhlosynhj'unchus, c'est-à-dire Syn-
branche aveugle, dédiant volontiers l'espèce au D' Bouel qui Ta rapportée
au Muséum de Paris.
J^e i^enre 7^yjj/ilosy/ib/a/ichiiS se Irouve caiacléiist- par un coips lui, c\ lindri(|uo,
exlirmement allongé, \ermiiorme, teiminé en pointe i;ièie et sans tiiice> de nageoires.
Les yeii\ sont absents. La bouche, bien fendue, est bordée de lèvres développées. Les
dents sont coniques, en une seule rangée, sauf en avant sur les prémaxillaires et à la
mandibule ; les dents palatines sont unisériées. L'appareil brancdiial se présente exté-
) /Icvi/c Z()olo:^iqiic africaine, l. 1), 19ÎI, fasc. 3, p. aS')..
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 885
lieureiiient à la face inférieure de la lôte comme un long pli médian loniiitudinal,
bordé de bourrelets avec en arriére un orifice minuscule uni([ue. Tnlérieurement on
ne dislingue pas de lamelles biancliiales sui' les trois arcs branchiaux antérieurs. L'anus
est pla(('' an peu après le début du tiers postérieur du corps.
Dans le T. lioueti l;i liauleur du corps e^t contenue \& fois en\ iroii dan> la longueur,
celle de la tête 9.0 fois. Le> narines sont hien séparées, les antérieures à Textiéinité du
museau, les postérieures sur le soniniet de la tète. La teinte générale est noirâtre.
La disposition de l'appareil branchial externe à orifice unique médian
permet de placer ce Poisson apode dans la famille des Synbranclndés, mais
il doit y occuper une place Irt's à part à cause de la forme et de l'étroitesse
de cet orifice excessivement réduit, ovalaire, tandis que dans les autres
espèces du groupe il y a simple réunion, à la partie inférieure de deux fentes
latérales bien développées.
Les Synbranchidés sont des Poissons anguillifonnes dont on connaît
trois genres : Monoplcnis, Synbninchus, Chilohranchiis, répandus dans les
eaux douces et saumPitres du sud-est de l'Asie, de l'Amérique du Sud, de
l'Australie et dont une seule espèce, le Syni>/)a///ii.s a fer Houlenger, a ét(''
signalée jusqu'en Afrique occidentale. Tous peuvent vivre longtemps hors
de l'eau et beaucoup s'enterrent dans la vase pendant la sécheresse.
Déjà chez les Monopterm^ on observe l'atrophie ou l'absence des lamelles
branchiales sur les arcs branchiaux antérieurs; d'autre part chez certains
Synhranchus, comme le S. caligans Cantor, de Malaisie, l'œil est très réduit,
caché sous la peau. Ces caractères se trouvent encore plus acc(^ntués chez
le Tyi)h]osynl>raTichus Hoiirii. Il faut sans doute chercher dans ses habitudes
limicoles l'origine de la cécité de ce Poisson, qui doit passer dans la vase,
c'est-à-dire dans un milieu <|uasi opaque, une grande partie de son existence
et qui, en outre, no sort peut-êti'e que la nuit à la recherche de sa nour-
riture.
BIOLOGIE. — Sur les caraclrres d'un hylmdc mâle priwciitini de l' union d'un
Canard Pileî mâle ( Dafila acuta L,) et d'un Canard sauvage femelle
(Anas Boschas L.). Note de M. A. Lécaillox, présentée par M. Hen-
neguy.
Le Canard Pilet et le Canard sauvage forment, pour les ornithologistes,
deux espèces assez distinctes pour être rangées dans deux genres ditïerents.
886 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les femelles de ces deux sortes d'Oiseaux sont d'ailleurs assez ressemblantes,
mais les mâles se différencient très nettement l'un de l'autre par de nom-
breux caractères faciles à observer. Dans leur Traité cV Ornithologie, qui date
de 1867, Gerbe et Degland(') affirment que, parmi le gibier apporté sur les
marchés de Paris, on trouve parfois des hybrides de deux espèces, dont il
s'agit ici. Effectivement l'hybridation du Pilet et du Canard sauvage paraît se
produire sans difficulté. En 1920, au jardin zoologique de Toulouse,
naquirent plusieurs hybrides résultant de l'accouplement d'un Pilet maie
avec une femelle à'' An as hoschas. L'un de ces hybrides était du sexe mâle, et
dans la présente Note, je me propose de faire connaître les caractères de cet
Oiseau en le comparant avec les mâles de Pilet et à"" Anas hoschas.
L'hybride en question, encore vivant aujourd'hui, ressemble au Canard
sauvage mâle par la couleur vert foncé des plumes de la tète et du cou (à
cause de ce caractère, le mâle de Canard sauvage est appelé communément
Col vert^. Cette partie du plumage est au contraire gris brunâtre chez le
Pilet mâle.
Ses ])attes sont rougeâtres, comme celles du Canard sauvage, alors que
celles du Pilet sont de couleur beaucoup plus foncée.
Les plumes noires sus-caudales, qui sont droites et très longues chez le
Pilet (ce caractère l'a fait appeler longicmide ou acuticcuidc) sont au con-
traire enroulées en demi-cercle chez l'hybride, et à ce point de vue encore,
ce dernier se rapproche du Canard sauvage mâle. Toutefois, l'enroulement
est moins marqué chez l'hybride que chez le Canard sauvage.
La taille de l'hybride est supérieure à celle du Pilet, et de même ordre
de grandeur que celle du Canard sauvage.
L'hybride se rapproche au contraire du Canard Pilet par les caractères
suivants :
Il présente deux bandes blanches placées derrière le cou et montant vers
la région de la tête; elles sont cependant un peu moins longues que chez le
Pilet. Ce caractère fait complètement défaut chezle Canard sauvage.
L'hybride a un bec bleu noirâtre, comme le Pilet (le l)ec est rougeâtre
chez le Canard sauvage).
Le miroir de l'aile est très semblable à celui du Pilet : il a un reflet vert
dans sa partie moyenne, est bordé d'une bande roussâtre du côté de la base
(') Voir le tome 2, pages .")o8 et 517 de l'Ouvrage de ces deux auteurs {Ornithologie
européenne, 1867).
SÉANCE DU 1~ ^^ARS 1922. 887
de l'aile, et d"une bande noire puis blanche du côté opposé. On sait que le
miroir du Canard sauvage a un reflet bleu violacé dans sa r-égion moyenne,
el est bordé de noir et de blanc sur ses deux bords latéraux.
D'autres caractères du plumage de l'hybride sont pkis ou moins nette-
ment intermédiaires entre les caraclères correspoiidanls dos mâles des deux
espèces parentes. Je citerai seulement ici la couleur du devant de la poitrine.
On sait que. chez le Canard sauvage mâle, cette partie du plumage est d'une
belle couleur roux marron foncé, tandis que chez le Pilet màle elle est
blanche. Chez l'hybride elle est blanche en majeure parlie, mais des traces
de roux marron foncé s'observent dans la zone périphérique de cette région
du corps.
On peut dire, en résumé, que l'hybride mâle du Canard Pilet mâle el du
Canard sauvage femelle ressemble davantage, par certains caractères, soil
à l'un, soit à l'autre des mâles des deux espèces desquelles il dérive. Mais
on doit noter qu'à d'autres points de vue il est plus ou moins intermédiaire
entre ces deux animaux. Ces conclusions sont tout à fait analogues à celles
auxquelles me conduisit l'étude d'un hybride mâle de Canard musqué et
d'Oie d'Egypte ('). Ces deux cas se rapportent à la catégorie des hybrides
chez lesquels les produits directs de l'union des deux parents d'espèces dif-
férentes présentent des caractères du parent mâle, des caractères du parent
femelle et des caractères nouveaux ou plus ou moins intermédiaires à ceux
des deux espèces souches.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Zinc el canccr. Note de M. Paul Cristol,
présentée par M. Widal.
C. Delezenne (^') a montr('' que plus un tissu est riche en phosphatides ou
en nucléoprotéides, plus il contient de zinc. D'autre part, il a émis l'hypo-
thèse que le zinc y remplit, sous une forme appropriée, le rôle de catalyseur
dans les phénomènes d'hydrolyse des phosphatides et des acides nucléiques.
Enfin il a vérifié une fois avec M. Pettit qu'un animal intoxiqué à dose
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 68. (Dans le litre de celle Noie, il faul lire
Chenalopex au lieu de C henalopes. )
(^) DelezeniNE, Le zinc constituant cellulaire de l'organisme animal {Ann. Insl.
Pasteur, t. IÎ3, 1919, p. 68).
888 ACADÉMIE DES SCIENCES.
friible par du venin de cobra (très riche en zinc) présentait des divisions
caryocinéliques anormales des cellules nerveuses.
Ces fails nous ont incité à étudier, au point de vue de leur teneur en zinc,
les tumeurs cancéreuses.
Nous axons eni{)l<)yé les lechniques analytiques utilisées par M. Dele-
zenne.
Voici les premiers lésultats obtenus :
Tumeurs conj on clives.
V.n pour 11 100
U-(l Poids sec " ' ■ - -■ — ^ ^
|)Oiir 100. jitialvsr. S* >''/ii pesi'. fini?. sor.
- '""
l'ihroine iilérin 1 Si,i8 \.>.i •),2 o,n5- djS^iÔg
il )i 2 8i.o5 9j*'9 6,-5 (),<»53 <'-^94
» » 2(').. 7/4, 3t» 7,583 6,9 o,(»92 0,869
Ta me tirs épithcHiales.
(]anct'r dt' riilérti.s. . . . 7^.67 5, 00 9, S "','03 "»79'l
• CanciT ilii foie 78,16 8,41 ii,i ">''9 0)'"ji9
(lancer du sein 1 7'>,"i 9''^^* 9'3 0,098 0,424
Cancer du sein 2 74)5''* 6,857 i'>,3 0,^00 0,788
Cancer de la face 78.-0 7,255 10, 3 0.128 0,57/1
Ces chiffres sont intéressants, d'abord par la différence qu'ils montrent
entre . les tumeurs conjonctives bénignes et les tumeurs épithéliales
malignes.
D'autre part, il esl important de noler l'élévation delà teneur de zinc de
la portion centrale du ^fibrome ut<''riii. n" 1. Or cette partie était molle et
l'examen histologique y a montré un Commencement de dégénérescence sar-
comateuse, tandis que la partie périphérique étail purement tibromateuse.
Enfin les deux canceis du sein cités étaient tous deux des cancers alvéo-
laires, mais alors que le second qui atteint un taux de zinc très élevé (0^,783
pour 1000 de tissu sec) était un épithélioma typique, le premier contenant
seulement 0^,424 pour 1000 de zinc était un cancer alvéolaire dendritique
avec forte réaction fibreuse du type squirrheux (examen histologique du
Professeur (Irunfellt).
(') l^arlies péripliériqnes et parties centrales, dégénérées.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. S89
Ces premiers résultais semblent montrer que la teneur élevée en ziac des
tissus cancéreux est fonction do la prolifération et de l'adivité cellulaire et
nucléaire.
HISTOLOGIE COMPARKE. — Sur le lis.su lyniphohJc de rinlrstin moyen des
MrxJnoùlcs el sur sa sitinifiration morphologique. Note de M. »Ïacoues
Mawas, présentée par M. Henneguy.
L'intestin moyen des Myxinoïdes présente une structure histologiquc
remarquable. Elle consiste dans la présence, dans l'intérieur même de la
paroi intestinal»', d'un tissu lymphoïde abondant, ordonné par rapport au\
vaisseaux tributaires de la veine porte. Il ne s'agit point ici, comme on
pourrait le croire au premier abord, d'amas lymphoïdes banaux, comme
on en rencontre dans tous les intestins des Vertébrés, mais bien, sinon d'un
tissu spécial, du moins d'une structure el d'un ordonnancement caractéris-
tiques qu'il nous s<'nd)le intéressanl de signaler.
Nous laisserons de coté, dans cette Not<', l'étude de l'épithélium intestinal
et du ricbe réseau capillaire qui lui est sous-jacent, pour porter notre
attention sur la paroi intestinale proprement dite. Cette paroi est limitée
d'une part par une puissante ceintuie de faisceaux conjonctifs soutenant
l'épithélium et, d'autre, part, par le muscle circulaire intestinal, doublée de
Tendothélium de la cavité générale. Tout on étant parfaitement circulaire,
elle envoie des prolongements en l'orme de festons du cùté de l'épithéliuin
qu'elle soulève i-n plusieurs endroits, l'tudiée au niveau ou entre les
villosités, elle présente le même aspect.
On y constate un tissu graisseux spécial fonné par d'immenses cellules
dont les noyaux géants ressemblent à un amas de boyaux chiomatiques à
incisurrs profondes, contenant un ou plusieurs nucléoles. Ces novaux ras-
semblent il ceux de certaines glandes d'Invertt'brés ; leur étude seiail intc^^
Fessante à entreprendre pour ceux qui voudraient étudier le rôle du noyau
dans l'élaboration et la fixation des réserves graisseuses dans ces cellules
spéciales, qui différent par certains points de leur structure des cellules des
coussinets adipeux sous-épidermiques. Dans ce tissu graisseux, et plus spé-
cialement à sa périphérie, règne un réseau de capillaires, anastomotiques,
doublé d'un manchon de globules blancs, plus ou moins épais. Les capillaires
sont larges, remplis de sang. Ils sont limités par un endothélium à cellules
890 ACADÉMIE DES SCIENCES.
plates et à noyaux allongés. Autour de chaque capillaire, on conslate des
amas plus ou moins abondants de cellules lymphoïdes; Ces amas forment
de véritables manchons cellulaires péricapillaires. Enplusdeces manchons,
il existe des cordons lymphoïdes pleins. Ils réunissent les uns aux autres les
manchons de différents capillaires éloignés el se continuent direclement
avec eux. On se trouve donc en présence d'un système hémo-lymphatique
complexe, essenliellement composé par des capillaires sanguins doublés de
manchons lymphoïdes el réunis les uns aux autres par des cordons pleins de
même nature. En d'autres termes, il existe dans l'intérieur de la paroi inles-
tinale des Myxinoïdes un système de réseau lymphoïde <à larges mailles,
ordonné par rapport aux vaisseaux sanguins.
Quelle est maintenant la constitution hislologique de ce tissu? Elle est
très simple. Quelle que soit la région envisagée, on n'y trouve qu'une seule
espèce de cellule lymphoïde, avec des formes dégénéralives ou évolutives,
ressemblant au grand mononucléaire des Vertébrés. Ces cellules sont fré-
quemment en karyokinèse. Elles ne semblent jouer aucun rôle dans la for-
mal iou des globules rouges.
Quant à la signification morphologique de ce réseau hémo-lympliatique
intra-intestinal, nous pensons qu'il s'agit bien là d'une rate interstitielle,
diffuse dans la paroi intestinale. Ce serait chez Myxine gliiiinosa la forme
la plus simple et la disposition la plus primitive que l'on connaisse de cet
organe si compliqué chez les Vertébrés supérieurs*. Les Myxines nous offrent
le type idéal de la rate schématique : du tissu lymphoïde, autour des capil-
laires veineux, a|)partenant au système porte.
MÉDECINE. — Traitement de la contracture par V excitation électrique des
muscles non contractures dans les lésions du faisceau pyramidal et dans la
contracture secondaire ci la paralysie faciale périphérique. Evolution de la
chronaxie au cours du traitement. Note (') de M. Georges Boukguignox,
présentée par M. d'Arsonval.
1. Dans une précédente Note (-) j'ai montré que, en règle générale,
dans la contracture causée par les lésions du faisceau pyramidal, la chro-
(') Séance du '^.o mars i9'22.
(■-) G. l>oiîRGi!ir.NON. Comptes rendus, t. 17^1-, iQ'^a, p, --'S.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 891
naxie diminue au point moteur des muscles contractures, et augmente dans
leurs antagonistes non contractures.
Cette constatation m'a suggéré l'idée de reprendre le traitement de la
contracture proposé par Duchenne de Boulogne et d'en contrôler les effets
par l'étude de la clironaxie.
Duchenne de Boulogne avait proposé de traiter la contracture des hémi-
plégiques et des paraplégiques par la faradisation des antagonistes non
contractures. Aprrs lui, ce tiaitement fui tour à tour em|)loyé et rejeté.
Actuellement, la plupart des cliniciens déconseillent l'emploi de tout trai-
tement électri([ue chez les hémiplégiques et les para])légif[ues, dans la
crainte de j)rovoquer ou d'augmenter la contracture. M'appuyani sur la
connaissance que j'avais acquise de la chronaxie chez ces malades, j'ai
essayé de traiter les muscles non contractures à chronaxie normale ou
augmentée, dans res[)oir d'augmenter la tonicité des muscles non contrac-
tures et de diminuer ainsi, indirectement, l'hypertonieité des muscles con-
tractures. L'expérience a confirmé ces prévisions. J'ai choisi quehjues
liémi[)légiques et quehjues paraplégiques présentant un écart notahlement
plus grand que normalement entre la chronaxie des extenseurs et des
lléchisseurs et j'ai fait des excitations à l'aide de chocs faradiques espacés
au rythme d'environ 80 excitations à la minute, sur les muscles à chronaxie
augmentée. Les excitations sont faibles, donnant une contraclion à peine
supérieure au seuil. Dans chaque séance, chaque muscle traité est excité i5
à 20 fois. Les séances ne se répètent que 2 à 3 fois par semaine, avec repos
de traitement au bout de 12 séances. Je veille avec soin à ne provo(|uer
aucune excitation par diffusion dans les muscles contractures.
Grâce à ce traitement, j'ai obtenu, comme Duchenne de Boulogne,
l'amélioration de la contracture. Ainsi, en quelques séances, un hémiplé-
gique contracture en flexion au membre supérieur peut ouvrir complète-
ment la main; dans im cas de maladie de Littie, avec contracture du triceps
siiral produisant un pied équin, l'excitation des extenseurs des orteils et du
jambier antérieur a relâché la contracture du triceps au point que la malade
pouvait, au bout d'une dizaine de séances, appuyer le talon sur le sol.
Eu même temps, j'ai constaté, chez les malades améliorés, que l'excita-
tion électrique fait diminuer la chronaxie des muscles antagonistes excités,
alors que la chronaxie des muscles contractures augmente : réquilibre
normal entre la chronaxie des fléchisseurs et des extenseurs tend à se rétablir.
TL Ces résultats me conduisirent à étudier une contracture d'origine
892 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ti'ès différente, celle qui siiccèdo si soment à la paralysie faciale prri-
phéri(|ue.
Dans ce cas, la chronaxio reste ('-leNN'c dans les muscles conlracLurés, parce
que la contracture succède à la d(''généiescence. Ce qu'on peul dire, c'est
(|u'on ne liou\e jamais de cliroiiaxies 1res grandes dans les contractures
secondaires à la paralysie faciale.
Dans les muscles du côté sain, on liouxe la chronavie augment/'C des
à 5 fois la \ aleur normale : hs muscles symétriques du côté sain se comportent
donc comme les muscles antagonistes des muscles contractures chez les hémi-
plégiques. Cette constalation m'a donné l'idi-e de traiter la contracture
secondaire à la paralysie faciale par l'excitation des muscles sains. Chez la
totalil('' des malades ainsi traiLt'S, actuellement au nombre de 5. la contrac-
ture s'est améliorée au point que, pratiquement, les malades n'en éprou\ eut
presque plus aucune gène.
J'ai appliqué à ces cas exactement le mémo tiaitement qu'aux hémi-
plégiques et aux parapl(''gi(|ues. Dans le traitement ('lechique de la contrac-
ture, quelle qu'en soit la cause, il faut se garder de faire la moindre
excitation sur les muscles contractures ou à chronaxie diminuée : le
traitement échouerait et l'on risquerait d'aggraver la contracture.
Après le traitement de la contracture secondaire à la paralysie faciale
pi'ripliérique, la chronaxie est revenue à sa valeur noimale du coté sain,
et se rapproche de la normale du cot('' malade.
IjCS résultats fonctionnels sont meilleurs dans la contracture secondaire
à la paralysie faciale périphérique ([ue dans la contracture causée par les
lésions du faisceau pyramidal. C'est que, dans le cas de la parai n sic faciale
périphérique guérie avec contracture, la contracture constitue toute la
maladie, tandis que chez les hémiplégirpies et les paraplégicpies, la dimi-
nution de la contracture laisse subsister la lésion du faisceau pyramidal.
De ces faits on peut donc conclure :
1° L'excitation électrique, bien localisée, des muscles non contractures^
à chronaxie nornude ou augiiicntèc, constitue un excelh.-nl traitement de la
contracture d'origine centrale des lésions du faisceau pyramidal, comme
l'avait vu Duchenne de Boulogne.
•1^ C'est le traitement de choix, sinon le seul efficace, de la contracture
secondaire à la paralysie faciale périphérique.
3° Les résultats de ces traitements s'accusent non seulement clinique-
ment, mais aussi par la tendance an retour à l'équilibre normal des chro-
na.xies.
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 8(>3
MÉDECLXE KXl'ÉRLMl.MALi:. — Aclioii préventive (■/ cLirtiliKt' dans la syphilis
lin dérivé acêlylê de r acide oxyaminophénylursi nique {sel de s<)ude\
Noie (') de MM. C. Lkvaditi el A. IVavarro Martin, présentée par
M. Houx.
Dans une Note i-i'ccnle (' ), un de nous a insisté sur rutilité d'une pro-
phylaxie de la syphilis par simple ingestion d-\m niédicameni spirillicide
("fiicace, phis pralique que les applications locales de poinniades ou les
injections préventives. Les essais rc-alisés au moyen de sels solubles de
bismuth (iaclate), administrés préventivem<'nl parla b(tuche, ayant fourni
des résultats peu satisfaisants, nous nous sommes adressés aux arsenicaux.
Parmi ceux-ci, le dérivé (icèlylé de l'acide o.iyaminophénylarsiniriur (sel de
soude) ( '') (désigné 190), nous a paru le plus indicjué. Ce sel est, en elïét,
stable, facilement maniable, très soluble, riche en arsenic (M et relativement
peu toxique (^). Son efticacilé ihérapeulique en injection sous-cutanée,
dans la ssphilis ex[)(''rimentale du lapin, est incontestable, ainsi que nous
l'avons montré antérieurement (" j.
Nous avons entrepris des expériences de prophylaxie et de traitement par
1(1 voie digestive au moyen de ce composé. Les essais pro'ventifs expérimen-
taux sont en cours; ils ont déjà abouti à des résultats favorables. Dans
cette Note, nous résumons les ('(fris thérapeutiques sur i animal et le.s
([uelques tentatives préliminaires faites sur l'homme.
Dispositif cxpcriinental. — Des lapins porteurs de lésions sypliihliqiies riches eu
Irépouèmes, sont mis à jeiin pendant >.'\ heures, puis on leur administre, par voie
stomacale, 10^"'"' à 20""' de la solution de 1!)0 à 10 pour 100. Evamen de l'évolution de
la lésion el recherche des spirochètes.
Expérience 1. — Lnpin 8-E, P =: i-So-, poiteur de lésions préputiales riches en
Iréponèrnes neuroti opes, rei'oit, pcr os. ■>." de 1!>0. Les tréponèmes disparaisseni le
(') Séance du 22 mars igvi.
(-) Sazerac et LEVAurri, Comptes rendus, l. IT'i, i\)'i>-i p. i<8.
(^) Fourneau, Annales de l Institut Pasteur, t. 35, 1921, p. 571.
('*) 20,3 pour 100 d'arsenic.
{'') La dose toxique pour le lapin, en injection sous-cutanée, est de o?,5 par
kilogramme.
('•) Levaditi et \avauro, in nales de l'Institut Pasteur, t. 36. 1922, p. 46,
894 ACADÉMIE DES SCIENCES.
deuxième jour; nouvelle ingestion de ■jf'' du mênne produit. Les lésions guérissent
le quatrième jour et les spirocliètes disparaissent définitivement. Dose totale = 4''5
soit is,5 par kilogramme.
Expérience 2. — Lapin 5o-B-/, P = SoSo», porteur de deux nodules scrotaux (dia-
mètre 7'='", 4 et i'^"',6) et d'un petit chancre riche en tréponèmes dermotropes (\irus
Fournier-Schuartz).
< )n administre, par la bouche, 2? de 190. f^es tréponèmes disparaissent dès le pre-
mier jour. Les nodules diminuent progressivement. Guérison complète et définitive
le huitième jour. Dose totale : 2^, soit 0^^,66 par kilogi anime.
Expérience 3. ^ Lapin 'i.5-0. P = 3i5o»', porteur de lésions intenses préputiales et
anales, riches en Spirochœta cuniculi, reçoit is de lîfO per os. Disparition des spiro-
chètes le deuxième jour et guérison de la lésion le troisième jour. Absence de récidive,
aucune perle de poids. Dose totale : is, soit oS,3o par kilogramme.
Plusieurs autres expériences analogues faites avec des doses inférieures (0*^,1 5 par
kilogramme) ont fourni des résultats identiques.
Expérience k. — Macaccus cynomolgus n° 00, est infecté par scarification des
arcades sourcilières, avec du virus d'origine humaine. 12 jours après, lésions locales
papulo-érosives renfermant des tréponèmes. 9 jours après le début de ces lésions,
alors que celles-ci contenaient de nombreux tréponèmes, ingestion de i^', 5n de 190.
Les lésions se détergent le troisième jour; nouvelle ingestion de is de 190. Dispari-
lion des spirocliètes le troisième jour, et guérison définitive le sixième jour.
Ces expériences montrent que le 190, administré par voie buccale^ pro-
voque la guérison rapide et définitive des lésions syphilitiques ., tant chez le
lapin que chez le singe {même action sur le Spirochœta cuniculi). Les tré-
ponèmes disparaissent dès le deuxième ou le troisième jour, et il n'y a pas
de récidive.
Le médicament est toxique jof/- os., à la dose de 0^,66 par kilogramme; les
animaux succombent tardivement (de 19 à 24 jours après l'ingestion). Il
est, au contraire, bien toléré quand cette dose ne dépasse pas o^,3o ou o«, 4o
par kilogramme. La dose thérapeutique par voie digestive, difficile à éta-
blir d'une manière précise, se rapproche de celle qui a été trouvée par
voie sous-cutanée. Ce fait, ainsi qtie l'étude de l'élimination de l'arsenic
par l'urine chez l'homme et chez l'animal (M. et M*"* Trefouël) montrent
(|ue le 190 s'absorbe rapidement et en quantité notable par la muqueuse
digestive.
Action thérapeutique chez Chomme. — Nous avons traité par cette méthode
deux sujets (A et B) porteurs de gros chancres multiples du fourreau,
riches en tréponèmes. La dose totale absorbée yoer os a été de 16^ chez A et
de i4^' chez B, à raison de i^ à 1^ par jour, pris à jeun. Aucun trouble n'a
été observé au cours du traitement, hormis une élévation passagère de la
SÉANCE DU 27 MARS 1922. 896
température, dont la vraie raison nous échappe. Les tréponèmes ont disparu
défînitivemenL après le premier gramme chez A, après le septième gramme
chez B, et les chancres se sont cicatrisés rapidement. Cliez A, quelques
taches ayant l'aspecl de macules roséoliques sont apparues 12 jours après
le début du traitement; elles onl disparu peu après.
MN[. L. Fournier, L. Guénot et A. Schwarz ont entrepris parallèlement
des essais thérapeutiques d'après la méthode sus-indiquée, sur des malades,
aux diverses périodes de la syphilis. Les résultats obtenus sont conformes
aux précédents.
Action prèvenlWe chez l'homme. — A la suite de cesNdonnées expérimen-
tales et cliniques. X, âgé de 25 ans, s'est offert à être scarifié aux deux bras
avec du virus syphilitique dermotrope, le 3 février 1922 (infection massive).
Le même virus a servi à inoculer, aux arcades sourcilières, le Macaccus
cynomolgus n° L3. X reçoit. 2 heures et demie et 16 heures après la scarifi-
cation, 28 de 190 par la bouche (en tout 4^')-
Le macaque montre des lésions papuleuses le dixième jour, lésions qui
augmentent progressivement dans la suite. X n'a présenté aucun accident
local pendant 47 jours d'observation. La réaction de Bordet-Wassermann
est restée continuellement négative. Ces recherches ont été faites en colla-
boration avec M. A. Marie (').
(Conclusions. — Le dérivé acélylé de V acide oxyaminophénylarsi nique
(sel de soude) est un médicament qui, administré par [a bouche, prévient la
syphilis et provoque la cicatri s ation rapide des manifestations syphilitiques , tant
chez l'animal que chez Vhomme; mais il est encore trop tôt pour savoir si ce
uiode de traitement amène une guérison définitive de la maladie.
A 16 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée à 16 heures trois quarts.
A. Lx.
(') D'après les constatations de M. Navarro, le 190, administré par la bouche, agit
favorablement dans les trvpanosomiases expérimentales (Na;iana de la souris et du
cubave).
896 ACADÉMIE DES SC1ENCI:S.
ERRATA.
(Séance du 12 décembre 1921.)
Allocution de i\l. Georges Leinoiitc :
Page 1219, ligne \ \ , au lieu de Geguin, lire Seguin.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 3 AVRIL 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MÉMOIRES ET COMMUIVICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président annonce le décès, survenu le 27 mars, de M. P.i.-A
GuvE, Correspondant de l'Académie, pour la Section de Chimie, professeui
à l'Université de Genève.
M. A. Haller donne lecture de la Notice suivante :
Physico-chimiste éminent, M. Ph.-A. Guye, professeur à l'Université
de Genève, était, quoique jeune encore, un des plus anciens Correspon-
dants de la Section de Chimie. Son œuvre, aussi étendue qu'ongmale, se
distingue par un souci constant de la rigueur et de la précision.
Pénétré, dès ses débuts dans la science, que des mesures n'ont de réelle
valeur que si Ton s'adresse à des corps purs et chimiquement définis,
M. Ph.-A. Guye a consacré plusieurs années à des recherches qui lui ont
permis de se familiariser avec toutes les méthodes en usage dans la synthèse
minérale et organique, ainsi que dans l'analyse.
Bien armé au point de vue de la technique expérimentale, et après avoir
passé son doctorat à l'Université de Genève, M. Ph.-A. Guye vint àia
Sorbonne dans le laboratoire de Ch. Friedel où une orientation nouvelle
fut donnée à ses travaux.
C'est à Paris qu'il commença ses importantes recherches sur la dissy-
métrie moléculaire, recherches qui font en quelque sorte suite à celles,
classiques, de Pasteur, Le Bel, Van't Hoff, etc. Elles ont eu une répercus-
sion considérable dans le domaine de l'asymétrie et lui ont valu le prix
Vaillant de l'Académie des Sciences. Joint à un Mémoire sur « le coeffi-
cient critique et la détermination du poids moléculaire au point critique »,
65
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174. N° 14.)
898 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ce travail a fait l'objet de sa thèse en Sorbonne. Retournant à Genève
comme professeur de Chimie théorique et technique à TUniversilé,
M. Ph.-A. Guye y continua ses recherches, forma des élèves et devint, au
bout de peu d'années, un véritable chef d'Ecole.
Indépendamment d'études d'ordre purement scientifique qu'à aucun
moment il ne consentit à perdre de vue, le savant Professeur aborda des
travaux relatifs à l'électrochimie et en rapport avec le développement des
industries électrotechniques de son pays. Les uns concernent l'électrolyse
des chlorures alcalins, et les autres la production de l'acide azotique synthé-
tique. Ces derniers ont été, au début, effectués avec MM. Naville et Ch.-A.
Guye et poursuivis plus tard par l'auteur seul. Cette contribution impor-
tante, apportée à la solution d'un des problèmes les plus captivants de syn-
thèse industrielle, a été récompensée par l'attribution aux auteurs suisses
de la médaille d'or de notre Société d'encouragement pour l'Industrie
nationale.
Les vingt dernières années de l'activité scientifique de l'illustre chercheur
ont été consacrées au contrôle des poids atomiques. Il est difficile de résumer
des travaux de ce genre, parce que leur intérêt réside principalement dans
le soin apporté à la purification des produits à étudier, et à l'exécution de
tous les détails des opérations, ainsi que dans la critique judicieuse des
expériences. D'après Sir E. Thorpe, dont la compétence en ces matières est
bien connue, « les méthodes physico-chimiques, adoptées à Genève pour
contrôler les poids atomiques par la densité des gaz corrigée de l'écart à la
loi d'Avogadro, réalisent, au point de vue de la précision, un progrès aussi
important par rapport aux méthodes de Stas que celui accompli par ces
dernières méthodes comparées aux observations anciennes ».
L'action de M. Ph.-A. Guye ne s'est pas bornée à celle du chercheur
original et ingénieux dans le domaine qui lui était dévolu. Désireux de
doter les pays de langue française d'un organe spécial où seraient publiés
les travaux se rattachant à sa science de prédilection, il fonda, dès 1903, le
Journal de Chimie physique ^ qu'il alimenta en grande partie par des Mémoires
sur des recherches exécutées dans son propre laboratoire. Malgré les diffi-
cultés de toute nature qu'il a dû surmonter, malgré une santé précaire due
à un surmenage intensif, notre regretté confrère a tenu à assurer l'existence
de cette précieuse publication jusqu'à sa mort.
C'est dans le même ordre d'idées que, pour affranchir les chimistes suisses
de l'obligation de recourir aux périodiques allemands, il a, de concert avec
un certain nombre de ses collègues, créé, en pleine guerre, les Helvetica acta
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 899
chimica destinées à recueillir tous les travaux <lc chimie elTectués dans les
laboratoires disséminés sur tout le territoire de la République. Très attaché
à la France et parle co:;ur et par Fesprit, M. Ph.-A. Guve, tout en étant un
patriote éprouvé, n'a cessé de préconiser et de défendre la culture et les
méthodes françaises, afin de dég-ager ses compatriotes de Temprise alle-
mande. Il a mis dans cette lâche délicate une ardeur patriotique, un tact et
une continuité tels que ses avis étaient très écoutés, non seulement du corpç
enseignant helvétique, mais encore des pouvoirs publics; auprès desquels
son influence devenait sans cesse grandissante. Véritable animateur et en-
traîneur, il a fait école et formé de nombreux disciples avec Tespoir que, peu
à peu, les chaires de haut enseignement pussent être confiées en majeure
partie à ses nationaux, et certaines d'entre elles à des savants de formation
latine.
J'ajouterai enfin, qu'aussitôt la guerre déclarée, il a mis généreusement
et sans bruit sa science et sa grande pratique au service de notre pays et
des alliés. Nombreux et variés sont les conseils d'ordre technique qu'il a
bien voulu nous donner, de façon à hâter et à améliorer nos fabrications de
guerre.
La mort prématurée de notre confrère met non seulement en deuil sa
famille, ses amis et son pays, mais elle constitue aussi une perte irréparable
pour la science chimique et pour notre propre pays.
LITHOLOGIE. — Sur une syénile à corindon et sillimanite formée par enclo-
morphisme du granité. Note de M. A. Lacroix.
Madagascar fournit annuellement à l'industrie des abrasifs plusieurs
centaines de tonnes de gros cristaux de corindon dont j'ai déterminé sur
place les conditions de gisement (') dans des micaschistes au contact du
granité.
Dans un seul gisement, sur la rive gauche du ruisseau Antavy, près du
toby d'Anjomakely, au sud-est d'Antsirabe, j'ai observé l'injection de ces
micaschistes par des apophyses granitiques. Ces micaschistes présentent
alors le phénomène classique de la feldspathisation, mais avec une parti-
cularité spéciale; ils renferment en abondance du microcline, mais pas de
quartz. La feldspathisation est très apparente, même à l'œil nu, parce que
(^) Comptes rendus^ t. loi, 191 2, p. 797.
QOO ACADÉMIE DES SCIENCES.
les cristaux de corindon, au voisinage immédiat du granité, sont cerclés
d'une petite zone blanche feldspathique dépourvue de mica, qui manque
loin du contact. ,
Ces micaschistes injectés prennent un aspect gneissique, puis leur texture
schisteuse disparaît et l'on passe ainsi progressivement à une roche presque
exclusivement feldspathique, au milieu de laquelle sont distribuées des
fibres de sillimanite et de gros isoscéloèdres de corindon. J'ai montré com-
ment cette dernière roche, dépourvue de quartz, n'est autre chose que le
résultat de la transformation du magma granitique dont toute la silice libre
a été saturée par l'alumine non combinée du sédiment pour donner naissance
à la sillimanite, alors que l'excès d'alumine a cristallisé sous forme de
corindon; malheureusement les échantillons que j'ai recueillis étaient telle-
ment altérés (transformation partielle du feldspath en argile latéritique),
qu'il ne m'avait pas été possible de faire l'étude chimique de cette roche
endomorphe d'un type si nouveau.
Depuis mon expédition de Madagascar, deux autres gisements ont été
découverts dont MM. Michaut, Chulliat et Perrier de la Bàlhie m'ont
fourni de nombreux échantillons. L'un de ces gisements se trouve à lo'""
au sud-sud-ouest d'Ambodilaza (6'*°' ouest-sud-ouest de Tamatave), l'autre,
au milieu de la région forestière au sud de Beforona, dans un ravin de la
Sahanialoto, affluent de l'Iaroka; dans ces deux points, la coupe n'est pas
aussi nette qu'à Anjomakely, on peut constater seulement que la syénite
à corindon est intercalée au milieu de roches schisteuses très latéri-
tisées, mais l'identité des conditions de formation n'est pas douteuse; on y
trouve, en effet, d'une part des types à faciès gneissique, riches en biotite,
et d'une autre, des échantillons pauvres en mica ou dépourvus de mica.
Lorsque celui-ci existe, les cristaux de corindon sont encore séparés de lui
par une zone exclusivement feldspathique.
Je prendrai, comme exemple, le gisement de la Sahamaloto, sur lequel je
suis le mieux documenté. La roche, en place, a été observée en un point appelé
Ambatofolsy. La caractéristique de ce nouveau gisement, aussi bien que de
celui d'Ambodiliza, réside en ce que le corindon, au lieu d'être gris et opaque,
comme à Anjomakely, est ronge (rubis) et parfois translucide; la propor-
tion de corindon y est souvent considérable, et je possède des séries d'échan-
tillons établissant des passages entre des roches ne renfermant que 4 ou
5 pour loo de ce minéral, et d'autres qui en sont presque exclusivement
formées. Les types les plus riches en corindon sont à grain fin, et ils ont
l'apparence d'une aplite dont le grenat serait remplacé par du corindon, au
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 901
milieu duquel se distinguent des cristaux plus gros du même mi léral, avec
souvent quelques petits cristaux de disthène, tranchant par leur belle cou-
leur sur le fond rouge et blanc des autres éléments.
L'examen microscopique montre, comme à Anjomakely, Textréme
abondance de la sillimanite. (lelle-ci devient localement prédominante,
et l'on passe ainsi progressivement à des roches singulières ne renfermant
que peu ou pas de corindon, roches micacées ou non, essentiellement
constituées par des baguettes de sillimanite, à clivage nacré, longues de
plusieurs centimètres, au milieu desquelles se voient, çà et là, de gros cristaux
noirs de spinelle, ou bien des nodules uniquement formés par du corindon
rose, finement grenu, et qui, sous un volume réduit, sont identiques à une
roche qui va être décrite plus loin.
Toutes ces roches sont parfois traversées par des veinules de damourite,
soit en larges lames, soit en masses verdàtres, crypto-cristallines. L'examen
microscopique montre que, dans les deux cas, ce mica résulte de Tépigénie
de tous les minéraux précités : corindon, sillimanite, microcline. On sait
que Genth a signalé jadis des pseudomorphoses de corindon de ce genre et
que la damourite du gisement originel de Pontivy accompagne le disthène,
aux dépens duquel elle s'est certainement formée.
L'analyse suivante (M. Raoult) donne la composition d'un échantillon
de cette syénite endomorphe que j'ai choisi aussi pauvre que possible en
corindon :
SiO^ 47,(0
\V-0' 4o,6o
Fe-^0^ 0,76
FeO 1,61
iMgO o,38
GaO 0,46
Na^O • 1,60
K^O • 5,32
TiO* i,o3
H^O (+) 0,92
» ( — ) 0,22
I 00 , 00
Cette composition, conduisant aux paramètres 1.5.1(2). 2, caractérise
un type lithologique inconnu jusqu'ici; la composition minéralogique
calculée [47^3 pour 100 de feldspaths (microcline 3 r.i pour 100. albite i3,5
pour 100, anorthite 2,5 pour 100), 4^,4 pour 100 de sillimanite et 4?»
pour 100 de corindon] correspond assez bien avec la composition réelle.
902 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les contacts qui viennent d'être décrits ont un grand inlérêt théorique
en ce qu'ils fournissent un exemple incontestable de transformation endo-
morphe du magma granitique par assimilation d'un sédiment. La composi-
tion chimique de celui-ci (richesse eu alumine) et aussi le caractère miné-
ralogique exceptionnel de la roche résultante en rendent facile l'inter-
prétation.
La caractéristique des cristaux de corindon provenant de ces syénites et
qui les distingue de ceux formés dans les micaschistes consiste en ce que,
tandis que ces derniers, toujours opaques, sont encroûtés de biotite et
possèdent par suite des faces rugueuses, ceux dont il s'agit ici, au contraire,
ont des faces planes, souvent brillanles, et sont fréquemment translucides.
L'existence de semblables cristaux dans un assez grand nombre de rivières
do l'île me fait penser que des recherches ultérieures feront découvrir
beaucoup de contacts du genre de ceux qui sont étudiés (' ) ici, mais leur
forme prête à une autre remarque.
A la suite des expériences synthétiques par fusion ignée de M.Morozewicz,
on a admis assez généralement que le grand aplatissement des cristaux de
corindon était la caractéristique différentielle de l'alumine cristallisée
dans un magma fondu; les cristaux d'Ambodilaza et d'Ambatofotsy
montrent qu'une telle conclusion ne doit pas être généralisée ; dans ces
gisements, en effet, et dans celui d'Anjomakely, on rencontre toutes les
formes connues de développement cristallographique du corindon et elles ont
été formées sous l'influence de conditions identiques. A Anjomakely,
ce sont des isoscéloèdres très aigus, dépourvus de base; ils se rencontrent
aussi bien dans le micaschiste dépourvu de feldspath, et dans le micaschite
très feldspathisé, que dans la syénite dépourvue de mica. Dans les deux
autres gisements, potai- ces diverses conditions, la forme dominante consiste
en tables hexagonales, aplaties suivant «', limilées par le prisme d^ , avec
de petites facettes /?. Dans les portions à structuie pegmatiquc, dépourvues
de biotite, les cristaux sont quelquefois allongés suivant Taxe vertical,
avec une large base accompagnant un isoscéloèdre aigu ( -). Il est donc bien
évident que ce ne sont pas les conditions physiques de la cristallisation
qui ont influé sur la forme des cristaux ; il faut plus probablement faire
(') Ce sont eux qui ont certaioement fourni les rubis transparents recueillis dans
quelques-unes de ces rivières; ceux-ci proviennent donc d'un autre type de gisement
que les gemmes de Birmanie et de Siam qui se trouvent dans des calcaires cristallins.
(-) A Anibodilaza Cette forme est réalisée aussi dans une pegmatite un peu quartzifère
renfermant de la mu^covilé et des trapézoèdres de grenat almandin. ;
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 9o3
intervenir, comme dans les expériences de M. P. Gauberl ( ' ), laction de très
petites quanti tés de matières étrangères, qui se manifestent par des différences
de coloralion; en effet, les cristaux aplatis sont toujours rouges, les
cristaux allongés et basés rosés avec taches bleuâtres, les isoscéloèdres
aigus, gris et opaques.
Il me reste à décrire une roche qui jusqu'ici n'a été recueillie que sous la
forme de blocs roulés pesant jusqu'à plusieurs centaines de kilogrammes,
soit dans la Saliamaloto (-), soit dans d'autres rivières de l'Ile. Cette roche
que j'appelle corindonite est uniquement constituée par du corindon, rose
ou gris, très finement grenu ( ^), avec, de loin en loin, une très petite quan-
tité de spinelle d'un noir foncé, de tourmaline et de muscovite. Comme
cette corindonite, extrêmement dure et tenace, est accompagnée de blocs
de la roche à sillimanite décrite plus haut qui en renferme parfois des
nodules, il est fori vraisemblable qu'elle provient d'un gisement analogue,
mais la démonstration directe de cette hypothèse n'a pu être faite.
A Antohidrano, sur la Sahanangar) , affluent de droite de l'Ivoloina,
au nord de Tamatave, un autre type de corindonite C) a été recueilli sous
forme de blocs non en place; il est à gros grain, constitué par du
corindon gris perle dont les cristaux enchevêtrés, présentant des plans de
séparation suivant />, ont en moyenne 3"'" à 4'"™ <^e diamètre. On y
distingue aussi quelques plages de muscovite et de biotite chloritisée, avec
de petites taches blanches terreuses, représentant probablement la place de
feldspaths disparus.
Enfin, pour compléter ce qui concerne l'histoire du corindon à Mada-
gascar (■'), je signalerai dans le voisinage du dernier des gisements qui
viennent d'être cités, l'existence d'une roche à très grands éléments,
essentiellement fornK'e par des lames de clinochlore, de gros grains de
(^) Comptes rendusyX.. l47, 190S, p. i483.
(-) Il a été exploité environ 3ooo tonnes dans celte rivière.
(^) Une corindonite très analogue est connue dans Ttnde, dans la province de
Rewah, où elle forme un banc épais, intercalé entre un gneiss et une amphibolite.
(^) Cette corindonite n'est donc pas comparahle à Vémeri^ dans lequel la teneur en
corindon atteint rarement plus de 80 pour 100 èi reste généralement très au-dessous de
celle valeur.
(^) Les tufs basaltiques renferment fréquemment (Ankaratra, Massif d'Ambre, etc.)
des cristaux de corindons arrachés en profondeur à des roches anciennes; ils sont d'un
l)leu foncé (saphir) et par suite de couleur fort différente des cristaux étudiés dans
celte Note ; je ne connais pas la nature exacte de leur gisement originel.
9o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
spinelle hercynite, avec accessoirement du corindon gris bleuâtre; cette
roche me semble fort différente de l'origine de celle des roches qui font
l'objet de cette Note; elle offre au contraire une très grande ressemblance
avec celle d'une roche qui constitue des filons ou des ségrégations dans les
péridotites de quelques gisements de la Caroline du Nord que j'ai eu
l'occasion de visiter autrefois. Malheureusement, je n'ai aucune précision
sur les conditions de gisement des échantillons qu'il m'a été possible
d'étudier.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Sur la détermination du diamètre des étoiles
par la méthode interfèrent ielle. Note (') de M, Maurice Hamy.
Dans une Communication antérieure (^), j'ai indiqué la marche générale
à suivre, pour déterminer le diamètre £ d'un petit astre, par la méthode
interférentielle, lorsque l'éciat de sa surface diminue, du centre au bord,
par suite de l'absorption d'une atmosphère symétrique. Cette méthode est
fondée sur l'observation des franges d'Young, visibles au foyer d'une
lunette dirigée vers l'astre, lorsque l'objectif est recouvert d'un écran, dans
lequel sont pratiquées deux fentes égales et parallèles, disposées à la dis-
tance /. Les franges, bien visibles lorsque / est suffisamment petit, dimi-
nuent de netteté, lorsque / croit, et disparaissent au moment où celte
distance acquiert une valeur convenable, en relation avec le diamètre £.
C'est cette propriété qui sert de point de départ pour évaluer £ d'après les
observations.
Je me propose, dans la présente Note, d'indiquer les opérations à exé-
cuter, pour déterminer £, en supposant que l'éclat, le long d'un rayon du
disque de l'astre, puisse s'exprimer par la formule
E = Ao-hA,v/j — p'+A2(i — p2) + A3(i - r?)-i+ \,(i—fy-
qui s'applique exactement au Soleil, comme je l'ai montré antérieurement,
p désignant le rapport, au demi-diamètre de l'astre, de la distance angu-
laire d'un point du disque au centre, et Ao, A,, ... des constantes.
Appelons A la longueur d'onde des radiations qui pénètrent dans l'œil de
(') Séance du 27 mars 192 1.
(^) Comptes rendus, t. \1k^ 1922, p. 342.
SÉANCE DU 3 AVRIL I922.
905
l'observateur et posons
l-
t.
n = 0
X
(l .2 . . .«)- Il -\- \
u.=2
X
( I . 2 . . . « )- ( «. -r- I ) ( « -h 2 j 3
=: — / v/i — M- coi2 ma du,
S /■' 4
— / (1 — u^)' C0S2 mil du,
„ A„ A, A, A3 A.
2 3 4 o b
U.
C = A„ -°
2
4-A.3
ij«i- \ 2 m
u,
"T- -^3 7 7
I / sin 2 m
— C0^2//t
L^ni- \ im
3 2»i
fA.— .i-^^^'i-L^).
On démontre ({iie les maxima d'intensité des franges sont proportionnels
à B 4- G et les ininima à B — C, ou inversement suivant les valeurs de /. Le
Tableau ci-dessous fournil les coefiîcients de A^, A,, A^, A3, A-i, figurant
dans l'expression de C, en fonction de m :
Coefficients figurant dans l'expression de C.
Cooflicii.'iit*
0,0.
0,1.
0,2.
0,3.
oA.
0,5
0,6.
0,8,
0,9.
1 ,0.
I . I .
1 ,2.
Lie A,.
• le V,.
de A„.
de A..
de A,.
o,5ooo
+0,3333
+o,25oo
-f 0,2000
H-O, 1667
4975
3320
2492
1994
i663
4901
3280
2467
1977
i65o
4779
32i5
2426
1949
i63o
46ii
3i25
2369
1910
1601
44oi
3oi2
2298
1861
i565
4i53
2877
22l3
1802
l522
3871
2724
2I16
1735
1472
3562
2554
2008
1609
1417
323i
2371
1890
1577
i355
2884
2177
1764
^489
1290
2027
1975
i632
139.5
1220
2168
1769
1496
1298
1147
9o6
ACADÉMIE DES SCIENCES.
g -i-o,oo34
2,0 —0,01 65
2,1 o33o
2,2
2,3
2,4
2,5
2,6
2,7
2,8
*2<9
3,0
3,1
3,2,. . .'
3,3
3,4
3,5
3,6
3,7--
3,8
3,9
4,0
0061
f),0052
oo48-
— o,oo46
Désignons par /^ la distance des fentes coi¥espondant à révanouissement
des franges. Le rapport K de l'intensité des maxima à celle des minima a
alors pour valeur l'unité. Appelons ij. la valeur correspondante de m. Soit/,
uneautre valeur de la distance des fentes, supposée inférieure à /, a, le rapport
connu y, rii^^ a, a. le rapport -y- et K^ la valeur observée du rapport K,
lorsque les fentes sont placées à la distance /,. Sup])osons que l'on possède
quatre valeurs de K, correspondant à quatre valeurs distinctes de //. On a
2 C = o . . „ ]*our /
(B + C), — Ki(t5~ C),."0 Pour /
(1^ + C)2— K,(13 — C)2 — o
(B + G)3— Tv3(B — C), =0
/(, et m =r ij.
/, e t /?i = a , [j. -
}*our l = 1.2 et tn = a^iJ.
Vouv I rr /.. et m =z c/.r.u-
(1-5 + G).— K,(P>-C);
I*our / z=z /; el niz=- a,^ \j
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 907
Ces rquations linéaires et homogAnes, par rap|»ort aux A, déler-
mineiit a, —, x-'' t^' -r • Pour les utiliser, il convienl d'en prendre quatre
' A„ A„ Aq Aj,
quelconques, d'y rem|)lacer u. successivement par quelques valeurs do m,
inscrites dans le Tableau numérique ci-dessus, et de résoudre chacun des
1 , A, Ao Av /-x . -^1
systèmes ainsi obtenus par ra|)port a -» .->•••, ^- Un porte ensuite cha-
cune des valeurs de a considérées et les valeurs correspondantes de — ' j---? .— >
' ^ A„ A„
dans le prejiiier membre de la cinquième équation. On obtient ainsi autant
de résidus de' substitution que de valeurs de u. essayées. La valeur de u, qui
répond à la question se trouve en cherchant, par interpolation entre les
résidus calculés, celle qu'il faut choisir pour avoir un résidu nul. On en
conclut ensuite, également par interpolation des diverses valeurs trouvées
pour j-S la valeur véritable de ce rapport qui correspond à la valeur exacle
\, \ A
de u.. On obtient de même --? -r^f —' •
La connaissance de a et de /„ fournit le diamètre £ par la relation
Celle des rapports —-' "*' V^ fournit la répartition de la lumière sur le
disque de Tastre.
Dans les calculs indiqués ci-dessus, il convient de prendre comme point
de départ des substitutions de u. la valeur a = i , 9 immédiatement inférieure
à la valeur a = i. 916 qui fournit le diamètre, dans le cas où la surface de
Tastre est uniformément éclairée, c'est-à-dire lorsque Ai^=A2=A3=A', = o.
On substituera ensuite a = 2,0, puis a = 2,1, ,.., jusqu'à ce que le résidu
delà substitution, dans la cinquième équation, change de signe. On inter-
polera ensuite comme il a été dit ci-dessus.
Application nu Soleil. — En terminant, nous ferons, des formules données
plus haut, une application particulière au Soleil, supposé transporté dans
les espaces interstellaires. Ici le problème se simplifie, puisque la réparti-
tion de la lumière sur le disque est connue. On a vu antérieurement qu'elle
correspond aux valeurs suivantes des A,
A,i= 0,257379,
A3 =
t>,07l>874
Ai= 0,941035,
A,—
— 0,019945
A, = — • 0 , •>.55333,
li_o L i 3 R A R
908 ACADÉMIE DES SCIENCES.
11 suffit d'une seule équation pour déterminer £, par exemple celle qui
correspond à l'évanouissement des franges et qui se réduit à
C = o. •
Cette équation est vérifiée par la valeur
fi = TT -^ = 2,IO.
Si, au lieu de tenir compte des variations d'éclat, du centre au bord du
disque, on négligeait ces variations, on trouverait un diamètre z' défini par
la relation
71 /o£'
-r— =i,9ib.
A
On en déduit
£'=0,9I£.
L'erreur commise, dans l'hypothèse de l'homogénéité, atteint le dixième
de la valeur du diamètre exact. Cette erreur sérail naturellement plus
importante pour les astres possédant une atmosphère fortement absor-
bante; tel est particulièrement le cas des étoiles géantes.
ANALYSE SPECTRALE. — Dosage du krypton et du xénon en valeurs
absolues par speclrophotométrie . Note de MM. Charles Moureu
et Adolphe Lepape.
1. La méthode spectrophotométrique de dosage du krypton et du xénon
que nous avons fait connaître en 191 1 permet de déterminer de minimes
quantités de ces gaz très rares (de l'ordre de grandeur de celles qui existent
dans l'air et les gaz naturels souterrains), si l'on connaît préalablement
leurs proportions dans l'air atmosphérique (').
Elle repose sur l'emploi de solutions titrées de krypton et de xénon dans
l'argon, obtenues en mélangeant à de l'argon pur (rigoureusement privé de
krypton et de xénon) des proportions croissantes â^argon brut de l'air
(mélange des cinq gaz rares extrait de l'air atmosphérique). En traitant
par le charbon de noix de coco (o^, 25) refroidi à — 23" (chlorure de méthyle
bouillant) un volume constant (4""') de ces diverses solutions titrées, dans
(^) Ch. Moureu et A. Lepape, Comptes rendus, t. 152, 1911, p. 691; t. 153, 1911,
p. 740.
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 909
des conditions bien déterminées et exactement renouvelables, on enrichit
en krypton et en xénon une fraction constante (absorbée par le charbon)
du volume gazeux total mis en œuvre. Ce volume d'argon enrichi en
krypton et en xénon (o''°',o2 environ) est ensuite dégagé du charbon et
accumulé dans un petit tube de Plùcker (pression 3™™). On note alors l'in-
tensité de la raie principale du spectre visible du krypton (raie jaune
À 5870,915) ou du xénon (raie bleu indigo X 4671,225), en utilisant les
raies voisines de l'argon (X 5912,31 et A 586o,54 pour le krypton, X 4-02, 5
pour le xénon), appartenant au même spectre, comme repères photomé-
trlques. L'examen speclrophotométrique est ainsi effectué à Taide d'un
simple spectroscope à vision directe (modèle Jobin ou Pellin) (').
Pour doser le krypton et le xénon dans un mélange gazeux quelconque,
il suffira d'en séparer les gaz rares lourds (argon -1- krypton + xénon) (""i,
puis de préparer une ou plusieurs solutions de ces derniers dans de l'argon
pur et de soumettre ces mélanges aux mêmes opérations que les solutions
titrées d'argon de l'air (fractionnement par le charbon à — 23° de 4"°' du
gaz et examen spectrophotométrique du résidu gazeux fixé par le charbon).
De l'intensité de la raie principale du krypton ou du xénon on déduira
immédiatement ([uelles sont les solutions titrées respectives d'argon brut
de l'air équivalentes aux solutions des gaz lourds employées, et, par suite,
quelles proportions de krypton et de xénon renferment ces derniers, si les
proportions des deux gaz dans l'air sont supposées connues (').
2. Cette méthode est compliquée, elle est délicate, puisqu'elle exige,
(') Pour les détails du mode opératoire, voir Ch. Moureu, Jouni. Chimie- Physique^
t. 11, 1918, p. 108, L'examen spectrophotométrique exige l'absence de tout s[)ectre
parasite, et notamment de celui de V hydrogène ; il convient donc d'éliminer complè-
tement toute trace des gaz ordinaires du gaz étudié et de purger très soigneusement
les électrodes (cuivre) du tube de PlCcker.
(-) Les opérations à eflTectuer sont décrites dans les Mémoires suivants : Ch. Mot-
REU, Journ, Chimie-Physique, t. 11, 191 3, p. 63; Ce. MouREr et A. Lepape, Ann. de
Chimie^ t. k, igiS, p.. 137; t. 0, 1916. p. 5 et p. 22.5.
(^) En vue de rendre minima l'erreur inhérente à l'appréciation des intensités lumi-
neuses relatives des lignes spectrales comparées, on s'efforce de réaliser des m^ langes
gazeux tels que l'on obtienne l'égalité d'intensité entre les raies mesurées et les repères
appartenant à l'argon. Du fait que la raie du krypton utilisée est dans la région j^une,
tandis que celle du xénon est dans la région bleue du spectre, où la sensibilité de l'œil
est moindre, il résulte que la précision du dosage du krypton est nettenienl supé-
rieure à celle du dosage du xénon. Nous pensons que l'erreur commise dans le dosage
du krypton est de l'ordre de 10 pour 100.
giO ACADÉMIE DES SCIENCES.
dans toutes les expériences, Fexacte répétition de tous les détails de la tech-
nique opératoire, et, surtout, elle est tributaire de ia connaissance des
proportions de krypton et de xénon dans Tair.
La préparation de solutions titrées artificielles de krypton pur et de xénon
pur dans l'argon pur nous a permis de nous affranchir de la plupart de ces
complications et restrictions, c'est-à-dire de simplifier notre méthode primi-
tive tout en la rendant absolue.
Nous avons d'abord purifié avec tout le soin possible, par fractionnements
répétés sur le charbon de noix de coco refroidi, des quantités importantes
des trois gaz : argon, krypton et xénon, préalablement privés de toute
trace de gaz ordinaire ( '), de manière à obtenir finalement environ 2' d'argon
pur; 5o""' de krypton pur et 25""' de xénon pur (^). Nous avons ensuite
constitué des solutions titrées connues d'argon et de krypton et d'argon et
de xénon, en ajoutant, à un grand volume d'argon pur, un volume très
exactement mesuré, soit de krypton pur, soit de xénon pur. A ces solutions
titrées mères correspondent les données suivantes :
Volumes à O'-TliO"'"'.
Solulioii Xili'iic. Aii;on pur. Krypton pur. Xémin pur. Titre.
De krypton dans l'argon. .. . 4'^'^""î'<^ 9""\44 " 2,17.10"^
De xénon dans l'argon 443*''"". 80 » 9""'.3o 2.09. io~^
En diluant dans l'argon pur des volumes connus de ces solutions mères,
nous avons ensuite obtenu des solutions de titres voisins de io~^, io~'', io"~'.
(^) Le krypton et le xénon ont été extraits de l'oxygène liquide industriel par un
procédé que l'un de nous publiera prochainement. L'argon brut qui a servi de matière
première pour obtenir l'argon pur provenait également de l'air; c'était de l'argon
industriel, ne renfermant que très peu d'oxygène et d'azote, et seulement dinfimés
traces de néon, de krypton et de xénon.
(-) Nous n'avons pas admis, comme critère de pureté, la simple « pureté spectrale»,
car, dans les mélanges de gaz rares (et il semble en être de même pour les autres
éléments), la sensibilité spectrale d'un composant est d'autant plus faible que son
nombre atomique est plus bas. Un échantillon n'a donc été considéré comme pur que
lorsqu'il s'est montré rebelle au fractionnement, c'est-à-dire lorsque les portions de gaz
libre et de gaz fixé par le charbon refroidi ont présenté des spectres identiques (étin-
celle directe et étincelle condensée). Les raies les plus persistantes (raies ultimes de
M. de Gramont) dont nous nous sommes servis pour rechercher une trace d'impureté
légère dans un gaz plus lourd, sont :
ArÀ48o6,i4; 4760,04; 4228,81 pour la recherche de Ar dans Kr;
Ivr}i4355;7 pour la recherche de Kr dans Xe.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 91I
L'examen spectrophotométrique direct ( ' ) de ces solutions et de solu-
tions intermédiaires a immédiatement montré que les limites de dilutions
permettant d'apprécier convenablement l'intensité de KrXDSyo^gi ou
XeX467i,22, par comparaison avec les raies d'argon utilisées comme
repères photométriques, sont les suivantes :
Solutions de krvplon dans l'argon o,5 à ^ ,5 . lO""*
Solutions de xénon dans l'argon 2 à8 .1 o~*
Pour certaines dilutions choisies entre ces limites, nous avons déterminé
les intensités des raies Kr À 0870,91 et XeX 467 1,2.2 sous diverses pressions.
La loi de variation de l'intensité lumineuse en fonction de la pression
gazeuse dans le tube de Pliicker est, pour chaque solution titrée, sensible-
ment linéaire.
L'ensemble des résultats relatifs à toutes les solutions titrées étudiées est
représenté par un faisceau de lignes (droites) divergentes, issues d'un point
voisin de l'origine. Voici les valeurs directement observées des pressions
gazeuses (en millimètres de mercure) auxquelles correspond, pour
quelques-unes des solutions étudiées, l'égalité d'intensité de la raie
variable avec chacun des repères photométriques :
Solutions titrées de krypton clans l'argon.
Pression sous laquelle
l'intensité de Ivr a 5870.91 égale celle de
Kr
Titre
Kr -t- Ar
0,46. lO^'^
0,98. lO"'^.
1,18.10-^
1,5 . io~'.
2,0 .io~^.
0,9. .10 •* ,
4,3 .10-'.
Ar À 5860, 54
Ar
A591-2.31
(intensité — "2).
(intensité = 6).
mm
mm
12,0 ,
»
4,8
1 1 ,5
4,3
10
^.9
7/+
2,3
6,0
1 .5
3,7
i,^
3.0
(') Spectroscope à vision directe modèle .Tobin; tube de PliicUer forme L, à élec-
trodes de cuivre, de S'^"^ environ de capacité, dont la partie capillaire, observée « en
bout ». a Go'"'" de longueur et i^^.a de diamètre intérieur. Décharge directe d'une
forte bobine de Rhumkorff dont le circuit primaire est alimenté par le courant alter-
natif du secteur (1,8 amp.).
912 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Solutions titrées de xénon dans V argon.
Pression sous laquelle
Xe Xe).4671,22= Ar a470-2,5
Titre -— . ...
Xe + Ar ( intensité = 2).
mm
2,0.10^^ 12,7
.4,1.10-^ : 5,6
5,9-if>"* 2>7
7>8.io-^ 1,9
3. Le réseau de lignes que les données de ce genre permettent de cons-
truire (') constituent, en réalité, les courbes d'étalonnage du dispositif
spectrophotométrique (celui-ci comprend, en dehors du tube de Plucker,
la bobine de Ruhmkorfî et la source qui l'alimente, ainsi que le spectros-
cope, auquel il convient d'ajouter l'observateur lui-même), auquel on ne
doit faire subir aucune altération appréciable pendant toute la série des
mesures.
Le dosage du krypton ou du xénon dans un mélange argon-krypton où
argon-xénon se présentera ainsi, suivant sa composition centésimale :
a. Le titre en krypton ou en xénon est compris entre les limites indiquées ci-
dessus. — Dans ce cas, le simple examen spectrophotométrique direct du
mélange gazeux étudié permet de déterminer à quelle solution titrée il est
équivalent et, par suite, quelle quantité absolue de krypton ou de xénon il
contient.
b. Le titre en krypton ou en xénon est supérieur aux limites d'examen
direct. — En diluant le mélange étudié dans de l'argon pur, on se trouve
ramené au cas précédent.
c. Le titre en krypton ou en xénon est inférieur aux limites d'examen
(*) En examinant le Tableau précédent, on remarquera, particulièrement à propos
des solutions titrées de krypton, qu'à intensité lumineuse constante, le produit du
titre par la pression est approximativement constant. Si l'on admet que les inten-
sités des raies d'argon étalons restent constantes malgré une variation de pression
dans le tube de Plucker de i à 4 (nous avons l'impression que, dans les conditions de
nos expériences, ces intensités varient peu), la constance de ce produit signifie que
l'intensité de la raie du krypton ne dépend que de la quantité absolue de ce dernier et
nullement de la quantité d'argon qui l'accompagne. Le nombre des atomes de krypton
vibrants serait donc sensiblement proportionnel au nombre total d'atomes de krypton
présents dans la colonne lumineuse et indépendant du nombre des atomes d'argon au
milieu desquels ces atomes de krypton sont noyés (la partie capillaire du tube de
Plucker contient environ 10'^ atomes d'argon et 10'^ atomes de krypton).
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 9l3
direct (gaz lourds de l'air et des mélanges gazeux naturels) (' ). - On élimi-
nera une partie de l'argon, de manière à obtenir, dans la partie conservée
des gaz lourds, une proportion convenable de krypton ou de xénon. En
employant i""' à 2'"'' de gaz rares lourds, nous avons constaté qu'un seul
fractionnement à l'aide du charbon de noix de coco (o^, 25) refroidi à — So'',
j)ermet d'accumuler 90 pour 100 environ du krypton dans le résidu gazeux
(^ environ du volume total) soumis à l'examen speclrophotométnque.
Dans ces conditions, la présence du xénon n"empêclie nullement l'appré-
ciation de rintensité de la raie jaune du krypton; cependant, des propor-
tions importantes de xénon seraient gênantes et il conviendrait d'éliminer
partiellement ce gaz (par fractionnement sur le charbon maintenu à la
température ordinaire), avant de procéder au dosage du krypton.
Le volume des mélanges argon-krypton ou argon-xénon à mettre en
œuvre pour Tapplication de la méthode ne dépend que des dimensions
*du tube de Plûcker employé. Quand il s'agit des gaz naturels, il suffit d^uti-
liser un volume de gaz lourds dix ou vingt fois plus grand que celui du gaz
qu'on accumulera dans le tube de Plucker pour la mesure speclrophotomé-
trique; il peut donc correspondre à quelques centimètres cubes seulement de
gaz naturel.
iNous estimons que Terreur relative que comporte notre méthode d'analyse
peut ('tre inférieure à 10 pour 100 dans le cas du krypton et à 20 pour 100
dans le cas du xénon.
ZOOLOGIE. — L'appareil maxillaire t/'Histriobdella homari ; affinités des
Histriohdellides avec les Euniciens. Note de MM. F. Mesxil et
M. Caui.lery.
Découvert en i853 par P. J. Van Beneden, qui en donna une bonne des-
cription en i858 (-), réétudié depuis par Ed. Van Beneden, Foetlinger (^'),
Cr. Shearer (*), ce curieux parasite qui vit sur les œufs et dans la cavité
(1) Nos recherches antérieures {toc. cil.) ont établi que la composition des gaz
rares lourds (argon 4- krypton + xénon ) est sensiblement constante dans tons les
mélanges gazeux naturels (air, gaz de sources thermales, grisous, gaz volca-
niques, etc.).
(2) P. J. Vais Beneden, Bull. Acad. roy. Belgique, 2« série, t. 5, i858, p. 270.
(9) FoETTiNGER, Ârckives Biologie, t. o, i884, p. ^y^. — Kd. \'an Beneden in
FOETTINGER.
{'') Cr. Shearer, Quart. Journ. of /nier. Se, t. 35, 1910, p. 287.
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N» 14.)
9l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
branchiale des homards, est bien connu dans son anatomie ; il en est de
même du type très voisin que Haswell (') a rencontré sur les branchies
d'une écrevisse australienne (A.stacopsis tasmanicas) et décrit en 1900 sous le
nom de Straliadt-ilas astaci. Quant aux aflinités de ces formes, les o[)inions
des auteurs que nous venons de citer sont assez divergentes : celle de P. J.
Van Beneden qu'il s'agit d'une hirudinée aberrante n'a j)lus été reprise;
pour les autres, il s'agirait d'Archiannélides avoisinant, soit ProtodrUus et
Polygordius^ soit les Rotifères.
Dès 1900, à la lecture du Mémoire de Haswell, nous avions eu Tattention
attirée sur l'appareil maxillaire des Histriobdellides et sur sa ressemblance
avec les mâchoires si caractéristiques des Annc'lides ])olychètes de la famille
des Euniciens. Mais, faute d'observations personnelles, nous nous étions
contentés d'indiquer incidemment notre 0})inion que Histriohdella est un
«Eunicien dégradé» (-).
En septembre 1921, ayant trouvé Histriobdella homari dans la cavité
branchiale des homards péchés dans l'anse Saint-Martin ou aux environs
(lu cap de la Hague, la ressemblance de son appareil maxillaire avec celui
des Euniciens s'est immédiatement imposée à nous. Nous avons alors repris
l'étude comparative de cet appareil et ce sont nos résultats que nous désirons
consigner ici brièvement.
L'appareil maxillaire des Histriobdella est logé, comme celui des Euni-
ciens, dans un bulbe situé ventralement par rapport à Tœsophage et distinct
de celui-ci. Il se compose de deux parties, une dorsale et une ventrale,
correspondant respectivement à la mâchoire supi'rieure M^ et à la mâchoire
inférieure M, des Euniciens.
La mâchoire supérieure M^ est construite sur le type prionognathe. Elle
se compose d'une pièce médiane assez longue (tige onmanubrium^ t, Tràger
des auteurs allemands) qui porte, articulées à son extrémité supérieure, une
série de petites maxilles; nous en comptons trois paires (wi-m^). La pre-
mière paire (z^/, ), de beaucoup la plus développée, est articulée, par une
série de pièces qui rappelle un peu les os du tarse, avec le manubrium; elle
porte, à son bord libre ou interne, une plaque munie de quatre ou cinq dents
(') Hasweli,, Quart. Joiirn. of micr. Se, t. 43, 1900, p. agg.
{"') In Recherches sur les Orthonecticies, Arcli. Anal, inicrosc, t. 4, 1901 (voir
notede lapai;e46o). — Nous a\ons trouvé la même opinion exprimée par Hatschek dans
le troisième fascicule, paru en 1891, de son Lehrbuch der Zoologie (p. 4i4)- Haswell
la relè\e en une ligne sans la discuter. Elle n'a pas, à notre connaissance, attiré l'ât-
tenlion d'autres savants. Certains auteurs oivl parlé vaguement de Polychètes déij;radés.
SÉANCE DU 3 AVRIL iq22.
.910
bien rangres et sensiblement de même loni;ueur; se projetant sur c«'tte
plaque, on obscr\ e des pirces chitineuses particulièrement fortes et de cou-
Lettres communes à toutes les figures : M,, mâchoire inférieure; M/ m u.choire supérieure :
/, frein: t, tige ou manubrium: ?«,, ..., /",,, maxiltes.
Fig. 1-3. — Appareil maxillaire à' Hytriobclella : 1, mâchoire inférieure vue du côté dorsal; l, mâchoire
supérieure dont les maxilles sont écartées (au-dessous, eu grisé, mâchoire inférieure): 3. rnavilles droites
avec une portion de la tige. G = 900 D. environ.
Fig. 4. — Appareil maxillaire de Aolorirrus genicidatits (d'après Marion et Bobretzky); les mâchoires
inférieures ont été disposées pour la commodité du dessin.
Fig. b. — Appareil maxillaire de Labrorost ratas parasitifus jeune (plus tard, la lige apparaît double).
C = .')25 D. environ.
leur noire. Les deux autres paires de maxilles pn-sentent à leur bord libre
une structure pectince.; elles sont soutenues par des supports évidemment
mus, comme les pièces de la première paire, [)ar des muscles propres.
9l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Toute celle mâchoire supérieure est placée directement au-dessus de la
mâchoire inférieure M, et paraît liée à elle par l'intermédiaire de deux
pièces (/) nommées freins (bridles) par Ilaswell. Cette mâchoire infé-
rieure est formée de deux pièces allongées, qui ont été comparées par
P.-J. van Bejieden à des élytres de Coléoptères, et dont chacune se termine
en avant par une partie dentée qui se prolonge latéralement en une forte
pointe recourbée en forme de bec. Le tout constitue une sorte de gouttière
relativement fixe et dans laquelle vient glisser la mâchoire supérieure pour
se porter en avant. Dans ce mouvement en avant, les maxilles s'écartent
comme les branches d'une pince qu'on ouvre.
Cet appareil maxillaire (THîsf/'îobdelia est donc construit tout à fait sur
le type de celui des Euniciens, particulièrement sur le type prionognathe
et se présente avec des connexions identiques. Nous représentons ici pour
le prouver l'appareil maxillaire de deux Euniciens : celui d'une espèce de
grande taille à vie libre, Notocirrus gcniculatus, et celui d'un parasite de la
cavité ca3lomi(|ue de divers Syllidiens, Labrorostratus parasiticus (').
Les mêmes lettres indiquent les pièces correspondantes. Chez les uns
comme chez les autres, il y a une mâchoire inférieure formée de deux pièces :
ces pièces, chez Histriohdella, sont d'un type un peu spécial, qui rappelle
celui des Limihriconercis . Chez les uns comme chez les autres, les mâchoires
supérieures comprennent un manubrium axial, simple ou double, qui porte
une série de maxilles : celles-ci sont, chez Notocirrus, au nombre de
cinq paires armées de fortes dents; il n'y en a qu'une ou deux de chaque côté
cIkîz Labrorostratus (^). On voit donc que Histriobdclla est intermédiaire
comme nombre de maxilles. La forme de ces maxilles d'i/i!>ZAïoè</e//« diffère :
seule la paire inférieure est munie de dents; les autres présentent une iine
pectination. Mais ces types de maxilles existent chez d'autres Euniciens,
par exemple chez Ophryotrocha (').
(') Nous avons étudié ce dernier appareil sur l'exemplaire que nous avons recueilli
en igiS {\o\r Bull. Soc. Zoo/., 1910, p. 160) et aussi sur deux exemplaires eu bon'
état de la collection de Saint-Joseph, conservée au Muséiam d'Histoire naturelle,
mis obligeamment à notre disposition par M. le professeur Gra\ier (jue nous remer-
cions ici,
(^) Comme l'a déjà fait remarquer de Saint-Joseph, ces maxilles sont rudimentaires;
leur régression est soulignée par le fait qu'elles restent aussi petites, quel que soit le
développement de l'annélide, alors que la mâchoire inférieure et le manubrium crois-
sent régulièrement.
(^) Voir les excellents dessins qu'en a donnés J. Bonnier (Bull, scient. France
et Belgique, t. 25, 1898, p. 198, pi. II et III en particulier).
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 917
Il résulte avec évidence, des données précédentes, que Vappareil maxil-
'laire c^'Histiiiobdella, par son plan^ sa structure et ses connexions^ est iden-
tique à celui (les Euniciens^ et cette similitude ne nous parait pas pouvoir
s'expliquer autrement que par des afjinitès réelles. D'autre part, les appen-
dices céphaliques rappellent aussi les Annélides de cette famille (cf. en par-
ticulier Ophryotrocha) et, dans le genre Stratiodrilus Haswell, ily a, en outre,
des cirres latéraux métamériques.
L'ensemble de Tanatomie est du type annélidien simplifié (absence
d'appareil sétigère ) et spécialisé à certains égards. Le système nerveux, en
particulier, est très différencié, ainsi que l'appareil génital. Ces faits,
comme la haute différenciation et la disposition caractéristique de l'ay^pa-
reil maxillaire, ne sont guère compatibles avec l'idée qu'il s'agirait d'une
forme primitive (Archiannélide des auteurs), mais, au contraire, imposent
d'y voir un Eunicien dégradé, ainsi qu'Hastchek et nous-mêmes l'avions
supposé.
ÉLECTIONS.
A l'unanimité des 89 suffrages, M. F. Widal est désigné pour repré-
senter l'Académie à la Commission supérieure des maladies professionnelles .
Par 3i suffrages contre 10 à M. Jean Le Roux, 3 à M. Eugène Fabry et
1 à M. Einstein., M. Reivè Baire est élu Correspondant pour la Section de
Géométrie en remplacement de M. Nœther, décédé.
NOMINATIONS.
M. JouBix est désigné pour représenter l'Académie iiu Vif Congrès
national des Pêches maiitimes, qui se tiendra à Marseille en octobre 1922.
PLIS CACHETES.
M. H. DE Bellescize demande l'ouverture de deux plis cachetés reçus
respectivement dans les séances du 21 mars 1921 et looctobre 1921 etinscrils
sous les n'»^ 8854 et 8923.
91 8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
. Ces plis, ouverts en séance par M. le Président, contiennent des Notes
intitulées :
Pli n° 8854 : Relais pow amortir les oscillations libres des résonateurs ;
Pli n° 8923 : Amortissement des oscillations libres et développement des
oscillations forcées dans les résonateurs.
(Renvoi à l'examen de M. M. Leblanc.)
CORRESPOND AIVCE .
M. Ch. Lallemaxd, Président de V Union géodésique et géophysique
internationale^ remet à l'Académie le programme de la première Assem-
blée générale de TUnion, qui se tiendra, du i au lo mai prochain, à Rome,
dans le Palais de l'Académie des Lincei.
Au cours de cette Confc'rence, à laquelle prendront part les quatre Sec-
tions déjà constituées et relatives, la première à la Géodésie, la deuxième
à la Météorologie, la troisième à l'Electricité atmosphérique et au Magné-
tisme terrestre, et la quatrième à l'Océanographie physique, ou doit orga-
niser deux nouvelles Sectioiis consacrées Tune à la Sismologie, l'autre à la
Vulcanologie.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° E. Gartan. Leçons sur les invariants intégraux. Gours professé à la
Faculté des Sciences de Paris. (Présenté par M. P. Appell.)
2*^ XXV'^-XXIX'^ Bibliographie Géographique (1915-1919), faisant suite à
la Bibliographie géographique annuelle des u Annales de Géographie »•,
publiée sous la direction de Elicio Golin. (Présenté par M. R. Bourgeois.)
3° Amet. La Houille bleue.
4° E. Rabaté. La destruction des mauvaises herbes. ( Présenté par
M. P. Viala.)
5*^ E. Râbate. La taille des arbres fruitiers de plein rent (^prunier d'cnte^
reine-claude ^ pêcher ^ pommiei-) . (Présenté par M. P. Viala.)
M. Kre.mpf adresse des remercîments pour la distinction que l'Aca-
démie a accordée à ses travaux.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 919
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la formule d'interpolation de Stirling.
Noie de M. j\.-E. Norlund.
Dans la théorie des approximations numériques, ks méthodes d'interpo-
lation sont d'un grand secours; pour l'Astronomie, elles ont une importance
capitale. On en fait usage dans la construction des tables numériques, dans
le calcul des éphémérides et encore quand on a besoin de faire une différen-
tiation mécanique ou une intégration mécanique. Le calculateur se sert le
plus souvent de la formule d'interpolation suivante
qui remonte à Stirling el qui a été retrouvée par Lagrange. Les coeflicients
«s et />, s'expriment aisément par les valeurs de la fonction F(:;) dans les
points z = o, ±1, ±2, Comme cette série se présente aussi dans
plusieurs problèmes d'analyse, je me suis demandé à quelle condition elle
sera convergente.
Je démontre d'abord que, si la série converge au voisinage d'un point
quelconque, elle convergera uniformément dans tout domaine fini du plan.
La série représente donc toujours une fonction entière. Cette fonction est
d'ailleurs d'une nalure bien parliculière comme nous allons le voir. La
série (i) diverge par conséquent dans tous les cas où l'on a fait usage de cette
formule d'interpolation. Il est bien singulier que, dans les calculs numé-
riques, l'on tombe si souvent sur des séries divergentes.
Pour trouver la condition de convergence, je fais remarquer que le terme
complémentaire de la série (i) est égal à l'intégrale suivante :
•2-1 J .r{x- — 1-) (x- — 2'-) . . .{jc- — /*-) X — z
Posons x = re"'. Comme ligne d'intégration, je prends une courbe qui est
composée de deux arcs de la lemniscate de Bernoulli, qui a pour équation
/■- = 2/î- cos2f, rc'unis par deux arcs d'un cercle ayant l'origine pour centre et
avec le rayon iogw.Ce choix du chemin d'intégration est un point essentieldans
notre démonstration. Il va nous permettre d'indiquer, avec une très grande
précision, la condition qui assure la congruence de la série. Si l'on avait
cheminé le long d'une autre cour])e, on aurait tronvé une inégalité moins
920 ACADÉMIE DES SCIENCES.
précise. Afin de pouvoir énoncer la condition de convergence sous une
forme simple, je définis une certaine fonction '\^(v) par les deux expressions
suivantes. On aura
(];( i') zn cosc log(^cos 2 (' + \^2 cosi)" -f- 2 sin (' arc siii ( y/g sin ç)
dans l'intervalle o^(^5 t' et X'f^') = 7ïsinç^ dans l'intervalle 7 5pf: -• La fonc-
lion ']^(v) doit en outre être paire et admettre la période t.. On vérifie aisé-
ment que cette fonction est continue et positi\ e pour toutes les valeurs de i^.
Elle est croissante dans Tintervalle o^vli - et décroissante dans l'intervalle
- SvUt:. Enfin elle satisfait aux inésfalités
2 - - ^
71 1; ij; ( (' ) 1; 2 log ( I 4- y/2 ) ,
et l'on aura
i];(o) — ^|;(±:7:•) = 2log(i + \/2),
Cela posé, reprenons la série (i). On démontre que la fonction entière F(,^)
qu'elle représente satisfait à l'inégalité
|F(/e'^) I < /■e'^'^coosl.
Mais cette inégalité ne suffit pas pour assurer la convergence de la série.
Posons
h{v) = \\msup ^' ^ ^'-
Par une étude approfondie du reste (s) on démontre que la série (i) con-
verge et représente la fonction F(^) si A((^) < 4'(^') pour toutes les valeurs
de ('. D'autre part on démontre que la convergence de la série entraîne
que A((')^!]>(ç'). Mais on peut aller plus loin. Admettons que la fonction
entière F(£c) = F(re" ) satisfasse aux inégalités
I F(^) + F(— ^r) I < Ae'">C^),
pour toutes les valeurs suffisamment grandes de v. L'intégrale (2) fait voir
que la série (i) converge si [îJi^o, pj<<i. Ces conditions de convergence
ne suffisent pas pour assurer la convergence absolue ; mais la série (i) con-
verge absolument si fl,< — i et ^.^<C.o. Il arrive que A(r) = vp(^) pour
toutes les valeurs de v. Mais un cas particulièrement intéressant est celui où
SÉANCE DU 3 AVRIL ig22. g'2I
l'on a h{v) = 'H^') dans un nombre fini de points dans l'intervalle —~'lv'ir.
pendant que h(^v) <^ K^) po^r toute autre valeur de v. En ce cas les inég-a-
lités [3, << -> |3:,<C - entraînent la convergence de la serre (i). On démontre
d'ailleurs que, s'il y a un nombre fini de points de contact entre les
courbes A(t') et 'l{^'), ces points sont toujours situés à l'extérieur des deux
intervalles -A'">^>'7» — t!>^'!> r-"
4 4 q 4
Remarquons encore que M. Ogura (' ) a démontré que la série d'interpo-
lation de Stirling converge si F(^) est une fonction entière et paire qui
satisfait à la condition
|F(re''')| <e'"-, o<>.<log2.
Nous venons de voir qu'on peut remplacer A par une fonction de (^ qui est
toujours supérieure ou égale à log(3 H- i \ 2).
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Suv/aces isotlicrmiques à représentation
sphérique isotherme. Note de M. Bertrand Gambier, présentée par
M. Goursat.
1. Les surfaces isothermiques I, qui ne sont ni de révolution ni minima,
et dont la représentation sphérique est isotherme, n'ont pas été étudiées
comme elles le méritent. On les obtient en déterminant les solutions s(^,j),
X(^), "^ ( r) du système
(i) /• -H f -H e-— o,
(2) 2(X — Y)5-f-X'^ — Y>=:0.
On écarte la solution X =: \ = const. qui donne les surfaces minima.
L'équation (i) exprime que l'élément linéaire e-'\dx- -\- dy'-) convient à
la sphère unité et (2) que le rapport -5- des rayons principaux de I est
égal à ^/y-
2. De toute surface !„ déjà connue, on déduit par des quadratures de dij[fé-
rentielle totale une famille de surfaces I/, où la constante h est un paramétre de
forme, carz-, X, \ étant une solution de (i) et (2), le système s, X-h^,
\ -{- h est une autre solution : ce fait si simple ne semble pas avoir encore
(*) Bulletin des Sciences mathématiques . ■1'^ série, t, 45, 1921, p. 3r-4o.
92 2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
été signalé. D'ailleurs chaque surface I,, ou I/, est accompagnée de la surface
isothermique associée, solution nouvelle correspondant au changement de
\/t «" V
•A
sisrne de . , , — ., y
Les solutions classiques : quadriques et cyclides de Dupin, donnent ainsi
de nouvelles surfaces, transcendantes, dont les coordonnées sont des fonc-
tions algébrico-logarithmiques de deux paramètres,
3. Dérivant (2) une fois en j?, ou j, puis deux fois en (a?, j) et élimi-
nant X", \ ", on obtient
(3) 2(X — 1^' - '— ' —
-f-X'
âx'-ây- p <7
35/ tr'
3 y
</ P.
'b-f-'Û-
a, |3, Y, 0 désignant les dérivées troisièmes de :;. Il ya deux cas à distinguer:
dans le premier cas, (2) et (3 ) ont leurs coefficients en X — Y , X' et \' pro-
portionnels, et l'on retrouve simplement les quadriques, cyclides de Dupin
et surfaces qui en dérivent par la remarque du numéro précédent; dans le
second cas, on peut résoudi e ( 2 ) et ('3 ) comme équations linéaires en
X' —y
dérivées premières de ^, = log(X— \ ), et la fonction :: doit vérifier le
système
(4) r + I ^e-=o,
d'où l'on a éliminé complètement X, Y; la solution générale dépend d'un
nombre limité de constantes, compris entre trois et sept. On ne peut éviter
parmi ces constantes trois constantes parasites provenant de la substitution
{x. r ; mx + n^ w v -h /^, ) : les autres sont des constantes essentielles, aux-
quelles s'adjoindra ensuite h. La longueur des calculs rend la discussion
complète assez difficile, mais on trouve aisément une solution particulière :
du pôle (o, 0,1) de la sphère unité, je fais la projection stéréographiqae
d'un faisceau homofocal de coniques situées dans Féquateur et ayant même
centre que la sphère; on obtient un réseau sphérique isotherme solution de
notre problème et dépendant d'un paramètre essentiel c, distance focale du
faisceau plan. Les surfaces correspondantes sont transcendantes, sauf une,
-w-
c- — I
^^-
C^-f- I
2 "'
^/-
c- — 1
f,
2
SÉANCE DU 3 AVRIL Ï922. 928
dont je donne les équations paramétriques en fonction de deux para-
mètres M, c:
— 2f^ 62 -+-3^2 + 35^ — 6 ^
:• =: -—z ; 2/9
(c- — i)-c
V^/ 1 y zrr ! — ? ! ^ ■2lL'j.
4. Au lieu d'éliminer X, Y pour chercher le réseau sphérique isotherme,
ou peut, au contraire, éliminer z pour chercher X, Y. La substitution
(X, Y; /?:X + A, kX -\-K) introduit avec ///, /i, «, une nouvelle constante
parasite k. Si, pour abrég^er, je désigne par (^, •/]) soit le couple (X, Y) soit
le couple ( yX -f- li- v Y H- A), on trouve que, dans le premier cas, les fonc-
tions X, Y satisfont à l'un des systèmes
(a)
(O
!
•-/2 .
S — ■
A{c-
-e.)(ç^-
-e,){l_^
-e,)
Y]'^^-
-A(-/i-
-e,) {-n -
-^2)(-^-
-ea)
:-/2
A(;-
-^.)(-:-
-e,)
■/i'^ = -
-Ai-n-
-e;)(ri-
-<)
•r'2
S —
A(^-
-^J
■(i- = -
-A(-o-
-^\)
(a) donne les quadriques, e,, e.,, <?.j étant des constantes distinctes ou non;
(b) donne les cyclidesde Dupin déduites d'une ellipse et hyperbole focales,
les constantes e,, e._,j e\, (\ doivent être toutes distinctes; (c) donne les
cyclides de Dupin relatives à deux paraboles focales, ^, et e\ doivent être
distinctes. A est toujours différent de zéro. L'exemple obtenu comme solu-
tion du second cas donne le système
I \'2 ~_ A( Y + A) ( v/Y -h A — É^,) (v/Y -^ A - e,).
OÙ e, et c.^ sont distinctes ou non, avec la restriction *", -h e.^, ^ o. On
remarquera que, si dans (b) on fait e\ = e,, c'., = e.,, et si (^, ;/]) signifie
(vX + /', v/Y -h à), (b) coïncide avec (d). J'ai vérifié que le système ( t\
(2) est incompatible en z pour X, Y solutions de
X'2=A(X — e,). Y'^=:- A(,T— eO
924 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Gu solutions de
X'-'=A{X — e^){X-e,), Y"=z- A{Y — e^) {Y - e.)
et je tiens pour assez vraisemblable que la solution générale du second cas
est constituée par Fexemple explicité.
GÉOMÉTRIE. — La courbure de Vespace. Note de M. .1. Le Roux,
présentée par M. G. Kœnigs.
Parmi les notions qui servent de base à la Théorie de la Relativité géné-
ralisée d'Einstein, il y en a une qui paraît à première vue très curieuse et
très intéressante. C'est celle de la courbure de l'espace, à laquelle se rat-
tache la question de savoir si l'univers est fini ou infini.
Malheureusement cette notion repose sur une analyse inexacte et incom-
plète des faits.
Dans la théorie des surfaces, la courbure totale est déterminée par la
forme analytique de l'élément linéaire. Il semble qu'en se donnant l'élé-
ment linéaire d'une multiplicité à plusieurs variables, on doit donc
s'attendre à trouver des invariants qui représenteront des propriétés intrin-
sèques de la multiplicité considérée, indépendantes des variables aux-
quelles on la rapporte. Pour reconnaître jusqu'à quel point cette générali-
sation est fondée, il faut analyser le sens de l'expression élément linéaire.
Dans la théorie des surfaces, on entend par là la forme que prend le ds-
euclidien à trois variables : ds"^ = dx^ -f- dy- -h dz-^ quand on exprime les
trois coordonnées en fonction de deux paramètres u et v. L'expression con-
sidérée implique donc une comparaison entre deux formes de différentielles^
à deux et à trois variables. De plus nous attachons à l'élément linéaire eucli-
dien à trois variables le sens concret, expérimental, d'une mesure effectuée
à l'aide d'une règle que l'on peut déplacer sans altération de longueur.
C'est l'invariant du groupe euclidien des déplacements.
En résumé, nous ne pouvons arriver à la notion de courbure des surfaces
que par la considération simultanée de deux formes quadrati(jues et l'attri-
l)ution à l'une d'entre elles d'un sens physique déterminé.
Si nous considérons une seule forme, comme dans la Théorie de la Rela-
tivité, nous pourrons encore calculer des invariants, (|ui auront une signifi-
cation analytique, mais nous n'aurons pas le droit de faire correspondre à
ces invariants une propriété de l'espace. Cette conclusion résulte nettement
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 9*^^
des considérations suivantes dans lesquelles je me borne au cas de deux
variables.
Dans un plan (P) j'imagine un cercle réel (C)
X- -\- y- — K- =r o
et un cercle imaginaire (C)
^2.+ j2 4- Rî = o.
Je construis un triangle rectiligne ABC intérieur au cercle (C). Je
mesure les éléments de ce triangle, côtés et angles, de trois manières diffé-
rentes : d'abord au sens euclidien, ensuite au sens cayleyen, en prenant
successivement comme conique fondamentale le cercle (C) puis le cercle(C').
Premier cas [euclidien]. — L'élément linéaire du plan est
ds"' r= dx'^ -H dy^ ;
les géodésiques sont les droites du plan ; la somme des angles du triangle ABC
est égale à deux droits. L'invariant de courbure de Gauss est nul. Les bgnes
droites peuvent s'étendre à tout le plan; dans ce cas, les longueurs croissent
indéfiniment.
Deuxième cas\xi\^%m^ cayleyenne, cercle fondamental (C)].- L'élément
linéaire du plan est
,, ^„ R-Hfl?^-+ dy'' ) — {JC dy — ydxf
{R'- — x' — y-y
Les figures devront être limitées au disque intérieur au cercle fonda-
mental. Les géodésiques sont les droites du plan; la somme des angles du
même triangle ABC est inférieure à deux droits. L'invariant de courbure
est égal à — j^- La distance d'un point du disque à un point de la circon-
férence du cercle (C) est infinie. L'aire cayleyenne du disque est elle-même
infinie. Les relations métriques entre les éléments sont celles de la géométrie
de Lobatschewsky.
Troisième cas [mesure cayleyenne, cercle fondamental (C')J. — L'élément
linéaire du plan est
j , o , f^" ( d-TC' -H dv' ) + {■'• dy — ydxY-
ds- ■=. W.' TTT, r~ — tt:; ~~ *
Les figures peuvent s'étendre à tout le plan. Les géodésiques sont encore
les droites du plan; la somme des angles du triangle ABC est supérieure à
deux droits; l'invariant de courbure est égal à + —- La distance de deux
926 ACADÉMIE DES SCIENCES.
points est toujours bornée. Si deux points P et Q d'une droite s'éloignent
indéfiniment en sens contraire (au sens euclidien), leur distance cayleyenne
tend vers ttR. Les relations métriques sont celles de la géométrie de
Riemann. L'aire totale du plan est limitée et égale à 2t:R-.
Dans ces trois cas, ce sont les mêmes éléments physiques qui inter-
viennent : c'est le même plan, les mêmes géodésiques, les mêmes segments
de droites, les mêmes angles. Ce qui a changé c'est la métrique, définie par
le choix de la forme quadratique. L'invariant de Gauss fournit donc une
propriété de la forme quadratique de différentielles que nous avons arbi-
trairement choisie; il ne peut traduire aucune propriété intrinsèque ni du
plan, ni des figures que nous y avons tracées.
Suivant le mode de mesure adopté, le plan sera à courbure nulle, néga-
tive ou positive, à volonté; les relations métriques seront celles de la géo-
métrie d'Euclide, de Lobatschewsky ou de Riemann; une portion limitée
du plan pourra avoir une aire infinie, ou bien, au contraire, le plan tout
entier aura une aire finie.
Dans la discussion qui précède, j'ai interprété la signification des
variables x^ y de manière à obtenir toujours les mêmes géodésiques,
malgré le changement de forme de l'élément linéaire. 11 est également pos-
sible, par un changement d'interprétation très simple, défaire correspondre
au même plan et au même élément linéaire des géodésiques différentes. Par
exemple, dans le second cas, on peut prendre comme géodésiques les arcs
de cercles normaux au cercle fondamental, utilisés par Poincaré pour la
théorie des fonctions fuchsiennes.
Ces résultats s'étendent immédiatement au cas d'un nombre quelconque
de variables.
Ils entraînent les conséquences suivantes :
i** A un espace donné, il ne correspond a prioii aucune forme quadra-
tique qui s'impose comme expression de l'élément linéaire;
2° A un élément linéaire donné, il ne correspond aucune propriété essen-
tielle de l'espace pour lequel cette forme définit la métrique. Les invariants
dits de courbure définissent des propriétés de la forme et non de l'espace ;
3° Il n'y a pas d'espaces euclidiens ou non euclidiens, ni même, à pro-
prement parler, de géométrie euclidienne ou non euclidienne : il y a seu-
lement des métriques qui sont euclidiennes et d'autres qui ne le sont pas;
4° Le problème de savoir si l'univers est fini ou infini n'a pas de sens
au point de vue mathématique. Il est à volonté fini ou infini suivant la"
métrique choisie;
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 927
5° A un même élément linéaire peuvent correspondre des géodésiques
différentes et à des éléments linéaires différents les mêmes géodésiques. Le
résultat dépend de l'interprétation physique des coordonnées.
La théorie d'Einstein parait fondée, en grande partie, sur la méconnais-
sance de ces principes.
CALCUL MÉCANIQUE. — Sui des balances à calcul.
Note de M. Stanislas Millot, présentée par M. d'Ocagne.
Dans une Note antérieure (') sur une balance pour le dosage des rayons X
en radiographie et radiothérapie, combinée par M. Miramondde Laroquette
etnous-même, il fut moins question de la balance, simple instrument de
calcul, que de constatations expérimentales faites au sujet des rayons X.
Avant d'indiquer une nouvelle application du principe de la balance, il
nous paraît donc utile de rappeler ce principe.
Supposons que le résultat cherché dépende d'une équation de la forme
OÙ/,, par exemple, contiendrait l'inconnue ^,.
Toute équation calculable par logarithmes pourra être remplacée par une
relation de cette.forme entre des logarithmes.
Sur un plateau bien plan, et suspendu par deux couteaux de manière à
osciller librement autour d'un axe horizontal, on pose des poids, tous égaux,
à des distances de l'axe respectivement égales à /..fs /«' compte tenu
du signe de chaque fonction.
Pour maintenir le plateau horizontal, il faudra placer un poids égal aux
précédents à une distance de l'axe qui, en vertu de (i), sera précisément
égale à/,.
Comme en nomographie, les échelles simples de /',,/o, ..., J,, peuvent
être remplacées par des échelles binaires.
En traçant sur le plateau ces échelles simples ou binaires, on rend immé-
diats le placement des poids relatifs aux données et la lecture du résultat
cherché.
Il est loisible, sous certaines conditions, soit de faire partir plusieurs
échelles, relatives à un même problème, de points extérieurs à l'axe, soit
de diviser une échelle trop longue en plusieurs tronçons.
(*) Comptes rendus, t. 172, ig-îr, p. 525.
928 ACADÉMIE DBS SCIENCES.
La balance radiologique, sous sa forme actuelle, possède une échelle ainsi
sectionnée, des décalages et une échelle binaire; comme elle fournit direc-
tement des résultats dépendant parfois de six données, c'est un bon exemple
des ressources de la méthode.
On peut concevoir une balance à calcul qui, pour la résolution de pro-
blèmes généraux, serait, à divers points de vue, très supérieure à la règle à
calcul actuellement en usage.
Traçons sur le plateau, perpendiculairement à l'axe d'oscillation, des
échelles analogues à celles de la règle à calcul et graduées d'après les loga-
rithmes des nombres, des sinus, des cosinus, des tangentes, des puissances
décimales de 10 ou de e, des logarithmes naturels ou vulgaires, etc. Chaque
échelle, trac<''e dans un sens dit positif, sera doubh'e d'une échelle semblable
dans le sens contraire, dit négatif.
Dans toute formule calculable par logarithmes on chassera les dénomi-
nateurs pour n'avoir dans'chaque membre qu'un produit de facteurs.
Puis on appliquera les règles suivantes :
Tous les poids relatifs aux facteurs du premier membre seront mis sur les
échelles du sens positif, tous ceux relatifs aux facteurs du second membre
seront mis sur les échelles de sens négatif.
Si certains facteurs sont des puissances entières ou des racines d'indice
entier, on emploiera, au lieu du poids unitaire, un poids double pour le
carré, triple pour le cube, moitié moindre pour la racine carrée, etc., dans
la mesure permise par le jeu de poids dont on disposera.
Prenons un exemple :
En étudiant un appareil de levage, nous a\ons trouvé (jue la tension, en un certain
point, dépendait du poids à soulever et de sept angles. Pour que notre exemple con-
tienne un carré, nous supposerons égaux deux de ces angles et nous aurons la formule
^. sina sin y sins
oczzzV ■ / ^ cosri.
sin p sin^'o
Le dénominateur chassé, elle devient
xsin[3sin^ô=::Psinasinysinc cosv).
On posera donc :
Sur l'échelle des nombres, sens négatif, un poids en P;
Sur l'échelle des sinus, sens négatif, un poids en a, un poids en y et un poids
en £ ;
Sur l'échelle des cosinus, sens négatif, un poids en 0 ;
Sur l'échelle des sinus, sens positif, un poids en [3 et un poids double en 0;
Sur l'échelle des nombres, sens positif, un poids qui, lorsque l'horizontalité du
plateau sera rétablie, marquera le point de la graduation dont la cote est la \aleurdea:.
SÉANCE DU 6 AVRIL I922. 929
Dans ce problème d'ordre pratique, les trois angles a, [j, y nélaienl pas lixes, mais
\ariaient entre certaines limites pendant le déplacement du fardeau I'.
lui manuuivranl les poids relatils à y.. [3, y et u\ sans loucher aux autres poid>, ou
verra très aisément pour quelle valeur maxima de la tension ./■ il conviendra de conso-
lider l'appareil de levage au point considéré.
Par la règle à calcul seule, il serait très pénible de résoudre un tel problème, qui
n'est ([uun jeu pour la balance, munie au besoin d'un régulateur de sensibilité.
Les propriétés fondamentales de la balance ont été utilisées avant nous
pour la construction d'appareils de calcul; nous avons seulement voulu
montret' comment on pourrait généraliser l'emploi de ce procédé de calcul
en donnant à la balance la forme d'un plateau oscillant, sur lequel seraient
placées diverses combinaisons d'échelles, variables selon les problèmes à
résoudre.
MÉGAMQl 1:. — Sur les déformali ans planes
et le problème de la poussée des terres. Note de M. Georges RÉlmoundos.
1. Dans un Mémoire récent (') M. Boussinesq a fait une étude du pro-
blème général de la poussée des terres (|ui Ta amené au système
Ou ,r^(«cos2w) <){u ûni'j->)~\
-t- H- /. -^ -. -' 4- -^ -. = ^,,
ax [ d.v ÛY J
j Ou I à{i( sinao)) <^( ;/ cos'.icj) 1 _
\ Oy ' \_ Oj; ày } ~ ''
oij // == - ' " désigne la tension moyenne, k le sinus de l'angle de terre
coulante, co l'azimut de la plus grande (en valeur absolue) des tensions
principales elles 6, et b.^ les projections coordonnées du poids spécifique de
la masse pulvérulente. M. Boussinesq fait une élimination de u (|ui le con-
duit à deux équations du troisième ordre en oj dont il s'exprime ainsi :
« In tel ensemble si compliqué de relations aux dériv<''es partielles, et
même seulement l'équation du second ordre ruf/i linéaire relative au cas
d'un massif sans pesanteur, semblent, dès l'abord, de nature à rebuter
toute tentative un peu générale d'intégration. De fait, on n'y a guère traité
que des cas particulièrement simples. »
2. Je me propose d'indiquer ici une méthode par laquelle, moyennant
(') Poussée des terres., etc. {A/mates de /'Ecole Normale supérieure^ 3* série,
t. 35, janvier 1918).
C. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N» 14.) ^7
93o ACADÉMIE DES SCIENCES.
une transformation bien connue, je ramène le problème de la poussée des
terres à des équations du second ordre et linéaires.
En écrivant le système (i) sous la forme
/ d\ u{\ — /. cos ■> 0) ) 1 â\ kii sin 9. u) — ^1 y 1
I _L 1 4_ _1 -U. — o,
1 ox ay
(2) < .
i d I l(i( sin :i w — b.^xA d\ u(\ — /> cos 2 w ) 1
f -Jz :: — ± -)_ -I — 1 iJ. n=: o
\ (>)^ ' ôy '
et eu posant
-• ^= i \_l<i' sin 2 0^ — ^1 J'J <^*^'i
j'oblicns les équations
(3) A// sin 2 Cri — /;, y =r — ^ el m(i + /.■ COS20j) = -^ + Y,
-^ dx oy
qui donnent la solution générale de la première équation (2). Nous n'avons
maintenant qu'à substituer cette solution dans la seconde équation (2) pour
obtenir les équations suivantes :
(4) R/' + 2S5+T.^ + M =0,
où
w
dp <)<i
M rz: (, - A-2) /j,- (i + k-)\' ±1^ (' ),
oy
ôz
ÔZ à-'z â-z
^ dj 0^ àx ôy
â'z
' ày-
Les équations (4), auxquelles je ramène le problème général de la
poussée des terres, sont du second ordre et linéaires en ?-, s, t.
.le tiens à signaler que la méthode indiquée dans cette Note est appli-
ca])le non seulement dans le problème de la poussée des terres, mais encore
dans tout problème de déformation plane.
MÉCANIQUE. — Loi de la hauteur dangereuse des talus argileux.
Note de M. Frontard, présentée par M. Mesnager.
Soit un massif en terre cohérente, de cohésion C, angle de frottement
interne 9, limité par un talus rectiligne d'inclinaison z, supérieure à o. Con-
(') Partielle par rapport à y indépendamment des /j et q,.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. qSi
servons les notalioiis et les axes de coordonnées obliques précédemment
définis dans nos Notes antérieures.
Nous avons déterminé les équations d'une courbe, dénommée cycloïde de
glissement, telle que, si un cisaillement de la matière s'amorce suivant l'un
des éléments de cette courbe, il ne pourra théoriquement se propager que
suivant ladite courbe.
Pour qu'un élément de la courbe se trouve atteint par le glissement, il
faut et il suffit que la poussée oblique élémentaire r atteigne la valeur cri-
tique
COS(2a — 2iH- 9) ^ COS(2« — 2f + <p)
' cos(2a + ©) ' sin« — sin9Cos(2a — i-\-'-^)
tandis que la pression verticale conjuguée, s'exerçant sur l'élément plan
parallèle au talus, a pour valeur
. ^ P"-(2«-i-9)
/V zz: A y COS l ■=. L COS co -. : : ; • , ,„ V •
i J ' 51IU — sin ç cos(2a — i -h- 9).
On se trouve ainsi amené à distinguer, dans l'arc de cycloïde envisage
au-dessous de la ligne de plus grande pente du talus, deux branches dis-
tinctes, savoir :
i« Branche inférieure OC, comprise entre le pied du talus et le point C
pour lequel l'angle a a la valeur a = 7 = ^ -f- ï. Toutes les actions molécu-
laires sont ici des compressions.
Au point C, la poussée est nulle.
Le point G a pour coordonnées, dans le système Oxv,
2C
2C /'tt
[sin'-i — sin o H • .
!„=: — In = — arc COS r— — >
^ " s\ni{\ — sincp) J
sin^i — sino 'l
arc COS -: : : ^ 1
Sllli (l — Slll o ) I
/sin(i — o) sin ( i -t- o) J
_sin«(i — sin 9) ^sin(i — cp) sin (,
2" liranchc CA prolongeant supérieurement la précédente. Cette branche
ne fera pas partie, en général, de la véritable solution du problème, parce
que les actions moléculaires supportées par ses diftérenls élénicnts com-
prennent des efforts d'extension, auxquels les terres sont incapables de
résister, et surtout de résister suivant la loi de Coulomb. Par surcroît, dans
le cas d'un talus fortement incliné, elle sort des limites verlicales du talus,
hors desquelles les formules employées ne sont plus applicables.
932 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Rappelons d'ailleurs que la profondeur verticale
2C
I
est, ainsi que Resal l'a montré, celle où les terres sont normalement
soumises à fissuration par le simple jeu des alternatives de sécheresse et
d'humidité.
En définitive, la brandie supérieure véritable CA de la courbe de rupture,
située entre la surface et le point d'ordonnée y^^ est de forme indéterminée,
la fissuration devant s'y opérer par extension sans qu'un emplacement
précis puisse lui être assigné.
Soit A, le point de la ligne de plus grande pente du talus, <]ui se trouve
sur la verticale du point C, et soit H sa différence de niveau avec le pied O
du talus. On a
II m OAi sin i = x^.
2 C siil'^i cos©
blll l
[■ sin-f -^ sin o ~\
arc eus—: — -. — ^ 1
coscp sin/(j — >iiicp) I
sinf(i — sino) i/sin ( « — ©) sin(i + C3)J
A sin(f — 9) Lsinf(i — sino) y/sin (« — cp) sin(i + cp)
// est dangereux de donner au talus d'inclinaison i une hauteur égale ou
supérieure à H. Car ce talus sera exposé à glisser suivant la cycloïde ci-
dessus. El, au contraire, si l'on a affaire à un talus de hauteur inférieure
à H, ce talus se montrera stable parce que la place manquera, entre son
pied et la verticale de sa crête, pour tracer une cycloïde de glissement
valable.
Telle est la véritable loi des hauteurs dangereuses des massifs argileux.
Elle se corrobore assez aisément par l'étude plus approfondie des compo-
santes horizontales rcosi des poussées r, dont l'intégrale
(^)=r / rcosidy
se trouve avoir loujours une valeur relativement faible par rapport au poids
V=i Çpdx,
le rapport -p lendani même vers zéro dans les deux cas limites extrêmes
l = - Q[ 1 = 0.
Et elle donne, dans le cas des substances de frottement nul (beurre,
SÉANCE DU 3 AVRII. 1922. g33
savon, voire argiles), un résultat remarquablemeul simple, savoir :
H=^(2 + r--.0.
Soit, pour / infiniment |)etil,
li = ^(
D'où Ton déduit la loi suivante qui fait pendant à celle des uialières
pulvérulentes établies par Rankine :
Étant donnée une matière cohérente^ de frottement interne nul^ il est
impossible d'en constituer un massif à talus rectiligne de hauteur supérieure à
une limite déterminée^ si faible que soit Vinclinaison dudit talus.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Mesure de la pression dans V atmosphère du Soleil.
Noie de M. A. Perot, présentée par M. H. Deslandres.
Dans une précédente Communication ( ') j'ai indiqué un procédé de
mesure de la pression dans les masses gazeuses, basé sur la variation avec
la pression du rapport des longueurs d'onde de deux radiations émises ou
absorbées, dont les coefficients de variation avec la pression sont différents.
Ce procéd*' donne, comme je l'ai monlré, des résultats indépendants de
toutes les causes dont l'effet est une variation relative de longueur d'onde
constante pour tout le spectre (elléts Doppler, Einstein),
J'ai appliqué tout d'abord cette méthode à la région de l'atmosphère
solaire, où se produit l'absorption des raies h du magnésium et trouvé la
pression sensiblement nulle.
Depuis, M. Salet(^) a appliqué ma mc'-tliode aux raies du fer dans les
atmosphères du Soleil et de certaines étoiles en utilisant des elichés spec-
troscopiques obtenus autrefois par M. Hamy, et il a trouvé pour la pre-
mière quelques dixièmes d'atmosphère.
La mesure de la pression dans la couche solaire de renversement des
raies du fer présente un grand intérêt à cause de la vérification du principe
de la relativité généralisée d'Einstein; MM. Fabry et Buisson utilisant
d'anciennes mesures et s'appuyant par extrapolation, peut-on dire, sur le
(') A. Perot, Coinplcs rendus, l. 172, i9<i, p- 5-8.
(-) Salet, Comptes rendus, t. 17i, 19 ^:i, p- i^i-
934 ACADÉMIE DES SCIENCES.
résultat que j'avais trouvé pour le magnésium, ont montré récemment (')
que si, au lieu d'évaluer la pression à quelques atmosphères, ils supposaient
la pression faible, certaines anomalies de leurs comparaisons entre les raies
solaires et les raies terrestres disparaissaient et que les résultats trouvés
satisfaisaient à la loi d'Einstein.
Gomme j'avais annoncé l'intention de le faire, je viens de mesurer la
pression dans la couche du fer et ai l'honneur de présenter aujourd'hui le
résultat de ces recherches.
J'ai utilisé 5 raies dont les longueurs d'onde sont en angstrôms : 4^19,5;
4227,6; 4233,8; 4236,1 ; 4294,3. La première et la dernière ont un faible
coefficient de pression, les trois intermédiaires en ont un élevé.
J'ai commencé par déterminer la variation relative du rapport des lon-
gueurs d'onde prises 2 à 2, la pression variant de 76*''^^ à 4*^™ de mercure,
puis par la mesure correspondante faite dans le spectre solaire et dans un
spectre terrestre à la pression atmosphérique, déterminé la pression dans
le Soleil; les résultats trouvés sont les suivants :
Haies 4227,6 et 4219,5 Pression 38"^^"'
» 4233,8 et 4219,5 )' 24
» 4294^3 et 4236, !.. » l\i
dont la moyenne est 34*^"' de mercure.
La pression est donc de moins d'une demi-atmosphère, voisine de 35'™.
Les trois déterminations sont concordantes aux erreurs expérimentales
près, la plus erronée sans doute s'écartant de la moyenne de 10^" de mercure
seulement.
Ce résultat est intéressant, d'abord parce qu'il donne à la vérification du
principe de relativité faite par MM. Fabry et Buisson une valeur certaine,
et ensuite parce qu'il se rapproche singulièrement des nombres trouvés par
M. Salet sur l'atmosphère du Soleil.
Je ferai en outre remarquer que dans un milieu dont la pression est aussi
élevée les électrons ne peuvent se mouvoir avec quelque vitesse : ceci cadre
bien avec le fait que je n'ai pas trouvé dans l'atmosphère solaire de vitesse
descendante pour la vapeur de fer, et que la loi de rotation de cette vapeur
est très voisine, sinon identique à celle des taches.
(') Fabuv et Buisson, Comptes rendus^ t. 172, 1921, p. 1020,
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 935
ASTRONOMIE. — Observations de l'éclipsé partielle de Soleil du 28 mars 1922
faites à l'Observatoire de Lyon (Saint-Genis- Laval ). Note de M. .ïea.v
Mascart, présentée par M. B. Baillaud.
L'état du ciel, très nuageux avec tendance à des ondées mélangées de
neige, rendait problématique la possibilité de voir le pbénomène ; néan-
moins, bien que plusieurs observateurs aient manqué le premier contact,
des trouées se sont présentées aux moments favorables pour noter les
contacts, qui ont été observés de la manière suivante en temps moyen
de Greenwicli :
Instrument
Coinmencemenl.
Fin.
et ouverture.
G
ross
issenient.
Observateurs.
Il m s
»
1
3
m s
3o.4o,5
Coudé
m
0,320
73
H. G.
I . I0.:>5,0
1 .10.25,5
»
»
4i,5
38,5
0, 160
1
70 ,
J. G.
M. B.
»
»
39,5
44,5
Eicli.
0, 160
- 1
C. B.
F. F.
»
»
25,5
Clierch
0 , o38
8
Ch. G.
1 . 1 0 . 7
3
.39
• 9
))
C
onn.de s Temps
et ces observations présentent un écart très sensible avec les contacts
prévus par la Connaissance des Temps.
Les observateurs étaient, dans l'ordre ci-dessus :
MM. H. Grouiller, J. Guillaume, M'i«^ M. Bloch et C. Bach, MiM. Ph. Flajolet
et Gh. Galllssot. Aux équatoriaux. Brimner et Lichens, les observations ont été faites
par projection de l'image sur un écran fixé à l'instrument en arrière de l'oculaire;
avec des moyens de fortune, M. Ch. Gallissot a, en outre, expérimenté un disposili
avec prisme qui, à la première occasion, sera utilisé dans de meilleures conditions
d'installation.
Malgré les nuages, qui ont gêné ou interrompu fréquemment les opératronE,
80 mesures de la corde commune et de l'angle de position ont été effectuées à l'équa-
torial Briinner. Enfin, à Lyon même, un des membres les plus dévoués de notre Asso-
ciation d'observateurs, M. J. Ellsworth, a noté le premier contact et eflectué, à Taide
d'un réfracteur de o'",o58, 14 photographies dont on peut déduire utilement des
mesures de corde commune (gross. 3o). Observations visuelles par projection.
Les résultats détaillés de ces mesures seront publiés ultérieurement.
936 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ASTRONOMIE. — Obse/vation de V éclipse de Soleil du 28 mai^s 1922,
à rObseivatoire de Sfi-ashouri^. Note de M. Ernest Esclangon,
présentée par M. B. Baillaud.
L'état du ciel n'a pas été très favorable à l'observation de l'éclipsé du
28 mars; il a été presque entièrement couvert par d'épais nuages pendant
la majeure partie du phénomène. Le vent était très faible.
L'heuie du premier contact n'a pu être notée en raison de ces circons-
tances; mais, dans une éclaircie inattendue, la fin de l'éclipsé a pu être
observée très correctement à l'équatorial de lo'"'. Les images étaient
calmes.
Voici les nombres trouvés :
Dernier contact. Observateur.
Il m
Observation directe par projection ... . 1.5.26.28 Danjon
— (t.m.Gr.) 1.5.26.27 Roiigier
D'après la mesure des cordes 1 5. 26. 3 1,2 Danjon
La Connaissance des Temps indiquait pour le dernier contact i4''26"\7,
légèrement en retard par consé(]uent sur l'observation.
ASTRONOMIE. — Observations de V éclipse de Soleil du 28 mars 1922.
Note de M. Th. Moreî'x, présentée par M. B. Baillaud.
A l'Observatoire de Bourges, l'éclipsé partielle de Soleil a été favorisée,
au moins pour sa première partie, par un temps assez favorable. Les obser-
vations ont été faites à l'équatorial de lôo*"". soit visuellement avec des
grossissements variant de i25 à 320, soit par projection.
A i3''io™54^ lieure annoncée par la Contiaissance des Temps (T. M. G.) j'ai pu
constater que le premier contact n'avait pas encore lieu; puis un faible nuage a inter-
rompu l'observation pendant 16 secondes; mais à i3i'ii™iP le nuage étant disparu,
j'ai pu noter une faible échancrure du disque solaire. De sa grandeur j"ai calculé que
le contact a\ail du avoir lieu 9 ou 10 secondes auparavant.
Ainsi l'heure du premier contact aurait été pour Bourges voisine de i3'' i i™o^ à une
seconde près.
Le ciel s'est couvert entièrement 20 minutes après la plus grande phase de Téclipse
et a rendu inobservable le dernier contact.
SÉANCE DU 3 AVRIL I93.2. 937
J'HYSIQUE. — Détermination du point fV inversion supérieur de la chaleiw
spécifique de la vapeur saturée de benzine. Note de MM. G. Bruhat et
A. Delaygue, présentée par M. J. Violle.
On sait que, pour certains corps, la chaleur spécifique m' de la vapeur
saturée présente deux, points d'inversion. Aux basses températures et au
voisinage du point critique, m' est négatif, et le début de la détente adiaba-
tique de la vapeur saturée s'accompagne d'une condensation partielle. Dans
rintei'valle de température compris entie les deux points d'inversion, m' est
positif, et c'est la com[)ression adiabatiquede la vapeur saturée qui produit
une condensation.
L'existence des deux points d'inversion n'a été montrée expérimenta-
lement, à notre connaissance, que par les mesures calorimétriques de
M. MathiasC) sur le gaz sulfureux. L'existence du point d'inversion infé-
rieur a été montrée par Cazin(-), pour la benzine et le chloroforme, par
l'observation de la condensation par détente ou par compression. Nous
nous sommes proposé d^étendre cette dernière méthode au point d'inver-
sion supérieur.
Dispositif e.rpériniental. — Nous avons choisi pour cette étude la vapeur de
benzine, et nous avons réalisé les températures et les pressions nécessaires à l'aide
d'un appareil de Gailletet. Le tube est entouré d'un manchon de verre rempli de gly-
cérine ; ce liquide est chaufTé au moyen d'une résistance parcourue par un courant
électrique, et la température en est donnée par un thermomètre. La glycérine reste
assez transparente just|u'au voisinage de sa température d'ébullition (environ 280°)
pour permettre l'observation.
Pour faire une expérience, on maintient la températuie et la piession constantes
pendant un temps suflisant pour (|ue léquilihre soit jjien réalisé ; la ([uantité de ben-
zine placée dans le tube a été choisie de façon à ce (|u'il reste un peu de benzine
liquide au-dessus du mercure. On peut alors produire une compression en abaissant
brusquement le levier de la pompe, ou une délente en ouvrant, pendant un temps très
court, le robinet à pointeau. Ces phénomènes, très brusques, sont adiabatiques, et
chacune des deux phases se comporte comme si elle était seule : on observe la vapeur
sur un point lixe de la portion du tube ([u'elle occupe.
Résultats. — Dans les expériences citées plus hatit. Cazin a pu observer
(') Mathias, Journ. de Phys.. 3'' série, t. o, i!^9(>, p. 38i.
(-) Cazin, Ann. de Chim. et de Phys., 4" série, t. 14, 1868, p. 874.
938 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la condensation de la vapeur de benzine par détente jusqu'à 1 1 5", par com-
pression à partir de i3o°. Dans notre dispositif, la vapeur est observée sous
une épaisseur plus faible, et les détentes à basse pression sont moins brusques;
par contre, les compressions peuvent être plus rapides et plus importantes.
Aussi, tandis que nous n'avons pas pu observer le brouillard par détente,
nous avons ])u observer le brouillard par compression à partir de 122°.
Nous réalisions une compression correspondant à toute la course du levier
de la pompe : au-dessous de 122°, il apparaît seulement un dépôt de rosée
sur les parois du tube, qui sont maintenues à température constante par le
thermostat ; à 122'', un léger brouillard apparaît à la (in de la compression
dans toute la masse de la vapeur. La compression réalisée est d'environ un
quart d'atmosphère et la température en lin de compression est voisine
de 125"; la température du point d'inversion inférieur est donc plus basse
que 125°, et nos expériences, jointes à celles de Cazin, permettent de l'éva-
luer à 122** C.
A mesure qu'on élève la température au-dessus de 122'', le brouillard
obtenu par compression augmente. En même temps le dépôt de rosée sur
les parois du tube devient un dépôt de gouttelettes liquides, et le refroidis-
sement à volume constant qui suit l'échaufTement adiabatique devient assez
rapide pour produire un brouillard intense, qu'il faut éviter de confondre
avec celui qui se produit pendant la compression même. En élevant la tem-
pérature, et en ayant soin, au voisinage du point d'inversion supérieur, de
n'effectuer que de ])etites compressions, nous avons pu observer le brouil-
lard de compression jusqu'à 252°; la température d'inversion est donc supé-
rieure à 252°.
Par délente adiabatique, pour des temj)ératures voisines de 280°, toute
la masse de vapeur s'emplit d'un brouillard qui a l'apparence d'une fumée,
et qui se dissipe très rapidement quand le tube revient à la température
initiale. Nous avons pu, en abaissant la température, observer cetle fumée
jusqu'à 267°; la température d'inversion est donc inférieure à 267°.
Conclusions. — En résumé, nous avons mon lié, par une méthode plus
directe que la méthode calorimétrique de M. Mathias, l'existence du point
d'inversion supérieur de la chaleur spécifique de la vapeur de benzine
saturée; nous avons trouvé deux limites, 252° et 267°, entre lesquelles la
température est certainement comprise. Comme le brouillard nous paraît
plus facile à observer par compression que par délente, nous admettons
pour la température d'inversion la valeur 258° G.
Nous avons d'autre part fait l'étude théorique de la chaleur spécifique de
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. gSg
la vapeur de benzine saturée, en partant de l'équation caractéristique de la
l)enzine, prise sous la forme de Clausius, et de ses constantes calorimétriques,
chaleur de vaporisation ou chaleur spécifique de la vapeur non salurée.
Nous publierons dans un autre Recueil le détail de ces calculs, ainsi que le
diagramme complet des adiabatiques du mélange liquide-vapeur. Nous
indiquerons simplement ici qu'ils nous ont donné pour les valeurs des deux
températures d'inversion 12 1« et 254° G., en bon accord avec les valeurs
expérimentales 122° et 238°.
PHYSIQUE. — Sur les spectres corpusculaires des èlénients.
Note de M. Maurice de Broglie, présentée par M. E. Bouty.
Les recherches, précédemment décrites (\), ont été poursuivies avec un
appareil agrandi, permettant une dispersion plus considérable des spectres
corpusculaires enregistrés; le diamètre maximum des trajectoires circu-
laires, suivies par les corpuscules dans un champ magnétique, peut atteindre
20*=™, ce qui rend possible d'utiliser pour la plaque photographique une
longueur de 24*''".
Pour obtenir un champ étendu et uniforme convenable, l'emploi d'un
solénoïde sans fer a paru le plus commode et le plus sûr, au moins tant que
l'intensité de champ ne dépasse pas 200 unités.
La dispersion, que l'on peut évaluer en indiquant la différence de
quantum en nombre de volts, correspondant à des raies séparées par i™"'
sur le cliché, varie avec l'énergie cinétique des corpuscules et le champ
employé; mais on donnera une idée des résultats obtenus en disant que,
pour des corpuscules ayant un quantum de i5ooo volts, la dispersion peut
atteindre facilement i3o volts par millimètre et, pour un quantum de
45 000 volts, 600 volts par millimètre.
Cette dispersion peut devenir beaucoup plus grande pour les corpuscules
de faible énergie restante.
Je crois intéressant de reproduire schématiquement ici la disposition de
quelques spectres.
Ces schémas indiquent simplement la position des lignes qui apparaissent
sur les clichés, sans avoir la prétention de donner l'aspect de ceux-ci, qui
(») Comptes rendus, t. 17'2, 19-21, p. 74^ et 806, et t. 173, p. ôa; et iiS;
94o ACADÉMIE DES SCIENCES.
seroni reproduits dans une publication ultérieure, avec des données
numéri(|ues.
]
2 3
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—
Tous ces spectres corpusculaires ont été excités par un tube Goolidi;e à anlicathode
de tungstène, qui agit surtout par ses quatre lignes a,, ao, [3 et y de la série K; le
premier se rapporte à un radiateur d'argent et le second à un radiateur d"étain; les
lignes I, 2 et iî sont les Ilots d'électrons qui sont excités par les raies de fluorescence
de l'argent et de l'étain sur les niveaux L et M de ces éléments, 4 représente Taction
de «,«0 du spectre X incident sur le niveau K du radiateur et 5 l'action de [3 et de y
sur le même niveau, 6 et ; montrent les flots qui correspondent à a, a. agissant sur les
niveaux L et M de l'argent et 8 se rapporte à [3 et au niveau L.
Les deux derniers schémas sont relatifs à des radiateurs d'or et d'uranium; ils
présentent un ensemble complexe de lignes caractéristiques, qui s'interprètent en
combinant les raies du spectre incident avec les niveaux L et M de ces métaux lourds;
les lignes qui existent au début du spectre de l'or correspondent aux rayons L de
tkioiescence de cet élément.
Pour identifier l'origine des raies, on peut interposer, entre la source de
rayons X et l'appareil, un écran sélectif, ([ui absorbe certaines radiations
beaucoup plus fortement (jue d'autres; c'est ainsi (|u'un écran contenant
des oxydes de terres rares (néo-ytterbium N = 70) fait pratiquement
disparaître les raies p et y du spectre K du tungstène et permet de contrôler
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 94 1
l'évanouissement correspondant des raies (|ui sont le reflet de ces dernières
sur les niveaux du radiateur employé.
Après avoir, par divers dispositifs, atténué autant que possible les causes
de voile de la plaque, j'ai vérilié que le fond spectral continu restant était
bien du à des rayons [^ possédant des vitesses variant d'une façon continue ;
un écran très mince d'or ou d'argent, placi-au voisinage de l'émulsion, per-
met de s'en rendre compte et de mettre en évidence le rapide accroissement
de l'absorption quand la vitesse des électrons décroît.
A ce point de vue. il y a lieu de penser que l'absorption des corpuscules
par la matière doit être, à un certain degré, sélective, et présenter de
brusques accroissements quand le quantum des rayons augmente, puisque
les rayons cathodiques de vitesses croissantes déclanchent l'émission de
nouvelles séries de rayons V quand leur énergie grandit. Cependant cet
eftet doit être très petit, vis-à-vis de l'absorption générale, à cause de la
valeur très faible que possède le rendement de transformation de l'énergie
cathodique en énergie de rayons X ; en fait, je n'ai pu, jusqu'à présent, l'ob-
server avec certitude.
Les plaques Lumière sigma donnent de bons résultais pour ce genre de
travail ; des essais ont été également tentés avec des plaques Schumann,
celles-ci sont nettement plus sensibles, mais la difficulté de leur emploi et
rimperfection que présentent souvent les émulsions contre-balancent j usqu'à
un certain point cet avantage.
ÉLECTRICITÉ. — Sur V entretien simultané d'un circuit oscillant et de circuits
harmoniques . Note de M. C Guttox, présentée par M. G. Ferrie.
Lors de l'entretien d'oscillations électriques par une lampe à trois élec-
trodes, les variations pendulaires du potentiel de la grille ne produisent
jias des oscillations pendulaires de l'intensité du courant dans le circuit de
plaque. A cause de la forme courbe des caractéristiques de la lampe, il n'y
a pas proportionnalité entre les variations du potentiel de la grille et celles
du courant de plaque.
Le circuit oscillant a une impédance très grande pour la fréquence fon-
damentale du courant de plaque parce qu'il est accordé. Il résonne sur cette
fréquence qui y prend une intensité prépondérante.
L'impédance du circuit oscillant, pour les fréquences harmoniques, est.
942 ACADÉMIE DES SCIENCES.
au contraire, très faible et les harmoniques du courant de plaque ne sont
pas supprimés par le circuit oscillant.
Si donc, outre le circuit oscillant principal, on dispose sur le circuit de
plaque un circuit accordé sur l'un de ces harmoniques, il vibrera en même
temps que le premier, sans qu'il soit nécessaire de le coupler au circuit de
grille. *
Il est ainsi possible d'entretenir, simultanément, par une seule lampe,
une oscillation et toute la série de ses harmoniques. Chacun d'entre eux
résonne, dans un circuit distinct, qui supprime l'harmonique correspondant
du courant de plaque.
En ajoutant au circuit principal un seul circuit oscillant de période
variable, on peut y faire résonner successivement tous les harmoniques.
Si le circuit harmonique n'est pas exactement accordé, il est le siège
d'oscillations forcées qui ont, malgré le désaccord, la fréquence exacte de
l'harmonique.
Les intensités des courants dans les circuits harmoniques augmentent
lorsqu'on fait croître le couplage du circuit principal avec les circuits de
grille ou de plaque de la lampe. Ils s'exagèrent aussi lorsqu'on baisse ou
lorsqu'on augmente la tension moyenne de la grille en intercalant sur le
circuit de grille une batterie de piles.
' Ce sont justement les conditions pour lesquelles la trajectoire du point
de fonctionnement, sur le diagramme des caractéristiques, pénètre profon-
dément dans les régions très courbées ou horizontales de celles-ci.
Lorsqu'on diminue les couplages jusqu'aux plus petites valeurs compa-
tibles avec l'entretien d'oscillations et lorsqu'on fixe, en réglant la tension
de grille, le point de fonctionnement moyen au voisinage du point d'in-
flexion d'une caractéristique, on n'utilise plus que les parties presque
rectilignes de ces courbes et les harmoniques deviennent faibles.
L'entretien simultané par une même lampe d'une oscillation fondamen-
tale et de ses harmoniques fournit un moyen facile d'obtenir avec intensité
des oscillations, dont les fréquences sont dans un rapport connu, et d'appli-
quer la méthode d'étalonnage des ondemètres, imaginée par M. Abraham,
ou celle qui a été récemment décrite par M. Mercier (').
L'adjonction à un oscillateur de circuits, dont les fréquences sont des
sous-multiples de la fréquence fondamentale, supprime les harmoniques du
courant de plaque. Lorsque, pour augmenter la stabilité des oscillations,
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 448«
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 943
on est obligé d'utiliser des couplages plus élevés que le couplage minimum,
ou de baisser la tension de grille afin d'améliorer le rendement, il y a inté-
rêt à se débarrasser des harmoni({ues. On constate, en effet, que leur sup-
pression fait augmenter Taniplitude des oscillations dans le circuit principal.
L'intensité moyenne du courant de plaque croit, il est vrai, un peu; mais,
au total, le rendement est amélioré et, par suite, réchauffement de la lampe
diminué.
Pour les faibles couplages du circuit oscillant et des circuits de grille et
de plaque, qui fournissent des oscillations peu stables, la suppression des
harmoniques fait, au contraire, diminuer l'amplitude des oscillations et le
courant moyen de plaque.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur l' hydrolyse des sels rosèocohaUiques .
' Note (' ) de M. P. Job, présentée par M. Georges Urbain.
Dans une précédente Communication ( - ), j'ai montré que l'on peut
suivre, par des mesures de force électromotricc, l'hydrolyse des complexes
roséocobaltiques sous l'influence de la baryte. Cette méthode permet une
étude quantitative de la réaction.
Si, en effet, la force électromotrice mesurée est exactement déterminée
par la concentration C, des ions OH dans la solution, elle est liée à cette
concentration par l'équation
(i) EmE, — o,o57logioC (au voisinage de 1 5»),
E, étant la différence de potentiel qui correspond à une concentration des
ions oxhydryle égale à l'unité. Il est, d'autre, part, facile d'obtenir une
relation entre la concentration G et la quantité de baryte ajoutée à la solu-
tion du complexe cobaltique. Si nous supposons la dilution assez grande
pour que ce complexe et la baryte soient totalement dissociés en ions, les
réactions sont les suivantes (^) :
H^O
^" OH
H^O,
H^^_OH--- 11^0.
(') Séance du 20 mars 1922.
(')" Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 61 3.
(') Celte équation exprime l'égalité des charges positives et négatives.
944 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Désignons par Cg,,, Cox, Gh les concentrations respectives des ions rosée, hydroxo
et hydrogène, dans la solution; l'application de la loi d'action de masse donne :
Gll X Cyll = £'.
l'^nlin, si T est la concentration primitive de l'ion roséo, a la proportion d'ion 011
ajouté et si la solution de baryte est suffisamment concentrée pour que le volume
puisse être considéré comme invariable pendant Topération, on a
'-'ail + ^<)\ — ' 1
3 Ca.| + Cii -h '> Cox -+- « r = 3 r 4- Cou
(')
De ces qualité é<|uatioiis, on lire
(■0 • «- -^ ''' + ^'.
^'^ "-C + K rc^r
J'ai eu recours à une électrode d'oxygène ( ^), et j'ai obtenu des résultats
tiès satisfaisants, en me servant d'un lil platiné très fin, plongeant de i™'"
environ dans la solution et autour duquel circulait un courant très lent
d'oxygène (quelques bulles par minute). Il suffisait, au début, de quelques
heures, et, après chaque addition de baryte, de quelques minutes, pour
obtenir une valeur constante de la force électromotrice.
J'ai vérifié que la courbe de titrage d'une solution - — d'acide chlorhy-
drique peut être calculée par les équations (i) et ( 2) où l'on fait
E, =0,41. KrziO. 8-=: O, 5- IO~^''
(constante de dissociation de l'eau au voisinage de i5°. L'électrode d'oxy-
gène donne donc une mesure correcte de la concentration des ions ( )H et
l'on peut appliquer en toute confiance la méthode proposée à l'étude de
l'hydrolyse d'un sel roséocobaltique.
Le Tableau suivant donne quelques-uns des résultats obtenus en traitant,
à 16°, par la baryte (solution à o™°',of)52 par litre), une solution de sulfate
roséo contenant ^ d'ion roséo par litre (\). L'expérience donne la valeur,
E, de la face électromotrice, pour une proportion donnée, a, d'ion OH
(') Je suppose également que le sel roséo est un sel d'acide fort.
(^) Voir, par exemple, Foerster, Elektrocheniie wdsseriger Losungen, igiS,
p. 164 et suiv.
C^) La solution était agitée mécaniquement pendant toute la durée de l'expéiiencc.
SÉANCE DU 3 AVRIL I922.
ajoutés. La concentration C se calcule à partir de l'équation
(3) E = o,4i —0,057 logC
et la constante d'équilibre à partir de l'équation
945
(4)
^^ ~ C + K
où le dernier terme est négligeable.
0,D . 10-
2. IO~*.
a.
E (volts).
C.
K.
0
I ,001
4,26.io-'«
6,i5.io->»
0,2
0,965
1,86.10-»»
6,8
0,3
0,954
2,81.10-'»
6,25
0,4
0,946
3,97.10-'»
5,8
0,6
0,928
8,30.10-1»
5,5
0,8
0,900
2,5i. 10-9
6,2
0,9
0,880
5,49- '0-^
6,1
Les valeurs de K sont très sensiblement constantes et égales à 6. 10 '*
02 03 0> 0,5 0,6 0.7
Proportion dîoru OH ajoutés
0.9 1.0
En portant cette valeur dans l'équation (4), on peut calculer a pour diffé-
re^ites valeurs de C; l'équation (3) donne les valeurs de E correspondantes,
que l'on peut comparer aux valeurs mesurées. J'ai porté sur la figure, à côté
c. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 14)
68
94^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
de la courbe expérimentale, les points ainsi calculés, représentés par une
croix : on voit que la concordance est excellente (').
Il est donc hors de doute que, sous l'influence des ions OH, les sels roséo
se transforment en sels hydroxo selon la réaction que j'ai indiquée, la cons-
tante d'équilibre de cette réaction étant à i6°, voisine de 6. lo"'". On peut
en déduire la constante K' d'hydrolyse de l'ion roséo
^^ OH
Ces valeurs auraient pu être obtenues par la seule mesure delà différence
Q2
de potentiel — ; — ■. — , sans addition de baryte. L'intérêt de la méthode que
^ solution «^ ^
j'ai employée est de se contrôler elle-même et de donner une base expéri-
mentale à l'interprétation chimique des mesures.
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Su7' les monochlortoliiènes. Note (^)
de MM. A. Wahl, G. Normand et G. Vermeylek, présentée par M. Haller.
On sait que la chloruration nucléaire du toluène conduit à un mélange
d'ortho et de parachlortoluène dont la détermination des propriétés rela-
tives a déjà fait l'objet d'un grand nombre de travaux. Toutefois, comme
les divers auteurs ont opéré dans des conditions très différentes, il s'ensuit
que leurs résultats présentent entre eux une grande divergence.
Ainsi Seelig (*) a trouvé dans le chlortoluène préparé en présence de fer une pro-
portion de 58 à 6o pour loo d'orllio et 32 à 29 pour 100 de parachlortoluène. Cohen
et Dakin (*), en chlorant en présence d'aluminium amalgamé, ont obtenu 65 pour 100
d'orthochlortoluène. Au contraire, en dégageant du chlore électrolytique au sein du
toluène, en suspension dans l'acide chlorhydrique bouillant, Cohen, Dawson et Gros-
sland(5) ont obtenu surtout l'isomère para (2.5 parties de para pour i partie d'ortho)
(') Comme autre vérification, j'ai mesuré la force électromotrice correspondant à
N . , ' . . .
une solution d'ion roséo sans addition de baryte (a=ro). Valeur expérimen-
1000 j / i
taie o^^'^jQgS, valeur calculée 0,99^.
(^) Séance du 27 mars 1922.
(•') Seelig, Liebig's Annalen, l. 237, 1886, p. i53.
{'*) Cohen et Dakin, Cliem. Soc, t. 75, 1892, p. 898.
[^) CoHiîN, Dawson et Crossland, Ibid.', t. 87, 1905, p. io3/|.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 94?
et ce résultai est confirmé par Fichter et Glautzslein ('). D'autre part, B.-L, Datla
et F.-V. Fernandes (-) ont isolé surtout de l'orlhochlortoluène dans la réaction de
l'eau régale au bain-marie. Enfin Seyewetz et Biot (»), en faisant bouillir le toluène
avec du tétrachlorure de plomb ammoniacal, ont obtenu exclusivement l'isomère
orlho. Excepté Seelig, tous ces auteurs ont dosé les isomères par oxydation et sépa-
ration des acides chlorbenzoïques; c'est là une méthode longue et fort délicate.
Désirant étudier la choruralion du toluène dans un but industriel il nous a paru
utile de disposer d'un procédé de dosage plus rapide et plus commode et nous avons
pensé faire appel aux propriétés physiques telles que la densité et le point de solidifi-
cation commençante, méthodes qui avaient déjà été employées avec succès par van
' der Laar {'') dans l'étude de la bromuralion du toluène. Les deux chlortoluènes purs
nécessaires à ce travail ont été préparés au départ des loluidines pures et également
Courbes des points de fusion des mélanges des monochlortoluencs ortho et para.
par séparation du mélange technique par la sulfonalion ménagée. Les détails en seront
fournis dans un autre recueil. \ oici les constantes des corps purs (M.
(') FiCHTEK et Glautzstein, Bericlite. t. i9, 191(3, p. i^j^- /;
(2) Datta et Fernandes, J. amer, cliem. Soc, t. 36, 1914. P- i"<'7-
(•*) Seyewetz et Biot, Bull. Soc. c/u'/n., t. -29, 1908, p. ?.<2.
O Van der Laar. Bec. trav. Pays-Bas. t. -26, 1905. p. i.
(/) Les points de fusion indiqués sont: + 7", 4 pour le parachlortoluène (Seubert,
Berichte, t. 22, p. aSig) et —34° pour l'ortho (Haasë, Ihid., t. 26, 1S9.3, p. io53).
948 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Orthochlortoluène :
Éb.76o,4 = i58%4 — i58%7(corr.); F = — 35°,i;
Parachlortoluène :
Eb.759,9 — i6i°,7 — i52°,2 (corr.); F=:+ 7°, 8; D|g = i,o7i4.
Nous avons alors établi la courbe des variations de la densité prise à 20",
en fonction de la composition des mélanges ; cette courbe se confond avec
une ligne droite.
D'autre part, nous avons construit le diagramme de fusion des mélanges
et nous avons obtenu les points suivants :
o
Parachlortoluène pur H- 7,8
Mélange à 19,4 pour 100 d'ortho — 2,4
» ÎJ9.9 » — 14,7
» 5o,4 " ••• — 28,1
» 60 , 2 » — 33 , o
» 66 , 2 « — 4o , 5
» 71 >3 » —47,3
» 73,0 .) —49,8
» 75,4 » —48,4
» 76,4 » —47,8
» 84,8 » —42,6
Orthochlortoluène pur — 35, i
Nous avons appliqué ces données au dosage des isomères dans le chlortoluène pré-
paré en présence de 2,5 à 3 pour 100 de fer. Le produit, lavé, était ensuite soumis à
une série de distillations fractionnées pour en séparer le toluène inaltéré ainsi que les
dérivés polychlorés ; la formation de ces derniers était partiellement évitée en ne
chlorant que jusque 60 à 70 pour 100.
Voici quelques-uns des résultats obtenus:
!..
II.
III
IV.
Point de
Composi
ition
solidification
^ — — ». -^
—— .^ ^
Densité
Température.
commençante.
ortho.
para.
Densité.
calculée.
0 0
0 à 5
—28,5
56
44
1,0789
1,0786
10 a 10
— 3o,2
57,5
42,5
1,0791
1,0788
10 à i5
-3i,5
58
42
1,0786
1,0789
i5 à 20
— 3o,2
57,5
42,5
I ,0785
1,0788
Les opérations I, JI et IV ont porté sur i^s de toluène ; l'opération 111 a été effectuée
sur une dizaine de kilogrammes.
On voit, par ces chiffres, que dans ces limites de température la composition
moyenne du chlortoluène obtenue correspond sensiblement à 57 à 58 pour 100 d'ortho
pour 43 à 42 pour 100 de parachlortoluène. ^j'influence de la température est peu sen-
sible, d'ailleurs des chlorurations effectuées à des températures de 3o°, 4o°, So" et 60°,
ont fourni des résultats qui diffèrent très peu des précédents.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 949
Si dans la chloruration on remplace le fer par l'aluminium, la réaction
s'amorce brusquement, la masse se colore et à la distillation il reste un
résidu abondant de produits polymérisés.
Parmi l'action des catalyseurs, la plus curieuse est celle du chlorure de
plomb. MM. Seyewetz et Biot {loc. cit.) indiquent que l'ébullition du
toluène avec le tétrachlorure ammoniacal RCl^2NH^Gl fournit exclusive-
ment de l'orthochlortoluène. Pour une cause inexpliquée nous n'avons pu
observer de réaction sensible dans ces conditions. Nous avons alors chloré
le toluène en présence de PbCJ-, espérant qu'il pourrait se produire transi-
toirement PbGl\ susceptible d'agir comme sa combinaison ammoniacale.
La réaction du chlore, en présence de PbCl% ne commence qu'à la tempé-
rature du bain-marie; mais^ tandis qu'en l'absence de catalyseur, il se forme
exclusivement du chlorure de benzyle^ on constate qu'en présence de PbCP la
formation du chlorure de benzyle passe au second plan et qu'il se forme sur-
tout du chlortoluène . Celui-ci est constitué par un mélange d'ortho et de para-
chlortoluène dans lequel la proportion d'ortho est voisine de 62 pour 100,
c'est-à-dire légèrement supérieure à la normale.
L'action catalytique du chlorure de plomb n'avait pas encore été signalée.
Elle permet d'expliquer la formation du chlortoluène que l'on observe
accidentellement dans la préparation industrielle du chlorure de benzyle
lorsqu'il s'introduit fortuitement de l'humidité dans les appareils. Celle-ci
contribue à l'attaque du plomb avec dépôt abondant de chlorure de plomb
qui catalyse la réaction.
GÉOLOGIE. — Observations tectoniques sur les terrains secondaires de la
bordure méridionale des Vosges. Note de M"' G. Cousin, présentée par
M. Emile Haug.
La revision des contours des terrains secondaires des environs de Belfort,
en vue de la pubhcation d'une seconde édition de la feuille Lure-Mulhouse
de la Carte géologique au 8oooo«, m'a permis de faire des observations
tectoniques sur tout un ensemble auquel M. W. Kilian a donné autre-
fois (') le nom de Falaise sous-vosgienne. Cet ensemble est constitué par
une bande de terrains allant du Trias inférieur au Kimeridgien et formant
(*) W. KiLiAN, Contribution à la connaissance de la Franche-Comté septentrio-
nale; les collines préjurassiennes et le Jura du Doubs {Annales de Géographie^
non, 189^, p. 319-345).
()5o ACADÉMIE DES SCIENCES.
bordure des Vosges dans leur partie méridionale. Gel te bande, diversement
fracturée, se poursuit d'une manière ininterrompue du SW au NE, sur
plus de So'"", c'est-à-dire, pour préciser, des environs de Rougemont
(Haute-Saône) jusqu'à plus de lo'^™ au delà de Belfort.
Dans cette série, la dénomination de « falaise » peut, à vrai dire, s'appli-
quer aux calcaires bajociens et bathoniens qui forment dans la topograpliie
une saillie parfois escarpée (la Côte^ le Coudrai, le Mont, la Miotte, par
exemple) entre les marnes calloviennes et oxfordiennes, d'une part, et les
marnes liasiques, d'autre part. Sur son versant nord, cette série normale
de terrains secondaires se redresse contre le massif ancien d'une manière
assez régulière. Sur son versant sud, elle est en relation directe avec les
plissements jurassiens du pays de Montbéliard. Tandis que la partie méri-
dionale de la falaise a une allure relativement tranquille, avec pendage au
SE à peu près constant, la partie septentrionale est affectée d'une série de
cassures et de décrochements, liés, sans doute, à la fois à la formation de la
dépression alsatique tertiaire et à des actions orogéniques tangentielles
contemporaines des plissements du Jura. J'ai plus particulièrement étudié
les accidents des terrains secondaires au voisinage du massif ancien, dans
la région comprise entre Chagey au SW et Saint-Gérmain au NE.
A. Un premier accident met en contact le Dévonien et le Permien des
Collines sous-vosgiennes, qui forment les reliefs du Salbert et de l'Arsot,
avec les terrains secondaires. C'est une grande faille dont le tracé, d'après
mes observations, est le suivant : elle prend naissance dans le Permien des
environs de Chenebier, passe au N de Belfort, coupe perpendiculairement
la vallée de la Savoureuse et se termine dans le Permien de la forêt de
l'Arsot. Elle prend, en quelque sorte, la falaise sous-vosgienne en écharpe.
Une sécheresse particulièrement intense m'a permis de suivre la faille
dans le lit de la Savoureuse, et d'en voir d'ailleurs la continuation sur la
rive gauche, alors que la figuration précédente de l'accident le limitait à la
rive droite, dans les alluvions, vers Cravanche. Le Permien qui, dans toute
la région, a une grande épaisseur est ici très réduit. Redressé, avec un fort ;
pendage au SE, il occupe une cinquantaine de mètres seulement entre le
Dévonien et le Grès Bigarré. De la tranchée du chemin de fer stratégique
au Champ de Mars de Belfort, on peut établir la succession suivante :
Schistes et phyllades du Dévonien avec pendage à (\o° au SE, s'en-
fonçant sous le Permien étiré et broyé, puis immédiatement, le Grès Bigarré
avec pendage et direction semblables au reste des assises de la falaise. La
faille intéresse ici non seulement le Permien, mais aussi le Grès Vosgien,
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. gSl
qui manque pour reparaître ensuite un peu plus au Nord dans la forêt de
l'Arsot, quand l'accident prend fin.
B. Les anciens tracés figurent un grand décrochement qui suit exactement
le cours de la Savoureuse, de Danjoutin à Giromagny. Ce décrochement
perpendiculaire à la faille précédemment décrite changerait la direction de
la falaise et repousserait au nord le Primaire des collines sous-vosgiennes.
Or il y a continuité parfaite de direction entre le Dévonien de la rive droite et
de la rive gauche de la Savoureuse et, de même, continuité dans la bordure
secondaire.
Après la terminaison vers l'E de la grande faille Glienebier-Arsot, les
termes de la bordure secondaire se trouvent tous représentés. Une coupe
prise entre le fort de Rudolphe et le village de Perouse montre une succes-
sion normale, du Grès Vosgien au Lusitanien. Malgré cette succession
normale, la partie de la Falaise comprise entre la Miotte et le point où la
route Belfort-Strasbourg coupe le ruisseau de la Rate, montre un Jurassique
redressé à 45° et étiré. Sont surtout affectés par cet étirement le Lias et
l'Oolithique inférieur. Sous le Lias, le Trias a un pendage assez faible et,
sur rOxfordien, le Séquanien est incliné à peine à 25**.
C. Du ruisseau de la Rate aux Errues, j'ai relevé une série de décroche-
ments et d'affaissements perpendiculaires à la direction générale de la falaise.
De ce fait, la bordure secondaire est divisée en compartiments poussés
contre le massif ancien avec d'autant plus d'intensité qu'on se dirige
vers le N.
1° Un premier décrochement va de Denney à Vétrigne. Il redresse les
couches secondaires contre le massif primaire. Cet accident amène un
décalage des assises secondaires de part et d'autre de la cassure. Après le
Grès Bigarré du fort de Roppe, le Muschelkalk et le Keuper sont extrê-
mement réduits. Le Lias fait face au Muschelkalk de Vétrigne, le Bajocien
et le Bathonien font face au Lias de la vallée de la Rate. Le Bajocien
affleure dans la tranchée du chemin de fer électrique, il a encore un pen-
dage SE d'environ 3o"; mais, à une centaine de mètres plus au nord, ce
pendage passe à So**, la direction des couches -demeurant sensiblement la
même, SW-NO.
2° Un deuxième décrochement va du bas du village de Roppe à l'étang
de l'Autruche. Le Trias tout entier est, cette fois, très étiré. L'ensemble
du Lias a une centaine de mètres à peine. Les calcaires du Bajocien et du
Bathonien, mis à découvert par une série d'exploitations, se montrent en
bancs verticaux, de direction WSW-ENE et passent même, dans la
952 ACADÉMIE DES SCIENCES.
partie NE de ce deuxième compartiment, à un pendage NW voisin de 70''.
3* Un troisième décrochement suit le thalweg supérieur du ruisseau de
l'Ermite, entre la route Belfort-Strasbourg et le bois d'Éguenigue. Avec ce
troisième accident, le rapprochement du Jurassique contre le massif pri-
maire est maximum. Le Trias et le Lias sont tellement étirés que l'Oolithique
inférieur de la falaise est presque directement en bordure du Permien
d'Anjoutey. Dans ce dernier compartiment, le Bajocien et le Bathonien
présentent aussi un pendage NW de Go'' environ et semblent plonger
sous le Permien du bois d'Eguenigue.
Sur le Jurassique inférieur vertical ou renversé de ces trois fractions
décrochées reposent, en contact anormal^ les calcaires sublithographiques
du Séquanien. Ils forment une grande table dont les couches sont à peine
inclinées au NE. Ce Séquanien constitue le grand plateau qui s'étend de
Roppe, où l'on voit sa superposition directe aux calcaires bathoniens verti-
caux, à PhalTans, à Menoncourt et aux Errues.
L'étude de ces divers accidents me conduit à l'interprétation suivante :
lors de l'établissement du golfe tertiaire d'Alsace, les couches secondaires
de la bordure méridionale des Vosges se sont infléchies et brisées du côté
où se produisait la dépression. Puis, lors des plissements jurassiens, des
forces tangentielles ont poussé les assises inférieures de la falaise jusqu'à les
redresser complètement contre le massif vosgien. Plus loin, elles ont décollé
le Séquanien qui a glissé vers le NW sur le Rauracien, l'Oxfordieti et le
Callovien, venant ainsi recouvrir directement les termes réduits et verticaux
du Jurassique inférieur.
GÉOLOGIE. — Contribution à l'étude du bassin tertiaire du sud de Rennes.
Découvertes de lits à Poissons et à Plantes dans des argiles noires au sommet
du Chattien. Note de MM. L. Dangeard et Y. Milox, présentée par
M. P. -A. Dangeard.
Les grandes carrières de la Chaussairie et de Lormandière, exploitées
pour l'alimentation. de fours à chaux importants, sont des lieux classiques
pour l'étude du bassin tertiaire du sud de Rennes. Elles ont fait l'objet
de remarquables travaux de la part de Tournouër, Delage, Lebesconte,
Vasseur.
La coupe la plus complète se voit à la Chaussairie, où les couches mar-
no-calcaires du Rupélien et du Chattien sont ravinées par les /aluns vindo-
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. gSB
boniens. Le front de taille ouest de cette carrière, montre sous les bancs de
base des faluns {maçonnai ferré) et au-dessus des ^prniers bancs calcaires
du Chattien (brulemort) deux niveaux argileux considérés jusqu'alors comme
azoïques.
L'argile inférieure de couleur bleue, épaisse d'environ So^^^jCst traversée
par des racines fossilisées sur place, verticales et ramifiées.
Une surface légèrement ondulée, un délit un peu sableux où abondent les
DÉCOUVERT OUEST DK I.A CARIUKHE DE I,A CHAUSSAIRIE.
A. Argiles noires à Poissons et à plantes.
débris de plantes, séparent l'argile inférieure d'une argile noire zonée, plus
épaisse (i"' en moyenne) qui nous a fourni les représentants admirablement
conservés d'une flore riche, et d'une faune à caractère lagunaire, nouvelle
pour l'Ouest.
Un premier examen permet de distinguer parmi les débris végétaux :
des rhizomes de Nymphéacées, des feuilles de Fougères, de Monocotylé-
dones et Dicotylédones, montrant les plus fines nervures; des fragments de
tiges ayant, en général, conservé la structure des tissus; de nombreuses
graines, et des oogones de Chara.
Les éléments remarquables de la faune sont des Poissons délicatement
9^4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
conservés dans les feuillets d'argile. On peut distinguer parfaitement les
détails les plus fins de leur squelette, et observer en place : les écailles, les
dents, les otolithes. Parmi les nombreux échantillons récoltés, nous avons
pu reconnaître des Percoïdes, appartenant au genre Smerdiss Agass. et à
un genre voisin de Properca Sauv.
Les lits à Poissons alternent dans Targile avec des lits à Ostracodes; çà
et là existent des « nids » à petits mollusques (Limnées, Potamides, Pla-
norbes).
Nous avons retrouvé les mêmes formations argileuses à Poissons et à
Plantes, dans la carrière de Lormandière à i""™ environ à l'ouest de la précé-
dente. Ces dépôts avait été rapportés, avec doute, au Quaternaire par
Vasseur (rAeV^, 1881).
M. Kerforne a signalé récemment la présence de graines, dans une terre
d'ombre, à la partie supérieure des argiles noires. Ces dernières nous ont
fourni les mêmes fossiles qu'à la Chaussairie, moins abondants et moins
bien conservés (débris de Poissons, feuilles et graines). On observe au-des-
sous les mêmes traces « d'ancien sol » avec racines en place dans l'argile
bleue.
En résumé, les argiles noires de la Chaussairie et de Lormandière ren-
ferment de précieux documents paléontologiques, leur étude fera mieux
connaître, pour notre région, le régime des lagunes, à la fin de TOligocène.
BOTANIQUE. — Sur r hypocotyh de la Mercuriale.
Note (') de M. P. Bugnojî, présentée par M. Guignard.
La théorie qui semble actuellement la plus satisfaisante pour interpréter la
disposition de Tappareil conducteur dans l'axe hypocotylé a été émise par
G. Chauveaud (') et peut être brièvement résumée comme suit : la plupart
des stades de l'évolution phylogénique subie par l'appareil conducteur
des Plantes vasculaires sont encore représentés dans la racine, tandis que,
dans la feuille et dans la tige, les derniers stades seuls figurent, en apparais-
sant d'emblée; mais on peut trouver au cours de l'ontogénie, dans l'axe
hypocotylé et dans les cotylédons, en s'élevant à partir de la première
(') Séance du 27 mars 1922.
(") G. Ghauvkaud, L'appareil conducteur des plantes vasculaires et les phases
principales de son évolution {Ann. Se. nat., 9* série : Bot., l. 13, 191 1, p. 1 13).
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 955
racine, les divers degrés de celle suppression progressive dos ])remiers
stades, de celle accéléralion einbryogénique basifuge.
L'existence possible de bois centripète transitoire dans Tliypocotyle et
jusque dans les cotylédons, sa disparition plus ou moins précoce suivant
les niveaux, sont les deux faits essentiels sur lesquels repose celte théorie.
Or, si l'on étjudie chez la Mercuriale (Mercwialù annua L.) par exemple,
la différenciation progressive de l'appareil conducteur dans l'embryon, au
cours de son développement intraséminal, on constate les faits suivants :
Un embryon jeune, considéré au stade représenté en I {fig. i), offre déjà Tébauche
reconnaissable de son appareil conducteur, tant dans ses cotylédons que dans sa radi-
cule. Dans chaque cotylédon, il existe un cordon procambial médian, dichotome vers
le haut, ce qui permet de le distinguer aisément, et deux cordons procambiaux laté-
raux plus faibles. Le médian est également bifurqué vers le bas; les deux branches de
cette bifurcation, auxquelles se rattachent les deux cordons latéraux, atteignent le
cylindre central de la radicule à la base de celle-ci, d'ailleurs très voisine de la base
des cotylédons; elles aboutissent en deux points diamétralement opposés du cylindre
radical, dans le plan de séparation des deux cotylédons et se réunissent alors aux
branches symétriques du cotjdédon opposé. L'hypocotyle, compris entre le niveau où
ces branches reçoivent les cordons procambiaux latéraux des cotylédons et le niveau
où elles s'accolent deux à deux à la base du cylindre central de la radicule, est encore
réduit à quelques assises de cellules sensiblement isodiamétriques. La continuité de
l'appareil conducteur cotylédonaire et de l'appareil conducteur radical est établie à ce
stade.
Au cours des stades suivants, les cotylédons s'agrandissent dans toutes les direc-
tions, conservant ainsi à peu près leur forme initiale presque circulaire; leurs trois
cordons procambiaux primitifs se ramifient peu à peu par dichotomies successives,
mais en gardant sensiblement la même importance relative qu'au début. La radicule
ne prend qu'un faible développement. La région hypocolylée, par contre, s'allonge
beaucoup par un intense accroissement intercalaire longitudinal. Le contraste entre
ce mode d'accroissement de l'hypocotyle et le mode d'accroissement intercalaire dis-
persé des cotylédons est particulièrement net à un stade jeune tel que celui qui est
représenté sur la microphotographie de la figure ?..
Ainsi, la région hypocotylée, traversée par les branches de bifurcation des cordons
procambiaux médians des cotylédons, et qui est d'abord très courte, s'étire considé-
rablement en parallélisant tous ses tissus, y compris les branches pro.cambiales.
Dès le début de la germination, l'accroissement intercalaire longitudinal reprend
activement dans l'hypocotyle et lui fait acquérir finalement une longueur de plusieurs
centimètres. Une nouvelle zone d'accroissement intercalaire longitudinal intense
s'établit en outre dans la région d'extrême base de chaque cotylédon; cette zone reste
comprise entre le niveau de la jonction des cordons procambiaux latéraux avec les
branches de bifurcation du cordon procambial médian et le niveau d'origine de cette
bifurcation; l'organe d^Y^^^Xé pétiole cotylédonaire^ pouvant atteindre finalement une
longueur supérieure à i"^™, dérive de cet accroissement intercalaire tardif; le sonimet
956 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de ^la bifurcatien inférieure du cordon procambial médian de chaque cotylédon se
trouve dès lors reporté dans la base du limbe colylédonaire adulte (III, fig. i).
Fi g. I. — Mercurialis annua L.
I. Perspective de l'appareil conducteur d'un
très jeune embryon d'environ 4/10°"» de
longueur totale; le contour des cordons
procambiaux de l'un des cotylédons a été
figuré en pointillé.
II. Embryon adulte. Gr. : 80/7.
III. Base d'un cotylédon adulte, après ger-
mination; seuls, les cordons vasculaires
principaux ont été figurés. Gr. : 3o/7.
Microphotographie d'une coupe longitudinale à
travers un jeune embryon de Mercurialis
annua L., atieignant environ 6/10™" de lon-
gueur totale. Le plan de la coupe est un peu
oblique par rapport au plan cotylédonaire de
sorte que l'un des cordons procambiaux laté-
raux est seul visible. En dehors des cordons
procambiaux, les cellules du cotylédon sont
sensiblement isodiamétriques et se recloi-
sonnent à peu près également dans toutes les
directions; dans l'hypocotyle, au *contraire,
les recloisonnements cellulaires se font surtout
dans la direction longitudinale. Gr. : 200.
Or la différenciation ligneuse débute aussitôt que commence la germi-
nation. Les premiers vaisseaux formés dans les régions où l'accroissement
intercalaire longitudinal est intense deviennent adultes et incapables de
s'allonger activement avant que cet accroissement soit achevé; ils sont donc
étirés mécaniquement par les tissus plus jeunes, en voie d'allongement, qui
les environnent; leurs spirales d'épaississement sont distendues, brisées
finalement en tronçons, eux-mêmes écartés les uns des autres. Ces vais-
SÉANCE DU 5 AVRIL 1922. 9^7
seaux disparaissent plus ou moins complètement,mais pour la même raison
que dans les longs entre-nœuds de la tige des Graminées, des Cucurbi-
tacées, etc., entre-nœuds qui résultent aussi d'un accroissement intercalaire
longitudinal tardif. Si les mêmes vaisseaux persistent dans la racine, c'est
que précisément l'accroissement intercalaire ne joue qu'un rôle très efïtcé
dans l'allongement de ce membre.
L'accroissement intercalaire longitudinal intense qui se manifeste dans
l'hypocotyle et dans la base des cotylédons de la Mercuriale suffit donc à
expliquer le caractère transitoire des premiers vaisseaux qui s'y déve-
loppent. D'autre part, si cet accroissement ne se produisait pas, le passage
entre l'appareil conducteur des cotylédons et celui de la première racine
paraîtrait s'effectuer très brusquement, sur une hauteur extrêmement
réduite, et G. Chauveaud, au lieu de représenter l'accélération basifuge
comme faible chez la ^Mercuriale, serait amené à la considérer comme très
forte.
Il paraît vraisemblable que tous les cas de faible accélération basifuge
signalés par cet auteur peuvent être interprétés comme celui de la Mercu-
riale; or ce sont eux qui ont donné naissance à la théorie. Sans eux, sans
l'accroissement intercalaire par conséquent, la théorie de l'accélération
basifuge n'aurait sans doute jamais vu le jour.
C'est l'intervention plus ou moins intense, plus oii moins précoce, c'est
la localisation particulière de l'accroissement intercalaire longitudinal,
phénomène secondaire au cours du développement ontogénique, qui
paraissent déterminer, dans l'hypocotyle et dans les cotylédons, les dis-
positions vasculaires variables interprétées par G. Chauveaud comme
l'évidente manifestation d'une accélération basifuge plus ou moins forte.
BOTANIQUE. — Un grand Palmier du Centre de Madagascar.
Note (*) de M. Henri Ju.melle.
Ce Palmier de Madagascar, dont nous allons voir l'intérêt au point de
vue des hypothèses qu'il est permis d'émettre sur l'ancienne flore du Centre
de l'île, fut nommé en 1907 Chry sali iocar pus decipiens par Beccari, de
Florence, qui, d'ailleurs, n'en connut que les feuilles et les inflorescences.
Ultérieurement, en igiS, dans son bel Ouvrage sur les Palme del Mada-
(') Séance du 27 mars 1922.
(^58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
i^a.scar, le botaniste italien crut pouvoir rapporter à cette espèce celle que
nous venions de décrire sous le nom de Ncodypsis basilongus, Palmier du
mont Vatovavy.
Les graines de notre Ncodypsis étant toutefois à albumen ruminé
(puisque c'est là un caractère du genre, alors (jue l'albumen des Chrysn-
lidocarpus est homogène), Beccari, qui n'avait pas vu les graines de son
C. decipiens^ ne pouvait conserver le premier terme générique : il créa le
genre Mucrophloga ; et le Chrysalidocarpiis dccipiens, englobant notre A^ro-
dypsis basilongus, devint le Macrophloga decipiens.
Nous avons toujours fait toutes réserves, en dépit de quel({ues similitudes
de caractères, sur cetle identification du T. decipiens et du iV. IxisUongus,-
et nous avions raison, car nous possédons aujourd'hui des spécimens com-
plets de C. decipiens récoltés par M. Perrier de la Bàlhie dans le Manankazo,
au nord-ouest de Tananarive et au nord-est d'y\nkazobé, et les graines
recueillies avec ces spécimens sont à albumen homogène. Il nous fau^ donc
faire disparaître ce genre Macrophloga, malencontreusement créé par la
réunion de deux espèces distinctes, et rétablir le Chrysalidocarpus decipiens,
qui est bien un Chrysalidocarpus et n'est pas à confondre avec le Neodypsis
Ixisilongus.
C(i Chrysa/idocarptis decipiens, que Beccari croyait être plutôt de petite
taille, est, en réalité, un très beau Palmier, peut-être même, selon M. Perrier
delà Bathie, le plus beau Palmier de Madagascar. Son tronc grisâtre, sou-
vent couvert de Lichens, et de lo'" à 20" de hauteur, est un peu ovoïde vers
le milieu, où il peut avoir 70'"' de diamètre. Les feuilles des pieds adultes
ont de 2"',;")o à 3'",5o de longueur. Leurs gaines, longues d'au moins 5o"",
sont lisses. D'où le nom de madiovozona que les indigènes donnent à l'es-
pèce, comme d'ailleurs au Neodypsis bdsdongus et au Chrysalidocarpus
oleraceus, et d'une façon générale aux Palmiers dont le bourgeon terminal
est comestible, et qui, d'autre part, ont la gaine {rozona, cou) Ussc {madio,
propre) ('). Au sommet de cette gaine, le pétiole, court et en gouttière
(20''" à 25'^'"), se continue pai- un lachis qui porte de nombreux segments
dont les deux basilaires, très pendants, correspondent aux deux segments
inférieurs, accompagnés et prolongés par la nervure marginale qui, dans
C) IMus exactement, sans doute, pour les Malgaclies, le « cou » n'est pas la gaine
foliaire isolée, mais, sur le i^almier entier, l'ei'isemble des gaines situé au sommet du
tronc, au-dessous de la touffe des limbes, qui est la «tète». Lorsque, comme chez le
Neodypsis Laslelleana, les gaines sont couvertes extérieurement d'un épais duvet
rouge, lecou est rouge {mena), et le Palmier est un me/KH'ozona.
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 969
la feuille jeune et non encore déchirée, bordait le segment externe et les
sommets des autres segments. Tous ces serments, lorsque la feuille est
épanouie, sont plus ou moins iulléchis vers le milieu et dirigés en divers
plans, ce qui donne au limbe un aspect ébouriffé. Les spadices, insérés aux
aisselles des feuilles inférieures, qu'ils font tomber en se développant, sont
deux ou trois fois ramifiés ; et leurs é[)is floraux sont, comme dans toiil le
genre, à glomérules normalement triflores. Mais ainsi qu'on l'observe
encore dans d'autres ChrysdUdocdrpus, Tune des trois ou quatre inflores-
cences que donne simultanément un pied ne porte que des fleurs femelles,
par suite de l'avortement des fleurs mâles latérales, et, inversement, les
deux ou trois autres spadices ne portent que des tleurs mâles, la fleur
femelle médiane restant rudimeutaire.
La floraison a lieu en février et mars, et c'est vers juillet que mûrissent
les fruits, qui sont presque globuleux ou un peu plus larges (i4"""), que
longs (12°»'").
Le Manankazo, où ont été récoltés les échantillons qui nous oui permis
cette rapide description, est, à i5oo'" d'altitude, une petite région inhabitée
qui doit son nom à la rivière qui l'arrose; et le nom (manann, avoir; hazo^
arbre) est significatif, car il indique combien est exceptionnelle la présence
d'arbres dans cette contrée. En fait, à 100'"° à la ronde, il n'y a pas, dit
M. Perrier de la Bàthie, d'autre végétation arborescente que ces quelques
bois où, sur la latérite gneissique, reste encore une vingtaine d'exemplaires
du C. decipiens. Et c'est, selon toute vraisemblance, parce qu'il n'y a pas
d'habitants, et, par suite, pas de feux de brousse, que ce petit îlot forestier
a persisté.
Quant au C. drcipims^ on le retrouverait encore vers les sources de
l'ikopa, en amont de Tananarive, vers 1 .^)oo"' d'altitude ; M. Perrier de la
Bâthie en a vu un pied sur le Vavato, au sud de Betafo, vers 2000°*; et les
échantillons d'herbiei- étudiés par Beccari provenaient d'Ankafîna, au nord
de Fianarantsoa, dans le Betsileo méridional.
11 n'est vraiment pas possible d'admettre que la distribution de l'espèce
ait toujours été limitée à ces quelques localités éloignées les unes des autres;
et il doit apparaître, au contraire, comme à i)eu près certain qu'il fût une
époque où le Palmier, disséminé dans le centre de Madagascar, et repré-
senté par de bien plus nombreux individus, qui reliaient les uns aux autres
les rares boqueteaux actuels, était l'un des éléments d'une végétation doni
ces localités sont les deiniers vestiges. Or cette végétation ne pouvait
être celle des Graminées cosmopolites d'aujourd'hui, puisque les graines
960 ACADÉMIE DES SCIENCES.
du Chrysalidocarpus decipiens ne germent pas dans les endroits découverts.
Le Palmier était donc accompagné d'autres arbres, comme il l'est au
Manankazo; et ceux qui pensent que l'Imerina fut jadis boisée sont en droit
de trouver là, à l'appui de la thèse qu'ils soutiennent, un nouvel argument.
PHYSIOLOGIE. — Sur un mécanisme intervenant dans la fixation des graisses
par la glande cortico-surrénale. Noie de MM. A. Policard et Jui.iana
Tritchkovitch, présentée par M. Roux.
Nous avons montré récemment que les glandes sébacées étaient
capables de fixer directement les graisses, en circulation dans le sang
sous forme d'hémoconies, à la condition que leurs cellules soient
bourrées de grosses vacuoles adipeuses, ainsi que cela se présente chez les
animaux engraissés.
Sur le même objet de recherche, c'est-à-dire sur des souris colorées vita-
lement au rouge écarlate par mélange de cette couleur à la nourriture, nous
avons pu faire des observations de même ordre sur la glande cortico-
surrénale.
Chez les souris, la cortico-surrénale présente une teneur assez variable en
corps gras décelables par les réactifs histologiques habituels. Les unes
montrent les cellules de la zone fasciculée, et spécialement les spongiocytes,
bourrés de grosses vacuoles de graisse. Chez d'autres, la quantité de graisse
est plus réduite; un des éléments essentiels de ces variations semble être
l'état de la nutrition, les vacuoles adipeuses sont nombreuses et volumi-
neuses chez les animaux engraissés, elles sont réduites de taille et de nombre
chez les animaux maigres.
Quel que soit ce mécanisme, la fixation du rouge écarlate, témoin de la
fixation des graisses alimentaires, paraît se faire comme pour les sébacées.
Dans les cortico-surrénales riches en grosses vacuoles de graisse, il y a
fixation directe des hémoconies porteuses du rouge écarlate et la cortico-
surrénale montre une zone moyenne colorée en rose pâle, l'intensité de la
coloration étant toujours bien moindre que pour les sébacées. Quand la
cortico-surrénale renferme seulement de fines vacuoles de graisse, il n'y a
pas de coloration. Il y a un rapport constant entre la coloration vitale de
la glande et le volume des vacuoles de graisse histologiquement figurées.
Chez un animal amaigri mais en voie d'engraissement, par conséquent
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 961
élaborant de la graisse, il n'y a pas fixation de couleur tant que le volume
des enclaves adipeuses des cellules cortico-surrénales n'ont pas atteint un
certain volume.
Ces observations permettent deux considérations.. La première concerne
le mécanisme de la fixation de la graisse circulante par la cellule de la cor-
tico-surrénale. Cette fixation paraît se faire directement sans intervention
d'une destruction préalable de la graisse, à condition que les vacuoles adi-
peuses de la cellule" soient entourées d'une enveloppe protoplasmique très
mince et au contact immédiat ou presque immédiat avec le sang véhiculant
les particules de graisse; ces conditions ne sont réalisées que lorsque les
vacuoles adipeuses sont très volumineuses. Il y a, pour cette glande, mise
en jeu d'un mécanisme identique à celui qui se déroule au niveau des
sébacées.
Nos observations nous permettent, d'autre part, de donner une interpré-
tation d'expériences fort intéressantes faites par Ponomarew(deTomsk) (*).
Cet auteur, en nourrissant des souris avec de la graisse colorée, avait éga-
lement observé une coloration de la corlico-surrénale. Il avait tiré de ses
expériences la conclusion que cette glande devait être considérée comme
une glande adipopexique et que, vis-à-vis de la cholestérine, elle jouait le
rôle d'un organe fixateur, non sécréteur. La capacité de la cortico-surrénale
de fixer la graisse circulant dans le sang est incontestable. Nos expériences
confirment pleinement celles de Ponomarew. Mais elles montrent aussi que
cette fixation n'est pas constante et paraît beaucoup moins relever d'une
propriété spécifique de la glande que d'un processus banal, d'ordre pure-
ment physique et pouvant se manifester dans d'autres organes, comme les
sébacées. Elle ne se montre que si la glande renferme de grosses vacuoles
de graisse capables de fixer au passage, par un mécanisme du reste encore
obscur, les hémoconies circulant dans le sang et de les absorber par
fusion, comme les grosses gouttelettes d'une émulsion qui se détruit
absorbent les plus petites. Les faits de Ponomarew, bien exacts, ne per-
mettent cependant pas de tirer des conclusions sur le mode de fonc-
tionnement et le rôle lipopexique spécifique de la cortico-surrénale, rôle
fort probable du reste, mais à notre avis plus complexe et restant encore à
démontrer.
{') Ponomarew, Ueber den Vrsprung der Fettsubslanzen in der Nebennieren-
rinde {Beitr. path. Ânat., t. 59, 1914; P- 307-349).
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 14.) 69
962 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CBIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Sur VéquiUbre superficiel du sérum et de quelques
solutions colloïdales. Note de ]M. P. Lecomte du IVouy, présentée par
M. Charles Richet.
Un grand nombre de mesures nous ont permis de bien mettre en évi-
dence le fait que la tension superficielle de la plupart des solutions colloï-
dales n'est point une grandeur constante, mais varie en fonction du temps.
Cette propriété, qui avait été remarquée pour Toléate de soude par quelques
observateurs, ne semble pas avoir été Tobjet de recherches méthodiques.
La raison de Tobscurité, où cette question se trouve encore, est donnée par
l'inapplicabilité des méthodes couramment employées pour mesurer la
tension superficielle à ce problème. L'emploi d'un nouvel appareil permet-
tant de mesurer de minute en minute la tension superficielle de la même
couche de liquide nous a conduit à une meilleure connaissance du phéno-
mène, et a mis en évidence des faits nouveaux.
Cet appareil est basé sur la méthode décrite par Weinberg en 1892, à
savoir l'arrachement d'un anneau. Mais au lieu de mesurer l'efTort néces-
saire pour produire l'arrachement par l'addition de poids, ce qui rend la
technique difficile, nous utilisons la torsion d'un fil métallique. L'effort
peut être ainsi rendu aussi progressif et aussi lent que l'on désire, en démulti-
pliant le mouvement au moyen d'une vis et d'un pignon hélicoïdal. L'anneau
(en platine iridié) est suspendu comme un étrier à l'extrémité d'un léger
levier d'aluminium, et nous avons pu, grâce à ce dispositif, obtenir des
chiffres concordant absolument avec ceux de Weinber"-.
Plus de dix mille mesures ont été faites. Nous allons résumer le plus rapi-
dement possible les résultats d'un premier groupe d'expériences.
La tension superficielle, à température constante, du sérum sanguin et
de ses solutions, des solutions d'oléate de soude, de glycocholate et de lauro-
cholate de soude, et de saponine, diminue en fonction du temps, spontané-
ment, très rapidement pendant les dix premières minutes, puis plus lente-
ment (2''™' de solution placés dans un verre de montre étaient employés
pour les mesures).
La courbe du phénomène est très voisine de celle des phénomènes
d'adsorption, et est exprimée d'une façon satisfaisante par une équation de
la forme
L
•,, a— ko
— 70e ,
Yo = tension initiale, y = tension superficielle {t = temps en minutes).
SÉANCE DU 3 AVRIL 1922. 968
Pour le sérum, en tenant compte de la valeur initiale de la tension, la
chute varie entre 2 et 5 dynes en 20 minutes. Lorsque le sérum est dilué
avec la solution isotonique de NaCl, le phénomène est observable jus- qu'à
une dilution au iqJouu^ maison constate un maximum aux environs àej^^.
Pour cette concentration, elle atteint 12 à i5 dynes en 2 heures. Avec
Toléate de soude, dans les mêmes conditions, la chute est de 20 dynes. Le
phénomène donne des valeurs intermédiaires pour les autres substances
colloïdales étudii'-es.
Quand la tension superficielle d'un sérum a atteint âon équilibre maxi-
mum, il suffit d'une très légère agitation pour le faire remonter presque à
sa valeur initiale. Mais avec le temps, ce phénomène diminue progressive-
ment et finit par disparaître. La chaleur prolongée, même à 56°. a pour
résultat de stabiliser également la tension superficielle du sérum.
En laissant s'évaporer dans les verres de montre les solutions, on observe
les faits suivants, intéressants au point de vue physico-chimique autant
qu'au point de vue biologique :
Jusqu'à des dilutions variant, suivant l'animal, de ,, ' „ à ,^^^„„„, les
cristaux de NaCl, au lieu de se former au fond du verre de montre, en
groupes bien définis, à l'aspect géométrique, comme cela a lieu dans le cas
du chlorure de sodium pur, couvrent toute la surface concave du verre
d'une couche adhérente et compacte de cristaux microscopiques ayant
l'aspect d'un disque blanc, avec une tache })lus claire au centre. Dans cette
région centrale il n'y a que de tout petits cristaux épars. Ces phénomènes
sont surtout marqués aux dilutions de ^7^ à ^-jj^^. A la dilation du ^^ on
observe une formation circulaire périodique de cristaux.
La dimension de ces dépôts cristallins étant, à très peu près, celle du
liquide avant évaporation, il est clair qu'en s'adsorbant dans la couche
superficielle, les substances colloïdales qui diminuent la tension entraînent
avec elles les molécules cristalloïdes présentes dans la solution. La pré-
sence, dans cette couche concenliée, d'électrolytes, explique que la préci-
pitation aura tendance à s'y produire. Quand le liquide s'évapore, le sel,
adsorbé dans la surface du liquide, ne peut se concentrer dans la masse, et
se dépose progressivement sur les parois.
Ces phénomènes se produisent probablement aux surfaces de séparation
de liquides non ou peu miscibles ; on conçoit avec quelle facilité se déve-
loppent les membranes qui délimitent les individus élémentaires. Dans ce
cas, le principe bien connu de Gibbs n'est plus exact.
9^4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ENTOMOLOGIE. — Sommeil d'' hiver cédant à V hiver chez les larves et
nymphes de Muscides. INote de M. E. Roubaud, présentée par
M. E.-L. Bouvier.
Beaucoup de mouches passent Thiver sous la forme de larves ou depupes
inactives qui donnent naissance, au printemps, à la forme ailée. Celte
hibernation, larvaire ou nymphale, qui n'exclut d'ailleurs pas, dans certains
cas, l'hibernation propre des adultes nés avant l'hiver, est généralement
considérée comme liée au simple ralenlissement de l'activité métabolique
sous l'influence du froid. Les recherches (|ui font l'objet de cette Note
montrent que le phénomène doit être considéré comme plus complexe, au
moins dans nombre de cas.
Pour beaucoup d'espèces de Muscides, et certainement aussi pour bien
d'autres insectes, le sommeil d'hiver n'est pas plus déterminé par le froid
que le sommeil noclurne par la nuit. 11 résulte d'un arrêt cyclique de l'acti-
vité métabolique, indépendant de l'abaissement thermique.
On peut distinguer, chez les Muscides à plusieurs générations annuelles,
deux types différents, au point de vue du métabolisme des générations
diverses :
1° Les espèces homodynames, dont les générations sont douées d'une
activité biologique constante, obéissant toute l'année aux influences ther-
miques. Le froid peut provo(|uer à tous les stades de développement une
suspension momentanée de cette activité, un sommeil hivernal non obliga-
toire, non nécessaire, ([ui cède immédiatement à une élévation de la tempé-
rature. Lorsque celle-ci est maintenue favorable, les générations se succèdent
indéfiniment, été comme hiver, avec la même continuité. C'est le cas pour
la mouche domesti([ue, le Stomoxe (5î. calcilrans), les Drosophiles, etc.
2° Les espèces hétérodynames, qui présentent, dans leur cycle annuel,
des générations d'activité biologique dissemblable : à des générations douées
d'évolution rapide, obéissant normalement aux influences thermiques,
succède une génération brusquement ralentie par une période d'inertie
obligatoire ou diapause, qui échappe aux influences thermiques.
La diapause, dans les espèces que j'ai étudiées, survient à l'automne.
Coïncidant avec l'hiver, elle n'est nullement provoquée par le froid. Elle
n'affecte qu'une période évolutive déterminée, tantôt la larve en fin de
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 966
croissance, tantôt la nymphe ,au début de ses transformations. Elle est
variable dans l'intensité de l'inertie physiologique qui la caractérise.
A. Chez la mouche verte (Lucilia sericata), les larves mûres hivernent en
diapause. Placées à l'étuve à 2.o°-id°, elles sont mobiles et excitables, mais
ne se transforment point. L'action prolongée de cette température pendant
plusieurs mois aboutit à la mort. Par contre, la diapause cède à de brusques
excitants mécaniques ou physiques. Les larves, saignées, brûlées, centrifugées
ou exposées pendant quelques minutes à une température incompatible avec
la vie (45**)) se transforment rapidement et donnent un adulte normal en
quelques jours. La reprise de l'évolution ne survient qu'après un temps perdu
ou retard de deux à plusieurs jours, sur l'excitation provoquée.
La diapause est également rompue par une exposition prolongée à basse *
température. Des larves soumises en glacière à -+- 4** pendant 26 jours, puis
portées à Tétuve à 20", se pupilîent en 3 jours et éclosent en 1 1 jours. Une
exposition de quelques jours seulement au froid (3 à 5 jours) ne peut briser
la diapause.
B. Chez l'Anthomyide, Élydœa platyptera, les larves mûres des géné-
rations d'automne passent également l'hiver en diapause. Leur évolution
suspendue reste inaclivée, à la fois par la chaleur et par les excitants brus-
ques, mécaniques ou physiques. Seule, l'action prolongée du froid fait
céder la diapause, mais avec un temps perdu déplus d'un mois. Des larves
ayant subi l'action du froid en novembre et décembre, puis placées à 20°,
n'éclosent qu'en février.
G. Chez Sarcophaga falculata Pand., la diapause affecte la pupe nou-
vellement formée, en octobre. Comme dans le cas précédent, ni la chaleur,
ni les excitations brusques ne parviennent à rompre le sommeil d'hiver de
ces pupes. Seule, l'action prolongée du froid ramène le développement
avec un temps perdu considérable : des pupes en glacière à -1- 4**? du
8 décembre au 3 janvier, n'éclosent que deux mois et demi plus tard,
à 20°.
Les pupes, qui n'ont point ou n'ont qu'insuffisamment subi l'action du
froid, n'éclosent pas.
Dans ces expériences, le froid apparaît donc comme un facteur réacftVa/z/,
indispensable à la vie de l'espèce. Sans l'intervention de ce facteur, obliga-
toire, le cycle des espèces hétérodynames à diapause hivernale resterait
indéfiniment suspendu. Il faut l'hiver pour faire cesser le sommeil d'hiver.
On peut rapprocher ces phénomènes de diapause hivernale larvaire ou
9^6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nymphale chez les Muscides, de la diapause embryonnaire cédant au froid,
observée chez certains papillons séricigènes ( * ).
On rétro IV. 'ra c^ntainement chez nombre de mouches et d'insectes de
tous ordres, à la base des phénomènes d'estivation ou hibernation,
dont les manifestations sont si vaiiées, des particularités physiologiques de
même nature.
HISTOLOGIE. — 5«/' les fibres perforantes de l'os des Mammifères.
Noie de M. E. Gkynfeltt, présentée par M. Henneguy.
• Avec Kôlliker et Ranvier, il est actuellement admis que les fibres perfo-
rantes o\\ fibres de Sharpey de l'os des Mammifères appartiennent exclusi-
vement à Tos périostique. Elles représentent des faisceaux conjonclifs, plus
ou moins calcifiés, partiellement englobés, au cours de Tossification, dans
la substance fondamentale néoformée. Ces fibres perforantes seraient donc
« un caractère exclusif de Tos périostal », suivant les termes de Tafani, et
par conséquent on ne les trouverait dans les os longs que dans les parties
qui procèdent du périoste, c'est-à-dire « dans les lamelles fondamentales
périphériques et dans toutes les lamelles interstitielles en connexions
génétiques avec ces dernières » (Kôlliker). Elles feraient totalement défaut
dans les lamelles périmédullaires et dans les systèmes de Havers.
Cette formule paraît exacte, quand on étudie l'os par les anciennes
méthodes, qui suffisent pour mettre en évidence les grosses fibres perfo-
rantes, soit sur de minces lamelles usées à la meule, soit sur des coupes
décalcifiées et dissociées, comme le faisait Sharpey.
Mais quand on emploie les méthodes de décalcification actuelles (celle
de Haug à la phloroglucine, ou de SchafPer par exemple), qui sont moins
brutales et permettent d'obtenir des fragments osseux relativement faciles
à couper, avec un minimum d'altération des tissus mous, et surtout, quand
on traite ces coupes par les colorants électifs du collagène (picro-noir
naphtol de Curtis, ou picro-fuchsine de Laguesse), on met facilement en
évidence des fibres perforantes dans toutes les parties de l'os, périoslales ou
autres. La seule différence est que, dans les parties qui n'ont aucun lien
génétique direct avec le périoste, les fibres perforantes sont beaucoup plus
(') Diiclauxa nellemenl montré l'influence du froid de l'hiver sur Je développenient
de l'œuf du ver à soie de race univoltine,
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 967
fines. Ce ne sont plus de puissants faisceaux conjonctifs, qui plongent dans
la substance osseuse, comme dans l'os périostique, mais de délicates fibres
coUagènes, qui entrent dans la constitution de la trame de la moelle. On
sait, d'ailleurs, qu'elles sont plus nombreuses à la périphérie, au contact de
la paroi des canaux de Havers, ou contre les lamelles qui bordent la cavité
médullaire. centrale des os longs. Il en est de même dans les portions spon-
f.p.m^
fc.
Section transversale d'un système de Havers au niveau de la diaphyse du 5" 'métatarsien
chez un homme de 35 ans.
H, canal de Havers; /, c, fibres conjonctives de la moelle; /, p, ni, fibres
perforantes médullaires; v, vaisseau sanguin.
gieuses de ces organes (épiphyses) ou dans les os courts, d'origine enchon-
drale et non périostique.
Ces fines fibres perforantes ont été vues par Renaut dans les systèmes
intermédiaires haversiens et il les compare à des fibresde Sharpey minuscules.
Il est arrivé à les apercevoir par une technique assez délicate, qui consiste
à déranger au pinceau le contenu d'un canal de Havers, de manière à l'écarter
de la lamelle osseuse qui le borde. Alors, dans l'intervalle, il put entrevoir
ces fibres, très fines, malaisées à distinguer sans colorations électives. Si l'on
ajoute à cela, que ces fibres sont particulièrement cassantes et qu'elles se
rompent tout près de leur point de pénétration dans la lamelle osseuse, on
comprend que le fait signalé par Renaut, qui n'en a donné aucune figure,
ait passé inaperçu. Avec les techniques de décalcification et de coloration
électives actuelles, je le répète, elles sont au contraire d'une observation
relativement facile.
En résumé, je distingue dans l'os deux catégories de fibres perforantes :
968 ACADÉMIE DES SCIENCES.
1° Les fibres perforantes périostales, ou fibres de Sharpey des classiques,
en général plus épaisses, et qui n'existent que dans les portions de l'os
résultant de l'ossification fibreuse (systènie des lamelles fondamentales
périphériques et systèmes intermédiaires d'orig'ine périostique).
2° Les fibres per forantes médullaires, be.jucoup plus fines, en continuité
avec les minces fibres coliagènes de la tfame conjonctive de la moelle, et
que l'on rencontre à la surface de toutes les lamelles osseuses qui sont au
contact de cette dernière (lamelles périmédullaires et lamelles des systèmes
de Havers).
Par conséquent, dans toutes les parties de l'os, il existe des fibres perfo-
rantes qui pénètrent la substance fondamentale, où elles sont plus ou moins
calcifiées et noyées dans l'osséine. Elles se continuent hors des lamelles
osseuses avec les fibres coUagènes qui entrent dans la constitution de la
trame des formations conjonctives ambiantes, c'est-à-dire du périoste en
dehors et de la moelle en dedans.
CYTOLOGIE. — Sur la conjugaison pai^allèle des chromosomes et le mécanisme
de la réduction chromatique. Note de M. P. lîouix, présentée par
M. Widal.
Depuis que van Beueden a montré que les cellules sexuelles mûres renferment seu-
lement la moitié du nombre de chromosomes caractéristique de l'espèce, des
recherches extrêmement nombreuses ont été poursuivies pour expliquer le mécanisme
de ce phénomène si remarquable. Les premiers auteurs ont simplement admis que le
spirème des spermatocytes 1 se partage, par divisions transversales, en un nombre de
chromosomes égal à la moitié du nombre normal. D'autres, comme Montgomery, con-
sidèrent que les chromosomes, après la dernière division des spermalogonies, s'ac-
colent deux à deux et bout à bout, lis pensent qu'une division longitudinale se produit
au début de la phase d'accroissement et détermine la genèse de tétrades constituées
par deux chromosomes fendus longitudinalement. Les divisions maturatives séparent
les éléments constitutifs de ces tétrades et déterminent la réduction numérique des
chromosomes.
En face de cette théorie de la conjugaison bout à bout, s'en est établie une autre,
celle de la conjugaison parallèle, due à de Winiwarler. Cet auteur admet que les
chromosomes apparaissent en nombre normal au début de la propliase des sperma-
tocytes 1; ils s'allongent en filaments très fins (lep(otènes), qui s'accolent deux à deux
dans le sens longitudinal (filaments diplotènes) et qui se soudent pour former des
anses épaisses (filaments pachytènes). Le noyau renferme ainsi un nombre de doubles
chromosomes, égal à la moitié du nombre normal ou somatique. La première mitose
de maturation sépare les chromosomes doubles en chromosomes simples (mitose
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 969
réductionnelle, mitose hétérotypique; la deuxième sépare des chromosomes issus de
la fissuration longitudinale des chromosomes simples livrés par la première division
maturalive (mitose équationnelle, mitose homéotypique). La réduction s'opérerait
partout selon le schéma précédent, dit schéma hétérohoméotypique par Grégoire.
Bien que l'accord ne soit pas complètement fait, la plupart des biologistes acceptent
la théorie de la conjugaison parallèle. Mais une question se pose à ce sujet. Les chro-
mosomes qui s'accouplent dans le sens longitudinal sont-ils les mêmes que ceux
fournis aux spermatocytes et aux ovocytes par la dernière division des spermato-
gonies et des ovogonie5?Ce fait est important à préciser. En effet, outre la démonstra-
tion définitive du mécanisme de la réduction, des questions inléressanles s'y trouvent
rattachées, comme celle de la continuité substantielle des chromosomes et celle de la
pureté chromosomiale des gamètes, principale exigence de l'hypothèse mendélienne.
Dans tous les cas observés jusqu'ici, un stade de repos nucléaire s'interpose entre la
dernière mitose des spermatogonies et ovogonies et la prophase des spermatocytes
et ovocytes, rendant impossible toute réponse à la question précédente. A. et
K.-E. Schreiner ont toutefois observé, chez Jomopteris onisciformis notamment,
que le noyau des spermatogonies ne présente pas un stade de repos complet. Les
chromosomes spermatogoniaux se résolvent en un réseau chromatique où ils con-
servent jusqu'à un certain point leur individualité; ils sont encore reconnaissables,
bien que difficilement, jusqu'à la période de maturation. Mais ce cas ne satisfait pas
Meves, qui considère qu'il existe chez Tornopteris, entre la dernière division goniale
et la prophase de la première cinèse maturative, une série de stades pendant lesquels
la distinction des chromosomes est impossible.
C'est un cas analogue à celui de Tomopteris, mais d'une précision et
d'une netteté convaincantes, que j'ai constaté dans la spermatogenèse d'w/ï
Myriapode, Scolopendra cingidata.
Les spermatogonies, chez la Scolopendre, se trouvent amassées dans
l'extrémité distale et filiforme du testicule, La dernière division goniale
s'arrête à la fin de l'anaphase, les deux cellules filles restant réunies par le
résidu fusorial, les chromosomes, sous forme de bâtonnets courts et trapus,
demeurant nets et distincts dans la vacuole nucléaire. Ils sont au nombre
de vingt-quatre, plus un hétérochromosome.
Ces chromosomes s'allongent peu à peu en filaments minces qui s'in-
curvent en forme d'anses longues et grêles, et qui orientent leurs extré-
mités libres vers la région du cytoplasme où se trouve le centrosome. Ces
anses leptotènes s'accolent deux à deux suivant toute leur longueur, se
raccourcissent- et donnent finalement des anses plus épaisses où toute trace
de leur double constitution a momentanément disparu. Ce sont les anses
pachytènes. Quand elles se sont écartées les unes des autres, on peut cons-
tater que leur nombre est réduit de moitié; il n'est plus que de douze. Les
anses pachytènes se fissurent ensuite suivant leur longueur et forment des
97° ACADÉMIE DES SCIENCES.
chromosomes doubles qui s'allongent à nouveau, qui s'anastomosent entre
eux et aussi, mais moins étroitement, avec les autres chromosomes. La
chromatine se retire de ce double réseau et s'amoncelle en gros amas que
Ton peut homologuer aux « chromoplastes » de Janssens. Quand le noyau
va entrer en première cinèse maturative, les grains chromatiques reprennent
eur place sur les filaments achromatiques anastomosés et très vite recons-
tituent des doubles chromosomes qui ont la forme classique en O, en G,
en Y, en X et quelquefois la forme de fausses tétrades. La substance des
doubles chromosomes se rassemble en deux bâtonnets courts et trapus qui
se disposent sur le fuseau l'un au-dessus de l'autre et qui sans doute repré-
sentent chacun une moitié longitudinale de l'anse pachytène, c'est-à-dire
une anse leptotène ou un chromosome spermatogonial.
Les deux chromosomes de chaque figure chromatique se séparent pen-
dant Tanaphase de la première mitose de maturation. La deuxième se fait
par fissuration longitudinale des chromosomes simples livrés aux sperma-
tocytes de second ordre. On peut la voir s'indiquer dès la métacinèse de la
première division spermatocytaire.
Conclusion. — Chez la Scolopendre, il n'existe pas d'intercinèse entre la
dernière division goniale et la prophase spermatocytaire. Les vingt-quatre
chromosomes des spermatogonies se transforment directement dans les
spermatocytes en vingt-quatre filaments leptotènes, qui se conjuguent deux
à deux, longitudinalement, pour former douze anses pachytènes. Après un
stade de repos nucléaire, douze filaments doubles réapparaissent qui se
condensent en douze paires de chromosomes en forme de bâtonnets. Ceux-ci
se divisent longitudinalement pour la deuxième cinèse de maturation. La
maturation se fait donc, dans cet objet, selon le schéma hélérohoméoty-
pique et la réduction numérique des chromosomes est obtenue, sans que
l'observation présente aucun des doutes qui ont été élevés jusqu'ici sur la
réalité du phénomène, par la conjugaison longitudinale des chromosomes
spermatogoniaux.
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. - A zotémie et hyperprotéido glycémie expéri-
mentales. Note de Mi\L H. Dierry, F. Rathery et F. Bordet, présentée
par i\L Roux.
Ce qui frappe immédiatement lorsqu'on étudie la glycémie chez les sujets
atteints de néphrite grave, c'est le chiffre élevé du sucre protéidique. Cette
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 97 1
élévation anormale et durable du taux du sucre protéidique, dont nous
avons signalé l'existence ('), se rencontre chez les néphrétiques avec azo-
lémie marquée. Ainsi à Tazotémie s'ajoute un signe chimique, insoupçonné,
qui porte cette fois non plus sur l'augmentation d'un élément excrémenti-
tiel, mais sur la variation en quantité et en quahté d'un élément constituant
du plasma sanguin et, tout de suite, l'idée vient à l'esprit de voir dans
r hyper protéido glycémie du breightique l'exact pendant de l' hyperglycémie
du diabétique.
Quelle valeur attacher à cette hyperprotéidoglycémie? Faut-il y voir
simplement un syndrome plasmatique marchant de pair avec l'azotémie,
ou faut-il y chercher l'indice d'une phase seconde dans l'évolution de la
maladie? En accord avec les théories générales de Claude Bernard rela-
tives au « phénomène d'organisation » et à la « constance » du milieu
intérieur, nous n'hésitons pas à reconnaître dans la perturbation perma-
nente, apportée sur un des éléments constituants du plasma sanguin, le
stigmate chimique qui révèle un trouble profond du métabolisme, trouble
que nous préciserons en publiant nos faits nouveaux concernant le méca-
nisme même de la production et de la destruction du sucre protéidique.
Il est logique, en effet, de penser qu'un fonctionnement rénal défectueux,
aussi bien en ce qui touche les activités glandulaires diverses du rein, qu'en
ce qui touche la régulation du milieu intérieur et son épuration, puisse
avoir un ret.entissement sur les divers organes, par suite sur les nutritions
locales, et entraîner secondairement des variations dans les éléments cons-
tituants du plasma; variations qui peuvent correspondre, pour une part, à
des nécessités physico-chimiques d'équilibre.
Nos observations cliniques et nos expériences faites dans le but de disso-
cier les deux syndromes plasmatiques : azotémie et hyperprotéidoglycémie,
viennent à l'appui de cette conception. Nous avons, en effet, pensé à provo-
quer, chez le chien, l'un ou l'autre phénomène, ou bien les deux successi-
vement en notant le moment d'apparilion et l'intensité de l'un des deux"
phénomènes par rapport à l'autre.
Nous donnons aujourd'hui les résultats relatifs à ce dernier mode opéra-
toire, il s'agit de la suppression brusque et totale de l'excrétion urinaiie
par la ligature des uretères.
Choix des animaux. — Etant donnée la fréquence de la néphrite, chez le
(') Comptes rendus Soc. Biologie, 18 décembre 1920; Paris médical, i3 août 1921.
972 ACADÉMIE DES SCIENCES.
chien, nous n'avons utilisé que des animaux placés en observation, au
chenil, pendant 6 et i5 jours, et présentant une glycémie protéidique
normale.
Ligature des uretères. — La ligature était faite en une seule séance ;
on utilisait hi voie dorso-lombaire.
Prises de sang et dosages. — Dans certaines expériences nous n'avons fait
que deux prises de sang, une avant ropération, l'autre précédant un peu la
mort de l'animal ; dans d'autres expériences nous avons pratiqué trois à quatre
saignées. Nous nous sommes assurés que de telles saignées n'avaient pas de
répercussion sensible sur le taux du sucre protéidique. Les analyses ont
porté sur le ^/«5m<^/ artériel; nous avons déterminé : l'eau, l'urée, le sucre
libre et le sucre protéidique, les diverses protéines et l'azote de ces pro-
téines.
Les dosages de sucre ont été faits en suivant les techniques indiquées par
l'un de nous avec P. Portier et L. Fandard, adaptées à de petites quantités
de plasma. La méthode d'évaluation des protéines fera l'objet d'une Com-
munication ultérieure.
Voici, à titre d'exemple, les chiffres d'urée, de sucre libre, de sucre pro-
téidique, d'azote des protéines globales, fournis par deux de nos expériences ;
ces chiffres sont rapportés à 1000"°^' d'eau, pour le plasma artériel :
Plasma artériel pour 1000™' d'eau
N
Sucre des protéines
Urée. Sucre libre. protéidique. totales.
Chien IV :
? s R K
Avant ligature des uretères. .. . o,54 i,33 ',46 9'/^
3o heures après ligature i jQ^ ^ i^~ i,85 8,28
Chien VI:
Avant ligature o,56 i ,o3 1,12 9,62
2/4 heures aj3rè- 3 ,38 i ,23 i ,82 »
48 heures après 3,70 i ,33 2,04 »
3 jours après 4 )4t) i ,42 2,07 9,55
Conclusion. — A la suite de la suppression brusque, chez le chien, de
l'excrétion urinaire ne permettant une survie que de 2 ou 3 jours, l'éléva-
tion du taux du sucre protéidique dans le plasma sanguin est, parallèlement à
celle du taux de l'urée, moins rapide et moins intense. Jamais nous n'avons
pu observer, chez nos animaux, des chiffres de sucre protéidique compa-
^<^'
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 973
rables à ceux que nous avons signalés chez les breightiques ('), chiffres
pouvant dépasser trois fois le chiffre du sucre protéidique rencontré chez
l'homme normal.
Ceci vient à Tappui de cette idée, que si l'azotémie est le témoin d'une
élimination rénale défectueuse, comme l'a montré Widal, l'hyperprotéido-
glycémie est bien le stigmate plasmatique qui révèle un trouble progressi-
vement amené et profond du métabolisme.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Sur un type d'arthrite fréquemment observé
chez les cobayes infectés par le Micrococcus melitensis. Note de
M. Et. Burnet, présentée par M. Roux.
L'arthrite est avec l'orchi-épididymite la complication la plus caracté-
ristique de la fièvre méditerranéenne chez l'homme. Si intéressant qu'il
soit de déterminer sa cause des manifestations articulaires dans les maladies
infectieuses, ces arthrites ont été peu étudiées. Les traités signalent chez
l'homme deux cas seulement où le Micrococcus melitensis a été mis en
évidence dans l'exsudat articulaire.
Si, malgré les expériences déjà anciennes de l'Institut Pasteur de
Tunis (-), l'on ne s'était pas habitué à considérer le cobaye, comme un
médiocre animal d'expérience pour l'étude de la fièvre méditerranéenne,
on aurait pu observer chez lui, sous l'action du melitensis^ des arthrites
fréquentes, multiples, graves, accompagnées d'ostéite, et dont il est facile
de mettre la cause en évidence.
Sur une centaine de cobayes infectés, depuis dix-douze semaines, de
M. melitensis^ soit par inoculation sous-cutanée, soit par ingestion, nous
en avons trouvé vingt qui étaient atteints de cette complication.
Un présentait une arthrite d'un genou ; un, d'un genou et d'une articu-
lation sterno-costale ; un, d'un genou et d'un poignet; un, des deux
poignets et de cinq articulations sterno-costales et chondrosternales, avec,
en plus, des abcès multiples à melitensis dans la corne gauche de l'utérus ;
(') Le taux des protéines globales du plasma des breightiques ( évaluées en azote et
rapportées à looo'^"' d'eau pour le plasma veineux) s'est montré voisin de la normale
dans certains cas, dans d'autres nettement inférieur.
C^) Ce. NicoLLE et Conseil, Le cobaye animal réactif de la fièvre méditerranéenne
(Archives de Vlnslitul Pasteur de Tunis, 1910, fasc. 3).
«o o
974 ACADÉMIE DES SCIENCES.
les seize autres, de l'arthrite d'un ou (en nombre à peu près égal) des deux
poignets.
L'arthrite saute aux yeux ; le genou est triplé de volume ; les poignets
sont arrondis et les pattes antérieures ont pris l'aspect de baguettes de
tambour. Les parties molles périarticulaires sont œdématiées. Sous une
pression même modérée, l'animal pousse des cris: ces arthrites sont
toujours douloureuses.
Sur la radiographie, elles apparaissent comme des arthrites vraies,
surtout celles du genou, plus faciles à examiner à cause de leur volume. La
substance osseuse est raréfiée et décalcifiée; l'image plus claire contraste
avec l'image opa:{ue de l'os sain. Les surfaces articulaires ont perdu leur
netteté. De plus, le fémur, et le tibia sur presque toute sa longueur, offrent
des lésions d'une ostéo-myélite.
Les coupes histologiques s'accordent avec l'image radiographique : on y
voit les lésions d'une violente ostéo-myélite, avec destruction de l'os et pro-
pagation aux surfaces articulaires et aux parties molles périarticulaires.
Rien de plus facile que de mettre en évidence, dans ces arthrites, le
M. melitensis. Il n'y a qu'à piquer avec une pipette l'articulation, qui se
laisse pénétrer aisément, et à ensemencer la gouttelette de sérosité que l'on
aspire; ou à trancher l'articulation et à faire un prélèvement par grattage.
Sur 12 ensemencements (2 du genou, 2 d'abcès costaux, 8 de poignets),
10 ont donné des cultures plus ou moins abondantes de rnelitensis. Les deux
cas négatifs concernent un poignet (l'ensemencement avait été très maigre)
et un cas de lésions costales où le pus était secondairement infecté de sta-
phylocoques et de colibacilles.
Sur 75 cobayes témoins (t4 cobayes tuberculeux et 61 cobayes ne'ufs),
I était porteur au poignet d'un petit abcès juxta-articulaire causé par une
blessure banale; 2 avaient à un poignet une arthrite tout à fait pareille aux
arthrites à rnelitensis. Or le sang de ces deux cobayes a été trouvé aggluti-
nant pour le rnelitensis (à ^ et ^); le rnelitensis a été isolé de leurs gan-
glions inguinaux, et l'arthrite de l'un d'eux a donné aussi une culture de
rnelitensis. Ces deux cobayes avaient été infectés, soit dans leur élevage
d'origine comme le fait a déjà été signalé ('), soit chez nous par contagion
indirecte. En somme, sur 78 cobayes témoins, il n'existait pas un seul cas
d'arthrite, alors qu'il y en avait chez 20 pour 100 des cobayes infectés de
M. rnelitensis.
(') Charles Nicolle et E._Coivseil, loc. cil.
SÉANCE DU 3 AVRIL I922. 975
Ces faits mettent hors de doute Texistencc d'arthrites et d'ostéites à
mclitensis et expliquent la fréquence des complications analogues dans la
fièvre méditerranéenne de l'homme.
Puisque, chez le cobaye infecté, le M. melùensù esi toujours présent dans
la moelle des os longs, il faut penser, chez la chèvre et chez l'homme
infectés, à la moelle osseuse comme l'un des « gîtes microbiens » dans les
périodes où \q mclitensis est absent du lait et du sang, et où, de ce fait, il
n'existe pas d'autre preuve de Tinfcction qu'une réaction agglutinante et
une intradermoréaction positives.
La séance est levée à 16 heures et demie.
É. P.
ERRATA.
(Séance du 27 mars 1922.)
Note de M. Ch. Lallemand, Sur le salaire parabolique :
Page 849, ligne 2, au lieu de H- (dans la formule), lire H; ligne i5, au lieu de K,
lire k; lignes j8, 19 et 20, au lieu de « celle formule où figurent, en fait, onze va-
riables, savoir : six données, L, !V, R, A, v, p, et cinq inconnues, les salaires —
d'avant-guerre — des trois classes de porte-mires et les primes des deux classes
d'opérateurs », lire « cette formule où figurent, en fait, huit variables, savoir : sept
données, L, X, N, v, R, p et A", plus une inconnue, le salaire — d'avant-guerre — de
chacune des trois classes de porte-mires ou la prime correspondante de l'une des deii-v
classes d'opérateurs. »
97^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances de mars 1922.
Diagnostic chimique, microscopique et parasilologique, par L. Guiart et L. Grim-
BERT. Paris, J. Lamarre, 1922; i vol. i8''™,5. (Présenté par M. L. Guignard.)
Études expérimentales de Technologie industrielle; 60* Mémoire : Essai méca-
nique des fils d'acier, par Gh. Fremont. Paris, chez l'auteur, 1921; i fasc. 27<=™.
(Présenté par M. Lecornu.)
La théorie et la pratique des radiocommunications ; tome II : La propagation
des ondes électromagnétiques à la surface de la Terre, par Léon Bouthillon. Paris,
Delagrave, 1921; i vol. 25"^^. (Présenté par M. Blondel.)
Ministère de la Guerre. Commission A. L. V. F. Tables de Balistique extérieure ;
tome II : Notations et unités. Introduction. Avertissement. Exemples d'emploi.
Tables de portées. Tables des coefficients de la formule d'interpolation des portées.
Tables des variations de la portée et de la dérivation; — tome II : Tables des durées
de trajet. Tables des vitesses restantes. Tables des angles de chute; — tome III :
Tables des abscisses du sommet. Tables des ordonnées du sommet. Table de correc-
tion à la loi exponentielle de la densité de l'air {d'après le professeur Gamba).
Paris, 1921; 3 voL lithographies Sô*"™.
Les ingénieurs et la guerre. La mobilisation technique et scientifique, par Albert
Ranc. Paris, Etienne Chiron, 1922; i vol. 20"^™. (Présenté par M. J.-L. Breton.)
Flore complète illustrée en couleurs de France {Alsace et Lorraine comprises),
Suisse et Belgique, par Gaston Bonnier. Tome V. Paris, Orlhac; s. d., i,vol. en
feuilles, 34''"'.
Observations and Experiments on the Occurence of Spark Lines {Enhanced
Lines) in the Arc. Part I : Lead and Tin, par G. -A. Himsalech et A. d Gramont.
Extrait de Philosophical Magazine, 6^ série, vol. 43, 11° 254, février 1922, Londres.
L'outillage de l'industrie chimique, agricole et alimentaire, par L. Lindet. Paris,
Léon Eyrolles, 1922; i vol. 25*"™.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 10 AVRIL 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président annonce à F Académie qu'en raison des fêtes de Pâques,
la prochaine séance hebdomadaire aura lieu le mardi i8 avril au lieu du
lundi 17.
M. le Président souhaite la bienvenue à M. Hisasiii Ki.mura, Rigahilia-
liuslii, directeur de l'Observatoire de Latitude de Mizusawa, et à
M. Alphonse Dejioulin, professeur à l'Université de Gand, Membre de
l'Académie royale de Belgique.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Dèft.ni'lîoii arithmétique d'une distribution de
masses s étendant à V infini et quasi périodique, avec une densité moyenne
nulle. Note de M. Emile Borel.
Les conférences faites la semaine dernière par M< Albert Einstein au
Collège de France ont attiré à nouveau l'attention sur le problème de
l'Univers fini ou infini. Les cosmogonies dans lesquelles la place particulière
que nous occupons se distingue intrinsèquement des autres régions de
l'Univers ont quelque chose de peu satisfaisant; d'autre part, bien des objec-
tions peuvent être élevées contre un Univers sensiblement homogène, dans
lequel la densité moyenne de la matière serait supérieure à un nombre fixe;
dans la théorie d'Einstein, un tel Univers ne peut être infini, en raison de
la courbure due à la gravitation. D'autre part, du fait que l'Univers n'est
pas infini, doit-on en conclure qu'il se ferme sur lui-même, sans recoupe-
ments et sans singularités? Ce que nous savons du problème de la défor-
C R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 15.) ' 70
978 ACADÉMIE DES SCIENCES.
mation des surfaces, même dans les cas les plus simples, fait soupçonner
toutes les difficultés d'une telle question.
Il me semble qu'il est possible de concevoir un Univers infini dont la
structure ne donne lieu à aucune de ces deux objections; voici le principe
arithmétique simple qui permet démettre en évidence les propriétés essen-
tielles d'une belle structure ( ^ ).
Considérons tous les entiers positifs ou négatifs qui, dans le système
décimal, s'écrivent avec les seuls chiffres o et i, ils forment une suite (a)
qui s'étend de — co à -h co :
( ..., — III, — 110,' — 101, — 100, — II, — 10,
(a) ')
( — I, 10, II, 100, loi, 110, III, 1000, ....
Il est clair que le nombre des entiers de la suite (a) ayant moins de n
chiffres est égal à 2" — i ; le plus petit des intervalles qui contient ces entiers
(de moins de n chiffres) est égal à -(10"— i); la densité moyenne de ces
entiers dans cet intervalle est donc - ^ et est par suite inférieure à ( 77 ) ;
2 10"— I ^ \5/
cette densité tend très rapidement vers zéro lorsque n augmente indéfini-
ment. La densité moyenne des points qui représenteraient, sur un axe Oa?,
les nombres de la suite (a) est donc nulle, lorsque l'on considère l'axe Ox
tout entier.
Néanmoins, chacun de ces points représentatifs est tel qu'il y a sur Oa?,
au moins d'un coté, des points qui en sont voisins ; d'une manière plus pré-
cise, il y a un point dont la distance au point donné est au plus égale à i,
au moins 3 dont la distance est au plus égale à 1 1 , au moins 7 dont la dis-
tance est au plus égale à 1 1 1, etc. On constate donc que si certains de ces
points sont, de l'un des deux cotés, contigus à un grand intervalle vide, ils
se rattachent du moins de l'autre côté à une région dont la structure est
sensiblement la même quelque soit le point choisi. Ceci peut encore être
précisé ; portons d'un point A correspondant, par exemple, au nombre
10 100 loi et désignons par B le point obtenu en ajoutant à l'abscisse de A
une puissance élevée de 10, par exemple 10''^ et par B' le point dont l'ab-
scisse est opposée à celle de B ; les points B et B' sont aussi éloignés que l'on
(*) On lrou\'era dans une iNote intéressante de M. C. V. L. Ciiarliek [How an infi-
nité world may be built up {Arkivfor Matemalik, etc., t. 16)] des précisions numé-
riques et des évaluations de statistique sleliaire. Mais le savant directeur de l'Obser-
vatoire de Lund se place à un point de vue plus concret que le nôtre.
SÉANCE DU lO AVRIL 19^2. 979
veut de A et la structure dans leur voisinage est tout à fait semblable à la
structure dans le voisinage de A. C'est là un caractère très net de quàsi-
périodicité de la suite.
Le nombre zéro joue dans la suite un rôle spécial ( ' ) ; enfait, dans le voi-
sinage de zéro, les étendues dont la densité est très faible sont, quelque
sens que l'on attache aux mots très faible j sensiblement doubles des éten-
dues analogues obtenues par une translation suffisamment éloignée. La
suite est néanmoins quasi homogène si Ton se place pour définir l'homogé-
néité, non en un point arbitrairement choisi de la droite (point qui tombe-
rait avec une probabilité égale à l'unité dans un grand espace vide), mais
en l'un des points définis par la suite (a).
Cette construction s'étend à un nombre quelconque de dimensions; il
suffit de considérer les points dont toutes les coordonnées cartésiennes sont
des nombres de la suite (a).
Les considérations précédentes n'ont pas d'autre but que de rendre for-
mellement intelligible un univers infini, sous une forme ([ui est simple au
point de vue purement mathématique et ([ui n'implique aucun anthropo-
centrisme peu satisfaisant au point de- vue philosophique. Il resterait à voir
si cette conception peut être adaptée, sans de trop grandes complications,
aux conditions aux limites à l'infini, qu'entraîne la théorie de la relativité
généralisée. S'il n'en était pas ainsi, Thypothèse de l'univers infini resterait
possible, mais l'hypothèse de l'univers fini serait plus commode, au sens où
Poincaré disait que l'hypothèse héliocentri(jue est plus commode que Thy-
pothèse géocentrique.
En présentant son second Mémoire (-) Sur T approximation des fondions
de grands nombres, publié dans le Tome 57 des Mémoires de l' Académie,
M. Maurice Hamy s'exprime de la façon suivante :
Nécessité par des recherches en cours sur la diffraction des images des
astres circulaires de grands diamètres, dans les instruments astrono-
miques (*), le présent Mémoire se rapporte à la formation du dévelop-
(') C'est là un fait qui mériterait d'èlre approfondi au point de vue de la ihéoriedes
ensembles, mais qui importe peu ici.
(2) Le premier Mémoire a été publié dans le Journal de Mathématiques pures et
appliquées, 1908.
(*) Suite aux Mémoires déjà publiés sur la question {Ibid,^ 1917 et 1920).
980 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pement asymptotiqiie de l'intégrale f(z)o"(z)dz, où n désigne un
nombre élevé, lorsque o(z) représente E'-" ou E~'', E étant la base des
logarithmes népériens. La loi de succession des termes du développement,
inabordable dans le cas général, se présente alors sous forme simple.
L'expression fournissant la valeur de Fintégrale est liée à la disposition du
contour d'intégration, par rapport à certains points du plan de la variable z,
comme je Tai expliqué dans une Note antérieure ('). J'ajoute que, dans cer-
tains cas, très importants à considérer au point de vue des applications,
j'indique la marche à suivre, pour trouver une limite supérieure de l'erreur
commise, en s'arrêtant à un terme de rang déterminé, dans le dévelop-
pement.
AXALYSE MATHÉMATIQUE. — Une application de la théorie
des équations intégrales. Note de M. Ivar Frediiolm.
Soit 4>(^) une fonction rationnelle telle que le demi-plan supérieur des s
soit conformément représenté sur un domaine fini D dans le plan des u par
la relation u^^{s). Considérons l'équation intégrale linéaire correspon-
dant au problème de Dirichlet pour le domaine D. Cette équation s'écrit
(1) 9(0 + >^/ ,f{l,s)o{s)ds = a{l),
OÙ
f(t,s)z=: . —log,^^-^ ^^-,
277^ Os (D(.ç)_$(^)
^{s) étant la fonction rationnelle qu'on obtient en changeant le signe de i
dans tous les coefficients de ^{s). 11 s'agit d'abord de calculer les noyaux
itérés. Cela peut se faire de la manière suivante. La fonction $(,y) étant
supposée du degré 71 prend chaque valeur n fois et l'on peut diviser le plan
des s en n parties que j'appelle domaines élémentaires, de sorte que, dans
chaque domaine élémentaire, ^{s) prend chaque valeur une seule fois. Des
hypothèses faites sur <^(s), il s'ensuit que le demi-plan supérieur des ^ se
trouve à l'intérieur d'un des domaines élémentaires, soit £„. Le pôle a
de <I^(.y ) dans s^ est négativement imaginaire. On trouve maintenant que les
noyaux itérés de l'équation (i) sont des fonctions rationnelles que l'on
(') Comptes rendus, t, 172, 19.ii.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 981
obtient de la manière suivante. L'équation *lHu) = ^(v ) a n racines
a = s, u\(5), ..., «r,_,(.o,
où les ^F représentent des fonctions algébriques formant un groupe. De
même l'équation 0(w) = ^(s) a les n racines
OÙ les M" représentent un groupe. En considérant maintenant les noyaux
itérés /r(t, s) comme fonctions de s leurs pôles sont en partie vaiiables avec t
et en partie des constantes. Les pôles variables s'obtiennent en appliquant
à t successivement les transformations U' et W, et les pôles constants s'ob-
tiennent en opérant de la même manière sur a et sa quantité conjuguée a.
Après un calcul facile, mais trop long pour trouver place ici, on trouve les
expressions suivantes pour les noyaux itérés. Posons pour abréger
9,jt,s)= y u — ,
'1. ••■>'.• '
il. ■■■,'t, '
où les indices «',, «.., ..., i\j parcourent indépendamment l'un de Taulre les
valeurs i, . . ., /^ — i. Alors on a, si /• est pair,
2r.ifr{t,s)=Tîr{l,s)-iXit,s)+^[U,(â,s)-il,ia,s)\-S^[Uj^>,s)^i^^^^^^^
et si r est impair
;■ 7—1
2r.iMl, s) = -Tîr{t, s)+ilrU, S) -\-^lTÏ,{a, s)- il,ia, s)] _^[ô,^(«, s) - <>,(«. s)]
V = 0 V = 1
Par les recherches sur l'application des équations intégrales au problème
de Dirichlet, on sait que /,.(/, s) tend vers une limite w(y) quand r croît
intiniment et que cette fonction nous donne la densité de l'électricité en
équilibre sur un cylindre dont la section est D, de sorte qu'en appelant 7 la
longueur de l'arc de la directrice du cylindre et c(a) la densité de l'élec-
tricité en équilibre, on a
9^2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Du fait que co(.v) satisfait à l'équation
m{s):= M{t)f,.{t, S)dt,
on pcul tirer la conclusion que ^0(5) est une fonction uniforme ne présen-
tant pas d'autres singularités que des pôles et leurs points-limites.
Ces pôles s'obtiennent en appliquant aux points a, a toutes les transfor-
mations appartenant au groupe dont les transformations fondamentales
sont les ^F et les W. Ce j^roblème électrostatique étant ainsi résolu, on peut
immédiatement trouver la fonction F(//) qui représente conformément
l'extérieur du domaine D sur un cercle. On trouve, en désignant par o(s) la
fonction dont oj(^ ) est la dérivée logarithmique, le résultat
9(5)=F[<D(.0].
De l'expression analytique de 9(^), qui découle facilement des expres-
sions des noyaux itérés données plus haut, on peut conclure que cp(\y) jouit
de la propriété intéressarité de se reproduire par toutes les substitutions du
groupe formé par les W et les W. Cette propriété peut aussi être démontrée
en partant du fait que F(/^) réalise la représentation conforme mentionnée
plus haut et en utilisant les méthodes de Schwartz.
CHRONOMÉTRIE. — Les problèmes mécaniques des ressorts réglants.
Note de M. Jules Andrade.
Je conserve dans cette Note le numérotage des paragraphes et les nota-
tions de ma dernière Note; dans celle-ci (i3 mars 1922) je posais le pro-
blème de la détermination du doublet de spiraux le plus propice à la réali-
sation de l'isochronisme, en ayant égard aux divers frottements résiduels
d'un balancier réglant rigide et en nous efTorçant de maintenir ces pertur-
bations dans un domaine d'approximation comparable à celui que l'on peut
atteindre dans la régularité du moment statique transmis au balancier par
ses ressorts réglants; on sait d'ailleurs que cette dernière approximation
avec des spiraux de 17 tours peut dépasser le millionième.
VJ. Les frottements comportent :
1° Sur la tète du pivot, le frottement né d'une pression génératrice dont la
SÉANCE DU lO AVRIL I922. 988
partie principale est le poids B du balancier, mais cette pression principale
est, tour à tour, renforcée ou afTaiblie par une pression longitudinale due à
l'élasticité des deux spiraux réglants associés.
2" Les frottements dus à l'ensemble des pressions complémentaires trans-
verses exercées par les spiraux sur les viroles du balancier; ces frottements,
par un appui latéral, s'exercent surtout sur la petite circonférence d' ébats àe.
Tappui supérieur transverse de l'axe du balancier.
3° Enfin, les frottements latéraux dus à un petit écart transverse du
centre de gravité variable du système des deux spiraux et accidentellement
à un décentrage du balancier.
J'étudierai dans cette Note les deux premiers frottements, après avoir
tout d'abord précisé le doublet que nous voulojis étudier.
VII. Les spiraux cylindriques ici associés sont à enroulements symé-
triques, de même matière et de même section et â^étendues angulaires presque
égales.
Ces spiraux s'attachent très sensiblement à une virole commune du
balancier. P^ désignant le nombre 2Kt:, où K est l'un des entiers i3, i4,
1 5, 16 et 17 ; l'étendue angulaire P du premier spiral sera
■ T' "^ r, f '
2kTC OU encore r,, i — -rrr
2 \ 4IV
tandis que l'étendue angulaire analogue P' du deuxième spiral sera.
' -^Kr. + l ou n('+4^
Dès lors, les deux pitons Q et Q' sont dans deux azimuts opposés à
l'égard de l'axe du balancier.
Ces spiraux travaillent dans le même sens; mais, comme P' — P =7:, la
régularité du moment statique transmis par ces spiraux au balancier sef^
réalisée à Tordre relatif de t^> comme le montrera l'emploi de la formule (2)
de ma dernière Note aux deux spiraux ci-dessus définis. Il nous reste à éva-
luer les frottements.
L'écart actuel u du balancier à son point mort sera compté positif dans le
sens où nos deux spiraux se ferment ensemble; sur le plan transverse de la
virole commune W, projetons les deux pitons respectivement en Q, piton
du premier spiral, et en Q, piton du deuxième spiral.
L'attraction transverse de la virole due au premier spiral, dirigée suivant
le vecteur WQ,, et l'attraction de la même virole due au deuxième spiral,
984 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dirigée suivant le vecteur W(^2i respectivement déduites des formules (i)
de ma première Note, seront
F.=:
2 El II
(3) {
^^^^K'-^t
1 -H
SIM dJi
F.> =
oVAu
IV-
I
I -f-
I
sin w.>
■^-I'-^^k)
WQ,
OJi
3=Pr
-h -
2
VI [I. Si les spiraux avaient des étendues angulaires égales, les pressions
longitudinales sur la virole commune s^ équilibreraient par raison de symétrie.
Pour évaluer, sinon la valeur exacte, du moins Vordre de la résultante des
deux*pressioiis longitudinales des deux spiraux, il sera permis d'adopler,
pour Tévaluation de ces deux pressions, Thypothèse dite « des techniciens »,
mentionnée dans mon petit Volume sur les organes réglants. Si, par
exemple, le premier s|iiral est situé le plus bas, les pressions longitudijiales
évaluées dans le sens de la verlicalc descendante seront respeclivemenl
(4:
Il et h" désignent dans ces formules les valeurs sensiblement égales, des dis-
tances des deux pitons au-dessus du plan transverse de la virole W.
La pression longitudinale est alors sensiblement
B + H.+ H,,
et Ton a sensiblement
/ - . , , , , Il iVA a r // 2 u cos a
le moment du IVoUement sur la tète du pivot sera donc, avec un rayon
moyen p de la base du pivol et avec un coefficient/ de frottement,
(i^ + H, + n,)p/s,
>dii\
formule oii s dési|
3ur :
IX. Analysons maintenant la résultante des pressions élastiques trans-
ie on £ désigne sgnl -p jj en adoplant la nolalion sgn« pour repre
senler un facteur =b 1 , mais du signe de a.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 98$
verses F, et F... Celte résultante, appliquée à la virole commune du balan-
cier, se décompose :
i" En une attraction centripète de la virole, par Taxe du balancier et
dont la valeur $ est
(6) <i> =
2° En une pression parallèle au diamètre des pitons, Q, Q^? 6t dont la
valeur -p est
'(El iVA u , , ,
(7) '\i z=z -nTp^ Il cos u + - , ■ ■ 2 r •■ force faible comparée a (P.
En projetant j- sur la direction de <I>, nous aurons la valeur approchée de
la pression transverse globale t|)'= q — ]; sinw et qui, en posant
3 I
ib Iv'
sera
(8) $'= p2p.. /»'+ TTTTri ( 2"^— 2// sin// COS« — U sin« y
ri" 1 |] rv" 1 I, \
X. En rappelant la constante de l'ajustage des deux spiraux
0 et Y les coefficients de frottement respectifs sur le collier et la tète de pivot
du balancier, ^ le rayon du collier, p le rayon moyen de la tête du pivot de
l'axe du balancier, élément géométrique dont la définition précise est d'autant
plus malaisée qu'il est plus réduit et qui représente le rayon d'un cercle sur
lequel on peut supposer que s'exerce le moment de frottement dû au poids B
du balancier uniformément réparti et qui serait les deux tiers du rayon réel si
la portée était plate; A le moment d'inertie du balancier et w- le rapport-^»
l'équation du mouvement de ce balancier sera
, , clHi , . .,9' „ H + H, + H, , ) == ,;\
(9) ^ - - --'' - -n^oa..-- - ifo ^j .3-. ^^ ^ ^g,^ ^y
La méthode de la variation des constantes nous permettra, à l'approxi-
mation relative de N (réalisable au millionième), de réduire l'équation pré-
cédente au type beaucoup })lus simple
, , . . d- a „ r.
( q bis ) — — m — w- M — ar/c // — ttz ;
'^ ' di-
986 ACADÉMIE DES SCIENCES.
a et (^ étant deux petites quantités positives qui, avec w-, formeront les
caractéristiques de Fajustage pour la discussion numérique du problème
posé et dont il reste à dégager les conclusions.
BOTANIQUE. — Une nouvelle espèce de Syncephalastrum;
aj^nités de ce genre. Note ( ') de M. Paul VuilleiMin.
Le genre Syncephalastrum fut créé par F. Cohn d'après des spécimens
aperçus par E. Frank en i883 dans des cultures à' Aspergillus Oryzœ. La
première espèce, Syncephalastrum racemosum Cohn fut publiée seulement
en 1886 par Schrœter et rangée dans la famille des Piptocéphalidées de
Brefeld à la suite du genre Syncephalis. L'année suivante je décrivais une
seconde espèce, Syncephalastrum nigricans Yuillemin 1887. Elle est hété-
rothallique d'après des échantillons qui me furent communiqués en 1906
par M. Francis Blakeslee. J'ai retrouvé cette espèce en 1916 dans des cul-
tures ensemencées avec des expectorations humaines par les D'"* Raymond
et J. Parisot. Deux autres espèces sont décrites par Bainier, S. cinereum
Bainier 1907 et S. fuliginosuni Bainier 1907. Les cultures de Bainier
mettent en évidence des caractères moins apparents dans les deux pre-
mières espèces.
J'ajouterai une nouvelle espèce qui se distingue de prime abord par les
baguettes sporogènes en partie ramifiées comme chez quelques Syncephalis.
Dans les précédentes espèces elles sont toutes simples. Je l'ai découverte
en 191 2 dans des cultures ensemencées avec des crachats humains à Tomsk
(Sibérie) par le D'' Bogolepoff.
Le Syncephalastrum était parasite d'un Rhizopus. Je le nomme Syncepha-
lastrum ahizopi. Il me fut impossible de l'isoler de son hôte. Voici ses
caractères :
Pédicule atteignant i'""" de hauteur avec un calibre de io^-il\^'-, terminé
par une vésicule de 27^^-50''^. Baguettes simples à deux spores; rameau
latéral contenant une seule spore. La spore mesure 7'^'-9'^ X l\^. Le pédicule
est simple el fixé au support par des rhizoïdes dont l'extrémité effilée se
renfle l)rusquement en suçoir arrondi dans la membrane du Rhizopus. Ces
crampons ne partent pas directement du pédicule, mais du mycélium, qui,
à son voisinage, est robuste et muni de quelques cloisons. Coloration légè-
rement fuligineuse.
(') Séance du 3 avril 1922.
SÉANCE DU 10 AVRIL 192Î. 9^7
Nous possédons des données suffisantes pour fixer les affinités de ce genre
paradoxal. J'ai réservé la question des affinités lorsque, en 1902, j'ai placé
les Syncephalastriim^d.vm\ les Céphalidées, section physiologique de l'ordre
des Mucorinées. Le mycélium rattache le genre Syncephalastrum à la famdle
des Mucoracées, le genre Syncephalis à la famille des Piptocéphalidées. La
ressemblance des deux genres résulte de l'adaptation convergente, non de
rhoniologie. Les crampons des Syncephalis sont homologues des tubes
sporophores; ce sont des branches de bifurcation d'un système dicboto-
mique. Les rhizoïdes des Syncephalastmm dépendent du mycélium, de
l'appareil végétatif.
La famille des Mucoracées se divise en trois tribus : les Mucorées, les
Rhizopées, les Absidiées. Bainier décrit chez le Syncephalastrum cinereum
et le 5. fuliginosum des stolons enracinés qu'il compare à juste titre à ceux
du Pseiidoahsidia Bainier. Ce nom générique tombe en synonymie de
Tieghcmclla de Toni, genre de la tribu des Absidiées. Ce qu'il importe de
retenir, c'est que les stolons des Syncephalastrum sont homologues de ceux
des Absidiées.
Les stolons, résultant d'une modification physiologique des appareils
sporogènes, ne suffisent pas à caractériser une tribu. La systématique
trouve un point d'appui plus solide dans la structure des sporocystes,
appelés improprement sporanges (^ ).
La tribu des Absidiées se distingue de celle des Mucorées par l'apophyse,
portion rigide du pédicule annexée au sporocyste. La columelle qui, chez
les Mucorées, possède le même degré d'élasticité que le pédicule et reste
indéformable après la déhiscence, est mince et dépourvue d'élasticité chez
les Absidiées. Son ampleur est en général inverse de celle de l'apophyse.
Dans le genre Rhizomiicor, où elle est volumineuse, elle est souvent défor-
mée, étranglée, aplatie par la masse sporogène en voie de croissance et, dès
que la turgescence est supprimée par la dispersion des spores, elle se ride,
se chiffonne, sauf dans les vieilles cultures lentement desséchées où un
épaississement secondaire l'envahit en même temps que le pédicule. La clié-
tive columelle des Lichtheimia s'affaisse après la déhiscence et s'eflondre
dans Fapophyse rigide et évasée.. L'absence de columelle chez les Synce-
phalastrwn est le dernier terme de la réduction de cet organe,. dont Télas-
(') Les Champignons n'ont pas, comme les Fougères par exemple, de sporange
dont renveloppe est formée d'un tissu Indépendant des spores. La paroi du sporocyste
des Pliycomycètes est la membrane même du cénocyte qui se dirise en spores.
988 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ticité va en décroissant des Khizopées aux Mucorées et des Mucorées aux
AlDsldiées.
Contrairement à la columelle, Tapophyse va en croissant des Rhizomucor
aux Lichlheimùi et des Lichtheimia aux Syncephalastrum. Dans ce dernier
genre, rénorme vésicule d'où rayonnent les baguettes sporogènes n'est
autre qu'une apophyse commune à de nombreux sporocystes grêles.
Comme l'apophyse de plusieurs autres Absidiées, cette vésicule est souvent
colorée et séparée du pédicule par une cloison; chez le S. fuliginosum, sa
base est évasée en entonnoir comme l'apophyse des Absidia.
Les zygospores du S. nigricans diffèrent complètement de celles des Pipto-
ccphalis et des Syncephalis ; elles sont ornées de dents coniques, raboteuses
et munies de suspenseurs opposés, peu dilatés. Elles n'ont pas de fulcres
comme celles des Absidia,- mais le Mycocladiis verticillatus Beauverie, qui est
une Absidiée, n'en présente pas non plus. L'appareil de reproduction sexuée
confirme les affinités des Syncephalastrum avec les Mucoracées; il ne dément
pas son rattachement aux Absidiées.
Le genre Syncephalastrum appartient donc à la famille des Mucoracées et
à la tribu des Absidiées.
M. G. BiGouRDAN fait hommage à l'Académie d'une brochure intitulée
L' Astronomie en Alsace et particulièrement à Strasbourg.
CORRESPOND AIVCE .
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Edouard Réitérer et Serge Voronoff. La glande gènitate mâle et les
glandes endocrines.
■2° S. BuRT WoLBACH, JoHN L. ToDD and Francis W. Palfrey. The Etio-
logy and Pathology of Typhus.
.^^ E. FiCHOT. Sur les, systèmes gèodèsiques èquilaières à la surface du sphé-
roïde terre sti^e.
M. A. Karpinskij adresse des remercîments pour la distinction dont ses
travaux ont élé l'objet.
SÉANCE DU 10 AVRIL 1922. 989
GÉOMÉTRIE. — Sui' la géométiie conforme des systèmes de cercles.
Note de M. E. Vessiot.
On peut appeler géométrie conforme Tétude de celles des propriétés des
figures de l'espace que n'altèrent pas les transformations dites conformes.
De celte géométrie relèvent des théories classiques, telles ([ue celles des
systèmes orthogonaux, des systèmes cycliques, etc. La présente Note se
rapporte à la géométrie conforme des systèmes de cercles.
1. Invariants d'un système de deux cercles. — Soient A et B deux cercles
quelconques; a, a' et ^,^' deux couples orthogonaux de sphères se coupant
respectivement suivant A el B. Les angles ^F et '^,, réels.ou imaginaires,
définis par
(i) cosi' r= cos(a,,3) cos(a',3') — cos(a, 3') cos(a',3),
( 2 ) sin2 W^ = sin-^ ( a, B ) + sin^ ( a', B ) =: sin^ ( 3, A) -+- sin'- ( 3' . A),
ne dépendent, en fait, que des deux cercles; et sont égaux à l'angle de
ceux-ci, s'ils se coupent. L'un ou l'autre de ces angles pourrait donc être
appelé, dans le cas général, angle des deux cercles A et B. ^L Kœnigs
ayant introduit sous ce nom, par une voie toute dilYérente du reste, un
angle qui n'est autre que W y on pourra donner à ^", le nom à' inclinaison
relative des deux cercles. La différence sin-^'', — sin-^', qui s'annule quand
les cercles se rencontrent, mesure, au point de vue conforme, Vécart des
deux cercles (' ).
Les angles W et W ^^ étant deux invariants^ indépendants du système des
deux cercles, caractérisent ce système et ses homologues, au point de vue
conforme. M. E. von Weber ( - ) a introduit, à cet effet, deux autres inva-
riants o) et co', dont je rappelle la définition. Soient K et K' les deux cercles
perpendiculaires { ^) communs à A et B; co el co' sont les angles sous lesquels
se coupent respectivement les sphères a et b contenant l'une K et A, et
(' ) Si l'on définit les cercles par leurs coordonnées pentasphériques, on retrouve ici
une forme doublement quadratique introduite par M. Kœnigs; et l'on constate immé-
diatement l'identité de ^V avec l'angle de deux cercles de M. Kœnigs {Annales de
Toulouse, 1888),
(■-) Arkiv fur Malhenxatik und Pliysik, iq'm. L'auteur indique la formule (1) et
la première des formules (3), qui en résulte.
(^) Je dis que deux cercles ?,on\. perpendiculaires 's\\?: sont sur une même sphère, et
s'ils sont orthogonaux.
990 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'autre K et B, et les sphères ût' et h' contenant l'une R' et A, et l'autre
K' et B. Ceci rappelé, on a les relations immédiates
( cosT = cosw cosw', sin^^i =: sin-« 4- sin-w',
( o ) \ , .
( sin^^Fj — sin-W:= sin^o) sin-w',
2. Pentasphère et symétries du système. — Soient/? et ^ les sphères bis-
sectrices du couple de sphères a, />; p' et </' les sphères bissectrices du
couple a', b' . Elles forment avec r, sphère orthogonale commune à A et B,
un pentasphère orthogonal qu'on peut appeler le pentasphère du sys-
tème A, B; car de ses relations avec les cercles A et B résultent les pro-
priétés du système. On constate, par exemple, que le système A, B reste
invariant par les symétries (') effectuées par rapport à r, et par rapport aux
six cercles d'intersection des sphères p, </, p' , q' \ et que quatre de ces
symétries échangent les cercles A et B; et de là découlent diverses pro-
priétés angulaires des sphères des faisceaux A et B, que j'omets pour
abréger.
3. Applications aux surfaces cerclées. — Si A est cercle générateur d'une
surface cerclée, et si B est le cercle générateur infiniment voisin, le penta-
sphère du système A, B devient un pentasphère orthogonal limite H, associé
au cercle générateur A. De la considération de ce pentasphère on déduit les
propriétés conformes de la surface : je me bornerai dans cette Note aux
propriétés différentielles du premier ordre.
Soient H et H' les positions limites des cercles perpendiculaires communs
à A etB; leurs pieds sur A s'appelleront les deux couples des points cen-
traux; les sphères passant par A et H, par A et H' seront les sphères cen-
trales; à chacune on associera son adjointe, orthogonale à A aux points
centraux correspondants. Le pentasphère II est. formé de sphères centrales,
de leurs adjointes, et de la sphère orthogonale à A et au cercle infiniment
voisin; les points où cette dernière coupe A sont les foyers du cercle A^,
commun aux sphères adjointes, qui va jouer un rôle important.
Ce cercle A^ sert, en effet, à définir les points de A par une coordonnée
invariante : c'est l'angle 6 de l'une des sphères adjointes avec la demi-
(') 11 y a trois espèces de symétrie conforme, ayant des propriétés analogues aux
trois espèces de symétrie euclidienne. La symétrie par rapport à une sphère est
classique. Je dis que deux points sont symétriques par rapport à un cercle C; s'ils
sont communs à deux cercles perpendiculaires à C; et que deux points sont symé-
triques par rapport à un couple de points I, J, s'ils sont avec eux sur un même
cercle, et s'ils sont conjugués harmoniques, par rapport à eux, sur ce cercle.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 99I
sphère qui passe par Aq et le point m considéré. On définira, d'autre part,
toute sphère s passant par A au moyen de l'angle o qu'elle fait avec la
sphère centrale dont la sphère choisie pour origine des 0 est radjointe.
Cela posé, pour que m soit un des points de contact de s avec la surface,
il faut et il suffit que 0 et o soient liés par la formule de distribution (ana-
logue à celle de la théorie des surfaces réglées )
(4) lang9 = tang/. tang9, tangA =: lim —
Soient dm et dm' les parties principales de oj' et w. On peut poser
. , , ,^ , drs . , d-n5'
( o ) f/a- =: dm- + dru -, cos k =^ -7- ? sin A :=: -7— •
^ ' d<j di
On constate que di est la partie principale commune de ^ et V, ; on dira
que c'est l'angle du cercle générateur A et du cercle infiniment voisin. La
variable a-, dont elle est la différentielle, sera associée à 6, pour définir,
d'une manière invariante^ les points de la surface. V invariant différentiel du
premier ordre k s'est introduit de lui-même ; -j- est un paramètre différentiel.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les formes canoniques invariantes des
systèmes algébriques et différentiels. Note de M. Maurice Jaxet.
1. On a déjà observé (') que certains systèmes algébriques ne peuvent,
par aucun changement de variables, être ramenés à la forme canonique
étudiée par M. Delassus (-), forme que nous appellerons (D). Il nous
semble utile de remarquer de plus que ce ne sont pas seulement des
systèmes exceptionnels que cette forme laisse échapper, mais bien des
systèmes d'un caractère aussi simple et normal que le suivant : deux équa-
tions homogènes du deuxième degré en x, j, z, ^ (en langage géométrique,
une biquadratique de l'espace projectif ordinaire). La théorie classique du
résultant permet en effet de déduire des équations données une équation du
quatrième degré ne contenant pas ^; il y a donc, au plus, dans les équations
(') GuNTHER, Comptes rendus, t. 150. 1910, p. 1147. — Robixson, Comptes rendus,
t. 157, 1918, p. 106.
(^) Annales de l'École Normale, 1896 et 1897; Bulletin des Sciences malhéma-
ligues, 1897; Encyclopédie (t. 1, vol. 2, fasc. 1).
gg2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'ordre P que l'on peut déduire des équations proposées ('),
équations indépendantes par rapport aux monômes d'ordre P contenant x\
or, il y a en tout
monômes de cette espèce, ce qui suffit à prouver le fait annoncé, comme
on le voit immédiatement en se reportant à la définition des « ensembles
canoniques » de monômes.
2. Les remarques que j'ai exposées dans une précédente Note(-) con-
duisent tout naturellement à une forme canonique invariante qui a l'avantage
d'être tout à fait générale. Elle se rapproche d'ailleurs d'une manière
curieuse de la forme (D) : pour les monômes d'un ordre déterminé P, le
classement utilisé dans l'une est inverse du classement utilisé dans l'autre.
Pour montrer combien l'application de la méthode est aisée, reprenons
rexemple cité plus haut. Si les équations d'une biquadra tique sont résolues
par rapport à x- et a;r, autrement dit si ces équations peuvent s'écrire
A= x'-h ay'- + . . .= o,
B = ccy -\- by- + . . . = o,
les termes non écrits contenant l'une au moins des lettre? z, t, on formera
la combinaison (')
C~y\ + {bY — -r)B.
Le système formé par A = o, B — o, et les équations obtenues en égalant
à zéro les formes F^ :
A^, Ay, A G, Al, By, Bz, P./,
est sous la forme canonique voulue.
(') rj; représente le nombre des monômes, h n variables, d'ordre P,
,,, _ (P-t-i)(P + ^>-)...(P + /^-i)
" ~ i.2...{n ~-i)
(^) Comptes rendus, t. 174, 1929., p. 432.
(2) Nous supposons, ce qui est permis, a + b-zzzo; C= o esl résoluble par rapport
ùr^ • ...
SÉANCE DU lO AVRIL T922. 993
On constatera que les nombres (a) du système F.j sont (' )
(7l = 8, 0-2=4, 0':i=O,
(7, -h 2 0-O H- 3a-;j se trouve égal el non pas inférieur au nombre des conditions
auxquelles doit satisfaire une forme d'ordre 4 pour faire partie du mo-
dule (F,).
3. D'après ce qui précède, il convient de n'accepter (|u'avec quelques
réserves les conséquences que Ton a tirées, pour Tétude générale des sys-
tèmes, de la forme canonique (D). On peut se demander si, malgré cela, il
serait possible de conserver sans modification pro fonde l'énoncé (") d'après
lequel « si un système algébrique définit dans l'espace à « — i dimensions
(coordonnées homogènes .i\.x^, . . . , x,^) des multiplicités (M ) à /z — 2,
/i — 3, . . ., o dimensions de degrés respectivement [x„_,, a„-2? • ■- (j.,, la solu-
tion (S) du système aux dérivées partielles correspondant (') dépend ( ' ) de
fonctions arbitraires de n — i, n — 2, . . . , i variables en nombre respecti-
vement [J.«_,, y-n—2j •••7 î^-i »• Les dimensions et degrés des multiplicités ( M )
déterminent-ils entièrement le degré de généralité de (S)?
// n'en est pas ainsi. On doit, il est vrai, pour l'affirmer, s'accorder au
préalable sur le sens à donner aux mots degré de généralité de la solution
d'un système différentiel.
En raison de l'invariance des nombres (a), il nous semble naturel de
considérer que les solutions de deux systèmes ont le même degré de géné-
ralité seulement si les nombres (a) de même ordre P des deux systèmes
sont respectivement égaux (en ajoutant, si l'on veut même, la restriction :
P suffisamment grand), autrement dit si les fonctions caractéristiques (')
(d'Hilbert) des deux « modules » sont les mêmes. Or il est bien connu que
la fonction caractéristique d'un module ne dépend pas seiûemeni dea dimen-
sions et degrés des multiplicités correspondantes. En nous bornant toujours
à un exemple de caractère très élémentaire, les fonctions caractéristiques
des modules correspondant à une biquadratique et à une quartique unicur-
sale sont respectivement 4P et 4P -t- I-
4. Ajoutons que la considération des nombres (cr), et de nombres ana-
(') Voir Note du i3 février 192'..
"(^) Delassus, Annales de l'École Normale, 1897, p. 44-
('j Obtenu en remplaçant chaque monôme par la dérivée correspondante.
(*) Outre des constantes arbitraires, en nombre fini.
(•^^ « Postulazione » des géomètres italiens.
G R., 1922, v Semestre. (T. 174, N* 15.) 7^
994 ACADÉMIE DES SCIENCES.
logues dans le cas de plusieurs fonctions inconnues, pourrait peut-être
remplacer avec quelque avantage celle des « invariants » définis par
M. Delassus(*).
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Bèmonstrjiùon d'un ihéorèine de 3L Borel.
Note de M. Torsten Carleman, présentée par M. Emile Borel.
Je me propose de démontrer un théorème que M. Borel a énoncé; comme
vraisemblable, sans en donner de démonstration (-).
Considérons des fonctions F(^) s'annulant, ainsi que leurs n premières
dérivées pour r = o et ^ = i ; posons
et supposons m» = i. On démontre, comme dans ma Note sur le théorème
de M. Denjoy ("), que la suite (3,, ^2> • • •? %i+\ n'est pas décroissante.
Introduisons la fonction
(2) ^{^)= e-^'[F{t)y-dt.
On a t[>(o) = m„ = i . D'autre part, en effectuant p intégrations par parties
et utilisant l'inégalité de Schwarz, on obtient
(3) logi<D(-i+0-)|^i+/>j_^°f^^;.^,^>
Marquons sur la droite 'f^(-) = — i, une suite de points
~v = — H-i/v (V = I, 2, . . .. /2 -t- l),
tels que j ::v| = 2^'3v et posons
i f^(7) = o • (o<J<J'i)»
(4) y-^{y)=P {yp=y:^yp+i), .
( r_,>(y) = «,+i (j^^,Iy<ao);
nous aurons
(5) loo|(D(_n-tj)|^,_ w()').
La fonction ^( :■) est régulière et bornée dans le demi-plan a(z)^ i.
(^) Annales de l'Ecole Normale^ 1908.
('-) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 378.
{■^) Comptes rendus^ l. 174, 1922, p. 5o5.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 996
Posons M = Io'g|tI>(j)| et désignons par r la fonction de Green f infinie
en :;=:o) qui correspond au demi-cercle A(z)i;— i; jj-hi| = p; en
utilisant l'intégrale /("-> Vj-)ds, tenant compte des singularités
de |<IM^)| et faisant tendre p vers l'iiitini, on démontre rinégalité
(6) iog|a»(o)|â^J _L_iog|a»(_i+/^)l^,..
En tenant compte de (5 ) et de $(0 ) = i , on en conclut
et Ton en déduit
^-M.
(ji{y) dy I 1
r /i J2 /„+■
le calcul de l'intégrale étant aisé d'après (4), Comme 7-,<^2ej3,,, on en
conclut
c II I ^ / I
Ï5«+i = o- + ^ -+-••• + -. yr.e[ n
La relation m^ = i entraîne w,^t: et, par suite, }'j^ 4~"^' — i? il vient
donc
(7) • S,^ai:e[i+ ^^^_^^=k'. ,
En remplaçant F(j?) par G F(a^), on peut lever la restriction m^ = i ; on
a, quel que soit w^,
(8, S,„,</,'(,+ ,-l).
Pour démontrer le théorème que nous avons en vue, il faut montrer que
l'on peut trouver, indépendamment de m„, une borne supérieure de S„^.,
lorsqu'on connaît une borne inférieure de [3,. En appliquant la formule (8)
à F'(;r ) au lieu de F(^), on obtient, à Faide d'un calcul élémentaire, l'iné-
galité
S„^oA''( 1+ -L] -1-1+ -1,
et, si l'on remarque que [^, est certainement plus grand que iM.\ en dési-
gnant par M^, le maximum de | F'^^(.r) j, il viendra, en raison de l'inégalité
996 ACADÉMIE DES SCIENCES.
8^< sjM.'^ pour toute fonction F(.x) s'annulanl pour ^ = o et x' = i , ainsi que
ses n premières dérivées,
111 I / I
_;;(2/.'+i) I
Pour démontrer le théorème de M. Borel, il suffît d'observer que, si Ton
pose
F(^)-/
Z| \j:
la condition F(^) satisfait à nos conditions du moment que /(^) satisfait
aux conditions de M. Borel
D'autre part, M,, étant le maximum de |/''"(^)| pour o<x< 1 , un calcul
facile montre que l'on a
A cause de l'inégalité M^ = M^I^i, on aura finalement, en tenant compte
de la valeur de /',
(10) TT -^ ^r=i + T-^= 4- ... H . < •
4 71
■^e-^-ij
C'est le résultat énoncé par M. Borel, la limite supérieure obtenue ne
dépendant pas de n, du moment que les conditions (9) sont remplies.
Je ne me suis proposé, dans ce qui précède, que de démontrer l'existence
d'une borne supérieure finie k pour la somme (10) et je ne me suis pas
efforcé de trouver la plus petite valeur de /{ que peut fournir la méthode
employée.
Remarques sur la Note de M. Caibma?i, par M. Emile Borel.
La démonstration donnée par M. Carleman de l'énoncé que j'avais induit
du théorème deDenjoy est remarquable par sa profondeur et par sa simpli-
cité. Il serait toutefois désirable d'arriver à donner une démonstration,
sinon algébrique ('), du moins ne faisant appel qu'aux variables réelles.
(') Le théorème de Carleman, énoncé sous la forme de Tinégalilé (10), est vrai pour
une fonction quelconque s'il est vrai pour un polynôme, du moment que l'on ne
limite pas le degré de ce polynôme en fonction de n. C'est une conséquence de la
théorie de l'approximation des fonctions continues par les polynômes.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 997
du théorème auquel M. Carleman vient d'attacher son nom. Ce théorème
de Carleman me parait en effet devoir être considéré, avec le théorème
de Denjoy, comme l'un des théorèmes fondamentaux de la théorie des
fonctions indéfiniment dérivables de \ariables réelles.
La démonstration à laquelle j'avais songé et que je n'ai pu arrivera rendre
rigoureuse me conduisait à la valeur e pour le nombre que M. Carleman
appelle k. Il serait intéressant de vérifier si cette indication est ou non
justifiée et en tout cas de déterminer plus précisément le nombre /•. Il serait
encore plus intéressant de compléter les théorèmes de Denjoy et de Car-
leman par une étude asymptotique aussi précise que possible des séries de
terme général 7r^=; pour cette étude, il v aurait peut-être avantage à subs-
tituer à ces séries les séries de terme général " •> qui doivent avoir les
^"«-1-1
mêmes propriétés et qui sont peut-être plus aisées à manier.
GÉOMÉTRIE. — Quelques propriétés des surfaces réglées en liaison avec la
théorie du parallélisme dé M. Levi-Cività. ^iote de M . A. Myller, pré-
sentée par M. Appell. '
Considérons une surface (S) et une courbe (C) tracée sur la surface. Soit,
dans la surface, une série de directions parallèles le long de la courbe (C)
et définissons-les en nous donnant les cosinus directeurs en fonction de l'arc
de la courbe
(0 P=(3(-0,
fy=y(.).
Ces directions pc^uvent être considérées comme génératrices rectilignes
d'une surface réglée tangente à (S) le long de (C). Cette surface réglée a
la propriété importante d'avoir comme ligne de striction la courbe (C). En
effet, soient M et M' deux points infiniment voisins sur la courbe (C). La
génératrice par M est fixée par ( i), celle par M' est fixée par
i !y{s H- (h) = a(5) ^ 3f'(.«) ds -\- . . .^
(2) H (,s- 4- ch) - (3 (.0 + .3''(.v) ds-\-...,
\ y (.V -+- ds \ — y {s) ^ y' (S) ds -^ . . . .
(') Rendiconti del Circolo inatem. di Palernio. t. XLII, 1917. p- ijS.
998 ACADÉMIE DES SCIENCES.
D'après M. Levi-Cività, cette génératrice (2) doil faire avec une direction
quelconque issue de M dans le plan (T) tangent à (S), le même angle que
la génératrice (i) passant par M fait avec la même direction. Cela à un in-
finiment petit de second ordre près. On a alors
(3) aa'+ 6|3' + cy' = o,
OÙ «, è, c sont les cosinus directeurs d'une direction quelconque dans le
plan (T). Le vecteur dont les composantes sont aVA, ^'ds^-^^'ds est celui qui
ajouté au vecteur (i ) nous donne le vecteur (2). Il est d'après (3) perpen-
diculaire au plan tangent en M. Par conséquent le plan (N) passant par la
droite (i) parallèle à la direction (2) est perpendiculaire au plan (T) tan-
gent en M. Ce plan (N ) est le plan tancent à la surface réglée au point à
l'infini de la génératrice (i). Le plan tangent (T) étant perpendiculaire
à (N) est le plan tangent au point central M. La courbe (C) est donc la
ligne de striction de la surface réglée,
La réciproque est évidente. Les génératrices d'une surface réglée sont
parallèles dans la surface le long de la ligne de striction.
Si nous faisons tourner chaque génératrice d'un même angle dans son
plan tangent autour du point de contact, on sait que les nouvelles direc-
tions restent parallèles le long de (C). Il s'ensuit un théorème de M. Pi-
rondini ( ') que toutes les surfaces ainsi obtenues ont la même ligne de
striction (C). En particulier pour un angle de go'* on obtient la surface
conjuguée de P. Serret (-).
Supposons que la surface développable tangente à (S) le long de (C) est
un cvlindre. Ce c>lindre, ayant les génératrices parallèles, fait partie de la
série de surfaces à génératrices parallèles tangentes à (S) le long de (C).
Les génératrices d'une quelconque de ces surfaces font un angle constant
avec les génératrices correspondantes dune autre de ces surfaces et par
conséquent font un angle constant avec les génératrices du c>lindre. Il s'en-
suit un théorème de M. Dini (^) que toutes ces surfaces réglées ont un cône
directeur droit circulaire.
En tenant compte du fait que les directions parallèles le long d'une ligne
géodésique d'une surface font un angle cojistant avec la géodésique, il ré-
sulte immédiatement le théorème suivant de (_). Bonnet ("*) : Si une courbe
(') Giorn. di mat., l. 23, iS85, p. 296.
(^) P. Seiiuet, Théorie nouvelle des lignes à double courbure (Paris, 1860).
(') Giorn. di mat.^ t. 3, i865, p. 288.
(^) J. École Polyt., t. 19, 18^8, p. 71.
SÉANCE DU 10 AVRIL 1922. 999
tracée sur une surface réglée possède deux des trois pro[)riétés suivantes :
1° être géodésique ; 2° être ligne de striction ; 3*' couper les génératrices sous
un angle constant, elle possède aussi la troisième.
CHRONOMÉTRIE. — Chronoi^raphe électrique^ enregislrant^ en chiffres, le
temps au centième de seconde. Note ('/de MM. Henri Chrétien et Paul
DiTisHEiM, présentée par M. Bigourdan.
Le chronographe imprimant électrique, dont le premier exemplaire est
mis sous les yeux de l'Acadéuiie, se compose de deux parties essentielles
distinctes:
Chronographe imprimant portatif.
A. Un moteur électrique synchronisé, combiné pour imposer un mouve-
ment de rotation bien uniforme à un arbre, sous le contrôle intermittent
d'une horloge ou d'un chronomètre pourvus de contacts électriques;
B. Un mécanisme imprimant, dans lequel le moteur synchronisé produit
l'avance des tambours chiffrés, dont l'empreinte est prise en temps voulu à
l'aide d'un mécanisme de frappe.
Les caractéristiques essentielles de ce chronographe sont les suivantes :
i** Emploi exclusif de l'électricité comme puissance motrice, tant pour pro-
(') Séance du 3 avril 1922.
lOOO ACADÉMIE DES SCIENCES.
duire le mouvement de la chiffraison que pour les opérations d'impression
proprement dites : frappe des types, avance du papier; etc. Ceci permet de
réduire considérablement les dimensions totales du chronographe sans
accroître d'une manière appréciable celles de la source électrique, indis-
pensable dans tous les cas. Un élément d'accumulateur de 4o ampères-
heure de capacité du type transportable employé pour les automobiles,
mesurant i8 x 12 :< 6 cm permet de faire fonctionner le chronographe pen-
dant plus de 5o heures ;
2° Dispositif de synchronisation à vitesse intermédiaire constante, c'est-
à-dire assurant non seulement l'uniformité moyenne de la vitesse, comme
cela a lieu dans les chronographes actuels, à vitesse corrigée (ralentie)
périodi(juement, par la synchronisation, et qui présentent, par suite, ce
que les astronomes appellent une équation décimale, mais assurant encore
l'uniformité de la vitesse instantanée elle-même;
3^ Caractère isolé et discontinu de la chiffraison imprimée, de sorte que les
caractères se présentent sur une seule ligne et seulement ceux qui sont
utiles pour la lecture, ce qui n'est pas le cas des chronographes à allure
continue, où l'impression comporte non seulement les caractères à retenir
mais encore ceux qui sont situés de part et d'autre, et où la lecture de
chaque chiffre ne peut se faire qu'en considération du chiffre des unités
immédiatement inférieures;
4° Immobilisation complète des types au moment de l'impression, consé-
quence nécessaire du carac^tère discontinu des impressions, ce qui présente,
d'autre part, l'avantage d'assurer la netteté ])arfaite de celle-ci.
Principe de la synchronisation à vitesse intermédiaire constante. — Consi-
dérons un moteur électrique à courant continu dont la vitesse normale de
rotation soit plus grande que celle qu'on veut lui imposer définitivement.
Au moyen d'un interrupteur nmltiple spécial, àè\\ échappement électrique, le
courant est lancé dans le moteur et coupé périodiquement; les fermetures
du circuit, commandées par le chronomètre directeur, se succèdent à inter-
valles de temps égaux; les couvertures du circuit, commandées par une came
calée sur un arbre entraîné par le moteur lui-même au moyen d'un réduc-
teur de vitesse, se produisent à intervalles angulaires égaux, correspondant
au nombre de tours que le moteur doit faire dans chaque intervalle de
temps. L'échappement électrique joue donc le rôle d'un échappement
mixte; il fonctionne comme échappement à temps pour la fermeture du
.circuit et comme échappement de position pour sa rupture.
On conçoit facilement que, dans ces conditions, un régime tende à
SÉANCE DU .10 AVRIL 1922. lOOI
s'établir dans lequel l'intervalle de synchronisation se scinde en deux inter-
valles, durant le premier desquels Ténergie que la source fournit au moteur
est égale à celle qu'il dissipe pendant toute la période. La vitesse de régime
aura donc une allure périodique; elle oscillera entre deux valeurs, 12,„ et O,,,
atteignant la plus petite d'entre elles, ù„„ au moment de la fermeture du
circuit par le chronomètre directeur, et la plus grande, I2„, au moment de
la rupture du circuit par le moteur lui-même.
Telle est la méthode de synchronisation imaginée par M. W.-P. Ger-
rish, de l'Observatoire d'Harvard Collège et appliquée par lui à l'entraîne-
ment de quelques équatoriaux de l'Observatoire.
On voit qu'un moteur synchronisé par cette méthode ne tourne pas avec
une vitesse intermédiaire constante. On peut, il est vrai, réduire l'oscilla-
tion de la vitesse à telle valeur que l'on veut par l'adjonction d'un volant
de moment d'inertie approprié, ainsi que le fait M. Gerrish.
Mais l'emploi d'un volant pour diminuer le coefficient d'irrégularité du
moteur présente un gros inconvénient pour l'application que nous avons en
vue ici; les variations de vitesse étant ralenties, la prise de régime est
longue, ce qui constitue déjà un inconvénient en soi, mais fait en outre que
tout dérangement intempestif dans la marche du moteur est lent à dispa-
raître. En d'autres termes, la liaison synchronisante est trop lâche. L'ana-
lyse mathématique de la question montre que la rigidité de la synchronisa-
lion augmente quand on diminue le moment d'inertie du moteur et qu'on
augmente l'amortissement par les résistances passives fonctions croissantes
de la vitesse. C'est une conclusion qui est, dans son domaine, l'analogue de
celle que Cornu a tiré de l'étude de la synchronisation électromagnétique
des systèmes oscillants et qui pose un dilemme au problème de la synchro-
nisation des moteurs de chronographe par la méthode de M. Gerrish.
Nous en sommes sortis par l'artifice suivant :
Par l'emploi d'une force électromotrice convenable et au moyen d'une
résistance de réglage placée en série avec l'induit, on peut faire en sorte
qu'en régime la durée de la phase d'accélération du moteur soit très sensi-
blement égale à celle de sa phase de ralentissement. Les accélérations
moyennes pendant ces deux périodes sont alors égales et de signes con-
traires.
Ceci posé, considérons un deuxième moteur, de tous points identique au
premier et synchronisé de la même manière, mais où les époques de ferme-
ture du circuit sont exactement à cheval sur les époques analogues du pre-
mier moteur. Les mouvements de ces deux moteurs sont alors sensible-
I002 ACADEMIE DES SCIENCES.
ment en opposition de phase, la vitesse du premier s'accélérant quand celle
du second se ralentit, et réciproquement. La moyenne arithmétique de
ces vitesses, que l'on recueille mécaniquement par l'emploi d'un train
différentiel, est constante à un très haut degré d'approximation, et cela,
même avec un moment d'inertie très faible et un amortissement énergique.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sur une coïncidence remarquable dans la théorie
de là relativité. Note de M. Maurice Saucer, présentée par M. Emile
Borel.
Soit un astre de masse m; à une distance /• le potentiel de gravitation
newtonien a pour valeur (en appelant G la constante de gravitation)
G m
r
Supposons qu'un corps tombe de l'infini en chute libre; il prendra un
mouvement accéléré et, arrivé à la distance r de l'astre, sa vitesse V donnée
par le théorème des forces vives sera égale à
V '--'"
/iGi
Sous l'effet de cette vitesse, dans la théorie de la relativité restreinte :
I** Le corps se contracte longitudinalement, c'est-à-dire précisément
dans la direction radiale. Par suite les règles de mesure sont raccourcies et
leur longueur primitive doit être multipliée par le facteur de réduction
de Lorentz ici égal à
V/'
2 G///
(c désignant la vitesse de la lumière ).
Gonséquemment, si nous mesurons un élément de ligne radial dr, nous
lui trouverons maintenant comme expression
dr
s/'
1 G m
2** Les dimensions normales à la vitesse ne subissent aucun changement
et la longueur d'un élément de ligne tangentiel aura toujours pour
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. IOo3
évaluation ,
S** Les battements des horloges entraînées sont ralentis et, par suite, les
temps d'oscillation allongés. En conséquence, une durée dl sera estimée
/ âGm
dti/ I — •
y rc-
Associons maintenant les résultats précédents, le temps étant pris,
comme d'habitude, sous une forme imaginaire; il vient pour l'expression
de l'intervalle fondamental ds sous l'effet de la vitesse acquise et en remar-
quant que ces trois quantités sont portées par des axes orthogonaux
(l'élément de ligne tangentiel est perpendiculaire à l'élément radial et la
coordonnée imaginaire de temps est perpendiculaire aux deux coordonnées
d'espace ) :
ds- = r. r + /•'- dS'- — dl- i —
2G/?i\ \ rc
rc-
Coïncidence remarquable, nous retrouvons précisément la formule
d'Einstein-Schwarzschild qui détermine l'intervalle fondamental dans le
champ statique d'une particule.
A première vue, on pourrait être tenté d'expliquer ce résultat par le
principe d'équivalence en considérant que les actions mécaniques subies
par le corps du fait de son mouvement sont les mêmes que celles produites
par la gravitation s'il restait immobile. iMais il y a lieu d'observer notam-
ment que :
a. Les formules de Lorentz sur lesquelles nous nous appuyons ne font
état que de l'influence d'une translation à vitesse uniforme et non d'un
mouvement accéléré ;
b. Que la loi de Newton que nous avons admise pour l'expression-du
potentiel diff'ère spécitiquement de la loi d'Einstein, de laquelle est déduite
la formule de Schwarzschild ainsi retrouvée.
Tout porte à croire, en conséquence, que ces approximations fournissent
des écarts opposés qui, linalement, se compensent, d'où précisément la
coïncidence observée.
I004 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ASTRONOMIE. — Eclipse de Soleil du 28 mars 1922, observée à l'Observatoire
de Ksara (Syrie). Note de MM. Berloty et Combier, présentée par
M. Bigourdan.
L'éclipsé était partielle ici et le premier contact seul était observable.
L'heure a été notée au chronomètre t. m. Leroy ( n*^ 1220), dont la correc-
tion avait été déterminée le jour même, trois heures environ avantréclipse.
par comparaison avec les signaux horaires de io''45'° t. m. c. Gr. de la Tour
Eiffel.
Les heures indiquées ci-dessous le sont en t. m. a. Gr.
Calcul, c. Observ. 0. O. — (..
Premier conlacl i''39"3i»,5 l'^Sg^i^- — i9%5
On a noté ensuite les heures d'occultation de sept taches solaires a, è, c,
d, e, f, g dont la troisième (c) assez grosse, présentait de la pénombre.
Disparition. Iiéappaiitiun.
b m s II m s
Tache a 2.22.56,5 2.23.12,2
» 0 2 3.25,2 »
pénombre 29. 58; 2 »
ombre 30.29,0 3o.4<3.7
cl 31.45,4 »
c
e 35. 7,
'V /. ." 4-^- 0,5 »
» ,A' .'■) . 7 . 2 1 , 0 »
La tache g pénétrait derrière la Lune presque tangentiellement.
ASTRONOMIE. — Observation de l'éclipsé annulaire de Soleil du 27-28 mars
1922, faite à r Observatoire astronomique de Valence {Espagne). Note de
M. I. Tarazona, présentée par M. Bigourdan.
La méthode suivie et les éléments de calcul indispensables pour con-
naître les époques H, et Ho des contacts extérieurs, etc. sont ceux indiqués
dans la Connaissance des Temps pour 1922.
Pour coordonnées géographiques de l'Observatoire, on a adopté
9 = 39°28'i7" N., L=: 22'22"z=i»'29%5 W. Greenwicli.
SÉANCE DU lO AVRIL I922. lOOD
L'observation a été faite par projection avec Téqnatorial Grubb de
!'( )bservaloire, en employant l'oculaire le plus faible.
Comme garde-temps on a employé le chronomètre Perez-Seckel, n** 2092,
dont Tétat et le mouvement ont été déterminés par comparaison avec les
signaux du Bureau international de l'heure, transmis par T. S. F.
Quoique le vent et les nuages aient altc-ré parfois l'azur du ciel, le temps
a été beau pendant presque toute l'éclipsé, surtout pour l'observation des
contacts. Les bords lunisolaires oscillaient fortement aux approches du
dernier contact.
M. Marti Orteils (V.) a pris trois photographies de l'éclipsé avec le
même équatorial Grubb dûment modilié.
Voici les résultats de l'observation oculaire :
L L'entrée et la sortie du bord lunaire se sont effectuées aux points pré-
vus par le calcul.
II. Les heures des contacts, exprimées en temps civil moyen de Green-
wich, sont :
Tarazona. Marti Orteils.
Observation. Calcul. C — C. Observation. Calcul. O. — C.
Premier contact. . . i2'^5o™3i%5 43%6 — i2%i i2''5o"'28%5 43%6 — i5%i
Dernier coniaci iS^Se'"^!',^ 20% 7 — 39%3 i5''36'"54%4 20%7 — 26%3
M. de Benito (E. ), de la Faculti' de Droit de cette Université, a observé
l'éclipsé chez lui avec une petite lunette astronomique. Les points d'entrée
et de sortie lunisolaires, à partir du point Nord, ont t'-té ceux prévus par le
calcul. Quant aux heures des contacts, l'observation a devancé le calcul,
notamment pour la sortie ou dernier contact.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Observations du Soleil, faites à l'Obser-
vatoire de Lyon, pendant le quatrième trimestre de 1921. Note de
M. J. Guillaume, présentée par M. B. Baillaud.
Il y a eu 76 jours d'observations dans ce trimestre ( * ) et Ton en déduit les
principaux faits suivants :
Taches. — Le nombre des groupes de taches est de 19 au lieu de 32 (-), mais Taire
totale est très peu moindre, par suite de formations relativement importantes : on a,
en efifet, 24-0 millionièmes au lieu de 2.565.
(•) Avec l'aide de M"« Bloch.
(-) \oir Comptes rendus, t. 173, 1921, p. i338.
IOo6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Cette diminution des groupes a été environ trois fois plus forte dans l'hémisphère
austral^ avec 6 groupes, que dans l'autre hémisphère, où il y en a eu i3, au lieu de i6,
de part et d'autre, précédemment.
Les jours sans taches ont été plus nombreux dans ce trimestre que dans le précé-
dent : i8 au lieu de lo; il en résulte une proportion de 0,2/1 au lieu de o, 10.
Les formations suivantes (') ont atteint un développement qui a permis de les voir
à l'œil nu; leur passage au méridien central s'est produit aux dates que voici :
Novembre 18, 3 à la latitude de -h 8°
24,8 » —6°
Décembre i5,5 » -i- 8°
» 21,7 » — 5°
On en avait noté trois dans le précédent trimestre.
Régions d' activité. — Malgré la présence de quelques beaux champs, les facules
ont diminué tant en nombre qu'en étendue : il y a eu, efFeclivement, 77 groupes et
une aire de 52,i millièmes, au lieu de 112 groupes et 76,2 millièmes.
La diminution des groupes est, dans sa répartition, de 10 au sud del'équateur, avec
34 groupes au lieu de 44 > ^t de 25 au nord, avec 43 groupes au lieu de 68.
Tableau L
Taches.
Dates Nunibre Pass. Latitudes moyennes. Surfaces
extrêmes d'ohser- au mér. n ^ — .-i moyenne!
d'obserT. rations. centraL S. N. réduites.
0
ctobre
921
• — o,i9-
5- 8
2
6,7
-
-II
12
8-14
5
12,2
-
- I
24
10-19
8
i(i,5
-I-12
26
i5-25
1 1
20,8
-H 7
70
20-28
^
22,6
-+- 8
368
22- 2
12
27,9
4- 3
3ii
28-29
2
3ij.
3o,9
H-II
10
-
- G°,o -H 8°,2
Novemb
re.
— 0,36.
12-24
10
18,3
+ 8
425
19-25
4
23,8.
+ 4
62
19-30
5
24,8
-
- 6
5oi
Dates Nombre Pass. Latitudes moyennes Surfaces
extrêmes d'obser- au mér. — ■ n -^ — -»^ moyennes
d'observ. valions, central. S. N. réduites.
Novembre (suite).
3 I 3o,4 — <> 4
22 j.
— 6°
0 -(-6°,o
Décembre
— 0
1 7.
3
I
2,8
-+- 9
3
6
I
10,4
— 12
5
11-14
4
10:9
-i- 8
27
9-21
1 1
i5,5
-^ 8
248
19-24
5
18, G
-+-i\
•'9
10-27
25
9
I
21,7
23,7
— j
-hio
299
4
27-29
0
29^9
-t-10
42
20 J.
— 8°, 5 -h 9°, 3
(') Il y a lieu de remarquer que le premier et le troisième de Q.es groupes sont des
retours de celui qui a passé au méridien central le 22,6 octobre à -t- 8" de latitude
(Voir Tableau I). Le quatrième est un retour du second, qui a persisté et est revenu
pour la cinquième fois dans le présent mois de mars.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. IOO7
Tableau II. — Distribution des taches en latitude.
Sud. Nord. Suifacos
, — — ^ -^ ^ — . ,— — ^ ^^ — _a^ -~ Toldux totale?
1J21. 90* M' 30° îO* 10* 0" Somme. Somme. 0* 10* 20* 30* 40" 'M' niciiBUcI». réduites
Octobre >• ■■ - "2 2 '> \ >. ■■ " - ; 821
Novembre. . . >• >■ " ' " 2 2 1 z " 4 992
Décembre... ., » .. i i ■}. 6 'y i .. .. .. 8 607
Totaux... >. » .» I 5 6 li 10 3 >■ » >' 19 2470
Tableau III. — Distribution des facules en latitude.
§
Bd.
Somme.
N
ord.
Totiux
mensuels.
Surfaces
totales
réduites.
U21.
90*
VO"
_
30
20
_
10*
0'
Somme.
0'
10*
ÎO*
30*
40
90*
Octobre.. . .
I
4
7
5
17
22
5
4
2
3
8
39
22,9
Novembre. .
2
.)
2
0
5
II
14
7
3
..
I
3
25
17,6
Décembre. .
»
»
I
2
3
c.
7
5
I
»
).
I
i3
11,6
Totaux...
2
I
7
I I
i3
34
43
17
8
2
4
12
77
- 02,1
MESURES ÉLECTRIQUES. — Sur un dispositif permettant V élimination et la
détermination du facteur 'de 'correction des wattmètres . Note de
M. Henri Chaumat, présentée par M. Paul Janet.
La valeur P,, de la puissance vraie consommée par un appareil fonction-
nant sur courants alternatifs est donnée, comme on le sait, par la formule
suivante :
^ ' I + tang9 tang<I>
dans laquelle P^ est la puissance lue telle qu'elle résulte de Fétalonnage en
courant continu, 0 la différence de phase entre la tension aux bornes et le
courant dans le circuit à fil fin du wattmètre, $ le déphasage propre à l'ap-
pareil dont on mesure la puissance.
Cette formule ne permet la détermination de la puissance vraie que par
une méthode d'approximations successives qui ne donne pas d'exactitude
pour les faibles différences de potentiel ou les valeurs élevées de $.
Dans les appareils courants, o est très faible et l'on peut toujours négliger
tang-o devant l'unité, si bien que la formule (i) se réduit à la suivante :
P/ P.
(2)
I -H taogo tang<t» \-\-x^
IOo8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
en posant
X =r lang cp tangO,
tangç, quoique de valeur faible, peut donner un facteur de correction
élevé si tang<î> est très grand comme c'est le cas pour des appareils d'utili-
sation ayant un facteur de puissance très faible (de l'ordre de quelques cen-
tièmes par exemple).
On sait que tangçi = —■, /étant le coefficient de self-induction du circuit
à lîl fin du wattmètre, co la pulsation du courant alternatif, r la résistance
totale du circuit à lil fin du wattmètre, résistances additionnelles non
inductives comprises.
Voici un procédé permettant l'élimination et la détermination du facteur
de correction.
Le cadre mobile à fil fin porte deux circuits identiques isolés l'un de l'autre
et superposés, et pouvant être mis, par des dispositifs appropriés, soit en
parallèle, soit en série.
Soit / le coefficient de self-induction Aà ce cadre mobile quand les bobines
sont en parallèle; il sera quatre fois plus grand si les bobines sont mises en
série. Si, quand on fait cette manœuvre à l'aide de commutateurs appropriés,
on fait varier en même temps les résistances additionnelles en service de
façon que la résistance totale du circuit à fil lin reste constante, on fera
varier par suite dans le rapport de i à 4 'a valeur de tango cl si Po est
la lecture faite lorsque les deux circuits du cadre mobile sont en série, on a
(3 P.,
1 -^ 'ax
Il convient de remarquer qu'alors la constante de l'appareil n'est plus la
même que dans la première expérience. Pour le même courant i dans le
circuit à 111 fin, chaque spire est parcourue par le courant- lorsque les deux
enroulements du cadre mobile sont en parallèle. Quand ces enroulements
sont en série, la résistance totale restant la mènie, c'est un courant i qui
passe dans chaque spire.
Le nombre d'ampères-tours du cadre mobile passe donc de i à 2 de l'une
à l'autre expérience et par suite aussi le couple directeur.
Il sera facile de tenir compte de cette variation de la constante de l'ins-
trument.
On peut pourtant disposer les choses de façon que cette constante reste
SÉANCE DU lO AVRIL ig!22. ÏOO9
la même. I*our cela, on disposera le circuit à gros fil, dit circuit série du
wattmètre, en deux enroulements pouvant être mis également en série ou en
parallèle. Pour un courant principal I, le nombre d'ampères-tours sera iNÏ
pour les circuits en sçrie, N étant le nombre total des spires. Ce nombre
NI
d'ampères-tours du circuit à gros fil passera à — lorsque les deux enroule-
ments seront en parallèle pour le même courant principal I.
On procédera alors de la sorte :
Première expérience. — Les deux enroulements du circuit à fil fin sont en
parallèle, les deux enroulements du circuit à gros fil sont en série. On lit P^
et l'on a
P,
P.=
I -t- .c
Deuxième expérience. — Les deux enroulements du circuit à fil fin sont
en série, les deux enroulements du circuit à gros fil sont en parallèle. On
lit Po et l'on a
d'où
T,__4P.-P.
les deux constantes étant restées ici les mêmes.
Les dispositifs précédents permettant de faire exactement la correction
quand elle est nécessaire, on n'a donc plus à craindre l'importance du fac-
teur de correction; on peut, dès lors, employer des circuits mobiles portant
plus de spires, donnant par suite des couples plus grands et réaliser ainsi
des appareils plus robustes et plus sensibles.
Par exemple on réalise couramment des appareils où / est de l'ordre
de 0,009 henry (soit 0,01) et fonctionnant avec une résistance totale
de 4000 ohms sous iio volts. Même en décuplant cette valeur de la self-
induction, pour la fréquence 5o, tang- oserait inférieur à ^^^ ^ et, par suite,
négligeable devant l'unité.
Ces dispositifs permettront enfin l'emploi des wattmètres à des fréquences
plus élevées que les fréquences industrielles courantes.
On peut remarquer en outre qu'il résulte des formules précédentes que
l'on a
/. p — p
:i:ilangco lanott;
/. p p
4 1 1 X 2
C. R., 1922, I" Se/nes/re. (T. 174, N« 15.) ' 7^
lOIO ACADÉMIE DES SCIENCES.
tango pouvant (Hre exactement déterminé à l'avance, on déduira de là $
par sa tangente, ce qui est avantageux pour les usages industriels et plus
précis quand on détermine le môme angle de phase par son cosinus.
ACOUSTIQUE. — Sur le bruit des cmons.
Note de M. Charles Dévé, présentée par M. Râteau.
Lorsque, debout sur un terrain dur et à peu près uni, on écoute un avion
passer au-dessus de sa tète, on perçoit un ronilement de tonalité basse sem-
blant dépourvu de notes élevées. Si l'on baisse la tête, la tonalité monte-, en
plaçant l'oreille à environ 20*^'" du sol, la tonalité générale semble monter
de plus de deux octaves. L'impression de montée de la tonalité cesse quand
l'avion s'éloigne à environ 45° du zénith, elle ne se manifeste jamais pour
un observateur placé à une fenêtre d'un étage.
Ce phénomène est, en apparence, identique à celui que produisent
d'autres bruits, tels que bruissement du feuillage, bruit d'une cascade, etc.
Quand on écoute le bruit d'une cascade, ayant à i'" ou 2^ derrière soi un
mur, la tonalité du bruit semble monter quand on se rapproche du mur;
c'est que ce bruit est formé d'une variété innombrable de bruits de hauteur
différente, qui se réfléchissent sur le mur; tous les trains d'ondes élémen-
taires qui arrivent à l'oreille en phase avec leur train réfféchi donnent des •
sons renforcés, qui satisfont à la relation / = -2(1, /= —, •••5 /= —, /étant
la longueur d'onde et d la distance de l'oreille au mur. Tous ces sons ren-
forcés, formant une suite harmonique d'un caractère musical, existent réel-
lement dans le bruit de la cascade, mais sont sélectionnés par la réflexion
sur tè mur. Au contraire, dans le cas de l'avion, les sons élevés n'existent
pas dans le ronflement perçu directement, ou ne s'y trouvent qu'avec une
intensité relative très faible.
Une autre explication est donc nécessaire; on peut la trouver dans la
forme des ondes du son fondamental, où domine la note produite par les
explosions et surtout par les échappements du moteur (environ 100 explo-
sions à la seconde). Or, un son simple de ce genre peut, par réflexion des
ondes, donner la sensation de tonalités plus élevées; l'expérience suivante
le prouve.
Trois disques tournant à la même vitesse porlenl chacun 8 clous, qui
produisent un bruit lorsqu'on les fait taper sur une baguette. Les clous de
SÉANCE DU lO AVRIL I922. lOII
rang- impair donnent des ondes qui représentent les ondes directes du
moteur; ceux de rang pair engendrent des ondes qui peuvent être assimi-
lées aux ondes réfléchies des précédentes. Les rapports des intervalles suc-
cessifs des clous sont, pour le premier disque -> pour le second -,, pour le
troisième ^; les trois disques produisent donc le bruit d'un disque à 4 clous
équidistants combiné avec le môme bruit réfléchi et plus ou moins décalé.
Or, ils donnent des bruits de tonalité nettement montante; le bruit du pre-
mier disque est à peine plus élevé que celui du disque à 4 clous; le troi-
sième disque produit l'octave du son d'un disque à 4 clous, tandis qu'il
devrait donner le silence par interférence si les ondes étaient sinusoïdales.
Le phénomène peut donc s'expliquer parla forme caractéristique des ondes
de percussion, comparables aux ondes d'explosion.
Quand le front d'une onde réfléchie arrive à l'oreille avec un très petit
retard a sur le front d'onde directe, la vague de l'onde se trouve allongée
et sa distance b au front suivant diminuée. Le son b est plus élevé que le
son fondamental [1 = a-^ b), et le son a n'est perçu que si la longueur ^/
devient assez grande pour que les deux vagues d'ondes soient distinctes.
On se rend facilement compte du phénomène en composant graphiquement
un train d'ondes en forme de vagues assez espacées, avec un train sem-
blable, mais amorti, représentant le train réfléchi.
Il faut tenir compte aussi de ce que le sol n'étant pas une surface géomé-
trique, l'onde réfléchie est d'autant plus floue que l'oreille est loin du sol,
et que les différences des chemins acoustiques parcourus par différents
éléments réfléchis sont plus grandes; une même différence de ces chemins
affecte davantage la i'ormo d'une onde courte que celle d'une onde plus
grande; c'est pourquoi la réflexion des sons élevés n'est sensible que près
du sol.
Lorsqu'un observateur immobile écoute un avion, le son, sans perdre sa
tonalité grave, paraît, par moments, renforcé, et ces renforcements n'ont pas
de période (à moins que l'avion ait deux moteurs produisant des batte-
ments). Ce phénomène peut s'expliquer par la nature même des ondes.
Une onde unique suffît à donner une sensation de hauteur; nul ne con-
fondra le cla(iuement d^une balle de fusil (onde de choc) avec le claquement
produit par un gros obus ; la sensation de hauteur du son paraît due à
la longueur d'onde, qui est fonction de. la masse d'air déplacée. Si une
seconde onde arrive exactement après le passage de Tonde précédente,
IOI2 ACADEMIE DES SCIENCES.
l'oreille doit être impressionnée plus vivement; or, la distance des fronts
d'onde dépend de la vitesse de rapprochement ou d'éloigiiement de ravioii.
L'impression de renforcement doit être perçue quand la distance entre les
fronts de deux ondes consécutives est un multiple ou un sous-multiple de
la longueur d'une onde prise isolément.
PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Sur une méthode pe/meflant de reconnaître /es
perles japonaises cultivées (^). Note de MM. J. Galibocrg etF. Uyziger.
Plusieurs moyens ont été préconisés pour identifier les perles japonaises
cultivées. L'un d'eux est Ijasé sur l'emploi de la lumière fournie par l'arc
au mercure. Un autre utilise l'immersion dans un liquide de même indice
de réfraction que les couches superficielles de la perle cultivée. Ces moyens
nous ont donné des résultats irréguliers (^).
Il nous a semblé qu'une méthode plus simple consisterait à examiner
directement l'inlérieur de la perle en profitant du trou qu'elle comporte
nécessairement pour être utilisée comme parure (ce trou peut la traverser
de part en part ou n'intéresser qu'une fraction de son épaisseur).
, Pour cet examen, nous nous sommes servis d'un microscope ordinaire
dont l'axe optique était situé dans le prolongement du trou de la perle.
Celle-ci était éclairée latéralement par transparence au moyen d'un
faisceau lumineux concentré par une lentille. Pour rendre visible dans le
microscope la paroi interne de la cavité, il fallait disposer à l'intérieur de
celte cavité un miroir de très faibles dimensions, étant donné que les trous
percés dans les perles ont, en général, de deux à six dixièmes de millimètre
de diamètre. Un nettoyage sommaire du trou assurait la netteté des vues.
Dans nos premières recherches, nous avons employé comme miroir
l'extrémité d'une aiguille d'acier coupée à 45 degrés, la surface inclinée
étant polie par le procédé utilisé pour la métallographie microscopique.
Nous avons pu constater ainsi qu'une différence d'aspect très nette
existait entre les couches externes et le noyau artificiel: la séparation entre
ces deux parties est très accusée, comme le montre la photographie i.
Des séparations se révèlent également entre cprtaincs zones concen-
(') Voir les ÎNotes de M. L. Iîoltan, Comptes rendus, t. 17;i, 1921, p. 78S el 1021,
(-) D'autres expérimentateurs, et nous-mêmes, avons essayé de différencier les
perles japonaises cultivées pai- leur densité. Il ne semble pas que cette voie ait pu
donner mieux que d'utiles indications.
SÉANCE DU lO AVRIL I922. IOl3
triques des perles .naturelles, mais elles sont moins tranchées (voir photo-
graphie 2) et se répètent un grand nombre de fois.
Une amélioration sensible de la méthode d'observation a été obtenue en
introduisant dans le trou de la perle une goutte de mercure dont le ménisque
constitue un evcellent miroir convexe qui réfléchit panoramiquement toute
la surface intérieure du trou située entre le contour apparent horizontal du
ménisque et l'ouverture du trou.
Fig. I. — Perle cullivée. — Vue prise à la limite
de séparation du noyau et des couches d'ap-
port. Le demi-cercle sombre fait partie du
nojau, le demi-cercle clair appartient à la
matière d'apport. (Miroir à 4'''' introduit à
l'intérieur de la perle. ) G x 60.
Fig. 2. — Perle naturelle. — Vue prise entre
des couches successives. La séparation entre
les couches est progressive. (Miroir à 4^°
introduit à l'intérieur de la perle.) Gx 60.
Fig. 3. — Perle cultivée. — Image réfléchie
par une gouttelette de mercure immpbilisée
au tiers supérieur du trou de la perle.
G X 60.
Fig. 4- — Ferle naturelle. — ^'^e prise dans les
mêmes conditions que la photo de la figure 3.
G X 60.
En déplaçant la goutte de mercure par une méthode quelconque qui peut
être très simple, on peut explorer de part en part l'intérieur de la perle.
La photographie 3 montre l'un des aspects obtenus : on voit au centre
un cercle noir réfléchissant l'ouverture supérieure du trou, entouré d'un
anneau (qui était coloré en vert dans cet échantillon) représentant les
IOl4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
couches d'apport de l'huître sur le noyau artificiel, enfin autour de l'anneau
s'étend une couche grise, image du noyau.
Cet aspect est bien différent de ce qu'on obtient avec une perle naturelle
où des zones concentriques sont également visibles, mais sont moins brus-
quement séparées et se suivent généralement en grand nombre (photo-
graphie 4).
On pourrait peut-être faciliter les manipulations en remplaçant la goutte
de mercure par une petite sphère solide obtenue par fusion d'un fil métal-
lique ou d'un fil de verre noir, mais cette instrumentati\)n est difficile à
réaliser et jusqu'ici nous n'avons pas obtenu la même netteté de vue qu'avec
le mercure.
Nous pensons que la méthode que nous avons employée avec fruit dans
l'examen des perles serait susceptible d'applications, en biologie par
exemple, pour l'exploration interne de corps translucides percés d'ouver-
tures ou creusés de cavités.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la préparation du chlorure cV ammonium.
Note de M. P. 3Iondain Moxval, présentée par M. H. Le (^batelier.
Dans la fabrication de la soude par le procédé dit à l'ammoniaque^ on
obtient des eaux résiduaires renfermant une forte proportion de chlorure
d'ammonium. On récupère habituellement l'ammoniaque de ces solutions
en les traitant par la chaux; on peut également en retirer par cristallisation
le chlorure d'ammonium. Ce dernier procédé semble appelé à se déve-
lopper comme corollaire de la fabrication synthétique de l'ammoniaque.
Il m'a semblé intéressant d'étudier les conditions de cristallisation de ce
sel dans les dissolutions renfermant à la fois du chlorure et du carbonate
neutre de sodium et d'ammonium. Par la même occasion, j'ai étendu ces
recherches à la cristallisation des trois autres sels qui sont associés au chlo-
rure d'ammonium. Dans cette première Communication, je donne les
résultats de mes mesures pour la température de i5°.
Dans les expériences, l'équiUbre de saturation du sel ou des sels existant
au contact des dissolutions était assuré au moyen d'une agitation prolongée
pendant 4 heures. Après repos d'une heure on analysait des prises d'essai
tarées. Le CO" et NH* étaient dosés par volumétrie, le chlore et le sodium
pondéralement.
Le mode de représentation utilisé est celui du diagramme carré de
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. I0I3
M. Le Chatelier. Les différents ions sont comptés suivant les cotés du carré
et chaque point des surfaces de saturalion a pour ordonnée perpendiculaire
au plan du carré le poids deau en grammes dans lequel est dissoute la
molécule totale du mélange des sels.
KaCl
y2C0'[NH'j
y2 CO'Nc^'
Les surfaces de saturation se coupent suivant des lignes correspondant
à la cristallisation simultanée de deux sels. Ces lignes se coupent elles-
mêmes en deux points triples, correspondant au dépôt simultané de trois
sels. Le domaine de cristallisation du chlorure d'ammonium esl figuré par
la surface portant à son coin ]\H^ Cl ( i53).
Seuls, les points les plus intéressants sont portés sur le diagramme. Ils
sont indiqués par un astérisque dans les Tableaux suivants.
Les courbes de niveau relatives à une même masse d'eau tenant en solu-
tion une molécule des différents sels sont indiquées de 30*^' en So^.
loi 6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Tableau 1
relatif aux points situés sur les côtés du carré.
Numrros Poids pour 100» d'eau.
des -" — ^ Eau
solulions. Sels solides. NaCl. NH'CI. iCO'?\n'-. ^ C0'(NII<)2. pour 1"°'.
V. NaCl 35,- l » l ,63!o
2.. NaCl 9.7,2 16.9 » » 128,3
o i^'aci ) , ;
■ i NH^Gl j '^^'' ^**- " " '^^'^
4.. NH'^CI i5,7 25,5 .) ;. i34,2
5*. NIPCI » 35,3 » » • i53,o
C. NII'Cl )) 3i,7 » 1-.6 104,2
^ \ NH^CI )
' ■ jCOHNH^)M " ^'''^ " ^''" ^^'"^
8.. C03(NH')- » 14, 5 >. 61,2 64,7
9.. G0'(NH^)2 » ,<,,, „ 61 ;3 68,3
10'. C0^^(NPP)2 ,) » ,, 62,0 77,0
II.. CO«(NII^)^ )) . 4,3 5q,2 75, q
,^ (CO^(MI*)^/
■ j C03^a^ ) " " ^^-9 ^'^'^ ^'^'^
13.. GO^Na-^ >> . 16.3 27,6 ii3,a
rv. GO^Na^ » ,> 16,5 » 321, o
15.. GO^Na-^ 8,8 » 12,9 » 253, o
16.. GO^Na^ 18,0 » i3,4 » 178,5
,_ (GCP^a-^ ) ■
i^ • j NaGi ^9'i » i3,7 » i32,o
18.. NaGI 33,5 » 4,3 » i53,o
ISota. — Dans ce Tableau ks parties accoladées représentent des points doubles.
Tableau II
relatif aux points situés à r intérieur du carré.
Nuniéros Poids pour 100» d'eau.
solutions. Sels solides. Ne. Nll^ Cl. {CO^. pour 1°">'.
19.. NaGl + NH*Cl gU 7% 27^8 0^8 i23'o
^^. ( NaGl-i-NIPGl )
-^ ■ j ^GO^Na^ (•••• ^^-^ '"^^ ^"^-^^ ^^'^ ^^'^
Point triple A :
21.. NaGI ^GO-^Na-^ i3,3 ' 6,0 23.3 7,7 110,0
22.. NH^GI + GO^Na^ 12,7 i4,3 28,2 16,6 74,1
_^, \ NH^Gl + GO^Na^ )
-^ -j +G03(NIP)2 •••• '^'^ '^9^'+ ^^'^ ^7.^- 33,4
Point triple B :
2'i... NIPGI +G0^(N1P)2. i(,,3 35,4 3i,2 46, o 4i,3
25.. NH^GI -^r:03(NH^)^ . 2,3 3i,7 21,4 37,7 53, o
26.. G03Na^-+-GO'(NH^)2. 10,9 38,8 2t,4 60,8 38, o
27.. NHH:,! 4,1 12,0 23,7 5,4 123,3
28.. GO^Na^ 10,6 10,7 21,1 i3,8 94,7
29.. GO^iXa^ 7,9 2,3 4.6 10, 3 210, 5
SÉANCE DU lo AVRIL I922. IOI7
Pour utiliser ces données expérimentales en vue de la fabrication du
chlorure d'ammonium, il faut remarquer que la cristallisation de ce sel ne
se produit pas directement en partant de la saumure d'où l'on a extrait le
bicarbonate de sodium. On transforme d'abord par une addition d'ammo-
niaque les bicarbonates en carbonates neutres dont la solubilité est trop
grande pour qu'ils puissent cristalliser pendant le refroidissement ultérieur,
nécessaire pour la cristallisation du chlorure d'ammonium. En reportant
la composition de la solution ammoniacale sur notre diagramme, on peut
se rendre compte de la quantité de ce sel qui pourrait cristalliser à la tem-
pérature de i5°.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la vitesse d'absorption de i' acide carbonique
par les solutions alcalines. Note de Mi Paul Riou, présentée par
M. H. Le Chateher.
Dans la fabrication de la soude par le procédé dit à l'ammoniaque^ une
des opérations les plus délicates est la carbonatation de la saumure ammo-
niacale. La lenteur d'absorption de l'acide carbonique nécessite des carbo-
nateurs de dimensions énormes. Il nous a semblé intéressant de préciser,
par des mesures systématiques, la vitesse d'absorption de l'acide carbo-
nique par les solutions alcalines.
La saumure ammoniacale, obtenue en faisant dissoudre dans une solu-
tion de chlorure de sodium, l'ammoniaque et une partie de l'acide carbo-
nique récupérés d'une opération précédente, contient à la fois, par suite
des équilibres qui se produisent entre les sels en présence, des chlorures de
sodium et d'ammonium, des carbonates neutres de sodium et d'ammonium.
Dans ce premier travail, nous avons étudié uniquement l'absorption de
l'acide carbonique par les solutions de carbonate neutre de sodium. Nous
comptons étendre ensuite ces recherches à l'absorption de l'acide carbo-
nique par l'ammoniaque et par des mélanges de sels d'ammonium et de
sodium.
Cette absorption de l'acide carbonique est fonction d'un grand nombre
de facteurs indépendants dont il s'agit de mettre en évidence l'influence. A
première vue, les facteurs les plus importants à étudier sont : la concentra-
tion et la température des solutions de carbonate neutre de sodium, la pré-
sence de sels étrangers associés au carbonate neutre, l'agitation des
solutions, la dilution de l'acide carbonique par des gaz inertes, et les chan-
gements de pression.
IOl8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les facteurs étudiés dans ce travail sont : la concentration en carbonate
neutre et en sels étrangers, la température, la concentration en acide
carbonique et enfin l'agitation.
Mode opératoire. — Pour déterminer la vitesse d'absorption par une surface faci-
lement nnesurable, nous nous sommes servis d'un cylindre droit fermé, communiquant
avec une burette graduée. La partie supérieure du cylindre laisse passer un agitateur
et est munie d'un robinet pour l'introduction du gaz carbonique. Le liquide est
introduit par la burette.
Pour la plupart des mesures, nous nous sommes sei'vis cependant d'une burette de
Bunte. La burette étant remplie de gaz carbonique, on met dans l'entonnoir du haut
la solution de carbonate; on ouvre le robinet supérieur, celui du bas étant fermé» A
l'aide d'un chronomètre, on compte le nombre de secondes nécessaires pour absorber
un nombre déterminé de centimètres cubes d'acide carbonique. Dans ce cas, la surface
absorbante n'est pas directement mesurable. Nous avons fait l'étalonnage par Compa-
raison avec l'appareil précédent : La burette de Bunte convient parfaitement pour les
vitesses moyennes; elle est moins exacte pour les petites et les grandes vitesses. Son
emploi accélère beaucoup la réalisation des expériences.
Le Tableau suivant donne les vitesses de véaction pour des concentra-
tions variables de carbonate neutre de sodium et pour des mélanges renfer-
mant 6 pour loo de carbonate neutre avec des quantités variables de
bicarbonate et de chlorure de sodium. Les vitesses V sont exprimées en
centimètres cubes de gaz carbonique absorbés en une seconde par centi-
mètre carré de surface absorbante. Les concentrations sont exprimées en
grammes de sel pour loo^ d'eau.
co^
.Na-,
(l'V'„.
C(J^
i\a'
', G : „.
CO=Na-.
\.10''.
CO^Na-.
V.IO''.
CO'Na
M.
v.iœ.
.NaCl.
^.10^
6
18,75
i5
12,50
2
1 5 , CKj
4
18, 64
S
18,29
18
10, 64
f
4
11,80
8
16,66
] )
16,66
20
9,86
6
10,00
12
12, 5o
I i
- i4,7'*
»
»
8
8,91
»
»
Le deuxième Tableau montre Tinfluence de la température sur la vitesse
de réaction.
TciiipéraluiT. * CO\Na-, (i "/„. r.( )^Na-, 20 V„.
i5 18,75 9,86
20 '^4 ) • 9 1 6 , 34 ,
3o 44,11 24,74
40 68,94 42,85
5() 100,00 60.00
61 • i36,()o 85,71
70 214,28 i36,36
8o< 25o,i)(t 200,00
CO^ Na^ G Vo ;
<;0-']NaH.6»/„.
CO^\a^G"/„;
CO^AaH, sal.;
AaCl, 6"'o-
10,00
»
1 2 , 93
10,00
19,48
i3,63
00,00
21,43
4 1,66
3i ,20
57-69 ,
45,45
83,33
79, 00
107, t4
88,23
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. ^Oig
Le troisième Tableau montre l'influence de la dilution de l'acide carbo-
nique mélangé à l'air, sur la vitesse de réaclion pour une solution de
CO^Na- à 6 pour 100.
Conccntralion en CO" pour llll).
Température. 100. SO. 10. IC. 10,1. 7.4. 3,8.
20° 24,19 20,00 i5,62 7,i4 3,12 1,66 0,8.3
!^o" 78,94 55,55 33,33 14,28 5,55 2,22 i,ii
Enfin le dernier Tableau montre l'influence de l'agitation du liquide.
ConceiUration en CO- pour 100 11)0. 50. ÎO.
Avec agitation 18, -5 12,00 5,i4
Sans agitation 9i**5 6,00 3,86
L'agitation du gaz n'a pas donné de différences importantes.
CHIMIE PHYSIQUE. — Su7' une application de la méthode optique de déter-
mination de lu solubilité d'un liquide dans un autre. Note de M. C. Ché-
NKVEAU, présentée par i\l. Paul Jaiict.
Imaginons que l'on mette en présence d'aniline une solution aqueuse d'un
sel, minéral ou organique, contenant P grammes de sel pour looos de
solution; admettons tout d'abord que le sel, incapable d'agir chimiquement
sur l'aniline, soit insoluble dans ce liquide. L'intérêt de l'emploi de l'aniline
est que, sa densité étant très voisine de celle de l'eau, on peut remplacer
dans la loi optique des solutions les pouvoirs réfringents S])écifiques — ^—-
(N, indice de l'éfraction j)Oui' la raie jaune du sodium; D, densité) parles
quantités N — 1. De l'eau va passer dans l'aniline, mais, inversement, de
l'aniline va être dissoute par l'eau (^). On peut cependant montrer (\\i opti-
quement tout se passe comme si cette solubilité inverse n'existait pas.
Prenons un poids î: de la solution saline aqueuse considérée précédem-
ment qui contient un poids d'eau :
1000
Si nous dissolvons complètement cette eau dans l'aniline, il va se déposer
un poids de sel 71', tel que 'û' + E = t:, que nous pouvons éliminer. Si la
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. Si5.
I020 ACADÉMIE DES SCIENCES.
quantité d'aniline mise enjeu correspond à loo^ de solution aqueuse finale,
F n'
la quantité d'aniline dissoute dans l'eau sera A = — ^> si/»' esl le coefficient
de solubilité de l'aniline dans l'eau. En résumé, on aura donc en présence
dans loo^ de solution : E grammes d'eau dissoute daiisl'aniline, A grammes
d'aniline dissoute dans l'eau et (loo — E — A) grammes d'aniline restante.
Si R, ''? ''o sont les réfractions spécifiques de l'aniline, de la solution
aqueuse d'aniline et de l'eau, la loi optique des solutions donne
E/-y+ AR -F (loo — E — A.)li=ioo/-
ou
(2) E/-y-r-(lOO E)R=IOO/',
c'est-à-dire qu'on obtient la même formule que si la quantité d'eau E s'était
uniquement dissoute dans Vaniline. Et, puisqu'on peut remplacer les pou-
voirs réfringents spécifiques i\^ R et r, de l'eau, de l'aniline et de la solution
par les grandeurs {n^, — 1), (N — i), (/i — i), on déduit de la formule (2)
E(rto— i) + (100 — E) (N — i) = ioo(« — 1),
ioo(N — /O = E(N-/^,)
et, en remplaçant E par sa valeur (i) :
(3) N — /^=z: ^^^"~''»^1000-P):=K(1000-P).
^ ' 100000 '
V abaissement d'indice de Vaniline est proportionnel à la quantité (Peau
qui y passe.
Si le sel est soluble dans l'aniline, comme NO' Ag par exemple, la même
relation s'applique encore si l'on a le soin de tenir compte, dans l'abaisse-
sement d'indice observé, de la part qui revient au sel dissous.
J'ai vérifié la formule (3) à l'aide de solutions contenant i molécule-
gramme M de corps dissous pour looo^ de solution, et j'ai obtenu les
résultats suivants, en n'indiquant que les chiffres considérés comme exacts :
Avec une précision de it i pour 100, on peut donc déduire les conclu-
sions suivantes :
1° Le rapport de V abaissement d'indice de Vaniline à la quantité d'eau
dissoute est bien constant et le même pour des solutions équimoléculaires.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. I02I
7ï = 3,68 pour 100; / =r i5<' à 20".
N — n
t. Sels. M. „„„, — M. N— n. K= rr.
lOOD M
o o
19 à 20 LiCI 42,5 '957,5 0,0086 90.10-''
19320 NH^Cl 53,5 946,5 0,0086 90
20 NaCl 58,5 941,5 o,oo83 88
20 IvCl 74 < 5 925,5 0,0080 88
19320 KNO* loi 899 o,t)o85 94
20 KBr 119 881 0,0076 86
16 MgSO^ 120 880 ■ 0,0080 90
16 (NH^)2S0^ i32 868 0,0077 ^^
19320, Kl 166 834 0,0079 94
19 AgNO» 170 83o 0,0074 89
i5 BaCI^ 208 792 0,0070 88
i5 GdBr- 272 728 0,0068 93
i5 Fb(NO^j'- 33o 670 o,oo64 gS
20 C'^H^^O'' 342 • 658 o,oo58 88
Moyenne. 90. lO"?
20 l'^au O 1000 0,0091 91.10"'
Valeur calculée par la formule (3) 93. lO"'
2° Si Fon désigne par ii l'indice de la solution où il n'y a que de Teau en
présence d'aniline, on a
/ iM 71 — n' ,
n — /r = K M o u — r-j — -- K,
M
c'est-à-dire que le quotient de rabaissement moléculaire d'indice par la masse
moléculaire est constant.
3° On peut encore énoncer ce résultat ainsi : V abaissement d' indice par
unité de masse est le même pour tous les sels inorganiques ou les corps orga-
niques sans action chimique sur Taniline. Le phénomène d'ionisation
n'intervient pas.
CHIMIE ORGANIQUE ET BIOLOGIQUE. — Aptitude de V aldéhyde formique
à former V acide cyanhydrique par oxydation., en milieu argentico-ammo-
niacal. Note de MM. U. Fosse et A. Hieulle, présentée par M: E. Roux.
1. L'acide cyanique précède et engendre l'urée, comme dans la synthèse
de Wœhler
CÔNH.NH^ ^ ^'^Cnh^'
I022 ACADEMIE DES SCIENCES.
lorsqu'on traite par MnO^K, en présence de NH% une foule de principes
naturels ou artificiels : protéiques, acides aminés, hydrates de carbone,
glycérine, formaldéhyde, cétones, acides, aminés, amides, nitriles et
mélhylcarbylamine (').
Le précurseur nécessaire de la carbimide, l'acide cyanhydrique, dont la
formation par oxydation, en présence d'ammoniaque, de corps sans azote
n'avait pu être réalisée, se forme, cependant, en quantités dosables, parfois
notables, lorsqu'on provoque la réaction oxydante en présence de sel d'ar-
gent ou de mercure (-).
Voici, en effet, les rendements en GNH produits par loo^ de matière :
alcools (o«,5 à 1^,6); phénols (0*^,6 à S», i); glycérine (3^, 6); hydrates de
carbone (o^, 8 à \^ ,-j)\ formaldéhyde (8^, 58) (').
2. Cette aptitude delà formaldéhyde à former l'acide cyanhydrique appa-
raît avec beaucoup plus de netteté encore dans les expérienees qui suivent.
C acide cyanhydrique^ terme intermédiaire instable précurseur de l'acide
cyamque e! de l'urée^ peut être isolé avec des rendements de 3o à d^ pour 100,
lorsqu'on traite par des doses massives de MnO'K de très petites quantités
de CH-0, au sein de l'ammoniaque cœicentrée, en présence de sel d'argent
et de NH' CL
Expéi^ience. — Un large tube à essais (diarnelre, 9.2"'™ à ^S™'") reçoit: le])oiyoxymé-
llijlène sec (o?,oi environ), pesé à la balance de précision, et de l'ammoniaque con-
centrée (10'^'"'), ou bien la solution ammoniacale de ce corj^s à jôVû (i"'^'"'); '*^ clilorure
d'ammonium (ig,5 à 1^7) et, après dissolution, le nitrate d'argent o"'^',5 à i""' de
liqueur normale), puis, finalement, en une seule fois, Je permanganate de potassium
pulvérisé (58).
On rince les parois du yase avec de Tammoniaque concentrée (10""') et l'on triture la
mixture avec la lige d'un thermomètre, en refroidissant par l'eau de la ville, ou en
laissant la température s'élever spontanément vers 60° à 65°. La décoloration du persel
est terminée en 5 à 6 minutes.
Après essorage et lavage du précipité à l'eau ammoniacale chaude, le filtrat est chauOe
dans un appareil distillatoire avec du zinc pur et de l'acide sulfurique dilué. On dose
GNH dans le distillât par la méthode de Denigès, en mesurant avec une burette à -'„ de
centimètre cube la liqueur décime d'argent consommée.
{^) R. Fosse, Comptes lendas, t. 168, 1919, p. 3'.>.o, 908 et ii64; t. 169, 1919.
p. 91; t. 171, 1920, p. 635 et 722; t. 172, 1921, p. 161 ; — Annales de V Institut Pas-
teur, 1920, p. 715-762;^^ — Bulletin Soc. ckim., 1921, p. i5S-2o3. — R. FossE et
G. Laude, Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 68 et i24<>; t. 173, 1921, p. 3i8.
(-) R. Fosse, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 1370.
(^) R. Fosse et A. Hieulle, Comptes rendus, t. 174-, 1922, p. Sg.
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. 1023
Ainmo- Liqueur
CHHl. niaqur. N/i Ag. NH'Cl.
g cm' cm' ;;
0,0100 1 5 0,5 1.7
0,01075 25 0,5 1,7
0,01 38 20 0,5 1,7
0,01 i5 20 2 1,7
0,01 10 1 , 1 .7
0,01 20 I 1,7
0,01 20 I ^ ;7
0,01 20 I 1,7
O , ( ) I 20 I 1,7
0,01 20 1 1,7
0,01 20 I 1,5
0,01 20 I 1,5
Te m p.
Liqueur
Rendeme
()■ K.
I)ur('C.
inax.
N 10 Ai;.
HCN.
.1
min
7
0
67
cm'
0,70
36
5
5
5o
0 , 60
3o , I
5
8
52
0,78
3o,5
5
7
58
0,80
37,5
5
6
55
o,56
3o,2
5
5
60
0,60
34
5
6
55
0,60
32
5
6
55
o,56
3o,2
5
6
55
0,62
33,4
5
5
(")0
0,66
35,6
5
5
62
0,66
35,6
5
5
62
0,67
36,1
3. La majeure partie de Foxygène du permanganate sert à oxyder de
l'ammoniaque, qui passe à l'état d'acides nitreux et nitrique. La trans-
formation de l'aldéhyde formique et de l'ammoniac en acide cyanhydrique
CH^O -^ NH^-f- O = 2H2O + CNH
n'en utilise qu'une proportion extrêmement faible.
D'autre part, la présence de sel d'argent dans le milieu oxydant ne permet
pas d'immobiliser complètement l'acide cyanhydrique et de l'empêcher de
se transformer en acide cyanique par oxydation :
CiNH+0^0 : CNH.
Expérience. — Après avoir oxydé l'aldéhyde formique, en milieu argentico-ammo-
niacal, selon le mode opératoire indiqué plus haut, on chauffe le tube réaclionnel,
I heure, vers 90° avec NH^Cl, afin de transformer en urée le cyanate d'ammonium,
({u'il peut éventuellement contenir; on ajoute de l'acide acétique (10'^'"'), refroidit pour
faire déposer les chlorures, essore et lave avec de l'acide acétique (17""') et de
Teau (4""'}. Le filtrat, additionné de i<^™\5 de solution de xanthydrol dans l'alcool
méthylique à y,7, abandonne la dixanthylurée, que l'on recueille le lendemain.
1. CM-0 : oï.oi3; urée dixanthylée : o?,0745. D'où : urée ou cyanate d'ammonin«n
pour ibo : 1 01 8,36.
2. CH-0 : os?, 0102; urée dixanthylée : oS,o635. D'où : urée ou cyanate iTammo-
nium pour 100 : 88s, g3.
Recherche de V iirèe contenue dans la liqueur argentico- ammoniacale
de GH-0, après oxydation et avant cliauffage : traces.
1024 ACADÉMIE DES SCIENCES^
GÉOLOGIE. — Sur l'allure et les dislocations de la nappe du Cheiron au sud du
haut Estéron, jusqu'à la haute vallée du Loup (^ Alpes-Maritimes). Note (')
de M. Antoni.v Lanquine, présentée par M. Emile Haug.
Antérieurement, nous avons résumé, M. Léon Bertrand et moi, les résul-
tats de nos observations sur la région frontale de la grande nappe pyrénéo-
provençale du Cheiron ( - ) dont nous avions indiqué les limites.
A la fin de Tété dernier, j'ai eu Toccasion détudier, avec une attention
particulière, la région comprise entre Saint-Auban et Végay, d'une part,
entre Caille et Test de Gréolières, d'autre part. Les profondes vallées créta-
cées du ruisseau de la Faye et de la Gironde, tous deux affluents du haut
Estéron, forment la limite nord de cette sorte de rectangle. La haute vallée
du Loup, jusqu'au coude brusque que fait ce cours d'eau vers le sud sous le
promontoire jurassique de Cipières, en forme la limite méridionale. Mes
observations dans cette partie des Alpes-Maritimes complètent et corro-
borent les données précédemment acquises sur le front de la nappe proven-
çale du Cheiron et fournissent de nouvelles précisions sur les dislocations
longitudinales qui affectent cette unité tectonique.
Front de la nappe., entre Végay et les Lattes. — L'étude des versants sep-
tentrionaux de la Montagne de Thorenc et de sa prolongation vers l'ouest,
la Montagne de Bleine, montre la continuation constante du déversement
au nord, qui apparaît si nettement dans la charnière anticlinale de Végay.
Quelques coupes de ces versants sont, à cet égard, très démonstratives. Au
nord et au nord-ouest du signal de Thorenc, par exemple, à la montée du
col de Bleine, dans les pentes au sud du ruisseau de la Faye, entre le ruisseau
et le col des Lattes, on voit, comme dans l'enlaille de Végay, le même plon-
gement au sud du Jurassique supérieur dominant et entraînant avec lui
TEocrétacé de la nappe. Les bancs du Jurassique moyen, froissés et réduits
dans le ^flanc nord de la digitation de Végay, n'apparaissent que dans
quelques boutonnières des Montagnes de Thorenc et de Bleine. avec un pen-
dage au S., très aigu, ou une allure quasi verticale. Mais le front, marquant
en direction la continuité de la digitation supérieure de Végay, est égale-
ment souligné par le plongement tantôt des calcaires berriasiens et valan-
giniens, tantôt des calcaires marneuxde l'Hauterivien de la nappe. Verticaux
(') Séance du 3 avril 1922.
(") Léon Bertrand et Antonin Lanquine, Nouvelles observations sur la tectonique
du sud-ouest des Alpes-Maritimes {Comptes rendus, t. 158, 1914, p. i46o).
SÉANCE DU fO AVRIL 1922. I025
OU subverticaux, en face des quelques maisons de la Faye de Mas, ces bancs
éocrétacés s'infléchissent et plongent au sud sous l(^.lui'assique supérieur du
col de Bleine. Le même mouvement se poursuit au sud du ruisseau de la
Faye et du hameau des Lattes, où le Barrémien plonge également sous les
termes les plus inférieurs du Crétacé.
^A ce bord frontal fait suite, vers le nord , jusqu'au chevauchement alpin
du signal de Harpille et de la- Montagne de Cliaramel,le synclinal crétacé,
en réalité dissymétri([ue, dirigé E.-W., dont le flanc méridional s'incurve
sous la digitation du Cheiron. Dans le Sénonien de cette large dépression,
qui forme le substratum de la nappe, j'ai pu vérifier la continuité de la
saillie anticlinale des calcaires turoniens jusqu'au-dessous du signal de
Saint-Auban.
Dislocations de la nappe et rcpei^cussions alpines. — Des dislocations d'ori-
gine alpine, dont la direction générale reste W.S.W. — P'.N.E.. amènent
la rupture de la nappe et les chevauchements vers le sud, ([ui jalonnent lé
contact anormal du Jurassique sur le Crétacé tout le long du flanc nord de
la vallée de la Lane. Ainsi les Calcaires Blancs recouvrent le Cénomanien
plongeant au nord au-dessus de la Ferrière, au rocher de Bleine et sous
l'escarpement du Bau de l'Aigo. Au niveau du contact, le Jurassique supé-
rieur est parfois très dolomitique et constamment broyé.
Une rupture de même nature apparaît sous le chaînon jurassique, paral-
lèle au précédent, qui constitue la bordure septentrionale de la vallée supé-
rieure du Loup. Dans la traversée du Bau Roux, au-dessus de Caille, de
même qu'au Pas de la Mule, leszones broyées de la base du Jurassique supé-
rieur sont particulièrement nettes; même constatation, le long de la route
de Thorenc au pont du Loup, au-dessus de la Haute-Valette. Si l'on
examine d'ailleurs le bord de l'escarpement jurassique depuis cette bastide
jusqu'au profond ravin que suit le vieux chemin de Gréolières au Plan du
Peiron, la rupture de la nappe vers le sud s'y montre accusée par un
broyage souvent intense. En plusieurs points même, la répercussion alpine
a déterminé des replis dans les calcaires du Jurassique supérieur, qui
constituent des charnières surplombantes au-dessus du Cénomanien du
flanc nord de la vallée du Loup.
A l'ouesl de la dépression élevée du Plan du Peiron. les deux segments
de la nappe du Clieiron, séparés par la vallée de la Lane, se fusionnent et
s'étalent pour donner la montagne du Cheiron. Les couches éocrétacées du
Plan du Peiron et les bandes de même âge, plus ou moins divisées, qui se
prolongent vers l'est sur les flancs jurassiques du Bas-Cheiron , se rap-
C. R., 1952, I" Semestre. (T. 174, N° 15.) 7^
I026 ACADÉMIE DES SCIENCES.
portent évidemment à des synclinaux dans la nappe. Mais il semble pro-
bable qu'une notable partie du Cénomanien, depuis l'ouest de la Perrière
jusqu'au-dessous du Jurassique broyé des Champs Gelés, appartient, au
contraire, au substratum de la nappe. La présence et l'allure des lambeaux
de Crétacé supérieur, situés immédiatement sous le Jurassique de la Mon-
tagne de Bleine, confirment cette interprétation. Eu outre, une autre
confirmation résulte de la considération des plongements du Cénomanien
et du Barrémien au voisinage du clievauchemcnt vers le sud du Jurassique
des Champs Gelés. Au nord, le Cénomanien plonge à l\^° sous les Cal-
caires Blancs broyés; au sud, il s'enfonce avec la même inclinaison sous le
Barrémien et l'Hauterivien de la nappe. On retrouve donc ici le Crétacé du
substratum, plus ou moins plissé, comme à l'extrémité occidentale des
mêmes segments de la nappe provençale situés sur la feuille de Cas-
tellane(').
Au reste, en quelques points du flanc sud de la vallée de la Lane et à
l'entrée nord de la due de Gréolières, le Jurassique supérieur et le Berriasien
forment des charnières tournées au nord et surplombant le Crétacé infé-
rieur. Ces replis peuvent être rapportés à une digitation de la nappe située
en arrière de celle du bord fro.ntal.
Enfin plusieurs accidents rapprochés et continus, malgré leur aspect
isolé, jalonnent l'étroit chenal creusé par le Loup dans la partie haute de
son cours, entre Andon et Gréolières. Ils sont dus aussi à des répercussions
alpines et intéressent la bordure nord d'un troisième segmenl, plus méri-
dional encore, de la nappe, le chaînon del'Audibergue. C'est, par exemple,
le paquet jurassique au nord du Pont-du-Loup; c'est la rupture située sous
la Haute-Valette, amenant une mince lame de Crétacé supérieur sous les
bancs du Portlandien chaviré. L'accident du Castellaras d'Andon, qui
apparaît comme une simple cassure, se rattache à ces répercussions de faible
importance.
L'étude de tous ces faits met en évidence la fragmentation plus ou moins
accentuée de la nappe provençale du Cheiron par les mouvements alpins.
Dans cette région, cependant, les répercussions alpines ont conservé les
grandes directions tectoniques des charriages antérieurs.
(') Cf. W. KiLUN et A. Lanquine, Sur les complications tectoniques de la partie
sud-est des Basses-Alpes {régionde Castellane) {Comptes rendus^ t. 161, iQiS, )3. 98).
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. IO27
GÉOPHYSIQUE. — A propos du (fermer tremblement de terre provençal.
Note de M. Adrien Guébhard.
Mieux est acquise pour la Sismologie rindépendance causale des mani-
festations sismiques et volcaniques, plus est intéressante à vérifier la réalité
de coïncidence des zones de tremjjlements de terre avec les grandes lignes
de fracture volcanisées intéressant toute l'épaisseur de la croûte ter-
restre ('), surtout en bordure des fosses abruptes d'effondrement des
massifs éruptifs anciens ayant constitué les pièces de joint, à contours
stellaires, des grands ovales élémentaires dont la soudure plus ou moins
complète a laissé un certain jeu à la première enveloppe flottante de la
pyro sphère.
Or c'est précisément le cas (-) de l'alignement en guirlande jalonnée de
taches labradoriti([ues miocènes qui, de Monaco, par Biot, Foulon, Aix,
rejoignant le Plateau Central, constitue près de la moitié d'un grand ovale
dont j'ai, en conclusion d'une Suite de considérations antérieures (^), établi
le rôle méconnu de vraie ligne directrice de toute Forogénie des Alpes occi-
dentales.
C'est que, sur le flanc raide de l'ancienne crête éruptive arasée qui limite
aujourd'hui la seule moitié restée en activité de l'ancien géosynclinal
géminé dont la partie nord n'est que depuis la fin du Pliocène totalement
émergée, reste appendu le retroussis de fond de besace C) qui, constam-
ment tiré en bas par l'abondante concentration des produits de démolition
torrentielle des Alpes, a tendance, dès que la souplesse vient à lui man-'
quer (^) pour obéir automatiquement aux sollicitations de l'isostasie, à
procéder par dcrapements brusques, décrochements verticaux, strictement
(•) Voir ma Note du 3 octobre 19^1, sur Les vraies « lignes directrices » de foro'
génie terrestre {Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 592).
(-) Voir la figure (p. 698 ), de la Note précitée.
(^) Voir, notamment, A propos de l'écorce résistante {Comptes rendus, t. IGG.
1918, p. 420); Sur la notion de géosynclinal {Ibid., p. 498, i figure): A propos du
volcanisme {Ibid., t, 167, 1918, p. 955, 2 figures). — ISotes provençales. W . p, 3 et 6-
VII, p. 12 ; etc.
(*) Voir Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 455, fig. i.
(^) Quoique ces portions les plus profondes de l'écoree en restent aussi les plus
minces, elles n'en obéissent pas moins à la loi d'épaississement qui, même si elles se
rapprochent du centre, les éloigne de l'isogéotherme de solidification et de l'état de
semi-plasticité qui leur a permis très longtemps d'obéir sans déchirures aux poussées
antagonistes de la dilatation du magma et de la pesanteur gravitationnelle.
I02^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
liiinl(;s |»;u' les oxigences de l'équilibre hydrostaliqnc La saccade a généra-
lement un caraclère local sussulloire et si elle succède à un état de faux
é(inilil)i'e suflisamnicnl prolongé, le déplacement relatif de la lèvre conti-
nenlalc allégée [)ar rapj)ort au niveau marin peu ou point changé est enre-
gistré sous la l'orme d'une de ces p/agrs souhrécs qui font justement l'objet
<l(' lanl (le belles éludes.
I^n tout cas, ce genre de sismes, à peine épirogéniques, dus au dé{)lacc-
ment relatif des parois alVrontées de géosynclinaux distincts, n'a rien de
commun avec les grandes catastrophes orogéni{|ues provoquées (') à l'inté-
rieur (les cuvettes géosynclinales et en pleine masse sédimentaire par la
chasse fatale des dépôts plastiques ou plastiliables sous l'accroissement
excessif des superfétations su|»érieures. Le [)oinl de dé|)art de ces sismes-là
doit être le |)lus souvent dans l'os fosses ombilicales du large des grands
océans et l'atténuation de plus en plus grande des surchaiges sédimentaires
doit en lenâie l'éventualité de moins en moins redoulable.
Ml':'l'É0l50L0(ili;. — Ar.v iirand.v mouvrments de l' atmospltère et /((prévision
(lu icmps. Note de M. Paiii- (iAi<iti<i4>r-LA<;KANc.i<:, présentée par
M. (ieorgcs Lemoine.
Depuis deux ans, nous suivons jour par jour les grands tnouvemcnts de
l'atmosphère sur une surface aussi étendue que possible et nous les avons
toujoui's trouvés conformes à la théorie (jne nous avons exposée à diverses
reprises. Nous rappellerons brièvemenl les faits constatés. Il y a des mou-
vements irensemble (pii se poursuivent pendant un cei tain temps clans un
sens et avec une intensité nettement déterminés. Pendant un mois moyen,
il y en a généralement quatre, mais pendant certains mois, notamment en
décembre 1921, il semble n'y en avoir que deux principaux. Nous les avons
rapportés à la Lune, parce qu'ils coïncident moins avec les phases qu'avec
les périodes de la révolution draconiti(jue. Ces mouvemenls sont dès lors
eux-mêmes périodicpies. mais l'action lunaire n'est point telle que l'on croit
généralement. La Lune ne fait ni monter ni baisser aucun élément météoro-
logique, notamment le baromètre; elle entr.iine des zones entières de
l'hémisphère dans des sens déterminés et il en est de même de toutes les
actions extra-terrestres. Au-dessous du 3o'" parallèle, dans les régions
(') J'ai iir-vi'loiipé cette lliéorie |)li>si(|iie du (liaslr(i|»lii-iiue cttrtical tMi Icnite nue
série de Notes doiil je me Ijorne à citer celle du .\ juillet 1919, Sur Le iiiocle de ih'cU'ii-
çhenicnt du iliaslroplnsiiw vorlicol {ComnWs rendus, l. 108, 1919, p, i3?,7).
SÉANCE DU lO AVRir. Vj12. I02f)
inleriropicaies, le phc-iiornèiic est plus simple cl plus régulier; au-dessus
du 3()'", il se coiiipli(pie, mais il est encore très apparent sur les régions
lempéiées et jiiscprau 'jcf parallèle, où nous avons poussé notre étude, nous
avons constaté quatre mouvements cpii se ressemblent deux à deux, aux.
lunistices et aux é(|uilunes.
Nous avons dit, dans nos [)récédentes ComMuinicalions,(|ue ratm()S[)lière
éprouve comme une sorte de respiration cpii fait monter et descendre
allernativemeni des zones entiér(!s de riiémisphère cl ces inoiivciiicnts sont
en ra[)port avec les déclinaisons lunaires. Il est peut-être pi-éléi-ahle, dans
nos régions et notamment sur le méridien de Paris, de parler du sens positif
ou négatif des transformations en appelant positives celles qui se produisent
de la droite vers la gauche, et négatives les Inverses. Dans cette manière
d'envisagei' les situations successives, le mouvement serait positif aux deux
lunistices et négatif aux écpiilunes.
(^uoi (pi'il en soit, il résulte de ces considérations une conception nou-
velle de la prévision du temps, ([m doit surtout déterminer les transforma-
tions générales de l'atmosphère et les rattacher à leurs conditions d'exis-
tence. Pour cela une carte bien tracée des pressions sur une surface aussi
étendue ([ue possible est nécessaire; mais lorsque nous Taurons établie,
nous pourrons (h'terminer dans (piel sens se produiront les mouvements
généraux, tenant à la prévision elle-même, elle résultera sur chaque
méridien et sur chaque parallèle de la situation particulière déterminée
par la carte et de la position des aires de haute et basse pression. On pourra,
d'après la carte et d'a[)rès les principes (jue nous avons posés, délinir dans
quel sens ces aires seront entraînées, combien de temps chaque mouvement
durera et celui par lecjuel il sera alors remplacé.
Les répercussions sur les autres éléments météorologicpies, tempéialure,
|)luie, etc., sont une suite de ces transformations. Au point de vue de la
température notamment, les |)rincipales vagues de froid tpii ont marqué
riiiver I9'2i-i922 sont facilement explicables : surtout rabaissement du
début, vers le i'' décembre, où le thermomètre est descendu à Paris le
28 novembre à — 9", 2, alors cju'il ne remontait l'après-midi qu'à — /\°,i'^
l'abaissement de février (|ui a été marcpaé le 8 par un minimum de — 9**, 3
avec maximum de — 3^,6 et celui très sensible des enviions du 20 mars,
en tout semblable, quoi(pie moins fort, à celui du commencement de
l'hiver.
L'étude attentive de ces diverses périodes montre (pi'il faut faire sur
nos régions une grande différence entre les froids (pii nous viennent du
NW, de l'Islande et du (iroenland et ceux ipii sont dus au rattachement
Io3o ACADÉMIE DÈS SCIENCES.
du maximum de pression des Açores avec le maximum sibérien. Les
premiers, comme je l'ai montré à diverses reprises, sont humides; ils ont
surtout sévi au commencement de décembre et au milieu de mars. Les
seconds au contraire sont secs et influencent surtout les minima. Ce sont
ceux que nous avons ressentis en février, tandis que janvier a été marqué
par des mouvements peu intenses.
Ces diverses constatations, jointes à celles que nous avons faites anté-
rieurement, montrent que les mouvements dus à la déclinaison de la Lune
se superposent à un mouvement plus général et plus lent qui entraîne
Patmosphère de l'Ouest à l'Est, à raison de i** par jour. La situation se
transforme ainsi peu à peu et se désagrège lentement, comme si dans les
hautes latitudes la Lune n'avait pas une action immédiate et complète.
Ces réserves faites, il est possible d'expliquer les principaux mouvements
de l'hiver 1 921-1922 et l'on eût pu prévoir la durée et le caractère des froids
que nous avons subis et le réchaufTement anormal de janvier.
On eût pu également prévoir l'arrivée subite et inattendue le 6 novembre
192 1, d'un minimum barométrique sur le sud de l'Angleterre et sur le
Danemark; mais ici on peut aller plus loin et, en comparant la situation
analogue du 8 mars dernier, déterminer en quoi elles diffèrent et comment
elles se résoudront l'une et l'autre. II eût donc été possible de les prévoir,
mais comme elles se sont produites à deux périodes opposées du mouvement
en déclinaison de notre satellite, la première était accompagnée d'un
mouvement des hautes pressions descendues du Nord, tandis que dans la
seconde les hautes pressions venaient surtout du Sud. On eût donc pu
annoncer le 8 novembre un refroidissement et à l'inverse un réchauffement
le 8 mars.
Je n'ai pas l'intention d'insister aujourd'hui sur les mouvements horaires.
Je les ai montrés (Jans l'étude de la marche diurne des éléments météorolo-
giques, corroborés depuis notamment par la discussion des observations du
vent à la Tour EilFel. 11 y a là des constatations très intéressantes et très
utiles à l'aNialion. Les cartes les plus complètes que nous avions à ce sujet
et qui se rapportent à la situation de 7 heures du matin et de G heures du
soir, gardent d'ailleurs la trace de ces phénomènes, et il me suffira de rap-
peler à ce sujet les cartes du 18 janvier 1922 et des jours qui précèdent et
qui suivent dans lesquels la Lune passe à côté ou au-dessus du méridien de
Paris dans la carte du matin. Or il est très apparent que le mouvement qui
est négatif, la Lune étant dans l'équilune descendante, est plus fort le matin
et [)lus marqué dans la carte de r heures que dans celle de 18 heures.
En résumé, on peut conclure de nos constatations actuelles et de celles
SÉANCE DU 10 AVRIL I922.. Io3l
que nous avons précédemment exposées, que la connaissance des mouve-
ments généraux de l'atmosphère permet de déterminer le caractère des
périodes successixes au point de vue nolamment de la dislributioii des
pressions et des températures. Quant à la préxision proprement dite, elle
permet de Tauiéliorer notablement en déterminant les transformations qui
doivent se produire dans une situation donnée.
BOTANIQUE. — Température ultra-maxima supportée par les embryons
f/'Heliantlms anhuus L. Note de M. Edmo^sd Gain, présentée par M. Gas-
ton Bonnier.
Nos recherches antérieures ont montré que les semences à'' HeUanthus
annuus, dé variétés diverses, peuvent supporter pendant \ mois, une tem-
pérature de 60°, et donner, après semis en pleine terre, des plantes qui ne
diffèrent pas des plantes témoins ( ' ).
Des embryons de cette même espèce, âgés de 8 mois, et libérés de la
coque de la semence, peuvent supporter, sans dommage, une tem])érature
de 85°, alors qu'ils ne sont plus protégés que par une fine membrane sémi-
nale, intacte ou non. Cette expérience répétée avec des semences fraîche-
ment récoltées ne donne plus que des résultats irréguliers, et nous avons pu
constater que toutes ces graines peuvent être tuées ])ar un traitement direct
à 85".
Nous nous sommes proposé de vérifier jusqu'à quelle température
limite de la vie pouvait être conservée à l'embryon lorsqu'on fait
varier les conditions de dessiccation et de chauffage sec qu'on lui impose.
Les résultats obtenus nous permettent de conclure que la dessiccation
graduée et le chauffage par paliers, espacés par des périodes de repos et de
refroidissement de plusieurs heures ou de plusieurs jours, permettent
d'élever la température limite jusqu'à des chiffres qui nous paraissent
déliasser notablement ceux qui sont donnés par les travaux classiques.
Nous avons varié les graphiques de chauffage à l'étuve Wiesnegg avec
un jeu de brûleurs pouvant réaliser un réglage d'accroissement de la tem-
pérature. Les, lectures de température ont été faites simultanément sur
deux thermomètres à mercure. Ceux-ci au-dessus de i3o° peuvent accuser
de légères différences de 2° ou 3°; })Our éviter une cause possible d'erreur le
chiffre adopté était le plus faible. Les boules des deux thermomètres verti-
(') Edmond Gain, Comptes rendus Soc. Biologie, mai 192 1.
Io3a ACADÉMIE DES SCIENCES.
eaux étaient ])iongées dans des sacbels en gaze lâche d'abri. On n'utilisait
que la partie haute de l'étuve.
Les embryons étaient d'abord exposés à Tair libre, à la température du
laboratoire pendant i à 200 jours. Une exposition trop prolongée est sou-
vent défavorable à la résistance au chauffage. Celui-ci est réalisé en plu'
. sieurs étapes avec des paliers d'arrêt sur 80'' et 1 10°. Un troisième chauffage
permet de monter la tem])érature ensuite jusque i35° à i5o° avec maintien
de la vie et germination de certains des embryons traités.
Dans les cas les plus favorable., on constate toujours une inégale résis-
tance individuelle des embryons, choisis pourtant parmi les bien conformés.
Au fur et à mesure qu'on atteint les températures les plus élevées, le pour-
centage des germinations obtenues va en diminuant, et celles-ci manifestent
de curieuses anomalies. Les vai-iétés de semences du commerce offrent un
matériel plus ou moins homogène, et qui donne des surprises expérimen-
tales. Un facteur qui nous est encore inconnu, mais qui doit tenir aux con-
ditions de refroidissement ou de l'osmose au moment du gonflement, est
])eut-étre aussi la cause de certaines variations constatées. En mai 192 1, par
exemple, nous avons obtenu des germinations après traitement ultime à
i55", précédé d'un chauffage de i5 minutes, au-dessus de i4o°. Nous
n'avons pu retrouver depuis une seule résistance aussi exce])tionnelle. Les
résultats du chauffage dépendent d'ailleurs très nettement de l'énergie ger-
minative initiale des lots de graines soumis à l'expérimentation.
\otre dernier graphique thoiMiiique dont le tracé a été combiné en tenant
compte de nos observations antérieures, vient d'être appliqué à six lots
d'embryons d'origines différentes dont les énergies germinalives différaient
avant toul traitement de chauffage. Voici les résultats obtenus :
Températures supportées par les embryons isolés.
Tempéra Lu re.x N""
tJ 'f^e (!e cliaiifTagr des Nombrr ilc ;;eiininalii)ns oIUimuics.
Jj cliaulïji;c. à sçc, prélè- — — «i.»»» " ___^
(iiiinule?). max. vcments. i\" G6. N" G7. N" fiS. .N" G'.i. N" 70. N"71.
'Il o
■"' (à 110" ) . . . . nu i '5sur 5 5/5 4/5 lo/io lo/io 2/10
20 (iioo-iaô»).. 125 -2 5 » 5 4/5 4/5 i2/i5 19/20 i/io
7 (i25°-i35°). . i35 3 i5 » i5 9/10 7/10 9/15 12/26 o/5
3 (i35°-i '|5°). . 145 k 16 » 20 6/10 2/10 1/20 3/25 0/10
10 (i45'>-i5o°). . i5o 5 i3 » 25 0/25 0/25 o/i5 o/i5 0/10
4o (iio^-i5o°) Totaux 54 sur 7.0 2^/55 17/55 32/y5 44/95 3/45
77 Vo i3Vo 3oVo .4^7.. 46 7o r.<'/„
l'iopoiliini
des graines
qui
onl pu
jeriiici'
' -
-
36/45
So
Vo
45/60
75
/o
52/80
65
/o
28/95^
29
7o
i3/i i5
1 1
7o
174/395
44 "/o
SÉANCE DU lO AVRIL I922. Io33
Poiii- le loi (ioiiL réiiergic geriiiiuative est la meilleure (loi 11" (iG) les
proportions de germes obtenus atteignent, comme on le voit, 80 pour 100
â 145" et encore 5 ■>, pour 100 à i5o". Ce résultat est rarement obtenu. Après
une année d'expérimentation, nous pouvons affirmer (|ae l'on obtient sou-
vent 2 à 5 pour 100 d'embryons cboisisdT/e/mwMw^ qui résistent à un chauf-
fage en paliers qui atteint Il\d°.
Malgré leurs anomalies de plantules carencées, (|ui apparaissent d'ail-
leurs dès les traitements à 100" ou i lO"*, certains de ces germes ont pu vivre
et se développer pendant trois mois en terre. Ils n'ont pas pris l'aspect de
plantes normales, mais cette étude est continuée et nous reviendrons sur ce
sujet.
Le fait essentiel c'est que des embryons peuvent passer à la vie active
après avoir subi des cliauffages maintenus parfois 3o minutes au-dessus
de 130*^, et poussés par paliers jusqu'au delà de i5o°.
Les notions classiques relatives à la résistance des mitochondries, el aussi
nos connaissances actuelles sur certaines propriétés physiques de la cellule
vivante, semblent en discordance avec les résultats expérimentaux que nous
présentons ici.
CHIMIE VÉGÉTALE. — .4 pi'opos du « j'évcit de la lerre arable r>.
Note de M. A. Petit, présentée par ÎM. Costanlin.
Sous le titre : Le réveil de la lerre arable^ M. A. Lumière a communiqué
à l'Académie des Sciences (') l'observation suivante : ayant prélevé, au
mois de novembre, un échantillon de terreau utilisé dans un jardin au cours
de l'été précédent el l'ayant divisé en deux lots identiques, l'un fut soumis
à des lavages répétés à l'eau distillée, de façon à entraîner la plus grande
partie des produits solubles qu'il pouvait contenir, tandis que l'autre fut
simplement arrosé avec une eau distillée de même provenance.
A la température du laboratoire, on a vu apparaître, en quelques jours,
à la surface de la portion lavée, et végéter avec une grande rapidité, les
petites herbes qui se développent habituellement au printemps, tandis que
la fraction de terreau qui avait été seulement abondamment arrosée demeu-
rait stérile.
Le lavage avait donc éliminé des produits s'opposant à la germination
des graines.
Je me permets de rappeler que j'ai mentionné une constatation de même
(') Comptes rendus^ t. 171, 1920. p. 8GS-871.
I034 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nature dès 1909, dans un Ouvrage intitulé : Principes généraux de la cul-
ture des plantes en pots. On peut en effet y lire ce qui suit à la page 60 :
Le terreau peut encore être préjudiciable à la végétation par sa richesse en matières
solubles, comme le prouvent les expériences suivantes. Des Calcéolaires furent cul-
tivées coiïiparativement dans du terreau de couches ordinaire et dans ce même
terreau débarrassé d'une partie de ses matières solubles par un lavage modéré; la
culture eut lieu en serre, en pots de 17"=" de diamètre, et le terreau fut amené chaque
jour, par pesée, à contenir une quantité d'eau déterminée, égale aux y^ de celle qui
était nécessaire à sa saturation. Voici les résultats obtenus :
Poids de 5 plantes.
Terreau ordinaire , 126s
Terreau lavé , i5i8
Un essai semblable, efTeçlué avec l'Héliolrope, mais dans lequel le lavage du terreau
fut plus limité, a conduit aux résultats suivants :
Poids de G plantes.
Terreau ordinaire. 280S
Terreau modérément lavé 3i is
Le préjudice causé quelquefois à la végétation par l'introduction d'une trop forte
proportion de terreau de couches dans les mélanges terreux tient donc bien, en
partie, à sa richesse en substances solubles.
PHYSIOLOGIE. — La différenciation des phénomènes de choc par contact.
Note (') de M. W. Kopaczewski, présentée par M. d'Arsonval.
En se déclarant d'accord avec notre théorie d'anaphylaxie et de certains
chocs par contact où nous avons attribué un rôle capital à la floculation
micellaire, certains auteurs ont ensuite généralisé cette théorie et consi-
dèrent cette floculation comme cause de tous les chocs par contact. A la
base de cette généralisation se trouvent deux expériences : l'une sur le mé-
canisme de l'action protectrice de l'oléate de soude que nous avons signalé
en 1917 à propos du choc par le sérum de la murène (^) et en 1919 à propos
du choc anaphylactique (^) ; l'autre, sur la possibilité de substituer les
substances floculées ou Acculantes les unes aux autres pour réaliser la pro-
tection contre les phénomènes du choc, de sorte qu'un animal, ayant sur-
vécu à l'un des chocs par contact résiste ensuite aux chocs ultérieurs (').
(^) Séance du 20 mars J922.
(^) W. Kopaczewski, Comptes rendus, t. 165, 191 7, p. 725.
(^) W. Kopaczewski et A. Vahram, Comptes j-endus, t. 169, 1919, p. 25oi
(*) A. Lumière, Co?7iptes rendus, t. 173, 1921, p. 53oi
SÉANCE DU lO AVRIL 1922. lo35
A cette seconde affirmation, on a apporté tout récemment (' ) une res-
triction, en supposant que cette protection mutuelle n'est que passagère
(d'environ 20 heures), qu'elle n'est qu'une « accoutumance momentanée ».
Néanmoins, durant ce court laps de temps, l'animal est protégé, d'après
ces auteurs, « contre tous les chocs ».
Nous avons eu l'occasion de constater que cette affirmation n'est pas
confirmée par les faits.
Voici nos expériences :
Un lot de cobayes est sensibilisé par une injection sous-cutanée de o'^'"', 01 du
sérum antiméningococcique (Institut Pasteur); quarante jours après les cobayes témoins
meurent en convulsion typiques à la suite d'une injection intrajugulaire de i''"',o
de ce même sérum ; l'injection de o^'"',5 ne produit chez d'autres cobayes que des
symptômes dune anaphylaxie passagère (mastication, démangeaisons, émissions
d'urine, inquiétude, tremblements, quelques sursauts, convulsions et puis tous ces
symptômes disparaissent complètement. Lorsqu'on injecte une heurfe après cette
disparition dans la veine des animaux survivants soit i'^'"' de Kaolin à i pour 100
suspendu dans unesolution physiologique, soit 4""' de l'hydroxyde de fer colloïdal pur,
dialyse douze jours ( K 8,1 . 10-*) non stabilisé et non isolonisé, on provoque la mort
foudroyante de ces animaux. Certaines de ces expériences, faites au début de 1920 avec
M. Comandon, ont été enregistrées cinématographiquement.
Nous nous sommes assurés depuis que les animaux ayant survécu au
choc anaphylactique léger ne sont nullement protégés contre les chocs
produits par l'introduction de doses massives soit de Foléate de soude,
soitde la peptone, soit des suspensions mécaniques, soit enfin de certains
colloïdes, tels que l'hydroxyde de fer, brun dç Bismarck, vert direct, etc.
Ainsi on ne peut pas substituer les unes aux autres les substances capables
de déclencher les phénomènes de choc par contact, pour réaliser ainsi une
protection mutuelle contre les chocs ultérieurs.
Cela ne veut pas dire que certains chocs par contact, dans certaines con-
ditions, ne soient pas de nature à protéger certains autres chocs consécutifs ;
il y a là une spécificité dont la nature est loin d'être chimique, comme on
suppose, à la suite d'un dogme suranné de la spécificité chimique de ces
phénomènes. Les recherches que nous poursuivons actuellement permettront
peut-être de mieux connaître cette spécificité.
Examinons les expériences concernant le mécanisme de l'action protec-
trice de l'oléate de soude. Nous avons expliqué ce mécanisme par l'abais-
sement de la tension superficielle produit par cette substance et le retard dans
(') A. LuMiliRE, loc. citi, sub. o.
Io36 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'apparition de ia floculation micellaire ('). Certains auteurs considèrent
quel'oléatede soude forme avec les sels calciques du sérum, des savons in-
solubles et que le prccipilé ainsi formé agit à la manière de petites doses.
Mais ces expérimentateurs ont complètement perdu de vue un fait capital :
l'hémolyse intense que provoque l'oléate de soude non seulement in vitro,
mais encore in vivo. C'est par celte hémolyse que s'explique tous les faits
cités par ces expérimentateuis, à savoir :
1° La production du choc par les fortes doses d'oléate de soude en injec-
tions intraveineuses ;
2° L'aggraAation du choc [)ar les suspensions mécaniques, en piéçence de
cette substance, et eniin :
3° L'impossibilité de supprimer /oZa/eA/ze/zZ le choc par l'oléate de soude
par une ligature de deux carotides.
Effectivement, l'oléate de soude produit la mort par injection intravei-
neuse, nous l'avons constaté avant d'appliquercette substance pour protéger
les animaux contre les chocs par le sérum de la murène et puis contre le
choc anaj)hylactique ( - ). Mais en même temps, nous avons observé des faits
qui n'ont pas été cités par d'autres auteurs, et notamment :
Lors(|u'on injecte 2'''" , ."> d'oléate de soude à i pour loo à un cobaye, les symptômes
morbides ([u'on déclenche ainsi difTèrenl sensiblement du tableau symptomalologiqiie
d'anapliylaxie, on y voit des tics de tête très fréquents (i5 à 20 par minute) des mou-
vements autour d'un axe, des troubles d'équilibre, de la polypnée, des mouvements
désordonnés des yeux ; à une rémission, 011 l'animal semble devenir normal, succède
une nouvelle phase d'excitation ; souvent l'animal ne meurt (|ue le lendemain. A l'au-
topsie, on constate le laquage du sang.
Par conséquent, au lieu de s'abandonner aux hypothèses de la flocula-
tion des sels calciques du sang par l'oléate de soude, il est beaucoup plus
plausible d'invoquer le fait brutal et net, d'hémolyse des globules rouges
par les savons. Alors, rien donc d'extraordinaire que le choc par les suspen-
sions soit aggravé en présence de l'oléate de soude, grâce à Thémolyse con-
comittante intravasculaire ; rien de surprenant que la ligature des carotides
soit incapable de supprimer Thémolyse ailleurs qu'en territoire isolé.
En résumé, les faits relatés constituent des arguments complémentaires en
faveur d'une différenciation des chocs par contact ; actuellement déjà, il existe
une hase expérimentale pour distinguer parmi eux /e Cfioc cellulaire ou ana-
(') W. KoPACZEwsKi, Arch, de Physique biol., 1922.
(^) W. Koi'AcziîwsKi, Ann. de flnstilut Pasteur el loc. cit.^ sub 2.
SÉANCE DU lO AVRII. I92.2. loSy
PHYLACTiQUE, nécessitant un temps d'incubation, et un ciio<; himorai. qui se
déclenche immédiatement. Parmi les chocs humoraux, on distingue le choc
FLOCui.ANT, le choc LYiii.uK et le choc thromrop[.astioui:(').
PHYSIOLOGHE. — La respiration maximum aux très hautes altitudes.
Note de M. Raoul Baveux, présentée par M. Roux.
La notion de respiration maximum , récemment introduite en physio-
logie par i\l. Pech, ref)r('sente le plus grand volume d'air instantané qu'un
sujet est capable de débiter en une seconde. Il y a un maximum inspiratoire
et un maximum expiratoire. Ces deux quantités peuvent être égales ou
inégales, selon l'état du sujet en expérience. Différente d'un individu à
l'autre, la respiration maximum est fixe pour chacun d'eux en état de
repos.
Pour qu'on la détermine, le sujet, porteur d'un mas([ue spécial, effectue
quelques mouvements de respiration avec toute la vigueur dont il est
capable. Le volume de l'air ainsi mis en mouvement est indiqué par un
manomètre, relié au masque, et gradué en litres par seconde. NL Pech a
constaté que, dans les états congestifs du poumon, la respiration maximum
est diminuée à l'expiration, ce qui signifie que le poumon se vide moins
activement qu'il ne se remplit. La diminution aux deux temps peut même
exister, traduisant une diminution de la respiration totale.
J'ai pensé qu'il serait intéressant d'étudier les modalités de la respiration
maximum pendant un séjour à une très haute altitude. A cet effet, au cours
de ma treizième ascension du mont Blanc, j'ai pratiqué sur moi-même et
sur un autre sujet une série de déterminations qui font l'objet de la pré-
sente Note. Les comparaisons nécessaires ont été faites à Chamonix et à
Paris, au repos et après des exercices sportifs d'une durée égale et d'une
dépense musculaire comparable à celles que réclame chacune des étapes de
l'ascension du mont Blanc. J'ai voulu ainsi faire la part de la fatigue dans
les dillérences constatées aux hautes altitudes.
M. Pech avait fixé à 170*^' la respiration maximum d'un sujet de force
moyenne. Ce chiffre est trop faible pour les sujets entraînés aux sports.
Or, je pratique l'alpinisme depuis près de 25 ans. De même, Talpiniste
qui m'a servi de sujet avait déjà fait plusieurs ascensions du mont Blanc
et plusieurs séjours à l'Observatoire Vallot, Cela explique que nous ayons
(') AV. KoPACZEwsKi, Paris Médical^ ^92'^ n° i6, et Revue de Médecine, mars
1922.
Io38 ACADÉMIE DES SCIENCES.
fourni des chiffres supérieurs à la moyenne, en plaine. Au mont Blanc,
nous nous sommes sentis congestionnés l'un et l'autre, mais sans éprouver
le grand mal de montagne^ que j'ai décrit. Le Tableau suivant indique le
résultat de nos observations.
Respiration maximum^ en plaine, en ascension et au mont Blanc.
(La première des deux colonnes parallèles indique, en centilitres, rinspiration
maxinnum ; la deuxième, l'expiration.)
Premier sujet (D. R. l^x).
1921. Clianionix. Observatoire \allot (suite).
3o Juillet /400 325 3 Septembre 3oo 000
6 Août 4oo 35o 5 , « 3oo 275
Oxygénation 4oo ^75 Oxygénation 35o 32.5
7 Août 400 36o 6 Septembre 35o 325
8 » 4oo 35o 9 » ....... 325 3oo
9 » 4oo 35o II » 325 325
^5 » ^0° ^75 Chamonix['^tVoxxv).
Bionassay {i^hG^). i4 Septembre 425 425
18 Août 375 325 Oxygénation 45o dj^^o
Tête Rousse {Zi-o^^). 19 Septembre 4oo 4oo
19 /Voûl' 35o 3oo 1922. Paris.
.^1 • ,D I \ 1*^^' Janvier 4"0 375
Chamonix (Retour). ^ '
20 yVoût 425 425 Après course à bicyclette
23 )) 4ou 375 (8o>^'" en 7 heures) :
Obser-vatoire Vnllot{^?,-;o-^), Le soir 375 35o
i3 Mars (matin) l\00 4oo
3i Août 325 275
i^' Septembre 325 25o ^^P^ès course à bicyclette
2 » 3oo 200 (72k'" en 7 heures):
Oxygénation 33o 3oo Le soir 4oo 35o
Deuxième sujet (M. P. -F. Nr),
1921. Chamonix. Observatoire Vallot (suite).
25 Août 3io 3oo 3 Septembre 225 225
26 » 325 300 4 « 25o 225
27 » Course en montagne 5 » 25o 25o
28 » 35o 325 7 « Ascension du sommet
Observatoire Vallot. d" '"onl l^'a"c (48io»).
3i Août 275 25o 8 Septembre 275 275
I" Septembre 225 225 1922. Pans.
2 » 2 DO
225 Novembre 3^5 325
SÉANCE DU lO AVRIL I922. loSg
De l'ensemble de ces chiffres, dont la régularité est notable, je crois pou-
voir tirer les conclusions suivantes :
i^ A l'altitude, le début respiratoire maximum àim'mue. Cette diminution
porte d'abord sur l'expiration (Chamonix, io5o™), pour affecter ensuite les
deux temps à des altitudes plus élevées (Bionassay, Tête Rousse, mont
Blanc). Plus l'altitude s'élève et plus le débit maximum diminue.
2° La fatigue n'intervient que pour une part très faible dans cette dimi-
nution. Ainsi, mon débit maximum était diminué aux deux temps au
Glacier de Bionassay (245o'"), où l'on accède par un chemin de fer à
crémaillère; d'autre part, les plus fortes diminutions ont été enregistrées
à l'Observatoire du mont Blanc, pendant le séjour à l'état de repos.
3^ Il est notable que le retour à une altitude plus basse (même avec la
fatigue qu'il comporte) donne au débit maximum une valeur plus forte
qu'avant l'ascension (D. R. Bx, i4 septembre; M. P. -F. Nr, 8 septembre).
Ce résultat concorde avec celui que j'avais obtenu jadis par l'étude des
valeurs spirométriques(*).
4° Les injections sous-cutanées d'oxygène ramènent vers la normale le
débit maximum diminué par l'altitude (I). R. Bx, 6 août, 2 et 5 sep-
tembre). Elles exagèrent même le débit extrême obtenu au retour d'une
ascension (D. R; Bx, i4 septembre).
PHYSIOLOGIE. — Nicotine et les nerfs inhibitoires du cœur.
Note de M. W. Koskowski, présentée par M. Roux.
Nous ne croyons pas que des recherches aient été faites jusqu'à présent
pour reconnaître si les ganglions inhibitoires du cœur se trouvent en rap-
port direct trophiquc avec les pneumogastriques, c'est-à-dire s'ils repré-
sentent les terminaisons de ces nerfs, ou bien s'ils sont complètement indé-
pendants au point de vue trophique.
J'ai essayé de résoudre ce problème chez le chien en utilisant les méthodes
de la dégénérescence et delà nicotine, cette dernière imaginée parLenglcy.
Cette expérience nécessite la section des nerfs vagues au cou, ayant pour
but de provoquer la dégénérescence de leurs terminaisons cardiaques. La
double vagotomie au cou provoque toute une série de troubles très dange-
reux , qui ont été observés tout d'abord par Pawlow et ses élèves, Kaczkowski
et Czeszkow. L'expérience citée ci-dessous montre les difficultés auxquelles
on se heurte pour enrayer ces graves phénomènes.
(*) Comptes rendus, t. 172, (92:, p. 291.
Io4o ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'expérience a été faite en été (juin-juillet 1918) pour éviter l'influence
nocive du froid.
Le i""" juin, j'ai fait une fistule gastrique opérant sous morpliine et chloroforme.
Le II juin on a coupé le pneumogastrique droit, au-dessous du nerf lai yngé inférieur,
pour éviter le trop grand élargissement du larjnx et la pneumonie de déglutition. En
même temps on a pratiqué l'œsophagolomie. Le 22 juin on coupe le pneumogas-
trique gauche dans le cou, sans narcose, on en enlève environ 3*^"' ou 4'^"'- Dès ce
moment on prend toutes les précautions nécessaires pour conserver l'animal,
aussitôt après l'opération, le nombre des mouvements respiratoires est tombé à
six par minute, et à trois quand l'animal était au repos, jamais au-dessous. Les repas
fictifs ne donnèrent pas de sécrétion gastrique psychique. l*our éviter la putréfac-
tion et neutraliser l'excès d'acidité, on a lavé l'estomac tous les jours avec de l'eau
légèrement alcaline. Pour obtenir une sécrétion « secondaire » de suc gastrique, on a
introduit dans l'estomac du bouillon de viande ou un peu de peptone de Witte,
Les hydrocarbones n'étant pas digérés, le chien était nourri exclusivement de
viande fraîche ou bouillie, à raison de loo^ deux fois par jour. Après que l'œsophago-
tomie eût été pratiquée, les aliments étaient introduits par la fistule gastrique :
d'abord 1 008 de viande, ensuite /joop de bouillon (i*"? de viande pour i' d'eau).
Avant la deuxième vagotomie, le poids du chien était de 9450°; après, le poids varia
entre SSooS-gjoos,
Le 9 juillet, c'est-à-dire ij jours après la deuxième opération, on a fait l'expérience,
suivante :
Le jour de l'expérience, le chien est à jeun. Poids, Sooos, L'artère fémorale est
reliée avec le kyniographion. Pression sanguine, 124™'" Hg, Battements du cœur, 28
pour 10 secondes.
L'excitation des bouts périphériques des pneumogastriques par un courant même
très fort ne provoque aucun ralentissement du rythme cardiaque, ni aucun change-
ment de la pression sanguine.
On injecte dans la veine fémorale 2*''"' d'une solution à i pour 100 de tartrate de
nicotine et l'on constate :
1 seconde après l'injection de la nicotine, i4 battements du pouls par 10 secondes;
10 secondes après, 4 battements du pouls par 10 secondes (pression s'approche à o) ;
20 secondes après, 4 battements du pouls par 10 secondes (grande amplitude du
pouls, pression près de o);
3o secondes après, 7 battements du pouls par 10 secondes (grande amplitude du
pouls, pression i4o"^"^ Hg);
45 secondes après, 00 battements' du pouls par 10 secondes (petite amplitude du
pouls, pression 184"^"" Hg).
Après 67 secondes, la pression monte à 200'""' Hg. La respiration s'arrête. 2 minutes
20 secondes après l'injection, la pression tombe à 36"'"^ Hg, et après 20 autres secondes,
à o. Le chien meurt,
A l'autopsie, on trouve les bouts des vagues coupés épaissis et bien
séparés.
11 est évident que, malgré la dégénéresçe^cç des pneumoffastriqueson,
SÉANCE DU lo AVRIL I922. 1 o./j I
obtient, sous l'action de la nicotine, une courbe de la pression sanguine qui
caractérise l'action de cet alcaloïde, ce qui prouve que, malgré la vagotomie
et malgré la dégénérescence des pneumogastriques, les ganglions intracar-
diaques ont conservé leur pouvoir de réaction.
Ces ganglions ne peuvent donc pas être considérés comme des terminai-
sons des pneumogastriques, dont ils sont indépendants au point de vue Iro-
phique.
En même temps, l'expérience nous indique que la nicotine n'agit pas sur
le cœur par l'intermédiaire du pneumogastrique, mais directement sur les
ganglions intracardiaques.
HISTOLOGIE. — Le tissu lymphoïde de la valvule spirale de l'inlestin moyen
de /'Ammocœtes branchialis et sa signification morphologique. Note (')
de M. J. Mavvas, présentée par M. Henneguv.
Nous avons décrit antérieurement la disposition particulière du tissu
lymphoïde de l'intestin moyen des Myxinoïdes autour des vaisseaux
tributaires de la veine porte. Nous avons montré qu'il s'agit bien là d'une
rate difluse intra-intestinale.
Existe-t-il un organe similaire chez les Pétromyzontes?
La question de savoir si une rate existe chez les Cyclostomes s'est posée
bien des fois; elle a été généralement résolue par la négative, sa recherche
ayant été faite de préférence chez les animaux adultes. Il nous a semblé
plus logique de faire d'abord l'étude embryologique de la région où appa-
rait régulièrement la rate chez les Vertébrés, de suivre pas à pas le dévelop-
pement de cette zone splénique et de voir ce qu'elle devient chez l'adulte.
Déjà chez un Ammocœtes de 5'"" on. observe l'apparition autour de la
veine porte intestinale d'un manchon de tissu lymphoïde indifférencié, étalé
dans le sens de la courbure intestinale. Bientôt, ce tissu lymphoïde aug-
mente de volume à tel point qu'il forme une masse lymphoïde indépen-
dante, s'étalant dans la profondeur de la paroi intestinale, dans la région
où elle est traversée par le canal cholédoque.
C'est sur les larves de P. flmiatilis {Ammocœtes Br.) longues de lo'""' à
20™™, qu'on observe le mieux l'évolution de ce tissu lymphoïde. Au stade
de 20"'™, l'organe lymphoïde est constitué. 11 demeure dominé par la veine
porte et par ses branches, il s'insinue entre les deux bourgeons intestinaux,
n n'a plus alors qu'à s'étendre autour des tubes pancréatiques qui viennent
(') Séance du 3 avril 1922.
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N- 15.) 74
loZjs ACADÉMIE DES SCIENCES.
de se détacher de FinLestin, pour acquérir sa forme définitive. En effet, à
partir de ce stade, et qu'on l'étudié comme nous venons de le faire, sur des
larves de 5*^™, 6"^'", 7*"", lo'^'", 12'"' et i4"™, Forgaue est constitué. 11 forme
la partie essentielle de ce qu'on appelle depuis llathke (1826) la valvule
spirale.
Cette valvule spirale a fait l'objet d'un grand nombre de travaux, parmi
lesquels il convient de citer ceux de l'^dinger, Bizzozero, Giglio-Tos,
Neuville, M'"*' Drzewina; mais, dans tous ces travaux, les auteurs n'ont eu
en vue que le rôle que pouvait jouer ce tissu lymphoïde, dans la genèse des
globules blancs ou rouges; on l'étudiait au même titre que celui qui existe,
par exemple, autour et dans le rein du même animal ( ' ).
Analysé histologiquement, l'organe lymphoïde de la valvule spirale de
l'Ammocœte présente à considérer : 1° un tissu lymphoïde; 2*^ un système
de vaisseaux et de sinus sanguins; 3" im système conjonctif cloisonnant.
L'ensemble de l'organe forme un large cordon, entouré par l'intestin
invaginé, et réuni au péritoine, par un mince tractus conjonctif. Le
tissu lymphoïde, essentiellement constitué par des lymphocytes du type
mononucléaire, entoure la veine porte d'un manchon volumineux, de là
s'irradient, vers la périphérie de l'organe, une série de cordons pleins, ayant
la même structure. Ces cordons s'anastomosent entre eux. L'espace laissé
libre par le tissu lymphoïde est occupé par des capillaires sanguins en petit
nombre et surtout par des sinus caverneux remplis de sang et de cellules
jeunes, à petits noyaux très colorables. Enfin entourant l'organe, une
épaisse paroi conjonctive, envoyant régulièrement vers l'intérieur des
cloisons plus ou moins épaisses. La paroi a une structure lamellaire; entre
les lamelles, il existe un riche réseau de capillaires sanguins. Les lamelles
détachées pénètrent dans l'intérieur de l'organe; elles sont doublées par
des cellules endothéliales. Elles forment des cloisons incomplètes et déli-
mitent les sinus sanguins.
Si nous nous demandons maintenant quelle est la signification morpho-
logique de la valvule spirale, l'étude histologique et embryologique que
nous venons de faire nous autorise à répondre que la valvule spirale cor-
respond à la rate des autres Vertébrés. Embryologiquement, même origine
et même zone de développement. Histologiquement même structure : paroi
et cloisons conjonctives, sinus sanguins, cordons lymphoïdes, amas lyni-
phoïdes, le tout se développant autour de la veine porte.
La rate des Petromyzontes est donc plus compliquée que celle que nous
(') Cependant M ™« Drzewina (1906) compare la valvule spirale aune glande hémo-
lymphatique.
SÉANCE DU lo yVVRIL I922. Io43
avons décrite cliez les Myxinoïdes, elle al teint son plus haut degré de per-
fectionnement chez les laives de 10'"' à 12*''", pour rétrograder ensuite au
moment de la métamorphose.
ZOOLOGIE. — Histolyse et Phagocytose musculaires dans le cœlome des
Néréides à maturité sexuelle. Note de M. Armand Dkhorne, [)résentée
par M. F. Mesnil.
Nos recherches ont été effectuées à la fois sur les formes néréidiennes et
hétéronéréidiennes d'un assez grand nombre d'espèces. Comme les résultats
obtenus sont absolument identiques chez toutes celles-ci, nous ne croyons
pas utile d'en donner ici la liste. Vjoutons encore qu'au point de vue qui
nous occupe, nous n'avons relevé aucune différence entre les Néréis mûres,
mais ne présentant pas encore de métamorphose externe, et les Hétéro-
néréis.
On trouve en liberté dans le cœlome des individus à maturité sexuelle de
singuliers fuseaux, qui sont manifestement de nature musculaire. Ils
prennent en effet les mêmes colorants, et dans la même mesure, (|ue les
muscles du corps ; leur structure est fibrillaire comme celle de ces derniers.
Ce sont des morceaux de fibres des muscles longitudinaux ou obliques pro-
venant de régions où ils sont soumis à une destruction partielle.
Quelques-uns sont particulièrement volumineux et se laissent d'autant
plus vite homologuer. Aucun noyau ne les accompagne ; ils sont constitués
par un faisceau compact de tronçons de fibres, chaque tronçon affectant
lui-même la forme fuselée. On dirait qu'avant de se scinder en ces tronçons,
les fibres condamnées se transforment en une succession de parties étran-
glées et de parties dilatées, les fuseaux que nous décrivons correspondraient
aux parties ventrues.
Mais nous ignorons complètement de quelle manière et à quelle occasion
les fibres musculaires se fragmentent en donnant naissance à ces débris
fuselés. Nous sommes provisoirement d'avis que leur production ne résulte
pas d'une intervention précoce de leucocytes sur les fibres, et nous admet-
tons l'idée d'un morcellement spontané (?) de celles-ci à la suite d'une dé-
générescence myolytique inconnue.
De semblables fuseaux striés dans le sens de la longueur, mais de plus
petite taille que les précédents, se rencontrent à l'intérieur de leucocytes
qui les ont phagocytés. Leur origine musculaire n'est pas douteuse ; dans
les coupes traitées par l'hématéine-éosine, ils prennent la même coloration
rose-violet que les muscles intacts ; l'Heidenhain les teint en noir comme les
fibres musculaires.
Io4/i ACADÉMIE DES SCIENCES.
D'autre part, les stries longitudinales ne sont pas rectilignes, en général,
mais plus ou moins ondulées; ceci étant dû à la constitution même du
fuseau formé d'une botte de fragments de filDres, fragments contractés et
légèrement tordus en même temps.
Enfin, d'autres éléments contenus dans le cœlome nous montrent le sort
réservé aux fuseaux musculaires phagocytés; ce sont les éléocytes à cris-
talloïdesdeRomieu, «grandes cellules mesurant de 3oà /jo microns, qui ap-
paraissent sur le vivant bourrées de gouttelettes d'un brun jaunâtre » (*). A
leur intérieur, on trouve, d'après cet histologiste, des inclusions cristallines
amphophiles avec tendance acidophile et en même temps remarquablement
sidérophiles qui « se présentent d'abord sous la forme de rhombes minus-
cules de 2 à 5 microns. On les voit grandir et arrondir leurs angles pour
s'étirer en fuseaux plus ou moins allongés, généralement aigus aux deux
extrémités et paraissant striés longitudinalement ».
Nous reconnaissons l'exactitude des figures et de la description de
Romieu, mais il nous semble qu'il fait erreur en interprétant ces inclusions
plus ou moins rhombiques comme étant des cristalloïdes. Il s'agit de tout
autre chose : les éléocytes sont, d'après nous, des formes âgées de leuco-
cytes ayant phagocyté auparavant des débris^ musculaires fuselés du genre
de ceux que nous décrivons plus haut. Ces formes leucocytaires sont des
phagocytes alourdis en pleine digestion; aussi les trouvons-nous rarement
en train de flotter dans le liquide cœlomique; ils constituent le plus sou-
vent un dépôt, parfois fort épais, à droite et à gauche de la ciiaîne nerveuse,
à la face interne des muscles longitudinaux ventraux.
Au cours du travail de myophagie intracellulaire, les tronçons de fibres
constituant les fuseaux peuvent se dissocier et ceux-ci se résolvent en un
certain nombre de fragments dont la forme est en effet plus ou moins
rhombique. Parfois, il n'y a pas d'éclatement des fuseaux, mais les sucs
diastasiques les attaquent de telle sorte qu'ils montrent alors clairement
leur constitution fibreuse et fasciculée. Peu à peu, ces débris sont solubi-
lisés à l'intérieur du cytoplasme de l'éléocyte, puis leur substance est
utilisée dans un sens ou dans l'autre (graisses, glycogène?).
Il existe donc dans le cœlome des Néréides à maturité sexuelle, comme
dans la cavité générale des larves et des nymphes d'insectes, de vrais phé-
nomènes d'histolyse musculaire. Les éléocytes, et les phagocytes, dont ils
sont la forme digérante, sont, selon nous, à rapprocher dans une certaine
mesure des sphères de granules {Kôrnchen-Kugeln) des Insectes. Les
(') M. tioMiKU, Observations cytologiqnes sur les leucocytes de Perinereis cultri-
feia Grnbe {C. Ji. Ass. Anatoin., i6= réunion, 1921, Paris).
SÉANCE DU lO AVRIL I922 lo4^
fuseaux à structure fihrillaire sont des sortes de sarcolytes. Seulement,
l'hlstolyse musculaire chez les Néréides n'a [)as Timportance de celle qu'on
rencontre chez les insectes à métamorphoses complètes, et c'est d'ailleurs
pourquoi elle a passé inaperçue jusqu'à présent. D'autre part, chez les
Néréides, les phénomène? myolytiques paraissent évoluer lentement et
durer longtemps, peut-être pendant la plus grande partie de l'évolution des
produits génitaux, laquelle est particulièrement longue chez les femell('s(').
De nomhreux leucocytes liyalins, généralement étirés en fuseau, jouent
aussi un rôle très actif dans la phagocytose des muscles. Je les ai rencon-
trés dans toutes les espèces. On trouve à leur intérieur un ou [)lusieuis
faisceaux de fihrilles longues et déliées, dans un état de dissociation plus ou
moins avancé. On ne peut douter de la nature de ces fibres quand on a eu
sous les yeux des préparations colorées avec des procédés difl'érents; en
ellét, dans tous les cas, elles se colorent exactement comme les muscles
mêmes de l'animal. En particulier, dans des coupes provenant d'individus
surosmiqués, elles se colorent aussi difficilement et de la même manière que
les fibres des muscles restés en place.
L'aspect des fibres ingérées n'est pas naturellement le même dans tous
ces leucocytes étirés. Tantôt l'inclusion fibreuse occupe toute la longueur
du leucocyte en forme de croissant et s'étend en arc d'une pointe à l'autre.
Tantôt le fragment musculaire est long et replié suc lui-même diversement.
En outre, j'ai pu réunir plusieurs stades montrant la progression de la di-
gestion intracytoplasmique. Bien que je n'en puisse apporter de preuve
formelle, je crois que ces inclusions proviennent uniquement des fibres cir-
culaires de la musculature intestinale. Romieu, dans le travail déjà cité, a
aussi décrit de semblables leucocytes hyalins avec fibrilles, mais sans cher-
cher la signification de ceg dernières.
Ainsi donc, il règne, dans le cœlome des Néréides au cours de la matu-
ration des produits génitaux, une activité phagocytaire indéniable. Nous
n'en voyons pour le moment que la manifeslation la plus bruyante, c'est-a-
dire la phagocytose des débris musculaires. Il existe, en efiet, bien avant
tout prélude de métamorphose externe, une fragmentation sarcolylique
de certaines fibres, et les sarcolytes sont, par la suite, la proie des leucocytes.
Ces phénomènes, de longue durée, ont lieu chez les maies comme chez les
femelles, et se poursuivent sous le régime de l'épitoquie, parallèlement aux
remaniements qui donnent la fibre hétcronéréidienne.
(*) R. Herpin, Sur Forigine et le rôle des cellules à réser^'es de la cavité générale
{Comptes rendus, l. 173, 192 1, p. 249)-
1046 ACADÉMIE DES SCIENCEl?.
HYGIÈNE. — /.'Indice de toxicité des appareils d'éclairage, de chauj-
fage et des moteurs à explosion. Note de M. Kohn Abrest, présentée par
M. d'Arsonval.
Le déversement de l'oxyde de carbone dans l'air nous préoccupe à divers
points de vue : toxicologique, hygiénique, économique. Aussi ce sujet est-il
fréquemment traité dans les laboratoires.
La lecture des résultats publiés de divers côtés montre qu'il est néces-
saire d'adopter l'unité convenable pour le classement des appareils au point
de vue de la production de l'oxyde de carbone, et pour év'aluer ainsi leur
toxicité.
Je proposerai à cet effet, comme il est d'usage en métallurgie pour appré-
cier la marche régulière des hauts fourneaux, de ne tenir compte que du
rapport des volumes d'oxyde de carbone et d' acide carbonique, produits par
la combustion.
Une partie de féchantillon servira au dosage de l'oxyde de carbone; une
autre à celui de Tacide carbonique (on défalquera bien entendu. CO"' atmos-
phérique).
1° Pour le prélèvement. — Je conseillerai d'employer deux llacons d'une capacilé
de 4', au bouchage à l'émeri et munis de tubulures à robinets. Le vide ayant été fait
au préalable, on relie les deux flacons l'un à l'autre et on les remplit par aspiration dn
même échanlillon d'air. (Dans beaucoup de cas, cependani, des flacons de 2' et même
de i' suffisent. )
2° Dosage de Coxyde de carbone. — On l'eUectuera sur l'un des flacons, par le
procédé « au sang » (' ). Le gaz prélevé est privé dans le flacon mrme d'oxygène, par
agitation avec une solution alcaline d'iiydrosuliite. (Introduire par litre d'air prélevé
environ 60''"' d'une solution aqueuse à 3o pour 100 d'hjdrosulfite de soude en poudre
et 15^"^' à 2u^"'' de lessive de soude à 36°.)
Après avoir rétabli avec de l'eau la pression atmosphérique dans le flacon, le gaz
privé d'oxygène est déplacé bulle à bulle (à raison d'environ Goo*^™" de gaz par heure)
et toujours avec de l'eau à travers i5""' d'une solution aqueuse à i pour 100 d'un sang
quelconque (porc, cobaye, bœuf, etc.) placée dans un tube à spirale muni à sa base
d'une tubulure à robinet. On prélève à intervalles convenables, et chaque fois,
quelques gouttes de la solution sanguine, pour examen spectroscopique, et l'on arrêtera
l'expérience lorsqu'on aura obsei\é que la solution sanguine présente les caractères
de V hémoglobine oxycarbonée (persistance des deux bandes primitives après addi-
tion d'une goutte de sulfhydrate d'ammoniaque).
(') Voir 0(;iER et Koun-Abkiîsï, Ann. Hyg. et Méd. légale, 1907. — Kohn-Abrest,
Travaux du. Laboratoire de Toxicologie^ '9i4, '9'9, 1921, 1922. — Kling et Flo-
rentin, Comptes rendus, 1919. — Florentin et Vandenberghe, Bull. Soc. chiniicjue,
1 92 1 . - lîtc.
SEANCE UU lO AVRIL 1922. 1047
Une échelle etnpiiique donne alors la teneur volumélriqne en ovyde de carbone dn
gaz primitif : CO ;::: rèvô''< 8^^ (exempt d'oxygène) déplacé : lOD*''"'; CO =: yhr) '■ 200'^'"';
<-0 = TTkô: 500^'"^ .GO = ^L_: 70O""'; GO = ^^^ : ^2200^™-' (limite de sensi-
bilité (').
• Atmosphères o.iyca/bonées.
Procluclioii de CO- et de CO.
CO
C0-. CO. liapporl-—-
liidire de tovicilc.
CO
cœ
" Gaz d'échappement des moleurs
à essence 4^5-36.5 ÔSo-yGS p. iooo'^'"M'essence liq. brûlée. i.4oà2,0()
1' d'essence lit[uide donne par
combustion 4200^ de gaz mélangés
de 35oo' à 1 1 5oo' d'air en excès. , 109-88 i52-i85 p. 1000' de gaz de combustion
sans air.
2° Gaz pauvre 3o-3o 3-o-44o pour iO( 10' de gaz primitif. 12 ,3 à i4 ,'»
3° Gaz de combustion des charbons
ou du coke
I combustion
Gliarbons maigres j vive.... 1470 ouo à 19 pour 1000^ de charbon brûlé. o,ooàu,ui3
G 8u pour 100 ] combustion
lente.... i25o 180 » " o,i44
combustion
Gharbon gras ] vive.... 1220 196 » » 0,160
G 76 pour 100 1 combustion
1 lente.... i3oo 8.") » » o,o65
4° Gaz d'éclairage i5à3o 65-io() pour 1000' de gaz d'éclairage. 4)3i*-'-*'
5° Produits de combustion du gaz
d'éclairage :
Débil horaire.
1
Becs Bunzen 110,
Fourneaux .simples. .. . 120 ' 53o o,8à3,7 p. 1000' de gaz d'éclair, brûlé. o,ooi5ào,oo7
Becs papillons 120 ;
Becs à incandescence. . iio 52,5 0,837,0 » » » o,ooi5 à o,oi34
Radiateurs 35o à 5ou 620 0,8 à 1 1,1 » » » o,ooi5 à o,02c3
Appareils : mal réglés, brûlant « en
dedans», chaufFe-bains , défec-
tueux, elc 48o-36o 24-180 " " " o,(>5 à 0,5
(•) (]ette échelle est à peu de chose près celle de Florentin et \ anderberghe,
toc. cil.
I o48 ACADÉMIE DES SCIENCES.
3° Dosage de l' acide carbonique. — Le gaz prélevé est déplacé (a\ec du mercure)
ou bien aspiré, à travers de l'eau de baryte (5""' d'eau saturée de baryte, placée dans
un flacon laveur quelconque; régime du passage du gaz : environ i^ en 20 minutes).
Le carbonate formé est dosé à l'aide d'une liqueur d'acide nitrique (juart normale
en présence d'un mélange d'hélianthine et de phénolphtaléine. Le volume de liqueur
nécessaire pour passer d'un virage à l'autre exprime l'acide carbonique,, à raison
de 2™', 80 de CO' par centimètre cube de liqueur nitrique (').
Je proposerai de nommer indice de toxicité la valeur numériqtie du
CO . . ,
rapport ^^ ainsi trouve.
Le Tableau ci-dessus résume les déterminations auxquelles j'ai procédé
depuis une vingtaine d'années et donne quelques « indices de toxicité »
intéressants.
Ce Tableau montre que pour les moteurs à essence, ]'indice de toxicité est
des plus élevés ; leurs produits d'échappement sont donc dangereux et ces
moteurs utilisent incomplètement le combustible.
Pour les appareils à charbons, l'indice varie d'une façon tout à fait
imprévue selon la qualité du combustible.
Les appareils à gaz habituels ne présentent pas d'indices élevés sauf, ainsi
que l'ont constaté Kling et Florentin, certains becs à incandescence où
l'indice dépasserait 0,02.
Au point de vue de l'hygiène des habitations éclairées ou chauffées au
gaz, il suflira de veiller à la bonne aération. Dans ces conditions, des
systèmes dont l'indice de toxicité atteint 0,01 et même 0,02 seront sans
inconvénient. J'estimerai cependant qu'autant que possible, on devrait
exiger un indice inférieur à 0, 0 1 .
Cette notion de Vindlce de toxicité me paraît devoir entrer dans la
pratique.
La séance est levée à f6 heures et quart.
') Voir Comptes rendus, t. 168, \[)i({). p. 1019.
A. L)
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU MARDI 18 AVRIL lî)22.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUIVICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
MÉCANIQUE. — Sur le problème de la poussée des /erres.
Note (' ) de M . E . Goursat.
Dans une Note récente (*), M. Rémoundos a montré que le système
d'équations aux dérivées partielles considéré par M. Boussinesq dans le pro-
blème général de la poussée des terres pouvait être remplacé par une
équation aux dérivées partielles du second ordre, linéaire en r, s, t.
Il me paraît intéressant de faire observer que le système de M. Bous-
sinesq se ramène très facilement à une équation intégrable explicitement.
Ce système peut en elVet s^écrire (voir la Note citée)
àV d\ , <)\ ()\J
ax Oy Ox aj
en posant
U =: « ( I H- /• COS 2 OJ ) , V :=: A7/ sin 2 co,
et Télimination de V conduit à l'équation
ô-\j\ à- U _âby ùb,
àx- i ôy'' (jx Oy
qui se ramène elle-même à la forme intégrable
ai an
en prenant pour nouvelles variables
= /^(ç, -n),
(^) Séance du lo avril 1922.
(') Comptes rendus, l. 174, 1922, p. 929.
G. R., 1.922, I" Semestre. (T. 174, N° 16.)
lo5o ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Hypolfiéscs physiques et hypothèses géoinélriqucs .
Note de M. Emile Borel.
Dans ma Note sur 1rs hypotJièsrs fondamenlalrs de la physique rt de lu
géométrir ('), j'ai établi une distinction nette entre les hypothèses de la
physique, qui résument les résultats de nombreuses expériences et les
hypothèses de la géométrie, considérée comme une science abstraite, qui
sont largement arbitraires. Poincaré a définitivement établi cet arbitraire ;
certaines conséquences en ont été rappelées par M. Le Roux dans une Note
récente (-) ; M. Einstein, au contraire, se place au point de vue concret et
regarde la géométrie comme une science physique; il ne peut pas y avoir
de contradiction entre ces deux points de vue différents ('). Ce que j'ai
proposé dans ma Note citée, c'est de les utiliser i'un et l'autre en introdui-
sant, à côté du ds- physique déduit de l'expérience, un di'- géométrique
arbitraire; j'indiquais d'ailleurs que cette introduction est peut-être une
complication inutile, mais peut être aussi un artifice analytique commode.
C'est seulement lorsque nos connaissances sur la structure physique de
l'univers, en particulier dans rinfiniment petit et dans l'infiniment grand,
seront plus avancées, que l'on pourra trancher cette alternative. Je n'ai
rien de nouveau à dire à ce sujet ; le seul but de cette Note était de chercher
à prévenir les confusions qui se produisent encore entre les deux points de
vue abstrait et concret, comme on a pu le voir aux séances de discussion du
Collège de France.
THERMODYNAMIQUE. — Sur le maximum de la chaleur de vaporisation.
Note de M. E. Ariès.
Tous les faits connus nous montrent la chaleur de vaporisation comme
allant en croissant, tandis que la température décroit, depuis l'état critique
(') Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 189; celle Note a élé reproduite dans mon
livre sur V Espace et le Temps (Note II).
(-) Sur la courbure de Vespace {Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 92/4).
(^) Celte distinction entre les points de vue abstrait et concret, ou axiomalique et
pratique, est indiquée fort clairement dans une Note intéressante de M. Jean Villey,
A propos de quelques livres sur la théorie de la relativité {Bull. Sciences mathém..
février 1922).
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. Io5l
jusqu'aux plus basses températures explorées par l'expérience, ce qui a
donné lieu à cette croyance très répandue qu'il doit continuer à en cire
ainsi jusqu'au zéro absolu, température limite à laquelle la chaleur de
vaporisation atteindrait sa valeur maxima.
Mais il convient de remarquer que les plus basses températures explorées
ne sont jamais descendues au delà de la moitié de l'échelle thermomélriqiie
qui sépare la température critique du zéro absolu, et que, dans cette région
inconnue encore fort étendue, il est bien possible que la chaleur de vapori-
sation, après avoir atteint un maximum, finisse par décroître jusqu'au zéro
absolu. Or c'est précisément ce qui se produit.
Pour le démontrer, je m'appuierai sur deux formules classiques, concer-
nant les chaleurs spécifiques m et m! d'un liquide et d'une vapeur maintenus
à l'état de saturation, à une température T et sous une tension P.
La première donne indifféremment m ou m' :
^/' ~ '^ ( Trf :rf — ^'/' ■
àTj,, àT '' \<n ) ,, a'— a
Cj„ ( -ïTp ) OU C^,, (-yp) sont la chaleur spécifique et le coefficient de
dilatation à pression constante à partir de l'état de saturation considéré;
a et u' sont les volumes spécifiques du fluide à l'état entièrement liquide ou
à l'état entièrement de vapeur.
La deuxième formule est celle de A\ illiam Thomson, qui résulte des
définitions mêmes de m, m' et de la chaleur de vaporisation L :
Je ferai l'application de ces formules à un fluide pris à une température
assez basse pour que sa vapeur satur(''e puisse être considérée comme un gaz
parfait satisfaisant à la relation pu' = HT.
La formule (i), appliquée à la vapeur saturée, devient, en remarquant
qu'on peut y remplacer u' — u par u ,
(3) ,n'^q,-^.
Portant cette valeur de m' dans la formule (2), on aura
(4) - = c.,-...
Io52 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Si l'on fait tendre la température vers le zéro absolu, le premier terme
du second membre tend vers la valeur limite C' que prend la chaleur
spécifique à pression constanle du corps réduit à Tétat de gaz parfait. Le
second terme m tend à s'annuler, comme on le voit par la formule (i),
appliquée à Tétat liquide, et dans laquelle les deux termes s'annulent
séparément comme je l'ai déjà montré ('). C'est, du reste, une consé-
quence du principe de Nernst que je ne crois plus contestable aujourd'hui.
La formule précédente devient alors
(3) -TTp = L. pour J =: u.
Elle montre qu'à partir du zéro absolu la chaleur de vaporisation com-
mence par croître et, comme elle doit s'annuler à la température critique,
il faut bien qu'elle passe par un maximum.
Je donnerai de la formule (5) une autre démonstration pour satisfaire
ceux qui ont encore des doutes sur le principe de Nernst, et sur les véri-
tables valeurs que prennent, au zéro absolu, les chaleurs spécifiques C^,
et m d'un corps condensé à l'état liquide, et j'établirai du même coup que
ces deux coefficients tendent bien à sannuler.
La formule de Clapeyron, appliquée aux basses températures, peut
s'écrire
Posons, pour les très basses températures, en négligeant les infiniment
petits d'ordre supérieur au premier, A étant une constante encore in-
connue,
La formule de ( llapcyroii j)Ourra se mettre sous la forme
ô'ï _ Lq a
P ~ IHT- "^ Kl'
(jui donne par intégration, K étant une nouvelle constante,
'-"""'' = - r!T + R'-°-T + K.
C'est la formule ( 27 i) donnée par M. Max Planck dans ses Leçons de
(') Comptes rendus^ l. lO'i, 1917, p. .ugS.
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. Io53
Thermodynamique {ùàxi. franc., 1913. p. 277). Mais, pour que l'identifica-
tion des deux formules soit complète, il faut que A ne diffère pas de C, ce
qui démontre la formule (5).
Il en résuite, d'après la formule (/|), que m tend vers zéro, et, d'après la
formule (i), que la chaleur spécifique C^, tend aussi vers zéro, puisque le
second terme s'annule évidemment pour T = 0.
L'existence du mavimum mis en évidence par la formule (5), fait dispa-
raître le principal argument qui avait conduit à assigner à la chaleur de
vaporisation L^ une valeur nécessairement positive : elle laisse en suspens
la question de savoir si cette valeur est nulle ou finie, question importante,
car, suivant le cas, on arrive bien vite à des conséquences qui diffèrent con-
sidérablement. C'est ainsi que l'entropie de la vapeur saturée tend vers la
valeur finie G' ou vers l'infini, suivant que la chaleur de vaporisation s'an-
nule ou non au zéro absolu.
Pour se faire une opinion sur ces deux hypothèses, dans l'état actuel ne
subsiste, à ma connaissance, qu'un seul critérium, l'effet produit par une
détente indéfiniment prolongée.
SiL„>>o, cette détente tend à produire une liquéfaction complète du
fluide quand le volume augmente indéfiniment et que la température tend
vers le zéro absolu. La quantité de liquide qui s'accroit sans cesse, conserve
bien dans cette opération un volume lini, tendant vers le volume m„ qu'oc-
cupe le fluide entièrement condensé au zéro absolu, tandis que la quantité
de vapeur en contact avec le liquide occupe un volume indéfiniment crois-
sant, quoique cependant cette quantité tende à s'annuler avec la température.
Si L„ = o, une détente indéfiniment prolongée finit toujours par faire
aboutir le lluide à l'état entièrement gazeux, et non à l'état entièrement
ll(|uide, ce qui s'accorde mieux avec les idées généralement reçues.
M. H. Leco.mte fait hommage à l'Académie du fascicule 3, Tome \\\ de
la Flore générale de J' Indo-Chine^ publiée sous sa direction : Cypéracées {{\n) ^
par E.-G. Camus; Gniminées, par E.-G. Camus et M^'^ A. Ca:\ius.
N03IirVAT10]\S.
MM. A. Lackoix, II. IIeslaxdres, G. Bigourdan, B. Baili.aud, Cu.
JiAîj.EMANo, L. Favé, D, Bertuei-ot, L, Joubi\, g. Ferrie, Membres de
Io54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'Académie, et M. Emile Mathias, Correspondant, sont délégués pour
représenter l'Académie à la Conférence de VUnion internationale d'' Astro-
nomie^ de Géodésie et Géophysique^ qui se tiendra à Rome du 2 au 10 mai.
CORRESPOIVDAIVCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
i** Arturo Bruttini. Ramassage et utilisation des déchets et résidus pour
V alimentation de l'homme et des animaux, pour les engrais et les industries
agricoles ( 1 9 1 4- 1 920 ) .
2° H. Ollivier. Cours de Physique générale. Tome II : Thermodynamique
et étude de l'énergie rayonnante . (Présenté par M. J. VioUe.)
3*^ Observatoire Jarry-Dksloges. Sur les frontières de la vision. (Présenté
par M. G. Bigourdan.)
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les fonctions entières d'ordre entier.
Note de M, G. Valiro.v, transmise par M. Emile Borel.
Dans une pi-écéderito Noie (') j'ai montré (jue, pour toute foiiclioii
entière y(3) d'ordre p, la série et l'intégrale
Il ^ ti
convergent ou divergent eu même temps, et que dans le cas de l'ordre
entier la convergence de ces expressions enlraîne que le genre de la fonc-
tion est 0 — I. On complète aisément ce résidtat en utilisant cette autre
proposition (-) :
Si n(y, j:-) désigne le nombre des zéros def(z) — x dans le cercle |-|^j,
(^) Comptes rendus, t. 172, i92i,p. 1226. Celle Note est développée dans un article
du Bulletin des Sciences mathématiques^ 192 ••
(-) Voir Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 753. Les résultats énoncés dans celle Note
sont démontrés dans un Mémoire sur Le théorème de M. Picard dans la théorie des
fonctions entières qui doit paraître dans un autre Recueil.
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. Io55
à tout nombre A inférieur à i correspond un nombre positif H tel que l'on
ail
à partir d'une valeur de r, pourvu que a^h.
En multipliant les deux membres de cette inégalité par -^^^ et en inté-
grant entre a et 11 on obtient, après une intégration par parties du premier
membre el un changement de variai )les dans le second,
/
>
K étant une constante dépendant de a, «, h.
Il s'ensuit que si l'intégrale (i) diverge, il en est de même du premier
membre de cette inégalité; il est donc impossible que l'intégrale
f
^liy^dr
soit bornée pour deux valeurs distinctes de .r; si r,Xx) désigne le module
du /i'*""" zéro de/(v) - J', la série
ne peut converger que pour une valeur x au plus. D'où ce résultat :
Lorsque l'ordre p est entier et que les expressions (i) divergent, la série (3)
diverge, sauf peut-être pour une seule valeur de x. En particulier, le genre
def{z)^x est p , sauf peut-êti^e pour une valeur dex.
On sait par les exemples donnés par MM. Wiman, Lindelôf, Boutroux,
que le cas exceptionnel peut effectivement se présenter, mais on pouvait
croire, par analogie avec ce qui se passe pour la régularité de la croissance,
que le nombre des valeurs exceptionnelles pouvait être supérieur à i dans
certains cas. La proposition précédente montre que le genre comme l'ordre
réel a une valeur normale qui ne dépend que des propriétés moyennes des coef-
ficients.
Le mode de démonstration qui conduit à l'inégalité (2) peut se généra-
liser. L'inégalité (2) reste vraie lorsque n(y, a) et n(y, b) désignent le
I056 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nombre des zéros des fonctions/, (::) = f{z) — l\,(-)el/o(z) =/('■) — l^^-(-)»
l\i{^) ^^ ^b(^) étant deux polynômes non identiques; il suffit pour le voir
d'appliquer simultanément q fois la méthode classique de démonstration de
M. Borel, en éliminant entre l'identité
»
et ses q dérivées, l'une des exponentielles qui s'introduisent dans /,(-■)
ety'o( s). Par suite :
Toutes les fondions d'ordre entier p, f{z) — P(s), où f(z-) est une fonc-
tion donnée et P(^) un polynôme arhitj-aire, sont du même i>enre p, sauf
peut-être une uu plus (fui est de genre o — i , ou bien elles sont toutes de genre
p — I, suivant que les expressions (i) relatives à f(z) divergent ou convergent.
ASTRONOMIE. — Sur le rôle des milieux nébuleux dans la dynamique des
systèmes stellaire et planétaire. Note (') de M. E. Belot, présentée par
M. Bigourdan.
Dans une Note antérieure (-), j'ai montré le rôle des rencontres d'étoiles
avec les nébuleuses dans la formation des étoiles doubles, multiples, et des
amas d'étoiles. Admettons qu'une nébuleuse, ressemblant à l'atmosphère
solaire dans sa partie la moins condensée, est formée de gaz très flilués
(H, H^ notamment) tenant en suspension des poussières solides ou liquides
de densités variées. Quand une nébuleuse ainsi constituée est traversée par
une masse stellaire, son attraction y condense les poussières dans l'ordre
des densités décroissantes en raison de la résistance du milieu et sa radia-
tion repousse les poussières les plus légères.
Relation entre les vitesses et les types spectraux ou les masses stellaires. —
Considérons une étoile de masse M, de rayon équalorial ^, ayant un coef-
ficient balistique c (dépendant de son aplatissement et delà direction de
son mouvement par rapport à l'axe de rotation), une vitesse V,, à l'entrée
d'une nébuleuse de densité i: K; d'après l'équation donnant Z dans la
Note précitée, la vitesse V au temps T sera reliée au parcours Z dans la
nébuleuse par la relation
KM \o _ KM / cVor/^T
Lj -tt- Jj I I -4-
ca'- V ca- V l'^M
(*) Séance du lo avril 1922.
(2) Comptes rendus, t, 173, J921, p. 703,
SÉANCE DU 18 AVRIL 1922. 10)7
d'où
2 KM 6K^\F
On sait que les étoiles diffèrent beaucoup moins les unes des autres par
la masse M que parleur rayon «, c'est-à-dire par leur densité. Ainsi, dans
un courant d'étoiles de vitesse A ^ rencontrant une nébuleuse, les étoiles
géantes de grand rayon a et de faible densité, mettront im temps T plus
long à faire le même parcours Z que les étoiles naines de forte densité. Si
Z représente l'épaisseur de la nébuleuse, les géantes en sortiront avec une
vitesse Y plus faible que les naines.
Mais parce que les étoiles de faible densité restent longtemps dans une
nébuleuse, elles y accroissent leur masse plus que les naines, et leur masse
s'accroît de toutes les matières, même légères, de la nébuleuse, tandis que
les naines n'ont que le temps de condenser les poussières denses et non les
matières les plus légères.
Ainsi les étoiles géantes accroissent beaucoup leurs masses, perdent
beaucoup de vitesse, mais gardent leur faible densité, tandis que les naines
augmentent peu leurs masses, perdent peu de vitesse, et tendent à augmenter
leur densité.
Les nébuleuses agissent donc sur les étoiles d'un courant comme des
filtres sélecteurs des densités et des vitesses dans le sens où l'augmentation
de masse coïncide avec la diminution de vitesse, autrement dit comme si
Véquipartition de l'énergie selon Maxwell (mY^=:const.) tendait à se
réaliser. On comprend aussi pourquoi les nébuleuses paraissent dépouillées
d'éléments denses.
Mais ce n'est pas tout : les matériaux captés étant différents pour les
géantes et les naines, le type spectral change dans le passage des étoiles
à travers les nébuleuses dans le sens où les types dits les plus avancés (les
plus denses) ont le plus de vitesse. C'est en quoi consiste le phénomène de
Campbell, qui a montré que la vitesse radiale augmente de 9"^'" à lô'^'" en
passant des types O et B au type M. De même dans la série descendante
de F à M. la vitesse augmente avec la grandeur absolue (phénomène
d'Adams Stromberg), parce que celle-ci est liée à la densité qui accélère la
condensation.
Pourquoi le milieu résistant de la nébuleuse primitive a laissé subsister une
loi des distances des planètes et satellites. — En introduisant la fiction d'une
planète réduite à un point mathématique, une théorie classique semble
prouver qu'un milieu résistant diniinue le grfind axe d'une orbite. Mais
Io58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cette théorie néglige la rotation de la planète et les actions exercées sur sa
surface tant par la pression de radiation P, énorme à l'origine, que par la
matière nébuleuse N attirée vers le Soleil. Les pressions P et IS transfor-
ment l'énergie de rotation en énergie de translation, la première dans le
sens orbital, la seconde dans le sens radial tendant à augmenter le rayon
de l'orbite. Ces actions agissent donc en sens inverse de la résistance théo-
rique du milieu.
D'ailleurs la pression de radiation vide de matière légère le centre
de la nébuleuse, en sorte que les planètes ayant la plus grande vitesse orbi-
tale telles que Mercure, circuleront à l'origine dans une région de faible
densité.
De même une planète capte par sa masse une partie de la matière nébu-
leuse et vide ainsi de cette matière l'arrière de sa trajectoire : par là est
facilitée la circulation de ses satellites les plus voisins. Voilà comment on
peut expliquer que Phobos et le satellite V de Jupiter aient pu subsister
malgré le voisinage de leur planète.
L' objection de Newton contre les tourbillons cartésiens. — Cette objection
prononcée par Newton à la fin du livre des Principes n'est pas recevable
parce qu'il néglige l'action du milieu nébuleux. Newton relève la prétendue
contradiction entre le temps périodique T = «^ (loi des aires) que suivrait
un tourbillon et la troisième loi de Kepler (T = «'). Mais la loi des aires
ne peut s'appliquer que dans le vide et pour Descartes comme pour la
Physique un tourbillon réel ne peut exister que dans un milieu plein de
matière.
Soit MM' un élément de tourbillon entraînant une orbite planétaire qui,
dans le ridc^ tendrait à s'éloigner du Soleil avec sa force centrifuge infé-
rieure à l'attraction centrale F = nr* Restituons la matière nébuleuse m :
ri"
attirée par la force F, elle exercera sur MM' une pression centripète P
ayant en général une composante tangentielle T qui tendra à augmenter la
vitesse angulaire oj de MM'. Dans une nébulçuse à noyau central, la
masse M dépend de la loi des densités d autour du centre. Si l'on a
(0 ■ dz=:-,
la force F est constante. Tl arrivera donc un moment où la force centri-
fuge co-R, d'abord inférieure à F sur l'orbite théorique MM' dans le vide,
augmentera par l'action de T jusqu'à ce que F = co-R. Ainsi l'orbite réelle
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. 1069
dans un tel milieu sera précisément une de ces orbites spirales centrifuges à
gravitation équilibrée (ol)-R'' = M, R et M variable) dont j'ai démontré
l'existence dans les milieux nébuleux (*). Finalement, après la condensation
de la nébuleuse, la troisième de Kepler sera réalisée pour toutes les planètes
circulant d'abord sur ces orbites; et aucune contradiction du genre de celle
que visait Newton n'est à retenir.
Il est à remarquer que l'hypothèse (i) sur d est précisément celle ([ui m'a
permis de démonti-er la loi des masses dans le système solaire (^).
En résumé, on voit combien il est nécessaire, dans les divers problèmes de
dynamique stellaire ou planétaire, d'analyser l'action des milieux nébuleux
sans avoir recours à des hypothèses simplistes ne tenant pas compte des
réalités.
CINÉMATOGRAPHIE. — Appareil pour la dissociation rapide des images dans
la cinémato graphie par étincelle électrique. Note (^) de M. L. Bull,
présentée par M. Clharles Richet.
L'emploi de l'étincelle électrique pour la cinématographie des mouve-
ments rapides (/) a permis d'étendre considérablement le champ d'investi-
gation de cette admirable méthode d'analyse. Et depuis une dizaine
d'années les développements de la télégraphie sans fil, en fournissant les
moyens de produire des séries d'étincelles à une très haute fréquence, ont
permis.de reculer encore les limites de ce champ. C'est ainsi que Cranz et
Glatzel (') ont pu obtenir des cinématogrammes allant jusqu'à une fré-
quence de 92000 images par seconde.
La difficulté technique ne consiste donc plus aujourd'hui à obtenir une
fréquence suffisante d'étincelles, mais plutôt à dissocier les images qu'elles
fournissent sur la surface sensible chargée de les recueillir. Celle-ci est
généralement un film enroulé autour d'un cylindre auquel on imprime un
(^) Comptes rendus, t. 1(J8, 1919, p- ^■^^•
('-) Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 704.
(^) Séance du 10 avril 1922.
{'*) L. Bull, Application de l'étincelle électrique à la chronophoto graphie des
mouvements rapides {Comptes rendus, t. 138, 1904, p. jSS).
(') C. Cranz et Br. Glatzel, Die Verwendung von Gleichstrom-Lvschfunkcn-
slrecken zur kinematographischen Aufnahme ( Verhandlungen der Deutschen
Physikalischen Gesellschaft, 3o mai 1912).
io6o
ACADEMIE DES SCIENCES.
mouvement de relation le plus rapide possible, l'instantanéité de l'étincelle
étant telle que l'image photographique qu'elle donne est nette malgré le
mouvement du film. Mais il n'est pas facile avec un cylindre tournant de
dépasser beaucoup une vitesse linéaire de loo"" par seconde et dans ces
conditions le film, lorsque les étincelles se succèdent à des intervalles
de j^^ de seconde par exemple, ne se déplace que de 2""™ ce qui revient à
dire que les images photographiques ne peuvent avoir que 2""", de large.
Quoique celte étroitesse d'image puisse être suffisante dans certains cas où
le phénomène se développe suivant une seule direction, il en est d'autres où
il peut être indispensable d'avoir des images plus larges.
Nous avons construit un appareil permettant de réaliser ces conditions.
Dans cet appareil la dissociation des images se fait de la façon inverse;
le film reste immobile et le train d'images, reçu d'abord sur un prisme à
réflexion totale, est renvoyé, dissocié par une rotation rapide de celui-ci,
sur la surface sensible.
f^a figure ci-dessus moiilie scliémaliquenienl le dispositif adopté. Le film F, main-
tenu par un support métallique, forme un cercle de i"* de diamètre autour du prisme P
et de l'objectif O. L'a\e optique de l'objectif est perpendiculaire au plan du cercle et
le prisme est orienté de manière à réiléchir à angle droit sur le film, les rajons
venant de l'objectif. L'axe de rotation du prisme coïncide avec l'axe optique, de sorte
que, lorsqu'il tourne, il étale en une seule révolution sur toute la longueur du film,
plus de 3™, la série d'images fournie par l'objectif. Étant donné le faible diamètre de
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. I061
la parlie mobile de l'appareil, le prisme, qui n'a que 6""" de côté, il est facile de le
faire tourner, même avec un petit moteur électrique, à 160 tours par seconde. iJans
ces conditions, les images sont dissociées sur le film à une vitesse de 5oo™ par seconde,
ce qui permet de leur donner, sans qu'elles se recouvrent, une largeur beaucou}) plus
grande qu'avec l'autre procédé.
T^e seul inconvénient de cette méthode est que les images ne restent pas
paiallèles entre elles d'une extrémité du film à l'autre; elles tournent sur
elles-mêmes en même temps que le prisme et avec la même vitesse angu-
laire. Pour l'analyse des phénomènes, cette rotation n'a pas d^iniportance;
mais si l'on désire faire la synthèse du mouvement par la projection, il est
nécessaire, au moment du tirage du positif, de rectifier la position des
imasfes.
PHYSIQUE. — Sur r action photogénique des ultraradiatioiis. Note ( ' )
de M. Albert Nodon, transmise par M. M. Brillouin.
Dans une précédente Note, j'avais annoncé que le soleil et la liaule
atmosphère émettent des radiations très pénétrantes, provoquant la
décharge des corps éleclrisés.
Ces ultra radiations manifestent leur présence, après leur passage à travers
des bâtiments entiers et des parois métalliques. Leur intensité est variable
suivant l'état de la surface solaire et celui de l'atmosphère terrestre.
J'ai mis en évidence l'action photogénique de ces radiations à l'aide de
dispositifs appropriés. En entourant, par exemple, la plaque radiographiquc
d'un carton noir absolument opaque à la lumière, et en disposant cette
plaque en plein soleil pendant un temps prolongé, on ne constate au déve-
loppement aucune impression photogénique.
En découpant dans le carton des ou\ertures dans lesquelles on adopte
des feuilles métalliques diverses, en fer, zinc, aluminium, magnésium,
puis en exposant la plaque au soleil, il ne se produit aucune impression
photogénique aux points de contact de l'émulsion avec les métaux.
En remplaçant ces métaux à faible valence par d'autres à valence élevée,
tels que le plomb et Vuranium, on observe, au contraire, une impression
photogénique intense.
Un résultat analogue est obtenu en fixant sur le carton noir des silhouettes
en plomb ou en carton recouvertes d'oxyde d'uranium, fixé à l'aide d'un
(') Séance du 10 avril ig'2i.
1002 ACADÉMIE DES SCIENCES.
adhésif. L'action phologénique se produit, dans ce cas, à travers l'épaisseur
du carton.
Les principaux résultats observés furent les suivants :
1° En recouvrant les silhoueltes précédentes de disques en carton, en
bois, en verre, en aluminium, on diminue sensiblement l'action photogé-
nique. On constate que l'impression produite par les radialions solaires, au
moyen des dispositifs précédents, varie dans de grandes proportions d'un
jour à l'autre, et que ces variations sont du mcme ordre de grandeur que
celles accusées par un éieclromètre clos. Si l'on retourne la plaque photo-
graphique pendant son exposition au soleil, de façon que le plomb ou
l'uranium, ainsi que Témulsion, soient placés face contre terre, il ne se pro-
duit plus d'action photogénique sensible.
2° En disposant la plaque sensible sous une forte incidence, on obtient
une impression très étendue et décroissante. On observe une impression
analogue à celle d'une forte irradiation, lorsqu'un bloc de plomb est placé
à quelque distance de la surface insolée.
Les résultats précédents s'interpréteraient facilement en admettant que
le soleil émît des radiations possédant la propriété, après leur passage à
travers des substances à valence élevée, de traverser le carton et d'influencer
les plaques photographiques.
3° Toutefois, l'action directe d'un rayonnement solaire n'est pas la seule,
car en répétant les expériences précédentes dans une pièce close et obscure,
on obtient des résultats analogues, après une exposition plus prolongée.
Ces résultats s'observent également pendant la nuit. Toutefois, dans les
périodes de forte activité, on observe une forte impression avec l'uranium,
après quatre heures seulement d'exposition dans une pièce close.
4*^ Les phénomènes précédents s'interpréteraient facilement par une action
provenant directement du soleil et indirectement delà haute atmosphère,
mais non du sol. Les actions photogéniques observées sont du même ordre
de grandeur que celles accusées par l'électromètre.
CHIMIE PHYSIQUE. — Action des acides sur le niolyhdo-malale d'ammonium.
Note (') de M. E. Darmois, présentée par M. Haller.
J'ai signalé deux composés distincts de MoO' avec l'acide malique; ils
correspondent respectivement aux proportions 2MoO% CH^O^ (dextro-
(') Séance du lo avril Hti2.
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. Io63
o-vre) et MoO% aC'H^O' (Irvogyrc); ils donnent des sels d' Vm très
nets; en particulier le sel 2M0O'. G'O'H'Am' est très fortement actif:
[a]g-s = + 22° environ.
Ce sel est sensible àraclion des bases qui le convertissent finalement en
mélange de molybdate neutre et de malate neutre. Il est également 1res sen-
sible à l'action des acides. On prend par exemple i^ de sel {-^ de molécule
environ); on ajoute ^^ H Cl, on complète à 5o""\ on polarise sous 2'''° pour
la raie 678 du mercure. La rotation décroît très rapidement quand x croît
et tend vers une valeur limite égale à — 22' (température 18°), NO 'H
et SO'H- donnent la même valeur limite.
La décroissance de a est plus rapide si l'on augmente la concentration du
sel ; on étend à 10™' et à 5""' seulement. Le Tableau suivant donne quelques
résultats. Pour rendre les mesures comparables, on divise la rotation lue
sous 2''™ par 2 et par la concentration initiale du sel.
c =
■)
C
= lu.
c. :
= 10.
X.
^T^'-
JO.
hoT
X.
~ TT].
0
i 1 1
0
218
0
221
2.38
107,5
i,'9
16 1,5
I.I9
147
4,76
9">
2,38
1 12
2.38
92,3
g. 02
40, '^j
3,57
76
3.5;
5o,2
19,04
+ 2,5
4^76
45.5
4-7^
2/4.0
28.06
— 8 , r 5
»
»
»
^;
40
— 9-7-^
20
— 1 1 . 5
12.0
-i3,5
Une rotation limite est atteinte pour toute concentration; elle est la même
pour les trois acides HCl, NO''H et SO'H-; elle dépend peu de la concen-
tration. Elle correspond certainement à la formation d'un composé qui
résiste à l'action ultérieure de l'acide. Tout s'accorde à montrer que ce
composé est précisément l'acide MoO% 2G''H''0". Son pouvoir rotatoire,
facilement calculable, et sa dispersion rolatoire, très supérieure à celle de
l'acide malique on du malate neutre d'Am, sont caractéristiques.
La mesure polarlmétrique est un procédé très sensible pour déceler des quantités
très faibles des trois acides. Exemple : 5'""' de NO'* H au titre o.o3, ajoutés à isdu corps
dans So"^™", donnent une diminution de rotation égale à 11' pour 578. On peut facile-
ment apprécier 3'-4', soit ^-~ d'acide.
J'ai essayé si les acides organiques avaient une action analogue. L'acide
acétique agit également, mais beaucoup moins. Il faut ^hô d'acide, c^esl-
à-dire 33 fois plus pour produire dans les mômes conditions la même dimi-
nution de 1 1'»
io64 agadémie|'*des sciences.
CH^CI.CO-H a une action beaucoup plus nette |(~~ environ poui- ii').
GHGl^ . CO^ H est encore plus actif (^^ environ pour 1 1'),
Les trois acides se rangent ainsi dans l'ordre de leur a force », mesurée
par la conductibilité. Les comparaisons peuvent se poursuivre quantitati-
vement.
Pour GHCl-.CO-H, depuis la teneur zéro en acide jusqu'à Jq-j,
(dans 5o"°\), la diminution de rotation est proportionnelle à la quantité totale
d'ions H. calculée par la loi d'Ostwald (vérifiée ici dans un grand intervalle
de concentration). Le Tableau suivant indique la diminution de | a | (calculé
comme ci-dessus) pour la raie 5/(6 du mercure :
Acide total
pour A
i« sel (5ocai''). Kquiv. /litre. Scaïc- Ch <- totale. — A[a]v. C\i +
millièincis niillièuies
0,2 0,00/4 o,458 0,0916 5 54,5
0,5 0,01 o.3i5 0,161 10 62
i 0,02 0,2/12 0,242 16 66,2
2 o,o4 o.xjSS 0,35- 23 64,5
4 0.08 o,i3o o,52o 32 61,5
10 0,20 o,o84 o.Sqo 53 63, o
20 '•,4f' 0,061 1,22 7.5 61,3
3o 0,60 0,0.5 1 1,53 95 62
En moyenne j~^ ion H"^ produit une diminution de 62*^ dans [aj.
Les nombres obtenus pour les deux acides CH^CO-H et GHCl'.CO-H
sont plus variables; mais dans le domaine où la loi d'Ostwald s'applique et
où les mesures gardent quelque précision, le rapport obtenu est du même
ordre.
Acide total
pour A
I' sel ( 5ocni' ). ]iqui\. litre. Scaïc- Cn+lolal. — A[a|v. C|| i
niillii'iiies inilliômcs
CH-'.CO-H 20... (1,4 0,00675 o.i35 8,5 63
CHG1-. CO- H o, I . (1,002 ",965 (1,0965 6,0 62,5
Il n'est donc pas impossible que ce procédé très simple fournisse au moins
une estimation de la concentration en ions H de certaines solutions acides.
Je signale de suite que les acides forts minéraux se distinguent des acides
organiques, de même que les acides susceptibles d'agir sur MoO(PO''H^,
C^O='H%etc.).
Pour le moment la réaction envisagée fournit une méthode rapide pour
déceler un acide minéral dansl'acide acétique. D'après les nombres ci-dessus,
on voit facilement qu'on peut révéler (rotation 5'), j^ SO*H' dans un
litre de vinaigre à 60^ d'acide par litre.
SÉANCE DU 18 AVRIL I922. Io65
MINÉRALOGIE. — Nouvelle méthode de recherche de l'or et de l'argent
dans les minerais au moyen du chalumeau. Note de M. Ad. Braly.
La méthode généralement employée, due aux travaux de Berzélius,
Harkort, Plattner, Atwood, consiste en une fusion avec excès de plomb et
borax, suivie d'une coupellation précédée ou non de scorification.
Cette méthode est longue, délicate el impose l'emploi de coupelles en
cendre d'os. J'estime plus pratique d'effectuer cette recherche par .ycoT-i/î-
cation complète^ en utilisant de petits scorificaloires de 2*^^'" de diamètre
existant dans le commerce.
Pour les adapter à l'opération, il suffit, au moyen d'une lime, de prati-
quer dans la paroi et sur toute la profondeur du scorificatoire, une ouver-
ture suffisamment large pour permettre le passage de la flamme soufflée de
la lampe à paraffine et l'évacuation des scories.
Le scorificatoire ainsi préparé, le mode opératoire suivant doit être
employé :
La charge (minerai, flux, plomb) est introduite en totalité ou par parties
dans le scorificaloiie; ce dernier est placé sur un support en terre réfrac-
taire en l'inclinant légèrement du côté de l'ouverture. La scorification est
effectuée à forte flamme oxydante, en laissant les scories formées s'écouler
librement au dehors. L'opération est continuée jusqu'à ce que le bouton
soit réduit à la dimension d'un grain de millet. Il est alors dégagé de la
scorie et déposé sur une plaque en terre réfractaire. L'action de la flamme
est continuée en faisant agir celle-ci tangentiellement au bouton, de façon
à le forcer à se déplacer et à abandonner derrière lui sur la plaque la
litharge formée.
Pour les minerais d'or et d'argent proprement dits, l'opération est pro-
longée jusqu'à obtention du bouton de métaux précieux; pour les minerais
pauvres, quand le bouton est réduit à la grosseur d'un grain de pavot, il
faut achever l'opération sur une petite capsule Le Baillif.
Les boutons d'or et d'argent, visibles à l'œil ou à la loupe, sont, en
général, très nets, ronds, et leur diamètre peut être mesuré au microscope
au moyen d'un oculaire micrométrique quadrillé.
Cette méthode, outre l'avantage de supprimer les coupelles en cendre
d'os, qui sont fragiles et difficiles d'emploi, est d'une exécution beaucoup
plus facile et plus rapide que celle employée jusqu'ici.
G. R., 1922, i" Semestre. <T. 174, N* 16.) 7^
Io66 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MINÉRALOGIE. — La soddite, nouveau minéral radioactij.
Note de IVI. Alfred Schoep.
La ciirite de Ivasolo (Katanga, Congo belge) est souvent intimement
associée à un minéral de couleur jaune. Les deux minéraux forment des
agrégats massifs, cristallins, à grain très fin, auxquels la curite commu-
nique une teinte orangée. Ces agrégats sont remplis de filonnets dans
lesquels on trouve soit des cristaux de curite brunâtres ou rougeâtres, soit
des cristaux jaunes, translucides ou opaques, d'un minéral nouveau dont il
est question dans la présente Note.
Ces agrégats renferment parfois de petites masses cristallines^ très pures,
du nouveau minéral qu'il est aisé d'isoler. Sous cette forme, ce minéral a
une couleur jaune terne. Sa dureté est comprise entre 3 et 4- Ses cristaux
appartiennent au système rhombique; ils ont rarement plus de quelques
centièmes de millimètre. Au microscope, ils apparaissent comme faible-
ment colorés en jaune lorsqu'on les examine par transparence; quelques-
uns ne sont parfaitement translucides que vers les bords et un peu troubles
dans la partie centrale. On en trouve qui sont tout à fait opaques et jaunes.
Ce qui donne à tous ces cristaux un même aspect, c'est le développemjent
relativement grand des faces du prisme m (110) dont l'angle (110) : (110)
est très petit; ce prisme est aplati suivant l'axe a\ les seules faces que l'on
peut observer au microscope sont celles de ce prisme sur lesquelles les
cristaux ont une tendance à se déposer. Ces faces sont striées parallèlement
à l'axe c, qui est la direction de ng.
Le plan des axes optiques est parallèle à (010); il n'a pas été possible de
déterminer le signe optique.
A cause de l'uniformité dans la disposition des cristaux sur la lame porte-
objet, je n'ai pu mesurer que ng et Ti,n. J'ai trouvé
i.6.22< /^„< 1.654 < Hg<. 1.705.
Entre les niçois croisés, ces cristaux présentent les couleurs d'interférence
en bandes parallèles aux stries des faces du prisme w, ce qui est dû à leur
forme en biseau très aigu.
La densité du minéral déterminée sur les portions les plus pures a été
trouvée égale à 4j^-7 à i7°C. Dans le tube fermé le minéral perd de l'eau
et donne de l'oxygène; en même temps il change de couleur; de jaune qu'il
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. 1667
était, il devient noir et ne reprend pas sa teinte primitive. La poudre du
minéral est jaune pâle; elle est infusible au chalumeau et devient noire.
Le minéral est soluble dans les acides avec formation de silice gélatineuse.
La solution est colorée en jaune par Turanium.
Les analyses ont donné les résultats suivants :
Analyse 1. Analyse 2. Analyse 3. Analyse i. Analyse 5.
Si^O 7,86 7,88 7,76 .)
UO» 85,53 85, i3 » » »
Fe^O^ o,4o » )> » »
H»0 » » . » 6,13 6,35
Ces différentes analyses ont été faites sur le minéral séché jusqu'à poids
constant à loo**. La quantité d'eau qu'il perd dans ces conditions n'est que
de 0,56 pour 100.
Les analyses 1, 2, 3 ont été faites sur o^',5oo de matière; les analyses 4
et 5 respectivement sur os,3i35 et sur 0^,6614.
Les résultats du Tableau qui précède conduisent aux moyennes consi-
gnées dans la colonne I du Tableau suivant; la colonne II renferme les
chiffres rapportés à 100; la colonne III donne les nombres atomiques
trouvés, et la colonne IV ceux que j'ai pris pour établir la formule du
minéral.
I. II. III. IV,.
SiO- 7,83 7>87 o,i3i 0,120
UO^ 85,33 85,85 o , 299 o , 3oo
H^O. 6,23 6,26 0,347 o,35o
Celte composition peut s'exprimer par la formule
I2U0^5Sio^I4H^o
qui correspond aux teneurs calculées suivantes :
SiO^= 7,5o pour 100; U0^= 86, lo pour 100; H-0 = 6,3o pour loo.
La radioactivité du minéral est en rapport avec sa teneur élevée en
uranium.
C'est une espèce minérale nouvelle.
Je propose de lui donner le nom de Soddite^ en la dédiant à Frédéric
S oddy.
Io68 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIQUE DU GLOBE. — Éruptions volcaniques sous-marines profondes.
Note (• ) de M. J. Thoui.et.
A la suite de l'analyse d'environ 120 échantillons de fonds sous-marins
récoltés, entre 600°^ et 6000™, par le Prince de Monaco pendant ses nom-
breuses campagnes, dans la région éminemment volcanique des îles du Cap
Vert, des Canaries et surtout des Açores, j'ai pu constater un certain
nombre de particularités caractéristiques des éruptions sous- marines pro-
fondes.
Les échantillons recueillis au tube Buchanan ont la forme de boudins
cylindriques de 25™°^ de diamètre, sur une longueur variable qui atteint
rarement une quarantaine de centimètres. Généralement leur structure est
sensiblement homogène dans toute leur longueur et ils sont constitués par de
la vase à globigérines ordinaire. Dans le voisinage immédiat des évents vol-
caniques, on en observe déstructure hétérogène avec intercalations d'une
ou plusieurs couches, tantôt planes et régulières, épaisses de quelques milli-
mètres à 2^^'" ou 3^™, tantôt très irrégulières (et ordinairement alors plus
épaisses), de matériaux volcaniques de divers degrés de finesse, tantôt cons-
tituées uniquement par les plus gros éléments des vases à globigérines,
tantôt au contraire par de très fines particules d'une vase argilo-calcaire.
Ces variations permettent de juger de l'agitation plus ou moins grande
des eaux qui ont laissé déposer sur le sol ces sédiments.
Les échantillons hétérogènes sont peu nombreux, 7 sur 120; ceux à
couches irrégulières sont les plus rares, preuve de la grande localisation
des éruptions.. On n'en a, en réalité, trouvé qu'un seul remarquablement
caractérisé dans la fosse de THirondelle, énorme cratère dont la dimension
est à peine inférieure à celle du lac Léman, près de l'île Sào-Miguel des
Açores au voisinage de laquelle, au siècle dernier, apparut et disparut
l'île de Sabrina.
Le cataclysme sous-marin se produit brusquement. Au-dessous de 730'"
de profondeur, correspondant à la pression critique de l'acide carbonique,
ce gaz se diffuse immédiatement dans l'eau ambiante. Les matières solides
en fusion subissent un étonnement qui les réduit en particules très menues;
celles-ci, "après s'être élevées quelque peu, retombent presque aussitôt en
pluie à très courte distance des orilices d'éjection. Nulle part elles ne
(') Séance du 3 avril 1922.
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. I069
doivent apparaître en roche massive, car jamais le tube Buchanan, en
laiton, n'a été signalé comme revenu vide et mâchuré, ce qui aurait eu lieu
infailliblement s'il avait heurté une roche dure. Le sol meuble n'a été
remué que sur un espace très restreint et le trouble même des eaux a été
modéré et peu durable, les poussières fines s'étant à peu près immédiate-
ment déposées sous la double influence de la [)ression exercée par les eaux
et de leur salure.
Il est douteux qu'il se soit établi de véritables courants oITrant une cer
taine permanence. Il semble ne s'être produit qu'un choc soudain donnant
naissance tout au contact du sol à une sorte de houle avec trajectoire circu-
laire sur place des molécules liquides toute difl'érente des vagues forcées de
la surface qui sous l'action du vent prennent un mouvement de translation
horizontale.
Les effets ressentis à la surface de la mer par un navire passant au-dessus
de l'épicentre ont été souvent décrits. Ils sont assez peu marqués et bien
des fois, surtout si l'éruption est d'origine profonde, ils demeurent inaperçus
et sont confondus avec l'agitation habituelle des flots. Leseuleflét lointain,
et qui peut même être très lointain, consiste dans cette houle de fond qui
produit les raz de marée, les tsunamis du Japon dont ils ravagent les côtes;
Il a lieu là où le sol sous-marin se transforme en sol subaérien, sur les
rivages directement opposés aux centres de secousse et dont aucun obstacle
continental ne les sépare.
Si l'on joint par une ligne droite l'embouchure de la Loire au cap Finis-
terre d'h^spagne, cette droite prolongée passe non loin de l'archipel des
Açores. Or, entre l'entrée de la Manche et l'embouchure de la Loire,
au-dessus de cette ligne, les lames de fond, raz de marée, etc., ne
sont que trop souvent la cause de sinistres parmi nos pécheurs bretons.
Au-dessous de la ligne, les côtes françaises plus méridionales et les côtes
nord de l'Espagne protégées par la masse de la Péninsule Ibérique sont
exemptes de cette calamité à laquelle au contraire sont exposées les côtes du
Portugal (tremblement de terre de Lisbonne de J755). Il se pourrait qu'il
en fût de même sur les côtes marocaines où ces phénomènes doivent, plus
souvent qu'on ne pense, venir superposer leurs effets à ceux du ressac con-
tinu sur les rivages atlantiques de l'Afrique.
L'étude microscopique des échantillons permet de découvrir bien des
conditions qui ont certainement présidé à leur genèse ; elle confirme ou
précise bien des hypothèses résultant d'autres indices. C'est ainsi, par
exemple, que le mélange intime de produits volcaniques très difl'érents
1070 ACADÉMIE DES SCIENCES.
entre eux de nature et de densité, de sables lourds, de magmas basaltiques,
d'obsidiennes compactes, de fragments diversement volumineux de ponces
bulleuses ou filamenteuses ayant évidemment fait partie d'une même pluie
de cendres, montre que cette pluie ne s'est pas élevée très haut et qu'elle
est retombée presque immédiatement en masse. S'il en eût été autrement,
il est évident qu'un triage aurait été effectué par la montée et la descente à
travers l'eau. Il est enfin une preuve de la faible agitation relative des eaux
ambiantes; le mélange indiquerait en môme temps la communauté d'origine
de ces déjections et la diversité infinie des conditions physiques régnantes
pendant la courte durée du phénomène.
EMBRYOGÉNIE VÉGÉTALE. — Embryogénie des Rosacées. Les premiers stades
du développement de V embryon chez le Geum urbanum L. Note de
M. René Souèges, présentée par M. L. Guignard.
Chez le Geum urbanum, l'embryon se développe selon des règles simples,
assez constantes et très différentes de celles qui ont été observées chez les
autres Angiospermes. On retrouve, dans ce nouveau type de développe-
ment, au stade octocellulaire, une épiphyse comparable à celle qui a été
rencontrée chez le Myosotis hispida Schlecht. (' ), mais ne possédant nulle-
ment la même origine.
L'oospore se segmente transversalement pour donner deux cellules superposées
ca et cb {fig. i). La cellule basaie, c&, se divise peu après par une nouvelle paroi
transversale en deux éléments 7?z et ci {Jig- 2). La cellule apicale, ca, se sépare ensuite
par une cloison oblique en deux éléments, n et />, d'aspect très dissemblable
{jig 3 et 4)- Ainsi se trouve constituée une tétrade proembryonnaire ne différant de
celle que l'on rencontre dans la grande majorité des cas que par la direction oblique
de la paroi séparant les deux cellules supérieures juxtaposées.
Aux stades suivants, par bipartition de chacun des éléments de la tétrade, prend
naissance un proembryon octocellulaire: la cellule m se divise tout d'abord par une
paroi verticale méridienne {fig. 5) ; plus tard, la cellule inférieure, c/, se sépare par
une paroi transversale en deux éléments superposés n et n' {fig. 7 et 8). Dansa et b,
les directions des divisions sont, comme dans les deux cellules précédentes, nettement
perpendiculaires l'une sur l'autre ; la paroi de segmentation se dispose verticalement
dans />, obliquenaent dans a {fig. 6 et 7).
(') R. SouÈGES, Embryogénie des Boragacées. Les premiers termes du dévelop-
pement de l'embryon chez le Myosotis \\\iiT^iàdi Schlecht. {Comptes rendus, l. 178,
1921, p. 726) ; Les derniers stades du développement {Ibid., p. 84^).
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. 107I
Les quatre noyaux issus de ces deux dernières cinèses viennent occuper les quatre
sommets d'un tétraèdre s'appujant par l'une de ses faces sur la paroi horizontale limi-
tant supérieurement l'étage tn. Au sommet du proembrjon apparaît ainsi une cellule,
e, rappelant, par les processus de division qui lui ont donné naissance, par sa dispo-
sition et par son rôle histogénique, la cellule épiphysaire que l'on a déjà rencontrée
chez le Myosotis hispida. C'est cette cellule, en affet, qui engendre, au sommet du
proembrjon, le groupe'cellulaire dont dérive le cône végétatif de la tige.
Fig. 1 à 15. Geuni urbanum L. — Les principaux stades du développement de l'embryon, ca et
cb, cellule apicale et cellule basale du proembryon bicellulaire ; m, cellule intermédiaire de la
tétrade ou étage du proembryon engendrant rhypocotyle; ci, cellule inférieure de la tétrade;
q, étage supérieur du proembryon donnant naissance à la partie cotylée; a et 6, les deux cellules
supérieures juxtaposées de la tétrade; e, épiphyse; n et «', cellules-filles de ci, représentant les
deux étages inférieurs du proembryon octocellulaire; /• et t, cellules-filles de n; 0 et p, cellules-
filles de n'; de, dermatogène; pe, péribième; pi, plérome; h, hypophyse; s, suspenseur propre-
ment dit; iec, initiales de l'écorce au sommet radiculaire. Gr. : 35o.
L'épiphyse du Geiim urbanum diffère toutefois essentiellement de celle du Myo-
sotis hispida par son origine. Chez cette dernière plante, elle est une unité de qua-
trième génération; elle est issue d'une cellule pelite-fille de la cellule apicale du
proembryon bicellulaire et, si l'on veut lui trouver son homologue, dans les autres
types de développement, par exemple chez le Myosurus niinimus ou le CapseLla
Bursa-pastoris, on doit la considérer comme correspondant à l'un des quatre octants
dont se compose, chez ces plantes, l'étage supérieur /. Chez le Geuni urbanum,
l'épiphyse est une unité de troisième génération ; elle est engendrée par la cellule-fille
de la cellule apicale du proembryon bicellulaire, et son homologue, chez le Myosurus
minimus ou le Capsella Bursa-pastoris, serait l'un des éléments désignés ordinai-
rement sous le nom de quadrants. 11 n'y a rien, chez le Geum urbanum, qui puisse
correspondre aux octants; les deux étages supérieurs /et /' du proembryon que Ton
observe chez la plupart des espèces ne se diff'érencient pas.^A cet égard, cette forme
embryonnaire peut être rapprochée du Senecio vulgaris ou de VVrtica pilulifera;
comme chez ces deux dernières espèces, en outre, l'hypocotyle et les initiales du
1072 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cylindre central au sommet radiculaire tirent leur origine de l'étage /?i du proembrjon ;
mais là s'arrêtent les analogies.
Au terme de la troisième génération (//^. 7), le proembryon du Geimi
urhanum se trouve composé de huit éléments, nettement distribués en quatre
étages : ^, /w, n et n' . Les destinées de ces quatre étages peuvent être indi-
quées dès maintenant : Tétage q donne naissance à la partie cotylée et au
cône végétatif de la tige; l'étage m engendre la parlie hypocotylée et les
initiales du cylindre central au sommet radiculaire ; aux dépens de n se dif-
férencient quelques éléments du suspenseur proprement dit et une hypo-
physe semblable à celle que l'on observe chez le CapseUa Bursa-pastorù,
c'est-à-dire s'individualisant de la même manière et donnant également les
initiales de l'écorce au sommet radiculaire et la portion centrale de la coiffe ;
enfin, aux dépens de n'y se constitue la portion inférietire du suspenseur.
BOTANIQUE. — Le mycélium à boucles chez les Ascomycètes.
Note de M. et M™^ Ferxand Moreau, présentée par M. L. Guignard.
La présence de boucles ou anses chez les Champignons, sur le flanc des
hyphes, au niveau des cloisons transversales, est considérée généralement
conime caractéristique des Basidiomycètes et comme un critérium utilisable
pour distinguer les Ascomycètes des Basidiomycètes. Or, nous venons de
rencontrer chez un Ascomycète des formations identiques aux anses des
Basidiomycètes.
Nous les avons observées chez le Champignon d'un Lichen, le Parmelia
Acetabulum. Elles sont strictement localisées sur le trajet de certains hyphes
ascogènes qui cheminent à la base des paraphysesel se redressent à l'extré-
mité pour former des asques.
Les hyphes ascogènes du Parmelia Acetabulum proviennent du dévelop-
pement d'un ascogone enroulé, cloisonné, aux cellules uninucléées, parfois
prolongé par un trichogyne de même structure, mais dressé vers la surface
du thalle et pouvant faire légèrement saillie au dehors. On accorde à cet
ascogone une fécondation par une spermatie par l'intermédiaire du tricho-
gyne ('). En fait, nous avons vu le trichogyne se flétrir sans que l'ascogone
nous ait paru avoir reçu une telle fécondation et sans que sa sttucture
(') E. Baur, Die Anlage and E aUvickelung einiger Flechten apothecien {Flora^
Bd. 88, 1901, p. 320).
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. IO73
semble modifiée. Ce n'est que plus tard que les hyphes ascogènes issus de
la ramification de Tascogone, et d'abord à cellules uninucléées, acquièrent
la structure binucléée. Seuls les byplies ascogènes à cellules binucléées
possèdent des anses sur le côté.
Ces anses se présentent exactement comme celles des mycéliums à
boucles, également à cellules binucléées, des Basidiomycètes, dont
Kniep(') et M"'' Bensaude (-) ont fait connaître d'une manière précise
l'origine et la structure. On les trouve au niveau des cloisons transversales
des hyphes et elles présentent, comme celles des Basidiomycètes, une
cloison dans leur région la plus proche de l'extrémité en voie de croissance
du mycélium. Elles se font sur le flanc de la cellule terminale d'un hyphe
au moment où elle se divise.
Après un certain nombre de divisions successives de la cellule terminale,
accompagnées de boucles, la formation d'une nouvelle boucle est le prélude
de la production d'un asque.
A la naissance d'un asque la cellule terminale d'un hyphe ascogène voit
se. faire dans sa région moyenne une saillie qui se prolonge en un bec
recourbé vers la base du filament; une cloison apparaît un peu au-dessous
de la naissance du bec au travers de l'hyphe; une autre se fait à la base du
bec. Ces cloisons séparent trois cellules : une cellule terminale binucléée,
une cellule subterminale uninucléée, le bec uninucléé. Souvent le bec
s'anastomose par son extrémité avec la cellule subterminale, y déverse son
noyau, la rend par suite binucléée. 11 se fait alors une boucle qui ne diffère
pas des boucles ordinaires. La cellule terminale devient un asque, siège
d'une fusion nucléaire; l'asque est dans ce cas la dernière cellule d'une
chaîne de dikaryocytes. Dans d'autres cas il n'y a pas fusion entre la cellule
du bec et la cellule subterminale. La cellule terminale binucléée devenant
un asque, celui-ci repose sur une cellule uninucléée et reste flanqué, près de
sa base, de la cellule du bec, uninucléée. L'extrémité du filament ascogène
présente alors l'aspect décrit par Dangeard (^) sous le nom de crochet
ascogène. La formation de l'asque « en crochet » se présente, chez le
(*) H. Kniep, Beilrdge zur Kenntniss der Hynienomycelen IIL Ueber die Konju-
gierten Teilungen und die pliylogenetixche Bedeulung der Schnallenbildungen
{Zeils.f. Bot., Bd 7, A. 6, 191 5,' p. 369-398).
(2) M"« M. Bensaude, Recherches sur le cycle évolutif et la sexualité chez les Ba-
sidiomycètes {Thèses se, Paris, 1918).
(^) P.-A. Dangeard, La reproduction sexuelle da Ascomycètes {Le Botaniste,
4^ série, 1894, p. 21-58).
I074 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Parmelia Acetabulum, comme une déviation légère de la formation d'une
boucle sur le flanc d'un mycélium à cellules binucléées, ou comme la pro-
duction d'une boucle momentanément inachevée.
Mac Cubbin ('), Brown (-), Glaussen (^) avaient présenté comme [des
anomalies de la production des asques « en crochet » des cas de fusion delà
cellule dite terminale du crochet avec la cellule dite antépénultième du cro-
chet, nous dirons de la cellule du bec et de la cellule subterminale de
l'hyphe ascogène; c'est en réalité la production d'une boucle ordinaire, à
la naissance d'un asque, qu'ils avaient sous les yeux.
Kniep, M"'' Bensaude avaient déjà suggéré le rapprochement des boucles
des Basidiomycètes et des crochets des Ascomycètes et admis l'homologie
des deux formations. La rencontre de boucles sur le trajet d'hyphes asco-
gènes nous permet de dire qu'il y a non seulement homologie entre la for-
mation d'une boucle et la naissance d'un « crochet ascogène », mais que les
deux phénomènes sont essentiellement identiques.
Nous avons donc observé chez un Ascomycète, le Champignon du Par-
melia Acetabulum, la présence d'hyphes ascogènes dont les dernières rami-
fications sont à cellules binucléées et présentent sur leur flanc des boucles
identiques à celles des mycéliums, également à cellules binucléées, des
Basidiomycètes. L'asque n'est que la cellule terminale d'une chaîne de
dikaryocytes; la cloison qui le sépare de la cellule voisine s'accompagne
d'une anse, comme toutes les cloisons du mycélium ascogène à cellules
binucléées, et l'apparence du « crochet ascogène » est due à une légère
modification de la production d'une anse ou à l'observation d'une anse
encore incomplètement formée.
Ces faits, en identifiant la formation des asques avec celle de certaines
basides pourvues d'une boucle à leur base, en montrant que les mycéliums
à dikaryocytes des Ascomycètes ofl'rent des boucles comme ceux des Basi-
diomycètes, c'est-à-dire possèdent avec eux le même mode de croissance et
de division, attestent l'homologie parfaite des phases binucléées dans ces
deux groupes et autorisent leur rapprochement phylétique.
(') W.-A. Mac Cubbin, Development of the Helvellineœ. 1. Helvella elastica
{Bot. gaz., t. 49, 1910, p. 195-206).
(-) H. Brown, The development of the ascocarp of Leolia {Bot. gaz., t. 50,
19 10, p. 443); The development of the ascocarp of Lachnea scuteliata {Bot. gaz.,
l. 52, 191 1, p. 275).
(^) P. Glaussen, Zur Entwickelungsgeschichte der Asconiyceten, Pyronema
confluens {Zeits. f. Bot., Bd k, 1912, p. i-64).
c
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. 1076
HIMIE BIOLOGIQUE. — Injluence dii sélénium el du radium sur la germination
des grains. Note de M. J. Stoklasa, présentée par M. L. Maquenne.
On ne s'est aucunement préoccupé jusqu'ici de la présence possible du
sélénium ou de ses combinaisons dans l'atmosphère et dans le sol. A la
suite d'expériences en date de 1906, j'ai pu établir que ce corps existe dans
les émanations volcaniques, ainsi que dans les fumées résultant de la com-
bustion de la houille ou des pyrites, et conséquemment dans l'air. D'ailleurs
il tend à s'accumuler dans le sol, par suite de l'emploi comme engrais du
superphosphate et du sulfate d'ammoniaque, fabriqués avec de l'acide sul-
furique sélénifère, enfin, éventuellement, par oxydation lente de la pyrite,
aidée d'influences microbiennes.
On sait combien le sélénium est sensible à Taction de la lumière, qui
modifie sa conductibilité électrique; il était par suite intéressant devoir
comment ses composés oxygénés ou, ce qui revient au même, les sels qu'il
forme avec les bases vulgaires, agissent sur la germination et ultérieurement
sur la synthèse végétale en présence ou en l'absence de lumière, avec ou
sans radioactivité.
I. Toutes les expériences qui suivent ont été faites à la température de
23°-25'*, à la lumière; elles ont porté sur six espèces différentes : Hordeum
distichum^ Triticum val gare ^ Secale céréale, Avena sativa, Vicia faba et Poly-
. gonum fagopyrum, cultivées en présence de sélénite Na^SeO' ou de sélé-
niate Na-SeO* de sodium.
Sous la forme de sélénite, le sélénium se montre déjà vénéneux à la
dilution de lo-*^ P. M., soit un millionième d'atome de sélénium ; aux doses
plus fortes de 5.io"®, 7.10"'^ et io~H^.M., la toxicité augmente et
avec 5.10—^ la faculté germinative de l'orge et du sarrasin est fortement
amoindrie. Avec io~'' elle est encore plus faible et à la concentration
de 5.io~^ P. M., que nous n'avons pas cru utile de dépasser, la plupart des
embryons sont tués par le sélénite de sodium.
Le séléniate se comporte tout autrement : à la dose de lo"" P. M., il agit
très favorablement sur la faculté et Ténergie germinatives; en quantité
cinq fois plus forte il est encore inofl'ensif, et il faut élever la dose
jusqu'à 7.10"** pour voir apparaître un commencement d'action nuisible.
Cette action s'accentue davantage avec fi.io"^ et à la concentration
1076 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de 5.TO~'' P. M. le séléniate de sodium devient fortement toxique; en tout
cas, il l'est moins que le sélénite (').
II. Nous avons déjà fait connaître rinfluence favorable qu'exercent les
eaux naturellement ou rendues artificiellement radioactives sur le processus
de germination (-).
Les expériences qui suivent ont été effectuées à la lumière, à la tempé-
rature de 2.3^-1^° et sous l'influence d'une radioactivité égale à 3oM.E.
agissant en 12 heures sur loo^ de graines supposées sèches. L'action ayant
été le plus souvent prolongée pendant i44 heures, les semences ont ainsi
supporté une dose de radioactivité équivalente à
36oM.E. = 144360.10-"= o'"s,oooi44
de radium. Sans sélénium les résultats ont été les suivants; les chiffres
indiquent le nombre des germinations observées sur 100 :
Sans émanation. Avec émanation.
En 72''. En 144''. En T2^.
Ilordeum distichum • • • , 36 99 97
Secale céréale 87 99 82
Trilicum vulgare 35 98 70
Ai'ena saliva 36 98 83
Vicia faba 69 9^ 99
Poly gonarn fagopy r uni 4^ 96 98
On voit que, ainsi que nous l'avions reconnu antérieurement, l'énergie
germinative est considérablement accrue par l'eau chargée d'émanation ;
pour déterminer maintenant l'influence de la radioactivité sur la toxicité du
sélénium, nous avons employé celui-ci à dose défavorable, c'est-à-dire à une
concentration au moins égale à 5. io~^ de poids atomique, sous la forme de
sélénite de sodium, auquel on ajoutait chaque jour de l'eau radioactive
à 3o M. E. Le Tableau suivant indique le nombre des germinalions obtenues
comparativement avec de l'eau distillée inactive et de l'eau chargée d'éma-
nation.
(') Ce fait est à rapprocher de rinfluence comparée de l'acide sulfureux et de l'acide
sulfurique et, si l'on se rappelle que les sels ferreux sont plus nocifs que les sels
ferii({,ues, on pourrait peut-être conclure de là que la toxicité des diflerentes conf)bi-
naisons qu'un même corps peut former avec l'oxygène est en raison inverse de leur
degré d'oxydation. — L. M.
(^) Stoklasa, Comptes rendus^ t. J55, 1912, p. 1096; Sirahlentlierapie, Band 1,
1914.
SÉANCE DU l8 AVRIL I922.
1077
Concentration
0,00005 P. M.
0,0001 I'. M.
0,0005 P. M.
Sans
émanation.
Avec
émanation.
110".
Hord. dist 28
Tril. vulg 89
Secale cer 89
Avcna sat 86
Vicia faba 82
Polyg. fagop. . 3o
uo»-.
85
72
75
68
79
80
144''.
89
9«5
92
92
90
93
Sans
émanation.
IIO»-.
29
36
33
34
85
3o
Avec
émanation.
110\
83
74
72
71
78
82
144''.
9^^
92
88
93
88
9t>
Sans
éman.
110\
3i
32
34
38
82
26
Avec
éman.
110''.
70
68
65
74
73
Il résulte de là qae la radioactivité paralyse l'efTet nuisible du sélénite de
sodium. On pourrait supposer que sous son influence ce sel est oxydé et
transformé en séléniate moins vénéneux; cependant nous avons reconnu que
la même action antitoxique s^exerce sur le séléniale, employé à plus forte
dose. C'est ce que montre nettement le Tableau suivant; la radioactivité
mise en œuvre correspondait comme ci-dessus à 3oM.E. par jour; dans la
dernière expérience elle s^élevait au total à 36oM.E., soit à o'°s,oooi44 de
radium pour 100 de matière végétale sèche.
Na^SeO*. Concentration io~^P.M.
Sans émanation. Avec émanation.
Hordeum distichum
Triticuni vulgare
Secale céréale
Avena sativa
Vicia faba
Polygonum fagopyruni.
;niio\
En 110''.
En 144''.
43
88
92
48
86
90
47
78
94
49
80
93
42
90
94
46
86
95
En résumé, nous pouvons conclure de ce qui précède que la faculté et
l'énergie germinatives des grains sont grandement favorisées par la radio-
activité du milieu, qui neutralise en majeure partie les effets toxiques du
sélénium, tant sous la forme de sélénites qu'à Tétat de séléniates alcalins.
C'est là un fait curieux qui nous paraît de haute importance et dont nous
nous proposons de poursuivre Tèlude.
1078 - ACADÉMIE DES SCIENCES.
CYTOLOGIE. — Sur la présence intra-nucUolaire du centrosome.
Note de M. R. Arc.aud, présentée par M. Henneguy.
L'incertitude qui plane encore sur l'origine protoplasmique ou nucléaire
du centrosome paraît résulter, comme on l'a dit souvent, plutôt d'une
technique électivement insuffisante que d'une existence peut-être contin-
gente et transitoire.
Mais, alors même qu'on lui accorde, suivant la tendance actuelle, la
valeur d'un protoplasma supérieur, on ne saurait chasser de la pensée cette
image obsédante du balancement inéluctable entre son apparition dans le
protoplasma actif et la disparition simultanée du nucléole dans le noyau.
On est ainsi tenté, malgré tout ce qui fut écrit, de chercher, avec Lav-
dowski, l'origine du centrosome dans le nucléole.
On sait, en effet, que le nucléole peut émigrer dans le protoplasma
(Montgomery). Ne renfermerait-il pas le centrosome et ne l'entraînerait-il
pas avec lui hors du noyau?
C'est, en tout cas, une hypothèse séduisante.
L'observation cytologique suivante a précisément trait à la possibilité
d'une semblable conjecture; elle porte sur un myélome de la mamelle, chez
l'homme, tumeur dont la partie centrale dégénérée était entourée d'une
coque épaisse en pleine activité génétique.
Les préparations colorées par la méthode de Heidenhain, mais après un
mordançage de l\^ heures dans l'alun de fer à 8 pour 100, montrent des
détails structuraux particulièrement curieux.
Dans quelques cellules nécrobiotiques, la chromatine efîritée vient se
tasser à la face profonde de la membrane nucléaire qu'elle souligne d'un
large liséré foncé.
Par contre, le ou les nucléoles, hypertrophiés, apparaissent en plein
développement au sein d'énormes vacuoles nucléaires. Certains renferment^
et c'est le point qui nous intéresse tout spécialement, un petit corps arrondi,
légèrement limité par une ligne colorée comme la chromatine et contenant,
en outre, un petit grain également teinté.
Malgré leur aspect de centrosome, un doute pourrait naître sur la véri-
table signification de ces corps intra-nucléolaires. On pourrait se demander
s'il ne s'agirait pas simplement des petits nucléolini de Heidenhain.
SÉANCE DU l8 AVRIL 1912. I079
L'examen des portions histogènes de la tumeur vient lever toute indé-
cision.
Dans quelques cellules dont le protoplasma fibro-plastique élabore de
long-s prolongements qui s'insinuent entre des fibres récemment formées, le
nucléole disparaît du noyau, mais, en revanche, le même objet à l'aspect
de centrosome décrit plus haut a quitté, lui aussi, le noyau et s'est logé en
plein protoplasma, à la base de la partie fibro-plastique, en pleine zone
dynamique par conséquent.
Deux régions d'une coupe pratiquée dans un myélome de la mamelle de l'homme. Le dessin supérieur
montre, dans un noyau pycnotique, un centrosome inlra-nucléolaire. Dans le dessin inférieur, le
centrosome a quitté le noyau et s'est placé à la base d'une longue fibre protoplasmique.
Oc. 6. Zeiss; im. ^j Stiassnie.
Si le nucléole devient alors invisible, c'est probablement parce qu'il se
confond avec le protoplasma dont il se rapproche sensiblement par ses
principaux caractères. D'ailleurs, les sphères attractives pourraient très
bien n'avoir d'autre origine que la substance nucléaire elle-même.
Cette observation nous paraît intéressante à plusieurs titres :
Elle indique tout d'abord Findépendance absolue du nucléole qui peut
s'hypertrophier et révéler avec une grande précision les détails les plus
108o ACADÉMIE DES SCIENCES.
délicats de sa structure, alors que le noyau pycnotique s'effrite et devient
flou.
Elle explique, en outre, Talternance topographique du nucléole et du
centrosome dans une même espèce cellulaire envisagée tour à tour à l'état
quiescent et à l'état dynamique, comme aussi l'exclusivité apparente de l'un
ou de l'autre de ces deux objets dans les familles extrêmes du monde végétal,
exclusivité encore généralement acceptée.
Au moment d'envoyer celte Note, nous prenons seulement connaissance du travail
de Georgevitch : Sur forigine du cenlrosome et la formation du fuseau chez Stypo-
caulon scoparium.
Nous sommes heureux, de constater la vérification, chez- les végétaux inférieurs, de
l'origine nucléolaire du centrosome que nous venons d'observer chez l'homme.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Vaccinationantityphoïdiq lie par scarifications.
Note de MM. Auguste Lumière et Jean Ghevrotier, présentée par
M. Roux.
A la suite d'expériences de laboratoires qui démontraient la possibilité
d'immuniser des animaux en leur faisant ingérer des substances vaccinales,
nous avons été les premiers, il y a huit ans, à proposer un procédé de vac-
cination antityphoïdique empruntant la voie gastro-intestinale (').
En nous attachant à cette méthode, notre but était d'éviter les incon-
vénients des injections hypodermiques du vaccin qui s'accompagnent,^
comme on le sait, de réactions plus ou moins vives et parfois même d'ac-
cidents d'une certaine gravité; grâce à l'entérovaccination, on pouvait, en
outre, faire bénéficier de l'immunisation les sujets chez lesquels les inocu-
lations sous-cutanées étaient contre-indiquées.
Bien qu'aucun fait précis n'ait été opposé à nos observations, notre
méthode ne fut point accueillie favorablement par tous les biologistes,
quelques-uns d'entre eux considérant a priori comme irréalisable l'im-
munisation dans les conditions de vaccination que nous avions indiquées.
Ces vues de l'esprit ont reçu depuis, le démenti de la pratique et plusieurs
expérimentateurs ont apporté récemment à l'appui de notre thèse, des faits
(') Auguste Lumièke et Jean Chevrotier, Sur la vaccination antityphique par voie
gastro-intestinale {Comptes rendus, t. 158, iQJq» P- ^97)'
SÉANCE DU l8 AVRIL 1922. I081
confirnialifs cerlains. Mais, en allendanl que la vérilé se soil dégagée des
recherches ([ui ne manqueronl pas d'être poursuivies dans ce domaine,
nous avons pensé que l'administralion du vaccin par scarifications per-
mettrait peut-êlre aussi de réaliser l'immunité conire les infections eber-
thiennes et paratyphiques.
A cet effet, nous avons préparé des cultures sur agar, en fioles de Roux, de bacilles
d'Eberth et de bacilles paratyphiques A et B; après 36 heures d'éluve à 07", nous
avons ajouté à ces cultures de l'eau distillée stérilisée, puis recueilli aseptiquement
l'émulsion microbienne qui a ensuite été chauffée à 60" pendant 2 heures, en agitant
fréquemment.
Après centrifugation, le culot a été mélangé à de la glycérine stérilisée dans la pro-
portion d'une partie de bouillie microbienne pour vingt parties de glycérine, de façon
à avoir cinq milliards de microorganismes par centimètre cube.
Des cobayes ayant été rasés sur lun des flancs, et la peau aseptisée par savonnage
et lavage à léther, on a pratiqué deux scarifications au niveau de la région ainsi pré-
parée.
Ces scarifications ont été répétées à plusieurs reprises à quatre jour» d'intervalle, et
en nombre de fois variable suivant les lots d'animaux mis en expérience.
Cinq jours après la dernière scarification, on a administré à des cobayes
témoins, non vaccinés, d'abord une injection sous cutanée deau salée à
10 pour 100, puis aussitôt après 2""',o d'une culture virulente de bacille
d'Eberth et de bacilles paratyphiques A et B. Tous sont morts, en moins
de 24 heures, d'infection suraigue.
Les animaux chez lesquels dix scarifications avaient été pratiquées, ont
survécu 4^ heures à ce traitement; ceux qui avaient reçu onze scarifications
n'ont succombé qu'au bout de trois à cinq jours, et enfin, à partir de douze
scarifications, l'immunisation a été suffisante pour que tous les cobayes
vaccinés siirvi\ent à l'injection massive qui avait été rapidement fatale chez
les témoins.
De nouvelles expériences sont en coiu^s pour déterminer d'une façon
plus précise les conditions de l'immunisation, notamment le temps néces-
saire à sa réalisation, sa durée, les doses à employer, ainsi que les varia-
tions (|ui peuvent survenir dans la résistance des sujets à l'infection, au fur
et à mesui^e (|ue l'on s'éloigne dti moment oii ils ont été vaccinés, etc.
Les scarifications ne s'accompagnent d'aucun j)hénomène réactionnel
particulier en dehors de celui (jui résulte du traumatisme insignifiant causé
par toute érosion de la peau.
A la suite de ce traitement, le sérum des animaux ne parait par ac(|uérir
C H., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 16 ) 77
Io82 ACADÉMIE DES SCIENCES,
de propriétés agglutinantes bien appréciables pour les cultures des micro-
organismes utilisés, malgré le haut degré d'immunité obtenu.
La méthode des scarifications dont l'efficacité ne fait plus, depuis long-
temps, aucun doute lorsqu'elle est appliquée contre la variole, semble
dépourvue de tout danger dans le cas de la vaccination antityphoïdique;
elle serait par suite mieux acceptée par certains sujets qui redoutent les
injections et leurs conséquences, et permettrait d'immuniser ceux chez les-
quels des lésions cardiaques, rénales ou autres, contre-indiquent l'emploi du
procédé usuel, et en attendant tout au moins que l'entérovaccination ait
pu être réhabilitée.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Quelques résultais acquis par ta méthode des
éle<^ages aseptiques: \. Scorbut expérimental; 11. Infection cholérique du
cobaye aseptique. Note de MM. Cohendt et E. Wollman, présentée
par M. Roux.
Dans une Note antérieure ( ' ), nous avons rapporté les premiers résultats
de nos recherches établissant que les cobayes aseptiques se développaient
aussi bien ou même mieux que leurs témoins nourris avec des aliments
stérilisés. Ces recherches ont été reprises après la guerre avec un dispositif
nouveau permettant de manier les animaux et de suivre, par pesée directe,
les variations de leur poids. Ce dispositif, que nous décrirons ultérieure-
ment, n'est pas encore entièrement au point, et des contaminations plus ou
moins tardives se sont produites dans la plupart des cas. Toutefois, étant
données la lenteur et la difficulté de ces expériences, nous voudrions, dès
maintenant, signaler deux points intéressants qu'elles ont permis d'établir-
Le premier a trait au scorbut expérimental, le second à l'infection cholé-
rique chez le cobaye aseptique ou contaminé par un seul germe {staphylo-
coque, ^. mesentericus).
l. Dès nos expériences de 1914 nous avions observé, dans quelques cas,
aussi bien chez des cobayes aseptiques que chez leurs témoins nourris avec
des aliments stérilisés, de l'affaissement et de la parésie du train postérieur.
Or les recherches de Holst nous ont appris que de tels accidents (dus aux
hémorragies, aux fractures spontanées) étaient caractéristiques du scorbut
(') Comptes rendus, t. 138, igi/j-p. 1288. Le travail détaillé annoncé dans cette
xNote n'a pas paru par suite de la guerre.
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. Io83
expérimental du cobaye. Nous avons donc, dans nos nouvelles recherches,
porté Tattention sur ce point et nous avons retrouvé chez nos cobayes
aseptiques ou tardivement contaminés d'autres signes notés par Holst :
relâchement des molaires, fragilité osseuse ('). Ces faits permettent de
faire définitivement justice des théories qui assignent au scorbut une
origine microbienne. Nul doute qu'il n'en soit de même pour le béri-béri
expérimental (polynévrite aviaire), car les accidents décrits par Schottelius
chez ses poussins aseptiques ne sont autre chose ([ue des manifestations de
cette avitaminose.
Si la méthode des élevages aseptiques permet de préciser la notion de
certaines avitaminoses en permettant d'exclure toute participation des
microorganismes, elle profite à son tour des données récentes sur les vita-
mines. C'est ainsi que nous avons pu, tout récemment, obtenir pour la
première fois une augmentation de poids de 80 pour 100 chez un cobaye
aseptique (contaminé vers le 18^ jour) en ajoutant du jus d'orange stérilisé
et de Fautolysat de levure à l'alimentation employée jusqu'ici.
IL Les petits cobayes aseptiques (ou contaminés par un seul germe :
staphylocoque, [i. mesentericus) auxquels on fait ingérer, à l'âge de 10 à
i5 jours, une ou deux cultures de vibrion cholérique, présentent à leur mort
(Gag jours après Tingestion) un tableau plus ou moins caractéristique :
intestin grêle très hyperhémié, c?ecum rempli de liquide. Le sang, ainsi
que le contenu du tube digestif dans toute son étendue, donnent une culture
riche de vibrions : on en constate, du reste, l'extrême abondance à l'examen
direct du contenu intestinal.
Il en est tout autrement des témoins non aseptiques nourris avec des ali-
ments stérilisés. Ici les vibrions ingérés disparaissent en 48 et même en
24 heures, de sorte qu'on ne peut plus les mettre en évidence par ensemen-
cement sur bouillon peptoné ou sur gélose. Même lorsque de tels témoins
meurent de scorbut (^) dans les quelques jours qui suivent l'infection, l'ense-
mencement du contenu intestinal et du sang reste négatif.
Cette diflférence dans la façon de se comporter de cobayes aseptiques (ou
contaminés d'un seul germe : staphylocoque, mesentericus) et de leurs
témoins pourvus d'une flore intestinale abondante et variée s'explique-t-elle
(') L'étude hislojogique des lésions sera publiée ultérieurement.
(■-) Nous ne voulons pas, pour le moment, préjuger des causes de cette mort, les
conditions de nos expérieuces ne permettant pas d'exclure le scorbut expérimental.
I084 ACADÉMIE DES SCIENCES.
par raction anlagonislc de celle-ci, comme le croyait Metch)iil\olV( ' ) ? ( )ii
bien faiit-il. ('laiil donnés les résultais récents de Sanarelli ( -), penser à une
action indirecte de cette flore intestinale qui rendrait la muqueuse plus
imperméable?
(^)uoi (|u'il en soit, il semble qu'on puisse écaiter, à la suite de nos obser-
vations, l'idée d'après laquelle l'imj)Ossibilité de produire l'infection cholé-
rique chez les lapins à partir d'un certain Age, ainsi que chez les cobayes
nouveau-nés, tiendrait à « la plus forte résistance que les parois intesti-
nales acquièrent avec l'âge » chez les premiers, à l'imperméabilité de ces
parois dès le début chez les seconds (Sanarelli). Nos petits cobayes, même
âgés de 3 semaines, succombent, en efl'et, avec des vibrions abondants dans
le contenu intestinal et dajis le sang.
BOTANiQUii. — Sur l'origùie du Spartina Townsendi et sur son rôle dans
la fixation des vases marines. Note (M de MM.,L. Cokiuère et Aug.
CnEVALtKit, présentée par M. L. Mangin.
Le genre Spartina Schreb., delà famille des (Iraminées, renferme une
quinzaine d'espèces, pour la plupart américaines. (^)uatre sont connues sur
les cotes d'Europe : ^. stricta Koth., .S. allernijlora Lois., S. juncea Willd.
et 5. Townsendi Gro\es; mais elles vivent aussi sur les côtes d'Amérique, et
'1. n'est pas douteux (|ue les trois dernières au moins ont été importées dn
Nouveau Monde.
En Améri(juc septentrionale, ces quatre espèces végètent d'une manière
pres(jue identique sur les vases salées et elles constituent une formation
spéciale, le Spartinetum (*), qui, au delà de la zone occupée par les
Salicornes, s'avance souvent jusque dans la mer.
Comme les palétux iers'des régions tropicales, les Spartina sont des agents
puissanis de colmatage. L'espèce qui fait Tobjet de cette Note en constitue
un exemple remarquable pour les côtes de France.
Le S. Towtiseiuli fui découveil en 1879 à llylhe dans la l)aie de Soulhampton, à
(') Ànn. hist. Paslei/r, t. 8, 1894, p. 5'i9.
{') J/nd., l. 34 et So.
(') Séance du 3 .avril i9'2''..
C" ) WvRMiNii. OFJco/ogy 0/ Plants, p. 281.
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. loSS
|)ro\imilé des S. siricla el S. ((llri/u'llora, el signalé en 1881 par les frères .1. el
H. Crroves qui le décrivirenl comme espèce nouvelle autonome. Sa présence fut cons-
tatée ensuite en plusieurs points des côtes sud de TA-ngleterre el à lîle de Wight.
Lord Moritagu de Ueaulieu suggéra que celte graminée avait été apportée de l'Argen-
tine; mais O. Stapf, conservateur de l'herbier de Kew, ayant repris en 1908 l'étude
du S. Townsendi, a rejeté l'idée d'une provenance étrangère et voit dans cette plante
le résultat d'une hybridation de S. alterniflora et 5. stricta. C'est aussi l'opinion de
M. Rouy, qui, dans sa Flore de France, place S. Towmendi à côté de S. Neyrauti
Foucaud, tout en les difiérenciant. Ce dernier. Spartina, trouvé par M. Neyraut en i885
dans le golfe de Gascogne à l'embouchure de la Bidassoa, ;i été décrit dès l'origine
comme un livhride de .S. alterni/Iora et .S", stricla.
Pour la premièie fois en Fiance, le ^. ToKvnsendi fut observé par l'un de
nous, en septembre 1906, sur la commune de Hrévands (Manclie), aux
bords du canal de Garentan et à l'emboucliure de la Vire. A cette époque
il n'offrait (jue quelques touffes espacées, j)eu nombreuses, mélangées, aux
bords de la Vire seulement, à des colonies de S. siricla beaucoup plus
étendues.
Par la suite, le S. Townscndi a été découvert en plusieurs localités du littoral fran-
çais : à Réville. Morsalineset Sainl-Vaast-la-Hougue (Manche); à Sallenelles (Calvados)
à l'embouchure de l'Orne; à Tancarville (Seine-inférieure) à l'embouchure de la Seine;
à l'embouchure de l'Florn près de Brest; à Hendaye, dans les Basses-Pyrénées.
Sur tous ces points, il -a été considéré jusqu'à présent comme une plante
rare et clairsemée. Telle était aussi notre croyance lorsque, le 29 sep-
tembre 1921, nous entreprîmes en commun une herborisation aux environs
de Brévands, afin de récolter des échantillons vivants de S. Townscndi el
d'examiner cette plante relativement à sofi hybridité sup])Osée. Bientôt
notre surprise fut extrême en constatant la prodigieuse extension prise,
en quinze années à peine, par ce Sparlina. Il occupe aujourd'hui de grands
espaces dans la baie des Veys, principalement la région au nord des polders,
comprise entre les deux embouchures de la Tante et de la Vire, où il s'avance
dans la mer dans la direction de Grandcamp, sur une étendue de 3'^"' à 1''°'
de long et au moins 'i^^ de large.
Plus d'un millier d'hectares sont densément envahis par cette espèce, à
l'exclusion de toute autre, et elle gagne de plus en plus vers la mer. Du côté
des terres, au contraire, elle se rabougrit là où la vase s'affermit par suite
de l'exhaussement du sol, et graduellement elle cède la place à d'autres
plantes, telles que Glyceria marilima^ Suœda, Salicornia, etc. Presque par-
tout, elle a fait disparaître sa congénère S. stncta.
Io86 ACADÉMIE DES SCIENCES.
S. Townsendi conslitue un moyen de colmatage extrêmement puissant,
et il nous semble que s'il apparaissait ou était introduit dans la baie du
Mont Saint-Michel, il aurait vite occupé toutes les vases meubles de cette
Région.
Au fond de la baie des Veys il est, à marée haute, complètement sub-
mergé par les eaux de la mer; c'est à peine si, çà et là, apparaissent les
extrémités des chaumes.
Sparlina Tonwnsendi a un pollen bien constitué et donne, à l'automne,
des graines en abondance, qui germent facilement.
Par son mode d'envahissement et par sa fécondité, le S. Townsendi ne se
comporte point comme un hybride, et nous pouvons d'autant moins
admettix' l'origine qui lui est attribuée par MM. Stapf et Rouy que l'un
des parents supposés, le S. alterniflora, n'existe pas sur les côtes normandes.
Effectivemenl, Tun de nous, en comparant le 5. Townsendi avec les divers Spar-
tina exislanl dans THerbier du Muséum de Paris, a constaté que cette plante avait
les plus grands rapports avec le S. glahra Muhlb. Elle offre notamment une
extrême ressemblance avec les spécimens de l'Herbier de Jussieu étiquetés « S. glabra
Amer. Sept. (Torrej, i834) » et ceux de l'Herbier V. Jacquemont « Long Island
(Cooper, 1824) ». On observe la même robustesse de la plante, les mêmes feuilles,
les mêmes épis et en aussi grand nombre (3 à 12), les épillets ont même forme et
mêmes dimensions, mais ils sont glabres dans la plante de Torrey et de Cooper. Tou-
tefois, dans sa Monographie des Spartina d'Amérique, E. D. Merrill (') a décrit un
S. glabra Muhlb. var. pilosa Merill, à qui il a donné comme synonyme 5. stricta
Auct. Amer, (non Roth) m S. stricta maritima Scribn., qui a les épillets velus et
dont la description correspond de tous points avec celle de Townsendi. Cette variété
vit sur la côte Atlantique, de la P.ensvlvanie à la Floride.
En comparant à ces mêmes plantes le S. Neyrauti Fouc. du golfe de Gascogne, on
constate qu'il est tout à fait identique au S. Townsendi et par conséquent à la plante
d'Amérique.
En résumé S. Townsendi et S. Neyrauti désignent une même plante. Ce
n'est nullement un hybride né sur les côtes d'Europe, mais c'est une plante
importée de la côte Atlantique de l'Amérique du Nord, le S. glabra Muhlb.
var. pilosa Merril = S. alternijiorahoïs. var. pilosa (Merrill) Hitchcock (^).
(') E. D. Merrill, The North American Species of Spartina {U. S. Department
Agric. Bur. PL Indiistry, Bull. n° 9, 1902).
(■-) A. S. Hitchcock, The gênera of grasses of the United States {U. S. Depart-
ment Agric.., Bull. n° 772, 1920). Pour lés auteurs américains, S. glabra et 5. altcr-
niflora ne forment qu'une seule espèce subdivisée en plusieurs variétés.
SÉANCE DU l8 AVRIL I922. I087
Son appellation, d'après les règles de !a nomenclature, doit être désormais :
S. giabra Muhlb. var. Townsendi {Gtovqs) >sobis.
Son introduction accidentelle a été, à certains égards, un événement
heureux, puisque, grâce à son pouvoii- colmatant, plusieurs milliers
d'hectares ne tarderont pas à être gagnés sur la mer dans la baie des Veys.
Nous avons constaté également que cette plante constituait un fourrage
brouté avec satisfaction par les bovins. Enfin, en Amérique, les Spartina
sont regardés comme une source possible de pâte à papier.
M. R. GouDEY adresse une Noie intitulée : La marche des pendules et
V agitation microsismique .
(Renvoi à la Section d'Astronomie.)
La séance est levée à 16 heures.
A. Lx.
ERRATA.
(Séance du 27 mars 1922.)
Note de M. Georges Giraud, Sur les équations non linéaires aux dérivées
partielles du second ordre du type elliptique :
Page 853, ligne 12, au lieu de hypothèse, liie hypersphère.
Io88 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances de mars igs'a {suite et fin).
Jac. Berzelius. Lettres, publiées au nom de l'Académie royale des Sciences de
Suède, par H. -G. Sôderbaum. Tome VIII : Correspondance entre Berzelius et Wilhelni
Hisinger {i%o\-\^^^'2.). Uppsala, A.lmquist et Wiksells, 1921; i vol. 23*^™»
Le principe de la relativité et la théorie de la gravitation^ par Jean Becquerel.
Paris, Gautliier-Villars, 1922; i vol. 25"=™. (Présenté par M. Emile Borel.)
Les poissons des eaux douces de l'Afrique du Nord française : Maroc, Algérie,
Tunisie, Sahara, par Jacques Pellegrin. Paris, Emile Larose, 1921; i vol. aS"^"". (Pré-
senté par M. E.-L. Bouvier.)
Nova Galedonia. Recherches scientifiques en ISouvelle-Calédonie et aux iles
Loyalty ; Botanique, par Hans Schinz et A. Guillaumin. Vol. I, Livre III. Berlin et
Wiesbaden, C. W. Kreidel's, 1921: i vol. 29'='". (Présenté par M. le Prince Bonaparte.)
Les régions polaires pendant la guerre, par Charles Rabot, précédées des Rap-
ports sur les récentes expéditions norvégiennes au Spitsberg (1919-1921), par Adolf
Hoel. Paris, Delagrave, 1922; i vol. 28'="*. (Présenté par M. Ch. Lalleraand.)
Société de Chimie physique. Recueil des Procès-verbaux des Communications
scientifiques faites devant la Société depuis le 8 décembre 1909 jusqu'au 24 juin
1914. Paris, Hermann, 1920; 1 vol. 22'='". (Présenté par i\I. Urbain.)
Gnomonique ou Traité théorique et pratique de la construction des cadrans
solaires, suivi de tables auxiliaires relatives aux cadrans et aux calendriers, par
G. BiGOURDAN. Paris, Gauthier-Villars, 1922; i vol. 28*^™.
L'espace et le temps, par Emile Borel. Paris, Félix Alcan, 1921; i vol. i9<^"\
The Danish ingolf -expédition. Vol V, Part 9. Àctiniaria, par Oskar Carlgren.
Copenhague, Hagerup, 192 1; i vol. 33'="\5.
Nouvelle géographie universelle, par Ernest Granger. Première Partie. Paris,
Hachette, s. d. ; 1 vol. 3i"°.
Ministère des régions libérées. Heconstitulion foncière et cadastre. Emploi de la
pJiotographie aérienne aux levés cadastraux et aux levés géographiques. Rapport
sur les études techniques effectuées en 1919 et 1920, sous la direction de M.- II. Rqus-
siLHE. Paris, Ilallu, 1921; i vol. 2ti^"'. (Présenté par M. Gh. Lallemand.)
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 2^ AVRIL 1922.
PRÉSIDENCE m M. Emile BERTIN.
ME3I0IRES ET C0M3IUIVICATI0IVS
DES MEMBRES ET DES GORRESPOiNDANTS DE L'ACADÉMIE
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Suj' la théorie des Invariants inléiiraur.
Note de M. E. Gocrsat.
Dans un Ouvrage récent, Leçons sur les invariants intégraux, M. Cartan a
fait d'intéressantes applications à la Mécanique de certains invariants inté-
graux qu'il appelle complets^ et où le temps t figure non seulement dans les
coefficients, mais aussi par sa différentielle dt sous le signe d'intégration. Il
a montré comment de tout invariant intégral absolu, au sens de H. Poin-
caré, on peut déduire un invariant complet, et inversement. Au premier
abord, le procédé de M. Cartan paraît absolument distinct des différentes
méthodes indiquées par IL l^oincaré, et qui permettent de déduire, d'un
ou plusieurs invariants intégraux connus, de nouveaux invariants. Mais un
examen plus attentif permet de montrer que le procédé de M. Cartan est
équivalent en réalité à une combinaison des méthodes de H. Poincaré.
I. Je rappellerai d'abord quelques résultats biens connus. Soit
un système d'équations dillérentielles, dont les dénominateuis ne renferment
pas le temps ï, et soit I,, = / to un invariant intégral de ce système, où co est
une forme symbolique de dillérentielles (forme extérieure de M. Cartan),
OJ r= i Aa , a, . , . a,, d.Vy,^ ,_,dx a,,,
dont les coefficients ne dépendent pas de t. Différents passages des Mémoires
de H. Poincaré ont conduit à une méthode générale permettant de déduire
G. R., 1922, i' Semestre. (T. 174, N* 17.) 7^
1090 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de l'invariant 1^, un invariant intégral d'ordre /> — i, ly;_, = / to,, où co, est
une autre forme symbolique de degré p — i, qui se déduit de co en rempla-
çant successivement dans chaque terme une des différentielles dœ, qui y
fîg-urent par X, et multipliant ensuite le coefficient par ± i, suivant la place
de la difFérentielle c/x,.
J'ai appelé opération (E) l'opération par laquelle on passe de l'invariant
absolu \^, à l'invariant I^,_,. Les invariants I^,_, ainsi obtenus ne sont pas
quelconques; ce sont aussi des invariants intégraux pour tous les systèmes
différentiels que l'on obtient en remplaçant, dans les équations (i), dl
par X(j:;,, ...,x„)di^ quelle que soit la fonction k(.Xf,.x.^, ...,x„). Si 7,,
Va, ..., Yn-i sont « — I intégrales premières, indépendantes de /, du sys-
tème (i), la forme co^ s'exprime uniquement au moyen de y,, ..., /„_,,
dy,, ..., dy„_,. C'est ce que M. Cartan appelle une forme différentielle
immriunte du système (i ).
Supposons maintenant que les dénominateurs X,, et les coefficients de la
faune w, ou du moins quelques-uns, puissent renfermer l. Considérons le
système auxiliaire à ;? + i inconnues
- V ~ ' ' ' "~ X ~ i ~" '
OÙ X, désigne la fonction X,, où l'on u remplacé t par ^„4.,, et soit de même
121a forme symbolique qui se déduit de co en remplaçant / par a.„+, dans les
coefficients. Si l'intégrale \j,= /co est un invariant intégral par le sys-
tème (1), on vérifie aisément que I^,+ , = iildx^,^^ est un invariant intégral
pour le système (2), car les deux systèmes de conditions sont identiques.
L'opération (E), appliquée à cet invariant intégral 1^;.^,, conduit à un nouvel
invariant d'ordre y:>, qui est identique à l'invariant complet de M. Cartan,
quand on y remplace x,^^\ et c/x',^^, par / et dt respectivement.
^1. La méthode s'applique aussi aux invariants relatifs. Si J^, = / co est un
invariant relatif, au sens de H. Poincaré, des équations {i)^ ù'dx^^^ est
un invariant absolu du système (2). L'opération (E), appliquée à cet
invariant, conduit à un nouvel invariant d'ordre />» -h i , /^',5 où ù\ est la
forme dérivée d'une autre forme symbolique U, de degré/?. L'intégrale / 12,
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. I09I
est alors un invariant relatif du système (2), et, en y remplaçant a\+,
eldxn^f par / et ^// respectivement, on obtient un invariant relatif complet
du système (i). C'est ainsi que Tinvariant linéaire relatif complet de
M. Cartàn peut se déduire de l'invariant relatif de H. Poincaré I-p^dr/^.
EiNTOMOLOGlE. — La mélamorphosc des femelles et l' /lypermêuimorphose
des mâles chez les Coccides du i^roupc des Mari^arodes. Note de M. Paul
Marciial.
Giard et Valéry Mayet ont attiré l'attention sur les curieuses parlicula-
rités que présentent les transformations des Margarodes et en particulier
du Margarodes viliiim Gd., vivant au Chili sur les racines de la vigne.
Depuis, plusieurs auteurs, tels que Green et Silvestri, ont, pour d'autres
espèces, apporté des contributions diverses à l'histoire de ces Insectes.
On sait que la femelle adulte qui rappelle superficiellement, par la forme
générale de son corps et la pilosité de ses téguments, certaines larves de
Lamellicornes, est surtout caractérisée par l'absence complète de bouche
et par la conformation des pattes de la première paire, qui sont adaptées
pour fouir et transformées en griffes puissantes.
Elles pondent des œufs en s'entourant d'une masse filamenteuse sécrétée
par des glandes cutanées, et de ces œufs naissent des larves primaires hexa-
podes, très différentes des adultes, et qui paraissent assez variables suivant
les espèces.
Les stades successifs qui conduisent jusqu'à la femelle adulte. n'ont été
suivis que d'une façon incomplète. On sait pourtant que la plus grande
partie de la vie des Margarodes se passe sous une forme apode et sphérique
à cuticule épaissie, qui prend place entre la première larve hexapode et la
forme femelle adulte également hexapode. C'est sous cette forme apode,
rappelant l'aspect d'une pilule, que la Cochenille grandit, fixée aux racines
des végétaux par ses soies rostrales. Elle est alors entourée d'une enve-
loppe blanche et nacrée, formée d'écaillés sécrétées par l'Insecte et des mues
qu'il abandonne au cours de sa croissance (').
C'est à cette enveloppe d'aspect nacré, dont Torigine et la nature sont
encore imparfaitement connues, que les Margarodes, souvent appelés ^e/7e.y
de terre, doivent le nom sous lequel on les désigne.
(') A. riiARD, Troisième Note sur tes Mari^arodes ( C. /?< Soc. Biol., t. 'iG, 1894^ ^„^ - .....^^^
p. 710), /C^^^'^L
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1092 ACADÉMIE DES SCIENCES.
D'après Giard, lorsque la larve qui se trouve à l'intérieur de celte enve-
loppe et qu'il appelle lari,'e-pupe est arrivée à toute sa croissance, l'Insecte
passe par un véritable stade nymphal, au cours duquel on peut observer
tous les phénomènes d'histolyse et d'histogenèse que Ton constate chez les
nymphes des Insectes holométaboles. Sous Tinfluence de la sécheresse, il
peut y avoir, à ce stade, arrêt du métabolisme (anhydrobiose) et l'Insecte,
semblable à un véritable kyste, peut suspendre pendant plusieurs années
son évolution. En outre, suivant les conditions de nutrition dans lesquelles
se trouve la larve-pupe, celle-ci pourrait se transformer en femelle adulte à
des tailles très différentes. Certaines femelles de Man^rirodes ritium ne
dépasseraient pas 2™"", tandis que d'autres atteindraient 5™°^ à 8™*" de
longueur. Souvent on pourrait ainsi trouver des femelles adultes plus
petites que certaines larves ( ' ).
Quant au développement du mâle, il est resté jusqu'ici inconnu, chez
toutes les espèces décrites de Margarodes.
N'ayant pas observé le développement du Margarodes iniium^ je ne puis
me prononcer sur la nature des phénomènes marquant les dernières phases
de la métamorphose chez celte espèce. Mais ce que je puis avancer, c'est
que chez une espèce nouvelle, le Neomargarodcs Trahuli (-), que j'ai
( ') A. GiARi), loc. rit.
(-) Je dois tout le matériel concernant cette espèce à robligeance de M. Bols, pro-
fesseur au Muséum, et du D"" Trabut, directeur du Service botanique à Aliter. Ils ont
recueilli les premiers échantillons qui m'ont été remis, à lil-Arfiane, près de Tougourt,
dans le Sud-Algérien, sur une plante désertique, le Limoniastrum guyonianum.
Depuis, leD'' Trabut me fit des envois réguliers de rameaux de Limon instiu/n chargés
de kystes de Margarodes aux. diverses époques de l'année pour me permettre d en
suivre l'évolution. Les kystes encroûtés de sable occupent la base des rameaux et
toutes les parties qui sont plus ou moins couvertes de sable amoncelé.
Je donnerai la description sommaire suivante de ce Margarodidœ que je ratta-
cherai, tout au moins provisoirement, au genre ISeomarga rodes de Green :
Neoinargarodes Trabuti nov. sp.
M\LK. — Longueur 4'"™ à 5™™. Coloration générale rosée avec sclériles jaunes ou
bruns; yeux composés rouges. Antennes de sept articles, les quatre premiers courts
et n'égalant pas ensemble la moitié de la longueur formée par les trois suivante;
quatrième d'une longueur à peu près double du iroisième et portant du cùlé ventral
un appendice vésicuiaire garni de nombreuses et courtes soies sensorielles.
Les cinquième, sixième et septième articles, cylindriques de longueur légèrement
croissante; le cinquième et, à un degré moindre, le sixième, se prolongeant légère-
ment du côté ventral, au-dessous de l'articulation, en s'élargissant graduellement, mais
sans constituer des processus lamelleux comparables à ceux que porte sur les mêmes
SÉANCE DU 24 AVRII. 1922. IO93
étudiée sur un abondant matériel recueilli en Algérie, ces phénomènes se
passent, sur divers points, d'une façon fort difFé rente.
Chez le Xcomargarodes Trabuti, on constate, comme chez le Margarodes
vitiiim : 1° l'existence d'une larve primaire hexapode; 2° l'existence d'une
larve apode kystoïdale entourée d'une enveloppe nacrée, fixée sur la plante
par ses soies rostrales et qui s'accroît par succion de la sève; ^° une croissance
s'arrêtantà des tailles très différentes de la forme précédente pour permettre
la transformation delà larve apode en une forme hexapode pourvue de grosses
griffes antérieures fouisseuses et ayant l'aspect larvaire melolonthoide bien
connu des femelles adultes de Margarodes; les petits exemplaires sortant
des petits kystes n'ont guère plus de 2°^"' de long, tandis que les gros exem-
articles Je type du genre Neomargarodes {N. erythrocephala Green). Patte anté-
rieure robuste et conformée pour fouir, le tibia, le tarse et la griffe étant fusionnés, de
façon à former un puissant crochet terminal. Ailes larges, dépassant l'abdomen en
arrière, bord costal assez fortement denté dans sa région médiane. Deux paires de
stigmates thuraciques. Huit paires de stigmates abdominaux. Septième segment
abdominal portant sur sa région dorsale une fente transversale sur les lèvres de
laquelle débouchent des tubes glandulaires (7 à 9 sur la lèvre supérieure, 10 à 12 sur
la lèvre inférieure), donnant insertion à de longues baguettes transparentes ayant
l'aspect de verre filé; groupées ensemble elles forment une longue aigrette qui émerge
de la partie dorsale de Tabdomen et dont la longueur dépasse le double de ce dernier.
Appendice copulateur de longueur ensiron égale à celle de l'abdomen.
Femelle. — Longueur 8""" à lo"""", OAaIaire. Téguments garnis de longues soies
capillaires et jaunâtres. Antennes courtes de six articles, premier article large tron-
conique, les cinq suivants de largeur graduellement décroissante; deuxième, troi-
sième et quatrième beaucoup plus larges que longs, et annulaires; quatrième et
cinquième un peu plus longs que ceux qui précèdent; le sixième et dernier presque
hémisphérique, chaque article portant un cercle de longues soies; yeux rouges puncti-
formes, en arrière des antennes. Patte antérieure très large; fémur fort et quadrangu-
laire : griffe 1res robuste et courte formée par le tibia, le tarse et l'ongle fusionnés, le
bord interne étant profondément sinué en forme de S.
Ongles des pattes intermédiaires et des pattes postérieures falciformes. finement
acérés, très allongés, de longueur égalant en\iron quatre fois celle du tarse et à peu
près égale à celle du fémur. Deux grands stigmates ihoraciques et huit stigrnates
abdominaux.
Stades évolutifs du mâle. - Lar\e du premier stade - Très analogue à celle de la
femelle (voir ci-après).
Larve du deu.rième stade. — Très analogue à celle de la femelle (voir ci-après).
Larse du troisième stade. — Très analogue à la femelle adulte mais de taille plus
petite, pas d'orifice sexuel.
ISymphe. — Blanche, avec régions céphalothoracique et abdominale nettement
séparées par un étranglement; pattes et antennes bien développées, pattes antérieures
lOgZj ACADÉMIE DES SCIENCES.
plaires sortant des gros kystes peuvent avoir jusqu'à 9""". A part la diffé-
rence de grandeur, ceux de petite taille et ceux de grande taille semblent
d'ailleurs identic[ues et ont les mêmes allures, se déplaçant par un mouve-
ment d'ondulation et de reptation rapide. Mais la succession des phéno-
mènes devient ensuite très différente, suivant qu'il s'agit de la petite forme
ou de la grande forme. En effet, tandis que cetle dernière est la femelle
adulte, la petite forme qui lui est pourtant morphologiquement si semblable
n'est que le dernier stade larvaire du mâle. Cette larve, mâle gynécoïde,
après avoir erré pendant quelque temps, s'ensable ou se réfugie sous un abri^
et s'entoure d'une coque filamenteuse dans laquelle elle s'immobilise, puis
se transforme en une nymphe pourvue d'antennes, de pattes et de moignons
alaires, qui rejette en arrière d'elle la mue larvaire formée par les tégu-
fouisseuses dirigées en avant et rapprochées l'une de l'aulre en semblant constituer
une sorte de rostre. Moignons alaires bien développés sous forme de palettes arrondies
à l'extrémité.
Stades évolutifs dk la femelle. — Lar<,'e de premier stade. — Antennes de six
articles, le dernier le plus long et forlement renflé en massue, tronqué obliquement
du coté externe et portant à ce niveau quelques soies et bâtonnets sensoriels. Pre-
mière patle forte, bien plus courte que les suivantes, hanche très courte, fémur
large et quadrangulaire dépassant en longueur l'ensemble des articles suivants, grille
amincie vers la base, élargie et excavée vers l'extrémité. Deuxième et troisième
patles longues et grêles terminées par une longue grifl'e falciforme, mais faiblement
incurvée, mesurant environ les | du tarse. Rostre bien développé avec labium placé en
avant d'un tentorium large et robuste^ soies rostrales décrivant une longue boucle à
l'intérieur du corps. Deux très longues soies à l'extrémité postérieure du corps.
Larve du deuxième stade. — Apode et sphérique d'un diamètre de i™™ à i'""", 75,
entourée d'une coque écailleuse et nacrée, enrobée elle-même de sable agglutiné; colo-
ration d'un marron plus ou moins foncé et cuticule plus ou moins épaisse, suivant le
degré d'évolution. Petit rostre conique, soies rostrales longues et bien développées;
antennes rudimeqtaires et représentées par deux j^eliles tubercides portant plusieurs
papilles et deux ou trois courtes soies. Taches oculaires d'un rouge foncé, apparentes
surtout sur les individus jeunes à cuticule peu teintée. Deux paires de très gros stig-
mates thoraciqueset huit paires de stigmates abdominaux, le diamètre de ces derniers
diminuant d'avant en arrière et le dernier voisin de l'anus étant beaucoup plus petit
que les autres. Sur la face ventrale, de chaque coté, du deuxième au sixième segments
abdominaux, une série de glandes cutanées avec petits cercles chitineux et une glande
semblable médiane un peu plus en avant. Sur la ligne médiane dorsale et en arrière,
une série de huit petits cercles transparents au niveau desquels la cuticule est amincie.
Larve du troisième stade. — Stade très analogue au précédent dont il est séparé
par une mue, mais de taille plus forte, le diamètre pouvant atteindre G"'™. Glandes
ciripares des vestibules stigmatiques plus nombreuses.
SÉANCE DU 2/| AVRIL 1922. 1096
ments épaissis du stade précédent. La nymphe se transforme ensuite, proba-
blement au moyen de deux mues successives, en Insecte ailé.
Le mâle adulle, pourvu lui-même de pattes fouisseuses, s'accouple avec la
femelle beaucoup plus volumineuse (|ue lui, tantôt à la surface du sol.
tantôt à une faible profondeur "dans le sable (|u'il déplace rapidemeni avec
ses g^riffcs antérieures. Les femelles fécondées s'ensablent définitivement
et, s'enlourant d'une sécrétion filamenteuse, pondent un amas d'onifs
blancs el ovoïdes.
Il résulle de ce ([ui précède que les Margarodes mâles. et femelles passent
identiquement par les trois formes adaptatives suivantes : 1° larve primaire
hexapode et migratrice destinée à gagner la plante nourricière; 2° larve
apode el kystoïdale consacrée à la croissance et secondairement adaptée à
la vie fixée sur le végétal; 3" forme hexapode, astome et fouisseuse d'aspect
larvaire mélolonthoïde. Tandis que la femelle est néoténique et arrête son
évolution à cette forme larvaire, le mâle conlinue à évoluer pour arriver
après deux ou trois autres mues à la forme ailée, en réalisant un exemple
remarquable d'hypermétamorphose.
L'hypermétamorphose des Margarodes est caractérisée d'un côté par le
trimorphisme larvaire qui vient d'être décrit, d'un autre côté par deux
phases d'arrêt de l'activité extérieure, qui permettent la constitution de
nouveaux organes et l'élimination de ceux qui deviennent hors d'usage
(pièces buccales, etc.), ces phénomènes paraissant toutefois se manifester
d'une façon moins complète que chez les Insectes des ordres holometa-
boles ('). Le premier arrêt correspond à la fin du deuxième stade, lors(jue
l'Insecte cesse de se nourrir avec ses soies rostrales et qu'à son intérieur va
se constituer la larve mélolonthoïde fouisseuse d'aspect extérieur semblable
à la femelle adulte. Cet arrêt, au cours duquel l'Insecte se trouve dans les
conditions d'un véritable kyste, se trouve aussi bien dans révolution du
mâle que dans l'évolution de la femelle (-) et tout au moins chez certaine?"
espèces telles «pic Margarodes rilium, il est susceptible en frappant les phé-
(') Sans avoir fait encore une étude complète des pliénomènes internes de la niéta-
morpliose chez les Margarodes, j"ai pourtant constaté par la dissection des larves
apodes (troisième stade de la femelle) et des femelles adultes que la destruction des
organes est beaucoup moins grande que celle qui existerait, d'après Giard, chez le?
larves similaires (larves-pupes) du Margarodes vitium. Le tube digestif, en parti-
culier, persiste en entier, bien que la bouche fasse totalement défaut chez l'adulte.
(■-) l^our- la femelle, en raison d'une mue de croissance supplémentaire, il se trouve
toutefois reporté à la fin du troisième stade,
1096 ACADÉMIK DES SCIENCES.
nomènes interne^; du métabolisme, de se prolonger pendant des années sous
l'influence de la sécheresse (hypnodie, anhydrobiose). Chez le Neomarga-
rodes Trabuti, il m^a paru se confondre avec la période d'hivernalion.
Le deuxième arrêt ne se rencontrant que dans l'évolution du mâle cor-
respond à la phase de nymphose des Insectes holomélaboles, et est néces-
sité par la transformation de la larve mélolonthoïde en Insecle ailé.
i'liYSi(^)i E. — Cheminement capillaire, diffusion et déplacement.
Note de M. Louis Lumière.
Lorsqu'on dispose verticalement une bande d'un tissu quelconque, préa-
lablement mouillé, de telle manière que son extrémité supérieure soit repliée
et plonge dans une cuvette contenant de l'eau, on constate bientôt que cette
eau, qui forme une nappe apparemment continue, chemine dans les inter-
stices capillaires que laissent les libres entre elles, pour venir linalement se
résoudre en gouttelettes à l'extrémité inférieure.
On réalise ainsi une sorte de siphon présentant cette particularité qu'il ne
possède aucune enveloppe extérieure.
Le phénomène se manifeste avec toutes les substances poreuses: tissus,
papiers, etc., composés de fibres organiques ou minérales et avec tous les
liquides susceptibles d'en mouiller les éléments constitutifs.
Ce cheminement, aussi lent qu'on le désire, d'une lame liquide sui>ant sa
surface, m'a semblé susceptible de recevoir diverses applications et l'expé-
rience, ainsi qu'on le verra plus loin, a pleinement justifié cette hypothèse.
Avant de déciire quelques-unes de ces applications, je crois devoir expo-
ser les résultats de mesures de \itesses d'écoulement qui permettent de pré-
ciser, dans de certaines limites, les conditions de fonctionnement de cette
sorte de siphon.
11 convient de remarquer que la nature, la finesse et le degré de serrage
des fibres du support ainsi que la densité, la viscosité et la tension super-
ficielle du liquide considérés exercent une grande influence sur la vitesse
d'écoulement qui est toujours très faible par rapport à celle qui correspon-
drait à la chute libre.
Le Tableau suivant donne les volumes débités par minute et par centi-
mètre de largeur ainsi que les vitesses linéaires de cheminement en centi-
mètre par minute, pour diverses hauteurs de chute, dans le cas d'un tissu
de coton croisé particulièrement intéressant et dans celui d'un papier
buvard épais, le liquide employé étant de l'eau.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922.
1097
Hauteurs de cliulc
en centimclres.
io
'20
40
Volume déliilé en cm-
par miiiule Vitesse linéaire
el par eenliinélre de lar?,'cur. en centimètres pur minute.
Tissu de coton croisé.
Épaisseur apparente à sec = o™™, 4.
0,045
o , 0.57
o , 06 1
0,061
i
1 .3
1.4'.
Papief buvard.
Epaisseur apparente à sec =:o™™,3 (').
1,0
3
6
o , 02
0,026
0,026
o . •>,26
0,23
0,33
0,33
0,33
Fta.l
1.5 ^
<^ 1.4- ..
1 1.3 L.
2-1 1
-!- -4-
..^..^-,..^-...---,--r ^— ,_--_^--,--.
-H^ 1 J
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_1_-.1.-J-_L-J-- J--J_i i-_L l_--l_-i-_l._J_— '. _
6 ô 10 20 30
^40"'"
Hauteurs de chute en cm
La figure i traduit ces résultats sous forme de courbes qui montrent que
la vitesse d'écoulement tend à devenir constante à partir d'une hauteur de
chute très faible qui est, pratiquement, de 20'^'° pour le lissu et de 3''^ seu-
lement pour le papier bu>ard employés.
H ny aura donc aucun intérêt à dépasser ces valeurs, lorsqu'on utilisera
ces substances coaime supports de la lame liquide.
C) L'épaisseur apparente augmente beaucoup par l'effet du mouillage dans le cas
du papier buvard qui subit une sorte de i^ontlement.
1098
ACADEMIE DES SCIENCES.
^/?
Les vitesses correspondantes en chute libre [\=\i2g'/ij seraient res-
pectivement de igS*^"" ei 'j(j'^°^ par seconde, c'est-à-dire 836G et i38i8 fois
plus grandes.
Applications. — i" Klimifialion des sels sohiblcs retenus par la couche de
gélatine des plaques photographiques au cours des manipulations. — La
première tentative d'utilisation se rapporte au lavage des phototypes sur
verre au sorlir du bain de fixage.
J'ai, dans ce but, conslruil le dispositif très simple représenté par la
figure 2.
A C
k^mmikmmmm
\\'\^\^W\\^\\3
Pg.2
Fi0.5
Une cuvette métallique A présentant en B un recouvrement est divisée
en deux parties par la paroi incurvée C afin de constituer un petit réservoir.
Le fond de la cuvette suppoi'le une lame de verre D et une bande de tissu
de coton E, assez longue pour plonger jusqu'au fond du réservoir, est appli-
quée sur toute la surface, comme le montre la figure. Enfin une tubulure G
permet le vidage.
Pour utiliser l'appareil, on remplit d'eau le réservoir, puis on applique le
phototype à laver F, la couche de gélatine en contact avec le tissu que l'on
a pris soin de mouiller préalablement sur toute sa surface. Il convient aussi
de laisser une mince couche d'eau sur le fond de la cuvette avant d'y placer
la plaque, afin d'éviter l'interposition de bulles d'air. On relève ensuite
l'appareil, comme le montre la figure 3. La petite quantité d'eau laissée,
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. 1099
ainsi qu'il vieni d'êire dit, s'écoule par la tubuluif G et la plaque se main-
tient en place sous raclion de la pression atmosphérique (').
L'eau du réservoir, siphonnée par le tissu, chemine lentement en une
nappe mince qui, par diffusion, se charge de sels retenus par la couche de
gélatine etl'on constate que, dans le cas d'une plaque Q*"" X i2*="'(S = io8c-),
l'élimination des sels est pratiquement complète après 12 à i5 minutes, la
consommation d'eau atteignant à peine '3o""'.
La possibilité d'effectuer le lavage avec une quantité d'eau aussi faible
permettra, par l'addition de quelques minimes fragments de glace dans le
réservoir, d'opérer à basse température et d'éviter les accidents fréquem-
ment observés pendant l'été.
Il est facile de se rendre compte, de visu, du fonctionnement du dispo-
sitif en plaçant dans la cuvette une plaque de verre recouverte de gélatine
que l'on imprègne d'un liquide coloré n'exerçant pas d'action sur la géla-
tine. Une solution concentrée de K-Cr-0^ est dans ce cas. Après avoir
relevé la cuvette ainsi qu'il est exposé plus haut, on voit s'effectuer pro-
gressivement la décoloration, et celle-ci devient complète en moins d'un
quart d'heure.
2" Lavage des précipilés. — A la suite de nombreuses expériences, je me
suis arrêté au dispositif suivant, qui me semble répondre à tous les desi-
derata.
Sur une plaque de glace plane A (fig\ 4), on place une bande B de tissu
de coton croisé par exemple, préalablement mouillé, dépassant l'extrémité
de la glace d'une longueur de 20*^°'environ, qu'on laisse pendre verticalement
comme le montre la figure. On pose ensuite sur ce tissu, en appuyant un peu,
une sorte de cadre G {fig. 5) en ébonite, verre ou porcelaine, de S""™ à 10°""
d'épaisseur ou plus, même. L'ensemble constitue une cuvette dont le fond
est tapissé par le tissu B et dans laquelle on verse le liquide contenant le
précipité, puis on étale sur le cadre une deuxième bande de tissu D dont
une extrémité plonge dans la cuvette E contenant le liquide de lavage. Le
niveau de celui-ci, maintenu constant à l'aide d'un flacon de Mariotte, doit
être à 1''" au-dessous du bord de ladite cuvette et à 2^™ ou 3^"" au-dessus du
plan de la surface supérieure du cadre. On fera varier ces hauteurs avec la
nature et l'épaisseur du support de la lame liquide de façon que la quantité
de liquide apportée en D ne soit jamais supérieure à celle entraînée en B.
('j Celle-ci leiid à provoquer, à la surlace de la couclie. lempreinle permanente
des fibres du tissu. On évitera cette allération superficielle en faisant usai^e d'un bain
de fixai;e aluné qui durcira la gélatine.
IIOO
ACADÉMIE DES SCIENCES.
h^iiljn, on mel en place la plaque de glace F (dépolie pour l'aciliter le mouil-
lage de sa surface), en évitant, autant que possilde, d'emprisonner de l'air.
Le précipité se trouve ainsi logé dans une cellule fermée et qui e^t tra-
versée de haut en bas par un courant très lent provoqué par la succion qui
s'exerce du l'ait du cheminement du liquide dans la bande B. Le liquide
D C F A B
^^_ l?^^.wi%I^^M^
F,è.4
venant de D se substitue petit à [)elil, dans la masse du précipité, à la solu-
tion qui contenait les sels solubles à éliminer et, lors(|u"il s'est ('COulé un
volume corresjiondant à deux fois environ la capacité de la cellule, le lavage
est pratiquement complet.
Il ne resie plus qu'à retirer la glace 1^" el le tissu I) pour permettre Tesso-
rage du précipité, le li<|uid(^ qui l'imprègne étant asj)iré assez énergique-
ment jjar la nappe li. Après (pielques inslants, on enlève le cadre C et Ton
peut recueillir facilement ce précipité sous forme d'une pâte épaisse.
Le volume de liquide consommé ainsi que la durée de l'opération
varient, naturel lemenl, avec la nature du précipité, l'épaisseur et la p«^r-
méabilité du tissu et la hauteur de chute adoptées.
A titre d'indication, une cellule de 5"" X 5"" el de i*'" de hauteur,
soit ^T)"" , |)ermet, au moyen du tissu de coton croisé signalé précédemment,
d'obtenir en i heure et demi(> le. lavage complet du préci])ité remplissanl
ladite cellule et ce, avec une consommation d'eau de 5o""' environ.
On suivia la marche de l'opération soit en efTectuant une réaction de
contrôle sur le licpiide qui s'écoule à l'extrémité inférieure de la bande ]>,
soit en faisant des touches sur le tissu, au sorlir de la cellule, avec une
SÉANCE DU 24 AVKII. I922. iioi
solution susceptible de donner une réaction colorée, lors({u'une telle réaction
sera possible.
3" Obtention d'extraits. — • Le dispositif représenté {Jig. 4) est également
applicable à l'extraction, par un solvant approprié, de substances solubles
accompag-nant une matière solide quelconque. Il convient de remarquer
que celle-ci peut être préalablement réduite en poudre très fine, ce qui
facilitera l'extraction sans présenter l'inconvénient de troubler la solution
recueillie, le cheminement du liquide dans les interstices capillaires de la
bande B assurani une excellente filtra tion.
On réglera la durée de contact par le choix du tissu ou du papier employé
ainsi que par la hauteur de chute, c'est-à-dire la longueur de la bande B.
Les quelques exemples qui précèdent .montrent l'intérêt économique de
la méthode.
Celle-ci est facilement applicable à des opérations industrielles à l'aide
d'un matériel très simple, qu'il suffira de modifier pour l'adapter à cha(|ue
cas particulier.
Le Prince Ho.naparte fait hommage à l'Académie du 12' fascicule de ses
Notes Ptéridologique.s, qu'il vient de publier et qui contient un Mémoire de
M. Chkistexsen, consacré à l'étude d'un groupe de fougères d'Afrique, dit
Microgonium. Sur les 9 espèces et 3 variétés étudiées, 6 sont nouvelles,
ainsi que les 3 variétés; 3o figures accompagnent les descriptions. Les
échantillons ont été récoltés à Madagascar par un sagace collecteur
M. H. Perrier de la Bathie.
CORRESPOIVD ANCE .
M. René Baire, élu Correspondant pour la Section de Géométrie,
adresse des remercîments à l'Académie.
GÉOMÉTRIE. — Sur les surf aces cerclées. Note (') de M. E. Vessiot.
l. Invariants différentiels d\ine surface cerclée. — J'ai défini précédem-
ment, pour chaque cercle générateur d'une surface cerclée, deux sphères
(') Séance du 10 avril 1922.
IÎ02 ACADEMIE DES SCIENCES.
centrales et leurs adjointes, et associé à ce cercle le pentasphère ortho-
gonal Il constitué par ces quatre sphères et par la sphère orthogonale au
cercle générateur et au cercle infiniment voisin. J'ai de plus introduit
deux variables à caractère invariant, dont Tune, 0, définit les points d'un
même cercle générateur; et dont l'autre, a, qui a pour différentielle l'angle
d'un cercle générateur avec le cercle infiniment voisin, définit les cercles de
la surface. L'étude de la variation du pentasphère II, quand la valeur corres-
pondante de !7 varie, conduit aux invariants difTérentiels fondamentaux de
la surface.
Pour le monlrer, introduisons des coordonnées pentasphériques et des
notations vectorielles : toute splière c, de coordonnées c^, c.,^ . .., c», équi-
vaudra à un vecteur c, de composantes c,, c^, . . ., c^, et l'on supposera
/.
le cosinus de l'angle de deux sphères c et c sera égal au produit sca-
laire cc'= Vc//4- Si ces sphères varient d'une manière continue,
dc'-:=z 7 dc'j.
k
est le carré de l'angle de c avec la sphère infiniment voisine. Si c et c' sont
orthogonales, c' de = ^c'/J^^k est le complément de l'angle que fait avec c'
la sphère infiniment voisine de e. C'est ce qu'on peut appeler, pour faciliter
le langage, la rotation propre (infinitésimale) du couple (c, c'); car, dans le
cas où les sphères deviennent des plans, cet élément est égal à la projection
orthogonale de la rotation infinitésimale (euclidienne) du dièdre qu'ils
forment sur l'arête de ce dièdre.
Soient donc p, p' les sphères centi'ales, q, (f leurs adjointes, /• la sphère
orthogonale. La variation infinitésimale du pentasphère II est définie par un
système différentiel (analogue à celui que donnent les formules de Serret-
Frenet), qui s'écrit, sous forme vectorielle,
i ^P I ,^^ dp' , ■ , ,> dr ,, , ,,,
I -j^=—pcosA-^(/Q-i-/-l\, -X 3= — />'sii!/.— 7yO + /H'.
L'invariant A, du premier ordre, a été défini dans ma première Note; les
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. I Io3
invariants P, Q, R, R', du second ordre, sont les vitesses de rotation propre
(relatives à g) des couples (p, p'), (q, q' )^ (^q, r), (q, r).
Tous les invariants différentiels de la surface s'expriment au moyen des
invariants fondamentaux {') k, P. Q, R, R' et de leurs dérivées successives
par rapport à a\ et les formules qui donnent ces cinq invariants en fonction
de 1 sont les équations intrinsèques de la surface (S). Ce sont là des consé-
quences immédiates de l'existence du système. Les surfaces qui corres-
pondent à un même système d'équations intrinsèques (égales entre elles au
point de vue conforme) sont fournies par Fintégration de ce système.
Ce système (S ) est un système de Lie, dont le groupe associé est le groupe
orthogonal à cinq variables; on peut en ramener l'intégration à celle d'un
système de Lie d'ordre 3, dont le groupe associé est le groupe projectif d'un
complexe linéaire. Dans le cas R — R'= o, où les cercles générateurs sont
orthogonaux à une sphère fixe, le système (S) se réduit à un système
d'ordre 4» dont le groupe associé est le groupe orthogonal à quatre varia-
bles, et l'intégration se ramène à celle de deux équations de Riccati (-).
2. Géométrie sur une surface cerclée. — Un point m de la surface étant
défini par ses coordonnées curvilignes 1. 0, ses coordonnées pentasphé-
riques sont données par la formule vectorielle
/)i ^z r iq sinO -h t'q' coi 6,
et la sphère c passant par le cercle générateur, qui est tangente à la surface
en ce point, est
p co? 9 sin k -+- /y sin î/cos/
avec
Iv-= cos-6' sin^ A" -I- sin-^» cos-X'.
Toute la géométrie sur la surface est fondée sur les deux formes quadra-
tiques différentielles d/n- et dmdv. dont les expressions sont, en fonction des
invariants,
dm - = — Z - — K - d'y- ,
avec
Z = 11 ^0- + 6^5, H = O — i\\ cos 0 — /R' sin ^.
dm dv = —— ( 3 sin /.• cos AZ d^ .-+- L d^-).
(') Ln autre système d'invariants fondamentaux, mais peu maniable, a été calculé
par intégration, au moyen des méthodes de Lie, par M. Basserve, dans sa thèse
( Pari-s, 191.5).
(.-) J'ai étude ces questions d'intégration dans une \ote des Comptes rendus
( 8 février iqug).
IIo4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
avec
L -= K-P — Il sin A cos/. — — sinô cosô,
da
La forme dm} est proportionnelle au ds'- de la géométrie euclidienne,
qu'elle remplace pour les relations angulaires; en particulier, Z = o est
l'équation différentielle des Irajecloires orthoij^onales des cercles générateurs.
La forme dmdv s'introduit dans la thc'orie de la courbure : la formule
vectorielle
dm dv
ir:_ p/« -(- C. ou p-=— — } — ^r-'
délinit la sphère de courbe normale h", c est-à-dire celle qui passe en m et a
pour centre le centre de courbure normale de la courbe considérée.
La formule qui donne, d'une manière analogue, la sphère de courbure
gêodésique (passant par m et ayant pour eeiitre le centre de courbure géodé-
sique de la courbe) ne fait intervenir que les coeflicients de dm"^ et leurs
dérivées. Elle se rattacbe à l'équation des géodésiques de l'élément dm'.
Le faisceau des sphères dm remplace les plans normaux de la géométrie
euclidienne; c'est ainsi que les géodésiques du dm- sont les courbes qui, en
chacun de leurs points, ont un contact commun du second ordre avec une
de ces sphères.
L'équalion différentielle des lignes de courbure esl
sin k cos /,( Z,'' — K - da'' ) -i- LZ t/a = <>.
Le premier membre est le numérateur de l'expression (dds, où (■) est la tor-
sion gêodésique; le dénominateur est «K* sjdm^.
Cet élément %ds est, pour toute surface, un invariant conforme, car c'est
la rotation propre (infinitésimale) du couple orthogonal formé par la sphère
de courbure normale et la sphère de courbure gêodésique.
GÉOMÉTRIE. — Sur les équations de slruclure des espaces généralisés et
l'expression analytique du tenseur d'Einstein. Note de M. E. Cartan,
présentée par M. Hadamard.
Dans quatre JNotes récentes ('), j'ai indiqué comment on pouvait étendre
la notion habituelle d'espace courbe. Dans le langage des géomètres
modernes, l'expression « espace euclidien » désigne un réceptacle de corps
(') Coniples rendus, l. 17Y, p. 43;, SqS, 73/1 el 807.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. IIo5
dits rigides, dont les déplacements forment un certain groupe; un des o-lé-
ments essentiels de ce groupe est sa structure: c'esl la loi de composition des
déplacements. L'espace non euclidien de Lobatschefsky est de môme carac-
térisé par un groupe, mais de structure difierente. Si Ton considère main-
tenant une surface plongée dans l'espace euclidien, c'est un conlinuum à
deux dimensions sur lequel il n'existe plus de déplacements de corps rigides
(à deux dimensions); néanmoins, il est resté à ce continuum une partie,
mais une partie seulement, des propriélés infinitésimales de l'espace eucli-
dien : on peut définir la distance de deux points infiniment voisins et l'angle
de deux directions issues d'un même point. En passant de l'espace eucli-
dien à la surface, la notion d'espace, considéré comme support de déplace-
ments se combinant suivant certaines lois, s'est donc appauvrie et il reste
trace de cet appauvrissement dans la notion habituelle d'espace courbe.
M. Levi-Cività, en définissant le transport par parallélisme dans une
variété de ds'- donné, a, au fond, donné un sens à l'expression « translation
infiniment petite », permettant ainsi de regarder la variété comme un
espace, c'est-à-dire un support de déplacements (infiniment petits); seule-
ment ces déplacements n'engendrent plus un groupe. Si maintenant on
définit ces déplacements de la manière la plus générale possible, le ds'- n'en-
ferme plus toute la réalité géométrique de V espace. Analytiquement, dans l'un
et l'autre cas, on peut définir l'espace par ses équations de structure.
La structure de l'espace euclidien, c'est la structure du groupe des dépla-
cements euclidiens. Du point de vue de S. Lie, elle s'obtient par la consi-
dération des transformations infinitésimales du groupe. Le point de vue
que j'ai introduit dans la théorie des groupes continus est différent et peut
être présenté ici géométriquement. Imaginons l'ensemble de tous les
trièdres trirectangles qui dépendent de six paramètres a?,, ..., ^«j ^oi^t
les trois premiers .-r,, x^, x^ seront les coordonnées (cartésiennes ou
curvilignes) de l'origine. On peut passer d'un de ces trièdres (T) à un
trièdre infiniment voisin (T') par un déplacement infiniment petit, réduc-
tible à une translation et une rotation. Les composantes w,, w^, w^, suivant
les axes du trièdre (T), de cette translation, et les composantes
(023=: — «3-2) '^Hi ^131
suivant les mêmes axes, de la rotation sont, les trois premières, linéaires
en dx^, dx._,dx^, les trois dernières linéaires en dx^, ..., dx^, les coeffi-
cients des difierentielles dépendant eux-mêmes des six variables X:. Les
expressions de Pfaff w,, to,y ne sont pas arbitraires; elles satisfont aux rela-
C. R., 1922. i" Semestre. (T. 174, N" 17.) 79
IIo6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tions classiques relatives aux déplacements à plusieurs paramètres ('),
qu'on peut condenser sous la forme suivante :
d(tf;
;2(«A< -'4<)^ di^j-of.^!j=^{<^!,<4,~<J;,^!^j),
(r/, (5, symboles de différentiation) ou, plus simplement encore,
/. Â-
Ce sont les équations de structure de Tespace euclidien.
Ces équations peuvent être interprétées géométriquement. Imaginons un
contour fermé (C) et une surface (S) limitée par ce contour. Attachons,
suivant une loi arbitraire, à chaque point de (S) un trièdre trirectangle (T)
dépendant ainsi de deux paramètres. On a alors, d'après (i).
(2)
a première formule par exemple indique comment, au moyen d'une inté-
grale de surface ne faisant intervenir que les composantes du déplacement
instantané à deux paramètres du trièdre (T), on peut calculer l'intégrale de
la composante w,, suivant l'axe des ^ mobile, de la translation instantanée
du trièdre (T); la structure de l'espace est définie par la loi suivant laquelle
interviennent^ dans les intégrales de surface^ les composantes du déplacement
instantané. Il y a groupe parce qu Un'' y a que des coefficients constants.
Cela posé, dans un espace euclidien déformé., on aura, pour les compo-
santes co^, w,y, des déplacements infiniment petits, des formules analogues
à (i), mais non identiques. Elles sont modifiées par l'adjonction de termes
complémentaires, qui traduiront la divergence entre l'espace considéré
et l'espace euclidien. Les équations de structure prendront la forme
( ' ') ^' =2 1^ ^''' ^^'"'^ ^ ^" ''^'/ =2 ^ ''''■'' ^*^' ^ ^ ^'^'
OÙ les il, et les O^y sont des éléments d'intégrales doubles :
(') Dakboux, Théorie des surfaces^ t. I, p. ^9 et ÇiO».
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. 1 107
Ce sont les composantes d'une translation et d'une rotation infiniment
petites associées à un élément arbitraire à deux dimensions de l'espace; les
12, définissent la torsion, les li/, la courbure de l'espace. Si le ds- est donné,
la loi de parallélisme de M. Levi-Civila s'obtient en le décomposant de la
manière la plus générale possible en une somme de carrés Zoj/ et en déter-
minant les Wjy= — (Oy,, ce qui est toujours possible d'une manière et d'une
seule, par les conditions oj^. = ^[co;t^A/J-
A-
Dans le cas général, la loi de conservation s'obtient en écrivant que les
intégrales de surface des seconds membres de (2), étendues à une surface
fermée (S) limitant un volume (Y), sont nulles, ce qui donne
(3;
Si l'espace est sans torsion, les seconds membres des trois premières for-
mules sont nulles : cela exprime la loi de symétrie du tenseur courbure.
Dans l'Univers d'Einstein, supposé sans torsion, le vecteur qui repré-
sente la quantité de mouvement et l'énergie a pour composantes
(4) n, = (o,o,-,+ «,-%■ + oj/<v (*■ = !, 2. 3, 4),
les indices i, y, /•, / formant une permutation paire des indices i, 2, 3, 4- ^f
est remarquable qu'elles ne font pas intervenir explicitement les coefficients k^
{symboles de Riemann-Christoff'el) des formes Û,^. F^a loi de conservation de
la quantité de mouvement et de l'énergie se traduit par les formules
où les intégrales des seconds membres sont étendues à un domaine quel-
conque à quatre dimensions de l'Univers, les intégrales des premiers
membres au domaine fermé à trois dimensions limitant le premier.
On conçoit que ce qui a été fait pour le groupe euclidien, dont les équa-
tions de structure (i) sont déformées en (i'), peut se répéter pour n importe
quel groupe, fini ou infini.
Ilo8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la formule d'interpolation de Newton.
Note (') de M. .\.-E. IVouLUM).
Newton a fait remarquer qu'or» peut souvent représenter une fonction
^{z) dont on connaît les valeurs dans les points - = to, 2co, 3oj, ... par une
série de la forme
(i) 3{z)=^a,{z. r„)(.. — o.,,j). ..(c-.vc)),
OÙ les coefficients <7^ ne dépendent pas de :;. Cette série a été étudiée par
MM. Jensen, Bcndixson, Pincherle, Landau etCarIson. Soit w un nombre
positif et posons z =^ a + i'z. On sait que le domaine de convergence de la
série est un demi-plan, limité à gauche par une droite parallèle à l'axe ima-
ginaire. Il existe donc un nombre réel X tel que la série converge si cr > A,
et diverge si g-< A. L'abscisse de convergence 1 = A(w) dépend du nombre
positif to. Dans une Note précédente (-), j'ai étudié la formule d'interpola-
tion de Stirling. f^e calculateur préfère, en général, se servir de la formule
de Stirling parce que les premiers termes de cette formule donnent une
meilleure approximation que les premiers termes de la formule de Newton.
On pourrait donc être tenté de croire que la convergence de la série de
Newton devrait entraîner la convergence de la série de Stirling. Mais il
n'en est rien. La série de Newton converge dans des cas beaucoup plus
étendus que ne le fait la série d'interpolation de Stirling. On démontre que
la condition nécessaire et suffisante pour (ju'une fonction .^(r-)^e représente
par la série (i), c'est qu'elle soit analytique et holomorphe dans un certain
demi-plan a >- A et y satisfasse à une inégalité de la forme
/: étant un nombre positif. Au sujet de la série de Newlon, le problème sui-
vant se pose : De quelle manière le domaine de convergence dépend-il de la
série des propriétés analytiques de la fonction qu'elle représente? Pour le
voir, considérons la fonction ^(z) sur une droite parallèle à l'axe imaginaire
et passant par le point cr. En prenant <7 suffisamment grand, on sait trouver
(') Séance (lu 3 m ril \()i>..
(■-) Comptes rendus, l. 17'i-, 1922, p. 919.
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. I 1 09
un nombre positif /• tel que
Soit ï la borne inférieure des nombres A pour lesquels cette équation est
satisfaite. H = ^(7) est une fonction de cr qu'il s'agit d'étudier. On sait
trouver un nombre réel a tel que, pour 7 > 7. 4- £, la fonction :^(z) est
holomorpbe et la fonction ^(7) est bornée supérieurement, pendant que
l'une au moins de ces conditions cesse d'être satisfaite pour a^^a — £,
quelque petit que soit le nombre positif £. En tenant compte d'un théorème
dû à MM. Lindelof (') et l*hragmén, on démontre qu'il existe un nombre
positif |î tel que, dans l'intervalle a< '7< j'i, la fonction ç(7) est positive,
décroissante, continue et convexe pendant qu'elle reste constante
pour (7^ p.
Cela posé, on démontre l'existence d'un nombre positif gj, tel que le
développement (1) subsiste pour o<a)<w,, mais non pour oj>a),.
Considérons maintenant l'équation
A la valeur w, de oj cette équation fait correspondre une certaine
valeur y de œ. On aura a<Y<[3. Quand a décroît et tend vers a, la fonc-
tion E(crj tendra vers une limite linie, soit ^o> ou elle augmente indéfini-
ment. Posons dans le premier cas
et dans le second cas
030 = O.
A chaque valeur de co dans l'intervalle oJo<oj<co, l'équation (2) fait
correspondre une et une seule valeur de u dans l'intervalle </.<^G<^y.
Cette valeur de 1 est égale à l'abscisse de convergence À(co) de la série (+V
La fonction X(a)) est donc entièrement déterminée par l'équation
Des propriétés de la fonction ^ on conclut que \(m) est une fonclioti
continue et croissante à l'intérieur de l'intervalle ajo<fo<a),. Mais elle
est discontinue dans le point co, . On aura en général A( co, ) > y et il arrive
(') Acta matkenialica, l. 'i\, 1908, p. 38(-4o6.
IIIO ACADÉMIE DES SCIENCES.
que A(to,) est iniinimenl grande. Par conséquent, quand w décroît en
partant du point co,, l'abscisse de convergence A(w) fait d'abord un saut
brusque, puis elle décroît continuellement jusqu'à ce que w arrive dans le
point Wo, enfin elle reste constante et égale à a dans l'intervalle o <C (j^Schq.
Si (Oq = o l'abscisse de convergence décroît toujours vers a sans c^tteindre
cette limite pour aucune valeur positive de w.
Considérons, à titre d'exemple, la fonction entière
OÙ X = -z Ji. On a ici a = — oc et l'on démontre Que A( oj ) = ^•
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE.' — Sur les coiTCspondanccs ponctuelles de deux
surfaces et sur une classe de surfaces analogues aux su7 faces isothermiques ,
Note de M. Bertrand Garibier, présentée par M. Goursat.
1. Dans trois Notes précédentes (' ) j'ai étudié, sur deux surfaces S et S,,
diverses correspondances ponctuelles suggérées par les formes quadra-
tiques 2<^/^-, Zdcdx, Hdc"^ ou, si l'on préfère, par les trois réseaux : lignes de
longueur nulle, lignes asymptotiques, courbes de contact des cylindres cir-
conscrits à génératrices isotropes; les lignes de courbure se conservent et
deux des trois réseaux indiqués sur S se transforment en deux quelconques
des trois réseaux de S,. Ces correspondances exigent assez de conditions
pour ne pouvoir s'appliquer à une surface S quelconque : elles ofl'rent donc,
en compensation, le moyen de définir géométriquement certaines classes
de surfaces intéressantes. Dans le même ordre d'idées, en diminuant le
nombre de conditions, nous pourrons définir des classes plus générales de
surfaces.
Imaginons, par exemple, une correspondance ponctuelle conservant
encore les lignes de courbure, mais transformant un seul des trois réseaux
de S en run quelconque des trois réseaux de S,.
2. Diverses combinaisons étant possibles, envisageons le cas où les lignes
de courbure et les lignes asymptotiques de S se transforment en les lignes
de même nom de S, ; on néglige, bien entendu, une similitude effectuée soit
sur S, soit sur S, 5 w, ^^ étant les paramètres des lignes de courbure, S est
définie par Jldc- = a'-da^ -f- c-dv"^ et les rayons de courbures principaux R,
(') Comptes rendus, t. 173^, 192 1, p. 768; t. 17i, 1922, p. 523 et 661.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. II II
R'; ^y,, c,, R,, R', sont les éléments correspondants de S, et Ton introduit
une fonction nouvelle X telle que
(i) c'R'=la'}{, c\}{\=la^^Ri.
La surface S étant donnée, a, c, A sont connues et pour que la surface S,
existe il est nécessairefejet suffisant qu'il existe une solution (a,, c, ) autre
que {a, c) du système
•) / i dc,\ d f i Ocii \
au V«i au J àv\ci dv '
' * c] Jouai' cil ^' ou\ c\ J
c\ \ d- , 1 dci à / cj \ d- ■ -
^"^V^"^'' '^c, au âv\a]}.) duOv^
Pour certaines surfaces S convenablement choisies, le système (2) admet
une solution (a,, c^) distincte de («, c) dépendant soit d'un nombre fini (ou
nul) de constantes arbitraires, soit de plusieurs fonctions arbitraires d'une
variable. Pour un couple solution (S, S, ) la correspondance ponctuelle, en
général, est unique; elle peut, dans certains cas, dépendre de un, deux,
trois paramètres arbitraires.
A une surface hélicoïdale ou spirale quelconque correspondent indiffé-
remment soit ce' surfaces spirales, sjoitoo ' héiicoïdeset, en négligeant, sui-
vant convention faite, le glissement d'un hélicoïde sur lui-même ou l'auto-
transformation par similitude de la surface spirale, la correspondance
ponctuelle est unique.
3. Il y a lieu de définir ici une classe particulière de surfaces parmi celles
que définit cette conception actuelle. Cette classe est définie par une équa-
tion unique aux dérivées partielles du quatrième ordre, identique, sauf un
coefficient numérique, à l'équation donnée par W'eingarten pour les sur-
faces isothermiques (voir Darboux, Théorie des surfaces, t. 2, p. 248); cette
classe renferme en particulier les quadriques, les cyclides de Dupin, les
surfaces de révolution, les surfaces minima, les surfaces à courbure totale
constante (positive ou négative); en dehors de ces solutions très générales,
j'ai mis en évidence, par Tintégration d'une équation différentielle du troi-
sième ordre, des surfaces spirales à quatre paramètres de forme. La pro-
priété caractéristique est de pouvoir ramener simultanément les équations
des lignes de courbure et des asymptotiques aux formes respectives
( 3 ) du dv := o, . du- ± dv- = o.
I I 12
Ac:aDEM1E DEb SCIENCES.
I^e changement de ç en iç permet de prendre indiflerernment soit le
signe +, soit le signe — . Il est bien clair que chacune des substitutions
( //, r; /;///'
( //, r; /nv'
mv H- /^ );
mil' -t- /<) ;
mu
nu'
mv
mit'
n)
réalise une auto-correspondance du type actuel pour une telle surface, de
sorte que deux surfaces quelconques de ce type admettent quatre co^ cor-
respondances ponctuelles de Tespc'ce étudiée dans cette Note, réelles si les
courbures totales ont le même signe, imaginaires dans le cas contraire.
Pou,r former l'équation aux dérivées partielles annoncée, la surface est
définie comme enveloppe du plan
(/|) (a 4-;5)X + «(P --a)Y + (a,5-i)/ -+-ï = (),
où ^ est une fonction de a, ^ dont/), </, /-, ^, t sont les dérivées partielles du
premier ou second ordre; on pose, pour abréger,
(5)
et Ton obtient l'équation
(6;
à
- pu
V /• àa " .
\/rt
/r à , z.
\/rt
^7,
Si l'on supprime en tête le facteur 2, on a l'équation des surfaces isother-
miques donnée par Weingarten.
Sur une surface connue du type actuel, conformément aux principes bien
connus de Sophus l.ie, de simples quadratures fournissent les lignes de
courbure et les lignes asymptotiques. En prenant la forme r///- — ofc- = o
pour les asymptotiques, la substitulion // = //, + (',,, v = u, — ^>^, établit,
soit sur une seule surface S, soit d'une surface S à une autre surface S, , une
correspondance ponctuelle échangeant cette fois les lignes de courbure en
asymptotiques et inversement.
4. Les surfaces isothermiques sont complètement caractérisées par la pos-
sibilité de ramener simultanément les équations des lignes de courbure et
des lignes de longueur nulle aux formes respectives
(7) rlii (h' -^ o, du- + dv--:- o.
Si donc dans les fornmics (3) j'adopte la forme du- -f- c/i^- = o, je définis
SÉANCE DU 24 AVRIL I<J-i2. i 1 l3
entre chaque surface isolhermique et chaque surface définie au n" )i quatre
:o' correspondances ponctuelles échangeant les lignes de longueur nulle de
la première en asynipLotiques de la seconde, autrement dit remplaçant un
réseau orthogonal de la première par un réseau conjugué de la seconde, et
conservant les lignes de courbure.
Ti'intersection des deux classes de surfaces se compose des surfaces iso-
thermiques à représentation sphéiique isotherme, surfaces que j'ai détermi-
nées dans une Note précédente {Comptes rendus, \. 174, i<)'i2, p. 921).
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la polymérisatum de la lévoglucosane. Note de
MM. Amé Pictet etJ.-H. Ross, présentée par M. (ieorges Lemoine.
L'iniluence que la pression exerce sur la polymérisation de la glucosane
a été signalée dans une précédente Note ('). Kn étendant nos recherches à
son isomère, la lévoglucosane, nous avons pu constater, d'une manière plus
nette encore, cette même influence.
Lorsqu'on chaufîe la lévoglucosane à i4o" en présence d'une trace de
chlorure de zinc, la réaction
s'effectue en quelques minutes; mais elle aboutit à des produits dilFérents
suivant la pression à laquelle on opère. En élevant graduellement cette
pression, on observe une augmentation concomitante de //, qui [)rend suc-
cessivement les valeurs 2, 4, ^ et 8. Nous avons pu préparer de cette
manière, par voie de synthèse, une série de polylévoglucosanes tout à fait
comparable et parallèle à la série des polyamyloses, que fournit la dégra-
dation progressive de l'amidon sous l'iniluence du liaciUus macerans.
A la pression de i5™"' de mercure, nous avons obtenu une dilévoglif__
co^a/^e (CH'M)")'-. Celle-ci se distingue de la lévoglucosane par son inso-
lubilité dans l'acétone; on peut donc la purifier facilement en dissolvant le
produit brut dans l'acide acétique et en versant la solution dans 3 ou 4 lois
son volume d'acétone, La dilcvoglucosane se précipite sous la forme d'une
poudre blanche, amorphe, fusible sans décomposition à i35" et douée d'une
saveur faiblement sucrée. Elle se dissout assez facilement dans l'alcool
à 95 pour 100 et se dépose par refroidissement; elle est très soluble dans
(') Comptes rendus, l. 173, 1921, p. i.')8.
IIl4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Pçau, l'acide acétique et la pyridine, mais insoluble dans les autres dissol-
vants usuels. Poids moléculaire, déterminé par cryoscopie dans l'eau : 822
(calculé 324). Pouvoir rotatoire + 28*», 2 (la polymérisation de la lévoglu-
cosane entraîne donc un changement de signe (du pouvoir rotatoire).
La même opération, faite à la pression atmosphérique, fournit presque
exclusivement une létralèvoghicosane (C^H'^O')*. On la purifie en la dis-
solvant dans une petite quantité d'eau et en ajoutant de l'alcool. Précipité
blanc. Saveur fade et non plus sucrée. Très soluble dans l'eau, assez soluble
dans la pyridine, mais insoluble, même à chaud, dans les alcools méthy-
lique et éthylique, ainsi que dans les autres dissolvants organiques. Poids
moléculaire GZjo (calculé 648). Pouvoir rotatoire H- i ii°,9.
Pour étudier le phénomène à des pressions plus élevées, nous avons
chauffé la lévoglucosane en tubes scellés, en présence d'un liquide volatil
ne possédant pas d'action sur la lévoglucosane ou sur le chlorure de zinc,
et dont la tension de vapeurs à la température de i4o° fût connue. \ij\ nous
servant de benzène (4""", 6), nous avons obtenu une hexalévoglucosane
(G^H'"0' )^ C'est, comme le polymère précédent, une substance amorphe,
blanche, très soluble dans l'eau, d'où l'addition d'une faible quantité
d'alcool la précipite. Mais elle s'en distingue nettement par son insolubilité
dans la pyridine, ainsi que par son poids moléculaire (trouvé 96/i, calculé
972) et par son pouvoir rotatoire (+ 94", i )•
Enfin, en remplaçant le benzène par l'éther, dont la tension de vapeurs
à i4o° est de iS^^'^^S, nous avons vu se former un polymère d'un ordre plus
élevé encore, Voclolévogiucosane (CH'^O ' )**. Mêmes solubilités que
l'hexomère, mais poids moléculaire i3i8 (calculé 1296) et pouvoir rota-
toire + 72*^,8.
Ces trois derniers polymères ne présentent pas de points de fusion nets,
mais entrent en décomposition vers i95*'-200°. Ils possèdent la même saveur
fade. Aucun d'eux n'est coloré par l'iode.
On voit par ce qui précède que, par polymérisation à une température
constante, mais sous des pressions croissantes, la lévoglucosane donne des
produits dont les propriétés se rapprochent de plus en plus de celles des
dextrines. Ce fait nous paraît présenter quelque intérêt au point de vue du
mécanisme de la transformation du sucre en amidon dans les plantes, cette
transformation ayant lieu dans des cellules où régnent de fortes pressions,
supérieures peut-être à celles que nous avons employées dans nos expé-
riences.
SÉANCE DU 24 AVRIL I()22. I 1 I ")
-MINÉRALOGIE. — 5///* les cristaux liquides de phosphate de calcium.
Note (') de M. P. Gaubert.
Les rhomboèdres de clivage, obtenus en pulvérisant grossièrement les
cristaux de calcile, deviennent monoréfringents et conservent leur forme et
une certaine transparence quand on les chauffe au rouge pour chasser Tacide
carbonique. Ils se comportent alors comme un corps poreux et adsorbent
les matières colorant un liquide n'agissant pas sur la chaux (indophc*nol ou
bleu de Java dissous dans le xylol). Il y a là, par conséquent, un fait com-
parable à celui qui a été observé avec certaines zéolites, la biotite, etc.,
quand on leur enlève les bases ne laissant que la silice. Cependant Tétat
d'agrégation des molécules de chaux n'est pas très constant : la densité et
l'indice de réfraction varient légèrement et, en outre, il existe parfois des
plages biréfringentes à la périphérie du rhomboèdre. Ces modifications,
que j'étudierai dans une autre Note, dépendent surtout de la température
à laquelle les cristaux de calcite ont été portés et du temps pendant lequel
on les a chauffés.
Ces rhomboèdres attaqués par l'acide orlhophosphorique montrent les
particularités suivantes. Sur chaque face et y adhérant très fortement,
apparaît une masse gélatineuse lamellaire dont l'épaisseur augmente, plus
ou moins rapidement, suivant le degré de concentration de l'acide employé.
Avec l'acide orthophosphorique ayant une densité de i,58, et l'observa-
tion étant faite au microscope sur une lame de verre recouverte d'un
couvre-objet, on voit que les prismes, ou plutôt les lames gélatineuses
rectangulaires, atteignent jusqu'à un demi-millimètre dans la direction
perpendiculaire à la face de clivage dont la trace forme l'un des côtés du
rectangle. Elles sont biréfringentes et, leur épaisseur augmentant avec le
temps, elles peuvent montrer au bout d'un quart d'heure des teintes de
polarisation atteignant le bleu de premier ordre. La biréfringence de ces
plages n'a pu être mesurée exactement, elle semble toutefois être un peu
inférieure à celle de l'apatite.
Les lames ont en général un contour légèrement arrondi à leur extrémité
libre et ont à peu près la même épaisseur sur toute leur étendue. Elles
s'éteignent perpendiculairement aux faces du rhomboèdre qui les suppor-
tent et c'est habituellement le petit indice n^, qui est parallèle à cette
(') Séance du 18 avril 1922.
IIl6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
direction. Cependant c'est quelquefois n„. Parfois, les deux sortes d'orien-
tation optique se produisent successivement dans la formation de la même
lame qui rappelle alors un cristal maclé.
Une légère pression, exercée avec une aiguille, sur le couvre-objet,
aplatit la lame et modifie par conséquent les teintes de polarisation. Si elle
n'est pas trop forte, les mêmes couleurs réapparaissent de nouveau* dès
qu'elle cesse ; la lame de phosphate de chaux se comporte donc comme une
membrane élastique.
Quand tous les rhomboèdres attaqués sont dissous, les lames qui adhé-
raient fortement à ces derniers deviennent libres et s'il n'y a pas trop d'acide
phosphorique en excès, elles se réunissent aux voisines et gardent leur
orientation optique particulière, ou prennent la même orientation suivant
la position qu'elles ont l'une par rapport à l'autre. L'ensemble forme une
masse très molle pouvant couler, mouler les bulles d'air se rencontrant sur
son passage et former autour de ces dernières des sphérolites à croix noire.
Mais ce liquide biréfringent n'est pas stable; alors qu'au début de leur
formation, les lames sont tout à fait transparentes, homogènes, elles
deviennent peu à peu troubles par la formation d'un nombre considérable
de corpuscules, constitués probablement par des cristaux extrêmement
petits. Au bout de plusieurs heures, des cristaux de phosphate monocalcique
hydraté (CaH^'P-Q'*, H" G) étudié par Joly font leur apparition.
Avec l'acide orthophosphorique à (Jo° B. (densité i,7i3) le phénomène
est le même, mais il se produit plus lentement et au début les lames, étant
très minces, semblent être isotropes. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes
que la biréfringence apparaît. Avec l'acide 4 >" B., l'attaque est beaucoup
plus rapide et la. phase biréfringente est de très courte durée.
Si l'on emploie des petits rhomboèdres de calcite intacte, des plages biré-
fringentes peuvent être observées, mais elles sont beaucoup moins nettes et
perdent rapidement leurs propriétés en passant à la phase trouble.
Les faits observés avec, les acides lévulique, oléique et autres acides gras
montrent une certaine analogie avec ceux qui viennent d'être décrits.
Les mêmes rhomboèdres de clivage de chaux, attaqués à froid par l'acide
lévulique très concentré et sur une lame de verre, s'entourent d'une couche
biréfringente augmentant très lentement d'épaisseur contrairement à ce qui
a lieu avec l'acide phosphorique. Cette couche adhère très fortement à la
chaux et quand les rhomboèdres ont disparu, on a une masse gélatineuse de
lévulate de calcium beaucoup plus biréfringente que celle obtenue par le phos-
phate. Comme il s'agit de cristaux mous, les phénomènes observés avec le
SÉANCE DU l[\ AVRIL I922. III7
microscope polarisant sont très variés, surtout si les lamelles biréfringentes
et molles sont noyées dans un excès d'acide lévulique. Ainsi des particules
biréfringentes, en apparence complètement isolées les unes des autres, pren-
nent la même orientation sous Finfluence d'une certaine pression exercée
sur la lamelle couvre-objet et forment des plages de plusieurs millimètres
carrés de surface ayant les mêmes propriétés comme s'il s'agissait d'une
lame cristalline. On peut ainsi obtenir des plages rigoureusement perpen-
diculaires à un axe optique positif.
Les cristaux vis(|ueux de lévulate de calcium ne sont pas stables, il se
produit finalenient les aiguilles nionocliniques bien connues de lévulate
de calcium hydraté (C"H'0')='Ca, 1WO.
La biréfringence des sels de calcium considérés ne peut pas être attribuée
à des tensions existant dans une masse gélatineuse, comme le suppose
G. Quincke pour certains précipités ( ' ). Elle est dans les cas du phosphate
et du lévulate beaucoup trop élevée et en outie elle disparaît quand la
substance, tout en conservant sa viscosité, passe à une autre forme.
Ces cristaux liquides ou mous doivent aussi pouvoir se produire dans
d'autres cas, mais les rhomboèdres de chaux que j'ai employés permettent
de mettre leur existence en évidence en orientant les molécules cristallines
et eu piovoquant ainsi la formation de plages homogènes très étendues
dont l'étude est possible au microscope.
MAGNÉTISME. — Étal magnétique de basaltes arctiques.
Note (-) de M. .I».-L. Meucaxtox, présentée par M. le Prince Bonaparte.
A diverses reprises ('), en donnant les résultats de mes recherches sur
l'aimantation permanente de roches éruptives, j'ai souligné l'intérêt de
pareille étude pour l'histoire du champ magnétique terrestre. L'examen de
deux séries de basaltes d'âges très dilïcrents vient de me donner à nouveau
des indications éminemment suggestives.
(') On pourrait aussi supposer, bien que ce soit peu probable, .({u'il se produit
d'abord une lame ou membrane gélatineuse isotrope, devenant ensuite biréfringente
en se gontlant par suite de Tadsorplion de l'acide employé.
(-) Séance du 18 avril 1922.
(^) P.-L. Mercanton, Aimantation de diabases du Spitzberi^ {BuU. Soc. vaudoise
des Se. nat., 1910, p. v-lxxvi), et /liai niagnélirjue de basaltes groeniandais
{Archives de Genève, novembre 1917).
Ill8 ACADEMIE DES SCIENCES.
La première série comprend quatre blocs de basalte franc prélevés dans
la nappe où serpente le canion de la Rôdelv, à Godhavn, dans l'île de Disco
(Grônland occidental), au voisinage de la slalion arctique danoise et au
bord de la mer. Cette nappe semble remplir une ancienne vallée creusée
dans le gneiss qui sert de soubassement aux grands escarpements éruptifs
du Skarvefjeld et du Blaafjeld. Elle est comme eux d'âge tertiaire.
Les blocs ont été prélevés, à la faveur de la diaclase de la roche, après
repérage soigneux de leur position dans l'espace.
Trois d'entre eux soumis, à l'état brut, au contrôle magnétométrique,
ont montré sans aucune ambiguïté des polarités sud de leurs faces infé-
rieures et nord de leurs faces supérieures, avec des polarités diverses, mais
opposées deux à deux, de leurs faces latérales.
Le quatrième bloc a été taillé en cube, de 7'™ d'arête environ, assez im-
parfait malheureusement, mais suffisant pour autoriser les mesures. Il a
décelé une aimantation correspondant à un champ magnétique incliné
australement de quelque 54° sous l'horizon, donc pôle sud en bas.
Ainsi donc le champ terrestre parait avoir eu, à l'époque du refroidisse-
ment de ce basalte, une inclinaison australe. L'hypothèse d'un retourne-
ment de la couche de lave, sens pour sens, depuis sa réaimantation du
refroidissement semble en effet insoutenable.
La seconde série de roches comprend trois blocs de basalte aussi.
Je les ai prélevés dans la falaise, haute de i5™ environ, qui termine à la
mer, la nappe formant le plateau où se dresse la station de T. S. F de l'ingé-
nieur Ekerold, à l'est de la baie de Jameson, dans l'île arctique de Jan
Mayen. Cette coulée provient d'un des cratères adventifs du Beerenberg,
au pied sud de la montagne [cratère Esk (Vogt ) ou son voisin immédiat].
Ces échantillons ont donné tous trois et sans ambiguïté les preuves d'une
aimantation pareille à celle qu'une lave prendrait de nos jours en se figeant
dans le champ terrestre de Jan Mayen. La face inférieure était nord et la
supérieure sud ; or la coulée de lave est incontestablement récente et ne
date vraisemblablement que de quelques siècles en arrière.
De l'époque tertiaire (basaltes de Disco) à l'époque moderne (basaltes
de Jan Mayen), l'inclinaison magnétique terrestre paraît donc avoir dans
les régions boréales changé de sens. La constatation est d'intérêt majeur et
fait désirer la contre-épreuve par l'examen de laves de l'hémisphère austral.
Une collaboration internationale serait la bienvenue dans ce domaine vaste
et plein de promesses.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. III9
PALÉONTOLOGIE. — Sur la phyloi^èrùc de /'Elephas antiquus.
Note de M. Sabba Stefaxescu.
Les paléontologistes qui ont étudié la phylogénie de VElephas aniiquiis
ne sont pas d'accord; tandis que les uns, tels que Soerg-el et Dietrich,
admettent qu'il descend de VElephas meridionalis, d'autres, leh que Pohlig
et Andrews, par des formes intermédiaires, le font descendre de VElephas
africanus. Or, d'après mes recherches, les trois espèces précitées appartiennent
à trois phylmns différents d'éléphants; elles ne sont pas liées par une filiation
généalogique directe. Cette conclusion est basée sur les faits suivants :
I. Georges Cuvier (') a représenté, vues de face, des lames dentaires
à'Elephas africanus et à'Elephas indicus, afin de démontrer qu'on ne peut
les confondre. Falconer et presque tous les paléontologistes qui ont étudié
les molaires des éléphants n'ont pas suivi la méthode de Cuvier, mais der-
nièrement Soergel (-) a fait figurer, vues de face, quelques lames dentaires
à' Elephas meridionalis, antiquus, trogontherii et primigenius, pour démontrer
que chacune d'elles est formée de trois piliers longitudinaux (en allemand
drei pfeilernj. A mon avis, cette conception est contraire à la réalité des
faits observés, car chaque lame dentaire est formée de deux tubercules con-
génères, différemment différenciés et inégalement développés, T^,. et T„..
IL Pour conclure à l'origine de VElephas antiquus, j'ai étudié l'organisa-
tion des lames dentaires de cette espèce, et j'expose le résultat :
a. Quoique leurs bords internes, normalement fusionnés, sont un peu
plus larges que leurs bords externes, les T^,. et T^., sont des plaques plus ou
moins rectangulaires.
b. Généralement les lames sont presque également larges depuis la base
jusqu'au sommet, mais quelquefois elles sont beaucoup plus étroites vers le
sommet que vers la base ; un rétrécissement plus ou moins brusque sépare-
les deux parties.
c. A partir du sommet vers la base, suivant les niveaux, les sections
transversales formées par l'usure des lames dentaires varient beaucoup
d'aspect. Pourtant celles qui ont l'aspect d'unrectangle allongé, accom-
pagné à chacune de ses extrémités par un petit cercle, ellipse ou rectangle,
et celles qui ont l'aspect d'un losange très allongé sont caractéristiques. Les
(^) Ossements fossiles, 1821, p. ^6, pL III, fig. 5-6.
(^) Elephas trogontherii and Elephas antiquus, 1912, p. 8-10, fig. 3- 10.
ÎI20 ACADÉMIE DES SCIENCES.
premières sont formées par les lobes internes (a, p, m) et par les lobes ex-
ternes (e) des Tf,. et T^,., coupés au-dessus du fond des entailles qui séparent
les lobes externes; les secondes sont formées par les T^^ et T^^. coupés au-
dessous du fond des mêmes entailles.
d. Le contour des sections losangiques présentent, normalement, deux
coins médians proéminants, situés respectivement dans le prolongement de
la petite diagonale, qui est plus ou moins inclinée sur la grande. D'autres
coins latéraux, variables en nombre et en grandeur, "normalement plus
petits que les médians, sont situés sur les côtés antérieurs et postérieurs
du losange.
e. Chacun des deux coins médians correspond à une arête longitudinale
proéminente, qui de la base monte au sommet de la lame. Ces deux arêtes
sont les lobes antérieur et postérieur (a, p) du T^,.. Normalement elles sont
également développées, mais souvent l'une d'elles reste rudimentaire ; dans
ce cas, la section losangique n'a qu'un seul coin médian proéminant.
f. Chacun des coins latéraux correspond à un pli longitudinal situé sur
la face antérieure ou postérieure des T,,. et T^^, plus ou moins parallèle-
ment à l'arête médiane. Les coins latéraux, de même que les plis qui leur
correspondent, sont dirigés plus ou moins obliquement et respectivement
vers les bords externes des T^^. et T„..
g. Tandis que les arêtes médianes s'étendent de la base au sommet, les
plis proéminents sont localisés sur les deux tiers supérieurs de la lame. Sur
le tiers inférieur, les plis sont plus nombreux, mais plus fins et plus régu-
lièrement parallèles-, c'est pourquoi, à mesure que le niveau de la section
transversale est plus près de la base de la lame, son contour est plus fine-
ment et plus uniformément denticulé.
h. Les plis proéminents appartiennent aux principales ramifications ou
lobes de T^,. et T^^.; généralement ils sont réguliers et sans pustules, mais
quelquefois sont très épais, pustuleux et monstrueusement développés.
i. Souvent les ramifications du sommet des T„. et T„. n'ont pas la même
direction, car tandis que les ramifications du sommet du T^,. se prolongent
sans changer de direction, celles du T^.^ se prolongent obliquement vers
l'extérieur, comme si elles étaient renversées; dans ce cas, les plis longitu-
dinaux des faces antérieure et postérieure qui leur correspondent sont
infléchis de la même façon. Cela nous montre que les T^,. et T^., des lames
se rencontrent par leurs bords internes et fusionnent sans alterner; par
conséquent, VElephas antiquus^ de même que VElephas ajricanus, est issu
des mastodontes bunolojjhodontes dont les collines sont formées de deux
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. II2I
tubercules congénères non alternes. Mais malgré cette ressemblance d'ori-
gine, ces deux espèces ne sont pas liées phylogénétiquement, car leurs
lames dentaires, bien que construites d'apt*ès le même plan d'organisation,
diffèrent tellement par leurs caractères morphologiques, qu'à première vue
on les distingue très facilement. Elles appartiennent à deux phylums diffé-
rents d'éléphants, issus peut-être d'un groupe ancestral commun, mais
évolués dans deux directions différentes.
III. Soergel (') a rapproché VElephas anliquus de VElephas Irogontherii
et a distingué des formes intermédiaires : Elephas anliquus var. irogontherii
et Elephas irogontherii var. anliquus. Or, d'après mes recherches, les deux
espèces en question n'appartiennent pas à un seul phylum ; leurs lames
dentaires diffèrent tellement par leurs caractères morphologiques, qu'il est
impossible de les confondre. Surtout les lobes cunéiformes des crêtes radi-
cales des molaires de VElephas anliquus sont caractéristiques de cette espèce.
C'est pour la première fois que la morphologie des lobes radicaux et des
crêtes radicales trouve application pratique en Paléontologie.
IV. Soergel et Dietrich(^) ont admis que VElephas anliquus est le des-
cendant de VElephas meridionalis . Mais ces deux espèces n'appartiennent
non plus à un seul phylum, car tandis que VElephas anliquus est le descen-
dant des mastodontes bunolophodontes à collines formées de tubercules
congénères non alternes, VElephas meridionalis est issu des mastodontes
bunolophodontes à collines formées de tubercules congénères en apparence
alternes.
PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les Conifères et les Fougères du Wealdien
de Féron-Glageon (Nord). Note (^) de M. Alfred Garpentier, présentée
par M. Gaston Bonnier.
La flore wealdienne du nord de la France est remarquable par l'abon-
dance et la variété des Conifères et des Fougères, par la présence de plusieurs
genres de Cycadophytes et de quelques Ginkgoinées (*),
Conifères. — Le Pinites Solmsi Sew. (ou une forme voisine) est représenté
à Féron par de longues aiguilles. Des rameaux garnis de feuilles uninerviécs,
(') Op. cit., p. 78, 86, pi. I, fig. 8, et pL H, fig. i-5, 7.
(^) Stammesgeschichte des Elephas af ricanas, p. 66.
(^) Séance du 18 avril 1922.
(*) Voir Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 1428, et t. 173, 1921, p. 827.
C. R., igjî, I" Semestre. (T. 174, N* 17.) 80
II22 ACADEMIE DES SCIENCES.
rappelant celles du genre Taxas ^ se placent dans le genre provisoire Taxites
Sew. et mieux dans le genre Elatocladus de M. Halle (' ). A VElatides curvi-
folia (Dunker) Sew. il faut joindre une forme à feuilles plus trapues et
moins recourbées.
La plante la plus fréquente à Féron et commune aux divers gisements
étudiés est le Sphenolepidium kiirrianum (Danker) Sew. Nous signalons
spécialement un petit strobilc, à écailles mucronées, qui termine un ramus-
cule infléchi de ce Sphenolepidium. D'autres empreintes d'axes grêles, très
ramifiés, dont les petites écailles apprimées sont disposées en ordre spirale
sont à ranger près du Cyparissidium gracile Heer ; le genre Cyparissidium est,
d'après M. Seward, caractéristique de l'Infracrétacé (^). Aux Cupressacées
se rapportent de petits rameaux à feuilles écailleuses, décussées, semblables
à celles des Thuya.
Parmi les inflorescences ou fleurs de Gymnospermes que nous avons
recueillies, un strobile à écailles larges et serrées rappelle ceux du genre
Cedrus ou de certains Abies, A. webbiana Lindl. par exemple; une graine
ailée de Pin ou d'une abiétinée voisine, une écaille ovulifère d'Aj-aucaiites,
une antre comparable à celle du Tsuga canadcnsis ou du Picea orientalis
sont aussi à signaler.
Mais ce qui augmente l'intérêt du gisement de Féron au point de vue
botanique, c'est la découverte de fleurs ou d'inflorescences mâles. On peut
d'ores et déjà les rattacher à trois types : i" strobiles allongés comme ceux
du genre Cedrus; étamines à limbe dilaté en écaille peltée, portant les sacs
poUiniques ovoïdes sur sa face inférieure de même que dans les pins et les
cèdres; grains de pollen munis de deux ballonnets, semblables à ceux que
de Solms-Laubach a trouvé isolés dans une roche wealdienne de la Terre
François-Joseph; i° strobiles de forme très allongée à comparer à certains
Masculostrobus que MM. Seward, Moeller et Halle sont disposés à attribuer
kVElatides curvifolia (^); sur l'emplacement présumé des sacs poUiniques
des masses jaunâtres contiennent des grains de pollen arrondis, à exine
(') T. -G. Halle, The uiesozoic F lova of Grahain Land{ WissenscliaJ'lliche Evgeb-
nisse der Scluvedischen Sudpolar-Expediiioii 1901-1908, Bd 3, Lief i4, p- 83;
Stockholm, igiS).
(') A.-C. Seward, Fossil plants, IV, 1919, p- 444-
(^) A.-C. SuwARD, Tke Jiirassic /lora of Sutherland {Trans. Roy. Soc. Edin-
burgli^ l. 47, 191 1, p. 688). — Hj. Mokller and T. -G. Halle, The fossil flora of ihe
coal-bearing deposits of South-EasLern Scania {Arkiv for Botanik^ Band 13, 11" 7,
1918, p. 36).
SÉANCE DU 2^ AVRIL 1922. 1123
réticulée, semblables à ceux de V Araucaria Imbricala; 3" inflorescences
dont les étamines, à filet consistant, se recourbent en une lame subovale
dans leur région distale. A la face interne de ces lames des masses jaunâtres
sont constituées de grains de pollen à ailes, comme ceux des Abiétinées; la
longueur moyenne des grains est de 'jS^.
Il n'est pas rare de trouver des bois silicifiés dans les sables vvealdiens
de Féron-Glageon ; ils sont remaniés dans les argiles glaiiconieuses d'âge
cénomanien qui recouvrent immédiatement le Wealdien à Montfaux, sur
la territoire de Glageon. Certaines coupes exécutées dans ces bois sili-
ciliés nous ont appris qu'il s'agit de bois de Conifères; les zones dites
annuelles sont bien marquées, les zones correspondant aux trachéides
automnales sont étroites; les ponctuations aréolées sont presque toujours
unisériées et le bois est pourvu de cellules résinifères. Les rayons médul-
laires, qui comptent de 3 à 24 cellules, ont tout à fait l'aspect de ceux du
Cupressinoxylon Hortii Stopes ( ' V ,
Fougères. — Aux espèces vvealdiennes déjà signalées en 192 1 nous
pouvons ajouter une empreinte de penne stérile qui nous paraît identique
à la fougère que Schenk a décrite sous le nom de Pecopteiis Geinitzii Ç^);
d'autres fragments rappellent le Pteris frigida Heer, le Cladophlebis Brow-
niana (Dunker) Sew. et le Cl. Dunkeri (Schimper) Sew. Nous attirons
surtout l'attention sur les empreintes de deux Fougères : Tune d'elles a des
frondes bipennées et ressemble beaucoup pour la disposition, la forme et
la nervation des folioles à certaines formes du Cladophlebis denticulala
Brongt. (^). D'après l'organisation des sores elle se rapproche des Glei-
chenia; les spores tétraédriques mesurent de 21^^ à 25^* et chaque face
triangulaire est entourée d'un rebord épaissi comme chez les Matonia.
L'autre Fougère est à l'état stérile; les folioles isolées sont très étroites et
très longues; leur forme et leur nervation permettent de les comparer au
genre Andriania de Braun ou à certain Laccopteris à nervures non anosto-.
mosées d'apparition beaucoup plus ancienne que le Wealdien (').
(') M. G. Stopes, Catalogue of the M eaozoic plants in the Rritish Muséum {The
Cretaceous Flora, Part II, pi. XVIII, fig. 2; 1900J.
(^) Cf. ScHEXii, in Palœontographica, vol, 29, fig. 2, 2a; 1871.
(') Cf. A. -G. SiiWARD, Catalogue of the Mesozoic plants... ( The Jurassic Flora-, I,
p. 142; pi. XX, fig. 4; 1900).
(') Voir à ce sujet W. Gothan, Die unler-liassische Flora (1er Uingegend von
lYiirnberg {Abhandl. der [Salurhistorischen GeseLlschaft Niirnberg , XIV, Bd h,
S. 12'; Taf. 18, fig. 1-3; 1914).
II 24 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Par ses affi ailés à la fois jurassiques et infracrétacées la flore de Féron
se place bien dans le Wealdien, c'est-à-dire dans les couches de passage du
Jurassique au Crétacé et du Néocomien inférieur. Un Mémoire détaillé
précisera les affinités et les caractéristiques de cette flore.
BOTANIQUE. — Sur une tardwe régénération de Mousse. Note de
M. Jacques Maheu, présentée par M. L, Guignard.
La régénération des mousses à longue échéance n'a pas, du moins à
notre connaissance, encore été signalée jusqu'ici. Nous venons d'assister à
celle d'un échantillon de Barbula MuralùHedwig., fait observé dans une
ancienne culture en boîte de Pétri, demeurée à sec durant i4 ans.
Toute trace de végétal ayant disparu sur le coussinet de terre réhumidifié,
et mise en pleine lumière, la mousse se mit à végéter à nouveau. L'étude
des différentes phases de développement a permis de faire les observations
suivantes :
Sur des fragments de vieilles feuilles, des cellules nématogènes spnt
l'origine de filaments protonémiques pluricellulaires, chlorophylliens
(^g-. i). Le dernier article s'arrondit, se transforme en propagule, fait
dnjà observé par nous chez plusieurs espèces de Barbula et AmblysLegium
leptophylium Schimp. (*).
Bientôt la propagule se détache par contraction et désagrégation de la
cellule sous-jacente. Elle germe {fig- 2), donne un filament pluri-
cellulaire d'abord fin, qui granditet s'allonge en articles élargis, puis rectan-
gulaires à parois épaisses et brunes, mais remplis de chloroplastides. Il se
constitue ainsi un véritable protonéma ramifié fixé au sol par de longs
rhizoïiles bruns pluricellulaires, à parois granuleuses, dépourvus de chloro-
phylle {fig. '5).
Bientôt l'une des cellules de ces filaments se boursoufle en une petite
hernie (^^•. 4), laquelle se cloisonne {fig. 5) pour produire une sorte de
petite bulbille, analogue à celles observées sur les feuilles de diverses
espèces de mousses {fig. (3) (^) {Webera, Encalyptà). Ces dernières ger-
ment sur le protonéma lui-même. Les cellules de la base s'allongent en
(') J. Maheu, Monographie des principales déformations des M uscinées caver-
nicoles ( Comptes rendus Congrès des Sociétés savantes^ Paris, 1906, p. 11).
(*) CoRRENS, U ntersachungen ilber die Vermehrung der Laubmoose durch Brut-
organe und S tecklinge, 1899, p. i5S.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922.
II
25
Fig. 1. Protonéma primaire propagulifère né aux dépens d'anciennes feuilles ( Barbula muralis). —
Fig. 2. Germination de la propaguie. — Fig. 3. Protonéma secondaire bulbigéne. — Fig. 4.
Cellule initiale de la bulbille. — Fig. 5 et 6. Sa différenciation, — Fig. 7 et 8. Sa germination
(Gross. 225 diamètres). — Fig. 9. Tige feuillée née de la cellule apicale de la bulbille (Gross.
5o diamètres).
I 126 ACADÉMIE DES SCIENCES.
rhizoïdes pluricellulaires, à parois brunes, un peu échinulées, dépourvus de
chlorophylle i^fig. 7). La cellule apicale se cloisonne et produira une petite
tig-e feuillée (^fig. 9).
La nouvelle plantule, très petite, n'excédant jamais une hauteur de plus
de 12™™ à i5°^™, présente tous les caractères d'un Barhula vivant en
atmosphère humide : tige longue étiolée, feuilles allongées dans toutes ses
parties, dents oblitérées, cellules des tissus homogènes, pas de tendance à la
formation de nervure centrale. Chloroplastides petits irréguliers, disposes
le long des parois cellulaires {fig. 10).
En résumé, il s'agit d'un cas de régénération, sous l'action de l'humidité,
de Barhula muralis demeuré i4 ans à l'état de sécheresse absolue, pro-
duction de nouvelles pousses feuillées par le développement de protoné-
mas primaires et secondaires, les premiers naissant sur des fragments de
vieilles feuilles, par allongement de cellules nématogènes donnant des pro-
pagules produisant par germination des protonémas secondaires bulbi-
gènes. Les bulbilles se transforment sur place en plantes feuillées.
Ce mode de développement semble avoir été réalisé par la mousse en vue
de créer une méthode de multiplication intensive \ extension et dissémina-
tion de la plante, celle-ci une fois étendue et fixée pouvant résister et
attendre plus aisément les conditions favorables à la formation des sporo-
gones, devant assurer le maintien de l'espèce.
BOTANIQUE. — Des sy/ianthies, à propos du Narcissus Tazetta L.
Note (') de M. G. IVicolas, présentée par M. Gaston Bonnier.
Gomme le disait déjà Moquin-Tandon, en i84i, et quoi qu'en ait écrit
Glos, les synanthies sont moins rares qu'on ne le pense. L'exemple qui fait
l'objet de cette Gommunication est un des plus frappants que j'ai ren-
contrés, plus complexe encore que celui qui est signalé par Moquin-
Tandon (^); il provient des environs de Garcassonne où il a été récolté par
M. Morquer, seul au milieu d'une colonie de A^. Tazetta normaux. J'ai cru
utile d'insister sur cette synanthie, à la fois parce qu'elle est une nouvelle
confirmation de la théorie ligulaire de la collerette des Narcisses, et surtout
parce qu'elle ouvre des horizons nouveaux sur la cause qui provoque ce
genre d'anomalies.
' (*) Séance du 18 avril 1922.
(^) Moquin-Tandon, Eléments de tératologie végétale^ 18/41, p. 266.
SÉA.NCE DU 24 AVRIL 1922. II27
Normalement, la hampe florale du N. Tazetta se termine par un certain
nombre de fleurs longuement pédonculées. Ici, surmontant la hampe flo-
rale, un pédoncule unique, circulaire au lieu d'être vaguement triquètre et
plus épais que les normaux, comme, d'ailleurs, toute la partie située au-
dessous des pièces florales. Ce pédoncule s'épanouit en une masse qui a
l'apparence d'une fleur double, à nombreuses pièces florales blanchâtres
pourvues de ligules orangées, mais qui résulte, en réalité, de la non-disso-
ciation et de la concrescence de toutes les fleurs de l'individu.
Dans ce groupe floral, j'ai distingué de l'extérieur à l'intérieur :
I» Six pièces blanchâtres, libres, disposées normalement en deux verticilles de trois,
légèrement réfléchies vers le bas et pourvues, sur leur face interne, d'une collerette
orangée fendue en un point où ses deux bords se recourbent vers l'intérieur;
2° Six pièces blanchâtres, libres entre elles, munies chacune d"une ligule orangée
libre de toute adhérence avec les ligules voisines; trois de ces pièces, situées un peu
à l'intérieur des autres, portent sur leur face supérieure un petit bourrelet, ébauche
d'anthère Contenant du pollen ;
3« Trois verticilles successifs de six pièces semblables aux précédentes, mais sans
rudiments d'anthères, et de plus en plus petites à mesure que l'on se rapproche du
centre;
4° Enfin, au centre, trois pièces blanchâtres, sans ligules.
Cet ensemble correspond à la concrescence d'au moins cinq fleurs repré-
sentées seulement par leur périanthe ligule, dont les ligules restent libres
ou se soudent pour donner une couronne presque complète. L'origine
ligulaire de la couronne des Narcisses est ainsi démontrée une fois de plus
par la Tératologie.
Anatomiquement, pas d'ovaire proprement dit à trois loges, mais une
paroi très épaisse, entourant une cavité centrale où s'entremêlent les pièces
florales énumérées plus haut; quelques ovules, cependant normalement
organisés, sont répartis çà et là sur le bord interne de cette paroi. Dans le
parenchyme qui la constitue et qui englobe de très nombreux faisceaux
libéro-ligneux s'observent trois boutonnières orientées tangentiellement et
limitées chacune par un épidémie identique à l'épiderme externe, et autour
desquelles se trouve, comme dans celui-ci, une petite couche de parenchyme
à chlorophylle; ces trois fentes sont tout simplement des restes de la soudure
imparfaite de quelques-uns des bourgeons floraux. Cet aspect rappelle tout
à fait ce que j'ai observé sur une fascie de Chrysanlhemum Myconis L. (').
(') Nicolas, Notes de tératologie végétale. Remarques sur les fascies à propos du
Chrysanlhemum Myconis L..{BuU. Soc. Bist. Nat. Afrique A'ord),
II28 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Morphologiquement, il s'agit donc bien d'une synanthie et non pas sim-
plement d'une multiplication des organes floraux.
L'étude anatomique comparative de la hampe florale m'a révélé un carac-
tère très intéressant, relatif à la répartition, du tissu chlorophyllien. Dans,
les individus normaux, sous l'épiderme, se trouvent deux assises palissa-
diques bien nettes, bourrées de chloroplastes, puis une troisième moins
allongée, et, enfln, quatre ou cinq assises de cellules arrondies renfermant
encore de la chlorophylle; dans la fleur synanthiée, une seule assise palissa-
diqueet quelques assises de parenchyme arrondi bien moins riches en chlo-
rophylle; la même différence se retrouve dans les pédoncules floraux. En
résumé, la synanthie est caractérisée, ici, par un moindre développement du
tissu palissadique et de la chlorophylle, tant dans la hampe que dans les pédon-
cules floraux. 11 suffit, pour montrer l'importance de ce caractère différentiel,
de se rappeler les belles recherches expérimentales de Molliard ( ' ), qui, par
l'addition de sucre à des solutions nutritives, a provoqué un plus grand
développement du tissu palissadique. Inversement, ne peut-on admettre
que, dans le Narcissus synanthie, le moindre développement du tissu palis-
sadique et de la chlorophylle est la conséquence d'une nutrition insuffisante.
Dans ces conditions, les bourgeons floraux, insuffisamment nourris, n'ont
pu se dissocier, sont restés concrescents, d'où synanthie.
Il semble dès lors permis de considérer les synanthies, les syncarpies et
même les fascies, en un mot, toutes les anomalies caractérisées par la non-
dissociation et la concrescence des bourgeons, non pas comme provoquées,
ainsi qu'on l'a dit si souvent, par un excès de nutrition, mais par un excès
de nutrition déficiente. Il y aurait lieu désormais, dans l'étude de ce type
de monstruosités, de ne pas perdre de vue cette hypothèse.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — V amylocellidose considérée comme composé d'acide
siliciqueet d'amylose. Notede MM. G. Malfitano et M. Catoire, présentée
par M. Roux.
La fécule de pomme de terre et encore plus l'amidon de maïs, quand on
s'est assuré qu'ils ne contiennent pas de sable ni de débris de membranes
cellulaires, étant attaqués par l'acide chlorhydrique, laissent des petits flocons
(') Molliard, Action tnorphogénique de quelques substances organiques sur les
végétaux supérieurs {Bei'. gén. Botanique, 19, 1907).
SÉANCE DU ll\ AVRIL I922. II 29
dont les cendres sont nettement siliceuses. Ménageant le chauffage dans
l'eau avec ou sans addition d'acide, nous avons constaté que ce sont surtout
les membranes des grains de féculede pomme de terre, etcomme des stromas
dans le cas des grains d'amidon de mais, qui constituent la partie résistante,
que nous identifions avec ce qu'on a appelé amylocellulose . Bien qu'il ne
soit pas possible d'obtenir un produit de composition constante, puisque la
teneur de ce corps en matière organique diminue sans cesse pendant le trai-
tement, il nous semble vraisemblable que Tintime liaison de Tacide silicique
avec les molécules hydrocarbonées peut être 'envisagée comme constituant
des composés complexes, trop variables pour être obtenus purs, néanmoins
théoriquement représentés par la formule [Si O* (CH'^O^)"]!!^.
Voici des expériences qui en résunnent beaucoup d'autres :
1. Fécule préparée au laboratoire partant de pommes de terre, rigoureusement
exempte de matières terreuses et épurée par nombreuses lévigations des débris cellu-
laires, autant que l'a montré l'examen microscopique. Dans loo^ de cette fécule dessé-
chée : cendres totales loi""», insolubles dans l'eau 8o"s, insolubles dans HCl,
4"s presquecomplètement volatilisés, par traitement avec NH^Fet H^SO^ Delà même
fécule 900S dans 5 litres de HCl, o,5 N après macération sont chauffés au bain-marie
bouillant pendant 3o minutes ; après repos la liqueur opalescente se clarifie en haut et
devient plus opalescente en bas. Par décantations et lavages successifs, on épuise ce
sédiment très léger sans y arriver complètement. On évapore la liqueur trouble dans la
capsule de platine, il reste 4° environ de matière qui, incinérée, laisse 23"« de
cendres dont ô""? insolubles dans HCl et volatilisables par traitement au fluorure.
2. Amidon de maïs du commerce purifié par lévigation jusqu'à ce que 100&
attaqués par HCl donnent un liquide limpide qui se trouble ensuite. Dans 1008:
cendres totales 6i™e, dont 58™s insolubles dans l'eau et 9™^ insolubles dans HCl et
volatilisables, par traitement au fluorure, i^^ de cet amidon, traité comme dans l'expé-
rience précédente, laisse un résidu de 3s environ contenan.t des quantités sensibles de
graisse, après incinération: cendres totales 4'"^ dont 24'°s insolubles dans HCl qui,
après traitement au florure, se réduisent à 3'°g que l'eau dissout complètement. Dans
une expérience analogue le résidu d'amylocellulose a été recueilli sur le filtre à succion
et dégraissé par l'alcool et l'éther ; on a pesé 2^' environ de matière qui, incinérés, ont
laissé 44"° de cendres, dont Z-j insolubles dans HCl, qui après fusion avec Na"^ CO* se
réduisent à 29™5 presque complètement volatilisés par traitement au fluorure.
3. l'^e de fécule commerciale a été attaqué par 2 litres de HCl, 5N en agitant
violemment; il se forme une gelée qui se liquéfie peu à peu en un liquide sirupeux
presque limpide qu'on décante du fond contenant les matières étrangères. Ce liquide
au repos se trouble par des flocons très légers se déposant très lentement et impar-
faitement. Le fond contenant la plus grande partie du précipité laisse par dessiccation
3s de matière et après incinération 20™s de cendres, dont 8""^ de SiO-.
4. 1 ■'S de la même fécule est chauffé au bain-marie dans 2 litres de HCl, 5N et
Il 3g académie des sciences.
filtré à chaud à travers du papier Chardin. A la liqueur filtrée parfaitement limpide
on ajoute 2 litres de HGI, 10 N; il apparaît ainsi un trouble léger qui néanmoins sédi-
mente et qu'on peut, par décantation et lavages avec l'eau alcoolisée, séparer impar-
faitement de la partie soluble. On relire par évaporalion 6s environ de matière qui
laisse iS^e de cendres dont 4'"^= de SiO-"
5. aSos de la même fécule sont transformés en dexlrines par traitement à l'acide et
dessiccation. Dissous dans i litre d'eau el filtrés, on y ajoute i litre de HCl, loN ; il se
forme ainsi un trouble léger qui, traité comme précédemment, donne environ 400™*? de
matière, qui laissent 6"^"° de cendres presque totalement constituées de SiO^.
6. Amidon de maïs purifié et dégraissé par portions de 2^ et chauffé à 100° dans
des volumes différents d'eau ou à volume constant à température plus élevée : on
constate que la partie résistante, les trois quarts environ, ne varie pas avec levolume
d'eau et diminue en chauffant plus longtemps et à des températures plus élevées; elle
se réduit, par exemple, à un tiers par chauffage à iSo". Le taux de la matière résistante
diminue beaucoup plus par addition de HGI jusqu'à se réduire à quelques milli-
grammes, presque complètement constitués de sels.
La théorie qui nous guide dans ces recherches est celle défendue déjà par
l'un de nous (') : les différentes matières amylacées seraient des composés
d'acide silicique, phosphorique, ou simplement d'eau avec C H^ °0^ selon le
type de complexes de complexes, dont le plus simple aurait comme schéma
[A (C®H'"0^)"J B. Assurément les différences remarquées entre matières
amylacées ne sont essentiellement que de degrés de résistance à l'action de
l'eau chaude, des acides et des diastases. Les hypothèses de simple poly-
mérisation et de condensation par élimination d'eau ne s'accordent pas
avec les faits, parce que la presque totalité de l'amidon se dextrinifie par
soustraction des matières minérales et par dessiccation.
En tout cas ces expériences entraînent notre conviction que la résistance
remarquable de cette partie de l'amidon qu'on appelle amylocellulose doit
être attribuée à la présence de silice. Il nous semble même intéressant de
diriger l'attention sur le lien que, entre ces deux faits, il y a dans les cellu-
loses en général, à savoir : la présence de silice et la très grande résistance
à l'hydrolyse.
(') Voir Comptes rendus, t. 143, 1906, p. 4oo.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1922. Il3l
PHYSIQUE BIOLOGIQUE. — Influence de la chaleur et de quelques dissolvants
sur la viscosité du sérum de cheval. Note de M. A. Vila, présentée
par M. E. Roux.
On sait que la chaleur apporte de profondes modilications aux colloïdes
du sérum; nous allons voir que le contact des dissolvants neutres, tels que
l'alcool ou l'acétone, leur .fait subir des modifications comparables.
Des mesures de viscosité permettent de caractériser ces effets coagu-
lants.
- Ces mesures ont été faites en appliquant la méthode de Poiseuille et en
utilisant comme viscosimètre le dispositif d'Ostwald. Toutes les valeurs
T
indiquées proviennent de la formule r\ = T) r^, dans laquelle rj figure la
viscosité du liquide, D le poids spécifique, To le temps d'écoulement de
Teau distillée, T, le temps d'écoulement du liquide étudié; toutes les déter-
minations étant faites à iS''.
Le graphique reproduit ci-après résume les expériences effectuées en
vue de comparer les effets coagulants du chauffage à ceux des dissolvants.
Les déterminations ont porté : i'' sur des sérums chauffés; 2** sur des
sérums ayant subi le contact de dissolvants; 3° sur des solutions de pro-
téines séparées par le procédé à l'acétone.
L Le sérum a été chauffé, en tubes hermétiquement bouchés, dans un
thermostat. Aux temps indiqués on opérait les prélèvements à mesurer.
Successivement les températures de 45°, 5o°, 55° et 62° C. ont été étudiées.
On trouvera, pointés sur les courbes I, II, III du graphique, les résultats
observés. »
A 45^*0. la viscosité du sérum reste égale à celle du sérum normal
(y] = 1,90 à 1,95), même après 48 heures de séjour dans le thermostat.
Il faut atteindre la température de 55° C. pour observer une variation
accentuée en fonction du temps (voir la courbe II pour les dix premières
heures). Peur des durées plus longues on a trouvé :
T, à 15. T, à 15°.
m s
Après 10 heures à 55°C 1 .25 2 46
» t8 .) » .; 1.48 3,10
» 28 » » 2.14 3,75
Il3a ACADÉMIE DES SCIENCES.
A62<'G. les variations sont très importantes (courbe III du graphique).
II. Les effets des solvants neutres sur le sérum ont été étudiés comme
suit :
Chaque essai, sur 25''°'' de sérum, a été additionné de yS""*' de dissolvant
l 10
9 I
/
II iy/
Sépum c/iâuffe a 4-s ' et é 50
c
8
' /
'1
Sérum acétone â Ppoid
7
/
n
bemm chauffe a 55° c
6
III.
Sépum chauffé à 6S' c.
5
lY.
Sepum acétone a t8' c
4
m
3
1
^^.^--^
^
2
/
^
-"""'^
1
/ /^
1
//
2 34 56789 10
Vijcosiles ( Eau dislillét ilS'Cl)
pur, afin d'insolubiliser la totalité des protéines. Celles-ci, après filtration
rapide sous vide, ont été aussitôt malaxées et lavées avec de l'éther sec; une
dernière filtration donne une poudre blanche se gonflant et se dispersant
aisément dans un faible volume d'eau. En ajoutant à cette solution le résidu
de la distillation des solvants, on complète à 25"""' le volume de la solution
aqueuse des protéines; ce faisant, les substances dont elles avaient été sépa-
rées se trouvent restituées.
La viscosité des sérums acétones à des températures comprises entre
— 10*^ C, et o'' ne s'écarte pas sensiblement de la valeur constante indiquée
par la ligne I du graphique. La courbe IV indique les variations observées
sur des sérums maintenus en contact avec l'acétone à la température
dei8«C.
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. I l33
Dans le Tableau ci-dessous, nous mettons en -parallèle la viscosité de
sérums alcoolés et acétones.
Sérum
acétone. alcoolé.
Durée d'action des dissolvants. ■ "h- ■'!•
Après contacl instantané à — 10° C .■ i jQ^ "
» I heure de contact à » 2 »
» 2 » » I , 9^ '*
)) 4 » » i,9*> 2,56
» contact instantané à 18" G i jQ^ 3,48
On remarquera les viscosités supérieures des sérums alcoolés.
III. Dans un dernier Tableau notis indiquerons les résultats des mesures
effectuées, non plus sur des liquides contenant la totalité des éléments du
sérum, mais sur des solutions de même teneur en protéines, débarrassées des
substances minérales et des matières grasses du sérum par le traitement à
Tacétone.
Durée d'action de l'acétone. D à 15". T, à 15°. t; à 15».
m s
(a) Contact instantané avec le sérum. .. . 1,0175 i.i5,8 2,i4
(aa) La même -{-os,oi5 de NaCl 1,0210" 1.9,6 1,98
{b) Contact de 3 heures avec le sérum. . . i,oi85 ï.29,8 2,54
(c) Contact de 6 heures avec le sérum. . . 1,0129 i . 55 3, 20
{d) 3'='°' de solution (a) +0'='°', 5 H^O » 1.6 i,84
(e) S'^™' de solution (a) H- 0"="', 5 acétone. » 1.27 2,43
L'expérience (aa) montre l'influence du chlorure de sodium sur la flui-
dité des protéines.
Les deux derniers essais, dans lesquels -/] passe de 1,8 à 2,4, mettent net-
tement en évidence Faction coagulante instantanée de Tacétone sur les
protéines; action comparable à celle de la chaleur aux températures infé-
rieures au point de coagulation massive.
Conclusion. — Il résulte de ces observations que l'action coagulante' de
l'acétone, analogue à un effet thermique, peut être atténuée, et même
évitée, en prenant certaines précautions (abaissement de la température du
milieu, rapidité des manipulations en présence du dissolvant, élimination
aussi complète que possible de l'acétone).
Ce fait devait être signalé; nous rappellerons qu'il trouve application
dans la séparation des protéines du sérum (' ).
(') M. PiETTRB et A. ViLA, Comptes rendus, t. 170, 1920, p. i466. ^^.^_--._^^^^^
ri34 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MICROBIOLOGIE. — Recherches histo-microbiologiques sur la paralysie géné-
rale. Existence du tréponème dans le cytoplasme des cellules nerveuses de
récorce cérébrale. Note de M. Y. 3Ianouélian, présentée par M. Roux.
A Noguchi revient le mérite d'avoir décelé en iQiS le tréponème dans la
paralysie générale. Depuis, Marinesco et Minea, Levaditi et Marie, Ban-
kowsky, Geber, Benedek et Tatar, Forster et Thomacszewsky, Pulido
Valente, etc. ont confirmé la découverte de Noguchi.
En 1905 nous n'avions pas réussi dans nos recherches à cause de l'impré-
gnation massive des neurofîbrilles; nous avons repris depuis quelques
années l'étude de la paralysie générale. Nous l'avons pu faire grâce à
l'extrême obligeance de M. Pulido Valente de Lisbonne, qui a bien voulu
nous envoyer du matériel provenant des paralytiques généraux. Nous
avons utilisé aussi des pièces provenant des services de M. Oettinger et de
M. Paul Guiraud.
Pour la technique, nous nous sommes servi du procédé d'imprégnation
argentique, des méthodes de Mann, de Nissl, etc.
Pulido Valente ayant eu la bonne fortune d'étudier à l'aide de la méthode
de Noguchi un cas de paralysie générale où les tréponèmes étaient extrê-
mement nombreux ('), s'exprime ainsi : « Les tréponèmes se disposent
autour des cellules nerveuses et y pénètrent même. Dans les régions les plus
riches en parasites, c'est-à-dire où le processus est en pleine évolution, en
mettant au point les divers plans, on constate nettement que les cellules
nerveuses sont entourées d'agglomérations denses de tréponèmes qui leur
forment une sorte d'enveloppement complet A une étape plus avancée de
la désagrégation cellulaire, le noyau lui-même disparaît et de toute la
cellule il ne reste plus que des amas de granulations entourées de parasites
qui les traversent dans tous les sens. »
Et pour ce qui est des cellules névrogliques. « Dans le voisinage de ces
cellules nous avons trouvé fréquemment le tréponème qui paraissait même
pénétrer dans quelques-unes. »
(*) Sur deux préparations que M. Pulido Valente nous a adressées, les tréponèmes
étaient plus nombreux dans l'écnrce -cérébrale que dans la plupart des chancres
humains.
SÉANCE DU 24 AVRIL I922. 11 35
Donc d'après Pulido Valente, les tréponèmes s'attaquent aux cellules
nerveuses, y pénètrent même, ils finissent par les détruire. A la fin on ne
trouve à la place des éléments nerveux que des parasites et des amas de
granulations.
Nous n'avons pas vu dans nos pièces une telle abondance de tréponèmes.
A part certaines coupes où de rares vaisseaux étaient entourés par un
treillis de spirochètes, les parasites étaient clairsemés.
Nous savons que dans l'immense majorité des cas les microbes, surtout
les bactéries, vivent dans les humeurs, dans les éléments mobileset fixes du
tissQ conjonctif et dans les endothéliums vasculaires; mais ils ne pénètrent
pas dans les cellules des autres tissus.
Excepté dans la syphilis héréditaire du r\o\iYQdi\i-nè\ pantréponémose où
le tréponème pénètre dans les cellules nobles — les cellules hépatiques sur-
tout — , le tréponème suit la règle générale; on ne le voit que dans les
éléments que nous venons d'énumérer; il n'habite jamais dans les cellules
des autres tissus. Or, dans la paralysie générale, le tréponème existe dans
l'écorce cérébrale : il se trouve dans le lacis composé des dendrites des
cellules nerveuses, des cylindres-axes et des prolongements des cellules
névrogliques. Dans la paralysie générale le tréponème n'est pas dans le
cerveau comme il l'est dans un chancre^ une syphilide ou une gomme; il se
trouve dans le tissu propre du cerveau. Mais fait encore plus intéressant : nos
imprégnations montrent d'une façon indiscutable que le tréponème pénètre
dans le cytoplasme des cellules nerveuses du cortex. Nos images sont schéma-
tiques : souvent dans nos préparations le pigment et les neurofibrilles ne
sont pas colorés : sur le fond clair du cytoplasme se détache seulement le
tréponème en noir avec tous ses caractères, le noyau de la cellule nerveuse
est bien visible. Il ne s'agit point de cellules dégénérées ou détruites, mais
d'éléments relativement bien conservés.
C'est dans les deuxième et troisième couches de l'écorce que nous avons
le plus souvent fait ces constatations. Les cellules nerveuses parasitées sont
surtout des éléments de petite taille que les auteurs désignent sous le nom
de grains.
A la lumière de ces faits, voici comment nous concevons le processus de
la paralysie générale.
Le tréponème gagne la pie-mère, et, après une période plus ou moins
longue, il passe par les entonnoirs de cette membrane dans les gaines péri-
vasculaires du cortex, il franchit l'espace lymphatique, atteint le tissu ner-
Il36 ACADÉMIE DES SCIENCES.
veux : c'est le début de la paralysie générale. Dans ce tissu, il se développe,
crée un foyer et lèse les cellules nerveuses. Il y a successivement : ménin-
gite, lymphangite, encéphalite syphilitiques.
Mais quelques tréponèmes sont entrés dans le cytoplasme des cellules
nerveuses de Fécorce où ils sont sans doute à l'abri des substances médica-
menteuses. Et lorsque le foyer s'éteint, il existe quand même des réservoirs
à virus. A un moment donné, le tréponème sort de la cellule nerveuse et se
développe de nouveau; ainsi se rallument de nouveaux foyers.
Si les tréponèmes intra-cellulaires sont à l'abri des substances médica-
menteuses, cela nous permet de comprendre aussi pourquoi le traitement
antisyphilitique n'a pas de prise sur cette redoutable maladie.
La séance est levée à 17 heures.
É. P.
ERRATA.
(Séance du 10 avril 1922.)
Note de M. Maurice Janct^ Sur les formes canoniques invariantes des
systèmes algébriques et différentiels :
Page 993, ligne 3, au lieu de inférieur, lire supérieur.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 1' MAI 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
ME3I0IRES ET COMMUIVICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
MÉCANIQUE. — La théorie classique et la théorie einsteinienne delà gravitation.
Note (') de M. Paul Paixlevé.
1. Les discussions récentes auxquelles ont donné lieu les doctrines rela-
tivistes m'engagent à préciser, sous une forme (jue je voudrais aussi
positive que possible, les corrélations et les divergences qui existent entre
la théorie classique et la théorie einsteinienne de la gravitation.
L'exposé qui suit est entièrement différent de ceux qu'adoptent les rela-
tivistes; en particulier il ne suit aucunement le processus d'idées qui ont
conduit Einstein et ses disciples à leur audacieuse et grandiose théorie.
Mais peut-être est-ce le meilleur moyen d'en faire bien comprendre le sens
aux adeptes de la Mécanique classique, en même temps que de mettre en
évidence les postulats sur lesquels repose la nouvelle doctrine.
Plaçons-nous d'abord dans la théorie classique.
2, Les axiomes de la Mécanique classique.
Postulat L — Les solides naturels^ maintenus dans des conditions telles
que leurs dimensions relatives^ comparées en un même [lieu, d'ailleurs quel
conque, restent constantes, répondent aux propriétés que la géométrie eucli-
dienne attribue aux figures invariables.
En particulier, un tel solide (le sol par exemple) étant regardé comme fixe,
un autre solide, soit S, dont on fixe deux éléments A et B, peut occuper
par rapport à S une infinité de positions : dans ces diverses positions, une file
d'éléments restent fixes comme A et B, et la ligne qu'ils dessinent possède
(') Séance du 24 avril 1922.
G. R.. IQ22, I»' Semestre. (T. 174, N° 18.) ^I
II 38 ACADÉMIE 'ÎDES SCIENCES.
les propriétés de la droite euclidienne. Nous adoptons comme me/;e une
telle droite solide ou règle, divisée en parties aliquotes. Mesurés avec un
tel mètre, les solides matériels transportés avec lui dans l'espace gardent
les mêmes dimensions. La longueur d'une courbe qui joint les points
A et B d'un solide s'obtient en portant bout à bout sur cette courbe, de A
jusqu'en B, le mètre (ou plutôt une partie aliquote très petite de ce mètre);
la ligne de longueur minima qui joint A et B est la droite AB, et sa lon-
gueur définit la distance AB.
3. Considérons maintenant, dans l'éther immobile, un astre très éloigné
de tous les autres corps matériels et immobile, et sur cet astre un
groupe d'observateurs qui rapportent les mouvements de' l'univers à leur
astre ou, si l'on veut, à des axes trirectangles Oxyz liés invariablement à
cet astre (donc à réth6r).Ils peuvent mesurer (au moins théoriquement) la
distance de deux points fixes A et B à l'aide de leur mètre et construire la
droite qui joint A et B. Ceci posé, la doctrine classique admet qu'il
leur est possible de définir le temps une fois pour toutes et en tout point
de l'espace, de façon que les-deux postulats suivants soient vrais :
Postulat IL — Un élément matériel très éloigné de tous les autres décrit une
droite avec une vitesse constante. En particulier, il reste immobile si sa vitesse
initiale est nulle. (Principe de Kepler.)
Postulat IIL —La lumière dans le vide se propage en ligne droite avec la
même vitesse en tout point et dans tous les sens. (Postulat de Fresnel.)
Le temps t étant mesuré localement en un point A de l'astre O parla répéti-
tion d'un phénomène toujours le même ('), on peut donner l'heure en un autre
point fixe B par l'envoi d'un signal lumineux de A : si ce signal part de A à
l'instant /, il est reçu par B à l'instant / + t?' / désignant la distance AB el
V la vitesse de la lumière (-). Imaginons qu'on substitue à A un autre point
fixe A, dont les chronomètres sont réglés sur ceux de A par ce procédé :
l'heure donnée par A, au point fixe B quelconque concordera avec l'heure
donnée par A. Il en serait tout autrement si la vitesse de la lumière n'était
pas la même dans tous les sens.
(') On vérifiera que le phénoniène se répèle idenliquemenl en comparant sa durée
à celle de multiples phénomènes, qu'on s'efforce de répéter chacun dans des conditions
identiques en ce même lieu A : les durées relatives de ces phénomènes les unes par
rapport aux autres doivent rester invariables.
(") Cette vitesse est mesurée par les procédés classiques, par exemple par la durée
(mesurée en A) d'un certain nomlire d'aller el retour d'un ravon lumineux issu de A
et renvo3^é en A par un miroir.
SÉANCE DU I" MAI 1922. nSg
Ceci est vrai quelque éloignés que soient les points A etB. En particulier,
d'après les postulats précédents, le triangle formé par trois rayons lumineux
qui se rencontrent, si grands que soient ses côtés, jouit des propriétés d'un
triangle rectiligne euclidien. La somme de ses angles est égale à deux
droites.
.4. La gravitation newtonienne . — SoitP ou {x,y,z) un élément matériel
de très petite masse en présence d'un certain nombre de masses matérielles
immobiles, les autres étant extrêmement éloignées. Les trajectoires de P
dans l'espace sont les géodésiques d'un ds- de la forme
où h est une constante arbitraire et U est une fonction de x, y, z qui satis-
fait à l'équation classique de Laplace-Clairaut dans tout l'espace et qui
s'annule à l'infini, conditions qui la déterminent. Le temps t est donné par
( 2 ) • dt=^
\/2(LI + /0
Si, sans' changer /, on emploie, au lieu des coordonnées carté-
siennes a?, y, ;, des coordonnées obliques ou des coordonnées curvilignes
quelconques a;,, x^, x^ (indépendantes de /), le c^cr^ (carré de la distance de
deux points infiniment voisins) devient une forme quadratique :
( 3 ) rh'-—^ aju dxj dxk ( /, /: = i , 2, 3 )
et U une fonction U , (j?, , x.yX.^ : les coefficients de «^^(^i , • • • , •x-'k) satisfont aux
conditions classiques qui expriment que da' donné par (3) est un ds"^ euclidien,
et U, satisfait à l'équation de Laplace-Clairaut en coordonnées curvilignes;
ces conditions forment un ensemble d'équations aux dérivées partielles du
second ordre, linéaire par rapport aux dérivées secondes, et invariant dans
un changement quelconque des variables a;,, x.^, x^.
En particulier, supposons que les masses se réduisent à une sphère de
centre O formée de courbes concentriques homogènes, c'est-à-dire ayant du
point de vue mécanique comme du point de vue géométrique la symétrie
de la sphère : les trajectoires de P seront les géodésiques du ds'-
ds'^'= (^ + h] \dr'-\- r-{sin-^9dcû-^-hdd-) ;,
A'' /
r, 0, !p désignant les coordonnées polaires de l'espace Oxyz.
5. La gravitation einsteinienne . — ÎNous ne pouvons réaliser que diffici-
Il4o ACADÉMIE DES SCIENCES.
lemenl et toujours ijnparfaitement les mesures théoriques des longueurs
et du temps définies plus haut. D'autre part, nos expériences (quand on
les analyse à fond) ne font jamais que constater la coïncidence de deux faits,
au même instant, en un même point de l'espace. Or cette coïncidence
subsiste quel que soit le changement (biunivoque) qu'on effectue sur les
quatre variables x, y, z^ t. D'où l'idée de modifier les équations de ki
Mécanique, en particulier de la gravitation, de telle façon qu'elles revêtent
une forme invariante simple, non pas seulement dans le changement des
variables spatiales x, y, z, mais dans le changement des quatre variables
espace-temps.
(). Quand il s'agit du mouvement d'un élément P (ou de la propagation
de la lumière) loin de toute matière, la chose est immédiate.
Considérons en effet le ds^ à quatre variables :
( 4 ) ds^ — V2 dt' —dx'-- dy^ —dz-;
dans un mouvement quelconque de P, les coordonnées x,y, z sont linéaires
en /; autrement dit, ces mouvements sont définis par les géodésiques
du ds^ précédent; les trajectoires des rayons lumineux sont les géodésiques
pour lesquelles ds'- est nul. Si l'on fait sur x,y, s, t un changement de
variables quelconques, le ds- prend la forme (^,, x^, x^, x,, désignant les
nouvelles variables) :
(5) ds-^^Aj/^i^i, x^, x-i, x^)dxjdx;^. (_/, A:= I, 2, 3, 4),
OÙ les coefficients Ay/^ satisfont aux conditions classiques (équations linéaires
par rapport aux dérivées partielles du deuxième ordre) qui expriment que
le ds'- donné par (5) est un ds'- euclidien (à quatre variables).
Donc, — quel que soit le repérage adopté^ — loin de toute matière^ les mouve-
ments du point P sont définis par les géodésiques dhin ds"^ euclidien (« quatre
variables) et les trajectoires de la lumière par les géodésiques du même ds"^,
pour lesquelles ds- est nulle.
Ce principe est une conséquence du principe de Kepler et du principe de
Fresnel, mais il ne leur est pas équivalent. Il exprime en effet simplement
que, par un choix convenable des variables (et qui d'ailleurs est possible
d'une inlinité de façons), le ds'^ en question est réductible à la forme
V-fite^ — dx'^^ — dx; — dxl. Pour obtenir intégralement les principes de
Kepler et de Fresnel, il faut ajouter que, pour l'un au moins de ces choix
des variables privilégiées, .r, est le temps et dx\ + dx\ + dx\ le carré de la
SÉANCE DU I*"'' MAI I922. ilAl
dislnnce de deux points de l espace infinimeni voisins mesurée à l'aide du
mètre matériel.
7. Supposons maintenant, comme au n° 4, que P soit en présence d'un
certain nombre de masses matérielles données. Nous sommes conduits, par
ce qui précède, à admettre ce postulai :
Postulat IV. — Le mouvement d' un point matériel quelconque, enprésence
de masses données, sous la seule influence de la gravitation, est défini par les
géodésiques d'un ds- de la forme (5), où les Ay^ satisfont à un ensemble de
conditions invariantes dans tout changement des quatre variables Xf, x.,,x^, x,,.
Les trajectoires de la lumière sont définies par les géodésiques qui corres-
pondent à ds'- ^ o.
Par analogie avec la Mécanique newtonienne et avec le cas où toutes les
masses sont très éloignées de P, on admet en outre :
1° Que ces conditions doivent être des équations aux dérivées partielles du
second ordre linéaires par rapport aux dérivées du deuxième ordre;
2" Qu elles doivent laisser aux Ay^r l'exacte indétermination nécessaire que
comporte la question.
C'est ainsi qu'on parvient aux conditions einsteiniennes qui astreignent
les Ay^C^i, X.,, iP:,, X;) dits potentiels de gravitation.
Quand les masses sont immobiles, si l'on prend comme paramètre x., le
temps t, on admet encore ces deux postulats :
Postulât Y. — Le ds- ne renferme pas t explicitement. (Principe de
causalité. )
Postulat VI. — Le ds'- ne change pas quand on change t en —t.
(Principe de la réversibilité.)
Le ds- est alors nécessairement de la forme
(6) ds''= '' -—ch- (U>o),
OÙ di'^ est de la forme (3), mais n'est plus euclidien (à 3 variables).
On sait (de par la corrélation entre le principe d'Haniilton et le principe
de la moindre action) que les trajectoires de P sont alors données par les
géodésiques du ds] à trois variables ds; = (U -h A)r/cr-, h constante arbi-
traire, et t par dt = ^'^ ■ Les trajectoires de la lumière s'obtiennent en
' ^ ^U -^ h ■ _ '
faisant h = 0, d'où alors dt = \[J di.
Remarquons que le postulat III (Principe de Fresnel) est modifié; il n'est
plus vrai que loin de toute matière; et ainsi modifié il rentre dans le pos-
II 42 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lulat IV. Mais nous gardons jusqu'ici tous les autres postulats et notam-
ment le postulat 1.
8. Insistons sur le cas particulier où les masses se réduisent à une masse
unique ayant la symétrie d'une sphère de centre O, et soit toujours r, 0, '^
les coordonnées polaires de Tespace Oasyz. La symétrie et les conditions
einsteiniennes montrent que le ds- est nécessairement de la forme trouvée
par Schwarzschild (les unités étant choisies de façon que V = i)
(7) ds- = (i— '^)dr--o- {sui' 6 ch'-^dO-) '^'"
0
[X désignant une constante et p une certaine fonction de;-, fonction inconnue
dont nous savons seulement qu'elle devient infinie avec /•.
La comparaison avec les lois de Kepler et de Newton montre aussitôt
que [X est positif (') et diffère très peu de la constante d'attraction newto-
nienne, et que p diflére très peu de ;• au moins dans les limites de notre sys-
tème solaire. Si posant p = r, on calcule l'avance du périhélie de Mercure et
la déviation des rayons lumineux par le Soleil, les observations, comme on
sait, sont conformes au calcul. Mais la discordance avec la troisième loi de
Ys^e^\QT {quand on suppose connus les grands axes des ellipses képleriennes)^
entraîne par siècle des écarts, de l'ordre de lo minutes de temps, soit pour
Mercure de Tordre de i minutes d'angle; seulement les grands axes ne sont
pas connus avec assez de précision pour permettre de trancher entre les deux
lois. Si, par la suite, le progrès des observations faisait ressortir des diver-
gences appréciables entre la réalité et les conséquences de la formule de
Schwarzschild ('), la théorie telle que nous l'avons exposée permettrait d'y
parer en posant p = r 1 1 ■+- £(/')], £ étant une fonction de /• très petite pour /•
variant dans les limites du système solaire. Cette correction n'entraînerait
qu'une modification relative très faible de l'avance périhélique et la dévia-
tion du rayon lumineux (*).
9. Le point de vue qui précède est celui auquel je me suis placé dans mes
(Jlommunications antérieures. Il copserve (conformément aux conceptions
(') A priori, /j., dans (8j, pourrail èlre négatif et les trajectoires de P tourneraient
leur convexité vers O comme dans le cas d'une répulsion.
('-) Le rayon vecteur n'est pas mesuré directement au mètre, mais par des observa-
tions optiques; l'influence de l'incurvation des rayons lumineux, comme plus loin
l'abandon de la géométrie euclidienne, n'entraîne, dans la détermination des parallaxes,
que des corrections actuellement imperceptibles à nos mesures.
SÉAPfCE DU I*'' *MÀI 1922. II43
de Poincaré) la géométrie euclidienne. Appelons, pour abréger, la théorie
précédente la théorie semi-einsteinienne de la gravitation. Mais on peut
adopter un autre point de vue qui consiste à renoncer au postulat ! et à le
remplacer par le postulat I bis :
PosTi;i>AT I bis. — Lorsque le ds- de la gravitation a reçu la forme (6; où l
désigne le temps, d<i mesure la distance de deux points fixes infiniment voisins.
Si l'on veut encore, le plus court chemin mesuré avec le mètre matériel
entre deux points fixes A et B de l'élher est une géodésique du da- : le voi-
sinage d'une masse matérielle influe sur les propriétés géométriques des
solides naturels.
La divergence entre les deux théories des n*''* 7 et 9 est, dans le domaine
astronomique, imperceptible à nos mesures actuelles. La théorie du n° 9
coïncide, dans ce domaine, avec celle d'Einstein, mais l'exposé précédent ne
fait intervenir ni modification du temps, ni aucune considération de la
relativité restreinte. Il reste à le comparer avec la doctrine intégrale
d'Einstein : ce sera l'objet d'une prochaine Communication.
ANALYSE MATHÉMATIQUE, — Le théorème de Cauchy sur r intégrale d'une
fonction entre les limites imaginaires. iNote de M. G. Mittag-Leffler.
Il parait que je me suis mal exprimé dans ma Note ('), puisque
M. Goursat tient à préciser dans une Note (*) que sa démonstration du
théorème de Cauchy est la première qui ne fasse intervenir aucune condi-
tion du genre de la sienne. Autant que je sache, c'est aussi le cas, et per-
sonne n'a plus que moi admiré cette belle démonstration qui suppose
essentiellement moins que la démonstration admise en général comme celle
de Cauchy. Mais cela n'empêche pas que j'ai publié déjà en 1873 (') une
autre démonstration qui suppose elle aussi moins que la condition de
Cauchy. C'est seulement en ajoutant à ma condition B (*) la condition C
qu'on obtient la condition D de Cauchy. Voilà pourquoi j'ai pu dire, chose
sans importance du reste, que j'avais publié une démonstration supposant
moins que celle de Cauchy 27 ans avant M. Goursat.
(1) Comptes rendus, l. 174, 1922, p. 789.
(■-) Ihid., p. 836. *
(*) Svrnska Vet. Ak., traduction allemande Gottinger Nachricliten, 1874.
(■') Cninptes^j-endus, \.}\lk, i9?.2, p. 790.
Il44 ACADÉMIE DES SCIENCES.
J'ai désigné la condition de M. Goursal par E et je nie snis permis une
remarque que je pense être indiscutable, savoir que la condition E de
M. Goursat n'implique pas ma condition B, tandis que celle-là, d'un autre
côté, n'embrasse pas la condition E.
CHRONOMÉïRIE. — Les problèmes mécaniques des ressorts réglants.
Note de M. Jules Aivdrade.
En conservant les notations et le numérotage de mes deux dernières
Notes (i3 mars et lo avril 1922)0, nous écrirons, aux approximations pré-
cisées dans ces Notes, l'équation du mouvement du balancier, du type
simple (9 bis) sous la forme réduite suivante, à savoir :
(10 ) — -777 =z— u — nsl u — £/j. ;
GO- dl-
où l'on a fait
^jfci' ,,-VPB ,._K1/- , 4\ El/ , 4
La valeur de A devrait aussi contenir un terme dépendant du frottement
sur le collier qui est né du couple de bascule dû à la force longitudinale
appliquée à la commune virole, lorsque l'on transporte cette pression longi-
tudinale, à la manière de Poinsot, sur la tête du pivot du balancier, mais ce
terme additionnel, de même type d'ailleurs que le précédent, ne modifie que
peu la valeur numérique de À.
XI. Pour fixer les idées sur un exemple numérique, j'envisage un doublet
formé de deux spiraux à enroulements symétriques, reproduisant chacun
sensiblement les dimensions d'un spiral provenant d'un vieux chronomètre
marin, mais supposés attelés ensemble au balancier de ce même chrono-
(') Errata. — i3 mars 1922, tire la formule (2) ainsi
^ El
4 \ 4 211 .
10 avril 1920, page 98.5, i5« ligne, remplacer N par M et lire
El / 4 \ El / 4
L W-^pO + U ' + 1^
SÉANCE DU l'^' MAI 1922. I l45
mètre; le poids B de ce balancier est d'environ 7*^; l'étendue angulaire du
ressort est de 9,;) tours seulement.
En mesurant, sur ce balancier et sur son spiral hors d'usage, leurs diverses
caractéristiques, nous avong ici
I I , ,.
A =r — — — et u.:=z—j— de radian,
2800 ' 942
La représentation graphique d'une oscillation simple se fait ici à deux .
échelles distinctes, l'une pour la première moitié de l'oscillation considérée,
avec un décalage du point mort dans le sens rétrograde dont l'étendue est
A,= --; l'autre pour la seconde moitié de la même oscillation simple
avec un nouveau décalage du point mort et dont l'étendue est Ao = ^ - •
Ces deux points morts apparents, tous deux en arrière du véritable point
mort, sont écartés l'un de.l'autre delà longueur A, — A^, c'est-à-dire de "^ ''■•
Les durées des deux moitiés géométriques de l'oscillation simple sont
inégales.
Mais, alors même que cette oscillation n'est pas entretenue par l'échappe-
ment, la -durée de l'oscillation est - ( i -h 7X- js sensiblement, c'est-à-dire
[)ra tique ment indépendante de Vamplitude tant que celle-ci n'a pas trop
baissé.
Dans le mouvement entretenu, ce résultat reste exact à l'ordre du rapport
de — ^ à la semi-amplitude de régime; si cette dernière est supposée égale
àîc, l'approximation envisagée est de — ^- 10" ^
XIL Signalons, à titre de renseignement et d'exercice pour laboratoires
de chronométrie se piquant de précision, la loi fort simple de la réduction
des semi-amplitudes de la vibration (10) non entretenue; cette loi intéres-
sante pour les mesures expérimentales des frottements de colliers et de
pivot sur un même balancier en marche, et qui se dégage immédiatement
des graphiques de décalage, est la suivante :
En désignant par h le rapport \/ —^ l^s valeurs arithmétiques des
semi-amplitudes d'oscillations successives non entretenues sont liées par
la loi de récurrence
«,-t- A., = («0— A,)/«.
Désignons par — 0. l'élément double de cette substitution linéaire, dont
II 46 ACADÉMIE DES SCIENCES,
la valeur est fournie par l'égalité
n - M+A^
la loi de récurrence prend la forme simple
formule applicable, jusqu'à ce qu'on trouve pour la première fois, par son
application, u„ négatif ou moindre que A,, ou, ce qui revient au même :
algébriquement •
La formule (i i) rappelle celle utilisée pour l'interprétation des photogra-
phies des mouvements pendulaires doublement amortis et rendra ici les
mêmes services.
XIII. En résumé, les vibrations entretenues du type (lo) assurent, aux
approximations définies plus haut, un isochronisme à peu près complet.
En d'autres termes, cette loi de vibration assure que l'épreuve habituelle
d'isochronisme du réglage ne révélera rien.
Par contre Tanisochronisme, appelé parfois séculaire, lié à la vieillesse des
huiles, produira, par la lente croissance de A- et de ut, un lent mais continu
retard du chronomètre; on remarquera que cet effet est de sens con-
traire à l'aisance aux petits arcs qui, dans les anciennes perturbations d'iso-
chronisme manifeste, suivant la pittoresque expression d'un régleur, la
fièvre qui précède V agonie d'un chronomètre.
En supposant acquises avec certitude les méthodes nouvelles de compen-
sation, il ne restera donc qu'une dernière cause d'anisochronisme : c'est
l'inertie du spiral, dont Gaspari a commencé l'étude pour un spiral
Phillips.
Pour achever l'étude que nous poursuivons en ce moment, nous aurons
à étendre le problème de Caspari au spiral cylindrique et aux doublets.
Il est possible, toutefois, de prévoir dès maintenant une distinction néces-
saire entre nos deux classes de doublets.
XIV. Dans le doublet à ressorts symétriques de dimensions presque
égales, les ressorts associés travaillent dans le même sens, ils s'ouvrent ou
se ferment ensemble; il est donc très probable que pour ceux-ci, l'effet de
l'accouplement ne produira pas une forte variation de la perturbation due
à l'inertie des spiraux, encore moins une compensation de ces effets.
Au contraire, par l'emploi de spiraux associés, mais travaillant en sens
SÉANCE DU I"" MAI 1922. l l(\']
inverse Tun de l'autre, on peut semble-t-il envisager avec confiance une
atténuation sinon une compensation complète de leurs perturbations indi-
viduelles d'inertie.
J'ai été renforcé dans cette opinion par celle de Téminent et regretté
professeur Ph. Guye, de Genève, qui, il y a trois ans, attira mon attention
sur ce point important.
XV. Un dernier mot sur la comparaison des avantages ou des incon-
vénients relatifs aux deux systèmes de doublets di\i^o\n\, de vue de l'inlluence
des frottements sur l'isochronisme de l'un ou l'autre doublet.
Dans le doublet sinusoïdal et en particulier sur le doublet à viroles op-
posées qui attira tout d'abord spécialement mon attention et qui m'avait
fourni une première méthode, les pressions longitudinales exercées sur les
viroles opposées étaient parallèles, égales et de même sens, si l'on admet
l'hypothèse dite des techniciens.
Les pressions élastiques verticales qui font varier la pression constante
due au poids du balancier sur la tète du pivot sont alors d'un ordre "d'im-
portance plus élevé que la pression élastique verticale presque atténuée qui
agit, dans le problème précisé dans ma dernière Note, sur le doublet à en-
roulements symétriques.
La régularité d'action de cette pression longitudinale élastique pourrait,
il est vrai, compenser son importance, du moins si l'on admet l'exactitude de
l'hypothèse dite des techniciens.
Le doublet à enroulements symétriques est, lui, infiniment plus indépen-
dant du degré de validité encore mal établi de l'hypothèse des techniciens,
puisque la loi évidente de symétrie y remplace l'hypothèse des techniciens.
XVI. En résumé, le doublet sinusoïdal doit être préféré, pour l'essai
d'une atténuation de la perturbation d'inertie due à un spiral unique ; mais le
doublet symétrique a Favantage de se prêter à une détermination expéri-
mentale pratique de l'effet d'inertie qui jusqu'ici n'a pas encore été évalué
expérimentalement.
La réalisation de l'un et l'autre type de chronomètres, moins coûteuse
que des horloges élastiques à 8 spiraux, ou même que des balances spirales
pour de nouveaux problèmes de mécanique de précision, offre un intérêt
scientifique et industriel.
Il48 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BOTANIQUE. — Relations entre les chlamydospores et les boucles mycéliennes .
Note de M. Paul Vuillemin.
D'après une Communication présentée récemment à l'Académie par M. et
]y[me Pernand Moreau (*), les boucles souvent observées chez les Basi-
diomycètes, parfois chez les Tubéracées, se montrent sous le même aspect
dans les filaments ascogènes du Parmelia Acetabulum. Ces boucles sont
homologues du crochet qui précède l'asque chez divers Ascomycètes. Les
boucles ou leurs équivalents sont donc répandus dans les mycéliums à articles
binucléés (dicaryocytes) qui caractérisent la diplophase des Ascomycètes
et des Basidiomycètés.
La formation des boucles est intermédiaire entre l'exogamie et l'endo-
gamie ; elle entraîne comme ces procédés Ja production de dicaryocytes
dont les noyaux se fusionnent dans l'asque ou la baside. ISous ignorons si
ce fut ainsi que se réalisa le premier passage de l'exogamie à l'endogamie.
Actuellement la production des boucles n'est pas nécessaire au développe-
ment des asquesoudes basides puisque, sauf le cas du bec des Ascomycètes,
on n'observe pas de connexion directe entre les boucles et les asques ou
basides. Elle n'est pas non plus suffisante pour déterminer l'apparition de
ces organes reproducteurs.
J'attirerai l'attention sur les chlamydospores qui offrent avec les boucles
les mêmes relations que les asques et les basides. C'est ce que j'ai constaté
depuis longtemps chez Xqs Nyctalis . Ditmar avait créé le genre Asteropkora
pour V Asterophora lycoperdoides Ditmar 1809, qui appartient au iVjc/a/i.y
Asterophora Pries (Aspergilius lycoperdoides Bulliard).
Le genre Asterophora, supprimé par Pries, rétabli par Duby qui croyait
les chlamydospores indépendantes del'Agaricacée, est définitivement aban-
donné puisqu'il ne répond pas à la conception de son auteur.
Les chlamydospores de Nyctalis Asterophora ont une membrane lisse, sé-
parée de la membrane primitive du filament qui" s'en écarte au niveau des
boursouflures rayonnantes. Chez le Nyctalis parasitica, la membrane pri-
mitive est difficile à distinguer de l'épispore dont elle épouse étroitement
les contours.
J'ai rencontré vers la fin de l'année igoS, sur du bois humide, dans ma
cave à Malzéville, des hyphes dont le calibre variait de !'% 5 à 3i^, 3 ; chaque
(') Comptes rendus^ t. ilk, 1922, p. 1072.
SÉANCE DU l'^'' MAT 1922. Il49
cloison était accompagnée d'une boucle. Beaucoup d'articles intercalaires
ou terminaux se rendaient; le renflement, isolé par deux cloisons, devenait
une chiamydospore sphérique, d'un jaune d'or, mesurant 5!^ de diamètre.
La membrane primitive était appliquée à l'épispore comme chez le Nyctalis
parasilica ; dans les vieilles chlamydospores pourtant, la couche superficielle
se fronce autour de l'endospore légèrement contractée. De même sur les
filaments âgés la couche superficielle se décolle du reste de la membrane
comme une gaine ridée. On ne peut invoquer une formation endogène.
Je n'ai trouvé ni basides ni asques. Je considère ce champignon comme
ime seconde espèce du genre Bornetina Mangin et Yiala 1903. Je le nomme
Bornetina auiea Vuillemin nov. sp.
Le Bornetina aiirea diffère du Bornetina Corium Mangin et Yiala comme
le Nyctalis parasilica diffère du Nyctalis Asterophora par l'étroite connexion
de la membrane primitive avec l'épispore. Ses hyphes ne présentent pas
la tendance à la géliiîcation des membranes accentuée chez le B. Corium.
Elles forment un mycélium diffus, un lacis aranéeux contrastant avec le
cuir décrit par Mangin et Viala.
Je ne vois là que des dilïérences spécifiques, comme dans la couleur, les
dimensions, l'ornementation des chlamydospores. J'ajouterai un caractère
spécifique commun au Bornetina Corium et au B. aurea. Dans les deux
espèces on rencontre des boucles renflées à membrane affermie.
Les caractères génériques des Bornetina se réduisent aux connexions des
boucles avec les chlamydospores, à l'exclusion des organes reproducteurs,
tels que les basides qui existent en même temps dans les genres Nyctalis,
Collybia, etc. Le genre Bornetina réunit les Champignons pourvus de chla-
mydospores sur des hyphes munies de boucles, chez lesquels on ne connaît
pas d'organes homologues des basides ou des asques. 11 comprend actuelle-
ment deux espèces, Bornetijia Corium et Bornetina aurea.
AL Pierre Termier fait hommage à l'Académie de son livre A la gloire
(le la Terre (in-S'* écu de 4oo pages, Nouvelle Librairie Nationale, Paris) et
s'exprime en ces termes :
On trouvera réunis dans ce volume les Eloges que j'ai consacrés jadis
aux deux savants qui ont le plus contribué aux progrès de la science géolo-
gique dans les trente dernières années : Eduard Suess et Marcel Bertrand.
Je n'ai pas besoin de rappeler ici que ces deux grands hommes ont été, et
Il5o ACADÉMIE DES SCIENCES.
seront toujours, l'honneur de notre Compagnie. On y trouvera encore
TEloge d'un autre savant, beaucoup moins connu, mais dont le nom mérite
cependant d'être sauvé de l'oubli : Hippolyte Lâchât, qui fut, en matière
de géologie alpine, un véritable précurseur. On y trouvera enfin, groupés
dans un ordre que j'ai voulu rationnel et didactique, diverses conférences,
divers discours, divers articles, les uns résumant mon enseignement (syn-
thèse des Alpes, problèmes de la Méditerranée occidentale, question de
l'Atlantide, grandes énigmes de la Géologie, histoire des océans à travers
les âges), les autres faisant connaître, à propos de Géologie, quelques idées
personnelles sur la science et sur le monde.
L'objet du livre est de montrer la beauté de la Géologie et de lui recruter
des adeptes. Cette science est encore toute pleine de mystère et l'on s'y
promène au milieu des énigmes; mais c'est précisément pour cela qu'elle
plaît aux jeunes gens et leur paraît infiniment séduisante. J'ai voulu la
révéler à ceux qui ne la connaissent pas, et attirer ainsi à l'étude spéculative,
et à la recherche désintéressée, des esprits qui s'ignorent encore et qui sont
faits pour comprendre et, après avoir eux-mêmes compris, expliquer aux
autres et aller plus avant dans la recherche.
M. d'Ocagsje offre à l'Académie un travail, extrait de la Renie générale
des Sciences (3o avril 1922), qui a pour titre : Coup d'œil sur les
principes fondamentaux de la Nomographie. En quels cas et comment
ils permettent de réduire à une représentation plane des dimensions en nombre
supérieur à trois. Ce travail est celui dont l'auleur avait dernièrement
annoncé la publication (^). En précisant la distinction entre les nomo-
grammes ^im/j/^'^ (indécomposables en un enchaînement de nomogrammes
à un moindre nombre de dimensions) et les nomogrammes composés
(susceptibles, au contraire, de cette décomposilion), il permet de
discerner, sans aucune ambiguïté, quels sont ceux de ces nomogrammes
sur lesquels il y a effectivement réduction à une représentation plane de
dimensions en nombre supérieur à trois. L'apphcation de ce critérium,
aussitôt faite aux méthodes connues, fait ressortir que c'est, comme on le
savait déjà, celle des points alignés qui a, pour la première fois, permis de
réaliser une telle réduction effective à partir de la quatrième dimension.
De plus, il se trouve que nombre d'équations rencontrées en diverses
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 147 et 355.
SÉANCE DU 1" MAI 1922. Il5;
branches de la Icchniqiie, qui 11e seraienl pas susceptibles de représentation
pai enchaînement de nomogrammes à trois dimensions chacun seulement,
le sont par des nomogrammes simples à plus de trois dimensions, réalisés
au moyen des points alignés; d'où rimpoitance de cette notion.
I\0MI]\AT10î\S.
M. Maurice Hamy est adjoint à la délégation qui représentera l'Aca-
démie à la réunion de V Umon intermuionale (V Astronomie , qui se tiendra à
Rome du 2 ^lu 10 mai.
CORRESPOIVD AIVCE
(GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Généralisation d'un problème de Sophus Lie
dans la géométrie des transformations de contact, iNote de M. E. O. Lovett,
présentée par M. Hadamard,
Sur une surface quelconque à courbure constante, les courbes dont
l'équation différentielle est l'équation du troisième ordre
3
(i) j'"— -/~\v"2+ 2o-(.r) i'^'iA( v)y'^=o
admettent les transformations de contact proprement dites (transformations
de contact qui ne sont pas seulement des transformations ponctuelles pro-
longées) dont la fonction caractéristique W a la forme
(9.) ■ W:= ■.>.i>(.r, r)y v'-h 4(.r)j— ru.v), i> = o{x)^(y),
OÙ les éléments fonctionnels cp, ç, -{>, r^ satisfont aux deux couples d'équa-
tions différentielles de la uiême forme
(3) ^f = g-{x-)o, cc'=i{g^)', ■l"=h{vyh, ■n-f)"=2{/rn'-y.
les fonctions gi-^), ^(v) étant des fonctions arbitraires, et le système de .
coordonnées curvilignes x, y étant choisi de façon que .r = const. , y = const.
soient les équations des courbes minimales de la surface donnée, de sorte
Îl52 ACADÉMIE DES SCIENCES.
que rrlément d'arc as' âv la surface a la forme
( 'i ) Z- ( .r , y ) ds- =z tt.r dr.
En faisant g = h = o, \e système {'S ) devient
\' ) "XV— '"yy — s — '' — "-'i
système (^doiit l'intégration est immédiate) qui intervient dans le beau
problème de Soplius Lie ( ' ) sur les cercles ^éodésiques de Minding-.
Dans le cas où les fonctions g{iv) et /i(y) restent arbitraires, on n'a pas
pu intégrer complètement l'un ou l'autre des deux types d'équations difîé-
rentielles formant le système (3). Mais on a pu les intégrer [)0ur beaucoup
tie formes particulières des fonctions g et h.
Parmi ces cas particuliers, les suivants ne sont pas sans intérêt. Il suffît
déconsidérer les équations en cp et ^. On remarque que, si i/(j;) est une
solution de Téquation eu <p, //- est une solution de l'équation en ^; donc, si
//, et IL, sont deux intégrales de l'équation en ;p, on a simultanémenl
(6) <p = rt, //, -f (?.,// .^, t,^= (l\l'fllf2-\- On/t'l -\- (li.,lll.
les Cl/, (ijj étant des constantes arbitraires. De plus, d'une intégrale parti-
culière u de Téquation en H, on peut déduire l'intégrale générale •
(7) c^^=z a\.,u + (txxuc •.' "-h 0.22 ne .' ",
OÙ ^- = 2a, a étant la constante d'intégration dans
(8) 2 4^i,^= Aç'V''^+« = 4ç"— ^^"+«-
1 I. Formes simples de g en fonclion de œ. — V Pour les formes
^i' = ± m-, '"îo" = — f'> A' = '« ( "i — O--*""'»
le système s'intègre facilement par des fonctions connues.
2*^ Si 4^sin-.r = ^mim-\- i) — sin-j;, en partant de l'intégrale // = sina?
de Fécpiation en ^, on peut écrire l'intégrale générale (7) de l'équation en H;
si, en particulier, le nombre m est un entier positif, l'équation en <p prendra
une forme qu'Elliot (-^ a intégrée complètement.
(') LiK, Arch. for Math, og Naturw, vol. 1>, 1S84, p. 40-61. el le premier vo-
lume (1896), le seul publié, de Lie-Scliellers sur la géomôlrie des transformations de
contact.
(-) i'-LLiOT, Àcta math., t. i, i883.
SÉANCE DU 1*''' MAI 1922. 1 1 53
3" Des deux problèmes classiques de Frenet, on déduit les éléments sui-
vants d'intégrales générales (6)
dans les cas
_ 4 8
II. Si g est donné en fonction de H, l'équation en ^ s'intègre par quadra-
tures; de même, l'équation en o, si ^ est donné en fonction de 9.
i" Exemples : g= 2^, "• = 7^-, ^ = e^ et il'^ g = H ± a^",
4
2" En prenant pour g une série de puissances quelconque en ^, on a
— n —n
En particulier, pour ^ = g a^- + -^ |3^ + -^Yj <^" ^^^^ ramené à l'équation des
fonctions elliptiques du second degré; et, comme autre exemple, si
0-^2 -_ const., la fonction ^ devient une fonction quadratique de x, et l'inté-
gration complète pour o s'accomplit sans difficulté.
3** On peut choisir la fonction g de telle manière que l'équation en c, se
réduise à l'une ou l'autre des équations du second ordre qui définissent les
fonctions transcendantes nouvelles de M. Painlevé ('); on trouve
2g = li^ + '^''fldx, ^=6^ + ^;
III. Prenons pour cp une fonction donnée de ^.
1° Si cp = me, + n, il en résulte que
g = l{rnl - nr\ ^'^^a + ^l - 2 ^^(^^ - n)-\
2« Si 9 = ^'", 2m — I ^ o, la forme de g s'écrit aisément, et l'intégration
pour l s'effectue par quadratures; si im — 1=0, l'équation en l est vérifiée
identiquement : donc, quelles que soient les fonctions ^(j?), ri(y), l'équation
(') p. Painlevé, Acta mathematîca, t. 25, 1902.
G. B., igai, 1" Semestre. (T. 174, N* 18.) o2
II 54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
admet toujours la transformation de contact
L'équation (i) et, par conséquent, toutes les autres équations du troi-
sième ordre de cette Note sont des cas particuliers d'une équation du même
ordre caractérisant, sur une surface quelconque, les courbes qui ont leur
courbure géodésique égale à une certaine intégrale
/yzy"^[H(^,j)y^-G(^,j)/]^a.
+ c,
G(x, y) et H(x,y) étant des fonctions arbitraires. Une forme assez géné-
rale de cette intégrale nous conduit au théorème, énoncé plus haut, sur
les surfaces à courbure constante; si celte forme d'intégrale se réduit à une
constante, on retrouve les résultats du Mémoire cité de Lie. Déplus, on
arrive encore à une autre généralisation en prenant les fonctions G et H
de forme telle que la fonction Z ne paraisse pas dans l'équation difTéren-
tielle des courbes.
CINÉMATIQUE. — Sur une machine automatique à multiplier.
Note de M. Augustin Sèguix, présentée par M. G. Kœnigs.
Un produit de deux facteurs quelconques, par exemple
a.b.c X a' .b' .c' ,
peut être réalisé ainsi.
Formons les cinq combinaisons suivantes :
, \c.b.a. \c.b.a. \c.b.a. ( c.b.a.
^'^ I a'.b'.c'. ^'^' 1 a'.b'.c'. ^^^ \a\b'.c'. ^^^ ja'.b'.c'.
I c.b.a.
^^ \ a\b'.c'.
obtenues en renversant l'ordre des chiffres de l'un des facteurs, puis en
écrivant l'autre facteur en dessous et en le faisant glisser d'un chifTre
à chaque combinaison. Puis faisons, pour chaque combinaison, la somme
des produits des chiffres des deux facteurs qui se trouvent verticalement en
regard; nous obtenons ainsi, pour chacjue combinaison, les termes
(ï) axa',' ('2) b>cà'+axb', (3) c>: a' -h b x b' + a X c' ,
(4) cxb'-hbxc', (5) cxc'.
SÉANCE DU I" MAI 1922. 1 1 55
Chacun de ces termes représente à son rang un terme du produit et
l'ensemble de ces termes représentera le produit définitif après report des
dizaines, s'il y a lieu, d'un terme dans l'autre.
L'appareil se compose d'un bàii traversé par iin arbre horizontal X. Sur cet arbre
sont enfilés trois tubes concentriques T pouvant tourner indépendamment l'un sur
l'autre et sur chacun desquels sont montés, d'une part un cylindre multiplicateur A à
gauche, d'autre part une tige de butée B à droite Chaque tige B est fixée sur son
A
v>.-. *.^.
^ 1
MmSà
■
■
^gm
iikl^^ff?
WÊÊÊÊ
^Tfp^^p^
1
H
^'
m
^r^°*°°^^
[^^^i
tube T, alors que chaque cylijidre peut être amené en le tournant à la main à prendre
par rapport à son tube 10 positions angulaires équidislantes, déterminées par un
ergot à ressort porté par le tube et qui vient successivement tomber dans 10 petits
trous équidistants creusés sur la base du cylindre. Chacune de ces 10 positions
correspond successivement aux chiffres de o à 10 inscrits sur la surface du cylindre,
et qui viennent se placer en regard d'un index fixe D. La position de chaque cylindre A
est ainsi définie par la position de A par rapport à T et par la position de la lige B
par rapport au bâti. Celte dernière position est déterminée par la butée de B poussée
par un ressort contre des tiges de butée C dont la position est elle-même déterminée
par leur déplacement longitudinal à la main et indiquée par des chiffres de o à 10
portés par une graduation devant laquelle se déplace un index E porté par chacune^e-
ces liges; le passage d'une graduation à une autre faisant tourner chaque cylindre A
de j~ de tour. Il y a trois liges de butée C portées par un support poussépar un
ressort et qui peut se déplacer parallèlement à l'axe X au moyen d'un échappement S
dont les actions successives font déplacer successivement les butées C en regard des
tiges B. Lorsqu'une lige B n'est en regard d'aucune butée, elle bute sur le support
et indique de la façon expliquée plus loin un produit par zéro.
Le bâli porte une glissière guidant parallèlement aux génératrices des cylindres A
un chariot H portant l'une au-dessus de l'autre deux roues dentées R. Chaque
cylindre A porte disposées sur ses génératrices 200 crémaillères dentées équidislantes,
II 56 ACADÉMIE DES SCIENCES.
loo commençant par la gauche du cylindre et loo par la droite alternativement, le
nombre de leurs dents correspondant successivement aux produits de o par o, 1,2, ...,
9, de I par o, 1,2, ..., 9, etc. jusqu'à 9 par o, 1,2, ..., 9, les crémaillères commençant
par la droite représentant les dizaines et celles commençant par la gauche les unités;
deux dents de dizaine et d'unité ne se trouvant jamais sur un même parallèle du
cylindre. Lorsqu'un cylindre A marque un chiffre indiqué par l'index D, et lorsque la
tige C, qui lui sert de butée à ce moment, marque un chiffre indiqué par l'index E, les
roues R engrènent avec des crémaillères correspondant au produit de ces deux
chiffres.
Le chariot H mène le totalisateur K. Il est à tambours à report de dizaines, chaque
tambour portant un doigt appuyé par un ressort sur une came fixe, et qui ne vient
entraîner le tambour des unités supérieures pendant -j^ de tour, que lorsque le doigt
tombe dans un creux de la came. Chaque tambour porte des chiffres de o à 10 servant
à lire verticalement au moyen d'un index fixe F le produit cherché. Ce totalisateur est
l)orté par un bras qui lui permet d'osciller autour d'un axe porté par le chariot H.
Le mouvement d'oscillation est commandé par des butées à chaque extrémité de la
course de H sur sa glissière, il commande lui-même par un échappement P un mou-
vement de descentes successives du totalisateur, de l'intervalle de deux tambours, et
vient successivement débrayer et embrayer deux par deux les tambours qui sont
dentés à cet effet, avec les roues R. Le chariot H à fin de course commande également
l'échappement S, après avoir repoussé au moyen d'une came fixée sur lui toutes les
tiges B, de façon à les dégager de leurs butées C et que ces butées puissent alors se
déplacer successivement en regard de ces liges, sous l'action de l'échappement.
Si alors un facteur a. b.c. étant inscrit au moyen des cylindres A et l'autre fac-
teur a' .b' .c' . au moyen des butées C, de la façon que nous avons vue, nous impri-
mons au chariot H cinq mouvements d'aller et retour le long de sa glissière au moyen
d'une poignée visible à l'extérieur du bâti de l'appareil à droite et qui commande ce
chariot au moyen d'une longue tige traversant le bâti, nous obtiendrons sur le tota-
lisateur le produit a.b .c . X a' .b' .c' . En effet, Jes tiges B correspondant à chacun
des cylindres A, mais la première tige correspondant au dernier cylindre et la der-
nière au premier cylindre (du fait des tubes concentriques T), ces tiges représentent
renversé le facteur a. b.c. inscrit sur les cylindres A, c'est-à-dire c.b.a. A la posi-
tion de départ, les butées C, qui représentent a'.b'.c' .., étant par rapport à ces
tiges B qui représentent c.b.a.^ dans la position relative * / , , le chariot,
d'après ce que nous avons vu, pendant sou premier mouvement d'aller, enregistrera
sur le totalisateur K la somme des chiffres correspondant aux crémaillères des
cylindres A qu'il rencontre successivement, c'est-à-dire cxo-+-^xo-l-«Xa'.
C'est notre combinaison (i) du début et le premier chiffre à droite du produit. Grâce
au jeu en fin de course du débrayage du totalisateur et des échappetnenls S et P, la
course de retour se fera débrayée el à la seconde course d'aller, les positions relatives
de B et de C seront ' ,',," , elle totalisateur enregistrera sur les deux tambours
a'.b'.c.
de rang d'unités suivant cxo-^~bxa'-\-ax.b'. C'est notre combinaison (2) et le
SÉANCE DU 1" MAI 1922. Il 57
second chiffre du produit. Au bout de cinq courses, nous aurons ainsi le produit com-
plet, les dizaines, s'il y a lieu, s'étanl reportées automatiquement, comme nous l'avons
vu, sur le totalisateur.
Nous remarquerons que cette machine suit pas à pas et réalise mécani-
quement le théorème du début sur lequel elle est basée. Elle est, en outre,
entièrement automatique une fois les facteurs posés.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Su7' les vérifications astronomiques de la théorie
de la relativité. Note (') de M. Jeax Chazy, présentée par M. P. Painlevé.
Abandonnant la conception d'un espace infini, Einstein a proposé de
remplacer les dix équations
(i) Gjxv=o
pour déterminer la loi de gravitation dans le vide, par les dix équations
(2) Gjxv— ^^[iv=:0,
OÙ \ désigne une constante très petite. La constante X est d'ailleurs égale
à yTy dans V Univers cylindrique d'Einstein, et à jtj dans V Univers sphérique de
de Sitter, U désignant dans les deux cas le rayon de V Univers.
Si Ton se propose de déterminer le champ de gravitation statique et
sphérique d'un centre matériel à l'aide des équations (i), on obtient le ds'^
célèbre de Schwarzschild. Si Ton se pose le même problème à partir des
équations (2), l'intégration exacte du système différentiel obtenu est
presque aussi facile, et donne la formule
ds-'-^N^-^— -~ r'- \ dl\ ^ ^ — r^dB^ + cos2 0 ^9» ),
où Y et u. désignent deux constantes d'intégration.
Cherchons comment les conséquences de la formule du ds- ^ prêtant à des
vérifications astronomiques, sopt modifiées par l'introduction des deux
termes en \, en conservant aux autres quantités la même signification que
dans la formule de Schwarzschild.
L'allongement de la période de vibration des atomes quand ils se rap--
(') Séance du i[\ avril 1922.
Il 58 ACADÉMIE DES SCIENCES.
prochent du Soleil peut être considéré encore comme une conséquence de
la formule du ds- : dans le même rapport physique en raison de la petitesse
de la constante \.
Les trajectoires d'un point gravitant sont planes et admettent pour équa-
tion différentielle dans leur plan :
(3)
A et B désignant deux constantes d'intégration positives, dont la seconde B
est égale à -j-^' Pour B=:o, l'équation (3) devient Téquation différen-
tielle des rayons lumineux.
La déviation des rayons lumineux au voisinage du Soleil n'est pas
modifiée, et reste égale sensiblement à 4[J- * V-R, R désignant le rayon du
Soleil.
Comme avance des périhélies planétaires, à chaque révolution l'on doit
ajouter au terme célèbre ^, — -^ — - un second terme ayant pour valeur
quand l'excentricité est faible tiXa^B, soit sensiblement -~ D'une
planète à l'autre l'avance séculaire produite par le premier terme varie ('),
1 5
si l'on néglige les carrés des excentricités, en raison inverse de «% ou de T%
égale respectivement pour Mercure,- Vénus, La Terre et Mars à 42", 9;
(') Les astronomes ont souvent insisté sur ce que la valeur 43", donnée par New-
comb de l'avance séculaire du périhélie de Mercure non expliquée par la loi de
Newton, manque de précision. On peut remarquer encore que la discussion de New-
comb comporte en quelque sorte deux stades. Dans le premier stade, pexit-ètre [dus
voisin des observations, Newcomb obtient entre autres des valeurs séculaires de e 6rn
égales à 8", 48 ±0", 43 pour Mercure et à o", 761^0", 35 pour Mars, soit des valeurs
de OST égales à 4i"»24±2",io pour Mercure et 8",o4±3",76 pour Mars, les termes
complémentaires désignant les erreurs moyennes. Dans le second stade de sa discus-
sion, Newcomb cherche à répartir les avances non expliquées par la loi de Newton des
périhélies des quatre planètes Mercure, Vénus, La Terre, Mars, en s'imposant celle
condition (inspirée de l'hypothèse de Hall qui darfs la loi de Newton corrigeait Texpo-
sant 2) que les avances séculaires correspondantes soient en raison inverse des
durées de révolution T; et il obtient ainsi les quatre valeurs 43", 87; t6",98; io",45;
5", 55. Si Newton avait voulu au contraire que les avances obtenues soient en raison
inverse de T^, il aurait attribué sans doute une avance plus forte à Mercure, afin
d'améliorer l'accord pour Mars.
SÉANCE DU l" MAI 1922. IiSq
8",6i ; 3", 83; i",35. Au contraire l'avance séculaire produite par le terme
^yaja.^^ est proportionnelle à la durée de révolution T delà planète
considérée (').
Mais quel peut être Tordre de grandeur de cette nouvelle avance? En ce
qui concerne les grosses planètes, un nombre a été donné pour le périhélie
de Saturne; des travaux de Le Verrier et de Gaillot, Tisserand conclut (^)
avec des réserves à la possibilité d'une avance séculaire de l\o" environ,
non expliquée par la loi de Newton. Raisonnons comme si cette avance
de 4o" existait certainement et provenait du terme XV^T- :4"; et, à titre de
comparaison entre les ordres de grandeur des deux quantités, déduisons-en
le coefficient X et le rayon de l'Univers U : on trouve une valeur de U
de l'ordre de lo'' centimètres, ou de 1000 années de lumière. D'ailleurs les
avances séculaires correspondant à une avance de f\o" du périhélie de
Saturne et .proportionnelles aux durées de révolution des planètes, sont
respectivement :
La Terre. Afars. Jupiter. Saturne. Uranus. IVeptune.
i"34 2"46 16" 4o" ii4" 224"
Les avances correspondantes des périhélies des comètes d'Encke et de
Halley s6nt respectivement de l'ordre de 4" et de 100".
D'où les conséquences suivantes :
Si le rayon de l'Univers, supposé cylindrique ou sphérique, est d'ordre
supérieur à 1000 années de lumière, la correction mise en évidence dans cette
Note des longitudes des périhélies planétaires est impossible à observer.
Si le rayon de l'Univers est de Tordre de 1000 années de lumière, la cor-
rection considérée est presque comparable aux observations actuelles (^).
(') La formule nouv-elle obtenue du r/5- est une combinaison de la formule de
Schwarzschild et de la formule donnant le carré de rélément de ligne d'Univers de
de Sitter. La nouvelle avance des périhélies que nous mettons en évidence est indépen-
dante de la masse du corps central, entre certaines limites, et correspond à une sorte
d'entraînement de toutes les orbites.
(-) Cf. Gaillot, Comptes rendus, t. 120, i8g5, p. 3i ; et Tisserand, Traité de Mé-
canique céleste, t. k, p. 53 i. Dans ses nouvelles Tables de Saturne {Annales de VOb-
servatoire de Paris, t. 14, 1904, p. 199), Gaillotdonne comme avance séculaire totale
du périhélie de Saturne un nombre peu dilTérent des nombres antérieurs, laissant
subsister un écart à la loi de Newton de 40" environ, et la conclusion de Tisserand.
(^,) Ce-, deux dernières conséquences concernent plutôt l'hypothèse de de Sitter, car
dans rUnivers d'Einstein les considérations classiques sur les distances à la Terre des
étoiles éloignées conservent plus de valeur, et le rayon de l'Univers semble nécessai-
rement supérieur à 1000 années de lumière.
Il6o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais il est impossible que le rayon de l'Univers soit de l'ordre de
ICO années de lumière, ou d'ordre inférieur, car il en résulterait pour les
périhélies de la Terre et de Mars des avances séculaires de l'ordre de loo"
et de 200", incompatibles avec les travaux critiques de Le Verrier et de
iNewcomb. Donc, dans le prolongement cosmogonique de la théorie de la
relativité, l'étude des mouvements des périhélies planétaires donne, indé-
pendamment de toute considération d'astronomie stellaire, une limite
inférieure du rayon de l'Univers.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Les lois de Kepler et les orbites relativistes .
Note (') de M. J. Trousset, présentée par M. P. Painlevé.
M. Painlevé, dans ses récentes Notes sur l'application au système solaire
de la loi de gravitation d'Einstein, pose la question suivante :
Les observations astronomiques peuvent- elles conduire à remplacer dans
le ds"^ d'Einstein
le rayon vecteur r par une autre fonction moins simple ?
La loi de Newton est actuellement (sauf en ce qui concerne le périhélie
de Mercure) bien vérifiée. Il convient donc de rechercher avant tout si les
formules einsteiniennes donnent, par rapport aux lois de Kepler, des écarts
mesurables.
Première loi de Kepler. — On déduit de (i), en négligeant m-,
I I + e sinij; m e-
r a(i — e*) 2 a^{i — e^Y
OÙ
3 m
COS^ ij/,
i|> = 9 I — ■
e^)\'
ia et 2«e représentent la somme et la difîérence des r maximum et mi-
nimum.
'j> — cp donne la rotation du périhélie. Quant au terme en w, il donne des
accroissements du rayon vecteur inférieurs à i'"^.
Deuxième loi de Kepler. — L'orbite n'est pas décrite rigoureusement sui-
vant la loi des aires puisque r^ -j- = K ( i '— \ • Si l'on calculelaposition
(') Séance du 24 avril 1922.
SÉANCE DU l'^'' MAI I922. I161
sur l'orbite d'après les lois de Kepler, on aura deux causes d'erreur; la pre-
mière qui provient de ce que le rayon vecteur diffère un peu de celui d'une
2 fTt •
ellipse; la deuxième qui provient de ce que le facteur i ;- varie entre
deujf limites dont le rapport est i h ^-— , • Il en résulte un écart sur la
valeur de / correspondant à un (p donné, qui est au maximum égal à
-. jT; ou encore, pour une époque donnée, un écart sur l'orbite égal
au maximum km r» inférieur à i''™ pour tout le système solaire.
21 — e^ '■ j ■
Troisième loi de Kepler . — L'intervalle de temps entre deux passages au
périhélie est
K étant constant (si l'on néglige la masse de la planète) pour tout le système
solaire. A cause de l'avance du périhélie, la durée moyenne de la révolution
sidérale est
(]) \ ai — e^
îl suffira pour rétablir l'accord avec la troisième loi de Kepler de modifier
a de 2 m =^ V^^ x
I — «== 1 — c-
En résumé, en considérant non seulement la position, mais le lemp'*,
l'écart entre les orbites einsteinierines et képlériennes est de l'ordre du
kilomètre. Aux distances ordinaires des planètes, un kilomètre est vu de la
Terre sous un angle de un millième de seconde d'arc.
Tant que nous ne saurons pas observer avec cette précision, le mouve-
ment de périhélie de Mercure sera le seul argument en faveur de la loi
d'Einstein comparée à celle de Newton. Elles conserveront ou perdront
ensemble leur belle simplicité.
Note (^*) de M. Pain levé sur les deux Communications précédentes.
Il y a certaines contradictions entre les deux Notes intéressantes qui pré-
cèdent, en ce qui concerne notamment le mouvement de Saturne; elles
montrent la nécessité d'un vaste travail d'ensemble qui reprendrait les
(') Séance du 24 avril 1922.
Il 62 ACADÉMIE DES SCIENCES.
calculs de Le Verrier, Tisserand et Newcomb d'après la loi de Newton, et
introduirait ensuite, une par une (en vue de comparaison), les multiples
petites corrections qu'entraînerait la théorie einsteinienne. Dans sa Note,
M. Trousset se place au point de vue que j'ai indiqué dans mes Commu-
nications antérieures et sur lequel j'insiste dans ma Communication d'au-
jourd'hui (n° 7): c'est le point de vue où l'on conserve la géométrie
euclidienne. Dans la doctrine einsteinienne intégrale, le postulat géomé-
trique supprime la fonction arbitraire de r (voir le n^ 9 de ma Note). La
conclusion de M. J. Trousset, d'après laquelle la mesure directe du millième
de seconde d'arc serait nécessaire pour trouver en Astronomie entre la
doctrine de Newton et celle d'Einstein un autre critérium que celui du
périhélie de Mercure, est trop stricte; car il faut compter avec la puissance
des moyennes et les multiples recoupements de la Mécanique céleste.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — 5w7* le mouvement cVune planète dans un milieu
résistant. Note (*) de M. P. Fatou, présentée par M. E. Goursat.
Nous avons traité récemment (-) quelques problèmes concernant cette
question. Nous allons compléter sur quelques points de rigueur les résultats
obtenus, dans le cas d'une résistance proportionnelle à la vitesse.
Appelons r et 6 les coordonnées polaires, c la vitesse, k un coefficient
positif et E la base des logarithmes népériens; le centre d'attraction esta
l'origine. Le théorème des moments conduit à l'équation
(■) '■■|=C.E-".
Le théorème des forces vives peut s'exprimer par les deux équations
(.) .^^^-'±,
r a
0
a désignant le demi-grand axe de l'orbite osculatrice (elliptique) qui
décroît constamment. On déduit de là d'abord l'inégalité
(4) ,->^E-2^-'
' 2/JL
(') Séance du 24 avril 1922.
(^) Bulletin astronomique^ 2^ série, i""" Partie, t. 1, fasc. 6, 1922, p. agS-Soi.
SÉANCE DU l'i" MAI 1922. I l63
qui montre que r ne peut devenir nul qu'au bout d'un temps infini si Cq 7^ o ;
puis l'équation différentielle du second ordre qui définit r en fonction de t
(5) ^+4;+4-ÇiE-«'=o.
clL^ dt r- /•*
Si Ton remarque que r reste borné (r<2a„), on déduit de (5) que la
plus petite limite de r est nulle pour / infini; voici, de ce fait, une démonstra-
tion plus rapide que celle de l'article cité. On a
(6)
r' ^ ( /?oE-2^'\^ , dr
, dr
r étant borné, — admet la valeur zéro comme limite d'indétermination; le
second membre de (6) est donc borné pour certaines valeurs infiniment
grandes de /; si - était borné comme r, l'intégrale du premier membre ayant
tous ses éléments positifs et jamais infiniment petits serait divergente dans
le champ (o, 4- ce); or, cela contredit ce qui précède. On voit même que le
facteur i — ^-^—^ — doit traverser la valeur zéro, ou s'en approcher indéfi-
niment quand on fait croître t vers l'infini; r prend donc des valeurs de
l'ordre E~^^^
Ceci posé, supposons main tenan t que la pi us grande limi te p de /-pour /infini
soit positive; nous allons montrer qu'on aboutit à une contradiction. Décri-
vons deux circonférences de centre O, de rayons < p, égaux par exemple à -
et j\ il existera une infinité d'arcs distincts de la trajectoire, joignant deux
points appartenant respectivement à ces deux circonférences et cotnpris
dans la couronne; comme r <^ia et que a tend vers a' en décroissant,
on a
p5 2a'<; 2(7.
En un point de l'un des arcs de trajectoire considérés, on a, par suite,
(7) ,.2 = -J= — c:>_r;
/• « p
Comme la longueur de chacun de ces arcs est ^ y? l'intégrale / ds étendue à
la somme de tous ces arcs est infinie; il en est de même, d'après (7), de
l'intégrale
/ V ds^^ I v- dt,
étendue aux mêmes arcs ou à toute la trajectoire. Mais alors, d'après (3),
II 64 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la limite a' de a est nulle, et Ton a p -— o. La contradiction est manifeste et
l'on en conclut que r tend régulièrement vers zéro.
Il s'ensuit d'ailleurs que a tend également vers zéro; on a, en effet.
r Un
d'où
Ç i>''dt= E-2^' f (^ - ^\ E'^' dt,
et, comme ^ est infinie positive avec t, on déduit de cette formule qu'il en
est de même pour le premier membre. (On applique le théorème de la
moyenne en divisant le champ d'intégration en deux parties.) Par suite,
a tend vers zéro avec -• c. q. f. d.
Pour étudier la forme des trajectoires, remarquons que le rayon vecteur,
d'après (i), tourne toujours dans le même sens, 0 étant une fonction analy-
tique et monotone de t et réciproquement. La formule qui donne la compo-
sante normale de la force
«- "B"
montre que la courbe tourne toujours sa concavité vers l'origine. Si, pour
t infini, le rayon vecteur tendait vers une position limite déterminée, r ne
pourrait admettre une infinité de maxima et de minima, sans que la courbe
ait une infinité de points d'inflexion : on le verra sans peine en s'aidant
d'une figure ('). Ce cas doit donc être écarté et il suffit, pour faire voir qu'il
y a bien mouvement en spirale, de démontrer la divergence de l'intégrale
f''=f
dans le eas où r reste décroissant à partir d'un certain moment. Or, dans ce
cas, r reste constamment de l'ordre de E— ^^^^5 en effet, d'après (6), comme
on l'a vu, r prend des valeurs inférieures, par exemple, à 2/?oE~^'^', et même
dans tout intervalle de grandeur fixe, t, suffisamment éloigné de l'ori-
gine C^). Or, si l'on avait
r{t) <2poE-^-^',
/i < T,
(') On peut le démontrer analjliquement en toute rigueur.
(*) Voir l'article cité.
SÉANCE DU I**" MAI 1922. Il65
d'où
£-2A-T ... . .
en prenant b = > r(t^ ne serait pas décroissant: mais si r reste de
l'ordre de E~-^', il est clair que l'intégrale / d^ est divergente et le résultat
annoncé est exact (').
MÉCANIQUE. — Sur l'équilibre des talus en terre cohérente.
Note de M. Gustave Guillaumi.v.
I. Les particularités principales de l'équilibre limite des talus indéfinis
en terre douée de cohésion (cas des déformations planes) peuvent être
établies en ne faisant appel qu'à des propriétés très générales des matériaux
constituant les massifs. Suivant les notations de M. Boussinesq, que j'ai
adoptées déjà dans un travail antérieur (^), soient, en effet, d'une manière
générale,/) la pression moyenne et y^ l'azimut du plus petit effort principal
en valeur algébrique. Soient, d'autre part, q le plus grand glissement (ou
demi-différence entre le plus grand et le plus petit efforts principaux, tou-
jours en valeur algébrique), enfin e le rapport - qui détermine l'excentricité
de la conique directrice des efforts, l^es composantes du tenseur de ces
eflbrts sont
Ni = — (/? H- (7 COS27) = — p{^ + ecos2x),
N2 = — {p — g cos2y) =^ — p{i — ecos2/),
T = — qsin2y^ = — pesir\2y.
Admettons, en suivant en cela les auteurs qui se sont occupés de la
théorie des déformations et en dernier lieu M. Marcel Brillouin (*), que
l'équilibre limite soit caractérisé par une certaine relation
(i) e=f{p) ou /? = -(e),
tous les autres états d'équilibre possibles devant répondre à la condition
(*) Remarquons que les conclusions qui précèdent ne peuvent se justifier, comme
on le fait parfois, par l'emploi des méthodes usuelles de la Mécanique célesle, suivi
d'une extrapolation abusive.
(2) Comptes rendus, t. 168, 1919, p- 818 et 885.
(*) Annales de Physique, 1920.
II 66 ACADÉMIÇ DES SCIENCES.
e<^f(p). D'après leurs définitions, il faudra, pour que le massif plan ne
soit soumis qu'à des pressions, que p soit positif et c compris entre o et i.
L'expérience conduit à admettre que /(p) est une fonction décroissante
de p qui tend vers une certaine limite Z: = sino lorsque/? augmente indéfi-
niment.
II. Choisissons le talus montant pour axe des j', Taxe des x perpendicu-
laire dirig^é vers l'intérieur du massif et soit i l'inclinaison du talus sur
l'horizontale. Prenant le poids spécifique de la matière pour unité, on a,
pour définir la solution Rankine-Lévy généralisée, seule applicable en l'es-
pèce,
(2) /?(l + COS2;;() = ^COSf,
(3) pesin2y=: — j^sin/;
d'où, pour déterminer/», l'équation du second degré en œ où e = /(p)
(4) ^^ — 1 px co?> i -{- p- [i — e-)=:o,
qui donne les deux solutions
^':=/>(cos< + \Je^ — . sin''/), x-"=p{cosi — y/e^ — sin^t).
A la surface libre, la seconde solution est seule admissible avec e(,= i,
p^^ = g(i) et y = -• La première solution ne devient admissible que pour
(5) a:Q= 2pocosi = 2g{i) cosi,
avec y = — i (grand axe de l'ellipse directrice vertical).
Pour que l'équilibre limite soit possible à toute profondeur, il faut,
d'après (4), que p puisse prendre des valeurs infiniment grandes, donc
que i soit inférieur à o. Dans celte hypothèse, la solution x" sera admissible
dx-"
dans tout le massif, car -j— y restera partout positif. La solution x' sera
également possible, tout au moins dans une certaine couche limitée supé-
rieurement par x = x^, pourvu que -7- soit positif pour p = p^, c e^t-à-dire
que l'on ait
(6) I „.(,)!< îi2!!i.
Si i ^ cp, a; ne peut être défini que pour e'^sini et il y a une pression
moyenne maximum ^(sinî). Si l'inégalité (6) est satisfaite, a;' commencera
par croître à partir de p = p^; il existera donc une profondeur critique au
SÉANCE DU l" MAI 1922. I167
moins au delà de laquelle l'équilibre ne sera plus possible, l'équation carac-
téristique (i) ne pouvant être satisfaite (rupture par glissement). Enfin, si
l'inégalité (6) n'est pas réalisée, c'est-à-dire si i est suffisamment grand,
Xq deviendra profondeur critique pour un des systèmes de solutions au
moins; dans ce cas, la rupture d'équilibre au delà de x^ se ferait par exten-
sion. La représentation graphique des diverses formes de l'équation (4)
éclaire d'ailleurs très simplement l'exposé ci-dessus ainsi que le rôle des
diverses profondeurs critiques.
III. La discussion des valeurs de y se fait aisément au moyen de la rela-
tion
sin(i 4- 27) H = o,
e
qui donne aussi bien e en fonction de y, et d'où l'on déduit
^_ g-(e)si'n2x •
siii (t H- 27)
Les équations diiïérentielles des lignes orthostatiques, enveloppes des
efforts principaux, seront donc toujours intégrables si g est une fonction
rationnelle de e, l'ordonnée y s'exprimant en fonction de sin2y, cos27^ et
d'arcs ou de logarithmes cosinus d'arcs dont les tangentes sont fonctions
linéaires de tangy .
IV. Les critiques que Ton peut faire à l'emploi d'une relation limite
e =f(p), bien déterminée et la même partout, sont bien connues et d'ail-
leurs extrêmement importantes. Les principales difficultés proviennent,
dans le cas actuel, de l'hétérogénéité certaine, résultant souvent de la cons-
truction même des massifs, de l'ignorance dans laquelle on est de l'état
naturel et du fait que la relation précitée n'est théoriquement déterminée
que si l'on fait intervenir l'hérédité. Il serait donc toujours préférable de
demander à la seule expérience la loi suivant laquelle varient les efforts
intérieurs avec la profondeur du massif cohérent supposé mis à l'état
ébouleux.
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Sur la connexion du champ tensoriel.
Note de M. Paul Diexes, présentée par M. Hadamard.
1. Dans la théorie de la relativité, on ne définit les opérations sur les
tenseurs, comme par exemple l'addition ou la multiplication, que pour des
Il68 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tenseurs attachés au même point. Uneloi physique est, cependant, une rela-
tion entre des mesures effectuées en différents points de Tespace-temps,
force nous est donc de définir une relation entre les tenseurs attachés à des
points différents. En d'autres termes, nous devons définir le « déplacement»
d'un tenseur le long d'une courbe fermée ou non.
2. C'est M. Weyl (') qui a le premier défini une telle relation sous le
nom de connexion affine (= linéaire en clxi), valable dans le voisinage d'un
point.
Soient donnés les deux points P(^/) et Çl{xi-hdxi) et les fonctions arbi-
traires r^y,it(^,), nommées paramètres de la connexion établie par la for-
mule
(1) A'(Q) = A'(P) + A^-(P)rUA-(P) ^^/o
où les fonctions A'(a7,) sont les composantes d'un tenseur contrevariant.
3. La formule fondamentale de la théorie du déplacement des tenseurs
détermine la différence entre le tenseur initial A' et le tenseur final A',
obtenu par le déplacement du tenseur le long d'un contour fermé, et elle
s'écrit (-) :
( 2 ) Â'" — A' =2 ^' ^"'4' ^^i< ^-^1^
s,k,l
OÙ les fonctions
( ^ ) ^',Ô,*,/ — — T- -T^ Zd^ '"'* '"' ''"' *'"• '
s
sont les composantes du tenseur de Riemann-Christoffel.
4. Nous allons montrer par des exemples concrets que la formule (2) est
inexacte.
L'exemple le plus simple d'un contour fermé est le chemin PQP. Comme,
d'après (3),
la formule (2) se réduit en ce cas à A' = A'.
D'autre part, en désignant par A'(P$Q) le tenseur A'(P) déplacé à Q,
et par A'(P][Q, R) le tenseur A'(P$Q) déplacé à R, nous aurons,
d'après (i),
A'(P][Q, P)=A^{PlQ) — \HPlQ)n,sAQ)d^fc,
(') H. Weyl, Raum. Zeit. Materie, 3^ édition, p. 100-102.
(^) H. Weyl, loc cit., p. 100, formule (4i)*
SÉANCE DU I^' iMAI 1922. I169
c'est-à-dire
4) A'(P:;Q,P) = A'(P)-A-^-(P)[^n,,,(P)r;.,,;,(P)+'^
<-/./•/, dxi^
OÙ, selon Fusage général, nous avons supprime'' le 1. Par conséquent,
A'^ A' de sorte que, dans le cas envisagé, la formule (2 ) n'est pas exacte.
5. Voici un second exemple non moins instructif. Prenons les trois points
P(^V)j H(-f,+ dxi) et Q(-r,-h d.ri-\- o.^-^ ) et calculons la dilîérence
A'(PÏR,0, I') - A'g^).
D'après (i),
A'( P ; H, Q, P) =: A'( PrK, Q) - A-(P H, (,») rj,,„,,(«,>) (^.r„,+ o^,„),
puisque les coordonnées de P par rapport à (} sont — ( d.v,„ 4- o.r„/).
D'autre part,
A'(P:R, Q) = A'(P5K) + A'^(Pi.K)^',^,yi(ll)o^y^
= A' + A-' n,,, i d.vi + [ A'^ + A' r„',,, dx, ] r;;,r,/, ( ^ ) ^-r, ,
où, pour simplilier l'écriture, nous avons su[»primé la lettre P.
On arrive ainsi à la formule
(5) A'(Pai, Q, P)-A'(P)
— — A* "'"''^ -1- rÔ.^./To.T.A- {dx,, dxi-\' dx„ fiXi-\- ôa.'„ nx,)
qui montre bien que les cas de deux, trois et quatre points diffèrent essen-
tiellement. /
6. Mais la vraii' difficulté réside dans le fait que les formules ( 4 ) et ( 5 ) sont
absurdes. En effet, Texpression dans le crochet n est pas un tenseur. On le
vérifie immédiatement en se rapportant à la transformation des para-
mètres To,;/ dans un changement de variables.
La raison de toutes ces difficultés est qu'on prétend obtenir une précision
de second dogré au moyen d'une approximation du premier degré. La
théorie de la connexion linéaire n'est pas à môme do nous renseigner sur les
différences de degr»' supérieur.
L'étude du déplacement des tenseurs conduit donc nécessairement à Vintro-
duction de la connexion quadratique, etc.
7. Définissons la connexion quadratique par la formule
( 6 ) A' ( P $ Q ) = A' ( P ) 4- A->- n,,,/, dxk -+- \ k-'h'-'''-^ dxj dxk
C R., 1922, i« Semestre. (T 174, N» 18.) 83
I170 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et posons
A /,0/f,/ — '' ' — — ] io,/,/ lo.T,/,-
au-/
Un calcul simple donne
OU, plus généralement,
On comprendra l'importante du tenseur nouveau P-o/. / dans l'interpréta-
tion géométrique et physique.
8. Remarquons, enfin, que, malgré les affirmations de M. Weyl et de
M. I^Mdingtou, la formule ( 2 ), ou n'importe quelle formule analogue, par
exemple ( 8), ne peut pas nous fournir la solution générale du déplacement
des tenseurs le long d'une courbe fermée quelconque. Ces formules mon-
trent plutôt que le tenseur final dépend effectivement du chemin représenté
ici par dx^ et ox-.
Pour prouver leur assertion, les auteurs cités se servent de la formule de
Stokes. Mais, d'après (7), on ne peut pas déplacer un tenseur de P à Q et
le repousser de () à P sans qu'il soit changé. La décomposition en carrés
ne permet donc pas de passer d'une intégrale de ligne à une intégrale de
surface. Pour élucider tous ces problèmes nous étudierons, dans un travail
plus étendu, la structure mathématique du Calcul tensoriel et, en particu-
lier, le problème du déplacement des tenseurs d'ordre quelconque.
ÉLECTRO-OPTIQUE. — Sur un effet électro- et magnéto-optique des liquides,
qid tiennent des poudres métalliques en suspension. Note de M. St. Pro-
copiu, présentée par M. M. Brillouin.
En étudiant la biréfringence électrique du toluène, ayant séjourné sur
du sodium, j'ai constaté que ce corps présentait une biréfringence négative,
tandis que celle du toluène pur est positive. Le phénomène présentait les
caractères qu'on lui connaît pour les liqueurs mixtes : avec un champ
faible, quelques centaines de volts, la biréfringence atteignait rapidement
une valeur de saturation, et ne disparaissait que progressivement après la
suppression du champ. L'effet observé doit être attribué à des particules en
suspension, car la filtration du toluène le fait disparaître.
Ces faits m'ont conduit à rechercher si les liquides qui renferment des
SÉANCE DU l*"*^ MAI I922. II7I
poudres métalliques en suspension présentent une biréfringence dans le
champ électrique ou magnétique.
Le dispositif optique était celui décrit dans des Notes précédentes (' ).
Les métaux (Hg, Mg, Al, Sb, Cu, Zn, [""e, Ni, Cd, Bi), en poudre fine, sont mêlés
avec le liquide étudié (benzène, pétrole, alcool benzylique, etc.). Après agitation du
liquide avec la poudre métallique (dans le cas du mercure, avec une goutte de ce
métal), on laisse reposer, on décante et la liqueur limpide est introduite soit dans une
cuve de Kerr à deux électrodes verticales, entre lesquelles on établit le champ élec-
trique (courant alternalil d'un transformateur), soit dans un tube placé dans l'entrefer
d'un électro-aimant.
Le mercure agité avec le pétrole ou le benzène donne des liqueurs claires, facile-
ment utilisables, tandis que ses liqueurs a\ec l'alcool homobenzylique sont grisâtres
et il faut les diluer fortement pour pouvoir les utiliser.
Résultats. — 1. Tous les liquides renfermant des poudres fines métal-
liques en suspension présentent, soil dans le champ électrique, soit dans le
c\\dimT^ magnétique, une hiréft^ingencc iiésiatiçe, cesl-k-dire de même signe
que celle du verre comprimé suivant la direction des lignes de force.
Voici, comme ordre de grandeur, la biréfringence [3 et le dichroïsme 0
en degrés, en lumière jaune du mercure (578™^^'), des liqueurs obtenues
avec l'alcool homobenzylique et l'une des poudres métalliques suivantes :
Champ électrique (5oo volts : cm).
Hg-
Mg.
Sb.
AI.
Cu.
Fe.
M.
Cd.
Zn.
Bi.
-3°, 6
— 2°, I
— 2°
-.°,8
— 1°,5
— I»
— 1°
-o%4
— o°,3
— 0°, I
— 0", 5
— 1°,5
— 1°
-00,4
— o°,5
~0°,2
+o°,4
— 0°,2 '
+0°, I
0°
La saturation de la biréfringence électrique est obtenue pour des champs
de l'ordre de 2oo-5oo volts : cm pour tous les métaux, excepté pour le mer-
cure qui, à 3ooo volts : cm n'atteint pas encore la saturation. En outre, le
mercure donne, avec le benzène et le pétrole, de fortes biréfringences néga-
tives, de l'ordre de — 10° pour 3ooo volts : cm.
La biréfringence ne disparaît pas en même temps que le champ, il y a un
temps de relairation de deux ou trois minutes, pour tous les métaux, excepté
pour les liqueurs dérivant du mercure, dont la biréfringence disparaît
presque instantanément. Il est probable que ceci tient à ce que les par-
ticules de mercure en suspension sont plus petites.
Dans le champ magnétique, les diverges liqueurs se comportent diffé-
(') Comptes rendus., t. 17 L 1920, p. ii4'5, et t. 172, ig-'.i, p. 1172.
II 72 ACADÉMIE DES SCIENCES,
remmenL. La biréfringence des liqueurs, qui contiennent du fer, prend la
valeur limite pour 20 gauss, et des liqueurs qui contiennent du nickel,
pour 5oo gauss environ.
Champ magnélique.
Ji ô 11 (cliamjj saliiratiun ).
I^'e — i.f) — Oj4 "^o gauss
\i — o.f) H-o,i 5oo );
Les autres métaux, comme Gu, Al, Sb, présentent une faible biréfrin-
gence pour 3ooo gauss; mais ces métaux — analysés à une balance magné-
tique, genre Curie — contiennent des traces de fer. De sorte qu'il est
possible que l'efTet soit dû à ces faibles traces de fer.
Toutes ces liqueurs métalliques présentent, en dehors de tout cbamp
électri([uc ou magnétique, une biréfringence sponlaiièe positive^ due proba-
blement à la chute des particules.
2. Si l'on regarde dans l'obscurité la traînée du faisceau lumineux dans
le tube de Kerr, au-dessus des électrodes ou dans un plan normal au champ,
on constate que le liquide devient lumineux entre les électrodes et que les
particules deviennent brillantes au moment de rétablissement du champ et
pendant tout le temps que le champ lui est appliqué. Les particules restent
brillantes deux à trois minutes après la suppression du champ et s'éteignent
avec la biréfringence elle-même.
Le phénomène est plus intense dans le champ électrique avec les poudres
(le cuivre, d'aluminium et de magnésium. Cette luminosité est visible aussi
dans le champ magnétique avec le fer, le cui\re, l'aluminium.
3. Ces phénomènes sont dus à Y orientation^ des particules métalliques
allongées, sui\ ant les lignes de force du champ électrique, où elles forment
des fdets. Dans le champ magnétique uniforme, seules les j)aiticules de fer
et de nickel subissent un couple d'orientation, par suite de leur grand coef-
licient de susceptibilité magnétique.
On suit facilement l'orientation des particules métalli(|ues dans le champ,
en observant les phénomènes avec le microscope, mis au point sur la cuve et
normalement au faisceau lumineux.
(^uant à la biréfringence négative, elle est due probablement à la reflexion
ou à la diffraction (*) de la lumière sur les filets de particules (-).
(') GouY, Annales de Chimie et de Physique, t. 8, 1886, p. i^.
(-) Des phénomènes quelque peu analogues, de biréfringence magnétique des
fumées métalliques, ont été observés par t^LiHU Thomson, Nature, vol. 107, 1921,
p. 52 r ; Gray et Speakman, Ihid., p. O19; Tieiu, Ibid.^ p. 778.
SÉANCE DU l^^ MAI I922. II73
CHIMIE ORGANIQUE. — Action du chlorure de thionyle sur les acides- alcools a.
Note de M. E.-E. ïîlaise et de M"*"3Iontagxe, présentée par M. Haller.
Au cours de recherches sur la synthèse des composés céloniques ou
dicétoniques au moyen des dérivés organo-zinciques mixtes, l'un de nous a
été amené à observer la formation de petites quantités de cor[>s qui
paraissent résulter de l'action du chlorure de thionyle sur les acides-
alcools a. Nous avons ainsi été conduits à étudier cette réaction et les
acides-alcools employés sont : l'acide glycolique, l'acide lactique et l'acide
oxy-isobutyrique. Les résultats obtenus varient, comme on le verra avec
le degré de la fonction alcoolique.
Dans tous les cas, l'acide-alcool a été chauffé doucement, au bain-marie,
avec deux molécules au moins de chlorure de thionyle et le produit oblcnu
a été ensuite fractionné dans le vide. En opérant sur l'acide glycolique. on
peut ainsi isoler deux corps : l'un, bouillant à 78°-82° sous I^)'""^ est le
chlorure du chlorosulfite glycolique Cl — SO - O - CH- — COCl;
l'autre, qui passe à99°-ioi° sous 17"'^, a pu être identifié avec le chlorure
chloracétylglycolique CH-Cl - CO - O — CH-- COCL
Le chlorure du chlorosulfite glycolique est un corps peu stable \is-à-vis
de la chaleur; vers 180'', il se décompose en SO" et chlorure de chlor-
acétylc. Ce dernier a été caractérisé par transformation en anilide fusible
à i34". L'action de Teau donne de l'acide clilorhydrique, del'acidc sulfureux
et de l'acide glycolique. Avec l'alcool méthylique, on obtient du glycolate
de méthyie, bouillant à (i3° sous •u'""^ et qui a été caractérisé par sa phényl-
uivthane fusible à 72^; 'en même temps se forment SO-, CH^Cl et HCl.
Toutes ces réactions vérifient la constitution du produit mis en œuvre,
mais la transformation la plus curieuse est celle qu'on observe en traitant
le chlorure du chlorosulfite glycolique par l'aniline, en présence d'éther
absolu. ( )ii obtient ainsi un corps bien cristallisé et qui n'est autre que le
sulfite de l'anilide glycolique :
^^/0-CH2— œ- INH-C«H^
' \0 — CH- - CO Nil C4I ■ ■
Ce corps fond à i4o'^-i^|i'' (fusion instantanée); il est décomposé par
l'eau, peu soluble à froid dans Talcool et très soluble à chaud dans ce sol-
^ant. Le sulfite de l'anilide glycolique est stable à chaud, dans l'air parfaf-
temeiitsec; mais, par chaulTage au contact de l'almosphère, il se décom-
pose en |)erdant de l'anhydride sulfureux. La même décomposition se
11^4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
produit très rapidement quand on le chaufïe au bain-marie avec un peu
d'eau; par évaporation à sec, on obtient un r(''sidu d'aniline glycolique
pure. Ce dédoublement est bien d'accord avec la constitution proposée;
celle-ci a d'ailleurs été vérifiée en reproduisant le sulfite de Fanilicie glyco-
lique par action du chlorure de thionyle sur l'anilide. Quant au mécanisme
de l'action du chlorure de chlorosulfite glycolique sur l'aniline, il est vrai-
semblablement le suivant :
2CI - SO - O - Gli^- COCl + aCnP— MT-
^ S0C1^+S0(0-CH^'-G0-NH -C«ll>)^ ,
S0CP+C«Ils-~NH2
. cnt^— N=:SO.
Gomme on emploie un excès d'aniline, tout l'acide chlorhydrique passe
à l'état de chlorhydrate et, quand on reprend par l'eau, la thionylaniline
est dédoublée en aniline et SO".
Nous avions également pensé à reproduire le sulfite de l'anilide glyco-
lique en traitant cet anilide par le chlorure de chlorosulfite glycolique et
ajoutant ensuite de l'aniline :
Cl - SO - O — GH^— COCl -h CH^OH - GO — NH - C^ H =
/0-GH''-GOGI
'" ^^\0 — GtP— GO — NH — G«tP
/0-GtP-GOGl +c.FP^NlP
^^\0-Gir^— GO — NH — GHP ^
-> SO(0-GH--GO — NI1-G«H^)2.
Or l'expérience nous a montré que l'action du chlorure sur l'anilide
donne directement le sulfite de l'anilide glycolique, sans addition d'aniline.
Ce fait s'explique de la manière suivante :
-2GI - SO _ O — GH'-- GOGI =SOGl-^ + S0(0 - GH"^- GOGI)^
Le chlorure de thyonyle ainsi formé réagit alors normalement sur l'ani-
lide; quant au second produit du dédoublement, traité par l'aniline, il
doit, à son tour, donner le sulfite de l'anilide glycolique, ce que confirme
l'expérience.
Enfin, nous avons pu reproduire le chlorure chloracétylglycolitjue en
traitant l'acide glycolique par le chlorure de chloracélyle et chauffant le
produit ainsi obtenu avec du chlorure de thionyle. Les deux corps ont été
identifiés par transformation en anilide. Celle-ci cristallise en paillettes
fondant à 1 19°.
SÉANCE DU l*' MAI 1922. 1176
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les quindolines .
Note de M. E. Grandmougin, présentée par M. Béhal.
En 1877, M. P. Schutzenberger a décrit, sous le nom d'indoline, une
base organique qu'il considérait comme un diindol : ('."'N'' N- ou(C'*ir?S)-
et qu'il avait obtenue par action de la baryte et de la poudre de zinc sur
l'indigo à 180°. en vase clos, puis en sublimant le produit de réaction formé
sur un excès de poudre de zinc (' ).
Si les propriétés observées })ar Tinventeur se sont trouvées confirmées
par la suite, il n'en est pas de même de bi composition et de la constitu-
tion de l'indoline. Nous savons aujourd'bui que cette base n'est pas un
diindol (-), mais qu'elle est constituée par l'association d'un noyau indo-
lique et d'un noyau quinoléi([ue et correspond à la formule C'^H'^N".
Celle-ci a été établie avec certitude par les travaux de MM. Fichter et
Bœhringer (') ainsi que de MM. Nœlting etSleuer ('); c'est d'accord avec
ces auteurs que nous désignons cette base sous le nom de quindoline (|ui
correspond mieux à sa structure, d'autant plus que le terme indoline sert
actuellement pour désigner le dihydroindol.
Le mécanisme qui conduit de l'indigo à la quindoline ne peut guère
s'expliquer sans admettre une scission complète de la molécule de l'indigo
et regroupement des produits ainsi formés (aldéhyde a-indoxylique, puis
indoxyle et acide anthranilique (/)]. Sans vouloir toutefois insister sur ce
sujet, qui demanderait encore des recherches, nous tenons à signaler la
formation de la quindoline et de son homologue, à partir de l'indigo, dans
une réaction particulièrement curieuse que nous avons étudiée, jadis, avec
la collaboration de feu M. Dessoulavy.
Si l'on fait réagir sur l'indigo, dans des conditions appropriées, les
aminés primaires phénoliques, on obtient les indigos diarylimidés dont
nous avons décrit un certain nombre de représentants (®). Le produit bleu
foncé obtenu avec deux molécules d'aniline correspond à la formule
(^) Comptes rendus, t. 80, 1877, p. 147-
(-) La substance mère de l'indigo, le diindyl C'^H'-N- a été préparé depuis par
M. VV. Madeli'ng, Ber., t. 4.S, 1912, p. 1128.
(^) Ber., t. 39, 1906, p. SgSa; t. i3. 1910, p. 3489.
(*) Ber., t. 43, 1910, p. 35i2.
(•') pRiEDL.ïîNDEn et ScHWENK, Ber., t. 1.3, 1910, p. 1971.
C') Grandmougin et Dessoulavy, Ber., t. 42, 1909, p. 3638 et 44oi'
II 76 ACADÉMIE DES SCIENCES.
G-^H-" N*. C'est une base faible, dont on peut préparer cependant des sels
biacides, colorés en bleu vert, mais hydrolysables par l'eau. Si l'on cbautîe
ce composé avec des acides minéraux en milieu acétique, la solution primi-
tivement bleu vert passe an jaune, et l'on a alors en solution une nouvelle
base formée par Fisomérisation de l'indigo dianilidé et que Ton peut
séparer de la solution acide par neutralisation. Sa composition est donc
égalenaent C-*'H-*'\''; les sels jaunes sont plus colorés que la base et ne
sont plus hydrolyses par action de l'eau.
La constitution de ce nouveau composé, qui est aussi complexe que celle
d'un alcaloïde naturel, peut être déduite des observations suivantes : On ne
peut plus l'oxyder en isatine; la double liaison C := C a donc disparu; par
hydrolyse énergique on peut séparer une molécule d'aniline et il se forme
une nouvelle base jaune : G-^H'^N'O, formant des sels orangés (*). Comme
cette base est scindée par la fusion alcaline en acide anthranilique et en
quindoline, on peut en conclure qu'elle est une o-aminobenzoyl-5-quin-
doline et que la base primitive peut être considérée comme le dérivé anilidé
d'une 5-indoquindolinone.
Quoique cette formule demande à être confirmée encore par des méthodes
d'analyses moins énergiques, on peut cependant en conclure qu'une des
deux molécules d'aniline fournit une partie des éléments pour le noyau
quindolinique et que la seconde partie provient du demi-squelette de
l'indigo. On peut en déduire que, si au lieu de transposer l'indigo dianilidé,
on opère avec un indigo diarylimidé homologue, on doit pouvoir obtenir la
quindoline homologue.
Nous avons vérifié cette conclusion pour le produit de condensation de
deux molécules de paratoluidine avec l'indigo C'*'H-''N'' (^ poids molé-
culaire : 44t>) qui, traité comme le dérivé dianilidé, fournit, en fin de compte,
la 3-mêtkyl(/w'ndo/ine C"*H'-N-. Celle-ci ]»résenle les caractères généraux
de la quindoline; elle cristallise de l'alcool en aiguilles incolores, fusibles
à 201° et dont la composition fut vérifiée par l'analyse (N, calculé 12,06
pour 100, ti'ouvé 12,16 pour looV Son dérivé acétylé, obtenu par ébullition
avec l'anhydride acétique, cristallise de l'alcool en aiguilles très fines
(p. f. i64°-i65«;.
Rappelons ici que la quindoline même, ol)tenue avec l'indigo dianilidé,
fond à 248'' et son dérivé acétylé incolore à i77''-i78", conformément aux
(^) L'hydrolyse par l'acide iodhydrique et le phosphore fournit la substance mère
Q22p{i7|\3 ^p f 250°), faiblement jaunâtre et donnant des sois orangés.
SÉANCE DU l'"'' ^[AI 1922. II77
indications des ailleurs antérieurs. Elle donne, comme son homologue
méthylé, des sels jaunes intenses.
Nous ajouterons, enfin, qu'à notre avis la formation de dérivés quindoli-
niques à partir des indigos et des isatines est plus fréquente qu'on ne le
croit communément. Rappelons notamment que la flavindine de Laurent (')
n'est autre chose qu'un acide qnindoline-carhonique C"'H'"N-0- isomère
de l'indigo.
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Un nouveau procédé de fabrication industrielle de
la baryte pour le traitement des mélasses de sucrerie. Note de MM. Camille
Deguide et Paul Baud, présentée par M. Lindet.
Depuis la découverte du sucrate de baryte par Péligot, en i838, de
nombreux industriels ont essayé d'extraire, sous cette forme, le saccharose
retenu dans les mélasses et le problème tire son importance de ce que
celui-ci représente en moyenne les y^ du sucre livré à la consommation.
Préconisée successivement par Dubrunfaut, Leplay et Nugues, la sucra-
terie de baryte n'a pu atteindre le développement attendu, car le prix très
élevé de l'hydrate Ba(OH)-, SH^ O ne permettait pas jusqu'ici l'emploi rému-
nérateur de cette base.
La décomposition du carbonate
C03 Ba = GO^ + Ha O ou GO» t?a 4- 9- G = 2 GO + Ba O
présente en effet de sérieuses difficultés : à la température de i5oo°, néces-
saire aux réactions précitées, le produit entre en fusion, attaque la paroi
des fours et provoque ainsi une usure rapide du matériel ; de plus, une partie
importante de baryte se combine avec le revêtement de la sole et ne peut
être récupérée.
Or, ayant observé que le silicate tribarytique ne présente aucune trace
de fusion à la température de sa formation et que, sous l'action de l'eau, il
libère une très forte quantité d'hydroxyde, nous avons été amenés avoir
dans ce corps la base d'un procédé industriel pour la fabrication de la
baryte.
J^]ii opérant d'aliord. an laboratoire, sur des produits chimiquement purs, nous avons
pu mettre en évidence deux lacleurs essentiels : la finesse des matières premières et
la température. G'esl ainsi (|u'en cliauffant un mélange constitué par Gs, o4SiO^ et
Sgs, 2fîG0^Ba, répondant à la formule Si O"^ -i- 3 GO^Ba, nous sommes arrivés aux résul-
tats suivants, qui indiquent la quantité de baryte récupérable par l'eau chaude.
(') Afin., t. 1% 1849, P- 284-
II 78 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Tempéra lure. BnOpourlUU. Ba( ( >II )-, 8 H-0.
1° Mélange passant au tamis 50.
1 1 00° 6,21 I ^ 1 79
1 1 5o 12, 5o 25 , 7.5
1200 33,02 ' 68,ti2
i25o 38, 5 1 79i33
i3o() 4'* -27 82,9.5
2° Mélange passant au tamis 150.
1100° '^6,81 5.5,22
ii5o 33,85 69.63
1200 39,50 81,37
i25o 42,18 86,89
i3oo 44, 5o 9' '67
3° Mélange passant au tamis 200.
1100° 37,64 77-53
ii5o 39,84 82,07
1200.. ■ 4f.i2 84)7^»
i25o 42,77 88,10
i3oo 44 -5o 9' -67
Nous avons opéré ensuite au four à poteries ordinaire avec chauffage par alandiers,
puis au four rotatif Sniidth à revêtement alumineux, en employant dans les deux cas
de la silice fournie par des galets de mer, étonnés et broyés, et du carbonate précipité
d'une solution de sulfure (nous avons pu faire porter certains essais sur une masse
totale de ôonoi^s CO^Ba pour 600 SiO-). Au four à poteries, nous avons obtenu une
roche, au four Smidth des klinkers, de couleur légèrement verdàtre et se décomposant
rapidement au contact de Teau, la roche libérant 71,76 pour 100 de son poids et les
klinkers de 78 à 81 pour 100 de Ba(OH)^ 8H-0, suivant les échantillons.
Devant le résultat acquis d'ordre industriel^ nous avons orienté nos
recherches vers le traitement des mélasses, nous réservant de reprendre par
la suite le détail des réactions qui peuvent se réaliser lors de la formation du
silicate tribarytique. Malgré les travaux de Mitscherlich ( '), de Wahl ('^),
de Pisani (^) et de Kanter(''), il ne semble pas qu'on puisse encore établir
la liste des différents silicates barytiques.
Quant à la dissociation au seul contact de l'eau, elle a été signalée à plu-
(') y. Pralit. Chem., t. 83, 1861, p. 485.
(-) Z. Kryst.^ t. 36, 1902, p. i56.
(■') Comptes rendus, t. 83, 1876, p. io56.
('*) Thèse de Doctorat, 1903.
SÉANCE DU l'"' MAI 1922. II 79
sieurs reprises par M. Le Chatelier (' ) pour les silicates Iricalciques et le
silicate dibarytique.
Nous nous somnies préoccupés, après avoir vérifié la formation du
sucrate, dans des conditions bien connues des techniciens, et sa décompo-
sition facile par un courant d'anhydride carbonique, de la possibilité de
faire revenir dans le cycle des opérations le résidu solide, riche en
SiO-, BaO et le carbonate CO^Ba venus, Tun des malaxeurs où l'on
décomposait les klinkers, l'autre du bac de carbonatation.
Nous avons vérifié ainsi ([ue le mélange répondant sensiblement à la formule
SiO^BaO + oXOMîa '
se décarbonatait par simple passage au four, la température étant voisine de 1280°.
Les nouveaux klinkers repris par l'eau renfermaient 99 pour 100 du chifTre indiquant
la quantité de baryte solubilisée lors de la première cuisson.
11 y a donc là un cycle fermé de réactions ([ui doit intéresser particulière-
ment l'industrie sucrière française et dont on peut résumer ainsi les grandes
lignes :
SiO-, BaO + 2G0'*Ba j
SiO^ 3BaO + Aq SiOS BaO + Ba(0H2), SH^O
Ci2H220'i + Ba0 C'-^H^^oii, BaO
C12H220", BaO 4- GO- CO'Ba (à retourner à la cimenterie)
+ C'-H--0" (à diriger sur les
appareils à multiple effet)
Il reste à noter que les eaux mères, séparées aux filtres-presses du sucrate
(le baryte, permettent de récupérer Tazole et la potasse, enlevés au sol et
qui représentent sensiblement, pour loo'^^ de mélasses traitées, i'^^' Az
etë'^^K^O.
CHIMIE ANALYTIQUE. — Si/r la composition des vins de lies et des lies de rin.
Note de M. L. Semichon, présentée par M. Lindet.
Les vins de goutte qu'on sépare du marc au moment de la décuvaison
sont troubles, quelquefois même encore chauds. Pendant quelques semaines
ils se clarifient peu à peu et, au moment du premier soutirage, on retire un
(') Bull. Soc. ch., t. 4-2, 1884, p. 82; Comptes rendus, t. 92, 1881, p. 93i;
Tiaité de Chimie, de Henri Moissan, etc.
Il8o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Vin clair et il resle an fond des vaisseaux vinaires un liquide bourbeux que
l'on place dans de petits récipients afin de décanter la partie claire quelques
semaines plus lard, tandis que la bourbe osl passée dans des sacs que Ton
exprime au pressoir. On a ainsi : le vin de soutirage^ et le vin de lies dans
lequel on confond le vin de décantation et le vin pressé au sac.
Plusieurs œnologues ont sij^nalé la composition spéciale de ces vins de
lies, riches en exiraits et eu cendres, et pauvres en crème de tartre.
D'aulrc part, les loiirteaux que l'on sort drs sacs à lies séchés à Tair on
au soleil, ou dans des séchoirs, constituent les /i'e^ qui soni vendues princi-
palement aux fabricanls de crème de tartre et d'acide tartrique. Ces lies
sont riches en tartrate de chaux et l'on s'est souvent demandé quelle peut
être la provenance de ce tartrate de chaux déposé pendant la clarification
de vins qui n'en contiennent que des traces.
Nous avons procédé en 191 3 à l'examen comparatif de la composition des
vins de soutirage el des vins de lies obtenus par décanlalion et par filtrage
eu opérant sur une cuve de /joo''" de la cave coopérative de Léziguau.
Le Tableau suivant donne la composition de ces diiïérents vins :
COMPOSITION DES VINS DE LIES.
Vins routes de la coopérative de Lézignan (récolte iç)r>.9.).
\'ins de Vins do lies Vins de lies
l'Mémenis dosés. soutirage. de décantation, de pros. au sac.
Alcool pour 100 en vol. p. distillai. . . io°,.55 8°,5<) 8°, 9,5
\lcool en poids par litre 84», 45 r)8s,o 71^,60
Acidité totale en SO*H- » .^So. 5,4o 5,45
Acidité fixe en SO'^H- » 5,10 5,o ^-.^o
Acidité volatile en .S()4H^. . . » 0,40 o,4(» o,55
Extrait sec à 100" » ^. i,'>.7 3>,75 ?>'2. S'>.
Kxtrait sec réduit » 19,57 3i,(>5 3i,o2
Matières réductrices . )> ■<,7o '■!,7o ?.,8o
Cendres totales » '^,45 ?. ,0.^) ?. ,70
Cendres soluliles » 5!,>5 i,9<> i,85
(Jendres insolubles » 0,50 0,70 (j,S.'>
yVIcalinité des cendres en Itilartr.tte de
potasse par litre 5, 07 1 ,()o. i ,67
lîitartiate tie potasse >■ 4^'' i,83 'i.oX
Acide tarlrit|ue total en Ijitarlrale de
potase par litre .^jO.') '^.39 •> , '|5
I*otasse totale en bitartrate de po-
tasse par litre 4 ,59 4, '4 4, '7
Sulfate de potasse » o,;!! o,3'î o,35
Acide ptiosphoriqiie en P-0\ » 0.175 0,4"' o,455
Déviation polarimétrique o o o
Somme alcool plus acide i6,oS 13,90 14,4^^
Rapport alcool extrait 4''^ 2,1 >,3
SÉANCE DU r' MAI I922. I181
Ces analyses montrenl, d'une faron frappanlc, par rapporl au \in «le
soutirage
t" Une diminution du litre alcool de près de 2" ;
'2° La constance des acidités : totale, li\e et volatile ;
3° Une augmentation de Texlrait sec d'au moins, 5o pour 100 ;
4" Une augmentation légère dès cendres avec diminution des cendres
solubles et augmentation des cendres insolubles;
5" Une diminution considérable de l'alcalinité des cendres allant jus-
qu'aux I du chiffre primitif;
6° Une diminution de la crème de tartre et de l'acide tartriqiie total de
plus de 5o pour 100. alors que la potasse totale est diminuée à peine de
10 pour 100 ;
7" L'acide phosphoriqiie, au contraire, a augmenté de plus du double;
8** Enfin, la somme alcool -h acide a très sensiblement diminuée, mais le
acide . , , , alcool ., j- • ' j -
rapport -; : a auomente: quant au rapport -^-y il a diminue de do
^•^ alcool 011 rr extrait
pour 100.
Si l'on examine les choses de près, on constate que le hilartrate de potasse
disparu a été remplacé par du biphosphale de potasse en proportions sensible-
ment correspondantes à leur poids moléculaire .
Ces caractères très spéciaux des vins de lies proviennent de la digestion
pendant plusieurs semaines des levures vieilles en voie de décomposition qui
ont été entraînées abondaiument avec le vin au moment du décuvage et qui
se sont déposées ensuite en constituant la plus grosse partie des lies.
On sait que ces levures, pendant leur vie active, condensent en leurs cel-
lules des quantités très importantes de phos|»hates, si bien qu'elles peuvent
arriver à extraire, du liquide eu fermentation, la presque totalité de l'acide
phosphorique qu'il contient. Elles sont également riches en chaux et en
magnésie. Ce fait explique très nettement à la fois les caractères particuliers
de composition des vins de lies et l'origine du lartrate de chaux des lies.
Pendant la période de repos en petits récipienls et avant la décantation, la
proportion des levures en voie de décomposition est très grande par ra]»-
l)ort au volume du vin; un échange moléculaire s'effectue entre les biphos-
phates alcalino-terreux que les levures diffusent dans le vin et le bitartrate
de potasse que celui-ci contient. Le bitartrate de chaux qui se forme se
dépose et passe entièrement dans la lie, appauvrissant ainsi le vin en crème
de tartre. Au contraire, le biphosphate de chaux des levures se transforme
en biphosphate de potasse très soluble que l'on retrouve dans la composi-
tion du vin décanté et du vin filtré.
IrS2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La diminution de l'alcool est due, en premier lieu, à l'évaporation,
puisque ces vins sont disposés ainsi plusieurs semaines dans des récipi-ents
ouverts; ainsi qu'à l'action des fleurs du vin (Mycoderma idni) qui se déve-
loppent toujours en surface dans des récipients ouverts et qui consomment
une partie de l'alcool, le vin résultant étant lui-même plus riche en
aldéhydes. Le tourteau de lie contient 44 pour loo d'humidité et seulement
des traces d'alcool.
Quant à l'extrait sec, le vin s'est enrichi des produits d'autophagie de la
levure, substances azotées que les cellules mortes ont diffusées dans le vin.
On doit conclure qu'il est facile de reconnaître les vins de lie a leur com-
position spéciale, et qu'en pratique, il serait bien plus avantageux dans les
installations vinaires, de passer de suite les lies bourbeuses que laisse le
premier soutirage dans un liltre-presse, plutôt que de les laisser longtemps
à digérer sur les bourbes. Le vin ainsi extrait au fdtre-presse aurait sensi-
blement la composition du vin de soutirage, ne perdrait pas d'alcool ni
d'acide tartrique, et sérail marchand au même titre que le vin normal.
CRISTALLOGRAPHIE. — Sur V inversion du pouvoir rolaloire dans les liquides
anisotropes. Note de M. L. Rover, présentée par M. Pierre Ter-
mier.
Certains liquides anisotropes sont doués d'un fort pouvoir rotatoire de
quelques milliers de degrés par millimètre d'épaisseur. Il est frappant (]ue
ce pouvoir rotatoire ne s'observe (|ue dans les substances ayant la structure
à plans équidistants et réfléchissant de ce fait de vives couleurs. C'est ainsi
que différents sels de cholestérine ont dans la phase anisotrope un pouvoir
rotatoire énorme. Quoique les plans ne soient le ])lus souvent pas visibles
dans les sels purs, on est amené à leur attribuer la structure à plans ((ui
d'ailleurs se montre très nette dans un grand nombre de mélanges (').
Tous ces sels réfléchissent en eflet des couleurs. L'oléate de cholestérine
par contre est un licpiide à coniques; on n'y observe ni couleurs réfléchies
ni pouvoir rotatoire sensible dans la phase anisotrope. Gela tend à confirmer
(jiie ce pouvoir rotatoire énorme des liquides anisotropes n'est pas le pouvoir
rotatoire moléculaire habituel, mais bien un pouvoir rotatoire dû à la struc-
ture et lié à la structure à plans équidistants signalée pour la première fois
(^) G. Frïedel el L. RoYER, Comptes rendus, l. 178, 1921, p. r32o.
SÉANCE DU !*=' MAI 1922. Il83
par Cirandjean (') clans le cyanbenzalaminocinnaniale d'amyle actif. En
elTel, en sadiessant aux mélanges conLenant 2,5 et 2,73 parties de cyan-
bcnzalaminocinnamate pour i partie de benzoate de cbolestérine on observe
dans la phase anisotrope à basse température un liquide à plans doué du
pouvoir rotatoire droit, })uis à une température plus élevée un liquide à fils
du type ordinaire dépourvu complètement de ce pouvoir rotatoire. et à
haute température un liquide à plans avec pouvoir rotatoire gauche. Le
pouvoir rotatoire apparaît ici encore comme lié à la structure à plans.
En étudiant le signe du pouvoir rotatoire de ces liquides pour les diffé-
rentes longueurs d'ondes on observe, dans certains cas, une inversion du
pouvoir rotatoire déjà constatée par Stumpf (-) dans le cyanbenzalamino-
cinnamate. La rotation cli^nge de signe pour une certaine longueur d'onde.
C'est ainsi que M. Friedel et moi avons constaté que dans le mélange
contenant 5 parties d'azoxyphénétol et 6 parties de benzoate de cbolesté-
rine, le pouvoir rotatoire est gauche dans la partie violette du spectre et
droit dans la partie rouge. Le même phénomène s'observe dans le mélange
à parties égales de benzoate et d'acétate de cbolestérine. Il semble que ce
fait soit général dans les liquides anisotropes; on ne Tobserve que dans des
conditions spéciales parce qu'à l'ordinaire l'inversion se produirait en
dehors du spectre visible ou à une température où le corps serait isotrope
ou cristallisé. Mais, par des mélanges convenables, on arrive à déplacer ce
point d'inversion de telle façon que le phénomène devienne observable.
De plus, la longueur d'onde pour laquelle l'inversion se produit semble
coïncider avec la longueur d'onde réfléchie. Cette inversion est donc pro-
bablement quelque chose de différent de celle qui accompagne la dispersion
anomale découverte par Cotton (^) dans certains liquides actifs et colorés.
Dans ceux-ci, en effet, la dispersion anomale est due à la présence d'une
bande d'absorption; dans les substances considérées, par contre, il y a
réflexion, et cette réflexion est en rapport immédiat avec i'équidistance des
plans, donc avec la structure.
Il paraissait intéressant de rechercher si, en dehors du cas signalé par
Stumpf, d'autres corps purs et bien délinis montraient cette propriété
observée dans des mélanges. En reprenant les observations de Stumpf sur
du cyanbenzalaminocinnamate d'amyle actif préparé par Mauguin, nous
(') Grandjean, Coniples rendus^ t. 172, 1921, p- 71.
(^) Stumpf, Diss. Gôttingen, 1911-
(*) Cotton, Comptes rendus^ 1. 120, 1895, p. 989 et 1044.
Il84 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ne sommes pas arrivés aux mêmes résultats que Stuuipf. Poiir tout le
spectre visible le pouvoir rotatoire est droit; l'inversion se produirait dans
l'infrarouge. Cette différence doit tenir à ce que Tun des deux produits est
impur; en etîet, les points de transformation de la substance employée par
Stumpf ne sont pas les mêmes que ceux du corps qui nous a servi.
Par contre, on observe cette inversion dans le cinnamylate de cholesté-
rine. Ce corps fond à i56° en donnant un liquide anisotrope qui passe
à i()8° à l'état isotrope. Par surfusion on peut observer la phase anisotro[)e
jusque vers ii5°. Le liquide anisotrope réfléchit des couleurs dont les lon-
gueurs d'ondes se déplacent vers le rouge quand la température s'abaisse.
J'ai observé le signe du pouvoir rotatoire pour différentes températures et
diverses longueurs d'ondes. Un monochromateiir Tutton servait de source
de lumière monochromati(|ue. Voici les résultats :
' 5i5-56o ^ } droit )
45o-5i5 I \ gauche |
5 1 5-647 \ i <l''oit )
\ 45o-53o I \ gauche |
j 56(.-647 r / droit I
i 450-555 ) ( gauche ^
Liii)y;ueiirs d'ondes Sij^uc
'rcmijéialuns. (en |j.|a). du pouvoir rolali
ro \ 456-495 I \ gauche I
'9' ( 495-560 i i droit (
456-5 I 5 I \ gauche }
.76
( 565-6o5 j I droit
\ 45o-53o ) ( gauche
"^^ ) 590-647 ) i droit
\ 450-595 I \ gauche
( 6o5-645 î l droit
\ 45o-6oo I \ gauche
( 610-647 j \ droit
On a donc :
Loni,'ucur Hdude
I ciiiiMMaluic-. C.imlcur icllérliir. d'inversion.
M)5" bleu violacé 49^ cnv.
175°- 180° bleu verdâlre 5i5
161" vert 545
i47°-i55° vert foncé 56o
i2o°-i3o° jaune 600
On voit donc que
SÉANCE DU l" MAI 1922. Il85
Le cinnamylate de cholestériiie pur montre l'inversion du pouvoir rota-
toire;
La longueur d'onde pour laciuelle se produit l'inversion varie avec la
température; elle se déplace vers les grandes longueurs d'ondes quand la
température décroit;
La longueur d'onde de la couleur réfléchie varie dans le même sens que la
longueur d'onde d'inversion;
Ces deux longueurs d'ondes semblent être identiques.
GÉOLOGIE. — Sur la présence d'écaillés ou de lambeaux de charriage dans la
Chaîne Ccldhériquc (provinces de Saragosse, Logrono et Soria, Espagne).
Noie de M. H. Joly, présentée par M. Pierre Termier.
J'ai signalé récemment (') l'existence de phénomènes de charriage à
l'extrémité méridionale de la Chaîne Ibérique et j'ai accompagné ma Note
d'une coupe montrant que la structure tectonique des environs de Mon-
Lalban (province de Teruel ) est assez compliquée.
Il m'a été donné pendant mon exploration de la Chaîne Celtibérique
d'observer aussi en d'autres points des phénomènes du même genre, mais
accusant parfois une complication plus grande encore. La description de
trois d'entre eux fera l'objet de cette Note.
1° Environs de Torrks (Sierra Albarracin, province de Teruel). —
SUD
NORD
COirPE MORD-SUD A L'EST DE TORRES
Fiff. 1.
La route qui, de Teruel, remonte la vallée du Rio Guadalaviar, s'engage
à Albarracin dans des gorges sauvages auxquelles fait suite un défilé de
(') Comptes rendus, t. 17V, 1920, p. 820.
C. R., 1.932, I" Semestre. (T. 174, N« 18.)
84
II 86 ACADÉMIE DES SCIENCES.
moins en moins resserré. La rivière traverse les couches en majeure partie
calcaires et plissées du Jurassique. Mais peu avant Torres, à mesure que
le défilé s'élargit, le Jurassique fait place au Trias, puis au Silurien. Par
suite des efForts de compression qu'ont subis les assises siluriennes et tria-
siques entre les Montes Universales au Sud et la Sierra d'Albarracin au
Nord, les couches se sont brisées et le Silurien a glissé sur les marnes à
gypse du Trias, recouvrant en partie cet étage. La coupe suivante prise
dans une direction sensiblement Nord-Sud, à quelques centaines de mètres
à l'est de Torres, montre clairement cette disposition.
2° Environs de Purroy (nord de Gatalayud, province de Saragosse). —
a. L'Arroyo Trasmon qui se jette dans le Rio Jalon à Purroy draine un
bassin où affleurent des terrains siluriens au Nord et des terrains triasiques
au Sud. Les ravines nombreuses creusées dans les schistes et les grès per-
mettent d'observer assez bien les relations tectoniques entre les divers
étages. Le Trias, constitué par des grès micacés versicolores à teinte rouge
dominante et par des argiles, est séparé des schistes siluriens dont il
diffère nettement par une faille à trajet sinueux et inclinée légèrement, fai-
sant reposer les schistes siluriens assez- fortement froissés sur les assises
gréseuses triasiques très fracturées et fort inclinées. Cette disposition se
remarque en plusieurs points de la vallée de l'Arroyo. Mais ce qu'il y a de
particulièrement intéressant à noter et qui fait ressortir nettement les efforts
tectoniques développés dans cette région, c'est la présence, non loin de la
faille, d'une écaille de faibles dimensions de schistes siluriens très froissés
et contournés, isolée au milieu des grès triasiques dont une bande de 5o"'
au moins d'épaisseur la sépare de la masse même des schistes siluriens.
D'après la disposition des lieux, il ne semble guère douteux que l'on soit
en présence d'un lambeau de schistes arrachés à la masse silurienne pen-
dant le charriage et isolé d'elle par une autre écaille de grès triasiques.
h. Dans la même région^ on remarque plusieurs autres accidents tecto-
niques démontrant l'existence de phénomènes de charriage plus ou moins
importants et dont je ne citerai que les trois principaux.
C'est d'abord dans la montagne située au sud-est de Mores, Une faille
inclinée à So'^ sur l'horizontale, plongeant au Sud-Ouest et affectant des
couches dolomitiques triasiques.
C'est ensuite sur la route d'El Frasno à Sabifian, le contact du Trias et
du Silurien. Les couches du Trias y sont fortement redressées et sur leur
tête viennent s'appuyer en les surplombant les couches également très
redressées des quartzophyllades du Silurien-
SÉANCE DU l*"' MAI 192a. I 1 8y
C'est enfin, sur la route de Cataiavud à la Almunia, peu après Aluenda,
à la descente vers El Frasno, au contacl anormal du Silurien et du Trias,
l'inclinaison très grande (3o° sur l'horizontale) vers le Sud, de la faille
amenant le Silurien sur le Trias.
On est en ces deux derniers points sur le bord méridional du bassin Iria-
sique de Mores el l'on constate que ce bassin n été refoulé par une poussée
venant du SwL amenant les masses siluriennes à chevaucher le Trias avec plus
ou moins d'intensité suivant les régions.
3° Rkgion d'Ezcaray. — Cette région esl située vers Textrémité occiden-
tale de la Chaîne Celtibérique, au pied du versant Nord de l'imporlant
massif silurien dé la Sierra de la Demonda qui a été étudié par Larrazet (').
La basse plaine tertiaire de la vallée do Timbre vient se terminer assez brus-
quement contre cette Sierra qui la domine. La coupe ci-dessous que j'ai pu
observer à Ezcaray et en amont de cette localité, le long de la vallé du Rio
COUPE A E2CARAY LE LONG DU RIO OJA
? . Tertiaire - T. Trias - G. Grès et conglomérats
Qi-i Trias. S» Schistes et quart zit es silurien^.
Fig. 2.
Oja, montre qu'ici encore, il y a eu refoulement du Sud au Nord el que les
couches triasiques et jurassiques qui forment le sous-sol de la vallée de V Ebre
ont été redressées et même renversées sous le Silurien. L'intérêt particulier de
cette coupe est de mettre en évidence la présence d'une écaille de charriage
formée de Trias pincé entre deux masses de Silurien. La complexité du plisse-
ment a donc été très grande, provoquant des plis isoclinaux couchés vers le
Nord dont les flancs renversés ont disparu et sont remplacés par des failles
de glissement.
Le phénomène de charriage signalé dans ma précédente Noie comme
existant aux environs de Montalban n'est donc pas un fait isolé; il se pré-
sente en divers points repartis sur toute la longueur de la Chaîne Celtibé-
rique.
(') Rech. géol. sur la région cenltatc fie la province de Bureos., Lille. 189G.
II 88 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Sur la constitution géologique du territoire des Hauts Plateaux
et de Figuig (Maroc oriental). Note (') de M. P. Uusso, transmise par
M. Ch. Depéret.
Durant les années 1920, 1921 el 1922, j\ii pu lever un millier de kilo-
mètres d'itinéraires au Maroc oriental dans le territoire des Hauts Plateaux,
et recueillir une documentation stratigraphique et paléontologique très
abondante, qui permettra de mettre en lumière les rapports encore très mal
connus des terrains de cette région.
J'en résume ici les caractères principaux :
1° Le territoire des Hauts Plateaux est limité au Nord par les monts des
Zekkara et des Béni Yala, à l'Ouest par le plateau de Rekkam et les
chaînons atlasiens de l'Oum Chokkourt et de ses annexes, au Sud par les
monts de la région de Kiguig et de Kenodsa ; il se continue à l'Ouest avec
les Hauts Plateaux algériens et l'Atlas saharien.
Il présente deux portions. L'une septentrionale, large de 200'"", de cons-
titution subtabulaire, traversée seulement par quelques ondulations à très
grand rayon de courbure. L'autre méridionale, large de 60''"', formée de
plis appartenant au système de l'Atlas saharien, se relayant entre eux et
rejoignant l'ouest des Monts des Ksours. Ces plis ont une structure
d'ensemble en éventail, déversés vers le Nord dans !<■ nord du pays, et vers
le Sud, du côté saharien.
2° La région septentrionale, considérée généralement jusqu'ici comme
formée par des dépôts pliocènes, percés par du Crétacé ou du Jurassique,
est en réalité entièrement formée de Cénomanien (et peut-être, par places,
de Turonien) dans lequel j'ai retrouvé une forme voisine de celles d'Oued
Zem et de Batra (MM. A. -F. Gautier, Augustin Bernard, Savornin y ont
déjà trouvé des Hcmiasler et des Exogyi-a à Tendrara).
La série des assises est absolument conslanle sur 200''°. Elle est la
suivanle, de haut en bas :
5 — calcaires blancs fossilifères à Ostrea (i(/'. afncana^ Pecteii^ l*licatales,
^M///'e.y ti es abondantes, et un gastéropode voisin de ActeoneUa giganteaSow .
4 — calcaires rosés et jaunes subcristallins.
3 — grès rouges et jaunes.
2 — marnes à gypse vertes et^ouges.
I — alternance de marnes et grès rouges verts et blancs.
(') Séance du '.'1 avril 192'..
SÉANCE DU I" MAI I922. II 89
Cette série est visiMe à Berguent, Foum Aggaï, Matarka, Tendrara,
Tioudadine, Bel Ghiada sud, Ourak, Lakhdar, Tigri, Crrtes entre Ten-
drara et Berguent.
Les grès rouges du Tigri, attribués à rOIigocrne et au Pliocriie, sont
cénomaniens. Des failles compartimentent le plateau, les principales
sont celles de Berguent ( NW-SE), de Tendrara (NI^-SW), du Tigri
( NE-SW ). Cette dernière est jalonnée par un volcan pliocène déjà signalé
par W.- A.-F. Gautier. De place en place des conglomérats et grès pliocènes
et des dépots ([uaternaires, dont des calcaires lacustres à Melanopsis et des
tufs à végétaux, recouvrent le Crétacé.
3" La région méridionale plissée est formée d'un énorme socle de schistes
et de quartzites paléozoïques surmonté de Jurassique, qui est bien visible
dans la plaine de Tamlelt et ses abords.
Deux plis à pou près droits traversent le pays d'^^ en E. L'axe de ces
plis, suivi d'W en E. s'abaisse en traversant le Tamlelt qui se montre
comme une aire d'ennovage; puis il se relève à l'est du Tamlelt et s'abaisse
de nouveau pour atteindre l'Algérie où les plis se terminent en péricli-
naux.
On voit le .)urassi(|ue supérieur reposer directement sur le Paléozoïque
aux abords de Tamlelt; puis s'intercalent successivement le Jurassique
moyen, le Lias, et tout à l'I^st, le Trias, i^n Algérie, le Crétacé couronne
le tout.
Au nord et au sud de cette zone centrale, se montrent deux synclinaux
orientés d'W en E au delà desquels on voit, au Nord, deux plis se relayant
vers Bou Arfa tracés avec déversement vers le Nord, du Djebel Ourak à
l'Arc de Forthassa, et, au Sud, un pli à déversement méridional suivre
l'axe du Grouz.
Le système de plis du Nord olTre un noyau liasique et paléozoïque,
déversé sur le Crétacé des Plateaux et accompagné sur son flanc direct par
une ou deux écailles de Crétacé variant de nomlire suivant les points, et
surgies de la plaine alluviale du synclinal nord ne laissent pas voir dans
la zone centrale les couches crétacées auxquelles elles se rattachent; léro-
sion a dû les détruire.
Au Sud, le dispositif est analogue, le pli principal du Grouz est accom-
pagné de nombreux plis accessoires, et d'écaillés sur son liane direct. Mais
ces écailles sont jurassiques. En outre le synclinal qui le sépare de la zone
centrale est accompagné d'une faille importante parallèle à son axe.
V En résumé, tout le pays des Hauts Plateaux est cénomanien: toute la
Iipo ACADEMIE DES SCIENCES.
région plissée qui le borde au Sud est paléozoïque, triasique et jurassique;
les plis de cette dernière région affectent la disposition en éventail et sont
orientés d'W en E.
GÉOLOGIE. — La chronologie du Quaternaire et les fouilles de Cotencher,
Note (') de M. H. Lagotala, transmise par M. Ch. Depéret.
Les belles découvertes de M. A. Dubois (-) dans la grotte de Cotencher
(Val de la Reuse, Neuchatel, Suisse) ont une importance capitale.
M. A. Dubois admet en effet que les terrains qui contiennent les silex
« moustériens » datent de la fin de Tinterglaciaire Riss-Wiirm. Cet auteur
base ses conclusions sur les considérations suivantes : La couche à galets
qui contient la majorité des silex est une moraine locale. Les rares éléments
alpins qu'elle contient sont altérés et les quartzites prédominent. Le
matériel alpin a donc été emprunté aux dépôts rhodaniens du Riss. Com-
parée à la moraine post-wiirmienne de Cotendart laissée par le glacier
local du Val de la Reuse. elle présente mille fois moins d'éléments alpins.
M. Dubois admet donc que la couche à galets de la grotte de Cotencher
provient d'une moraine locale préwurmienne.
Nous avons pu visiter cette station; notre étude a porté aussi sur la région
avoisinante. Il nous semble qu'un doute subsiste et qu'il conviendrait de
rajeunir considérablement ce dépôt. Nous sommes d'accord pour consi-
dérer la couche à galets comme provenant (peut-être avec un certain rema-
niement) d'un glacier local. Les galets sont arrondis, roulés; nous en
avons aussi trouvés passablement d'anguleux (ce qui caractérise assez les
formations glaciaires locales du Jura). Nous pensons cependant que la pro-
portion de galets alpins ne signifie pas grand' chose dans le cas particulier.
En effet, il s'agit d'un glacier local encaissé qui s'alimentait par les éboulis
de toute une grande vallée, de même que par les glissements de dépôts
morainiques alpins antérieurement déposés. Les circonstances locales
devaient donc jouer un rôle prépondérant dans la répartition du matériel
jurassien et alpin. Il se trouve dans cette vallée des dépôts morainiques
uniquement formés de blocs jurassiens (Creux du Van, Prépunel), et nous
(') Séance du 24 avril 1922.
(■-) AuG. Dubois, Les fouilles de la grotte de Cotencher {Actes Soc. heh>ét. des
Sciences naturelles ; Neuchàtel, 1920; loi" session).
SÉANCE DU 1'''' MAI 1^2 2. II91
avons pu voir maintes fois combien, dans cette vallée de la lieuse et en
amont de Cotencher, la proportion des éléments alpins et jurassiens
variait (exemple le long de la route du Roc-Coupé). Celte même consta-
tation, nous l'avons faite dans le Jura vaudois et dans le Jura français, où des
moraines locales présentent des régions sans blocs alpins ou, au contraire,
se trouvent être très riches en ces éléments.
Il n'y a d'autre part rien d'étonnant à ce que les éléments alpins soient
attaqués et en état de vétusté. Indiquons que la moraine de Cotendart.
post-wiirmienne selon MM. Schardt et Dubois, possède des granités com-
plètement arénacés. Et à propos de (Cotendart nous ferons remar([uer que
Cotencher se trouve dans une vallée où le glacier était richement alimenté
en éléments jurassiens, tandis que Cotendart, situé sur le flanc longitudinal
du Jura, devait recevoir par glissements surtout les éléments morainiques
laissés par le glacier rhodanien ^^ iirmien.
Quant à la proportion relativement grande de quartzites, nous avons
constaté le même fait dans les dépôts morainiques de la vallée. Les (|uart-
zites roulés sont abondants juste au-dessus de la grotte.
Notons.encore que. au-dessus de la couche à galets, le vide de la grotte et
de l'abri n'a pas été comblé |)ar des dépôts wiirmiens. ce qui aurait dû être
le cas si ce dépôt était vraiment préwiirmien, le glacier du Rhône s'étant
élevé à l'époque wiirmienne à 4oo°^ au-dessus de la grotte (altitude de la
grotte 659™, orientation en plein Sud).
Dans leurs travaux sur le val de Reuse, MM. Schardt etDubois(') ne citent
nulle part un dépôt morainique local recouvert par une formation ^vùr-
mienne rhodanienne; mais les cas de dépôts morainiques locaux recouvrant
les dépôts morainiques alpins (ou fluvio-glaciaires) wiirmiens ne sont pas
rares dans cette vallée. C'est ce que nous avions constaté soit dans le Jura
français, soit dans le Jura vaudois (- ).
Il nous paraît donc difficile, dans l'état actuel de nos connaissances,
d'admettre un âge préwurmien pour cette couche à galets. Nous pensons
que ce sont là des éléments morainiques provenant d'un glacier local indi-
vidualisé qui s'est développé au moment où le glacier du Rhône après
(') H. Schardt et Aug. Dlbois, Description géologique de la région des gorges de
l'Areuse (Jura neuchàtelois) {Eclogœ geologicœ hehetiœ, t. 7, igoS).
(■-) H. Lagotala, Description géologique de la région de Saint-Cergue-la-Dùle,
avec carte spéciale n° 88. Matériaux pour la Carte géologique suisse, nouvelle série,
n° 46 (Berne, 1919-1920); Le Quaternaire du Jiira{emirons de Soinl-Cergue) {Actes
Soc. heW. des Se. nat., Neufchàtel, 1920).
TI92 ACADÉMIE DES SCIENCES.
roscillation de Laufen progressait à nouveau el arrivait dans la région de
Genève sans franchir le seuil de la Sarraz('), donc sans venir s'emboîter
dans les dépôts morainiques wiirmiens du lac de Neuchâtel. Il s'agit de
l'époque de néowurmienne de Kilian (néoglaciaire d'Aeberhardt). Les silex
moustériens ont peut-être été façonnés durant l'interstadiaire Wiirm-
Néowurm (marnes à lignites el alluvions anciennes du Bois de la Bâtie de
Genève) — si toutefois ce sont bien des silex moustériens?
PALÉONTOLOGIE. — Les Reptiles néocomiens et albiens du Bassin de Paris.
Note de M. G. Corroy, présentée par M. Pierre Termier.
Les dépôts néocomiens et albiens du Bassin de Paris renferment une
faune erpétologique variée. On y rencontre des dents et des ossements
d'individus marins : Sauroptérygiens, Ichthyoptérygiens; d'eau douce :
certains Chéloniens et Crocodiliens; terrestres : Dinosauriens; et aériens :
Ptérosauriens.
L'étude de ces os et de ces dents précise la répartition générale des
Reptiles aux différents étages du Crétacé inférieur.
C'est d'abord la mer hauterivienne qui a connu une survivance du déve-
loppement maximum des Sauroptérygiens au Jurassique supérieur. De
nombreux Plésiosaures en effet ont laissé leurs débris à Venoy, Amance
(Yonne), Vassy (Haute-Marne), Brillon (Meuse). J'ai trouvé notamment
dans cette dernière localité une quantité de vertèbres de Plesiosaurus neoco-
miensis Sauvage. Dans le même gisement, à côté de cette espèce, se trou-
vaient des dents d'un Polyptychodon qui ont une grande affinité avec celles
àePolyptychodon interruptus Owen, commun dans les sables albiens. Avec
cette faune vivait un Ichthyosaure, que l'on rencontre également à Bleigny-
le-Caireau, La C.hapelle (^ onne), Bettancourt (Haute-Marne).
Les Crocodiliens qui avaient régné en maîtres au i^ortlandien sont en
décadence : nous ne pouvons signaler que la présence de quelques ver-
tèbres dans le Calcaire à Spatangues et des dents que j'attribue à trois
genres très répandus au Jurassique supérieur : Teleosaurus, Machimosaiinis,
Dacosaunis (gisement de Brillon). Enfin, pendant l'Hauterivien vivait un
Dinosaurien herbivore, un Iguanodon, comparable à celui d'Angleterre,
(') E. JouKOwsKV et H. Lagotala, Quelques obser\ations sur la L^pographie pré-
wurmienne du bassin du petit lac {Léman) {C. fi. Séances Soc. P/iys. et Hist. nat.
Genève, t. 30, n» 1, 1902).
SEANCE DU l''' MAI T922. IIC)'5
du Pays de Bray^, et de la Suisse, dont le Calcaire à Spatangues de \ ille-
sur-Saulx renferme les plus nombreux ossements.
La mer barrémienne ne nous a laissé en général que des Plésiosaures :
Plesiosaiirus ncocomiensis 'Sauvage, Plesiosaurus Bernardi Owen à Egri-
selles (Yonne), Saint-Dizier, Wassy. Cornuel indique seulement un
Tchthyosaure dans la « couche rouge » de Wassy; je nVn ai pas retrouvé
dans ce gisement ni dans un autre. Quelques dents de Crocodiliens sont
encore signalées à Auxerre et Bettancourt (Haute-Marne). Quant aux
Cbéloniens, ils soni représentés par des fragments d'os el de carapace
d'une grande Emyde.
Dans la haute mer aptienne, les Plésiosaures dominent encore. L'un
d'eux, très répandu, Plesiosaurus latispinus Owen, a laissé ses débris osseux
dans les Ardennes, la Meuse, la Haute-Marne et l'Yonne. Quelques dénis
très rares révèlenl la présence des Crocodiliens à Gurgv (Yonne). Les
Croûtes (Aube), Grandpré (Ardennes). Ces gisements ont fourni, en
outre, des verlèbres de Dinosauriens, dont un Théropode : Mefçalosaurus
cf. superbus Sauvage.
Dans les eaux albiennes du Bassin de Paris, ont vécu : un Pliosaure,
deux espèces de Plésiosaures (/*. pachyorniis Owen, P. latispinus Owen) et
deux Cimoliasaures {Polycotylus Cope el Colymhosaurus macrospondylus Sau-
vage). \]n autre Sauroptérygien nage aussi au large; neuf vertèbres d'un
diamètie moyen de r65'""^, un tibia, des dents puissantes et un fragment de
sacrum de Polyptychndon intermptus 0^^en trouvés à Vaiennes (Meuse)
indiquent en particulier un individu de taille énorme.
Les Ichthyosaures, avant de disparaître au Génomanien, semblent vouloir
tenter une nouvelle maîtrise de la mer. Ils sont largement représentés (en
particulier : Tchthyosaurus campylodon Owen) à Grandpré, Varennes, Auzé-
ville, Narcy, etc.
Lin Dinosaurien, qui par ses dents fortes et taillées en biseau devait se
nourrir de tiges, Hylœosaurus armatus Mantel, vivait également à cette
époque. Il était sans doute poursuivi par ce grand carnassier riverain :
Mei^alosaw'us superbus Sauv., dont on a retrouvé les os et les dents aux
Isletles, à Varennes et à Grandpré.
Un Ptérodactyle enfin, Ptêrodactylus Sedg^vicki Oaa en, parcourait les airs.
Tel est laspect que, d'après tous ces vestiges, la faune erpétologiquc
devait présenler au Crétacé inférieur dans le Bassin de Paris. Après ral)on-
dance extraordinaire des Beptiles en genres et en espèces au Jurassique, on
II94 ACADÉMIE DES SCIENCES.
assiste à la décadence de ces formes devenues en général très puissantes.
Les Plésiosaures sont encore ceux qui persistent le mieux, tandis qu'on
touche à l'extinction du groupe des Ichthyosaures. Les Crocodiliens ont
perdu la place prépondérante qu'ils occupaient à l'époque précédente et les
Dinosauriens, si bien représentés au \Yealdien encore, s'acheminent en
hâte vers la disparition.
BOTANIQUE. — Sur la ramification dicholome dans les cotylédons.
Note de M. P. Bugivon, présentée par M. Gnignard.
Par application de la loi de Serres, ou loi de Fritz Muller, on est conduit
à rechercher dans les feuilles cotylédonaires, parce qu'elles sont les pre-
mières de la plante, des traits d'organisation primitifs, rappelant ceux des
feuilles que les ancêtres lointains portaient à l'état adulte.
• Tel caractère des cotylédons peut être considéré avec quelque vraisem-
blance comme aucestral : i" s'il apparaît de très bonne heure au cours de
leur développement embryonnaire ; 2° s'il ne semble pas en rapport avec
une adaptation spéciale des feuilles cotylédonaires ; 3° s'il ne se montre
plus dans les feuilles végétatives de la même plante; If si les ancêtres loin-
tains présumés le présentaient dans leurs feuilles à l'âge adulte.
Or j'ai attiré l'attention récemment (') sur l'existence du mode de
ramification dichotome dans les cotylédons de la Mercuriale (Mercurialis
annualu.) : le faisceau libéroligneux médian de chaque cotylédon le pré-
sente dans sa portion terminale (fi^-. i), et j'ai montré que la première
bifurcation est très précoce. Les feuilles suivantes de la même plante n'ont
plus ce caractère, et aucune raison d'adaptation ne semble pouvoir expli-
quer une telle dilïérence. D'autre part, si ce mode de ramification est peu
répandu chez les Plantes à graines de l'époque actuelle (Ginkgv, etc.), il est
par contre commun chez les Ptéridophytes, tant actuelles qu'anciennes,
parmi lesquelles on s'accorde^ à situer la souche ancestrale des Phanéro-
games. L'étude de ces plantes primitives permet d'ailleurs de comprendre
comment a pu s'effectuer la transformation de la ramification dichotome en
la ramification latérale -, les grandes lignes de cette évolution sont tracées
de manière très satisfaisante dans la théorie du mériphyte de Lignier, lliéorie
à laquelle de récentes découvertes paléobotaniques viennent encore de
(') P. BvG^o:^, Sur l'/iypocotyle de la Mercuriale {Comptes rendus ^\.. 174, ig^a,
p. 954).
SÉANCE DU l^"" MAI 1922. IigS
donner une nouvelle confirmation ('). L'étude ontogénique comparée des
premières feuilles chez les Fougères a conduit <''galement'Bo\\er(-) à consi-
dérer comme primitif le mode dichotome de ramification dans les limbes
foliaires. Vuillemin, adoptant partiellement les vues de Lignier, a ét<'' sans
Fjg. I. — Mercurialis annua L. — Nervation principale d'un cotylédon adulte. Gr. : 5.
Fig. 2. — Eschscholtzia californica Cham. — Nervation principale d'un cotylédon adulte :
a, à limbe dichotome; 6, à limbe anormalement simple. Gr. : a.
Fig. 3. — Raphanus sativus L. [ /?. Radicida Per?.]. — Nervation principale : rt, d'un cotylédon
jeune normal; b, d'un cotylédon jeune à nervure médiane dichotome, gr. : 3 ; r, d'un cotylédon
adulte également anormal, gr. : \.
doute guidé par des considérations du même ordre lorsqu'il a rangé les
cotylédons parmi ses fkondomes (■^), p. i44-
En résumé, le caractère considéré dans les cotylédons de la Mercuriale
paraît satisfaire aussi bien que possible aux conditions précédemment énu-
mérées; il peut donc être interprété comme un caractère ancestral.
Si Ton recherche systématiquement les cas de dichotomie dans les coty-
(') Cf. P. BuGNON, L'évolution phylogénique des Plantes vasculaires d'après
Lignier et la nouvelle classe des Psilophy taies {Bull. Soc. Linn. de Normandie,
7« série, vol. 4, 1921, p. 196).
(^) F. O. BowER, On leaf-architecture as illuminaied bv a study of Pterido-
phyta {Trans. Roy. Soc. Edin., vol. 51, 1916, Part 3, p. 607).
(=*) P. Vuillemin, L'Aniphigonelle et la phylogénie des Atnentales {Ann. Sc^
nat., iC série, /?o/., t, 1, 1919, p. ï39).
LlIBRARY):
II96 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lédons des diverses espèces végétales, oh est amené à certaines remarques
importantes, que l^s exemples suivants suffisent à mettre en ('vidence.
Ciiez VEschschollzia californica Cham., non seulement la nervure mé-
diane cotylédonaire est bifurquée, comme dans la Mercuriale, mais le
limbe cotylédonaire lui-même est profondément bifide {Jig. 2, a). En exa-
minant de nombreuses germinations, j'ai pu trouver quelques individus dont
les cotylédons ont un limbe simple, quoique présentant encore un faisceau
libéroligneux médian dicbotome {fig. 2, b).
L'examen de nombreuses germinations de Radis \Raphanus snliviis li.
(jR. Radicula Pers.)] m'a permis, d'autre, part, de constater la présence
accidentelle de la ramification dichotome de la nervure médiane cotylédo-
naire, habituellement simple. Suivant les cas, comme le montre la figure 3
(/>, c), le niveau où se produit la bifurcation est plus ou moins rapproclié de
la base cotylédonaire. Ici, de plus, quand il y a dichotomie de la nervure
médiane, le sommet du limbe cotylédonaire prend l'aspect du sommet d'un
thalle dichotome, comme celui d'une Hépatique par exemple.
Ainsi, la dichotomie cotylédonaire, qui est la règle chez VEschschollziti
californica^ devient l'anomalie chez le Radis.
En généralisant l'interprétation donnée de ce mode de ramification à
propos de la Mercuriale, on est amené à regarder comme une anomalie
progressive le limbe simple des cotylédons anormaux de V Eschscholizia et,
au contiaire, comme une anomalie régressive^ comme un phénomène d'ata-
visme, les cotylédons dichotomes du Radis.
En considérant l'organisation cotylédonaire, on est également conduit,
par exemple, à considérer les Crucifères, où la dichotomie de la nervure
médiane est devenue exceptionnelle, comme manifestant un degré d'évolu-
tion ]j1us avancé que la famille voisine des Papavéracécs, où celte dicho-
tomie est encore la règle chez certaines espèces.
En définitive, l'existence, habituelle ou anormale, d'une ramification
terminale dichotome des limbes cotylédonaires, ou seulement de leur
nervure médiane, peut être regardée comme un trait d'organisation ances-
tral et qui mérite d'entrer en ligne de com[)te dans l'étude des rapports
phylogéniques des Plantes à graines entre elles. Il faudra sans doute aussi
faire intervenir ce caractère pour interpréter le cotylédon des Monocoty-
lédones, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer à propos des
(iraminées ('), p. 92.
(') P. BuGNON, I^a feuille chez les (iraminées {Thèse Docl. Se. na/.^ Paris, 19?.!.
el Mémoires de la Soc. Liiin. de [Normandie, t. 21, fasc, '-l).
SÉANCE DU r' MAI 1922. l 197
EMBRYOGÉME VÉGÉTALE. — Embryogénie des Rosacées. Les derniers stades
du développement de Vcmbryon chez le (ieum urbanuin L. Note de
M. René Souèges, présentée par iM. L. Guignard.
Le proembryon octocellulaire, chez le Geumurbanum, dont on a moiitié
précédemment (') le mode de construction, est divisé en quatre étages :
</, m, n el n' .
L'étage ^ compi-end quatre éléments dont l'un, l'épiphyse (c, fig. 7), occupe le
sommet et pourrait à lui seul représenter une subdivision de l'étage supérieur. Cette cel-
lule épiplixsaire donne naissance au c(')nt' végétatif de la lige ; elle se segmente \erli-
calement pour donner deux éléments juxtaposés {Jig- 10), lesquels, par des parois
également verticales, normales à la précédente, se divisent pour engendrer quatre
cellules circuniaxiales (/î^. 11 et 12). Dans ces quatre cellules s'établi>sent ensuite
des cloisons horizontales tangentielles, séparant deux groupes de quatre éléments super-
posés. Le groupe supérieur représente les premières cellules de lépiderme au sommet
de la tige, le groupe inférieur les premières cellules de l'écorce. Ces deu\ groupes
d'éléments ne prennent plus tard que des cloisons anliclines; ils restent toujours bien
distincts durant tout le cours de la vie proembrvonnaiie ; quand les cotviédons com-
mencent à s'accroître, on ne peut ]»lus reconnaître la ligne de démarcation qui les
sépare des cellules voisines.
Les trois éléments de l'étage y, situés au-dessous de l'épiphyse, se divisent par des
cloisons comprises dans le plan vertical. Ce sont les, cellules-lilles de b qui se seg-
mentent les |)remiéres; la paroi de segmentation peut prendre une direction, soit
radiale, soit tangentielle: celle-ci ne sépare pas nécessairement, vers l'extérieur, un
premier élément de dermatogène. La cellule-sœur de e se segmente ensuite générale-
ment par une paroi méridienne et les deux éléments qu'elle engendre se divisent à
leur tour verticalement, soit en direction radiale, soit en direction tangentielle. Les
cellules, au nombre de 6 à 10 {fig. 10, .11), qui se sont ainsi différenciées, forment,
au-dessous de l'épiphyse, une assise horizontale très nette {fig. 12, i3); les plus exté-
rieures ne tardent pas à prendre des cloisons anticlines et à s'individualiser comme
cellules de dermatogène {fig. if\)\ les cellules sous-épiderraiques se segmentent à leur
tour de la môme manière et constituent les premiers éléments du périblème cotylédo-
naire. IMus à Tintérieur se trouvent les cellules représentant les initiales du méristème
vasculaire du cotylédon et, au voisinage de l'axe, les éléments qui entreront dans la
constitution du cylindre central de la tige.
L'étage ni, dans le proembryon octocellulaire. comprend deux cellules juxtaposées;
(') K. SoLÈ(iES; Embryogénie des Rosacées. Les premiers stades du développement
de l'embryon chez le Geum urbanuin L. {Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 1070). Se
reporter au\ ligures qui accompagnent celle Note.
1198 ACADÉMIE DES SCIENCES.
elles se segmentent par deux parois verticales méridiennes pour donner quatre cellules
circumaxiales {fig. 8). Celles-ci continuent à se multiplier par des cloisonnements ver-
ticaux dont les premiers peuvent être tangentiels et séparer ainsi d'emblée les premières
cellules de dermatogène. Les éléments primordiaux des trois histogènes paraissent
nettement individualisés dans la ligure 12. Les parois anticlines ou transversales se
montrent d'abord dans les cellules du dermatogène, puis dans celles du périblème,
tandis que les cellules du plérome semblent se cloisonner encore longltudinalement et
séparent ainsi extérieurement les éléments du péricycle. Dans la figure i5, les trois
tissus embryonnaires sont distinctement constitués au niveau de l'hypocotyle; on
peut reconnaître les modes de cloisonnement qui président à la multiplication de leurs
cellules.
L'élément n se sépare transversalement pour donner deux cellules superposées
/• et t {fig. 7 a 12). Il est de règle à peu près générale que la cellule supérieure, /', se
segmente encore une fois transversalement avant de donner naissance à la cellule
hypopliysaire. Celle-ci serait donc une cellule petite-lîUe de n ; mais on observe de
nombreuses exceptions à cette règle, l'hypophyse pouvant se difFérencier aux dépens
d'une cellule d'une génération plus ancienne (/■, même n) ou plus jeune. L'élément
n' {fig. 7, 8), avec les cellules inférieures originaires de n., engendre un suspenseur
composé finalement d'un nombre très variable (4 à 10) d'éléments superposés.
On peutétablii% comme cela a déjà été fait dans d'autres cas, les formules
de développement résumant, pendant les premières générations, l'origine,
la disposition et les destinées des éléments proembryoïinaires. Mais, à la
quatrième génération, le nombre des éléments dont se compose le proem-
bryon ne parait pas bien défini, en raison de l'avance que prennent les
segmentations au niveau de Tétage m et du retard qu'elles subissent, par
contre, dans Tépiphyse et dans les cellules n et n' .
L — Première génération.
Proembryon à deux cellules \ ca qui engendre pco -\- pvt
disposées en deux étages : ] cb » phy + icc -\- iec -^ co -\- s
IL — Deuxième génération.
n , I. . ( ^ qui engendre »6o -f- /J('/
Proeinbryou a quatre cellules » ,
/« » i>liy -\- ICC
ci » iec -\- co -\- s
disposées en trois étages
111. — Troisième génération.
i q qui engendre pco-\-pvt
Proembryon à huit cellules j m » p/iy -+- icc
disposées en quatre étages '■ ] n » iec -\- co -i- s (en partie)
\ n' » s (en partie).
SÉANCE DU l'"' MAI 1922. I I99
IV. — Quatrième généralion.
^ , , , • 1 V qui enf^endre pco-\-p\'t.
Proembryon a douze-seize \ , .
Mil- • . ) m » phy -+- ICC
cellules disposées en six < '. , • ^
j /• » ?ec -!- co + 5 ( en partie)
* ' [ / + o + ^ qui engendrent 5 (en partie).
En somme, le Geum iirbanum L. représente un nouveau type du déve-
loppement embryonnaire qui ne peut être identilié jusqu'ici à aucun autre.
Il peut être rapproché du Myosotis hispîda par la différenciation d'une
épiphyse, dès les stades les plus jeunes. Mais il s'apparente surtout au
Senecio vulgaris et à VUrtica pilidifrra par l'édification des deux parties,
cotylée et hypocotylée, aux dépens des deux étages q et m. Dans les deux
cas en effet, les termes des formules du développement, aux deux premières
générations, S(mt exactement superposables(').
BIOLOGIE. — ■ Le rôle de V alcalinité de Veau de mer dans les fécondations
hétérogènes. Note de M. Alphonse Labbé, présentée par M. Henneguy.
Me proposant de préciser les conditions des fécondations luétérogènes,
j'ai d'abord cherché à vérifier d'anciennes expériences de J. Lii'b (-)
d'après lesquelles une des conditions nécessaires des fécondations hétéro-
gènes consiste dans l'alcalinisation de l'eau de mer. Nous avons déjàvu(')
que cette condition n'était pas nécessaire; mais elle pouvait être avan-
tageuse.
Gomme matériel, j'ai employé les œufs d'un Polychète, Halosydna gela-
tinosa, commun au Groisic, et du sperme de Diplasterias ruhens ou de Lepa-
dogastes Gouanii. Les spermatozoïdes de l'Astérie et ceux du Poisson sont
également efficaces. Les œufs témoins fécondés par du sperme <ï Halosydna,
après décollement de la membrane, émettent leurs globules polaires,
environ i heure après. Au bout de 24 heures, il y a déjà quelques trocho-
(') Voir R. SouÈGES, Développement de Vernbryon chez /'Urtica pilulifera L.
{Bull. Soc. bot. France, t. 68, 192 1, p. 290).
(^) Voir notamment J. Lckb. Jubilé Metchnikof {Ann. Inst. Pasteur, t. 31. 1917,
p. 437). ^ . , , '
(•^) Alphonse Labbé, Sur des fécondations hétérogènes {Comptes rendus, t. 173,
1921, p. 942).
I200 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sphères, et en 3o heures, presque tous les œufs sont transformés en larves;
résultats cohcordant avec ceu\ observés chez Sahellaria^ Nereis et autres
Polychètes.
Toutes les expériences ont été faites à la lem[)érature du laboratoire qui
ne dépassait pas 9" - 1 1" G.
Dans l'eau de mer normale, a\ec Halosydna p >' Diplaslerias cT, au bout de
36 heures, j'ai obtenu quelques trochosphères nageantes, mais la plupart des œufs en
seginenlalion se sont arrêtés avant ce stade. Tous les œufs montraient une membrane,
mais il y avait beaucoup de cytolyses en boule. Aucune cytolyse noire.
Dans l'eau de mer alcalinisée à l'aide de la solution décinormale de JNaOll
( i™'ir: o,oo<)4 NaOH), la plupart des œufs sont déformés j)ar plasmolyse, et les
résultats varient avec le degré d'alcalinité de la solution. C'est ce qu'indique le Tableau
suivant : '
I^ourceiiUiye
des u.'ufs
l'our lOO'^'"' ciiu de mer. transformés
Nature de la solution. en trochosplicics.
Eau de mer normale 4
i^"''Na<)H 2
t'"'\2oNaOH 5
i""',4(.NaOH . iS
j"''',45NaOH ïà
- I ^■'"", 5oNa 011 19
i""\6oNaOH 6
i""%65NaOH <>
Conformément aux résultats de Lœb, l'alcalinité de l'eau de niera donc un avantage
indiscutable. Pour les nufs à^ Halosydna. au Croisic, et à une température moyenne
de 10° C, l'optimum se trouve nettement entre i'^°'',4o et i""\5o de la solution déci-
normale de NaOH, pour loo*^^'"' d'eau de mer. Un milieu hyperalcalin empêche le
développement.
Or j'ai pu constater que l'alcalinité avait un rôle important dans la péné-
tration du spermatozoïde, et c'est là une explication des variations dans
Factivalion de l'œuf.
Dans l'eau de mer normale, le spermatozoïde étranger ne pénètre pas,
et lorsqu'il y a activatiou, elle se produit par simple contact. Jl en est
de même dans l'eau de mer faiblement alcaline. En revanche, entre
i,4o et i,5o pour 100 de NaOH, le spermatozoïde pénètre, la tête se
gonfle; mais néanmoins le pronucleus cf reste petit en comparaison du
pronucleus p , il ne se forme pas de spermaster; et le pronucleus cf , qui a
pénétré plus ou moins profondément dans le cytoplasme ovulaire, reste
SÉANCE DU I" MAI 1922. I20I
inerte et disparaît; il est rare qu'on le retrouve dans Tun des deux pre-
miers blastomères. Je n'ai jamais observé de copulation des pronuclei.
A 1,65 pour 100 de NaOH, le spermatozoïde ne pénètre plus, et.il n'y a
pas d'attraction sexuelle.
Le rôle de l'alcalinité dans les fécondations hétérogènes étant ainsi
démontré, d'autres facteurs doivent intervenir, en particulier dans la trans-
formation complète du spermatozoïde étranger en pronucleus cf et l'appa-
rition du spermaster. En fait le pronucleus cf subit un début d'évolution
qui est inhibé. Comme l'œuf est activé, il y a là une séparation nette de
l'activation et de l'amphimixie.
D'autres auteurs, Lœb, Kupelwieser, Godlewski, sur d'autres animaux,
ont pu voir des copulations de noyaux avec élimination plus ou moins tar-
dive des chromosomes paternels. Dans mes expériences, nous nous trouvons
en présence d'une phase intermédiaire, ce qui montre que la question des
fécondations hétérogènes est plus complexe qu'on ne le croyait jusqu'ici.
Les alcalis sont des liquéfiants, augmentant la perméabilité pour les
ions OH, et diminuant la tension superficielle; leur emploi correspond au
deuxième temps du procédé de Delage dans la parthénogenèse expérimen-
tale.
Mais, après l'emploi des alcalis, le développement du pronucleus cf est
arrêté ; l'activitation se fait, mais il n'y a pas d'amphimixie.
Comme dans la parthénogenèse expérimentale, une deuxième opération
est donc nécessaire pour activer le spermatozoïde étranger et permettre la
copulation des noyaux. C'est cettedeuvièmephaseque nousétudierons dans
un travail ultérieur.
Enfin il n'est pas impossible qu'une troisième phase soit nécessaire pour
empêcher l'élimination de la chromatine paternelle et permettre une véri-
table hybridation, qui doit suivre les règles de Mendel, et éclairerait
vivement le mécanisme de l'hérédité.
BIOLOGIE. — Théonc de l'action des parasites entomophages. Les formules
mathématiques du parasitisme cyclique. Note (' ) de M. W.-R. Thompson,
présentée par M. Paul Marchai.
Les études entreprises de nos jours sur l'utilisation des parasites ento-
mophages semblent mettre en évidence que le rôle de ces auxiliaires de
(') Séance du 2^ avril 1922.
C. R., 1922, i^' Semestre. (T. 174, N* 18.) o^
I202 ACADEMIE DES SCIENCES.
l'homme acquiert son maximum d'importance, lorsqu'un Insecte nuisible
a pu s'accroître numériquement jusqu'à devenir un véritable fléau, un ou
plusieurs facteurs d'équilibre naturel faisant défaut. L'expansion de l'espèce
nuisible produit alors automatiquement un accroissement numérique de
son parasite ; génération par génération, ce nombre augmente aux dépens
de celui de l'hôte, l'égale, puis le dépasse, jusqu'à ce que dernier soit presque
annihile, mais ensuite, par excès, la population parasitaire disparaît en
grande partie d'elle-même, la nourriture faisant défaut.
Sur le rôle des parasites entomophages, le D^' Howard, dans une des pre-
mières contributions importantes à cette étude, a écrit, en effet : « With ail
very injurions Lepidopterous larvae we constantly see a great fluctua-
tion in numbers, the parasite rapidly increasing immediately after the
increase of the host species, overtaking it numerically and reducing it to
the bottom of another ascending period of development. »
Toutes choses égales d'ailleurs, l'effet déterminé par l'action des Insectes
parasites est donc une variation rythmique ou cyclique dans le nombre de
l'hôte. Comme on l'a remarqué pour certains cas, cette variation peut être
d'une régularité assez nette, Tlnsecte nuisible agissant en fléau destructeur
à des intervalles déterminés.
Celte périodicité des invasions indiquerait alors la possibilité, dans cer-
tains cas tout au moins, de représenter mathématiquement la marche du
cycle parasitaire; nous pourrions ainsi aborder les divers problèmes de l'uti-
lisation des parasites entomophages avec des moyens plus précis que ceux
dont nous disposons actuellement.
Evidemment l'élément mathématique ne suffît pas; l'étude du cycle
parasitaire exige surtout des observations approfondies sur la succession
des événements dans la nature et la connaissance précise de ces phénomènes
peut seule nous renseigner sur la concordance qui existe entre la théorie et
les faits, dans chaque cas particulier.
Mais, et cela ne semble pas moins logique, l'étude du rôle des parasites
entomophages ne peut atteindre l'état d'une science exacte, sans prendre
pour base une représentation mathématique des événements considérés ;
cette représentation pouvant seule nous donner une idée précise du carac-
tère essentiel du cycle parasitaire dans des conditions déterminées.
Il est préférable de développer les formules mathématiques du cycle en
considérant seulement les facteurs fondamentaux qui entrent en jeu. Or,
toutes choses égales d'ailleurs, la suite des événements dépend surtout de
quatre facteurs : le nombre initial d'hôtes au début de l'époque considéré.
SÉANCE DU 1" MAI 1922. I 2o3
le nombre de parasites à cette même époque, la puissance reproductrice de
l'hôte et la puissance reproductrice du parasite.
Admettons que :
i*' Le nombre initial d'hôtes = n\
2° Le nombre initial de parasites = /?;
3** La multiplication de l'hôte par génération = h\
4"* La multiplication du parasite par génération = s.
Il est évident que si, par génération, la multiplication de l'hôte et du
parasite dépend du nombre de femelles produites, le nombre d'hôtes
détruits dépend du nombre total de larves parasites ; ou encore, si la multi-
plication de l'hôte par génération = A, le nombre total d'individus sera Ih^
l étant un nombre qui dépend de la proportion des sexes dans l'espèce consi-
dérée ; de la même façon, le nombre total de parasites sera fs, où f est un
facteur numérique semblable.
Donc, si le parasite ne dépose qu'un seul œuf dans chaque hôte, et
n'attaque que les hôtes non parasités, nous aurons dans la première géné-
ration :
y? x/5=/>/s parasites,
donlfs, seront des femelles, et
n X Ih :^ n Ih hôtes,
dont nh, seront des femelles. Le nombre d'hôtes venant à maturité dans la
première génération sera donc
dont I . ^ I sont des femelles.
Dans la deuxième génération, nous aurons
ps X fs ^=ips' f parasites,
dont y05- sont des femelles, et
\ n Ih — p fs) ,, , ,,., ^ , ^ 1 .
■ ^ \ X Ih ■= (n Ih- — pfsh) hôtes.
\ l \ ^ rj j
Le nombre venant à maturité dans la deuxième génération sera donc
HM2 = ( n lh--~ pfs h — ps"^/),
dont ( nh- — psh j — ps^ j j sont des femelles.
I2o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dans la troisième génération, nous aurons
/?5- X /s =: /J5^/ parasites,
dontjD^' sont des femelles, et
] ' •' — — ■ >c lh-= {/ih^l — ps h-f — ps-f) hôtes.
Le nombre venant à maturité dans cette génération sera donc
HM,= {nlh^ — psfh-' — ps^hf-ps'/),
le nombre d'hôtes dans cette génération, avant l'élimination des individus
parasités, étant ¥1^ = (nl/i* — ps/h^ — ps^fh), et le nombre de parasites
étant P3 =■ ps^ f.
Sans continuer le processus, il est évident que, d'une façon générale, le
nombre d'hôtes dans la t'*""" génération sera
(i) iii={nh'l — psh^-^f — ps'h'-^f, ...,kt termes);
et le nombre venant à maturité,
(2) n\it=[nh^ — psh'-'f — ps-h'--f, ..., à (f — 1) termes] ;
et le nombre de parasites,
(3) Pc^ps'f.
Il est évident que les séries (i) et (2) sont, à l'exception du premier
membre, des séries géométriques qui ne diffèrent que par le nombre de
termes, et peuvent donc être écrites d'une façon plus condensée. En faisant
la somme de ces séries au nombre de termes donné, nous aurons
— h'-
(4) . H, =^^nh'l~pshf^-
(5) nM,= \ nhU-psf [^^_/^^j
{s -h)
'—h
Si les proportions des sexes sont les mêmes chez l'hôte et son parasite,
nous écrirons 1=^/^ si le parasite est parthénogénétique thélytoque, nous
avonsy"= i; si l'hôte est parthénogénétique thélytoque, nous avons /= i;
si les deux sont parthénogénétiques thélytoques, nous avons enfin /=y=i.
Ces formules fondamentales constituent la base de l'étude théorique de
l'action des parasites entomophages.
SÉANCE DU l*"^ MAI I922. I2o5
ZOOLOGIE. — Une Haplosporidie , Haplosporidium Caulleryi nov. sp.^
parasite de Nereilepas fucata Sai'. Note de MM. L. Mercii-r el Kaymoxd
Poissov, présentée par M. F. Mesnil.
En examinant un lot de Nereilepas fucata Sav., recueillis au large de
Luc-sur-Mer (Calvados) ('), nous avons constaté qu'un certain nombre
d'exemplaires étaient largement infectés par un Protiste que nous rappor-
tons au genre Haplosporidium et auquel nous donnons le norn à'Haplospori-
dium CauUeryi nov. sp., dédiant l'espèce à l'un des deux auteurs qui, les
premiers, nous ont fait cennaître ce groupe de parasites {^).
Les Annélides infectées se reconnaissent facilement après une immersion
dans l'alcool à 70°. Ce traitement fait apparaître, au bout de quelque temps,
chez celles-ci, de petits points noirs atteignant jusqu'à 2™™ dans leur plus
grande dimension. Ces points peuvent s'observer sur toute l'étendue du
corps, même sur les parapodes; ils correspondent aux kystes du parasite.
L'étude de coupes de Nereilepas infectés ^nous a permis d'étudier quel-
ques-unes des phases du cycle évolutif d'/7. CauUeryi.
Pl.vsmodes et sporulation. — Les parasites ayant atteint leur taille maxima
se présentent sous l'aspect de plasmodes multinucléés ou de kystes renfer-
mant des spores à différents stades de développement.
Les plasmodes (/z^. 3 et 4) mesurent en moyenne de 80" à 100^, mais
ils peuvent atteindre jusqu'à 25ot^; ils renferment de nombreux noyaux.
Dans chaque plasmode, les noyaux sont sensiblement de même taille ; mais
dans des plasmodes différents, les noyaux sont souvent de dimensions iné-
gales. La membrane limitante des plasmodes est toujours très délicate.
Les kystes sont de forme plus ou moins irrégulière. Ils sont limités par
une envelopppe très nette et épaisse (40^^ à 5o!^). Cette enveloppe, après
action des réactifs fixateurs, est d'un brun acajou ; nos observations nous
conduisent à supposer qu'elle est, au moins partiellement, le résultat d'une
réaction des tissus de l'hôte. Les kystes renferment soit des spores mûres,
(') Nereilepas fucata est une Annélide Polychète qui se rencontre fréquemment
dans le dernier tour de spire des coquilles de Buccinum undatum L., habitées par
Eupagurus Bernhardus L. Nous n'avons pas encore observé sur la côle du Calvados
la. forme Hétéronéréidienne signalée par Giardà Wimereux {Feuilles des jeunes Nat.,
3^ série, 36" année, igoS, n° k'ii, p. xi).
(^) Gaullery et Mesnil, Recherches sur les Haplosporidies {Arch. Zool. exp.,
4* série, t. h, igoS, p. 101).
I2o6
ACADÉMIE DES SCIENCES,
soit des spores en voie d'évolution. Les spores mûres contenues dans un
même kyste sont toujours isolées les unes des autres ; mais certains aspects
que nous avons observés permettent de supposer qu'elles peuvent prendre
naissance par quatre dans des pansporoblastes {fig. 7).
Les spores ont la forme d'une urne à base élargie 5 elles mesurent de i3i^
^--^^'\
^.;::::::
T^ \
m
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(:%'>
fâ
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'^v 0
Haplosporidiitm Caulleryi x ii5o. — 1, formes libres uoinucléées; 2, forme libre binucléée; 3 et
4, deux plasmodes; 5, spores en voie de développement; 6, éléments binucléés dans un plasmode;
7, pansporoblastes montrant la formation des spores par groupe de quatre; 8, spores mûres.
à i5!* environ, suivant leur grand axe et lo^^ à 12^^, dans leur plus grande
largeur. Elles présentent une double membrane, l'externe mince et Tin-
terne plus épaisse. Ces spores sont munies d'un clapet dont la charnière
d'articulation correspond à une petite arête {fig. 8). Elles renferment un
noyau et quelquefois un corps chromatoïde situé soit au voisinage du
clapet, soit en un point quelconque du cytoplasme de la spore. Quand ce
corps chromatoïde existe, il est particulièrement bien net dans les spores en
voie de développement {fig. 5).
Indépendamment de ces siades caractéristiques, nous en avons encore
observé d'autres. Ce sont :
i" Des formes libres uninucléées {fîg. i); ces formes, généralement
allongées, mesurent \i^ environ. Elles possèdent un cytoplasme grenu et
un noyau suboval renfermant un gros caryosome et quelques travées chro-
matiques peu visibles.
SÉANCE DU I" MAI 1922. 1 207
2° Des formes libres binucléés mesurant de g^ à 12^', leur cytoplasme
granuleux est très colorable.
3" Des états du parasite succédant d'une façon indiscutable à des stades
plasmodiaux et où l'on observe, sous la membrane du plasmode, de petits
éléments de 8^^ à ii^^ environ, renfermant parfois un seul noyau, mais le
plus souvent deux noyaux intimement accolés {/iff. 6)
Tous les stades que nous venons de décrire s'observent soit dans l'épais-
seur de la gaine musculo-cutanée, soit dans l'épithélium cœlomique; notons
cependant que nous avons rencontré quelques stades unicellulairesà la base
de l'épithélium intestinal.
Dans cette Xote préliminaire, nous nous sommes contentés d'indiquer les
stades les plus caractéristiques d'^. Caullej-yi, sans tenter de retracer son
cycle évolutif complet. En effet, le cycle des Haplosporidies, tel que l'avait
esquissé Granata ( '), vient d'être remis en question par Debaisieux (-), et
de nouvelles recherches sont encore nécessaires pour préciser certains points
mis en discussion. ?séanmoins, les aspects que nous venons de décrire, ne
laissent aucun doute au sujet des affinités du parasite de N. fiicala. 11 s'agit
bien d'une Haplosporidie appartenant au genre Haplosporidium tel qu'il a
été défini par Caullery et Mesnil.
H. Caulleryi se ditférencie nettement par sa spore des quatre Haplospori-
dium parasites de Polychètes connus jusqu'à ce jour. En efl'et, cette spore
ne présente pas les appendices caractéristiques de celle d'^. heterocirri C.
et M. ; elle est nettement plus volumineuse et de forme différente de celles
à' H. scolopli C. et M. (10^ sur 6^), d'//. Marchouxi C. et M. (lo^^ à 12^^, sur
&■ à 7^") et d'fl'. polamillœ G. et M. (i 21^ sur 6i" à 8!^).
Aid heures trois quarts, l'Académie se forme en Gomité secret.
La séance est levée à 16 heures.
É. P.
C) Granata, Ricerce sul ciclo evolativo di Haplosporidium limnodrili Gr. {Arch.
Protist.^ t. 35, 191 4) P- 47-7'-^)-
(-) Debaisieux, Haplosporidium ( Minchinia ) chitonis Laink.: Haplosporidium
nemertis no\,\ sp. et le groupe des Haplosporidies {La Cellule, t. 30, 1920, p. 298).
I2o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances d'avril 1922.
Leçons sur les invariants intégraux, par E. Gartan. Paris, Hermann el fils, 1922;
I vol. 25'"". (Présenté par M. P. Appell.)
La houille bleue, par le Vice-Amiral Amet. Ex^lrait de \d, Revue maritime. Paris,
Chaliamel, 1922; i vol. 24*^".
L% destructio-i des mauvaises herbes, par E. Rabaté. Paris, librairie agricole de la
Maison rustique, s. d. ; i vol. 18''™, 5. (Présenté par M. Viala.)
La taille de^ arbres fruitiers de plein vent {prunier d'Enté, Reine-Claude^
pêcher, pommier), par E. Rabaté. Paris, librairie agricole de la Maison rustique,
s. d.; I vol. i8<^™, 5. (Présenté par M. Viala.)
Association des géognphes français. X.YV-.Y YhY" bibliograjhie géographique
191.5-1919, publiée sous la direction d'ELicio Colin. Paris, Armand Colin, 1921; i vol,
25'"". (Présenté par M. le général Bourgeois.)
{A suivre.)
ERRATA.
(Séance du 10 avril 922.)
Notes de M. Emile Borel (p. 978 et 997) :
Page 978, ligne 6, au lieu de belle structure, lire telle structure; ligne 11, au lieu
de —i, 10, II,.. ., lire — i, o, i, 10, 1 1,. .. ; ligne 28, aa lieu de portons, ///-e partons.
Page 997, ligne 7, au lieu de indication, lire induction.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 8 MAI 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Émilk BEKTIN.
MEMOIRES ET COMMUIVICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
M. le Présidext annonce à l'Académie le décès de M. René Benoit, Cor-
respondant de r \cadémie pour la Section de Physique générale, et celui
de Sir Patrick IUanson, Correspondant pour la Section de Médecine et
Chirurgie.
M. Em4LE Picard s'exprime en ces termes :
M. Reivê Benoît, dont M. le Président vient d'annoncer la mort, était Cor-
respondant de la Section de Physique générale depuis igoS. Son nom reste
à jamais inscrit dans l'histoire du Bureau international des Poids et Mesures,
dont il a été Directeur durant vingt-cinq ans. Il a été Tinitiateur de la
plupart des travaux entrepris pendant ce temps au Pavillon de Bieleuil, et
il collabora avec M. Michelson dans les belles recherches sur la mesure du
mètre en longueurs d'onde. Sa puissance de travail et sa grande habileté
technique dans les mesures métrologiques ont (ait l'admiration de tous ceux
qui l'ont connu. M. Benoît avait demandé en 191 5 à être déchargé de ses
fonctions, et il était resté Directeur honoraire de la célèbre maison de
Sèvres, où s'était écoulée une grande partie de sa fructueuse carrière.
L'Académie envoie ses condoléances émues à la famille de son regretté
Correspondant.
M. F. Mesnil donne lecture de la Notice nécrologique suivante :
Sir Patrick Manson a succornbé le 9 avril dernier; il était né le
3 octobre 1844 dans le comté d'Aberdeen, en Ecosse.
G. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 19.) 86
I2IO ACADÉMIE DES SCIENCES.
Pendant une vingtaine d'années, jusqu'en 1892, Manson a exercé la
médecine en Extrême-Orient, sur les côtes de Chine. C'est là qu'il s'initia
à la pathologie spéciale aux tropiques, de laquelle on savait si peu de choses
à Tépoque de ses débuts. Vivement intéressé par tout ce qu'il découvrait,
il chercha à approfondir l'étiologie de quelques maladies et il s'attaqua au
problème de la filariose. Il eut l'idée que les embryons sanguicoles de la
filaire ne pouvaient normalement quitter l'organisme humain qu'à la
faveur de leur absorption par quelque insecte suceur de sang. Et ayant
constaté la périodicité nocturne, pour la circulation périphérique, de ces
microfilaires, il pensa à un rôle des moustiques qui avaient une périodicité
analogue quant à leurs heures de piqûres. L'hypothèse se vérifia et, en
découvrant l'évolution du nématode chez le moustique, Manson posait le
premier jalon solide de l'Entomologie médicale, qui a pris depuis une si
grande extension.
Cette découverte, qui remonte à 1877, devait avoir, en })arliculier, une
répercussion directe sur le problème de la transmission du paludisme. En
1884, dans son Traité des fièvres palustres , notre illustre confrère M. Laveran
posait nettement le problème sous cette forme interrogative : « Les Mous-
tiques jouent-ils un rôle dans la pathogénie du paludisme comme dans
celle de la filariose? La chose n'est pas impossible; il est à noter que les
Moustiques abondent dans les localités palustres. » Et il y revenait avec
plus de force encore en 1894. Manson, dans un article paru en 1894,
formule le même programme de recherches et son disciple, le major R.
(maintenant sir Ronald) Ross, s'attache à le mener à bonne fin. On sait
comment il y réussit en établissant, toujours sur le conseil de P. Manson,
qu'un hématozoaire aviaire, extrêmement voisin de l'hématozoaire de
Laveran, ingéré par un moustique, y accomplit une évolution et est réino-
culé à l'homme par la piqûre de l'insecte.
C'est encore sur les initiatives de Patrick Manson qu'une mission fut
envoyée dans la campagne romaine en 1900 et que des moustiques, infectés
sur des paludéens et expédiés à Londres, y transmirent la maladie : preuve
cruciale de leur rôle.
On voit donc toute la part qui revient à sir Patrick dans cette question,
d'une si grande importance hygiénique, de Tétiologie du paludisme.
Ces titres ne pouvaient manquer d'attirer l'attention de l'Académie et,
en 1910, elle attribuait au doyen de la pathologie tropicale une place de
Correspondant dans la Section de Médecine et Chirurgie, apportant ainsi sa
consécration à l'œuvre, d'une si grande portée, de sir Patrick Manson,
SÉANCE DU 8 MAI I922. 121 1
CHIMIE ORGANIQUE. — Déshydi'alation du inéthyl-l-phényl-i-propanol-i
et du diméthyl-1.1-phènyl-'^-prop<lnol-\. Note de M. A. Haller et de
M'"*^ Ramart.
Dans une Communication précédente (') l'un de nous, en collaboration
avec M. E. Bauer, a décrit les alcools
/ , /
C«H>CH2C-GH'-0H et CH^C — CH^'OH.
Ces molécules présentent un grand intérêt à cause des transpositions
^moléculaires qui se produisent quand on les déshydrate et qu'il ne se forme
pas de chaîne triméthylénique. Par perte d'une molécule d'eau, ces alcools
peuvent respectivement donner naissance aux carbures :
A.
B.
CH^C— CH^OH
\gh5 I
(i) C«H5C = CH-CH'
' (2) C«H3CH = G(CH3)^
/CH3
C^H'CH^C— CH^'OII
\CH3
/
/ (3) G^H^CH^G -ÇA\
\ (4) G«H»CH»GH=zG-
cw
(GH3)2
suivant que le groupe migrateur est, pour A, le méthyle ou le phényle, et,
pour B, le méthyle ou le benzyle.
Cette étude avait été commencée sur le mèthyl-i-phényl-i-propanol-i avec
notre regretté collaborateur (-). Nous avons repris ce travail dans le but de
préciser le sens de ces transpositions suivant le mode de déshydratation
employé. Nous avons préparé les carbures de la façon suivante :
Carbure a. — En faisant passer les vapeurs de l'alcool sur des agglomérés
de terre d'infusoires à une température de 3oo° à 4oo°.
Carbure b. — Par action de SOCl^ sur l'alcool avec ou sans pyridine.
Carbure c. — En traitant le chlorure que l'on obtient en même temps que
le carbure b par de la pyridine.
L'analyse assigne à chacun de ces carbures la formule brute C'"H'-.
(*) Ann. de Physique el Chimie, g*^ série, t. 9, p. 5.
(^) Loc. cit., p. 10.
12 12 ACADEMIE DES SCIENCES.
Nous devons dire que dans chaque cas nous avons observé les deux
transpositions indiquées plus haut, mais l'orientation de la transposition
varie quantitativement suivant les conditions expérimentales.
Carbure a. Déshydratation du rnèthyl-n-phènyl-i-propaiiol-^ , — Comme
il a été indiqué plus haut, cette déshydratation a été effectuée en faisant
passer les vapeurs de Talcool sur des agglomérés de terres d'infusoires. Le
produit condensé a été rectifié et l'on a recueilli un liquide qui distille
à iSi^-iSS" sous 760™"'. Ce produit décolore immédiatement le brome,
réduit à froid MnO^K. et, traité par le nitrite de sodium, en présence
d'acide acétique, il donne un nitiosite de formule C'H'^O'^- fondant
a \'ôO^ .
Carbure b. Action de SOCP sur le mèthvl-i-phényl-i'propanol-i . —
1. Sans pyridine. On fait tomber à froid SOCl- sur l'alcool à une tempéra-
ture voisine de 0°. On abandonne plusieurs heures le mélange et l'on chasse
l'excès de SOCl- dans le vide. Après plusieurs rectifications nous avons
isolé un carbure bouillant à i8i°-i8c)° el un chlorure distillant à io4"-io5"
sous i8™"\
iSous avons vérifié que, contrairement à ce que nous avions d'abord
(GH3)2
supposé ('), ce chlorure est bien le chlorure primaire C'H^C-- CH'Cl.
En effet, traité par de l'acétate d'argent en tube scellé, à une température
de 120", ce chlorure donne un acétate, et cet acétate, saponifié, fournit
l'alcool C^H'C — CH-OH primitif ({ue nous avons caractérisé par sa phé-
nyl méthane fondant à Sg".
IL La même opération a été faite en présence de pyridine et les résultats
obtenus ont été les mêmes, mais nous avons eu trop peu de carbure pour
pouvoir le séparer totalement du chlorure. Nous avons traité le mélange
carbure-chlorure par de la pyridine en tube scellé.
Carbure c. Action de lapyiidi ne sur C^W^C—CH- Ci. — Ce chlorure a été
chauffé à 120° en tube scellé avec un excès de pyridine. Le carbure que
Ton obtient ainsi distille à iBo^'-igo", mais avec un palier important à
iHy'^-iQo".
Identification de ces différents carbures. — Une oxydation préliminaire
(') Loc. cil. y p. i'\.
SÉANCE DU 8 MAI I922. I2l3
nous avait donné, comme prodiiils d'oxvdalion, de l'acide benzoique, de
l'acétone, de l'acétopliénone et de l'acide acétique. Nous étions donc con-
duits à considérer nos carbures connme formés d'un mélange des car-
bures (i) et (2). Le carbure (i) que nous avons reproduit en déshydratant
l'isopropylpliénylcarbinol nous a donné un nitrosite fondant à ido^, iden-
tique à celui du carbure a. Le carbure (1) ne nous a pas fourni de nitrosite.
Ces deux carbures (1) et (2) avaient déjà été préparés par AL Klages (')
et par M. Tiffenoau (-) et les points d'ébullition mentionnés par ces savants
étaient pour le (i) 179*^-181° et pour le (2) 1 86°- 187'' d'après M. Tifleneau
et i89°-i9i° d'après M. Klages. La séparation de ces carbures par distilla-
tion fractionnée n'était guère possible, étant donnée la quantité de produits
dont nous disposions. Nous avons pu cependant avoir une idée approxi-
mative de la composition du mélange dans chacune des opérations en
pesant la semi-carbazone de Tacétophénone obtenue en oxydant dans les
mêmes conditions les carbures des différentes origines.
Cotte oxydation a été faite au moyen de CrO' en solution acétique à une
température inférieure à ôo''; dans chaque cas, nous avons employé 5» de
carbure, 7^ de CrO^ ( léger excès) et So^ d'acide acétique. Nous avons tou-
jours régénéré du carbure ayant échappé à l'oxydation.
Voici les poids de semi-carbazone de l'acétophénone obtenue comme il
vient d'être dit :
Semi-
rarbazoïic.
Carbure a ( a^çi^lomérés) traces
Carbure h (SOCI^ sans pvridine) u,5
» (S( >C1- avec pvridine) i ,5
Carbure c (chlorure + pvridine).. . ^•
CH^
/
Carbun- C/' l(»C = CH Cli^ (pur) 3
(Il n'y a pas d'acide benzoïque par oxydation.)
(') M. Klages les a obtenus en traitant les chlorures
CH'
C«H>CC1 — Cir^CH= et C«H^CHC1-CH — (CH^)-
par de la pyridine {B. Bet ., t. 3o. p. ^6.^ r et 35o7 ; t. 37. p. ijm).
(-) M. Tifleneau a déshydraté Ic'^ alcools
CH^
G'H^C — on — CH-CH^ et C'H^CHOH - CH — (CIP)^
par de Tacide oxalique {Ann. Pliys. et Chi/n.^ H" série, t. 10. p..3r>.>,).
i:il4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Nous voyons donc que le carbure a est composé presque exclusive-
ment de
et que le carbure formé en présence de pyridine ou par l'action de la pyri-
dine sur le chlorure est composé en majeure partie de
/
C«IPC = CH-CH^
iJéshydratation du phènyl-Z-dimèthyl-i.'i-propanol-x . — Ici encore la
transposition se fait dans les deux sens et varie avec le mode d'obtention
du carbure. Cependant, les résultats ont été moins précis, car nous avons
éprouvé une certaine difficulté à obtenir le chlorure. D'autre part, la benzyl-
méthylcétone ne se prête pas aussi facilement que l'acétophénone à une
détermination quantitative par suite de la facilité avec laquelle
C^H^CH^GO.CFP
s'oxyde en acide benzoïque et acide acétique (avec MnO'K cette oxydation
est rapide).
Carbure d. Déshydratation au moyen des agglomérés de terre d' inj usoires .
— Le liquide obtenu dans les conditions déjà décrites distille à i98°-202''
sous 760°"°. Il présente tous les caractères d'un carbure non saturé. Traité
par le nitrile d'amyle et Tacide azotique il donne un nitrosate de for-
mule G" H'^O^N- fondant à iSg^-iôo" en se décomposant. L'analyse de ce
carbure lui assigne la formule C* H'*.
Carbure e. Action de SOGP sur le phényl-?>-diméthyl-i.i-propanol-i. —
Au lieu d'obtenir seulement le mélange de chlorure et de carbure comme
dans le cas précédent nous avons obtenu en assez grande quantité un pro-
duit blanc cristallisé insoluble dans l'éther fondant à lyG^-iy^'' dont nous
poursuivons l'étude.
L'action du pentachlorure de phosphore sur le même alcool ne nous a
pas donné de meilleurs résultats et le produit principal de la réaction est
une huile ne distillant pas encore à 180° sous 18™'".
Nous avons alors réuni les mélanges de carbure et d'alcool obtenus dans
ces deux réactions et nous les avons traités par de la pyridine en tube scellé
à i2o°-i3o°. Nous avons isolé un produit distillant à i98''-2o3°. C'est un
carbure de forniule C'H'* (nous n'avons pu obtenir de nitrosate).
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1211
Oxydation des carbures d et (' . — L'oxydation a été faite dans les mêmes
conditions que les carbures précédents et nous avons isolé dans les
deux cas :
i" De l'acétone caractérisée par sa transformation en CHl';
2^* De l'acide benzoïque;
3'' De la benzylméthylcétone caractérisée par sa semi-carbazone fondant
à 196°- 197''.
Dans l'oxydation du carbure rf ( ' ) la quantité d'acide benzoïque et d'acé-
tone est élevée, alors qu'avec le carbure fie poids d'acide benzoïque obtenu
est faible et celui de la semi-carbazone de (?H'CH^CO — CH' relative-
ment fort.
Nous sommes donc amenés à considérer le carbure d comme formé en
très grande partie de C/H '(]H^(]H = C(CH')- qui par oxydation donne
de l'acétone et de l'acide benzoïque (l'acide phénylacétique s'oxydant en
acide benzoïque). _
Le carbure e contient presque exclusivement du carbure
en»
C«H5GH2Ci=CH.CH='
qui par oxydation fournit
C«H^CH2CO.CH3+ CH^COOH.
GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur les lignes asymptoliques des surfaces.
Étude d'un cas particulier . Note de M. C. Guichard.
Je prends les six coordonnées d'une ligne droite sous la forme symé-
trique, c'est-à-dire que la somme des carrés des six coordonnées est nulle.
Je considère un réseau N (réseau dont le ds- est nul) dans un espace
d'ordre 6; je désigne par $,, H,, ..., H^ les paramètres normaux de la
première tangente à ce réseau; par j, , J25 •••5/0 ceux de la seconde tan-
(') Ce carbure a été préparé par M. Klages en faisant agir la pyridine sur
C;«|i'ÇH^CH2CCl
{Chëm, Centr,^ 1904, p. 217).
I2l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
gente. On a les équations
àl
(I) { ' {ll^=llj = ^j^ = o).
Ou
On vériliera facilement quo
de sorte que par un choix convenable des variables u et v on peut supposer
que l'on a
On voit facilement que Ton a
Cela posé, il existe une droite AT ayant pour coordonnées r,, Js» •••^Je
et une droite AS dont les coordonnées sont l^, ^., . . . , Hf,. La surface {A)
est rapportée à ses asymptotiques; AT est la première tangente asympto-
tique, AS la seconde. Ce résultat est une conséquence immédiate de la
théorie des douze surfaces de M. Darboux.
Il résulte de là qu'à foute propriété métrique des réseaux N correspond
une propriété dualo-projertive des asymptotiques d'une surface et réciproque-
ment.
Je vais appliquer cette remarque à l'étude des deux problèmes suivants
qui se déduisent l'un de l'autre par une transformation dualistique.
a. Déterminer les surfaces A telles qu'un point M de AT décrive une surface
rapportée à ses asymptotiques. La première tangente MG de M sera dans le
plan TAS.
p. Déterminer les surfaces A 1 elles qu'un plan u, passant par AT enveloppe
une surface rapportée à ses asymptotiques.
La première tangente de l'enveloppe est une droite AH passant par A.
Une droite A située dans le plan tangent en A ou passant par A, en
excluant les droites qui appartiennent au faisceau AT, AS, a pour coor-
données des quantités \,, Xo, ..., X^ de la forme
\ I ' . v./ ^^^^ J^,
SÉANCE DU 8 MAI I922. 1217
OÙ P et Q sont des fonctions quelconques deueiv.ie signe -i- correspond,
par exemple, aux droites du plan tangent; le signe — aux droites qui
passent par A. On vérifie en effet, en tenant compte des équations (1),
(2), (3), que les quantités X sont les coordonnées d'une droite et que celte
droite rencontre AT et AS.
Cela posé, si l'on écrit que les six fonctions \ satisfont à une même équa-
tion de Laplace, on trouve que cette .équation est forcément une équation
de Moutard. Deux cas peuvent alors se présenter :
i" Les deux expressions
2(1)' 2(§y
sont différentes de zéro. La droite A décrit une congruence W à invariants
égaux, la surface A est une de ces surfaces qui ont été étudiées par
MM. Demoulin et Tzitzeica et qu'ils ont appelés une surface R. Dans ce
cas, le réseau N qui correspond à A est 3o.
2° L'une de ces expressions est nulle; dans le cas où à coïncide avec MG
ou avec AH, on doit avoir
âX
du
c'est le cas qui nous occupe. Je suppose que la propriété a existe; la sur-
face A possède par rapport à la surface M la propriété fl; donc les six coor-
données de AT satisfont à une équation à invariants égaux. Or, dans le cas
général, cette équation est
à- y i dm à y
iL- z= — -r h //lit Y'
du dv m dr du
Si cette équation est à invariants égaux, on pourra réduire m à l'unité.
Les quantités )' satisferont à une équation de Moutard
d- y
du d\-
telles que
>. r- = fN /_.
Cela revient à dire que la seconde tangente du réseau N décrit une con-
gruence C. La réciproque s'établit facilement :
Soient N un réseau possédant la propriété indiquée, NA sa première tan-
gente, \B la deuxième, qui, par hypothèse, décrit une congruence C. Il
I2l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
existe une infinité de réseau O harmoniques à NB, la première tangente de
ce réseau O, étant conjuguée au réseau N, décrit une congruence J (con-
gruence applicable sur une congruence située dans un espace d'ordre 2);
il existera donc une deuxième congruence N'B' harmonique à ce réseau O
et possédant la même propriété que la congruence NB. A ces droites NB,
N'B' correspondent dans l'espace ordinaire deux droites qui ne se ren-
contrent pas et qui sont les premières tangentes de surfaces rapportées à
leurs asymptotiques. Maintenant, d'après la loi d'orthogonalité des élé-
ments à la congruence M3 qui est C, correspond la congruence NA qui
est H (congruence applicable au deuxième degré sur une autre congruence
située dans un espace d'ordre 6). Il y a donc un autre réseau nul N, (il y en
a même une infinité) tel que sa première tangente N,A, forme une con-
gruence applicable au second degré sur la congruence NA. Je coupe N, par
un plan isotrope, il y correspond sur N une congruence PQ qui est une
congruence I et dont le deuxième réseau focal Q est un réseau R (réseau
applicable au deuxième degré sur un réseau de l'espace d'ordre 4).
Je coupe maintenant le réseau N, par un planisoirope perpendiculaire
au précédent. Il y cori-espond sur N une congruence P'Q' analogue à Vi),
Le point O, intersection de PQ et de P'Q', décrit un réseau de O dont la
première congruence focale est .T. A ce réseau O sont harmoniques deux
congruences analogues à NB et à N'B'; les paramètres directeurs de ces
di^oites sont évidemment de la forme (4). A Tune d'elles correspond une
droite telle (|ue MG, à l'autre une droite telle que AH, donc :
Les deux propriétés (aj e^ (fi) existent simultanément; quand elles existent^
elles existent d'une infinité de manières. Pour cela, il faut et il suffit que l'équa-
tion de Laplace à laquelle satisfont les six coordonnées de AT soit à invariants
égaux. Dans ces conditions, les sur/aces déduites de (A) par les opérations (a)
ow (P) possèdent la même propriété que la surface (A).
Soient maintenant A une surface satisfaisante, 0,, 60, 63 les paramètres
directeurs de la première tangente AT; les fonctions 6 satisfaisant à une
équation à invariants égaux, il existe une. surface (A'), rapportée à ses
asymptotiques et dont la normale est parallèle à AT. Ou voit' facilement
qu'il y a réciprocité entre les surfaces (A) et (A'), donc le problème posé
est équivalent au suivant :
Trouver deux surfaces (A)et(\') sur lesquelles les asymptotiques se corres-
pondent et telles que la normale à l'une soit parallèle à (a pretnière tangente
asymptotique à l'autrç.
Je suppose maintenant cjue l'on projette le réseau N satisfaisant à la
SÉANCE DU 8 MAI 1922. I219
question sur un espace d'ordre 3. On obtiendra un réseau G dont la
deuxième congruence focale est à invariants égaux; il est clair que d'un tel
réseau G on pourra remonter au réseau N; donc, le problème posé est équi-
valent au suivant :
Trouver un réseau G dont la deuxième congruence focale est une congruence
de Ribaucour .
Je prends un réseau point parallèle à ce réseau G; soient Oa et 0|î les
tangentes de ce réseau point; il existe une infinité de congruences PQ
harmoniques à ce réseau qui sont des congruences O; le premier réseau
focal P de cette congruence est un réseau formé d'une famille de géodé-
siques. Ge réseau étant conjugué à 0|3 est à invariants égaux; il est clair
que la réciproque est exacte. On a donc le problème équivalent suivant :
Trouver un réseau à invariants égaux au point de vue ponctuel et compre-
nant une famille de gèodésiques.
M. E. GouRSAT fait hommage à l'Académie d'un Ouvrage ([u'il vient de
publier sous le titre ; Leçons sur le problème de Pfajf.
NOMIIVATIONS.
L'Académie charge M. Bazy de la représenter, le i4 mai, à l'inaugura-
tion du monument élevé à la mémoire de M. Lucas Championnière^ à l'Hôtel-
Dieu.
M. F.Mesxil est adjoint à la délégation qui réprésentera l'Académie aux
fêtes du cent-cinquantième anniversaire de V Académie Royale de Belgique.
CORRESPOIVDAXCE.
M. Ed. Retterer prie l'Académie de vouloir bien le compter au nombre
des candidats à la place vacante, dans la Section d'Anatomie et Zoologie,
par le décès de M, Ranvier,
12-20 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ALGÈBRE. — Sur H7i nouveau théorème d' Algèbre . Note de M. Paul Montel.
1. J'ai établi récemment quelques propositions fixant une limite supé-
rieure des modules des zéros des polynômes assujettis à certaines condi-
tions (^). Je me propose d'indiquer maintenant un théorème général de la
même nature.
Supposons que l'on lixe les valeurs d'un polynôme P(.r) et de certaines
de ses dérivées en // points déterminés x^, x.^, ... ^ x,^\ par exemple, suppo-
sons donnés les nombres
Si
a, ^- CK., -f- . . . 4- a/, — /? -1- I .
ces nombres déterminent un polynôme Q(^ï) dont le degré est effective-
ment/), à moins que les valeurs données ne vérifient une relation particu-
lière. Si l'on pose
R(ir) = (^ — x,Y^ {.X — a?.)*'^ . . . (.r — ^/,)°"s
le polynôme P(-^) pourra se mettre sous la forme
(i) P(./') = Q(j-) + R(.r)(a,.r"' + r/.,A-"=-H. ••+ ff/.-r'"-) (o, ,«,</?.,<. ..<«/,).
On peut alors énoncer la proposition suivante :
Un polynôme P(^), assujetti à prendre, ainsi que certaines de ses dérivées,
des i^aleurs données en des points donnés., ces valeurs étant en nombre suffisant
pour déterminer un polynôme effectivement de degré p^ a toujours p zéros dans
un cercle de centre origine dont le rayon ne dépend que des données et du
nombre li- des paramètres arbitraires qui figurent dans le polynôme P(.i) mis
sous la forme (i).
Dans le cas particulier où h = \ et a,=/? + i, on retombe sur le
théoi'ème signalé précédemment et correspondant à des polynômes dont
on a lixé, à l'origine, la valeur ainsi que celles de leurs p premières
dérivées (- ).
2. Le théorème qui précède est à rapprocher de la proposition suivante :
(') Comptes rendus, t. 17'»., 19'.'^, p. S5o.
(2) Loe. cil.
SÉANCE DU 8 MAF I922. I22I
dans les conditions indiquées au paragraphe 1, l'un des polynômes P(jo)
ou l*(^) — 1 a 7> zéros dans un cercle de centre origine dont le rayon ne
dépend que des données et non du nombre ^' ( ' ).
Comme on peut, dans le théorème énoncé au paragraphe précédent,
remplacer P(a.:) par P(xv) — i, on voit que la différence entre les deux pro-
positions réside dans le fait de supprimer Talternative « \^{x) ou P(.x) — i »
et d'introduire le nombre l: dans l'expression du module maximum des
p zéros de plus petits modules.
Ainsi, à chaque théorème formant une généralisation du théorème de
Picard sur les valeurs exceptionnelles, correspond une proposition qui,
appliquée à des polynômes, fait disparaître l'alternative entre les fonctions
P{j') et P(x) — I, mais fait apparaître le nombre des termes ou des arbi-
traires figurant dans le polynôme.
3. Lorsque le polynôme P(.r ) satisfait à une relation fonctionnelle telle
que, à chaque zéro de P(^), corresponde un zéro de P(^) — i de module
au plus égal à celui du premier, les théorèmes des deux groupes deviennent
identiques.
Il en sera, en particulier ainsi, lorsque les exposants des monômes qui
constituent P(x) forment une progression arithmétique. On obtient alors
le théorème :
Le polynôme
F(.c) — 1 + 0:'^+ ai.v"+'/ + ...-{- «/,_, ^"+ '•-"'?
a toujours p zéros dont les modules ne dépassent pas un nombre Jixe indépendant
de q et du nombre k des termes du polynôme, à condition que p ne soit pas
divisible par q.
Si le nombre/; varie en restant supérieur à un entier lixe/?', il existe
toujours/)' racines de l'équation P( j:) = o dont les modules ne dépassent
pas un nombre lixe qui ne dépend que de/>'.
Ce théorème s'étend immédiatement à une fonction analytique f(x)
délinie par le développement de Taylor
/(.r) = 1 -t- xi' + a^xi'+'i + . . . + ai^ai'+'"i + . . . {p' ^p).
H existe un cercle de centre origine dont le rayon ne dépend que de p' , tel
que toute fonction holomorphe dans ce cercle y admette p' zéros.
(*) P. MoNTEL, Comptes rendus, t. \lk, 1922, p. i43. — Sur les familles quasi
normales de fonctions holomorphes {Mémoires de V Académie royale de Belgique,
1922, p. 33).
1222 ACADEMIE DES SCIENCES.
Si Ton prend, en particulier, p' =i, le rayon du cercle a une valeur
numérique fixe et l'on retrouve un théorème déjà démontré par
M. Landau (').
MÉGANIQUE APPLIQUÉE. — Sur une démonstration et la généralisation
du théorème de Menabrca. Note (^) de M. J. Sudria, présentée par
M. G. Kœnig^s.
Deux démonstrations du théorème, énoncé en 1868 par le général Mena-
brea, ont déjà été données par M. Liénard et par M. Bertrand de Font-
viol ant (^).
La démonstration simple suivante suggère des généralisations diverses :
1. Position du problème. — Etant donné un système hyperstatique soumis
à des forces F,, Fo, . . ., F„, si on le rend isostatique et si on lui applique de
nouvelles forces R,, Rj, . . ., R^ égales aux forces de liaison surabondantes
ainsi supprimées, le potentiel du système est une fonction quadratique
des F et des R et Ton peut écrire
Ç) étant une fonction du premier degré de ces réactions, et du second degré
par rapport aux F.
Le général Menabrea avait remarqué, en partant du théorème de Casti-
gliano, que les R satisfont aux équations
^'^ W,=W.=---=-dK,='' ••" c/n(K.,R„...,R,)=:o.
n avait énoncé, sans démonstration, que les valeurs que prennent, en
fait, les R rendent H minimum.
2. Démonstration. — Les conditions du premier ordre ( i ) étant satisfaites,
il suffit de montrer que 6/^n(R,, Ro, . . ., R,,) est positif; or,
d^\{—-ct-l ( bu Wf + 2 bij R,- Ry ) = 1 bu 1m] + 2 bij o'R, .^R ; .
(') Sur quelques généralisations du théorème de M. Picard {Annales scientifiques
de l'Ecole Normale supérieure, 3" série, t. 21, 1907, p. 189).
(^) Séance du i*'' mai 1922.
(^) Bull, des Sciences matJi., octobre 1921.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1223
C'csl Texpression de 2II, dans laquelle on a remplacé les valeurs des
forces appliquées par zéro, et les réactions par leurs différentielles.
La fonction II étant positive pour toutes les valeurs des R et des F il en
est de même de cPIl. c. o, f, d.
3. Remarque. — Le théorème de Menabrea est une application de la pro-
position générale suivante, qui n'est que Textension dune propriété du
trinôme du second degré :
« Etant donnée une fonction du second degré, de plusieurs variables, non
nécessairement quadratique, mais dont l'ensemble des termes de second
degré constituent une fonction quadratique définie positive^ la fonction passe
effectivement par un minimum pour les valeurs des variables satisfaisant
aux conditions de premier ordre, pour un extrémum. »
La démonstration est identique à la précédente.
4. Généralisation. — Soit un système de corps isotropes ou à libre
moyenne, isostalique ou hyperstatique, soumis à des forces appliquées.
Supposons que sous l'influence de ces forces, le corps se déformant, cer-
tains points viennent à être arrêtés par des obstacles avant que la déforma-
tion totale ne soit atteinte. Soient R,, R., ..., R,, les réactions de ces
obstacles quand le corps est en équilibre, A,, Ao, ..., A^ les projections
respectives, sur les forces R, des déplacements des points ainsi arrêtés
(quelques-uns de ces déplacements pouvant être nuls, cas des obstacles
agissant dès le début de la déformation). Les valeurs que prennent, en fait,
les R rendent minima l'expression
/ = /'
considérée comme fonction des R.
En effet, d'après le théorème de Castigliano ^^j^- = A, Oii^j^ = o; les
conditions de premier ordre pour l'extrémum étant remplies, le théorème
montre que 0 passe par un minimum.
.). Théorème corrélatif du théorème de Menabrea. — Dans le cas d'un
nombre fini de forces, les équations X, = -^peuvent se résoudre par rap-
port à ces forces ; le déterminant est le discriminant d'une fonction quadra-
tique définie positive, il est donc différent de zéro.
On a ainsi
F; = a;, À, + b',il. -I- ... -h /'',„ >.„
1224 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et le potentiel interne s'écrit
d'où un premier résultat corrélatif du théorème de Castigliano
(Considérons encore, comme dans le théorème de Meiiabrea généralisé,
des points du système supportant des forces inconnues ayant des dépla-
cements imposés A,,''^2? ..., A„ et d'autres supportant des forces connues Fa,
Fp, .. ., Fv. Les déplacements que prennent ces derniers points ont des pro-
jections (sur les forces respectives) qui rendent minima l'expression
considérée comme fonction des A„, Ap, . . .; A.,.
On a, en ellét, d'après le théorème corrélatif de celui de Castigliano,
_^ ^ — r '^^^ — I
ou
o^_ (m__ _ ôQ _
et la proposition générale déjà invoquée montre que 8 esl minimum pour
les valeujs que prennent effectivement X^, Ap, . . ., A^.
C'est le théorème corrélatif du théorème de Menabrea généralisé.
Il peut s'interpréter ainsi, dans le cas où les seules charges sont les forces
connues : De tviites les déformations virtuelles que l'on peut concevoir pour un
système de corps soumis à des forces données, celle qui correspond à V équilibre
est la déformation par laquelle la somme algébrique des travaux virtuels des
forces extérieures et intérieures [il(F"A) — II], ou V énergie cinétique virtuelle, est
minima. Une analyse plus complète et d\dlleurs nécessaire permet d^ étendre ce
théorème au cas de charges continues quelconques.
HYDRODYNAMIQUE. — Sur quelques cas de mouvements plans des fluides
autour de solides avec tourbillons. Note de M. D. RiabouchixNski,
présentée par M. G. Kœnigs.
Considérons le mouvement d'un liquide autour de deux plans minces,
orthogonaux au courant, dans le cas où deux tourbillons de rotations oppo-
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1225
sées sont disposés entre eux, sur l'axe de symétrie. On obtient entre les
variables w = o -h i']/ ei "C = ^' en introduisant la variable auxiliaire t, la
relation suivante :
Aux valeurs e = o, i, 6;, c], a\ 2a=^sin'(i, 2a^cos^^, correspondent res-
pectivement, sur le plan z : le point M d'intersection de la ligne de courant
réunissant les arêtes avec l'axe imaginaire, les arêtes des plans minces, les
points 5 = G et s = 00, les points de vitesse maxima sur les plans minces, les
points médians sur les faces extérieures et intérieures des plans minces ; b est
un paramètre qui définit l'unité de longueur; q^ et ^, les vitesses à l'infini
et au point M. En posant
en faisant le changement de variables
(3) t-^a^ticosi^-^i), t,— -^^—-^ B, h — pu,
et en désignant par /, d, A, P, z, p la largeur des plans minces, la distance
qui les sépare, la distance entre les tourbillons, la résultante des pressions
hydrodynamiques sur les plans minces, la circulation et la densité du fluide,
on trouve
/ 2(B — G)r^ , ^ ;s . ' P'^0 1
^^> b y/B+Â L 2p(^o-ejJ
d B — G 6 71 h 2(B— G) b.^ . ,,. X b
P _ 2 6
^ p(ll^~~ (B'-— i)v/B + A ^
f/.R r pV\a)Ç^-i-/] , B(B-Grp-^i^-i
x[(3B-G-^j— j^r;— -^ (B-G)p-.
Dans ces formules
P(''o+co') = n-g4-c' " == HfTÂ "^ bT7 "^ B^TT
1 — k^ I 2/^2—1 I
e, =:: .-^. :=: /i — -r: r > -^2 — — ÔV? — — '^ —
tf"-"~bTâ* ^^- 3>.^ -" B + r
I -f- A-* _ I
"^"=--3Â^-"~B^^'
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N« 19.) °7
1226 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et
(9) A= / .^ ^ > o,
( H -t- I ) A - — 2
(10) A2_ l^{3-2_j)^2^
(11) B
2
- A-
On obtient encore, entre les coefficients A, B, C, en exprimant que les
points médians des deux faces des plans minces coïncident sur le plan r, la
relation (12 )
n E I
(12)
(i3) )}
2A-^(K ^E)(E — A-^M<)
[(K-K)-- (R-A'^K)f
Nous avons considéré, dans un autre travail, le cas particulier où les
vitesses sur les plans minces deviennent maxima sur leurs arêtes. On a, dans
ce cas, « = I , C = o, et la relation (i3) entre le multiplicateur A et le mo-
dule k\ (9), (10 ) et (i3) permettent d'exprimer les formules (Zj), (5), (6),
en fonction du paramètre k = sin a. a variant de o à - ^ B et y varient de oo
à I et y de oc à o. A a = 80" correspondent, par exemple, les rap-
ports-r = 1,1 5 et y = 2,3 1. Lorsque -j croît indéfiniment, le rapport j tend
i
vers — -•
V'3
A propos du travail mentionné ci-dessus, M. H. Villat a fait l'importante
remarque suivante. Le mouvement considéré ne peut être permanent que si
l'équation (i4)j où z^ désig^ne l'affixe du tourbillon, est satisfaite
('4) lim f^-
2ir.{z — c„)
Cette équation détermine, en raison de (2), la relation 3B — A = o.
Nous pouvons démontrer que cette condition n'est satisfaite pour aucune
valeur du module k. Pour le prouver, il suffit évidemment , de faire voir
que^^i, ou, en raison de (9), que /'" = 70 y,',. (ïo) et (i3) permettent
de ramener cette dernière égalité à la suivante E>A:'K, qu'on démontre
facilement. Dans le mouvement permanent, le maximum de la vitesse n'a
donc pas lieu sur les arêtes.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1227
Pour un rapport '- donné il n'existe, comme nous le démontrons plus bas,
qu'une seule valeur du rapport - où la condition (i4 ) est remplie, mais il en
existe une infinité, où elle ne l'est pas. De là la grande mobilité des tour-
billons qu'on voit naître, dans les fluides réels, au contact des solides et qui
s'en détachent aussitôt. Pour rendre le mouvement permanent, dans tous
les cas, il faut considérer l'une quelconque des lignes de courant fermées S
comme une paroi rigide fixe. Si « < 1 , ces parois sont, en général, convexo-
concaves. Pour calculer la résultante Q des pressions sur S, remarquons
que, dans le voisinage immédiat du tourbillon, on peut écrire
»'= — ^ loii(G — ;„) H- ;/o ^- «o(-— -0) -H- • •
OÙ nous considérons la ligne de courant ,}; = — 00 comme une circonférence
de rayon évanouissant r. En appliquant la formule de Lord Kayleigh, on
peut alors écrire Q = — ^ii^y^\ en raison du théorème d'Euler, Q aura la
même valeur sur toutes les parois S.
Dans le cas général (le paramètre a a une valeur quelconque), on trouve
3B — A— 2C
-I V 1^- — I
La condition (i4) de M. H. Villat détermine, par conséquent, la relation
oC = 3B —A. En éliminant A, C et /- de cette équation et des équa-
tions (9 ), ( io), (12), on a
(i5) 3B3X-2
2 V.
D(2~/.M--j^
B'-
2 ( •a — /, ■- ) — /. 4 4 K ( 2 — k"-
1?^ K V"
B-f
(2-/.-^) + -^
L'équation (i5) a trois racines réelles. L'une des racines positives
est < ^ '7./ et l'autre est > ^-r^; — C'est celte dernière qui convient au
problème du mouvement permanent en raison de (11). Les formules (4),
(5"), Co) peuvent être ainsi exprimées en fonction du paramètre /•. En faisant
varier >(: de o à i , on fait varier ?> et - de :c à i , 7 de oc à o et 7 de \/3 à o.
' e l II
1228 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Champ électromagnétique compatible
avec le champ gravifique correspondant. Note de M. Th. De Donder.
Annulons la variation de l'intégrale quadruple
(1) yj^(a+^,C)s/-^-+D-^W
dxi dx^ dxz dx,,,
étendue à une portion quelconque de l'espace-temps {x^, x<^, x^, x^).
Dans cette intégrale, a ei b sont des constantes universelles;
G est l'invariant de courbure de Gauss;
D^l V V (— i)'*'^^'^' M^pM*'^ est la fonction qui caractérise le champ
a P_
électromagnétique de Maxwell;
a est la densité de l'électricité;
^E^y^ «"$"; la vitesse de l'électricité a pour composantes w"; le poten-
a
liel électromagnétique a pour composantes $g( (a = i. ..., 4);
a ?
La fonction -^caractérise l'action due à l'électricité.
Si l'on fait subir des imriations og^^ aux potentiels gravifiques ^«p? on
obtient les équations du champ gravifique et du champ électromagnétique cor-
respondant; à savoir : .
2
« p
Le théorème du tenseur asymétrique ou de la force totale généralisée
devient ici
a p a
{i — i, 2, 3, 4).
En tout point où la densité électrique est nulle^ ces équations sont identi-
quement satisfaites. En tout point où cr est différent de zéro, on aura, grâce
à (3), le mode de mouvement de l'électricité dans le champ considéré.
SÉANCE DU 8 MAI I922. . 1229
Si l'on fait subir des variations 6$^ aux potentiels électromagnétiques O^»
on obtient les équations du champ électromagnétique de Maxwell- Lorentz.
En résumé, ['introduction du facteur W dans (i) permet de construire un
champ électromagnétique et gravifique, sans V intervention de forces ou de
tenseurs appliqués^ et sans V intervention d'un champ massique.
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Sur V Èlectrodynamique des milieux
homogènes et isotropes en repos. Note de M. Louis Roy, transmise
par M. E. Gosserat.
On sait que la théorie électrodynamique de Helmhollz fait intervenir
une constante purement numérique X, laissée arbitraire et appelée co/î^to/îïe
de Helmhollz., assujettie seulement à ne pas être négative, sans quoi l'équi-
libre électrique et magnétique du système serait instable. Se basant sur les
expériences de M. Blondlot relatives aux phénomènes de propagation le
long d'un fil conducteur, P. Duhem avait cru pouvoir en conclure que la
constante À est le produit du pouvoir inducteur spécifique du vide par sa
perméabilité ('). La présente Note a pour but d'établir que cette affirma-
tion de P. Duhem ne saurait être conservée.
Rappelons, tout d'abord, comment P. Duhem a été conduit à son affir-
mation.
Soient — la constante fondamentale des actions électrodynamiques; £, t'
les constantes fondamentales des actions électrostatiques et magnétiques,
c'est-à-dire les coefficients des lois de Coulomb dans des milieux impolari-
sables; /c, x les coefficients de polarisation et d'aimantation d'un corps
homogène, de sorte que le pouvoir inducteur spécifique K et la perméabi-
lité fx de ce corps sont les nombres abstraits définis par les formules
Il résulte de la théorie de Helmholtz développée par P. Duhem que la
vitesse T de propagation des perturbations électromagnétiques transver-
sales et celle L des perturbations électromagnétiques longitudinales sont
(') P. DuBEM, Notice sur ses travaux scientifiques, p. io3; Bordeaux, igiS.
I23o ACADÉMIE DES SCIENCES.
données par les formules
(.0 T^--:^:; ' ,
(2) L^= ' ^
:\K K-i
— /.
Or, dans le vide où la vitesse de la lumière est r, l'expérience donne T = c;
d'autre part, l'équation de passage des unités électrostatiques aux unités
électromagnétiques étant
(3)
l'indice o se rapportant au vide, la formule (i) montre que T ne peut être
égal à (^ dans le vide que si K^ — i se confond sensiblement avec Ko- De là,
en remarquant que K„ est le plus petit des pouvoirs inducteurs spécifiques
connus, la nécessité du postulat suivant appelé par P.Duhem hypothèse de
Faraday- Mos.so/ti : le pouvoir inducteur spécifique d'un corps quelconque est
très grand par rapport à V unité.
Moyennant cette hypothèse, la formule (2) se réduit sensiblement à
(4) L^=3T->
— >.
de sorte que L est constant pour tous les corps. Or, P. Duhem voyait dans
les expériences de M. Blondlot la preuve que les ondes longitudinales se
propagent le long d'un fil conducteur avec la vitesse de la lumière; d'où la
conséquence L = p, exigeant qu'on ait À = KoU-„, d'après les formules (3 )
et (4).
Montrons maintenant pourquoi cette dernière égalité est inadmissible.
Soient à l'instant t, en un point {x, y, z) du système, ( X, Y, Z) le champ
électrique, {§, g, je) le potentiel vecteur total, (//, v, w) le courant de
conduction, (A, B, C) l'intensité de polarisation diélectrique, p la résisti-
vité, e la densité électrique cubique, 1 la densité électiique superficielle en
un point d'une surface séparative S de deux corps contigus; le potentiel
électrique en un point est
/Y '*- ''- ''-'\
SÉANCE DU 8 MAI 1922. I2:3l
et l'on a les relations
{X,Y,Z)^~B
à{^r,y,z) ^2 dt
dv ôy àz \f^ dt
p(«, (>, iï^) = (X, Y, Z), (A, B, C) = /;-(X, Y, Z),
(9'/ (^i' t)iT' de
dx ôy ôz dt
... , / dl^ d^ dC\
\ dx dy dz )
S-i ji . .A d\. d\ dTj . .. 1 , ,,
Oit, a autre part, ^= h-; h-r- la divero^ence da champ elec-
^ dx dy dz ° ^
trique; les équations précédentes donnent aisément
(5) 0:^_sAV + ?.— ^,
2 di-
d^\ , [B , de\
dt \p dt
d'où l'on déduit, en éliminant AV,
47:;. ,- dO , 32 dn^
p c*^ 2 dr
Mais, dans l'hypothèse de Faraday-Mossotti, qui reste indispensable pour
concilier la formule (i) avec l'expérience, le potentiel V vérifie l'équation
0 \ 2 dt^ ) dt\ -2 dt'
qui devient d'après l'équation (5)
5 -r- K — = O,
p dt
. ~ d^\'
de sorte que l'équation (6) exi^e qu'on ait A -7-^ =0.
Or on ne peut satisfaire à cette condition en posant -3-5- = o, car le
potentiel électrique V serait alors une fonction parabolique de t, donc
deviendrait infini ou resterait invariable; on doit donc avoir nécessairement
A z= o, d'où il résulte, d'après la formule (4), qu'il n'y a plus d'ondes longi-
tudinales.
La théorie de Helmholtz, complétée par l'hypothèse de Faraday-Mossotti
I23a ACADÉMIE DES SCIENCES.
et où la constante X était laissée arbitraire, conduisait déjà à des équations
du champ magnétique identiques à celles de Maxwell; mais, en ce (jui
cojicerne le champ électrique, le potentiel vecteur et le potentiel électrique,
la discordance subsistait. La constante ^ étant, en outre, particularisée
comme nous l'avons dit, la concordance devient complète. La théorie de
Helmholtz, qui a l'avantage de se développer suivant les règles d'une logique
impeccable et de ne point briser la tradition, constitue ainsi, selon nous, la
véritable démonstration des équations de Maxwell, dont l'établissement
laissait jusqu'ici fort à désirer, de l'avis même de leurs plus ardents défen-
seurs.
CHIMIE PHYSIQUE. — KaoUns, argUes, bauxites^ etc. (').
Perte au feu et porosité. Note (-) de M. A. Bigot, présentée par M. A. Haller.
Les kaolins, argiles, bauxites, etc., expérimentés, sont sous forme de
morceaux bruts compacts tels qu'on les trouve dans les carrières, ou bien
on leur fait subir un broyage pour les amener en poudre fine, passant au
tamis n° 200. Ces poudres fines sont façonnées, soit en pâte molle, soit en
poudre humectée; dans ce dernier cas on les a soumises à une pression
de 377*'^ par centimètre carré pour fabriquer les éprouvettes.
Les éprouvettes sont séchées à l'air libre, puis on les pèse, on prend un
échantillon de chaque série et l'on détermine la porosité par la méthode de
la balance hydrostatique (pourcentage d'eau absorbée).
Parmi ces matières premières, les morceaux de bauxite brute sont les
seuls qui ne se délitent pas dans l'eau; les kaolins, argiles, etc. à l'état biut,
ou après broyage et agglomération, se délitent dans l'eau. Pour prendre
leur porosité nous avons employé, au lieu de l'eau, un pétrole de densité
connue. Les chiffres trouvés ont été divisés par celui de la densité du
pétrole.
Il faut avoir soin de faire séjourner l'éprouvette pendant quelques heures,
dans le pétrole, sous la cloche de la machine pneumatique, dans le vide
partiel, pour expulser l'air occlus dans les pores. Nous avons en effet
observé que la plupart de ces matières, après immersion dans le pétrole ou
dans le tétrachlorure de carbone pendant i[\ heures, à la pression ordinaire,
(') Comptes rendus, t. 172, igo.i, p. 854.
(*) Séance du i""" mai 1922.
SÉANCE DU 8 MAI I922. 1233
contenaient encore de l'air occlus qui ne disparaît que sous l'effet du vide
partiel.
Après chauffage à 200° on observe que la couleur des éprouvettes a
varié, par suite de la décomposition partielle des matières organiques
qu'elles renferment toutes. Ces matières organiques ne disparaissent
qu'après chauffage prolongé au rouge en atmosphère oxydante.
Jusqu'à 300° la perte au feu est peu sensible pour les argiles, les kaolins
et les bauxites. Toutefois, on observe que la bauxite de Maussannes, qui
contient 25 pour 100 d'eau de combinaison en perd près de la moitié,
tandis que la bauxite du Var qui contient i5 pour 100 d'eau, n'a perdu
que I pour 100 (eau hygrométrique).
Le kaolin d'Algérie qui contient 23 pour 100 d'eau perd également une
quantité d'eau notable à la température de 300".
Après chauffage a 3oo° les éprouvettes, faites avec les matières broyées
puis agglomérées, se délitent encore lorsqu'on les met dans l'eau. Mais
entre 300" et 400° ces éprouvettes agglomérées subissent une transforma-
tion spéciale. Elles deviennent dures, ne se délitent plus ni dans l'eau
froide, ni dans l'eau bouillante, que cette eau soit additionnée ou non
d'une petite quantité d'acides ou d'alcalis. On peut dire qu'elles sont
céramisées .
Les courbes représentées dans la figure i ci-après représentent les pertes
au feu des matériaux suivants :
V, bauxite du Var; C, kaolin des Eyzies; A, kaolin d'Algérie (région
de Bône); M, bauxite de Maussannes.
On voit par ces courbes que ces différentes matières, à la température
de 600", perdent à peu près la même quantité d'eau de combinaison,
soit i3 à i4 pour 100. Celles qui contiennent une plus grande proportion
d'eau de combinaison la perdent vers 3oo''. Il y a donc pour les bauxites,
comme pour les kaolins, un même hydrate fixe qui se décompose à 600° et
qui renferme \l\ pour 100 d'eau.
La courbe M 6 est celle d'un morceau de bauxite de Maussannes brute; la
courbe M/) est celle de même bauxite pulvérisée et comprimée à 377''^; la
courbe Mm est celle de la même bauxite broyée et préparée en pâte molle;
la courbe Cp est celle d'une éprouvette en kaolin des Eyzies, préparée en
poudre humide à la pression de 377''S; la courbe Cm est celle du même
kaolin préparé en pâte molle.
Il faut retenir de ces expériences deux observations nouvelles :
i** Les substances (argiles, kaolins, bauxites) qui renferment plus de
1234
ACADÉMIE DES SCIENCES.
i4 pour loo d'eau de combinaison perdent l'excès de cette eau vers ^oo" et
avant 600°.
900"
Soo'
y 00"
eoo"
w
<v
500'
5
«te
p ^
f-»
Soo"
é
200°
100"
o
v|
c
•
A
M
J
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/ y
-^y
/
i^
<
^ -*
v/ c
/A
/m
/
Fi^. 1.
\j /
5 10 15 20 25
Pertes au feu ^L
10 15 20 25 30 35 A-O ^S
Porosi iés y^
2° Ces substances, qui sont plasliT|ues, à des degrés divers (ainsi que les
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1235
silices d'infusoires), durcissent vers 4oo*» avant la déshydratation normale
lorsqu'elles ont été agglomérées au préalable; alors elles ne se délitent plus
dans Teau ordinaire ni dans l'eau alcalinisée ou acidulée, soit à froid, soil à
Tébullition.
CHIMIE ORGANIQUE. — Étliers liomocamphoriques neutres et leurs produits
de réduction. Note de M. Palfray, présentée par M. A. Haller.
Dans une Note précédente ('), nous avons étudié les cyanocampholates
de crésyle et leur produit de réduction qui est Valcool v.-amino-homocam-
pholique.
Le simple rapprochement des deux acides cyanocampholique et homo-
camphorique, montrent quils possèdent un carboxyle identiquement placé
et particulièrement difficile à réduiic :
\ ^^ " \œOH ^ " \COOH
Acide cyanocampholique. Acide hoinocamphorique.
Il nous a paru intéressant de rechercher comment se comporteraient, à la
réduction, les éthers-sels de ce dernier.
L'homocamphorate de diéthyle, déjà décrit par M. A. Haller (-), devait,
par voie de réduction, nous donner le glycol correspondant :
En fait, il nous a fourni un corps qui, bien que distillant à température
fixe, s'est montré à l'analyse être un mélange de glycol et d'éther-alcool,
d^où nous n'avons pu isoler le glycol qu'à la suite de grandes difficultés.
Aussi, nous inspirant d'une observation faite, dans un cas du même
genre, par M. A. Haller et M'"^ Ramart-Lucas ('), nous avons préparé un
éther mixte d'éthyle et de phényle qui, grâce à son point d'ébuUition plus
élevé, a pu être séparé par simple distillation.
Éther homocamphoriqur mixte i'éthyie-phényie. - Pour préparer cet
(') Comptes rendus, l. 172, 1921, p. y8o
(2) Comptes rendus, t. 109, 1889, p. ii3.
{^)- Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 683.
1236 ACADÉMIE DES SCIENCES.
élher, nous sommes parti de l'éther homocamphorique acide :
\COOH
obtenu lui-même suivant la méthode décrite par M. A. Haller (' ).
Par l'action de SOCP sur cet éther-acide, on obtient directement le
chlorure d'acide correspondant.
Au moyen d'un entonnoir à brome, ce corps, dissous dans G*H^, est versé, goutte à
goutte, sur du phénate de sodium en léger excès. Après un court chaufTage au bain-
marie, la réaction est terminée, ce qui se reconnaît à la dissolution du phénate solide.
On reprend alors par l'eau, puis par CO^Na^. La solution benzénique, isolée par
décantation, est sécliée. On- chasse le benzène et distille dans le vide. Au voisinage
de ioo° le phénol en excès passe en grande partie, mais les dernières traces ne s'éli-
minent que vers 200°. Enfin la portion principale distille à 22i°-224° sous la""*-!/^"""-
A partir de ioob d'homocamphorate acide nous avons obtenu iiSe d'homocamphorate
mixte
\C02C«H6
sensiblement pur, soit 82 pour 100 de la théorie. En dissolvant ce corps dans l'alcool
et en le précipitant par un peu d'eau, on achève la purification. Enfin, par redissolution
dans l'alcool absolu et évaporation lente, nous l'avons obtenu en belles tablettes très
allongées, fondant à 5i°-5i°,5. Le pouvoir rotaloire, dans l'alcool absolu, pour une
concentration c =:= 9,642, est [a]â^ = -t- 27°35'.
Cet élher mixte a été soumis à la réduction par le sodium et l'alcool anhydre. Puis
l'alcool ayant été chassé, la liqueur alcaline a été épuisée par l'éther. Par distillation
de la solution éthérée, nous avons obtenu le glycol cherché : "
XCH^OH
La liqueur alcaline sursaturée par SO*H^ nous a fourni un acide-alcool :
^^ \COOH
Glycol homocamphorique : C^H'* <('p„.^^„ • — La portion éthérée
dont nous venons de parler, dûment séchée et finalement soumise à la dis-
tillation dans le vide, nous a donné immédiatement un corps passant
à 174**- 175** sous 12°^'^. Les vapeurs se condensent en un liquide incolore,
extrêmement visqueux, qui, frotté au moyen d'une baguette de verre, sesoli-
(*) Comptes rendus^ t. 109, 1889, p. 11 3.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1287
difie et durcit presque instantanément. Le rendement atteint 60 pour 100.
Ce glycol, dont la composition a été vérifiée par l'analyse, est très soluble
dans l'alcool et Téther; il est, au contraire, à peu près insoluble dans G"H^,
même à l'ébuUition.
Par évaporation très lente de la solution éthérée, on l'obtient en beaux
cristaux fondant à ôS'^-ôS^jS.
Pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu pour c = 5,549 •
r.'L' I 'L j i j r-8TJM/CH2-CH2_0 — C0NH-C«H5
Dipnenyiuretnane du glycoL : L. ri Xpu j q _ /^o \H _ r« H» ' "
Obtenue par action de l'isocyanate de phényle, en chauffant pendant
quelque temps son mélange avec le glycol. Cristallise dans Falcool absolu
en belles houppes nacrées et soyeuses, fondant à i lÔ"- i iS^jS.
Pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu pour c = 5, '7 16 :
[a]5'=: + 3i°29'.
Dérive di-acetyLe du giycot : W n^ i^y,, ^^2 P„3 •— Prépare par
action du chlorure d'acétyle, en présence de pyridine. Liquide assez mobile,
distillant à i82°-i83'', sous iS""".
Pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu, pour c =■ 13,370 :
[a]g»=rr + 52°36'.
Derwe di-benzoyie du glycoL : Lr W içyj^ rn^rsH^ * ~ irend
naissance par l'action du chlorure de bénzoyle en présence de pyridine.
Exige un chauffage beaucoup plus prolongé que pour le dérivé acétylé.
Liquide très visqueux, sans tendance à solidification, même à — 15°.
E,2-. 295° Soo"
Eo- ^ 276'»-277°
Pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu pour c := 9, 226
Acide-alcool : G^H'^y „^„ . — La liqueur sodique provenant de
la réduction de Thomocamphorate neutre est précipitée par l'acide sulfu-
rique ou chlorhydrique. Dans !e cas de l'homocamphorate d'éthyle-phényle
on est gêné par la présence du phénol. Dans le cas de l'éther diéthylique,
1238 ACADÉMIE DES SCIENCES.
au contraire, on obtient, par repos de la liqueur acidiiiée, un feutrage de
fines aiguilles qui peuvent atteindre jusqu'à 3^='" ou 4*"" de longueur. Après
recristallisalion dans l'éther et finalement dans l'alcool absolu, le point de
fusion se fixe à i3o*'-i3i*'.
La composition, vérifiée par l'analyse élémentaire et par un dosage acidi-
métrique, répond à la formule ci-dessus.
Pouvoir rotatoire dans l'alcool absolu pour une concentration c == 7, SSg :
CFIMIE ANALYTIQUE. — Sur le dosage de l'azote ammoniacal dans les matières
organiques azotées^ et particulièrement dans les matières protèiques et leurs
produits de dédoublement. INote ( ' ) de M. J. Froidevaux, présentée par
M. Lindet.
Le dosage de i'azole ammoniacal, en présence d'azote organique et
principalement d'azote protéique, utile par exemple dans les recherches des
altérations de produits alimentaires, a toujours été considéré comme un
problème délicat ; il est en efiet presque impossible, quelles que soient les
méthodes employées, d'éviter une légère attaque de la molécule protéique
et, l'ammoniaque provenant de cette dégradation, venant s'ajouter à l'azote
ammoniacal préexistant, fausse les résultats d'une façon très appréciable.
Nous avons fait antérieurement, avec la collaboration de M. H. Yanden-
berghe, des essais qui nous ont permis de doser l'azote ammoniacal dans la
cyanamide calcique, d'une façon suffisamment exacte; nous avons donc
pensé appliquer ces principes à la détermination de l'ammoniaque, en
présence des matières protéiques, de leurs produits de dédoublement, ainsi
que de queUjues autres CQrps appartenant également à la fonction amide,
et dont nous n'avions pas encore étudié l'influence sur ce dosage.
Nous avons été ainsi amené à examiner l'action qu'exerce la soude
concentrée, lorsqu'elle se trouve en contact avec une solution d'une matière
prot'éique renfermant de l'azote ammoniacal libre ou combiné; nous
nous sommes lendu compte qu'à la température ordinaire, l'azote prove-
nant de l'ammoniaque libre, des sels ammoniacaux ou des aminés, pouvait
être considéré comme entièrement dégagé au bout de 8 heures, dans les
conditions de l'expérience. L'azote protéique, au contraire, ne se libère
(') Séance du i*"" mai 1922.
SÉANCE DU 8 MAI I922. Il3g
qu'extrêmcmeiiL lentement ; quant aux amino-acides, la soude ne possède
sur eux qu'une action presque nulle. L'atta(]ue de la molécule protéique
est évaluée à l'aide d'un graphique, qui permet de tenir compte de l'azote
organique dégagé au cours de l'opération (' ).
Le dispositif de l'appareil que nous préconisons présente certaines analogies avec
l'appareil de Folin ( '). T^'air aspiré, à la vitesse d'environ i5o à 200 bulles par minute,
S 22
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-S
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•^ 4
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0 2 ^. 6 8 10 It It 16 18 20 22 Ih 26 ZÇ, ,30
Temps en heures
Abscisses : temps eu heures.
Ordonnées : Azote libéré par la soiule, en milligrammes.
barbote tout d'abord dans une solution dacide sulfurique étendu, dans laquelle il se
débarrasse des traces d'ammoniaque qu'il est susceptible de contenir, puis il pénètre
dans le flacon-laboratoire, où nous avons introduit au préalable i.5""' de la solution à
analyser et 35'='°^ de soude à 60 pour 100 (600s de soude pure, en plaques, par litre).
A la sortie de ce flacon, le courant d'air entraînant l'azote ammoniacal dégagé passe
par un tube recourbé de 4o'"" de hauteur, lequel est destiné à arrêter les projections
(') Différents auteurs oui utilisé dans leurs travaux, des graphiques mettant en
valeur les différences de vitesses de deux phénomènes superposés de même nature
(soit, par exemple, des différences de \itesses de volatilisation, soit des dilTérences
de vitesses de réaction) : M. Marqueyrol, Dosage du camphre dans les poudres sans
fumée {Annales de Chimie analytique, l. IG, 1911, p. 209). — D. Florentin et
II. Vandenbkrghe, Méthodes de dosage des carbures aromatiques dans les essences
de pétrole\Bullelin de la Société chimique, t. 27, 1920, p. iSg). — J. Froidevaux et
H. Vandenberghe, Dosage de l'azote ammoniacal dans les engrais complexes à base
de cyanamide calcique et de sels ammoniacaux {Journal « Chimie et Industrie »,
vol. k, n° o, 1920, p. 61 ,î),
(■-) Cependant, contrairement à cet auteur, nous n'opérons jamais à une tempéra-
ture supérieure à la température ordinaire.
I24o ACADÉMIE DES SCIENCES.
de soude qui pourraient se produire, puis il arrive dans un flacon laveur, contenant
un volume déternainé d'acide sulfurique décinormal.
L'opération dure environ 3o heures, on l'in Le r rompt, à différentes reprises et à
plusieurs heures d'intervalle, pendant quelques minutes, afin de changer les flacons
laveurs, et prendre le titre de la liqueur acide qu'ils renferment.
Lorsqu'on fait réagir la soude, dans ces conditions, sur des matières protéiques, il
sera facile d'en déduire l'azote ammoniacal qu'elles contiennent. Il suffira de cons-
truire les courbes représentatives des pertes totales d'azote, en fonction du temps, et
dont la forme générale est représentée par le tracé ci-dessus.
La partie CD, de la courbe ABCD, correspond à la perte en azote ammoniacal, la
partie CB à une perle d'azote ammoniacal et d'azote protéique, la partie AB à une
perle d'azote protéique. L'ordonnée correspondant aux points de rencontre des deux
droites AB et CD indique la teneur en azote ammoniacal.
En suivant le mode opératoire qui vient d'être exposé, nous avons efiectué des
dosages d'azote ammoniacal en présence des corps menlionnés dans le Tableau ci-des-
sous, auxquels il avait été ajouté des quantités déterminées de sulfate neutre d'ammo-
nium :
Les essais
ont été elFectués Azote ammoniacal
sur 08,5 de chacun SO^NH'')' — „■ ■ '■
des corps suivants : ajouté. préexistant. total. trouvé.
g ' g g . s
Ovoalbumine. . o,i4 o,oo34 o,o33i o,o33i
Picptone o,io o,oo34 0,02^6 0,0246
Tyrosine 0,11 o o,0233 o,o232
Tryptophane 0,12 o o, 025^5 o,0255
Phénylalanine 0,10 o 0,0212 0,0210
Chlorhydrate d'histidinp .. . 0,09 o 0,0191 0,0191
Créatine OjOg o 0,0191 0,0189
Urée 0,06 o 0,0127 0,0126
» o,io o 0,0212 0,0212
» 0,12 o 0,02545 0,0255
» 0,16 o o,o339 o,o334
Acide urique 0,11 o o,o233 o,023i
» o,i3 o 0,0275 0,0272
» o , 1 5 o o , o3 1 8 o , o3 1 9
Cette méthode permet de tenir compte de l'azote organique hydrolyse pendant l'opé-
ration ; grâce à cette circonstance, on peut donc considérer les résultats obtenus
(l'erreur moyenne étant d'environ ± o,5o pour 100 de l'azote ammoniacal) comme
très voisins des chiffres théoriques.
MINÉRALOGIE. — Sur la becquerélùe, nouveau minéral radioactif.
Note de M. Alfred Schoep.
Certains morceaux de pechblende prorenanl de la mine de Kasolo, au
Katang^a (Congo belge), sont entourés d'une croûte cristalline, parfois
SÉANCE DU 8 MAI I922. 124l
assez épaisse, de couleur jaune serin dans les parties directement en contact
avec la pechblende et se teintant d'orange dans celles qui s'en écartent
davantage. Cette croûte est formée d'un minéral se clivant facilement.
L'état du clivage se rapproche de celui du clivage de la calcite.
Ce minéral jaune remplit jusqu'aux moindres fissures de la pechblende.
Je l'ai trouvé également dans de petites cavités de celle-ci à l'état de cris-
taux assez bien formés, Jiiais très petits, ayant de o™™,'!^ à o"'",oG, d'un
jaune brunâtre, à l'éclat résineux, à côté de cristaux de curite, de soddile
et de quelques rares aiguilles d'anglésitc
L'anal N se microchimique de ces cristaux et de la croûte cristalline
révèle la présence de l'uranium et du plomb. Ce dernier élément, dans les
fragments de couleur jaune serin, n'existe qu'à l'état de traces infinité-
simales.
Je n'ai pu trouver jusqu'ici qu'un seul cristal assez grand pour être
mesuré au goniomètre. Mais à l'aide des autres cristaux, j'ai pu déterminer
<|uelques-unes de leurs principales propriétés. Ils appartiennent au système .
rhombique et possèdent deux clivages parfaits, suivant /? (001) et sui-
vant m (110). Les lamelles de cUvage (001) montrent une belle figure d'axes
optiques; elles sont perpendiculaires à la bissectrice aiguë. Ces cristaux
sont optiquement négatifs.
L'angle mm (110) : (iîo) est \oisin de 62° et l'angle m^» (110) : (010), de 59°.
Une macle polysynthélique, analogue à celle de l'aragonite, est très fréquente. Les
lamelles (001) n'ayant que quelques centièmes de millimètre d'épaisseur, sont
dichroïques : jaune foncé suivant rig. et jaune pâle suivant n,„. Les deux indices de
réfraction /i,, et n,„ sont supérieurs à celui de l'iodure de méthylène employé et dont
rindice de réfraction était de 1,756. Les lamelles (110) présentent un dichroïsme
beaucoup plus intense, surtout lorsqu'elles sont très minces (o™"',oi); on trouve
alors qu'elles sont incolores suivant np et jaune, perpendiculairement à /i/,. J'ai
trou\é que «/, était sensiblement égal à i ,706 et que la biréfringence était comprise
entre o,oi5 et 0,019.
L'analyse chimique d'une portion très pure du minéral a donné :
AïKilysc 1. Vnal\sc '2. Movcnnes.
H-O 5,82 5,82 5,82
UCP 86.33 86,70 86, 5i
Fe^O-* 0,54 0,54 o,5'f
PbO ...." 0,29 5,22 5,25
SiO- 0,98 0,68 o,83
SO^ i.oo 1,02 1,01
Total 99 , 96 99 > 98 99 • 9^^
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 19.) ^"-^
1242 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ces deux analyses ont été faites sur du minéral réduit en poudre et séché à loo*
jusqu'à poids constant. Le dosage de l'eau a été effectué sur o?,25o6 ; celui de l'anhy-
dride sulfurique sur os,25o ; les autres éléments ont été dosés sur os,5oo.
Les 5,82 pour 100 d'eau trouvés ne représentent qu'une partie de l'eau contenue
dans le minéral. Celui-ci, séché à l'air ( 17° C.) pendant plusieurs jours, perd à l'éluve,
à 100°, /il 21 pour loo d'eau après 5 heures 3o minutes de chauffe, puis reste constant.
Le minéral renferme donc l\,i\ 4- 5,82 = 10, o3 pour 100 d'eau.
On peut considérer SiO^ et Fe-0' comme des impuretés ; une partie de
PbO et SO' correspondent à quelques aiguilles d'anglésite qui n'ont pu
être éliminées.
Le minéral pur est donc un hydroxyde d'uranium dont la composition
chimique déterminée sur la poudre sécliée à l'air donnerait :
H^O 10, o3
UO^ 83.01 (').
En rapportant ces chiffres à 100, on trouve :
A'oiiilire moléculaire.
H^O 10,78 0,598
UO^ 89,21 o,3io
ce qui conduit à la formule
U0^2H20.
Sa radioactivité diffère peu de celle de la pechblende.
Ce minéral est nouveau. Je propose de lui dojiner le nom de becquerélile,
en l'honneur de A. -Henri Becquerel.
GÉOLOGIE. — De V origine fluviale delà baie du Lévrier,
Note de M. A. Gruvel, présentée par M. L. Mangin.
La baie du Lévrier, la plus belle rade naturelle de la côte occidentale
d'Afrique, dans laquelle est en train de se développer le grand centre de
pêcheries de Port Etienne, a, comme on sait, la forme d'un vaste triangle
rectangle, dont l'hypoténuse serait représentée par la ligne unissant le
fond de la baie de l'Archimède au cap Saint-Anne, l'un des cotés de l'angle
droit réunirait le cap Saint-Anne au cap Blanc et l'autre côté serait formé
par la réunion du cap Blanc à la baie de l'Archimède.
(') Correspondant à 86.5i pour 100 du minéral séché à 100"»
SÉANCE DU 8 MAI 192a. 1243
Nous avons été parmi les premiers à faire connaître la constitution géo-
logique de la "presqu'île du cap Blanc qui ferme la baie à l'Ouest et, après
l'étude de la direction générale et de la constitution de ses falaises, nous
avions émis l'hypothèse que cette magnifique baie était probablement
l'ancien estuaire d'un grand fleuve saharien.
Mais les preuves, recherchées cependant avec beaucoup de ténacité, nous
avaient manqué jusqu'ici. Il nous avait été impossible, en effet, de retrouver,
aussi bien dans les vases de la baie que dans le sable des rives, un animal
d'eau douce quelconque, et nos successeurs dans ces recherches : notre
regretté ami Chudeau et Henry Hubert, qui ont tant contribué à la con-
naissance géologique de l'Afrique occidentale française, n'ont pas été plus
heureux que nous.
Or, dans une magnifique collection de mollusques, recueillie avec beau-
coup de peine, pendant un séjour d^e quatre ans à Port Etienne, par le
Médecin des Colonies et M™*' Soing, et qui nous a été remise pour le Muséum,
nous avons eu la chance de rencontrer quelques échantillons sub-fossi/es,
recueillis dans le fond de la baie de l'Archimède, de Potamides fuscatus L.,
qui est, par excellence, avec une forme voisine : Potamides radiila L., une
forme à' estuaires africains.
Le doute n'est donc plus possible et la baie du Lévrier est bien, comme
nous l'avions supposé dès le début, l'ancien estuaire d'un grand fleuve, tout
comme, certainement, la baie du Rio de Oro.
On rencontre, actuellement vivantes, dans l'estuaire du Sénégal, et en
très grande quantité, ces deux mêmes espèces de Potamides.
GÉOLOGIE. — Sur la limite du Bathonien et du liajocien en Lorraine.
Note de M. PaulThiéry, présentée par M. Pierre Termier.
Tous les géologues (') qui, jusqu'ici, ont étudié la région lorraine ont
été d'accord pour considérer comme couches terminales du Bajocien les
calcaires à polypiers qu'ils rangent dans une zone à C. llumphriesi et
C. Blagdeni.
(^) Terquem et JouRDY, Monographie de l'étage Bathonien dans le département
de la Moselle {M. S. G, F., 2'' série, t. 9, 1869). — Rolland et Nicklès, Explication
de la Carte géologique de Metz^ 1900. — Joly, Le Jurassique inférieur et moyen
de la bordure nord-est du Bassin de Paris, 1908. — Nicklès, Explication de la
Carte géologique de I^ancy, 191 3.
Je ne mentionne pas le travail de Braconnier dans lequel ont été établis des étages
1244 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le Batlionieii esL alors divisé en :
Bathonien supérieur : Calcaires oolithiques (Dalle dEtain) passant laté-
ralement à un faciès marneux. Marnes à Ostrea Knorri surmontant des
bancs puissants de calcaires bleus, devenant jaunes par altération et ren-
fermant : ]Vaid/ieimia lagcnalis, Perisphinctes proccrus, Rynchonella varians .
A la base, des marnes à Ostrea acuminata.
Bathonien moyen : Caillasses à Anabacia orbidi/es ei Ostrea cosiata sur-
montant, dans la région de Jarn\ , une assise marneuse (Marnes du Jarnisy)
à Waldheimia ornilhocephala^ Ostrea acuminata; au-dessous existe, dans la
région de Metz, un assez grand développement de calcaires blancs, à
oolitlies miliaires (Ooiithe de Doncourt), qui reposent sur un massif de
marnes colorées avec grosses oolithes ferrugineuses (Marnes de (iiavelotte)
avec Ostrea costata.
Bathonien inférieur : Calcaires oolithiques jaunes, tendres, généralement
sableux (Ooiithe de Jaumont), surmontés par des alternances de calcaires
durs lumachelliques et de marnes parfois très fossilifères avec Ostrea aca-
ndnata abondantes, Paridnsonia Paridnsoni, Echinobrissus clunicularis. Au-
dessous de rOolithe de Jaumont existe un niveau de marnes, parfois
sableuses (Marnes de Longwy), avec Ostrea acaminata.
Celte classification a été étabhe en partant du fait que TOolithe de
Jaumont présente de fausses stratifications semblables à celles que Ton
observe dans les Stones/îeld Siates, en Angleterre; du moment qu il y avait
identité de faciès, il fallait rapporter TOolithe de Jaumont au FuUersearth,
bien que les couches subordonnées renferment des fossiles qui, partout
ailleurs, sont considérés comme bajociens.
MM. Haug (')et Lissajous (-) ont fait observer qu^lne partie des couches
du Bathonien lorrain devaient être rangées dans le Bajocien supérieur; ces
(désignés par des lettres et des appellations locales) (|ui, le plus souvent, ne corres-
pondent pas à ceux qui sont employés courammenl.
.le crois devoir signaler l'ouvrage de M. Rollier : Les faciès du IJog;^er ou Ooti-
thique dans te Jura et les régions voisines, 191 1, dans lequel l'auteur a créé bien
inutilement un étage Batkien, qui correspond au Bathonien inférieur des géologues
lorrains, tout en rangeant l'oolithe ferrugineuse de Bayeux dans le Bajocien.
(') Haug, Les chaînes subalpines entre Gap et Digne {B. C. G. F., t. 3^ 1892,
p. 72).
(-) Lissajous, Couches à Ostrea acuminata et Fullers'earth {B. S. G. F., 4" série,
l. 10, lyio, p. 2.56).
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1245
remarques semblent être restées ignorées des auteurs qui onl étudié la
région.
Si l'on considère le Bajocien comme se terminant avec les calcaires à poly-
piers, cet étage présente une lacune; en rangeant ces calcaires à polypiers
dans une zone à C. Humphriesi et C. Blagdeni, on croit les assimiler à
Toolithe ferrugineuse de Bayeux : il n'en est rien, car C. Eunwhriesi n'existe
plus dans cet horizon et il ne se trouve associé à C. Blagcleni que dans la zone
à Wilchellia Romani. Les calcaires à polypiers du Bajocien lorrain se
trouvent donc situés au-dessous d'un horizon qui doit correspondre à
Toolithe de Bayeux.
Celle-ci est représentée par le Balhonien inférieur et par une partie du
Bathonien moyen, tels qu'on les comprend actuellement, ainsi que le
prouvent les céphalopodes recueillis dans ces horizons. Les Marnes de
Longwy ont fourni : Cosmoceras lojigoviciense, espèce très voisine de Cosmo-
ceras Garanti, Strenoceras suhfuvcatum ( = niortrnse)^ Stepheoceras Blagdem.
Dans les Marnes de Gravelotte, situées au-dessus de l'Oolithe de Jaumont,
on a recueilli : Parlànsonia Parkinsoni ^ Neuffensisy Tessoni, Perisphinctcs Mar-
tinsi. Cette association d'ammonites prouve bien que les couches auxquelles
elles appartiennent font partie de la zone à Cosmoceras Garanti^ c'est-à-dire
du Bajocien supérieur. Il y a lieu d'ajouter que, dans la région lorraine,
cette zone comporte souvent, à sa partie inférieure, un horizon coralligène
plus ou moins développé : c'est le calcaire à Clypeus Ploti et polypiers, qui
est l'équivalent des Clypeus grit des Cotleswolds ; quant au calcaire blanc
qui surmonte cet horizon, il correspond au white freestone du Dorsel et au
ragstone de Cheltenham.
De ce qui précède, il résulte q-u'on doit seulement faire commencer le
Bathonien avec les Caillasses à Anahacin porpitcs ('), Paricinsnnia Wiirttent-
hergica, Prcten vagans^ Zeilleria digona, qui constituent le Bathonien infé-
rieur (zone à Opptdia fusca) .
Quant au Bathonien supérieur (zone à Oppelia nspidoidcs), il comprend
des calcaires blancs oolilhiques (Dalle d'Etain) à Pcrisphinctes snbhackeriœ,
proceriis, Lyonsia peregiina, Pleuromya seciiriformis, Trigonia elongata,
Echinohrissus clunicularis, qui passent latéralement aux marnes et ovoïdes à
Lyonsia pcregrina de la région deToul. La base de cette zone est constituée
(•) Anabacia porpites VV. Smith iSiG {Madreporo) = Anabacia complanala
Defrance \^-?.o {Fiingia) = Anabacia orbuliles I>amouroux iSn (Fiingia).
1246 ACADÉMIE DES SCIENCES.
par des marnes noires ou grises avec lits de calcaires terreux ou de calcaires
ferrugineux renfermant : Perisphinctes proeerus^ Sphaeroceras Ymir^ Ostrea
lotharingica ('), Rhynchonella Alemanica (^), Waldheimia lageiialis, etc.
GÉOLOGIE. — Sur les températures à différentes profondeurs de la fosse
du Cap-Breton. Note de M. J.-B. Charcot, présentée par M. Pierre
Termier.
Dans une Note (' ) sur la formation du Gouf de Cap-Breton, M. Gh. Gor-
ceix regrette que des températures n'y aient pas été prises à différentes
profondeurs avec des instruments fiables.
Nous sommes en mesure de donner satisfaction à M. Gorceix, après
avoir dépouillé les observations rapportées par le Pourquoi Pas? sous notre
commandement, en juin 1913, puis en juillet j9i4-
La décroissance de la température en allant vers le fond, dans les quatre
coupes océanographiques de 191 3 et les cinq de 1914? est absolument
normale et régulière.
En juin 1913, la température de surface étant de 16*^, et en juillet 1914
de 21^ dans les neuf observations des deux années, la température à 5o™ ne
varia que de 12", 3 à 12'', 9; à 100°', de 11°, 9 à 12*'; à 200'", de 11", 4
à I i°,6;à 3oo"\ de 11° à 11'', 4 et à 650"", elle était de 10°, 4.
Ces températures ont été prises, en suivant une technique rigoureuse,
avec le même thermomètre à renversement Richter, contrôlé et étalonné.
Elles concordent avec les prévisions de M. Gorceix et semblent confirmer
sa thèse.
Par contre, ces observations qui avaient été répétées à i3 mois d'intervalle
pour mieux contrôler les hypothèses et recherches de M. P.-E. Dubalen,
permettent d'affirmer, grâce à la perfection des instruments employés et
(*) OsLrea lotharingica de Grossouvre =r Ostrea Knorri Voltz in Zieten, non in
d'Orbigny (voir de Grossouvre, Sur le système oolithique inférieur dans la partie
occidentale du Bassin de Paris {B. S. G. F., 3^ série, t. 15, 1887, p. 5i6).
(-) Les échantillons de Rhynchonella varians pris comme types par Schlotheim
{Petrefactenkûnde, 1820, p. 267) provenant de l'Hauterivien, M. Rollier (/oc. cit.,
p. 218) a proposé de donner le nom de R. Alemanica à l'espèce bathonienne rap-
portée à tort à R. varians (voir IIaas et Pétri, Z>«e Brachiopoden der Juraformation
von Elsass-Lothringen, p. 229; pL VI, fig. i2-i3).
(^) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 557.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1 247
à la rigoureuse méthode, que les anomalies de température, 12° a 3o™
et 29° à 200'" qui ont fait dire à ce chercheur que la fosse du Caj)-Breton
était le prolongement de la faille à eaux chaudes de Dax ('), provenaient
vraisemblablement de l'emploi de thermomètres défectueux, ou d'une
méthode insuffisamment précise, d'autant plus que quelques-unes de nos
coupes ont été pratiquées aux points indiqués par M. Dubalen lui-même.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Le Wùrmien dans les hautes vallées de la Cêre
H du Goal (Cantal). Note de M"'' Yvon.ve Buisse de Black, présentée par
M. Emile Haug.
I^bauché dès le Rissien, le réseau hydrographique, qui draine aujourd'hui
le Cantal, doit son creusement à Térosion wiirmienne. A la fin du cycle
de Wiirm, les thalwegs ont été abaissés à leur niveau actuel et même plus
bas, car, sur certains points, il y a eu remblaiement. Cette érosion a été très
intense. Elle a poussé les têtes des ravins jusque dans certains cirques
rissions et même mindéliens. Elle a, par places, complètement arasé les
reliefs de l'aug^e rissienne.
Certaines vallées ^viirmiennes du Cantal ont été occupées par des glaciers ;
d'autres ne l'ont pas été, d'où des profils très différents pour des vallées
parfois voisines.
L'auge wiirmienne du (îoul conserve, jusqu'à su tote, un profil en V à
biseau très aigu. Le placage de boue glaciaire de son thalweg, au pont de
Cropières, est incompatible avec sa topographie; sans doute s'agit-ii là de
l'elfondrement d'un lambeau de terrasse rissienne.
Le contraste entie la vallée du Goul et celle de la Cère est frappant.
L'auge wiirmienne de cette dernière, de Vie à Carnéjac, montre un profil
en U des plus nets. En amont de Vie, par contre, les traces glaciaires sont
peu évidentes. On y rencontre deux cirques emboîtés : le cirque rissien de
Thiézac, le cirque mindélien de Saint-Jac({ues, qui ont dià servir de réser-
voir névéen au glacier wiirmien de la Cère. Ainsi donc, ce glacier, de type
alpin, se serait étendu, sur une longueur de i5''™, de Vie à Carnéjac.
Vers son extrémité inférieure, il paraît avoir débordé l'auge rissienne et
atteint une puissance de près de loo'" (Puy de Gaillac). Le glacier a été
(' ) P.-E. DuBALEX, Eaux thermales des Landes et la fosse du Cap-Breton (Extraits
des Procès-verbaux de la Société linéenne de Bordeaux^ janvier 191 2),
1248 ACADÉMIE DES SCIENCES.
arrêté par buttement contre lextrémité nord-ouest de ce puy, (|ui a joué, à
travers la vallée, le rôle d'un verrou.
La structure de son appareil frontal présente plusieurs particularités
intéressantes. Dans cette région existent, parallèlement à la Gère et sur sa
rive gauche, deux vallons décapités par la Gère rissienne : celui de Mon-
teidou et celui de Vézac; un vallon mindélien non décapité, celui de Lagane,
se réunit aux deux autres près de Yézac. Le glacier wiirmien de la Gère a
envahi, par le haut, les deux premiers de ces vallons et édifié des moraines
terminales sur les seuils qui les séparent de la Gère. La plus importante de
ces moraines est celle de Louradou. Il a, en outre, envoyé un diverticule
dans le vallon de Lagane et l'a obstrué d'un tampon morainique en amont
duquel s'est formé un lac temporaire de barrage. A la hauteur de Garnéjac,
la Gère recevait, comme affluent de droite, le vallon de Giou-de-Mamou,
parallèle, lui-môme, à celui de Boussac. Un diverticule du glacier wiirmien
de la Gère ayant obstrué par sa moraine la partie inférieure du premier de
ces vallons, son ruisseau s'est déversé dans le second à la faveur d'un col.
Il y a là un cas de migration très clair.
Les saillies du verrou de micaschiste sur lequel repose l'appareil fronto-
terminal ont été transformées en buttes moutonnées (Runhac, Salés). La
moraine frontale, mélange à éléments très frais de boue glaciaire et de blocs
striés pouvant atteindre s>o'"', forme un rallum en arc de cercle de 2 5"' de
puissance et de i5oo" de développement, entre Garnéjac et Roquette. Eu
amont s'arrondit l'amphithéâtre pré-morainique, en\ahi par des prés maré-
cageux à fond plat, où la Gère déroule ses méandres. Gelle-ci coupe la
moraine par un étroit chenal de 25"" de profondeur, qui représente son
travail érosif post-vs'iirmien. En aval de la moraine frontale s'étend en
éventail un cône de transition fluvio-glaciaire qui se prolonge, dans le
bassin d'Aurillac, par les cailloutis de la basse terrasse de 6oo'" ou terrasse
de la Ponétie. Les moraines latérales sont peu visibles, masquées par les
éboulis des pentes, les rideaux de solifluction, \es frane. La moraine pro-
fonde, observable dans le lit de la Gère, est une glaise blanche, d'origine
trachy-phonolithique, clivée par pression.
Le glacier de la Gère, lors de sa fusion, a formé les moraines frontales
de retrait de Polminhac et de (]oml)lat, qui correspondent peut-être aux
stades de Biihl et de Daun.
Les eaux de fusion du glacier de la Gère ont remanié la surface de ses
moraines frontales et déposé, tant en aval de Garnéjac qu'entre cette loca-
lité et Vie, une nappe continue de cailloux roulés, sur laquelle s'étend un
SÉANCE DU 8 MAT 1922. I2/19
manteau de limon laccordé aux dépôts des pentes. Dans la nappe de cail-
loux roulés, M. Marty a découvert, à Arpajon, des restes de Cheval, de
Renne et de Lion des Cavernes. Ces mêmes cailloutis lui ont livré, entre
Carnéjac et Vie, de nombreux silex aurignaciens, pointes à cran, becs de
canard, lames à dos rabattu, etc. De la masse du limon, il a retiré quelques
lames magdaléniennes. La partie supérieure de limon lui a livré une indus-
trie campignienne, et, de la tourbe qui recouvre celui-ci, il a extrait une
hache polie à section biconvexe.
Ainsi, le dernier glaciaire de la vallée de la Cère s'intercale stratigraphi-
quement entre les alluvions à silex chelléo-acheuléens de la terrasse du
Bousquet, qu'il ravine, et les alluvions à faune du Renne, qui le recouvrent.
C'est là un fait d'une netteté absolue et du plus haut intérêt. Il est en
concordance complète avec la chronologie de M. Boule, qui rattache au
Moustérien la dernière glaciation de l'Europe occidentale.
OCÉANOiGrRAPHIE. — Distribution du calcaire dans les globisèdiments profonds.
Note de M. J. Thoulkt.
La distribution du calcaire a élé étudiée sur 109 boudins de globisèdi-
ments profonds récoltés par le Prince de Monaco dans la région volcanique
des Açores, des Canaries et des îles du Cap Vert. On y a dosé d'abord les
éléments composants, sable et vase, pai- lévigalion et tamisages, puis, après
une attaque à l'acide suivie d'une nou\elle analyse mécanique, le sable el
l'argile décalcifiés ainsi que le calcaire par diiVérence. Les fins-fins, pour
des motifs expliqués, ont dû être joints à l'argile décalcifiée désignée alors
sous le nom de 7'ase argileuse. Tous ces sédiments provenaient de profon-
deurs comprises entre 611'" et 6o35"'.
Les divers fonds ont été, en premier lieu, classés à la manière habituelle
selon leurs proportions respectives de sable et de vase el ont donnée les
résultats suivants :
Sable S =0; sable vaseux SV = 3; vase très sableuse ^ tS — *>; vase
sableuse VS = 84 et vase V = 17 échantillons; total 109.
La prédominance excessive des vases sableuses empêche d'adopter la
grosseur des grains comme base unique d'une classification et d'une carte
lithologique des globisèdiments. Cette classification a néanmoins son utilité
car l'observation montre que les variétés de fonds rares se rencontrent le
plus souvent au voisinage immédiat d'un accident important du sol sous-
I230 ACADEMIE DES SCIENCES.
marin tel qu'un centre d'éruplion volcanique ou d'un haul-fond dont elles
signalent ainsi la présence.
Si l'on considère la teneur en calcaire des'divers fonds examinés et qu'on
en calcule la valeur moyenne pour chaque zone successive d'océan épaisse
de 1000°^, entre 611™ et 6000™, on trouve les valeurs suivantes : Entre
611"^ et 1000'" =-41 pour 100; et pour les autres zones de plus en plus
profondes, l\6, 4 ; 53, i ; 4^,8 ; 68, 8 et 48,6 pour 100.
La loi de la diminution régulière du carbonate de chaux avec la profon-
deur est donc très médiocrement vérifiée dans celle région volcanique des
Açores où cependant les eaux du fond plus que nulle part ailleurs auraient
chance d'être chargées d'acide carbonique au conlacl du sol. On sait que la
diminution du calcaire a été principalement attribuée à cette cause.
En revanche le pourcentage en calcaire permet de classer chacun d'eux dans
l'une quelconque des cinq catégories : I, faiblement calcaires (o-5 pour 100),
II, médiocrement calcaires (5-23 pour 100), III, calcaires (25-5o pour 100),
IV, très calcaires (30-75 pour 100) et V, extrêmement calcaires (75-
100 pour 100), La répartition des divers fonds esl alors beaucoup plus
régulière, ce qui était à prévoir par suite du calme des eaux profondes. En
prenant cette donnée pour base d'un sous-classement des globisédiments,
deux cartes lithologiques sous-marines ont été dressées, l'une étant une
esquisse de la région des Açores au ^^J^^^, la seconde, en quatre feuilles, de
l'archipel des Açores seul, au 7^7^. Malgré l'extrême inégalité de densité
des sondages très abondants dans certains parages et très espacés dans
d'autres, la simple inspection de ces cartes permet de faire les remarques
suivantes :
Nulle part on n'a trouvé de fonds faiblement calcaires notés I.
Les autres fonds notés II, III, IV et V sont partout franchement et
souvent même très brusquement délimités; ils possèdent respectivement
des teneurs en calcaire très voisines, différant à peine de quelques centièmes.
Sur l'emplacement supposé du banc Chaucer, 4 échantillons sur un espace
de 1° carré environ, de profondeur comprise entre 2700 ~ 2180 = 570™ de
différence ont donné 81, 81, 81 et 80 pour 100 de carbonate de chaux et le
fait semblerait plutôt affirmer l'existence du banc. Au banc Hayward
entre 2419*" et 690"^ avec différence =::i729™, 7 sondages où les sables
décalcifiés manifestaient des caractères bien volcaniques, ont fourni 56,
57, 57, 62, 52, 60 et 57 pour 100 de carbonate de chaux. Il en est de même
à la fosse de la Princesse Alice, à la fosse de l'Hirondelle, au banc José-
phine, à la fosse Monaco, etc,
SÉANCE DU 8 MAI I923. I25l
La profondeur ne semble donc pas avoir une influence très importante
sur la composition élémentaire des grands fonds constitués essentiellement
de calcaire provenant des dépouilles des globigérines vivant dans les eaux
tout à fait superficielles sus-jacentes. En outre de la preuve qu'ils apportent
du peu de mouvement des eaux profondes, l'uniformité de leur teneur en
carbonate de chaux témoigne de l'abondance plus ou moins grande mais
régulière des foraminiferes du dessus, c'est-à-dire de l'ensemble plus ou
moins favorable des conditions de vie de ces êtres : température et densité
des eaux, nature du climat, etc. Il appartient à la zoologie de découvrir ces
conditions et de les faire connaître. Cette observation océanographique
qu'un sédiment marin, quelle que soit la profondeur de son gisement, est le
reflet de la surface qui lui est sus-jacente intéresse la lithologie des mers
anciennes dont les fonds sont aujourd'hui représentés par des couches de
roches stratifiées.
OCÉANOGRAPHIE. — Sur les variatiom de composition chimique de V eau de mer
et l' évaluation de la salinité. Note de MM. Gabriel Bertrand, Freuxdler
et M"* MÉNAGER, présentée par M. A. Béhal.
La salinité de l'eau de mer, c'est-à-dire le poids en grammes des sels tenus
en dissolution dans un kilogramme de cette eau, est une donnée de grande
importance, non seulement parce qu'elle sert de base dans l'étude du dépla-
cement des masses océaniques, mais encore parce qu'elle influe dans une
large mesure sur la composition et sur l'abondance du plankton.
Malheureusemeot, il n'est pas possible de la mesurer directement par évapcration
et pesée. Si Ton opère à froid, une quantité d'eau variable est retenue par le résidu
hygroscopique et l'on obtient des chifTres trop forts. Si l'on chaufTe, les sels de magné-
sium se décomposent et l'on obtient, au contraire, des chifTres trop faibles. On ne
peut pas songer à faire une analyse cliimi([ue complète de l'eau de mer pour addi-
tionner ensuite tous les résultais trouvés : la composition de cette eau est trop cotyi-
plexe, les méthodes de dosage parfois insuffisantes, et l'analyse serait, en tout cas,
beaucoup trop longue.
On a donc été obligé de recourir à des moyens indirects : on détermine, soit la den-
sité de l'eau de mer, soit la proportion d'argent qui précipite exactement les halogènes
combinés et, dans la supposition d'une relation constante entre les chiffres ainsi
obtenus et la composition chimique, on calcule la salinité en se servant de Tables, en
particulier de celles publiées par Knudsen (').
(*) Hydrographische Tabellen, d'après les mesures de C. Forch, J. P. Jacobsen, .
M. Knudsen et S. P, L. Sôrensen: Copenhague et Hambourg. 1901.
1252 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les rapports qui existent entre les divers sels tenus en dissolution dans la mer
sont-ils assez constants pour justifier cette manière de faire ? Nous avons eu des rai-
sons d'en douter, malgré l'opinion classique, et c'est pour cela que nous avons entre-
pris les recherches dont nous donnons aujourd'hui les premiers résultats.
Ces résultats se rapportent à la différence de composition chimique rela-
tive qui existe entre l'eau de l'Atlantique et l'eau de la Méditerranée.
Nous n'avons pas dosé la plupart des éléments contenus dans ces eaux,
mais seulement les corps pour lesquels, après des expériences de contrôle
sur des mélanges ou eaux de mer synthétiques, nous avons reconnu pos-
sible d'atteindre un degré de précision assez grand : l'ensemble des halo-
gènes, le calcium et le magnésium. Nous n'avons pas cru pouvoir compter
suffisamment sur le dosage du sodium, et nous avons laissé, cette fois, celui
du potassium. Quant au dosage de l'acide sulfurique, nos expériences sur
les eaux de mer synthétiques ont montré qu'il était trop largement influencé
par la masse des sels présents (').
On connaît le grand degré de précision du dosage des halogènes par le titrage argen-
tique. Pour établir celui des dosages du calcium et du magnésium par les méthodes
dont nous nous sommes servis, nous avons opéré sur des eaux de mer synthétiques
ayant à très peu près la composition de l'eau de TOcéan. Voici les résultats que nous
avons obtenus :
Calrium introduit Différences
par litre Calcium pour 100
de solution. trouvé. de calcium.
I o",^f)5 08,455 0,0
Il os, |56 QK, 455 0,2
Magnésium introduit Diilérences
par litre Magnésium pour 100
de solution. trouvé. de mai;nésium.
I l",-?.'-2 I»,38o 0,6
Il J",:<70 i^iSo 0,3
Nous avons alors appliqué ces méthodes à l'examen d'un échantillon
récollé dans l'Atlantique, au large d'Ouessant, et sur un échantillon de la
Méditerranée prélevé au large de Banyuls. Nous avons trouvé, par litre :
Atlantique. Méditerranée.
Chlore 19^60 ^^0,96
Calcium 0,410 0,447
Magnésium i , 235 i , 355
(') l.es détails de nos expériences paraîtront dans un Mémoire ultérieur
SÉANCE DU 8 MAI 1922. I2.V>
Si les deux écliantillons n'avaient différé l'un de l'autre, sui\anL la
notion classique, ([ue par la concentration, les mêmes sels auraient dû s'y
rencontrer dans les mêmes rapports et, en passant de l'eau de rAtlanti(|ue
à celle de la Méditerranée, noiis aurions trouvé dans cette dernière, en cal-
culant d'après le chlore :
Dill'éiences p. 100
au lieu de : fie iin'-tal.
Calcium ()S,438 ©s. 44? 2>o
Magnésium •. . . 18,826 18, 355 2.3
De telles différences, de beaucoup supérieures à celles (|ui peuvent résulter
de l'emploi des méthodes analyti([ues dont nous nous sommes servis,
montrent, au moins en ce qui concerne l'Atlantique et la Méditerranée, que
la composition cliimiijue relative des eaux de mer n'est pas aussi constante
qu'on l'admet d'habitude en Océanographie (').
Par suite, la méthode actuelle d'évaluation de la salinité, établie d'après
une seule composition chimique, n'est pas valable pour toutes les mers et
doit être considérée, en général, comme approximative (^ ). Cette méthofle
peut suffire pour les besoins de la pêche et de certaines recherches biolo-
giques; mais, ne permettant pas de pousser avec certitude le degré d'ap-
proximation jusqu'à la limite de précision atteinte par la prise de la densité
ou même par le titrage des halogènes, elle doit s'effacer devant ces deux
déterminations lorsqu'il s'agit d'étudier les courants marins.
(>) Il faut probablement étendre cette conchision même auK diverses régions d'un
seul Océan. D'après les analyses de Thoulet, publiées dans le fascicule 2'2 des Résul-
tats des Campagnes scientifiques accomplies par. Albert /" (Monaco, 1902), et por-
tant sur une série d'échantillons recueillis dans l'Atlantique, les différences obtenues
en calculant la chloruration à l'aide des Tables de I\nudsen. 1° d'après le titrage à
l'argent, et 2° d'après la densité, varient de —08,07 à -+-05,07 par litre. M. Chevalier
se demande à celte occasion si ces écarts ne s'expliqueraient pas par « l'hypothèse^que
les eaux, de même densité ne contiennent pas toujours la même ((uantité de chlore ou,
en d'autres termes, ne présentent pas exactement la même composition chimique ».
(^) i:)ans une \otice publiée dans le Bulletin des Pèches de Madrid ( juillel-aoùt
1919), J.-F. Hernandez signale la différence entre la densité réelle de l'eau de la
Méditerranée et celle calculée à l'aide des Tables de knudsen d'après le titrage du
chlore. Cette différence tient évidemment à ce que les Tables ont été établies d'après
une composition chimique ne s'appliquant pas à l'eau de la Méditerranée.
1254 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PALÉONTOLOGIE. — La faune villa frcinchienne des Sables de Chagny
{Saône-et-Loire) . Note (') de M. Lucien Mayet, transmise par
M. Gh. Depéret.
Depuis le moment où, en 1893, Ch. Depéret décrivait de façon détaillée
la faune pliocène des Sables de Chagny (-), trois espèces sont venues
s'ajouter à celles déjà signalées dans cet important dépôt alluvial : Trogon-
therium Cuneri Fischer, Elephas planifrons Falconer, Cerviis aivernensis
Croizet et Jobert.
Trogontheriiim Cimeri est représenté par une demi-mandibule droite
figurée par Ch. Depéret sous le nom de Castor issiodorensis Croizet et
Jobert; par une demi-mandibule gauche provenant d'un lambeau des
Sables de Chagny existant à Curtil près Pommard; par un fémur droit
trouvé dans ce même gisement. L. Collot a montré (^) que ces divers
ossements fossiles devaient être rapportés à Trogontherium Cimeri Fischer.
Elephas planifrons. — A cette mutation ancienne du rameau phylétique
se terminant par E. meridionalis Nesti, se rapporte le squelette mis au
jour à Bellecroix, près Chagny, en juin 1920 et sur lequel nous avons,
avec MM. Pierre Nugue et J. Dareste de La Chavanne, attiré l'attention
de l'Académie ('); une dernière molaire inférieure droite donl le moulage
est au musée de Beaune (original dans la collection du regrellé D^" Loy-
dreau); une dernière molaire inférieure droite conservée à FEcole Natio-
nale des Mines et diverses autres dents trop incomplètes pour qu'il puisse
en être fait état.
Cervus arvernensis est cité d'après un fragment de bois trouvé au contact
du squelette d'iS". planifrons de Bellecroix. Le type de ce grand cerf
élaphoïde est du Pliocène le plus récent, sinon du Pléistocène le plus ancien
d'Auvergne : Perrier?, Malbattu, près Issoire. Sur notre pièce de Chagny,
qui comprend la meule, le bas de la perche et l'origine du premier
andouiller, se retrouvent les caractères de l'espèce : bois rond, sillonné,
avec premier andouiller prenant naissance au contact de la meule, ayant
(') Séance du i'^'' mai 1922.
(^) DelafoNd et Depéret, Les terrains tertiaires de la Bresse (Paris, Imprimerie
Nationale, 1898).
(') Revue Bourguignonne^ t. 16, 1906, n° 3e
(*) Comptes rendus, t. 171, 1920. p. 3o8,
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1255
une disposition proclive tout à fait caractéristique, car il se trouve déjeté
vers le bas, en avant, presque parallèlement au front de l'animal.
La liste des espèces constituant la faune des Sables de Gbagny se pré-
sente actuellement comme suit :
Equus Stenonis Cocchi. — Tapiras arvernensis Croizet el .loberl ( =: T. inlcrnie-
c^<«5 Jourdan ; T. Vialetti Xymdirà', T. minor Gervais). — Hhinoceros etruscus Fal-
coner. — Cervus {A.ris) pardinensis Croizet et Jobert. — Cervus {Elaphus) aiver-
nensis Croizet et JoberL {= C. jRoberti Pomel; C. polignacus Robert). — Cervus
{Elaphus) etueriarum Cioizel et Jobert. (=:C. rusoides Pomel). — Cervus (Ela-
phus) perrieri Croizet et Jobert. — Cervus iCapreolus) cusanus Croizet et Jobert
(=: C. platycerus Pomel; Cervulus cusanus de Serres; Cervus buladensis Depérel).
— Cervus {Polycladus) Douvillei Depéret. — Gazella burgundina Depéret. —
Bos {Leptobos) elatus Croizet et Jobert. — Mastodon arvernensis Croizet et Jobert
{^=1 Anancus macroplus Aymard; Mastodon dissimilis Jourdan). — Mastodon Bor-
soni Hays {= M. vellavus Aymard; ?J/. Vialetli Aymard). — Elephas planifrons
Falconer {=: E. meridionalis Nesti pro parte). — Trogontherium Cuvieri Fisclier
(zn Castor issiodorensis Croizet et Jobert pro parte: C plicidens? Forsyth Major,
espèce non décrite psfr cet auteur). — U. arvernensis Croizet et Jobert {-^z E. mini-
mus Devèze et Bouillet; U. minutus P. Ger\ais). — Hyaena perrieri Croizet el
Jobert (r=: H. topariensis Major). — Machairodus crenatidens Fabrini (=r M. sain-
zelli Aymard).
Par celle faune nombreuse de Mammifères, l'âge villafranchien dessables
de Chagny se trouve confirmé de façon précise. Ils se parallélisent bien avec
les alluvions ponceuses de Perrier et leurs affinités paléomammalogiques
sont, malgré. la présence de certaines espèces à tendance évolutive vers le
Pleistocène, nettement pliocènes.
Aussi nous paraîl-il difficile d'admettre l'opinion récemment exprimée
par M""" "ïvonne de Boisse de Black (*), qui regarde la faune de Perrier
comme étant une faune de passage du Plaisancien à l'Astien et celle de
Ghagny, comme une faune de passage de l'Astien au Sicilien.
Ces deux faunes sont contemporaines. Elles caractérisent l'une et Tautre
des alluvions sensiblement de même âge et qui appartiennent au Villafran-
chien.
(') Comptes rendus de la Société géologique de France, ii novembre 19^1,
p. 201.
1256 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Influence du sélénium sur l'évolution végétale, en
présence ou en l'absence de radioactivité. Note de M. J. Stoklasa,
présentée par M. L. Maquenne.
Pour étudier cette question nous avons employé la méthode de culture
en solutions aqueuses. Les plantes étant placées d'ailleurs dans les condi-
tions les plus favorables, nous avons examiné l'inlluencé qu'exercent sur
leur développement et la production de la chlorophylle les sélénites et les
séléniates alcalins, dans des liqueurs nutritives chargées ou non d'éma-
nation.
Dans les expériences dont nous allons parler, la concentration en sélé-
nium a varié de 5.IO % io"% 5.io~% io~% 5.io"% io~^ et 5. lo-' jusqu'à
lo'^^ d'atome-gramme par litre de solution ; celle-ci fut renouvelée tous les
(|uinze jours pour éloigner les produits de réduction qui s'y formaient.
On a étudié spécialement six espèces différentes : Hordeum distichurn,
Zea maïs, Polygonum fagopyrum^ Vicia Jaha, Soja hispida et Lupinus
angustifolius.
Le seul examen des cultures décèle immédiatement Tinfluencc dépri-
mante du sélénium, le sélénite de sodium se montrant toujours plus
toxique que le séléniate. Il arrive même (juc la production végétale est
augmentée par les très faibles doses de séléniate de sodium, par exemple
S.io""" et jusqu'à lo " P. M. par litre ; il se produit là un effet stimulant qui
a élé surtout sensible avec le mais.
L'action toxique augmente d'intensité à mesure que la concentration en
sélénium devient plus forte; avec o,oi d'atome-gramme, sous la forme de
sélénite de sodium, dans i' de solution nutritive, le maïs, le sarrasin, la
fève et le lupin dépérissent peu à peu et finissent par mourir.
Pour reconnaître l'influence de la radioactivité sur le développement de
nos plantes, nous avons opéré de la même manière que dans notre étude
de la germination; chaque pot de culture renfermait 3500*"' de liqueur
nutritive, normale ou additionnée d'eau radioactive, à raison de
i4M.E. = o"'s,oooou56
de radium par plante et par jour. Toutes choses étant égales d'ailleurs, les
expériences se trouvaient être ainsi rigoureusement comparables.
Les nombres inscrits dans le Tableau suivant font connaître les poids de
matière végétale élaborée dans ces conditions par dix sujets semblables
SÉANCE DU 8 MAI I922. 12.57
en 12 à 16 semaines de culture, dans des liqueurs renfermant 5.io-* P. M.
de sélénite de sodium par litre, dose reconnue antérieurement nuisible en
Tabsence d'émanation.
Durée Sans Avec
de Icxpérieiicc. émanation. émanation.
Hordeum distichani 99 J*^"'"^ ^'^ '°9 00, oZ
Zeamais f i >• >' 66,20 ii4,6o
Polygonuin fagopyriim 84 » o,36 5, 06
Lupitius angustifoliua 99 *' ^'^^ 21,89
Vicia faba 99 >' ^'^ • ' " ^^ 'Q"^'
Ces résultats sont très instructifs; ils nous montrent que la radioactivité
du milieu, entretenue journellement à i4 M. E., soit o™^ooooo56 de
radium par plante, neutralise presque complètement la nocivité du sélénite
de sodium sur les plantes en voie d'accroissement. C'est le même effet que
nous lui avions déjà reconnu au cours de nos recherches sur la germma-
tion et Ton peut l'attribuer de même à une influence oxydante de l'éma-
nation, qui changerait le sélénite en séléniate; il nous semble pourtant que
cette explication n'est pas suffisante et qu'à côté de cette action il doit se
produire d'autres phénomènes capables, même en présence de sélénium,
d'activer les échanges intracellulaires, avec ou sans chlorophylle.
Il est intéressant de remarquer que la toxicité du bioxyde de sélénium
est beaucoup plus puissante que celle du bioxyde de soufre. A la dose
de o^°\ooi pour 100 d'anhydride sélénieux tous les sujets expérimentés
sont morts en une ou deux heures, tandis qu'avec l'anhydride sulfureux ils
n'étaient que peu attaqués. A la lumière, le bioxyde de sélénium, à la con-
centration de o^°',ooo5 pour 100, est moins actif qu'à l'obscurité : la
chlorophylle ne se détruit plus aussi facilement et la photosynthèse ne
s'amoindrit pas autant qu'avec une dose égale d'anhydride sulfureux, qui
est déjà fort nuisible. L'explication de cette différence est simple.
A la suite de nombreuses recherches nous avons reconnu que le sélénium
absorbé par la plante y est ramené, sous l'influence de la lumière, à l'état
de corps rouges de nature colloïdale (le sélénium élémentaire n'est pas
nuisible à la végétation); la cellule vivante à la lumière et particulièrement
sous l'influence de la radioactivité, possède donc la faculté de réduire et
par conséquent de rendre inoffensives les combinaisons solubles du sélé-
nium. Nous avons fait à ce sujet des expériences tout à fait démonstratives
dans des milieux contenant des sélénites ou des séléniatos, avec ou sans
émanation, à la lumière et à l'obscurité.
C. R., "^22, i" Semestre (T i"4. N" 19 ) -^
1258 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En résumé, rémanation du radium exerce une action des plus avan-
tageuses sur la synthèse végétale qui, à la lumière, se traduit notamment
par la disparition à peu près complète des propriétés toxiques du sélénium.
Nous nous proposons d'étudier d'une manière plus approfondie les
curieux efTets photochimiques que produit le sélénium en présence du
radium.
CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Sur l'équilibre suocr/iciel du sèruni el de ceitaincs
solutions colloïdales. Note de M. V\ Leco.hte du IVouy, présentée par
M. Charles Richet.
Dans une première Note nous avons résumé les résultats obtenus en mesu-
rant à de courts intervalles, de Tordre de la minute, la tension superficielle
d'une même couche liquide, et nous avons signalé l'action, dans de cer-
taines conditions, de substances colloïdales organiques, principalement du
sérum, sur la cristallisalidn de NaCl.
La même technique nous a permis d'étudier un phénomène contraire; à
savoir le rétablissement de la tension superficielle du sérum et d'autres
solutions après l'abaissement causé par l'addition d'une substance fortement
surface-active.
Lorsqu'on ajoute à du sérum une petite quantité d'oléate, de glycocho-
late ou de taurocholate de soude, en poudre ou en solution, la tension super-
ficielle s'abaisse brusquement, de 60 à 38 dynes par exemple, mais remonte
immédiatement, aussitôt qu'un certain minimum est atteint. L'appareil
dont nous nous servons permettant- des mesures de 3o en 3o secondes et
même moins, nous avons pu établir la courbe du phénomène, qui res-
semble aux courbes typiques d'adsorbtion. En 'quelques minutes, la tension
initiale est rétablie, et souvent momentanément dépassée. Ensuite, la chute
normale, en fonction du temps se produit, en général, moins considérable
qu'elle ne l'eût été sans l'adjonction de substance étrangère.
Ce phénomène, transporté dans l'organisme, devient un phénomène de
défense, lorsque, dans la jaunisse, d'importantes quantités de glycocholate
et de taurocholate de soude sont répandues dans le sang. Une hémolyse
fatale se produirait si la tension n'était pas rétablie rapidement par cette
action antagoniste des particules colloïdales. Cette action du sérum a déjà
été signalée par quelques auteurs, sans qu'aucune explication de son méca-
nisme ait été donnée.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. IsSg
Le phénomène diminue en l'onction de la dilution, et devient très peu
sensible pour une dilution du ^^, lorsque la concentration de roléatc de
soude est 7^^- Les courbes sont de la forme y = «6*-^, et en général
parallèles pour le même animal, lorsqu'elles sont portées sur papier semi-
logarithmique. La chaleur (sérum chauffé à 56°) affecte le phénomène en
augmentant la vitesse de rétablissement au début, puis en la diminuant de
telle sorte (|ue la courbe représentant le rétablissement d'un sérum chauffé
coupe celle du sérum non chauffé, entre la cinquième et la dixième minute,
en général, et demeure finalement bien au-dessous de celle-ci.
En faisant les mêmes expériences avec des solutions de gomme arabique,
de gélatine, d'albumine d'œuf, en se plaçant dans les conditions conve-
nables, on observe les mêmes faits, mais moins marqués.
PSYCHOLOGIE. — Élude des temps de réactions psycho-motrices tactiles
chez C homme normal. Note de MM. P. Béjiague et J. Bevxe, présentée
par M. Charles Richet.
L'appareillage pratique que nous" avons réalisé pour eff^ectuer la mesure
des réactions psycho-motrices, détermine:
1° Des excitations suffisamment éloignées du seuil pour obtenir le temps
de réactions minimal;
2° Des excitations dont la quaUté et la quantité demeurent fixes;
3° Des excitations auditives et visuelles relativement intenses;
4° Des excitations tactiles qui, d'une part, sont produites de manière à
ne mettre enjeu que la sensibilité cutanée pure, à l'exclusion des sensi-
bilités profondes, et qui, d'autre part, sont assez fortes.
Dans ces conditions expérimentales, nous avons examiné un grand
nombre d'hommes de 18 à 25 ans, paraissant entièrement normaux à tous
l<-s points de vue. Sur chaque sujet, dix déterminations au moins ont sefv'i
à établir une moyenne arithmétique pour chaque nature d'excitation.
Les durées des réactions psycho-motrices visuelles, auditives et tactdes,
chez ces sujets, sont représentées par les courbes suivantes.
Il ressort de ces courbes que, chez nos sujets, les temps de réaction se
répartissent dans certaines zones et. que les zones correspondant aux temps
les plus fréquemment observés s'étendent:
Pour les réactions visuelles, entre 1 5 et 19 centièmes de seconde;
Pour les réactions auditives, entre i3 et 16 »
Pour les réactions tactiles, entre 18 et 21 »
niai jBSlKÎSSSt ■*■■•■•■ •< '\ -r Jiaai lattiiSl
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SBi'v'ï ••■>>*••<••• ••MÎap» ■■■•i.Msua: •■■■
Courbe I. — Temps de réacLions psyclio-moliices
visuelles.
Courbe 11.
Temps de réactions psycho-molrices
auditives.
En abscisses : les temps de réaction en centièmes de seconde. En ordonnées : le nombre des Jsujets
donl les temps de réactions correspondent aux durées exprimées en abscisses.
Courbe 111. ^— Temps de réactions psycho-motrices tactiles.
En abscisses : les temps de réaction en centièmes de seconde. En ordonnées : le nombre de
sujets dont les temps de réactions correspondent aux durées exprimées en abscisses.
Trait plein : excitations par pinceau. Trait interrompu : excitations par marteau.
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1261
L'un de nous a déjà montré combien ces notions de zone des temps de
réaction le plus souvent observés étaient mieux adaptées à l'utilisation
pratique que celle de la moyenne des temps -, nos graphiques montrent
précisément que la moyenne arithmétique ne s'inscrit pas nécessairement
au centre de la zone des durées les plus fréquentes.
Pour ce qui est des réactions visuelles et audilives, nos résultats sont très
comparables à ceux qui ont été déjà recueillis.
Les résultats des expériences relatives à la durée des réactions tactiles
peuvent se répartir en deux groupes : '
L'un, dont les durées moyennes des temps de réaction oscillent autour
de i± de seconde (Camus et Nepper, Maublanc et Ratié, Guillain et
Ambard);
L'autre, comprenant les temps de réaction dont les moyennes arithmé-
tiques ^ de seconde (Piéron, Kiésovv, Herlitzka).
Nous nous sommes efforcés de réaliser des excitations tactiles purement
cutanées, en utilisant comme excitant un pinceau effleurant la peau; dans
ces conditions nos temps de réactions tactiles se sont répartis dans une zone
comprise entre 18 et 21 centièmes de seconde, avec une valeur moyenne
de 19,06, très voisine de celle du deuxième groupe d'expériences.
Par contre, lorsque nous avons employé comme excitant une masse cho-
quant un plan osseux, nous avons retrouvé des valeurs de temps de réac-
tions se rapprochant nettement de celles du premier groupe.
Cette différence systématique d'environ 5 à 6 centièmes de seconde entre
les deux groupes de résultats est d'interprétation difficile.
Nous pensons qu'il s'agit d'une différence imputable à ce que, dans les
expériences du professeur Herlitzka (') comme dans les nôtres, les excita-
tions ne mettent certainement en jeu que la sensibilité cutanée pure. Et la
durée de f;^ de seconde représenterait alors la moyenne des temps de réac-
tions « tactiles vraies ».
Cette hypothèse aurait pour elle les données actuelles de la neuuo-
logie qui ont établi combien sont distinctes Tune de l'autre les sensibilités
cuUnée et profonde. Nombreux sont les malades qui présentent une sensi-
bilité yj/'o/o/^^e très altérée avec une sensibilité cutanée intacte (non-percep-
tion des vibrations d^un diapason et sensation nette des flocons d'ouate) et
vice versa.
De l'ensemble de nos recherches il paraît résulter que :
(') Les excitations tactiles, réalisées dans nos expériences par le frôlement d'un
pinceau, l'étaient dans le dispositif du professeur Herlitzka par un courant d'air.
1^62 ACADÉMIE DES SCIENCES.
1° La mesure des réactions psycho-motrices exige un déterminisnie
expérimental rigoureux, reaidant comparables entre elles les expériences
effectuées par des observateurs différents; en particulier les excitations de
contact, suivant qu'elles sont faibles et ne mettent en jeu que la sensibilité
cutanée, ou fortes, excitant tous les modes sensitifs, provoquent des réactions
de durées nettement différentes;
2° Les valeurs physiologiques des temps de réactions oscillent non point
de part et d'aulie d'une moyenne, mais dans une zone un peu plus étendue
que ne le ferait croire la notion de « temps moyen » ; el dans cette zone
certaines valeurs moins fréquentes semblent néanmoins physiologiques;
3" Les valeurs des temps de réactions chez un même sujet sont moins
fixes que ne l'ont admis certains auteurs et présentent des évolutions légères
à l'intérieur de la zone physiologique, suivant les jours et les heures; de ce
fait les réactions psycho-motrices rentrent dans la loi générale des fonctions
biologiques.
ZOOLOGIE. — Sur Vonlogenêse des Poissons Scomhri formes apparlenanl
à la famille des Luvaridés. Note de M. Louis Houle, présentée
par M. Bouvier.
Cette famille a été créée par Gill (1879), aux dépens des Stromateidés,
pour Liwarus imperialis Rafinesque, espèce bathypélagique rare de la
Méditerranée et de la région atlantique européo-maurilanique. On doit
adjoindre à cette espèce Astrodermiis elegans Risso, qui, rangée parmi les
Coryphénidés, n'est autre cependant, selon Giglioli et Day (1880-1884),
qu'une forme jeune de l'espèce. Les individus que j'ai eu l'occasion d'étu-
dier récemment me permettent de compléter la documentation enlogé-
nitique.
A. La phase la plus jeune est offerte par une larve appartenant à la collection
recueillie dans ses croisières par S. A. S. le Prince de Monaco (Station 1786,
année 1904; filet à grande ouverture, o-5oo™; Archipel des Canaries, non loin de
Palnia). Cette larve, transparente, mesure seulement 7™™ de longueur. Elle présente
toutefois ceriaines particularités caraclérisliques de !'es|)èce : corps conipiime laiéia-
lement, bouche petite, dorsale à 28 rayon.-, anale à i- rajons. La dorsale et Tanale
SDnt confluenles à la caudale; les nageoires pelviennes consistent en ébauches minus-
cules, distantes de l'anus. La nageoire dorsale commence au-dessus de la part posté-
rieure de la tète.
B. La phase suivante mérite, à mon avis, d'être distinguée par le terme coryphé-
niforme, en raison de la persistance de la disposition larvaire qui place le début de
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1263
la nageoire dorsale au-dessus de la tèle, comme chez les Coryphénidés. L'individu
s'accroîl fortement pendant cette phase, et revêt progressivement les caractères de
l'adulte. La caudale s'isole, devient autonome, se munit de son pédoncule caudal
caréné. L'anus se rapproche des pelviennes et s'écarte à cet efïet du début de l'anale.
Les téguments se couvrent de leurs fines scutelles, donnant à la peau un aspect ru-
gueux. Cette phase comprend trois périodes successives :
1° La première d'entre elles est celle que Day a déjà figurée par un dessin au trait.
J'ai eu l'occasion d'en étudier un représentant, pris à Nice en septembre 1921, que le
Musée d'Histoire naturelle de cette ville m'avait confié pour le déterminer. Il mesure
loS"™ de longueur totale. Ses caractères essentiels lui sont donnés par sa pigmenta-
tion et par la conformation de ses nageoires pelviennes. Le tronc est entièrement
recouvert de nombreuses taches noires, circulaires, presque égales, rappelant celles
clés Lamprididés par leur disposition. Chacune des pelviennes est munie d'un long
rayon étiré en filament qui s'étend en arrière jusqu'au niveau du pédoncule caudal.
Cette période peut donc se qualifier comme phase cor yphénifornie tachetée à longues
pelviennes. La nageoire dorsale compte 23 rayons, et l'anale 17.
2" La période suivante difl'ère de la précédente par la réduction des pelviennes en
longueur. C'est elle que les auteurs ont décrite sous diverses appellations, dont la plus
correcte est celle d'Astrodermus elegans Risso. Valenciennes (i833) en a donné une
excellente description, accompagnée d'une bonne figure. L'individu décrit par lui,
conservé dans les collections du Muséum national d'Histoire naturelle, mesure 343°""
de longueur totale. La qualification en serait de phase coryphéniforme tachetée à
courtes pelviennes. La nageoire dorsale porte de 22 à 23 rayons, et l'anale 17 ou 18.
3° La troisième et dernière période de cette phase se caractérise par la disparition
des taches pigmenlaires. L'individu revêt alors la livrée de l'adulte, dont il difière
encore par l'extension, en avant, sur la moitié antérieure du corps, des nageoires dor-
sale et anale. Sa qualification serait de phase coryphéniforme non tachetée à courtes
pelviennes. Les Collections du Muséum en contiennent deux exemplaires, dont le
plus petit mesure 4i5™™ de longueur totale, et le plus fort 620"™. Le premier porte
23 rayons à la dorsale (2 + 21), alors que le second n'en a plus que 19 (5 + 14) avec
une anale dont les quatre premiers rayons ont diminué.
C. L'individu passe ensuite à la forme définitive adulte, tout en continuant à
grandir, et revèl la structure caractéristique de Luvarus, dont les quelques exem-
plaires connus mesurent i"" à i™,5o de longueur. Les parties antérieures des nageoires
dorsale et anale ont cessé de croître, de telle sorte que ces nageoires finissent par être
représentées seulement par leurs régions moyenne et terminale, reléguées dans la
moitié postérieure du tronc et munies seulement de i3 ou i4 rayons bien développés.
Cette remarquable famille des Luvaridés, outre ses particularités si
spéciales de structure, montre donc, par surcroît, dans son ontogenèse,
des dispositions tout aussi intéressantes. D'abord, les jeunes individus
commencent par ressembler, non pas à leurs reproducteurs adultes, mais
aux représentants d'autres familles de Scombriformes, les Coryphénidés en
premier lieu, puis les Lamprididés et les Stromatéidés . Ensuite la meta-
1264 ACADÉMIE DES SCIENCES.
morphose, qui leur donne progressivement Taspect définitif, est de durée
fort longue, car ses principales étapes ont lieu, non pas chez l'alevin de
première jeunesse, mais chez des êtres assez avancés dans leur développe-
ment pour qu'on ait pu les considérer comme formant un genre distinct
dans une autre famille que la leur.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Sur ihistogénèse des épithéliomas baso-
cellulaires. Note de M. F. Ladreyt, présentée par M. Charles Richet.
D'une façon générale, on considère l'assise épidermique basale comme
la matrice des épithéliomas baso-cellulaires ; la cytologie et l'évolution de
ces néoplasmes nous permettent-elles d'accepter, sans restrictions, cette
conclusion?
A côté des lobules et des tubes caractéristiques des épithéliomas malpi-
ghiens, j'ai observé, dans plusieurs cancers cutanés, des groupements cellu-
laires dont la morphologie et l'évolution sont assez particuhères : je les
désigne provisoirement sous le nom de formations atypiques. Dans cer-
taines régions, les plages atypiques — amas et tubes compacts ou centrés
par une cavité que limite une paroi unie ou pluristratifiée — sont localisées
dans des alvéoles conjonctives et réalisent le schéma général du carcinome;
d'autres fois, les éléments épithéliomateux constituent des masses volu-
mineuses ou des traînées d'infiltration dont les éléments arrondis, globu-
leux, fusiformes, etc., sont assez comparables aux cellules des épithéliomas
baso-cellulaires. J'ajoute qu'il existe tous les intermédiaires entre les élé-
ments très polymorphes et les cellules cylindriques, cylindro-cubiques.
polyédriques, etc., dont sont constitués certains amas atypiques au début
de leur évolution néoplasique. '
Quelle que soit leur morphologie, les éléments des amas atypiques pré-
sentent un chondriome localisé, sous forme de grains ou de courts bâton-
nets, dans le voisinage immédiat du noyau ou à la base de la cellule; cet
appareil est donc très difïerent du chondriome basai ou malpighien auquel
les filaments d'Erxheimer confèrent un faciès si caractéristique. On ne
saurait objecter que le chondriome des éléments atypiques pourrait être
un appareil milochondrial épidermique modifié par le processus cancé-
reux : les épithéliomas spino-cellulaires ne possèdent-ils pas un chon-
driome épidermique typique? Les seules formations auxquelles il nous
soit permis de comparer les chondriosomes des éléments atypiques sont
SÉANCE DU 8 MAI 1922. 1265
les granulations et les bâtonnets qui constituent le chondriome des appa-
reils pilo-glandulaires. D'autre part, si, au début de leur cancérisation,
les amas et tubes atypiques présentent tous les caractères cytologiques des
organes pilo-glandulaires, à la fin de leur développement, leur morpho-
logie se modifie à un tel point que ce n'est plus à ces formations que nous
pouvons les homologuer, mais aux cellules dont sont constitués les épithé-
liomas baso-cellulaires.
En résumé^ l'appareil pilo-glandulaire de la peau donne naissance à des
formations néoplasiques dont la cytologie et l'évolution rappellent si étroi-
tement la morphologie et le développement des éléments qui constituent
les épithéliomas baso-cellulaires que nous croyons pouvoir considérer
l'épithélioma baso-celfulaire comme un des types néoplasiques le plus
habituel des cancers pilo-glandulaires.
A côté des types néoplasiques épithéliaux et conjonctif, se différencient,
dans r hypoderme périkystique, des masses adipeuses dont l'ensemble pré-
sente tous les caractères d'un fibro-lipome. 1^'étiologie de cette néofor-
mation me paraît relever d'une sorte de suractivité trophique consécutive à
la « surdilatation » vasculaire d'origine inflammatoire provoquée vraisem-
blablement par le voisinage des néoplasmes épithéliaux et conjonctif.
Les phénomènes qui traduisent l'évolution cancéreuse et hyperplasique
de la paroi kystique et de l'hypoderme périkys.tique semblent présenter
une filiation naturelle : c'est ainsi qu'une phase irritative caractérisée par
la dyskératose mono et pluricellulaire, la dégénérescence hyaline, les
réactions vasculo-conjonctives, etc., paraît précéder la différenciation de
l'épithélioma malpighien comme l'hyperplasie des appareils pilo-glandu-
laires, l'infiltration lympho-conjonctive, la dilatation et la congestion vas-
culaire, etc., constituent, semble-t-il, les phases prénéoplasiques du lym-
phocytome dermique ou prénéoformatives du fibro-lipome hypodermique.
MICROBIOLOGIE. — Contribution à l'étude de la culture in vitro
du virus de la vaccine. Note de M. Harry Plotz, présentée par M. Roux.
Depuis que Jenner attira en 1798 l'attention sur l'importance de la vacci-
nation antivariolique, de nombreuses tentatives ont été faites pour cultiver
le virus de la vaccine. En dehors de son intérêt propre, la culture de be
virus aurait l'avantage de supprimer les infections secondaires dues aux
microbes contenus dans la pulpe vaccinale.
C. R., 1922, !•» Semestre. (T. 174, N* 19 ) 9^
1266 ACADÉMIE DES SCIENCES. *
Au cours des recherches que nous avons entreprises avec M. Besredka
sur le mécanisme de l'infection et de l'immunité dans la vaccine, il a été
observé le fait suivant : chez le lapin inoculé avec de la pulpe vaccinale, sur
une grande étendue de la peau, on" constate, au bout de quelque temps, la
présence du virus dans le cerveau. La propagation du virus ne pouvant
s'effectuer que par la voie sanguine, nous avons essayé de le cultiver, en
prenant comme point de d-épart le sérum du hipin inoculé.
Sur la peau épilée de l'abdomen d'un lapin neuf, lavée à l'eau savonneuse,
on pratique de multiples incisions superficielles. On frictionne ensuite la
peau avec quelques gouttes de pulpe vaccinale ou mieux encore avec de la
pulpe non glycérinée. Après 72''-96^, le lapin est saigné à blanc, et son
sérum est porté à la dose de 2'™'-3''™', dans des tubes à essai renfermant le
milieu de Smith-Noguchi.
Ce milieu, réparti en tubes de 20*^™ de longueur et de i*^°^,5 de diamètre,
est préparé avec du bouillon glucose à i pour 100 et un gros fragment de
rein exsangue, fraîchement prélevé chez un lapin neuf. Les tubes renfer-
mant 10'™' de liquide, recouverts d'une bonne couche d'huile de vaseline,
sont, après ensemencement, portés à l'étuve à Sq^-^o^ G.
Les réensemencements sont fails dans 10"™' d'un milieu composé d'un
mélange de sérum de lapin normal (une partie) et de bouillon glucose
à I pour 100 (trois parties), renfermant un fragment de rein de lapin fraî-
chement prélevé et recouvert également d'une couche d'huile de vaseline
de 3'''"' de hauteur. Chaque réensemencement est fait avec i"""' de liquide.
Au bout de 2/4 heures d'étuve, le milieu devient opalescent; Je léger
nuage du début s'épaissit dans les trois à cinq jours qui suivent. Parfois
on n'aperçoit rien à Fœil au commencement; ce n'est qu'au cours des réen-
semencements qu'une opalescence nette apparaît. Laissé à la température
du laboratoire, le milieu s'éclaircit el forme au fond du tube un précipité
blanc assez abondant.
C'est surtout dans ce précipité, étalé sur lame, séché à l'étuve et coloré
pendant 5 minutes à chaud au bleu de Lôffler, que l'on peut quelquefois
voir, à l'examen microscopique, de toutes petites formes rondes, sorte de
cocci, tantôt isolés, tant réunis en amas. Ces cocci mesurant o^^, 2 à o^,3 ne
prennent pas le Gram. On ne distingue rien de net à l'ultramicroscope.
Inoculées au niveau de la peau du lapin, les cultures du cinquième passage
ainsi obtenues produisent des lésions comparables à celles que donne la
pulpe vaccinale : après quatre à cinq jours d'incubation, on voit apparaître
de petits nodules qui ne tardent pas à devenir rouges, puis à se transformer
SÉANCE DU 8 MAI 1922. l ^t)7
en pustules avec centre cratériforme-, la lésion se dessèche dans la suite,
se desquame; puis la peau reprend son aspect normal. Les pustules ont
d'ordinaire 3°"^ de diamètre; nous en avons vu qui avaient jusqu'à S*^™.
Des pustules caractéristiques ont été obtenues avec du liquide dilué à 77^.
Des lésions typiques ont été obtenues au niveau de la cornée chez le lapin
et chez le cobaye : l'œil devient enflammé, l'ulcération apparaît, et la cornée
devient trouble et le demeure pendant une quinzaine de jours.
Lorsqu'on injecte un peu de culture dans la veine d'un lapin neuf et que
Ton rase ensuite la peau du ventre, en se conformant au procédé mdiqué
par Calmette et Guérin, on voit apparaître une éruption caractéristique.
Sur coupes, la lésion cutanée, aussi bien que celle de la cornée, ne diffère
en rien de celles produites par inoculation de la lymphe vaccinale : dans les
deux cas on voit apparaître une zone inflammatoire avec des corpuscules de
Guarnieri.
Bien que ces lésions obtenues avec les cultures diffèrent un peu par leur
aspect de celles que domie l'inoculation de la pulpe vaccinale, nous estimons
que nous avons affaire, quand même, à la culture du virus, pour les deux
raisons suivantes :
1° Les animaux ayant reçu de la culture au niveau de la peau ou de la
cornée, sont vaccinés vis-à-vis du virus de la pulpe vaccinale;
2«» Le sérum des lapins injectés avec de la culture donne une réaction de
fixation positive en présence de l'antigène préparé avec de la pulpe vacci-
nale.
Il a été fait jusqu'à présent i4 passages de tube à tube, tous strictement
anaérobies. Il semble de quelques expériences faites avec des cultures du
dixième passage, que leur virulence est diminuée en comparaison avec celles
des premiers passages.
Notons que le sérum du lapin qui servit de point de départ à tous les
ensemencements en série est incapable par lui-même de donner lieu à une
lésion, lorsqu'il est inoculé à la peau ou à la cornée. Force nous est donc de
conclure que le virus contenu dans ce sérum donne lieu à de véritables cul-
tures dans le milieu que nous avons employé. Il nous reste à voir si, pour
obtenir la culture du virus, on ne saurait trouver des conditions plus favo-
rables.
M. R. deBouy, de Poitiers, adresse un Mémoire de M. Des Perrières,
1268 ACADÉMIE DES SCIENCES.
un de ses ancêtres, daté du 20 novembre 1770, intitulé : Projet d'un bâtiment
de mer pouvant naviguer entre deux eaux. (Présenté par M. L. Bertin.)
La séance est levée à 16 heures et quart.
É. P.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances d'avril 1922 {suite).
Semicentennial publications of the University of California, 1868-1918 :
— Tlie binary stars, by Robert Grant Aitken. NeAv-York, Douglas G. Me. Murtrie,
1918; I vol. 23'='".
— Catalogue of the heiniplera of america north of Mexico., excepting the aphi-
didœ, coccidœ and alearodidœ, bj Edward P. Van Duzee. Berkeley, University of
California press, 1917; i vol. 26''™.
— Electrical phenomena in paraUel conductors. Vol. I : Eléments of trans-
mission., by Frederick Eugène Pernot. New-York, John Wiley, 1918; i vol, 24'^'".
— The fondamental équations of dynamics and ils main coôrdinate septems
vectorially trealed and illwitrated from rigid dynamics, by Frederick Slate. Ber-
keley, University of California press, 1918; i vol. 22"^™.
— The gaine birds of California., by Joseph Grinnell, Harold Child Brvant and
Tragy Irvlv Storiîr. Barkeley, University of California press, 1918; i vol. 26°'".
— Logarithme of hypirbolic fanctions to twelve significant figures., by Frederick
Eugène Pkrnot and Baldwin Munger Woods. Berkeley, University of California press*
1918 ; I vol. 26"=".
— The physical chemistry of the proteins., by Brailsford Robertson. New -York,
Longmans, Green and Co., 1918; i vol. 23"=™.
— 7he theory of the relalivity of motion., par Richard C. Tolman. Berkeley, Uni-
versity of California press, 1917; i vol. 24*"".
— Typhoid fever, cousideréd as a problem of\scientific medicine^ by Frederick
P. Gay. New-York, The Macmillan Company, 1918; i vol. 24'='".
— Studies of the nebulœ made at the Lick Observatory, University of California,
at Mount Hamilton, California and Santiago, Chile. University of California press,
1918; I vol. 3i'='".
— Miscellaneaus studies in agriculture and biology. University of California
press, 1919; I vol. 26*=™.
{A suivre. )
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI lo MAI 1922.
PRESIDENCE DE M. Albin H ALLER.
MEMOIRES ET COMMUNICATiOiNS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
\[. le Président souhaite la bienvenue à M. Waddell, Correspondant
pour la Section de Mécanique, qui assiste à la séance.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE, — Influence de la chaux sur le rendement des
graines pendant la période germinative . Note de MM. L. Maquenxe et
R. CERIOnELLI.
On sait, d'après les recherches de MM. Maquenne et Demoussy ('), que
le calcium est indispensable à la germination normale; des quantités même
très faibles de cet élément suffisent, par exemple, à tripler la longueur des
racines de pois dans l'espace de 6 jours, temps au bout duquel l'évolution
est complètement arrêtée dans l'eau pure.
Dans le présent travail nous nous sommes proposé de confirmer ces
premiers résultats par des mesures pondérales et, pour cela, nous avons
employé les mêmes méthodes qui ont été antérieurement décrites.
Les graines étaient d'abord soigneusement triées, puis pesées, soit par
lots de lo lorsqu'elles étaient bien homogènes, soit une à une dans le cas
contraire; ensuite, après plusieurs lavages et trempage dans l'eau stérile
pendant 24 heures (les graines de maïs ont été préalablement stérilisées
par immersion d'une demi-heure dans le sublimé à 2 pour 1000), elles étaient
mises à germer sur du sable mouillé d'eau pure (préparée au réfrigérant de
quartz et conservée dans le quartz ou le platine).
(•) Comptes rendus, t. 164, 1917, p. 979, et t. 165, 1917, p. 45.
C. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N» 20.) 9^
1270 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Après deux ou trois jours de germination, à l'obscurité, vers 20", 12 de
ces graines, qui avaient alors une radicule de lo""" à 20""", choisies parmi
les plus semblables, étaient enfin placées individuellement sur autant de
tubes de quartz, dont six étaient remplis d'eau pure el les six autres d'une
solution de sulfate de chaux à lo™^ par litre.
Les cultures ont porté sur les graines de pois gris, de blé, de lentille, de
capucine, de radis, de sarrasin et de maïs; elles ont été continuées, toujours
à l'abri de la lumière et à la même température de 20°, jusqu'au moment
où les plantules avaient cessé de s'accroître dans les tubes à sulfaté de
chaux; dans l'eau pure tout développement s'était déjà depuis longtemps
arrêté, l'évolution des graines dans un pareil milieu ne pouvant se pour-
suivre que pendant cinq à six jours.
A la fin de chaque expérience, on mesurait la longueur des pousses
formées, puis on les séparait de la graine et on les pesait, après dessiccation
dans l'étuve à 110°, en même temps que ce qui restait des réserves non
utilisées (y compris les téguments).
Connaissant le poids initial des graines, supposées sèches, on avait ainsi
tous les éléments du calcul nécessaire pour faire connaître la perte de
poids globale qu'elles avaient subie au cours de la germination, ainsi que
leur rendement en matière végétale, évalué, soit par rapport au poids pri-
mitif de la semence, soit par rapport à la perte de poids des cotylédons ou
de l'albumen. C'est cette dernière sorte de rendement que M. Mazé avait
en vue dans ses Recherches sur le mode d'utilisation des aliments ternaires par
les végétaux et les microbes ( ' ).
Parallèlement à ces premières expériences, mais pour quelques graines
seulement (pois gris, lentilles, radis), nous avons poursuivi les germina-
tions en soucoupes sur du sable additionné d'eau pure on d'une solution
étendue de sulfate de chaux (i™^ SO^Ca par soucoupe renfermant
10 graines); les mesures en longueur, les pesées et les calculs ont été exé-
cutés de la même manière que ci-dessus.
Nos résultats sont exposés dans les deux Tableaux suivants, l^e Tableau I
a pour unique intérêt de vérifier à nouveau, en les étendant à de nouvelles
espèces, les conclusions déjà formulées par MM. Maquenne etDenioussy ; le
Tableau II fait connaître les pertes centésimales de poids et, calculés
comme il vient d'être dit, les rendements en matière végétale des graines
soumises à la germination.
(*) Ann. Inst. Pasteur^ t. 16, 1902, p. 204.
SÉANCE DU l5 MAI 1922.
I2'-I
I. — Longueur des pousses dans Veau pure ou additionnée
de 10"»^ SO'Ca par litre.
L'urée Itaciiies Tiges ou a\es
expériences. siinsCaO. ave(:r.a(J. sansGaO. avecCaO.
mm mm mm mm
Pois gris sur l'eau 20 jours 3- io5 18 i45
» sur sable 10 » 28 65 18 34
Lentilles sur leau 12 » 28 ^ 07 17 3i
'> sur sable 11 » 2.j oi 18 25
Radis sur l'eau 11 » i\ 65 iq 67
)) sur sable. . 8 » \.> 36 14 17
Capucine sur l'eau 12 » 26 57 27 "5
Blé sur l'eau . -^ 20 » 4^ 288 86 1 74
Sarrasin sur l'eau. . i4 " 18 09 4-+ 111
Maïs sur l'eau 24 » 42 77 80 124
L'aclion favorisanle de la chaux se manifeste parloul avec une égale
énergie et particulièrement sur l'élongalion des racines qui, à ces très
faibles concentrations, sont plus sensibles que les tiges ('). Il semble donc
bien qu'elle présente, comme on pouvait le prévoir, une grande généralité.
II. — Rendement des graines en matière végétale sèche.
Uendement
pour lOU
Rendement de la perte
Perte pour 100 pour 100 de poids
du poids initial du poids initial des réserves
des sans avec sans avec sans avec
expériences. Ca G. CaO. CaO. Ca<>. CaO. Ca(J.
Pois gris sur l'eau 20 jours 12 27 i4 33 53 55
» sur sable 10 » 10 i3 12 17 53 56
Lentilles sur l'eau 12 » 11 10 9 16 45 62
» sur sable if » 20 20 n 16 36 44
Radis sur l'eau 1 1 » 7 17 22 4i 76 ~i
« sur sable 8 » 16 18 22 28 58 56-
Capucine sur l'eau.... 12 » 8 i3 i5 28 65 64
Blé sur l'eau 20 » 24 33 27 46 53 58
Sarrasin sur l'eau i4 » 27 87 24 29 4" 44
Maïs sur l'eau 24 » n 6 10 i i 48 64
(') La quantité de chaux contenue dans nos solutions correspondait à environ J^ de
celle que renferme l'eau de source à Paris, après ébullition et filtralion : quantité du
même ordre de grandeur que celle qui se trouve dans l'eau pure, après chauffage dans
un vase de verre.
1272 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Par l'examen de ces nombres nous avons été conduits à formuler les con-
clusions suivantes :
1° D'une manière générale, la perte globale est plus grande pour les
graines venues en présence de chaux que pour celles qui ont germé sur
l'eau pure. Il devait bien en èlre ainsi, car cette perte est due à la respiration,
naturellement plus active là où les nouveaux organes présentent le plus
grand développement. Le mais semble faire exception à celte règle, mais il
faut remarquer que, sans doute à cause des dimensions de sa graine, son
évolution s'arrête à un stade beaucoup moins avancé que pour les autres
espèces, ce qui rend la comparaison incertaine.
2° Le rendement rapporté au poids sec initial est toujours beaucoup plus
fort pour les cultures faites en présence de chaux que pour celles faites dans
l'eau pure.
3** Quant aux rendements rapportés à la perte de poids des réserves, ils
sont très variables, ce qui est conforme aux anciennes observations de
M. Mazé. Pour le pois, le blé, la lentille et surtout le maïs qui, comme nous
venons de le dire, est un peu exceptionnel, les rendements sont plus élevés
en présence de chaux, ce qui semble indiquer une meilleure utilisation des
matières de réserve; mais, à part encore le maïs, les différences sont peu
importantes. Pour la capucine, le radis et le sarrasin, elles s'observent en
sens inverse, mais toujours assez faibles pour qu'on puisse les rapportera,
des erreurs expérimentales ou à des influences physiologiques, les deux
séries d'expériences étant naturellement effectuées avec des graines diffé-
rentes.
On peut donc dire que, le plus souvent, la chaux n'a qu'une faible
influence sur l'organisation des réserves, ce qui suppose en même temps
qu'elle n'agit pas ou n'agit que très peu sur la respiration. Ce ne serait
donc pas parce qu'elle facilite l'oxydation de la graine qu'elle favorise sa
germination.
En résumé, et c'est à notre avis la plus importante des conclusions que
l'on peut tirer de ces recherches, l'action favorisante de la chaux se fait
sentir sur le poids des organes élaborés pendant la germination aussi bien
que sur leurs accroissements en longueur.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 12'j3
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur l'étude de la pénétration de la trempe dans C acier.
\ote (M de MM. Georges Charpy et Louis Grexet.
La plus ou moins grande facilité avec laquelle l'influence de la trempe
sur les propriétés mécaniques se fait sentir à une certaine distance de la
surface soumise au refroidissement est une caractéristique très importante
des différents aciers, et présente, en particulier, une influence prépondé-
rante dans le traitement des pièces de forte épaisseur. Ce phénomène de
pénétration de la trempe n'a cependant fait l'objet que d'un nombre très
restreint d'expériences, sans doute parce que le découpage de barreaux et
d'échantillons dans l'épaisseur d'une pièce massive entraîne des difficultés
et des dépenses considérables. Nous croyons donc utile d'indiquer un pro-
cédé que nous avons employé depuis longtemps, mais dont nous n'avons pas
jusqu'ici publié la description.
Ce procédé consiste à chauff'er à une température uniforme un.e barre
prismatique du métal que l'on veut étudier et à la refroidir en arrosant seu-
lement une base du prisme et en évitant au contraire le refroidissement par
les faces latérales. Ce résultat est obtenu très facilement en entourant com-
plètement le prisme d'une épaisse couche d'amiante, sauf sur la base qui
sera refroidie; l'amiante peut être maintenue par une enveloppe en tôle
mince. L'échantillon ainsi préparé est chauffé dans un four pendant un
temps suffisant pour que sa température devienne uniforme. Quelques
mesures préalables avec pyromètres électriques permettent de déterminer
le temps de chauffage nécessaire. Lorsque l'échantillon est chaud on le
retire du four et on le place verticalement sur un support qui dégage la
base inférieure sur laquelle on dirige un jet d'eau de pression et de débit
bien réguliers.
Dans ces conditions le métal se refroidit sensiblement de la même façon
que s'il faisait partie d'une plaque épaisse, refroidie seulement par une de
ses faces; quand le refroidissement est terminé, on dépouille le prisme
d'acier de son enveloppe et l'on peut, en effectuant des empreintes de bille
sur les faces latérales, déterminer la variation de la dureté à partir de la
surface trempée sans avoir à effectuer aucun travail d'usinage; le découpage
dans une masse solide ne serait, d'ailleurs, généralement pas possible avec
(') Séance du 8 mai 1922.
1274 ACADÉMIE DES SCIENCES.
les métaux qui prennent fortement la trempe et deviennent pratiquement
inattaquables à l'outil. On voit facilement que la méthode peut s'appliquer
à plusieurs prismes juxtaposés, solidement assemblés par un lien qui
maintient en contact les faces latérales, dont on refroidit seulement l'une
des bases et que l'on sépare après refroidissement pour étudier la variation
des propriétés en fonction de la distance à la face refroidie.
L'échantillon trempé peut être ensuite soumis au revenu, et comme il
reste trois faces disponibles pour les empreintes, on peut déterminer la
variation de dureté après réchauffage à trois températures différentes.
Voici, à titre d'exemple, quelques résultats obtenus par la méthode que
nous venons d'indiquer sur des aciers d'usage courant; les échantillons
eii visages étaient des barres carrées de iS™"" de côté et de 120™'" de
longueur.
I. Le Tableau suivant donne les chiffres de dureté ( nombre de Brinell
ou charge par millimètre carre de la surface de Tempreinte) sur un acier de
nuance demi-dure contenant :
Carbone 0,45
Silicium o,35
Manganèse 0,60
Nickel 1,10
Soumis à divers traitements thermiques.
Distance
de
l'empreinle
à la face
trempée.
mm
3
ÏO
20
3o
4o
5o
60 .
7-">
9'^
Métal
trempé apré?
Métal
trempé
après
a^oir
été cl
laufl'é
Métal trempé après
avoir
été cil
aulfé
à gOf)"
puis r
efroid
avoir été chau
(Té
à 900°
pais refroidi
à 750° et revenu
JUS
800°.
qu a :
900".
950^
800°.
jusqu'à
750-.
.700».
|usqu a
1 :
750°.
150°.
250°.
400°.
437
5 60
58o
570
557
56i
3 06
282
3o8
249
244
284
3oo
370
288
282
280
252
255
247
227
279
285
288
276
267
268
242
240
240
216
260
270
270
265
254
262
235
232
239
21 1
254
264
26S
262
243
254
232
23o
235
206
235
257
260
243
235
245
224
226
227
201
228
^4-
25o
238
229
2 3o
221'
218
220
193
217
234
242
227
219
210
212
210
2l4
187
206
223
234
226
2o5
208
202
201
206
Le même métal recuit et refroidi lentement donnait une dureté de 180
environ.
On sait que la décroissance de dureté est beaucoup moins marquée dans
SÉANCE DU l5 MAI I922. I"^;^
les aciers qui contiennent une certaine proportion d'éléments tels que le
nickel et le chrome, par exemple, avec un acier contenant :
Carbone o , 2D
Silicium o,oo
Manganèse 0,26
Chrome o . 70
A'ickel 2,7<.
la dureté sur échantillon trempé après avoir été chauffé à 800°, varie seu-
lement de 387, à S""" de distance à la face refroidie, à 180, à 90"""^ de dis-
tance. Pour un acier voisin de ceux que Ton désigne généralement sous
le nom à' auto-trempants ^ contenant :
Carbone o, 02
Silicium o-O'^
Manganèse o,.")0
Chrome i w*^
Xickel • 3,80
on obtient, après trempe à 800° une dureté très sensiblement uniforme sur
toute la longueur de Féchantillon, les valeurs observées aux mêmes dis-
tances que dans l'exemple cité plus haut étant respectivement :
Dislance à la face trempée (en mm). 3 10 20 3o \o 5o 60 7J 90
Dureté "^oô 609 5o6 5o6 509 507 5oi 5o3 5o3
II. Nous avons pu constater, dans quelques cas, que les résultats obtenus
par notre méthode coïncidaient sensiblement avec ceux que 1 on peut
observer sur un fragment découpé après trempe dans une pièce épaisse.
Par exemple, nous avons découpé une tranche d'une plaque de i5o°^°^
d'épaisseur fabriquée avec un métal de composition analogue à celle de
l'acier indiqué en premier heu et trempé par immersion dans l'eau à 8oo'\
Les chiffres de dureté observés ont été les suivants :
Distance à la face trempée (en mm) 5 10 20 3o f^o 5o 60 70
j3upeté 475 262 2^2 224 210 2i3 210 210
La courbe ([ui représente la variation de dureté en fonction de la dislance
à la face trempée, présente exactement la même forme que celle qui corres-
pond à l'essai effectué sur petit échantillon isolé thermiquement. La diffé-
rence des valeurs absolues tient à un léger écart de nuance et aux conditions
de refroidissement de la surface ([ui ne sont pas les mêmes. Il suffit,
d'ailleurs, pour justifier l'emploi de la méthode indi((uée, qu'elle conduise à
1276 ACADÉMIE DES SCIENCES.
classer les métaux les uns par rapport aux autres de la même façon que les
essais sur pièces massives; la concordance numérique des essais n'ayant
aucune importance pratique.
III. La méthode que nous avons indiquée s'applique évidemment aux
métaux qui ne sont pas homogènes; elle permet, en particulier, l'étude de
l'influence de la cémentation sur les plaques épaisses, sans qu'il soit besoin
de découper des fragments après la trempe, ce qui présente de réelles diffi-
cultés. Dans le cas des plaques de blindage, par exemple, on peut prélever
dans la pièce cémentée mais adoucie par un recuit une éprouvette prisma-
tique perpendiculaire aux faces et la soumettre à la trempe dans les condi-
tions indiquées plus haut en arrosant la face trempée; l'exploration à la bille
des faces latérales permet de déterminer la loi de variation de la dureté
suivant l'épaisseur que l'on peut obtenir par la trempe de la placjue elle-même.
En opérant de cette façon, on observe, dans certains cas, que la dureté
de la partie située en arrière de la région cémentée est moindre que celle
qu'on obtient sur un barreau de même composition trempé dans les mêmes
conditions, mais ne présentant pas de région cémentée. Cela s'explique si
l'on tient compte que le dégagement de chaleur correspondant à la reca-
lescence, que la trempe modérée ne fait pas disparaître complètement, est
beaucoup plus accentu<''e dans le métal cémenté et produit, par suite, un
ralentissement dans le refroidissement des régions situées au delà. On
comprend ainsi pourquoi, dans une plaque cémentée d'un seul côté et
trempée sur les deux faces, on peut observer un minimum de dureté en
arrière de la partie cémentée, fait qui avait été observé mais semblait
correspondre à une anomalie.
Enfin, on peut signaler que réchaufTemenl des échantillons isolés ihermi-
quement sur les faces latérales donne lieu aux mêmes obser\atioDS que le
refroidissement par aspersion d'une base, et permet, ])ar suile, de déduire
d'expériences faites à échelle réduite, les lois d'échaufTement des pièces
massives.
M. Ch. Barrois présente à l'Académie (') un Mémoire sur les Faunes siluro-
dévonienncs de Liévin et de V Artois. Ce Mémoire écrit avec la collaboration
de MM. P. Pruvost et G. Dubois, et comprenant 8 planches et plusieurs
tableaux synoptiques, termine la monographie de ces formations |»oursuivie
(') Séance du i*"" mai 1922.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. I277
depuis plusieurs années par le Laboratoire de Géologie de Lille : il en pré- .
sente les conclusions générales. Il fait connaître, d'après des documents
inédits rencontrés dans les sondages et puits profonds des houillères du Pas- 1
de-Calais, la composition et la succession des faunes qui ont évolué dans
les régions profondes de ce bassin, tandis que sur ses bords se produisaient
les discordances qui avaient permis d'assigner, dans le massif ardennais,
une limite tranchée entre les systèmes siluriens et dévoniens.
ELECTIOIXS.
Par la majorité absolue des suffrages, M. D. Berthelot est élu membre
du Conseil de la Fondation Loutreuil en remplacement de M. C. Jordan^
décédé.
PLIS CACHETES.
M. M. Gaxdillot demande l'ouverture d'un pli cacheté reçu dans la
séance du i*^'' mai 1922 et inscrit sous le n° 8995.
Ce pli, ouvert en séance par M. le Président, contient une Note intij
tulée : Véritable interprétation des théories relativistes .
CORRESPOND AIVCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
i** G.-B. DE ToNi. Le piante e gli animali in Leonardo da Vinci.
2** Georges Couanox. Les vins et eaux-de-vie de vin de France.
3° Plusieurs brochures relatives à diverses questions de mathématiques,
de M. ZoEL Garcia de Galdeano.
1278 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MÉCANIQUE. — Sur les équations de l'équilibre limite des corps cohérents.
Note de M. Gustave Guillaumix.
I. Une loi schématique, caractérisant l'équilibre limite des massifs ter-
reux cohérents ou, plus généralement, des corps isotropes au delà de la
période «''lastique ou au début de la rupture par déformation homogène, et
plus spécialemeut applicable au cas des déformations planes, est celle indi-
quée en 1874 par M. Boussinesq,
(0 ^ = /'•/>-+-/,
q désignant le plus grand glissement etyo la pression moyenne. Cette loi ne
préjuge en rien de la manière dont s'opèrent la rupture ou les glissements
permanents. En admettant, à cet égard, la loi simple bien connue de Cou-
lomb-Duguet
T+ N tango < G,
OÙ o est l'angle de frottement et G la cohésion, on est conduit à poser,
dans (i), /• ^ sino et / = Gcoso, ainsi que le montrent des propriétés clas-
siques de la conique directrice.
Les équations générales de l'équilibre limite des massifs plans cohérents,
qu'on peut sans inconvénient continuer à appeler état ébouleux, s'écrivent
alors
(I)
l (1 + k coS2y)-f- -\- /c sin2y -f- + 2(/o + /) ( cos2y -— — sin27-^ ) = X,
) ' du: dy \ ^ dy cLc J
1 / • ^P , .dp , ,-. [ dy . dy \ ..
( />^---/^+('-/'■cos2x)^^+.(Ay.+y)(co,2y.^ + sln2x^j^^,
OÙ X et Y désignent les composantes de la force appliquée (en volume) et
y l'azimut de la plus grande pression principale. Le système (I) se trans-
forme, par le changement de variable kp -\- f =:^ //>', en celui du problème
de l'état ébouleux des massifs pulvérulents auquel le problème général de
l'équilibre des massifs cohérents se trouve ainsi ramené. Lorsque /• est nul,
le système (I) caractérise le problème de l'équilibre plastique suivant la loi
de Tresca-Saint-Venant dans, le cas des déformations planes. On déduit
alors de ce système une équation aux dérivées partielles du deuxième ordre
en "/ facile à écrire dont l'intégration a été abordée, dans certains cas, par
Maurice Levy et M. Boussinesq ( ').
{}) Comptes rendus^ t. 71, G novembre 187 i, et t. 74, 29 janvier 1872.
SÉANCE DU l5 MAI I922. I279
II. La relation (4) de ma dernière Note, définissant la solution Rankine-
Levy dans le cas des massifs cohérents, s'écrit ici
(2) œ- — 2 p X coi i -\- p""- coi,' o — i-l^pj — /^^= o.
Dans le plan (^,/j), cette équation représente une conique dont l'étude,
suivant les valeurs respectives de i et de o, donne très simplement toutes les
propriétés de la solution Rankine-Levy indiquées par Jean Résal au début
de son livre sur les terres cohérentes. On voit d'ailleurs facilement, d'après
la remarque ci-dessus, que le problème des massifs cohérents indéfinis,
limités par une surface libre plane et obéissant à la loi de Goulomb-Duguet,
est réductible au problème des massifs pulvérulents à talus chargé unifor-
ment. dont j'ai étudié déjà un cas singulier ('). Le problème est même ici
plus simple, car le talus doit être supposé chargé normalement, la charge
étant T- Cette réduction est encore possible, moyennant l'introduction
d'une densité et d'un angle de talus fictifs, dans le cas où la cohésion, au
lieu d'être constante, est supposée varier linéairement avec la profondeur.
Pareille hypothèse trouve son application dans l'étude de la stabilité des
digues en terre sur laquelle divers accidents récents ont attiré l'attention.
IIL J'ai donné antérieurement l'équation caractéristique des lignes de
glissement dans l'état ébouleux, savoir
• dp d'h cos(î> — £9)
(3) -/ 2cy[?tang9 -^ = F- — (£ = ±l),
ds / o , ^^ C0S9
OÙ '^ est l'azimut de la tangente à la ligne de glissement, orientée dans le
sens des arcs s croissants, et il l'angle de la tangente avec la force appli-
quée F, d'ailleurs quelconque. Pour les massifs cohérents obéissant à la loi
de Coulomb-Duguet, on obtient, en appliquant encore la remarque du pre-
mier paragraphe,
ds \/ o . / ^i^ coso
On déduit aisément de là. pour le cas particulier de la solution Rankine-
Levy, l'équation intrinsèque des lignes de glissement
ds 4^G siiw'co-^o sm(<l; — £9)
d'h n [sin f -!- £ A- co3(2'J> — eoh-/)]-
(') Comptes rendus, t. 168, 1919, p- S19.
I28o ACADÉMIE DES SCIENCES.
OÙ n représente le poids spécifique. M. Frontard vient de donner, en
termes finis, l'équation d'un des systèmes de lignes de glissement en ques-
tion (*).
Remarquons simplement que pour © — o (corps plastique), on obtient
l'égalité
d^ Ilsinf
qui définit évidemment deux systèmes de cycloïdes (coupant le talus sous
l'angle de 45°) dont la base de roulement est parallèle au talus et dont le
cercle générateur a pour rayon „ . .? ce qui les détermine sans ambiguïté.
IV. La relation différentielle (4) peut présenter un intérêt qui n'est pas
seulement théorique. On ne connaît guère, en effet, du problème de Tétat
ébouleux des massifs cohérents, que la solution simple type Rankine-Levy,
alors que cette solution est loin d'être la seule réalisée dans la nature. Mais,
si l'expérience a permis de préciser, dans des cas bien déterminés, l'allure
générale, môme schématique, des lignes de rupture, l'équation (4) permettra
de déterminer les valeurs approximatives de p par des calculs algébriques
ougraphiques très simples.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sur le mouvement d'une planète dans un milieu
résistant. Note de M. Jeax Chazy, présentée par M. Goursat.
L'action d'un milieu résistant sur le mouvement d'une planète ou d'une
comète a été étudiée notamment par Tisserand afin d'expliquer (-) l'accé-
lération séculaire du moyen mouvement de la comète d'Encke, et par
Poincaré pour développer (') l'hypothèse cosmogonique de See. Tisserand
et après lui Poincaré ont introduit les éléments osculateurs du mouvement
de la comète ou planète considérée. Récemment M. Fatou a rectifié sur un
point les conclusions de Tisserand, et a montré (*^), qu'il peut y avoir
intérêt à considérer dans le problème les coordonnées cartésiennes ou
polaires. En particulier M. Fatou a démontré que, si l'on admet une loi de
résistance proportionnelle à la vitesse, et si le mouvement osculateur initial
(*) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 526 et -f\o.
(^) Traité de Mécanique céleste^ t. 4, p. 217-282.
(^) Leçons sur les hypothèses cosniogoniques, p. 117-129. Paris, Hermann, igiS.
(*) Bulletin astronomique, 2^ série, Mémoires, t. i, 1922, p. agS-Soi ; Comptes
rendus^ t. 174, 1922, p. 1162,
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 1281
est elliptique (la vitesse initiale étant extérieure à la droite joignant la
planète au Soleil), la planète tend vers le Soleil quand le temps croît indé-
iiniment.
J'ai appliqué au problème considéré différents procédés de calcul qui
m'ont permis récemment d'étudier (') certains mouvements du problème
des trois corps, et j'ai obtenu des résultats analogues à ceux de M. Fatou
dans des hypothèses plus larges.
Faisons seulement sur la résistance de milieu les hypothèses suivantes :
7- désignant la distance du point mobile M au point fixe O, et v la valeur
absolue de sa vitesse, la résistance de milieu est une force directement
opposée à la vitesse du point M, dont la valeur absolue R est une fonction
de la vitesse v^ de la distance /- et peut-être de la direction du rayon vecteur,
de la direction de la vitesse et du temps, mais dépend nécessairement de la
vitesse r. Nous supposons que, pour un système de valeurs données de r et
quelconques des autres variables, la fonction positnc R est infiniment petite
si V est infiniment petit, et au contraire est supérieure à une quantité fixe
si V est supérieur à une quantité fixe.
Dans ces hypothèses le mouvement du point M est plan, et j'ai démontré
que ce mouvement peut prendre seulement trois allures finales différentes :
1° Ou bien le point M choque le point O au bout d'un intervalle de temps
fini;
2° Ou bien le mouvement dure indéfiniment et le point M tend vers le
point O quand le temps croît indéfiniment ;
3'' Ou bien le mouvement dure indéfiniment, et la distance OM tend vers
r in fini avec le temps.
Les hypothèses considérées comprennent en particulier la loi de résis-
tance R = hv'^r'^, où h et a désignent deux constantes positives, et fJ une
constante négative ou positive, loi considérée par Encke (pour a — 2,
^ = — 2) et par Backlund, et les lois admettant pour expression une
somme de termes de la forme précédente.
Les résultats énoncés sont valables si la fonction R est seulement
continue, sans avoir de dérivées partielles continues, ni remplir les condi-
tions de Lipschitz : s'il y a un faisceau d'orbites qui satisfont à la fois aux
équations différentielles du second ordre entre les coordonnées et aux
conditions initiales, ils s'appliquent à chacune des orbites de ce faisceau.
En ce qui concerne la comète d'Encke, Backlund a même été conduit à
(') Annales de l'École Normale, 3<= série, l. 39, 1922, p. 29-180.
1202 ACADEMIE DES SCIENCES.
admettre que la résistance de milieu R peut être discontinue : nos résultats
sont encore valables avec une telle loi de résistance, pourvu que la fonc-
tion R vérifie d'autre part les hypothèses énoncées précédemment.
Enfin l'on peut aller plus loin, et supposer cjue la dernière de ces hypo-
thèses est vérifiée, c'est-à-dire que la fonction R est supérieure à une quan-
tité fixe pour f- supérieur à une quantité fixe, sur une partie seulement de
V orbite du point M. Si autour du point O jusqu'à une certaine distance
existe un milieu résistant vérifiant les hypothèses énoncées et qu'au delà
s'étende le vide, et si les conditions initiales du mouvement sont telles C[ue
le point M repasse indéfiniment (') dans le milieu résistant (pouvant a/>7-ïo/7
en sortir indéfiniment aussi), il est encore démontré (^) que le point M tom-
bera sur le point O ou tendra vers le point O.
PHYSIQUE. — La rigidité des gelées. Note de M. F. Michaud,
présentée par M. E, Bouty.
1. Les expériences bien connues de Schwedoff (^) ont été effectuées sur
une solution de gélatine, à 5 pour looo, prise en g-elée par refroidissement.
Le module de rigidité trouvé est égal à o,535.C.G.S. Il était intéressant
de chercher comment la rigidité d'un gel varie avec sa concentration. J'y
suis arrivé en utilisant une méthode plus sensible, et aussi plus simple, que
celle de Schwedoff.
2. Considérons un tube horizontal rempli de la substance à étudier.
Lorsqu'on maintient une faible différence de pression entre les deux extré-
mités, il se produit, non pas un glissement, car le gel adhère à la paroi,
(') D'après un résultai fondamental, la constante des forces vives du mouvement
osculateur décroît constamment en valeur algél^rique : si le mouvement osculateur
initial est elliptique et a pour grand axe 2a, et s'il ne conduit pas à un choc, on est
assuré que la distance OM, d'une part, reste indéfiniment inférieure à 2«, et, d'autre
part, prend indéfiniment des valeurs inférieures à a.
(2) Dans l'hypothèse cosmogonique de See, les mouvements des planètes tendent,
quand le temps s'écoule, vers des mouvements circulaires, mais l'atmosphère se raréfie
tout le long des orbites, et la résistance de milieu en chaque point tend vers zéro,
tandis que la vitesse reste supérieure à une quantité fixe : notre dernière hypothèse
n'est pas vérifiée.
(*) Schwedoff, Journal de Physique, t. 8, 1889, p. 34i; t. 9, 1890, p. 334; '• L
1892, p. 49' Voir aussi J. Coli>, Comptes rendus, t. IIO, 1898, p. i25.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 1283
mais une déformation élastique. IVousallonsétablir une relation entre la dif-
férence de pression P, la longueur / du tube, son rayon intérieur R, le dépla-
cement X des molécules qui se trotivent sur l'axe et le module de rif^idité a
du gel.
Isolons par la pensée un cylindre de rayon r<R, coaxial au tube. La
résultante des forces appliquées aux deux extrémités de ce cylindre est r.r-P.
L'équilibre est maintenu par les forces tangentielles qui proviennent de la
déformation du milieu. Soit x le déplacement d'un point de la surface du
cylindre, à partir de la position d'équilibre; l'angle de cisaillement
est — -T-, la forcé tangentielle par unité de surface est — u. — • On doit
donc avoir
_ ..9 1") 7 Cl^
Simplifions et intégrons de o à R; on obtient
4X7'
Il est facile de mesurer P, R et /. Pour avoir X, il suffit de mettre en sus-
pension dans le gel quelques particules solides, par exemple des grains de
gomme-gutte. On utilise un tube de verre, et l'on vise au microscope micro-
métrique une particule située suivant l'axe du tube. L'appareil est, en somme,
très analogue au micromanomètre que j'ai présenté récemment (').
3. J'ai étudié par cette méthode i5 solutions aqueuses de gélose, de con-
centrations espacées régulièrement entre 0,4 et 6 pour 1000, à des tempé-
ratures qui sont restées comprises entre i4°et i5«. Trois tubes ont été utilisés
[ï : /=i9'^'",3. R = o'"™,485; II: /^iS'"", t{ = i^'^,og: III: /=i2^™,2. R^i^-.gS],
Les mesures donnent des points qui se placent bien sur une même courbe,
sans écarts systématiques. L'équalion démontrée plus haut est donc
vérifiée.
Les solutions étaient introduites chaudes dans l'appareil ; on laissait
ensuite refroidir pendant au moins G heures. Avant de faire la mesure, on
assouplissait le gel en le soumettant à de légères variations alternatives de
pression.
Dans ces conditions, les déformations sont bien élastiques. Abandonné à
lui-même, le milieu reprend sa forme initiale environ an :^ près. Lorsque la
(') Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 3o5.
1284 ACADÉMIE DES SCIENCES.
différence de pression dépasse une certaine valeur, on observe une disloca-
tion qui se manifeste par une hétérogénéité : certaines régions deviennent
liquides, et se glissent entre des morceaux restés solides ; puis le gel se
décolle de la paroi, et tout est entraîné.
C. ;Jobs. [J.calc. C.
0,5 O , OO4 0 , 0043 2
0,6 o,o36 0,087 "2,5.
0,8 0,32 0,33 3. . ,
1 1 ,23 1 ,23 3,5.
1,5 8,9 8,9 4..
IJ-obs.
I-i-calc.
27
3o
67,8
74
145
i49
282
265
525
435
c est le nombre de grammes.de gélose pour looo^du mélange; p-^^^ est le
module^de rigidité en unités C. G. S., déduit de la courbe expérimentale;
[j.çaie. est la rigidité calculée au moyen de la formule empirique
[j. ^6,32(c — 0,39)'-^
qui, comme on le voit, est satisfaisante pour les concentrations très petites.
ÉLECTRICITÉ. — Su7^ une nouvelle méthode d^ émission doublant le rendement
des stations de télégraphie sans fil. Note de MM. Hexri Abraham et René
Plamol, présentée par M. Brillouin.
On a déjà cherché à augmenter le rendement des grands postes de T. S. F.
en envoyant simultanément deux télégrammes par la même antenne. Mais
cette augmentation de rendement était toujours obtenue, jusqu'ici, au
détriment de la portée des transmissions, parce que les procédés employés
reposaient toujours sur le partage entre les deux émissions de la puissance
disponible dans le poste transmetteur. La transmission étant faite ainsi à
puissance réduite, la portée du poste se trouvait nécessairement diminuée.
La nouvelle méthode que nous venons de soumettre au contrôle de
Texpérience, permet au contraire de transmettre deux télégrammes en
même temps en utilisant, pour chacun d'eux, toute la puissance de l'émission
sans que l'envoi de l'un des télégrammes trouble la transmission de l'autre,
et en conservant, par conséquent, à la double transpiission exactement la
même portée qu'à une transmission simple ordinaire. Ce résultat d'appa-
rence paradoxale est obtenu sans difficulté par de simples variations dans
la longueur d'onde des émissions.
Le premier télégramme est transmis en principe sur une longueur
SÉANCE DU l5 MAI I922. 1285
d'onde A, le second sur une longueur d'onde B; mais les choses sont dis-
posées de telle sorte que lorsque les deux clefs de manipulation se trouvent
en même temps sur leur position de travail, rémission se fait sur une troi-
sième longueur d'onde C. Chacune des émissions A, B, C, est faite avec
toute la puissance du poste.
Les signaux du premier télégramme se trouvent ainsi transmis, tantôt
sur la longueur d'onde A et tantôt sur la longueur d'onde B. Le poste
récepteur auquel ce télégramme est destiné doit donc recevoir indifférem-
ment des émissions de longueurs d'ondes A ou C à l'exclusion de toute autre.
Il suffit pour cela de disposer à la station réceptrice deux groupes de circuits
résonnants convenablement accordés sur les fréquences utilisées. Ces
circuits actionnent finalement un instrument récepteur, qui peut être soit
un écouteur téléphonique, soit un appareil enregistreur.
Lès études faites pour la mise au point de ce procédé de radiotélégraphie
multiplex ont été entreprises avec le concours du Service d'études et de
Recherches techniques des Postes et Télégraphes et de la Radiotélégraphie
militaire, grâce à une subvention de la Caisse des Recherches scientifiques.
Elles viennent d'aboutir à un essai industriel effectué en collaboration avec
le Département de la Marine.
Les émissions étaient faites à Xantes, par le grand poste à arc de la
Marine, qui envoyait à pleine charge deux télégrammes en même temps.
La réception se faisait à Paris, soit par inscription, soit par écoute à
l'oreille. Les résultats satisfaisants de ces expériences semblent indiquer
que la radiotélégraphie diplex à pleine charge peut dès maintenant entrer
dans la pratique.
Ce nouveau procédé permet, sans augmentation de dépense, de doubler
l'intensité du trafic. Un poste transmetteur, équipé comme il a été dit, fera
exactement le même service que deux stations distinctes de même puissance.
En outre, les changements constants dans la longueur d'onde des émissions
assurent d'une manière très efficace le secret de la correspondance.
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Sur 1171 comburimètre et un contrôleur pour le
gaz, système Grebel-V citer . Note de M. A. Grebel, présentée par
M. G. Charpy.
Quand le gaz de ville servait surtout à l'éclairage par flamme auto-éclai-
rante, on définissait la qualité du gaz par l'intensité lumineuse horizontale,
c. R., 1932, V Semestre. (T. 174, N« 20.) 9^
llS6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
donnée par un certain bec annulaire à cheminée en verre, brûlant un nombre
déterminé de litres à l'heure. Le « pouvoir éclairant» ainsi défini est une
caractéristique extrinsèque du gaz qui dépend de l'appareil servant à la
mesurer.
Pour le continle permanent de la fabrication et de l'émission dans les
usines, on se servait surtout d'appareils, improprement appelés « photo-
mètres à jet», et basés sur le principe approximatif suivant: si l'on brûle,
sous pression constante en colonne d'eau, dans un bec-bougie, des gaz de
compositions peu différentes, la hauteur des flammes variegénéralementdans
le même sens que le « pouvoir éclairant ».
Parmi les caraclérisli([ues du gaz, la densité, qui est fonction delà teneur
en hydrocarbures lourds, a une influence marquée sur la hauteur de la
flamme. Aussi avait-on créé des densimètresindustriels(Bunteparexemple).
L'éclairage par becs à incandescence et la cuisine au gaz s'étant beaucoup
développés, on se préoccupa ensuite du pouvoir calorifique du gaz, qui est
adopté maintenant comme critérium de la qualité utilitaire du gaz.
Dans ces derniers temps, les emplois du gaz aux chaufl'ages domestiques
et industriels ont pris une importance prédominante. Nous avons montré
que, si l'on veut réaliser la combustion optima d'un combustible, il faut,
avant tout, connaître la quantité de comburant nécessaire à sa combustion
théorique complète, quantité que nous appelons « pouvoir comburivore».
Il nous suffira de rappeler, par exemple, ([ue, pour utiliser au mieux les gaz
industriels de gazogènes et de hauts fourneaux, la connaissance de cette ca-
ractéristique intrinsèque est bien plus importante que celle du pouvoir calo-
rifique dont on n'est pas maître et qui ne peut renseigner sur le réglage à
faire subir aux admissions d'air des brûleurs. Dans le cas particulier d'un
gaz brûlé avec de l'air, ce « pouvoir comburi\ore» est le nombre de volumes
d'air nécessaires à la combustion parfaite d'un volume de gaz; c'est un
rapport, si l'on a soin de ramener ces volumes à la même température et à
la même pression, déduction faite de la tension de la vapeur d'eau.
Notre « comburintètre », appareil permettant de mesurer le « pouvoir
comburivore », comprend essentiellement: une chambre de combustion,
où la flamme trouve un espace libre pour son entier développement, puis
une chambre de contrôle, où les gaz brûlés, convenablement brassés, sont
mis en présence d'un révélateur approprié. Les deux chambres forment les
deux compartiments d'un petit four vertical surmonté d'une cheminée
métallique entourée d'un manchon en verre et percée d'un trou qui permet
de surveiller le révélateur. Le gaz, qui peut être mesuré dans un compteur,
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 1287
arrive, sur le côté de l'appareil, par le robinet pointeau du brûleur annu-
laire, genre bunsen. L'air total, qui arrive au bas de l'appareil, peut être,
soit insufflé et mesuré avec un compteur, soit aspiré par l'ellét assez cons-
tant du tirage de la cheminée, à travers une soupape dont le degré d'ouver-
ture est repéré, si l'on se contente de mesures relatives ; cet air total se
divise en air primaire, admis à l'injecteur du brûleur, et en air secondaire,
admis à l'intérieur et à l'extérieur de la flamme annulaire.
M. H. Le Gliatelier avait employé, comme témoin de la combustion par-
faite, un dépôt de cuivre sur un corps réfractaire, léché par les gaz brûlés,
et dont la coloralion variait avec son état d'oxydation ou de réduction.
Nous utilisons le ternissement d'un petit miroir, formé de })lomb fondu,
placé dans une coupelle absorbante, phénomène net et brutal facile à obser-
ver. La neutralité de la combustion correspond à la disparition complète
des langues irisées et mobiles de litharge, qui se forment (|uand il y a excès
d'air.
Si le comburimètre est le complément indispensable du calorimètre, il
ne peut, pas plus que ce dernier, même sous la forme d'appareil enregis-
treur, servir à la vérilication pratique continue de la nature du gaz fabriqué
et émis. Les photomètres à jet ne correspondent plus aux besoins actuels.
Le gazier moderne doit se préoccuper de fournir du gaz :
1° De qualité assez constante pour ne pas troubler le fonctionnement :
a. Des brûleurs bunsen employés aux divers chauffages ou à l'éclairage
et parmi lesquels certains sont réglés pour que la proportion d'air primaire
suffise simplement à supprimer la luminosité, tandis que d'autres, plus sen-
sibles au retour de flamme à l'injecteur, fonctionnent avec une quantité
d'air primaire voisine du pouvoir comburivore ;
h. Des quelques becs papillons qui subsistent encore ;
2** Satisfaisant aux exigences du cahier des charges comme puissance
calorifique.
Si l'on observe l'aspect de la flatnme d'un bunsen dont la hauteur
diminue avec l'accroissement de l'admission d'air primaire, on constate
qu'une zone interne, d'abord éclairante et de grand volume, est entourée
d'une zone bleue légèrement pourprée où s'achève la combustion du gaz à
l'eau formé dans cette zone interne; quand on admet beaucoup d'air pri-
maire, le cône intérieur, dont la couleur varie du bleu au vert, est de
volume très réduit; lorsque la flamme devient oxydante, les perles collées
sur la grille de la tête du brûleur, qui ont finalement remplacé le cône,
virent du vert au violet.
1288 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Nous avons choisi, comme critérium de la qualité utilitaire du gaz, deux
régimes stables de la flamme hétérogène du bunsen :
1° La flamme peu aérée comporte un grand cône intérieur, dont le
sommet arrondi lumineux est débarrassé de toute protubérance moins
éclairante ;
2° La flamme moyennement aérée comporte un cône intérieur bleu très
net dont le sommet est légèrement arrondi.
On constate que les diminutions de hauteur de ces cônes avec l'appau-
vrissement du gaz sont amplifiées par rapport à celles du cône vert qui sert
à mesurer la vitesse de propagation de flamme. L'évaluation de ces varia-
tions de hauteur, dont la correspondance avec les fluctuations des pouvoirs
calorifique et comburivore s'établit pratiquement par des essais parallèles,
est par suite beaucoup facilitée pour le personnel ouvrier.
Le contrôleur se compose essentiellement :
i" D'un régulateur de pression à balancier, très précis, muni d'un mano-
mètre ;
a° De deux brûleurs avec cheminée en verre, réglés chacun au débit de
Qo litres à l'heure environ, mais la flamme de l'un présentant le cône à
sommet lumineux et celle de l'autre présentant le cône bleu. L'air total est
appelé dans la gaine de chaque bunsen, à la fois par le jet de gaz à l'injec-
teur et par le tirage assez énergique. L'admission d'une partie de cet air
total comme air primaire est commandée par la rotation d'une bague à
trous triangulaires, dont les déplacements sont repérés par une aiguille.
Un index annulaire, placé entre le verre et l'écran demi-circulaire, noirci,
qui l'entoure, sert à viser les sommets des cônes internes de la flamme.
Basé, au fond, sur la détermination d'une caractéristique essentielle des
gaz combustibles (la vitesse de propagation de flamme), ce petit instrument
indique, une l'ois taré, quelles rectifications il faut apporter à la qualité du
gaz pour satisfaire les consommateurs et se tenir dans les limites des cahiers
des charges.
SÉANCE DU l5 MAI I922. 1289
CHIMIE ORGANIQUE. — Étude de deux propiophénones aa . [i'^ - substùuées et
de leurs produits de dédoublement par Vamidure de sodium. Note de
M™^ Ramart et de M. G. Albesco, présentée par M. A. Hallcr.
• Le but de ce travail a été de préparer, d'après la méthode à l'amidure de
sodium, des cétones substituées du type
(C«H^)'-CH-C(R)^C0-C«H5 et ^^^|^^'>GH — C(R)^COC"ll'
non encore connues, de les soumettre à l'action de ce même amidure,
à l'effet de provoquer leur scission en appliquant la réaction imaginée par
MM. A. Haller el Ed. Bauer. Rappelons que cette réaction peut s'effectuer
de la façon suivante :
(I) (C«H»>CH— C(R2)COC«H^+NH2i\a -^ (OH^j^CH — CR''G0NH^4-C«H^
(II) (C«H5)^CH-C(R2)COG«H^+NH2Na -^ (G«H')2CH — GHR^
= G«H3G0NH^
Si elle a lieu suivant le schéma (1), nous possédons ainsi une méthode
générale de préparation des amides et des acides propioniques aa-dialcoylés
et p[3-substitués dont jusqu'ici un seul terme était connu.
Nous avons effectué la synthèse de ces cétones en condensant les dérivés
organo-magnésiens mixtes sur les benzylidène-acétophénones. Dans ces con-
ditions, M. Kohler ('), puis MM. Haller et Bauer (-). ont montré que la
réaction se passait suivant l'équation
^ ArGH = GH — G0G«H5+ RMgX -^ ^""^GH - GH-GOC^H^.
Nous avons ensuite alcoylé ces cétones au moyen de l'amidure de sodium.
La première substitution se fait facilement; par contre, la deuxième est
assez pénible.
Les cétones aa. [3 !îJ-substituées ont été ensuite soumises à l'action de l'ami
dure de sodium, et nous avons pu constater que la scission se fait dans les
deux sens indiqués.
Nous nous bornerons ici à décrire la préparation et la coupure de la
^^-diphényl-aa-diméthylpropiophénone et de la p-phényl-aa.[3-tnéthylpro-
piophénone.
O Kohler, Am. Cheni. Jour., i. 31, p. O42 ; t. 33, p. 21, 35. i53, 3i4.
("-) Haller el Bauer, Comptes rendus, t. Ii2, 1906, p. 971.
1290 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Préparation et coupure de la [i^-diphényl-aia.-diméthylpropiophénone. — Nous
avons mélliylé la j3,3-diphényIpropiophénone au moyen de l'amidure de sodium et de
l'iodure de mélhyle au sein du benzène. Nous avons obtenu tout d'abord la [3(3-diplié-
nyl-a-mélhylpropiophénone fondant à loS" (n. c.) et identique au produit obtenu par
M. Kohler(') en faisant agir le bromure de phénylmagnésium sur le benzalpropio-
phénone.
Nous avons méthylé de nouveau celte cétone et nous avons isolé un produit cris-
tallisant en beaux prismes incolores de P. F. 90° et auquel l'analyse assigne la formule
(CH3)2
/
(C^H^)2 CH — G — CO — C" H^
Action de Vamidure de sodium sur ce composé. — La coupure s'est faite au sein
du xylène suivant la méthode indiquée, par MM. Haller et Bauer. Nous avons isolé les
composés suivants :
i°De i'isopropyldiphénylméthane (^11^)2 011.011(011^)-, liquide incolore, bouillant
à i45" sous i3™"; ce carljure n'est pas signalé dans la littérature;
2° De la benzamide et de Tacide benzoïque fondant respectivement à 128° et 121°;
3° De Tacide ,3^-diphényl-aa-diméthylpropionique, prismes incolores fondant
ài34°('.);
4" De raa-dimétlîyI-(3j3-diphénylpropionamide (P. F. 122°);
5° Du tétraphényléthane dont nous ne nous expliquons pas la formation.
Préparation et coupure de la '^-phényl-ot.y..^-lriéthylpropiophénone. — Nous
avons éthylé la [3-phényl-{3-élhylpropiophénone au moyen de l'amidure de sodium et
du bromure d'éthyle au sein du benzène. La (3-phényl-a.|3-diétliylpropiophénone cristal-
lise en fines aiguilles fondant à 68°. Nous avons préparé la même cétone en conden-
O^H^^
sant la benzalbutyrophénone CM1^0H = 0 — 00 — O^H^ avec le bromure d'éthyl-
magnésium. Les deux produits sont identiques.
Oette cétone, éthylée de nouveau dans les mêmes conditions, donne un produit
huileux bouillant à 180° sous io""°, auquel l'analyse assigne la formule de la |3-phényl-
aot.^-triéthylpropiophénone. Oependant, comme nous n'avons pas réussi à puriller cette
cétone par cristallisation et que la distillation fractionnée ne nous a pas permis de la
séparer entièrement de son homologue inférieur, nous faisons quelques réserves sur sa
pureté.
Action de l'amidure sur ce composé. — Après avoir traite par un excès
d'amidure de sodium au sein du xylène la [5i-phényl-aa.^-triéthylpropio-
phénone, nous avons pu isoler les composés suivants : .
(') Loc. cil.
(-) Cet acide a déjà été préparé par un autre procédé, par 1\L Nef, qui indique le
même P. F. 134» (Nef, Ann. Chem. Jour., t. 33, p. 89).
SÉANCE DU l5 MAI 1922. I29I
i" Du 3-pliényl-4-élhylhe\ane l!.yCH — CH(G-H^)2 bouillant à 'îo^" sous 740™"',
inconnu jusqu'à ce jour;
2" De lacide benzoïque fondant à 121°;
3" De l'acide [3-phéiiyl-aa.3-triéthylpropionique fondant à S?.", après cristallisation
dans un mélange éther-élher de pétrole. Cet acide est également nouveau.
En résumé, nous voyons que Tamidure de sodium provoque une scission
des cétones décrites suivant les schémas I et U, et cela en proportions sen-
siblement égales.
L'un de nous continue ce travail sur toute une série de propiophé-
nones-aa.^S^-substituées. Le Mémoire sera publié prochainement dans un
autre recueil.
CHI.MIE ORGANIQUE. — Sur V auto-oxydalion des composés sid fnrés organiques .
Note de M. Marcel Delépine, présentée par M. A. Haller.
Il y a une dizaine d'années, j'ai découvert qu'un nombre assez considé-
rable de composés organiques sulfurés possédaient la singulière propriété
de s'oxyder spontanément à l'air, à la température ordinaire, avec produc-
tion de fumées et de lumière visible dans l'obscurité ('). Ces combinaisons
ont toutes du soufre doublement lié S : C : ou S : P : ; on peut aussi
admettre que le soufre et l'élément voisin y possèdent des valences libres,
ce qui leur permet de s'adjoindre de l'oxygène pour former une sorte
d'ozonide contenant du soufre :
RR'G : S — RR'C - S -f- O^ -> RR'C — S :
Il II
0 — 0
cet ozonide se détruirait ensuite en RR'CO et SO, ce dernier s'oxydant à
son tour (-).
Cette auto-oxydation s'exerce dans des conditions fort singulières, à
propos desquelles j'avais commencé à cette époque (^) de nombreuses
expériences, dont quelques-unes n'ont été achevées que récemment. Je vais
les résumer très brièvement.
(^) M. Delépine, Comptes rendus, t. 150, 1910, p. 876, 1607; t. 153, 191 1, p. 279;
t. 154, 191 2, p. 1 171.
(2) M. Delépine, Bull. Se. Pharniacolog., t. 17, 1910, p. 5oi.
(*) M. Delépine, Résumé des Travaux du Congrès de l' Association française
pour l'Avancement des Sciences (Dijon), 191 1. p. 63.
1292 ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'auto-oxydation, quoique spontanée, présente ce caractère étrange de
n'intéresser qu'une très faible quantité de vapeur sulfurée; elle s'arrête
aussitôt, sans que, certainement, aucun équilibre réversible puisse être
invoqué. Toutefois M. Billeter et ses élèves ( ' ) ont montré que la présence
des alcalis fixes pour les éthers sulfocarbamiques et celle de l'ammo-
niaque pour la plupart des autres corps sulfurés [types SC(OR)(OR'),
SG(OR)-, S:CC1(0CH'), S : CCI'] permettent de pousser l'oxydation
à son terme, sans que, d'ailleurs, on puisse permuter avec succès ces agents
basiques et tirer de ces expériences une explication plausible du phéno-
mène de limitation à l'air seul, phénomène qu'on peut confirmer par une
multitude d'expériences.
Un mélange d'air et de vapeur qui a lui et fumé, devenu transparent, luit et fume
de nouveau, si on le déverse dans l'air ou si l'on y insuffle de l'air frais, etc. Si l'on
répand des vapeurs dans de grands vases (3' à 10'), oii peut récolter des quantités
appréciables d'acide sulfurique (avec de l'acide sulfureux) et constater que la dose
formée ne correspond qu'à une faible quantité de matière oxydée; celle-ci augmente à
peine si l'on augmente beaucoup la quantité de corps sulfuré, malgré que l'oxygène
de l'air soit toujours en grand excès. L'absorption d'oxygène n'est que de quelques
millièmes du volume de l'air. Une expérience qui montre bien cette petitesse de
l'oxydation consiste à mettre i"'s de CS(0CH3) (SCIP) dans un i^ d'air en vase clos;
l'ouverture du tlacon après quelques jours donne encore un nuage.
La pression d'oxygène nécessaire à l'oxyluminescence est très faible dans la plupart
des cas : ô-^"" pour CSCI%GH^CS.0CH3, ^-n^ pour CS(OCIP) (SCIP). 2.5°""
pour (CH3)2?«J.CSOCIP, etc. Il ne semble pas que la vapeur d'eau soit nécessaire ou,
plus exactement, il suffirait de l'humidité de l'air enfermé dans les petites ampoules
qui ont servi aux expériences {o'"^',5 d'air, soit o™",oo.5 de vapeur d'eau au plus),
car lorsqu'on rompt une ampoule de CS(0CH3) ( SCIP) ou GS(0CIP)N(CII3)-^ dans
un volume d'air de i^5 desséché par l'anhydride phosphorique, l'illumination se
produit.
Si l'on détend de l'air ayant servi à autoxyder des composés tels que CSCP,
CSCl(OCtP), CS(OCtP)(SCH='), SPC1(0CB3)^ SP(OCIP)', CIPCSOGH^ en ajus-
tant un ballon vide à un ballon dans lequel a eu lieu l'auto-oxydation, on constate une
nouvelle lueur dans le ballon où l'air se rend; cet air, détendu à son tour dans un troi-
sième ballon, l'illumine encore. Par contre, dans le cas de CS(OCfP)N(CIP)% c'est
dans le ballon d'où l'air sort que la lueur prend naissance. De l'air frais, en rentrant
dans ces ballons à air plus ou moins raréfié, produit généralement de nouvelles lueurs
en pénétrant jusqu'à la pression atmosphérique.
Toutes ces expériences sont concordantes pour démontrer qu'il n'y a qu'une très
petite quantité de vapeur organique oxydée chaque fois. Cette petite quantité peut
(^) O. Billeter, Ber. d. d. ckem. Gesellsch., t. 43, 1910, p. i853. — O. Billeter et
B. Wavre, Helvetica chim. Acta, t. 1, 1918, p. 167.
SÉANCE DU l5 MAI I922. 1 293
encore êlre diminuée ou même réduite à néant. Diverses substances, dont réllier ordi-
naire, l'aldéhyde, l'essence de térébenthine, l'éther de pétrole, l'acétone, la pyridine,
le sulfure de carbone, le gaz sulfureux, l'acide sulfhydrique, empêchent les fumées et
la luminescence, à des doses d'ailleurs fort inégales; quelques millii;iammes d'éther
ou d'aldéhyde au litre suffisent pour jouer ce rôle d'antioxygène (le chlorosulfure de
carbone fait exception, il peut même faire exploser un mélange de sa vapeur avec
l'éther, dans des conditions déterminées). L'auto-oxydation n'est que suspendue; l'am-
moniaque la fait reprendre aussitôt. Toutefois avec beaucoup d'éther, on peut empê-
cher l'ammoniaque d'agir, en mettant ainsi en conflit deux actions contraires qui se
contrebalancent. D'autres substances, alcools, phénol, créosote, etc., sont sans effet.
Fait curieux et inattendu, l'acide acétique, l'acide formique, l'acide propionique,
l'acide butyrique, l'acide valérianique favorisent la plupart de ces auto-oxvdations ;
introduits même à doses très minimes dans un flacon dont les fumées se sont déposées,
ils provoquent l'apparition d'un nouveau nuage fort opaque.
Des tubes contenant de l'air ou de l'oxygène avec un excès de corps sulfuré, scellés
en 1911-1912 et ouverts récemment, n'ont pas donné d'absorption sensible et conte-
naient encore presque tout leur oxygène (sauf dans le cas de CSCl- avec O pur). Ces
faits établissent la permanence de larrêt de l'auto-oxydation.
Il y a tout lieu d'attribuer la cause de cet arrêt à la substance sulfurée
elle-même; elle serait son propre antioxygène, ce mot étant entendu dans
le sens que MM. Moureu et Dufraisse lui attribuent, mais ce pouvoir
s'exercerait seulement à partir d'une certaine limite de concentration de la
vapeur, au-dessous de laquelle l'auto-oxydation serait possible et spontanée ;
au-dessus de cette limite, certainement inférieure à la tension de vapeur
saturante, l'auto-oxydation s'arrêterait indéfiniment; des dilutions ulté-
rieures, au contraire, la feraient reprendre comme le montrent nombre
d'expériences relatées plus haut. A priori^ il n'y a rien qui s'oppose à ce que
la vapeur organique sulfurée joue le rôle de l'éther ou de l'aldéhyde. Cer-
taines substances, comme l'acide acétique, changeraient cette limite.
D'autres considérations de l'aspect de ces auto-oxydations permettent, en
outre, de penser ({u'elles ont lieu par explosion de mélanges de vapeurs et
d'air dont la caractéristique est la pauvreté extrême en coi^ps combustible,
explosion n'ayant lieu qu'entre certaines limites de composition, comme
pour les mélanges gazeux ordinaires. 11 y aurait là un rapprochement avec
la phosphorescence du phosphore qui. dans certains cas, donne des lumines-
cences rythmées ('), mais il y a aussi bien des différences sur lesquelles je
ne puis insister ici et qui font de l'auto-oxydation des composés organiques
sulfurés un type bien spécial.
(') M. CenTxNekszwer, Z. /, physik. Chein., t. 26, 1898, p. -2-. — W.-P. Jokissen,
Hec. Tr. chim. Pays-Bas^ t. 39, 1920, p. -iS; t. iO, 1921, p. 53g.
1294 - ACADÉMIE DES SCIENCES.
PSYCHO-PHYSIOLOGIE. — Loi de la vitesse d'établissement des processus chro-
matiques fondamentaux en fonction de V intensité de V excitation lumineuse.
Note de M. Henri Piéro.v, présentée par M. Henneguy.
Lorsqu'on étudie la période d'établissement d'une sensation provoquée
par une excitation lumineuse monochromatique, il est difficile de dissocier
l'accroissement progressif de luminosité de l'accroissement de la couleur;
mais il se trouve qu'un phénomène, aujourd'hui classique, réalise une
dissociation de la clarté et du chroma, et cela en lumière l)lanche, celui des
couleurs subjectives de Fechner-Benham.
J'ai pu montrer que ces colorations des anneaux gris continus, engendrés,
dans la rotation de disques à secteurs blancs et noirs, par des fragments
d'anneaux noirs disposés sur le secteur blanc, étaient dues au déclenchement
par l'excitation lumineuse (que représente le passage du secteur clair) des
processus chromatiques fondamentaux évoluant avec des constantes de
temps propres, différentes les unes des autres. Et j'ai formulé ainsi la loi du
déséquilibre chromatique initial, quiesl la base du phénomène.
« Sous l'influence d'une excitation lumineuse de la rétine par un rayon-
nement complexe à résultante incolore, il se produit au début un déséqui-
libre chromatique, avec prédominance successive de nuances allant du
rouge au bleu dans l'ordre des couleurs spectrales, par suite d'une inégale
vitesse d'établissement, jusqu^à l'atteinte du stade hypermaximal, transi-
toire, des processus chromatiques fondamentaux déclenchés » (').
C'est successivement, en effet, que chacun des processus passe par cette
phase hypermaximale qui est de règle dans l'élablissement d'une sensation
rétinienne (Broca et Sulzer) avant le régime stable, et les couleurs sub-
jectives de Fecher-Benham sont engendrées par la succession des phases
hypermaximales, avec intervention du phénomène de la prépondérance de
la diffusion chromatique que j'ai mis également en évidence.
L'augmentation d'intensité lumineuse accélère le processus de l'excita-
tion dans toutes ses phases; il raccourcit la latence liminaire, il accélère à
la fois l'établissement et l'évanouissement.
J'ai déjà précisé les lois qui relient la latence de la sensation à l'intensité
excitatrice, résultant de l'intervention de trois processus indépendants (-).
(') C R. Soc. de Biologie, t. 80, 1922, p. 922.
('-) Cf. Année Psychologique, t. 22, 1922, p. 58.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 129$
Pour rétablissement de la sensation et pour la persistance, diverses
expressions, d'allure voisine, ont et»' proposées. J'ai recherciié comment se
composait la durée de la période d'établissement de la sensation chroma-
tique jusqu'à la phase hypermaximale par le procédé indirect du retard
spécitique des diverses couleurs subjectives de Fecher-Benham, en modi-
fiant les vitesses de rotation du disque, grâce à un appareil ([ue j'ai fait
construire et qui m'a donné toute satisfaction, et en déterminant, d'après
ces vitesses, les constantes de temps de chaque couleur pour un éclairement
donné, puis pour des éclairements plus ou moins intenses, obtenus par
éloignement ou rapprochement de la même source lumineuse.
Comme l'augmentation d'intensité accélère les processus, les couleurs
pour les différents anneaux de Benham sont respectivement modifiées comme
si, à éclairement constant, on avait ralenti la vitesse de rotation; il faut donc
accélérer celle-ci pour rétablir les couleurs initiales modifiées par Tapproche
de la source. Les modifications des constantes de temps des différentes
couleurs se montrent sensiblement identiques.
En appelant i l'intensité la plus faible employée pour chaque couleur et
en faisant égal à 100 le temps d'établissement hypermaximal correspondant
(indiqué en millièmes de secondes), voici les résukats obtenus pour les
diverses intensités I, avec trois couleurs :
I. Vert. Jaune. lîoiige.
1 49î7 =100 4o =100 23,6 =100
2,2- 4O r=r 80 . .") 3o , 8 ^ 77 »
7 » » i5 ,25 = 66
9,1 28,5 = 57,3 22 zr: 55 »
3'6 , 4 20 , 25 =: 4 i " »
J'ai comparé à ces chiffres observés ( /,) ceux que pouvait donner l'inter-
polation par le calcul au moyen de deux types de formules, celui de type
logarithmique, et celui correspondant à la loi de Charpentier pour la durée
d'établissement de la sensation lumineuse, d'après laquelle celle-ci est
fonction inverse de la racine quatrième de l'intensité excitatrice (^t., et /.,) :
Iof3 ,■. ion
I. t.. t„ = -, 71Z • LcarLs. / = • Ecarls.
■ log(Ix 10) ; I
1,0 100,0 106,0 -1-6,0 100. I) o
2.27 78.7 78,5 —0,2 81.4 -1-2,7
7.11 66.0 57,4 —8.6 61.5 — 4-5
9.1 56.2 54. f> — 2,2 57,5 -h 1.3
36,4 4'jO 4i)3 -1-0,3 40,'] — 0,3
Écart moyen "/„ : Ecart moyen "/o •
0,0 2.5
1296 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La loi de Charpentier s'applique à nos résultats de façon très satisfai-
sante, davantage même qu'à ses propres résultats sur l'élablissement de la
sensation lumineuse, comme elle vaut encore pour les résultats plus anciens
d'Exner. Dans les trois cas, la formule de type logarithmique s'écarte
davantage des données empiriques.
Voici, en effet, ce que donne la comparaison des deux types de formule
pour ces résultats (z, représente les temps observés; t^ et ïg, respectivement,
les temps calculés d'après la formule logarithmique et celle de Charpentier),
en adoptant pour ceux d'Kxner la moyenne de ses deux séries de chiffres :
A. — Hésullals de Charpenlier . B. — Résultats cTEiner.
I. t^. t.,. ty I. t^. t... fj.
1,00 62 62,0 62,0 1 27,18 27,18 27,18
6,2,5 42 34,0 39,2 2 23, 18 20,75 22,90
25,00...... 23 25,0 27,7 4 18,72 16,90 19,22
100,00 17 20,6 19,6 8 i3,48 '4,28 16, i5
225,00 12 18,5 16,0 t^carts mojens'Yo. G,l 4,1
Ecarts moyens "/q. 12,0 9,0
Ainsi la vitesse du processus d'établissement (réciproque de la durée),
aussi bien pour la sensation lumineuse d'après les méthodes de comparaison
pholométrique directe, que pour les processus fondamentaux des sensations
chromatiques d'après la détermination du temps des couleurs subjectives
de Fechner-Benham, paraît donc bien proportionnelle à la racine quatrième
de l'intensité d'excitation. Si l'on écrit V = -, on a V = A.P'-^
Or des expériences poursuivies dans des conditions techniques suffi-
samment précises sur la persistance apparente des impressions rétiniennes,
m'ont donné des résultats pour lesquels, en ce qui concerne l'excitation des
cônes, c'est cette même loi qui se montre valable (*).
Je puis donc conclure que la loi V = A.I"^' s'applique à la vitesse du
processus psycho-physiologique déclenché par l'excitation lumineuse — du
moins pour une catégorie d'éléments récepteurs, les cônes — aux deux ver-
sants de l'établissement et de l'évanouissement, les augmentations d'inten-
sité accélérant dans la même proportion les phases initiale et terminale.
(') La loi logarillimique de Ferry-Porter n'esl pas satisfaisante quand on l'applique
aux résultats mêmes des deux auteurs qui ont proposé ce type de loi et à ceux des
auteurs qui, comme Allen, ont déclaré la confirmer.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 1297
BIOLOGIE. — Vaclùmtiondii sperinalozoïde dans les fécondations hélèrogènes.
Note 1') de M. Alphonse Labbé, présentée par M. Henneguy.
Dans deux Notes antérieures (-), nous avons déterminé quelques points
importants dans le conditionnement des fécondations hétérogènes. Nous
avons observé que Tactivation de l'œuf pouvait résulter du contact ou de la
pénétration du spermatozoïde étranger, et que la pénétration était en rap-
port avec une alcalinité optima de l'eau de mer.
Mais si l'activation de Tœuf par le spermatozoïde étranger peut rentrer
dans le cadre de la parthénogenèse expérimentale, nous n'avons, en re-
vanche, aucune idée des facteurs propres à Famphimixie, à la copulation
des noyaux d^ et p , qui, seule, pourrait fournir des hybrides entre les
espèces en expérience. Dans tous les cas où cette copulation a été observée,
les chromosomes paternels sont plus ou moins rapidement éliminés, et le
produit possède exclusivement les caractères maternels.
Il faudrait donc trouver les agents capables d\ictiver le spermatozoïde
étranger dans les fécondations hétérogènes, activation qui n'est pas paral-
lèle de l'activation de ra:'uf.
Dans mes expériences antérieures, le spermatozoïde étranger, après avoir
pénétré, se gonfle un peu, mais ne détermine pas d'aster, et son dévelop-
pement s'arrête. Il s'agit de déterminer le conditionnement physico-chi-
mique qai lui permettrait de continuer son évolution jusqu'au stade de
pronucleus normal.
D'après ce que nous connaissons des phases cellulaires dans la féconda-
tion normale, le gonflement de la tête et l'irradiation doivent être sous la
dépendance d'une augmentation de la perméabilité, permettant une
absorption d'eau, et peut-être de sels. Les alcalis augmentent bien la per-
méabilité pour les ions Ôîï, mais nous avons vu que leur action, quoique
utile, n'est pas suffisante. On pourrait essayer le calcium; ce que je n'ai
pas fait, pensant, avec Delage, que la question doit être plus physique que
chimique. Dans la tête du spermatozoïde, il existe évidemment une certaine
pression osmotique interne, et, d'autre part, une pression externe jointe à
(1) Séance du 8 mai (922.
(2) Alphonse Labbé, Sur des fécondations hétérogènes {Comptes rendus, t. 1/J,
1921, p. 942); Le rôle de V alcalinité de Veau de mer dans les fécondations hétéro-
gènes {Ibid., t. 174, 1922, p. 1199).
1298 ' ACADÉMIE DES SCIENCES^
la tension superficielle : de ces deux forces antagonistes, la première, accrue
par les alcalis, domine au début ; puis, il se fait un équilibre, d'oùTarrêt du
développement. Il s'agit donc de produire à nouveau un déséquilibre, en
augmentant la pression osmotique interne.
Le moyen le plus simple m'a paru de faire agir une solution hypertonique.
Utilisant les œufs du Polychète Ualosjdna gelatinosa et du sperme d'Astérie, je
traite d'abord ces œufs par la solution de NaOH à i"^™\5 de la solution décinormale
pour 100'''"' d'eau de mer. Ce traitement, qui constitue le premier temps de l'expé-
rience, est poursuivi jusqu'à l'émission du deuxième globule polaire. A ce moment, je
porte les œufs dans une solution hypertonique de NaCl (2s pour 100™^ d'eau de mer),
ce qui constitue le deuxième temps. Trois heures après, je reporte les o;ufs ainsi
traités dans l'eau de mer normale.
J'ai pu constater que mon hypothèse se vérifiait : dans les (t'ufsoù le spermatozoïde
d'Astérie avait pénétré, le pronucleus cf était presque aussi volumineux et })lus net
que le pronucleus p ; à son contact s'était irradié un aster, H y avait en outre dans
le cytoplasme un à trois autres petits asters accessoires, ce qui n'a rien détonnant,
le procédé étant le même que celui dont se sont servis Norman, Morgan et autres pour
provoquer dans des œ'ufs vierges des astrosphères artificielles.
Lss mauvaises conditions climatériques du mois d'avril, au Croisic, et le peu de
temps dont je pouvais disposer ne m'ont pas permis de pousser plus loin ces expé-
riinces. Elles doivent être à nouveau vérifiées, et je ne puis ni généraliser, ni discute?
leur conditionnement. Il est, d'ailleurs, vraisemblable que les procédés dont je me
suis servi pourront être modifiés.
Néanmoins, un résultat reste acquis : l'évolution du pronucleus cf et la
formation de Tirradiation dans les fécondations hétérogènes, même entre
animaux d'espèces très éloig-nées, peuvent s'effectuer par un traitement en
deux temps : traitement alcalin par une solution de NaOH; traitement [)ar
une solution hypertonique de NaCI, puis report dans Teau de mer normale.
On remarquera que Loeb a employé avec succès cette méthode pour
obtenir la parthénogenèse expérimentale chez le Strongylocentrotas . Il est
curieux de constater que l'activation du spermatozoïde, dans l'œuf activé
par lui, puisse réussir par le même procédé qui pourrait activer l'œuf.
Peut-être la superposition de ce traitement parthénogénitique et de la
fécondation diminue-t-elle la vitalité des produits. Il est certain que l'opé-
ration doit agir sur l'œuf activé autant que sur le spermatozoïde étranger,
ce que prouve, du reste, l'apparition d'asters accessoires.
Néanmoins, il n'est pas illogique de poursuivre le développement de
cette méthode, et d'essayer de maintenir une chromatine paternelle active
dans les cellules du produit, ce qui amènerait chez celui-ci la manifestation
des caractères paternels. C'est ce qu'il sera intéressant de chercher, sans
SÉANCE DU IJ MAI I922. 1 299
préjuger en rien de cette question tliéoritjue, que la chromatine soit, ou
non, porteur des caractères liéréditaires.
Chacune des espèces en présence dans une fécondation hétérogène pos-
sède son rytlime particulier de mitose, et lune ou l'autre sont en. retard
pour faire coïncider leurs phases mitotiques dans une mitose commune.
C'est ce ([ue suppose Herlant ( '). iVIais il est possible d'accélérer la retar-
dataire. On peut toujours agir sur la perméabilité, la tension superficielle
et les échanges, qui restent les facteurs les plus importants des cycles
cellulaires.
ZOOLOGIE. — Sur la formation de fuseaux myolytiques et sur leur phagocy-
tose dans le cœlome de Lipobranchus intermedius de Saint- Joseph. JNote
de M. Armand Dehorne, présentée par M. Mesnil.
On se procure le Lipobranchus intermedius en conservant dans un cristal-
lisoir rempli d'eau de mer des vieilles écailles d'huîtres gisant sur les fonds
marins et ramenées parla drague. Il habite en effet entre les lames feuille-
tées des écailles. Dès que l'eau du cristallisoir commence à s'altérer, il
abandonne sa retraite profonde, et on peut le recueillir facilement, soit
pendant qu'il nage, soit sur les bords du récipient. En général, les indi-
vidus ainsi récoltés n'ont pas le temps de pâtir. Pourtant, un exemplaire de
ce Polychète, fixé vivant, avec toutes les apparences de l'état normal, a
révélé à l'analyse microscopique des phénomènes marqués d'histolyse.
Le tissu musculaire est le plus frappé; les libres longitudinales et les
fibres obliques, surtout ces dernières, ont le plus souffert. Elles se sont
rompues en de nombreux tronrons, sans qu'on puisse trouver les preuves
morphologiques d'une action cellulaire, telle que l'intervention des leuco-
cytes. Le processus de rupture n'a d'ailleurs pu être suivi d'une façon satis-
faisante, et d'autres recherches seront faites sur un matériel nouveau pour
établir si le tronçonnement a lieu brusquement ou d'une manière progres-
sive. Toutefois, nous avons relevé dans nos coupes plusieurs indices de la
transformation préalable des fibres musculaires en une succession départies
dilatées et de parties contractées, de ventres et de nœuds. Ces phénomènes
se produisent dès le début de l'altération de la substance des myofibrilles
et ne seraient provoqués que par cette dernière.
(') \I. Herlam', Sur quelques acquisitions nouvelles dans l'étude de la fécon-
dation {Bev. Univ., Bruxelles, igin, p. 567-773).
l3oo ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les tronçons musculaires sont de toutes tailles, beaucoup cependant ne
dépassent pas t 5 ou 20 microns. Fait intéressant, sur lequel nous attirons
Tattention, un grand nombre d'entre eux présentent une forme en fuseau
caractéristique. On a des fuseaux très larges, trapus et ovoïdes, dans
lesquels les fibrilles contractées offrent une sorte de striation transverse
grossière et imparfaite, semblable à celle qu'on a décrite pour les fibres
musculaires dorso-ventrales des Trématodes et que nous avons rencontrée
aussi chez la Planaire blanche. En vérité, les fibrilles ainsi rayées n'ont
nullement la structure striée ; mais leur substance, au cours de l'ultime
contraction, s'est concentrée selon des raies transversales, régulièrement
disposées tout le long de la fibre. D'autres fuseaux sont élancés avec les
extrémités très pointues; d'autres enfin ont une forme intermédiaire en
navette.
Ces débris sont en suspension dans la cœlome immense, dépourvu de
dissépiments, et se trouvent ainsi mélangés à quelques ovocytes et aux
abondants leucocytes cœlomiques. Or ces derniers jouent un rôle phago-
cytaire actif qui s'exerce précisément sur les tronçons musculaires précé-
demment décrits; la plupart des leucocytes renferment en effet des inclu-
sions musculaires à tous les degrés de digestion. Beaucoup de corps en
fuseau s'y retrouvent ; les uns, ayant gonflé, laissent voir leurs fibres
constituantes plus ou moins dissociées, tandis que les autres ont conservé
leur forme nette et presque cristalline. Enfin, des fragments de fibres plus
longs se présentent à l'intérieur des leucocytes comme des mèches de
cheveux enroulées en spirale.
L'état pathologique de cet exemplaire, provoqué parla toxicité du milieu,
le manque de nourriture et un commencement d'asphyxie, était déjà
prononcé. Cependant nous avons rencontré d'assez nombreuses mitoses
dans l'épithélium digestif et dans les massifs ovogoniaux, preuve que l'ani-
mal était encore bien vivant lors de sa fixation. D'autre part, outre cette
poussée caryocinétique réactionnelle, l'activité phagocytaire des leucocytes
parle encore dans le même sens ; il est vrai que l'autonomie physiologique
relative de ces derniers explique suffisamment qu'ils aient conservé leur
vitalité, alors qu'une partie de la musculature a subi ce délabrement.
Il ressort de tout ceci que les muscles présentent une sensibilité toute
particulière aux facteurs de dégénérescence ; et il est curieux qu'ils soient,
parmi les organes les plus différenciés, ceux qui sont le moins résistants ;
il serait intéressant d'en connaître la raison chimique. Il nous semble, en
outre, que la crise traversée par notre Lipobranchus ^ au moment où il a été
SÉANCE DU l5 MAI I922, l3oi
tué, rappelle, dans un certain sens, les métamorphoses à phénomènes
myolytiques considérables, du type de celles des Endoptérygotes. Peut-
être les mitoses de l'épithélium intestinal sont-elles l'équivalent d'une
manifestation histogénétique de larve ou de nymphe d'insecte.
Conclusions . — i*^ Les fibres musculaires lisses en s'altérant se fragmentent,
et leurs fragments se présentent presque tous sous la forme de corps en
fuseaux, réguliers, striés dans le sens de la longueur. La forme fuselée est
tout à fait caractéristique des sarcolytes de ces fibres lisses.
1° Les sarcolytes fuselés de Lipobranchus rappellent de près les corps en
fuseaux rencontrés dans le cœlome des Néréides à maturité sexuelle (').
Ils offrent en particulier une étroite ressemblance avec ceux qu'on trouve
chez Eunereis longissima, espèce chez laquelle les fuseaux sont, aussi de
plus grande taille que chez les autres Néréides.
BACTÉRIOLOGIE. — Variétés de bacilles pyocyanoides. Note de M, C. Gessakd,
présentée par M. E. Roux.
J'ai appelé (j) pyocyanoides des bacilles pyocyaniques dégénérés. Ils ont
gardé la plupart de leurs propriétés originaires; mais il leur manque, pour
être identifiés avec les bacilles pyocyaniques proprement dits, la propriété
essentielle, qui est de faire de la pyocyanine. Ce pigment spécifique n'appa-
raît dans aucun des milieux où se cultivent les bacilles pyocyanoides.
Ceux-ci sont pourtant dérivés, par dégradation progressive ( '), de germes
de la variété pyocyanogène Pe, laquelle fait au contraire de la pyocyanine
dans tous les milieux de culture. Dans les milieux à base de peptone il s'y
mêle une petite quantité d'un autre pigment, le pigment jaune verdâtre,
rouge par vieillissement. Ce rouge a disparu en même temps que le bleu, et
les cultures peptonées des bacilles pyocyanoides connus jusqu'à présent
sont tout à fait incolores.
J'ai étudié au même point de vue la variété érythrogène E. Avec cette
variété, à l'inverse de la précédente, c'est le pigment rouge qui prédomine,
dans l'eau peptonée par exemple où se caractérisent nos variétés pyocya-
niques. La pyocyanine ne s'y trouve qu'en faible quantité, décelable seule-
(') A Deborne, Ilistolyse et phagocytose musculaires dans le cœlome des Néréides
à maturité sexuelle {Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. io43).
(^) Sur les bacilles pyocyanoides {Comptes rendus, t. 170, 1920, p. 298).
(') Sur une culture pyocyanique {Comptes rendus, t. 171, 1920, p. SaS).
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N» 20.) 9^
l3o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ment à l'extraction par le chloroforme. La fonction pyocyanogène, à tel
point réduite, paraissait d'autant plus facile à supprimer. On pouvait se
demander en revanche ce qu'il adviendrait, au cours de cet essai, de la
fonction érythrogène et de son pigment. Le germe qui a servi à mes expé-
riences, désormais seul représentant de la variété dans nos collections, a
perdu de longue date le pouvoir de faire de la pyocyanine dans le bouillon
simple, où se distinguent nos races pyocyaniques. Il n'y donne que de la
fluorescence verte, s'avérant ainsi de race F : germe EF de ma nomencla-
ture ('). J'ai trouvé dans une de ses cultures, un peu ancienne, un produit
de dégradation encore plus avancée et propre à servir d'amorce à une
transformation plus profonde.
C'est un germe qui ne sécrète plus de pyocyanine même dans l'eau pep-
tonée, non plus que dans le produit de la solidilication de celle-ci par la
gélose, la gélose-peptone. Ces deux milieux ne montrent que du rouge,
sans trace du bleu qui y était primitivement associé. Toutefois la pyocya-
nine reparaît dans le dernier milieu, si l'on y ajoute-5 gouttes de glycérine
par 5''°''. C'est aussi bien l'action favorisante de la glycérine, anciennement
connue, et le milieu gélose-peptone glycérinée, efTectivement réalisé par
l'addition susdite, lui doit de rétablir couramment, comme dans le cas
présent, la fonction pyocyanogène déchue par ailleurs.
J'ai dès lors approfondi l'action de la glycérine. Je l'ai expérimentée
dans l'eau peptonée; j'ai usé de doses variées. J'ai reconnu ainsi qu'une
quantité assez forte était compatible avec la vie du microbe. Seulement, à
partir de lo gouttes, d'une pipette qui débite 2.3 gouttes au gramme, dans
5*™' d'eau peptonée, le germe ne donnait plus son pigment rouge. 11 était
d'autre part, comme j'ai dit, originairement incapable de produire du bleu
dans l'eau peptonée. Il en résultait une culture incolore.
Elle s'est perpétuée telle dans une série à proportions croissantes de
glycérine, jusqu'à concurrence de 26 gouttes de celle-ci, où le dévelop-
pement même du bacille a pris fin. Or un germe, prélevé dans la culture
la plus glycérinée, immédiatement antérieure à ce terme, n'a plus jamais
donné de pyocyanine, ni perceptible à la vue, ni décelable par le chloro-
forme, dans les milieux les plus favorables, même glycérines aux taux qui
favorisent le plus la sécrétion de ce pigment, comme gélose-peptone,
pomme de terre, blanc d'œuf coagulé. Cependant le microbe y recouvrait
(') Technique d'identi/ication des germes pyocyaniques {Ann. Inst. Pasteur^
t. 34-, 1920, p. 88).
SÉANCE DU l5 MAI 1922. l3o3
le pouvoir de sécréter du pigment ronge, et sa fonction érythrogène s'est
ainsi maintenue sans mélange après un grand nombre de passages alter- .
natifs dans ces divers milieux.
En résumé, et pour nous restreindre aux milieux de culture les plus
habituels, à ceux dont les réactions colorées servent à classer les germes
pyocyaniques, ni le bouillon, ni l'eau peptonée, niia gélose-peptone glycé-
rinée, ensemencés avec le germe transformé, n'oflrent plus trace de la fonc-
tion pyocyanogène, cependant que subsistent les autres propriétés du
bacille pyocyanique, telles que forme, pouvoir liquéfiant de la gélatine,
production de la fluorescence verte en bouillon. Ce sont là proprement
les caractères que nous avons reconnus aux bacilles pyocyanoïdes. Mais
d'un autre côté, en milieux peptonés, le même germe continue de produire
le pigment rouge qui caractérise la variété érythrogène du bacille pyocya-
nique. A l'exemple de celui-ci, le nouveau bacille pyocyanoïde, en tout
comparable, doit être dit de variété érythrogène, resté d'autre part de
race F à faire toujours de la fluorescence yerte dans le bouillon. En regard,
les bacilles pyocyanoïdes antérieurement décrits, dépourvus de tout pig-
ment dans les milieux peptonés, représentent la variété achromogène,
superposable aussi, par l'ensemble des caractères communs, à la variété
pyocyanique de même nom.
Variations des germes pouvant aller jusqu'à la perte du caractère spéci-
aque à l'égard de tous les milieux de laboratoire, même les plus propres
à manifester ce caractère : telle est la notion qui se dégage des résultats
énoncés ci-dessus; notion qui s'illustre ici du jeu des colorations chan-
geantes, mais dont l'intérêt dépasse, semble-t-il, l'espèce chromogène où
elle est fondée. Elle implique en tout cas, pour cette dernière, que sa variété
mélanogène aussi pourrait être dépossédée de la fonction pyocyanogène,
d'où ressortirait l'existence, pour chacune des variétés pyocyaniques, d'une
variété correspondante en pyocyanoïde.
MICROBIOLOGIE. — Sur la présence de microbes acètonogènes dans la flore
intestinale des diabétiques.. Note de M. Albert Bertheloï et de
M™*" St. Danysz-Michel, présentée par M. E. Roux.
L'un de nous a montré récemment, en collaboration avec M"« E. Ossart,
que les microbes aérobies et anaérobies facultatifs producteurs d'acétone
l3o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
sont très répandus dans la nature ('). Il a insisté également sur l'intérêt
qu'il y aurait à les rechercher dans le contenu intestinal des individus sains
ou malades et à préciser quelle action peuvent avoir ceux qui parviennent à
se maintenir dans le tube digestif. C'est ce que nous avons entrepris
depuis 1919 en employant la méthode de sélection biochimique des germes
de la flore intestinale, maintes fois appliquée par l'un de nous (-).
Nous comptions poursuivre encore longtemps nos recherches avant d'en
rapporter les premiers résultats, mais la publication toute récente d'un
intéressant travail de A. Renshaw et de Th. Fairbrolher ('), nous oblige à
exposer dès maintenant les faits que nous avons déjà observés.
En nous servant de bouillie de pommes de terre et de milieux acétones,
nous avons étudié les matières fécales de 32 sujets bien portants ou atteints
d'affections chroniques, mais non diabétiques. Jusqu'ici nous n'avons trouvé
dans les flores intestinales de cette origine aucune, espèce produisant de
l'acétone aux dépens de l'amidon.
D'autre part, nous avons examiné avec les mêmes milieux le contenu
intestinal de 11 diabétiques présentant une glycosurie allant de 4^j75
à 3 18s en 24 heures; quelques-uns de ces malades étaient nettement acéto-
nuriques. /Vvec de telles matières, à l'aide des mêmes milieux, nous avons
pu dans 17 cas isoler des microbes acétonogènes.
Nous n'avons pas encore étudié à fond la morphologie et les propriétés
biochimiques de ces germes, mais cependant nous avons déjà établi qu'ils
appartiennent à de multiples espèces (gros bacilles, diplocoques, coccoba-
cilles, etc.). La plupart donnent des spores et leur pouvoir acétonogène est
très variable. Ils possèdent le caractère commun de résister à une très forte
proportion d'acétone dans les milieux de culture. De plus, pour une même
flore, nous avons souvent trouvé plusieurs microbes capables de produire
de l'acétone aux dépens soit de l'amidon, soit des sucres.
On trouve donc, très fréquemment et en abondance, des microbes acéto-
nogènes dans les matières fécales de diabétiques, alors que ces mêmes
germes paraissent se maintenir bien rarement dans l'intestin de personnes
non glycosuriques. Il y a là une particularité intéressante, mais rien ne
nous permet, pas plus qu'à MM. Renshaw et Fairbrother, d'affirmer
(') Comptes rendus^ t. 173, 1921, p. 792.
(^) A. Berthelot, Comptes rendus et Annales de VInslilul Pasteur, 191 1 à 1918.
(*) British Médical Journat, 28 avril 1922, p. 674.
SÉANCE DU l5 MAI I922. l3o5
qu'elle ne résulte pas simplement de la présence constante de glucose dans
le contenu des dernières portions du tube digestif des diabétiques, portions
où l'on ne décèle presque jamais de sucre chez les sujets normaux (').
Les deux auteurs anglais ne semblent pas avoir songé à cette interpré-
tation. Nous pensons qu'ils auraient eu intérêt, comme nous allons le
montrer, à multiplier leurs isolements et à ne pas fonder leurs conclusions
uniquement sur des faits et des considérations d'ordre chimique.
En effet, dès que nous avons été convaincus de la présence des germes
acétonogènes chez les diabétiques, nous avons essayé l'action de quelques-
uns de ces microbes sur le lapin, nourri de son et surtout de pommes de
terre crues et cuites. Malgré cette alimentation hydrocarbonée, nin lapin
témoin, gardé en expérience trois mois et demi, n'a présenté qu'à six
reprises des traces de glucose dans l'urine. Au contraire, un animal rece-
vant chaque jour une forte dose (une boîte de Roux) d'un acétonogène,
isolé sur un oignon, a présenté de la glycosurie (") au bout de vingt jours;
celle-ci a persisté jusqu'à l'interruption de l'expérience (cinq mois et demi)
et a été accompagnée très fréquemment de diacéturie. Un^seul jour, il y a
eu de l'acélonurie.
Un autre lapin a été infecté pendant le même temps avec un microbe
acétonogène très actif et très amylolytique isolé sur des pommes de terre
gâtées; pas un seul jour les urines n'ont contenu de glucose ou d'acide
diacétique. Deux autres animaux ont ingéré un bacille acétonogène isolé
des matières d'un diabétique. Un de ces lapins a présenté de la glycosurie
au bout de onze jours; un peu plus tard des hématuries, sans doute oxalu-
riques, sont apparues et l'animal a succombé au bout d'un mois; l'autre
animal a éliminé du sucre dès le sixième jour, il a été gardé deux mois et
demi avec glycosurie presque constante et diacéturie fréquente.
Il y a donc des microbes acétonogènes qui peuvent, chez le lapin, ali-
menté surtout d'hydrocarbonés, déterminer par ingestions répétées une
glycosurie persistante accompagnée fréquemment d'un certain degré d'aci-
dose. Parmi les nombreux acétonogènes que nous avons isolés il s'en trouve
qui ne peuvent rendre le lapin diabétique bien qu'ils soient très amyloly-
liques. Nous ne savons pas encore si beaucoup d'espèces sont capables de
(•) Au sujet de l'élimination intestinale du glucose chez les diabétiques, voir
notamment les travaux de Heller, Rossler et surtout de Rénon, Charles Richet fils et
Grigaut (12" Congrès de Médecine, Lyon, 191 1).
(^) Maximum dosé : 78,4 de glucose par litre.
l3o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
déterminer de la glycosurie et de l'acidose dans les conditions de.nos expé-
riences, mais aucun des deux germes qui nous ont donné un résultat positif
ne semble être le B. amyloclasticiis. Tous deux étaient nettement aérobies,
donnaient un voile abondant sur les milieux liquides sucrés et produi-
saient des spores.
Les quelques faits ci-dessus. relatés, de même que les constatations de
Renshaw et Fairbrolher, montrent l'intérêt que présente l'étude des
microbes acétonogènes du contenu intestinal des diabétiques, mais il faudra
encore de nombreuses expériences avant que de pouvoir se prononcer sur
leur rôle dans l'étiologie de certains diabètes ou de certaines acidoses. L'état
actuel de nos connaissances sur la pathogénie et le traitement du diabète
s'accorde mal avec l'idée d'une origine microbienne, mais nous ne pouvons
oublier que celle-ci a été admise par certains auteurs, notamment par
M. Teissier ('). M. Bréaudat y a fait allusion dans son intéressant Mémoire
sur un microbe producteur d'acétone ( -) ; Toepfer et Freund, Hammerschlag
et Kaufmann (^) ont même réalisé des glycosuries expérimentales avec des
fèces de diabétiques. Enfin Metchnikoff était convaincu que certains dia-
bètes sont causés, directement ou indirectement, par des microbes de
l'intestin; dans les dernières années de sa vie il avait entrepris de le prouver
et avait maintes fois engagé Fun de nous à étudier cet important sujet. C'est
en nous inspirant de ses conseils que nous avons abordé l'examen de la
flore intestinale des diabétiques et que nous continuons nos recherches.
MICROBIOLOGIE. — Réactions de défense et d'immunité provoquées par
injection intradermique de microbes vivants ou tués par la chaleur. Note de
MM. M. Breton et V. Grysez, présentée par- M. Roux.
Une récente Note de MM. Lumière et Ghevrolier a attiré l'attention des
biologistes et des cliniciens sur la possibilité d'utiliser les vaccins microbiens
par voie intradeimique et par la méthode des scarifications cutanées.
Cette Note nous délermine à rapporter le résultat d'expériences de même
ordre, que nous avons entreprises depuis plus de six mois.
Une première série de 12 lapins est inoculée dans le derme avec les microbes
(') Teissier, Congrès de Médecine de Lyon, 1894.
(-) Bréaudat, Annales de l'Institut Pasteur, t. 20, 1906, p. 87/+.
(^) Cités par Roger, Digestion et nutrition, p. 288.
SÉANCE DU l5 MAI 1922. 1807
vivants ci-apiès : Staphylocoque, Bacillus coli^ Bacillus proteus el Streptocoque.
Oji injecte o'^°'',5 d'une émulsion d'une culture sur gélose dans lo*^"'' d'eau physiolo-
gique. Dès le lendemain, une rougeur locale apparaît. Le second jour l'induration
est nette, il se produit ensuite une escharre ou un pelit abcès. Le pus de cet abcès est
presque constamment amicrobien ; largement ensemencé sur gélose, au cours de nos
expériences, il est toujours resté stérile quand il s'agissait d'injections faites avec le
staphylocoque, le streptocoque ou le proteus ; en ce qui concerne le coli il n'a donné
que de rares colonies deux fois sur cinq expériences.
A ces réactions locales se borne Teffel des injections mici'obiennes viru-
lentes et uniques dans le derme du lapin ; jamais nous n'avons observé de
septicémie ni de réactions générales.
Nous avons recherché dans le sérum de nos animaux la présence d'anti-
corps (précipitines, agglulinines et sensibilisatrices).
Parfois dès le quatrième jour, toujours dès le septième, on met en évidence des pré-
cipitines qui persistent jusqu'au vingtième jour au moins.
Les agglutinines apparaissent plus tardivement mais sont plus durables ; générale-
ment le neuvième jour nous avons une agglutination positive au yh) dont le taux croît
ensuite et atteint le -^u^ le dix-septième jour, le t~ le quarantième jour.
Enfin la recherche des anticorps, pratiquée suivant la méthode Galmette-Massol,
montre que, le neuvième jour, dans trois essais, o'^^^S de sérum dévie au moins trois
doses minima d'alexine, dans trois autres essais deux doses, et dans un seul cas une
dose unique. Cette présence d'anticorps est encore décelée quarante jours après l'ino-
culation. Nous avons un animal qui, après plus de cinq mois, contient encore des
anticorps dans son sérum.
Cette première série d'expériences montre donc la possibilité de provo-
quer des réactions humorales et de les rendre persistantes par le seul fait
d'inoculer dam le derme 0""^% 5 d'une émulsion d'une culture dans lo'^'"' d'eau
salée.
Elle prouve aussi l'action de résistance élective du tissu dermique qui,
dans presque toutes nos expériences, a limité le foyer d'infection et l'a
combattu en provoquant la formation d'un pus stérile et en empêchant la
septicémie.
Ces réactions, tant locales qu'humorales, accompagnent ou traduisent un
état d'immunité; une de nos expériences le prouve.
En utilisant unjDrofew.y recueilli dans notre laboratoire et particulièrement
virulent pour le lapin puisqu'il tue l'animal à la dose de { de culture sur
gélose par inoculation sous-ctitanée, de ^ lorsqu'il est injecté dans le péri-
toine, de 4^ par voie intra-veineusCj nous avons réalisé une intradermo-
réaction vaccinante. Neuf jours après, l'animal reçoit sous la peau une dose
l3o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
trois fois mortelle, en même temps qu'un témoin. Ce dernier succombe
après deux jours; l'animal vacciné résiste.
Enfin, une seconde série d'animaux est inoculée avec une émulsion de
chacune de nos cultures microbiennes de même richesse que celles précé-
demment employées, mais tuées par la chaleur. Les réactions locales con-
sistent en rougeur et œdème; jamais on n'observe ni purulence ni
escharre.
Neuf jours plus tard apparaissent successivement les précipitines, les
agglutinines et les anticorps.
Des expériences en cours nous renseigneront sur leur état d'immunité.
En résumé, nous avons constaté l'exceptionnelle propriété de défense
que présente chez le lapin le derme vis-à-vis des microbes qui y sont inoculés
et nous avons pu provoquer les réactions humorales qui accompagnent
l'immunité, par injection unique, dans le derme^ de divers microbes vivants
ou tués par la chaleur.
La séance est levée à i6 heures et quart.
É. P.
ERRATA.
(Séance du lo avril 1922.)
Note de M. Maurice Janet, Sur les formes canoniques invariantes des
sytèmes algébriques et différentiels :
Page 992, avant-dernière ligne, ajouter C.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 22 MAI 1922.
PRESIDENCE DE M. Albin HALLER.
MEMOIRES ET C03IMU]\ICATIOKS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président souhaite la bienvenue à MM. Dodweix, de l'Observa-
toire d'Adélaïde; Baldwyn, de rObservaloire de Melbourne; Saint-John,
de l'Observatoire du Mount \\ ilson, qui assistent à la séance.
M. le Président prononce les paroles suivantes :
L'Académie vient à nouveau d'être frappée par la perte d'un de ses
membres titulaires qui lui faisait le plus d'honneur. M. Lavfran s'est
éteint en son domicile, à Paris, jeudi dernier, i8 mai, à l'âge de 77 ans.
Notre confrère appartenait à une des dernières promotions de l'Ecole de
santé militaire de Strasbourg, et fut pendant longtemps professeur au Val-
de-Grâce. Son œuvre est très étendue et très variée. Elle comporte des
observations professionnelles consignées dans des ouvrages comme son
Traité des maladies des armées, un Traité de pathologie interne (en collabo-
ration avec le professeur Teissier, de Lyon), un Traité des fièvres palustres,
un autre d'hygiène militaire, ainsi que de nombreux Mémoires d'nn grand
intérêt sur des questions de clinique médicale, d'hygiène, d'anatomie
pathologique et de parasitologie.
C'est en qualité de médecin militaire de l'hôpital de Bône qu'il entreprit,
en 1878, ses recherches originales sur le paludisme, recherches qui devaient
lui assurer une place de premier rang en parasitologie. Il les poursuivit
à Constantine où il constata, dans le sang des palustres, l'hématozoaire
spécifique de la maladie. Définitivement caractérisé, il fallait chercher
l'origine du parasite. Le D'' Laveran soupçonna sa présence dans le mous-
C. R., 195a, I" Semestre. (T. 174, N* 21.) 9^
l3lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
tique. Ardemment combattue, son hypothèse fut confirmée par plusieurs
savants, en premier lieu par Ronald Ross, par Patrick Manson, etc. 11
n'existe actuellement plus aucun doute sur la cause et le mode de transmis-
sion de la malaria. M. Laveran a réuni en un Volume devenu classique et
intitulé Traité du paludisme l'ensemble de ses travaux sur cette affection
endémique.
Ces recherches, qui lui valurent le prix Bréant de l'Académie des Sciences,
ne sont pas les seules auxquelles notre confrère attacha son nom.
Poursuivant ses investigations sur les hématozoaires el les sporozoaires,
il en a décrit de nouvelles espèces, notamment des hématozoaires endoglo-
bulaires des oiseaux et de la fièvre du Texas. En collaboration avec
M. Mesnil, il a en outre signalé des détails nouveaux sur la structure des
sarcosporidées et en a retiré la sarcocystine, première toxine extraite des
sporozoaires.
Une autre série de recherches non moins digne d'attention est celle qu'il
a consacrée aux trypanosomes du rat, du Nagana ou maladie de la mouche
Tsetsé et de la maladie du Sommeil. Les résultats en furent consignés dans
un beau Volume qui porte pour titre Trypanosomes el trypanosomiases ^ et
ne le cèdent en rien, comme importance, à ceux déjà publiés par Fauteur.
Ce travail achevé, notre savant confrère aborda l'étude des maladies pro-
voquées par des protozoaires du genre Leishmania^ chez l'homme et les
animaux, car à aucun moment de sa laborieuse carrière, son activité ne
s'est ralentie. Les observations recueillies furent l'objet de la publication
en pleine guerre (1917) d'un nouveau Volume intitulé Les leishmaniose s.
Telle est, en raccourci, l'œuvre originale et féconde de notre regretté
confrère. Elle lui a valu, ajuste titre, en 1907, le prix Nobel pour la Méde-
cine, mais les bienfaits que l'humanité a retirés de cetle œuvre vaudront
à son auteur, désormais illustre, une récompense plus élevée et plus pré-
cieuse, celle de la reconnaissance publique.
CHIMIE PHYSIQUE. ~ Extraction el purijication du scandium de la thorveitiie
de Madagascar. Note de MM. Pierre Urbaix et G. Urbaix.
La thorveitite de Madagascar a été décrite par M. Lacroix et analysée
par MM. G. Urbain et Gh. Boulanger.
Ge minéral renferme 42 pour 100 de scandine. W se laisse attaquer aisé-
ment par la soude fondue ; ce qui, lors de la reprise par l'eau, élimine la
SÉANCE DU 22 MAI I922. I.SlI
silice dans les liqueurs. Le résidu insoluble est lui-même traité par l'acide
sulfurique, et la solution des sulfates, aussi peu acide que possible, est addi-
tionnée d'un excès d'acide fluorbydrique qui précipite, sous forme gélati-
neuse, le scandium et les Terres Rares, à l'état de fluorures. Le lavage des
fluorures est long" et difficile. Il n'est pas complètement efficace, dès qu'on
opère sur des quantités notables. Les fluorures sont ensuite décomposés par
l'acide sulfurique en excès, de telle sorte que, lors de la reprise parl'eau, on
obtient dans des liqueurs concentrées et très acides un abondant précipité
cristallin de sulfate acide de scandium.
Si les manipulations en quantités notables de liqueurs très acides ne pré-
sentaient des inconv^énients difficilement surmontables, il y aurait là le
principe d'une bonne purification.
On sait depuis les recherches de Nilson (' ) que le scandium donne avec le
sulfate de potassium un sel double très peu soluble dans une solution saturée
de ce réactif. Parmi les Terres Rares il n'y a que les premiers termes de la
série qui donnent des précipités semblables, et l'on sait depuis les travaux
de Marignac que les sulfates des derniers termes de la série sont moins
solubles encore que leurs sulfates doubles potassiques. Or d'après les obser-
vations spectrographiques de M. de Gramont, les seules Terres Rares
observables dans la Thorveitite de Madagascar sont le scanditim, le néo-
ytterbium et Pyttrium. Nos propres obser\ations portant sur des produits
concentrés n'ont ajouté à cette liste que le lutécium. Les diverses recherches
entreprises dans notre laboratoire ont prouvé que, dans ce minéral, le
rapport de ces terres yttriques à la scandine est inférieur à j^.
Ces diverses circonstances font du sulfate de potassium un réactif com-
mode et peu coûteux pour la purification du scandium de la thorveitite.
Le scandium précipité par ce réactif est d'une remarquable pureté, mais
la précipitation n'est pas complète. La quantité de scandium qui reste dans
les eaux mères est dailleurs faible, et comme elle est proportionnelle au
volume des liqueurs, on a avantage à opérer avec des liqueurs concentrées.
Il y a intérêt d'autre part à utiliser des liqueurs aussi peu acides que pos-
sible.
Pour obtenir ce double résultat, les sulfates primitifs out été transformés
en nitrates en passant par lintermédiaire des hydroxydes que donne l'am-
moniaque. La solution des nitrates est évaporée et maintenue longtemps au
bain-marie pour éliminer l'excès d'acide libre. Des solutions relativement
{') Nilson, Sv. V. A. F., 1880, n° 6.
l3l2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
concentrées de ces nitrates sont additionnées d'un excès de sulfate potas-
sique pulvérisé, de telle sorte que le précipité baigne dans une solution
saturée de ce réactif.
Ces liqueurs ont une tendance marquée à la sursaturation. Il conyient de
laisser durant deux ou trois jours le précipité au contact des liqueurs pour
que la précipitation soit aussi complète que possible. Après filtration, les
lavages doivent être effectués rapidement avec des solutions saturées de
sulfate potassique. Les terres qui restent dans les eaux mères et les eaux
de lavage sont précipitées par l'aninioniaque; les hydroxvdes transformés
en nitrates. On recommence la précipitation par le sulfate potassique en
restreignant considérablement le volume des liqueurs. De la sorte on récu-
père la presque totalité du scandium alors que les Terres yttriques se
concentrent dans les dernières eaux mères.
Il y a lieu de signaler (jue l'ammoniaque ne précipite jamais d'une liqueur
scandifère la totalité du scandium. Des liqueurs filtrées, on peut toujours
précipiter le scandium resté en solution en ajoutant du phosphate d'ammo-
nium; la précipitation du phosphate de scandium étanl ([uanlitative en
milieu ammoniacal, en Tabsence de carbonate d'ammonium.
D autre part, la facilité avec laquelle le scandium forme des scando-^
carbonates «d'ammonium solubles est précieuse. Le carbonate d'ammo-
nium paraît dissoudre tous les précipités que forme le scandium, y compris
le phosphate, ce qui dans un grand nombre de cas est avantageux. En parti-
culier nous avons utilisé cette propriété pour transformer les sulfates doubles
potassiques de scandium en hydroxycarbonates, insolubles, denses et en
conséquence faciles à laver.
Les dissolutions des composés de scandium dans des solutions de carbo-
nate ammoniaque sont di'composées par la chaleur qui détermine dans la
majorité des cas la précipitation des hydroxycarbonates. Il faut d'ailleurs
éviter une ébullition trop prolongée de ces solutions, car l'hydroxyde de
scandium risquerait de décomposer les sels ammoniacaux concentrés dans
les liqueurs mères et de provoquer, de la sorte, soit la redissolution d'une
partie du scandium déjà précipité, soit son retour aux précipités primitifs.
Les Terres yttriques scandifères qui se concentrent dans les eaux mères
des précipités des sulfates doubles potassiques sont transformées par
l'ammoniaque en hydroxydes. Ceux-ci sont finalement traités par un léger
excès d'acétylacétone. Une trace seulement de scandium se retrouve dans
les liqueurs mères, le reste des Terres se présente sous forme d'acétylacé-
tonates cristallins. Le traitement de ces sels par le chloroforme permet la
SÉANCE DU 22 MAI I922. l3l3
dissolution de la totalité de racrtylaci'tonate de scandium (' ) et laisse un léger
résidu d'acétylacélonates yttriques. Enfin, de ces divers acétylaci'tonates,
celui de scandium étant seul volatil, la séparation est achevée par une
sublimation dans le vide vers 200°. iSous avons trouvé ainsi que le rapport
des Terres Rares au scandium était, dans la thorveitite de Madagascar,
inférieur à :j-^.
ANATOMIE VÉGÉTALE. — Sur les croix dc Malte présentées par les bois soumis
à des traumatismes. Note de M. J. Costantix.
Dans un Ouvrage en cours de publication, M. Faideau et moi (-) avons
fait reproduire des photographies de tiges qui présentent sur leur section
une croix de Malte d'un brun noirâtre, simulacre étrange se retrouvant
dans toutes les coupes de la partie ligneuse. La superstition pourrait songer
à exploiter ce phénomène et donner à ces bouts de bois un caractère de
fétiche. Il paraît donc utile de donner une explication de ces formations
singulières et des conditions dans lesquelles on les produit à coup sûr expé-
rimentalement.
C'est avec les bois de Châtaigniers que la croix de Malte apparaît le plus
nettement. On va voir qu'avec d'autres essences comme Sycomore {Acer
Pseudo-Platanus\ F^rable plane {Acer plat anoid es). Bourdaine, Cornouiller.
Staphylier ou Faux-Pistachier {Staphylea pinnata), Chêne, Frêne, Sorbier
le même phénomène est seulement ébauché. C'est en vue d'obtenir des
cannes, des manches de parapluies ou d'ombrelles, des manches de porte-
plume (avec les fines tiges de Cornouiller) que les tiges de ces végétaux
sont soumises à un traitement agricole el industriel dont le déterminisme
expérimental est rigoureusement précisé. Grâce à un outillage mécanique
très ingénieux, on arrive à produire, avec une grande promptitude et une
parfaite régularité, sur les branches d'arbres recépés un très grand nombre
de cicatrices superficielles de l'écorce.
Ces plantes présentent donc des plaies semblables à des intervalles rigou-
reusement égaux (par exemple 5™"') le long de quatre génératrices.
L'ensemble des cicatrices constitue sur la tige, après décortication, une
ornementation ofTrant un intérêt au point de vue de la vente. A chaque
(^) R.-J. Meyer et H. ^^ inter, Z. fur anorg. Chent.. t. 67, p. .\i5.
(^) Hist. nat. illustrée, I, p. 28. .,'<T7^~J^
V,
l3l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
outil, correspond un résultat artistique distinct et les modèles ainsi obtenus
portent commercialement des noms différents.
Le traitement mécanique des tiges à l'aide de ces instruments est fait par
les ouvriers habiles qui s'en servent avec une très grande promptitude;
avec quelque pratique du métier, le praticien arrive à traiter, en très peu
de temps, un nombre considérable de plantes, de sorte que le nombre des
cannes préparées dans une exploitation peut s'élever à des centaines de
mille. Le perfectionnement de l'outillage est d'autant plus nécessaire que
la période pendant laquelle s'effectue le traitement est de très courte durée.
C'est avant le départ de la sève qu'il doit avoir lieu [en général de la
deuxième quinzaine de mars à la deuxième quinzaine d'avril (')]. Après
cette courte période, si l'on veut faire subir aux plantes le même traite-
ment, la sève s'épanche dans les plaies, les tiges s'étiolent et se dessèchent
sur place (-).
Si l'on suit les effets des traumatismes pendant la fin de Faimée où l'opé-
ration a été effectu(''e (c'est en général quand les pousses ont 3 et 4 ^^ns
qu'elles sont traitées), on voit les plaies s'accuser sur l'écorce. Etudie-t-on
une ligne de cicatrices, on remarque que l'assise génératrice libéroligneuse
est lésée suivant un arc plus ou moins étendu, en face chaque blessure,
d'après la nature de l'outil et d'après la souplesse plus ou moins grande de
l'ouvrier.
On constate aisément, en examinant la surface des cannes, que les actions
ont été plus ou moins intenses, les cicatrices plus ou moins étendues en
longueur et en profondeur. Si la pression a été assez forte, il en résulte un
décollement de l'assise génératrice de Tanneau ligneux sous-jacent suivant
un arc correspondant. Il en découle cette conséquence que le bois de
l'année précédente se trouve séparé du bois nouveau qui, malgré sa sépara-
tion, va continuer à se produire en dehors de la fente. Cette séparation
entraîne pour les parties profondes une altération des membranes lignifiées,
elles brunissent et ce changement de couleur (') s'étend, en section trans-
(') II y a des variantes, suivant Télal de la végétation. En particulier, le tatouage
des liges a été terminé, en 1921, le 20 avril; en 192'., le tra\ail a continué jusqu'au
5 mai.
(^) La description de la technique a d'ailleurs déjà été donnée dans le Larousse
mensuel^ H, p. 5/^7 (igii-igiS) : Fahjeau, Sylviculture pour cannes et manches
d'' ombrelles.
(^) Parfois aussi, les cellules ligneuses sont remplies d'une substance jaune
brunâtre, comme la gomme dans les blessures des plantes,
.SÉANCE DU 22 MAI 1922. l3l5
versale, dans tout le secteur limitr exlrrieurement par l'arc de décollement;
le brunissement gagnant jusqu'au centre de la tige, il en rrsullé quon voit
apparaître, en coupe, quatre secteurs bruns superposés aux quatre généra-
trices de blessures et c'est ainsi que se trouvent constituées les croix de
Malte mentionnées plus haut.
Il peut arriver que les blessures soient inégalement profondes, alors, au
lieu d\ine croix à quatre branches, on pourra voir apparaître une figure à
une, deux, trois branches; et l'on se rendra compte, par l'examen de la
fente de décollement, que l'action suivant les secteurs non colorés a été très
faible, quelquefois nulle. Si le nombre des blessures a été multiplié le long
de huit génératrices au lieu de quatre, par des instruments différents, plus
compliqués, on pourra avoir une croix à huit branches au lieu de quatre.
On remarque parfois, même avec le Châtaignier qui donne d^ordinaire
et régulièrement les croix les plus nettes, que le phénomène ne se produit
pas ou du moins reste à l'état d'ébauche. Il y a bien eu quatre arcs de décol-
lement, mais le brunissement ne s'est pas étendu en profondeur, il est resté
superficiel. Cela peut dépendre des conditions climatériques de l'année.
Ainsi la sécheresse excessive de 1921 a nui à la formation des croix de
Malte qui ont été avortées.
C'est d'ailleurs à ce dernier stade que s'arrête normalement l'évolution
du phénomène dans le Staphylea, la Bourdaine, TErable plane, l'Erable
Sycomore, le Cornouiller. Une particularité mérite d'être signalée dans la
Bourdaine, l'ébranlement du système ligneux qui a amené le décollement
de la dernière assise génératrice se transmet au bois profond qui a une
tendance à se fendre circulairement un peu irrégulièrement, quand ou le
coupe, suivant les lignes de séparation des couches annuelles (ce sera par
exemple, l'assise limitant le bois de première année qui se décollera de
la suivante, les autres de deuxième et troisième années restant adhérentes).
Le bois nouvellement formé par l'assise génératrice, après qu'elle a été
blessée, a des caractères très particuliers. D'abord sur la face interne^, à
l'endroit décollé, il brunit d'une façon intense comme dans les tissus cica-
triciels et ce changement de teinte s'étend plus ou moins loin vers l'extérieur
et tangentiellement. Après le tissu brun, on voit apparaître un tissu irrégu-
lier, qui n'est plus disposé en files radiales. Les cellules sont plus grandes
que celles qui se produisent normalement sur les arcs non blessés; mais ce
qui distingue surtout la partie exlérieiu^e à lare de décoUemenl, c'est qu'on
n'y observe pas de vaisseaux. Il y a des variantes suivant les espèces, mais
la disparition des vaisseaux est constante, surtout au milieu de l'arc et
l3l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
suivant le rayon qui correspond à ce point, c'est-à-dire là où la pression a
été la plus forte. A partir de cette ligne médiane, on peut voir, à droite et à
gauche, les vaisseaux reparaître progressivement, mais parfois ils manquent
complètement dans tout le secteur externe.
Dans le Slaphylea, l'épaisseur de la couche ligneuse de nouvelle forma-
tion est beaucoup plus grande suivant les quatre arcs blessés que suivant
les quatre autres intacts. Dans le système extraligneux, les paquets fibreux
sont plus épais, plus gros qu'ailleurs (dans les régions non blessées).
Dans la Bourdaine, la blessure est si profonde que le bois nouveau ne se
reforme pas au milieu des arcs décollés, il y a alors deux bourrelets laté-
raux de système ligneux irrégulier à la partie interne, rayonnant d'abord
obliquement avec des rayons qui se redressent, peu à peu, vers les bords de
la fente pour reprendre la direction normale ( ^).
Dans le cas du Sycomore, les files de cellules de parenchyme ligneux
d'abord irrégulières, puis en série arquées, à la fin de la saison, reprennent
la croissance rayonnante normale et les vaisseaux à large calibre peuvent
reparaître. L'action du traumatisme ne se fait plus sentir alors dans les
parties périphériques.
Dans les manipulations variées auxquelles la canne est soumise, redres-
sement pour la rendre rectiligne, recourbement du sommet pour faire la
crosse, etc., il peut arriver que le cylindre constitué par le bois de dernière
année se décolle du bois sous-jacent (ce phénomène se conçoit aisément
par tout ce qui précède). Dans ce cas, on voit très bien, par exemple dans
un Erable, des boutonnières obliques très brunes à la surface du cylindre
formé par le bois antépénultième, entourées d'une ellipse brun clair à des
distances de i*^™ sur une génératrice, alternant d'ailleurs d'une génératrice
à l'autre (-).
(') Parfois, dans d'autres espèces, la boutonnière de décollement, étendue tangen-
tiellement, s'augmente d'une amorce de fente radiale vers l'extérieur, dans la zone
de plus forte pression.
(^) J'adresse, en terminant, tous mes remercîments à M. Camus, sylviculteur, pour
tous les documents et renseignements qu'il a bien voulu me fournir, concernant la
curieuse industrie dont il est le créateur.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l3l7
MÉGANIQUE. — Sur trois classes de mouvements vibratoires non entretenus.
Note (') de M. Jules Axurade.
I. TJn problème chronométrique exposé dans une précédente Note de
Chronométrie (-) nous a conduit au mouvement vibratoire à deux frotte-
ments, défini par l'équation suivante :
, . i d- u ^ / du - I I \
^ ' m' dt^- ■ 1 \^ s ' b ^f, 2800 ' 900/
II. Dans chacun des cas particuliers extrêmes où l'une des quantités A
ou [X s'annule il y a, jusqu'à extinction complète du mouvement, isochro-
nisme absolu à partir de l'amplitude de départ; dans le cas de X = o les
amplitudes décroissent en progression arithmétique; dans le cas de u, = o,
elles décroissent en progression géométrique.
III. Lorsque aucun des coefficients X et [x ne s'annule, le mouvement,
beaucoup plus complexe, perd toutes ces propriétés remarquables.
Posons
(.) A.= ^, A.= ^ h = ^, + ^,^-^,■n = ^,~^,^-%
I — A i-l-A \ i — /- I — A-
nous obtenons pour la loi de réduction des demi-amplitudes u„, u,, . . ., w„
successives la formule
, «? + «1 i' — «1 T/ _ I — /.
u.t — u.n
Si l'on veut observer n oscillations successives n^3o°, en partant, par
exemple, d'une semi-amplitude initiale //(, = tï, on pourra, à une approxima-
tion relative de l'ordre de ■—-, c'est-à-dire de l'ordre de ^-^ io~% adopter la
1/ Il 0,6
formule plus simple
, ul-\-Uti i — l
(4) —^ '- = — —7'
k;— «0; I ^ A .
mais celle-ci est encore d'un emploi difficile et la méthode ne convient pas
aux mesures de précision élevée portant sur X et [x à la fois.
IV. En revanche, parmi les vibrations à deux résistances passives, j'étu-
(') Séance du i5 mai 1922.
(*) Comptes rendus, t. 17i, ig^a, p. ii/jA'
l3l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dierai prochainement les vibrations
, K V \ d-u ^ du •
( 0 ) — ; —j-r = — « — rj£A U q —r-
^ M- dt- ' dt
{q coefficient positif, y] et £ gardant leurs significations), les moyens de les
réaliser, et leurs conséquences pour la métrologie des résistances passives,
des fins roulements et des viscosités.
M. A. DE Gramont présente en hommage à l'Académie un Mémoire dont
il est l'auteur, en collaboration avec M. G. -A. Hemsalech, et intitulé :
Observations and experimenls on the occurrence of spark Unes (enhaïiced Unes)
in the are. Part II : Magnésium, zinc and cadmium, paru dans le Philoso-
phical Magazine, vol. 43, May 1922.
Ce Mémoire est le développement, avec cinq planches de spectres et de
nombreux Tableaux, de deux Notes des mêmes auteurs parues dans les
Comptes rendus du 26 septembre 1921 et du 6 février 1922.
M. d'Ocagne fait hommage à l'Académie d'une brochure intitulée : Vue
d' ensemble sur les machines à calculer, extraite du Bulletin des Sciences
mathématiques (mars 1922). C'est un résumé de ce qu'on pourrait appeler
r « anatomie comparée » des machines à calculer. Ce genre d'étude,
inauguré par l'auteur dans ses conférences de 1893 au Conservatoire des
Arts et Métiers, l'a amené à considérer comme organes essentiels des
machines arithmétiques : le chiffreur qui fait apparaître, dans les lucarnes
où s'inscrivent données et résultats, les chiffres voulus; Vactionneur qui
permet d'imprimer au chiffreur la rotation qu'exige l'opération elVectuée ;
le reporteur qui, lorsque, sur un chiffreur, Tintervalle de 9 à o franchit la
lucarne, détermine une avancée d'une unité pour le chilVreur suivant;
Veff'aceur qui permet la remise à zéro en bloc de tous les chilVreurs; enfin,
dans certaines machines seulement, Ventraineur permettant la comjuande
simultanée de tous les actionneurs, chacun pour le mouveiuent limité qu'il
doit accomplir.
Les machines arithmétiques peuvent se diviser en deux grandes familles
suivant qu'elles n'ont pas d'entraîneur ou qu'elles en ont un, et, dans
chacune de ces familles, on peut les répartir en genres d'après la nature
de leur actionneur, chacun de ces genres comportant lui-même de multiples
Yariélés,
SÉANCE DU 22 MAI 1922. iSlQ
On peut remarquer que, dans cette brochure (p. 45), se trouve déjà
signalée la machine de M. A. Seguin qui vient d'être récemment décrite
par son inventeur dans une Note insérée aux Comptes rendus (t. 174, 1922,
p. ii54). Cette machine est fondée sur une idée nouvelle, celle d'effectuer
mécaniquement la multiplication par le procédé de Fourier, qui revient à
appli(juer la règle de la multiplication des polynômes lorsque les chiffres
d'un nombre sont regardés comme les coefficients d'un polynôme ordonné
suivant les puissances de 10.
Une des principales curiosités du sujet, au point de vue scientifique, est
constituée par l' ariUnnomètre éleclromécanique de Torres Quevedo, capable
d'effectuer automatiquement une opération arithmétique quelconque sur la
seule commande d'une machine à écrire ordinaire, au moyen de laquelle on
inscrit, en se servant des signes ordinaires de l'algèbre, l'opération à effec-
tuer.
C'est encore à cet illustre Correspondant de l'Académie que l'on doit les
machines algébriques dans lesquelles les nombres ne s'inscrivent plus sur
des compteurs mais correspondent aux points de certaines éc.helles graduées
(affectant, en général, la forme de ce que M. Torres a appelé un arithmophore
logarithmique), reliées mécaniquement au moyen d'organes nouveaux,
également imaginés par M. Torres, sous le nom à^ fusées sans fin. De telles
machines permettent d'obtenir non seulement les racines réelles d'équa-
tions algébriques de degré quelconque, mais encore leurs racines imagi-
naires (par leurs modules et leurs arguments). Elles jouent, dans l'ordre
du calcul mécanique, le même rôle que les nomogrammes dans celui du
calcul graphique.
COKRESPOrVDAIVCE.
M. Élie Cartax prie l'Académie de vouloir bien le compter au nombre
des candidats à la place vacante, dans la Section de Géométrie, par le
décès de M. Camille Jordan.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° Camille Flammarion : La mort cl son mystère. Tome I : Avant la mort:
Tome II : Autour de la mort: Tome III : Après la mort.
l320 ACADÉMIE DES SCIENCES.
qP Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht, par
Albert P*", prince souverain de Monaco. Fascicule LX : Hydroïdes ; Pluma-
ridœ, par Maurice Bedot. Fascicule LXI : Tomoptérides , par A. Mâlâquin et
F. Carin.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les fonctions croissantes positives.
Note de M. Spyridion Sakantopoulos, présentée par M. Hadamard.
1. M. Borel, dans son célèbre Mémoire ('), a démontré sur une fonction
croissante la formule suivante :
M
où a est positif et aussi petit que l'on veut et z également positif. Cette iné-
galité est vérifiée à partir d'une valeur de x^ sauf peut-être dans quelques
intervalles exceptionnels d'étendue finie. M. Borel a considéré le nombre £
comme constant. Je me propose, à ce point de vue, de faire connaître ici
une extension de son résultai.
J'ai établi le théorème suivant :
2. Théorème J. — Etant donnée une fonction o(œ) décroissante, telle que
l'on ait lim[,r i^(>r)J = ce, et une fonction croissante quelconque M(j), Viné-
galité
( [log m (.r) lr(-o j L
se vérifie toujours, sauf peut-être dans quelques intervalles exceptionnels
d'étendue totale finie, a étant un nombre constant mais aussi petit que l'on
veut. ,
Supposons que pour les valeurs suivantes :
jZ'j — j:'o +
[logM(^o)]^'"">'
(2) ' ' ' [logM(:ri)]^
9>a:,)
Xy/ J^V— 1 '^
[logM(^v-i)F-^-
(') Acta mathematica, 1897.
SÉANCE DU 22 MAI I922.
l'inégalité (i) ne soit pas vraie. Les égalités (2) donnent
l32ï
(3)
^'; — t3^Q — i~
[logM(xo)]?'-"°' [logM(^;o)]?'^v-,)
Supposons maintenant que le nombre des valeurs (2) qui ne satisfont pas
à l'inéeralité (1) soit infini et considérons la série 7 n — ^r-, — t-tïtt-i * ^^^
rapport A., est
logM(a--v_i)
9(-^'v-.>
Mais à cause de l'hypothèse laite, on a
logM(^-,-i)
JogM(^-v)
on aboutit donc à la relation
<
I -i- «
d{i +rt)?'-^v-.)
où 6 reste plus grand que l'unité et a pour limite, peut-être, l'unité. Soit
lim 6 = 1; on a ( ' )
' I .'. 1
I.
Nous écrirons
lim >.,,== lim ;^lim — — — :
9 (i -h «X^'-^v-,)
X,=
6{i-h ci)^^^''->^ I + a./
c'est-à-dire «,, = 0(1 + rt)'f*'v,)_ i et nous appliquons la règle de Raahe et
Duhamel bien connue; on a «,,> o et limav= o-
La formule de \ewton donne
I 'j(./*v_, )
ou
rtv=: Ôcp( J'v_, )a
kh-v-6 — l,
où k est positif et lim X: = o. On a donc
vav> v^9(J?v-i)«( I— -
(>) Si l'on a lim 5 > 1 , la série sera sûrement convergente. Si 9(.r.._i) est constante
visiblement on retombe au théorème de iW. Borel; on aura Iim/.v< i.
l322 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La reialion (3) donne x,, — x^^<C^^ car chaque terme est plus petit que
l'unité; il en résulte a fortiori
OU encore, puisque ç>(^v-) ) ^ 'f (^"v)?
v«v> V 9(^v)«( I ) — j:'o9( J-v)«( I ■ I •
Maintenant, pour que nous ayons vrtv!> i pour loute valeur de «'^constante
mais aussi petite qu'on veut, il suffit que l'on ait lim[a;o(£j7v)] = ^, c'est-
à-dire
lim [.r a)(.r )] = x.
Alors la série \ t-j — rj- — -r;r^^^ est convergente : la valeur .x\ tend donc
vers une limite linie. Mais ceci est en contradiction avec le fait que x^ tend
vers l'infini en même temps que v, comme il rc'sulte des relations
M(x,)>[M(.r,.0]'-^-
qui donnent
logM(.r,)>(i + ./)MogM(^-o). ^
On démontre facilement, maintenant, que l'étendue totale de ces inter-
valles exceptionnels est finie et ég"ale au nombre représent('' par la série
convergente ^{x,-x,)=^j^~-^^^', elle ne dépasse danc pas le
nombre donné par la série t—^ V ',,, .
3. L'extension que je doime au théorème de M. Borel est remarquable
parce qu'elle nous donne le droit d'ajouter à la variable x des quantités plus
grandes qui tendent vers zéro moins vite que la quantité ^ ' • On s'en
persuade facilement si l'on prend 's^{x) = hx-^ où h et S; sont constantes
et o <; Sr <^ I. On peut encore lui donner les formes suivantes :
IL Etant donnée la fonction croissante M(7-) et une autre o{x') décrois'
santé {ou constante) et telle que lim [cp(a7)/^] = ce, l'inégalité
M[^.é'ii»sM,.v)]-f(-'J <[M(^)J'
se vérifie, sauf peut-être dans quelques intervalles exceptionnels d'étendue totale
finie; a est un nombre positi "^ et aussi petit que Von veut.
IIL Toute fonction croissante de la forme
,— 10g7«( V)
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l323
OÙ k(œ) croît moins vite que x et m(x) est une fonction croissante mais quel-
conque, vérifie V inégalité
M
ni{x)
< [M (.r )]'+«,
sauf dans quelques intervalles exceptionnels d'étendue totale finie; a est un
nombre positif aussi petit qiCon veut.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur quelques théorèmes de M. BorcL
Note de M. Th. Varopoulos, présentée par M. Emile Borel.
En ulilisant systémaliquemenl le théorème suivant :
Etant donné un nombre ^ positif et supérieur à i unité quelconque^ s^it existe
des valeurs de r ne satisfaisant pas à V inégalité
<OlJ.{r),
I0gp.(/-)l0g2p.( /•)... lo-,/^(/-)"
a ^ I quelconque, et v un nombre entier aussi grand que Von veut mais fixe ^
ces valeurs exceptionnelles remplissent des intervalles d'étendue totale finie^
qui n'est pas aulre chose que le théorème classique de M. Borel, sur les fonc-.
tions croissantes, perfectionné, j'ai obtenu de nouveaux résultats qui pré-
cisent certaines propriétés des fonctions entières.
Le but de cette Note est de communiquer ces résultats, qui sont les
suivants :
1, Si les coefficients d une fonction entière
f{z) = a,-
satisfont à l'inégalité
i«»i<4f'
à partir d'une valeur de \z\ = r oii [J'{r) est une fonction quelconque crois-
sante, nous avons Vinégalité
M(/-) < ^rix^r) log/j.(r) log,f^(/-) . .. log, a (/■)'+-,
où
M(/-) = I a„ I + I a, !/■ -+- . . . 4- I fl-^ l/-" + . . . ,
£ ^ o quelconque et (I un nombre supérieur à l unité quelconque.
IL Si q(f) est une fonction croissant plus vite que toute puissance de r [finie
l324 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pour toute valeur assez grande de r, nous avons l'inégalité
M(/-) < QriJ.(r)g{r) log^(r) \o^^q{?) . . . log,g'(r)'+'
partout, sauf peut-être quelques intervalles exceptionnels d'étendue totale
finie.
Nous en concluons les inégalités
I
M(/-) < QrK{r) logA(r) \o%,k{r) . . . log,A(r)'+S
M(/-)<5/-B(r)logB(/)log2B(/)...log,B(/-)'+%
où A(/-), — B(;-) désignent le maximum et le minimum de la partie réelle
de la fonctiony( ::). ..
III. Soit une fonction entière
SI nous avons
|««k"<F(/-),
le module maximum m, (r) de la dérivée f {z) satisfait à r inégalité
m,{rXQr^{r)q{r)\o^q{rY,
OÙ a^i quelconque et q(r) la fonction ci-dessus mentionnée.
IV. Si pour I :; I =: ;• nous avons l' inégalité
le nombre n des zéros dont le module est inférieur ou égal à r vérifie
V inégalité
/i<Ô/-Xr)P(/-)logP(r)«,
<2 > 2 quelconque et P(r) désigne une fonction croissante arbitraire assujettie
à la condition de croître plus vite que \o^r. S'il existe des intervalles excep-
tionnels, leur longueur est négligeable.
V. Si la fonction décroissante fj(r) décroît moins vite que
•og3f^(^) + log4/z(/-) +. . .4- (i + £)IogvjuL(r)
lJ.(r) étant une fonction croissante quelconque, l'inégalité
+ log^{ry('-^ </^('')^ {9 >i quelconque)
est véri^ée partout sauf peut-être quelques intervalles exceptionnels d'étendue
totale finie.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l325
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur Ics relations r/iii existent entre l'ordre de
croissance dune fonction inonof^éne et la densité de ses zéros. Note
rie M. RoLF Nevanunna, présentée par M. Emile Borel.
Soityf^) une fonction nionogène rie la variable complexe ^ — re''^, régu
lière en tout point fini de Tangle
et qui y jouit des propriétés suivantes :
i** Sur les côtés de cet angle on a les inégalités
a,^/') et y-^i/) désignant des fonctions continues et positives d'ordre au
plus égal à r^, de sorte que, pour tout £ > o, on a
oc^(/-) < /■^■+' ((^ = I, 2)
à partir d'une certaine valeur de ;*.
2° A l'intérieur de l'angle (i), on a
log|/(/'e'?)|<m(/'),
l'ordre de croissance de m(/') n'étant pas supérieur à r^ .
3" La fonctiony(\i^) s'annule en une infinité de points de l'angle (1)
x^— r^e'^n {n =1.2, . ..),
tendant vers Tinfini et tels que
lim Slip. I cp«| = Oo< ~-
Soit encore ^(n) une fonction positive croissante telle que r„<'^(n)
à partir d'une valeur finie de r.
Dans ces conditions on aura, pour tout point x ^= r de [l'axe réel positif ,
Vinégalité
,.^ I 1/7 \x<^''\i r- CK^(u)-\- y.,(ii) r^' du ^m{p)\
(A) logL/(r)|^-'|A-j^^ ;;^T. "% m^' ^ ~y^ ] '
OÙ z peut avoir une valeur quelconque ^ r et où p^ désigne une constante posi-
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 21.) 9^
l326 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tive (<^ p), C une quantité qui ne dépend pas de p et enfin X„ la quantité
Âf, = lirn inf. cosÂ:cp„ pour /i^rj^^
laquelle tend vers cosX:^,, lorsque p„ augmente indéfiniment.
A l'aide de ce théorème assez général, que nous avons tiré de l'intégrale
de Poisson, on peut établir facilement, en y choisissant convenablement les
fonctions a,(/-), cc^Ç?-), fn(?'), S(/i), un grand nombre de propositions inté-
ressantes, soit nouvelles, soit précisant des propositions déjà connues,
comme nous le ferons voir dans un Mémoire qui paraîtra bientôt. Ici, nous
nous contenterons d^indiquer certaines conséquences immédiates de Tiné-
galité (A).
On aura à distinguer deux cas, suivant que l'intégrale
(2) ■ f
; — : (fit
converge ou non. Dans le premier cas on aura ce théorème :
Soit J\x) une fonction mono gêne jouissant dans l'angle (i) des propriétés
énumérées plus haut. Si l'intégrale (2) converge et si, en outre ^
m{r)
lim — j-^ ^= o,
la série
1
sera converiiente.
Si, en particulier, /(.x-) esl une fonction enlière, on retrouve une propo-
sition donnée récemment par M. Valiron.
Dans le cas où l'inLégrale (2) diverge, on est conduit à ce théorème :
Les hypothèses générales restant les mêmes quau début ^ admettons en parti-
culier qu'on ait
et d'autre part
m{r)^e{r)r'' I -^1-2— —^1-1 du ,
«1 \n'' ) + a., \n'')
(j désignant une constante positive et i(r), t{n) des expressions tendant res-
pectivement vers zéro avec -et -•
SÉANCE DU 22 MAI 1922. 1827
Dans ces conditions^ on aura nécessairement
à moins que la fonction f{x) ne s'évanouisse identiquement.
En faisant, en parliculier, a, (r) = a^fr) = r*, on trouve le résullal sui-
vant, qui généralise en différentes directions le théorème connu de M. P'rilz
Carlsson :
Soit J\x) une fonction monogène, régulière dans V angle {i) et qui y jouit
des propi'iétès suivantes :
1° l/v^ -*y' I < const. e'';
2" |/(/-e'?)|<e^"''-'' '"-'•;
S'' f{x) s'annule aux points
dont les modules et arguments vérifient respectivement les conditions
V
rn < «7«[i + c(n)], limsup. |'f„| = ?o< -y-
Cela étant, si la râleur de la constante a est inférieure à û cos^'^^, la Jonc-
tion f(r) s\innule identiquement.
MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Sur la forme optimum à donner aux hélices pro-
pulsives. Note de M. Eugène Pagezy, présentée par M. Râteau.
Nous adopterons les définitions et notations que les profonds travaux de
M. Râteau ont rendues classiques et dont on trouvera le détail dans son
Ouvrage intitulé : Théorie des hélices propulsives marines et aériennes et des
avions en vol j^ectiligne (^GdiWÛneT-VWX'ATS, 1920).
Les théories actuelles semblent montrer que le pas analytique de l'hélice
optimum varie avec la distance à l'axe et augmente légèrement quand on se
rapproche du bout des ailes.
La présente Note a pour objet d'établir qu'il n'en est pas ainsi et que
la véritable hélice ontimum est celle dont le pas analytique reste rigoureusement
constant.
Considérons un élément d'hélice CD, de surface s^^ compris entre les
cylindres de rayon r, et ri^^ .
i328
ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'air attaque rélément CD avec une vitesse relative W, qui est la résul-
tante de la vitesse propre de Tavion v et de la vitesse de rotation de rélé-
ment CD, iT^îiri (fi nombre de tours par seconde).
ZT^nvi
Sa vitesse relative de sortie est représentée par le vecteur
CB = W,(i-£/).
En enroulant le vecteur CB sur le cylindre de rayon /■,, on obtient un
( )H
élément d'hélice dont le pas, H, == — > n'est autre que le pas analytique .
M. Râteau a montré que cet élément d'hélice pouvait étie considéré
comme invariablement lié à Télément Si. Il attaque l'air sous un angle
que M. Rai eau appelle angle de déviation,
BA, différence géométrique des vecteurs GA et CB, représente la vitesse
absolue que l'élément Si imprime à l'air. Si û^M est la masse d'air influencée
par seconde, la réaction exercée par l'air sur l'élément s^ a pour valeur
f/M X AB.
M. Râteau a montré que r/iVi peut s'exprimer par la formule
SÉANCE DU 22 MAI I922. l329
La réaction r/M x AB a pour composante utile
/, rr: dM X AE =: k^, W, (l — c, ) X AE.
Le travail élémentaire dépensé est
ti=: 277/1/-, X d\l X EB = 2r.nr,KstW,(i — s,) x EB.
La perte élémentaire de travail est
Pi = h — ifi-
Ces prémisses posées, donnons-nous :
les élémenls de surface Sj,
les vitesses c,
le nombre de tours //,
d'où résulte qu'à chaque rayon r^ correspond un angle |3, bien déterminé.
Proposons-nous d'obtenir un certain effort total I/^ et demandons-nous
quelle est la meilleure façon d'incliner les divers éléments ^,, c'est-à-dire
quelle est la meilleure série d'angles co, donnant naissance à cet effort
total ï/,.
Cette série optimum est celle qui rend minimum la perte de travail
totale ^Pj.
On devra donc avoir :
y p, a(,)iz= o ' " —
/>,^03,= o, U^<--,/,^^.
pour tous les systèmes de dcû, satisfaisant à la relation
^//â?oj,= o, {/''— ;/~^ —^/Voj, différentielle totale de T^/A
d'où
P
- r= const.
OU, en remarquant que pi = t,' — c/]',
., = const.
Le diagramme nous montre d'ailleurs que
EB = W,- cos[3/— W,(i — £/) cos((3,--h w/),
d'où
t',= -7-^ = aTT/J/'/Ks/Wf (i — £/)- sin(S/+ co,) f/co,-,
l33o ACADÉMIE DES SCIENCES.
et que
AE = \V,. ( I — £, ) sin ( [3,- + w,) — W/ sln;3 ,
d'où
// = K Si \\f ( I — c,- y COS ( (5, + GO,- ) f/w„
L'Iiélice optimum est donc caractérisée par la relation
tan g a/ «H,
const..
a ou
H,= const.
MÉCANIQUE CÉLESTE. — Sur le mouvement d'une planète
dans un milieu résistant. Noie de M. P. Fatou, présentée par M. Goursat.
Nous avons indiqué récemment (') quelques propriétés du niouvemenl
d'un point, attiré par un centre fixe suivant la loi de Ne^vton, et soumis
d'autre part à une résistance proportionnelle à la vitesse; certains des résul-
tats obtenus peuvent s'étendre à des lois de résistance plus générales. Con-
servant les notations de la Note précédente et désignant par R la résistance
opposée à la vitesse, nous avons :
(2)
r a'
(3) ^^ii 4_ / XX,, dt
^ = ^ + f lir
Nous simplifierons la discussion en supposant que — reste finie pour c = o,
- restant borné, de sorte que d'après (i) la vitesse ne devient jamais nulle
au bout d'un temps fini, en dehors du centre attractif (-). En oulre on sup-
pose que, V restant supérieure à une quantité positive, il en esl de même
(^) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 1 162-1 165.
(^) Si l'on ne fait pas celte hypothèse, il peut arriver que v devenant nul au bout
d'un temps fini, le mobile tombe ensuite en ligne droite sur le centre attractif : le
mouvement n'est pas régulier.
SÉANCE DU 22 MAI I922. l33)
de R; ces hypothèses sont, vérifiées, par exemple, pour
R— /.c'^r-;^ (a i.3>o).
Nous resterons dans le cas. seul intéressant, où l'orbite osculatrice initiale
est elliptique et C^, > o.
Il est impossible que / tendant vers T (finie ou infinie) la position limite
du mobile soit indéterminée :
i** Si r possède deux Hmites d'indétermination distinctes, le raisonne-
ment de la Note précédente montre que l'on aboutit à une contradiction.
■2° Si r tend vers ;•, ^ o, et si 0, qui croît constamment, tend vrrs
l'infini, comme a, qui décroît constamment, tend vers a,, v- tend
vers — J- — — ou i^']. Si v^^o. on constate que le raisonnement rappelé
plus haut s'applique encore. Si i^] = o, on applique le lemme que voici :
« Si fi^x), continue ainsi que ses n premières dérivées, admet an moins
une limite d'indétermination finie pour x infini, les dérivées en question
admettent la limite d'indétermination zéro. » Or, l'une des équations intrin-
sèques du mouvement s'écrit :
Uj — — --'
p -\- Ç) r
en posant p = -, et désignant par des points les dérivées par rapport à 0;
G tendant vers — pour 0 infini, s admettrait la limite zéro, et — aurait une
limite d'indétermination au moins égale à — >> o : il y a contradiction.
Enfin il est impossible que pour t infini, r tende vers ;-, >> o, et 0 vers
6, finie; on le démontre en se servant du lemme précédent et de l'équation
du mouvement projeté sur le rayon vecteur limite.
En résumé, le mobile tombe sur le centre attractif au bout d'un temps
lini on iidini; tant qu'il n'y a pas choc, le mouvement se poursuit régulière-
ment et l'on a —
/R
— dt étendue à toute la trajectoire est diver-
gente. Ceci a pour conséquence que le demi-grand axe a tend vers zéro;
-dt étant divergente,
Rc dt le serait a fortiori, ce qui implique, d'après (3), que a -^o.
/
l33a ACADÉMIE DES SCIENCES.
En ce qui concerne la trajectoire : i" on peut supposer que pour /--^o,
0-^0,, valeur finie. Le fait que la trajectoire est concave vers l'origine
montre qu'au voisinage de ce point rest fonction décroissante de 0, et que
la longueur de la trajectoire est iinie ('); 2^ on peut supposer que pour
/■^^o, 0->a3 (mouvement en spirale). On démontre que dans ce cas (Mie
reste pas bornée. C'est cette deuxième circonstance qui se présente pour
une résistance proportionnelle à la vitesse ou au carré de la vitesse.
Dans le premier cas ( R = /v), une étude plus serrée de l'équation diffé-
rentielle du second ordre en r et Z considérée dans la Note précédente
permet d'établir la double inégalité
pour un cboix convenable de l'instant initial (-).
Notons enfin cette propriété générale des trajectoires, conséquence
de (4); à partir de l'instant où l'orbite osculatrice est elliptique, /-cos^'-p
varie dans le même sens que ?•, -p désignant l'angle de la normale et du
rayon vecteur.
ASTRONOMIE. — Observations de la comète SkjeUerup (1922 a)^ faites à l'équa-
torial coudé de l'Observatoire de Besançon. Note de M. P. Chofardet,
transmise par M. B. Baillaud.
Nombre
Dates. Temps moyen de Ascension droite Log. fact. Dist. polaire Log. fact.
X'èl'l. de Besançon. \Âo. A'T. compar. apparente. parallaxe. apparente. parallaxe. ■* .
h m s m s in h m s o , „
ai 19.... 9.39. 8 +0.45,20 — 4-3o,7 9:9 8. 4-26,43 9,628 68.35.17,8 0,752^ a
» 20.... 9.43.11 — 2. 4)21 4-4- 3,0 9:6 8. 9.26,74 9,682 67.39.33,0 o,75o„ b
Positions moyennes des étoiles de comparaison.
Réduction Héduction
*. Gr. --.l, 1922,0. au jour. <î 192-2,0. au jour. Autorités,
h m s s 0 / ,; ,/
a lo 8. 3.40,66 +0,57 68.39.38,6 +9,9 • rap. à .^ .G. Berlin B, 3241 .
b 8,3 8.1 1 .3o,36 +0,59 67.35.20,5 +9,5 A. G. Berlin B, 33i4.
(') Pour avoir un exemple de ce cas, il suffit de prendre R= cos^'; en pre-
nant ensuite Mq dans le premier (juadrant et choisissant convenablement la vitesse
initiale, M décrit l'arc de cercle M^O langent en O à Ox. D'ailleurs, si en O la trajec-
toire est régulière et de courbure non nulle, R est toujours de l'ordre de c*.
(-) On démontre même que /E'^' tend \ ers zéro, ce qui entraîne que r tend vers
l'iniini.
Date.
1922.
Mai 19 . .
SÉANCE DU 22 MAI 1922. 1 333
Remarques. — Comète faible, de grandeur 12. 5, large de 1' au maximum, conden-
sation assez incertaine et décentrée.
ASTRONOMIE. — Observation de la comète Schjellerup (1922 b), faite à Véqua-
torial coudé de V Observatoire de Nice. iNote de M. A. S<;haumasse, pré-
sentée par M. B. Baillaud.
Nombre
Temps moyen
de
Log. fact.
Déclinaison
Log. fact.
de Nice.
Aa\.
A(D. comp.
ai apparente. parall.
apparente.
parall. •
)• •
h ras
.. 9-44.47
m
+ 0.
3/
,21
H- o.r3,o 18:10
h m s
8.24.26,79 9,656
0 , „
+21 .24.01 ,4
0,727 1
Position de r étoile de comparaison.
Réduction
Réduction
m.
moyenne au
Déclin, moyenne au
• .
Gr.
1922,0. jour.
1922,0. jour.
Autorités.
1.
9>5
h
8.
m s s
3.49,02 +o,56
0 1 n II
+ 21.24.48,3 — 9,9
|(Parispli.Cl
595, Hr 83 ;
Cl 4Ô2, îf 562).
Remarque. — La comète, de grandeur 12, est formée par une nébulosité dilhise
de 2' environ d'étendue, présentant dans la partie s. f. une faible condensation qui
ressort très peu. Le ciel est brumeux à cette hauteur.
PHYSIQUE. — Sur les imriations de C opalescence critique avec la température et
la longueur d'onde de la lumière incidente. Note de M. A. A\d.4i\t,
présentée par M. E. Bouty.
MM. K. Onnes et Keesom ont publié en 1908 (') les résultats des pre-
mières mesures spectrophotométriques de Topalescence critique, faites par
eux sur l'éthylène (t. crit. 1 1°, 18 C).
J'ai effectué de telles mesures dans des conditions plus variées sur cinq
liquides à températures critiques élevées (éther, acétates de méthyle,
d'éthyle, de butyle et d'isobutyle).
La méthode de remplissage des tubes est celle que j'ai employée au cours
de recherches précédentes (-). Les liquides, après distillations fractionnées à
l'abri de l'air, sont introduits dans l'appareil de remplissage, où l'on achève
(>) K. Onnes et Keesom, Leiden Comm., n° lOi b, 1908.
C^) Voir Comptes rendus, t. 170, 1920, p. 1573.
l334 ACADÉMIE DES SCIENCES.
c
la purification par des congélations fractionnées dans le vide. Les liquides
ne sont en contact qu'avec du verre et du mercure.
Les tubes sont chauffés dans une étuve électrique où la température peut
varier très lentement (de un degré en 5o ou 60 minutes). La mesure des
températures se fait avec des thermomètres à mercure de Baudin et des
couples thermo-électriques. L'étuve peut être retournée bout pour bout.
Les mes-ures d'opalescence ont été faites en comparant l'intensité
d'un faisceau lumineux traversant le brouillard critique (ou diffusé par
celui-ci) à celle d'un faisceau venant de la même source et affaibli de façon
connue par trois prismes de Nicol.
Pour les cinq liquides étudiés, l'opalescence se manifeste avec une très
grande intensité; au moment du maximum, le tube éclairé de côté a l'ap-
parence d'une baguette d'ivoire polie. Je pense qu'il faut séparer l'opales-
cence bleuâtre ou légèrement blanche, du trouble opaque et blanc qui lui
succède immédiatement avant la réapparition du ménisque.
Nous ne nous occuperons ici que des mesures faites, par exemple sur
l'éther, à températures décroissantes, pour un tube à remplissage critique,
et portant uniquement sur la quantité de lumière transmise par le trouble
critique. Les mesures faites dans ces mêmes conditions sur les autres liquides
donnent des résultats analogues.
L Influence de la température. — L'opalescence commence à 3° au-dessus
de la température de réapparition du ménisque T^, passe par un maximum
à o°,o5 de T^. et s'évanouit à o°,5o après la réapparition. Le liquide n'est
alors presque plus opalescent, la vapeur le restant très légèrement.
La construction des courbes représentant la variation de la quantité de
lumière absorbée (ordonnées) avec la température (abscisses) permet de
déterminer avec précision la température T^, du maximum d'opalescence
(d'opacité).
Depuis le début de l'opalescence jusqu'à o°,2o au-dessus de Tj,, le pro-
duit de l'intensité d'opalescence par la température cojnptée à partir de la
température du maximum est sensiblement constant. Les courbes expéri-
mentales obtenues pour les cinq liquides étudiés ont la même forme (|ue
celles se rapportant à léthylène et se confondent de façon très satisfaisante
avec des arcs d'hyperboles équilatères. La théorie de Smoluchowski-
Einstein qui prévoit la proportionnalité de l'opalescence à (T — 6)~' est
vérifiée, mais jusqu'à 0°, 20 environ de 6 seulement. Les autres théories qui
entraînent une proportionnalité à (T — 0)-- doivent être complètement
abandonnées, la contradiction expérimentale s'étendant, dans les limites
SÉANCE DU 11 MAI 1922. Iv335
précédentes, sur six températures critiques comprises entre 11" et 3o('>° C.
II. Influence de la longueur d'onde. — L'étude de la variation de Topales-
cence avec la longueur d'onde de la lumière incidente a été faite pour les
quatre raies visibles du mercure (678, S/^f), 492, 4"^^>) et une radiation rouge
voisine de 635.
Au cours de la variation de l'opalescence avec la température, l'influence
de la longueur d'onde apparaît en deux phases distinctes, mais continues.
Si les mesures s'étendent depuis le début de l'opalescence jusqu'à o°,i5 en-
viron du maximum et si l'on porte en ordonnées log 1 (lumière absorbée^
et en abscisses log A, les points observés à une même température pour les
différentes longueurs d'onde se placent de façon très satisfaisante sur des
droites de coefficient angulaire — 4-
La loi de variation est immédiate :
Si les mesures sont effectuées dans le dixième de degré qui précède la
température du maximum d'intensité, on constate, en construisant les
diagrammes logarithmiques, que les points observés se placent toujours sur
des droites, mais que le coefficient angulaire de celles-ci passe de façon
continue de — 4 à — 2. Au moment du maximum, on a
La théorie d'Einstein (1910) prévoit la loi enX~^ Vérifiée jusqu'à o", i5
du point critique, elle est insuffisante au voisinage immédiat de celui-ci.
Une formule plus approchée a été donnée par Ornstein et Zernike (')
qui prévoient, au point critique même, une intensité de lumière opales
cente proportionnelle à X -.
Les résultats résumés très succinctement ici apportent à cette formule le
premier appui expérimental, dans le cas d'un fluide homogène.
PHYSIQUE. — Sur le champ électromagnétique des trajectoires stationnaires
de Bo/ir. Note de M. Edmond Bauer, présentée par M. Brillouin.
On trouvera ici quelques réflexions très élémentaires sur Vatome de
Bohr qui se réduisent, en somme, à poser d'une façon particulière le
(') Ornstein et Zernike, Proceedings of tke Royal Academy Amsterdam, 26 sep-
tembre 19 14.
l336 ACADÉMIE DES SCIENCES.
problème des quanta, mais c'est là un sort commun à tous les travaux
publiés jusqu'à présent sur ce sujet.
Dans la théorie classique de Lorentz, l'onde lumineuse émise pendant
qu'un électron subit des accélérations a, entre autres, pour rôle de signaler
aux régions éloignées de l'espace les variations de la vitesse du centre
électrisé. Tant que cette vitesse c reste constante, les champs électrique et
magnétique en un point P sont donnés par les lois de Coulomb et de
Laplace généralisées :
(I)
^(•-Ç)^' H = £(,--)[P^xîJ,
r étant la distance de P à la position actuelle de l'électron, ;'" un vecteur
unité parallèle au rayon vecteur r, et c la vitesse de la lumière.
Après une accélération qui a porté ç à la valeur v -h Av, les champs
électromagnétiques qui suivent l'électron dans son mouvement ont changé;
leur valeur nouvelle correspond à la vitesse (^ + Av.
C'est pendant le passage de l'onde lumineuse que s'effectue ce change-
ment. C'est elle (jui apporte l'énergie nécessaire (^).
Il en résulte que, si les trajectoires stationnaires de Bohr n'émettent aucune
onde^ leurs champs à grande distance doivent être constants.
Voici un autre raisonnement aboutissant à la même conclusion : Toutes
les théories actuelles admettent la validité absolue des équations de
Maxwell-Hertz loin des atomes. Les retouches portent seulement sur la
liaison entre l'éther et la matière. Or, les orbites stationnaires des électrons
sont périodiques ou quasi périodiques. Les champs à grande distance ne
peuvent être que constants, périodiques ou quasi périodiques. Mais dans
ces deux derniers cas, il se produirait nécessairement d'après les équations
fondamentales des effets d'induction périodiques, c'est-à-dire des ondes.
Ces champs sont donc constants.
Les quanta ont donc pour effet de produire à une certaine distance de
l'atome un régime permanent, une organisation des lignes de force en tubes
invariables, analogues à des tourbillons stationnaires en hydrodynamique.
Les conclusions ont une importance particulière au point de vue de notre
conception du champ magnétique. Dans la théorie de la relativité, ce der-
nier ne se- distingue pas essentiellement du champ électrique; il se com-
porte en gros comme un vecteur auxiliaire. La théoiie des quanta lui rend
(') Cf. par exemple Langevin, Journal de Physique.
SÉANCE DU 22 MAI I922. l337
une réalité physique propre, elle nous conduit à imaginer des tubes d'in-
duction stables multiples d'un tube unité correspondant au maj'néton.
Malheureusement, comme on le sait, le magnétoii, ainsi calculé, est égal
à cinq fois environ la valeur expérimentale.
Le champ à grande distance et rénergie (jiril contient ne participant pas
au mouvement de l'électron sur ses orbites stalionnaires, sa masse ini-
tiale m^ doit y être inférieure à celle qu'il possède à l'état libre m^.
Or, l'expérience nous apprend que ces deux grandeurs sont très voisines.
Elles coïncident certainement à quelques millièmes près. Il en résulte que la
majeure partie de l'énergie du champ suit l'électron dans son rnouvemont,
kii faisant un sillage identique à celui qui l'accompagne lorsqu'il est libre.
Si l'on admet, comme on le fait d'habitude, que ce sillage est d'origine
électromagnétique (les champs étant donnés par les formules (i) jusqu'au
voisinage immédiat de l'électron) on peut calculer une limite inférieure de
la distance p, au delà de laquelle s'étend la région de champs constants.
Le rayon rt de l'électron est voisin de 2. iq-'^* cm. Posonsm'o = a/Zo(i — c),
nous trouvons immédiatement p = - environ.
£
Si l'on fait, par exemple, £ = — ^, on, a p = 1000, « = 2.10-'^' cm,
'1 r ' 1000 '
valeur comparable au diamètre des premières orbites de l'uranium. Mais il
est possible que p soit plus grand encore, de l'ordre des diamètres ato-
miques, soit lo** cm. Les mesures du rapport ^ ne permettent pas encore
d'assigner au nombre t une valeur précise.
Voici donc comment, dans ces hypothèses, on peut s'imaginer la distri-
bution des champs dans un atome d'hydrogène :
D'abord, au voisinage immédiat de l'électron, mêmes champs que s'il
était libre et animé d'une vitesse constante égale à sa vitesse actuelle. Ceci
reste vrai quelle que soit la nature de ces champs, qu'ils obéissent aux lois
classiques ou à d'autres encore inconnues. Puis vient une zone intermédiaire
dont nous ne savons rien. Enfin, à partir d'une distance p s'étend jusqu'à
l'infini, la région de champs constants. Il est probable que dans ces deux
dernières régions intervient aussi le champ du noyau et qu'il contribue à la
création d'un régime permanent.
Ce qu'on vient de voir justifierait les calculs de Bohr et de Sommerfeld,
qui, pour déterminer l'influence des électrons internes de l'atome sur le
mouvement de l'électron lumineux, admettent, en première approximation,
que les premiers sont immobiles et que leur champ électrique est constant.
l338 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais, pour les mêmes raisons, il ne me paraît pas légitime d'étendre à la
dynamique interatomique, les calculs de perturbations de la Mécanique
céleste. L'insuccès partiel (au point de vue quantitatif) de la tentative de
Lande sur l'hélium provient, non seulement de la faible approximation des
calculs, mais aussi d'hypothèses inexactes sur les champs.
ÉLECIRICITÉ. — Étude eœ périme nlcde sur les pertes d'énergie dans (fueUjues
diélectriques industriels. Note de M. Augustin Frigon, présentée par
M. Paul Janet.
Malgré les nombreux travaux qui ont été faits sur les pertes d'énergie
dans les diélectriques, on ne sait rien de précis sur la nature du phéno-
mène et l'on ne sait pas grand'chose sur ses particularités. Les quelques
lois qualitatives que l'on a pu émettre ne s'appliquent qu'à des cas parti-
culiers et les lois quantitatives sont encore à établir d'une façon satis-
faisante.
La question est donc loin d'être épuisée et ce n'est (|u'en accumulant les
constatations expérimentales que Ton parviendra à serrer la vérité de plus
près et à fournir aux théoriciens les matériaux nécessaires à l'établissement
de lois plus précises. En attendant, les résultats ainsi obtenus peuvent
être utilisés pour les besoins de l'électrotechnique. dans les limites impo-
sées par l'étendue des travaux d'où ils sont tirés.
Nous nous sommes donné pour objet l'étude des pertes d'énergie dans
les diélectriques, considérées dans leur ensemble, par une méthode de
mesure aussi simple et aussi directe que possible, à des gradients de potentiel
élevés et pour des variations importantes de tension sinusoïdale, de tempé-
rature, de fréquence et d'épaisseur.
A cet ellet, nous avons utilisé un électrodynamomètre très sensible, à
miroir, employé directement, sans circuit de compensation, sans trans-
formateur de tension, avec simple résistance ohmiquc dans le circuit
potentiel. L'appareil que nous avons employé a une sensibilité d'environ
7 X io~"R watts par millimètre (R résistance du circuit dérivé). Nous
avons ainsi obtenu de très bons résultats. J^a méthode ne présente pas
d'inconvénients insurmontables, mais elle exige une vérilication expéri-
mentale très soignée des conditions de fonctionnement du montage.
Nous nous sommes servi, pour ces vérifications, de condensateurs à air
formés de plateaux semblables à ceux des électromèlres Abraham- Yillard
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l33ç^
de grand modèle. On peut adineltrc que Ton dispose ainsi diin condensa-
teur presque parfait et que Tangle de déphasage qu'ils produisent est prati-
quement de" 90". En reliant des boîtes de résistance connue en série, on
obtient le déphasage que l'on veut.
L'influence de l'induction mutuelle entre les dilVérentcs parties du mon-
tage et celle <le la capacité du circuit dt-rivé par rappoi't au sol, sont consi-
dérables. Après quelques tâtonnements, nous avons trouvé la disposition
la plus appropriée à donner aux circuits. Nous avons dû, par exemple,
suspendre les boites de résistance du circuit potentiel dans une pièce
voisine de celle où nous expérimentions et à une hauteur d'environ 3'"
du sol.
Jusqu'à présent nous avons opéré sur des éprouvettes de papier imprégné
de vaseline et de résine, tel qu'il est employé pour Tisolemenl des câbles
électriques pour basse tension. Ces éprou\ettes axaient une foiine cylm-
driquepour diminuer le plus possible l'intluence des effluves. Leur longueur
moyenne était de 40'"'" et leur diamètre de 20"^"^
Voici, en résumé, les principaux résultats que nous a\ons obtenus
jusqu'à présent :
i'' Dans le cas d'éprouvetles cylindriques comme les nôtres, les pertes
par effluves introduisent une erreur qui ne doit pas dépasser 3 à 4 pour 100,
pour des tensions de l'ordre de 20000 volts.
2° Les pertes ne sont pas rigoureusement constantes par rapport au
temps. Il n'est pas rare de t^ou^er des écarts de 10 pour 100 entre deux
lectures faites dans des conditions identiques.
3° Les pertes par efî'et Joule sont négligeables devant les pertes cycliques,
à toutes températures et à toutes tensions (de o" à i25^ et de 5ooo
à 20000 volts). Ceci découle de mesures de résistances que nous axons
faites en haute tension, au moyen d'un redresseur thermo-ionique.
4° En fonction de la température, les pertes peuvent s'exprimer par une
fonction de la forme
pour certaines limites de température. Dans notre cas on a :
De 0° à 23° G.,
De 70" à 125° C,
P = bT'^\
La courbe entière a un minimum vers 4o".
l34o ACADÉMIE DES SCIENCES.
5° En fonction de la tension, on trouve de même
Dans notre cas, et pour des gradients de potentiel supérieurs à 35oo vimm
et à la température de 56°, on obtient
L'exposant varie de 2,7 à 1,9 lorsque la température passe de i5" à i20*'C.
6° Pour fixer les idées, nous pouvons dire que nous avons obtenu, à i\o° C
et pour un gradient de 25oo v:mm, une perte de 0,2 watt par mètre de
longueur d'une éprouvette de 20""" de diamètre et de 2'"™ d'épaisseur.
'j° La capacité augmente légèrement avec la température. Elle varie légè-
rement avec la tension, mais pas suivant une loi simple. ( Nous avons calculé
la capacité par la formule j^- Le courant était mesuré au moyen d'une
résistance et d'un électromètre Moulin.
S*' En fonction de la température, le facteur de puissance varie de la
même façon que les pertes. On obtient, pour un gradient de 2^000 v : mm :
de o*^ à 25°,
cos© = pT~'>'^; ■
de 70** à 120°,
coscp = ^T^'.
9" Pour des températures inférieures à ioo°G., le facteur de puissance
augmente proportionnellement à la tension. Pour des températures plus
élevées, il diminue, le plus souvent, par rapport à ta tension-, quelquefois il
augmente ou il présente un minimum.
10" Lorsque l'épaisseur diminue, les pertes augmentent si la tension
reste constante; elles diminuent si le gradient reste constant. Il existe donc
une épaisseur optima pour laquelle les pertes sont minima pour toutes les
tensions.
1 1° Lorsque l'on augmente le rayon de courbure de l'éprouvette (le dia-
mètre dans notre cas), les pertes diminuent tout d'abord, puis elles aug-
mentent pour atteindre un maximum lorsque le rayon est suffisamment
grand.
12° Les pertes augmentent en proportion directe de la fréquence ou
légèrement moins vite.
SÉANCE DU 22 MAI I922. l 34 1
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la réduction des oxydes par F hydrogène.
Note de M. E. Berger, présentée par M. G. Lemoine.
Dans une Note de 1914 ('), j'avais public une courbe de la vitesse de
réduction de l'oxyde de nickel, par Thydrogène, accusant un coude net à
5o pour 100 de la réduction. Ce résultat était en désaccord avec celui de
MM. Sabatier et Espil(-) qui, par un mode opératoire difTércnt, avaient
troavé un coude vers 75 pour 100 et conclu à la production d'un oxyde
intermédiaire de formule probable Ni^O, alors que ma courbe aurait
attribué à ce sous-oxyde la formule Ni-0.
Ne doutant pas de l'exactitude des expériences de MM. Sabatier et Espil
et confiant aussi dans les miennes, j'ai pensé que la divergence constatée
pouvait être due à la nature différente des oxydes utilisés. J'ai donc repris
cette étude sur des oxydes de nickel d'origine diverse.
Le mode opératoire pour la détermination de la masse d'hydrogène,
entrée en réaction, en fonction du temps, est resté le même ; les détails
expérimentaux qui ne peuvent trouver place ici seront donnés dans un
travail d'ensemble ultérieur.
Les nouvelles expériences ont porté sur les échantillons suivants :
I. Hydrate d'oxyde précipité, expérimenté déjà en 1914.
II. Le même oxyde déshydraté, par BaO, dans le vide de la trompe à mercure, en
176 heures à 209°, 5, de couleur très foncée, presque noir.
III. Le même oxyde calciné à 1000° dans le vide de la trompe : vert olive.
IV. Oxyde provenant du nitrate pur (méthode de Copauv) chaufïé 10 heure?,
à 25o°, jusqu'à disparition de la réaction à la diphénylamine sulfurique.
V. Oxyde provenant de la calcination à 55o° du même nitrate; analogue à l'oxyde
étudié par MM. Sabatier et Espil.
VI. Oxyde provenant d'un peroxyde préparé par précipitation du nitrate parla
potasse en présence de brome. Le peroxyde noir très divisé et colloïdal a dû être lavé
un mois au sox.hlet pour être débarrassé de sels alcalins; il renfermait alors environ
un tiers d'atome d'oxygène actif, en sus de la formule NiO, et a été ramené à cette
formule par chauffage dans l'hydrogène à 100°.
La réduction de tous ces échantillons d'oxyde de nickel a été effectuée à
209°, 5 (température d'ébullition du nitrobenzène).
(') E. Bkrger, Comptes rendus, t. 158, igi^i P- '798-
(^) Sabatier et Espil, Comptes rendus, 1. 158, 1914, P» 668, et t. 159, 19141 P- 137.
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N« 21.) 9^^
l342 ACADÉMIE DES SCIENCES.
, Fiésiihats. — Deux expériences, au moins, ont été faites sur chaque échan-
tillon; on constate qu'en faisant abstraction des irrégularités au départ, les
courbes relatives à un même échantillon coïncident pratiquement. En parti-
culier, les courbes de réchanlilloni, en 1920, sont identiques à celles que j'ai
publiées en 1914. Mais la vitesse de réduction et la forme de la courba
varient avec l'origine de l'oxyde. La ligure i représente la fraction de NiO
réduite en fonction du temps, en lieures; on voit que la rcduclion totale
demande moins de 100 heures pour les échantillons I, II, VI; plus de 20!)
heures pour IV et V; pour l'oxyde III, la réduction était à H") pour 100
au bout de 1000 heures.
Heures
Fif
0.? 0.1. 06 0.8 1
Fractiom du temps neceaaire g lareduclicn s 30%
Fis.
Dans le but de mieux comparer les formes des courbes de réduction, on
les a reproduites dans la figure 2 en modifiant pour chacune l'échelle des
abscisses de façon à leur donner deux points communs : l'origine et le point
de réduction à 90 pour 100. On a préféré prendre 90 pour 100 et non 100
pour 100, car l'abscisse du point de réduction totale, atteint tangentielle-
ment, est assez incertaine.
On constate sur la tigure 2 que toutes les courbes présentent un coude
(marqué d'une croix); mais le résultat important est que les ordonnées de
ces coudes sont différentes et ont à peu près les valeurs suivantes : Ech. I,
0,50; Éch. II, 0,70; Éch. III, 0,70; Éch. iV, 0,.^6; Éch. V, 0,63;
Écli. VI, 0,82. Le chiffre de l'échantillon V se rapproche de celui des pre-
mières déterminations de MM. Sabatier et Espil.
SÉANCE DU 22 MAI 192a. l343
Concluions. — La disconlinuité observée dans les courbes de vitesse de
réduction de Toxyde de nickel se produisant à des étapes de la réduction
variables de 0, ')0 à 0,(S2 avec Torigine de Téchantillon, il paraît impossible
d'admettre, comme MM. Sabatier et Espil et moi-même l'avions fait en
igi4, que son explication puisse se trouver dans la formation d'un oxyde
intermédiaire. La formule de cet oxyde serait, en effet, non pas incertaine,
car le même oxyde donne toujours le même coude; mais variable, ce qui
est inadmissible.
Cette discontinuité doit avoir pourtant une signification. On pourrait
imaginer des explications d'ordre pbysique, par exemple : mélange de
deux polymères d'activité différente; mélange de grains de grosseur diffé-
rente ('); existence d'une épaisseur limite dans la perméabilité à l'hydro-
gène de la couche de nickel réduit, etc. Toutes ces hypothèses devraient
être soumises, si possible, à l'expérience.
En résumé, la courbe de vitesse de réduction d'un oxyde, lorsqu'il existe
des oxydes intermédiaires, stables à la température de T expérience , peut pré-
senter des coudes au passage de ces oxydes : MM. Glaser, Sabatier et Espil
l'ont constaté; je l'ai moi-même observé sur différents oxydes.
En particulier, pour l'oxyde ferrique, dans la réduction à 209", 5, il y a un
coude accentué au passage de Fe'(>^; par contre, il n'y a aucune disconti-
nuité dans la courbe au passage de FeO. Nous pouvons en déduire cjue FeO
ne se produit pas dans la réduction de Fe-0' à 209^,5 et nous savons, en
effet, depuis M. Chaudron (-), que FeO est instable à cette température.
Il semble que Ton puisse énoncer la même conclusion pourCu'O, la réduc-
tion de CuO à Cu se faisant sans discontinuité à basse température ('*).
Par contre, l'existence d'un coude dans la courbe de vitesse de réduction
ne paraît |)as signifier forcément la formation d'un composé intermédiaire.
C'est le cas de NiO et l'existence des sous-oxydes de nickel doit être, à mon
avis, remise en question.
(') Pour tous les échantillons étudiés, les grains sont trop fins pour que l'on ait pu
distinguer leur forme au plus fort grossissement du microscope.
(-) Chaudron, Comptes rendus, 172, 1921, p. iSa.
(^) E. Berger, Sabatier et Espil. loc. cit.
l34/i ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur V allotropie « dynamique » du tellure. Noie de
M. A. Daiviiens, présentée par M. Le Chatelier.
MM. Cohen et Krôner (') ont appliqué au Lellure une théorie de l'allo-
tropie dite «dynamique», d'après laquelle toute phase homogène d'un
corps donné pourrait se composer de plusieurs espèces de molécules en
équilibre. Les constantes physiques, se rapportant à un tel état d'équilibre,
pourraient varier avec les traitements subis par l'échanlillon, elles ne
seraient donc pas définies, et elles devraient même, la théorie étant admise,
« être i-ayées de la littérature ».
Pour justifier une telle conclusion dans le cas du tellure, ces auteurs ont
chauffé à une même température (vers 35o", au point d'ébullition du mer-
cure) et dans l'azote, des produits de densités différentes, puis ils les ont
trempés. Si la théorie est exacte, toutes les densités doivent tendre vers une
même valeur, correspondant à l'équilibre à 35o° :
Densité iiviinl Vprès .'5 jours Après Après
Origine el n;ilure du produit. la chauffe. à 350". '2 ;-cniaines. 6 semaines.
1. Tellure fondu, refroidi el pul-
vérisé (cristallisé) 6,287 6,281 6,228 6,2o3
2. J'ellure fondu, refroidi el pul-
véiisé (cristallisé) 6,222 » 6,225 6,208
3. Tellure amorphe (pp. par SO-
dans une solution d'un sel
de tellure) 6,i5o 6,180 6,200 tube cassé
4. Tellure amorphe (pp. par SO^
dans une solution d'un sel
de tellure) 6,i5o » 6,854 »
Les densités des trois premiers produits ont bien tendu vers un même
chiffre, les deux premières en diminuant, la troisième en s'accroissant. Par
contre, la quatrième est discordante, car elle a dépassé ce chiffre ; il eût été
important de connaître la densité du troisième après quatre semaines, pour
savoir si, ayant atteint ce que M. Cohen considère comme la limite, elle ne
l'aurait pas dépassée à son tour.
De plus, il est bon de faire remarquer que dans les expériences 3 et 4, il
s'agit de la transformation du tellure amorphe en tellure cristallisé. Il est
(') Cohen et Kroneh, Z. ph. Ch.^ t. 82, 1918, p. 587.
SÉANCE DU 22 MAI I922. l345
normal que la densité soit accrue par le fait même, mais il est incom-
préhensible qu'elle dépasse celle de ce dernier.
Le phénomène serait réversible.
En raison de l'intérêt de la question soulevée, nous avons repris l'élude
de l'allotropie du tellure, non seulement par l'examen des densités, mais
aussi par celui des courbes thermiques et de la calorimétric.
Nous avons utilisé un produit très pur, distillé dans l'hydrogène, puis
dans le vide. Il fondait dans le vide à 453°. Les courbes d'échauffement et
de refroidissement ont été régulières : île tellure cristallisé ne subit donc à
Fabri de l'air aucune transformation comportant un effet thermique me-
surable.
Des mesures précises de densités ont été faites sur du tellure cristallisé
de diverses manières. Nous utilisions la méthode de MM. Le Chatelier et
Bogitch ('), légèrement modifiée pour obtenir une précision plus grande.
Voici les valeurs observées : 6,236 pour le tellure fondu et refroidi lente-
ment; 6,233 pour le tellure cristallisé dans le tétrachlorure fondu; 6,3io
pour le tellure en aiguilles obtenues par vaporisation.
La densité du tellure obtenu par vaporisation (6,3io) est invariable à toute
température. Chacune de ces aiguilles est formée d'un cristal unique, sans
cavités, et la densité est la densité vraie du tellure cristallisé. La densité des
deux autres ^v oàmls paraît plus faible, parce que, en raison de leur mode
de production, ils sont légèrement poreux. Par chauffage dans le vide à la
même température que dans l'expéiience de MM. Cohen et Kroner, et par
trempe ultérieure, leur densité s'accroît, mais faiblement et ti^ès lentement,
d'autant plus vite que la température est plus élevée. Voici quelques
chiffres :
Durée
Tempéi'ature. de chaulle.
Produit d'origine
i65° 434 heures.
175° 173 »
265° 173 »
370° ' gi »
Près fusion non déterminée..
La trempe du tellure liquéfié en tubç de quartz a donné des produits de
densités 6,2^3; 6,287; 6,276, correspondant à des accroissements de 0,64;
0,8); 0,66 pour^îoo.
(') Le Chatelier et Bogitch, Rev. Met., 1918, p. 514.
Densité en lin
Accroissement
doxpérietice.
pour 100.
6,236
»
6,269
0,55
6,268
o,56
6,268
o,56
6,267
0,02
6,277
0.68
l346 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dans ces cas où la densité s'accroît par chauffage, la variation constatée
est toujours de mrme sens. Elle est de plus irréversible : on n'observe pas
d'abaissement sensible de la densité lorsque Ton abaisse la température de
chauffe d'un produit. Nous pensons que cette faible variation de densité est
due à une recristallisation lente, dont l'effet est, sinon d'annuler, du moins
de diminuer des cavités intercristallines.
On ne saurait pas voir ici un phénomène d'équilibre, comme le voudrait
la théorie dynamique.
Quant au tellure amorphe, préparé et manipulé à l'abri de l'air, il a pour
densité 5,85-5,87. Chauffé de même, il se transforme en tellure cristallisé
«wc dégagement de chaleur^ ce qui est contraire aux conclusions de Ber-
thelot et Fabre ('). La poudre amorphe se contracte beaucoup en se trans-
formant et le produit obtenu est extrêmement poreux. Aussi, sa densité
reste-t-elle plus faible quenelle du tellure cristallisé; cette densité apparente
varie d'ailleurs beaucoup avec la grosseur des grains, comme le montrent
les chiffres suivants, obtenus après trois heures de chauffe progressive
entre 20° et 4oo° :
D.
Grains traversant le tamis 5o 6,o63-6,o64
» 1 00 6 ) 1 70
» 120 6,174-6,175
En chauffant de nouveau ce produit dans le vide, il continue à s'agglo-
mérer, sa porosité diminue, et sa densité atteint sensiblement celle du
tellure cristallisé (6,23i après i44 heures à 35o°).
Nos expériences ne confirment donc pas celles de MM. Cohen et Krôner.
Tous les phénomènes observés s'expliquent aisément sans faire intervenir
une théorie nouvelle. La seule densité vraie du tellure cristallisé est celle
du produit le plus compact, et, contrairement aux conclusions de
MM. Cohen et Kroner, les constantes physiques du tellure gardent leur
signilication classique.
(') Bkrthelot et Fabre, Ann, de Chiin. Phfs., Q" série, t. 14, 1888, p. (^2.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l 347
CHIMIE PHYSIQUE. ~ Sur les séries \^ du Jutécium el de Vyllerhium et sur
l'identification du celtium avec rélément de nombre utomique 72. Note
de M, A. Dauvillieii, présentée par M. G. Urbain.
Depuis la publication des résultats de notre étude des séries L des élé-
ments exécutée au cours de l'an dernier (') avec un spectrographe de M. de
Broglic, nous avons pu améliorer considérablement notre dispositif expé-
rimental en plaçant la feule collimatrice à l'intérieur du tube au voisi-
nage immédiat deTanlicalhode. Celte disposition, qui décuple l'intensité du
rayonnement tombant sur le cristal a, en outre, l'avantage de protéger la
fragile fenêtre transparente des radiations issues du foyer. Nous pouvons
ainsi, par des poses ne dépassant pas quelques dizaines d'heures, obtenir
des clichés présentant le noircissement optimum avec des éléments étudiés
sous forme d'oxydes ou de sels possédant une très faible conductibilité
thermique et ne supportant pas, sur l'anlicathode, une puissance supérieure
à une dizaine de watts par millimètre carré sans destruction rapide. La
dispersion correspond à 6 unités X ( lo""*' cm) par millimètre.
I. Grâce à cette technique nous avons pu étudier en détail les séries L du
lutéciumet de l'ytterbium, contenus à l'état d'oxydes dans une préparation
de M. Urbain déjà utilisée par M. deBrogiie (-)pouises mesuresdes limites
d'absorption K de ces éléments. Une petite quantité de ce mélange fut
agglutinée sur l'anticalhodc de cuivre au moyen d'un peu d'anhydride
borique fondu. La tension constante fut réglée à l\o kv et la puissance à une
vingtaine de watts.
Friman et Hjalmar avaient déjà tiouvé une dizaine de raies dans le
groupe des terres rares. Nous en avons identifié vingt-six pour le lutécium
qui possédait la plus forte concentration, toutes raies déjà j-econnues par
nous pour des éléments plus lourds. Leurs longueurs d'ondes, exprimées
en unités X et mesui'ées par rapport aux lignes K du cuivre (Siegbahn)
sont réunies dans le Tableau suivant. Elles sont exactes à ±o,3 unité X
près, sauf peut-être pour quelques raies y de l'ytterbium qui coïncident
avec des lignes du lutécium ou du tungstène.
(') Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 910, i35o, i65o; t. 173, 1^21, p. 35, 187, 647,
77, i458.
(M Comptes rendus^ t, 170, 1920, p. 725.
l348 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Longueurs d'ondes des raies L des éléments Lu et Yb.
Combinaison. Raie. Lu. Intensilé. Vb. Inlensité.
OiJiL, yj i!4i,4 ass. forte 1182,6 (y^Lii)
NiLj yg 1160,5 ir. faible 1201,6 (y^Lu)
NgL:, y, 1176,5 forte 1219,14 (yiLu)
N7L3 y- 1182,6 (y^Yb) 1226,2 forte
OjaL, y2 1196,9 ir. faible j24o,5 (^-jW)
N2L2 ye 1201,6 (ycYb) 1248,8 tr. faible
N3L2 y,„ 1211,9 tr. faible I256,8 (yjLu)
N5L2 y, 1219,4 (y.jYb) i265,o tr. forte
NgL, y; 12.56,8 ass. forte i3o3.8 ass. forte
MjLj [3g 1 333,0 mov. n u
O12L1, M.2L3. (Sj, [Sj 1339,8 rnoy. // //
NjL,, O5L,.. (31, p, (doublet) i346,6 moy.
N3L, jSj 13.57,9 nioy. i4o5,9 'ïioy.
N4L, [32 i366,8 tr. forte '4 12, 4 Ir. forte
N5L1 [3; i368,5 moy.
XM3L3 [33 1398,4 forte i448,8 forte
NgLi [3g " /' 1462,4 ass. forte
M2L2 [3i 1420,5 tr. forte 1472,6 tr. forte
M4L, [3^ 1437,2 forte 1488,6 forte
M5L0 r\ 1675,4 ass. forte
MjL, «3 1612,2 ass. forte
M', Li a, 1617,6 tr. forte
Les lignes (Sg, [Sg, ^-^ et [S, de rytterbium se confondent avec les lignes Iv;3 et Ky
du cuivre et la ligne j3|i avec le groupe K a. i\os mesures s'accordent à quelques unités X
près avec celles de Friman et Hjalmar. Cependant les valeurs de tj données par ces
auteurs pour Ta, \b, Er et Tb sont beaucoup trop faibles. Par contre, les chiffres
relatifs à iX'^cf.^_ et / sont corrects. La ligne 1422 signalée comme étant [3-; de Yb est en
réalité [3, de Lu .
Comme pour les éléments plus lourds, à l'exception de Turanium, il sul)siste un
défaut de combinaison pour les lignes Ma et Mj3 de ces deux éléments lorsque l'on
pose r/ ^/7o/7' i /k (^12)^^ 1- Ce défaut semblerait indiquer que les fré(iuences des
limites L sont un peu plus grandes (|u"on ne le croit généralement, et serait sans doute
à rapprocher de l'existence des raies L d'absorption que nous avons signalées.
U est à remarquer que la raie y2 du lutécium est beaucoup plus faible que celle du
tungstène et, comme les lignes jSj et y^ de l'uranium sont nettement plus intenses que
celles de l'or, il semble exister, en outre du gros phénomène d'accroissehienl d'intensité
entre W et Ft que nous avons étudié l'an dernier, une faible croissance régulière
depuis Ce jas([u'à LI.
Enlin, les lignes (3^ et [3', qui semblent confondues au-dessous de l'osmium, le sont
probablement par suite du croisement des niveaux O;; et N,2 entre Os et Lu.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l349
II. Outre les raies du lutécium et de l'ytterbium, nous avons reconnu
Texistence de très faibles lignes démontrant la présence d'une trace de
tluilium qui est un élément pour lequel on ne connaissait pas encore de
raies de haute fréquence. Ce sont : y- = i2y2,i ; y, = i3i i,3et ^^ ~ i456,3.
[i, se confondrait avec Ka-g,, du cuivre. De plus, deux lignes extrêmement
faibles démontrent l'existence d'une trace de celtium et lui assignent le
nombre atomique 72. Ce sont : [^2 = i3i9,4 et a, = i56i,8. Cet élément a
été découvert par M. G. Urbain (') dans la préparation que nous avons
étudiée, grâce à l'apparition d'un groupe de lignes inconnues dans le
spectre d'arc. Ses lignes yi et |^, se confondraient respectivement avec
y., et ^2 ^^ lutécium. La ligne [îl^ ne saurait être simulée par y/ de l'er-
bium, caries fortes lignes ^, et [îo de cet élément ne sont pas visibles. La
raie a, du celtium ne saurait non plus être due à la présence d'une trace
d'holmium ([iJo), car la ligne [5l, de cet élément n'est pas apparue. Toute
autre impureté du groupe des Terres Rares est exclue. Nous trouvons enfin
la raie a, du plomb dont la présence était inattendue, la fente coUimatrice
étant en fer.
CHIMIE PHYSIQUE. — Lcs numéros atomiques du néo-ytterbium, du lutécium
et du celtium. Note de M. G. Urbain.
Les observations faites par M. A. Dauvillier avec mes produits celtifères
présentent une importance théorique qui n'échappera à aucun de ceux qui
ont suivi le récent mouvement scientifique relatif aux éléments chimiques
et à leur constitution atomique.
Il est acquis désormais que l'élément de numéro atomique 72 s'identifie
avec le celtium. Il en résulte que la niasse atomique du celtium est com-
prise entre in5 (lut(''cium) et 181, 5 (tantale). Le celtium, caractérisé par
deux ensembles de lignes spectrales (arc et spectre de haute fréquence) et
un ordre de grandeur de sa masse atomi(]ue. a, de la sorte, définitivement
acquis droit de cité parmi les éléments chimiques définis.
Ainsi, d'un point de vue strictement élémentaire, la question des consti-
tuants de l'ancien ytterbium de Marignac est réglée. La méthode des
spectres de haute fréquence, si significative, et dont on peut dire qu'en
matière d'éléments chimiques elle doit avoir le dernier mot, s'est pro-
(') Comptes rendus, t. 152. 1911, p. 1 4' •
l35o ACADÉMIE DES SCIENCES.
noncée en faveur des résultats que j'avais obtenus par des moyens plus
pénibles et peut-être moins probants, au cours d'un travail de plus de
lo années sur l'ancien ytterbium. Mes efforts n'ont abouti qu'à des sépara-
tions bien imparfaites, mais, seules, elles ont été suffisantes pour permettre
aux spectres de haute fréquence d'attribuer sans ambiguïté aux trois consti-
tuants que j'ai découverts leurs numéros atomiques : (néo) ytterbium : 70;
lutécium 171; celtium : 72.
Ces résultats étant acquis, je voudrais esquisser rapidement une partie,
encore inconnue du public savant, de l'histoire de ces trois éléments.
A l'époque où j'ai annoncé l'existence du celtium, la loi de Moseley sur
les numéros atomiques était inconnue. Après qu'elle fut trouvée, il semblait
évident que les trois éléments du groupe ytterbique devaient pouvoir être
caractérisés par des spectres de haute fréquence. Moseley fit lui-même
l'hypothèse que le celtium s'identifiait peul-être avec l'élément inconnu de
nombre atomique 72. D'autre part, Moseley avait, dans ses premiers
numérotages des éléments, sur la foi de M. Auer von VVelsbach, admis
l'existence de deux thuliums, alors que mes recherches conduisaient à n'en
admettre qu'un.
Pour résoudre ces différentes questions, je me suis rendu, en juin 191 4?
en compagnie de Ramsay, à Ovford, au laboratoire du professeur Town-
send, où tra\ aillait Moseley. Il s'agissait d'examiner par la méthode,
unique alors, de ce jeune savant, les divers termes de mes fractionnements
d'ytterbiums.
Nous reconnûmes qu'il n'existait qu'un seul thulium de numéro ato-
mique 69, un seul (néo) ytterbium de numéro atomique 70; un lutécium
de numéro atomique 71. Les spectres obtenus par Moseley étaient pauvres
en raies; il fut impossible d'observer de lignes attribuables à l'élément de
numéro atomique 72. Les premiers de ces résultats sont connus depuis plu-
sieurs années; et ils le furent, sans qu'il y ait de réclamation de priorité
possible, par des recherches indépendantes des nôtres. C'est que Moseley
s'était chargé de leur publication, et qu'il a\ ait conservé, dans ce but, les
documents iudispensableSi Or, avant qu'il ait eu le loisir de rédiger son
Mémoire, la guerre éclatait. Moseley fut des premiers à s'engager, et il
devait malheureusement périr aux Dardanelles.
Sir Rutherford qui fit l'éloge funèbre de son élè\e, m'écrivit au sujet des
derniers travaux de Moseley que j'avais assisté. Je crus devoir renoncer à
faire appel à mes seuls souvenirs pour publier des résultats que je ne pou-
vais appuyer d'indications précises.
SÉANCE DU 22 MAI 192a. l35l
Les observations de M. A. DauA illier complètenl les résultats primitive-
ment obtenus à Oxford. Ils montrent que le résultat négatif relatif au cel-
tium, parla méthode de Moseley, tenait seulement à son défaut de sensi-
bilité, car la matière examinée par M. A. DauA illier est celle-là même qui
avait été expérimentée dans le propre tube de Moseley.
CHIMIE PHYSIQUE. — Floculation du sulfure d'arsenic colloïdal. Influence de
la concentration du colloïde, de l'agitation et de la température. Note de
MM. A. BouTARic et M. Vuillaume, présentée par M. Daniel Berthelol.
Par la méthode que nous avons décrite antérieurement ('), nous avons
pu préciser Tinfluence d'un certain nombre de facteurs sur la vitesse de flo-
culation du sulfure d'arsenic par divers électrolytes.
1. Influence de la concentration du colloïde. — A 5o""' d'une solution de
sulfure d'arsenic, de concentration variable, ajoutons 5o""' d'une solution
d'un électrolyte donné, de concentration déterminée.
t (mia!)
<o ,20
I (min.)
Fis. 1.
Pour quelques-uns des électrolytes que nous avons étudiés, (KCl, BaCP,
MgCl-, MnCl"), la vitesse de floculation augmente avec la concentration du
colloïde. Pour GdCl- et AICT', la vitesse de floculation diminue quand la
concentration augmente.
La figure i reproduit les graphiques relatifs à la variation d'opacité (dans
(') A. BouTAKic el M. Vuillaume, Comptes rendus, t. 1(2, 1921, p. 1293. et t. 173,
1921, p. 229.
l352 ACADÉMIE DES SCIENCES.
une cuve de i'™ d'épaisseur) pour diverses concentrations du colloïde, avec
KCl et AlCP. Les concentrations en As-S' sont :
pour les courbes a ei a' 6% par litre
» b ei b' 3,1 »
» c et c' • 1 ,55 ),
Les concentrations des solutions électrolytiques employées sont i4-—
1 r . ^ ICO
N
pour KCl et i? 77;^-^ pou^ AlCP. Pour KCl, l'opacité limite est atteinte
d'autant plus vite que la concentration du colloïde est plus grande. C'est le
contraire pour AlCP : au bout de plusieurs heures, la solution de colloïde
à 6^,2 par litre est encore très loin de l'opacité limite, tandis qu'une solu-
tion de concentration 5 fois moindre (à 18,2 par litre) l'atteint en une minute
et flocule presque instantanément (*).
2. Influence de Vagitation. — Nous avons fait des mesures comparatives :
d'une part, en agitant le mélange du colloïde et d'électrolyte, quelques
secondes seulement, pour en assurer l'homogénéité; d'autre part, en l'agi-
tant continuellement, avec une baguette, jusqu'à la floculation.
1° Les courbes d'opacité se superposent sensil)lement;
2° Pour KCl, la floculation de la solution agitée se produit seulement
après que l'opacité limite a été atteinte. Pour BaCl- et AlCP, la solution
agitée flocule avant que l'opacité limite soit atteinte.
3. InJJuence de la température. — La solution de colloïde et celle d'élec-
trolyte sont prises à la même température / et mélangées. Si la tempéra-
ture t n'est pas très éloignée de la température ambiante, et si l'expérience
est de courte durée, la température du mélange demeure sensiblement
invariable.
La vitesse de floculation varie en sens inverse de la température pour
KCl,NaCl,NH^CI, LiCl. Elle varie dans le môme sens pour Ba Cl-, CaCP,
SrCl-, MgCl-, CdCl-. Elle dépend peu de la tetupératnre pour A1C1\
Les courbes de la figure 2, relati\es à la floculation observée en mélan-
geant So"^™' de solution colloïdale (à 3s, 1 de As^S^* par litre) et 5o^'"' de
C) L'uiiluence de la concentialiou du . olloïdo a tté àiidiLe notamment par Birton
et BisHOP (./. of physical Chemistrr, t. 24, 1920. p. 701) et par Bukton et IMac Innés
{ibid., t. 2o. 1921, p. 517). Leurs résultats n'ont pas la même signification que les
nôtres, car ils ont été obtenus par une méthode toute difîérente; mais ils ne les contre-
disent pas.
SÉANCE DU 22 MAI I922.
l353
solution d'électrolvte à 11 — pour KCl cl 16 — ^ — pour Ba Cl- ) montrent
\ 100 '^ 10 000 ^ /
que le temps mis à atteindre l'opacité limite augmente a\ec la température
DC-Xq
50
Ib
r.
13^^^
KCL
^
0
i — .
—
10
X (mia)
Fil
pour KCl el diminue quand la température s'élève pour BaCl". La flocu-
lation, pour les métaux alcalins, est très sensible à l'influence de la tempé-
rature.
CHIMIE PHYSIQUE. — Essciis de fabrication synthétique des nacres par produc-
tion de réseaux chimiques. Note de MM. Clémlxt et Rivière, présentée
par M. Daniel Berthelot.
Nous basant sur les données acquises dans la constitution physique et
chimique de la nacre, nous avons chei ché à reproduire par synthèse les
aspects nacrés.
Les phénomènes de nacrage se produisent avec une intensité considé-
rable sur les feuillets élémentaires fabriqués. Si l'on imagine un empilage
d'un nombre considérable de ces feuillets, on obtiendra un morceau de
nacre de coquille. Ces feuillets, s'ils sont disposés selon les plans équato-
riaux d'une sphère, donneront un ensemble nacré qui est la perle fine.
Constitution physique et chimique de la nacre. — Le professeur Raphaël
l354 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dubois (') a montré que la nacre possède une charpente alvéolaire cons-
tituée par un albuminoïde : la conchyoline. Le carbonate de calcium se
dépose entre les montants de celte charpente. Pour la perle, la charpente
alvéolaire rayonne autour du centre et le carbonate est empilé dans ces
sortes de nids d'abeille.
Chimiquement, voici une composition moyenne de nacre ou de perle :
AlburDinoïtle (concliyoline) 5 pour loo
Carbonate de calcium ^5 »
l'^au 2.5 »
FormalioTi du carbonate de calcium en milieu colloïdal. Production des
apparences nacrées. — Il était donc intéressant de voir si en opérant la pré-
cipitation du carbonate de calcium, en milieu colloïdal albuminoïdique, on
obtiendrait une masse nacrée. L'expérience prouve que sous certaines con-
ditions qui paraissent assez serrées il en est bien ainsi.
Une gelée de gélatine, par exemple, contenant en dissolution des sels de
calcium en très forte proportion étant mise en contact avec une dissolution
aqueuse de carbonate de sodium en milieu colloïdal se nacre très fortement.
Une dissolution de gélatine ainsi composée :
Eau 8o jîour loo
Gélatine 5 »
Sel de calcium i5 »
est étalée en couche régulière sur un support tel qu'une plaque de verre.
Lorsque la prise en gelée est faite, on laisse couler lentement et régulière-
ment sur la surface de celle plaque une dissolution de la formule suivante :
Eau 8o
Carbonate de sodium g, 6
Phospliate trisodique 12,4
Albumine, caséine, gélatine ou albuminoïde analogue.. . 8
'1 s^
100
Après 20 ou 3o minutes de contact, on lave la plaque à l'eau et on la
sèche. La plaque est nacrée quelquefois d'une façon intense, avec des irisa-
tions magnifiques et de superbes tons métalliques. Au microscope, la plaque
apparaît composée d'une série de files parallèles de carbonate calcique. Ces
files très serrées forment un réseau optique (jui donne les phénomènes
(') Contribution à l'étude des perles fines et de la nacre., 1909.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l355
interférentiels expliquant les apparences nacrées, La microphotographie
ci-dessous montre ce réseau qui contient environ 1000 traits au millimètre
(grossissement 570).
Moulage, G = 570.
Si le réseau est peu serré, l'aspect de la plaque est simplement argenté.
Plus le réseau est serré, plus l'aspect argenté devient chatoyant, soyeux et
irisé. On peut produire à volonté ces différents aspects et retrouver tous les
genres de nacrage depuis la coquille blanche de l'huître, jusqu'à la coquille
irisée des mollusques nacriers. Le nacrage produit sur une sphère gélatinée
donne l'aspect irisé de la perle et nous avons appliqué cette expérience à
l'irisation des perles fausses obtenues à l'aide d'écaillés d'ablettes.
Ces plaques sont des nacres synthétiques obtenues sur un feuillet élémen-
taire. La superposition de deux feuillets augmente beaucoup l'aspect nacré.
La plaque nacrée, desséchée longtemps à l'étuve à do'', s'opacifie par
déshydratation. Il en est de même avec la nacre ou la perle que l'on dessèche
fortement et qui « meurt » selon l'expression consacrée.
Le mécanisme de la formation de ces réseaux paraît se rattacher aux phé-
nomènes de précipitations périodiques déjà signalés par plusieurs auteurs :
l356 ACADÉMIE DES SCIENCES.
S. Leduc, Liesegang, etc. Il s'agit là de phénomènes osmotiques en parois
semi-perméables (voir expériences S. Leduc).
Moulage des réseaux nacrés. — Les aspects nacrés que nous obtenons ne
sont bien dus qu'aux phénomènes optiques des réseaux. On peut le démon-
trer en coulant à la surface de ces plaques nacrées un collodion de nitrocel-
lulose ou d'acétocellulose, on détache par séchage une pellicule d'éther cel-
lulosique parfaitement nacrée : elle reproduit tous les aspects de la plaque
originelle dont elle est un moulage.
Conclusion. — Par superposition, ces empilages de réseaux calciques
donnent, il est facile de le concevoir, une structure alvéolaire qui se rap-
proche étrangement de la structure ado})tée pour la nacre naturelle,
Nous pensons que ces expériences éclairent et vérifient les théories
admises pour la composition [)l)y.sique et chimique de la nacre et de la perle
fine.
CHIMIE MINÉRALE. — Sur h suif ure de zinc phosphorescent. Note
de M. A. -A. Gu.vTz, présentée par M. A. Ilaller.
Le sulfure de zinc phosphorescent préparé pour la première fois par Sidot
en distillant au rouge blanc de la blende dans un courant de gaz inerte est
un produit cristallisé (wurtzite) présentant une phosphorescence verte. Il
est chimiquement identique à la blende, mais cristallise dans le système
hexagonal.
Le sulfure de zinc est en effet dimorplie et d'après L.-A. Allen et J.-L.
Grenshawn, la blende ou sphalérite est la forme stable en dessous de 1020°,
tandis que la wurtzite est la forme stable aux températures élevées.
Nous avons préparé ces deux variétés, phosphorescentes toutes deux,
par chauffage du sulfure précipité conformément aux observations de L.-A.
Allen et J.-L. Crenshavvn (').
Au microscope les deux variétés se distinguent aisément, la wurtzite se
présente sous la forme de petits cristaux octaédriques très réfringents, agis-
sant fortement sur la lumière polarisée. La sphalérite, au contraire, est en
lamelles, sans action sur la lumière polarisée.
Les analyses donnent, pour les deux variétés, des chiffres concordants :
\\ urlzile. Splialérile. Calculé pour ZnS.
Soufre 32,79 32,96 32,90
Zinc 67,08 67,01 67,10
(') L.-A. Allen et J.-L. Crenshawn, Z. anorg, Ch., l. 79, p. 25.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l357
Nous avons pris les densités dans l'acétate d'amyle, car l'eau mouille assez
mal ces poudres cristallines.
Wurtzile. ' Sphalérite.
D!/ 4,093 4,084
La différence est faible, à la limite des erreurs d'expériences.
Notons que la densité obtenue pour la wurtzite diffère de celle de 3,98
donnée par Mourlot (*), nmis les chiffres que nous obtenons sont sensi-
blement d'accord avec ceux donnés par Allen et J.-L. Crenshawn, pour des
produits naturels :
Blende. \\ lut/ile.
D^-^ • 4,090 4,087
La phosphorescence ne se développe qu'en présence d'une trace de métal
lourd. Avec le cuivre comme phosphorogène à la dose de 7^—};, la lumière
émise est verte dans les deux variétés, mais la durée de la luminosité est
différente.
. La phosphorescence de la wurtzite est plus persistante, celle de la blende
est moins durable; lorsque Faction excitatrice est faible les différences sont
moins tranchées, car la blende s'illumine plus facilement.
Nous avons mesuré la variation de l'intensité de la lumière de phospho-
rescence après insolation à la lumière du jour ou par un ruban de magné-
sium. La température était de 9".
Les résultats, exprimés en millionièmes de bougie par centimètre carré,
sont résumés dans le Tableau suivant, où les valeurs au temps zéro sont
obtenues par extrapolation :
Éclat
de la de la
Temps. wurlzite. sphalérite.
o 7000 4ooo
2 secondes 1760 472
5 » .- 535 " 1 18
10 » 210 5o
3o » 69 i3,2
I minute 4i 6,6
10 minutes 3,9 0,41
1 heure o,36 o,o47
2 heures o,t3 0,018
L'examen de ce Tableau montre nettement que, même pour la wurtzite,
la décroissance de l'intensité lumineuse est extrêmement rapide.
(') Mourlot, Comptes rendus, t. 123, 1896, p. 56.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N« 21.) 97
l358 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Placées dans les différentes régions du spectre, la wurtzite et la sphalé-
rite ne présentent pas de différences, à part la durée de phosphorescence.
Dans l'infrarouge, elles donnent le même phénomène d'extinction, précédé
d'une légère recrudescence d'éclat.
Sous l'action de la chaleur et du choc, les deux variétés sont extrême-
ment thermoluminescentes et triboluminescentes.
Les rayons a des composés radioactifs agissent également, mais la blende
cependant y paraît un peu plus sensible.
Les rayons X provoquent comme la lumière la luminescence, mais les
deux variétés ne présentent plus alors cette différence caractéristique dans
les durées respectives de la phosphorescence.
En résumé, la structure cristalline du sulfure de zinc paraît jouer un rôle
important dans le phénomène de la phosphorescence, rôle mis en évidence
par la durée différente de la luminosité des deux variétés etpar le fait connu
que leur pulvérisation supprime presque totalement leur émission lumi-
neuse.
CHIMIE GÉNÉRALE. — Essai d'extension systématique de la préparation
des organométalliqaes . Application à l'iodure de fer étiiyle. Note (') de
MM. André Job et René Reicii, présentée par M. Charles Mourcu.
L'organomagnésien de Grignard n'a pas seulement donné pour la syn-
thèse organique les prodigieux résultats que Ton sait, il a fourni une
méthode générale commode pour préparer les autres composés organomé-
talliques déjà connus et, par extension, il a permis d'atteindre des composés
organométalliques nouveaux : ceux de l'or et du platine (Pope, Pcachey
et Gibson) et ceux du chrome dans la série phénylée (Hein). Or ces éléments
se trouvent précisément dans des séries de la table périodique où l'on ne
connaissait pas encore de tels composés.
La question se pose maintenant de savoir si, en vérité, tous les éléments
ne sont pas susceptibles de donner des organométalliques et si les insuccès
rencontrés jusqu'ici ne sont pas dus simplement au choix du réactif. Le
magnésien est caractérisé ])ar la rapidité de son action. Il en résulte la
plupart du temps un dégagement de chaleur très vif et c'est ainsi que les
préparations des composés de l'or, du platine et du chrome, malgré une
(*) Séance du S mai 1922.
SÉANCE DU 22 MAI I922. iSSf)
réfrigération énergique, ne donnent que de faibles rendements. Dans
d'autres cas, très nombreux, il y a décomposition totale de lorganoma-
gnésien sans qu'il apparaisse aucun organométallique nouveau. Témoins
les essais de Kondirefî et Fomin sur les sels de fer, cuivre, nickel, cobalt,
molybdène, qui n'ont donné d'autres résultats que des synthèses de carbures
d'hydrogène. L'emploi de l'organomagnésien se trouve ainsi fort limité et
l'on est logiquement conduit à chercher un réactif moins violent. Nous
l'avons trouvé dans l'organozincique mixte que Biaise a si heureusement
utilisé et qu'il a préféré à l'organomagnésien précisément pour ses réactions
plus ménagées. L'organozincique présente encore un autre avantage qui,
à nos yeux, est de premirre importance. Tandis que le magnésien n'est
compatible qu'avec les milieux éther et carbures d'hydrogène, l'organozin-
cique s'accommode d'autres milieux et, en particulier, de l'acétate déthyle
qui dissout un assez grand nombre de chlorures métalliques.
iSous avons observé la réaction de l'organozincique sur un grand nombre
de chlorures anhydres et nous avons acquis la conviction que les organo-
métalliques existent dans toutes les séries et probablement sans exception.
Nos essais ont porté sur les chlorures de fer, nickel, cobalt, chrome, molyb-
dène, tungstène, uranium, vanadium, thorium, sur les chlorures de terres
rares et sur le chlorure de cuivre (').
Dans la présente Note nous ne traiterons que du fer pour donner la
démonstration de notre méthode. Mais auparavant, nous signalerons une
réaction intermédiaire intéressante que nous avons rencontrée en étudiant
l'action du chlorure cuivreux. Il réagit sur C-H^Znl suivant la formule
aOH'Znl + Cu^CP = aOH^ZnCl + Cii^P.
Cette réaction intermédiaire se fait lentement et elle montre combien
l'action de l'organozincique est plus ménagée que celle de l'organomagné-
sien. De la même manière on peut obtenir des organozinciques brome et
cyané, et c'est un moyen commode de préparer tous ces composés quil
était impossible d'obtenir directement.
L Préparation de Viodure de fer élhyle C"H"^FeL — Notre point de
départ est une solution éthérée d'iodure ferreux FeL préparée directement
en agitant un excès de fer réduit en présence d'iode et d'éther anhydre. Il
(') Nous avons constaté que la même méthode s'applique utilement à la préparaiion
des organométalliques déjà connus. Nous nous proposons de reprendre surtout les
préparations pour lesquelles le magnésien donne les plus faibles rendements.
l36o ACADÉMIE DES SCIENCES.
est important de préserver à tout instant la solution du contact de l'air. On
la filtre et on la fait passer sous pression de CO" dans le ballon où se fera la
réaction. .On opère sur 100"°'' contenant environ ^ de molécule de Fe I-.
On y verse en une seule fois 5o*™' (soit également j^ de molécule) d'une so-
lution éthérée de C-H'Znl, La solution reste limpide ; on élève la tempé-
rature jusqu'à l'ébuUition de l'éther et on l'y maintient pendant (3 heures.
Si le zincique avait subsisté, en reprenant par l'eau, nous formerions de
l'hydroxyde de zinc avec un dégagement correspondant d'éthane. (^)uand
on applique cette épreuve au liquide, on obtient en réalité un précipité vert
qui est uniquement composé d'hydrate ferreux. Il n'y a donc plus d'organo-
zincique. Mais on constate en même temps un dégagement abondant
d'éthane. Il reste donc bien un organométallique dans la liqueur : il est
logique de penser que le fer s'est simplement substitué au zinc.
Si l'on mesure l'éthane dégagé et si l'on dose l'hydrate ferreux précipité,
on trouve en elïet qu'ils correspondent rigoureusement à la réaction
C2H»Fel4-H20 = G^H« + Fe((^^ .
L'existence de G"ll^FeI se trouve donc démontrée. Il s'est fait simplement
par la réaction
CMl>Znl + FeP — C-'H^Fei-i-ZnP.
Nous avons d'ailleurs examiné ce qui se passe au cours de cette réaction. On
voit progressivement par le dosage à l'eau, la quantité de Zn(OII)'- dimi-
nuer et celle deFe(OH)^ s'accroître. La réaction est complète au bout de
6 heures.
La solution de C-H'^Fet ainsi oblenue possède des réactions analogues à
celles de l'organozincique. Elle réagit en particulier sur l'alcool absolu,
avec dégagement d'éthane et formation d'iodoéthylate ferreux. C'est la
première fois que l'on obtient un composé de ce genre. Il est intéressant
par son oxydation et nous en reparlerons dans une Note spéciale.
Notons également que l'iodure de fer éthyle est lui-même un réactif
modéré, plus modéré sans doute que le zincique, et qui donnera lieu à son
tour, dans la série des éléments, à de nouvelles possibilités de réaction.
IL. Action du chlorure ferrique sur Vorgano zincique. — En prenant
comme point de départ une solution éthérée de FeGl^ on observe d'abord
sa réduction instantanée et quantitative à l'état de FeCP suivant la formule
2Fe Cl» -\~ C H-^Zn 1 = 2 Fe GP -+- C- H^^ 1 + Zn Gl^
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l36l
La réaction continue ensuite lentement entre FeCl- et lorganozincique en
excès et il se forme du C-H^FeCl.
Nous nous préoccupons maintenant d'étendre la même méthode à la
série phénylée et aussi d'atteindre les organométalliques complets des
types FeR' ou FeRR'.
Ainsi s'ouvre un nouveau Chapitre de la chimie du fer où Ton pourra
observer dans des conditions inusitées le jeu des valences et la formation
des complexes. Il en sera bientôt de même pour tous les éléments. C'est,
croyons-nous, une acquisition importante pour la systématique.
MAGNÉTISME TERRESTRE. — Perturbations de la déclinaison magnétique à
Lyon pendant Vannée de 1920-192 1 . Note de M. Fi.ajolet, présentée par
M. Raillaud.
Les relevés des courbes du déclinomètre enregistreur de l'Observatoire
pendant l'année 1920-192 [ fournissent la répartition suivante des jours
perturbés : , ■ ,
*■ Avec perturbations de :
Mois. Calmes. 1' à 3'. :r à 7'. 7' à 15'. l.V à 30'. > 30'.
Décembre 1920 7 n ^^ ^ '
Janvier 192 1 7 14 8 o 2
Février (') 4 i5 6 i
Mars. ..! 6 i4 5 6
Avril 69861
Mai ^ ", ^r 3 ^
Juin 10 I4 4 2
Juillet 6 i5 10
Août 4 9 '^ 5
Septembre 12 7 8 3
Octobre 3 i5 7 6
Novembre 7 9 ^ ^ ' _
Total
80 143 94 36 8-2
La comparaison avec l'année précédente montre une diminution très sen-
sible des perturbations. En effet, on a enregistré 228 jours calmes ou très
faiblement perturbés (2i3 en 1919-1920) et seulement i3o jours avec des
perturbations comprises entre 3' et i5' (année précédente i^-j). Enfin, on
n'a observé que 10 jours avec des perturbations fortes.
(^) L'enregistrement a été interrompu pendant 48 heures pour réparations.
IJ562 ACADÉMIE DES SCIENCES.
AGRONOMIE. — Sur la nociiité du terreau du fumier. Note de M. A. Pktit,
présentée par M. Costantin.
Il a été montré, dans une précédente Note ('), que le terreau du fumier
devient plus fertile lorsqu'on lui fait subir un lavage préalable.
Il est toutefois des végétaux, comme Primula ohconica, par exemple, qui
tirent peu de profit de ce traitement, et il en est de même d'autres,
comme la Cinéraire hybiude, qui en souffrent, du fait, sans doute, qu'il les
prive de matières alimentaires çolubles. Voici, en elï'et, les résultats de la
culture de ces deux plantes :
Poids
de 5 plantes
Expérience avec Primula obconica.
Terreau lavé 117 grammes
Terreau non lavé 116 »
Expérience avec la Cinéraire hybride.
Terreau lavé 108 »
Terreau non layé 182 »
Mais il a été observé, avec cette dernière plante, que l'action du terreau dépend
beaucoup de son degré de décomposition et qu'il est surtout pçrnicieux lorsqu'il est
de formation récente et renferme encore des débris de paille peu altérés. On sait d'ail-
leurs que, dan? cet état, les fei-menls dénitrificateurs y sont actifs. Voici les résultats
d'une culture de Cinéraire hybride poursuivie comparativement dans du terreau pré-
paré de longue date (celui des expériencps précitées) et dans un Icneau qui n'avfiit
que six mois d'existence environ :
Poids
de j ])lanles.
E.vpérience avec la Cinéraire hybride.
N'ieux terreau i32 grammes
Terreau nouveau 81 »
Certaines plantes redoutent beaucoup le terreau de fumier et souffrent
nettement de son addition, même à faible dose, à la terre de culture; c'est
surtout le cas des Ericacées (Bruyères, Azalées, Rhododendrons, etc.), <jui
sont essentiellement calcifuges.
Le terreau de fumier renferme ordinairement un peu de carbonate de
calcium ; les terreaux que j'ai utilisés dans mes essais en contenaient respec-
(') Comptes rendus, t. 174, 192a, p. io33.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. '363
tivernenl 1,08, i,i5 et 1,21 pour 100. Et comme ce calcaire est très dissé-
miné dans la masse et partant très actif, on est tenté de lui allnhuer tout le
dommage causé par le terreau aux plantes calcifuges.
En réalité, ce dommage est du en partie aussi à la présence de substances
solubles nuisibles, comme le prouvent à la fois les expériences mention-
nées dans la Note précédente et les observations suivantes :
Si, par exemple, on compare l'action du terreau de fumier sur deux plante^ qui
redoutent un petit excès de calcaire, la Cinéraire hybride et la Calcéolaue hvbnde,
on constate que la première, qui est la plus sensible au calcaire, peut supporter une
dose de terreau beaucoup plus élevée et souffre de son lava;;e, qu. est, au contraire,
très favorable à la seconde.
La Galcéolaire rugueuse est devenue clilorotique dans du terreau de fumier conte-
nant I 21 pour 100 d? calcaire, tandis qu'elle est restée verte dans un mélange de sol
superficiel de forêt riche en humus et de calcaire renfermant 2 .3b pour 100 de celte
dernière substance. 1 • • 1
Outre la Galcéolaire rugueuse, l'Hortensia {Ilydrangea /,or?e«./s) devient égale-
ment chlorotique, lorsqu'on le cultive dans le terreau de fumier.
Si on lave le terreau, ces deux plantes y poussent beaucoup mieux et leurs ieuiiles
restent vertes, d'un vert pâle toutefois, car le lavage les prive d'aliments azotes assi-
milables. Mais, dans la suite, ces plantes tendent à devenir chloroliques, ce qu. conduit
à supposer que cette affection est provoquée par une substance soluble qui prend
naissance dans la décomposition du terreau.
Si au terreau non lavé, on ajoute du sulfate de fer, à la dose de 2 à 3 pour 1000,
les deux plantes en question reverdissent et deviennent plus vertes que celles du
terreau lavé. Mais, dans la suite, elles ont également tendance à jaunir, ce qui confiru.e
la conclusion précédente. Une nouvelle application de sulfate de fer permet de pre-
venir la chlorose.
Cette action favorable est due à l'intervention du fer, car divers autres
sulfates expérimentés comparativement, les sulfates de potassium, d\ilumi-
nium et de manganèse, se sont montrés inefficaces; le sulfate de manganèse
a même nettement accentué l'état chlorotique des plantes.
Si Ton dilue le terreau de fumier avec du sable lavé, en les mélangeant
par parties égales par exemple, on ne diminue pas sa nocuité; bien au con-
traire, dans un tel mélange, la Galcéolaire rugueuse devient très chlorotique
et pousse misérablement, malgré la richesse du terreau en substances ali-
mentaires. ,
Le mélange, par parties égales, avec tine terre de bruyère acide, n a pas
non plus prévenu la chlorose.
Au contraire, le mélange, dans les mêmes proportions, du terreau de
fumier avec une terre argileuse s'est montré très propre à la culture de la
l364 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Calcéolaire rugueuse, qui s'y développe normalement et y reste bien verte.
Il est donc à penser que l'argile, qui possède un pouvoir absorbant élevé,
a la faculté de fixer la substance nuisible du terreau et de la rendre ainsi
inoffensive pour les plantes.
Accessoirement, ces expériences montrent l'importance que peut avoir
parfois la constitution physique des terres que l'on fait intervenir dans la
composition des mélanges terreux où doit entrer le terreau de Jumier.
PHYSIOLOGIE. — Swr la fixation directe des graisses par les glandes sébacées.
Note de M. A. Policard et M"' Juliana Tritchkovitch, présentée par
M. Roux.
En mélangeant à la nourriture d'un animal du rouge Soudan ou du
rouge écarlate, substances exclusivement solubles dans les graisses et par
faitement inoffensives, on peut colorer sur le vivant divers organes adi-
peux (Daddi), et en particulier les glandes sébacées. Mais la coloration de-
ces glandes est variable, très nette dans certains cas, nulle dans d'autres.
La recherche, chez la souris blanche, des raisons de ces ditlérences, nous a
permis de préciser certains points du mécanisme de la fixation des graisses
par les sébacées.
Il existe un rapport constant entre la coloration vitale de la glande et le
volume des gouttelettes de graisse qu'elle renferme. Ce volume varie sui-
vant l'état d'engraissement de l'animal. Chez les sujets maigres, les séba-
cées peu développées ont des vésicules adipeuses petites et placées sur-
tout au centre de la glande ; pour elles, la coloration est nulle. Chez les
sujets gras, les sébacées volumineuses ont des vésicules adipeuses énormes
et s'étendant jusqu'à la périphérie, au contact même des capillaires sanguins ;
la graisse de ces glandes est toujours colorée. Celte coloration est très
rapide, se faisant quelquefois en moins de 24 heures ; elle n'est accompa-
gnée d'aucun phénomène cytologique apparent.
Nous pensons que ces faits ne peuvent être expliqués que par l'intervention
d'un processus de fixation directe de la graisse sanguine, se déroulant de la
façon suivante.
La matière colorante est véhiculéedans le sang sous forme dissoute dans
les particules adipeuses ou hémoconies qui cheminent dans le sang (^Gage).
Ces particules, arrivant au niveau des glandes sébacées, semblent être fixées
directement par ces glandes, sans intervention d'une dislocation préalable
qui mettrait la couleur en liberté. Mais cette fixation semble conditionnée
par l'existence d'un état spécial des cellules sébacées.
SÉANCE DU 22 MAI I922. l365
On sait que dans.une cellule qui renferme pou de graisse, le protoplasme
offre, au point de vue physico-chimique, deux phases : des micellcs adipeuses
sont dispersées dans un milieu, ou phase externe, constitué par un mélange
protéique aqueux. Quand la teneur en graisse dépasse une certaine \aleur.
il y a rupture de l'équilibre et interversion de ce système colloïdal ; lapliase
adipeuse devient le milieu de dispersion et le mélange protéique aqueux,
la phase interne, oumicelles. Ce sont là des faits bien connus, spécialement
dans l'histoire de la dégénérescence graisseuse du protoplasma. Or, il y a
lieu de penser qu'au niveau des glandes sébacées un tel phénomène se produit
au cours de leur surcharge adipeuse, spécialement au niveau des éléments
périphériques.
C'est après cette transformation structurale que les cellules deviennent
aptes à se colorer vitalement, c'est-à-dire capables de fixer directement les
hémoconies colorées. Tant que la couche périphérique des, sébacées n'a pas
pris ce type de structure colloïdale, cette fixation directe, donc la colora-
tion, ne paraît pas possible, La fixation directe de la graisse sanguine paraît
liée à l'interversion colloïdale.
Ces observations permettent les considérations histophysiologiques sui-
vantes :
Deux mécanismes semblent intervenir dans le fonctionnement des
glandes sébacées. Comme l'admet la théorie classique, il semble qu'une
partie de la graisse de ces organes est élaboréepar la cellule au cours de son
évolution. A cette adipogènêse semblent participer les mitochondries, dans
une suite compliquée de transformations. D'autre part, à côté de ce pro-
cessus complexe d'élaboration adipeuse, intervient un phénomène cytolo-
giquement plus simple de fixation directe de la graisse véhiculée par le sang.
Cette adipopexie ne se produit que lorsque les cellules, extrêmement
chargées de graisse, ont acquis une structure colloïdale spéciale, analogue
à celle des éléments du tissu adipeux et caractérisée morphologiquement par
l'existence de vésicules adipeuses périphériques et volumineuses. Cette adi-
popexie n'est accompagnée d'aucun phénomène cytologique visible.
L'existence d'une fixation directe permet de comprendre pourquoi, dans
certaines conditions, la sécrétion sébacée présente les caractères chimiques
des graisses de l'alimentation (travaux de Kossmann, de de Jong, de Plato
et Rôhrmann sur la glande sébacée des Oiseaux, dite glande du croupion ;
travaux de Buschke et Frankel sur les glandes de Meibomius). Cette ana-
logie de composition chimique est le témoin de la fixation directe, sans dis-
location préalable, des graisses absorbées au niveau de l'intestin.
l366 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIOLOGIE. — Variation de la pression osmotique du sang des Poissons
Téléostéens d'eau douce sous V influence de V (iccvoissement de salinité deV eau
ambiante. Note de MM. Paul Portier et Marcel Duval, présentée
par M. Henneguy.
On sait que, chez les Poissons d'eau douce, le milieu intérieur a une pres-
sion osmotique très supérieure à celle de l'eau qui les entoure. C'est ainsi
que le sang de la Carpe que nous avons choisie pour nos expériences se
congèle à j— 0^,49; le point de congélation de l'eau douce élant de — :o°,02.
Pour obtenir la pression osmotique en valeur absolue, il suffit de multi-
plier l'abaissement du point de congélation par le facteur 124. La pression
osmotique de l'eau douce est donc, en valeur absolue, voisine de 2™, 48
d'eau distillée, tandis que celle du milieu intérieur du Poisson atteint la
valeur de 60™, 76.
Il est remarquable que le tissu délicat de la branchie, qui permet les
échanges gazeux entre l'eau ambiante et le sang, maintienne constante,
pendant toute la vie, cette importante dénivellation de pression osmotique
entre le milieu extérieur et le sang du Poisson.
Mais qu'arrivera-t-il si l'on enrichit progressivement en chlorure de
sodium l'eau dans laquelle vit le Poisson? Telle est la question que nous
avons essayé de résoudre expérimentalement (').
Des Carpes de poids variant de [\oo'^ à 8oof^ sojit placées dans nn récipient contenant
environ i3^ de la solution saline dont on veut étudier les eflels. Elles y séjournent
de 3 à 5 heures. Dès qu'elles sont sorties, on prélève leur sang dont on détermine la
pression osmotique en prenant le point de congélation au y^ de degré.
Les résultats obtenus sont réunis dans le Tableau ci-contre et le graphique qui
l'accompagne.
L'examen de ces documents montre que :
1° La pression osmoti(|ue du sang de la Carpe augmente à mesure (|ue
l'eau environnante s'enrichit en sels; mais elle augmente moins vite que
celle du milieu extérieur. 11 en résulte que cette pression, très supérieure
au début à celle de l'eau, est devenue inférieure pour les fortes concen-
trations.
(^) Quelques recherches ont été faites déjà dans cette voie par Bottazi, Léon
Fredericq et Quinton; mais ces expérimentateurs ne semblent pas avoir étudié la
question précise (|ui nous occupe.
SÉANCE DU 22 MAI I922.
l367
Teneur en sels
(lu milieu extérieur.
Point de congélation l^iiiil de congélation
du milieu extérieur. du sang de la Carpe.
Eau
01
p
■d
5U
in a ire.
3s, 5
V 1000
8g, 0
»
10^0
»
I2S.O
»
I os , 0
»
1 6s , 0
»
172,0
»
— 0,02
—0.28
—0,42
-0.61
—0.68
—0,88
— I ,02
— i,o4
—0,49
—0,54
— o,58
-0,61 (')
-o,64
-0,71
—0,82
—0,87
Perte de poids
pour 100
de la Carpe.
O
0,67
0,92
1,6
2 , 2
4,3
3.5 ('-)
3.6 (^)
Obseriations. — (*) Point d'équilibre osmolique avec le milieu extérieur;
C^) Diminution de la perte de poids.
g=Fm
Le Poisson est incapable de maintenir sa. pression osmotiqiie à un nivean
constant comme le feraient un Mammifère ou un Oiseau, mais il possède
cependant déjà une tendance à la régulation très manifeste.
l368 ACADÉMIE DES SCIENCES.
2" Si l'on trace la bissectrice OB de l'angle droit des axes de coordonnées,
on voit que c'est le lieu des points d'égale pression osmotique du sang
du Poisson et du milieu extérieur.
Or, cette bissectrice coupe la courbe représentative des variations de la
pression osmotique du sang en un point qui correspond à la température de
— o°,6i. En plaçant une Carpe, dans une solution saline de concentration
correspondante, nous avons pu vérifier que la pression osmotique de son
sang était bien devenue égale à celle du milieu extérieur (à -^ de degré
près).
3° Le poids du Poisson diminue à mesure que la teneur en sels du milieu
augmente. La diminution de poids va d'abord en s'accentuant régulière-
ment avec Faccroissement de la salinité.
Mais, à partir d'une teneur en sels de i5 pour 1000, la diminution de
poids s'atténue. Il semble que, à partir de ce point, la branchie soit forcée,
car le Poisson présente des troubles qui le conduisent rapidement à la
mort.
Nous étudions les modifications produites par le séjour du Poisson
dans l'eau distillée ou dans l'eau de faible salinité et dépourvue de sels de
calcium.
PHYSIOLOGIE. — Le réflexe lin g uo- maxillaire (ultimum reflex). Note de
MM. He\ry Cardot et Henri Laugier, présentée par M. (>h. Richet.
Nous avons appelé réflexe li n g uo-inaxi II ai re nn réflexe non encore décrit,
que nous avons d'abord observé chez le chien et qui consiste en ceci : quand
on pince d'une façon énergique et rapide le bord de la langue, dans la
région de la pointe, on obtient un abaissement brusque de la mâchoire
inférieure ; le mouvement est généralement très net et très ample ; il s'observe
avec une particulière facilité sur le chien morphine (l'-s de chlorhydrate de
morphine par kilogramme). Ce réflexe peut être recherché également par
des excitations électriques et peut être déclenché par l'application d'un
choc électrique unique (onde d'induction portée sur la pointe de la
langue).
Bien que le mouvement obtenu ne puisse guère être rapporté à une exci-
tation directe provoquée par la diffusion du courant, la preuve expérimen-
tale du caractère réflexe de ce mouvement méritait d'être donnée.
i" Preuve indirecte. — Sur un chien préalablement morphine, deux
SÉANCE DU 22 MAI I922. 1 369
('lectrodes sont placées sur la pointe de la langue; on excito par des chocs
d'induction. Dans ces conditions, pouL' des intensités convenables, on
observe à chaque choc, d'une part, des contractions locales sous rélectrode,
contractions des muscles de la pointe de la langue, et, d'autre part, un
mouvement d'ensemble de la mâchoire inférieure. On recherche le seuil
pour la contraction directe sous l'électrode et pour le mouvement d'en-
semble présumé réflexe; si l'on anesthésie alors profondément l'animal, on
voit que le seuil de la contraction directe ne présente aucune variation en
rapport avec Tanesthésie, tandis que le seuil pour le mouvement de la mâ-
choire s'élève considérablement, comme le montrent les chiffres ci-dessous.
Chien de ii'^s^ ayant reçu i i*^s de chlorhydrate de morphine. Excitation
par la bobine d'induction :
Seuil des contrac- Seuil des cunlrac-
tions locales. lions réflexes.
Quantités Quantités
d'électricité. d'électricité.
Avant anesthésie chloroformique 8 6g
Première anesthésie 8,7 354
Après anesthésie 8,7 1 1 3
» '. . . 10,6 8'2
Deuxième anesthésie 10,6 4^^
Après anestliésie i2,o5 96,5
qP Preuve directe. — Elle est donnée par l'étude des voies nerveuses du
réflexe.
La voie sensitivc est constituée par les nerfs linguaux : la section de ces
deux nerfs abolit complètement le réflexe; l'excitation du bout central des
linguaux sectionnés provoque le réflexe avec beaucoup de netteté.
Voie motrice. — Le mouvement que l'on observe est essentiellement dû à la
contraction des muscles digastriques. La voie motrice est constituée par les
filets nerveux qui innervent ces muscles : a. Nerf mylohyoidien, branche
du maxillaire inférieur (trijumeau); b. Filets du facial. La section du nerf
mylohyoidien et la destruction du facial à sa sortie du crâne suppriment
le réflexe.
Ce réflexe présente un intérêt spécial : c'est qu'il disparait jdans l'anes-
thésie plus tard que les réflexes patellaire, oculo-palpébral et même que le
réflexe labio-mentonnier de Dastre. Sa disparition indique donc une intoxi-
cation plus profonde par l'anesthésique que celle qui correspond à la dispa-
rition des autres réflexes.
l370 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIOLOGIE. — Compas d''orientalion du pied.
Note de M. Gabriel Bidou, présentée par M. Daniel Berlhelot.
L'art le plus difficile qui soit, celui qui doit réparer la machine humaine
et en récupérer les fonctions, est le seul à ne point avoir ses instruments
de mesure spéciaux. Je me suis efforcé de combler cette lacune.
J'ai établi à la base même de ma méthode, dite de Récupération fonction-
nelle^ une série d'instruments de mesure qui permoltent d'obtenir d'une
façon absoliiQient précise, les données des problèmes de récupération qui
nous sont soumis. Celle conceplion nouvelle donne à celle méthode un
intérêt vraiment scientifique.
Le compas d'orientation du pied est un de ces appareils.
Etant donné que la première condition pour placer un paraplégique sur
ses pieds, ou pour corriger une déformation paralytique du pied ou de la
jambe, est d'appuyer l'appareillage prothétique sur une base de sustcnla-
tion solide, il s'ensuit qu'il devient de la plus haute importance de repérer
quelles sont les difformités ou déviations en tous plans de cette base natu-
relle formée par les deux pieds. n
But. — .L'appareil que nous présentons a donc pour but de fixer l'oricn-
tatioii du pied dans ses trois plans : frontal, vertical et horizontal, d'en
donner par lecture directe sur des rapporteurs ou des règles graduées les
angles et les rapporls.
Description. — 11 se compose (cf. figure) : d'une semelle S, fixée à sa partie antérieure
par une rotule dans une genouillère G. Celle-ci coulisse à volonté dans la saignée
d'une pièce G, à courbure selon le ravon d'une circonférence dont le centre serait au
milieu de l'axe malléolaire. L'ascension ou la descente de la genouillère dans sa j^lis-
sière permet toutes attitudes de la semelle dans le plan frontal, soit en talus ou en
équin. La semelle S est également oscillante selon le plan vertical, par son support s,
dans la douille B, ce tjui permet les mouvements de rotation du pied en valgus ou en
varus. Enfin, la semelle S peut encore osciller selon le plan horizontal, du fait que sa
fourchette-support F pivote dans la colonne soutien de l'appareil. Gelle fourchette
est munie d'une aiguille V, mobile sur un rapporteur Z, qui indique l'angle d'oscilla-
tion latérale.
L'aplomb horizontal et vertical de la semelle est assuré par un niveau d'eau à
double direction, N.
Enfin, sur le côté gauche de l'appareil déjà décrit se trouve une colonne D, sup-
portant une équerre \, mobile sur un rapporteur R. Sur la branche oblique de
l'équerre est artfculé un index Y.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l37I
Utilisation. — Soit rutilisation du compas pour Ja mesure des angles
d'un pied bot varus cquin, en rotation interne.
Nous disons en rotation interne, car la rotation interne coexiste fata-
lement avec le varus, sans (juoi nous assisterions à une dissociation des
malléolles, qui sont, anatoniiquement, sur le même axe oblique.
Le pied difforme du malade est posé sur la semelle S dont tous les ser-
rages ont été lâchés. Les différentes pièces mécaniques prendront donc les
orientations du pied et quand le contact sera parfait en tous points, l'ap-
pareil sera immobilisé par ses écrous de serrage. L'index Y sera abattu de
façon à se profiler vers le troisième espace interdigital et son passage
devant le secteur gradué R sera noté.
Et nous lirons les indications de la faron suivante :
Équin par le trusquin mobile T.
Varus devant le double niveau iN, se trouve (non figuré) un secteur gradué soli-
daire de ce niveau. Sur la talonnière de la semelle S, est une ligne verticale. I/angle
décrit entre cette ligne et le zéro du rapporteur donne l'angle du varus.
Rotation interne. — L'aiguille V fixée sur la rourchette F en se déplaçant sur le
secteur Z a donné l'angle d'oscillation latérale du pied.
Attitude du pied par rapport à l'axe de la jambe. — L'index Y nous l'indique.
On sait que le pied est orienté à aS" par rapport à l'ave vertical de la jambe, la dilTé-
rence entre l'indication donnée par l'abaissement Y sur le secteur R et l'angle physiolo-
gique est la déviation pathologique.
l372 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Conclusion. — Ainsi le compas d'orientation du pied mesure :
i" Les attitudes du pied par rapport à la jambe ;
2^ Les variations d'angles en trois plans : horizontal, vertical et frontal.
Ce qui permettra de rétablir pour le malade une base de sustentation physio-
logique, par la correction appropriée des difformités établies scientifîque-
menl.
C'est la première condition indispensable à la récupération de tout
impotent des membres inférieurs.
Cet appareil n'est qu'un exemple particulier. Mais les mêmes principes
m'ont permis d'établir d'autres appareils de mesure, tels qu'un muscu-
lomètre artificiel, un trusquin de repérage daxes et de longueurs de
leviers, et d'autres instruments d'enregistrement des réflexes de la contrac-
tion musculaire, etc.
Ils guident ainsi, par leurs indications et leur contrôle, la méthode de
récupération fonctionnelle dans une voie absolument scientitîque.
ENTOMOLOGIE. — Relations entre le sani^' et la coloration du cocon chez le
Bombyx mori. Note de MM. Clément Vaney et Jean Pelosse, présentée
par M. E.-L. Bouvier.
Dans le but d'élucider le problème de l'origine de la coloration des
cocons du Bombyx mori^ nous avons examiné comparativement le sang
d'un certain nombre de races de vers à soie.
Nous nous sommes adressés à des races dites à « cocons blancs » (race
Bagdad blanc et race japonaise Akasiku) et à des races à cocons colorés
dont les unes avaient des cocons verdàtres (race japonaise Jo,, de Saku-
Uchi) et dont les autres donnaient des cocons jaunâtres (race Var rayé)
ou jaune vif (race Chine dorée).
Déjà L. Blanc (1886), R. Dubois (1890), A. Conte et D. Levrat (1904)
avaient successivement observé ([ue, dans les races de Bombyx mori à
cocons jaunes, le sang du ver présentait la même coloration que le cocon.
La matière colorante était pour R. Dubois une sorte de carotine d'origine
animale, tandis que, pour Conte et Levrat, ce pigment coloré serait de la
xanthophylle provenant des feuilles de mûrier.
Cette coloration n'est pas spéciale au sang des vers à cocons jaunes. Le
sang des vers de toutes les races de Bombyx mori^ que nous avons examinées,
est plus ou moins coloré en jaune ou jaune verdâtre. Le sang des vers des
SÉANCE DU 22 MAI 1922. l3']3
races à cocons blancs est beaucoup moins teinté que celui des vers à cocons
colorés. La matière colorante dans tous les cas est soluble dans l'alcool
à 90°. Cette solution alcoolique et le sang examinés comparativement au
spectroscope présentent sensiblement les mêmes caractères pour toutes les
races, avec une bande d'absorption assez étendue dans la portion la plus
réfrangible du spectre, du violet au bleu. Cette bande d'absorption est un
peu moins étendue pour le sang des vers à cocons blancs que pour celui des
races à cocons colorés.
Quant aux cocons de toutes les races examinées, ils sont tous plus ou
moins colorés, même ceux de la race Bagdad blanc sont très légèrement
teintés en vert jaunâtre. Pigorini (1920) et Magliardi (1921) avaient déjà
fait cette remarque. La matière colorante des cocons de ver à soie est
soluble dans l'alcool à 90°; pour les cocons blanchâtres la solution s'ob-
tient plus facilement en ajoutant de faibles quantités de carbonate de so-
dium. Les solutions alcooliques sont jaune vif avec les races à cocons colo-
rés; avec les cocons blanchâtres, la solution est faiblement teintée en vert
jaunâtre, virant au jaune après l'addition de Na-CO\ Ces dissolutions
alcooliques de la matière colorante des cocons des différentes races de
Bombyx mori se comportent vis-à-vis du spectre de la même façon que les
solutions alcooliques du pigment coloré du sang du ver.
De cette étude comparative il résulte que la matière colorante de la soie
du Bombyx mori paraît dériver du sang. Le transport possible du colorant
du sang sur la bave a été prouvé expérimentalement par la coloration arti-
ficielle des cocons, en faisant absorber aux vers à soie des feuilles de mûrier
recouvertes de certaines matières colorantes soit d'origine végétale : indigo,
garance [Bonafous (1841)], soit dérivées de l'aniline : rouge neutre [Conte
et Levrat (1904), Quajat (1904)], Soudan III et bleu de méthylène [Quajat
0904)]. Nous avons obtenu des cocons violacés ou rougeâtres en faisant
absorber à des vers du cinquième âge de l'orcéine ou du rouge neutre.
Cette teinte artificielle se superpose à la couleur naturelle du cocon. Les
vers à cocon blanc homogène, par exemple ceux de Bagdad blanc, après
l'absorption d'orcéine, fournissent un cocon uniformément violacé. Pour
la race japonaise J20, dont les cocons verdàtres sont beaucoup plus clairs à
l'intérieur, les vers ayant ingéré de l'orcéine fournissent un cocon à enve-
loppes ou vestes externes jaune grisâtre et à vestes internes violacées.
Cette coloration artificielle se. produit avec toutes les races examinées; il
n'existe pas pour elles de différences de perméabilité intestinale pour les
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N" 21.) 9^
l374 ACADÉMIE DES SCIENCES.
colorants comme le présumaient Levrat et Conte. La plupart des colorants
ingérés sont assez toxiques pour le Bombyx mori et occasionnent une
grande mortalité chez les vers.
Parmi les vers qui ont absorbé soit de l'hématéine, soit de Torcéine ou
du bleu de méthylène, près de la moitié meurent alors que les autres
continuent à évoluer normalement. Le rouge neutre paraît n'avoir aucune
action nocive ; les vers à soie de toutes les races expérimentées l'absorbent
en très grande quantité sans subir le moindre trouble. Ils prennent alors
une teinte générale rouge légèrement violacé -, tous les organes internes
sont imprégnés du colorant, sauf le système nerveux, les trachées et la
couche de chitine externe. Cette coloration se maintient pendant toute la
métamorphose et se retrouve chez le papillon, dont la base des nervures
des ailes et les diverses articulations du corps apparaissent fortement tein-
tées. La dissection montre que les organes internes sont aussi colorés. Les
œufs pondus par les femelles colorées ont un contenu rosé; s'ils sont
fécondés, ils se développent normalement; la matière colorante se localise
d'abord dans le blastoderme, puis, chez le jeune ver fraîchement éclos, elle
se retrouve dans les cellules adipeuses avoisinant la double chaîne nerveuse
ventrale. Le rouge neutre a donc été transmis du ver à sa descendance,
mais la teinte du colorant paraît s'être atténuée.
Si les vers de toutes les races examinées de Bombyx mori semblent avoir
la même perméabilité intestinale vis-à-vis de certaines matières colorantes
soit naturelles, soit artificielles, leur sang présente des différences bien
marquées au point de vue de son brunissement à l'air. Le sang des vers à
cocons blanchâtres noircit très rapidement à l'air, tandis que celui des vers
à cocons colorés ne subit dans le même temps qu'un faible brunissement
superficiel. Ce brunissement est dû à l'action d'une diastase oxydante, la
tyrosinase, sécrétée par les éléments du sang. Le sang des vers à soie à cocons
blanchâtres contient beaucoup plus de tyrosinase que celui des vers à cocons
colorés. C'est là une différence des plus intéressantes permettant d'expli-
quer les variations de coloration des cocons observées chez les vers à soie et
qui servent souvent à caractériser les diverses races de Bombyx mori.
SÉANCE DU 11 MAI I922. iSyS
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Conslitation de Vœuf de Truite (Trutta fario).
Note de M. E. Fauré-Fremikt et de M"'' H. Garrault, présentée par
M. Henneguy.
L'oocyte de Truite examiné pendant la période décroissance montre dans
son cytoplasma, indépendamment des granulations mitochondriales extrê-
mement fines, deux sortes d'éléments figurés : ce sont des gouttelettes
d'huile et des gouttelettes vitellines. M. Henneguy a montré que, au moment
où Toocyte mûr tombe dans la cavité générale, sa structure se modifie
profondément; les gouttelettes vitellines confluent et forment une masse
homogène, visqueuse, insoluble dans Peau, tandis que le cytoplasma,
englobant les gouttelettes huileuses, forme une couche périphérique,
située immédiatement au-dessous de la membrane ou zona radiata.
La composition chimique globale de Fœuf des Salmonidés a été étudiée
par quelques auteurs tels que Tangl et Farkas (Truite), Greene(Saumon),etc.
Mais bien avant, Valencienne et Fremy avaient isolé de l'œuf de Saumon la
substance vitelline visqueuse, qu'ils avaient précipitée au contact de l'eau,
lavée à l'alcool et à l'éther, et décrite sous le nom à'Ichtuline, après avoir
montré qu'elle renferme de l'azote, du phosphore et du soufre.
Nous avons repris l'étude des constituants de l'œuf de Truite mûr et nous
résumons ici les résultats obtenus à partir de 600^ d'œufs prélevés au
moment de la ponte.
Composition centésimale. — Nous avons obtenu les chiffres moyens sui-
vants :
Eau 58,5
Substances proléiques (N total X 6,25) 29,81
Corps gras (acides gras X i,o46) 9? '^
Hydrates de carbone <> , 84
Cendres ' 5 ^^ ■
Total 99>o6
Vitelline (ichtuline). — Nous avons séparé la vitelline en broyant des
œufs frais avec quelques cristaux de NaCl, en filtrant sur toile, dans un
entonnoir de Buchner, la bouillie obtenue et en lavant le résidu avec un peu
d'eau salée à 8 pour loo('). On recueille ainsi un Uquide filant, visqueux,
(1) Cette méthode est analogue à celle employée par Levene pour la séparation de
richtuline du Cabillaud.
1376 ACADÉMIE DES SCIENCES.
jaune pâle contenant de nombreuses gouttes d'huile, tandis que le résidu
demeuré sur le filtre est formé par les membranes auxquelles la
Couche protoplasmique demeure généralement accolée; la séparation de la
vitelline n'est pas quantitative, mais il est préférable de ne pas chercher à
épuiser les résidus ovulaires, pour éviter l'entraînement des débris proto-
plasmiques.
Après lavage à l'éther dans une ampoule à décantation, la vitelline peut
être directement précipitée par l'alcool, ce qui donne un produit brut
insoluble, ou par dilution dans 3o à 5o volumes d'eau distillée. Ce dernier
procédé ne peut être considéré comme quantitatif, mais il permet de redis-
soudre dans l'eau salée le précipité obtenu et recueilli par centrifugation, et
de purifier la vitelline par plusieurs précipitations successives; la vitelline
est ensuite traitée par l'alcool, par l'éther et séchée; elle se présente alors
sous l'aspect d'une poudre blanche dans laquelle nous avons trouvé pour
100 parties :
Azote 14,28
Phosphore 0,57 (')
Cendres • 2,17
Nous avons pu séparer de r32*? d'œufs, 32^,8 de vitelline sèche, soit 24^,8
pour 100.
La vitelline de Truite fraîchement précipitée est soluble en milieu
alcalin et précipitable par neutralisation ou acidification légère; elle est
coagulable par la chaleur; elle ne nous a donné par hydrolyse acide aucun
produit réducteur soluble.
La vitelline ou ichtuline forme dans l'œuf mûr une masse hydratée, vis-
queuse, sorte de solution aqueuse très concentrée puisqu'elle renfermerait
au minimum 43 parties de substance sèche pour 100 parties d'eau. Or cette
solution ne peut être diluée que par des solutions de Na Cl à la concentration
minima de 8 pour 100, concentration qui n'est certainement pas réalisée
dans l'œuf. Nous avons constaté, d'autre part, que la vitelline est plus
soluble en présence de chlorures de métaux bivalents et particulièrement
de CaCl- qu'en présence de KCl ou NaCl. C'est ainsi qu'une solution à
(') Fremy et Valencienne avaient trouvée, 6 pour 100 de phosphore, mais leur chiffre
d'azote, i5,2 pour 100, est supérieur au nôtre (14,28), lequel est] analogue à celui
trouvé p^r Levenne pour l'ichtuline du Cabillaud (i4,o3); il faudrait donc multiplier
par un coefficient très voisin de 7 le chiffre d'azote total de l'œuf pour avoir celui des
substances protéiques qui serait un peu supérieur de ce fait au chiffre indiqué ci-
dessus.
SÉANCE DU 22 MAI 1922. 1877
N N
3 pour loô reste stable en présence de NaCl — (1,16 pour 100) ou de CaCl —
(0,11 pour 100); or nous avons trouvé dans Toeuf total 0,27 de calcium
pour 100 parties de substances sèches; et nous avons retrouvé une bonne
part de ce métal dans les cendres delà vitelline brute directement précipitée
par l'alcool (0,137 pour 100 de substances sèches). La vitelline précipitée
plusieurs fois par dilution n'en contient au contraire que des traces.
Corps gras (*). — Le fractionnement de l'extrait éthéré total de l'œuf de Truite
nous a donné les résultats suivants :
Glycérides (environ) 10 pour 100 du poids sec total
Phosphatides (minimum) ... . 8,2 pour 100 » »
Cholestérine i ? ^7 pour 1 00 » »
Les phosphatides nous ont donné, après lavage, 45O4 pour 100 de phosphore; l'indice
d'iode de leurs acides gras, assez élevé par rapport à leur poids moléculaire moyen,
indique la présence de composés moins saturés que l'acide oléique. Au point de vue
cytologique, on peut considérer les phosphatides comme étroitement unis aux éléments
du cytoplasma tels que les mitochondries. 1
Les glycérides peuvent être séparés et purifiés en raison de leur faible solubilité
dans l'alcool ; ils forment une huile blonde assez fluide dans laquelle nous avons carac-
térisé la glycérine et les acides oléique et myristique. La détermination de l'indice
diode indique la présence cV environ (-) deux molécules d'acide oléique pour une mo-
lécule d'acide myristique.
Le ou les glycérides oléo-myristiques correspondent, au point de vue cytologique,
aux gouttes huileuses intracytoplasmiques, dont M. Henneguy a constaté la faible
solubilité dans l'alcool et la résistance aux bases diluées.
Hydrates de carbone. — Nous n'avons pas pu déceler la présence de glycogène
dans l'œuf de Truite, mais nous avons trouvé une faible quantité (o,34 pour 100) de
sucre réduct.eur, que nous avons dosé en glucose. Greene a signalé dans l'œuf du
Saumon 0,18 pour 100 de glucose seulement.
Composés minéraux. — Nous avons dit que les cendres de l'œuf de Truite ren-
ferment une quantité appréciable de calcium. D'autre part, l'œuf total sec contient
1 ,27 pour 100 de phosphore. Le phosphore de l'ichtuline ne peut guère dépasser la quan-
tité iotale de o,44 pour 100 et celui des phosphatides peut atteindre celle de
0,33 pour 100; il reste donc environ o,5 pour 100 de phosphore combiné sous une
troisième forme.
(1) Une étude plus détaillée paraîtra prochainement dans un autre Recueil.
(') La présence de traces d'acides moins saturés que l'acide oléique provenant des
phosphatides rend difficile une détermination plus exacte.
1378 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE BIOLOGIQUE. — L'' attaque .des minerais par les bactéries. Oxydation
de la blende. Note de MM. André Helbroniver et W. Rudolfs, présentée
par M. A. Haller.
Certains auteurs, tels que Kappen et Quensell, Van Bemmelen et Mac
Intire assignèrent à l'oxydation du soufre dans le sol un processus d'ordre
chimique; mais Boulanger, Demolon, Lippmann et ses élèves démontrèrent
d'une façon péremptoire que cette oxydation est due aux bactéries du sol.
Winogradsky, d'ailleurs, avait signalé dès i883 un groupe de bactéries
réduisant l'hydrogène sulfuré en soufre libre et capables aussi d'oxyder le
soufre en acide sulfurique.
Lippmann, d'autre part, décrivit récemment un procédé déjà entré dans
le domaine de la pratique, qui consiste à mélanger du phosphate de chaux
tricalcique avec du soufre et à inoculer le mélange avec des bactéries oxy-
dantes; le phosphate, par action de l'acide sulfurique formé, se trouve
transformé ainsi en phosphate soluble.
Nous avons utilisé dans nos essais des cultures contenant un groupe varié
de bactéries oxydant le soufre et réussi à obtenir finalement une culture
capable d'attaquer lentement le sulfure de zinc précipité; au moyen de cette
culture sélectionnée nous avons ensuite ensemencé un mélange de terre
stérilisée et de blende pulvérisée; la culture ainsi obtenue a servi aux diffé-
rents ensemencements.
La blende employée contenait /\^i pour 100 de zinc; l'on maintint une
température de 28° durant le cours des opérations et, dans le mélange, un
état d'humidité correspondant à 60 pour 100 environ de sa capacité
d'absorption pour l'eau. Une agitation assez fréquente fut effectuée pour
permettre une aération convenable.
Le Tableau ci-dessous résume les essais effectués sur cinq échantillons
différents :
Zinc solubilisé après 18 semaines
Mélanges. __^_^_^. sur jQs du mélange.
Inoculation Zinc
Terre. Minerai. Soufre. par : SO^ Zinc. solubilisée
^ s g K - ihk m% «/o
1 200 75 )) aucune 5o,6 18 1,67
2 25o 75 » terre 142,2 88 8,82
3 25o 75 10 soufre ^77, 8 190 i9î'7
4 245 7,5 10 blende 364; 2 "192 '7,57
5 240 75 25 terre 5 18,1 869 87,56
SÉANCE DU 22 MAI 19^2. 1^79
Le soufre, comme on le voit, favorise grandement l'oxydation de la
blende.
Cette première étude conduisit à étudier la sulfatation bactérienne
d'autres minerais de zinc, tels que la willemilc ZnSiO', la smithsonite
ZnCO% et un silicate de zinc à faible teneur en zinc. Le résultat de
quelques-uns de ces essais est résumé dans le Tableau suivant :
Pour 100 de zinc solubilisé
après 18 semaines.
Silicate
Inoculation de 250=' de terre
et 75^ de minerai par: WiUemite. Smithsonite. à basse teneur.
Non inoculé... 'N^i 1^02 2,1
5s de terre inoculée 0,28 i,i4 2,06
108 de soufre inoculé .• i5,53 16, o3 74, 9^
5s de blende et los de soufre. 6,81 19,73 47,27
los de terre inoculée et 25s de soufre 9,99. 22,67 68,44
L^acide sulfurique obtenu par l'oxydation du soufre transforme donc ces
différents minerais en sulfate de zinc.
Au point de vue pratique le traitement de la blende semble plus rationnel
que celui des autres minerais, surtout en faisant usage d'une bactérie
oxydante ne réclamant que peu de soufre libre et même pas du tout; il
existe d'ailleurs des quantités considérables de minerais sulfurés à basse
teneur, inutilisables jusqu'ici, et qui semblent pouvoir être justiciables de
la méthode bactérienne.
La blende, d'autre part, renferme généralement une quantité plus ou
moins grande de plomb jusqu'à former, dans certains cas, des minerais
contenant parties égales de zinc et de plomb; nous avons donc cru utile
de faire porter également nos essais dans cette direction.
5o parties de terre inoculée, 5o parties de blende et 5o parties de
galène ont été mélangées : après 12 semaines 24,5 pour 100 de zinc était
solubilisé dans les cultures contenant du soufre libre et 10,1 pour 100 dans
celles n'en contenant pas; d'autre part, on ne put déceler aucune solubilisa-
tion du plomb. Après 3o semaines 72,4 pour 100 de zinc était solubilisé
dans les cultures sans soufre sans qu'il y ail encore solubilisation du
plomb.
En résumé : i" certaines bactéries convertissent la blende en sulfate de
zinc; 2° le zinc solubilisé n'empêche pas l'action ultérieure des bactéries;
3° la présence du soufre favorise l'oxydation; 4° les bactéries de Lippmann
l38o ACADÉMIE DES SCIENCES.
produisent suffisamment d'acide sulfurique pour solubiliser les silicates et
le carbonate naturels de zinc; 5° dans les minerais de zinc et de plomb, le
zinc est solubilisé à l'exclusion du plomb, d'où une méthode de séparation
des deux métaux.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. - Action préventive, dans la syphilis, du dérivé
acétylé de V acide oxyaminophénylarsinique {sel de soude). Note de
MM. L. FOURNIER, C. LevADITI, A. ]\aVARRO-3IaRTIN et A. SCHWARTZ,
présentée par M. Roux.
Levaditi et Navarro (') ont montré précédemment (27 mars 1922) que
le dérivé acétylé de l'acide oxyaminophénylarsinique (sel de soude, ou
190), administré par la voie buccale, exerce une action curative dans la
syphilis humaine et expérimentale. De plus, les auteurs annonçaient des
expériences en cours, concernant l'action préventive de ce médicament
dans la même maladie. Ils relataient, en collaboration avec M. Marie, une
observation démontrant que cette action préventive per os se manifestait
chez l'homme soumis à une infection tréponémique massive.
Nous apportons aujourd'hui les résultats de nos expériences de prophy-
laxie, poursuivies de concert à l'Institut Pasteur et à l'hôpital Cocliin.
Dispositif expérimental. — Des lapins étaient infectés par scarification du pré-
puce avec notre virus neurotrope, ou par scarification et insertions scrolales avec le
tréponème dermotrope {Souches 1 riiffi et Fournier-Scluvartz). A des intervalles
plus ou moins rapprochés, on administrait à ces animaux, à jeun depuis 24 heures,
par la voie gastri((ue, des doses variables de 190. D'autres lapins, non traités, ser-
vaient de témoins. En outre, on accouplait pendant 3 à 4 jours des lapins mâles
infectés (virus Pg) avec des femelles neuves; les femelles soumises à la contagion par
simple contact sexuel recevaient, le lendemain de l'accouplement, le 190 par la voie
stomacale.
Résultats. — Expérience faite à V Institut Pasteur : I. Procédé de la scarifica-
tion ou de l'insertion scrotale. — Trois séries avec le \ irus Pg, deux séries avec le
virus Truffi.
1° Virus Pg. — Dans W première série, deux animaux ont reçu, l'un 0^,70 de 190
par kilogramme, 2 heures après l'infection; l'autre ig,4 par kilogramme, en deux
fois, 2 et 24 heures après la scarification. Le témoin montre des tréponèmes le
(') Lhvaditi et Navarro-Marti.n, Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 898.
SÉANCE DU 2 2 MAI 1922. l38l
24® jour, les deux animaux traités préventivement restent indemnes (60 jours d'obser-
vation ).
Dans la seconde série^ un lapin reçoit os, 16 par kilogramme après 6 heures, deux
autres 0^,33 par kilogramme après le même laps de temps. Le témoin s'infecte le
28<' jour, les trois lapins traités ne contractent pas la maladie.
Dans la troisième série, deux lapins reçoivent oe, 26 par kilogramme après
5 heures, trois autres la même dose après 23 heures. Le témoin montre des spiro-
chètes le 22^ jour, les animaux traités préventivement restent indemnes.
2" Virus T ru ffi. — Dans la première série, deux animaux reçoivent oS,i8 et oo,23
par kilogramme après 2 heures; deux autres os,2i et 00,22 après 19 heures. Aucun ne
montre de lésions spirochétiennes (43 jours d'observation).
Dans la seconde série, qui comporte trois lapins, la quantité donnée fut de os,i par
kilogramme après 24 heures : même résultat.
II. Procédé de l^ accouplement. — Quatre femelles ont été accouplées avec des
mâles porteurs de belles lésions spirochétiennes, puis traitées préventivement avec
os,5, is et 2? de 190 per os. Aucune d'elles n'a contracté l'infection (35, 4^ et 64 jours
d'observation).
Expériences faites à V hôpital Cochin. — Huit lapins ont été infectés par scarifi-
cation au scrotum, avec le virus Fournier-Schwartz; deux d'entre eux ont reçu peros,
48 heures après la scarification, os,35 par kilogramme; deux autres la même dose
7 jours après. Les animaux traités sont restés indemnes, tandis que trois témoins ont
montré, 4 et 6 semaines après, des lésions scrotales riches en tréponèmes.
Observation humaine {en collaboration avec M. Marie). — Un sujet, âgé
de 32 ans, n'ayant jamais eu la syphilis et dont la réaction de Bordet-Was-
serinann est négative, s'offre bénévolement à être inoculé par scarifications
aux deux bras avec du virus syphilitique (une scarification analogue est
pratiquée au même moment, aux arcades sourcillières d'un Macaccus cyno-
molgus n° il). Cinq heures après, on lui administre par la bouche 2§ de 190
(aucun trouble).
Résultat. — Le Macaccus cynomolgus montre une lésion spirochétienne le
onzième jour : le sujet traité préventivement est indemne de toutes lésions^
après 6S jours d'observation. Son Bordet-Wassermann est encore négatif le
cinquante-unième jour .
Observations Fournier-Schwartz : M""' C.., dont le mari présente un chancre
syphilitique du prépuce, âgé de 3 semaines (nombreux tréponèmes), a eu avec lui des
rapports sexuels. A l'examen clinique, aucune lésion suspecte chez elle (Bordet-
Wassermann négatif). On lui administre en deux séries de trois jours, 76 de 190, à
raison de is à is,5o par jour. Aucun accident par la suite. Bordet-Wassermann
négatif.
jyjme /)^..^ chancre syphilitique du prépuce chez le mari, avec lequel elle a eu
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N» 21.) 99
l382 ACADÉMIE DES SCIENCES.
plusieurs rapports sexuels. Aucune lésion à l'examen, Bordet-Wassermann négatif.
On lui administre 6^' de 190 en 5 jours. Aucun accident par la suite. Bordet-Wasser-
mann reste négatif.
Conclusions. — Les expériences sur les animaux, au nombre de 21,
montrent que le 190, administré « per os », 1 heures^ 5 heures, 6 heures,
12 heures, i(\ heures, 2 jours et même 7 jours après l'infection spirochétienne,
agit préventivement (dose minima essayée : 0^,1 par kilogramme).
Son efficacité prophylactique apparaît également chez le lapin soumis à la
contamination par simple contact sexuel.
Les essais sur V homme confirment ces données expérimentales . Ils prouvent
que, à la dose de 2«, administrée 5 heures après une infection massive, le 190,
pris par la bouche, met à l'abri de la contamination. Dans les deux cas de
contagion par contacts sexuels répétés, une cure de 6^ à 7^, pendant 5 et
6 jours, a prévenu la maladie qui, sans ce traitement, se serait très vraisem-
blablement déclarée.
Les doses que nous avons employées chez Thomme dépassent certaine-
ment celles qui suffiront pour écarter l'infection dans les conditions oii elle
s'opère liabiluellement, c'est-à-dire par les quelques tréponèmes qui, à la
faveur d'une écoixhure, pénètrent dans l'organisme. Or, même aux doses
relativement élevées que nous avons administrées à des syphilitiques (lo^ à
128, à raison de i^ par jour en moyenne), le médicament a été bien sup-
porté. Les seuls accidents, rarement observés, ont été une élévation ther-
mique passagère et de légers érythèmes.
Quelques faits d'arsénorésistance dans le traitement de la syphilis par
le 190, comme d'ailleurs par les autres arsenicaux, commandent une cer-
taine réserve au sujet de la constance du pouvoir prophylactique et abortif
de ce composé. Néanmoins, les résultats expérimentaux et les faits cliniques
suffisent, nous semble-t-il, à faire conseiller son emploi, à la fois facile et
inolTensif, dans tous les cas où la contagion paraît probable. La pratique
permettra d'établir avec précision les doses à utiliser, suivant les cas.
A 16 heures trois quarts, l'Académie se forme en Comité secret.
SÉANCE DU 22 MAI iy22.
i;-583
COMITÉ SECKET.
La Section de Géométrie, par l'organe de son Doyen, présente la liste
suivante de candidats à la place vacante par le décès de M. C. Jordan :
En première ligne M. Hexri Lëbesgue
En deuxième ligne ex œquo \ MM. Elie Cartan
el par ordre alphabétique i Jules Drach
En troisième ligne, ex œquo j MM. Claude Guiciiard
et par ordre alphabétique I Ernest Vessiot
Les titres de ces candidats sont discutés.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
La séance est levée à 17 heures.
E. P.
ERRATA.
(Séance du i^^ mai 1922.)
Note de M. Jules. Arîdrade, Les problèmes mécani^iues des ressorts
réglants :
Page 1145, le paragraphe XII est vicié par une faute de calcul; la Noie de Méca-
nique de ce jour, du même auteur, corrige ladite faute par l'équation (3).
1384 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances d'avril 1922 {suite et fm).
La glande génitale mâle et les glandes endocrines, par Edouard Réitérer et
Serge Voronoff. Paris, Doin, 1921; i vol. 20'='°.
The etiology and pathology of typhus, by S. Burt Wolhach, John L. Todd and
Francis W. Palfrey. Cambridge, Mass., Harvard University press, 1922; i vol. 26*='".
L'Astronomie en Alsace et particulièrement à Strasbourg,'i^2ir G. Bigourdan.
Extrait des Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes en 1920, Sciences;
I fasc. 24''™.
Sur l'approximation des fonctions de grands nombres^ par Maurice Hamy.
Extrait des Mémoires de l' Académie des Sciences. Tome 57, 1922; i fasc. 28*="".
Observatoire Jarrv-Desloges. Observations des surfaces planétaires. Extrait du
fascicule VI : Sur les frontières de la vision. Abbeville, F. Paillart, 1922; i fasc.
nb"'^. (Présenté par M. G. Bigourdan.)
Institut international d'Agriculture. VII* assemblée générale,. Ramassage et utilisa-
tion des déchets et résidus pour l'alimentation de l'homme et des animaux, pour
les engrais et les industries agricoles (1914-1920), par Arturo Bruttini. Rome,
Imprimerie de l'Institut international d'Agriculture.
Cours de Physique générale^ par H. Ollivier. Tome second : Thermody namique
et étude de V énergie rayonnante., par J. Hermann, 1922; i vol. 25'=°'. (Présenté par
M. J. Vielle.)
Teoria cosmologica cicloidal, par Scipion E. Llona. Tomo primero. i^ Parte :
Movimienlos cicloidales Algunas de las pruebas astronômicas. Lima-Peru, Berrio,
1918; I vol. 24'^'".
Flore générale de V Indo-Chine., publiée sous la direction de H. Lecomte. Tome VII,
facicule 3 : Cypéracées, par E.-G. Camus; Graminées, par E.-G. Camus et M^'» Camus.
Paris, Masson et C'%, 1922; i vol. 24"".
Sur les systèmes géodésiques équilatères à la surface du sphéroïde terrestre, par
E. FiceoT. Extrait des Annales hydrographiques, 1921. Paris, Imprimerie nationale,
1921; I fasc. 24'^'°.
/\otes ptéridologiques, par le Prince Bonaparte. Fascicule 12. Copenhague,
imprimé par l'auteur, 1920; i fasc. 28'=".
Ministère de l'Agriculture. Direction , générale des Eaux et Forêts. Service des
grandes forces hydrauliques (région du S\xà-0\iQ9i\.). Résultats obtenus pour le bassin
du Salât. Tomes II bis et VII.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI *i9 MAI 1022.
PRÉSIDENCE DE M. Albin HALLEU.
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Président annonce à rAcadémie qu'en raison des fêtes de la Pen-
tecôte, la prochaine séance hebdomadaire aura lieu le mardi 6 juin au heu
du lundi 5.
M. le Président souhaite la bienvenue à M. 3Iourei.o, professeur à l'Uni-
versité de Madrid, et au D'" Ri<:hari> Bishop Moore, chimiste en chef du
Bureau des Mines des États-Unis, qui assistent à la séance.
M. le Président s'exprime en ces termes:
A la liste funèbre de nos disparus de cette année, nous avons le doulou-
reux regret d'ajouter le nom de l'éminent industriel, du grand philanthrope,
M. Ernest Solvay, qui vient de mourir à l'âge de 84 ans. Né à Rebecq-
llognon, en Belgique, notre confrère a eu la carrière la mieux remplie et la
pk^s féconde qu'un homme d'action puisse souhaiter. C'est dans une usine
à gaz, dirigée par un de ses oncles, qu'il entreprit ses premières recherches
sur la fabrication de la soude à l'ammoniaque. Mieux favorisé par les cir-
constances que nos compatriotes Th. Schlœsing et Rolland, qui poursui-
vaient le même problème, il a réussi, en collaboration avec son frère Alfred
Solvay, à asseoir sur des bases solides, parce que scientifiques, cette fabri-
cation, un des tronçons les plus importants de la grande industrie chimique.
Il a mis dans cette œuvre une énergie et une ténacité qualifiées par lui-
même, dans sa modestie, « d'entêtements industriels de sa jeunesse », et
qu'on pourrait donner en exemple à bien des débutants.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N' 22.) ^^^
l38(J ACADÉMIE DES SCIENCES.
La lutte entre le nouveau procédé et l'ancien, en l'espèce, le procédé
Le Blanc, fut longue et âpre, mais la victoire appartint, et appartiendra tou-
jours, aux procédés à meilleurs rendements et à exploitation plus écono-
mique, malgré les perturbations momentanées qu'ils introduisent dans la
production générale.
A partir du moment où le succès vint couronner ses efforts, M. Ernest
Solvay, désormais libéré de tout souci matériel, se consacra à des études
d'ordre social et économique.
Les problèmes qu'il souleva et les solutions qu'il préconisa dans ce
domaine si complexe de l'exploitation industrielle et commerciale, sont
tous marqués au coin de l'esprit le plus positif et le plus généreux. Il a
consigné dans deux opuscules parus sous les noms de Principes d' orientation
socKilc et de Questions d' énergétique sociale^ la plupart des articles qu'il a
publiés sur ces captivants sujets.
Estimant qu'une partie de la fortune acquise devait servir à des amélio-
rations sociales et à des encouragements à la science, il créa plusieurs
Instituts à l'Université de Bruxelles, et dota largement les Instituts de
Chimie et d'Electrotechnique de Nancy, ainsi que l'Institut de Chimie
appliquée de l'T niversité de Paris.
Sa dernière création ne l'ut pas la moins originale ni la moins réussie. 11
s'agit de ces Instituts internationaux de Physique et de Chimie où périodi-
quement, tous les trois ans, il réunissait pendant huit jours, dans un des
établissements du parc Léopold dépendant de l'Université, des savants de
différents pays dans le but de « discuter et de fixer une série de points con-
troversés des théories physiques et chimiques modernes ».
Bien que déprimé par la lutte constante qu'il eut à soutenir, pendant
quatre ans, comme Président du Comité de ravitaillement belge, contre un
ennemi barbare et implacable, il nous convoqua il y a un mois à peine,
dans un de ces congrès privés, où entre confrères de pays alliés et neutres,
nous abordâmes les questions de Physico-Chimie et de Chimie qui pas-
sionnent depuis quelques années les chercheurs et tout le monde pensant.
M. J^rnest Solvay avait une foi profonde dans l'action civilisatrice de la
science, et accueillait avec faveur toute suggestion, toute requête intro-
duite dans un but de propagande et de production scientifique.
Aussi sa déconvenue fut-elle grande quand, en I9i4,il prit connaissance
du manifeste des 98 approuvant l'envahissement de son pays et excusant les
atrocités que les hordes allemandes y avaient commises et continuaient à y
commettre. Patriote ardent et convaincu, il ne parlait de ces heures Ira-
SÉANCE DU 29 MAI I922. 1887
giques que d'une voix frémissante où perçaient sa désillusion et sa mésestime
à l'égard des ennemis de son pays.
Belle el noble figure de l'industrie contemporaine, M. Ernest Solvay
laissera un souvenir impérissable, non seulement comme industriel nova-
teur, mais encore comme sociologue, comme philanthrope, et comme
bienfaiteur de rintellectualité à tous les degrés.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Su7' fa véi^étation dans des milieux pauvres
en oxygène. Note de MM. L. Maouenxe et E. Demoussy.
Nous avons déjà insisté sur ce fait que les plantes peuvent" se contenter
pour vivre d'une très petite quantité d'oxygène, celle par exemple qui
se trouve en dissolution dans l'eau ou que la fonction chlorophyllienne
dégage, pendant le jour, de l'acide carbonique émis par la respiration noc-
turne ('). Nos recherches ultérieures nous ont fait voir que cette faculté est
d'ordre très général, qu'elle s'exerce dès la germination des grains et se pour-
suit même, à la lumière, chez les plantes terrestres que l'on maintient
immergées ou que l'on conserve dans le vide. Il en résulte, comme on va
le voir, quelques conséquences nouvelles et assez imprévues.
L- Évolution des graines immergées. — On sait depuis plus de 40 ans que
les graines peuvent germer dans l'eau courante quand celle-ci est conve-
nablement aérée; l'expérience ne réussit d'ailleurs qu'avec les graines de
petites dimensions, dont la surface relativement grande, par rapport à leur
volume, permet à l'oxygène dissous de pénétrer jusque dans les profon-
deurs des réserves en quantité suffisante pour subvenir aux besoins de leur
respiration.
A l'aide de l'appareil à circulation continue que nous avons décrit dans
la Note précitée nous avons pu faire les mêmes observations en milieu
rigoureusement aseptique (-) et, de plus, en prolongeant Texpérience en
plein jour, faire évoluer les graines à l'état de plantules d'apparence nor-
male, sauf la petitesse de leurs feuilles, qui s'allongent rapidement, ver-
(^) Maquenni' el Demolssy, Comptes rendus, t. 173, 1921, p. è-'o.
(-) Les germinations se font ainsi aussi vite que sur sable ou sur terre humides. On
remarquera d'ailleurs que ce dispositif expérimental permet non seulement d'aérer l'eau
d'une façon parfaite, mais encore d'en chasser mécaniquement les produits volatils
toxiques qui peuvent s'y former.
l388 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dissent et s'orientent dans l'eau, sans s'injecter, comme si elles étaient dans
l'air.
Ces plantules, qui peuvent atteindre jusqu'à o'" , 20 et o" , 3o de longueur
totale, sont bientôt atteintes de chlorose, même dans une solution nutritive
(liqueur de Detmer étendue, glucosée ou non), ce qui naturellement met
un terme à leur évolution; elles n'en sont pas moins douées, pendant les
quelques semaines que dure leur croissance, d'une capacité d'assimilation
qui les rend comparables à une plante normale. Lorsqu'on termine l'expé-
rience on trouve, en effel, si l'on a eu soin d'ajouter à l'air qui circule à
travers l'appareil quelques centièmes d'acide carbonique, que le poids de
matière sèche ainsi obtenue esl supérieur ou au moins égal à celui de la
graine primitive. Avec le radis et le colza nous avons pu avoir de cetle
manière, ainsi que le montre le Tableau suivant, des récoltes pesant respec-
tivement une fois et demie et près de huit fois plus que la semence. C'est la
première fois, croyons-nous, qu'on obtient un pareil résultat dans des condi-
tions aussi spéciales, et en même temps la preuve que la petite quantité
d'oxygène que l'eau aérée renferme en dissolution suffit, non seulement à
faire germer les graines de petit volume j usqu'à épuisement de leurs réserves,
mais encore à entretenir la respiration des plantes terrestres immergées
aussi bien que celle des plantes aquatiques.
Longueur Poids Poids
Durée — -^ — ^ — ^ des de
de des des tiges plantules la semence
l'expérience. racines. ou axes. sèches. primitive. Rapport,
mm mm raj; m g
Pois(') 3o jours 280 65 128 128 1,0
Radis 14 » 90 35 17 10, 3 1,6
Blé(-) .. 25 » » » 53 54 1,0
Colza 24 » 80 25 18,6 2,5 7,4
» (3) i5 » 200 8,8 2,5 3,5
][. Mouvement des gaz (tans la racine des plantes immergées. — Quand on
expose au soleil une jeune plante issue de graine immergée et immergée
elle-même dans l'eau saturée d'air et chargée d'acide carbonique, on voit
les feuilles émettre de l'oxygène en abondance, ce qui témoigne de leur
(') Très nomlireuses petites feuilles. Cotylédons épuisés.
(■-) Grain complètement vide.
(^) La plante s'était étiolée, faute de lumière, pendant les premiers jours de
l'expérience.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. iSSg
activité clilorophyllienne, et, en outre, se produire sur la racine, en un ou
deux points situés souvent à plus de 10''" du collet, quelquefois même au
voisinage de la coiffe terminale, un dégagement de fines bulles gazeuses,
toutes semblables à celles qui s'échappent de la tige d'une plante aquatique
sectionnée; le phénomène est particulièrement net avec les pois et le colza.
Ce gaz, que nous n'avons pas pu recueillir en quantité suffisante pour en
faire l'analyse, n'est sûrement pas de l'acide carbonique, qui, dans ces con-
ditions, ne manquerait pas de se dissoudre dans le liquide ambiant; il ne
peut guère être formé non plus d'azote, dont on ne s'expliquerait pas
l'origine; c'est donc encore vraisemblablement de l'oxygène. D'ailleurs son
dégagement est bien en rapport avec la fonclion chlorophyllienne, car on
le voit cesser dès qu'on place un écran devant les feuilles pour repartir
aussitôt qu'on leur rend la lumière.
Si d'autre part on remarque que le dégagement en question se produit
aux points où plus tard il doit apparaître une radicelle, ce qui exige un
apport de matériaux plastiques, on est conduit à admettre ({ue les plantes
sont le siège d'un mouvement de gaz qui se déplacent à l'intérieur de leurs
tissus dans le même sens et suivant le même chemin que la sève nourricière.
C'est là un fait, non encore signalé au cours de la végétation normale, qui
nous paraît de réelle importance en ce qu'il nous fait connaître un nouveau
mode de transport dans la plante d'un élément qui lui est nécessaire.
Il va sans dire que cette émission d'oxygène à la surface des racines ne
peut s'eiléctuer que si ce gaz y arrive en quantité supérieure à celle dont
elles ont besoin; c'est pourquoi, dans l'expérience précédente, on ne
l'observe que sous de forts éclairements.
Remarquons enfin qu'on peut tirer de là un argument sérieux en faveur
de cette idée que l'oxygène chlorophyllien prend naissance à Textérieur de
la cellule assimilatrice, dans la sève même, par décomposition catalytique
de quelque peroxyde élaboré comme elle par les chloroplastes, et chassé en
même temps qu'elle dans la circulation libérienne.
III. Vitalité des feuilles vertes en V absence d'oxygène. — Nous avons déjà
fait observer (Joe. cit.) que certaines feuilles, comme celles d'aucuba et
de poirier, se conservent intactes pendant plusieurs semaines et même
plusieurs mois dans le vide, à la lumière ordinaire du jour. C'est là une
propriété qui est loin d'être générale et sur laquelle il est nécessaire d'ap-
porter quelques précisions; elle est, en effet, assujettie à un certain nombre
de conditions dont la présente Note a pour objet de définir les plus impor-
tantes.
l390 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En fait, la durée de conservation des feuilles vertes dans le vide, à la
lumière, est extrêmement variable avec leur nature, depuis à peine
24 heures, par exemple, pour l'oseille, dont le jaunissement témoigne
d'une altération rapide, jusqu'à plus d'un an pour l'aucuba qui, malgré la
facilité avec laquelle il noircit sous la moindre influence abiotique, garde
pendant tout ce temps son aspect primitif; il conserve même toutes ses
propriétés physiologiques, car une feuille de cette espèce, maintenue sous
vide, en tube scellé, en face d'une fenêtre qui ne recevait que la lumière
diffuse du jour, depuis le 6 mai 1921 jusqu'au 5 mai 1922, a pu encore
décomposer en 6 heures, au soleil, 2""', 4 d'acide carbonique. D'un autre
tube, renfermant un morceau de feuille d'aucuba d'environ 5""' de super-
ficie, mais n'ayant que 6 mois d'âge, on a pu extraire, après insolation,
o''"',5 d'oxygène pur ('), sans trace d'acide carbonique, ce qui est une
nouvelle preuve que la fonction chlorophyllienne s'y était accomplie régu-
lièrement. Ajoutons que la même feuille qui, dans l'expérience précitée,
avait décomposé plus de 2""' de gaz carbonique après un an de conserva-
tion, a noirci dans l'espace de deux jours quand on l'a de nouveau soumise
au vide, à l'obscurité; c'est donc bien l'influence de la lumière qui l'avait
maintenue vivante jusqu'alors.
Entre ces extrêmes il doit y avoir nécessairement une infinité d'intermé-
diaires qu'il serait fastidieux de rechercher; signalons seulement, parmi les
feuilles susceptibles d'une longue conservation, celles du laurier-tin, dont
un fragment, gardé sous vide à la lumière, pendant six mois, a décomposé
en un jour o""',5 de gaz carbonique et dégagé la quantité correspondante
d'oxygène. Des feuilles de laurier-cerise, de troène et de fusain (très jeunes)
étaient, au contraire, mortes peu de temps auparavant.
Les raisons de ces diflerences sont multiples; il y en a cependant quelques-
unes qui sont faciles à saisir. Pour qu'une feuille détachée se conserve dans
de pareilles conditions, il faut nécessairement (]ue les matériaux, gazeux ou
solides, qu'elle consomme en respirant pendant la nuit soient intégrale-
ment régénérés pendant le jour par la fonction chlorophyllienne; en
d'autres termes, qu'il ne se forme aucun produit fixe tel que la cellulose; ce
seront donc les organes ayant atteint leur maximum de développement qui
seuls seront capables de satisfaire à cette condition. Il faut ensuite que la
(' ) Le lube en question ayant environ lu""' de capacité, l'oxygène s'y trouvait sous
une pression tle j^^ J'atuiosplière, soit à peu près le (|uart de celle qu'il possède dans
l'air commun.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. iSgi
feuille renferme une réserve de substance combustible suffisante pour
fournir, sans en être affectée, le volume de gaz carbonique, par conséquent
d/'oxygène, qui lui est nécessaire au début; autrement elle serait frappée
d'épuisement, ce qui, comme nous l'avons montré autrefois, est un signe
de dégénérescence sénile. Cette condition exige, comme la précédente, que
l'organe étudié ait cessé de s'accroître; c'est donc parmi les feuilles adultes
et surtout les feuilles persistantes, dont la respiration se maintient à peu
près constante dans l'espace d'une nuit, qu'il faut cbercber celles qui se
conservent le plus longtemps à l'abri de l'air. Le Tableau suivant montre
bien, en effet, qu'il existe sous ce rapport une énorme diiïérence entre les
feuilles d'oseille et celles d'aucuba. C'est surtout la respiration- intracellu-
laire qui est touchée, à ce point qu'après quelques heures seulement le
rapport -r; des deux intensités respiratoires, interne et normale, est devenu
presque nul chez l'oseille, alors que chez l'aucuba il n'a perdu qu'une faible
fraction de sa valeur primitive ( ' ).
CO- dégagé
pai- 100s de feuilles
en 1 lieure.
Durée ^ — -^-^ — — ^
de Respiration liespiralion
l'expérience. intracellulaire. normale,
cm» cm'
/ Après 4 heures 6,2 19,1
Oseille. » encore 4 'leures ... . 0,7 1/4,7
( )) encore 16 heures. . . 0,0 8,0
I Après 4 heures '-^7? 5 5i ,5
Aucuba. » encore 4 heures. .. . 28,7 47,5
' » encore 16 heures .. . 9,7 '^3,7
Remarquons enfin que, pour que les deux fonctions adverses de la feuille
se compensent exactement, il est nécessaire que le quotient respira-
toire -^ soit au moins égal au coefficient chloropliyllien réel, c'est-à-dire
égal ou supérieur à i,ce que nous savons être le cas général pour les
organes verts en bon état physiologique.
En résumé, les feuilles sont capables, chez certaines espèces, de con-
server leur vitalité en l'absence d'air pendant un temps qui peut être fort
(^) Les intensités des deux respirations, intracellulaire et normale, ont été déter-
minées simultanément, à la môme température, sur des feuilles aussi semblables que
possible.
{appiirl
I
n"
0
,33
G
,o5
0
,00
0
,53
0
, 5(»
0
,4i
1892 ACADÉMIE DES SCIENCES.
long, puisqu'il arrive à dépasser celui qu'emploient les plantes annuelles à
parcourir le cycle entier de leur évolution. C'est là un fait nouveau et'
inattendu qu'il nous a paru intéressant de signaler : il nous montre que les
graines ne sont pas, comme on le croit généralement, les seuls organes qui
puissent vivre longtemps encore après qu'on les a séparés de la plante qui
les a produits.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. ' — Sur Ics figures intégrales singulièi-es des sys-
tèmes partiels du premier ordre auxquels s^anplique la méthode d'intégration
de Jacohi. Note (' ) de M . Riquier.
1. Considérons un système partiel du premier ordre auquel s'applique la
méthode de Jacobi généralisée (-), par exemple le système
l du ^. „ Ou „ du Ov .. „ Ov „ Or Oiv ,,, ^^ 0^v „ (?tr
\ Or Os Ot Or Os Ot Ox Os Ot
du ,, ^ Ou ,^ On f9p ,. ^ Ov ™ Je Ow ,,, „ Oi\' „ Osv
^ ' \0y ^ ^ Os ^ Oi Oy ■ ^ Os Oc Oy ' ■ Os ^ Ot
f Ou Ou Ou Ov Ov Or O^r ,,, ^, 0*^' ^ Ow
\ Oz Os Ot Oz Os Ot ôz Os Ot
dans ces formules, //,(', (r désignenl des fonctions inconnues de ,r, y, ^,
.y, t, et
(2) U.„ U,, U„ V,, V,, V„ w,., w,-, w,, s,, s,, S„ T.,, T,, T,
des fonctions connues de x, y, g, s, t, u, c, w, ces dernières salisfaisanl
aux conditions voulues pour que le système (i ) soit passif. Celle passivité
entraîne d'ailleurs celle du système différentiel total
Os _ o
Ox
(3) |^=-S„
I Os ç^
où 5, t, U, ç', W désignent cinq fondions inconnues de x, y, z.
(Considérons mainlenanl, au lieu du système (3), un système, {3 bis)
(^) Séance du i5 mai 1922.
(-) KiQUiER, Les systèmes d ''équations aux dérirées partielles, n° 206.
Ot
dx- ^'
Ou
Ox - ^"'
Oy - '-
Oy
Oz - -'
^ = "=.
Ox ~ '^•^■'
Ox - ^-^^
Oy - ■^'
% = ->^
^ -y
Oz ~ ''
1 = ^^=.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l39"3
identique à (3) quant à l'écriture, mais où les fonctions inconnues 5, /, ;/,
(', »■ seront supposées dépendre, non plus seulement, comme dans (> ),
de .a?, r, z^ mais encore de cinq variables adjointes, qui ne figurent dans les
équations du système ni par elles-mêmes, ni par l'intermédiaire d'aucun
symbole de dérivation : ce système (3 bis) esl nécessairement passif
comme (3 ). Désignons ensuilc par *"„, Vq, ^„, v,,, /„, z/,,^ ^'o^ <^"o des valeurs
numériques de ce, y, z, s, l, 11, v, iv n'excédant pas les limiles où les fonc-
tions (2) sont toutes analytiques et régulières; par a, ^, y, 0, A les cinq
nouvelles variables, adjointes, comme il a élé dit, à ^, y, -; par
(4) a,aH- ^,i3 + c,-7 + f//j + /,>. + ^, (« = i, 2, 3, 4, 5)
cinq fonctions linéaires de a, [i, y, 0, X à coefficients constants, telles que le
déterminant formé avec les coefticients des variables soit différent de zéro ;
par a^, ^„' T07 ^»i ^0 les valeurs numériques de a, [i, y, 0, X qui vérifient les
relations obtenues en égalant respectivement à i',,, /o- ifo, t'o, ^^'0 ces cinq
fonctions linéaires; et par
s =S {a;, y, z, a, [3, y, 0, l),
t. =S (^, J, -,.a, (3, y, rj, >.),
(5) Ju = l-)(.r, 7, .-, a, |3, y, 0, A),
r =\''(^', j, ,-:, a, 3, y, ô, A),
(V = \^';(.r, y, j, a, [3, y,. 0, l)
la figure intégrale (ordinaire) du système (3 bis) déterminée par la con-
dition initiale que, pour ce, y, z = x,,, r,,, ^0? l^s inconnues s, t, u, v, (ï- se
réduisent respectivement aux fonctions linéaires (4 )•
Finalement, traçons dans l'espace [[.r, j, ^]j, à partir de (a;,,, Vo» ^o)?
un arc, ^^,.^.(jo, ...), dépendant d'un groupe d'indéterminées (réelles),
/j, ... ('); puis, dans l'espace [[a, |i, y, 0, À]], àpartirde(a„, |3o,yo,Oo, A„),
un arc, =itoa,iB.Y,ô,)XV- • • •)' dépendant d'un deuxième groupe d'indéterminées
(réelles), q, ..., qui n'ofïre aucune indéterminée commune avec le groupe
/>,...: si l'on suppose que l'intégrale (5) du système (3 bis) soit calculable
par cheminement sur l'arc
(6) [^x.y,z{P^ ■■•)^ -'-a.p.YÀXC'/' •••)]> *
le point de l'espace \\s, t, w, r, w\\ défini par (5) décrit dans ce chemine-
(') Loc. cit., n° 37.
l3gl[ ACADÉMIE DES SCIENCES.
ment, à partir de (^<,, /„, //o, ^o- »'o)i un arc, cl,,„„.„(/?, ...,q, ...), qui
dépend à la fois des indéterminées/), . . .et des indéterminées g,
Cela posé, et le groupe >î, ç, tl, V, \^^ des fonctions (5) étant supposé calcu-
lable par cheininement sur l'arc (6), pour que le i^roupe des fonctions (2) soit
lui-même calculable sur l'arc
[.iL,,,,,(/>, . . .)- =^kv7.„.,.,H.(/>, ..-, q. ■■ .)]■
il faut et il suffit que, sur Varc (6 ), le déterminant différentiel ^—-r — f — .' - ,
-' •'-' ^ ' ^ ^ •'' (?(a, p, y, 0, A)
reste constamment différent de zéro.
Cette propriété, que Ton peut établir avec une entière rigueur, suggère,
pour la recherche des figures intégrales singulières du système (i), telles
que nous les avons définies dans une Note antérieure ( '), un procédé indi-
rect, basé sur la connaissance des formules (5). Adjoignant à ces formules
, , .. (){>>. G, X), V), ■^)) ,,. . . , .
la relation —7- — ^ ^ ^ ■ = o, on elimmera entre ces six équations trois
^(a, p, y, 0, /) ' ^
des constantes arbitraires, y, 0, A par exemple; on obtiendra ainsi, dans
un espace à huit dimensions, une famille de figures à cinq dimensions
dépendant des indéterminées a, [55. On examinera alors si l'attribution à a,
^ de telles ou telles valeurs convenablement choisies peut fournir des figures
intégrales du système (i).
II. Considérons actuellemenl une figure intégrale (ordinaire), (5), du
système (3 bis), lellc que les fonctions /s(a, |3, y, c. A), ft{y., p, y, f). A),
/„(a, fl, y, 0, A),/,,(a, 3, y, 0, A), /,,(a, p, y, 0, A), auxquelles se réduisent
respeclivemcnl, pour a;, y, z = ^y, r^, z^^ les inconnues s^ t, u, v, tr, satis-
fassent aux simples conditions d'avoir comme valeurs initiales respeclives^,,,
^05 "o» <'o? ^0^ 6^ de présenter, par rapport aux arbitraires ce, [îi, y, 0, A, un
déterminant différentiel à valeur initiale non nulle. Une semblable inté-
grale de (3 bis) étant connue, il suffirait, pour en obtenir une appartenant
au type spécifié ci-dessus (I), d'opérer sur les arbitraires la transformation
définie par les formuh^s
/,(«, (3, 7, à, À) = a'. /({a, {3, y, 0, l) = [5',
./„(a, ,3, y, â, >.) = ■/, .A(^, P: 7, ô, >.)=:a' /...(a. ^ y, ô, À)-^/.';
toutefois, comme les deux équations
à{s, G, r), v, VÎT') £;(.s, G, r), 'v;^ vv»)
d(a, i5, y, 0, À) ' à{ci'. ^', f, o\'/.')
=: O
(•) Comptes rendus, t. 172, 1921, p. jG3i
SÉANCE DU 29 MAI 1922, ^^9^
ne diffèrent l'inK' de l'aulre que par un facteur indépendant des diverses
quanlitésa?, y, r, .y, l, w, p, <r, on pourra se dis])enser d'effectuer la trans-
formation, et procéder à la recherclie des intégrales singulières comme
dans le cas déjà examiné.
PHYSIQUE. — La chaleur de vaporisation cl la ili(férence m' — m des chaleurs
spécifiques à F état de saturation pour V argon, V oxygène, l'azote et l'hydro-
gène. Note de MM. E. Mathias, C.-A. Crommelix et H. Kamer-
LIIVGH OnNES.
Dans une Note antérieure ('), nous avons montré la possibilité de cal-
culer la chaleur de vaporisation L et la différence rn' — m des chaleurs
spécifiques de la vapeur saturée et du liquide saturé à T° pour Targon,
Toxygène, l'azote et Thydrogène, à l'aide de nos mesures de densités et des
données relatives aux tensions de vapeur déterminées, comme les densités,
au Laboratoire cryogène de Leyde, mais par divers expérimentateurs (-).
Les chaleurs de vaporisation sont données par la formule de Clapeyron-
Clausius :
où J est l'équivalent mécanique de la calorie, 0 et 0' les densités du liquide
et de la vapeur saturée à la température absolue T'', pour laquelle la pres-
sion de vapeur des phases coexistantes est jo.
Les densités de vapeur relatives à des températures réduites basses, qui
ne se prêtaient pas bien à une détermination directe, ont été calculées en
partant des tensions de vapeur p et d'une équation d'état, due au profes-
seur Kanierlingh Onnes, et d'une forme telle qu'elle s'adapte à toutes les
exigences de l'expérience (^).
La dérivée ~ a été obtenue en partant des formules empiriques aux-
quelles nous nous étions arrêtés pour représenter les mesures de p à Leyde
pour les diverses substances étudiées.
(») Comptes rendus, l. 172. 1921, p. 261.
(2) Comptes rendus, t. loi, 1910, p. 2i3; t. 156, 1918, p. 129 ; t. IGO, 191.5, p. 287;
et Communications from ihe pliysical Laboralory at Leiden, n°^ 115, 138 c, 145 b,
145 d, 15-2 «, 152 d.
(') Comm., n" 156 a.
1396 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les formules empiriques des tensions de vapeur varient d'un corps à
l'autre; cela tient seulement à la manière dont on a, chaque fois, com-
mencé les calculs.
Les températures auxquelles ces formules se rapportent ont été mesurées
dans une échelle parfaitement définie et qui s'approche très étroitement de
l'échelle absolue. Cette échelle, dont on se sert à Leyde et qui est appelée
échelle Kelvon internationale provisoire^ nous en avons fait usage également
dans nos mesures relatives à la courbe des densités.
Nous avons fait le calcul de L pour toutes les températures qui se rap-
portent à nos mesures de densités, et nous avons réuni les résultats relatifs
à chaque corps à l'aide d'une formule empirique.
L une fois connu comme fonction de la température, on obtient m' — m
par la formule classique
d\. L
Il est à mentionner que les résultats sont finalement plus précis pour les
hautes valeurs de la température réduite que pour les petites, car si la
mesure de V offre des difficultés aux basses températures, il en est de même
pour /j, d'où il résulte que les valeurs de -^, sont aussi moins précises.
Dans ce qui suit, les formules empiriques font connaître les tensions de
vapeur en atmos|)hères internationales. Celles qui sont relatives à l'argon
et à l'hydrogène ont déjà été publiées dans les articles cités. Les autres
formules sont données ici pour la première fois.
Pour le calcul de plusieurs de ces formules empiriques, nous avons eu le
précieux concours de M. le professeur J.-E. Verschaffelt, à qui nous adres-
sons ici nos sincères remercîments.
Dans les formules suivantes, T,, désigne la température critique absolue
et jDc la pression critique.
Argon.
I ■ / o- 90 634, Soi 30769,09 1076/464
log/? = -4,83o33 ^^^ H -TfT^ -^^T^'
L^ rz: 4 i,59246(T^-T) — o,448963(T^—T)2+ 0,0026163 (T,— T)^
Oxygène.
Tlos/-^r^Tloo/,,-o,72o4T,+ 2,3.95(T-o,7T,)-i-^l^^i^(T-o,7T,y^
1 c
, 1.5833 ^ ^T ^î Liii^/T ^ nT N4 3,3333
-^ T^— ( A —0.71c)' ^^3— (1 — 0,71 J* ___(T — o,7T,.)■'•
L==I8I,9•.^34(T,.— T)— ;o,99282(T,— T)2+o,oo522o5(T^— T)^
SÉANCE DU 29 MAI I922. 1897
Azote.
log/) Tz: -^ h i2,38i — o, 12696T -h o,ooo83o2T- — 0,000001997573,
1.2=89,9621(1,— T) — 1,47242 (T,.-T)^+ 0,01 i666(T,— T)'.
Hydrogène.
log/j = ^p h 3 .8oi5 — o, io458T -t- o,oo332i T- — o.oooo32 19T'.
L^' = i974,48(T,— T)-ii6.093(T,-T)2+2,396io6(T,,-T)^
La chaleur latente L, multipliée par —, où A est la densité critique, donne
la chaleur de vaporisation réduite, laquelle, considérée comme fonction de la
température réduite, conduit, pour les diverses substances, à des courbes qui
s'emboîtent, ainsi qu'on pouvait s'y attendre d'après le résultat fourni par
les courbes des densités réduites. Il y subsiste, toutefois, des particularités qui
demandent à être approfondies par des expériences ultérieures.
Quant à la différence ni — m des chaleurs spécifiques de la vapeur
saturée et du liquide saturé, on trouve que sa valeur, fortement négative
près du point critique, est plus petite en valeur absolue aux températures
réduites plus basses, tout en restant toujours nettement négative; il s'ensuit
que m' est négatif pour toutes les températures du domaine de l'état liquide.
Aux températures réduites les plus basses, m— m passe par un maximum ;
mais le degré de précision des données fait désirer que ce point soit établi
d'une façon plus nette par des mesures ultérieures.
Dans le cas de l'hydrogène, pour lequel nous connaissons des valeurs de
la chaleur spécifique du liquide m, (ju'oii peut représenter par la formule
772 = m^ -t-c/ ('), on peut en déduire la valeur de la chaleur spécifique de
vapeur saturée ni . Dans le Tableau suivant, les températures sont celles
auxquelles nous avons fait des déterminations de densités :
T. m' — m. ni. m' .
o
20.41 — 6,06 2,28 — 3,78
17,90 — 6,5i 2,02 —4,49
i5,86 — 7,36 1,81 — 5,55
(') Comni. n° 133 a et A. Eucken, Verh. d. phys. Ges., l. 18, 1896, p. 4.
iSgS ACADÉMIE DES SCIENCES.
M. B. Baillauo fait hommage à l'Académie du Rapport relatif aux
signaux horaires émis de l Observatoire de Paris par le poste radiotélégra-
phique de la Tour Eiffel depuis iC)io jusqu'à la fin de 19 19 et aux signaux
horaires émis par le poste l'adio télé graphique de La Doua à partir du 27 août
1918, qu'il a rédigé avec le concours de M'"*" Chaxdox, de M. Pourteau et
de M"*^ MicHAUD.
M. Ch. Lallemand fait hommage à l'Académie de diverses brochures
dont il est l'auteur, relatives au Nivellement général de la France^ Rux-Nivel-
lements de précision et de haute précision^ à V Elasticité du globe terrestre^ au
Nivellement des vallées des Alpes et à la Question du litre.
ELECTIONS.
L'Académie procède, j)ar la voie du scrutin, à Télection d'un Membre
de la Section de Géométrie, en remplacement de M. C. Jordan^ décédé.
Au premier tour de scrutin, le nombre de votants étant 5/|,
M. Henri Lebesgue obtient 44 suffrages
M. Ernest Vessiot » 5 »-
M. Jules Drach » 3 »
JM. Elle Cartan » 2 »
M. Henri Lebesiiiuë, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est
proclamé élu.
Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la
République.
CORRE SPOND AIVCE .
M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1" Camille Cavallier. Notes économiques d'un métallurgiste. (Extraits.)
SÉANCE DU 29 MAI I922. ^^99
2.^ GusTAVK LvMiîERT. Son piojcL de royagc au pôle. Sa mort. (l*résenté
par M, G|^igourdan.)
3° Le fascicule XIX, 2^ Partie, des Éludes de Lépidoptéroloi^ie comparée,
par Charles Oberthur. (Présenté par M. E. Bouvier.)
GÉOMÉTRIE. — Sur le tracé des arcs de cercles de iirand rayon.
Note de M. F. -H. Murray, présentée par M. Hadamard.
Dans les dessins du génie civil et ailleurs, il est souvent nécessaire do
construire avec exactitude, à l'encre, un segment d'un cercle de rayon rela-
tivement grand. Au lieu du compas ordinaire on emploie alors habituelle-
ment un appareil si grand que le maniement en devient difficile, d'où
résultent des erreurs de tracé.
On peut résoudre le problème avec un instrument basé sur un principe
mécanique très élémentaire, et qui possède les dimensions du compgs
ordinaire.
Soient Urt un système de corps rigides A,, A^, ..., A„, et L un axe fixe dans
l'espace. Dans chaque corps A, supposons deux axes /,', / ■ fixes par rapport
à A,, et se coupant au point O/. Si les corps A,, A,+ , sont assujettis à pivoter
l'un par rapport à Tautre autour de Taxe /•' = / 1,^,, de manière à faire coïn-
cider les points O,, O^^,, (i = i, 2, ..., /i — i), tandis que A, est assujetti à
pivoter sans glissement autour de L, alors dans un mouvement quelconque
du système chaque corps A, décrira un mouvement d'un corps rigide
autour du point fixe O,.
Un instrument commode peut être construit avec un tel système de deux
corps. Soit A2 un bras qui porte un tire-ligne, pivotant autour de l'axe l'^\
A, possède deux jambes dont les bouts P,, P^ sont aiguisés, et un méca-
nisme avec une échelle pour ajuster Taxe l.,. L'axe /', est la ligne qui con-
tient les points P , , P2 .
Pour tracer un arc de cercle de rayon R, on ajuste l'axe i.^ de façon tf
obtenir la lecture R sur l'échelle; les points P,, P^ étant posés convenable-
ment sur un plan M, on donne au système un mouvement dans lequel
P,, Po restent fixes, et le tire-ligne décrira sur M un arc de cercle dont le
rayon aura très approximativement la valeur exigée.
Comme dans le compas ordinaire, le plan défini par le bout du tire-ligne
satisfait à la condition nécessaire de rester perpendiculaire au plan M et
tangent à la courbe si cette condition est satisfaite pour un point quel-
conque de la courbe.
l4oo ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la loi dc Gauss. ^
Noie de M. J.-W. Lindeberg, présentée par M. Emile Borel.
1, Supposons que l'erreur a soit la résultante d'un grand nombre n d'er-
reurs partielles, indépendantes les unes des autres :
a = Ui + «, + ...+ u„.
Nous désignerons par U^Ja.-) la probabilité pour que la valeur de l'er-
reur 11^^ soit < J7, par U(^') la fonction correspondante relative à Terreur
résultante //, et nous admettrons que ces fonctions sont telles que les quan-
tités
jj. = 1, ..., n)
(les intégrales étant prises dans le sens de Stieltjes) sont toutes finies.
Posons enfin
n n
Ceci posé, on peut tirer de certains résultats établis par LiapounofF ( ' ) le
théorème que voici :
Le nombre positif 'b étant donnè^ on pourra^ à tout nombre t'^o^ faire
correspondre un autre nombre positif r\, dépendant uniquement de 'b et de z,
tel que l' inégalité
(0
u{a -\- rx ) — / — ^ dl
est vérifiée toutes les fois qu^on a
<£
II
!J. = i
2, Supposons en particulier «, = «o = . . . = «„= o et admettons en outre
que les erreurs partielles t/, , . . ., u^ soient bornées^ de sorte que | w, |, ..., |«„|
restent inférieurs à une limite finie a. Dans ce cas on pourra, du théorème
ci-dessus, tirer la conséquence suivante :
(*) A. LiAPOUNOFF, Nouvelle forme du théorème sur la limite de probabilité
{Mémoires de V Académie de Saint-Pétersbourg, t. 12, 1901).
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l4oi
Pour tout î( ^ o) il existe un nombre q tel que
Il {a:)— / j=rlt
<
toutes les fois que
c/.<in r.
C'est bien là le sens exact de l'affirmation classique : « la somme d'un
grand nombre de petites erreurs suit sensiblement la loi de Gauss ».
3. Revenons aux hypothèses énoncées au début de cette Note. A l'aide
d'une méthode qui nous semble à la fois plus simple et plus naturelle que
celles dont on s'est servi jusqu'ici dans cette théorie, nous avons réussi à
étendre comme il suit le théorème du numéro 1 (') :
A tout £ 0 o) correspond un nombre positif 'q tel que l'inégalité {1)0 lieu
toutes les fois qu'on a
f "^"2 f ^'^^Ujj.(«iJ.+ /--2?)>i-
«/il t _-
Nous ferons remarquer que ce théorème ne renferme aucune hypothèse
relative à la manière dont se comportent les fonctions l^^ii-r) pour les
grandes valeurs de | j?|, en dehors de celles admises au n° 1.
4. Dans une Note récente ( - ) M. Paul Lévy, en traitant la question qui
nous occupe, a indiqué deux conditions générales qui, selon lui, seraient
suffisantes pour assurer la convergence vers la loi de Gauss. Cependant
l'assertion de M. Paul Lévy, si nous l'avons bien compris, n'est pas exacte,
comme lé montre l'exemple suivant.
Admettons que — i , o et + i soient les seules valeurs que puissent
prendre les erreurs partielles u^, ..., w„, qui sont par suite bornées, et
soient — » i — - et — les probabilités de ces valeurs. On aura alors, pour
toute valeur de (j.,
L
' n
(1) Voir notre Mémoire : Ueber das Exponentialgesetz in der Walirscheinlich-
keitsrechnung {Annales Acad. scient. Fenn., t. 16, 1920), ainsi qu'un travail de
nous qui paraîtra dans la Mathematische Zeitschrift.
C) Sur le rôle de ta loi de Gauss dans la théorie des erreurs {Comptes rendus,
1,174., 1922, p. 855-857).
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N* 22.) 'O'
l4o2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
et l'on en conclut que les deux conditions énoncées par M. Paul Lévy sont
bien remplies. Et, malgré cela, la fonction M(j7) ne tend évidemment pas
vers
X
lorsque n croît indéfiniment, puisque, pour une valeur donnée de /?, elle
garde une valeur constante entre deux entiers consécutifs quelconques.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les fonctions autoniorphi's de plusieius
variables indépendantes. Note de M. P.~J. Myrberg, présentée
par M. Emile Borel.
1. Dans un Mémoire qui paraîtra dans un autre Recueil, nous avons
étudié cerLaines classes de fonctions automorphes de deux variables, et
tout particulièrement les singularités essentielles de ces fonctions. Nous
indiquerons dans cette Note comment nos résultats s'étendent aux fonc-
tions d'un nombre quelconque n de variables indépendantes (').
Considérons un groupe F de substitutions linéaires à coefficients réels
( I ) A/ = ■ ( « = I , . . . , /i )
•a+X.iv^*^ n '
qui transforment Thypersphère
(2) x\~\- x\-\- .. .-\- x\^=.\
en elle-même. Nous supposons le déterminant des coefficients a,;; égal
à ±1 1 et nous admettrons que le groupe F ne renferme pas de substitution
infinitésimale.
Pour l'étude de ces groupes et des fonctions automorphes correspon-
dantes, on aura à résoudre ce problème général :
Trouver V ensemble des points d'accumulation (-) des transformées par le
groupe V'd'une multiplicité algébrique quelconque à in — 1 dimensions.
On démontre d'abord que les transformées d'un point réel quelconque P,
(') Une exposition détaillée de nés recherches sur ce sujet paraîtra dans un autre
Recueil.
(-) C'est-à-dire les points tels que, par toute hypersphère a\^ant l'un d'eux comme
centre, passe une infinité de transformées de la multiplicité en question.
SÉANCE DU 29 MAI I922. l4o3
pris à l'intérieur de l'hypersphère (2), s'accumulent vers les points d'un
certain ensemble (m), situé sur la surface de cette hypersphère, et qui ne
dépend pas du choix du point P. Par tout point (a,, ûo» ••■) ^«) ^^ {"^)
menons le plan tangent à la sphère en question
et désignons par (M) Tensemble de tous ces plans qui sont des multiplicités
à 2/1 — 2 dimensions puisque ic,, .t^, .. ., a7„ sont des variables complexes.
A l'aide de considérations qui ne sauraient trouver place ici, on arrive à la
solution suivante du problème posé ci-dessus :
Les transformées par le groupe T d^ une multiplicité algébrique quelconque
à in — 1 dimensions qui ne comprend aucun point de (m) admettent comme
points d'accumulation l'ensemble des points des plans (M).
Il résulte de ce théorème que les transformées d'un point quelconque de
l'espace ne faisant partie d'aucun des plans (M) admettent les points de
l'ensemble (m) comme seuls points d'accunmlation.
2. Considérons maintenant la classe des fonctions automorphes, corres-
pondant au groupe F, qui sont représentables par des quotients de séries de
la forme
(3)
e=y5e(\^,^,. ..,.-) ^^'^'•••'^)1
où 3e désigne une fonction rationnelle, séries qui convergent dès que l'expo-
sant/- dépasse une certaine limite.
En admettant que les fonctions X qui entrent dans les séries en (juestion
restent fmies aux différents points de l'ensemble (m), il résulte du théorème
ci-dessus que les singularités essentielles des fonctions automorphes de la classe
considérée sont constituées par l'ensemble des points des plans (M). Il faut
noter que ces plans dépendent uniquement du groupe donné, de même que
les singularités essentielles dans le cas d'un groupe automorplie à une
variable.
II existe des groupes pour lesquels l'ensemble (m) comprend tout point
réel de la multiplicité (2); tels sont, par exemple, les groupes formés par
des substitutions (i) à coefficients entiers. Pour ces groupes, si le nombre n
des variables est >> 2, les points des plans (M) remplissent un domaine con-
tinu à 2.n dimensions, défini par l'inégalité
( 4 ) œt .r, X.2 5^2 4- . . . 4- .c„ .v„ — i^\ a-] -j- xj -\- . . . -i- xj,— i \
{xi désignant le conjugué du nombre x,). Par suite, toute expression
l4o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
formée à l'aide des séries (3) représente une seule fonction monogène
existant dans le reste de l'espace, c'est-à-dire dans le domaine
jr,^i ^- x.,x.2^. . .-4- x„x„— I < I .rj + ^2_^ . . . ^x\—\ |.
Pour « = 2, on aura des résultats tout différents. Les points des plans (M)
forment une multiplicité continue à in — i dimensions, définie par Végalàé
(4') ^iXi-{- .r^x.,— l=l\x^^ + xl — i],
cette multiplicité divise l'espace àin dimensions en trois domaines distincts,
et toute série (3) représente trois fonctions monogènes, existant chacune
dans l'un de ces domaines.
Un autre cas extrême est celui où (m) est un ensemble discret de points.
Toute série (3) définit, dans ce cas, une seule fonction monogène, dont le
domaine d'existence comprend tout l'espace à 2 /z dimensions, sauf les points
des plans (M).
Lorsque n'^ 2, i\ y aura, entre ces deux cas extrêmes, des cas intermé-
diaires où les points de l'ensemble (m) forment un domaine continu à
moins de n — i dimensions. En particulier, il existe des groupes pour
lesquels (m) est un continuum linéaire; on démontre que l'ensemble (M),
qui est alors à in — i dimensions, divise l'espace en trois domaines distincts.
ASTRONOMIE. — Sur les déviations des rayons lumineux passant au voisinage
d'un astre. Note de M. Fkrrier, présentée par M. Painlevé.
Il n'est question, dans ce qui suit, que des déviations produites par la
réfraction de la lumière à travers l'atmosphère gazeuse qui entoure l'astre
(en fait, la Lune lors d'une éclipse de Soleil). Il nous a en effet paru utile de
rechercher dans quelle mesure ces déviations parasites peuvent se super-
poser à l'effet Einstein et, le cas échéant, en masquer la loi véritable. Car,
dans l'effet Einstein, le rayon d'une étoile passe près du bord du Soleil
éclipsé par la Lune, donc passe également près de la Lune et subit la
réfraction de l'atmosphère lunaire.
Nous n'étudions ici que la portion de l'atmosphère où la loi ^ = RT
qui relie la pression et la masse spécifique du gaz à sa température absolue
reste valable. Nous admettons que, dans la région où la température tombe
au-dessous de quelques degrés absolus, Tatmosphère de l'astre cesse
d'exister.
SÉANCE DU 29 MAI I922. l4o5
Admettons encore, pour simplifier les calculs, et en l'absence de tout
renseignement meilleur sur la température du gaz à grande distance de
l'astre, que cette température absolue est, à la distance r du centre,
To étant le rayon de l'astre, et To la température du gaz dans les environs
de sa surface.
Si g est l'intensité de la pesanteur à la distance r du centre,
Lorsque Tatmosphère est en équilibre, sa pression en chaque point satis-
fait à la relation
^P =-F^o(yj dr
ou
d'où Ton déduit
et
p
go ''a dr
RTo /• '
p_ _
Po
(7)
ii —
distance r :
n — I
//•oV^» '
«0— I
'\~
Considérons un rayon lumineux passant à une distance /• du centre de
l'astre. Il subit, par réfraction, une petite déviation z.
La déviation élémentaire di, lorsque le rayon passe d'une couche d'in-
dice n dans une couche d'indice n -1- dn, est, si i désigne son angle d'inci-
dence,
dt = tangiW/2,
n restant très voisin de i . On trouve aisément que t est de la forme
A
A désignant une constante.
-')
l4o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
On a donc
r\
' n — I /j.
Voyons, par des exemples numériques, comment varie £ lorsque le rayon
passe de plus en plus loin du bord de l'astre. Pour la Terre, admettons
queTo = 3oo° absolus. Calculons R en prenant comme unités le kilogramme,
le mètre, la seconde :
W = p —• ,
TA) 9.7.1
p est la pression de l'air normal en kilogrammes par mètre carré; tn le poids
d'un mètre cube d'air normal :
^ riz io3oo'''S, C7=:l'*S, 29,
^>o X 6600OOÛ X 1,29 X 278
RTq ^0 X loSoo X 3oo
758,
£0 V r
On trouve ainsi qu'à une distance du bord de la Terre égale à 0,0062 r^,
soit 34'"", la déviation est 100 fois plus faible que pour le rayon rasant.
On voit ainsi que l'observation de l'effet P^instein au voisinage d'un astre
analogue à la Terre ne sera qu'insensiblement modifiée par la réfraction.
La déviation d'Einstein obéit en effet à la loi
qui ne prête à aucune confusion avec la précédente.
Pour appliquer les formules établies ci-dessus à un astre quelconque, il
faut faire une hypothèse sur sa température, et sur la densité, par rapport
à l'air, du gaz qui constitue son atmosphère.
Cas de la Lune. — Nous admettrons que la température de la Lune est
celle qui a été adoptée pour la Terre, et que l'atmosphère est constituée par
. de l'hydrogène. Calculons l'exposant de-, en admettant que la masse de
la Lune est ^-j- de celle de la Terre, et son rayon 0,27 rayon terrestre :
HT,
— X 758
I
I
X
0,27
£
(-)
1,3
«0
vv
SÉANCE DU 29 MAI 1922. 1407
L'exposant est voisin de celui de la formule d'Einstein; refTct de réfrac-
tion est difficilement séparable de la déviation de gravitation.
Si la loi précédente est approximativement juste, et si la valeur de £„
n'excède pas 2" comme les observations d'Airy ont paru le montrer, on se
rend compte que cette atmosphère, qui est capable de modifier profondé-
ment l'effet Einstein au moment des éclipses de Soleil, aurait pu passer
inaperçue jusqu'ici : la déviation croit très lentement lorsqu'on approche
de l'astre, et il ne se passe rien de particulier au moment des occultations.
ASTRONOMIE. — Observations de la comète Skj'ellcrup , faites à l'équatorial
coudé de l'Obsenntoire de Lyon. Note de M. J. Guillaume, présentée
par M. B. Baillaud. "
Observations de la comète.
<>
*
Nombre
Dates
1922.
Temps moyen
de Gi-eenwich.
de
compar.
Lnf. fa et.
Log. fact.
Aa.
Ao.
a
apparente.
parall.
s apparente.
parall.
•
h m s
m
, „
1
m s
0 . „
Mai 19. .
9-4443
+0. l3
,53
4-
1 .55
,8
6: 8
8
4.32,95
+9,644
2 I .26. 2,0
+0,755
a
20. ,
9.18.59
4-0. 20
99
—
3. 2
I
10: 10
8
9.26,20
4-9,640
22.20.32,8
+0,731
c
21. .
9.48.45
-HO. 25
Ç,Q
4-
2. I
3
10: 10
8.
14.43,92
4-9, 65o
23.19. 8,7
+o,638
cl
22. .
9. 4.3o
— 0. 20
81
4-
4.53
6
1 0 : 10
8
i9--''7,93
+9,612
24. 16.35,4
+ 0,734
f
23..
9.33.26
-0.17
34
4-
3.12
7
10: 10
8.
25.43,07
+9,654
25,22. 7,9
+0,725
g
24..
9.43.38
— 0.27
,3i
4-10. I
•7
1 0 : T 2
8
3i .36,70
+9,659
26.22.23,9
+0,728
i
Désignation.
Anon. 10"', 5 . .
BD + 21°, 1769 .
BD + 2 2°,iS84.
Anon. 16™, 6. . .
BD + 23°,i939.
BD + 24°, 1920 .
Anon. 1 1'"
BD + 25°,i937
BD + 26»,i8o9
Positions moyennes des étoiles de comparaison.
Réduction 0 moyenne, Réduction
au jour. 1922,0. au jour.
a moyenne,
1922,0.
8. 4-i8,84
8. 4-55,02
8. 9. 4,63
8.14.17,68
8.17. l5,02
8.20. 18, 1 4
8.25.59,81
8.26.50,71
8.32. 3,39
4-0,58
+ o,.58
+o,58
+0,60
+ 0,60
+ 0,Ô2
21 . 24 . 16,0
21 .35.48,2
22.23.44,4
23.17. 16,6
23.12. 4,6
24. I I .5o.6
25.19. 3,6
25.14.39,3
26 .12. 3() , 2
— 9'8
— 9,5
— 9.2
— 8,8
— 8,4
—8,0
Autorités.
rapp. à b
A. G. Berlin, 3280
BD, IV + 22°, 1884
rapp. à e
A. G. Berlin, 335o
» 3369
rapp. à h
A. G. Cambridge, 4563
» 4601
Remarques. — La comète est vaguement circulaire, d'environ une demi-minute
d'arc, sans condensation marquée. Le 19 el le 24 elle paraissait de ii« grandeur; aux
dales intermédiaires, à cau?e de la difl'usion atmosphérique, sans doute, elle semblait
plus faible d'une demi-grandeur les 20 et 22, et les 21 el 23 elle était de i2« grandeur.
Le 23, les images étaient très instables.
l4o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ASTRONOMIE. — Observation de la comète [922 h (Skjellerup)^ faite à l'Obser-
vatoire de Marseille (^équatorial d^Eichens o'",26 d'ouverture). Note de
M""^ O. Jasse, présentée par M. Bigourdan.
Date.
Temps moyen
Log. fact.
Log. fact
1922.
de Marseille.
A.î\.
ACD.
,î\ apparente.
parall.
(t) apparente.
parall.
/lai 24.
. 9''2o"'58'*
— o™39',66
+8' 8", 7
8h3l™24%32
9,662
+ 26°2o'3o",9'
o,663
Etoile de comparaison.
ZR moyenne Héduclion (D moyenne Réduction
•k. Gr. 1922,0. au jour. 1922,0. au jour. Autorité.
1... 7,8 S»» 32™ 3% 37 4-o%6i +26''i2'3o",5 — 8",o Cbr. E., 4601
Remarque. — La comète est faible et assez étendue. Elle présente une condensa-
tion de 1 1" grandeur.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Sur une nouvelle méthode interférentielle pour
la mesure du diamètre apparent des étoiles. Note de M. A. Danjon,
présentée par M. B. Baillaud.
La méthode interférentielle indiquée par Fizeau et employée par
Michelson pour la mesure d'u diamètre apparent des étoiles présente deux
inconvénients :
i'* Elle exige une distance considérable entre les deux faisceaux interfé-
rents, distance qui atteint 12™ pour un astre de-pj^ de seconde d'arc.
2° Les franges qu'on oi3serve s'évanouissent progressivement jusqu'à
leur disparition complète, sans qu'on fasse sur leur netteté des mesures
quantitatives.
A ces deux points de vue, la méthode que je présente dans cette Note
constitue un progrès. Les essais actuellement en cours à l'Observatoire de
Strasbourg ont donné, au laboratoire, des résultats satisfaisants. Malheu-
reusement, le mauvais temps a contrarié jusqu'à présent les observations
sur le ciel.
Considérons un appareil interférentiel du genre des lames de Jamin,
fournissant, en lumière blanche, des franges localisées à l'infini. Négli-
geons pour le moment leur irisation, comme on est en droit de le faire au
voisinage de la frange centrale si l'on dispose devant l'œil un verre rouge
(ou encore sur la frange centrale elle-même si elle est noire). Si l'on exa-
SÉANCE DU 29 MAI I922. 1409
mine an fond éclairé à travers l'appareil, les franges rectilignes et paral-
lèles occupent une certaine rég-ion du champ. Supposons maintenant qu'on
regarde le ciel obscur, et qn'uiic étoile apparaisse dans la région du champ
où se voyaient tout à l'heure les franges d'interférence. Si Tétoile se
déplace, son éclat passera par un minimum chaque fois (ju'elle traversera
une frange sombre, et par un maximum cliaque fois qu'elle traversera une
frange brillante.
Si l'étoile n'a pas de dimensions apparentes sensibles, elle s'éteindra
complètement en passant sur le centre des franges sombres. Au contraire,
si l'étoile, tout en restant petite par rapport à la largeur. des franges, a
cependant un disque appréciable, tous les points de ces disques ne s'étein-
dront pas à la fois : l'extinction ne sera totale que le long d'une corde
coïncidant avec le centre de la frange sombre; de part et d'autre de cette
corde, de la lumière subsistera. L'extinction sera incomplète, et l'étoile à
son minimum d'éclat sera d'autant plus brillante que son disque, toutes
choses égales d'ailleurs, sera plus grand par rapport à l'interfrange.
Dans le cas d'un disque circulaire uniformément brillant, le calcul
donne, pour le rapport du minimurn au maximum d't'clat global, l'expression
suivante
I — J
J étant la série connue
I n- I n-
3 i^.^r
dans laquelle n est le produit du nombre -n: par le rapport du diamètre
angulaire de l'étoile à l'interfrange. La détermination du diamètre est ainsi
ramenée à celle du rapport y, c'est-à-dire, en définitive, à la mesure pho-
tométrique des éclats extrêmes que prend l'étoile vue dans l'interféromètre.
C'est l'observation seule qui peut renseigner sur la valeur de la méthode;
en particulier, on nepeutprévoirl'influence de l'agitation atmosphérique sur
les mesures, et le mauvais temps persistant n'a pas permis d'en faire l'étude
expérimentale. Mais divers autres points importants ont pu être complè-
tement élucidés par des expériences de laboratoire.
L'interféromètre employé comprend deux miroirs argentés et deux lames
plan-parallèles, montées d'une façon particulière qui permet d'obtenir à
volonté des franges de largeur quelconque, localisées dans le plan de l'étoile
artificielle. Les mesures qui ont porté sur des disques de 20" à 90", avec des
interfranges très divers, ont été faites à l'œil nu. Elles vérifient la formule
l4lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
ci-dessus, convenablement corrigée pour tenir compte de divers points
négligés en première approximation : la lumière employée n'est pas mono-
chromatique, les deux faisceaux n'ont pas rigoureusement lamême inten-
sité, etc. Pour ces raisons, l'extinction n'est jamais rigoureusementcomplète,
même pour n=. o. Le calcul montre qu'on en tient compte en ajoutant au
numérateur de Y un termes, qui, pour un appareil bien établi, et si l'on
opère près de la frange centrale, ne doit pas atteindre ^. Les mesures
de £ pour l'interféromètre employé ont effectivement donné la valeur 0,006,
qui témoigne de la perfection des pièces optiques travaillées par la maison
Jobin, et du soin particulier apporté à l'argenture des miroirs.
En introduisant cette valeur de £ dans la discussion de la formule qui relie
Y et n, on arrive aux conclusions suivantes. La précision absolue des mesures
reste voisine du cinquantième de l'interfrange. Elle est maximum quand le
diamètre à mesurer vaut un dixième d'interfrange, mais on peut mesurer
jusqu'au vingtième d'interfrange. Dans la méthode de Fizeau, le diamètre
à mesurer vaut 1,22 fois l'interfrange ; le gain est sensible. Ainsi pour me-
surer Bételgeuse (a Orion) dont le diamètre est voisin d'un vingtième de
seconde, il suffit de produire des franges d'une seconde, ce qui s'obtient
avec un écart de lo*^^"" seulement entre les deux faisceaux, au lieu de 3"\
Pour les mesures stellaires, l'instrument est utilisé avec une lunette
astronomique qu'on peut d'ailleurs monter avant ou après l'interféro-
mètre. 11 est clair qu'on a intérêt à la placer en avant, puisqu'on bénéficie
alors de son grossissement, et qu'on peut réduire encore les dimensions de
l'interféromètre. Ainsi, en utilisant un grossissement de 20 fois, il suffirait,
pour mesurer Bételgeuse, de produire des franges de 20", ce qui est réali-
sable avec l'interféromètre en service. L'expérience sera tentée dès le
retour de la constellation d'Orion, avec une lunette de iG*^"' d'ouverture.
Il serait facile de construire un interféromètre de quelques centimètres
carrés de surface, qui, monté sur les grands télescopes modernes, permet-
trait d'atteindre le — de seconde, à moins, toutefois, que notre atmo-
sphère n'y mette irrémédiablement obstacle.
MÉGANIQUE. — Sur les lignes de glissement planes des corps pulvérulents^
cohérents ou plastiques. Note de M. Gustave Guillaumin.
L J'ai obtenu antérieurement l'équation différentielle caractéristique du
double système des lignes de glissement des massifs pulvérulents plans en
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l4ll
recherchant, suivant les méthodes classiques, les multipUcités d'exception
pour le problème de Cauchy. L'équation dilTérentielle en question, jointe à
cette autre évidente
dy := lang J; dx^
représente les caractéristiques (d'ordre nul), toujours réelles, du système
fondamental des deux équations aux dérivées partielles du premier ordre
définissant l'équilibre. Les lignes de glissement sont le support, ou la pro-
jection, dans le plan (a?, j), des systèmes caractéristiques; c'est ce qui leur
permet de jouer, dans la construction des solutions, le rôle des lignes de
discontinuités, introduites pour la première fois par M. Boussinesq, ainsi
que je l'ai montré dans ma Note des Comptes rendus du 5 mai 191 9. De
même que, suivant une remarque de M. Hadamard, il est impossible de
traiter de la dynamique des gaz sans faire intervenir des discontinuités, de
même il sera en général impossible de construire des solutions de l'état
ébouleux sans introduire certaines discontinuités délimitées par une ou
plusieurs lignes de glissement. On peut d'ailleurs montrer que cette pro-
priété des lignes de glissement est générale et s'applique également, même
dans le cas de corps hétérogènes, à l'équilibre limite défini par une loi
de Coulomb quelconque F (T, N) = o. Ce qui paraît digne de remarque,
c'est que les discontinuités, dont l'existence est subordonnée à la réalité des
caractéristiques, s'introduisent généralement en dynamique, alors qu'elles
apparaissent ici, en dehors de toute singularité du champ des forces appli-
quées, dans un problème de pure statique.
IL L'équation caractéristique des lignes de glissement, rappelée dans ma
dernière Note, peut s'écrire, sous la forme intrinsèque,
dp '2/;lang9 _
('^ 'ds~^ n -^^•'
p désignant toujours la pression moyenne, o l'angle de frottement etR le
rayon de courbure de la ligne de glissement considérée, compté positi-
vement lorsque le centre de courbure se trouve du même côté que la direc-
tion positive de l'axe principal portant la plus grande pression par rapport
à la direction positive de la tangente à la ligne de glissement, les directions
en question étant choisies de manière à faire un angle aigu, d'ailleurs
toujours inférieur à 45*^. (^uant à F„ c'est ce qu'on peut appeler la compo-
sante oblique de glissement de la force appliquée F sur la tangente à la ligne
de glissement considérée ; c'est en eft'et la composante de cette force sup-
l4l2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
posée décomposée suivant les directions des tangentes aux deux systèines de
lignes de glissement, qui font entre elles l'angle ç».
III. Lorsque les forces appliquées sont négligeables, on obtient la
relation
(2) log— = 2£(-/ — 7o) tango,
Po
qui donne, sur chaque ligne de glissement, la loi de variation de p en
fonction de l'inclinaison y de la plus grande pression principale, bissectrice
intérieure des deux lignes de glissement; £ = ±i suivant le système de
lignes de glissement choisi.
Si l'on considère le quadrilatère curviligne constitué par quatre arcs quel-
conques du double faisceau des lignes de glissement, on déduit de la relation
ci-dessus les deux égalités suivantes ( ' ) :
(3) />0/>2=/>l/>3,
(4) Zl — Z0 = Z2— Z3-
IV. Les équations précédentes s'appliquent aux corps cohérents. Il
suffit, suivant une remarque de ma dernière Note, d'y remplacer p
par/} -h Gcot<p, G étant la cohésion. En particulier, la relation (3), ainsi
modifiée, et la relation (4) expriment deux propriétés, l'une mécanique,
l'autre géométrique, des lignes de Liiders-Hartmann dans l'hypothèse du
schème mécanique de Coulomb-Duguet, appliqué au cas des déformations
planes.
Dans le cas des corps plastiques, l'équation (i) s'écrit
¥ g représentant évidemment ici la projection de la force appliquée sur la
tangente à la ligne de glissement considérée. Si la force appliquée dérive
d'une fonction de forces U, on a, le long de chaque ligne de glissement, la
relation suivante, correspondant au principe de Pascal,
(6) p — U — 2£G'Jj z= consl.
Quant à la relation (3), elle dégénère en la suivante :
(3)' p^^p.^—p^^p.^,
(') Les indices de p et de / correspondent aux sommets consécutifs du quadrilatère.
SÉANCE DU 29 MAI I922. l4l3
V. Revenons aux corps pulvérulenls [et envisageons le cas d'un écou-
lement permanent plan limite, dans lequel les grains soient censés, par
hypothèse, suivre les lignes de glissement. Il suffit alors, dans (i), de rem-
placer F par F — pYi ? désignant la densité et 7 l'accélération, pour en
déduire la relation suivante, valable sur tout filet semi-fluide, qui généralise
le théorème de Bernoulli,
/-^ ^ (P , ^^"'\ '^^^"g? (P , W-^\ F.S-
où W représente la vitesse d'écoulement. Cette relation explique bien,
qualitativement, certains phénomènes constatés dans l'écoulement des ma-
tières sèches par filets quasi rectilignes.
VI. Il est possible, comme je me propose de le montrer ailleurs, d'appli-
quer avantageusement les propriétés des lignes de glissement au problème
des murs de soutènement. Je montrerai également comment on peut, en
abandonnant le terrain analytique, rattacher les' propriétés de ces lignes à
la géométrie intrinsèque de la statique plane des milieux continus, géo-
métrie qui joue, comme on sait, un rôle important dans l'application de la
méthode théorico-expérimentale de M. Mesnager, pour la détermination
des tensions élastiques sur modèles réduits. A cette méthode s'apparente
d'ailleurs l'étude expérimentale proposée à la fin de ma dernière Note.
GÉODÉSIE. — Expériences relatives à la marche d'un pendule et d'un chro-
nomètre, effectuées à Chamonix et à V Observatoire du mont Blanc, du
i**^ août au 10 septembre 1921. Note de M. Jean Lecarme, présentée
par M. Painlevé.
Ces expériences font suite aux études que j'ai entreprises pour la pre
mière fois en 1899 ('), à l'Observatoire de M. J. Vallot, situé sur l'arête
rocheuse du sommet du mont Blanc. Leur but principal était de déterminer
les conditions d'établissement d'un poste récepteur de T. S. F., afin de
connaîtie l'heure exacte, sans laquelle il est impossible de réaUser la plu-
part des expériences de physique, en vue desquelles l'observatoire a été
destiné. Les divers essais tentés dans ce but m'avaient prouvé que ce pro-
(') Comptes rendus, t. 129, 1899, p. 854.
l4l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
blême présentait de grandes difficultés. Parmi les principales, il faut citer
la violence des tourbillons de vent, accompagnés d'électricité sous forme
d'effluves ou de foudre, la rupture fréquente des fils extérieurs par suile de
leur enrobement de glace pendant les tempêtes, le froid intense qui règne
en permanence à ces altitudes, et enfin les troubles physiologiques résul-
tant de la faible pression atmosphérique (H : 44"") et du manque d'oxy-
gène, provoquant chez les opérateurs de Tanémie cérébrale, rendant tout
travail extrêmement pénible.
Ces difficultés ont été tournées en partie de la manière suivante : les fils
extérieurs ont été encastrés dans la neige, qui est un bon isolant, au lieu
d'être tendus au-dessus du sol. En ce qui concerne les effluves électriques,
déjà très atténuées par cette disposition, j'ai introduit dans le circuit
antenne-terre un tube cylindrique en verre, muni de deux électrodes à
grande surface, et contenant un gaz raréfié, à une pression correspondant
au minimum de résistivité électrique. Ces tubes pouvaient supporter en
régime normal un courant de 25 milliampères sous une tension de 5o kilo-
volts. De ce fait, les parasites furent très atténués, et l'éclairement du tube
au moment du passage des nuages électrisés prévenait l'opérateur tout en
le garantissant, les décharges passant de préférence dans le gaz raréfié,
dont la self est moindre que celle des circuits du récepleur.
Quant aux troubles physiologiques, les injections sous-cutanées d'oxygène
gazeux, que nous a pratiquées le D^Bayeux, produisent une grande amélio-
ration de l'état général. Grâce à ces perfectionnements j'ai pu, cet été,
installer et utiliser un poste récepteur, malgré une violente tempête de
neige quia duré pendant tout4e séjour à l'observatoire (i8 au 26 août).
Disposant ainsi de la réception des signaux horaires de la Tour Eiffel,
j'ai tenté d'étudier par ce moyen, (jui n'avait pas encore été appliqué au
mont Blanc, les variations de marche d'un pendule battant la seconde
à Paris, ainsi que celle de deux chronomètres.
A cet efïét, j'ai transporté à l'Observatoire de M. J. Vallot, outre le
matériel de T. S. F., un pendule constitué par une tige de i" de lon-
gueur, en métal invar, compensée, et comportant une masse lenticulaire de
lo'^s. Ce pendule, entretenu électriquement, commandait, au moyen d'une
came en platine, montée sur saphirs, une horloge avec cadran à secondes, le
courant étant produit par 3 piles Féry, seules utilisables à cette altitude. Le
réglage de cet instrument avait été préalablement effectué à Paris, pen-
dant plusieurs mois, avec une précision de ± 2" par mois. Son transport au
mont Blanc a été effectué avec le plus grand soin, afin d'éviter tout déré-
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l4l5
glage.Les mêmes expériences ont (Hé ensuite reprises à Chamonix (io5o'"),
au laboratoire de M. J. Vallot, pendant un mois et demi. Le résultat de
ces expériences est résumé par le Tableau ci-dessous :
Calcul de g cV après les expériences.
Jour solaire moyen = 864oo" de temps moyen.
Pendule à Paris : 86^00 oscillations par jour moyen.
Pendule à Chamonix : 864oo — 45 = 86355 oscillations.
Pendule à l'Observatoire du mont Blanc : 86/400 — j(iz=8633o.
86400"
Valence d'une oscillation : Paris,
864oo''«''
rx ■ 86400" „ ^ , r.r. ■ 86400" „ „ ,,
Uhamonix, ^ ^ ■ z= i',ooot)2i io4; Observatoire, t^f^ — " i ,o<)o8i()84j.
Valeur de ^^ à Paris : Mesure faite à l'Observatoire, 980.94.
Calculée au moyen de la formule gi = 9^8, 1 (1 -\- 0,0001 sin'-l) avec / = 48"5<)'
sin48°5o'rz: 0,762; sin-/ = 0.535; o, 0062 x o, 535 ^ o,oo'2-8 ;
978, 1 X I .00278 = 980,819; soit 980,82.
Valeur de ^1 a Chamonix, théorique, pour A„ = o, / = 45''45' :
sin45''45'=o,7i6; sin-/=: o,5i2656; sin-/ x o.oo52 = 0,002666;
978, I X 1 ,002666 rzi 980,687; soit 980,64.
looo ^ ,
— - — = 0 . .5 .
V^aleur donnée par Hansky, 980,665.
\aleur de ^'i pour Chamonix, théorique, pour A = io5o™, /=45°45'
o
D'après le nombre calculé par Hansky, 980,666 — o,35 = 980,315.
D'après le nombre calculé plus haut : 980.64 — o.35 = 980.29.
Moyenne : 980,0 environ.
Valeur calculée au moyen du pendule :
tl 980.65
01 = 007^ = 7— 7- =979,626; soit 979,63.
Lq 1,00104247 ^'^
Valeur de g, pour l'Observatoire du mont Blanc, pour // = 4365". / = 45"45' :
Calculé daprès la formule 980 , 65 — i , 45 = 979 , 20 ;
Calculé d'après la marche du pendule,
_ tl 980,65
^^-^"71= 1.00,622337 =9"9'^^-
Valeur de g^ calculée pour le sommet du mont Blanc, pour h = 48io™, / = 45°45'
980,665 — i,6 = 979,o65;
l4l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Calculée par extrapolation du résultat des expériences du pendule; à l'Observatoire
Vallot :
979,08 — 0,15 = 978,93 (').
Les chronomètres ont subi également un retard moyen de 3o" par jour,
fait difficilement explicable, qui fait Fobjet de nouvelles expériences.
Nota. — Je tiens à remercier M. J. Vallot, directeur de l'Observatoire du mont
Blanc, d'avoir bien voulu mettre à ma disposition son observatoire pendant -20 ans,
ainsi que de sa collaboration dans plusieurs séries d'expériences.
PHYSIQUE THÉORIQUE. — Sur la conception relativisle de l'espace.
Note de M. S. Zaremba, présentée par M. G. Kœnigs.
Dans une Note récente, M. Le Roux (-) a fait lemarquer, avec raison,
que la simple attribution d'un ds"^ déterminé à l'espace constitue, non pas
une hypothèse concernant la nature de celui-ci, mais seulement une con-
vention qui détermine ce que l'on doit entendre par distance de deux points.
En revanche, et au point de vue de la théorie de la relativité, il y a intérêt
à joindre cette remarque à celle de M. Le Roux, on formulerait une hypo-
thèse susceptible de vérification expérimentale, du moins au cas où l'on
adopterait la conception traditionnelle de l'espace-temps, si l'on affirmait
que, potir une certaine forme déterminée du ds- de l'espace , les corps
appelés communément corps solides jouissent de la propriété que les dis-
tances géodésiques mutuelles de leurs points, estimées au moyen du ds-
considéré, sont indépendantes du temps dans certaines conditions (cons-
tance de la température et des forces sollicitant le corps).
Ne pourrait-on pas, en profitant de cette remarque, attribuer un sens aux
assertions de la théorie de la relativité relatives à la nature de l'espace et
discutées par M. Le Roux ?
Cette (juestion comporte une réponse franchement négative. En efîet, on
admet dans la théorie de la relativité que, parmi les divers systèmes de réfé-
rence aux({uels l'espace-temps peut être rapporté, il y a des systèmes de
référence normaux x^., x^, x^, t où l'une des coordonnées, soit ?, représente
(') Une seule tentative de mesure de ^ a été effectuée, en 1898, par M. Hansky,
dans l'ancien Observatoire de M. Janssen {Compter rendus, t. 127, 1898, p. 947).
(^) Le Roux, La courbure de V espace {Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 924).
SÉANCE DU 29 MAI I922. l4l7
le temps. Soit
( I ) 2 ^"^" ^^' '^^'' ^ 2 ^'i'-* ^■^'î'- ^^^ "^ » ' • "^^^
i,k = \
la forme métri(|ue de Pespace-temps pour un certain système de référence
normal. A une époque donnée t = ^„, le ds- de l'espace sera donné par la
formule
3
( 2 ) ds-z=:^{gii,)i^,^ dxi dx^ .
Soient A et B deux points physiques; leur caractère de points physiques
fera que chacun d'eux conservera son individualité à travers le cours du
temps. Appelons distance des points A el B, estimée à répo([ue / = /„ dans
le système de référence considéré, leur distance géodésique correspondant
à l'expression (2) du ds- de l'espace. Il pourra arriver que cette distance soit
indépendante de l'époque à laquelle elle se rapporte, mais cette circons-
tance ne constituera une propriété intrinsèque des deux points A el B (jue si
elle se conserve au passage du système de référence considéré à n'importe
quel autre système de référence normal ( ' ). En examinant si cette condition
est vérifiée, on ne devra pas oublier qu'à des positions simultanées des
points A et B dans un système de référence normal correspondront, en géné-
ral, des positions non simultanées dans un autre système du même genre.
Cela posé, on constate aisément que, selon la nature de la forme (i), de
deux choses l'une : ou bien la constance de la distance de deux points phy-
siques ne peut pas être une propriété intrinsèque de ces deux points, ou bien,
si elle peut l'être, ce n'est qu'à la condition que le nombre de degrés de
liberté de l'ensemble des deux points soit inférieur au nombre 5.
Je prouve en particulier, dans un Mémoire qui paraîtra prochainement,
que, dans le cas de la théorie de la relativité restreinte, les coordonnées
x'î"^ et xf' des points A et B sont liées entre elles par des formules de la
forme
^'A' z=Vit + ai, xf- — Vil + bc ( / = 1 , 2, 3 ),
OÙ les Vi, les n^ et les h^ sont des constantes. Dans ce cas, le nombre de
degrés de liberté du système de deux points est donc égal à zéro.
Il résulte de ce qui précède qu'un système de points physiques de la
(^) Dans deux systèmes de référence difterents, la distance des points A el B peut
être différente, quoique indépendante du temps dans chacun d'eux.
C. R., 1922, I" Semestre. (T, 174, N* 22.) I02
ï4ï8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
naLure considéré, même s'il existait, ne pourrait pas servir d'étalon de
longueur. Par conséquent, le procédé que nous venons de discuter ne
permet pas d'attribuer un sens aux assertions de la théorie de la relativité
relatives à la nature de l'espace; pour y arriver, il faut autre chose, mais
ce qu'il faut semble bien malaisé à trouver.
ÉLECTRICITÉ. — Sur les diagrammes circulaires des systèmes triphasés
déséquilibrés et la définition de leur degré de déséquilibrage. Note (^) de
M. Louis-G. Stokvis, transmise par M. A. Blondel.
Dans une Note précédente (-), nous lavons expliqué que l'on peut rem-
placer un système triphasé déséquilibré par deux systèmes équilibrés; l'un
tournant avec le champ excitateur (système synchrone J^), l'autre tournant
en sens inverse (système inverse J;). C'est le système synchrone qui représente
la marche normale de la machine et celle-ci absorbe ou développe le même
couple que si elle débitait ou absorbait le courant du système symétrique J,.
Par un raisonnement analogue à celui développé dans notre Note précé-
dente, nous obtenons, en posant l'équation vectorielle
J] 4- J2 -h J3= O
et en désignant par J,, le courant synchrone circulant dans la phase I
{\j — I =7), l'expression
./J,,,V^=:-J3-J,[+-^+,/^]-
Nous avons obtenu précédemment, en désignant par J,, le courant inverse
passant dans la phase I,
yJa\/3=:+ J3 + J, +^ +y V •
Nouspouvonsdoncobtenir (voir la ligure) le courant synchrone J,, (au fac-
teur/v3 près) comme la résultante du courant — J, et du courant — J, retarde
de ^ • Nous faisons donc
M,0=-J
H^m-
(*) Séance du 22 mai 1922.
(^) Comptes rendus, t. 159, 19145 P- 4^.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l4l9
Nous avions obtenu le courant inverse J,, (au facteur /v3 près) comme la
résultante de J3 et du courant.!, avancé de ^- Nous faisons donc
Considérons maintenant le courant.!, fixe, pour servir de vecteur de réfé-
rence. En avançant ce vecteur de -,- ou en le reculant du même ansrle, les
points M, et Mo devront également rester fixes.
Nous obtenons ainsi les relations
=y v3Jm.
M,Q = - Ja-f- M,0 = - J3- J, \— i +//
QM,r=+J3 + OM., = -+-J3+J, H-^ +./V3 =./v/3Ja,
M,M, = :
Faisons maintenant trois hypothèses distinctes sur les conditions de fonc-
tionnement :
j° Posons la condition que le courant synchrone reste constant, ce qui
l420 ACADÉMIE DES SCIENCES.
revient à dire : supposons la constance du couple ('). Alors il est évident que
le point Q se meut sur un cercle de centre M, et de rayon M , Q = sj"] J^ = r^ .
2° Posons la condition que le courant inverse reste constant, ce qui
revient à dire : exigeons que les harmoniques 3 développées gardent une
amplitude constante. La Note citée plus haut nous apprend que le point Q
se meut alors sur un cercle de centre M., et de rayon M^Q = y/'iJ, = /v,.
3** Définissons maintenant le degré de déséquilibrage £ comme le quotient
de la composante synchrone (c^est-à-dire utile) par la composante inverse
(c'est-à-dire nuisible); donc
_ J. _ /J.\/3 _ QM,
'~J/~yJ,V3~QM2'
Posons la condition que £ soit constant, ce qui revient à dire : cherchons
toutes les positions de Q qui donnent lieu au même degré de déséquili-
brage. En langage géométrique, cela revient à dire que nous cherchons le
lieu géométrique du sommet d'un triangle (M< MoQ) dont la base est cons-
tante (M, Mo =y v'5J|) et dont le quotient des deux côtés est également
constant (^^ = £).
Ce lieu géométrique est un cercle dont le rayon est
et dont le centre se trouve sur la droite M, M. à la distance a de M^ ou
En résumé, pour un système triphasé déséquilibré, on peut tracer trois
diagrammes circulaires :
Un cercle
couple ' " ] , 1 ^^Ii 1 . ( V 3 J^-
-^i^^^..,.^.^ _ / ayant l ' J et ^ _
un uçicie ^ harmonique 3 J l pour centre < ^^2 { pour ) V'^ J/
d équivalence de j l 1 • J ( 1 ^■"■"•--i / e \
I déséquilibrage \ le point M3 \ rayon f MiMjl -; j
(') Cette propriété Jécoule directement d'un théorème de M. Blondel (voir son
Ouvrage Synchronous Motors).
SÉANCE DU 29 MAI 1922. ll\il
CHIMIE PHYSIQUE. — Influence du facteur temps sur V interpénétration des
solides par réaction chimique. Note de MM. II. Weiss et P. Henky,
présentée par M, H, Le Chatelier.
Dans une Note précédente ('), nous avons déterminé la loi d'influence
du facteur température sur la vitesse d'homogénéisation à l'état solide des
alliages Ag -h 1 4 pour 100 Sb hors d'équilibre. Des études faites sur les
bronzes à 8 pour 100 d'étain nous ont donné la même loi avec des coeffi-
cients légèrement dillérents (t^ = 1,8 .io~'^ . I ,o37()').
Nos nouvelles expériences ont pour but de déterminer la loi d'influence
du facteur temps sur ce genre de phénomènes. Réservant, pour des expé-
riences actuellement en cours, l'étude plus délicate de la véritable dill'usion
à l'état solide entre deux métaux formant une série d'alliages à solutions
solides sans lacune de miscibilité, nous nous sommes placés d'abord dans le
cas particulier d'une interpénétration de deux métaux, par formation
d'une zone de composé défini à partir de leur surface de contact, et nous
avons mesuré la loi d'augmentation de Fépaisseur de cette zone avec le
temps à diverses températures constantes. Nous nous sommes adressés à
deux couples de métaux donnant un composé défini soit coloré naturelle-
ment, soit facilement colorable pour un réactif approprié. Ce sont les
couples Ag-Sb et Cu-Sb.
Les métaux étaient coulés en cylindres de 6""" de diamètre, leurs bases
dressées, polies et forcées l'une contre l'autre à coups de marteau à l'intérieur
d'un tube en fer sans soudure, dont la paroi intérieure était recouverte de
papier d'amiante pour éviter les réactions possibles du fer. Les échantillons
ainsi préparés étaient placés dans un tube de verre où l'on faisait le vide de
la trompe à vapeur de mercure et chauffés dans des thermostats pendant
des temps déterminés. Pour l'examen, on sciait en deux les cylindres sui-
vant un plan passant par leur axe; l'épaisseur de la couche était mesurée
par le déplacement de la platine du microscope nécessaire pour amener
successivement les limites des zones devant le réticule de l'oculaire.
Pour grouper les résultats obtenus nous avons été guidés par l'idée théo-
rique suivante. Le temps r/0 nécessaire pour produire une augmentation
d'épaisseur dx de la zone se divise en deux parties : 1° la durée de la
réaction chimique une fois les molécules des deux métaux mises en contact,
(') Comptes rendus, t. 174, 195(2, p. 292.
l422 ACADÉMIE DES SCIENCES.
durée qui est évideinment indépendante de l'épaisseur de la couche déjà
formée;
2° Le temps nécessaire aux molécules pour traverser la couche déjà
formée, temps proportionnel à son épaisseur. Ceci nous donne l'équation
différentielle
dd =z {m + nœ) dcc,
d'où
2
Toutes les expériences que nous avons faites ont conduit à l'adoption
d'une expression de la forme
2
ce qui semble montrer que la durée de la réaction chimique est négligeable
devant la durée de traversée de la couche déjà formée.
Nous n'avons pas constaté, à partir d'une certaine épaisseur de la couche
formée, le ralentissement signalé hypothétiquement par certains auteurs à
propos de la pénétration du phosphore dans le cuivre (').
Les points expérimentaux que nous avons obtenus à chaque température
se placent presque tous sui- deux courbes distinctes, qui sont nettement en
relation avec l'intensité des coups de marteau avec lesquels on a établi le
contact des deux métaux. Presque aucun point ne vient se placer dans l'inter-
valle situé entre les deux courbes. L'écrouissage par le choc et la pression
de contact jouent certainement un rôle dans le phénomène, mais nous
sommes plutôt tentés d'attribuer ces variations discontinues dans les résul-
tats obtenus à des vitesses différentes de traversée, selon l'orientation par
rapport au clivage de l'antimoine. Les cristaux d'antimoine auraient une
facilité plus grande à s'orienter suivant deux directions déterminées par
rapport à ce clivage.
Voici, à titre d'exemple, le tableau de nos résultats pour le couple
Ag-Sb à 47,5° :
9 (en heures) 2 12 72 36o i\ 48 36o
X observé (en mm). . . o,38 0,98 2,i5 4.9 1,0 i,4 8,76
a; calculé (en mm)... 0,876 0,920 2,26 5,o4 0,97 1,87 8,75
l4,2 25,7
n
Rapport des - i.l
(') Kdwards et MuRPHY, Inst. of Metals, 9 mars J922.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l423
Des tableaux analogues ont été dressés pour le couple Cu - Sb à 44o"'
Les deux valeurs trouvées pour - sont 96 et 207.
Nous avons vérifié d'autre part que n est une fonction de la température
de la forme r — 7' (i étant le même pour les deux familles de courbes, mais
différent pour les deux couples de métaux (1,02 pour Ag-Sb; 1,018 pour
Gu-Sb).
La figure représente les courbes calculées par les formules ci-dessus indi-
quées pour le couple Ag- Sb. Les points marqués sont les points observés.
^/£ 2i.
tçmp.i en Àearej
Les expériences classiques de Sir Roberts Austen sur la pénétration de
l'or dans le plomb sont, ainsi que nous l'avons vérifié directement, des in-
terpénétrations de cette nature. A 200'' il se forme en 24 heures une couche
du composé Au-Pb épaisse de j^ à -|-^ de millimètre. A 218° (3 degrés
au-dessus du point eutectique), l'alliage eutectique se forme, fond et la
pénétration s'accélère énormément. En un quart d'heure elle est déjà de
l'ordre du millimètre. Ces résultats expliquent pourquoi la pénétration de
l'or dans le plomb trouvée par Sir Roberts Austen à 260^ est de beaucoxrp
supérieure à celle que von Hevezy assigne comme limite supérieure à la
pénétration du plomb par son isotope radioactif à 28o''(').
( V) Ann. der Pliysik, n" 11, 19^1.
ll\l/\ ACADÉMIE DES SCIENCES.
CHIMIE ORGANIQUE. — Étude de quelques cyanures de henzyle dialcoylés
ainsi que des alcools, amides^ aminés et acides correspondants. Note(')
de M, Joseph Bloivdeau, présentée par M. A. Haller.
MM. Haller et Bauer et M. Haller et M"*" Ramart(2) ont étudié dans
différentes conditions la déshydratation du méthyl-2-phényl-2-pro-
panol-i CH^ — G(CH-^)^CH-OH qui s'effectue avec transposition molé-
culaire. Voulant généraliser les résultats qu'ils ont obtenus, nous avons
préparé différents homologues supérieurs de cet alcool répondant à la
formule o-énérale C«H''C(RR,)CH-OH, R étant égal à C^H^ et R, à CH%
Nous avons obtenu ces alcools en partant des dérivés disubstitués du
cyanure de benzyle de formule générale CH\G.(R,.Ro)CN. Ces nitriles
ont été hydratés pour être transformés eu amides, puis les amides ont été
réduites en alcools correspondants au moyen du sodium et de Falcool.
Préparation des nitriles : C'H''. C(RRj).GN. — Pour préparer ces corps nous
avons employé la méthode de MM. Bodroux et Taboury (■') et de MM. Haller et
Bauer (/>).
Nous ne parlerons pas du diéthylcyanure de benzyle qui a déjà été obtenu par
MM. Bodroux et Taboury (^) ainsi que ses dérivés aniide (•') et acide (").
Méthyl-i-phényl-i-biitane-nitrile-i ou méthyléthylcyanure de benzyle
G«1P— C(CtP)(G-ll-')CN.
Pour préparer ce nitrile on a traité l'éthylcyanure de benzyle en présence d'éthei-
par les quantités théoriques d'amidure de sodium et d'iodure de méthyle. Le produit
de la réaction, après avoir été séché a été ensuite de nouveau traité par moitié des
quantités théoriques d'amidure de sodium et d'iodure de méthyle afin de se rappro-
cher le plus possible d'une méthylation totale. Le méthyléthvlcyanure de benzyle ne
peut en eflTel être séparé de l'étliylcyanure de benzyle par distillation, ces deux corps
bouillant à la môme température.
(') Séance du i5 mai 1922.
('-) Haller et Bauer, Comptes rendus, t. 153, 191?., p. 108/4; Haller et M""' Bamart.
Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 121 1.
(^) Bodroux et Taboury, Comptes rendus^ t. 150, 1910, p. 53i.
('') Haller et Bauer, Comptes rendus^ t. 155, 1912, p. i58i.
(^) Bodroux et Taboury, Comptes rendus, t. 150, 1910, p. 1241.
(') Bodroux et Taboury, Bull. Soc. chim., if série, t. 7, p. 670.
(") Bodroux et Taboury, Bull. Soc. chim.., 4'' série, t. 7. p. 847.
SÉANCE DU 29 MAI I922. 14^5
Le méthyléthylcyanure de benzyle est un liquide incolore bouillant à ii9°-irîo° sous
i5™™ et à 289° n. c. à la pression ordinaire.
Phényl-i-beazyl-i-butane-nitrile-i ou étliylbenzylcjanure de benzyle
C«H5— C(C2H5)(CH'--C«H»)GN.
Nous l'avons préparé en benzylant l'élliylcyanure de benzyle. C'est un liquide très
visqueux, bouillant à 201° sous ij'"".
Saponification des nitriles. — La saponification de l'étliylcyanure de benzyle elTec-
tuée au moyen de la potasse et de l'alcool amylique donne l'amide correspondante
avec seulement des traces d'acide. Le diéthylcvanure de benzvie se comporte de
même. Le méthyléthylcyanure de benzyle donne au contraire un mélange d'amide et
d'acide. Nous avons pu obtenir cette amide avec un bon rendement en saponifiant le
nitrile par Facide sulfurique à 85 pour mo à la température de 100".
La méthyl-i-phényl-i-balyraniide ou méthylélhylphénylacétamide
G« H-^ — G ( CH3 ) ( G^ H-^ ) — GONIi-
forme de petites aiguilles blanches fondant à "4°. Elle est très solubie dans la plupart
des solvants organiques.
La phényl-i-benzyl-i-hulyramidc ou éthylphén} Ibenzylacélamide
G«H5G(G-^H-^)(Gir^— G«H-5)GONH2
constitue des cristaux fondant à 119". Elle est assez peu solubie dans la plupart des
solvants organiques.
V acide niéthyl-2-phényl--2-buLanoL(jiie ou acide méth\ létln Ipliéiivlacélique
G«H^C(GI1')(G^H5)G0MI
fond à 60°. Il est très solubie dans la plupart des solvants organiques. Etliérifié par
saturation de sa solution alcoolique au moyen de l'acide chlorhydrique gazeux, il
donne avec l'alcool méthvlique un étlier niélhylique, liquide incolore bouillant à 120°
sous 16™"°. Avec l'alcool éthylique on obtient un étJier éthylique, liquide incolore
distillant à I24°-I25° sous i^™"".
L'acide phényl-1-benzyl-i-batanoicjue ou acide éthylphénylbenzylacétique
G«H^G(G^H5) (GH^— G^H^) GO^H
a été obtenu avec un rendement théorique par saponification de l'amide correspon-
dante par l'acide chlorhydrique en solution acétique et en tube scellé. Il fond à i^o".
Des essais d'éthérification de cet acide par saturation de ses solutions alcooliques au
moyen de l'acide chlorhydrique gazeux ne nous ont donné aucun résultat. Nous avons
cependant obtenu un élher inélliylique en passant par le ciilorure acide. Get élher
distille à i96°-i97° sous 16™" et forme des cristaux fondant à 61°.
Réduction des amide s. — Nous avons réduit au moyen du sodium et de
ralcool absolu les deux amides que nous avons décrites ci-dessus, ainsi que
la diélliylpliénylacétanilde.
14^6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Uéthyl-i-phényl-i-butanoL-x ou alcool diélhylphényléthjlique
C6HS — C.(C2HS)2.CH20H,
obtenu avec un rendement de 45 à 5o pour loo par réduction de la diélhylpliénylacé-
tamide, est un liquide visqueux, bouillant à iSô^-iSt" sous i3™™ et à 26o°-26i° n. c.
à la pression ordinaire.
Traité par le chlorure de ben/.oyle en présence de pyridine, il fournit un dérivé
benzoylé, liquide très visqueux, distillant à 210° sous iS'""*. Avec l'isocyanate de phé-
nyle il donne une phényluréthane qui forme de petites aiguilles blanches fondant
à 70°.
Le inéthyl-i-phényl-i-bulanol-\ ou alcool méthyléthylphényléthylique primaire
CH* — C.(GH*)(C-n^)CH-OH est obtenu, avec un rendement de 55 pour 100, par
réduction de l'amide correspondante. C'est un liquide visqueux bouillant à i38° sous
23mm gj ^ 246° n. c. à la pression ordinaire.
Cet alcool fournit un dérivé benzoylé qui distille à 202°-2o4° sous 12™™ et forme
de gros cristaux fondant à 46°. Sa phénylurétiiane est un produit extrêmement
visqueux.
Le phényl-2-benzyl-i-butanol-\ ou alcool éthylphénylbenzyléthylique primaire
C«H3 — C.(C2H^)(CII2 — C«H"*)Cir^OH est obtenu avec un rendement de 83 pour 100
par réduction de l'amide correspondante. C'est un liquide très visqueux bouillant à
11° sur 17™™. Son dérivé benzoylé n'a pas cristallisé. Sa phvtiylurélhane forme de
petites aiguilles fondant à 117°.
AJ élhy l-2-phéiiyl-i-ba I ane aminé ou diéthylphényléthylamine
G 6 H-5 — C ( C- H^ f CH2 NH2
se forme en très petite quantité dans la réduction de l'amide correspondante. Nous
l'avons obtenu également par réduction du diéthylcyanure de benzyle au moyen du
sodium et de l'alcool absolu. C'est un liquide incolore, d'odeur plutôt agréable, absor-
bant fortement l'anhydride carbonique de l'air, distillante i37°-'i39° sous 23™'". On
obtient son chlorhydrate par passage d'un courant d'acide chlorhydrique gazeux
dans sa solution éthérée. On peut faire cristalliser celui-ci dans l'alcool absolu.
La méthyl-i-phényl-i-bulane aniine ou méthyléthylphényléthylamine
C«H5_C(CH^)(CMP)CH^NIP
s'est formée avec un rendement de 2,5 pour 100 dans la réduction de l'amide corres-
pondante. Elle distille à ii2°-n3° sous ii"'"\ Ses propriétés et celles de son chlor-
hydrate sont analogues à celles de l'aminé précédente.
La phényl-1-benzyl-i-butane aminé ou éthylphénylbenzyléthvlamine
G^HS— C(CM1')(CH-— C«H5)CH-NH^
a été obtenue avec un rendement de 4 pour ioo dans la réduction de l'amide corres-
pondante. C'est un liquide incolore bouillant à igS" sous 10™™. Nous avons obtenu
son chlorhydrate de la même façon que les précédents.
SÉANCE DU 29 MAI 1922. 1427
CHIMIE ORGANIQUE. — SurVaclioii de V acétylène sur les célones sodées et la
préparation des dialcoyléthinylcarbinols. Note (') de MM. l\. Locquix
et ScNG WorsEXG, présentée par M. A. Haller.
Divers auteurs, dont MM. lluzicka et Fornasir (^), ont déjà signalé qu'il
se forme des alcools tertiaires acétyléniques quand on fait passer de l'acéty-
lène dans quelques méthylcétones en solution dans un solvant indifférent et
en présence d'un agent de condensation comme l'éthylate ou Tamidure de
sodium.
Un des inconvénients de cette manière d'opérer est que la plus grande
partie du gaz acétylène s'échappe avec l'ammoniac qui se dégage. D'autre
part, en raison du manque d'homogénéité de la masse, l'opération est
extrêmement lente : il faut des semaines pour obtenir une quantité appré-
ciable de produit.
Nous avons pensé qu'il devait être possible d'améliorer le mode opéia-
loire en préparant d'abord le dérivé sodé des cétones et en faisant ensuite
agir sur lui le gaz acétylène.
Le résultat a pleinement confirmé notre attente, surtout à partir dé
la pinacoline ou des cétones qui, conformément aux observations de
M. Haller (*), donnent aisément et régulièrement un dérivé sodé
en milieu éthéré ou benzénique.
Ayant préparé de cette manière le dérivé sodé de différentes cétones, nous avons
soumis la bouillie brute elle-même à l'action de Tacétylène purifié. Il est avantageux
d'agiter violemment et continuellement, de rester à une température voisine de 0° C
et d'opérer en vase clos sous une pression d'au moins — atmosphère en sus de la pres-
sion atmosphérique. Dans ces conditions, l'acétylène est rapidement absorbé: on peut,
en fixer, sans perte, jusqu'à 11' par heure sur une molécule-gramme de pinacoline
sodée en suspension dans environ aSo""'' d'éther anhydre.
Quand l'absorption du gaz est terminée, on verse la masse dans l'eau glacée, etc. et
sépare finalement par rectification l'alcool tertiaire acétylénique qui a pris naissance
(') Séance du 22 mai 1922.
(■-) RuziCKA et Fornasir, Helvelica chimica Acla, t. 2, fasc. 2, 1919, p. 182.
(^) A. Haller, Comptes rendus, t. 130, 1910, p, 582. Voir aussi t. liO, 14-8,
li9, etc.
l428 ACADÉMIE DES SCIENCES.
conformément aux équations
^,)cO + NH^Na -. R._cH)G_0Na + NH3,
Les alcools ncétyléniques tertiaires ainsi obtenus (que nous appellerons dialcoyl-
élkinylcarbinols) sont des liquides mobiles, étliérifi;d>les, caraclérisables parfois par
\e\irs phénylurélhanes et, mieux encore, par leurs alloplianates préparés selon les
indications de M. Hébal ('), Ces alcools donnent instantanément un dérivé argentique
inaltérable dans l'eau bouillante. Hydrof;énés en présence de noir de platine ou de
nickel. réduit, ils conduisent à l'alcool tertiaire saturé identique à celui que fournit
directement l'action du bromure d'étliyle magnésium sur la cétone considérée.
Remarque. — En dehors des djalcoyléthinylcarbinols en question, qui constituent
le produit principal de la réaction, on recueille un peu de carbure et de cétone inal-
térée ou régénérée, ainsi qu'une certaine quantité des produits de condensation de
cette dernière, sur elle-même quand il y a lieu, puis viennent des y-glycols biler-
tiaires acélyléniques du type
JJ,)c(0n)_G = C-C(OIT)<(J^,
existant généralement sous deux modifications stéréoisomériques « et h. Ils sont iden-
tiques à ceux qu'on obtient par la méthode de Totsich ('-) en condensant les dibromo-
magnésiens de l'acétylène avec les mêmes cétones initiales.
On trouvera dan$ le Tableau ci-dessous les constantes des principaux produits que
nous avons obtenus :
Cétones initiales. Produits obtenus.
IMéthylisohexyléthinylcarbinol : Éb.]o= 83°- 85° et i87°-i88°
sous 760""". Son allophanate fond à 1 i4°-i i5°. — Méthyléthyl-
isohexylcarbinol : Éb.15 = gs^-gS". Son allophanate fond à
I io°-r 1 1°. — y-glycols bilerliaires acétyléniques : Éb.i,^ iSS"-
184°. {et) fond à 66°-68°; {b) fond vers 35° sans netteté.
,f.., , , ( Méthylnonyléthinylcarbinol : Eb.,i=: 1 27°-! 28<\ Son allophanate
MethyinonvI- \ , „/. 1 , . , 1 .
y est pâteux. — Melhylethylnonylcarbinol : Eb.,,:= iSi^-iSA". —
cétone { 1 1 .••-., • t^,
,,s. o ^ i y-glycols bitertiaires acetyleniques : Eb.,,, =r 287°- 238".
(Eb.H,= io8"-iio« . I . w 1- n /i^c j<
\ {a) tond a 91 "-92°; {b) fond a '-o°-7i°.
(') A. BfiHAL, Bull. Soc. chim., 4'' série, t. 25, 1919, p. q52 à ^78.
(-) loTSicii, Extrait Bu/l. Soc. c/tini., 3" série, t. :iO, 190.5, p. 210.
Mélhyllert. biitvl-
célone
SÉANCE DU 29 MAI 1922. 1429
Célones initiales. Produits obtenus.
Dipropylélhinylcarbinol : Eb.,2 = 69"-7i°. Dj =: 0,8691;
,,. , . i N; = i,/1443. K. M. obs. = /ï3,28; R. M. cale. = 43,3?.. Son
Dmropylc.'tone ) , , , ,< ,0 r^- i-. . u- i ."-u o
,j^. _ ^ ' allophanate fond a 143". — Dipropylethylcarbinol : i!>b.,r,:=7<S''-
I 79"- Son allophanate fond à I24". — y-glycol acélylénique bi-
1 tertiaire unique : l'^b.i^^: 174° fondant à ii8''-ii9''.
j Méthyllert. butylélliinylcarbinol : l'>b. = i42<'-i44°. D'^=z 0,8806;
N;,= i,444i. R. m. obs. = 38,o2; H. M. cale. = 38,66. Son
alioplianale fond à i.'>6*'. — Mélhyltert. butylélhylearbinol :
,„, , ^ , Eb.=ri52". Son allophanate fond à i34**-i35". — y-glvcols
(Eb.z=.-io4^-io5"). i ,. . . . ,. • ,'^u /o - / /r j •
'1 bitertiaires acetyleniques : Lb.n= i48''-i.'30''. (a) lond a
' 88"-89°; (6) fond à 78°.
BIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur riièvédité du sexe chez hi Lyc/inide dioique
(Lychnis vesperlina Sibthorp). Note de M. L. Blarimghem, présentée
par M. L. Guignard.
Les néomcndéliens soutiennent une théorie de la répartition des sexes
ciiez les espèces dioïques obéissant aux règles numériques de l'hérédité
mendélienne. Les zoologistes (L. Doncaster, 11. Goldschniidt, T. -H.
Morgan et beaucoup d'autres) en trouvent des exemples devenus classiques
chez les Papillons et les Mouches; le botaniste Correns (1907) a réalisé
l'expérience fondamentale, répétée par Bateson (1909) d'après laquelle
tous les ovules de Bryonia dioica sont à tendance femelle, les pollens mi-
partie à tendance femelle, mi-partie a tendance mâle. La preuve en est
donnée par la fécondation de Bryonia dioica femelle avec le pollen de B. alha
hermaphrodite; en première génération, tous les hybrides sont femelles;
les hybrides étant stériles, on n'a pu suivre la deuxième génération.
Les conclusions sont discutées par Strasburger (191 o), surtout à propos
d'une série de travaux de G. Shull (1909-1914) concernant la transe-
mission des sexes à partir d'une mutante hermaphrodite du Lychnis vesper-
lina. Shull prétend qu'ici encore les individus femelles sont homozygotes
et à ovules femelles, les mâles et hermaphrodites à pollen mi-partie mâles,
mi-partie femelles. Strasburger, Correns, E. Baur et d'autres ont étudié la
transmission de la sexualité chez cette dernière espèce sans aboutir à une
conclusion précise. Le fait que VUstilago antherarum provoque l'apparition
d'étamines chez la femelle (castration parasitaire de A. Magnin, A. Giard),
>
1^30 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dont Strasburger a fait une étude anatomique remarquable, inquiète ceux
qui voudraient ne trouver aucune tendance à la masculinité chez les indi-
vidus homozygotes femelles..
Les essais que j'ai tentés de 19 lo à 191 2, à l'imitation de Gorrens, avec
la Lychnide, n'ont rien de probant; comme ceux de Gorrens, do Strasbur-
ger, de ShuU, ils donnèrent des pourcentages variables, dont l'interpré-
tation pouvait être discutée, lieprenant ces reclierches en 1920, j'ai eu la
chance d'opérer avec un individu femelle, LycJinis l'esperlina Sibthorp, du
Laboratoire de Ghimie végétale de Meudon, qui se comporte à peu près
comme la Bryone de Gorrens, mais dont la descendance hybride est fertile,
ce qui me permet d'examiner le problème sous un jour nouveau.
Le 6 mai 1920, j'isolai une treii laine de ileurs slrictemeul femelles; le 21 mai, j'en
fécondai 5 avec le pollen de 1 fleurs mâles, rouges, d'un Lychnis sylvestre Roehl du
Muséum, et 3 avec le pollen de 2 fleurs hermaphrodites du Lychnis viscosa. Les
8 ovaires gonflèrent et prirent la taille normale; seules, les fécondations par le 5>7-
vestre donnèrent de bonnes graines [environ 4oo (lot A) pour 5 fruits, alors que 5 fruits
à fécondation libre donnent 600 graines].
Le 23 juillet 1920, la même plante mère fut fécondée avec le pollen d'un Melan-
drium rubriim mâle, récolté à Varangeville (Seine-Inférieure) et, de 3 fruits noués,
j'obtins environ 120 graines (lot B); à la même date, je fécondai 4 fleurs avec le pollen
d'une même fleur de L. vespertino croissant près de la plante mère; j'en obtins plus
de aSo graines (lot G).
Une partie des graines fut semée sur couche froide en mars 1921; le i5 juillet, je
notai avec élonnement que toutes les plantes en fleurs (environ 4o) de ces expériences
étaient femelles. Je mis immédiatement en culture la majeure partie des graines
encore disponibles, et la plupart fleurirent en novembre, confirmant le fait; les statis-
tiques définitives n'ont pu être faites qu'au début de mai 1922 :
Loi. Semées.
A. L. cespertina x L. sylvestre. . . 25o
B. >■> X M. ru bru m ... 1 14
C. » X L. vespertina.. i85
Deuxième génération, — Les plantes du premier semis A donnèrent leurs pre-
mières fleurs en juillet 1921, et toutes étaient femelles; j'isolai et fécondai artificiel-
lement 5 hybrides à fleurs roses et 5 à fleurs blanches avec le pollen de 3 plantes
vespertina croissant à l'emplacement même de la femelle utilisée en 1920; les graines
furent récollées à part, semées fin octobre 1921 et les plants, protégés sous châssis,
sont tous actuellement en fleurs; sur SgS plantes dérivées, 423 sont femelles, 472 sont
mâles. Les pourcentages de femelles oscillent pour les 10 séries entre 3i et 66, sans
liaison marquée ni avec les coloris des fleurs (rose ou blanc) des ascendants Fj, ni
avec les parents mâles vespertina au nombre de 3.
(■piquées.
$•
5.
$ pour 100.
i4o
ii4
I
99+
9'>
72
3
96
I 20
7'
4
95
SÉANCE DU 29 MAI J922. l43ï
Il apparail d autre part clairement, d'après la variété des tons roses et
les pourcentages des blancs et des roses en F, et Fj, que le caractère couleur
de la corolle ne suit pas dans sa transmission une ségrégation mcndeliennc
simple (fait déjà no-té par Correns et par Sliull). Il ne subsiste, dominant
tout le phénomène, que la presque complète production de femelles dans la
descendance immédiate de la plante isolée en 1920,
Tout se passe. chez ce Lychnis respertina comme chez certains individus
femelles de Satureia hortensis (Correns). L'hérédité du sexe, chez le Lychnis
dioica et chez plusieurs autres Caryophyllées d'ailleurs {Silène, Dianthus)^
est une propriété de lignée; certaines plantes ne donnent que des descen-
dants femelles ou presque; croisées avec d'autres, la tendance s évanouit
immédiatement ou presque. Mais il ne paraît pas impossible de fixer des
lignées à tendance marquée femelle, ou même à tendance hermaphrodite
(mutation hermaphrodite du Lychnis dioica de Shullj, ou à tendance
presque exclusivement mâle. Les déductions tirées de l'expérience de Cor-
rens avec Hryonia dioica x B. alba ont paru très simples parce que, cet
hybride étant stérile, on n"a pu en étudier la descendance; mais il parail
dangereux d'en faire le prototype d'un mode général de la transmission des
sexeSy alors quil nest qiCun cas particulier.
BIOLOGIE. — Sur la fécondité des Hybrides obtenus par le croisement du
Canard Pilet mâle (Dalila acuta L.) et du Canard sauvage femelle (Anas
boschas L.). Note de M. A. Lécaillon, présentée par- M. Henneguy.
Dans une Note récente (') j'ai décrit les caractères d'un Hybride mâle
résultant du croisement d'un Canard Pilet mâle et d'un Canard sauvage
femelle. A Télat libre, les deux espèces dont il s'agit s^accouplenl facile-
ment, tout comme lorsqu'elles sont en captivité. Dans l'Ouvrage d'André
Suchetet (-), il est donné, en effet, une liste d'une trentaine d'exemplaires
d'Hybrides semblables à celui que j'ai décrit et qui sont répartis dans les
Musées ou les collections particulières d'Italie, de Belgique, de Hollande,
de Russie, d'Angleterre et d'Amérique. Le Muséum de Paris en possède
deux exemplaires, dont l'un depuis l'année i838, et l'autre depuis i854.
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 885.
(^) Les Hybrides à l'état sauvage, t. 1, p. 117, Lille, 1896.
l432 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais ces Hybrides présentent un caractère remarquable au sujet duquel
je n'ai trouvé jusqulci aucune indication dans les Ouvrages qui ont signalé
leur existence, et que mes observations ont mis en relief, ils donnent, en
s'accouplant avec le Canard sauvage, de nouveaux Hybrides. Et ceux-ci,
en s'accouplant entre eux, produisent de même une troisième catégorie
d'Hybrides. On sait qu'en général les Hybrides animaux sont inféconds, et
que ce cas est aussi celui des Mulards (provenant de Taccouplement du
Canard de Barbarie et du Canard domestique). Les Hybrides de Canard
Pilet et de Canard sauvage font donc exception à la règle générale et ce
sont, par suite, des sujets particulièrement précieux pour l'étude des phé-
nomènes d'hérédité.
Les produits dérivés de l'accouplement primitif entre un mâle de Pilet et
un Canard sauvage femelle, que j'ai obtenus jusqu'ici, au Jardin zoologique
de Toulouse, et dont j'ai pu étudier les caractères morphologiques externes
et les caractères éthologiques, se répartissent en trois catégories :
i" Hybrides issus directement de l'accouplement des deux parents d'es-
pèces différentes : trois exemplaires, dont un mâle vivant encore actuel-
lement;
2'' Hybrides provenant de l'union du mâle hybride précédent avec la
femelle de Canard sauvage ci-dessus : 12 exemplaires, dont 6(3 mâles et
3 femelles) encore vivants aujourd'hui;
3" Produits provenant de l'accouplement entre eux des Hybrides de-
deuxième catégorie : plusieurs pontes ont eu lieu cette année ou sont
actuellement en cours. Je me suis assuré que les (leufs nouvellement pondus
étaient fécondés, puis qu'après une période d'incubation. ils contenaient des
embryons.
Enfin l'éclosion d'une ponte a déjà eu lieu et donné cinq jeunes
Hybrides de troisième catégorie.
On pourrait se demander si le Canard Pilet et le Canard sauvage, qui
donnent ainsi entre eux des produits féconds, ne constituent pas en réalité
simplement deux races d'une même espèce. En zootechnie, où l'on a géné-
ralement l'habitude de regarder comme espèce unique toutes les races qui
donnent entre elles des produits féconds, on donnerait le nom de métis
aux produits que j'appelle ici hybrides. Mais les objections à cette manière
de voir ne manquent pas ; en particulier on peut faire valoir le fait que, entre
les Canards Pilet et les Canards sauvages, des différences importantes et
constantes s'observent toujours, à tel point qu'on les range ordinairement
SÉANCE DU 29 MAI I922. l433
dans deux genres distincts. Pour l'étude de Thérédité, les produits qui
dérivent de Tunion de ces deux sortes d'Oiseaux ne pourraient d'ailleurs
rien perdre de leur importance suivant que Ton définirait Tespèce et la race
d'une manière ou d'une autre.
ENTOMOLOGIE. — Etude malhéinaliquc de l action des parasites entomophages.
Durée du cycle parasitaire et accroissement de la proportion d'hôtes para-
sités. Note de M. AV.-R. Tho.mpsos, présentée par M. P. Marchai.
J'ai démontré dans une première Note ce qui suit : en admettant que le
nombre initial d'hùtes soit n ; le nombre initial de parasites, ^; la puissance
reproductrice de l'hôte par génération, h\ la puissance reproductrice du
parasite par génération, ^; le nombre total d'hôtes produits par généra-
tion, ///, où / est un nombre dont la valeur dépend de la proportion qui
existe entre les sexes ; le nombre total de parasites produits par géné-
ration,/5, où/ est un facteur numérique semblable à /; en admettant enfin
que le parasite ne dépose qu'un seul œuf dans chaque hôte attaqué et
n'attaque que les individus non parasités; alors, le nombre d'hôtes dans la
^ième génération est donné par la formule
(i) Ht=: {nh^ — psh'~^f — ps'-/i^~-f — ... à ( termes)
OU bien
(2) Rt=\nhH — pshf
ç^-i_A^-t
{s-h) \y
le nombre de parasites étant donné par la formule
(3) Pr-P^'/-
Si la puissance reproductrice du parasite eSt égale à celle de l'hôte, nous
devons écrire dans la formule (i), 5 = /?; cette formule devient alors
(4) ï{^ = [nhH-ph'f{t- 1)1
Nous avons aussi
(5) P.=M'/-
Maintenant, si, dans ce dernier cas. nous désirons savoir combien de
générations il faudra pour que le parasite arrive à exterminer son hôte,
C. R., 1922, I- Semestre. (T. 174, N" 22.) Io3
l434 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nous n'avons qu'à poser H, = P^, et ensuite déterminer ï, c'est-à-dire
ph^f=[nhn-ph^J{t-i)l
d'où
(6)
t =
nl_
Pf
Si la puissance reproductrice du parasite est supérieure à celle de l'hôte,
nous pouvons écrire, dans les formules (i) et (3), s ^= ah, où a est un cons-
tant numérique supérieur à i; substituant dans les formules, nous obtenons
enfin
(7)
(8)
H, = h'\nl-p/
a — - 1
P, = pa'h[f.
(9)
En posant H^ = P^, nous avons à la fin de l'opération
(nia — ni -{- pfa
log(
1=2 -^
pfa
loga
Si la puissance reproductrice du parasite est inférieure à celle de l'hôte
nous écrirons, de la même façon, sa = A, d'où
(lo)
et, enfin.
(Il)
H,= ^'
'nla^-Ef^-^lZD.-\
a — I J
loe
Pf
il -\- pf — nia
loga
Les formules qui donnent, dans ces divers cas, le pourcentage de parasi-
tisme (a) dans la Z'*""" génération peuvent être obtenues facilement :
Si la puissance reproductrice est égale à celle de l'hôte, nous avons
de (4) et (5)
(12)
nl-pf{t-xy
si la puissance reproductrice du parasite est supérieure à celle de l'hôte,
nous avons, de (7) et (8),
1 00 pa^f
(i3)
ni — pf
a{ a'~* — i'
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l435
OU, enfin, si la puissance reproductrice du parasite est inférieure à celle de
l'hôte, de (3) et (10),
CHIMIE BIOLOGIQUE. — Le rendement énergétique dans la croissance de
/'Aspergillus niger. Note de MM. Emile-F. Terroine et Rexé Wurmser,
présentée par M. Guignard.
Dans une Note précédente ('), nous avons désigné sous le nom de
« rapport d'utilisation » le rapport du poids sec d' Aspergillus formé au poids
de glucose disparu du milieu de culture. Ce rapport reste constant, au
voisinage de o, 44^ tant que l'on fait varier la vitesse dans des limites rela-
tivement étroites, en modifiant la température. Il n'en est plus de même
quand on réussit à faire varier bien plus largement la vitesse. Nous mon-
trerons plus loin le parti que l'on peut tirer de ce fait dans l'étude du déve-
loppement de V Aspergillus au point de vue énergétique.
La disparition de is de glucose est accompagnée de la formation de os,44 de mycé-
lium. Supposons tout d'abord que le glucose soit complètement brûlé; nous pouvons
calculer le rendement énergétique, de manière approchée, au moyen des données
thermochimiques. La combustion à la bombe du mycélium dégage 4*^*^,8 par gramme;
la combustion du glucose 3'^^''',76 par gramme : le rendement énergétique semble donc
j, . 4,8x0,44 . r^
être d environ — > soit o,5o.
3,70
En fait, la combustion du glucose contenu dans le milieu de culture n'est pas com-
plète. On trouve dans le liquide, après le développement, des acides organiques, de
l'urée, etc. 11 est donc nécessaire de mesurer directement l'énergie U disparue du
milieu. Nous avons brûlé, avant et après le développement, l'extrait sec du milieu de
culture; la différence représente l'énergie U. Le mycélium recueilli s.ur filtre est séché
et brûlé; soit U' le nombre de calories dégagées. Enfin on recueille dans de la baryte
titrée le gaz carbonique qui se dégage pendant le développement; le nombre de centi-
mètres cubes dégagés, multiplié par 0,000, donne en calories l'énergie U" correspon-
dant à la formation de CO- aux. dépens du glucose. Le Tableau ci-dessous indique les
résultats.
Combustion
'- — — — CO- dégagé
du milieu en
initial. du résidu. U. U'. centimètres cubes. U". U — (U'-l-U").
6,46 o,5io 5.95 3,55 4o8,8 2,04 o,36
6,00 o,T25 5,87 3,48 4oi)0 2,00 0,39
(^) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 482.
l436 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Il est donc possible de calculer le rendement énergétique, lequel est
représenté par le rapport entre l'énergie emmagasinée dans le mycélium U'
et l'énergie métabolisable U. Ce rendement est respectivement dans les
deux expériences rapportées ci-dessus de 59,(3 et 59,2 pour 100.
Mais il est évident qu'un tel calcul ne donne qu'un rendement apparent,
en ce qui regarde la croissance. Pour atteindre le rendement réel, il faut
défalquer de la quantité totale d'énergie disparue du milieu celle qui a
servi à couvrir la dépense d'entretien, dépense obligatoire même en
l'absence de tout développement.
Dans ce but, nous avons tenté de distinguer, dans la totalité du CO^
produit, la part qui représente la dépense d'entretien, de celle qui doit être
réellement attribuée aux processus de croissance.
Si l'on place un mycélium dans un milieu de Gzapek uniquement salin,
sans carbone ni azote, il ne peut se développer, mais continue à dégager
du CO". En recueillant le gaz, nous avons trouvé que la respiration
d'entretien, à 36°, est en moyenne de 3'™' par gramme de mycélium sec
et par heure. Retranchant de U l'énergie R correspondant à cette production
de GO^, on trouve que le rendement devient o,63 et 0,67. Mais nous
n'avons ici qu'une valeur minima de l'énergie d'entretien de V Aspergillus ;
car le mycélium, sur milieu non nutritif, paraît entrer dans un élat de vie
ralentie.
Nous avons obtenu la mesure du CC^ correspondant à l'entretien, dans
les conditions mêmes de la croissance, en faisant varier considérablement
la vitesse du développement. En milieu très acide (P„ = i,5 environ), le
mycélium croît très lentement; le rapport d'utilisation s'abaisse. La
consommation du glucose est, en effet, à tout instant, la somme de deux
termes :
I** Un ternie proportionnel à la vitesse du développement et qui repré-
sente la quantité de glucose qui doit disparaître pour que se forme la subs-
tance du mycélium; 2.^ un terme proportionnel au poids du mycélium déjà
formé à ce moment, et qui représente la consommation d'entretien. On
déduit immédiatement (') que la quantité de glucose consommée au bout
d'un temps / est représentée par la relation
'-bt
1
(') Nous considérons, ce qui esL exact en dehors des premières heures du dévelop-
pement, que le poids du mycélium formé est proportionnel à l'âge de la culture,
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l^^J
oùp est le poids sec récolté, et a et ^ des constantes dont l'une représente
la consommation nécessaire pour former i^' de mycélium, et b la consom-
mation d'entretien par gramme de mycélium et par heure. Soit alors c, la
consommation qui accompagne la production dejo grammes de mycélium
en Z, heures, et Cj le chifVre correspondant à la production du même poids^
en t., heures, on a
0 ^=2
La moyenne de cinq expériences a fourni pour b\a valeur de 8"""', 2 GO-
U' ,
par gramme de mycélium et par heure. Le rendement j- rj, calculé
d'après cette donnée, atteint 66 pour 100 et 70 pour 100 ; c'est dire que le
rendement énergétique réel de la croissance de V Aspergillus est extrême-
ment élevé. Le fait que Fingerling, Kôhler et Reinhardt ont obtenu des
valeurs du même ordre de grandeur dans le cas de la croissance du Porc,
amène à se demander, et nos recherches se poursuivent dans ce sens, si tous
les êtres hétérotropes n'obéissent pas à une même loi énergétique.
MÉDECINE. — Expériences sur V introduction de Vion iode par électrolyse chez
r homme, et son élimination par les urines. Note de MM. Georges Bour-
GuiGNOiv et CoNDUciiÉ, présentée par M. d'Arsonval.
-En étudiant la libération des cicatrices adhérentes par l'introduction
électrolytique de l'ion iode, l'un de nous (') a montré que les résultats les
meilleurs sont obtenus en localisant le plus possible le courant au foyer de
la blessure. Il a constaté, en outre, que l'amélioration se poursuit quelque
temps après l'arrêt de l'ionisation et que, sur les sujets porteurs de cicatrices
multiples, le traitement localisé à une seule cicatrice améliore en même
temps, quoique à un degré moindre, toutes les autres.
Pour étudier le déterminisme de ces phénomènes nous avons cherché
comment s'élimine chez l'homme normal Tion iode introduit quotidienne-
ment par électrolyse, et quelle quantité peut en introduire un courant
rigoureusement déterminé.
Négligeant l'élimination par la salive qu'a démontrée Brillouet par des
expériences purement qualitatives, nous avons d'abord recherché un
(') G.' Bourguignon et M. Cwiray, Société niéd. des hùp., 1 3 octobre i»)i6-; Presse
médicale, 3 août 1916.
l438 ACADÉMIE DES SCIENCES.
procédé de dosage de l'iode dans les urines : qne calcination en milieu
basique constitue un procédé sensible et précis, qui permet de détruire
toute la matière organique.
L'iode est mis en liberté par quelques gouttes de sulfate de nitrosyle en solution
sulfurique et on l'extrait par le sulfure de carbone. La coloration violette permet de
reconnaître l'iode q.u'on peut doser par décoloration avec une solution d'hyposulfite de
concentration croissante. Pratiquement, on peut ainsi doser moins de jq de mg d'iode
par litre d'urine. Nous avons contrôlé notre méthode- à plusieurs reprises en ajoutant à
une urine normale quelques milligrammes d'iode, à l'état d'iodure, que nous avons
retrouvés sans pertes. L'urine normale de l'un de nous, sujet des expériences, ne con-
tenait que des traces d'iode inférieures à -^ de milligramme par 2^ heures, variant
légèrement avec l'alimentation.
Dans les expériences d'ionisation, la vessie est vidée immédiatement avant chaque
séance, l'urine des 2/4 h. est recueillie exactement dans l'intervalle des séances etl'iode
y est dosé tous les jours. Chaque séance dure 3o minutes. L'intensité est maintenue
constante à 10 niA., grâce à une résistance en série de loooo".
L'électrode positive est constituée par une plaque de charbon et 20 à 25 rondelles
de papier-filtre à analyse, de j""" de diamètre, mouillées d'eau distillée; elle était
placée à la face postérieure de l'avant-bras gauche. L'électrode négative était une
électrode semblable, mouillée d'une solution de Kl à i pour 100 et placée à la face
interne du bras du même côté dans une 1™ série (6 séances); dans une 2^ série
(14 séances) elle était constituée par un crislallisoir contenant une quantité mesurée
au ballon jaugé ( i5o'^™^) d'une solution de Kl à i ou 2 p. 1000. Le sujet plongeait le
poing dans le cristallisoir où le courant arrivait par une plaque de charbon. Il s'est
éliminé de 6'"g,3 à 8™s d'iode par jour dans la 1™ série et 5"s à 7™?, 6 dans là 2^ En
calculant la quantité totale d'iode introduite dans les urines en prenant pour les
vitesses des ions I et K à travers la peau, les valeurs de 5,6 et 4,8 qui résultent des
données de Stéphane Leduc,^ l'iode retrouvé dans les urines représente 65 pour 100 de
la quantité introduite dans la première série et 42,6 pour 100 daris la deuxième.
Pour contrôler ce rapport, nous avons cherché, dans notre deuxième série, à subs-
tituer à ce procédé de dosage, un peu hypothétique, un dosage direct de l'iode disparu
à l'électrode négative.
En étudiant la courbe ci-jointe de Télimination de l'iode avec des séances
quotidiennes d'ionisation, on voit qu'il faut deux séances pour arriver à
une élimination sensiblement constante tous les jours; après la dernière
séance, l'élimination s'est continuée plusieurs jours (4 à 5 jours). On dis-
tingue donc trois phases : i« une phase d'élimination croissante; 2° une
phase d'élimination en plateau- 3° une phase d'élimination décroissante.
Le dosage de l'iode disparu n'a jamais donné moins de 5"'» et jamais plus
de 7™s,6 d'iode dans l'urine des 24 heures;- à ja période de plateau nous
avons trouvé de 5"^ à 7'°%4 d'iode disparu. Il y a donc une concordance
SÉANCE DU 29 MAI 1922. l439
très satisfaisante entre l'iode disparu et Tiode éliminé dans les urines des
24 h. Kn comparant les quantités d'iode disparues à Téleclrode négative,
et éliminées, on voit que l'on retrouve dans les urines environ 70 à 80 p. 100
de l'iode introduit. Voici un exemple de cette expérience :
29 JUIN". — Iode disparu du cristallisoir après une séance de 3o minutes
avec 10 m A = 7™', 6.
30 JUIN. — Iode trouvé dans l'urine des 24 heures = 6""^ soit 79 p. 100.
Si Ton applique à cette expérience le calcul de Stéphane Leduc, on
SJmrtvuomiw tv
trouve 10"% i d'iode introduit. Il y a un écart de 33 pour 1 00 entre le calcul
et le dosage direct, et le rapport entre l'iode introduit ainsi calculé et l'iode
éliminé est de Sg pour 100 au lieu de 79 pour 100. Le dosage direct est donc
le seul qui permette de connaître réellement la quantité introduite. Pour le
même nombre de coulombs, cette quantité varie avec les régions de la
peau et peut-être avec d'autres conditions à préciser expérimentalement.
Nos expériences démontrent aussi que la plus grande partie de l'iode
introduit par électrolyse s'élimine par les reins (f à } environ).
Nous avons aussi essayé, dans quelques expériences, de voir si l'on peut
extraire de l'iode à l'électrode positive. De fait, en mouillant les papiers-
filtre de l'électrode positive avec de Tempois d'amidon fait avec de 1 eau
distillée, nous n'avons le plus souvent obtenu aucun bleuissement. Ce résultat
est en accord avec les expériences des auteurs qui, avant nous, ont fait la
même expérience dans des conditions rigoureuses. Mais, à deux reprises, il
s'est produit une petite brûlure sous l'électrode, et, dans ces deux expé-
riences, aussi rigoureusement préparées que les autres, le papier à l'empois
a bleui sur une surface de même grandeur et de même forme que la brûlure.
Si l'empois ne bleuit pas, en général, ce n'est donc pas parce qu'on n'ex-
trait pas d'iode, mais parce que les quantités extraites sont en trop faible
l44o ACADÉMIE DES SCIENCES.
concentration. Dans le cas de la brûlure, la densité du courant est plus
grande au niveau de la petite lésion, et la concentration de l'iode qui sort à
ce niveau devient suffisante pour que la réaction s'y produise.
En résumé, nos expériences démontrent que dans l'introduction électro-
lytique de Tiode, il se constitue une réserve d'iode qu'on peut supposer
•s'accumuler dans le corps thyroïde et qu'ensuite il s'établit un équilibre
entre l'iode qui entre au pôle négatif et qui sort au pôle positif pendant la
séance, celui qui est en circulation, celui qui est en réserve et celui qui s'éli-
mine parles reins dans l'intervalle des deux séances. A l'arrêt de l'ionisation,
la réserve s'élimine en quelques jours. Ces faits permettent de faire une
hypothèse plausible sur le mécanisme d'action de la thérapeutique par ioni-
sation d'iode, et d'expliquer les faits cliniques observés par l'un de nous.
L'élimination plus lente de l'iode introduit par électrolyse, que de l'iode
introduit par la bouche, montre que sous cette l'orme l'iode s'incorpore
mieux à l'organisme. En même temps elle explique la prolongation des
améliorations pendant les arrêts de traitement.
La présence d'iode en circulation (extraction à l'électrode positive)
explique l'action à distance et permet de comprendre l'action locale
prépondérante.
Puisqu'il est démontré (Stéphane Leduc et autres auteurs) que l'ion
introduit passe dans la circulation et ne pénètre que peu profondément
dans la peau, l'action locale ne peut s'expliquer que par l'électrolyse inter-
polaire de l'iode en circulation sur le trajet'des lignes de force. L'ionisation
agirait donc en deux temps : Premier temps, introduction de l'ion.
Deuxième temps, localisation sur le tissu à traiter de l'ion libéré par
électrolyse de celui que contient la circulation.
Ces faits justifient la technique de l'ionisation avec petites électrodes et
localisation du courant aussi étroite que possible au foyer de la lésion.
La séance est levée à i6 heures trois quarts.
É. P.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU MARDI (> JUIN 1922.
PRÉSIDENCE DE M. Emile BERTIN.
MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Ministre de l'Ixstructiox publique et des Beaux-Arts adresse
ampliation du Décret, en date du r^^ juin 1922, qui porte approbation de
l'élection que l'Académie a faite de M. Hexri Lebesgue pour occuper,
dans la Section de Géométrie, la place vacante par le décès de
M. C. Jordan.
Il est donné lecture de ce Décret.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Hexri Lebesgue prend place
parmi ses Confrères.
M. le Secrétaire perpétuel présente le tome 57 des Mémoires de l' Aca-
démie des Sciences et annonce qu'il est en distribution au Secrétariat.
M. le Présidext souhaite la bienvenue à M. Farid Boclad Brv,
membre de l'Institut d'Egypte.
M. B. Baillaud, président de VUnion astronomique internationale, et
M. Ch. Lallemaxd, président de VUnion internationale de Géodésie et de
Géophysique, rendent compte des travaux du Congrès qui vient de se tenir
à Rome.
c. R,, 1922, I" Semestre. (T. 174, N" 23.) ÏC)4
l442 ' ACADÉMIE DES SCIENCES.
MINÉRALOGIE. — Sur la composition et les caractères chimiques de la thortveitite
de Madagascar. Note de MM. Ch. Boulanger et G. Urbain.
M. A, Lacroix, auquel on doit une description minutieuse de la Thort-
veitite (\) de Madagascar, nous a remis obligeamment plusieurs centaines
de grammes de ce minéral, dont un lot qu'il avait pris soin de purifier. Nos
analyses ont porté sur divers échantillons de ce dernier lot.
Les résultats obtenus sont consignés dans le Tableau suivant :
I. II. III. IV. V. Moyennes.
SiO- 44,1 43,9 43,7 44,5 44,2 44,1
Sc^O^ 41,7 4i,8 _ 42,6 42,8 43,4 42,4
Zr O'^ 9,9 7,4 7 » 8 » » 8,4
Al'^O^ 2,6 -3,5 3,8 )) ). 3,3
Fe-O'^ 2,2 2,0 1,8 » » 2,0
100,5 98,6 99,7 » » 100,2
La scandine obtenue dans ces dosages renfermait une petite quantité de
terres yttriques reconnues tout d'abord par M. A. de Gramont (') à leurs
lignes spectrales. La proportion de ces terres est d'ailleurs infime, ce qui
est la particularité intéressante de la thorlveitite de Madagascar. En effet,
des minéraux analogues d'origine norvégienne analysés (-) par Schetelig,
Tauchert, Sterba contenaient des proportions de terres yttriques comprises
entre 17,7 et 4526 pour 100, alors que le minéral de Madagascar n'en ren-
ferme guère que o,5 pour 100, Ces terres yttriques ont pu être séparées du
scandium par deux méthodes dont I(.-J. Meyer et H. Winter ont donné
les principes (^).
Dans la première, les acétylacétonates mixtes sont soumis à la distillation
dans le vide : l'acétylacétonate de scandium distille seul. Cette méthode
nous a donné des nombres légèrement inférieurs à i pour 100 en oxydes
yttriques, mais manifestement trop élevés, car le résidu de la distillation
renfermait encore une très notable proportion de scandium résultant d'une
décomposition partielle de son acétylacétonate.
La deuxième méthode qui consiste à précipiter le scandium sous forme
de fluosilicate, alors que les terres yttriques restent en solution, nous a
donné le nombre o,3 pour 100 qui paraît être un peu faible.
(') Comptes rendus^ t. 171, 1920, p. 421.
(-) lYors/x. Geol. 7^f(i., juillet 1920.
(^) Zeits. fiir anorg. Chem.^ t. 67, 1910, p. 398.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l443
Nous n'avons pu observer jusqu'ici dans ces terres yttriqiies que la
présence de l'x ttrium, du néoytterbium et du lutécium.
L'alumine obtenue dans ces analyses révèle au spectrographe la présence
d'une trace de glucine.
iSous avons d'autre part observé, au cours des opérations, la présence de
traces très faibles de manganèse, d'étain, d'antimoine et de plomb. Une
tentative faite pour doser l'étain qui, de ces impuretés, nous a paru être la
principale, nous a donné le nombre o,o5 pour 100 qui ne saurait représenter
que l'ordre de grandeur.
Les difficultés cjue présentait cette analyse tiennent principalement à la
nature du minéral; la thortveitite de Madagascar n'est attaquée ni par
l'acide chlorhydrique, ni par l'acide azotique, ni par l'acide sulfurique.
Même à haute température, les bisulfates l'attaquent mal. L'acide fluo-
rhydric[ue et surtout le fluorure d'ammonium donnent des résultats un peu
meilleurs encore que l'attaque soit très lente.
Avec la soude fondue, la désagrégation est plus rapide; mais après la
reprise par l'eau, il est nécessaire d'attaquer le résidu une seconde fois. Une
troisième fois est parfois indispensable. Ces attaques successives nuisent
certainement à la précision des résultats. Nous n'avons pas cru devoir
donner plus d'un chiffre décimal, l'expérience nous ayant appris que la
deuxième décimale n'avait généralement aucune signification.
HYDROLOGIE. — Etudc (les caux des glaciers d' Argentière et des Bossons,
Note (*) de MM. d'Arsoxval, Bordas et Touplvix.
Les recherches les plus récentes de l'hydrogéologie ont montré que les
règles jusqu'ici admises touchant la constance de composition et la pureté
microbienne des eaux de sources étaient loin d'être aussi absolues qu'on le
supposait.
Les épidémies d'origine hydric|ue et les études bactériologiques des eaux
d'alimentation qui en furent la conséquence, démontrèrent que les sources,
de la craie en particulier pouvaient être contaminées par des eaux de ruis-
sellement et que dans de nombreux cas, des sources à débit important
n'étaient que des résurgences de ruisseaux ayant cheminé plus ou moins
longtemps dans le sous-sol sans avoir subi la moindre filtration.
(') Séance du 29 mai 1922.
l444 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ces faits ont été mis en lumière par les travaux de Martel, le Goupey de
la Forest, Dienert, etc. Depuis lors les hygiénistes ont une médiocre con-
fiance dans la pureté des eaux de sources; certains d'entre eux, et nous
sommes de ceux-là, considèrent qu'elles sont toutes contaminables.
Les recherches que nous poursuivons à l'Institut d'Hydrologie et de
Climatologie, en vue de réaliser des méthodes d'investigation permettant
de suivre et d'enregistrer les variations de la composition chimique des
sources hydrominérales, nous ont amenés à étudier les torrents issus des
glaciers et à les considérer comme de véritables sources.
Les observations de Faraday, de Tyndall, de Forbes, d'Agassiz, de
Dessor, de Dollfus, de Charles Martins et de Roland Bonaparte, permettent
d'expliquer le mécanisme de la formation des glaciers ainsi que les condi-
tions qui en amènent la lente progression vers les vallées inférieures.
Nous avons dirigé nos recherches sur les eaux des torrents issus des
glaciers des Bossons et d'Argentière; le premier, qui descend comme on
le sait, dans la vallée de Chamonix, est alimenté par les névés du mont Blanc,
du Dôme du Goûter, du mont Blanc du Tacul, du mont Maudit et de
l'Aiguille du Midi. Il possède un bassin d'alimentation bien homogène. Il
n'en est pas de même du glacier d'Argentière; ce dernier était autrefois
plus important qu'à l'heure actuelle, puisqu'il se joignait, sur sa rive droite,
au glacier du Tour et réunissait sur sa rive gauche deux glaciers latéraux
aujourd'hui disparus, et un troisième un peu indépendant, en quelque sorte
suspendu, celui de Lognan, qui laisse couler des eaux sur des prairies
alpestres avant de pénétrer sous la partie terminale du glacier d'x\rgen-
tière.
Les échantillons ont été recueillis directement à la sortie du glacier jjar une belle
journée chaude du mois de septembre 1921, à raison de deux pour chaque glacier et à
i5 minutes d'intervalle. Les eaux des deux glaciers avaient la même température de 4°-
Elles étaient louches et contenaient des substances solides en suspension dont la gros-
seur et la densité étaient diflférentes. Les unes gagnaient assez rapidement le fond du
vase; d'autres mettaient plusieurs jours pour s'y déposer; des particules plus fines
encore ne pouvaient en ètie séparées que par filtration, d'autres enfin restaient en
suspension indéfiniment à Fétat colloïdal.
L'examen microscopique, fait en lumière directe et en lumière polarisée, a permis
de caractériser le quartz, le feldspath et le mica.
L'ultramicroscope a révélé la présence de particules extrêmement fines de formes
irrégulières animées de mouvements browniens; certaines d'entre elles en traversant
le pinceau lumineux reflétaient vivement la lumière avec production d'anneaux irisés
dont la coloration variait suivant leur nature.
Les indices de réfraction à 17°, 5 et la cryoscopie n'ont pas permis de constater de
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l445
différences entre les échantillons prélevés au même glacier ni entre ceux provenant
des glaciers d'Argentière et des Bossons. 11 n'en a pas été de même pour la résisti-
vité. électrique.
Substances solubles Glacier d'Argentière. Glacier des Bossons.
ou — — ^ — -^ m^Êm- -* — — ^
à l'état colloïdal. 1. ';i. 1. 2.
Résistivilé électrique à 18°.
Sur liquide reposé ! 28.35o"'""^ 56.700°'""' 29. 565"'""^ 23.o85"'""'
Sur liquide fihré 20.272 5o.22o 28.35o 23.o85
Conductibitilé spécifique.
Sur liquide reposé 3,5xio~' 1,7x10"' 3,3x10"' 4)3xio~*
Sur liquide filtré 3,9x10"' 1,9X10"^ 3,5 X io~' 4)3 X 10'
Nous voyons par ce Tableau que la conductibilité spécifique peut accuser
une différence du simple au double entre deux échantillons prélevés au
même torrent et à un quart d'heure de distance. Les variations dans la
composition chimique peuvent s'expliquer par lafflux de quantités d'eau
plus ou moins pure.
Il suffit de se rappeler que les apports d'eau provenant soit de la fonte de
la neige ou des névés, soit de la partie superficielle du glacier peuvent par
des irruptions plus ou moins brusques dans le lit du torrent sous-glaciaire
augmenter ou diminuer la minéralisation de l'eau ; ces afflux subits
augmentent le débit du torrent en accroissant l'action mécanique exercée
sur les roches ou sur le sol.
L'analyse chimique nous a permis de différencier très nettement les eaux
du glacier des Bossons de celles d'Argentière.
Pour 100 ds matière minérale :
Argentière. Bossons.
Silice . . 77)^9 53,60
Oxyde de ter et alumine i4>49 39586
Chaux 2)93 4)07
Magnésie 0,18 2,89
Potasse 2 , 98 4 ) 80
Cet examen montre des écarts sensibles dans la minéralisation générale
des eaux, et l'on remarquera particulièrement la faible quantité de magnésie
contenue dans Téchantillon provenant d'Argentière comparativement
avec celui prélevé au glacier des Bossons ; ces premières observations, qui
seront poursuivies dans la suite, laissent entrevoir la possibilité de connaître
l446 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la nature géologique des terrains recouverts par des glaciers plus ou moins
importants, grâce à l'analyse physico-chimique des eaux des torrents qui
en sont issus.
On peut même prélever des échantillons d'eau à diverses altitudes dans
les crevasses profondes d'un glacier et connaître ainsi les variations de
composition du sol sur lequel il repose.
Enfin, une dernière conclusion s'impose, c'est que les torrents issus des
glaciers, véritables sources, comme nous l'avons dit, ont une composition
encore plus variable que les sources ordinaires. On a comparé avec juste
raison un glacier à une éponge qui exprime son eau soit par compression,
soit par circulation libre à travers ses crevasses et son lit ; d'autre part, le
sol dans lequel circulent les sources peut être également comparé à une
éponge, mais ici les phénomènes de compression n'existent pas et quant à
ceux dus à la gravité, ils sont, bien entendu, moins accentués. Toutes ces
raisons expliquent parfaitement les inégalités si marquées et si rapides
constatées dans les eaux de torrents glaciaires.
M. Daniel Berthelot fait hommage à l'Académie d'un Ouvrage qu'il
vient de publier sous le titre : La physique et la métaphysique des théories
(V Einstein.
M. le Pr^sidext fait hommage à l'Académie de deux mémoires pos-
thumes de M. J. BouLviN, ancien Correspondant pour la Section de Méca-
nique, intitulés : Tirage induit par trompe aspirante et A propos de V étude des
machines à vapeur parie diagramme entropique,
NOMIIVATIOIVS.
MM. A. Lacroix, Ch. Barrois, P. Termier, Em. Hacg sont délégués au
XTIP Congrès géologique international qui se tiendra à Bruxelles au mois
d'août prochain.
CORRESPONDANCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
Une brochure intitulée : Jules Carpentier (i85i-i82i) in memoriam.
SÉANCE DU 6 JUL\ 1922. 1/447
ASTRONOMIE T'IIYSIQUE. — Détermination du champ magnéli(]uc extérieur du
Soleil par la structure de la couronne du Soleil et les constantes des aurores
boréales. Note de M. Carl Stormer, présentée par M. Deslandres.
Dans une Note Su?^ la structure de la couronne du Soleil ( ' ), parue en 1 9 1 r ,
j'ai trouvé une relation entre le moment M du champ magnétique extérieur
du Soleil et le produit caractéristique H^ des corpuscules électriques causant
Taurore boréale. Ici
où m est la masse, e la charge en unités électromagnétiques et (» la vitesse
du corpuscule. H et p sont le champ magnétique et le rayon de courbure ;
le champ est supposé identique à celui d'une sphère magnétisée d'une
manière homogène, c'est-à-dire identique à celui d'un aimant élémentaire.
La relation trouvée
(l) 1^ = 3,02.10",
qui n'est qu'approximative, fut déduite en supposant que les corpuscules qui
causent l'aurore boréale sur la Terre sont les mêmes qui causent les rayons de la
couronne solaire extérieure . Enfin, la relation doit correspondre à la période
de Vacti^fité mijùmum du Soleil.
Depuis, j'ai réussi, par l'étude des matériaux recueillis dans mon expé-
dition d'aurore boréale à Bossekop en iQiS (^), à déterminer le produit
H.^ des corpuscules causant l'aurore.
En effet, les aurores boréales sont le mieux ^expliquées en les supposant
causées par des rayons cathodiques correspondant à la valeur
Hr = ~oo environ,
c'est-à-dire à une vitesse de l'ordre de 120000''™ par seconde, obtenue en
passant par une chute de potentiel de 40000 volts.
(*) Comptes rendus^ t. 152, 191 1, p. \^o.
(-) Geofysiske Publikationer^ Christiania^ vol. 1, n" 5, p. 219.
l448 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En substituant cette valeur dans la relation (i), on trouve
M=2.I02^
Comme, d'autre part, la force magnétique le long de l'axe et dans le plan
équatorial de l'aimant élémentaire sont respectivement, en gauss.
9, Al
M
et
r'
r'
OÙ r est la distance en centimètres à l'aimant; on en tire près de la surface
du Soleil, où r= 7.10'" cm, les valeurs respectives
1,2, lo"'' et 0,6. lo"',
c'est-à-dire des valeurs du même ordre que celles trouvées en 191 1 par
M. Deslandres par la méthode des vitesses radiales ( ').
On est ainsi arrivé, par deux méthodes ditTérentes, au même résultat
relatif au champ magnétique extérieur du Soleil.
Il semble que ce champ extérieur est essentiellement différent du champ
beaucoup plus fort découvert par M. Haie à l'aide de l'effet Zeeman et
situé plus profondément dans l'atmosphère solaire (^).
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Sur Ics actions électromagnétiques
dans un système isotrope. Note (') de M. Louis Roy, transmise
par M. E. Gosserat.
Les actions électromagnétiques qui s'exercent dans un système isotrope
ont été données autrefois par P. Duhem (^); mais, ainsi qu'il le
fait remarquer, son analyse suppose essentiellement que les courants soient
distincts des aimants, car elle fait intervenir dans des intégrales triples les
dérivées secondes par rapport aux coordonnées de l'inverse de la distance
d'une particule aimantée à un élément de courant. La présente ÏNote a pour
but d'établir que les formules données par P. Duhem subsistent dans le cas
général où les courants circulent dans la substance magnétique.
(^) Comptes, rendus, t. 152, 1911, p. 571.
C^) Comparer la Note de M. Deslandres dans les Comptes rendus^ t. lo7, igiS,
p. 517.
(') Séance du 29 mai 1922.
(*) P. Duhem, Les actions électrodynamiques et électromagnétiques {Annales de
la Faculté des Sciences de Toulouse^ i""" série, t. 8, 1894).
SÉANCE DU 6 JUIN I922. 1449
Soient, à l'instant t, (f, g-, h) le courant total en un point (.r, y, z) d'un
élément de volume â?GJ du système; (<ï>, W, il) le potentiel vecteur de Tai-
mantation du système au même point; — ? t' les constantes fondamentales
de TElectrodynaniique et des actions magnétiques; le travail élémentaire
des actions électromagnétiques relatif au déplacement virtuel o(x, y, z) de
chaque point du système est
^ /-y r\ j-f -^^ ^àox .j,ddy ^<?oz\ I ,
l'intégration s'étendant au système entier et le signe | | désignant une
somme de trois termes analogues à celui qui est écrit.
Soit (-i, aii), 3) rintensité d'aimantation au point (^, ■/], 'Ç) où se trouve
un élément de volume drs' du système; si l'on pose
rintégration s'étendant au système entier, avec /•- = |(; — •^)^|> ^^ ^
ây âz dz ôx '" ôx ôy '
d'où, pour la variation virtuelle de <I>,
Ô<I» =
-— o.r
OX
do' ^Xj ôo'dK
dv âz
les variations 0' étant relatives aux seules variations o(ç, r^, Z) des coor-
données de r/cj'. En transformant certaine intégrale triple en intégrale de
surface étendue à chaque surface S séparative de deux corps contigus i et 2,
en désignant par a,, [i,, Yi ; «25 r*^? 7^ les cosinus directeurs des normales
à S intérieures à chacun des deux corps et en remarquant que o'(4^, Oit, 3^)
sont des fonctions de x, y, z continues dans tout l'espace, on a ainsi
(3) J/o^a)|^^=y*|/(^oa.4-^ôj + ^ô.)|.te + 0,
en posant
(4) 0 =f\ (3,/i + 3,/,) ô'Ob - (y,/, -X- y,f,)è'0\1\dS
f
ôy dz I
Or, on ne changera évidemment pas la nature des forces électroma-
gnétiques en considérant, avec P. Duhem, une modification virtuelle
i45o
ACADÉMIE DES SCIENCES.
OÙ chaque particule dm' se déplace à la façon d'un solide, auquel le
vecteur (ai, ii",, 2) soit invariablement lié; dans une telle modification,
on a
ô' d-u5' = o
et
ô' Jlo = S o' — iIÎj w'', ô' \)1> = d\> (xi" — S Cl), 0' B =z ijl) fjo — oiU cù'.
(co, co', co") étant la rotation moyenne correspondante de la particule rfe';
d'où, d'après (2),
(5) o L^ / \ ^ ^-^
ai
drn' ,
variations qui ne dépendent de x, y, z que par l'intermédiaire de r. Si
donc on considère les fonctions 'i*, ^, A de ^, "/], '(, t définies par trois
égalités telles que
V/2 J \(^J ^^/ /■ "^ ^/â J
(3, //j + S./i,— 7, A', — y.A'î
2^r/S,
qui deviennent par une transformation évidente
f(£, rj, C, 0=---
l'expression (4) devient, d'après (5),
(6)
I— /
^'
c>œ 0^ dA . ..
o; dç ai '
cIth'
et l'égalité (i), d'après (3) et (6) et après une intégration par parties,
k,r=
^ v/^' f{\Ac^-i\\^ o>, I + 1 /, «, II 0) ôx, I ) ds
'IL
dw
ai
dA
di
(DWii — e3)&^
dx^',
les deux intégrales triples s'étendant au système entier. Nous retrouvons
ainsi l'expression donnée par P. Duhem, mais affranchie des restrictions
qu'elle supposait. Les forces électromagnétiques s'en déduisent immédia-
tement : par exemple, les composantes de la force par unité de volume due
aux courants et appliquée en un point du milieu aimanté sont les coefficients
de S(î, ri, 'C).
SÉANCE DU 6 JUIX 1922. l45l
PHYSIQUE. — Sur un nouveau rayonnement et son application à f étude
de r ultraviolet de Millikan et de Lyman. Note de M. G. Reboul, présentée
par M. E. Bouty.
Un corps peu conducteur de Télectricité, parcouru par un courant dans
des conditions convenables; impressionne une plaque photographique.
Les particularités de cette impression amènent à supposer que le corps,
quand un courant le traverse, est le siège démission d'un rayonnement très
absorbable. J'ai indiqué précédemment (*) les expériences mettant hors de
doute l'existence de ce rayonnement et permettant de déterminer les lon-
gueurs d'onde des radiations qui le forment.
I. Les coefficients d'absorption du rayonnement par l'air ou par diverses
substances se déterminent facilement en opérant comme il a été indiqué
précédemment.
En prenant le centimètre pour unité de longueur, on trouve pour les
coefficients d'absorption par Tair des valeurs variant, suivant les conditions
expérimentales, entre 12 et 17. La comparaison de ces résultats avec ceux
qu'a donnés M. Hohveck amènerait à attribuer aux radiations, qui corres-
pondent à ces coefficients d'absorption, des longueurs d'onde variant
de 40 à 5o Angstroms.
Malheureusement, les résultats publiés par M. Hohveck (') ne donnent
qu'une partie de la courbe qui lie les variations du coefficient d'absorption à
la longueur d'onde -, or l'expérience montre que, dans la région des rayons X
mous, ce coefficient augmente avec la longueur d'onde, au contraire dans
l'ultraviolet extrême, il diminue à mesure que la longueur d'onde croît; la
courbe de variation présente donc une branche ascendante dans la région
des rayons X mous, puis une branche descendante quand on se rapproche
de l'ultraviolet de Schumann. Il s'ensuit qu'à une valeur du coefficient
d'absorption correspondent au moins deux valeurs de la longueur d'onde,
l'une dans la région des rayons X, l'autre dans l'ultraviolet de Lyman ou
dé Millikan.
M. Hohveck a donné pour l'absorption par le celluloïd des résultats plus
complets, la courbe, liant les coefficients d'absorption par cette substance
à la longueur d'onde, s'étend des rayons X à l'ultraviolet de Schumann, elle
(') G. Keboul, Comptes rendus, t. 173, iç^n , p. 1162.
(-) F. HoLWECK, Thèse de doctorat, Paris, igji.
l452 ACADÉMIE DES SCIENCES.
présente un maximum dans le voisinage de 35o Angstrôms. Il était donc
possible, en déterminant les coefficients d'absorption par le celluloïd du
rayonnement étudié, de faire disparaître toute ambiguïté.
Les pellicules avec lesquelles on a opéré ont été préparées comme Ta déjà
indiqué M. Holweck; la détermination du coefficient d'absorption est
facile, l'expérience donne des valeurs voisines de 1,75. 10', ces valeurs sont
très rapprochées de la valeur maxima que M. Holweck a trouvée pour les
radiations de longueur d'onde voisine de 35o Angslrôms. Les radiations
qui forment le rayonnement étudié appartiendraient donc à l'ultraviolet de
Millikan et auraient des longueurs d'onde voisines de 3oo à 35o Angstrôms.
IL La facilité avec laquelle on obtient ces radiations permet d'en déter-
miner aisément les propriétés principales.
Leur principal caractère est leur grande facilité d'absorption par toute
substance. Leur coefficient d'absorption par l'air est voisin de i5; pour le
celluloïd, il se rapproche de 1,7. io\ Les autres substances essayées ont
été l'alun, le sel gemme, le spath, le gypse, le mica, le quarlz et la fluorine.
Cette dernière, seule, se laisse traverser de manière appréciable par le
rayonnement et permet de déterminer la valeur du coefficient d'absorption,
on le trouve égal à io5. Malheureusement, il est difficile d'obtenir la plu-
part de ces substances en lames suffisamment minces : une lame de quartz
de o'""^ I ne laisse pratiquement rien passer; étant donnée la sensibilité des
appareils employés, on peut en déduire que le coefficient d'absorption par
cette substance n'est pas inférieur à lo^ Pour le mica que l'on veut avoir
en lames très minces, ce coefficient d'absorption est certainement supérieur
à io\
Nous avons déjà indiqué que la plaque photographique est impressionnée
par ces radiations ; en employant des cellules comme celles qui ont été pré-
cédemment décrites, l'action sur la plaque se fait sentir après quelques
minutes de pose, on peut même obtenir, au bout de quelques heures de
pose, le noircissement d'une substance aussi peu sensible que le papier au
citrate d'argent. Dans le voisinage d'une cellule en fonctionnement, il y a
une assez forte odeur d'ozone; des métaux fraîchement polis, comme le
cuivre ou le laiton, noircissent au bout d'un certain temps d'exposition,
probablement par suite d'une oxydation superficielle. 11 semble également
y avoir une légère action sur les tissus organiques.
L'étude de la forme des courbes que l'on obtient pour le courant de satu-
ration correspondant à ce rayonnement montre qu'en même temps qu'ioni-
sation du gaz traversé parle rayonnement, il doit y avoir production d'effet
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l453
photo-électrique ou de rayonnement secondaire par les parties métalliques
atteintes par ces radiations.
Enfin on constate que, dans des conditions convenables, ces radiations
sont susceptibles de produire des actions analogues à la coliération, quand
elles tombent sur des électrodes très rapprochées l'une de l'autre.
III. Les résultats qui précèdent ont été obtenus avec des cellules à
rayonnement constituées comme il a été indiqué dans la Note citée plus
haut; en opérant avec le même appareil, mais dans des conditions exj)éri-
mentales différentes, nous avons pu obtenir des radiations moins absor-
bables que les précédentes et qui se placeraient dans la partie de l'ultraviolet
étudiée par Lyman.
PHYSIQUE. — Thermostats à enceintes multiples.
Note de M. A. Tian, présentée par M. G. Urbain.
Au cours d'expériences sur l'hydrolyse lente des sels ('), ayant dû
maintenir constante pendant longtemps la température de solutions salines,
j'ai été amené à perfectionner la construction habituelle des thermostats.
J'ai cherché à éviter l'agitation continue indispensable dans les appareils
actuels; en outre, j'ai étudié d'une manière générale le réglage des ther-
mostats en vue de leur donner une disposition plus rationnelle. Je vajs seu-
lement décrire ici succinctement le nouveau type de thermostat auquel j'ai
été conduit et en donner les principales propriétés (-).
Dans les thermostats à enceintes multiples la température n'est pas systé-
matiquement répartie d'une manière uniforme, mais au contraire on cherche
seulement à réaliser l'équilibre thermique dans chacune des enceintes con-
centriques, isolées les unes des autres, qui les composent. En outre, ces
appareils ne nécessitent aucune agitation.
L'enceinte centrale est constituée par un vase de cuivre fermé contenant
le bain thermostatique, et isolé sur toute sa surface extérieure par une
couche de feutre. Ce vase est placé dans une ou plusieurs boîtes également
en cuivre, fermées et isolées entre elles de la même manière. La boîte exté-
rieure reçoit le chauffage et dissipe la chaleur; c'est avec elle que le thermo-
régulateur est en relation calorifique aussi bonne que possible, ce qui con-
(') Journal de Chimie physique, .1. 19, 1921, p. 190; Comptes rendus, t. 172.
1921, P- 1179-
(') Un exposé étendu de mes recherches sur la Thermo>-tatique sera publié dans un
autre Recueil.
l454 ACADÉMIE DES SCIENCES.
duit à immerger ce dernier dans un bain de mercure auxiliaire, lui-même
en contact calorifique excellent avec la boîte extérieure ('). Il est très utile,
comme j'aurai l'occasion de le montrer ailleurs, de disposer un deuxième
bain de mercure identique au premier et symétriquement placé, destiné à
recevoir un thermomètre dont la constante de refroidissement est la même
que celle du régulateur, afin de permettre la détermination correcte de la
température de réglage, la mesure de la sensibilité propre du régulateur et de
\di sensibilité apparente du réglage et enfin, s'il y a lieu, la correction ther-
mostatique.
Le volume du bain doit être assez grand pour que le dégagement de cha-
leur qui peut résulter d'une réaction chimique ne détermine pas une éléva-
tion sensible de la température du bain. En Chimie, les expériences qui
exigent la plus grande précision dans la constance de la température sont
celles relatives aux mesures de vitesses de réaction : pour ces mesures, une
précision de o°,oi est parfois nécessaire. Afin de rester dans cette limite, on
serait amené à adopter pour des réactions très exothermiques et rapides (la
chaleur ne pouvant alors se diffuser hors du bain) des volumes qui
pourraient paraître excessifs : par exemple loo à 200 fois le volume du
système en expérience. En fait, les mesures précises de dynamique ne
s'effectuent que sur des réactions relativement lentes, ayant presque tou-
jours une faible thermicité. Enfin les procédés physiques si souvent
employés pour suivre l'évolution d'un système ne nécessitent qu'une
masse très petite, tout à fait négligeable si le bain comporte un à deux
litres d'eau. L'emploi d'un thermostat à enceintes multiples ne semble donc
présenter en aucun cas de véritable difficulté.
Une expérience devant être réalisée à une température à peu près déter-
minée T, on opérera comme suit pour obtenir rapidement cette tempé-
rature (en chauffant le bain avec une source extérieure, par exemple) avec
une précision comparable à celle que l'on obtiendra ultérieurement dans la
constance de la température : après un chauffage préalable à une tempéra-
ture T' aussi voisine que possible de T, on modifiera le régulateur pour
qu'il maintienne la température à la valeur T' : l'équilibre thermique défi-
nitif sera ainsi obtenu en quelques minutes. La modification exercée sur le
régulateur consistera par exemple à soulever progressivement le fil de
platine qui établit le contact électrique avec le mercure, en suivant la varia-
(') Les tubes de fer contenant les deux bains de mercure sont soudés sur toute
leur longueur à deux génératrices opposées du cylindre constituant la boîte extérieure.
SÉANCE DU 6 JLIN 1922. l455
lion de la température de réglage sur le thermomètre dans le second bain
auxiliaire do mercure.
Les principales propriétés de ces thermostats sont les suivantes :
i« V amortissement des oscillations thermiques dues au jeu du régulateur
est pratiquement complet. Ainsi, dans un thermostat à trois enceintes,
l'amplitude des oscillations était réduite à moins du millième de sa valeur,
de sorte qu'avec un régulateur donnant dans l'enceinte />77/??«?>e des varia-
tions atteignant quelques dixièmes de degré, les fluctuations du tertiaire,
inférieures à o°,ooi, étaient insensibles.
oo On réalise sans difficulté, même avec des écarts de plusieurs dizaines
de degrés sur la température ambiante, Vuniformité thermique du bain ther-
mostatique. La variation de température avec le niveau a été de quelques
millièmes de degré dans un thermostat à deux enceintes, et, dans un autre
à trois enceintes, n a pu être décelée. Toutefois le liquide du bain ne doit
pas être volatil à la température utilisée, ou il faut éviter soigneusement la
diffusion de sa vapeur, car toute évaporation créerait une cause permanente
de déséquilibre thermique.
30 La température thermostatique est à très peu près indépendante de la
température ambiante; le bain est en effet soustrait à tout échange direct de
chaleur avec l'extérieur (;). Sans doute le thermostat ne sera fidèle que si
le régulateur l'est lui-même, mais toute cause d'altération de la tempéra-
ture thermostatique, étrangère au thermostat, est pratiquement éliminée.
4« Grâce aux très bonnes relations thermiques entre le régulateur et la
partie externe qui supporte le chauffage et le refroidissement, grâce à la
faible capacité calorifique de cette enceinte, la sensibilité du réglage est peu
inférieure à la sensibilité propre du régulateur. On obtient ainsi très facile-
ment avec des régulateurs relativement peu sensibles une constance remar-
quable de la température: ainsi la fixité à o^OI qui suffit pour les expé-
riences les plus précises de Chimie, s'obtient avec un régulateur comportant
quelques centimètres cubes de mercure et une tige à peine capillaire.
5° Enfin, comme on se l'était proposé, l'emploi de ces thermostats évite
toute agitation permanente.
Je dois ajouter encore que la construction des thermostats à deux ou trois
enceintes, qui paraissent suffisants au moins pour les expériences de Chimie,
ne présente aucune difficulté.
(') Il est d'ailleurs possible de faire une correction thermostatique, ainsi qu'
sera indiqué ailleurs, pour supprimer complètement l'influence de la températm
u'il
e
ambiante.
l456 ACADÉMIE DES SCIENCES.
SPECTROSCOPIE. — Sur les spectres d' étincelles dans V eau.
Note de MM. Léon et Eugène Bloch, présentée par M. M. Brillouin.
Les spectres d'étincelles métalliques en milieu liquide ont été examinés
sommairement par Wilsing, Haie, Lockyer, et d'une façon plus détaillée
par Konen et Finger. Nous avons repris cette étude d'une façon systéma-
tique pour les métaux suivants : zinc, cadmium, mercure ('), calcium,
magnésium, aluminium, thallium, cuivre, argent, fer, élain, plomb, anti-
moine et bismuth (-). Nos observations ont porté sur la région 5ooo-
2200 A. Elles ont toutes été faites dans les mêmes conditions de réglage
optique et de régime électrique. L'étincelle est oscillante, la fréqueïice
mesurée est voisine de 570000.
Nos observations concordent avec celles de nos prédécesseurs sur un cer-
tain nombre de points, elles les corrigent ou les complètent sur beaucoup
d'autres. Voici le résumé des conclusions auxquelles nous arrivons :
!*• Le spectre continu intense qui accompagne la production des étincelles
dans l'eau, et qui semble à peu près indépendant du métal employé,
s'atténue et disparaît quand la fréquence diminue progressivement. Ce
spectre paraît dû à l'hydrogène et prend naissance dans le trait de feu
central.
2° Les raies métalliques se classent très nettement en deux catégories :
les raies noires ou raies d'émission et les raies renversées ou raies d'absorp-
tion. Les raies noires, qui présentent les phénomènes connus d'élargisce-
ment vers le rouge (effet Stark), prennent elles aussi naissance dans la
partie centrale de l'étincelle. Les raies renversées sont dues à l'absorption
du spectre continu par la couche de vapeur enveloppant l'étincelle.
3° L'augmentation de la self, en même temps qu'elle fait disparaître le
spectre continu, fait apparaître en émission les raies qui étaient d'abord
renversées.
4° En règle générale, lés raies d'émission sont toujours des raies d'étin-
celle, les raies renversées sont toujours des raies d'arc, et, à cet égard, les
spectres d'étincelles sous l'eau fournissent un critérium précis et commode.
Exceptionnellement, certaines raies d'étincelle très intenses (Ca, Mg)
(') Sous forme d'amalgame de cadmium.
(^) Ces deux mélaux n'ont pas été examinés par nos prédécesseurs.
SÉANCE DU 6 JUL\ 1922. 14^7
peuvent apparaître partiellement renversées ou certaines raies d'arc
(Zn, Hg) sont à la fois renversées et émises.
5° Il apparaît dans Tétincelle sous leau des raies d'arc (renversées) qui
n'existent pas (ou existent très faiblement) dans l'étincelle à l'air. Le
spectre d'étincelle sous l'eau du fer, par exemple, donne par ses raies ren-
versées le « négatif » du spectre d'arc ordinaire du fer.
6° Le spectre d'étincelle sous l'eau présente avec une netteté et une
intensité exceptionnelle parmi ses raies renversées les raies caractéristiques
du spectre de flamme (de Watteville). Ce sont les raies iS-ijOj ^^ zinc, du
cadmium et du mercure (aSo-ô, 8261, 2536), les raies iS-iP du calcium
et du magnésium (X4227, 2832), etc. D'une façon générale il y a une
analogie complète entre les spectres de raies renversées de l'étincelle sous
l'eau et les spectres de flammes étudiés par M. de ^^ atteville.
La photographie des étincelles métalliques sous l'eau, par la séparation
qu'elle fait automatiquement entre les raies d'arc et les raies d'étincelle, et
par les différences d'aspect qu'elle donne entre les raies, paraît un moyen
assez puissant de recherche des régularités spectrales.
Nous l'avons mise à profit pour isoler dans le spectre d'étincelle del'étain,
quatre doublets à différence de fréquence constante :
A. Av. >.. Av. A. Av. \. Av.
3487,3 ^ , 0/ 3352,47 ^ „ ,. 2488,0 . , „. 1979-8 a '
^, ' 624.84 ^ 00^ 620.40 7, 624,86 ^:r r- 624,90
3412,9 ^ - 3283,60 ^ 2449,9 1900,6 ^
et pour caractériser dans le spectre d'arc du cuivre diverses raies de combi-
naison nouvelles. C'est ainsi qu'on a entre les fréquences a et ^ des
raies 2618,45 et 5io5,75 la relation a — p = iû, — 2-,.
ÉLECTRICITÉ. — Amortissement des oscillations des résonateurs de T. S. F.
Note de M. de Bellescize (-) (résumé par M. Maurice Leblanc).
Les appareils récepteurs de T. S. F. comportant une antenne associée à
un amplificateur à résonance donnent souvent naissance à des phénomènes
complexes.
M. de Bellescize en a recherché les causes et a remis à ce sujet deux plis
cachetés à l'Académie des Sciences; il s'était proposé d'étudier ce qui se
( ' ) Voir pour les notations A. Fowler, Report on Séries in Line speclra, p. 1 1 1 .
{"-) Plis cachetés n°* 8851 du 21 mars 1921 et 8923 du 10 octobre 1921.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 2.3) Io5
1458 ACADÉMIE DES SCIENCES.
passe lorsque l'antenne est soumise, soit à une onde d'amplitude et de fré-
quence constante, soit à une onde parasite et apériodique.
Dans une nouvelle Note, résumant les précédentes, il déclare que l'expé-
rience a justifié ses prévisions dans le premier cas, mais non complètement
dans le second.
Considérons un amplificateur comportant n étages de résonance, l'an-
tenne tenant lieu du premier étage. L'étage de rang p est un circuit fermé
comprenant une self-induction L,,, une capacité C^, une résistance R^.
Soit (Mj,— -—== sa pulsation propre, o^, son décrément logarithmique,
(), la différence de potentiel totale aux bornes de C^.
Ces étages spnt reliés par des lampes à trois électrodes.
L'antenne est supposée soumise, d'une pari à la force électromotrice
Esinw^ des ondes hertziennes, d'autre part à une force électromotrice de
réaction due à Finduction du courant de plaque de la /i"'"" lampe; de telles
léacliojis peuvent être voulues, mais, la plupart du temps, elle existent sans
qu'il soit possible de les éviter.
ç», = Vsin(co^ + o) désignant la différence de potentiel exercée par
l'antenne sur la première lampe, la force électromotrice de réaction peut
être représentée par KVsin(coi-4- 9 + •];), tout au moins tant que les
lampes travaillent dans la partie droite de leur caractéristique.
On a donc l'équation
dont la solution graphique conduit à l'expression
E
Y =
v/
— ) — K cos'J>
0 , (j\
r. oj,
K si ni;
Lorsque la condition i — (~\ == \<^ cos'h sera remplie, il y aura réso-
nance, la réactance de l'antenne étant annulée par la composante déwaltée
de la réaction; il faut aussi faire en sorte que le terme- — — Ksini; ait
une valeur faible mais positive.
La différence de phase 'h est la somme de deux termes 'h,„ et ^ (i/>); le
2 il II
premier ];,„ représente le déphasage généralement voisin de =b -, qui existe-
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l4^9
rait si tous les résonateurs étaient accordés sur ronde à recevoir; le second
est la somme des déphasages dus aux désaccords dos circuits successifs, et
l'on a
'xi
I
tangc„ =
De même, le rapport K est le produit . "' .— de deux
termes; l'un K,„, valeur de ce rapport si tous les circuits ('talent accordés;
l'autre, affaiblissements dus aux désaccords.
Le fonctionnement du récepteur peut être étudié graphiquement comme
suit : Représentons le potentiel v, en grandeur et phase par un vecteur Ov^
que nous prendrons comme origine, et la fonction K par un autre vecteur
K de phase 'l. Lorsque le rapport — varie, le lieu des extrémités du vec-
teur K est la courbe a; si l'on faisait varier l'importance de la force électro-
motrice de réaction, c'est-à-dire K,„, le lieu décrit serait une autre courbe
a, 7.0 . . . homothétique de a par rapport au point O.
Considérons maintenant un nouveau vecteur numériquement égal à
I —
et faisant avec le vecteur 07, un angle -h; le lieu de son extrémité sera la
courbe ,3, et il y aura résonance pour les points où la courbe |5 rencontrera
l'une des courbes a.
Traçons la droite xx parallèle au vecteur Oc, et distante de lui d'une
longueur -^- ■
Eii un point de fonctionnement B, le décrément total tt^^ — K sin'^j du
premier résonateur est obtenu en multipliant par - la ^aleur numérique Bû
de la distance du point B à la droite xx.
Le graphique renseigne sur Timportance à donner à la réaction ainsi que
sur les désaccords à créer entre la pulsation du signal et celle des divers
résonateurs, pour que la réception soit assurée dans de bonnes conditions.
Les points d'intersection des courbes a et ^ déterminent aussi les pulsa-
tions pour lesquelles la différence de potentiel composante {y,), due à la
réaction est en phase avec la différence de potentiel totale <^,. Cette condition
l46o ACADÉMIE DES SCIENCES.
caractérisant un élat d'équilibre, les pulsations propres au récepteur
doivent correspondre à un ou plusieurs points d'intersection BaB'^... du
graphique.
l,ol-
D'où les conclusions suivantes que rexpérieiice vérifie :
Si Tun des points B se trouve au-dessus de la droite xx, l'appareil donne
naissance à des oscillations enl retenues.
Lorsqu'une perturbation est assez énergique pour saturer une ou plusieurs
lampes de l'amplificateur, le rapport K diminue : l'oscillation libre s'éteint
avec un amortissement élevé et sa fréquence est différente de celle du signal.
CHIMIE MINÉRALE. — Sur les numelles propriétés du sulfate vert de chrome.
Note de M. A. Recoura, présentée par M. A. Haller.
J'ai établi autrefois que le sulfate vert de chrome, que j'ai obtenu par la
déshydratation partielle du sulfate violet solide par la chaleur, est un com-
plexe, qui a, en outre, la propriété de s'unir avec les sulfates métalliques,
en donnant de nouveaux complexes, les chromosulfates, dans lesquels
l'acide sulfurique du sulfate métallique est également dissimulé, une molé-
cule de sulfate vert pouvant dissimuler trois molécules de sulfate. Depuis
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l46l
mes recherches, Colson (' ) a établi que le sulfate vert, immédiatement après
sa dissolution dans l'eau, y existe sous une forme condensée [Cr^3S0']^,
qui, à la température de 0°, se dépolymérise lentement, de sorte qu'au bout
de 24 heures environ, la dissolution renferme la molécule simple Cr-3S0*,
qui est toujours le complexe vert. Ce n'est qu'ultérieurement qu'appa-
raissent les ions SO^ décelables.
Ce sont certaines propriétés de celte forme condensée, passagère, du
sulfate vert que je me propose d'étudier dans cette Note. Je vais montrer
que, sous cette forme, le sulfate vert poss<''de vis-à-vis des sulfates métal-
liques un pouvoir dissimulateur presque illimité et, qu'alors que sous sa
forme simple une molécule de sulfate vert ne peut dissimuler que trois
molécules de sulfate métallique, sous sa forme condensée^ une molécule de
suljate vert peut dissimuler des centaines de niolécules de sulfate.
Mais ces énormes complexes formés par l'union d'une molécule de sul-
fate vert avec un grand nombre de molécules de sulfate métallique sont,
bien entendu, très fragiles et, pour pouvoir constater leur existence, il faut
se placer dans des conditions que je préciserai plus loin, en étudiant les
divers facteurs qui influent sur leur stabilité. Toutefois, je dirai dès main-
tenant que, comme cela a été reconnu déjà, pour bien d'autres complexes
imparfaits, c'est à o'* et en liqueur acide qu'il convient de les étudier.
Toutes les expériences que je vais décrire ont ('-té faites en prenant comme
dissolvant une liqueur décinorraale d'acide azotique et comme sulfate
métallique opposé au sulfate vert le sulfate de potassium. Comme réactif
des ions SO'*, j'ai employé, suivant les circonstances, tantôt la benzidine,
tantôt le chlorure de baryum. Comme l'ont signalé MM. Kling et Flo-
rentin, quand il s'agit de doser les ions SO* précipitables, la benzidine
donne des résultats plus corrects. Mais quand il s'agit de constater l'absence
totale de précipité, le chlorure de baryum est plus sûr, parce que, dans les
liqueurs acides comme celles que j'ai employées, le sulfate de benzidine est
sensiblement soluble et peut donner des solutions sursaturées^ de sorte que
l'on ne peut pas conclure avec sûreté d'une absence de précipité. Quoi qu'il
en soit et quel que fût le réactif employé, pour chaque expérience, jai
toujours déterminé, par une mesure spéciale, la correction à ellectuer du
fait de la solubilité du sulfate (ie benzidine ou du sulfate de baryum, dans
les conditions de lexpérience.
Je vais d'aboid établir le fait fondamental, qui est l'influence de Télat de
(1) Ann. Chiin. et Phvs., S" série, t. \'2.
l462 ACADÉMIE DES SCIENCES.
polymérisation du sulfate vert (c'esL-à-dire Tage de la dissolution) sur son
pouvoir dissimulateur. Je vais décrire, à titre d'exemple du mode opéra-
toire employé, une des nombreuses expériences que j'ai faites..
Je fais une dissolution titrée de sulfate Vert, que je conserve à o°. Je réalise aus-
sitôt le mélange : i'^"' sulfate vert + i4o"°^ SO^K- + 1/40™°' benzldine, de façon que la
solution finale soit vt^ normale en — et décinormale en acide azotique. Je con-
serve ce mélange pendant une demi-heure en agitant énergiquement de temps en
temps, puis je dose le sulfate de benzidine précipité. Je répète ensuite celte expérience
à plusieurs reprises en employant la même dissolution de sulfate vert, d'âge croissant.
Voici les résultats obtenus dans cette série d'expériences :
Age Nombre
de la dissolution de sulfate vert de molécules SO' K-
ajoutée ~ dissimulées
an sulfate de potassium. par l"'"^ de sulfate vert.
mol
o heure^ 68
9. heures 4 '
5 » 27
8 » , 19
24 » 9
3 jours G
Ces expériences établissent d^une façon indiscutable l'influence du degré
de polymérisation du sulfate vert sur ses propriétés dissimulatrices,
puisque, pendant les premières 24 heures, le sulfate vert, d'après les
mesures de Colson, s'est dépolymérisé, sans cesser d'être complexe.
Je vais maintenant indiquer les circonstances qui influent sur la stabilité
de ces complexes. Un premier facteur qui intervient, c'est l'acidité de la
liqueur, qui s'oppose à l'hydrolyse. C'est ainsi que, tandis que' dans l'expé-
rience <{ue j'ai décrite, qui était réalisée en liqueur acide décinormale,
jmoi jg sulfate vert dissimulait 68"^°', dans une expérience analogue faite
dans l'eau pure, j'ai trouvé que, dans les circonstances les plus favorables,
jmoi ^Q sulfate vert condensé ne dissimule que G™"'.
Mais le facteur qui a la plus grande influence sur la fragilité du complexe,
c'est la concentration de la dissolution. Plus la dissolution est concentrée,
moins les réactifs respectent l'existence du complexe. C'est ainsi que,
tandis que dans une dissolution ^ normale en i™**^ de sulfate vert
dissimule 68"*'' SO^K^, dans une dissolution -^ normale elle n'en dissi-
mule que 18™°' et, dans une dissolution -^ normale, 7"'°' seulement.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l463
Pour les dissolutions de SO'Iv- plus étendues que -^ normales, je n'ai
pu employer la benzidine comme réactif, en raison de la solubilité trop
g^rande du sulfate de benzidine. J'ai employé le chlorure de baryum ; mais
alors, pour les raisons déjà indiquées, au lieu de doser la proportion de
SO'K- précipité par le réactif dans un mélange de sulfate vert et de SO'K^
en excès, j'ai cherché à réaliser des mélanges ne précipitant pas du tout par
le chlorure de baryum. J'ai pu ainsi constater que la résistance du complexe
croît très rapidement avec la dilution dans des proportions énormes. ^ oici
par exemple une expérience frappante. A une dissolution t-^ normale de
on ajoute la quantité minuscule de sulfate vert récent nécessaire pour
réaliser le mélange : Une molécule sulfate vert -4- deux mille quatre cents molé-
cules SO^K-, puis on y verse la quantité équivalente d'une solution r^ nor-
male de chlorure de baryum et Ton abandonne la liqueur à o". Au bout de
5 heures, il n'y a encore aucun précipité, alors que, si l'on fait la même
expérience en employant du sulfate vert âgé de trois jours, on constate
qu'au bout de 5 heures la totalilé de SO^K- a été précipitée (compte tenu
de la solubilité du sulfate de baryum).
Tous ces faits établissent qu'il y a une profonde différence entre les pro-
priétés du complexe vert condensé [Cr^3S0^J- et celles du complexe
simple. Malheureusement, en raison de la teneur élevée des liqueurs en
acide étranger, il n'est pas possible de les soumettre à des mesures
physiques.
CHIMIE MINÉRALE. — Sur la vitesse d' absorption de Vacide carbonique par
les solutions alcalines. Note de M. Paul Riou, présentée par M. H. Le
Chatelier.
Avant d'aborder l'étude de l'absorption de l'acide carbonique par les
solutions ammoniacales, j'ai cru qu'il serait intéressant de déterminer la
vitesse d'absorption de l'acide carbonique par les solutions de carbonate
neutre de potassium. Cette étude, étant donnée Tallure générale du phéno-
mène, permet de préciser certaines parties de la courbe, qui n'avaient pu
être déterminées pour le carbonate neutre de sodium.
J'ai étudié les mêmes facteurs que dans le travail précédent (*), Ce sont :
la concentration en carbonate neutre de potassium, en bicarbonate et en
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 1017.
l464 ACADÉMIE DES SCIENCES.
chlorure de potassium, la température et la concentration en acide carbo-
nique.
Les concentrations en carbonate neutre de potassium et en sels étrangers
:>
r
^\^^\-^
3^
V \
1 \
2^
\
H-
^-^.
\
0 cf.6 \l%
Qo^R^
c3?-?
0 Ç^ QORH
0 \0-
5a C^/Ç
iMt
sont exprimées en centièmes de molécule-gramme dans loo^ d'eau. Les
vitesses V sont données en centimètres cubes de gaz carbonique absorbés en
I seconde par centimètre carré de surface absorbante. Les variations de la
vitesse avec la concentration sont données dans le Tableau suivant :
C03 K=
.5,6.
C.O' K=
5,6.
CO- K^
\ X 10''.
CO'K-.
\ y W\
CO^KH.
Vx 10''.
KCl.
VxlO^
o,47
24,60
i4,i
36,59
2,3
25, 00
6,9
40,54
o,94
36, 5q
18,8
32, 4o
4,7
19,73
i3,8
38,46
2,8
42,85
22,6
27,80
7.1
10,37
20,7
35,71
5,6
42,85
28,1
22,39
9,4
i4,56
9,4
40,54
37^7
i5,37
SÉANCE DU 6 JUIN 1922.
Le deuxième Tableau montre l'influence de la température.
CO^K' 5.6.
(l.'iT.
Tt'inpératurc.
o
i5 24 .60
3 1 , 25
■iO.
3o.
4o.
5o.
60.
.J7.(38
78,9^
88,23
Co'K-
â,6.
42, «0
55 , 55
88,23
1 20 .00
18-, 5o
25o,oo
18,8.
32 ,3o
39>47
57,68
88,23
i36,36
I 87 . 5o
Ct >' w-
37.7.
i5,37
20 , 00
3o,oo
46,87
71 .l\2
100, 78
CO^KH
2.. 38.
2D , 00
3o,6i
46,87
68,18
100.00
i5o,oo
CO'KH
7.1.
15,37
20,54
3o.6i
42,85
67,18
89.23
COMvH
7.1.
F<Cl
10..3.
19.23
28,30
4i,66
60 . 00
83,33
iZi65
GO'K'
0.94.
CO'KH
7.1.
KCI
10,3.
6, 12
12,93
18,75
27 ,27
38,66
^^ TEMPÉRATURES '^^
^'5' 60
Fis. 2.
l466 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le dernier Tableau montre l'influence de la dilution de Tacide carbo-
nique par l'air.
co- p. lUO.. 100. 78. 64. 4-5. 18. .3. 11.6. 6,3.
2o° 55, 5o 4''^.3o 35, 6o 25 io,oo 4^50 1,90
4o° 125,00 109.00 81,60 52 19^00 11,00 4)7o
Il y a proportionnalité à peu près rigoureuse entre la vitesse d'absorption
et la concentration de l'acide carbonique.
CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la préparQ,twn de l azotate (T ammoniaque.
Note de M''*' WuriMser, présentée par M. H^nry Le (^batelier.
M. Rengade a essayé de préparer pratiquement l'azotate d'ammoniaque
en utilisant la double décomposition (^)
,\H*C1 + NO'Na = NO^'NIP -H Cl Na.
En partant des données expérimentales publiées par ce savant, M. H. Le
Chatelier(^) a représenté sur un diagramme carré les états d'équilibre entre
la solution des quatre sels et les sels solides k i6°.
Avec l'assentiment de M. Rengade, j'ai continué l'étude de ce problème
et j'ai construit le diagTamme pour la température de 100°. J'ai essayé
d'en déduire la possibilité théorique d'une séparation de l'azotate d'ammo-
niaque pur et de calculer le rendement de l'opération.
J'ai pour cela déterminé divers points du diagramme à la température
de 100° et obtenu les résultats suivants :
°' Sels solides en équilibre
avec la solution
ClNa + GlNH*
ClNa + NO^Na
NO^Na + NO^N'H*
NO^NH^ + CINH^
ClNa + ClNH* + NO^Na
Cl NH*+NO^NH^-f-NO^ Na
Masse de
sel
Is dissous
TVom
lire
dans 100s
d'eau.
de mol
lécules dans
\ma\ du nié
lange.
Masse d'eau
nui Hî^e^rtiit' T™
CLNa.
Cl -Ml'.
^'a^Na.
NO'NTr.
NH'.
NO'.
Na.
Cl.
(|UI
de
mélange.
19.5
61,5
0,776
0
0, 224
1
67,5
'9
169
0
0.86
I
o,i4
43
333
1233
0^797
I
o,2o3
0
5,2
• 97>2
1000
I
0,734
0,784
0,873-
0,786
o,865
0
0,266
0,216
0. 127
0,2l4
0, i35
7
21
6,5
(') Comptes rendus^ t. 172, 1921, p. 218.
C) Comptes rendus^ t. 172, 1921. p. 345.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. i^6j
A cause de la volatilité de Tazotale et du chlorure d'ammonium les .quan-
tités d'eau ont dû être dosées par différence, d'où une légère incertitude
pour les points tels que J où la masse d'eau est extrêmement faible
vis-à-vis de la masse de sels dissous.
Le diagramme suivant traduit les résultats obtenus.
. HHti
(151) GS
{^■'.'^^
CîNa
5;^ (35)
NONc
i^.
ciqT-CLTn-fnÉ a
a -iG'
Picifj"» CLT/i'^Tu: a "1 00
On voit que les courbes à 100** et à 16*' ont sensiblement la même allure.
Peut-on déduire de leur comparaison la possibilité d'une séparation de
l'azotate d'ammoniaque.
Par concentration à loo*' d'une solution contenant chlorure d'ammonium
et nitrate de soude, on peut obtenir la composition correspondant au
l468 ACADÉMIE DES SCIENCES.
point J. Le point J se trouvant dans la zone de cristallisation de Tazotate
d'ammoniaque à i6°, si Ton refroidit, rai:otale d'ammoniaque cristallisera
d'abord, puis d'autres sels. Pour empêcher la cristallisation de ces der-
niers, on doit éviter de dépasser le point E du diagramme; pour cela il
faut, suivant la méthode de M. Schlœsing ('), ajouter à la solution avant
de la laisser se refroidir une quantité d'eau qu'on peut facilement calculer
si l'on admet que la courbe dans l'espace qui joint les points B' et J' se
confond avec une droite.
En effet, en partant de cette hypothèse, on peut aisément déterminer les
coordonnées du point E intersection de la droite projection dans le plan de
B' J' avec la droite qui joint J au sommet voisin du carré.
On trouve pour la composition d'une solution unimoléculaire en E
ot^, i58Cl, 01^,249 Na,
0(^,842 N0^ o^75I NH*.
Nous pouvons en déduire la quantité d'eau qui dissout une molécule de
sels en E, soit 32^,3.
Calculant alors la fraction de molécule de NO*NH* qui cristallise le
long de JE lorsqu'on part d'une molécule du mélange en J, on trouve
o^I58de NO'NH\
Il doit donc rester en 1^] 0^^,842 de sels dissous, ce qui nécessite en E la
présence d'une quantité d'eau égale à 32,3 x 0,842 = 27*', 2. Il faudra donc
ajouteravantrefroidissement une quantité d'eau égale à 27,2 — 6,5 = 20^, '7.
Ce calcul permet aussi de se rendre compte du rendement de l'opération
puisqu'en partant d'une molécule de sels en J qui contient 01^,865 de N0%
on obtiendra le dépôt de o^^, i58 ou 12*^,7 de NO^NH\
J'ai pu obtenir ainsi de l'azotate d'ammoniaque presque rigoureusement
pur par lavage des cristaux obtenus, avec une solution saturée de nitrate
d'ammoniaque.
On pourrait ajouter de nouveau des sels à la solution en E, reconcentrer
à 100'' et recommencer une cristallisation de NO^NH'.
(') Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 977.
SÉANCE DU 6 JUIN I922. * 1469
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la furfural-y.-méthylcyclohexanone et quelques- uns
de ses dérivés et sur les mono- et difurfuralcyclohexanones. Note de
]y[iie ]Y^ WoLFF, présentée par M. A. Haller.
Dans des Comunications précédentes (') nous avons décrit la formation
du furfuralcamphre et de quelques-uns de ses dérivés et nous avons
donné leurs constantes optiques. Dans le présent travail nous exposerons
le résultat de la condensation du furfurol avec Fa-méthylcyclohexanone et
avec la cyclohexanone et nous décrirons la furfural-a-méthylcyclohexanone
et quelques-uns de ses dérivés, la mono- et la difurfuralcyclohexanone.
Les méthodes de préparation ont été les mêmes que celles que nous
avons employées dans la série du camphre, nous avons seulement subs-
titué Téther au benzène comme solvant.
Furfural-<y.-méthylcyclohexanone. — Le produit de l'action du furfurol
sur l'a-méthylcyclobexanone se présente sous la forme de cristaux jaunes
fondant à Si" auxquels l'analyse assig'ne la formule G'^H'^O". Les condi-
tions dans lesquelles ce corps a été obtenu, ses propriétés et l'analyse nous
permettent de lui attribuer la formule
O ^^
CH^ C = CH — C^\CH
\ / ('H
CH^ CHGH^
CH
FurYl-OL-méthylcydohexanone. — Contrairement au furalcamphre, la
furfural-a-méthylcyclohexanone, soumise à la réduction par l'amalgame de
sodium, fixe 2^*^ d'hydrogène sur la double liaison qui unit les deux noyaux.
Ce produit de réduction est constitué par une huile jaune distillant
à 146° sous 16'"™. L'analyse correspond à la formule
O
CH' GH — CtPc/^CH
CH^ GH.GH^
G H'
G H
Traité par les dérivés organomagnésiens, bromures de phényl et de
^-toIylmagnésium,la furfural-x-méthylcyclohexanone se combine avec ces
(^) Comptes rendus^ t. 172, 1921, p. 135" et i4o4.
1^70 ACADÉMIE DES SCIENCES.
radicaux organiques comme le furalcamphre pour donner naissance aux
phényl et p-tolyl-OL-méthylcyclohcxanone-méthanes
CH2 CH
Ar
CH
O
CH-<
)C0
CH^ CH.CH^
CH
-CH
La phènylfuryl-a.-méthylcYclohexanone-méthaneesi\i\\Q huile épaisse de
couleur jaune, bouillant à 206° sous 16™™.
Lap-tolyl-x-nièlhylcyclohexanone-mélhanet'&i une huile plus épaisse encore
que la précédente et bouillant à 220° sous 16'"™.
La condensation du furfurol avec la cjclohexanone, dans les mêmes con-
ditions, fournit, comme on peut le prévoir, deux dérivés différents : la
mono- et la difurfuralcyclohexanone
O
O
C = CH - C
CH^
;C0
CH
CH
CH
CH2
CHfC = CH — C
/ \ :
CH
CH^ C\\-
\ /
CH^ C
co
CH
CH
CH
-C
CH
O
CH
CH
qui peuvent être séparés par distillation fractionnée et par leur solubilité
très différente.
La monofuralcyclohexnnone est un corps cristallisé de couleur jaunâtre,
fondant à 47°. Elle est très soluble dans Péther, Talcodlet l'éther de pétrole.
La difiiralcyclohexanone cristallise en aiguilles d'un jaune vif et fond
à 145^. Elle est soluble dans le benzène, mais à peine soluble dans l'éther,
l'alcool et l'éther de pétrole.
Les' réfractions moléculaires de ces corps sont en accord avec celles du
furalcamphre et de ses dérivés.
Les mesures ont été faites en solution toluénique o,i5-o,4 normale;
celles de la difuralcyclohexanone, seulement, à cause de sa très petite solu-
bilité, en solution o,o5-o,o6 normale. Nous avons tenu à déterminer les
réfractions de ce corps dans le même solvant que celles des précédents,
mais nous ne garantissons pas leur exactitude et nous les referons plus tard
dans un autre solvant.
Nous donnons ici un Tableau des nombres que nous avons obtenus.
SÉANCE DU 6 JUIN I922.
147I
MRa
Nom de la sulistance. Foi'inule. trouve, calculé.
Fural-a-méthylcjclohexanone C^'II"^0- |l^ 58, 3o 53, i3
Furjl-a-mélhylcyclohexanone C*-H'"0-|l* 53, 60 53,63
Pliénjlfuiyl-a-méthylcjclohexanone-métiiane C'^IP^O^ |l.* 79j03 77,54
yo-ToIylfuryl-a-mélhylcyclohexanone-mélliane C*^H--0^|l'' 82,96 82,14
Monofuralcyclohexanone G»*H>202|iî 52,86 48,54
Difuialcyclohexanone C'^Hi^O^^I;^ 78,39 69,48
Nom de la substance. Formule. trouvé.
Fural-a-mélliylcyclohexanone C'^H'^0^ fr^ 61,21
Furyl-a-méthvlcyclohexanone C'-H*''0- jl' 54,82
PJiénylfuryl-a-mélhylcyclohe\anone-méthane C^H^^O- jl'' 80,70
/>-Tolylfuryl-a-mélliylcyclohexanone-mélhane C'*H-^0^ |l* 86,61
AIonofuralcyclol)exanone C" H*^0- |l^ ^7 5^>-*
Difuralcyclohexanone G''"'H'*0^ |l^ 95,4^
M RS
calculé.
54,23
54,63
80, 19
84.8j6
49,56
71,10
M II D
trouvé, calculé.
.58,96 53,47
53.92 53,93
:9>39 78,04
84.52 82,66
54.69 48,85
85, 81 69,98
trouve.
2,9.)
I ,22
1 ,62
3,o5
4.76
7 , 02
calculé
I , I o
I ,00
2,65
2,72
1 ,02
1 ,62
CHIMIE APPLIQUÉE. — Sur uiw lampe à formol.
Note de M. E. Berger, présentée par M. G. Lemoine.
La lampe à formol, proposée par Trillat (' ) puis par Tollens (-), malgré
divers perfectionnements ultérieurs ('), n'a pu être jusqu'ici effectivement
employée à la désinfection de locaux, dans les conditions réglementaires
fixées par le Conseil supérieur d'Hygiène., Il faut en chercher la raison
dans son rendement et dans son débit trop faibles; on préfère, soit pulvé-
riser la solution de formol, soit dépolymériser le trioxyméthylène.
Tl a semblé intéressant, pour éviter des transformations préalables coû-
teuses, de chercher à établir une lampe à formol de fort débit et de rende-
ment suffisant, de ftiible encombrement, et d'un prix de revient modéré.
Le problème du rendement a été résolu en remarquant que dans les modèles
connus jusqu'ici, la proportion d'air et de vapeurs d'alcool méthylique
passant sur le catalyseur était trop riche en air; une fraction importante de
l'alcool subissait la combustion totale; déplus, le contact du mélange gazeux
et du catalyseur était souvent par trop imparfait. Il fallait donc augmenter,
(') Trillat, Brevet allemand 81023, 18 oclol)re 1894.
(-) Tollens, Ber. cheni. Gésells.^ t. 28, 1S95, p. 2()i,
(^) BouuAiu>, Brevet franrais 412501, 3 mal 1910.
l472 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pour un tirage donné, la quantité d'alcool évaporée, c'est-à-dire employer
une plus grande partie de la chaleur de la réaction à échauffer la mèche qui
alimente la lampe. A cet effet, le modèle établi, analogue comme disposi-
tion générale à un dispositif de M. Trillat, comporte comme perfectionne-
ment essentiel l'emploi d'un panier bon conducteur, en toile de cuivre,
contenant le catalyseur et muni d'une base massive qui repose directement
sur la mèche, de grande surface, et l'échauife.
De plus, la cheminée, qui sert de chambre de réaction, est calorifugée
pour réduire les pertes de chaleur.
Le débit, déjà fortement augmenté par le chauffage de la mèche, est
amélioré par l'emploi d'une cheminée supplémentaire.
Description. — L'appareil comporte un bocal A, de forme basse, de
5oo*^™, renfermant l'alcool méthylique. Ce bocal est fermé par un bouchon
de liège, B, vernissé, traversé par une cheminée de cuivre rouge C. La che-
minée, percée au-dessus et près du bouchon, de huit orifices D, est calori-
fugée par un revêtement de papier d'amiante. Une mèche annulaire F, en
coton tressé, est fixée dans la cheminée, sa partie supérieure au niveau des
orifices; elle est bourrée d'une masse de coton hydrophile G, plongeant
dans le bocal.
Oitalys,
Un panier en toile de cuivre, muni d'un prolongement inférieur, égale-
ment en toile de cuivre, peut glisser dans la cheminée ; il contient le cata-
lyseur. Une cheminée amovible K, en carton ou en métal mince, se fixe à
frottement sur la cheminée de cuivre.
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l[\'J^
Catalyseur. — Deux catalyseurs différents ont été expérimentés. Le pre-
mier est constitué par un comprimé cylindrique, composé de 80 pour 100
de noir de fumée et 20 pour 100 d'oxyde de cuivre. Le second, entière-
ment en carton d'amiante argenté, est formé d'un-e surface latérale cylin-
drique cloisonnée intérieurement par deux croisillons superposés et décalés
de 45°, de façon à former chicane au passage du gaz. Le* dispositif est
argenté par trempages successifs dans le nitrate d'argent ammoniacal et le
formol tiède.
FoNCTiOî^NEMENT. — i^ Av 6 c Ic comprimé. — On allume le comprimé cata-
lyseur sur sa circonférence de base en le présentant à une flamme. On
l'introduit, la partie incandescente en bas, dans le panier, et Ton fait tomber
le toutdaiis la cheminée; on place la cheminée amovible. Le dégagement
de formol s'effectue aussitôt, jusqu'à épuisement de l'alcool. Le catalyseur
en action ne s'altère pas; le charbon ne brûle que lorsque l'alcool est épuisé.
2° Avec le cylindre argenté. — L'ensemble panier-catalyseur, tenu avec
une pince, est chauffé au rouge sombre sur une flamme, puis introduit rapi-
dement dans la cheminée; on place la cheminée amovible. La partie infé-
rieure du cylindre reste incandescente; il n'y a pas d'extinctions.
^Résultats. — Le débit, mesuré par pesées successives de la lampe, est
voisin de 100^ à l'heure; l'appareil se vide donc en 4 heures.
La mise au point a nécessité une centaine de dosages de formol effeclués comme
suit : De Pair, aspiré à la trompe, traverse d'abord la lampe, dont la cheminée est
munie d\in bouchon et d'un tube abducteur, puis le mélange gazeux, après réaction,
se rend dans un .réfrigérant descendant suivi de trois barboteurs successifs contenant
de l'eau, puis dans un compteur à gaz. On note la peile de poids de la lampe pendant
l'expérience ainsi que le débit du compteur; on dose, à l'iode, le formol du liquide
des barboteurs.
On a eu soin de régler l'aspiration de façon que le débit de la lampe, en tirage
forcé, soit voisin de celui qu'elle donne en tirage naturel.
On constate que, pour un même catalyseur, le rendement maximum est atteint
lorsque les caractéristiques de l'appareil sont telles que le mélange gazeux contienne
un peu moins d'air que ne l'exigerait l'équation de la réaction théorique. I£nlre 80
et 9,5 pour 100 de l'air théorique, le rendement est sensiblement constant.
Avec les comprimés à l'oxyde de cuivre, le rendement est voisin de
20 pour 100 et n'a jamais dépassé 3o pour, 100; et à condition seulement
que l'oxyde de cuivre soit très pur, celui qui donne les meilleurs résultats
est l'oxyde Cu-0 précipité de Tacétate par le glucose.
Avec l'amiante argenté, le rendement moyen est de 35 à 40 pour 100,
on a obtenu jusqu'à 45 pour 100. Il n'est pas possible d'aller plus loin à
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N' 23.) ÏOO
l474 ACADÉMIE DES SCIENCES.
cause du contact imparfait des gaz et du catalyseur; lorsqu'on cherche à
diminuer Fespace offert au gaz dans la traversée de ce dernier, le tirage
naturel de la lampe devient impossible.
Applications. — L'appareil décrit a été appliqué à la désinfection en sur-
face des locaux. Les expériences ont été effectuées par le Laboratoire du
Conseil supérieur d'Hygiène publique de France dans les conditions régle-
mentaires qui comportent notamment la stérilisation des crachats secs
tuberculeux. Elles ont conclu à Tefficacité de la lampe présentée ('),
employée à raison d'une lampe de 5oo""' par 20'"' de local à désinfecter.
Avec les comprimés au cuivre et de l'alcool méthylique pur (dénaturé
par 3 pour 100 de formol), le contact nécessaire est de i5 heures.
Avec le catalyseur en amiante argenté, on a pu employer le méthylène
commercial et le contact a été réduit à 8 heures; ce dernier a donc été défi-
nitivement adopté, bien qu'il nécessite un chauffage préalable, alors que
les comprimés fonctionnent par simple allumage.
GÉOLOGIE. — Suf ValUiî^e lectoniqiic des couches crétacées cl tertiaires aux
environs de Haro (province de Logrono, Espagne). Note de M. H. Joly.
Au début de mes recherches sur la Chaîjie Geltibérique, j'ai entrepris de
relier les plissements de ces montagnes avec ceux de la Chaine Hespéri(|ue
par l'étude de la région deTéruel, Albarracin, Montalban, ce qui me permit
de découvrir des phénomènes de charriage. J'ai constaté ensuite, rà et là,,
tout le long de la chaîne et jusqu'aux environs d'Ezcaray, de semblables
phénomènes tectoniques. Il devenait intéressant dès lors de rechercher, au
moins à titre de comparaison, quelle pouvait être aussi l'allure tectonique
des contreforts les plus méridionaux de la Chaîne Pyrénéenne, contreforts
faisant pendant au Nord de la vallée de l'Ebre, aux montagnes de la Sierra
de la Demanda, brusquement dressées au Sud.
J'ai pu observer assez en détail, un peu en amont de Haro, le défilé pitto-
resc[ue des gorges de l'Ebre. Le fleuve s'est créé un chemin au travers des
calcaires crétacés fortement redressés, en cheminant à contre-pendage, car
les couches plongent au Nord et le fleuve coule vers le Sud.
Une des premières particularités qu'il importe de faire ressortir est pré-
cisément la direction du pendage des couches. J'ai fait remarquer dans mes
(') Autorisation n" 146 du Ministère de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Pré-
Voyance sociales, novembre 1920.
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l475
Notes précédentes (voir ici même, Notes du 20 mars el du i*"mai 1922) que
dans toute la longueur de la Chaîne Ibérique, le pendage général des cou-
ches était dirigé vers le Sud, au moins dans les accidents tectoniques révé-
lant de puissants efforts de plissements. A Ezcaray notamment, localité
située directement au Sud et à une trentaine de kilomètres de Haro, les
accidents tectoniques démontraient une forte poussée venant du Sud,
déterminant les chevauchements et les écailles dont il a été parlé. Or Ezca-
ray se trouve au pied du versant Nord du massif imposant de la Sierra de
la Demanda (prolongement Nord-Ouest de la Sierra de Moncayo, et ren-
flement comme cette dernière Sierra, de la Chaîne Celtibérique) et en bor-
dure méridionale de la plaine tertiaire et quaternaire de la vallée de l'Ebre.
Il est au moins curieux de voir se dresser au Nord de ce point, de l'autre
coté de la vallée de l'Ebre, et précisément à Fendroit où cette vallée se res-
serre, des montagnes, où l'inclinaison des couches et les phénomènes tecto-
niques démontrent un sens de poussée orogénique directement opposé à
celui constaté au Sud.
La poussée est venue cette fois du Nord, mais on n'est plus, il est vrai,
dans la Chaîne Celtibérique; on entre dans les contreforts méridionaux de
la Chaîne Pyrénéenne qui se signalent ici comme des chaînons ou bourre-
lets courant de l'Est à l'Ouest.
Ainsi, schématiquemcnt, la valiez de l'Ebre se présente comme une
plaine d'effondrement, où se sont accumulés les sédiments tertiaires et
quaternaires, qui fût resserrée assez récemment et comprimée entre des
mâchoires dressées l'une vers l'autre, la mâchoire du Sud ayant tendance à
se déverser vers le Nord et celle du Nord ayant au contraire tendance à
se déverser vers le Sud.
Une deuxième particularité à signaler est la forme spéciale de l'accident
tectonique des gorges de Haro. Le dessin suivant, schématisé d'après une
photographie panoramique, montre la disposition des assises et rend
compte de l'accident tectonique :
Le Crétacé, violemment et brusquement redressé vers le Sud, chevauche
par l'intermédiaire d'une faille presque verticale F' F', donnant lieu à une
magnifique muraille calcaire (à gauche de la ligne F' F') les couches de
mollasse inclinées d'abord dans le même sens, c'est-à-dire renversées sur
elles-mêmes (suivant le trait plein en noir). La molasse que certains
auteurs rapportent au Miocène, mais que Larrazet attribue à l'Oligocène,
reprend bientôt une allure plus doucement ondulée et dégénère à 5oo™
environ au Sud de la faille, en une belle voûte anticlinale déversée vers le
ll\'j6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Sud. De plus, chevauché par le Crétacé, mais reposant par rintermédiaire
d'une faille horizontale (tracée en pointillé FF) sur cette molasse, se dresse
un imposant noyau de conglomérats tertiaires (Eocène supérieur ou Oligo-
cène inférieur). 11 dessine un pli dissymétrique irrégulier, témoignant par
son allure des efforts de compression subis. Ce noyau de conglomérats,
C RÊ TACÉ
Dessin-coupe sur photograpliie, prise légèrement en aval des Gorges de Haro,
de la rive droile vers l.i rive gauche.
charrié sur la molasse et pincé sous le Crétacé, joue le rôle d'une écaille ou,
à mieux dire, d'un lambeau de poussée, arraché au flanc renversé du syn-
clinal tertiaire de TEbre refoulé vers le Sud par la masse crétacée du
chaînon des Pyrénées.
Les plissements ont donc été de grande intensité au Nord de la vallée de
ri']bre comme au Sud, et les phénomènes de charriage auxquels ils ont
donné lieu y sont du même ordre, tout en étant de sens opposé. Ils ont
provoqué le resserrement de la vallée de l'Ebre.
GÉOLOGIE. — 5///' les stades glaciaires et sur un vallon enregistreur des stades
(Bèdinaty Chaîne de Bclledonne). Note ( ' ) de M. P. Lorv, présentée par
M. W. Kilian.
Durant les temps qui se sont écoulés depuis l'apogée de la dernière
glaciation, l'enneigement et l'étendue des glaciers alpins sont passés par
une série de maxima secondaires : ce sont les stades d'A. Penck. Leur
ampleur, beaucoup moindre dans l'espace et surtout dans la durée, diffé-
(') Séance du 29 mai 1922.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. 1^77
rencie les stades et les phases interstadiaires d'avec les glaciations et les
périodes interglaciaires. Dans la sinusoïde complexe des oscillations gla-
ciaires, les « stades » se placent entre les « glaciations » et les « pulsations »,
sans que l'on sache bien si les plus récents d'entre eux se confondent avec
les « variations pluriséculaires » constatées dans les temps historiques, ou si
celles-ci constituent encore un ordre distinct. Un stade est défini par sa
place dans la série des oscillations de même ordre et, pour un glacier
donné, par l'étendue de celui-ci et par l'altitude de la limite locale des
neiges persistantes à l'époque correspondante.
Il semble qu'un moyen direct de déterminer ces éléments doive être fourni par
l'étude de vallées où tous les stades aient existé dans des états comparables et aient
laissé des traces nettes. Mais ces conditions ne se sont presque jamais réalisées: ou
bien l'érosion a détruit certaines des moraines, ou aux stades anciens le glacier était
coalescent avec un tronc plus important et par suite on n'a pas son front, ou les stades
récents manquent par insuffisance d'altitude des crêtes, ou enfin, si la valléeest rami-
fiée, les confluences et disjonctions de bras glaciaires, variant de phase en phase,
faussent la comparaison entre les stades.
En fait, notre connaissance des stades reste encore très fragmentaire et
trop peu précise: la contribution que je désire lui apporter ici en tire un
certain intérêt.
Dans le bassin hydrographique de l'Isère, lors des stades que l'on peut
appeler « finiwurmiens », — ceux qui se placent entre le maximum de la
dernière glaciation et le grand retrait qui l'a suivie, — les glaciers locaux
continuaient presque tous à rejoindre les troncs des gi^andes vallées, lesquels
s'allongeaient encore jusqu'au bord des Alpes. Dans une telle coalescence,
il est impossible de reconstituer les états correspondant à chacun de ces
stades; seul le dernier d'entre eux pourrait être défini, en reprenant une
tentative d'A. Allix, pour les glaciers du bord interne du Vercors, disjoints
à ce moment d'avec le glacier du Drac par le retrait de celui-ci.
Durant les stades « postwurmiens » , au contraire, un grand nombre
d'appareils glaciaires sont isolés; en outre, des dépôts bien nets ont été
laissés en beaucoup de vallées. Ces conditions facilitent les recherches.
Elles ont surtout porté, jusqu'ici, sur le nombre de Ces maxima : successi-
vement a été établie l'existence dans ce bassin de deux stades extrêmes
(P. Lory, stade d'Eybens et stade des moraines patinées d'Arsines), puis
de stades intermédiaires (Ch. Jacob, Grandes Rousses; W. Kilian et
J. Revil, Maurienne et Haut-Grésivandan ; (^h. Pussenot, moyenne Mau-
rienne et Doron de Bozel).
l47^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais aucune vallée jusqu'ici décrite n'a conservé complète la série des
stades postwurmiens; or c'est là ce que nous fournit un vallon occidental
de Belledonne, celui de Bédinat, qui, avec une direction 0-N-O, excave
l'extrémité sud-ouest du massif d' Al levard (Carte au ,-37^, région de Mou^
tiers, feuille XVI, 3).
C'est un pur type de vallée glaciaire simple.
Un seul cirque en occupe le haut; les crêtes latérales sont à peu près rectilignes et
perpendiculaires à celle du fond (2422") ; jusque vers i45o"\ c'est la structureen gra-
dins, avec les paliers de 2100™ (seuil du cirque), igio'" (habert ruiné), lyôS'", lôec»
(Bédinat- desïus). Sauf dans les parties les plus abruptes des barres, de la moraine de
schistes cristallins recouvre tout ce tronçon; très perméable^ elle absorbe toutes les
eaux : grâce à cette suppression de l'érosion torrentielle, les bourrelets se sont con-
servés intacts. De 1/420™ jusqu'à Bédinat-dessous s'allonge un «plan des eaux».
Puis des ])ourreIets réenvahissent le lit glaciaire; le ruisseau s'échappe par une
dépression de la moraine de gauche <jui, se relevant, dépasse le débouché du vallon
dans la cuvette des Adrets, lobe de la bordure basique du Grésivandan, et se termine
en un beau vallum latéro-frontal, dont le pied est à 9S0'". La moraine wurmienne du
Grésivandan, caractérisée par ses granités, tapisse tout le fond des Adrets ainsi que,
jusque vers 1200™, les croupes encadrant le débouché de Bédinat; les bourrelets dont
elle s'accidente sont à peu près orthogonaux au vallum local. L'indépendance des deux
formations glaciaires est donc complète : on est en présence d'un vrai stade, où le
glacier local a fortement empiété sur l'aire qu'occupait auparavant le glacier du
Grésivandan. Ce stade a pour homologues, au même liane de Belledonne, celui de la
Boutière (900™), dans le vallon adjacent, et celui de la Combe Lancey (5oo"') au
sommet du gradin de conduence de celte vallée : il s'agit donc du stade d'Eybens.
Ainsi le glacier néowarmien de Bédinat avait sensiblement même lon-
gueur que ce vallon, dont sa pointe dépassait légèrement le débouché. Le
pourtour de sa langue peut être tracé sans trop d'incertitude. Des bour-
relets marquent des ari^êts dans le début du recul.
L'ensemble des moraines qui revêtent le ti^onçon supérieur est tout à fait
indépendant de ce grand stade, On y distingiie cinq systèmes, le vallum le
plus avancé du système supérieur recouvrant et recoupant chaque fois les
bourrelets du précédent. Ce sont donc autant de maxima importants,
aulant de stades. Nombi^e d'états de retrait des langues sont en outre
dessinés.
L'avant-dernier système ne dépasse le cirque que par une langue étroite,
à vallum demi-gazonné. Dans le cirque même, où des taches de neige
pei^sistent jusqu'en fin juin, il n'y a que des éboulis de névé, frais, dessi-
nant un arc au bas des principaux talus d'avalanches; à ces névés se sont
réduites les neiges permanentes du maximum du xix^ siècle. Par d'autres
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l479
cirques de ce versant, nous savons qu'aux expositions favorables la limite
des neig-es se trouvait alors vers 2450'".
Pour les autres stades il est possible de tracer sur la Carte au ^„,'„„ le
contour approximatif du glacier, donc aussi d'en planimétrer la surface.
Mais dès lors la limites des neiges correspondant à chaque stade peut être
déterminée par la « méthode de Bruckner » (courbe d'e niveau de la surface
du glacier limitant le quart de la projection horizontale à partir du front) :
on sait que sur les gdaciers actuels la comparaison des résultats de ce procédé
ernpirique avec ceux de l'observation directe est assez satisfaisante.
Voici le Tableau des données numériques sur les stades de Bédinat :
. Projection horizontale. Altitude Limite locale
— ■ — — ». — - — — ^- — -~~ la plus basse des neiges
Stade. Longueur. Surface. du front'. ( Mélli. Bruckner).
m ha m m
I. Eybens (Néowurm.) 4000 288 980 i36o
II jySo 106 1420 1770
m • i45o 89 1600 1860
IV io4o 62 1760 1970
V 520 20,5 i94<^ 2160
VI. (Max. du XIX"' siècle.). . . 270 ? 2110 ?
Grâce à ce vallon enregistreur, on possède désormais une base de compa-
raison assez précise pour tout l'ensemble des stades postwurmiens.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Le système glaciaire du Beerenberg de Jan Mayen.
Note de M, P.-L. Mercanton, présentée par le prince Bonaparte.
Le revêtement presque continu de neige et de glace qui habille le grand
volcan éteint de Jan Mayen, le Beerenberg, et qui fait de cette montagne
arctique l'exemple probablement le plus parfait du volcan englacié (le mont
Rainier, en Californie, en serait la réplique) n'avait guère été étudié
jusqu'à présent systématiquement, bien que de nombreux navigateurs, les
Scoresby, les Charcot, les savants norvégiens du Yoringen et la mission
autrichienne Wohlgemuth, entre autres, y aient déjà recueilli une docu-
mentation abondante, documentation d'autant plus précieuse que la glacia-
tion de Jan Mayen semble avoir éprouvé dans les temps modernes des
modifications très fortes,
La connaissance complète de la distribution des masses glaciaires suppo-
sait d'ailleurs l'ascension du cône terminal du Beerenberg, exploration
tentée en 1882 par la mission autrichienne mais sans succès.
l48o ACADÉMIE DES SCIENCES,
Grâce à l'extrême complaisance de l'ingénieur Ekerold, qui s'en allait
créer à Jan Mayen la station météorologique et radiotélégraphique qui
vient de rendre de si utiles services à la navigation, j'ai pu passer quatre
semaines de l'été 1921 dans l'île et y obtenir aussi le concours efficace
et bienvenu d'un petit groupe de naturalistes britanniques qui profitait des
mêmes facilités.
Accompagné de MM. J.-M. Wordie, professeur à l'Université de Cam-
bridge etTh. Lethbridge, étudiant à la même Ecole,j'ai réussi le 11 août 1921
à atteindre le rebord du cratère et le point culminant du Beerenberg (en-
viron 25oo™). L'ascension s'est faite directement de la baie de Jameson et
en deux étapes. La première nous a conduit en 3 heures, par la vallée Eke-
rold à un bivouac aménagé en marge du glacier, vers 760™ d'altitude ; la
seconde étape, en 8 heures, de ce point au sommet, par la base peu inclinée
du volcan d'abord et jusqu'à iGoo"", puis par les pentes très raides et très
crevassées du flanc SW jusqu'au rebord du cratère vers 2400™, et enfin à
son culmen occidental. En dépit du temps peu favorable nous avons pu
constater, pour la première fois, que ce cratère formait un cirque large de
|km environ, aux parois abruptes, profondes de 20.0™ à 3oo'" et égueulé
vers le Nord. Cet égueulement laisse fuir, dans une descente abrupte vers
l'Océan, les glaces qui remplissent la caldeira et qui représentent le vé-
ritable collecteur du glacier ^^'eyprecht. Cepointest ainsi acquis.
Mes observations au cours d'un périple du Beerenberg, corroborées par
les documents antérieurs et tout particulièrement par les précieuses photo-
graphies du D'" Charcot, permettent en outre de tracer une esquisse suffi-
samment précise du système glaciaire du Beerenberg tel qu'il se présentait-
en 1921 :
Ce système comprend quatre parties distinctes. En faisant le tour du
Beerenberg par le jiord-est, à partir du glacier Weyprecht, on a :
1. Le groupe du glacier Weypracht, qui comprend :
a. Le Weyprecht lui-même, qui seul provient du cratère;
b. Les deux amas de glace inférieurs qui s'alimentent dans le cirque limité par
l'arête rocheuse descendant du sommet oriental du volcan.
Tous ces courants atteignent la mer.
IL La collerette glaciaire septentrionale du Beerenberg, qui comprend :
a. Le glacier Kjerulf, très individualisé encore et qui s'avance dans la mer;
b. Le glacier Svend Foyn qui en fait autant;
c. Les franges de glace qui dévalent les abrupts cùtiers entre le Svend Fovn et la
baie orientale de la Croix;
d- Les lobes glaciaires qui se dissipent sur le terrain, en arrière du cratère Sars ;
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l48l
e. Les lobes du glacier DufTerin, sur la face Es^t, dominant les Ilots;
/. Les deux afiluents composant le glacier Friele, ((ui atteint la mer.
III. Le groupe du ciirjue orientât^ qui comprend :
a. Le glacier Grieg, principalement;
b. L'affluent septentrional du glacier Wille.
Ces deux courants de glace atteignent la mer.
IV. La collerette glaciaire mi-ridionale-occidenlale du Beerehberg, qui com-
prend : '
a . L'affluent sud du glacier Wille, lequel affluent descend de la croupe neigeuse
constituant l'arête SE de la montagne ;
b. Les lobes du glacier Petersen, au-dessus de la mer;
c. Les deux franges, peu étendues, au revers sud de Tarète SE;
d. Le très important glacier du Midi, qui descend jusqu'au voisinage des flots;
e. L'ensemble de lobes frontaux peu découpés qui s'étend jusqu'au lobe ou glacier
occidental;
/. Ledit glacfer occidental, descendant à l'est de la baie occidentale de la Croix,
mais n'atteignant pas la mer;
g. L'étroit courant de glace atteignant la mer à l'est du Cap NW.
Il ne semble pas y avoir de glaciers en dehors du massif du Beerenberg.
Peut-être cependant doit-on considérer comme une formation de ce genre
■ les remplissages typiques du haut des barrancos du vieux cratère Bombelles,
dans le sud-ouest de Jan Mayen.
D'ailleurs, la glaciation du Beerenb(M^g semblait partout en décroissance :
les appareils Weyprecht, Kjerulf et Svend Foyn, sur la cùte Nord, non
plus que les glaciers atteignant la mer sur la face Est, ne vêlaient pas du
tout, en dépit du crevassement de leurs fronts. Certains lobes cessaient de
parvenir au bord de l'eau même, où ils n'avaient laissé que des lambeaux
de glacier mort fortement recouverts de détritus rocheux. Quant &u glacier
du Midi, il n'avait qu'une vitesse d'écoulement frontal d'un demi-centi-
mêtre par jour et a ceitainement reculé depuis 1882.
Il est très remarquable, d'aulrc part, que les importants appareils de la
côte Nord, de même que le glacier si étendu du Midi, ne sont Tohiet
d'aucune mention antérieure au milieu du xix*^ siècle. Leur importance
était-elle donc si atténuée auparavant?
l482 ACADÉMIE DES SCIENCES.
MÉTÉOROLOGIE. — Sur la coloration ocre que présentèrent en mars 1922 les
neiges du Briançounais. Note (') de MM. Pons et Bémy, transmise par
M. Ch. Depéret.
Le 12 mars dernier, les habitants de la haute vallée de la Durance
voyaient avec surprise que la neige de leurs montagnes, jusqu'alors d'une
blancheur immaculée, avait subitement pris une teinte ocre, coloration
variable d'ailleurs, plus claire ou plus foncée, plus grise ou plus rougeatre
suivant les régions, sans doute à cause de Tinégale épaisseur de la couche
colorée.
De plus, fait curieux, la base comme les hauts somnieLs des montagnes
avaient gardé à peu près leur aspect naturel, comme si le dépôt formé était
dû à des courants atmosphériques qui régnaient à certaine altitude.
Les jours suivants la couleur ocreuse parut encore plus accentuée, en
raison vraisemblablement du contraste quelle offrait avec de récentes
avalanches de neige parfaitement blanches.
Enfin, les 20 et 21 mars, des chutes déneige rendaient au pays son aspect
accoutumé.
Quelle était la nature de ce dépôt coloré? Etait-il organique ou minéral?
Etait-ce là des algues unicellulaires semées par les vents, des poussières de
pollen, ou plus simplement une poudre d'ocre? Et enfin, quelle pouvait
être son origine ?
Le ig mars, un prélèvement de neige colorée était eflectué sur les pentes du Gondran,
vers 2350™ d'altitude, par le poste militaire de skieurs de la Seyte, descendu à Brianron
et remis à l'un de nous aux fins d'analyse.
Le dépôt, séparé par centrifugation de l'eau de neige à laquelle il était mélangé, se
présente, après dessiccation à 100°, sous forme de pondre impalpable jaune grisâtre
qu'on ne saurait mieux comparer qu'à la terre de Sienne naturelle utilisée en pein-
ture.
Au microscope, à un grossissement de 3oo-4oo diamètres, c'est une poussière formée
de particules amorphes ou cristallines, à cristaux le plus souvent très fragmentés; ces
particules sont incolores ou colorées en gris, en jaune, en brun plus ou moins foncé.
On peut y reconnaître des paillettes miroitantes de mica et des grains anguleux de
quartz. Enfin, certaines particules informes sont organiques et se colorent par les
réactifs ordinaires.
A la calcination. la poudie charbonne liés légèrement, preuve quelle renferme
(') Séance du 29 mai 1922,
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l483
quelque peu de matière organique, et perd au rousse vif un dixième de son poids;
elle apparaît alors plus foncée qu'auparavant, de teinte plus brune.
La poudre calcinée ne paraît guère attaquable par les acides. Après décomposition
par fusion à l'aide de carbonates alcalins, l'analyse chimique y révèle en abondance :
l'acide silicique, l'alumine et le fer.
Nous en conclurons que le dépôt couleur ocre est un silicate d'alumine,
c'est-à-dire une argile, mélangé à de fines particules de mica et de quartz,
coloré par de l'oxyde de fer et renfermant une faible proportion de poussières
organiques. Notons toutefois l'absence complète de débris d'organismes
microscopiques : algues ou foraminifères siliceux (diatomées, radiolaires)
si facilement reconnaissables.
L'analyse chimique, si elle nous renseigne exactement sur la compo-
sition de cette poudre impalpable répandue sur le Briançonnais, ne nous
donne malheureusement guère d'indications au sujet de son origine, car les
terrains argileux, qui ont pu lui donner naissance, abondent dans la nature.
Là, nous en sommes réduits aux conjectures. Disons tout de suite que toute
hypothèse à cet égard peut être infirmée ou confirmée par des renseigne-
ments météorologiques généraux. Or nous savons seulement que les \ents
dominants de notre région venaient à ce moment du Sud-Ouest.
Les habitants, tant soit peu instruits, n'hésitaient pas à attribuer au
dépôt qui nous occupe une origine vésuvienne. Cette hypothèse est peu
plausible en raison de l'absence des inclusions vitreuses caractéristiques
des poussières volcaniques. Les déserts d'Afrique, dont les dunes sont sans
cesse sculptées par l'érosion éolienne, semblent bien ca])ables d'avoir fourni
aux courants atmosphériques une telle quantité de particules infinitési-
males qui, en certains endroits, paraît-il, formaient sur la neige une couche
de 2™™ à 3°^™ d'épaisseur. On peut aussi, avec plus de vraisemblance,
émettre l'hypothèse (') (jue ces particules minérales proviennent simple-
ment de la région du Yaucluse où en certaines localités (Apt, Villes, etc. )
on prépare très en grand des ocres industriels. Un vent violent du Sud-
Ouest a pu soule\er les dépôts d'ocre, en disséminer les éléments dans
l'atmosphère, qui, transportés ensuite par les courants aériens, sont venus
s'abattre dans une zone déterminée de nos Alpes. Les exemples abondent
de fumées volcaniques, de sables ou de poussières transportés par les vents
à pareille distance et nous ne voyons là aucun mystère, si d'aventure les
plus fines poussières vauclusiennes se sont transformées en un voile d'ocre
jeté sur nos montagnes.
(•) Cette hypothèse nous a été suggérée par M. Depéret,
l484 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ANATOMIE VÉGÉTALE. — V organisaùsn libèroligneiise^ chez la Mercinnale,
rcproduil-elle une disposition ancestrale? Note (') de M, P. Bugno\,
présentée par M. (ruignard. •
J'ai montré récemment {-) que la ramification terminale dichotome du
faisceau libéroligneuv médian, dans les cotylédons de la Mercuriale (^Mer-
cu?ialis annuah.), pouvait être considérée comme un caractère ancestral.
Parmi les arguments fournis en faveur de cette interprétation, je rappel-
lerai les suivants : le caractère envisagé ne se retrouve pas dans les feuilles
végétatives de la même plante et, cependant, il ne semble pas en rapport
avec une adaptation quelconque des feuilles cotylédonaires.
Or Torganisation de la base du faisceau libéroligneux cotylédonaire
médian a été regardée, elle aussi, comme reproduisant une disposition
ancestrale, notamment par M. G. Chauveaud.
Cette organisation difTère-t-elle donc fondamentalement, comme cet
auteur Tadmet, de celle de la base du faisceau correspondant des feuilles
végétatives? Ses caractères propres ne tiennent-ils pas simplement aux
conditions spéciales d'insertion des feuilles cotylédonaires ? C'est à Texamen
de ces questions que la présente Note est consacrée.
1° Feuilles végétatives. — Le faisceau libéroligneux médian d'une feuille végéta-
tive de Mercuriale se continue seul, en fin de compte, dans la tige, pour y constituer
la trace de celte feuille.
Dans la partie supérieure du nœud de la feuille sous-jacenle (disposition pliyllo-
taxique opposée-décussée), après avoir traversé deux entre-nu'uds par conséquent, et
en face de la base d'un bourgeon axillaire, cette trace est bifurquée; ses deux
branches se raccordent promplement, dans l'épaisseur du même nœud, avec les
deux groupes de faisceaux qui correspondent au bourgeon axillaire {fig. i, I) (■^).
Pour les deux premières feuilles \égétati\es au-dessus des cotylédons, lesquelles
n'ont pas d'autres feuilles directement au-dessous d'elles, une bifurcation semblable de
la trace foliaire s'observe néanmoins; mais ses branches viennent se raccorder latéra-
lement aux moitiés correspondantes des traces cotylédonaires, dans la région supé-
rieure de l'hypocolyte ; et c'est après avoir traversé seulement un entre-no'ud que le
faisceau considéré présente sa bifurcation {Jig. i, II).
(^) Séance du 29 mai 1922.
(■-) P. BuGNON, Sur la ramification dichotome dans les cotylédons {Comptes
rendus, t. 17'+, 1922. p. 1194).
(") Au cours de cette Note, je n'accorderai qu'un sens purement descriptif aux
termes de bifurcation et de raccord.
SÉANCE DU 6 JUIN I922. l485
Ainsi, tous les faisceaux, médians des feuilles \égélatives se raccordent par une
bifurcçition avec l'appareil conducteur sous-jacenl; mais la disposition de ce. dernier
inlhie sur les modalités du raccord et sur le niveau où la bifurcation se produit. Ce
niveau est d'ailleurs très voisin, à l'origine, de la base foliaire correspondante, car le
raccord existe avant que les entre-nœuds et les périoles soient constitués par accroisse-
ment intercalaire.
Fig. I. — Mercurialii annua L.
I : Schémas : 1" du parcours de la trace foliaire (M^^^) d'une feuille végétative (F ^^) et de son
raccord avec les faisceaux (x^) du bourgeon axillaire de la feuille sous-jacente (F„i, au nœud de
celle-ci; 1° des coupes transversales au niveau de la base du nœud des feuilles F,,,^, [ab), au
niveau de la base du nœud des feuilles F„^j (a'b'), au niveau de la région supérieure i a" b" } et
de la région inférieure {à" b'" ) du nœud des feuilles F„. M„, faisceau médian d'une feuille I-",, ;
X, faisceau anastomotique dans la composition duquel entre une moitié de la trace M,,^,-
II : Schéma du parcours de la trace foliaire (Mj) d'une des feuilles végétatives (F,) suivant im-
Miédiatement les cotylédons et de son raccord avec les traces cotylédonaires dans la région
supérieure de l'hypocotyle.
III et IV : Schémas comparés du raccord avec l'appareil conducteur sous-jacent : 1° dune trace
de feuille végétative; 2° d'une trace de feuille cotylédonaire. —
Si l'on étudie, d'autre part, les transformations progressives du faisceau d'une trace
foliaire aux di\ ers niveaux de sa bifurcation, à partir du point où il est encore simple,
on constate, fait important^ que la direction de la différenciation ligneuse subit elle-
même une bifurcation et que ses branches s'incurvent en divergeant: cette rotation
est nécessitée par le raccord latéral avec des faisceaux orientés difléremment {fig. 1, III).
2° Feuilles cotylédonaires. — La portion inférieure du faisceau libéroligneux
médian des feuilles cotylédonaires présente, comme celle du faisceau correspondant
des feuilles végétati^es, l'aspect d'une bifurcation. Celle-ci est, toutefois, située dans
la base même du limbe cotylédonaire et les deux branches divergentes, au lieu de se
raccorder latéralement à d'autres faisceaux du même type, qui n'existent pas à un
l4S6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
niveau inférieur, sont aboutées avec le cylindre central de la première racine, dont la
base est d'ailleurs très voisine, à l'origine, des bases cotylédonaires (').
Si, à partir du point on le faisceau colylédonaire médian est simple, on étudie ses
transformations progressives aux divers nixeaux de la bifurcation, on constate que
tout se passe comme pour le faisceau médian des feuilles végétatives. Mais, du bois
centripète, continuant exactement l'un des cordons ligneux centripètes de la racine,
se différencie entre les deux branches de la bifurcation, et avant les vaisseaux propres
à ces branches {fig. i, IV); il reste néanmoins séparé d'elles par du pai'^nchyme con-
jonctif, sauf vers la base de l'hypocotyle (^); il disparaît enfin de bonne heure par le
fait de l'accroissement intercalaire longitudinal qui affecte avec une grande intensité
cette région de raccord. Le même accroissement rend aussi très aigu l'angle de la
bifurcation et en allonge considérablement les branches (').
L'analogie avec le faisceau médian des feuilles végétatives est ainsi d'autant plus
étroite que l'on considère les faisceaux à un stade plus jeune et, notamment, avant
l'entrée en jeu de l'accroissement intercalaire longitudinal, auquel l'hypocotyle, les
entre-mruds et les pétioles doivent leur importance tardive. D'autre part, l'étude du
raccord des faisceaux médians des feuilles végétatives avec l'appareil conducteur
sous-jacent nous a conduit à conclure que la disposition variable de ce dernier inilue
sur les modalités mêmes du raccord et sur le niveau où la bifurcation se produit. Nous
sommes donc amené tout naturellement à interpréter Torganisalion de la base du
faisceau cotylédonaire médian comme un raccord du même type général que celui du
faisceau médian des feuilles végétali\es, à attribuer ses caractères propres (place de
la bilurcation, présence de bois centiipète entre ses branches) aux conditions parti-
culières auxquelles ce raccord est astreint. '
En définitive, l'étude anatomique et onlog-énique comparée de la base
du faisceau médian dans les cotylédons et dans les feuilles végétatives de
la Mercuriale y révèle une organisation libéroligneuse identique dans ses
traits principaux; les différences, d'importance secondaire, peuvent être
rapportées : i'^ à l'organisation variable de l'appareil conducteur sous-
jacent, avec lequel les faisceaux médians se raccordent par leur base; 2*^ à
l'intervention et à la localisation d'un intense accroissement intercalaire
longitudinal. L'organisation libéroligneuse de l'hypocotyle, même chez la
Mercuriale, cas cependant considéré par G. Ghauveaud comme l'un des
plus favorables à sa théorie, ne semble donc pas satisfaire aux conditions
nécessaires pour qu'elle puisse être interprétée avec vraisemblance comme
une disposition ancestrale.
(*) P. BuGNON, Sur Vhypocolyle de la Mercuriale {Comptes rendus, t. 17i, 1922,
p. 9^4).
(-) G. Ghauveaud, L'appareil conducteur des plantes vasculaires et les phases
principales de son éçolution {Ann* Se. nat.^ 9® série, Bot., t. 13, 1911- p. !i3).
Voir les figures 62 à 74.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. \ ^H"]
BOTANIQUE. — Lcs principales variations du dévcloppcmcnl rascidaire dans
les premières phyllorhizcs des Phanérogames ne sont pas déterminées par
r accroissement intercalaire . Note (') de M. Gustave Ciiauvfaud, présentée
par M. E. Bouvier.
Nous croyons devoir présentera l'Académie quel» (ues remar(|ues au sujet
d^'une Note récente sur l'hypocotyle de la Mercuriale (-).
La constitution vasculairc typique, d'après nos recherches, comprend :
i" des vaisseaux alternes; 1^ des vaisseaux intermédiaires; 3" des vaisseaux
superposés. Cette constitution typique se trouve réalisée dans la tig^e en-
tière des Cryptogames fossiles, telles <(ue les Sphénophyllées. Elle est réa-
lisée également dans la racine des Phanérogames et souvent aussi dans la
partie primitive de leur tige.
Chez la Mercuriale, par exemple, on la trouve dans l'hypocotyle et dans
la base des cotylédons. Sa réalisation y est plus rapide que dans la racine
et d'autant plus rapide qu'on s'élève davantage. Ainsi les vaisseaux alternes,
les vaisseaux intermédiaires et les premiers vaisseaux superposés sont diffé-
renciés à un certain niveau des cotylédons avant que les vaisseaux alternes
aient achevé leur dilTérenciation dans la base de la racine. Le développe-
ment vasculaire présente donc dans celte plante une accélération basifuge
très accentuée. Par conséquent, cette accélération est un fait et non pas
seulement une théorie. Si l'on s'élève davantage, l'accélération se manifeste
encore : 1° par la suppression graduelle de la première phase du dévelop-
pement vasculaire correspondant aux vaisseaux alternes qui ne sont plus
représentés; 2° par la suppression graduelle de la seconde phase corres-
pondant aux vaisseaux intermédiaires, qui cessent à leur tour d'être repré-
sentés. A partir de cette hauteur dans la première phylle et dans toutes les
phylles suivantes, les vaisseaux superposés correspondant à la troisième
phase sont seuls représentés et apparaissent par conséquent en premier lieu.
Chez le Ricin, ces derniers vaisseaux apparaissent en premier lieu dès la
base de l'hypocotyle; et, à son sommet, les cloisonnements qui vont pro-
duire de nouveaux vaisseaux superposés se montrent avant que les vais-
seaux alternes aient achevé leur différenciation dans la base de la racine.
(^) Séance du 2g mai 1922.
C') Comptes rendus, t. ITi, 1922, p. 954.
l488 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le développement vasculaire présente donc, dans le Ricin, une accélération
basifuge plus grande encore que dans la Mercuriale.
Tels sont les faits (|ue nous avons établis, il y a" longtemps déjà, et qui
ont été souvent confirmés depuis lors. Ces faits, nous les interprétons, en
disant : chez les Phanérogames, le développement vasculaire se réalise
dans la racine, comme il se réalisait dans la tige fossile des Cryptogames,
tandis que dans leur tige il subit une accélération basifuge plus ou moins
grande. Relativement peu considérable chez la Mercuriale où ses pre-
mières phases sont encore représentées dans l'hypocotyle et dans la base des
cotylédons, il est au contraire considérable chez le Ricin où ses premières
phases ne sont plus représentées ni dans les cotylédons, ni dans l'hypo-
cotyle.
A cela, on vient d'opposer une interprétation différente qui se résume
dans la conclusion suivante : « C'est l'intervention plus ou moins intense,
plus ou moins précoce, c'est la localisation particulière de l'accroissement
intercalaire longitudinal, phénomènes secondaires au cours du développe-
ment ontogénique, qui paraissent déterminer dans l'hypocotyle et dans
les cotylédons les dispositions vasculaires variables interprétées par
G. Chauveaud comme l'évidente manifestation d'une accélération plus ou
moins forte. »
D'après cette conclusion, on doit do,nc substituer raccroissement inter-
calaire à l'accélération basifuge qui tout simplement disparaît.
Or l'accroissement intercalaire est un phénomène relativement tardif
en eflet. 11 exerce sur les vaisseaux déjà lignifiés une action mécanique qui
peut amener leur dislocation et servir par conséquent à expliquer leur sup-
pression. Mais cette suppression des premiers vaisseaux est une partie seule-
ment du phénomène qu'il s'agit d'interpréter.
Quand nous avons fait connaître l'évolution vasculaire, la présence des
vaisseaux alternes dans les cotylédons était un fait nouveau qu'il importait
d'abord de faire accepter. C'est pourquoi nous avons dû beaucoup insister
sur la suppression hâtive des vaisseaux alternes qu'on ne trouve plus dans
les cotylédons, si l'on examine des planlules trop âgées.
Aujourd'hui^ la présence des vaisseaux alternes dans les cotylédons n'est
plus contestée. Mais on ne veut pas encore admettre que ces vaisseaux
appartiennent à la constitution primitive des cotylédons. On ne veut pas
davantage admettre que les vaisseaux alternes qui se trouvent dans toute
la longueur de l'hypocotyle appartiennent à la constitution primitive de la
tige dont cet hypocotyle représente cependant la partie la plus primitive.
SÉANCE DU 6 JUIN 192.2. * 1489
On essaie d'attribuer la présence des vaisseaux alternes dans ces parties de
la plante à l'intervention d'un « phénomène secondaire au cours de l'évo-
lution ontogénique ». En faisant intervenir ainsi raccroissement interca-
laire, on espère sans, doute pouvoir rattacher, de cette manière, les vaisseaux
alternes à la racine. Dans ce cas, il faudrait prouver non seulement que les
vaisseaux alternes ont été amenés par l'accroissement intercalaire de l'hypo-
cotyle jusque dans les cotylédons, mais qu'ils avaient été déjà amenés
pareillement de la racine jusque dans Thypocotyle.
Supposons que cette double preuve puisse être fournie, il y aurait alors
à expliquer pourquoi la différenciation de ces vaisseaux alternes précède
toujours la différenciation des vaisseaux superposés, c'est-à-dire pourquoi
les vaisseaux provenant de la racine se différencient, dans l'hypocotyle et
dans les cotylédons, avant les vaisseaux qui représentent la constitution
primitive de cet hypocotyle et de ces cotylédons.
Une telle démonstration ne suffirait même pas.
H resterait à expliquer pourquoi la différenciation des premiers vaisseaux
et l'apparition des premiers cloisonnements secondaires sont plus hâtives
dans le cotylédon -que dans l'hypocotyle et plus hàti^ es dans le sommet de
l'hypocotyle que dans sa base et dans la base de la racine.
Par conséquent, si l'on veut expliquer les principales modifications
vasculaires, surtout les plus primitives', on ne peut pas substituer l'accrois-
sement intercalaire à l'accélération basifuf;e.
L'accroissement intercalaire avait d'ailleurs été invoqué déjà pour expli-
quer la présence des vaisseaux alternes dans l'hypocotyle. Van Tieghem, qui
n'envisageait pas alors leur présence jusque dans les cotylédons, avait
même proposé de donner le nom de rhizclle à la partie de l'hypocotyle où
l'on trouve les vaisseaux alternes.
Seulement, depuis qu'il avait proposé cette solution. Van Tieghem a fait
un rapport à l'Académie pour décerner le prix Bordin au Mémoire dans
lequel nous avons précisément décrit Taccélération basifuge qui a reçu de
ce fait une consécration doublement significative.
C. R., 1922, i" Semestre (T. 174, N« 23.) IO7
l490 ACADÉMIE DES SCIENCES.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE. — Mécanisme des échanges entre la cellule
et le milieu ambiant. Note Ç) de M. Louis Lapicque, présentée par
M* d'Arsonval.
Mes recherches sur les algues marines, commencées en 191 7 dans le but
pratique d'en déterminer la valeur alimentaire, m'ont amené rapidement à
reprendre la question générale de l'équilibre osmotique entre la cellule et
son milieu. Les algues offrent pour cette étude des conditions particulière-
ment favorables, d'autant plus intéressantes, qu'à certains égards ces
conditions se rapprochent de celles où vivent les cellules des. animaux
supérieurs.
Voici les faits que j'ai observés :
1° La pression osmotique, mesurée par rabaissement A du point de
congélation (dans un bouillon, tout calcul fait), est eu général voisine de
1'^. 5o, contre 2'',o5 pour Teau de mer (Manche). En hiver, les sels en for-
ment la plus grande partie et présentent une concentration plus grande que
celle de l'eau de mer. Le bulbe de Saccorhiza bulbosa recueilli en décembre-
janvier est particulièrement démonstratif à cet égard; on trouve dans le suc
de l'algue, pour la somme des sels dissous, un excès de concentration de
20 pour 100 sur l'eau de mer recueillie au même uiomeut et au même
endroit. Or il s'agit d'un tissu jeune, en voie d'accroissement qui, par
conséquent, a dû accumuler ces sels contre la diffusion et contre une
pression effective (turgescence) d'au moins S'"*^"™.
La doctrine classique, qui assimile la cellule à un osniomètre et traite
implicitement l'utricule protoplasmique comuie une membrane inerte, ne
peut rendre compte du phénomène.
2° Quand on observe au microscope, dans l'eau de mer, des fragments
d'algue marine filamenteuse {Ectocarjjus), la turgescence, qui résulte de
l'excès de concentration de la cellule sur son milieu, se manifeste aux yeux
par le bombement de la cloison entre une cellule intacte et une cellule
ouverte. Dans l'eau de mer additionnée de sel ou de sucre de façon à en
élever le A de 2°, i5 (Méditerranée) à 3° environ, la turgescence disparaît
et même quelques cellules sont plasmolysées, phénomène classique. Cette
plasmolyse disparaît assez rapidement, ce qui est également classique et
s'expliquerait par la diffusion à travers une membrane imparfaitement
(') Séance du jg mai 1922.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l/jgi
semi-perméable. Mais il y a plus : en quehjues heures, le bombement
caractéristic|iie de la turgescence réapparaît; les cellules peuvent donc
reconstituer rapidement un excès de pression osmotiquc sur leur milieu;
elles effectuent ce travail à l'obscurité comme à la lumière.
3" Il est bien connu que les algues d'eau douce ont un excès de pression
osmotique sur leur milieu. Cliez Spirogyra à l'état naturel, j'ai trouvé, par
la méthode du bouillon, des \ compris entre o°,4o et o",5o, le A de l'eau
ambiante étant 0°, 02. Les sels fournissent la plus grande partie de cette
concentration moléculaire. D'autre part, si l'on place ces Spirogyres 12 ou
24 heures, à l'obscurité, dans un bain salé constitué en ajoutant à l'eau de
leur bassin natal une certaine proportion (équimoléculaire) de NaCl et
de KCl, leur A s'élève en fonction de celui du bain, croissant toutefois
moins vite que celui-ci. Leur teneur en cendres solublesetleurconductivité
électrique, mesure de leur teneur globale en électrolytes, s'accroît pari
passa.
Ainsi les cellules des algues possèdent la propriété de réagir suivant la concentra-
tion de leur milieu pour maintenir leur turgescence par une augmentation de leur
propre concentration. Cette conclusion est en accord avec une sécie d'observations et
d'expériences éparses (EscHE>nAGE.\, 1889; Dhews, 1896; Van Rysselberghe. 1898;
Pamanelli, 1904), qui n'ont pas attiré l'atlenlion autant que le méritait l'importance
de la question.
Nous ajoutons la précision suivante : cette réaction consiste, pour une bonne part,
dans l'accumulation de sels au delà de la concentration ambiante.
Une telle accumulation, où n'interviennent ni insolubilisalion ni évaporation, est
incompatible avec le fondement de la doctrine classique, à savoir que (formule
récente — 1920 — d'un des champions de cette doctrine) « tous les échanges des cellules
sont déterminés par les lois de l'osmose ». Je considère, au contraire, comme assuré
que les échanges des cellules, _^solt en eau, soit en substances dissoutes, s'accomplissent
par un travail physiologique où la dilfusion et la pression osmotique interviennent
plus souvent comme résistances que comme forces agissantes ; telle la pesanteur par
rapport aux. déplacements d'un animal. Les arguments divers par lesquels on a voulu
réduire à ces phénomènes physiques simples les innombrables accumulations consTâ-
tées, ne sont valables que pour certains cas spéciaux. On est obligé de reconnaître
l'existence dans la cellule d'une fonction vitale dépensant de l'énergie pour surmonter
les équilibres physiques, comme une pompe surmonte les équilibres liydrostatiques.
Je propose d'appeler cette fonction épictèse (acquisition en excédent).
On peut concevoir le mécanisme de Vépictèse en rapprochant les deux faits sui-
vants.
4° L'utricule protoplasmique est, non une membrane inerte, mais un
liquide continuellement en mouvement. Cette consistance et cette agitation,
l492 ACADÉMIE DES SCIENCES.
gétiéralement admises, sont pourtant discutées; elles sautent aux yeux dans
un phénomène spécial aux Spirog'yres et que j'y ai découvert par hasard.
Au microscope à fond noir (ultramicroscope), on voit le protoplasma de
chaque cellule fourmillant de paillettes qui scintillent et s'éteignent tour à
tour en de vifs mouvements de rotation et de déplacement capricieux. Le
mouvement brownien ordinaire, résultant de l'agitation moléculaire banale,
ne pourrait être que bien plus lent en ce milieu visqueux; d'autre part,
réchauffement ou le refroidissement active ou ralentit le phénomène bien
plus que proportionnellement à la température absolue. C'est le proto-
• plasma lui-même qui bouillonne sous l'effet de la combustion respiratoire;
il est invisible, mais les paillettes entraînées dans ses remous en révèlent
les tourbillons. Ce bouillonnement transporte chaque parcelle de proto-
plasma d'une face à l'autre de la membrane, et met ainsi cette parcelle en
contact, tantôt avec l'eau ambiante, tantôt avec le suc cellulaire.
5° Or l'eau douce, comme l'eau de mer, est alcaline (P. H. variable aux
environs de 8); le suc cellulaire est acide (P. H. égal au plus à 5 dans le cas
de mes Spirogyres). En examinant au microscope l'effet de solutions très
légèrement alcalines ou très légèrement acides sur le protoplasma des
algues (jeunes rameaux de Cladophoj'a d^ean douce ou de Callithamnium
marin), on voit ce protoplasma se rétracter fortement dans l'acide et se
gonfler dans l'alcali.
Chaque parcelle d'un protoplasma, siège de l'agitation vitale, doit donc
se comporter comme une éponge qui s'imbiberait dans le milieu extérieur,
puis se trouverait comprimée dans le milieu intérieur.
Un tel mécanisme, dans lequel l'énergie est fournie par la combustion
respiratoire, rend compte de la poussée radiculaire (pleurs de la vigne) qui
cesse quand on prive les racines d'oxygène. D'autre part, on aperçoit, dans
l'étude comparative des propriétés d'adsorption du protoplasma successi-
vement en milieu alcalin et en milieu acide, une voie nouvelle pour expliquer,
non seulement l'accumulation de sels, mais l'accumulation élective.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l49^
PHYSIOLOGIE. — Variation de la pression osmotique du san<x des Sélaciens
sons V influence de la modification- de la salinité de l'eau de mer environ-
nante. Note de MM. Paui. Poutiep. et ^Jarcei- Duval, transmise par
S. A. S. le prince de Monaco.
Dans un travail récent (' ) nous avons étudié les modifications de la pres-
sion osmotique du sang- d'un Téléostéen d'eau douce sous l'influence de la
variation de salinité du milieu extérieur.
Les circonstances ne nous ont pas encore permis de faire la même
recherche sur un Téléostéen marin. Mais nous pouvons dès maintenant
indiquer les résultats d'une étude analogue faite sur un Sélacien (ScyUium
canicula).
Les poissons utilisés, en captivité depuis peu de jours dans les aquariums
du Musée de Monaco, étaient en parfait état. Leur poids oscillait entre 3oo^
et 4oo^-
Après un séjour de 2 à 6 heures dans plusieurs litres d'eau de mer diluée
ou au contraire sursalée dans des proportions variables, le poisson était
saigné au moyen d'une incision faite à la partie supéro-interne de la ligne
d'implantation d'une nageoire pectorale ("). On obtenait ainsi facile-
ment 3""' de sang, quantité largement suffisante pour faire une détermina-
tion cryoscopique précise avec l'appareil spécial dont nous disposions.
La pression osmotique des solutions dans lesquelles le poisson séjournait
a varié de ~ o°,4^à — 4" environ. Le point de congélation de cette solution
à — 4" la plus concentrée n'a pu être déterminé avec l'approximation habi-
tuelle, la graduation de notre thermomètre ne s'y prêtant pas.
L'eau de mer des aquariuins du Musée de Monaco se congelait à — 2°, 08.
Les principaux résultats de ces expériences sont consignés dans le tableau
elle graphique ci-après :
(*) Comptes rendus, t. 174, 1922, p. i366,
(^) Cette technique nous a été obligeamment indiquée par M. Ladreyt que nous
assurons de notre gratitude.
1^94 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l^iint de ci>iii;élalion
(if la solution Point État du poissnn
Durée du séjour (eau de mer . de congélation au moment de sa si)rti<
dans la solution. diluée ou suisaléc). du sang. de la solution,
h m o o
3.3o — 0,46 — 1 .44 très mauvais
5 — o ,74 — 1,58 mauvais
3.3o — ijO- — 1,7*> evcellent
6.20 — 1)47 — 1>87 assez bon
Eau de mer normale.. — 2,08 — a»!" excellent
3,45 — 2, go — 2,46 très mau/ais
• 1 .40 — 3 ,3o — 2 ,.jo très mauvais
2 . 20 — 4 — 2 ,»5o très mauvais
-Ti -
-■i°t
iti;;^a;nîH{s;;ili;3?;aHat-:t:;î;nHfe;;':i;;tëj;i;^
-r
-y
On voit donc que :
1° La pression osniotique du sang- du Sélacien {Scylliiun canicahi) n'est
pas, comme l'ont annoncé plusieurs expérimentateurs, tout à fait égale à
celle de l'eau de mer environnante. Nous l'avons toujours trouvée supérieure
d'environ -~ de degré (eau de Monaco — 2°, 08; sang- du Sélacien — 2'', 17).
qP Pour des concentrations inférieures à celle de l'eau de mer, lapression
osmotique du sang du poisson diminue régulièrement avec celle du milieu
ambiant, mais moins vite que celle-ci.
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l^^S
3° Pour des concentrations siipérieuies à la normale, la pression osino-
tique du Sélacien augmente d'abord régulièrement de manière à prolonger
la courbe obtenue dans l'eau diluée. Mais bientôt l'efficacité du mécanisme
régulateur s'accentue et la pression osniotique reste à peu |)rès constante
lorsque la pression du milieu extérieur varie de — 3" à - 4"-
4*^ L'observation des phénomènes présentés par les poissons au bout d'un
certain temps de séjour dans les diverses solutions montre que nos Sélaciens
supportent beaucoup rftieux la dilution de Teau de mer que son enrichisse-
ment en sel.
5° D'une manière générale, la « tendance à la régulation » ('), c'est-à-dire
l'indépendance du milieu intérieur est moins accentuée chez le Sélacien que
chez le Téléostéen. Ceci s'accorde bien avec le fait généralement accepte
que le Sélacien est inférieur en organisation au Téléostéen, qu'il se trouve
situé à un degré inférieur de l'échelle animale.
CHIMIE BIOLOGIQIE. — ConstitiUion de Vœuf ovarien de Carpe (Cyprinus
Garpio). Note de M. E. Fauré-Fremiet et M"*^^ H. Garrault, présentée
par M. Henneguy.
Cytologie de Vœuf ovarien. — L'œuf ovarien de Carpe arrivé près du
terme de sa croissance montre une vésicule germinative assez volumineuse
entourée d'une couche cytoplasmique chromatique très développée; le
reste du cytoplasme renferme de fines granulations mitochondriales et deux
sortes d'éléments vitellins; les uns apparaissent in vivo comme des vési-
cules renfermant un ou deux globes hyalins; les autres, assez réfringents,
se montrent le plus souvent sous l'aspect de cristalloïdes rappelant les
tablettes vitellines des Batraciens; mais au contact de l'eau distillée, ils se
gonflent rapidement puis se désagrègent et semblent se dissoudre.
Valenciennes et Fremy ont décrit ces deux sortes d'éléments vitellins
comme « des gouttelettes de graisse » et des a granules transparents en
tablettes, qui rappellent ceux du vitellus de la Raie ». Mais ils montrent,
en ce qui concerne ces derniers, que, malgré l'analogie de forme, leur
solubilité dans l'eau exclut toute comparaison avec 1' « Ichtine » insoluble
des œufs de Poissons cartilagineux et de Batraciens; ces auteurs nomment
« Ichtidine » la substance constituant ces tablettes.
(*) On pourrait l'apprécier au moyen de la pente générale de la courbe.
1496 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Lexamen microchimique des œufs de Carpe montre un fait paradoxal :
les globes hyalins qui correspondent aux « gouttelettes de graisse » de
Valenciennes etFremy se comportent comme des substances albuminoïdes,
et les tablettes cristalloïdes se teignent par les colorants des lipoïdes tels
-que le rouge Soudan et le bleu de Naphtol (technique d'Arthur Meyer),
même après passage dans V alcool, le chloroforme, le xy loi et la paraffine; on
n'observe pas, d'autre part, de graisse osmioréductrice.
Au moment de la ponte, les tablettes d' « Ichtidine » disparaissent, et il
ne reste plus dans l'œuf, d'après les mêmes auteurs, qu'un liquide vitellin
« fortement albumineux » tenant en suspension de la « graisse phosphorée ».
Composition centésimale des œufs ovariens. — L'étude des ovaires de
Carpe prélevés deux mois avant l'époque du frai nous a donné les chiffres
moyens suivants :
Eau... • 66,3
Substances protéiques (N total x 6,2.5).. . 25,7
Corps gras (acides gras x i ,o46) <),•>.
Cholestérine • o,4')
Hydrates de carbone 0,0
Cendres 2,0
Total 100, 65
Sépai'ation des éléments vitellins. — Nous avons broyé des ovaires avec de
l'eau salée à 9 pour 1000 qui n'altère pas, ou très faiblement, les globules
vitellins de l'œuf; l'émulsion obtenue étant filtrée sur une toile qui retient
les membranes vitellines et les débris de tissus, on recueille une suspension
d'éléments vitellins qui peut être centrifugée; au-dessous d'un liquide
trouble contenant de fines granulations, on recueille alors :
1° Uiie couche verdâtre constituée par les vésicules et les globes hyalins;
2° Un culot jaune rosé constitué par les tablettes cristalloïdes plus
lourdes (Ichtidine); la séparation et les lavages sont faciles.
Globes hyalins. — Traités par l'eau distillée, les globes hyalins donnent
un important résidu insoluble et une solution opalescente précipitable par
l'alcool.
Nous avons trouvé pour la fraction insoluble 14,82 pour 100 d'azote
eto,4i7 pour 100 de phosphore; la fraction soluble précipitée et séchée
nous a donné 0,457 pour 100 de phosphore. Les globes hyalins sont donc
constitués par des phosphoprotéides, par des « vitellines ».
Tablettes d^Ichtidine. — Centrifugées à grande vitesse après plusieurs
lavages, les tablettes d'Ichtidine confluent et forment une masse pâteuse;
SÉANCE DU 6 JUIN I922. I^Ç)^
traitée par une très petite quantité d'alcool, cette masse se gonfle et devient
visqueuse; si l'on augmente la proportion d'alcool, il se ])roduit, au con-
traire, un abondant précipité blanchâtre et l'alcool se teinte en jaune. En
épuisant pendant dix heures par l'alcool bouillant (dans l'appareil de
Kumagawa) 5^,4 du précipité obtenu, nous avons séparé 3^,829 de subs-
tance blanche insoluble et i^',563 d'un extrait lipoïdique dont les deux tiers
au moins sont formés par des lécithines précipilables par l'acétone.
La fraction insoluble nous a donné i4,64 pour 100 d'azote et
0,573 pour 100 de phosphore.
L'(( Ichtidine » de l'œuf de Carpe peut donc être considéré comme un
complexe de deux substances, une « vitelline » et une lécithine, difficiles à
séparer l'une de l'autre, ce -qui assure aux éléments figurés qu'elles cons-
tituent des propriétés microchimiques contradictoires en apparence.
Il est possible que les vitellines des globes hyalins et des tablettes d'(( Ich-
tidine » ne soient qu'une seule et même phosphoprotéide; si l'on compare,
dans ce cas, les analyses de Frémy et Valenciennes, de Gobley, de Walter
et les nôtres, on voit que cette vitelline ne diffère, en première approxi-
mation, de r« ïclituline » des œufs de Salmonidés que par ses caractères
de solubilité en présence de l'eau distillée ou salée.
Corps gras. — Le fractionnement de l'extrait éthéré total de l'œuf de
Carpe donne un très abondant précipité de phosphatides et un extrait qui
renferme la cholestérine et des glycérides. En calculant les lécithines
d'après le chilïre de phosphore lipoïdique total (') nous avons trouvé les
chiffres suivants :
Phosphatides (P x 25,76) 12, 33 pour 100 du poids sec total
Glycérides (par différence) 6,08 » »
Cholestérine i , 34 » »
Résidu insaponifiable 0,8 » »
A l'inverse de ce que nous avons constaté chez l'œuf de Truite, ce sont
les phosphatides qui prédominent dans le vitellus de l'œuf de Carpe.
La sépai^ation des glycérides est difficile (-); d'autre part, bien que nous
(') Corrigé d'après la perte subie après lavage des phosphatides.
(2) Nous axons pu caractériser la glycérine, l'acide mvristique et un acide liquide
non saturé.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 23.) I08
1498 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ayons pu séparer par cristallisation une fraction renfermant la cholestérine
et des acides gras, il semble que cet alcool, dont la plus grande partie est
directement précipitable par la digitonine, ne soit pas éthérifié.
Hydrates de carbone. — La recherche du glycogène nous a donné des
résultats négatifs; Walter avait également reconnu l'absence de cet hydrate
de carbone.
Composés minéraux. — Les cendres contiennent, comme celles de l'œuf
de Truite, une proportion importante de calcium. Le phosphore total
atteint 1,2 pour 100; si Ton additionne le phosphore probable des vitel-
lines et le phosphore des lécithines, il reste environ o,i4 pour 100.
MICROBIOLOGIE. — Sur la pluralité des virus aphteux.
Note (*) de MM. H. Vallée et H. Carré, présentée par M. E. Roux.
Nous avons précédemment posé le problème de la pluralité des virus
aphteux (^) et démontré, par des expériences appropriées, qu\me imnmnité
solide contre un virus originaire du département de l'Oise (virus O) reste
sans valeur à l'égard d'un virus d'origine allemande (virus A).
1. Poursuivant nos expériences, nous constatons par réciprocité que dix
génisses guéries d'une infection par virus A depuis 34, 36, 49, 52, 60 jours
et réfractaires à une nouvelle inoculation de ce même virus, s'infectent toutes
par le virus O.
L'infection est également bien obtenue par cohabitation avec un malade
ou par inoculation sous-cutanée de sang virulent. La gravité de la récidive
à si courte échéance est de tous points comparable à celle de l'infection
initiale.
Il est donc acquis que chacun des virus O et A, s'il vaccine contre lui-
même, ne confère aucune résistance appréciable à une infection croisée.
2. On ne saurait attribuer la sensibilité croisée, à l'un des virus O ou A,
des animaux guéris d'une première infection A ou O, à une défaillance
pure et simple de l'immunité. Une première atteinte de la maladie O ou A,
suivie d'une épreuve d'inoculation avec des doses massives du virus même
(*) Séance du 29 mai 1922.
C^) Bulletin de la Société de Médecine vétérinaire pratique, 11 janvier 1922,
p. II- 17, et 8 février 1922, p. 47-30; Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 207,
SÉANCE DU 6 JUIN 1922. l499
qui l'a provoquée, laisse le sujet parfaitement résistant à toute récidive à
bref délai par le même virus. L'immunité solide, totale, ainsi conférée, cède
à une réinoculation d'un vii us différent.
Par contre, l'évolution successive de deux infections provoquées, Tune
par le virus O, Tautre par le virus V, confère à l'organisme l'immunité
contre ces deux types virulents.
La dualité des virus O et V est donc un fait démontré. Nous tenons à la
disposition des chercheurs, aux lins de contrôle, des échantillons de ces
deux origines.
IIL Doit-on considérer les virus O et A comme deux types microbiens
totalement distincts, déterminant chacun une maladie propre, et convient-il
de décrire dorénavant une fièvre aphteuse liée à l'évolution de O et une
fièvre para-aphteuse provoquée par le virus A ?
Faut-il, au contraire, regarder les formes virulentes O et V comme deux
races d'un même virus, ne se distinguant entre elles que par leur inaptitude
à une vaccination croisée?
Pour notre part, nous n'osons encore conclure. Aucune distinction ne
peut être établie dans les manifestations cliniques provoquées par l'un et
l'autre type. Les virus O et A sont également pathogènes pour le bœuf, le
porc, le mouton. L'un et l'autre sont inoculables dans les mêmes conditions
au cobaye. Le cheval est réfractaire à tous deux. Quant à l'inoculation à
l'homme qui ne pouvait être tentée que sur nous-mêmes et notre personnel,
nous n'y avons point eu recours. Manipulant depuis de longues années des
virus aphteux d'origines fort diverses, nous ne représentons point le terrain
favorable à une semblable tentative.
Les modes de contagion de O et de A sont identiques; leur inoculation
s'établit, dans toutes les formes possibles, dans les mêmes conditions, en-
core que la durée de l'incubation soit d'ordinaire plus longue pour O que
pour A. Les deux virus se comportent de la même manière aux épreuves de
filtration et se conservent également bien, durant des mois, en sang défi-
briné au frigorifique entre — 1° et 4-2°.
Pour notre part, nous n'osons encore conclure et, tout en penchant en
faveur de la pluralité d'un même type de virus, notre opinion se réserve (').
IV. Tout au moins nos constatations éclairent-elles la question, si
(^) Les notions résumées en cette îNole feront l'objet d'un Mémoire qui paraîtra
dans un autre Recueil,
l5oO ACADÉMIE DES SCIENCES.
obscure jusqu'ici, des récidives de la fièvre aphteuse et appellent-elles, avec
une étude comparative des virus des diverses origines, une réforme com-
plète des méthodes d'étude de la redoutable épizootie(*).
La séance est levée à i6 heures et demie.
A. Lx.
(') (^)u'il s'agisse en fait de deux infections distinctes, que la clinique seule ne
permet point de diflérencier, ou d'une seule infection tributaire d'au moins deux races
de virus distinctes, il y a lieu de remarquer que la pratique de l'aphtisation, telle que
divers auteurs la conseillent ou que nous l'avons préconisée nous-mêmes avec M. le
D'' E. Roux, doit être totalement modifiée. Nous poursuivons, pour notre part, des
reclierches sur l'association des divers types de virus.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU LUNDI 12 JUIN 1922.
PRÉSIDENCE DE M Emile BERTIN.
MEMOIRES ET C0M3IUNICATI0I\S
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
CHIMIE PHYSIQUE. — Su?' la représentation géométrique des équilibres salins.
Note de M. Henry le Chatelier.
Dans un fascicule récent du Chemiker Zeilung (' ), le professeur Jaenecke
élève une très vive réclamation de priorité au sujet d'une Note que j'ai publiée
en 192 1 , dans les Comptes rendus, sous le lilre : Sur les doubles décompositions
salines et sur leur représentation géométrique (^). Il se plaint que je n'aie pas
rappelé ses travaux de iQoS (^) et des années suivantes relatifs à l'emploi du
diagramme carré pour la représentation géométrique des équilibres salins.
Je ne connaissais pas les travaux du professeur Jaenecke, ceux-ci n'ayant,
que je sache, été reproduits dans aucune publication française. Le diagramme
carré, dont il revendique la propriété, a été publié par moi dans les Comptes
rendus, en 1894 (^), c'est-à-dire 10 ans avant le commencement de ses
recherches ; il m'appartient donc complètement. Je l'avais appliqué alors à
l'étude delà fusibilité d'un mélange de quatre sels pouvant échanger deux à
deux leurs constituants par voie dédouble décomposition. M. Jaeneckea
utilisé la même construction géométrique pour représenter la solubilité de
mélanges de quatre sels et il l'a fait sans jamais citer mon nom. Sa réclama-
tion actuelle semble donc peu justifiée.
(') Chemiker Zeitung, t. 46, 1922, p. 36 1.
(2) Comptes rendus^ l. 172, 1921, p. 345.
(^) Zeit. fur anorg. Cliemie, \. 51, 1906, p. i32.
(*) Comptes rendus^ t. 118, 189:», p. 4i5.
C. K., 1922, 1" Semestre. (T. t7i, N« 24 ) 1^9
I302 ACADEMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Essai de coordinalion chronologique générale
des temps quaternaires. Note (') de M. Charles Depéret.
Je continuerai mon étude du Quaternaire marin du nord de l'Europe
par les contrées qui entourent le massif fenno-scandinave : Hollande^
Danemark^ Allemagne du Nord. On retrouve dans ces pays riverains de la
mer du Nord et de la Baltique les diverses glaciations et étages marins
interglaciaires que j'ai décrits dans les Iles Britanniques (^)
1. J'ai déjà exposé (^) les caractères du plus ancien étage quaternaire
marin du Danemark et de l'Allemagne, l'étage S/«7/e/i ou O'ommV/n'ntercalé
{premier inter glaciaire) entre la glaciation scanienne (^) et la glaciation
saxonienne-mindélienne. Il comprend une assise inférieure laguno-lacustre,
parfois ligniteuse, avec faune tempérée analogue au Forest-bed àe Cromer,
et une assise supérieure de mer assez profonde avec faune arctique (argiles
à Yoldia arctica et Astarte borcalis.
2. C'est après le dépôt de ces argiles que se produit le maximum
d'invasion de l'inlandsis Scandinave. De la côte du Norfolk la calotte gla-
ciaire saxonienne traversait la mer du Nord, peut-être sous forme d'une
banquise, atteignait la Hollande au sud d'Amsterdam, et par Utrecht et
Nimègue gagnait l'Allemagne. Arrêtée au Sud par le Harz, le Thuringer
Wald, la Bohême et les Carpathes, elle s'étalait sur les plaines russes en
trois immenses lobes sur le Dniester, le Don et la Kama pour remonter au
Notd vers l'Océan Arctique. Dans ce long trajet, la limite de l'inlandsis est
(') Séance du 29 mai 1922.
(-) Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 212.
(^) Voir Comptes rendus, I. 170, 1920, p.. 169.
(*) L'existence de la glaciation scanienne est maintenant contestée par les géologues
danois au moins pour la Scanie et le Danemark. Mon savant confrère INL Madsen
m'écrit en effet que « les dépôts glaciaires de la Scanie, que Geikie rapporte à la pre-
mière glaciation ne sont pas aussi anciens et appartiennent en réalité à la dernière
glaciation mecklenbourgienne ou wiirmienne ». De même sur la côte du Jutland, les
dépôts morainiques les plus profonds d'Esbjerg doivent être rattachés, selon Madsen,
à l'époque de maximum de glaciation saxonienne, et non à une glaciation plus
ancienne. Il ne resterait donc pour représenter cette première glaciation, di\.Q scanie une,
que les dépôts morainiques profonds de Hambourg et de la basse Yistule, sur lesquels
les géologues allemands sont loin d'être d'accord. D'après ces données nouvelles, il
n'y aurait donc en Danemark comme en Angleterre que trois glaciations : 1° saxonienne-
mindélienne; 2° polonienne-rissienne; 3° mecklenbourgienne-wiirmienne.
SÉANCE DU 12 JUIN I922. l5o3
marquée non par de véritables moraines frontales, mais par une nappe de
boue glaciaire à blocs et éléments d'origine Scandinave.
3. Ensuite le glacier fond et se retire au Nord jusqu'à une distance
inconnue (deuxième phase inter glaciaire). La mer envahit la Hollande, le
sud du Danemark et la basse vallée de la Vistule. Elle dépose en Hollande
des sables grossiers avec galets et blocs Scandinaves empruntés au glaciaire
sous-jacent, notamment dans la Gueldre ou vallée d'Eem, d'où le nom
à'étage Eemien donné par Harting (') dès iSyS à ces couches de faciès 1res
littoral. En Danemark et en Prusse, les dépôts Eemiens sont en général
argileux, indiquant une mer plus profonde, mais on y observe à la base
des sables avec tourbe et coquilles d'eau douce répondant au début de la
transgression.
La faune Eemienne est une faune de mer très tempérée. On y trouve
un mélange de formes nordiques {Mya truncata, Zirphœa crispala, Cyprma
islandica) et de formes plus méridionales, les unes de la mer du Nord et de
la Manclie {Lacina dimricata, Gastrana fragilis, Cardium tuberculatum,
C. papillosum, Haminea navicula), d'autres des côtes atlantiques françaises
[Mytilus minimus, Syndesmya ovata) et enfin de deux espèces méditer-
ranéennes {Mytilus tineatus\i Tapes senescens Dod. = Tapes aiireus. var.
Eemiensis Nordm. {') = Tapes Dianœ Loc). L'analogie est saisissante avec
les faunes tempérées du Holderness et du Norfolk qui occupent la même
position intergiaciaire entre les glaciations saxonienne et polonienne.
Mais tandis qu'en Angleterre, ces sables interglaciaires dessinent une
ligne de rivage constante à Faltilude de 3o--33-, l^élage Eemien de Hol-
lande et du Danemark n'affleure nulle part au-dessus du niveau de la mer;
il n'est connu que par des sondages, sauf dans les points du Danemark où des
lambeaux d'argiles à Cyprina islandica ont été remontés à des hauteurs va-
riables par la poussée du glacier (Langeland, Erô, Fionie, Slesvig, etc.) {').
Il est donc difficile de déterminer [^altitude de la ligne de rivage à l'époque
Eemienne. En Hollande on ne peut guère douter d"un afl^aissement poste-
émien, car le faciès de l'étage est très littoral et sa cote supérieure s'abaisse
(') Harting, Le système Eemien {Arcli. néerland. d. se. exactes et naturelles,
t. 10, 1875, p. 443). ■ ■ ^ A
(2) NORDMAXN. Tapes senescens og Tapes aureus Gm. var. eemiensis i\ordm.
{Sœrkyk of Vidensk Meddei fra Dansk naturlo Foren 191 3, i-Go) (r«-^sume en
anglais).
(*) Madsen, Nordmann et Hartz, Eemzonerme [Danniarks geologiske Inderso-
gelse, 1908, n" 17), résumé en français.
l5o4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de — 8" à l'Est à — 82™ à l'Ouest vers la mer ( ' ) En Danemark l'affaisse-
ment n'est pas aussi évident, car le faciès est de mer plus profonde et la cote
supérieure oscille dans le Slesvig occidental de — 9,7 à — i5,4, chiffres
très conciliables avec l'existence d'une tranche d'eau de 4o™ à 5o™ au
moment du dépôt. La question demeure douteuse.
En tous les cas, ce qui me paraît certain, c'est l'équivalence exacte de
l'étag-e Eemien avec les sables interglaciaires à faune tempérée de la côte
est de l'Angleterre, avec les dépôts à faune chaude du Sussex et aussi avec
l'étage Tyrrhénien de la Méditerranée (couches à Strombes).
4. Alors intervient une nouvelle glaciation Scandinave qui recouvre en
divers points du Danemark et du Slesvig les formations Eemiennes. La
limite de ce glacier polonien-rissien est moins étendue vers le Sud que celle
de la glaciation précédente. Il couvre encore le nord de l'Angleterre, tra-
verse la mer du Nord pour atteindre l'Allemagne vers l'embouchure de
l'Elbe, passe au sud de Berlin et de Varsovie et se recouibe au Nord vers la
mer Blanche; mais la séparation des moraines de fond de ces deux glaciers
n'est pas partout facile.
5. Puis une période de réchauffement amène encore une fois la retraite
du glacier ( troisième /;mo(^e inter glaciaire). La mer revient sur l'empla-
cement occupé parla glace, mais cette fois ses dépôts ne sont connus que dans
l'extrême nord du Jutland, dans l'île Vendsyssel. C'est l'épaisse formation
marine de Skœrumhede (120™) (-), divisée par les géologues danois en trois
zones de bas en haut : \° zone à Turritella terebra k faune boréo-lusitan-
nienne; 1° zone à Ahra nitida à faune boréo-arctique; ?>° zone à Portlandia
arctica à faune arctique. Le refroidissement de la mer est progressif de la*
base au sommet de Tétage.
L'altitude de la ligne de rivage est aussi difficile à fixer que pour l'étage
Eemien. La cote supérieure du dépôt n'a été observée qu'au sondage de
Skœrumhede (—34°'). Y a-t-il eu affaissement ou bien le dépôt s'est-il
formé à son niveau actuel sous une grande épaisseur d'eau ? Les deux hypo-
thèses sont soutenables.
Quelle que soit la solution adoptée, je considère l'étage de Skœrumhede
comme contemporain de la terrasse de 100 pieds d'Ecosse qui appartient
(') Henseignetnents obligeamment transmis par M. le professeur Lorié d'Utrecht.
('^) Jessen, MiLTHfciRS, NoRDMANN, Hartz et Hesselbo, En Boring gennem des
quârtere Lag ved Skœrumhede {Danm. geol. Undersôgelse^ 1910,0° 25), résumé eu
anglais.
SÉANCE DU 12 JUIN 192Î. 1 5o5
au même inter2;'laciaire et contient aussi une faune arctique. Je les attribue
l'un et l'autre à la fin de l'étage Tyrrhénien.
6. Nous arrivons enfin à la dernière invasion quaternaire du glacier Scan-
dinave sur la région germano-danoise (giacialion 'mec/ilenbourgienne-^ur-
nienne). C'est l'époque des moraines balti(/ues c^m dessinent au sud du rivage
de cette mer des traînées sinueuses de moraines frontales très fraîches à
travers la Prusse, la Poméranie, le Mecklenbourg, s'infléchissant au Nord-
Ouest dans le Slesvio:-Holstein, puis, au Nord à travers le Jutland jusqu'à
hauteur de Viborg où un crochet brusque à l'Ouest les amène au Skager-
Rack et amorce leur raccord avec les moraines de la cote norvégienne. Au
nord du Jutland, à Vendsyssel, cette glaciation recouvre la formation
marine précédente.
7. Après la retraite de ce glacier, nous n'avons plus à indiquer comme
dépôts marins que l'invasion postquaternaire de la mer à Yohiia qui atteint
seulement la pointe du Danemark et intéresse surtout la Scandinavie où
nous la retrouverons.
THERMODYNAMIQUE APPLIQUÉE. — Sur V emploi de l' air
com,me agent frigorifique. Note de M. Maurice Leblanc.
Il y aurait les plus grands avantages, dans l'industrie du froid, à
employer l'air comme agent frigorifique. On n'y est pas parvenu écono-
miquement jusqu'ici et nous allons chercher les moyens d'y arriver.
Pour fixer les idées, nous supposerons, dans ce qui va suivre, qu'on
veuille fabriquer de la glace en disposant d'eau de refroidissement à la
température de 10° G., qu'on rejettera à celle de so** C. et comparerons
l'emploi de l'air à celui de la vapeur saturée d'ammoniac.
Par quelles températures conviendra-t-il de faire passer V ammoniac et fair?
L'air étant inoffensif, on n'aura jamais à interposer entre lui et les corps à refroidir
un intermédiaire, tel que la saumure, comme avec l'ammoniac.
La température de l'ammoniac, dans son condenseur, sera constante et supé-
rieure de 3° environ à celle de l'eau de refroidissement à sa sortie, soit de 28°.
L'air sortira d'un refroidisseur à contre-courant, à une température peu supérieure à
celle de l'eau à son entrée et voisine de i3°.
D'autre part, la température de l'ammoniac, dans son réfrigérant, sera constante et
inférieure de 8° environ à celle de la saumure à — 5° qui congèlera l'eau dans des
mouleaux, soit Je — 13°. On fera circuler directement l'air autour d'un cylindre, dont
i5o6
ACADEMIE DES SCIENCES.
les parois seront tapissées de couclies de glace de moins en moins épaisses et dont
l'extrémité contiendra de l'eau à + io°.
De l'air à 4- 2° pourra refroidir de l'eau à 4-10". Nous l'extrairons donc du réfri-
gérant à -+- 2°. Le rendement théorique des machines diminuera à mesure que nous
ferons pénétrer l'air dans le réfrigérant à une température plus basse, mais leur ren-
dement mécanique s'élèvera et elles seront mieux utilisées. La température la jjius
favorable paraissant être de ^ 3o°, nous l'adopterons.
Cycle des machines a air. — Nous dirons Tair à l'état P, V, T, lorsque sa
piession sera P, son volume spécifique V et sa température absolue T.
Le cycle qu'il doit décrire, dans une machine frigorifique, est représenté
sur la figur.^ i. On le fait passer successivement : 1° de l'élat 1\ V,T, à
Tctal P^^^/i- 6a le détendant adiabatiquement; 2° de l'élat P.VaTo à
Kig. I.
Tétat P2V3T.J en TéchaulYant à pression contante; 3° de Tétat P^VitT., à
l'état P,V,, Tj en le comprimant adiabatiquement; tf de l'état P,V,, T,, à
son état initial P, V,T, en le refroidissant à pression constante.
Soit Cp sa chaleur spécifique à pression constante (c,j= 0,2375), Chaque
kilogramme d'air parcourant le cycle gagne c^^ÇY^ — To) calories et en
perd Cj,(T ^ — T,). Le travail G qu'il absorbe est
f j[\
G — 42/^C/,(T.J— T2) -^^ — '-•
A 2
Le rendement du cycle est celui dhin cycle de Cnrnot décrit entre les tempé-
ratures T, et To.
Dans le cas de la fabrication de la glace, nous devrons faire normale-
ment, d'après ce qui précède : T, = 28G, T. = 243, T^ = 275. Il en
résulte :
T4=z324 et Pa^OjOyioP] [on a Pi Vi=: 29,272Ti] ;
V,^i,4S8V,, V,= i,684Vi, V;— i,i32V, ; fo = 57o''8"^,22.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1 5o7
Rendements théorique, thermique, mécanique et réel. Cycles théorioii: et réel
d'une machine frigorifique :
Nous appellerons dans tous les cas :
Rendement théorique : celui d'un cycle de Carnot décrit entre la température T,
du fluide, à la sortie de son refroidisseur ou de son condenseur et sa température Tj
à l'entrée du réfrigérant;
Rendement thermique : le rapport de l'aire du cycle de Carnot précédent décrit
par i''6 de fluide à celle du diagramme relevé dans les cylindres, également rapportée
au kilogramme de lluide;
Rendement mécanique : le rapport du travail indiqué dans les cylindres au travail
dépensé sur les arbres;
Rendement réel : le produit des trois rendements précédents;
Cycle théorique : la succession de changements d'état que nous désirons faire subir
à chaque kilogramme de fluide ;
Cycle réel : le diagramme relevé dans les cylindres rapporté au kilogramme de
fluide..
Le cycle théorique de la machine à air est celui de la figure i. Son rende-
ment est égal au rendement théorique.
Son cycle réel diffère très peu de son rendement théorique. D'après des diagrammes
relevés sur des compresseurs d'air, les courbes de compression et de détente sont
parfaitement adiabatiques et, à la condition d'imputer au rendement mécanique les
pertes de force vive dans les orifices des cylindres, nous pouvons dire :
Le rendement thermique de la machine à air est égal à son rendement
théorique.
Dans une machine à ammoniac : l'^s d'ammoniac liquide occupant un volume (g à la
température T2 est vaporisé sdus la première constante Pj égale à sa tension de vapeur
à la température T'^. Le kilogramme de vapeur produit est comprimé adiabatiquement ,
jusqu'à ce qu'il ait atteint la pression Pj égale à sa tension de vapeur à la tempé-
rature T'j. La vapeur se surchauffe, pendant sa compression, et arrive ainsi à la tem-
pérature T" supérieure à la température T, . Elle se refroidit d'abord dans le conden-
seur, puis se liquéfie à la température T'j , et son volume redevient sensiblement t'o.
Le kilogramme de liquide est ramené à une température Tj peu différente de ceHe-de
l'eau de condensation, à son entrée dans le condenseur, et finalement lenvoyé dans
le réfrigérant.
Non seulement le rendement du cycle théorique de la machine à ammo-
niac est inférieur au rendement théorique, mais son cycle réel diflère beau-
coup de son cycle théorique et a un rendement bien plus faible.
En fait, le rendement thermique des meilleures machines à ammoniac ne
dépasse pas les o,65 du rendement théorique. Cela est dû à r action des
parois, qui est sensiblement nulle avec l'air.
l5o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En revanche, le rendement mécanique d'une machine à air est très infé-
rieur à celui d'une machine ù ammoniac, qui atteint facilement 0,92.
En effet, si nous faisons, d'après ce que nous avons dit : Tj r:r 286, Tj ::;= 248 et.
T3 =z 275, la différence Tj — T, esl petite par rapport à Tj, le cvcle eil très étroit et
le travail S par kilogramme d'air est seulenaent égal à Syc^^s'", alors qu'il serait d'en-
viron 21 ooo'^sm pour i^o'^ d'ammoniac^ avec T'j ^= 296 et T^ = 260.
Or le fluide, en décrivant son cycle, devra, par deux fois, sortir des cylindres de la
machine, pour y rentrer après avoir traversé un échangeur de chaleur. Il devra donc
franchir successivement quatre orifices étranglés, et la force vive qu'il y aura
acquise sera consommée en remous.
Acceptons une perte de ipo''''''" par kilogiamme de fluide pour ces quatre orifices.
Elle affectera à peine le rendement de la machine à ammoniac, tandis qu'elle limilera
à 0,85 celui de la machine à air.
D'autre part, le travail absorbé par l'air sera la différence de deux travaux, l'un de
compression Qc, l'autre de délente S^ et celui consommé par les résistances passives
de la machine croîtra avec la somme (fFc+K^). Avec l'ammoniac, s'il y a un travail
de détente, il est très petit par rapport à la différence (îjf — Grf).
Le rendement mécahiqiie d'une machine à air sera donc toujours notablement infé-
rieur à celui d'une machine à ammoniac.
C'est pour raméliorer que nous avons abaissé à 243 la température To,
bien que le rendement théoi^ique de la machine à air ne soit plus alors que
les 0,78 de celui de la machine à ammoniac.
Ne tenons pas compte, dans les deux cas, du réchauffage des machines par le milieu
amb'iant.
Si la machine à ammoniac avait un rendement égal à son rendement théorique,
la production d'une frigorie coûterait 58''S"i,5. Elle coûtera, en réalité, au
58 5
moins ^ — 7 =: qS''^'^. Si la machine à air avait le même rendement réel,
0,92 X o,bo
chaque kilogramme d'air jjroduisant 7,6 frigories, la dépense de travail par kilo-
gramme d'air devrait être de 745''s™, dont 100 seraient absorbés par les pertes de
force vive dans les orifices. Le travail qu'il utiliserait serait de 57o''s™.
Le travail absorbé par les résistances passives de la machine ne devrait
être que de 76''^™ par kilogramme d'air et égal, ainsi, aux o, 10 environ du
travail total dépensé.
Pareil résultat ne pourra être obtenu, avec les appareils les plus perfec-
tionnés que si le travail ç,. est peu^élevé par rapport à la différence (5^ — s,/).
Or, jusqu'à présent, on a réalisé le cycle de la figure i en le considérant comme la
superposition des deux cycles de la figure 2 parcourus en sens contraires. Le premier
était réalisé dans un compresseur, le second dans un délenteur disposé comme une
machine à vapeur ordinaire.
SÉANCE DU 12 JIL\ 1922.
1.509
D.ins ces conditions, si l'on fait T, = 286. T., = 243, 7-^=2-0, on irouve que la
somme des volumes (V-^ + Va), (|ne doivent engendrer les pistons des machines,
est 4.62 fois plus grande que le volume (V3 — V,) dont varie celui de l'air décrivant
F* (7-
le cycle de la figure i et que l'on a ^:r^^ ^ := 16,89. La puissance loUile des machines
^c ^(1
employées est alors 16, 3g fiis plus grande que celle réellement communiquée à l'air.
Fig. 2.
Cela conduit à l'emploi d'un matériel monstrueux et de très mauvais rendement.
Ce système ne peut convenir que pour la production de très basses températures,
j)our faire de l'air liquide, par exemple, parce que le travail 5^ est alors très petit par
rapport au travail G^. Si l'on s'en est servi pour produire de petites diflTérences de tem-
pératures, c'est qu'il fournissait un moyen commode de faire circuler lair dans le
refroidisseur et le réfrigérant, qu'il suffisait de brancher entre le compresseur et le
détendeur.
Mais nous pouvons échanger l'air contenu dans un cylindre en faisant
balayer cekii-ci par de Pair plus chaud ou plus froid, provenant dVin léfri-
gérant ou d'un refroidisseur et mû par un ventilateur, en laissant le piston
immobile.
Cela permet de réaliser le cycle de la figure i en n'engendrant que le
volume V3 — V,. Si Ton fait T, = 286, T^ — 2^3 et T., = 276, le travail è^
est seulement égal à 2,29 {^c—*^',i) et il devient possible de faire une
machine à air dont le rendement réel équivaille à celui d'une machine à
ammoniac.
Nouvelle m.\chine a air. — Nous pouvons considérer le cycle de la figure i
reproduit sur la figure 3 comme la superposition des deux cycles des
figures 4 et 5. Dans celui de la figure 4» Tabscisse du point d'ordonnée/? de
la courbe de compression est égale à la différence des abscisses des points
ayant même ordonnée des courbes de compression et de détente du premier
cycle. Les aires de ces deux cycles sont égales. Le second est semblable au
i5io
ACADEMIE DES SCIENCES.
diagramme qu'on relèverait dans un compresseur ordinaire. Nous le réali-
sons avec un tel compresseur à clapets automatiques dit compresseur watié^
T, T,
V 0
(-v. - ^-d
Balayages
VV^
Fio-. 3.
1^1
I I
1V4-V,
Fig.
Vo-V.
parce que tout le travail qu'il absorbe est communiqué à Tair, sans avoir à
être récupéré partiellement.
Le cycle de la figure 5 se compose de deux courbes, l'une de détente,
l'autre de compression, infiniment voisines; elles reproduisent la courbe de
détente du cycle de la figure i. Son aire est nulle.
En décrivant ce cycle, on détend de l'air pris à l'état P, V, T, et Tamène
à l'état P,.V/r,,. Un balayage lui substitue un égal volume d'air à l'état
^^^2^0X3. Celui-ci est comprimé et amené à l'état P,V,,T,. Un nouveau
balayage lui substitue un égal volume d'air à l'état initial P,Y,T,...
Nous le réalisons au moyen d'un détendeur spécial dit détendeur déwatté^
parce qu'il restitue intégralement à l'air le travail fourni par celui-ci.
Il fait passer constamment de l'air du refroidisseur dans le réfrigérant,
mais cet air est repris, à la^sortie du réfrigérant, par le compresseur watté,
qui le renvoie à l'entrée du refroidisseur.
Le volume engendré par les pistons des deux appareils par kilogramme
d'air décrivant le cycle, est seulement égal à V3 — V, .
Une machine composée d'un compresseur watté et d'un détendeur
déwatté, a été construite et a bien fonctionné. Nous la décrirons dans une
prochaine Note.
SÉANCE UU 12 JUIN I922. l5ll
ur
MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Théorie générale du Larbo-compresse
pour moteurs d'avions. Note (' ) de M. A. Kateat.
On sait que le turbo-compresseur que j'ai créé pour la suralimentation
des moteurs d'avions, et qui permet d'en accroître considérablement la
puissance dans les vols à grande altitude, se compose d'une turbine motrice,
actionnée par les gaz d'échappement du moteur, et d'un ventilateur centri-
fuge dont la roue mobile est calée sur le même arbre que la roue de la
turbine.
Le ventilateur aspire l'air de l'atmosphère environnante et le refoule au
moteur après en avoir élevé la pression, au double à peu près avec les appa-
reils actuellement en service.
La turbine reçoit la totalité ou seulement une partie des gaz d'échappe-
ment du moteur, suivant que l'on veut l'action maximum ou, à basse alti-
tude, un renforcement modéré de la puissance du moteur.
Dans cette Note, je me propose de donner la théorie générale du fonc-
tionnement de la machine et d'établir la formule fondamentale qui relie
entre elles les diverses quantités qui s'y rapportent. On verra, ainsi, qu'il
est aisé de remettre, à n'importe quelle altitude, le moteur dans les condi-
tions de fonctionnement au sol, sauf peut-être, à cause des fuites, une contre-
pression d'échappement légèrement plus forte.
Appelons :
p la pression de l'atmosphère environnante ;
T la température absolue de l'air aspiré par le ventilateur;
p^ la pression de refoulement du ventilateur, ou plus exactement la pression
de l'air à l'entrée des carburateurs ;
Pi la pression moyenne d'échappement des gaz du moteur à l'entrée dans
le corps de la turbine ;
T, la température absolue de ces gaz.
La formule s'obtient en écrivant que le travail utile donné par la turbine
est égal au travail réclamé par le ventilateur.
1° Ventilateur. — Pour comprimer i''*^ d'air de/? à/),,, il faut dépenser le
travail
EC(To-T)
(,) W
p.
(') Séance du 6 juin 1922.
13 12 ACADÉMIE DES SCIENCES.
I] étant l'équivalent mécanique de la calorie ( E = 427 ) ;
C la chaleur spécifique de Tair à pression constante;
Tp la température finale en compression adiabatique;
p^ le rendement du ventilateur, par rapport à ladite compression adiaba-
tique, y compris les pertes de charge dans les tuyauteries et lés radia-
teurs destinés à rafraîchir l'air avant son arrivée aux carburateurs.
Mais
\^) TF = — avec A- =r ^ ,
r \p j 7
Y étant le rapport des chaleurs spécifiques de l'air, G à pression constante
et c à volume constant.
D'où, comme connu.
3) W =
KCT
ECT
[/•'■-,],
en appelant /le rapport de compression du ventilateur, r = —■
Pour l'air, aux températures voisines de o°C, d'après les déterminations
les pins récentes, il faut adopter
0 — 0,2887, -/ = r,4o34 C), d'où A = ().'=!S75, C A =z-^ 0,0686.
2° Turbine. — Dans l'action complète de la turbine, le tiroir d'échap-
pement à l'atmosphère étant entièrement fermé, la turbine reçoit la totalité
des gaz issus du moteur, c'est-à-dire aussi la totalité de l'air envoyé par le
ventilateur, augmentée de l'essence ajoutée par les carburateurs, mais dimi-
nuée des fuites par les fissures de la tuyauterie et par les garnitures des
pistons du moteur.
Désignons par
e la quantité relative d'essence, en poids, voisine de 5,5 "/„ habituellement ;
/la proportion des fuites par rapport au poids d'air débité.
On a, pour expression du travail utile donné par la turbine, par analogie
avec le cas du ventilateur, en appelant
C' la chaleur spécifique à pression constante des gaz d'échappement;
k' le rapport des deux chaleurs spécifiques de ces gaz;
pt le rendement de la turbine, y compris les frottements de paliers,
(4) W'= (14-e -/)EC'Ï,
.-(i^
u
?t.
(') J. K. Partington, Proc. of ihe Rojal Society, oclohie 1921
Ib
SÉANCE DU 12 JUIN lf)2l. l5l3
Egalant W et W, nous obtenons
,-(/:"■■
Px
C
avec
(6) r=(. + e-/)pîl,
C = o,,Oc étant le rendement d'ensemble du groupe turbo-ventilateur.
11 nous faut estimer C et k' pour les gaz d'échappement à la température
moyenne de 700**C. qui est celle qui se présente habituellement.
J'admets que l'air se compose, en poids, de 77 d'azote et 23 d'oxygène
et que l'on fournisse 6 pour 100 d'essence de composition moyenne C"H^".
En combustion supposée complète, il se forme 7,7 de vapeur d'eau et 18,9
d'anhydride carbonique, et il reste 2,4 d'oxygène libre. J'adopterai les
dernières déterminations de C et de y (en extrapolant parfois un peu),
pour Az- et C0% par H.-B. Dixon, C. Campbell et A. Parker ('), et,
pour H^O, par O. Knoblauch et E. Raisch (-). Le y de la vapeur d'eau
à 700*^ a été calculé en admettant que la différence des deux chaleurs spé-
cifiques moléculaires est égale à 1,985, comme pour Az- et CO", ce qui ne
doit certainement pas être éloig^né de la vérité.
Je suis donc parti des valeurs suivantes pour C, y et k à 700** C. et aux
pressions partielles de chacun des gaz du mélange :
c.
Az' 0.2558
O^ ..,2238
H^O '),54o
CO' 0.^487
Tenant compte des poids relatifs de ces différents corps dans les gaz
d'échappement, je trouve ainsi, pour la température de 700°C. :
(7) C'=o,2745; A'=o,256i; G' A' = 0,0708;
d'où
fi' a o C'A'
(8) -=0,8908; -^T^ = I.02_n.
Les exposants k' et k étant à peu près inversement proportionnels aux
C) Proc. of the Royrtl Society . octobre 1921.
(■-) Ver. Deutschen Ingenieure, 29 avril 1922.
y.
/,.
1.383
0,2769
1,383
0,2769
1 .2D7
0 , 2042
1 ,221
0 . 1 900
l5l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
chaleurs spécifiques C et C, nous pouvons en profiter pour simplifier nota-
blement la formule (5). La fonction C i — (—) > en effet, ne change
pas beaucoup de valeur si l'on y remplace respectivement C et k'
par C et k.
Posons
.Pi,
;^'="'
d'où
= il -uy
k'
en remplaçant j par i — £ pour réduire les écritures; il vient, par dévelop-
pement en série,
(7)
1+ -u -^ -
2 2.3
«/ -f- ,
Comme £ est petit, égal à 0,(09, ^^ qu'il en est de même de u, qui ne
dépasse pas 0,37, même pour — = -, qui ne se présentera que pour les
turbo-compresseurs de l'avenir qui auront un rapport r de compression
supérieur à 4, on voit que la parenthèse du second membre ne diffère de
l'unité que d'une petite quantité, inférieure à 0,024. Nous pouvons donc
remplacer, dans (5),
C
Pi
par G
(. + ■0,
, C'A'
s étant une quantité, relativement petite, égale à -j^ i = 0,0244 aug-
mente de la valeur approchée des termes en u de la série, valeur qui s'ap-
préciera aisément à l'aide des quelques chiffres suivants :
1- . . . =: 0,0106
2
S = o,o35
1
3*
o,oi65
o,o4i
k
0,0206
0,045
5
0,0286
o,o48
Dès lors, l'équation (5) devient, en posant
(8)
(9)
El)
PJ
T
y
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l5l5
Telle est la relation^, fondamentale des turbo-coinpresseurs. Elle est tra-
duite graphiquennent'par la figure, pour des valeurs de r allant jusqu'à 2,2,
et des valeurs de t comprises entre 0,9 et i ,3.
lif
ti
^A^
I
0,9
/
/
/
/
/
1/
T 0
T, ,,, .
: ^i\
r
f\
r
/
! y
X
1 /
/
Oty
/
>■
X
-i'^
,^
\ ^
X
^/
y
y
5^
^
-^
^^
.^
^^
^ 1.!^
^,^
—
,„^--^
cr<
^ —
— ^
1^
— ^^
""^
^^^^Z^
1
rj.3
___^
~ — - — -_
/.•^
Rappcrt ^
Applications . — Pour que la pression d'échappement />, de la turbine
puisse être juste égale à la pression /?o d'alimentation, c'est-à-dire pour que
y = I , il faut que, d'après (9), t = a;. Voyons quel est le rendement p de la
machine qui est nécessaire dans les hypothèses principales que l'on peut
faire .
Supposons d'abord qu'il n'y ait pas de fuites, /^ o, et admettons que la
carburation apporte 5,5 pour 100 d'essence et que les gaz d'échappement
arrivent à la turbine à la température de 727° C, soit T, = 1000.
Premier cas. — -^ = 2, le ventilateur double la pression;
T = 248°, température de l'air à 6000'" d'altitude;
l5l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
alors
De (8) on tire
!7r:rl,22o5, 5 = 0,o35.
o,3o3
p ^= = o , 27b .
1,09
Deuxième cas. — — = 4, le ventilateur quadruple la pression;
Alor
T= 219", température de l'air dans la stratosphère.
,Q r- 0,826
= a:= 1,409-, .s r= 0,0-4 0, p z= —=0,290.
Ces rendements d'ensemble, de 0,278 610,296, sont aisément réalisables,
car le ventilateur et la turbine ont, même avec des formes très imparfaites,
séparément, des rendements voisins de o,55 et, d'ailleurs, dans le second
cas, la compression devant être faite en deux fois, on intercalerait un radia-
teur pour abaisser la température de l'air, ce qui accroîtrait très notable-
ment le rendement p,, de l'appareil estimé par rapport à la compression
adiabatique totale.
Si l'on peut faire a priori une évaluation des fuites, la formule permet
d'en tenir compte. Supposons, par exemple, que ces fuites compensent
exactement l'effet de c et de s, ce qui correspond à 9 pour 100 de fuites
dans le premier cas et à 10 pour 100 dans le deuxième, et admettons les
mêmes rendements que ci-dessus, ce qui donne à t les valeurs 1,121
et i,36i, respectivement. On déduit alors, de la formule (9),
( I ,0200, n, i I ,071 , . ( 0,071 ,
[ I ,0483, /?o / 1 , 179. ( o, 179.
Dans ces lijpothèses, le ventilateur rétablissant la pression barométrique
au sol, il suffit que la contre-pression au moteur la dépasse de 0,071
ou 0,179 kg: cm^ respectivement, pour que l'énergie des gaz d'écbappe-
ment permette le fonctionnement envisagé.
Si, en marche etTective, on est obligé de consentir des contie-pressions
plus fortes, c'est donc que les fuites sont réellement plus grandes que
9 pour Too, et il faut les rechercher et les réduire.
SÉANCE DU 12 JUIN I922.
l5l7
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les figures intégrales singulières des systèmes
passifs du premier ordre n impliquant quune seule fonction inconnue.
Note (') de M. Riquier.
L^examen de cette question conduit à des résultats diftërents, suivant que
le système considéré est, ou non, linéaire par rapport aux dérivées de la
fonction inconnue.
I. Le système étant non linéaire^ supposons, pour fixer les idées, que la
fonction inconnue, w, qui s'y trouve engagée, dépende des cinq variables
oc., y., ^, ^, ï, et que le système soit résolu par rapport aux trois dérivées
du du du ] . ^ 1 j j ' • • .1 ^" '^''^ 1
-T--> -r-' -T- • en adoptant, pour les deux dérivées restantes --^ -r-' les nota-
ôjc ay oz I ' r ^)c /)/
tions respectives //^, //^, il est de la forme
ds di
(0
— r:z F^(.c, y, Z, S, t, U, Us, Ui),
^" 17 / , N
{ -j-^ — Fr(-î^, J, -, s, l, », «„ ui).
du
- = F; {x, y, z, s, t, u, «,, ui),
où F,., F^, F, désignent trois composantes connues, telles que le système
soit passif. Cette passivité entraine, comme on peut Fétablir, celle du sys-
tème différentiel total
(2)
ds_
dx
ds_
dy
ds_
dz
dF,.
du s
dFy
du s
dF,
du,
dus
dx
du,
'ày
dus
dz
dt^
dx
dt
dt
~ ds
_ ^
~ ds
dF,
dui
dut
dF.^
dut
dF,
du
dx
F.
du.
du „ c^F,
-— —Fy— us^-^ — u^
dy ^ du,
du
dj^^
dut
dFy
du i
dF,
^F,
dz du, dui
du
dFy
du
dF,
du
"s,
dui
dut
dy
dui
dz
àF^
dt
dF,
dF,,
du
dF,
dt du
dF,
dt
dF,
du
( ' ) Séance du 29 mal 1922.
C. R.,.1922, I" Semestre. (T. 174, N» 24.)
I JO
l5l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
OÙ S, i, //, u^, Ut désignent cinq fonctions inconnues de^, j, :;. Soient
! s —è (jf, 7, z, a, |3, y, d, /,),
^ t =^ {x, y, z, a, [3, y, ô, X),
(3) ' a ='-0 (^, j, :;, a, [3, y, ô, À),
^ ;<,=r ^.(j^, j, ^, a, |3, y, ô, ?.),
Ui—Vi{.x,y, z, a, j3, y, ô, /.)
les intégrales générales du système (2).
Cela posé, on pourra procéder comme il suit à la recherche de l'intégrale
singulière du système (i).
Entre les cinq équations (3) et la relation
(^(a, i3, y, a, }.) -""'
on éliminera les cinq constantes arbitraires a, (3, y, 0, X ; on obtiendra ainsi
une relation de la forme
(4) \l(x,y, z, s, t, u, u,, Ut) = o,
et l'on examinera s'il existe quelque fonction a de x, y, z, .v, t vérifiant, en
même temps que le système (i), l'équation aux dérivées partielles (4).
IL Lorsque le système passif (i) a ses seconds membres linéaires
par rapport aux dérivées -y-, —, la méthode d'intégration de Jacobi lui est
applicable, et l'on pourra, dès lors, procéder à la recherche de l'intégrale
singulière de la façon indiquée dans une Note récente (*); on sera ainsi
conduit à adjoindre au système proposé, non plus, comme dans le cas pré-
cédent I, une relation différentielle, mais une relation finie entre x, y, z,
s, t^ u^ et il restera à examiner si la figure définie par cette dernière est une
intégrale du proposé.
II L Le cas d'une équation aux dérivées partielles unique et linéaire du
premier ordre présente une particularité géométrique qu'il convient de
noter. Considérons, par exemple, l'équation
(5) ^ = U + Y^VZ^ + S^+Ï^,
ncc dy âz ds âi.
où u désigne une fonction inconnue de x, 7, z^ 5, t^ et U, Y, Z, S, T des
fonctions connues de x^y, z, s, t, u. Pour procéder, suivant la méthode
(') Comptes rendus^ t. 174-, 1922, p. i3g2.
SÉANCE DU 12 JUI\ 1922. l5iy
rappelée dans l'alinca II, à la recherche do Fintéji^rale singuHère, on consi-
dérera le système des équations différentielles ordinaires
dy __y. f^ — _ y f^ s ii^ — _ T — — L'
dx dx ' dx ^ ' dx ' dx
et l'on en formera les intégrales générales
y = :J(a', a, (3, y, ^, À),
^ r= 5b (x, a, j3, y, ô, A),
(6) [ s -=S {x, a, (3. y, 0, ?.)^
^ = C (^, a, ;3, y, 0, À),
(t = V){x, a, p, y, 0, l),
aux(|uelles on adjoindra la relation
en éliminant entre les équations (6) et (7) les constantes arbitraires a, 3, y?
0, A, on tombera sur une figure de l'espace [f/t". Y, -, S t, ii\^ définie par
une équation unique, et qui pourra être ou ne pas être une intégrale de (5).
Mais, quoi qu'il en soit, si Von considère les figures à une dimension de la
famille (6), aux cinq paramétres a, j^, y, g, X, la figure à cinq dimensions
obtenue comme il vient d'être dit en est V enveloppe; cette enveloppe ne touche
d'ailleurs qu'en un simple point chacune des ligures enveloppées.
MÉGANIQUE ET CHRONOMÉÏRIE. — Trois classes de vibrations isochrones non
entretenues et trois types de machines horaires jixes. Instruments nouveaux
pour l'étude expérimentale des viscosités. Note (' ) de INI. Jules A^DKADE.
I. Étudions tout d'abord la vibration non entretenue du type
, , I d- a . du
^ ' (0^ dt- ' dt
( du . , • • \
I T; = sgn «; £ zir sgn — ; r el q deux constantes positives 1 .
Ce mouvement, toujours réalisé comme mouvement angulaire, s'inter-
prète avec avantage comme mouvement rectiligne. Ainsi envisagée, une
(*) Séance du 6 juin 1922.
i:)20 ACADEMIE DES SCIENCES.
oscillation simple se partage en deux moitiés se réalisant respectivement de
part et d'autre du point mort; la première moitié se termine à ce point
mort, l'autre commence au même point; ces deux mouvements sont respec-
tivement deux projections obliques distinctes de deux mouvements spiraux
uniformes ayant le point mort pour pôle commun. Les constantes carac-
téristiques de ces trajectoires spirales schématiques, savoir :
V = a E^ angle caractéristique de la spirale;
N, vitesse (en radians par seconde) du rayon vecleur;
m = vitesse d'amortissement de ce rayon vecteur par rapport à sa rotation
angulaire;
seront, en séparant la première moitié et la deuxième moitié de l'oscillation
simple, résumées dans les Tableaux respectifs suivants :
Pour Pour
la première inuilië de l'oscillation simple : la seconde moilié de l'oscillation simple :
sinai=r ; • sina2 =
2 fi) ^ I 1 2 OJ y/ 1 -t- ?v
N, = 0), cosai ; wi=zr,)y/i — }i ; JNj = 0J2 cos a^ ; w.2 = w\/i4-À.
IL La durée d'une oscillation simple a pour valeur
— \- a, a.-,
o ■ o "
(2) T=:
W, N.,
HL La semi-amplitude initiale Ui_f et la semi-amplitude finale //, de
la i"'""^ oscillation simple sont unies par la relation
— m,( — i-a, ) /i — / —III.J a»)
(3) u, = u^^,c ^^ y-TT/.'
(e^rbase des logarithmes naturels).
IV, Ces vibrations non entretenues sont rigoureusement isochrones;
avec elles, résumons les principaux types de vibrations non entretenues
qui, tant qu'elles durent, restent isochrones en vertu d'une force pendulaire
et de diverses résistances simples. Ce sont : i° les vibrations troublées par
un frottement pendulaire, c'est-à-dire proportionnel à la valeur absolue de
l'écart au point mort; 2° celles troublées par une résistance visqueuse
(proportionnelle à la vitesse); 3° les vibrations où s'associent les deux
résistances qui précèdent (problème résumé plus haut); 4° les vibrations
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1021
pendulaires troublées par une n-sistance visqueuse et un frotlenicnl simple
constant ; S*' les vibrations pendulaires troublées par un frottement constant
pendant chaque oscillation simple, quel (|ue soit son sens.
Les trois premières ont des semi-amplitudes décroissant en progression
géométrique.
La quatrième a pour loi de réduction des semi-amplitudes «„, lt^, . . . , n-,
la loi
(//,+, + 4)) =(«/+(I»)H, a)>o et II <i; ^
H
/ étant le décalage du point mort du au frottement; l'oscillation de rang /
est la dernière si le z/, calculé par cette relation est le premier pour lequel
on ait algébriquement Ui<^f^ et l'avant-dernière si z/^ positif est précisément
égala/.
Toutes les vibrations précédentes se prêtent à un enregistrement photo-
graphique de leurs successions, enregistrement qui concourt aux détermina-
tions du ou des deux coefficients de frottements d'espèces dllférenles.
V, On doit retenir toutefois que Tassociation d'un frottement constant et
d'un frottement pendulaire trouble l'isochronisme de la vibration //o/z entre-
tenue^ bien que sous une amplitude do régime suffisamment étendue la
vibration entretenue ne manifeste aucune perturbation sensible à l'épreuve
d'isochronisme du réglage.
On en voit un exemple dans le calcul approché de la ckirée de la vibra-
tion entretenue du doublet à enroulements symétriques; celui-ci se com-
porte en effet en régime normal comme si le frottement constant était
accompagné d'un décalage moyen unique dont la valeur serait la moyenne
arithmétique des deux décalages très peu différents respectivement propres
à la première moitié et à la seconde moitié de l'oscillation^cn cours.
VL Au point de vue d'une ciassitication rationnelle des cinq types
de vibrations ci-dessus énumérés, il y a lieu, dans l'emploi de l'organe
réglant, de signaler comme particulièrement précieuse la circonstance
suivante :
Cas d'un organe réglant à coefficients de frottements fixes. — Les frotte-
ments intérieurs à l'organe réglant proprement dit ont leurs coefficients
constants non seulement durant une vibration j mais encore dans la suite
du temps; c'est ce qui arrive par exemple si les frottements considérés ^c
produisent à sec et si leurs coefficients varient peu avec la température. En
ce cas, nous n'aurons à envisager que Teffet de la vieillesse des huiles sur
l'échappement et sur le gros rouage, et l'effet indirect transmis ensuite à
l522 ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'organe réglant par le choc réparaLeur de l'échappement, et son influence
sur le rythme de la vibration.
A ce point de vue, nous mettrons à part les trois classes d'organes réglants
qui conservent Fisochronisme de leurs oscillations non entretenues,
à savoir :
Première classe. — Organes réglants dont les frottements, perturbateurs
d'une vibration sans eux sinusoïdale, comportent : soit une résistance vis-
queuse, soit un frottement pendulaire, soit les deux résistances réunies.
Deuxième classe. — Organes réglants dont les frottements perturbateurs
comportent : soit un frottement simple unique, soit une résistance vis-
queuse, ces deux résistances gardant d'ailleurs leurs coefficients presque
constants.
Troisième classe. — Organes réglants dont les frottements perturbateurs
comportent une combinaison des résistances passives de l'un et l'autre
groupe de la classe précédente.
VIL Propriétés des machines horaires dont Vorgane réglant appartient à
Vimc des trois classes précédentes . — Les propriétés que nous allons énoncer
ne visent théoriquement que le cas où l'action de l'échappement peut être
assimilée à une action instantanée produisant le choc réparateur destiné à
l'organe réglant.
a. Pour un organe réglant de la première classe, recevante son point
mort l'action de l'échappement, la vibration entretenue restera isochrone
MALGRÉ LES IRRÉGULARITÉS DANS l'iNTENSITÉ DU CHOC RÉPARATEUR.
b. Pour un balancier de la deuxième ou de la troisième classe, recevant
l'action de l'échappement, non pas dans la situation précise qui correspond
au point mort du ressort réglant, mais dans la situation qui correspond à un
décalage convenable du point mort^ en sens inverse de l'oscillation en cours,
la vibration ainsi entretenue restera lsochrone malgré les uirégularités dans
l'intensité du choc réparateur.
Pratiquement, ces propriétés précieuses ne seront valables en toute
sécurité (eu égard à la non-instantanéité du choc réparateur) que jusqu'à
une semi-amplitude minima, au-dessous de laquelle on s'interdira de
descendre, ce minimum est lié à ce point de la vieillesse des huiles mises au
gros rouage qui ne devra -pas être atteint; et il est inutile de chercher à
prolonger au delà l'agonie du chronomètre.
VIII. En toute rigueur, les propriétés précédentes ne peuvent pas être
appliquées sans précaution à un chronomètre portatif muni de deux spi-
raux réglants seulement, mais il est aisé de les réaliser sur des chronomètres
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l523
fixes, soit naturellement, soit en appuyant l'organe réglant sur un flotlcur
convenable.
IX. Je n'ai pas la prétention d'affirmer, pour le nionietit, dans la pour-
suite de ces réalisations expérimentales, aucune maturité industrielle immé-
diate, mais en revanche je crois que l'on peut, sur elles, fonder une soluli(m
prochaine de ce problème physique :
Les résistances passives qui se rattachent à la viscosité des liquides se rédui-
sent-elles à une simple résistance visqueuse on couiportcnt-elles encore^ associée
à la précédente, la résistance à' un frottement spécial ayant des lois assez
analogues à celles que l'on rencontre dans le glissement relatif des solides?
L'emploi de balances spirales, et leurs oscillations, étudiées à la fois
photographiquement et chronométriquementy donnera l'instrument propre à
recevoir la réponse à la question que nous venons de poser.
Si cette réponse est affirmative, le même instrument convenablement
préparé nous fournira les lois de ce frottement supplémentaire de la
viscosité.
CRISTALLOGRAPHIE. — Sur les liquides à plans équidistants de Grandjean.
Note ( ' ) de MM. G. Friedel et L. Royer.
La structure à plans équidistants découverte par Grandjean dans le cyan-
benzalaminocinnamale d'amyle se retrouve dans beaucoup d'autres cas et
paraît caractériser d'une manière tout à fait générale les liquides biréfrin-
gents à couleurs épipoliques et grand pouvoir rolaloire. Nous l'avons
reconnue notamment dans le cinnamate, le cinnamylate et le caprylate de
cholestérinc, dans le para-méthylphénone-méthylol, et dans un grand
nombre de mélanges des sels de choleslérine.
Les liquides susceptibles de prendre cette structure ne l'afTectent pas
toujours. Quand ils la présentent, ils sont pourvus d'un pouvoir rolatoire
énorme, se comptant par dizaines de tours par millimètre. En même temps,
et dans les mêmes conditions, ces liquides réfléchissent des couleurs spec-
trales dont la longueur d'onde résulte de l'équidistance des plans et qui se
montrent chaque fois que cette longueur d'onde est comprise dans le spectre
visible, mais qui peuvent passer dans l'infrarouge ou dans l'ultraviolet
lorsque l'équidistance des plans, souvent très variable notamment avec la
température, est trop grande ou trop petite.
Cette réflexion offre des caractères très singuliers. D'une part, elle porte
(') Séance du G juin 1922.
l524 ACADÉMIE DES SCIENCES.
exclusivement sur Tune des vibrations polarisées circulaires, Tautre n'étant
absolument pas affectée. D'autre part, elle présente ce caractère inattendu
que, contrairement à ce qui a lieu dans la réflexion ordinaire, le rayon cir-
culaire se réfléchit sans changer de sens. Ainsi, dans le cyanbenzalamino-
cinnamate d'amyle, les plans réfléchissent exclusivement le rayon circu-
laire droit, et ils le réfléchissent sous forme d'un rayon circulaire droit.
Dans le cynnamylate de cholestérine, c'est le rayon gauche qui est réfléchi
gauche. Il est facile de vérifier cette propriété sur une préparation quel-
conque à couleurs épipoliques et à structure bien régulière (ce qui se
reconnaît à ce que les couleurs sont totalement éteintes par un analyseur
circulaire) : le même analyseur circulaire, gauche pour le cyanbenzalami-
nocinnamate, droit pour le cinnamylate de cholestérine, éteint complète-
ment aussi bien la couleur réfléchie que la couleur complémentaire trans-
mise.
Le liquide peut très bien ne pas présenter la structure à plans parallèles.
Même confuse, comme elle se montre dans beaucoup de sels de cholesté-
rine, cette structure s'accompagne toujours de couleurs réfléchies, qui
seulement varient d'un point à l'autre de la préparation. Mais elle peut
aussi manquer tout à fait. Le liquide se montre alors composé de petites
plages à noyaux, grises entre niçois, et qui ne difl'èrent pas de celles des
liquides à fils ordinaires. C'est ce qui arrive souvent lorsque la phase appa-
raît, soit qu'on l'obtienne par refroidissement du liquide isotrope, soit
qu'on y parvienne en élevant la température à partir de l'état cristallisé ou
d'une autre phase. La structure à plans, qui n'est d'ailleurs jamais régu-
lière que dans les petites épaisseurs, s'établit parfois spontanément ensuite.
Mais dans la plupart des cas il est nécessaire, pour l'obtenir, d'imprimer
des mouvements au couvre-objet, et l'on peut, en évitant ces mouvements,
conserver longtemps la structure à petites plages. Il est remarquable que,
tant qu'il conserve cette structure, le liquide ne montre ni pouvoir rota-
toire ni réflexion de couleurs. Les deux phénomènes, qui se montrent ainsi
évidemment connexes, sont liés à la structure à plans équidislants.
La structure à petites plages, sans pouvoir rotatoire ni couleurs épipo-
liques, a souvent été prise pour une phase distincte. C'est ainsi que Stumpf
a décrit comme phases différentes, dans le cyanbenzalaminocinnamate
d'amyle, ces deux structures d'une même phase; en réalité elles ne cons-
tituent pas plus deux phases distinctes que, par exemple, la structure à
noyaux et la structure en plages normales à l'axe qui s'observent dans la
plupart des liquides à fils.
D'autre part, vStumpf a montré le premier, par l'étude du cyanbenzal-
SÉANCE DU 12 JUIN I922. 1^25
aminocinnamate d'amyle, que le pouvoir rolaloire de ce corps change de
signe de part et d'autre d'une certaine longueur d'onde qui paraît coïncider
exactemenl avec la longueur d'onde réHrcliie. Pour cette longueur d'onde
d'inversion \, le rayon droit étant totalement réfléchi, le pouvoir rolaloire
ne se manifeste plus. De part et d'autre, lorsque la longueur d'onde
approche de À,, le pouvoir rotatoire augmente considérablement, et ne
montre aucun indice de diminution avant de disparaître lorsque la lon-
gueur d'onde atteint A,. Il est droit du côté du violet, gauche du côté
du rouge. De l'extrême rouge jusqu'à A,, il croît constamment; au delà,
il décroît d'abord très rapidement, passe par un minimum, puis croît de
nouveau plus lentement vers le violet.
Au signe près, ces mêmes caractères paraissent se retrouver d'une
manière absolument générale dans tous les liquides à couleurs épipoliques,
qui se répartissent ainsi en deux types distincts : Dans le premier type
(cyanbenzalaminocinnamate), le pouvoir rotatoire est droit, à partir de A,,
du côté des petites longueurs d'onde, gauche du côté des grandes; le rayon
circulaire réfléchi est le droit; les dessins en forme de virgules signalés par
Grandjean sur les bords des gouttes à surface libre ont la forme convexe
vers la droite pour l'observateur placé sur le bord de la goutte; les franges
noires vues dans les mêmes conditions entre niçois se déplacent d'un
mouvement continu vers les grandes épaisseurs quand on fait tourner
les niçois dans le sens direct (ou la préparation dans le sens rétrograde).
Dans le deuxième type (cinnamylate de cholestérine), le pouvoir rotatoire
est gauche, à partir de A,-, vers les petites longueurs d'onde, droit vers
les grandes; le rayon circulaire réfléchi est gauche; les virgules sont
convexes vers la gauche pour l'observateur placé sur le bord de la goutte;
les franges noires vont vers les épaisseurs croissantes quand on fait tourner
les niçois dans le sens rétrograde. A tous égards, les deux types de liquides
sont l'image l'un de l'autre dans un miroir.
Il faut ajouter que c'est probablement par erreur que les plages bien
orientées, réfléchissant des couleurs polarisées circulaires et bien homo-
gènes^ ont été décrites (notamment par Stumpf) comme ayant leur axe
optique normal à la préparation. Il n'y a rien là qui soit comparable aux
plages normales à l'axe que l'on observe dans les liquides à fils ordinaires
ou dans les corps à coniques. Tous les faits s'accordent au contraire pour
faire considérer leur pouvoir rotatoire comme étant du à la même cause que
cette sorte de pouvoir rotatoire achromatique si particulier qui s'ajoute à la
biréfringence dans l'azoxyphénétol ou l'azoxyanisol et que Mauguin a
l526 ACADÉMIE DES SCIENCES.
expliqué parla torsion accidentelle de plages non normales à l'axe. Tant
que la torsion est relativement faible (cône de roulement sur l'équateur de
la sphère de Poincaré très aigil), les faits doivent bien être ceux que l'on
observe dans les plages accidentellement tordues de Fazoxyphénétol, Quand
la torsion est beaucoup plus forte (cône de roulement dont l'ouverture
approche de 180*'), la rotation de la vibration incidente, tout en changeant
de sens, prend exactement les caractères d'un pouvoir rotatoire ordinaire,
avec forte dispersion, tel que celui qu'on observe dans les lic|uides à plans.
Cela rend très probable que la cause du pouvoir rotatoire énorme de ces
liquides réside dans la structure, et plus spécialement dans une très forte
torsion spontanée qui se manifeste dans les minuscules intervalles compris
entre deux plans de Grandjean successifs. Les liquides des deux types
paraissent ne différer entre eux, qualitativement, que par le sens de cette
torsion.
Nous montrerons dans une prochaine communication que d'autres faits
viennent à l'appui de ces conclusions.
M. G. BiGouRDAx fait hommage à l'Académie d'une brochure intitulée :
Union astronomique internationale (U. A. /.). 31 — Commission de r heure
(C. /. //. ). Corrections des signaux horaires déterminées au Bureau interna-
tional de r Heure (//. /. //.) en 1921 (2*^ année), et du fascicule 3, tome 1 du
liuUctin horaire du Bureau international de l'Heure (/i. /. //. ).
M. Cb. Lallemand présente à l'Académie :
i" Un cxcm])laire de son Rapport au Congrès géodésiquc de Rome sur les
travaux exécutés pur le Service du Nivellement de la France de 191 2 à 1922
et, en particulier, sur le rattachement au réseau français des opérations
allemandes effectuées en Alsace-Lorraine durant l'occupation. Les correc-
tions atteignent 17*^™ à Thioii ville au Nord et 36''" à Montreux-Yieux, près
Belfort, au Sud. La totalité des nivellements exécutés à ce jour s'élève
à i3oooo kilomètres, représentant la moitié du travail à effectuer sur
l'ensemble du territoire.
2° Une brochure intitulée : V anarchie monétaire et ses conséquences éco-
nomiques^ où se trouvent développées les idées exposées par lui dans une
Notice de V Annuaire du Bureau des Longitudes pour 192.2, sur les Monnaies
et le Change. Ajjrès avoir montré les néfastes effets de l'abandon de l'or
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1527
comme étalon monétaire, au cours de la guerre, et de son remplacemcnl
par des monnaies de papier, dépourvues de gage réel et néanmoins dotées,
par la loi, d'une pleine valeur libéraloire, M. Lallemand émet l'avis que,
seul, le retour graduel au pair des monnaies les moins avariées ramènera la
vie à un coût supportable pour les classes moyennes, constituant l'armature
des nations.
M. J. CosTANTiN présente à l'Académie les lascicules 8 à 26 {fin) de
VHistoirc natiireUe illiislrée : I. Lr.s Plantes, publiée en cjllaboralion avec
M. F. Fajdeau.
CORRESPOND AXCE.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
1° E. Doublet. L''a.stronome Lalandc et la Géographie. (PréseniépavM. G.
Bigourdan.)
2" E. Doublet. Histoire de T Astronomie. (Préseniépav M. G. Bigourdan.)
3'' Emile Belot, Exposition synthéticjiie de l'origine dualistique des mondes.
Présenté par M. Bigourdan.)
4° Félix Migilvud. Rayonnement et gravitation. (Présenté par M. D.
Berthelot.)
5° Carie du Sud de la mer du Nord, dressée spécialement pour les
pêcheurs, publiée par le Service hydrographique de la marine, d'accord
avec rOflice scientifique et technique des pêches. (Présentée par M. Joubin.)
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les séries asymptotiqiies. Note
de M. ToRSTEV Carleimav, présentée par M. Emile Borel.
Soit /"(5) une fonction analytique de la variable z = /-e'^^ régulière dans
le domaine r^ R, — a- <[ 0 <] a — et représentée asymptotiquement dans
ce domaine, au sens de Poincaré, par la série V -^•
On sait qu'à une fonction /(-) donnée ne peut correspondre qu'une
l528 ACADÉMIE DES SCIENCES.
seule série asymptotique. D'un autre côté, il existe toujours une infinité de
fonctions admettant le même développement asymptotique. C'est un pro-
blème important de trouver des conditions supplémentaires (S) par les-
quelles la fonction y(^) devient déterminée d'une manière unique par sa
série asymptotique. Pour exprimer que f(z) admet la série asympto-
tique 2] ::^ et satisfait aux conditions (S), nous allons utiliser le symbole
v = l
v = o
M. Watson a démontré que/(::) est déterminée d'une manière unique si
l'on suppose
(2) \fn{z)\<b"\iJ.cAn, (o</j-<i),
b étant une constante ('). On a posé :
Les conditions (S) doivent être telles que les relations
entraînent les suivantes :
(3)
1 p = 0
Finalement la relation (i) doit être équivalente à f{z) =y ^ si la série
est convergente.
Je me propose ici de démontrer que les inégalités
(^) IA(0|<-— ^^[p(/0?"
(où ^ et m sont des constantes positives qui peuvent varier d'une fonction à
(') M. Nevanlinna a perfectionné ce théorème en montrant qu'on peut remplacer p.
par I dans l'inégalité (2) {Zur Theorieder asymptotischen Polenzreihen, tielsingfors,
1918).
SÉANCE DU 12 JUIN I922.
une autre) constituent un système de conditions (S) 5«
ID29
n = 0
est une série divergente à termes positifs décroissants. Supposons, par impos-
sible, qu'il existe une autre fonction g(z) ayant la même série asympto-
tique quey(3 ) et remplissant en outre la condition
\8n{-^)\<
On en déduit, pour la fonction
F(.)=/(.)-^(:
une inégalité de la forme
A?
[^('0]*".
f„{z.)-gr,{z.)
P,( •! ^X 1 n
?(«)
|F(=)l<^-4v
1 cos —
\ «./
En prenant \l suftîsamment grand, il s'ensuit aisément, pour la fonction
(5) G(^) = ti^t/^ (^^ - 2)^- F(^) dx.
la limitation
|G(.)1<A
.[^
En utilisant la transformation Z = s*, il s'ensuit, par un raisonnement
utilisé dans ma Note Sur un théorème de M. Denjoy ( ' ), que (y{z.) est identi-
quement nul. Il en est donc de même de ¥{z) en vertu^de (5). c.q.f.d.
On vérifie facilement les relations (3) en utilisant le fait que ^{n) est une
suite croissante. Par contre, la monotonie de la fonction ^{n) n'est pas
indispensable pour établir l'unicité dey(:;).
Remarquons qu'on pourrait obtenir le même résultat au moyen du théo-
rème de M. Denjoy en considérant la fonction indéfiniment dérivable
«—(a
e''V{s)ds.
(') Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. SjS.
' • o <
1^ L t 3 R A R
lS3o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Comme application, prenons le problème de déterminer une fonc-
tion ol(x) non décroissante, satisfaisant aux relations
/ x'' da{jc) ^= Cl (v = o, I,... )
(problème des moments). En considérant la fonction
qui admet V ziri comme série asymptotique avec |/^,;^., (:;) | ■< -^' on
trouve ainsi : Le problème des moments
i:
,x^' da{x) z=i Cl ( V rz: (), I , . . . )
n admet qu'une seule solution si \ ., diverse.
Pour le problème de Stieltjes / x^dy.(œ) = c, , il suffit de supposer
L <-• 0
\ -.; divergente, ce qu'on peut encore énoncer comme il suit : Si la
Âmmà ' s] I C, I
série y, .v+i "' ^idmet une fraction continue de Stieltjes correspondante^ on
V =0
est sur (tue cette fraction continue converge si ^ ,., diverse.
Je suis arrivé à une autre démonstration (purement arilhniéti(jue) de
cette proposition, qui permet, comme je le ferai voir dans un autre
Mémoire, de trouver une nouvelle démonstration (basée sur la théorie des
fractions continues) des théorèmes de JNI. Denjoy et de M. Bore) sur les
fonctions indéfiniment dérivables.
TUJ:orie des nombres. — Sur la méthode d' approximation d'Hermite.
Note de M. G. Valiron, présentée par M. h^mile Borel,
La considération des réduites des formes quadratiques binaires
/=(x-«Yr--Hl^,
où co est constant et A une vat^iahle continue, a conduit Hermite à démontrer
SÉANCE DU 12 JUIX I922. l53l
l'existence d'une suite de fractions p : q approchant d'une irrationnelle
donnée co, l'approximation étant au moins égale k— — (' ). Humbert a
développé la méthode d'Hermite en utilisant la division modulaire du
demi-plan et a étudié la relation entre ces fractions d'Hermile et les
réduites du développement de w en fraction continue. D'une manière paral-
lèle, Humbert introduisit une représentation géométrique très remarquable
des réduites du développement en fraction conlinue de w au moyen de la
division du demi-plan en triangles de Stephen Smith. 3 = a; -h «j étant la
variable complexe, les triangles de Smith se déduisent du triangle fonda-
mental de côtés ^ = o, y ^o; .t = i,j>o ; s — - = -,j> G par les subs-
titutions du groupe modulaire: ces triangles ont leurs sommets aux points
d'abscisse rationnelle de l'axe réel et ont pour côtés des demi-circonférences.
Chaque point d'abscisse rationnelle non entière p : q de cet axe est sommet
intermédiaire d'un triangle T(p, q), sommet gauche d'une suite de triangles
dont l'un, le premier, est adjacent à T(/j, q) et sommet droit d'une autre
suite dont \q premier est adjacent à T(/?, q). Pour que p : y soit une réduite
de w, il faut et il suffit que les deux côtés aboutissant en ce point dans l'un
des triangles de Smith de sommet p : q coupent la droite a; = w (et alors
cette circonstance se produit pour l'un des premiers triangles).
Si Ton considère les hauteurs des triangles de Smith limitées aux som-
mets et à leur point de concours ( c'est-à-dire les homologues des arcs
x= -, y>^-; \z\= I, o<r<^; |:^ - i| = i, o<y<^),on voit que la
condition nécessaire et suffisante pour que/? : 7 soit fraction d'Hermite est
(jue la droite .r — w coupe l'une des hauteurs aboutissant en ce point dans
les triangles de Smith de sommet/? : q. Pour que cette circonstance se pro-
duise, il est nécessaire et suffisant que .r = w coupe la hauteur aboutissant
enp'.q dans l'un des deux premiers triangles de Sjnith de sommet/; •.(/.
Il en résulte de suite que toute fraction d'Hermite appartient à la suite des
réduites ordinaires, que sur deux réduites consécutives l'une au moins est
fraction d'Hermite, et la condition nécessaire et suffisante pour que p '.q
soit fraction d'Hermite, donnée également par Humbert, s'obtient immé-
diatement.
(') Voir HiiRMiTE, OEu\ves, l. 1, p. i64; \.vo\i> Mémoires à^ \\\:y\v.\\\\\. Journal de
Math.. 1916, et une Noie de M. Emile Borel, Comptes rendus, l. 1U3, 1916, p. Sgô.
l532 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Mais il est clair que l'on peut remplacer les hauteurs des triangles de
Smith par d'autres lignes brisées aboutissant aux sommets pourvu rpie toute
droite x =^ m (co non rationnel) coupe une infinité de ces lignes. Ce n'est
encore qu'appliquer la méthode de réduction continuelle. On peut prendre
dans le triangle fondamental de Smith le point z = i, arg z =^ f) (^^^)'
joindre ce point au point à l'infini par une parallèle à Oy et à l'origine par
un arc de cercle tangent à Oj, puis prendre les homologues de cette ligne
brisée dans les deux substitutions modulaires laissant invariant le triangle
fondamental. On obtient dans chaque triangle de Smith trois lignes brisées
formées de deux segments joignant les sommets deux à deux. Pour l'une
au moins p ; (/ de deux réduites consécutives la droite x ■= cm coupera l'un
des segments aboutissant en ce point, et inversement, tout sommet p : q
d'un segment coupé par â? = w donne une réduite ordinaire. La suite des
fractions ainsi obtenues est d'ailleurs extraite de celle d'Hermite et donne
l'approximation — : — tt-s-
Dans le cas particulier simple où l'on part des deux segments déterminés
sur Oy par le point d'ordonnée i, on obtient une suite de fractions />: 7
extraite de celle d'Hermite donnant l'approximation — , • Gomme on passe
des réduites ordinaires aux fractions de cette deuxième suite d'Hei-mite en
supprimant l'une au plus de deux réduites consécutives, on obtient un
développement de w en fraction continue semi-arithmétique (les numéra-
teurs sont ± i) analogue au développement hermitien considéré par Hum-
bert, mais donnant l'approximation — -' La condition nécessaire et suffi-
santé pour quey:>:y appartienne à cette deuxième suite est aisée à former.
On est ensuite conduit à considérer les réduites p:q telles que la
droite j; = oj coupe deux des segments aboutissant en ce point ( et corres-
pondant à 0 = - j- On obtient encore une suite extraite de la précédente et
qui se déduit de la suite des réduites ordinaires en supprimant au plus
deux réduites sur trois consécutives. Ces fractions donnent l' approximation
canonique _ ^- On peut remplacer la condition de couper deux segments
homologues du segment ^c = o, j >> i par celle de couper un homologue du
segment x = -> y^-^, ce qui est moins restrictif et donne la même approxi-
SÉANCE DU 12 Jl L\ I922. I 533
mation. Les fractions de celte troisième suite cVUermite sont encore extraites
de la deuxième suite. La condition pour qu'une fraction appartienne à
cette suite est aisée à obtenir.
Dans le cas de Tapproximalion des irrationnelles quadratiques, les suites
obtenues sont périodiques, cela résulte de suite du mode de démonstration
d^Humbert. Si l'on considère une forme quadratique binaire indéfinie à
coefficients entiers, on voit qu'il existera toujours des réduites dont la
circonférence représentative coupera le segment considéré ci-dessus, et par
suite des réduites dont la circonférence représentative coupera Tare de
cercle | s | = i/ - compris entre les points d'abscisses ± -; le nombre de ces
réduites canoniques est en relation avec le nombre des fractions de la troi-
sième suite d'Hermite appartenant à une période des irrationnelles obtenues
en annulant la forme considérée.
MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Sur le problème général de la poussée des terres.
Note de M. Georges Rémouxdos.
Dans une Note récente ('), j'ai montré que le problème général de la
poussée des terres se ramène à une équation à dérivées partielles linéaire
à /', s, t et du second ordre. Quelques jours après, M. Goursat (-) a commu-
niqué une autre solution du problème.
Or je dois faire observer que M. Goursat a pris les équations de M. Bous-
sinesq avec une faute typographique qui a été faite dans ma Note. Les équa-
tions exactes de M. Boussinesq sont les suivantes :
Ou
or
^ + /.-
dy
d { Il 00^2 fj)) à { If i^in 2 rj))
au: ày
à{u si 11 2 (j) ) â{ Il côs 2 (1) )
(Jjc- ' l)j
tandis que dans ma Note imprimée le signe — a été remplacé par le signe -h .
C'est pour cela que la solution de M. Goursat ne -se rapporte pas au pro-
blème de la poussée des terres; on voit, d'ailleurs, immédiatement que, si
les équations de M. Boussinesq avaient la forme parue dans ma Note impri-
( • ) Sur les clé/or m a lions planes et le problème de la poussée des terres ( Comptes
rendus., t. M'a, 1922, p. 929).
(^) Sur le problème de la poussée des terres {Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 1049).
C. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N» 24) I I I
l534 ACADÉMIE DES SCIENCES.
mée et dans celle de M. Goursat, la solution donnée par M. Goursat serait
immédiatement visible et n'aurait pu échapper à"M. Boussinesq.
Ma méthode et mon résultat se rapportent aux équations exactes de M. Bous-
sinesq et, par conséquent, au problème général de la poussée des terres.
ÉLASTICirÉ. — Sur la déformation élastique d'un corps isotrope.
Note de M. Sudria, présentée par M. G. Kœnig-s.
Une précédente Note a établi un théorème corrélatif du théorème de
Ménabréa généralisé; ce théorème s'énonce ainsi :
« De toutes les déformations virtuelles que l'on peut concevoir pour le
système.de corps isotropes chargés brusquement, celle pour laquelle l'énergie
cinétique virtuelle (somme des travaux des forces appliquées et des forces
moléculaires) est maxima, est la déformation d'équilibre. »
Le théorème a été établi par un procédé qui ne s'applique qu'à un
nombre fini de points chargés (résolution d'un nombre égal d'équations
linéaires). On peut justifier, ainsi qu'il suit, l'extension au cas des charges
continues :
Considérons l'intégrale étendue au volume total (2 du système :
-(£x+£r+2=)'+F-(2l-^-4+^') + \^fyz-^yl»:-^-nr')
dx dy dz
[ ^>.r £ar + V ,- £ ,. + V; £;: + "/j c T_,.; + y^^; z-^, + y^ ,. T^ ^ ] dx df dz,
ù
dans laquelle les £ et les y sont les paramètres de la déformation élastique
au point x, y, z (avec la convention de signes du Tj'aité de Mécanique de
M. Appell) ; X et [j. sont les constantes d'isotropie ; v^, . . . , ly^, ... les fatigues
normales et tangenlielles au moment de l'équilibre, sous les forces données.
Cette intégrale est minima, pour les valeurs des e et des y correspondant
à cet équilibre; en effet, dans l'élément différentiel, le facteur de dxdy dz
contient, comme ensemble de termes du second degré, une fonction quadra-
tique définie positive c7 et, d'après une proposition rappelée dans la pré-
cédente Note, il suffit, pour établir l'existence du minimum, de vérifier que
les conditions du premier ordre sont remplies. Or, on sait qu'au moment de
l'équilibre on a bien :
Interprétons maintenant ce résultat; dans l'intégrale ô la seconde ligne
SÉANCE DU 12 JUIX 1922. l535
peut s'écrire, en exprimant les paramètres au moyen des composantes du
déplacement du point et en intégrant par parties :
-m
dx
(«Vj
+ ^''xy
'+'""^5^
)
à
(«T,
y-^VVy
+ iVZy:
)
[ "(
dx
àf
dz
)
...(
dx
â'Jy
" oy
dz
)
•■(fe-^-è)]"^''^*'
La formule d'Ostrogradsky permet de remplacer la première intégrale
de volume par l'intégrale étendue à la surface 2 limitant le système :
/ / [{ii'^x+ «'T^r-f- wz^y)ot + {uz-,y-hvVy-\- H'Zy.) (3 + { u ^ y ^ ^ i' ^ -^ + w V .) y ] d<7
ou encore
— / / [«Xe+ ('Ye+ t'f'Z^]fl'(7,
Xg, Yg, Zg étant les composantes de la force unitaire appliquée à l'élé-
ment d(j, OL, |3, Y les cosinus des angles des axes de coordonnées avec la
demi-normale positive à cet élément.
Cette intégrale de surface est donc le travail, changé désigne, desforces
appliquées extérieures.
Reste la dernière intégrale; elle s'écrit encore, d'après les équations clas-
siques de l'élasticité :
p ( it Xi -\- r Y,- 4- u'Z,) cIm,
-ffl
pXj, pY,, pZ, étant les composantes de la force unitaire appliquée à l'élé-
ment de volume da). On obtient ainsi le travail, changé de signe, des forces
appliquées intérieures.
Les deux résultats précédents ajoutés donnent donc ~ F«, travail de toutes
les forces appliquées, changé de signe. Si l'on tient compte de ce que,
dans l'intégrale Ô, la première ligne est le potentiel interne du corps, c'est-
à-dire le travail, changé de signe, des forces moléculaires — s„j, on trouve
bien que la somme — (s«-f-5,„) est minima, ou encore que le travail
total Sa -h S,„ (énergie cinétique virtuelle) est maxima pour la déformation
d'équilibre.
l536 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ASTRONOMIE. — Observations de la comète igiia (Skjeilerup) faites àVéqua-
torial de 49*^"* ^^ i' Observatoire de Strasbourg. Note de M. A. Daxjon,
présentée par M. B. Baillaud.
Observations de la comète.
Nombre _ *
Dates de Log. fact. Log- fact.
19'22. T. m. St. A(Â>. A^P. compar. -Ao apparente. parall. "j? apparente. parall. :*r
h m s m s in h m s o > „
22 mai... 10.52. n — o. 6, 7 — 7.44,0 5.5 8.20.12, i 9,627 65.4o.34,o 0,754 /i o.
28 » ... 10.45.19 +0.35,66 — 5.5r,2 5.5 8.58. 7,25 9,656 59. 7.59,8 0,761/1. b
29 »... 11. 5.44 +4 -29, 80 — 0.40.6 5.5 9. 5.38,87 9,659 57.56.29,1 0,772/1 c
Etoiles de comparaison.
Réduction Réduction
au au
*. Gr. .Â. 1922,0. jour. ^P 1922,0. jour. Autorités.
Il m s s 0,1, I,
a 7,5 8.20.18, i4 +0,59 65.48. 9,4 +8,8 A. G. Berlin 8869
b in,o 8.57.80.94 +0,68 59.18.44,4 +6,1 Oxford Aslrogr. 3i°22958
c 9,0 9. I. 7,98 +0,64 57.57. 4,1 +5,6 A. G. Leiden 8751
Remarque. — Comèle faible, avec une condensation jie^ marquée le 22, plus faci-
lemenl visible les 28 et 29.
ASTRONOMIE. — Sur le calcul des coordonnées héliographiques . Note
de M. E. .Merlin, présentée par M. H. Andoyer.
L'étude des mouvements que révèle la surface du Soleil se poursuit
chaque jour plus précise. Aussi, dans la détermination des coordonnées
curvilignes d'un point de cette surface par rapport à un système de réfé-
rence lié au Soleil, convient-il de conduire le calcul de façon à conserver
tout le bénéfice d'une mesure de haute précision. Il faut donc éviter l'intro-
duction d'erreurs supérieures à celles qu'amènent naturellement, d'une
part l'approximation de la mesure elle-même, d'autre part celle des don-
nées numériques qui sont fournies par les éphémérides.
Rappelons que la parallaxe solaire présente une incertitude de quelques
millièmes de seconde d'arc et que la Connaissance des Temps donne l'ascen-
sion droite et la déclinaison du Soleil, la première à o%oi, la seconde à o",i
près. D'ailleurs, grâce aux dimensions et aux perfectionnements des instru-
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1 537
ments astronomiques et des appareils de mesure, il est aujourd'hui possible
de connaître la distance angulaire de deux points d'une môme image du
Soleil, avec une précision de quelques centièmes de seconde (Farc. On en
conclut que, dans le calcul qui nous occupe, il est nécessaire de tenir compte
de la parallaxe.
Gela étant, soient 9' la latitude géocentrique du lieu O' d'observation,
p le rayon vecteur correspondant, rapporté au rayon équatorial comme
unité, l l'heure sidérale locale au moment de l'observation, a et o l'ascen-
sion droite et la déclinaison géocentriques du Soleil au même instant,
y^ l'angle de position d'un détail Q, par rapport au centre c de la calotte
solaire vue de O', a la distance angulaire de c à Q, du même point de vue O'.
Désignons encore parp' la distance angulaire de O' à Q vue du centre S du
Soleil et par / le demi-diamètre apparent géocentrique de cet astre.
Le calcul prouve que les formules suivantes, où u. et v sont des angles
auxiliaires et ro la parallaxe solaire horizontale équatoriale, respectent les
conditions d'approximation imposées plus haut :
tangfj!. =: colcf>' cos( / — a),
cosv ^ ipcT siii <p' sin (0 + f;. ) séc/L«. sin i',
sin (/>'+ cr) = v'2 sin g coséci' sin - •
Elles font connaître />' sans incertitude, car o. est compris entre
et -h -> V est voisin de - et p' + cr est compris entre o et -•
Les corrections de parallaxe sont d'ailleurs
Aa := — — coso sec ô sin (^ — ai,
10 ^
A5 ^=. pccT coscp' sin6cos(^ — a) — pcTsincp'cos(5.
Imaginons une sphère céleste I coïncidant avec la surface du Soleil.
Par S menons une demi-droite parallèle au demi-axe de rotation de la
Terre, une demi-droite perpendiculaire au plan de l'écliptique moyen et le
demi-axe de rotation du Soleil, ces trois demi-droites étant dirigées dans
l'hémisphère nord. Soient P", ti et 'î' les points de rencontre de ces demi-
droites avec 1, et C la projection héliocentrique sur I du centre de la Terre.
Appelons a, et x respectivement les angles cP"Q et P"GQ, comptés dans le
sens direct poui un observateur extérieur à la sphère,/) et a respectivement
les arcs CQ et P"Q compris entre o et -. Les triangles P"cQ et P"CQ con-
l538 ACADÉMIE DES SCIENCES,
duisent aux formules suivantes :
msinM rrr sinp'cos'/, nsinN = sin a cos(a, -h Aa),
wcosM = cos/)', «cosN =— /n sin(â + Ao — M ),
sinasina, = — sin/j'siny, • sin/) sin z = — sina sin (a, + Aa),
sinacosai= /« cos(â + Aâ — M) ; sinjocosx= /icos(o — N),
cosjD ^^ — /?sin(ô — N);
m et n étant deux nombres positifs dont les logarithmes seuls doivent être
calculés, M et N des angles auxiliaires.
Les coordonnées bipolaires a eip du détail considéré rattachent celui-ci
à l'orientation du vecteur héliocentrique SC passant par le centre de la
Terre et à l'orientation de l'axe de rotation terrestre. Elles sont propres
à mettre en évidence l'influence de la Terre sur le détail.
Désignons par 4^ la longitude du nœud ascendant de Téquateur solaire
sur l'écliplique moyen, comptée à partir de l'équinoxe moyen de la date
considérée, par i l'inclinaison de l'équateur solaire sur l'écliptique moyen
et par £ l'obliquité moyenne de la même date. Les formules
. £ ~ i s — i
,, sin , cos
'— 1 i t Q n o- ^ I a 11 1, LJ l t o n n- ^
tang' =— tang-^ :, tan" '-^ = — tan» ^
2 "^ 2 . £ -i- l '^ 2 ^ 2 £ -{- l
sin cos
2 2
. £ + / .
,, Sin
. «1 ( 2
sin — = cos
2 2 U.\ — V,
cos ■
définissent sans ambiguïté deux angles — — ^ et — — ^' compris entre
o et et un arc a^ compris entre o et ir. Le triangle P"7i$ donne immé-
diatement la signification de ces éléments.
Désignons par B et L la lalitude et la longitude héliographique du détail
considéré, en prenant pour origine de cette dernière le nœud ascendant de
l'équateur solaire sur l'écliptique et pour sens le sens direct. Nous aurons
...... . , sinrt cos (v, + a + «1 + Aa)
/ sin J — sinasin (v, -h a + a, -f- Aa), tan£;fji,=: rW^ r-' >
/ sin (rt, — J )
ycos J = — 7?zsin (ô + Aâ — M), tiing B = col (r/i — J) cos /jij,
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. iSSq
sina^ étant de même signe que cos (v, -h a + 7., -f- Aa) et B étant comprise
entre et h
2 2
Si L' représente la longitude héliograplilque comptée dans le sens direct
à partir du méridien solaire passant par le nœud ascendant de Téquateur
solaire sur Técliptique à l'époque lo et n' la vitesse angulaire diurne de la
rotation du Soleil autour de son axe,
L'=L-n'(T-ro),
T — To étant l'intervalle de temps, exprimé en jours moyens, séparant c^ de
l'époque t de l'observation.
Ces formules n'utilisent que des données contenues dans la Connaissance
des Temps. Elles ne laissent régner aucune incertitude sur la valeur des
inconnues et fournissent ces dernières avec le maximum d'approximation
que permettent les mesures. Des tables appropriées en faciliteraient l'usage.
OPTIQUE GÉOMÉTRIQUE SUPÉRIEURE. — Sur la réfraction cPun pinceau
lumineux dans le cas général. Note de ^I. Duroun, présentée par
M.Appell.
La méthode dont nous donnons ici le résumé permet d'obtenir les trois
équations qui définissent le pinceau réfracté (') en faisant intervenir l'inva-
riant optique du premier ordre n cos i di.
Soient Z la surface optique;- S et S' les surfaces de l'onde incidente et de
l'onde réfractée; A, L et L', la normale, le rayon incident et le rayon
réfracté en I ; Q le plan d'incidence en I ; R le plan mené par A perpendicu-
lairement à Q, et P un plan quelconque passant par A. Les mêmes lettres
affectées de l'indice o se rapporteront au point d'incidence !„ du rayon
central du pinceau. Nous pouvons écrire l'équation de P sous la forme
P=:A,() + /.-.,K = o,
où 1^^ et k-i sont des paramètres convenablement choisis. Ce plan P est infi-
niment voisin du plan Pq ayant pour équation
(^) Cf. BouASSE, Optique géométrique supérieure, Paris 1907, p. 178, ou Heath
Geometrical Optics^ Cambridge iSgS, p. 182.
l54o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Remarque. — Si nous projetons P sur P^, l'angle d'une droite quelconque
de P avec sa projection est un infiniment petit, et son cosinus ne diffère de
l'unité que d'un infiniment petit du second ordre. Par suite, les relations
entre quantités finies et les relations du premier ordre établies entre des
longueurs et des angles d'une figure quelconque de P se conservent aux
infiniment petits du second ordre près pour les projections de cette figure
sur P(,.
Nous nous appuierons sur le théorème suivant : Les angles que font avec
la normale les projections respectives d'un rayon incident L et du rayon
réfracté L' sur un plan quelconque passant par la normale au point d'inci-
dence obéissent à la loi de la réfraction, si l'on prend pour indices les pro-
duits respectifs des indices des deux milieux par le cosinus de l'angle w ou
w' de L ou L' avec P (').
1. La remarque faite plus haut nous permet de transformer ce théorème
et de dire : Les projections de L et L' sur un plan quelconque P„ mené par
la normale au point d'incidence du rayon central du pinceau, font avec
cette normale des angles qui suivent la loi de la réfraction si l'on prend pour
indices les produits n cosco et n' cosco'. Si Pq se confond avec Qo ou avec
Rq, nous obtenons comme cas particuliers le théorème de Lippich.
2. Soienta-,5 et*' , r>^^,s^ ç.ls'^ les tangentes des intersections de 2, S et S' avec
PetPo. Les projections de a, ^et*' surPo se confondent avec o-^, ^^'êt^'^, si
nous négligeons les infiniment petits d'ordre supérieur au second. Quand
P se confond avec Q ou avec R, P,, se confond avec Q^ ou avec Rq.
L et L' étant perpendiculaires à 5 et s\ les projections /q et /„ de L et L'
sur Pp sont, au second ordre près, perpendiculaires à *o et/^,. Autrement
dit, /„ et /J qui ne sont pas des normales aux surfaces S et S', sont normales
aux sections de S et S' par Q^ et Rq, et, d'après ce qui a été dit au para-
graphe 1, /q et /y sont conjuguées. Nous sommes donc ramenés à étudier
dans un plan la réfraction d'une onde circulaire sur un cercle (-).
L'expression analytique de l'invariant optique du premier ordre au voisi-
nage de lo dans les plans Q„ et R^ nous donne les deux premières des trois
équations qui définissent le pinceau réfracté.
(') Ce théorème est une conséquence immédiate des propriétés du triangle splié-
rique rectangle, mais on peut en donner une démonstration tout à fait étémenlaire.
Cf. Heath, loc. cit., p. 21.
(^) Cf. DuFOUR, Les focales du dioptre sphérique {BulleUn de l'Union des Phjsi-
c/e/î5, avril-mai 1917).
SÉANCE DU 12 JUIN I922. iS^I
3. Quand nous passons du point I^ au point I, la normale à - tourne
d'un angle égal au produit de rélément llo par la torsion géodésicjue de I^
le long de IIo ( ' ), et les angles dont tournent les rayons incident et réfracté
sont donnés par des expressions analogues. Les angles i et i' sont donc
fonctions des torsions géodésiques de Z, S et S' le long de lï„, et, comme ils
sont liés par la loi de Descaries, les trois torsions géodésiques ne sont pas
indépendantes. La façon la plus simple de trouver la relation qui existe
entre elles est de choisir Ho perpendiculaire à Qo : alors a-g, s^^ et s'^ se
confondent, A,L et L' sont parallèles à Q^ et les trois angles de rotation
sont parallèles à Qo- Si nous projetons L et L' sur Q^, la variation de
Tangle d'incidence en passant de I à I^ est égale à la somme ou à la diffé-
rence des angles dont le rayon incident et la normale ont tourné à partir
du point lo, suivant que ces rotations sont de même sens ou de sens
contraire (-). Si. dans l'expression analytique de l'invariant optique du
premier ordre au voisinage de I^ dans le plan Rq, nous introduisons les
valeurs des trois torsions géodésiques le long de IIq, nous obtenons la troi-
sième équation définissant le pinceau réfracté.
La méthode qui précède nous semble intéressante, en ce qu'elle met en
évidence le rôle de certains rayons, tandis que le procédé habituel, qui fait
intervenir le chemin optique, prend en bloc tous les rayons du pinceau
sans faire connaître à quels rayons particuliers il faudrait appliquer la loi
de Descartes pour obtenir les trois équations du pinceau.
PHYSIQUE. — Sur les vaiiations de V opalescence critique avec le remplissage
des tubes et la nature des liquides étudiés. Note de M. A. Axdant, pré-
sentée par M. E. Bouly.
Dans une INote précédente ('), j'ai montré comment l'opalescence cri-
tique varie avec la température et la longueur d'onde de la lumière inci
dente. Je me propose d'exposer aujourd'hui une partie des résultats de
recherches expérimentales entièrement nouvelles sur l'influence du rem-
plissage des tubes et de la nature des liquides sur l'opalescence critique.
(*) Cf. la définilion de la torsion géodésique donnée par Demartres dans son
Cours de Géométrie infinitésimale^ Paris, 1918, p. 261.
C) DcFOUR, loc. cit.
(^) Com.ptes rendus, t. Yïk, 1922, p. i333.
l542 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les résultats résumés ici ne se rapportent qu'aux mesures faites, à tempéra-
tures décroissantes, en lumière monochromatique transmise (raie verte du
mercure).
Pour les séries d'expériences dont les résultats doivent être comparés,
les tubes proviennent de la même coulée de verre d'Iéna et sont choisis
bien réguliers. Ils sont fixés à l'appareil de remplissage par des joints à la
glu marine recouverte de mercure qui permettent la détermination exacte
des remplissages par pesées directes. Les tubes d'une série doivent être
étudiés l'un après l'autre dans des conditions optiques et thermiques rigou-
reusement identiques. On fait descendre les tubes dans leur support à l'in-
térieur de l'étuve au moyen d'un fil fin et on les retire de même. Dans ces
conditions rien ne change dans le montage optique quand on passe d'un
tube à un autre. Les résultats sont rendus encore plus comparables par une
séHe d'expériences imbriquées.
L Influence du remplissage des tubes. — Le remplissage des tubes est
défini par le rapport D mesuré à j8° du volume du liquide au volume de la
vapeur contenus dans le tube. Le remplissage critique correspond à la
valeur o, 5o de ce rapport.
L La température T'^ de réapparition du ménisque dans un tube de
Natterer est une fonction parabolique du remplissage D de ce tube. Une
série d'observations faites sur six tubes à élher dont les remplissages sont
compris entre 0,42 et 0,71 permet de relier T'^ et D par la relation
T'^ =: 190°, o4 + 12,760 — i2,5oD-.
La construction des courbes de variation de l'opalescence avec la tempé-
rature, faite pour les six tubes en question, montre qu'il existe entre T'^. et la
température du maximum d'intensité T,i un écart dont la valeur passe par
un minimum (o**,o2) pour les remplissages voisins de o,5o. Cet écart est
de o°,o6 pour D = 0,42 et de 0^,09 pour D =0,71.
2. Le phénomène de l'opalescence n'est pas visible avec les moyens
employés lorsque le ménisque disparaît vers le fond ou vers le haut du tube
bien avant la vraie température critique. Faible dans les tubes à remplissage
un peu inférieur au remplissage critique, l'intensité du phénomène passe
par un maximum pour les remplissages voisins de o,5o et décroît lentement
à mesure que D augmente. Pour deux tubes ayant des remplissages plus
grand ou plus petit que D de la même quantité, les intensités de lumière
absorbée ne sont pas égales.
Ces variations de l'intensité de l'opalescence avec le remplissage
SÉANCE DU 12 JUIN 192a. l543
expliquent nettement que l'opalescence ait une durée moindre pour les tubes
à faible et à fort remplissage.
Pour un tube à éther de remplissage 0,42, l'opalescence commence à i°,5o
avant le maximum; pour D = o,56, elle commence à 3° avant Tj, et,
pour D = o, 7 1 , à 2° seulement au-dessus de T„.
II. Influence de la nature des liquides. — J'ai étudié systématiquement les
opalescences relatives des quatre acétates de méthyle, d'éthyle, debutyle et
d'isobutyle, contenus dans des tubes ayant même remplissage, très voisins
de o,5o.
Pour les deux derniers liquides, qui sont deux isomères, aucune diffé-
rence nettement' accusée n'est apparue dans les quantités de lumière
absorbée. Mais l'opalescence est nettement plus intense et son domaine
plus étendu quand on passe du premier au quatrième terme de la série des
éthers acétiques.
Les intensités augmentent plus rapidement lorsque la température
décroît pour l'acétate d'isobutyle que pour celui de méthyle. Jusqu'à o°,20
environ de la température du maximum d'intensité, elles sont sensiblement
proportionnelles aux carrés des poids moléculaires des liquides étudiés. Au
voisinage immédiat du point critique, cette proportionnalité ne se vérifie
plus.
Dans la Note précédente, nous avons vu que la loi régulière de variation
de l'opalescence avec la température et la longueur d'onde subit une forte
perturbation au voisinage immédiat de la température critique. La loi de
variation avec la nature du liquide subit, elle aussi, une déformation très
nette dans les mêmes limites. Ainsi se confirme l'idée qu'il faut séparer la
vraie opalescence du trouble très accusé, caractéristique du passage au
point critique et que certains auteurs ont appelé très justement le « blan-
chisse ment ».
ÉLECTRO-OPTIQUE. — Sur la mesure précise des niveaux d'énergie de l'atome
de baryum et sur V apparition du spectre L d'' ionisation. Note de
M. A. Dauvillier, présentée par M. E. Bouty.
Grâce à la technique indiquée dans notre dernière Note ('), nous avons
pu étudier d'une manière approfondie le spectre de haute fréquence du
baryum qui est, entre l'argent et les terres rares, l'élément à la fois le moins
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 1847.
l544 ACADÉMIE DES SCIENCES.
fusible et le plus aisément isolable à l'état de pureté. Une petite quantité
de ce métal, obligeamment préparée par M. Guntz, a été fondue dans le
vide sur une anticathode de cuivre, de manière à constituer un alliage con-
ducteur et peu fusible. L'absorption de la vapeur de mercure a été prévenue
par condensation. Les spectres, très intenses et très dispersés, nous ont
montré l'existence de plusieurs nouveaux phénomènes importants.
L Nos clichés présentent deux raies blanches, L, et Lj, dont la posi-
tion coïncide avec celle des limites d'absorption. Ces raies sont immédia-
tement suivies, du côté des grandes longueurs d'ondes, par deux faibles
lignes noires. La largeur des raies blanches et noires est la même :
environ o^'^,^, et la distance de leurs centres est voisine de o™™,5. Les
secondes ne sauraient être ^5 et Y2 du baryum, car nous pensons que le
niveau 0,2 débute seulement au praséodyme, élément pour lequel les huit
corpuscules diquantiques périphériques du xénon (qui garnissaient les trois
niveaux O5, O, et O3) deviennent triquantiques par suite du passage de la
couche N' de 3 à 4 quanta. Ces raies sont les homologues des raies de
l'or ^'g (io3G,o) et y'^ (899,0) et répondent aux combinaisons PL, et PL2.
Elles sont probablement excitées dans la couche de vapeur issue du foyer.
L'existence du phénomène linéaire d'absorption fait qu'il est possible
(pour la première fois pour un élément autre que l'uranium) de mesurer
d'une façon précise l'énergie des niveaux de basse fréquence. Nous trouvons
ainsi, pour le niveau F, 7,0 ± o,3 volts, alors c|ue le potentiel d'ionisa-
tion (P) de la vapeur de baryum a été trouvé égal à 5,2 volts. La différence
doit être due au fait que nous avons affaire à des ions positifs, alors que les
mesures de potentiels d'ionisation sont exécutées sur des atomes normaux.
IL On savait jusqu'ici que les éléments lourds possèdent tous un
doublet YsY^ formé par deux fortes lignes d'égale intensité, présentant une
différence de longueurs d'ondes constante. Cependant nous avions déjà
reconnu que pour l'antimoine y^ était beaucoup plus intense que y^. Pour
le baryum, pour lequel les clichés sont meilleurs et les raies beaucoup
moins diffuses, nous avons observé le même effet. De plus, ces deux raies,
qui sont déplacées, possèdent chacune un satellite de plus grande longueur
d'onde (y; et y;).
Nous trouvons aussi deux raies faibles : 221 1,2 et 2371, 7, formant un
doublet de Sommerfeld et qui ne sauraient être y, et ^',, le niveau N, 2 devant
débuter seulement au praséodyme. Nous pensons qu'il s'agit des Ugnes O3L2
et O5L, dont la seconde seule était connue (^7) pour les éléments lourds.
III. Nos clichés montrent encore un certain nombre de raies faibles qui
SÉANCE DU 12 JUIN I922. l545
sont des satellites de haute fréquence des raies principales telles que y,,
y,, ^2- Celui de ^, se confond avec le second ordre de la raie (3, du tungs-
tène. Celui de a, n'est pas net par suite de l'aspect diffus de cette raie.
Les raies y^ et y^ en sont dépourvues. Il s'agit, à notre avis, de l'apparition
du spectre d' « étincelle » dans la série L, comme nous l'avons signalé (')
dans la série Iv pour le cuivre, c'est-à-dire dans le même domaine de fré-
quences.
En particulier le satellite de y^ a exactement le même aspect que la raie Kya
du cuivre. Il vérifierait, il est vrai, la combinaison PL, ('); mais, comme il
n'existe pas pour les éléments plus lourds, il ne s'agit là que d'une coïnci-
dence et sa véritable origine doit être recherchée dans un déplacement du
niveau 03,4 (que nous venons de dédoubler pour l'uranium) consécutif d'une
ionisation O. Cette raie n'a, non plus, aucun rapport avec notre y8(P,,2 L,)
de U. Nous proposons pour ces lignes d'ionisation la notation suivante :
yl. 7'n P;., ••••
IV. Le Tableau suivant renferme les résultats de nos mesures. Celles-ci
ont été faites en prenant comme références les lignes y,, fl, et fl. de
Hjalmar. L'approximation est la même que pour nos précédentes mesures.
Longueurs d'ondes des raies L du baryum (10'' cm).
Combinaison. Raie. Longueur d'onde. Intensité.
y[ 2067 , 5 faible
O3 4L3 7i 2071.3 assez forte
NiLs 79 2098,9 faible
NgLs 73 2129,1 ferle
_ y'j 21 34, 3 assez forte
IV, L3 '/-! 2i4o,6 assez forte
_ y'. 2 1^3,8 très faible
_ L., 2199,0 assez forte
PL, 72 2201,6 faible
O5L2 .. . 7ii 2211,2 très faible
_ - 2218,6 très faible
_ y\ 2232,4 moyenne
jNj^L, 7i (2236,2) très forte
1" - 2283,4 faible •
(') Comptes rendus, t. 174, 1922, p. 443.
(2) L'énergie du niveau L3 est prise égale à - cr44i,3, les valeurs de Hertz et de
Lindsay étant un peu trop grandes comme le montrent les lignes 79 et (Ss.
l546 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Longueurs d'ondes des raies L du baryum (lo-" cm) {suite).
Combinaison. Raie. Longueur d'onde. Intensité.
- - 2288 , 2 très faible
Ng L2 ys 2808 , 6 assez forte
- - 2844 , 7 moyenne
- - 235 1,1 faible
- Li^ 2356, o ferle
PL, (3; 2359,5 faible
O5L1 j37 2871,7 faible
M j Lj (Sg 2875 , 5 moyenne
N3L1 (S'j 2881,8 moyenne
jS'g 2895,4 moyenne
N4L1 ^2 (2899,8) • très forte
NsLi [Se 2477,6 (a.HgO
M3L3 j33 25 11,6 forte
M;L3 j34 2549,9 forte
M2L2 [3i (2562,2) très forte
M5L3 (3i, (?) 263i,5 très faible
- 2782 ,7 moyenne
MjLi as 2755,4 (7GU2)
M\ Lj a, 2768 , 5 très forte
M2L1 «2 2777,7' (jSiCu,)
M5L2 ■(] 2841,3 assez forte
Il est à remarquer que nos clichés ne montrent ni (^g ni y, p. En outre, un
certain nombre de lignes nouvelles sont apparues qui ne peuvent encore
être attribuées avec certitude au baryum. Ainsi les raies 2288,4 et 2288,2
pourraient être le doublet K a, ao du chrome et 2344» 7 le second ordre de La,
du plomb. La ligne 2681, 5 s'identifie mal avec ^^^ qui deviendrait M5L3
au lieu d'être M3L0. La raie 2782,7, qui est assez intense, semble difficile-
ment être LajUj ou Lj^jLua. De nouvelles recherches répondront à ces
questions.
ÉLEGTRO -OPTIQUE. — Sur lin nouveau phénomène d' absorption observé dans le
domaine des rayons X. Note de MM. M. de Broglie et X. Dauvillier,
présentée par M. E. Bouty.
Nous avons déjà signalé, il y a quelque temps ('), l'existence de raies
d'absorption au voisinage des limites de haute fréquence. Ce phénomène, qui
(*) M. DE Broglie et A. Dauvillieh, Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 626, et A.
Dauvillier, Comptes rendus^ t. 173, 1921, p. 35.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1 54';;
était connu pour celles de grandes longueurs d'ondes, a été interprété théo-
riquement par Kossel et correspondrait au passage des électrons intra-
atomiques sur les orbites optiques. C'est un effet de faible intensité et tout à
fait secondaire par rapport aux discontinuités d'absorption, à tel point qu'il
est demeuré longtemps insoupçonné dans ce domaine et que seules des con^
ditions photographiques exceptionnelles ont pu le faire apparaître d'une
manière indiscutable.
Dans toutes ces expériences, c'est sur un spectre cf absorption que ces raies
étaient observées, qu'il s'agisse de celui des atomes lourds contenus dans
l'émulsion photographique ou de celui des éléments constituant l'écran
absorbant. Or l'un de nous (voir la Note précédente), étudiant le spectre
d'émission L du baryum a obtenu, sans l'interposition d'aucun écran, des
clichés montrant de telles raies, d'ailleurs beaucoup plus apparentes et sans
qu'aucune bande d'absorption soit visible. Il s'agit donc d'un phénomène
différent des précédents et dont le siège est l'anticathode.
On conçoit d'abord aisément que, pour une même vitesse d'électrons
cathodiques, les phénomènes d'absorption produits au foyer deviennent
d'autant plus accentués que le nombre atomique de l'élément qui le constitue
est plus petit. Les coefficients d'absorption, pour les corpuscules excitateurs
et pour les rayons caractéristiques excités, varient en effet rapidement et en
sens contraires en fonction du nombre atomique.
Les raies blanches observées ne s'étendent toujours pas sur un domaine
spectral appréciable, car elles ont la même largeur que les faibles raies du
spectre d'émission. L, est plus claire que Lo ; L3 n'est pas visible et n'existe
probablement pas. L'interposition d'écrans contenant du baryum, sur une
partie de la hauteur du spectre, les laisse faiblement subsister sans parvenir
encore à faire apparaître les bandes, pour les temps de pose employés.
Nous trouvons pour longueurs d'ondes de ces lignes : L, = 2356, o. io~"cm
etLo= 2199,0, en très bon accord avec Lindsay (') qui a plutôt mesuré
les discontinuités et qui a obtenu 2307,7 et 2199,0, mais en désaccord
avec Hertz (-) qui a trouvé 2348 et 2194 et dont les mesures paraissent
moins précises.
Il semble que l'apparition de ce phénomène soit liée à l'état d'ionisation
intense dans lequel se trouvent les atomes du baryum occupant le foyer
(*) iMesures d'absorption effectuées à Lund avec un spectrographe à vide de Siej
balin et non encore publiées.
(2) Zeistchr. fur Phys.^ t. 3, 19^0, p. 19-25.
l548 ACADÉMIE DES SCIENCES.
(4o kilovolts, 200 watts/mm^) elqu""!! doit aussi se manifester pour tous les
éléments plus légers placés dans les mêmes conditions.
Il ne s'agit pourtant pas là d'un effet de recombinaison des ions porteurs
de charges multiples formés, car, si un grand nombre d'atomes du foyer
subissaient simultanément des ionisations O, par exemple, les raies issues
des niveaux O seraient renversées. Or aucun efï'et de ce genre n'est visible :
y^, en particulier, est aussi intense que pour les éléments lourds pour les-
quels la probabilité d'ionisation O est beaucoup plus faible. L'effet intéresse
seulement le domaine optique, mais sans posséder aucun des caractères du
phénomène de Kossel.
CHIMIE PHYSIQUE. — - Sur la cristallisation du tellure amorphe.
Note de M. \. Damiexs, présentée par M. Le Chatelier.
Deux théories sont aujourd'hui discutées contradictoirement sur la nature
des corps amorphes. Les uns considèrent ces corps comme étant en un état
métastable, où leur vitesse de cristallisation est nulle. D'autres pensent avec
Tammann que, sous une pression donnée, l'état cristallin est limité aux basses
températures par l'état solide amorphe qui y serait aXors stable , comme il
l'est aux températures élevées par l'étal liquide.
L'étude des relations thermiques entre les corps amorphes et les mêmes
corps cristallisés doit permettre de lever le doute, le sens de l'effet ther-
mique permettant de définir les conditions de stabilité relative des variétés
allotropiques, dans l'échelle des températures, par application de la loi du
déplacement de l'équilibre. Or on observe toujours, sauf dans le cas du tel-
lure, que la cristallisation d'un corps solide amorphe est un phénomène
exothermique, ce qui justifie le premier point de vue, généralement adopté,
en raison de ce fait qui est presque général. Il est intéressant de chercher
la raison pour laquelle le tellure fait exception. D'après les mesures calori-
métriques de MM. Berthelot et Fabre, la relation suivante existerait entre
le tellure cristallisé et le tellure amorphe :
Te cristallisé = Te amorphe H- 1 2^^', 096 ( pour 64^),
soit pour un atome (127S, 5) :
34*""', 09.
Les auteurs sont arrivés à celte conclusion en étudiant la chaleur de
réaction du tellure, pris sous différentes formes, sur un mélange de brome
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l549
et d'eau de brome. Le tellure solide obtenu par trempe du tellure fondu
serait un mélange de tellure amorphe et de tellure cristallisé, et il y aurait
là lin point de rapprochement avec le soufre, élément de la même famille.
Or nos recherches antérieures (') sur l'allotropie du tellure nous ont
montré que la transformation ne s'observe jamais dans le sens de l'équation
précédente, qui doit être inversée pour répondre aux faits observés réelle-
ment, et de plus nous avons constaté qualitativement que le tellure amorphe
cristallise par chauffage à l'abri de l'air avec dégagement de chaleur, ce qui
est contraire aux résultats précédents. Ce désaccord nous a conduit à faire
de nouvelles déterminations calorimétriques sur la chaleur de réaction du
tellure préparé de diverses manières.
Nous avons pu constater tout d'abord que le mélange de brome et d'eau
de brome utilisé par Berthelot et Fabre n'attaque que très imparfaitement
le tellure cristallisé pur : les fragments de tellure mouillés par l'eau sont
très difficilement attaqués par le brome liquide. Déplus le tétrabromure-
qui se forme est hydrolyse en partie, de sorte que l'état final du système est
mal défini. Nous avons donc adopté une autre technique.
Nous avons utilisé comme liquide d'attaque une solution de brome dans
de l'acide chlorhydrique assez concentré, qui dissout le tétrabromure formé,
et de cette manière les liquides correspondant à l'état initial et à l'état final
sont homogènes et limpides. Nous avons utilisé la solution suivante :
Acide chlorhydrique concentré pur 4oo
' Eau distillée 4oo
Brome , f\o
Le tellure cristallisé est attaqué très rapidement : il suffit de le projeter
et d'agiter vivement. Le tellure amorphe est instantanément dissous : nous
l'introduisons sous forme d'une pâte avec l'eau, préparée et manipulée
entièrement à l'abri de l'air (-). Dans ce dernier cas, il y a addition d'eau
avec le tellure, d'où nécessité de déterminer préalablement la chaleur de
dilution du réactif par des quantités d'eau variables et de faire la correction
utile. Nous avons dû en outre déterminer la chaleur spécifique des diffé-
rentes solutions.
Nous avons opéré sur 400*="^' de réactif. Voici les chiffres trouvés pour ces
déterminations préliminaires :
(') A. Damiens, Comptes rendus, l. 174, 1922, p. i3^4-
(^) Le tellure est dosé dans ce cas, après la détermination, par pesée à l'état de sul-
fate basique.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N* 24.) 1 12
l55o ACADÉMIE DES SCIENCES.
l'.aii ajoutée' à 4oo""' de
i-éaciif o i4 23 29 45 54 57 66 76 83
Glialeur spécifique après
di lu lion 0,702 0,702 » 0,699 Oj^go » » o,6g5 » »
Chaleur de dilution par
gramme d'eau ajoutée
(cal) r, 8,3i 8,21 7,90 7,75 7,38 7,29 7,28 6,44 6,4o
A l'aide de ces données, nous avons pu faire des mesures comparatives
assez précises.
Des nombreuses mesures faites, on peut tiier les valeurs moyennes sui
vantes pour chacun des produits examinés :
c
Te crist. fondu et refroidi lentement 44^64
Te crisl. fondu et trempé 44)88
Te crist. dans le télraclilorure 44» 80
Te en aiguilles obtenues par vaporisation 44,79
Te amorphe 47, 4 1
11 y a donc identité entre les quatre premiers produits cités. Le tellure
amorphe se distingue par une chaleur de réaction plus élevée. Entre le
tellure cristallisé et le tellure amorphe, nous mettons en évidence la relation
irréversible suivante :
Te amorphe = Te cristallisé ■+- 2^"', 63.
En résumé,, ces i^echerches confirment nos prccédenles conclusions lirées
de l'étude des courbes d'échaulïement et de celle des densités. Le tellure
cristallisé obtenu de diverses manières, même par trempe du liquide, est
toujours identique : il se distingue seulement du tellure amorphe.
Nos résultais conduisent à faire rentrer le tellure amorphe dans la règle
générale : c'est une forme métastable, pour laquelle toutes les températures
où le tellure est solide sont inférieures à celles où il peut être stable. Si le
point de vue de Tammann trouvait jusqu'ici dans Tunique exemple du tel-
lure une justification, il semble devoir être abandonné aujourd'hui.
Toutes les analogies que l'on a voulu mettre en évidence entre le tellure
et le soufre, par la comparaison des phénomènes d'allotropie, ne doivent
plus être retenues. Le tellure se différencie nettement par l'existence d'une
seule forme cristalline et par l'identité du produit trempé et du produit non
trempé.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l55l
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la préparation dr.s dialcoyh'inylcarhinols.
Noie de MM. K. Locquiix et Sux(i Wouseng, présenlce par M. A. lia lier.
Dans une précédente Note ('), nous avons décrit quelques nouveaux
dialcoyléthin^'lcarbinols RR' — C(OH) — CeeeeCH préparcs en apportant
certaines modifications de détail au mode opératoire employé par d'autres
auteurs.
Les composés acétyléniques de ce genre présentent un réel intérêt au
point de vue de certaines synthèses en raison de leurs multiples aptitudes
réactionnelles.
Parmi ces dernières, il en est une qui n'a pas échappé à certains cher-
cheurs (^). C'est la possibilité d'arriver par hydrogénation partielle aux
alcools éthyléniqucs tertiaires correspondants, du type
HR'-C(OH) — CH = CH%
transformation qui a déjà permis à MM. Ruzicka et Fornasir de réaliser la
synthèse du linalol racémique.
Dans le but de préparer et d'étudier quelques-uns de ces alcools éthylé-
niqucs tertiaires, nous avons expérimenté, sur plusieurs dialcoyléthinyl-
carbinols, Faction des différents agents d'hydrogénation actuellement en
usage et voici les conclusions auxquelles nous sommes arrivés :
Le procédé d'hydrogénation partielle donnant de beaucoup les meilleurs résultats
consiste à soumettre les alcools acétyléniques en solution alcooli(iue à l'action de l'iiy-
drogène en présence de métaux finement divisés.
L'emploi du platine ou du palladium, extrêmement onéreux dès qu'on fait inter-
venir des masses de catalyseur susceptibles de fixer à l'heure un volume d'hydrogène
au moins égal à 5oo™% présente en outre l'inconvénient de provoquer des scissions
de la molécule avec régénération de la cétone initiale. Aussi vaut-il beaucoup mieux
s'adresser au nickel réduit, employé selon les indications de ^L Brochet (^) à la pres-
sion et à la température ordinaires dans la proportion d'environ ici pour 100 du poids
de la substance à hydrogéner dissoute elle-même dans approximati\ement son volume
d'alcool méthylique.
(') R. LocQUiN et SuNG WoL'SEisG, Comptes rendus, l. Vtk, 1922, p. 1/427.
(-) Voir entre autres : Brevets de la Farbenfab. von Baeyer und C" {Centratblatt,
1910, II, p. 1223, etc.), puis Ruzicka et Fornasir, Ilelvetica Chimica Acta, t. 2,
fasc. 2, 1919, p. 182.
(^) A. Brochet, Comptes rendus, t. 158, 1914, p. i35i, et JJull. Soc. chini., i.'lo,
1914, p. 554 et 586, puis t. 17, (9i5, p. 55 à 5S, etc.
l552 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dans ces conditions l'absorplion de l'hydrogène est très rapide et s'accompagne d'un
notable dégagement de chaleur : elle peut atteindre lo litres de gaz à l'heure par
0,5 molécule-gramme d'alcool acétylénique placé dans une simple bouteille d'un litre
de capacité attachée sur une machine à secousses fréquentes et énergiques.
On arrête l'opération dès que la quantité calculée d'hydrogène a été fixée, ce dont
on est parfois averti par une chute brusque de la vitesse d'absorption. 11 est indispen-
sable de ne pas dépasser cette limite, sous peine de donner naissance aux alcools ter-
tiaires saturés déjà mentionnés dans notre précédente Note.
On filtre, chasse le dissolvant et agite le résidu avec une solution aqueuse de nitrate
d'argent à 20 pour 100, ce qui a pour effet de transformer en dérivé argentique les
traces d'alcool acétylénique ayant échappé à la réduction. L'buile surnageante est
alors soumise à l'action d'un courant de vapeur d'eau qui laisse intact le dérivé argen-
tique, tandis qu'il entraîne l'alcool éthylénique qu'on décante et rectifie. Le rende-
ment net est en moyenne de 70 à 7.5 pour 100.
Les alcools clhyiéniques tertiaires ainsi formés, que nous appellerons
dialcoylvinylcarbinol.s, sont des liquides mobiles, bouillant sensiblement au
même point que les alcools tertiaires, acétylénique ou saluiT, auxquels ils
correspondent. On ne peut jamais les obtenir de cette manièi^e, à l'état
rigoureusement pur, car, d'une part, ils renferment toujours une faible
quantité d'alcool saturé provenant d'une hydrogénation trop avancée prati-
quement inévitable et, d'autre part, ils ont une grande tendance à retenir
de l'eau avec laquelle ils forment des hydrates plus ou moins stables. Le
meilleur moyen de les dessécher est de les distiller à plusieuis reprises sur
de la potasse solide ou même sur du sodiutn métallique, qu'ils n'attaquent
sensiblement que lors du premier traitement. Ils possèdent toutes les pro-
priétés de la fonction éthylénique. Leur caractère alcoolique tertiaire ne
semble pas devoir être mis en doute. Ils sont, en effet, aisément déshydra-
tables avec formation d'hydrocarbures sur lesquels nous reviendrons dans
la suite et, d'autre part, versés sur du méthyliodure de magnésium, au sein
d'oxyde d'isoamyle, ils donnent lieu à un dégagement de méthane en quan-
tité sensiblement théorique.
Pour des raisons que nous exposerons ultérieurement, ils ne sont pas
éthérifiables dans des conditions satisfaisantes, mais fournissent cependant,
quoique assez péniblement (comme c'est d'ailleurs le cas du linalol), des
allophanates cristallisés qu'il est difficile d'amener à f'état de pureté par-
faite par suite de la présence du composé saturé qu'on ne peut éliminer.
On trouvera ci-dessous les principales constantes physiques des nouveaux
corps que nous avons particulièrement étudiés.
Métliylisohexylvinylcarbinol G'^H'^O : Éb,, = 89°-9i°.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l553'
Dipropylvinylcarbinol C4^W^() : Kb,2 = 75"-7G*'. Son allopliuiuiLe fond
à 1 12° sans décomposition mais sans netteté.
Mét/iY/jjsnidobutyhiiiylcarbinolCW-O: Kb. -— i4()"-i47°, D ',' = 0,8576;
NV = 1,4132; K. M. cale. 40,20; K.M.obs. — 39,^7, donne un allophanate
fondant en se décomposant à iG7°-iG8° sur le bain de mercure.
CHIMIE ORGANIQUE. — Action du chlorure de thionyk sur les acides-
alcools ol. Note de M. E.-E. Blaise et de M""' 3Ioxta<;.\i:, présentée
par M. Haller.
Dans une Note antérieure, nous avons indiqué les résultats obtenus par
action du chlorure de ibionyle sur un acide à fonction alcool primaire :
l'acide glycolique. Cette étude a été étendue depuis aux acides lactique et
a-oxyisobutyrique.
Il est remarquable que, dans le cas de ces deux acides, on n'obtient pas
de chlorosulfîte de chlorure d'acide; par contre, on observe la forniationde
corps d'un type nouveau et que nous appellerons, faute de mieux, des
« anhydrosulfiles d'acides-alcools ». Leur production est, selon toute vrai-
semblance, imputable au fait que les chlorosultites d'acides, d'abord formés,
sont instables et, perdant HCl, se transforment en anhydrosultites.Dans le
cas de l'acide a-oxyisobutyrique, par exemple, on aurait les transformations
suivantes :
CH
OH 0-SO.Cl
O
O
SO
L'anhydrosulfite lactique est liquide et bout à 72°-74° sous 19'"", tandis
que l'anhydrosulfite oxyisobulyrique distille à 63'' sous 21"'"'. Le second
bout donc plus bas que le premier, bien que son poids moléculaire soit plus
élevé. On sait, d'ailleurs, que le même fait se reproduit pour les éthers-sels
des deux acides. Ces deux anhydrosuKitcs sont relativement peu stables
vis-à-vis de la chaleur; tous deux se décomposent régulièrement vers
i2o*'-i25'', sous la pression atmosphérique, avec dégagement d'anhydride
sulfureux. On pourrait s'attendre à ce que le reste de la molécule donnât
naissance à un lactide; mais, en fait, on obtient des polylactides. Ceux-ci
constituent des masses blanches, neutres, et, traités par les alcalis, à l'ébul-
lition, ils régénèrent les acides-alcools correspondants.
l554 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les anhydrosulfites sont excessivement sensibles à l'action de rhumidité.
Si on laisse de l'anhydrosulfite lactique»au contact de l'air, il se recouvre de
beaux cristaux, fusibles vers 90°, et qui disparaissent rapidement. Fina-
lement, il ne reste que de l'acide lactique, l'hydratation de l'anliydrosulfite
paraît donc, dans ce cas, s'effectuer en deux phases et l'on aurait :
GH^-CH
O
co
b
so
CH^-
CH — CO^H
0-SOOH
ou
CH^-CHOH-CO— O— SOOH
S0-4-CH3-GH0H-C00!-
Au contraire, avec l'anhydrosulfite oxyisobutyrique, il est impossible de
saisir aucune phase intermédiaire.
Les alcools réagissent sur les anhydrosulfites avec une extrême facilité et
l'on obtient, quantitativement, les élhers-sels des acides-alcools correspon-
dants, avec dégagement de S0-. Le lactate de méthyle a été caractérisé par
transformation en phényliiréthane fusible à 67"-68°; de même, l'oxyisobu-
tyrate de méthyle a donné une phényluréthane fusible à 78^-79°, déjà
obtenue par M. Lambling.
Les arylamines transforment quantitativement les anhydrosulfites en
amides des acides-alcools correspondants, avec dégagement de SO^ L'ani-
lide a-oxyisobutyrique cristallise dans le benzène en lamelles micacées
fusibles à i3o°-i3i°. Dans le cas de l'anhydrosulfite lactique, l'aniline ne
donne pas de dérivé solide, mais on obtient aisément l'a-naphtylamide lac-
tique, fondant à 107°, et déjà décrite par Bischoif et Walden.
Tandis que les anhydrosulfites réagissent sur les arylamines par leur
groupement acide-alcool, ils réagissent, au contraire, sur la phénylhydra-
zine par leur groupement sulfureux. Dans ce dernier cas, en effet, on
obtient de la thionylphénylhydrazine, avec régénération de Facide-alcool :
(GH5)^C
O
CO
O +C«H5— NH-NH^ = (GH3)2G(OH)-G02H+G«H^— Nil— N-SO
SO
Quand on traite l'acide lactique par le chlorure de thionyle, on obtient,
outre l'anhydrosulfite, le chlorure a-chloropropionyllactique
GH^— GHGI- GOO — GH(GH3)— GOGI,
qui bouta ioo°-io3°, sous 19°^'". Ce corps a été caractérisé par transfor-
SÉANCE DU 12 Ji:i>r 1922. i555
mation en anilide, qui fond à 116°,;); il a, en outre, été reproduit synthéti-
quement par action du clilorure dV.-chloropropionyIe sur Tacidc lactique et
traitement du produit. obtenu par le chlorure de tliionyle. De même, dans
l'action du chlorure de thionyle sur l'acide a-oxyisobutvrique, on obtient
du chlorure d'a-chloroisobutyryle et du chloiure a-chloroisobulyiyl-a-oxy-
isobutyrique
(CH^)^GGi — CO — O — G((:iP)-^— COCI.
Le premier bout à i i3°-i 14" sous la pression atmosphérique et donne une
anilide fusible à ()Ç)'^-'](f'^ le second bout à 99*^-101", sous ly"""; il a été
reproduit synthétiquement et son anilide fond à 1 1^^.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la chlovhydrine de V oxyde de mésilyle et sa
transformation en chlorhydrine de la télraméthyl glycérine. Note
de MM. Pasïureau et Henri Bernard, présentée par M. Béhal.
Nous avons préparé Tiodhydrine et la chlorhydrine de Foxyde de uiési-
tyle, dans le but d'étudier certaines réactions qui seront publiées ultérieu-
rement.
La chlorhydrine de l'oxyde de mésityle
^"3 >C-CH-CO-CH»
OH Cl
réagit normalement sur les composés organomagnésiens mixtes. Elle donne,
avec riodure de magnésium méthyle CH^Mgl, une combinaison soluble
dans l'éther
CH3\ /CW^
OMgl Gl OMgl
qui, décomposée par Teau, conduit à la chlorhydrine de la tétraméthyl-
giycérine
CH^\„ ^„ ^/GH^
OH Gl OH
Préparation de la chlorhydrine de l'oxyde de mésityle. — Nous avons
obtenu facilement la chlorhydrine de Toxyde de mésityle, en fixant sur la
l556 ACADÉMIE DES SCIENCES.
double liaison de cette acétone non saturée
ç.^,)C = CH - CO - GIP
l'acide hypochloreux, obtenu par la méthode de Baeyer, Lauch, Bamberger
(action de l'acide borique sur l'hypochlorite de calcium en solution) :
3oo8 de chlorure de chaux du commerce ont été épuisés par l'eau, environ 2i,5oo.
On ajoute i5oe d'acide borique et l'on complète à 3' avec de l'eau.
Dans ce mélange, dont le titre en chlore actif varie de 2. à 3 pour luo, on ajoute
100" d'oxyde de mésityle.
Il se produit alors un abondant précipité de borate de calcium, et le
mélange, qui s'échauffe peu à peu jusque vers 5o°, est agité fréquemment.
Après 12 ou i5 heures de contact, on épuise le mélange à l'éther, on lave
à l'eau l'éther d'épuisement et on le dessèche sur du sulfate de sodium
anhydre. On récupère l'éther par distillation au bain-maiie et le résidu est
soumis à la distillation fractionnée sous pression réduite.
La chlorhydrine passe à 81° sous lo""'"; on obtient ainsi, dans une pre-
mière opération, 5oe de produit pur. En réalité, le rendement est plus
élevé, car toutes les fractions du liquide distillé contiennent de la chlorhy-
drine.
Le produit est constitué par un liquide huileux incolore, d'odeur cam-
phrée un peu piquante, qui se colore en violet à la lumière.
Dosage du chlore par la méthode au sodium alcool et titrage volumétrique du chlo-
rure alcalin :
Poids de la substance : 06,1722; Cl, o°,o4io; Cl pour 100, 23,8; théorie, 23,58.
Action de la chlorhydrine sur l'iodure de magnésium méthyle. — On pré-
pare l'iodure de magnésium méthyle avec 16^ de magnésium et95sd'iodure
de méthyle. On ajoute peu à peu 5o" de la chlorhydrine précédente dis-
soute dans deux fois son volume d'éther anhydre. (Ces proportions sont de
^moi j^g dérivé magnésien pour 1'"°' de chlorhydrine.)
La réaction est vive, on la modère en refroidissant s'il y a lieu.
On obtient ainsi un liquide limpide qui, après 12 ou i5 heures, est décom-
posé par l'eau glacée suivant la technique habituelle. La couche éthérée est
fractionnée dans le vide, après élimination de l'éther.
On recueille à part sous 200™'" la Iraction io8"-ii5« avec fixe à iio**.
Cette portion, i5"°' environ, est constituée par un liquide visqueux qui se
colore en brun à la lumière et qui donne peu à peu d'abondants cristaux
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l557
incolores et brillants, qui constituent la chlorhydrine de la tétraméthyl-
glycérine.
Ces cristaux fondent à Go" au bloc de Maquenne, ils sont solubles dans
l'eau, plus solubles dans l'alcool et dans l'étlier.
Dosage du clilore (méthode au sodium alcool) :
Poids de la substance : ok,i3i5; Cl, ofc'jOsS^; Cl pour 100, 21, 5; théorie, 21, 3.
Cette réaction présente un certain intérêt, car sa généralisation donnera
vraisemblablement des chlorhydrines de la forme
CH'/V~T |\CH3
OH Cl OH
susceptibles d'être transformées en glycérines correspondantes
GHVV~T |\CH3
OH OH OH
BOTANIQUE. — Sur la résistance comparalne à la chaleur des points véi:,étaUjs
de l'embryon du Grand-Soleil. Note (') de M. Edmond Gain, présentée
par M. Gaston Bonnier.
Comme nous l'avons indiqué récemment (-) l'embryon du Grand-Soleil
(Helianthus annuus), extrait de la semence, peut supporter des tempéra-
tures de 145° à i5o" pendant 10 minutes, et garder sa faculté germinative.
L'activité germinative d'une semence normale se manifeste en divers
points végétatifs localisés ou diffus dans certains tissus. On peut distinguer
d'abord les deux points végétatifs situés vers les deux extrémités de Taxe :
point végétatif radiculaire, point végétatif gemmulaire. Interviennent
ensuite trois régions d'accroissements intercalaires : axe bypocotylé, base
des cotylédons, masse générale des cotylédons.
L'action d'une température sècbe de 100° à i:"».^" peut atteindre plus ou
moins, dans leur vitaUté propre, ces divers points qui doivent jouer un
rôle actif dans le développement de la plantule. Aux températures qui avoi-
sinent la température ultra-maxima compatible avec la vie, certains de ces
(' ) Séance du 6 juin 1922.
(-) Comptes rendus, t. ITi, 1922, p. loSi
l558 ACADÉMIE DES SCIENCES.
points d'accroissement peuvent être tués on paralysés gravement dans leur
activité ou en état d'inhibition. Ils résistent inégalement au chauffage. S'il
faut supposer que la conduclibilité des tissus secs doit les amener à une
température sensiblement identique, il y a néanmoins, pour chaque point
végétatif encore au repos, des conditions d'abri qui sont diflérentes : alors
que le point gemmulaire est profondément protégé par les deux masses
charnues des cotylédons, le point radiculaire est situé dans un cône proémi-
nent à l'extérieur. L'expérience indique que ce dernier présente la moindre
résistance à la chaleur excessive. S'il est détruit ou inhibé, son activité est
remplacée partiellement, au point de vue fonctionnel, par des cellules
embryonnaires restées vivantes de l'axe hypocotylé. Toujours le point
gemmulaire résiste davantage que le point radiculaire; mais il peut aussi
être détruit. Dans ce cas, il ne subsiste plus d'éléments pouvant contribuer
immédiatement à la formation de la tige épicotyléc. Nous n'avons pas
encore vu se produire des bourgeons axillaires normaux de remplacement à
l'aisselle des cotylédons surchauffés, tandis que des racines adventives
peuvent se développer sur des nodosités soit de la base des cotylédons, soit
de l'axe hypocotylé. Dans le cas de destruction, ou d'inhibition de la gem-
mule, l'activité de celle-ci est remplacée par celle de la base des cotylédons.
Il s'y produit parfois une sorte de renflement. Le cotylédon peut se déta-
cher au-dessous de cette nodosité qui développe des racines adventives. Des
quatre points d'activité organique dont il vient d'être question, c'est donc
celui de la base des cotylédons qui résiste le mieux.
Un stade de destruction végétative plus accentué encore peut se mani-
fester. C'est dans le cas où il ne subsiste que l'activité végétative de la
masse générale des feuilles cotylédonaires, sans différenciation à la base.
Dans ce cas, l'écartement puis le verdissement des deux cotylédons sont
les premiers indices d'activité végétative. Ce verdissement est périphé-
rique et il part des bords amincis des cotylédons pour gagner vers le centre.
Ces cotylédons s'accroissent peu à peu en surface, mais ne reconstituent
pas facilement, dans ce cas extrême, les organes de nutrition indispensables
à une survie prolongée : ils sont ordinairement atteints par des altérations
putrides qui, d'un point limité, généralisent l'infection au bout de
quelques semaines.
En résumé, parmi les embryons soumis au chauffage, il en est qui
gardent cinq, quatre, trois, deux ou un seulement des divers points végéta-
tifs dont il vient d'être parlé. La résistance relative de ces points de crois-
sance est d'autant plus grande qu'on s'éloigne du point radiculaire pour
SÉANCE DU 12 JUIN I922. l559
passera l'axe hypocotylé, à la i^emmule, à la base des cotylédons, puis au
bord libre des feuilles cotylédonaires.
Nos observations ont porté sur plusieurs centaines de plantules ayant
subi, avant leur germination, un t'Iiaudap^e de 1 10'' à i55"G. Les recherches
de Téodoresco sur la résistance des diastases des tissus desséchés et tri-
turés (') se trouvent confirmées par nos expériences sur les embryons
intacts.
BOTANIQUE. — La ciriêse somaliquc dans la lige aéu'enne c^'Equisetum
arvense L. Note de M. Maurice Lrnoir, présentée par M. Gaston
Bonnier.
Je n'ai trouvé que deux Mémoires ayant trait au sujet de cette Note, l'un
de M. Bargagli-Petrucci (iQoS) (-), Tautre de R. Béer (i9i3)(^); mais
la question de la cinèse somatique de VEquiselum est loin d'être résolue.
Voici brièvement les conclusions auxquelles m'ont conduit mes observa-
tions sur la division du noyau dans la tige de VEr/uisetiim aivense :
I. Interphase. — Le noyau en période d'interphase est constitué par les
éléments suivants :
1° Un réseau périphérique dont les mailles polygonales sont formées
d'anastomoses peu visibles présentant des granules chromatiques aux
angles.
2° Un plexus fibrillaire chromatique reliant les nucléoles au réseau.
3° Des nucléoles en nombre variable, cinq à six ordinairement.
IL Prophase. ~ On observe :
1° Un spirème formé d'un filament apparemment continu portant des
granules chromatiques. Le spirème doit son origine à la rétraction des
anastomoses transversales entre les filaments parallèles. Il ne semble à
aucun moment présenter de fente présageant la division métaphasique.
2° Une mise en contact direct d'éléments du spirème et des nucléoles.
(') E.-G. Téodoresco, Températures mortelles pour quelques diastases (fiev. gén.
de Botanique, t. 25 bis, 191^7 P- ■'>99)-
(-) G. Bargagli-Petkucci, l nucleoli durante la cariocinesi nelle cellule merislo-
mali d'E(\u\?,&\.y\m arvense {Nuovo Giornale Bot. Slal., N. S. vol. 12, igoS).
(^) R. Béer, Studies in spore development : IIl. The premeiotie and meiotie
nuclear dii'isions 0/ Equiseluin arvense {Ann. of Bot,, t. 27^ I9i3).
l56o ACADÉMIE DES SCIENCES.
peut-être par suite de la rétraction des fibrilles intra-nucléaires. Le contact
étant établi étroitement, la matière nucléaire se répand dans le cordon spi-
rématique.
3° A la fin de la prophase, le spirème est formé d'une gaine de chromatine
et d'un axe nucléolaire. Les granules du spirème ont la même composition.
Le spirème a ses anses orientées en outre assez bien dans le sens des fibrilles
du fuseau achromatique; certaines anses enlacent étroitement les nucléoles-,
ceux-ci sont rangés dans le plan équatorial.
[\° Le fuseau se développe peu à peu sous forme de deux calottes en deux
points opposés du noyau qui de sphéroïde devient ovoïde, l'aplatissement
se faisant sentir généralement au contact des calottes fusoriales en voie de
développement.
IIL Métaphasc. — i° Aussitôt après la disparition de la membrane
nucléaire, les nucléoles sont entièrement absorbés par le spirème qui pré-
sente, outre ses granules très gonflés de nucléoline, des hernies gorgées de
la même substance.
1^ La division a lieu immédiatement après, elle se fait dans le plan pas-
sant, pour une anse déterminée du cordon chromosomique, par les deux
branches dont les portions proximales sont dans le plan de la plaque équa-
toriale, la partie libre convexe étant tournée vers les pcMes.
3° Pendant la division du cordon chromosomique celui-ci expulse ses
granules chromo-nucléolaires de toute taille dans le cytoplasme après
passage dans le fuseau. Seuls sont conservés les granules qui serviront de
centre de condensation chromosomique.
4° Les anses-filles du cordon chromosomique constituent chacune un
chromosome.
S*' Chaque anse-fille se contracte autour d'un granule chromo-nucléolaire
situé dans le plan équatorial.
6" Au moment où la condensation chromosomique est presque achevée,
il existe dans le plan équatorial un double spirème à filaments plus ou
moins parallèles portant de gros granules envoyant des anastomoses vers
les granules voisins.
Ces granules semblent se correspondre à peu près deux à deux. De toute
façon ils sont évidemment groupés en séries parfaitement définies.
7° Lorsque les chromosomes ont achevé leur condensation, ils se pré-
sentent sous forme de corps massifs spliéroïdes, anastomosés entre eux; vue
du pôle, la plaque équatoriale présente un aspect fenestré caractéristique. Les
chromosomes sont formés d'une couche externe de chromatine, le centre
SÉANCE DU 1:2 JUIN I922. l56l
étant constitué par une masse de nucléoUne. On peut compter environ
5iS chromosomes à la plaque équatoriale.
IV. Anaphase. — L'émission chromo-nucléolaire est terminée.
i« Les chromosomes se séparent en deux groupes dans deux plans super-
posés. Les anastomoses reliant les chromosomes des plans anaphasiques se
tendent pendant la plus grande partie de Fanaphase sans se rompre.
2« Les anastomoses se brisent libérant entièrement les deux groupes 1 un
de l'autre.
3« Presque au début de la séparation des deux groupes de chromosomes,
leurs anastomoses en voie de distension semblent exsuder des gouttelettes
très fines de nucléoline. Ce phénomène continue jusqu'à épuisement com-
plet de la nucléoline qui se trouve au centre du chromosome et dans l'axe
des anastomoses. Les gouttelettes paraissent se fusionner le long des
anastomoses brisées précédemment, et peu à peu colles-ci se condensent en
sphérules nucléolaires sous le chromosome correspondant devenu exclusi-
vement chromatique.
4« Les anastomoses brisées se rétractent.
5« Les anastomoses interchromosomiques continuent à exister dans
chaque groupe anaphasique.
V. Tèlophase. - Le début de la télophase est marqué par l'existence de
deux réseaux de nature différente :
a. Un réseau externe chromatique portant des granules de taille relati-
vement petite.
b. Un réseau interne nucléolinien dont les sphérules sont peul-ètre le
résultat de l'agglomération des gouttelettes exsudées par les anastomoses
de liaison des deux groupes-fils de chromosomes anaphasiques. Ces sphé-
rules nucléoliniennes sont reliées par des tractus de même nature.
i« Pendant le reste de la télophase le réseau chromatinien garde sa
structure .
2° Le réseau nucléolinien se condense en une masse nucléolaire unique.
3° La masse nucléolaire sécrète une pellicule épaisse de chromatine.
4° La pellicule chromatique appliquée intimement contre le réseau chro-
matique et faisant corps avec lui se vacuolise fortement formant un néo-
réseau chromatique.
5° Le suc nucléaire, d'origine cytoplasmique probablement, décolle la
pellicule chromatique de la masse nucléolaire qui se résout en nucléoles
séparés dont le volume est inférieur à celui de la masse primitive, ceci
prouve qu'il y a bien eu un travail de sécrétion chromatique intense.
l562 ACADÉMIE DES SCIENCES.
6° L'origine des fibrilles intra-nucléaires peut être regardée comme un
étirement de substance chromatique provenant tant de la pellicule sécrétée
que de la couche faible toujours adhérente aux nucléoles; mais ce n'est là
qu'une hypothèse.
Il n'y a pas d'alvéolisation des chromosomes qui persistent individuelle-
ment d'une division à la suivante.
Il n'y a pas non plus de dissolution, le noyau interphasique possédant
une structure déterminée.
En résumé, il semble résulter des faits précédents que /a substance fon-
(lamenlale du chromosome est la nucléoline (= pyrénine ou plastine des
auteurs) ; la chromatine en dérive.
BOTANIQUE. — Analomie des fleurs d'une même espèce à diverses altitudes.
Note de M"* Marguerite Larbau», présentée par M. Gaston Bonnier.
La dimension des fleurs varie peu, en général, avec Taltilude, mais
comme l'appareil végélatif aérien a des dimensions de plus en pins
restreintes à mesure que Faltitude croît, il en résulte que la fleur présente,
en montagne, un développement bien plus considérable qu'en plaine si
on la compare à la plante qui la porte. Ainsi, pour prendre un exemple
moyen, une fleur de Silène inflata Sm. oftre à peu près les mêmes dimen-
sions en plaine et à 2000'", altitude niaxima où cette plante croît sponta-
nément; mais à cette altitude Tappareil végétatif aérien étant de 3 à 5 fois
plus réduit qu'en plaine, la fleur a une importance de 3 à 5 fois plus consi-
dérable si on la compare à l'ensemble de la plante. Mais si la fleur conserve
à peu près la même dimension aux difl'érentes altitudes, les inflorescences
ou les groupes d'inflorescences présentent un moins grand nombre d'élé-
ments. Ainsi, en plaine, les inflorescences du Silène inflata ont de nom-
breuses fleurs, tandis que, vers 2000'", il n'y a plus que 3 à 4 fleuis par inflo-
rescence. M. Gaston Bonnier a montré (') qu'au delà de cette altitude,
vers 23oo'", on peut faire germer des graines dt Silène inflata; alors, les
inflorescences sont encore pins réduites et l'on obtient quelquefois des tiges
ne portant qu'une seule fleuj-.
Les poils sont plus nombreux en montagne qu'en plaine, plus gros et
plus serrés sur les pédoncules et sur les sépales. J'ai même remarqué chez
(') G. Bonnier, Recherches expérimentales sur l'adaptation des plantes an
climat alpin {Annales des Sciences naturelles, 7= série, t. 20, 1895).
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. 1 563
VHieracium Piloseila L. où l'on rencontre deux sorLes de poils, les uns
étoiles, les autres pluricellulaires en forme de cône, que ces derniers, plus
gros que les autres, sont plus fréquents en montagne, tandis que dans la
fleur de plaine la forme étoilée domine.
La protection est encore assurée par les épidémies des pédoncules et des
sépales. Ces épidémies ont une cuticule plus épaisse chez les fleurs de mon-
tagne. La forme des celljles épidermiques offrent souvent aussi une diffé-
rence : tandis que ces cellules sont à peu près isodiamétrirjues dans les
épidémies de plaine, en montagne, elles présentent généralement un allon-
gement dans le sens radial, ce qui donne au tissu épidcrmique une cohé-
rence et une épaisseur relative plus marquées que dans les fleurs de la
même espèce récoltées en plaine.
Les épidermes des pétales, dans les boutons floraux, sont constitués,
à toute altitude, par des cellules à contenu très dense; or, le plus sou-
vent, chacune de ces cellules montre, en coupe transversale, une légère
saillie arrondie sur la face externe. Cette saillie proémine de plus en
plus à mesure que révolution de la fleur s'opère, et elle linit par former,
lorsque la fleur est épanouie, une papille à base plus ou moins renflée et à
pointe allongée. L'ensemble de ces papilles forme le « velouté delà fleur».
La différence d'éclat entre la corolle dans le bouton etdanslafleurcpanouie
provient de cette difl^érence histologique dans l'épidernie à ces deux stades
de l'évolution de la fleur. C'est aussi par la forme de ces papilles qu'on peut
expliquer la différence d'éclat, si souvent observée, entre les fleurs de
plaine et les fleurs de montagne. En effet, dans un pélale d'une fleur de
montngpe, les papilles sont plus serrées, plus allongées et plus étroites que
dans un pétale d'une fleur de plaine de la même espèce.
Dans le pédoncule delà plante de montagne, le cylindre cortical, formant
un tissu de protection, est plus développé, et la moelle plus réduite.
On rencontre souvent des assises de tissu palissadique sous les épidermes
des pédoncules et des sépales. Ce tissu palissadique est toujours plus déve-
loppé en montagne qu'en plaine.
Dans plusieurs cas, j'ai pu remarquer que l'ouverture des anthères est plus
précoce en montagne; les grains de pollen y sont en général un peu plus
petits qu'en plaine. Je n'ai pas encore pu observer de caractère différenciel
pour les pistils; ceux-ci semblent conserver la même structure à toute
altitude.
Enfin, il reste encore à noter une différence générale dans la forme et les
dimensions des éléments cellulaires. En montagne, les cellules sont généra-
l564 ACADÉMIE DES SCIENCES.
lement plus petites; le rapport entre leurs dimensions en montagne et leurs
dimensions en plaine est souvent égal à ^ et même à -• Les tissus des fleurs de
plaine sont moins compacts, leurs cellules sont très souvent arrondies,
laissant entre elles des méals et même des lacunes. Les tissus des fleurs de
montaj^ne sont plus denses, leurs cellules sont plus souvent polyédriques,
les méats moins nombreux, plus petits, et les lacunes tendent à dispa-
raître. On peut attribuer sans doute ce caractère des tissus de montagne à
rinfluence de l'état liygrométiique de l'atmosphère. En effet, l'air est plus
sec en montagne qu'en plaine, d'où la présence de tissus moins lacuneux et
plus denses dans les plantes des hautes altitudes.
PHYSIOLOGIE. — Muscidométrc artificiel.
Note de M. («abriel Bidou, présentée par M. Daniel Berthelot.
J'ai eu l'honneur, lout récemment ('), de présenter à l'Académie un
compas d'orientation du pied.
Ce compas n'est qu'un exemple particulier, pris dans une série d'appa-
reils analogues, n'utilisant pour obtenir les données nécessaires à la Récu-
pération fonctionnelle, que des mesures purement géométriques d'angles
ou de longueurs.
L'appareil que je présente aujourd'hui appartient à une seconde caté-
gorie qui, à coté de mesures géométriques, fait appel aux mesures dyna-
mométriques. Je l'ai dénommé Muscnlornétre artificiel.
Le but de la Récupération fonctionnelle étant de remplacer ou de
suppléer un segment du membre humain déficitaire, il s'ensuit que l'étude
de la force nécessaire à la commande artificielle devant remplacer ou
suppléer la musculature humaine est une des questions primordiales de
cette méthode.
Pour trouver le muscle utile, il faut connaître le poids du membre à
commander.
Le Musculomètre artificiel permet de déterminer et, en même temps,
d'étalonner le ressort-muscle artificiel de remplacement.
Cet instrument se compose, en effet, de deux parties distinctes, jouant en
réalité le rôle de deux appareils différents accouplés.
La pre-mière partie comporte un dynamomètre à ressorts, travaillant en
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 1870.
SÉANCE uu 12 jui.x 1922. l565
cascade, actionné par un levier se déplaçant devant un secteur gradué. Ce
dynamomètre commande le membre ou le segment de membre à étudier.
Pour faciliter la description, nous supposerons qu'il faille soulever le
membre inférieur du sol.
L'extrémité inférieure delà jambe sera reliée au dynamomètre par un
D, D', D", tlyiianionièlres; L, levieis; T, lige à laquelle sera reliée pur un càbic le mcuiljrc
à éludicr; C, S, secteurs gradués; B, réglette graduée; A, aiguille; X. frein; R, ressort;
Z, barème des dislances.
câble et l'opérateur, actionnant le levier de commande, soulèvera le
membre à la bauteur voulue, [.e dynamomètre inscrira l'effoi t, l'aiguille
du levier se déplaçant sur le secteur donnera Tangie.
Et nous aurons, par exemple :
Longueur du levier I)uinain (grand Irochanler au sol). 80'-''"
Angle décrit iO°
lllfTort dynamomètre S'^'S
Ces renseignements seront notés; et, retournant l'appareil, nous en utili-
serons la seconde partie.
Deux dynamomètres sont juxtaposés et peuvent être commandés respec-
C. R., ig'a, I" Semestre. (T. 17'», N» 24.) ^ ^-^
l566 ACADÉMIE DES SCIENCES.
tivement par le même levier, se déplaçant devant un secteur gradué. L'un
décale à loo^' et va jusqu'à lo'^f' et l'autre décale à lo''^' et va jusqu'à 5o''s.
Choisissant un ressort à boudins de x centimètres de longueur, d'un
mandrinage j>^ et d'une section de fil z-, nous le placerons entre le dynamo-
mètre et le levier.
Pour que ce ressort étudié soit celui qui conviendra, comme muscle
artificiel, il faudra que le levier marquant 20*', le dynamomètre 3''^, l'écar-
tement des spires n'ait pas dépassé en -^ les limites d'élasticité normale.
Admcltons que Tensemble des desiderata soit obtenu. On notera l'écar-
tcment des spires à la jauge et le muscle artificiel sera trouvé.
Si l'une des conditions n'était pas réalisée, on choisirait un autre ressort
de mandrinage ou de section difi"érents.
Utilisation pratique du muscle trouvé. — Le ressort -muscle artificiel sera
attaché à la ceinture d'une part et à l'avant-pied d'autre part. Il sera tendu
d'une façon telle que l'écartement des spires corresponde à celui noté à la
jauge.
Dans ces conditions, il suffira que le malade se libère de l'adhérence au
sol et supprime ainsi le freinage du ressort, pour que celui-ci, revenant sur
lui-même, propulse le membre d'une amplitude de 20*'.
Et nous savons que le levier humain étant de 80*^'°, l'angle de 20**, la
distance linéaire, autrement dit le chemin parcouru par le membre, sera :
sin 20 X 80"" =: 27'="', 20.
Ce que nous venons de dire pour le groupe musculaire fléchisseur du
membre inférieur sur le bassin, peut s'appliquer à tout autre muscle ou
groupe musculaire humain.
L'application de ce système permet aux amputés de cuisse, d'équilibrer
le poids de leur appareil de prothèse, aux hémiplégiques de marcher, etc.
ENTOMOLOGIE. — Origine de la coloration naturelle delà soie chez lelàomhyx
mori. Note (') de MM. Clément Vaney et Jean Pelosse, présentée
par M. E.-L. Bouvier.
Dans une Note précédente nous avons montré que le sang des vers et les
cocons de toutes les races de Bombyx mori, que nous avons examinées, étaient
colorés. Cette coloration est très atténuée chez les races dites à cocons
(') Séance du 6 juin 1922.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. iSb'J
blancs; elle est bien nelle chez les races à cocons colorés où elle varie du
jaune vif au jaune verdalrc. La lualière colorante du cocon parait la même
que celle du sang et en dérive très probablement.
La substance colorante du cocon et du sang rappellent beaucoup la xan-
tophylle des feuilles du innrier, car leurs caractères sont sensiblement iden-
tiques et leur solution alcoolique examinée au spectroscope présente une
même baiide d'absorption dans la partie la plus réfrangible du spectre.
Comme il est démontré que certains colorants d'origine végétale ou
dérivés de l'aniline peuvent dialyser à travers la mu(jueuse intestinale,
pénétrer dans le sang et de là se fixer sur le brin de soie des vers de toutes
les races examinées, il est très probable ({u'il en est de même de la xautho-
pliylle des feuilles de mûrier, dont certains dérivés sont solubles dans l'eau
et la liqueur physiologique.
La coloration du sang du ver et par suite du cocon ]iroviendrait ainsi de
certains pigments colorés de la feuille de mûrier. Ce qui semble confirmer
cette manière de voir c'est que, lors de leur éclosion, les jeunes vers des
races dites à cocons blancs, de la race Bagdad par exemple, n'ont pas de
sang coloré. Les jeunes vers fraîchement éclos de races à cocons jaunes,
comme ceux de la race Chine dorée, ont un sang très faiblement teinté en
verdàtre, dont la coloration extrêmement atténuée est bien différente de
celle du sang des mêmes vers ayant absorbé des feuilles de mûrier.
Ces faits viennent confirmer Thypothèse que Conte et Levrat ont émise
en 1904 et d'après laquelle la coloration des cocons des séricigènes déri-
verait des pigments de la feuille servant à alimenter les vers. Mais pour eux
les variations de coloration des cocons chez le Bombyx inori dépendraient
des difTérences de perméabilité de l'intestin des vers à soie aux diverses
substances colorantes de la feuille; pour les races à soie blanche aucun
pigment coloré des feuilles ne passerait à travers la paroi de l'intestin de la
chenille, alors que chez d'autres vers à soie le pigment jaune ou vert dialy-
serait avec plus ou moins de facilité et l'on obtiendrait suivant les cas des
cocons jaunes, des cocons verts et des cocons contenant à la fois du jaune
et du vert. Or, nous avons remarqué que la dialyse des colorants artificiels
à travers la paroi intestinale s'opérait de même pour tous les vers à soie
et n'était nullement fonction de la race.
Il semble que les produits xanthophylliens doivent traverser de la même
façon la paroi intestinale des vers, quelle que soit la race. Le sang de tous
les vers serait ainsi coloré avec la même intensité au moyen de certains
pigments provenant de l'ingestion des feuilles de mûrier. Mais ces colorants
l568 ACADÉMIE DES SCIENCES.
végétaux vont se trouver en présence d'un milieu intérieur plus ou moins
riche en diastase oxydante : le sang des vers à cocons blancs renferme
beaucoup plus de tyrosinase que le sang des vers à cocons colorés et cela
dès le plus jeune âge.
Il est très probable que ces dilTérences de teneur en tyrosinase vont
permettre des oxydations plus ou moins profondes des pigments xantlio-
phylliens qui sont ainsi parvenus dans le sang par la voix digeslive. L'oxy-
dation va être relativement faible chez les vers à cocons colorés; elle sera
plus grande chez les vers à cocons blanchâtres.
On peut se faire une idée approximative du résultat de ces oxydations
progressives en traitant un extrait aqueux bien filtré de feuilles de mûrier
par de l'eau oxygénées ou une solution diluée de permanganate de potasse.
Avec une très faible quantité de ces corps oxydants on aura un liquide
jaunâtre; si l'on augmente légèrement la dose de réactif on obtient une solu-
tion de teinte vetdâlre très claire.
La coloration du sang du ver et des cocons du liomhyx mori paraît
provenir des pigmejits xanthophylliens de la feuille de mûrier qui, après
avoir dialyse à travers la paroi intestinale du ver, pénètrent dans le milieu
sanguij] où ils subissent une oxydation plus ou moins profonde sous
riiifluence de la tyrosinase sécrétée par les leucocytes. Suivant les degiés
de cette oxydation il en résultera des colorations diverses : jaune si l'oxy-
dation est faible, jaune verdâtre si elle est plus grande et blanc jaunâtre ou
verdâtre lorsqu'elle est beaucoup plus accentuée.
La coloration des cocons sert souvent à caractériser les diverses races de
vers à soie. Ce caractère se trouve en relation avec une sécrétion plus ou
moins abondante de tyrosinase.
ANATOMIE. Sur le développement des caraclcrcs sexuels primaires chez les
Urodêles. Hypothèse sur son déterminisme. Note de M. M. i\.Ro.v, pré-
sentée par M. Widal.
Chez Triton cristatiis^ le màle jeune reste jusqu'à une période assez lardi\ e du déve-
loppemenl (correspondant à une longueur de 6'^°^ à 8"" environ), identique à la fenieile
de même longueur. La crête que présente le màle à maturité n'existe pas encore. Sur
la face dorsale de l'animal règne, au niveau du rachis, une ligne pigmentée jaunâtre
semblable chez les deux sexes. Des chromalocjtes à pigment blanc en nombre sensi-
blement égal chez le màle et la femelle sont disposés sur les parties latérales de la
queue. Bref les caractères extérieurs ne permettent pas le diagnostic du jeune Triton.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l569
A la dissection, les glandes génitales, au stade dont il s'agit, ont sensiblennent même
forme et même volume chez le mâle et chez la femelle. Les conduits excréteurs —
canal de WofT et canal de Millier — sont rectilignes, extrêmement fins. Seul l'examen
histologique de la glande génitale indique une différenciation déjà fort avancée : exis-
tence, ch.z le mâle, de gonies primitives et secondaires, de jeunes ovocytes chez la
femelle. Celui des canaux montre (jue, chez le mâle, canal de WolfTet canal de ÎVluller
coexistent, tous deux à l'état rudimentaire de minces tubes épilhéliaux, daus une
gaine connective commune, mais que, chez la femelle, le canal de Millier n'est pas
accompagné d'un canal wolffien. En somme, le Triton mâle jeune ne présente aucun
caractère sexuel autre que la gonade, alors qu'à un stade approximativement correspon-
dant la femelle possède, comme tel, un canal de Millier déjà évolué.
A une période du développement susceptible de varier quelque peu —
en moyenne pour une longueur totale de 8^'" de l'animal — on voit chez
le mâle, dès lors extérieurement identifiable, la ligne pigmentée dorsale
disparaître et sitôt après faire place à un rudiment de crête, d'abord sous
la forme d'une saillie linéaire à peine perceptible, puis sous celle d'un faible
soulèvement très légèrement denticulé. L'examen des conduits génitaux
pratiqué à ce stade révèle un développement sensible du canal de WolfF. Le
canal de Muller persiste à son côté, dans son état rudimentaire initial. Rien
n'est alors changé dans le testicule en ce qui concerne les éléments de la
lignée germinale, réduits encore aux gonies primitives et secondaires. Mais
en un point limité, au niveau du futur bile de l'organe, on constate l'exis-
tence d'un tissu chargé d'enclaves lipoïdiques qui, au stade précédemment
envisagé, n'était pas encore observable. Ce tissu résulte de la prolifération
assez discrète, dans la zone en question, d'un certain nombre des cellules
folliculeuses entourant les gonies primitives et de leur transformation en
éléments volumineux riches en granulations osmio-réductrices, cependant
qu'à leur tour les cellules conjonctives voisines prolifèrent et se chargent
d'enclaves. Des vaisseaux nombreux envahissent la région considérée.
Le développement de cette zone glandulaire est le seul fait morpholo-
gique nouveau qui se manifeste au moment de la ditlérenciatioh des carac-
tères sexuels primaires : ébauche de la crête, canal différent. On a donc
des raisons de penser qu(" l'apparition de ces caractères peut être condi-,
tionnée par la formation, dans le testicule, d'un tissu glandulaire endo-
crinien.
Les caiactères ainsi développés se modifient peu jusqu'à la maturité
sexuelle, c'est-à-dire jusqu'à l'établissement de la spermiogénèse. On sait
que l'élimination des spermies s'accompagne ensuite de la production, dans
les cystes vidés, d'un nouveau tissu glandulaire de signification différente
qui conditionne la poussée des caractères sexuels secondaires périodiques.
iSyO ACADÉMIE DES SCIENCES.
entre autres celle de la crête, les phénomènes de sécrétion et de proliféra-
tion dans le canal de Wolff(').
En résumé, les Urodèles nous présentent une évolution dissociée et fort
nette des caractères sexuels. Les caractères sexuels primaires, chez le mâle,
apparaissent relativement très tard, alors que la glande génitale est depuis
longtemps différenciée. Il est donc inexact d'admettre, comme le font cer-
tains auteurs, que la genèse de ces caractères se produit lors de la première
flexion des gonocytes. Ce que par contre l'on constate, c'est que leur déve-
loppement est accompagné et paraît conditionné par la formation, dans le
testicule, d'un tissu glandulaire particulier. Et sans être autorisé à inférer
des Vertébrés inférieurs aux supérieurs, on est cependant amené à supposer
que le mécanisme physiologique est vraisemblablement unique dans la
série et les caractères sexuels primaires si précoces des Mammifères déter-
minés par la glande interstitielle du testicule embryonnaire, d'apparition
également fort précoce (-),
Nous avons, au début de cette Note, écrit qu'avant l'installation des
caractères sexuels primaires le mâle jeune demeure morphologiquement
identique à la femelle. Cette constatation ne saurait être enregistrée en
faveur de l'hypothèse d'une forme embryonnaire commune aux deux sexes,
et dite « asexuée », qu'à la condition de ne considérer que les caractères
externes et d'excepter la glande génitale. Nous croyons en effet, — et les
Urodèles témoignent en faveur d'une telle idée — que, si le soma reste en
apparence plus ou moins longtemps asexué, la gonade est différenciée d'une
manière précoce, et sans doute fixée dès l'origine du développement. A une
période variable, selon les classes et les espèces de Vertébrés, le testicule
devient vraisemblablement, par l'intermédiaire d'un tissu endocrinien, le
point de départ de l'action générale qui aboutit à la première différen-
ciation sexuelle du soma.
(') Nous avons envisagé, en des Communications antérieures (C R. de la Société
de Biologie^ l. 85, p. 48^, et Comptes rendus, t. J73, 1921, p. 67; l. 174, 1922,
p. 332), la significalion et le rôle de ce tissu glandulaire de deuxième [ormalion.
Nos résultais, confirmés par de nombreuses observations et des expériences mul-
tiples, feront l'objet d'un prochain travail in extenso.
(^) La glande interstitielle embryonnaire des Mammifères possède une signification
morphologique difterente de la glande endocrine du testicule à maturité sexuelle,
comme Bouin et Ancel l'ont montré chez le cheval, et nous-mème, plus récemment,
chez d'autres Mammifères (Porc, Mouton). Cette dualité du tissu endocrinien du
testicule complète l'homologie qu'on peut établir entre Batraciens et Mammifères.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. iSyi
EMBRYOGÉNIE. — La dipyiénie des spermies dans certaines doubles sperma-
logénèses est obtenue par une mitose hétérotypique qui se produit au cours
du développement. Note de M. P. Bouiiv, présentée par M. Widal.
L'existence des spermatogénèses doubles est connue depuis assez long-
temps. Elle a été signalée chez divers ordres d'animaux, chez les Proso-
branches (v. Brun, Stéphan, Meves, v. Kemnitz, etc.), chez certains
Insectes (Meves, v. Kemnilz, Montgomery, etc.), chez divers Myriapodes
(P. Bouin chez Scolope/idra, P. Bouin et P. Ancel chez Scutigera, M. Aron
chez Cryptops). Ces spermatogénèses doubles peuvent être distinguées en
deux catégories : les unes évoluent aux dépens de spermatogonies qui sont
communes aux deux lignées spermatogénétiques ; le dimorphisme des
spermies s'obtient au cours des mitoses de maturation. Les autres é^^oiuent
à partir de deux sortes de spermatogonies, qui sont différentes par la consti-
tution de leur appareil chromosomien.
L'étude des doubles spermatogénèses de cette deuxième catégorie est
très instructive, parce qu'elle tend à révéler la signification réelle du pro-
cessus de maturation et en particulier de la première division maturative
ou hétérotypique. C'est en me plaçant à ce point de vue que j'ai repris
l'étude des doubles spermatogénèses des Myriapodes, en particulier Sco-
lopendra et Scutigera coleoptrata.
J'ai signalé antérieurement qu'il existe chez la Scolopendre deux sortes
de lignées spermatogénétiques qui se poursuivent parallèlement dans des
logettes testiculaires contiguës. Elles ont pour cellules-mères deux sortes
de spermatogonies qui possèdent des chromosomes en nombre égal (24),
mais de taille différente. Les unes renferment des chromosomes en forme
de gros bâtonnets courts et trapus; les autres présentent des chromosomes
semblables, mais plus petits. Les spermatocytes issus des spermatogonies
à gros chromosomes deviennent très volumineux et donnent naissance,
après deux mitoses maturatives qui se passent selon le schéma hétéroho-
méotypique de Grégoire, à des spermies géantes qui renferment chacune
douze chromosomes. Les éléments de la petite lignée montrent exactement
les mêmes processus, et chaque petite spermie reçoit douze petits chro-
mosomes.
Chez la Scutigère, il existe aussi une double spermatogénèse qui se passe
dans deux territoires différents de la glande germinative mâle, comme
l572 ACADÉMIû DES SCIENCES.
P. Ancel et moi-même l'avons signalé antérieurement. L'une des sperraa-
togénèses est caractérisée par des éléments très volumineux qui forment
des spermies géantes; l'autre spermatogénèsc est constituée par des élé-
ments très petits qui élaborent des spermies naines. Les mitoses de matu-
ration se passent d'une manière identique dans les cellules séminales de la
grande et de la petite lignée spermatogénétique. Mais la dipyrénie des
deux sortes de spermatozoïdes est obtenue ici par le moyen de chromo-
somes particuliers. Ceux-ci sont très gros dans les éléments de la grosse
lignée et beaucoup moins volumineux dans ceux de la petite lignée. Ils
subissent des divisions équationnelles pendant les divisions maturatives et
sont distribués à toutes les spermies, les spermies géantes étant toutes
munies d'un gros chromosome spécial, les spermies naines étant toutes
pourvues d'un petit chromosome spécial.
La dipyrénie des spermies est donc obtenue, chez la Scolopendre, par le
volume différent des chromosomes dans chaque lignée spermatogénétique,
et chez la Scutigère, par la présence d'un gros chromosome spécial dans
la grosse lignée et d'un petit chromosome de même nature dans la lignée
naine. Comme cette dipyrénie existe déjà dans les spermatogonies, il faut
qu'elle ait été réalisée avant l'établissement de la spermatogénèse, au
cours du développement, pendant l'évolution de la lignée germinale. Il est
à présumer que la mitose hétérotypique est subie par la cellule germinative
primordiale, laquelle mitose distribue à chaque cellule-fille les éléments
chromosomiens que nous retrouvons dans les cellules-mères des deux lignées
spermatogénétiques. Cette division sépare, chez la Scolopendre, les gros et
petits chromosomes, et chez la Scutigère, le grand et le petit chromosomes
particuliers contenus dans l'œuf qui doit avoir été fécondé par une spermie
naine. Les deux cellules-filles de cette première mitose hétérotypique
évoluent parallèlement au cours de la lignée germinale, se multiplient par
mitoses homéotypiques et fournissent aux gonades de Scolopendre et de
Scutigère les deux sortes de spermatogonies que nous y avons observées.
Conclusion. — Dans la plupart des spermatogénèses étudiées jusqu'ici, la
première mitose de maturation conditionne en même temps la réduction
numérique des chromosomes et la dipyrénie des spermies, celle-ci étant due
à l'évolution de l'hétérochromosome qui passe dans une seule cellule-fille de
cette première division maturative. Ces deux processus se trouvent dissociés
dans les doubles spermatogénèses des Myriapodes : la réduction numérique
est toujours obtenue par le moyen de la première division de maturation;
mais la dipyrénie des spermies est le résultat d'une mitose hétérotypique
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l573
qui ne peut s'être produite qu'au cours de la lignée germinale. La dipyrénie
étant réalisée avant la spermatogénèsej il apparaît que le grand et le petit
chromosome spéciaux de la Scutigère doivent être considérés comme des
hétérochromosomes de taille différente, qui ont opéré leur disjonction d'une
façon précoce et qui, dès lors, doivent se comporter comme des chromo-
somes ordinaii^es au cours des mitoses spermatogénétiques.
BIOLOGIE GÉNÉRALE. — Notion de a seuil différentiel'» et explication humorale
du gynandromorphisme des oiseaux bipartis. Note de M. A. Pkzard,
présentée par M. E.-L. Bouvier.
Plusieurs biologistes et notamment le regretté A. Giard ont allégué que
la théorie des hormones sexuelles est impuissante à expliquer clairement le
cas des oiseaux « bipartis». Il s'agit de sujets chez lesquels le plumage est
partagé en deux moitiés différentes suivant le plan de symétrie du corps :
l'une d'aspect mâle, l'autre d'aspect femelle. L'autopsie révèle des particu-
larités intéressantes concernant les glandes reproductrices. Ainsi, le pinson
décrit par Max Weber en 1890 présentait, à droite, un testicule correspon-
dant au demi-plumage mâle, â gauche un ovaire correspondant au demi-
plumage femelle.
DifTérentes explications ont été proposées. A la suite de nos premiers travaux sur les
Gallinacés, nous avons parlé d'une spécificité chimiqLie sexuelle de chaque demi-soma,
idée qui a été défendue également par Abderlialden. — Max Weber a mis en cause
le système nerveux. — A vrai dire, ces explications ne peuvent être retenues étant
donnée l'action directe et non conditionnelle des hormones chez les Vertébrés et la
généralisation de l'action empêchante de l'ovaire sur le plumaj;e des femelles d'oiseaux.
Par contre, nos récentes recherches sur la loi du «tout ou rien», complétée par la
notion de « seuil différentiel », nous suggèrent une interprétation qui a tout au moins
le mérite d'être en complet accord avec les faits établis.
i'' Loi du « toit ou rien » 1' — A partir d'un certain minimum au-dessous du-
quel V effet morpho gène est nul, un accroissement très petit de tissu génito-enao-
crine fait apparaître les caractères sexuels secondaires mules et assure leur
développement total. Nous avons démontré ailleurs, par voie indirecte, que
cette loi est applicable à l'action de l'ovaire chez les Gallinacés; enfin
Knud-Sand, puis Al. Lipschiitz l'ont vérifiée chez les Mammifères.
2° Notion de seuil différentiel. — Au cours de nos recherches sur les Galli-
nacés, il s'est trouvé, dans plusieurs expériences, que le minimum efficace
l574 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de tissu testiculaire s'est strictement maintenu : nous avons observé alors
une dissociation des caractères sexuels secondaires mâles (organes san-
glants, instinct sexuel et combatif, chant, utilisation des graisses); l'en-
semble de ces caractères forme donc un complexe('). Et ces observations
nous conduisent à énoncer les trois propositions suivantes, qui s'appliquent
également à la poule :
a. Le minimum Micau n'est pas le même pour tous les caractères dépen-
dant des glandes reproductrices.
b. Les différences de seuil sont infimes, pour ainsi dire insensibles à la
balance, mais suffisantes pour échelonner X^'s, départs des différents carac-
tères, et même fractionner la poussée du plumage-
c. La détermination directe des seuils différentiels, pratiquement très
difficile, se ramène, en définitive, à l'observation des temps d' apparition.
Les travaux de Knud-Sand sur l'hermaphrodisme expérimental et sur la transplan-
tation des gonades conduisent à une discrimination du même genre. Il observe en
effet que les caractères sexuels des Mammifères sont, à divers degrés « homono-
sensibles », c'est-à-dire qu'ils apparaissent sous l'influence de quantités voisines mais
différentes de tissu endocrinien.
3° Pinson de Max Weher. — Toute interprétation doit tenir compte du
fait essentiel suivant : le plumage soi-disant mâle des oiseaux est, en réa-
lité, un plumage neutre, puisque les castrats le conservent et que les
femelles à ovaire enlevé, malade ou atrophié, l'acquièrent intégralement.
Chez le pinson précité, il ne s'agit donc pas d'expliquer pourquoi le testi-
cule a agi à droite, mais, plus exactement, pourquoi l'ovaire, qui a exercé
à gauche son action empêchante, ne l'a pas exercée à droite. Cela posé, et en
raison des différentes modalités de la loi du « tout ou rien », l'explication
plausible est la suivante : Au moment de la mue précédente, qui a déclenché
son plumage biparti, le pinson de Max Weber présentait un ovaire réalisant le
minimum efficace, et se trouvant entre deux seuils différentiels : celui de la
pairie droite, plus élevé ; celui de la partie gauche, plus petit. Le fait que deux
conditions exceptionnelles, fuiie hormonique, l'autre soinatique, doivent
coïncider, explique pourquoi la réalisation de tels sujets demeure extrême-
ment rare.
Voici les raisons qui appuient cette manière de voir :
a. Une foule de travaux portant sur les paramètres physiologiques et
(') Pour les détails, cf. Journal de Phys. et Path. gén., 1922.
SÉANCE DU 12 JUIN I922. I^yS
sur les mensurations anatomiques des parties droite et gauche du corps
chez les Vertébrés ont montré qu'il existe des différences entre elles.
Cela n'a rien d'étonnant puisqu'il s'agit de deux lignages ayant évolué
parallèlement, mais séparément. Le plus souvent même, ces différences
sont supérieures à celles que supposent les deux seuils différentiels du
pinson.
b. Max Weber signale que l'animal, autopsié le i*^'' avril 1890, avait
un ovaire de structure normale (nous ajouterions fonctionnel), avec
follicules développés, mais beaucoup plus petit qu'un ovaire prélevé, le
même jour, chez une femelle de même espèce (3--,5x2-- au lieu
de 4°'",5 X 3'"'", 5) (') • nous sommes en droit d'inférer que l'ovaire du
pinson biparti était également inférieur, lors de la mue précédente.
c. Les explications données jusqu'à ce jour se trouvent en défaut s'il n'y
a pas correspondance rigoureuse entre chaque demi-soma et la glande qui
paraît le commander. Par contre, notre interprétation, qui n'exige pas
cette condition, conserve alors toute sa valeur. Or chez les Sélaciens,
A. Vayssière et G. Quintaret ont décrit une Roussette possédant des
organes génitaux bipartis et seulement un testicule impair soudé à l'ovaire
(à droite dans le genre Scylliorhinus). Mieux encore : Max Weber signale
le cas, décrit par Cabanis, d'un Picidé américain. Colapies meœicanus
biparti, mais retourné (umgekehrt) : plumage mâle à gauche (où se trouve
l'ovaire chez les oiseaux); plumage femelle à droite; l'éminent zoologiste
allègue, d'après la description, que la partie droite, d'apparence femelle,
doit être en réalité considérée comme infantile. Suggestion très plausible,
mais qui pose, sous une forme indirecte, la question du seuil différentiel.
L'explication humorale ch. gynaudromorphisme biparti appa.aît donc comme liée
à ridée nouvelle de seuil différealiel. Si cette idée n'a pas encore donne chez les
oiseaux, tout ce qu'on est en droit d'en espérer, son application éventuelle, aux
Insectes, conduirait aux résultats fort intéressants obtenus par Goldschmidt sur les
inlersexués. « L'ordre de fréquence de l'apparition de l'inlersexualité, d'après Goids-
chmidt, est l'inverse de l'ordre de différenciation au cours du développement. »,Or,
si les caractères se.uels d'un animal sont conditionnés par des seuils croissants a, U,c,
l'involution de la cause agissante les modifiera dans l'ordre c,.^ «, qui ourni.a
l'ordre de fréquence. Toutefois E.-W. Sexton et J.-S, Huxley objectent que la lo. de
Goldschmidt n'est pas toujours applicable et qu'il faut tenir compte du degré de chi-
linisation. L'exemple des Gallinacés nous apporte ici une explication : la loi de Golds-
(1) Le testicule, par contre, était infantile (unreif), ce qui est normal en avril,
pour le pinson.
1676 ACADÉMIE DES SCIENCES.
chmidl, dans le cas où il y a inversion des causes agissantes, ne peut s'appliquer qu'à
des caractères immédiatement réversibles ou constamment influençables. Mais si, à
l'exemple du plumage de la poule, les caractères sexuels ne sont sensibles à l'hormone
que périodiquement, l'ordre de sensibilité doit se substituer à l'ordre c, b, a.
On pourra arguer ici que rexpérimentation paraît soustraire les caractères sexuels
secondaires des Insectes à l'action des hormones. N'est-il pas troublant, néanmoins,
de constater que Goldschmidi a été obligé, pour relier les faits, d'imaginer des fac-
teurs enzjmoïdes (andrase et gvnase), très précoces, sans doute, mais agissant par
des hormones, et de leur supposer une valence; enfin d'introduire la notion de point
critique, « turning point » qui est assimilable à notre « seuil diftérentiel »?
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Régime équilibré et acidose diabétique.
Note de MM. A. Desgrez, H. Bierky et F. Kathery, présentée par
M. F. Widal.
Nous avons montré (') la nécessité d'un équilibre entre les divers cons-
tituants de la ration, pour que l'animal puisse tirer un parti convenable des
matériaux apportés. Etendant ces recherches à l'homme diabétique (^),
nous avons tout d'abord recherché dans quelles limites les différentes
espèces alimentaires peuvent se suppléer sans provoquer de phénomène
d'acidose.
Comme le diabète peut se traduire par un trouble de la nutrition qui
porte non seulement sur le métabolisme des hydrates de carbone, mais
encore sur celui des graisses, des protéines et des sels minéraux, il y avait
lieu de faire une première distinction entre les sujets qui éliminent cons-
tamment des « corps acétoniques » en assez grande quantité et ceux qui n'en
élinàinent que de façon intermittente. Enfin, on devait ranger, dans une
troisième catégorie, les diabétiques présentant une azoturie confirmée. En
ce qui regarde les malades de la première catégorie, une difficulté se pré-
sentait pour établir des points de repère. Nous avons songé à prendre,
dans un certain nombre de cas de ce genre, comme base de comparaison,
la quantité de glucose et de « corps acétoniques » éliminée pendant le jeûne
(diète hydrique) et correspondant au deuxième jour. Nous avons, en effet,
constaté qu'au bout de ce temps, les effets du jeûne se sont surtout fait
(') Comptes rendus, t. 171, 1920, p. 1 898 ; t. 172, 1921, p. 1068.
(-) Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 244; Comptes rendus, Soc, de Biologie,
4 février 1922.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. ï5']']
sentir et que l'élimination du glucose et des « corps acétoniques » a subi
une diminution marquée (').
Les malades étaient ensuite soumis à une ration type, équilibrée, com-
prenant des protéines, des graisses et des liydrates de carbone, en propor-
tions d'abord réduites et telles que « l'acétonurie » fût sensiblement devenue
celle du jeune. La quantité d'un hydrate de carbone déterminé restant
fixe, nous augmentions successivement les albumines, puis les graisses de
la ration.
Les analyses ont porté sur le carbone tolal, l'uzole sous ses clifTérenlcs foimes :
azote total, urée, ammoniaque, etc., le glucose, les corps céloniques (acétone et
acide acélvlacéliqiie), l'acide cétogène (|3-o\ybiitjriqiie) (-). Les méthodes em-
ployées ont fait l'objet d'une étude critique préalable. Certaines expériences ont été
poursuivies pendant i5 et 18 jours.
A défaut de tableaux d'analyse qui ne peuvent trouver place ici, nous donnons,
comme exemple, les variations, en 2^ heures, des acides cétonique et cétogène, chez
un malade d'abord soumis au jeûne, puis à un régime équilibré.
Glucose
auli ycirc.
Avant jeûne 8o5
Jeûne, i<='' jour 89
)) 2^" jour 16,60
Régime équilibré, 1^' jour /i'-^'OO
» 2" jour 38, 00
)) 3'^ jour 39,00
Même régime, plus supplé ( 2^ jour... 28,90
ment dégraisse. ( 3'" jour... 53, 00
Autre exemple emprunté à une deuxième séi ie :
Corps Acide N.
Glucose. cétoiiii]ues. cclogèiie. Urée. Atl'en N. Ml- eu N. total.
s g " ^ s s s s
Avant régime équilibré 23, 60 i,o5 i , 5o ^9,^7 0,71 0,17 10, 65
i4,5o 0,80 0,68 17,80 0,24 0,16 10, 3o
(^nrps
Acide
céloni(jues.
|i-oxyljulyri(|ne.
S
1,90
6'5o
1,80
3,4o
2,10
-2,30
2,4o
3,5o
2,3o
2,90
2,3o
2,80
3,00
6,4o
3,60
7,3o
egime équilibre i o ,- - ^ - / o
" ^ j ii,3o o,bo 0,70 15,9.') o,f\2 0,1b
ême régime, p
ment de graisse
9.17
, ,,1 i3.oo o,65 0,89 17.80 0,22 0,09 10, -)0
Même régime, plus supple- I ^ ^ „ „' ,„ /•
j .' '' i5,oo o,oo 0,93 18,90 0,4b 0,10 '0,70
23,60 0,37 I , 3o i5,4o 0,47 o, i5 8,90
(^) Comptes rendus, t. 173, 192 1, p. 259.
(^) On a employé, pour ce dosage, la méthode de Scliaffer et Marriott, modifiée en
ce qui regarde l'élimination du glucose et la distillation.
1578 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Si l'équilibre de la ration est rompu par un supplément convenable de
protéines, on peut observer une diminution ou un relèvement des « corps
acétoniques », S'il est rompu par une augmentation des corps gras, ou voit
le taux des acides cétonique et cétogèue monter progressivement et même
atteindre, pour certaines graisses, un chiffre très élevé en quelques jours.
11 suffit alors de donner un sucre bien déterminé, dans des conditions et à
une dose où son utilisation soit encore possible, pour voir baisser l'élimi-
nation des « corps acétoniques ».
Le diabétique réagit donc, à ce point de vue, comme l'homme normal.
Dans certaines expériences, un supplément d'enquête a été obtenu par
l'étude du quotient respiratoire.
Les divers sucres ne sont pas équipollents dans leur pouvoir anlicclogé-
nique; les diverses graisses : beurre, graisse de porc, huiles, lécithines,
sont plus ou moins cétogènes. Les résultats observés à la suite de l'ingestion
de graisses animales nous ont amenés à considérer l'apport de ces aliments
en facteur liposoluble et à suivre les effets dus à ce facteur, soit seul, soit
asssocié aux vitamines B et C, sur la glycosurie et l'acidose. Nous revien-
drons sur ce sujet. L'étude du carbone urinaire nous a permis de mettre
en évidence le rôle prépondérant des acides acétylacétique et ^-oxybu-
tyrique dans l'acidose. L'élimination de ces deux acides étant loin d'être
toujours parallèle, le dosage de chacun d'eux est indispensable.
Des sels alcalins ont été introduits, à certains moments, dans la ration.
L'examen des urines a été alors complété par l'évaluation de l'acidité^e
titration, de COMibre et combiné, et de l'acidité ionique (Ph de Sorensen).
Conclusion. — Avec une ration bien équilibrée et adaptée à chaque cas,
l'élimination du glucose et des « corps acétoniques » peut, chez le diabé-
tique acidosique, tomber à un taux voisin de celui du jeûne, à condition de
donner, progressivement et sans la dépasser, la quantité maxima d'hydrates
de carbone qui peut être assimilée. C'est dans cette voie qu'il convient,
selon nous, de chercher la solution du problème diététique pour le diabé-
tique, et non dans la suppression exclusive des protéines, des graisses, ou
même des sucres, comme l'ont proposé divers auteurs.
SÉANCE DU 12 JIJIX 1912. l579
BACTÉRIOLOGIE. — Physiologie microbienne cl facteur accessoire
de la croissance. Note de M. Pierre Goy, présentée par M. Roux.
Nous avons, au cours d'une Communication précédente ('), résumé les
résultats de nos premières recherches sur le rôle des facteurs accessoires
dans l'évolution et la physiologie des végétaux inférieurs. Ayant repris à
nouveau l'étude de cette question, nous nous sommes servi comme réactif
biologique d'une levure de brasserie ne proliférant en liquide de M ayer qu'à
la condition d'y trouver du saccharose du commerce, car au cas où cet
hydrate de carbone est purifié, son développement s'en trouve excessive-
ment ralenti ; phénomène d'ailleurs identique pour divers microbes aérobies
hétéro trophes que nous avons eu l'occasion d'étudier. Il faut cependant
observer que l'action d'un tel facteur est beaucoup moins nette lorsque les
cultures de levures sont faites en anaérobiose.
Le principe actif que nous avons extrait d'une culture de mucor et agis-
sant sur la levure, ne semble pas être identique au facteur B, car il est
dyalisable sur collodion et papier parchemin, soluble dans l'eau, l'alcool et
Tétlier, et n'est point précipitable par l'acide phosphotungstique ; de plus
cette substance est résistante à la chaleur, son action n'étant nullement
affaiblie même par le chauffage de i heure 3o à i3o°, aussi bien en solution
acide (3*^,26 en SO'H^) que neutre ou alcaline (3s,4o en KOH) ; bien plus,
le Tableau ci-dessous montre l'importance du chauffage à 80°.
Age des cultures.
Cullures de saccharomyces effectuées eu : 4' jour. 6" jour.
Liquide de Mayer, témoins o o
Liquide de Mayer plus 2 unités de solution accélératrice
non chauffée " +
Liquide de Maver plus 2 unités de solution accélératrice
chauffée 2 minutes à 80° + + -I- -t--4--t-
Liquide de Mayer plus i unité de solution accélératrice
non chauffée, plus i unité chauffée 2 minutes à 80°. . . -f- +-1-
Ges dernières propriétés (résistance à la chaleur et indifférence à la réac-
tion du milieu) ont une certaine importance pratique dans la confection des
milieux de culture.
Certains auteurs* ayant pensé qu'il serait peut-être possible de titrer la
(') Comptes rendus, t. 172, 1921, p. 242.
l58o ACADÉMIE DES SCIENCES.
substance B en substituant précisément la levure aux êtres supérieurs, nous
avons fait quelques expériences pour nous rendre compte de la valeur du
procédé en nous basant sur les conclusions obtenues par la commission
anglaise ('), qui, elle, a recherché la présence des facteurs A, B cl G dans
différentes substances plus ou moins actives envers les animaux.
Or les résultats que nous avons obtenus ne sont nullement superposables
à ceux de la commission britannique, car, si les extraits d'o:!ufs frais, ou de
levures sèches par exemple, contiennent à la fois le facteur Ben abondance
et une vitamine des plus actives pour la levure, par contre les jus de citrons
ou d'oranges, riches surtout en vitamine C, se sont montrés comme l'extrait
de viande conservée, dépourvus de tout facteur de croissance nécessaire
aux animaux supérieurs, bien que très actifs néanmoins vis-à-vis des saccha-
romyces. Même remarque pour le sang de cobaye mort d'avitaminose expé-
rimentale et pour l'extrait de culture d'amylomucor [^ (Delemar).
Conclusion. — Il nous semble impossible de titrer le facteur B en étudiant
son action sur la prolifération d'une culture de levure.
MÉDECINE VÉTÉRINAIRE. — La durée de la période contagieuse dans la fièvre
aphteuse. Note de M. Charles Lebailly, présentée par M. Roux.
Les traités classiques et l'opinion courante s'accordent à reconnaître que
la lièvre aphteuse est contagieuse pendant plusieurs semaines. Aussi les
règlements de police sanitaire inq30sent-ils une quarantaine d'au moins
quinze jours après la guérison du dernier cas de fièvre aphteuse apparu
dans une exploitation. Or, il est très important pour la lutté contre l'épi-
zootie de déterminer aussi exactement que possible l'étendue de la période
pendant laquelle les animaux atteints sont susceptibles de transmettre leur
maladie. Cette notion présente aussi un intérêt capital pour l'expérimen-
tateur.
Les expériences dont je vais rapporter les résultats ont été faites à
l'étable, principalement sur des bovins de race normande, jeunes ou adultes,
à l'exclusion des femelles en période de lactation, sur lesquelles, pour des
raisons matérielles, il ne m'a pas encore été possible d'expérimenter. Le
virus dont je me sers provient d'une exploitation des environs de Caen, où
(') Report on the présent slate of knowledge concernitig Accessory food factors
{v'ilixminei)] spécial report séries, n° 38, Londres, 1919.
SÉANCE DU 12 JUIN I922. l58l
il a été recueilli au cours d'une épidémie en décembre 1920. Je l'entretiens
par passages sur animaux sensibles.
La maladie ainsi provoquée éclate du troisième au septième jour.
Si, depuis le moment où la température commence à s'élever jusqu'à
celui où a lieu la rupture des aphtes, je mets en contact du bovin malade
un bovin réceptif, celui-ci prend infailliblement la maladie. Sa température
s'élève au bout de 48 à 72 heures, il fait une infection classique.
Si, au contraire, je laisse s'écouler 4 jours après l'apparition du premier
aphte, qui en général suit de près l'accès fébrile initial et se traduit exté-
rieurement par l'apparition de la bave, et qu'à ce moment j'introduise dans
l'étable un animal réceptif, celui-là ne s'infecte pas. Cependant le contact
avec l'animal malade est complet, tous deux sont attachés au même anneau
pendant 6 heures, ils mangent au même râtelier et, dans la même man-
geoire, ils s'abreuvent au même récipient et partagent la même litière,
l'animal neuf continue, après les 6 heures de contact, à occuper la place du
malade. Enfin, il n'est fait usage de désinfectants d'aucune sorte. Mes
étables ressemblent à celles en usage dans les fermes où la maladie se donne
libre cours, mes animaux soumis à la contagion ont toute facilité pour
recueillir sur les murs, les boiseries et les restes de litière datant des jours
précédents, les germes de la fièvre aphteuse.
D'autre part, l'animal malade présente, durant cette période de contact,
l'aspect lamentable et classique : ses aphtes ulcérés sont recouverts en
partie d'un enduit grisâtre, des lambeaux d'épiderme se détachent encore,
une écume mousseuse sort de sa bouche, et il fait entendre périodiquement
le mouvement de succion caractéristique.
L'opinion courante est que cet animal à ce stade est très contagieux,
qu'il faut le désinfecter lui-même et désinfecter les objets qu'il a pu souiller.
Or, depuis huit mois, dans les locaux où j'expérimente, j'ai supprimé com-
plètement l'usage des désinfectants; mes animaux neufs sont introduits
dans les étables des malades dès le quatrième jour après l'apparition des
aphtes. Pourtant je n'ai jamais, dans ces conditions, observé de cas de
contagion. Il va sans dire que mes animaux neufs sont bien réceptifs,
éprouvés quinze jours à un mois plus tard par inoculation du virus ou par
contagion directe à la période virulente de la maladie, ils se sont toujours
infectés.
Aussi nous apparaît-il que dans l'évolution de la fièvre aphteuse on doit
distinguer deux périodes. La première période sournoise, impossible à
dépister par l'observation, est d'autant plus redoutable qu'on ne peut la
C. R., iqî2, !•' Sp.mestre.. (T. t74, N*224.) 1 l4
l582 ACADÉMIE DES SCIENCES.
déceler qu'en recherchant l'élévation thermique. Dès le début de cette
ascension thermique, ne fût-elle que de quelques dixièmes de degrés,
l'animal sème la contagion partout où il passe et transmet sa maladie
insoupçonnée à d'autres qui la disperseront de la même manière.
La deuxième période, au contraire, celle qui frappe et attire l'attention
des observateurs les moins prévenus, ne mérite nullement la terreur qu'elle
inspire. Ce stade de la maladie est pour les animaux le plus douloureux,
mais lorsqu'ils bavent depuis quatre jours ils sont incapables de trans-
mettre la fièvre aphteuse.
La conclusion qui ressort de mes expériences c'est que la propagation se
fait par les animaux malades aux seules périodes d'incubation et d'invasion
et pendant un temps très court. Ces constatations expliquent l'impuissance
des mesures sanitaires appliquées lorsque les épidémies ont déjà pris un
certain développement. Celles de ces mesures qui paraissent les plus radi-
cales, comme l'abatage, ne peuvent donner rien de plus que la surveillance
et la séquestration des premiers foyers.
En période épidémique il faut se méfier beaucoup moins des animaux
qui bavent depuis quatre jours, car alors ils sont inoffensifs puisque
le virus de la fièvre aphteuse meurt surplace, que de ceux en apparence
sains.
A ceux-ci on devrait toujours, au contraire, imposer une quarantaine
avant de les introduire dans un troupeau indemne.
M. F. Bayle adresse une Note (') consacrée à l'étude des Formules per-
mettant d'établir les salaires ouvriers d'après des régies rationnelles . Il rappelle
les travaux antérieurs, notamment les formules paraboliques de salaires, de
M. Charles Lallemand. Se. plaçant à un point de vue très général, il arrive
à conclure qu'il n'y a pas de bons ni de mauvais tarifs, mais des tarifs mal
appliqués. Il souligne ainsi la nécessité d'effectuer une étude spéciale pour
chaque cas particulier et donne les principes généraux qui peuvent faciliter
ces études.
A i6 heures et quart, l'Académie se forme en Comité secret.
(') Séance du 27 mars 1922.
SÉANCE DU 12 JUIN 1922. l583
COMITÉ SECKET.
La Section d'Anatomie et Zoologie, par l'organe de son Doyen, pré
sente la liste suivante de candidats à la place vacante par suite de la mort
de M. Ranvier :
En première ligne M. Jules Gravier
En deuxième ligne M. Maurice Caullery
1 MM. Raoul Anthony
En troisième ligne, ex œquo et par ordre \ Louis Lapicque
alphabétique Edouard Retterer
Louis Roule
Les titres de ces candidats sont discutés.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
La séance est levée à 17 heures et quart.
É. P.
l584 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçus dans les séances de mai 1922.
A la gloire de la Terre^ souvenirs d'un géologue^ par Pierre Termier. Paris, Nou-
velle librairie nationale, 1922; i vol. 20'='".
Coup d'œil sur les principes fondamentaux de la Nomographie, par M, d'Ocagne.
Extrait de la Revue générale des sciences du 3o avril 1922. Paris, Doin; i fasc. 29''™.
Ménrjoires de la Société géologique du INord. Description de la faune siluro-dévo-
nienne de Liévin, par J. Gosselet, Ch. Barrois, M. Lericbe, A. Crépin, P. Pruvost,
G. Dubois. Tome Vl-II (2* fascicule). Lille, Imprimerie centrale du Nord, 1920.
Leçons sur le problème de Pfaff, par Edouard Goursat. Paris, J. Hermann, 1922;
I vol, 25'='".
Les vins et eaux-de-vie de vin de France^ par Georges Couanon. Tomes I et II.
Paris, Payot, 1920; 2 vol. 19*^™.
Le pianteegli animali in Leonardo Da Vinci, par Giambattista de Toni. Bologna,
Nicola Zanichelli, 1922; i vol. 24*"".
Les Ouvrages suivants de M. D. Zqel Garcia de Galdeano :
— Las modernas generalizaciones expresadas por el àlgebra simbôlica las geo-
metrias no-Euclideas y el concepto de hiper-espacio. Madrid, Moreno Ruzado, 1896;
I fasc. 1']"'^.
— Exposicion sumaria de la teorias matemàlicas. Zaragoza, Emilio Casanal, 1907.
— Algunos conceptos fundamentales en un curso de Anâlisis malemàtico y de
las funciones. Zaragoza, Casanal, 191 1; i fasc. 22*^'".
— Ensayos de sintesis matematica y nuevo metodo de ensenanza niatemdtica.
Zaragozo, Casanal, 191 1; i fasc. 22"=™.
— Nuevo método de ensenanza niatemdtica. Zaragoza, Casanal, 191 1 ; i fasc. 22=".
— Sumario de mis cursos de calculo infinitésimal con arreglo al nuevo método
de ensenanza (1912 à 1914)- Zaragoza, Casanal, 1918; i vol. 22"='°.
— Anuario de propaganda matematica (1914). Zaragoza, Casanal, 1914; i fasc.
22'^'".
— Razonamiento de mi curso elemental de cdlculo infinitésimal. Zaragoza,
Casanal, 1915, • i fasc. 22'=".
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 19 JUIN 4922.
PRÉSIDENCE DE M. Émii.e DERTIN.
3IEMOIUES ET C03IMUIVICATI0]\S
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
GRAVITATION EINSTEINIENNE. — Champ isotropc. Sphère fluide hétérogène.
Note de M. Marcel Bkillouin.
1. Scliwarzschild a obtenu en 191(5 les potentiels de gravitation d'une
niasse liquide sphérique, tant à rexlérieur de la sphère de densité maté-
rielle Oy que dans tout Tintérieur ( ').
Je me propose de montrer comment cette solution pcimet de passer de la
sphère homogène à la sphère formée de couches concentriques homogènes
de densités diflérentes, et même .à la sphère dont la densité varie d'une
manière continue du centre à la surface, soit suivant une loi de densité
donnée à l'avance, soit comme conséquence de la loi physique de compres-
sibilité du milieu.
2. Je commence par rappeler les résultats de Sch^Ya^zschild en chois^is-
sant des notations qui se prêtent à l'écriture des calculs ultérieurs. Dans ce
problème statique, isotrope, il est commode d'employer les coordonnées
sphériques : cônes circulaires d'angle zénithal 0, autour d'un axe lié à la
matière; plans méridiens d'angle azimutal cp à partir d'un plan lié à la
matière ; sphères concentriques de paramètre R égal au quotient de la tjir-
conférencc de grand cercle par ir.. Il importe de remarquer que R, qui
convient pour toutes les mesures effectuées sur la surface de la sphère, ne
convient plus pour les mesures effectuées suivant le rayon ; ce n'est pas la
distance d'un point de la sphère à son centre. On a alors
ds"' —S,{^) dL- - ,;', ( R ) d\\^ — R- ( d^l' + si n^ 9 >lo^ ).
(>) Sitz. Ber. Kôn. Preiiss. Akad.der Wissensch., p. 189 et 4?.4.
C. B., 1922, i" Semestre. (T. 174, N» 25.)
Il5
l586 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Dans l'espace extérieur indéfini, on a
(")
fls'-
r-^)./.^-
a
dW'~lV'{d9'+s'iu^6df-),
et dans la masse liquide, de densité uniforme %, qui occupe tout l'intérieur
de la sphère R^,
Ces formules ne diffèrent de celles de Schwarzschild que par les notations.
La pression/), nulle à la surface Rs? est donnée par
p = ào
\^-i
3 / a x 1 a\V- '
elle croît jusqu'au centre, où elle reste finie pourvu que R^ soit supérieur
' 9
a^«.
Pour obtenir ces formules, Schwarzschild a écrit que «, ,^,, sonl continus
à la surface R^, et que p y devient nul, Au contre, gf, g,, cl p sonl finis
71 071 /mis.
3. Avant d'être particularisée par les conditions fronlicre, la solution
obtenue par Schvvaizschild dans la masse homogène s'écrit avec /nés nota-
tions de la manière suivante : pour une couche homogène de rang 2y à
partir du centre, comprise entre les rayons Ro/_, intérieur et Roy^i exté-
rieur :
(A)
en posant
(B)
R
^1 = -'
iP^^.Ali^^^Uj)^l
^:^>,.^^.+ r;_l!Z_^Rî,
r" R'
= / 3 i^ ^R,
SÉANCE DU 19 JUIN Kj"!^. I ^87
X est la conslanle de la gravitation universelle;
Oay est la densité de la couche homogène ;
Aoy, y.^j, 11,1 sont des constantes introduites par Tintégration des équations
différentielles qui définissent ^, et g,, dans la théorie d'Einstein.
Ce sont ces constantes qu'il s'agit de déterminer par les conditions de
continuité.
On reconnaît facilement, avec SchvvarzschilJ, qu'il faut prendre pour la
couche centrale A„ = o, Yq. Ho finis non nuls.
4. Milieu formé de n couches distincles. — J'écris maintenant les équa-
tions de continuité à la suiface H^y+i, fournies par 0-,^ g-,^ dp •
I y y *'
(C) y2y+2H,y+, = y.,,(Uy^,+ H,,),
— rî -4- ^i /^V^ _!_- ,^ , Q t /f^2y+i '
— '^27+2 H \ / Ti — — O2 / -T \ / ï ; — iT
2/
avec
On en tire facilement
ainsi que
>-2y+2 = 3 Ozy-^ 2 Riv+1 —2] 3 ^^'' ^ ^^'''+' ~ ^2'^-' ^ '
■/,j+^-yij /H^y+i y2y— y2y-2 /1^2y-i _ ■/- ,
O2/+2 — ^ij V ^j->2y+i ^2y — 02y-2 V f^2y-i '^
Gv
Ayant y, on obtiendra H de proche en proche par la seconde équation.
On peut d'ailleurs écrire la valeur finale sous forme de fraction continue.
5. A la surface libre, Ro^+m ^^ delà de laquelle la pression et la densité
deviennent nulles, et les g sont ceux de la formule (i) (§ 2), la continuité
donne
— il '
R2«H 1 '*2/(-rI
(Cs) { a,,, ;^ (!,„-., + H,„)i/^ = i,
1 o V *»2rt-|-l
La première de ces équations détermine a en fonction de toute la distri-
bution des densités 0. Les deux autres déterminent, en réalité, y^ et Ho par
rinterniédiaire de $o„ et ya^ ainsi que des formules (G).
i588
ACADEMIE DES SCIENCES.
Toutes les autres grandeurs intéressantes, en particulier les longueurs
radiales, les volumes des couches, les propriétés optiques à toute profon-
deur, etc., peuvent être ensuite facilement obtenues.
6. Milieu conlinn hétérogène. — Lorsque l'épaisseur des couches homo-
gènes devient infiniment petite, le passage à la limite donne facilement les
résultais suivants :
(3)
(4)
(3)
puis, l'équation en
(6)
(7)
et enfin
(8)
co = H — /. r ô(R)U-</H,
w / do \ \â\\
\V-
H(R)
6
A^
A'.(R)
m'
Lorsque o est donné en fonction de R, toute la difficulté est ramenée à
l'intégration de l'équation dilTérentielle (6), qui est linéalte du deuxième
oïdie à coefficients variables. On obtient ensuite
(9)
: — 0 + y
(Il
dy
Les deux constantes introduites par l'intégration de l'équation (G) seront
déterminées par les conditions (C^) à la surface libre, qui prennent la
forme
(lO)
(M)
K \di\Js'
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l5Sç)
Le problème se présente alors, en gravitation einsteinienne, sous un
aspect tout à fait semblable à celui qu'il a en gravitation nevvtonienne, et
de même difficulté.
7. Loi de compressibilité donnée : p =y(o). — Toujours comme en gravi-
tation newtoniennc, le problème général prend un aspect beaucoup plus
difficile si Ton se donne, au lieu de la loi de <5 en R, la loi physique de com-
pressibilité.
Aux équations (4) et (6), il faut alors joindre, au lieu de (9), l'équa-
tion
et entreprendre l'intégration de ce système d'équations.
En outre, la loi de compressibilité force à distinguer deux cas, celui des
fluides denses et celui des atmosphères.
J'appelle y7//iV/^ dense celui dont la densité reste finie sous une pression
pratiquement nulle. Dans ce cas, on peut encore enfermer la matière dans
une sphère de paramètre R^ fini, à la surface de laquelle s'appliquent les
conditions (10) et (i i).
J'appelle almosphère un fluide dont la pression ne s'annule que si la densité
s'annule elle-même. L'atmosphère ne peut pas être limitée par une sphère
Unie Us- H faudrait discuter les conditions à l'infini, suivant la manière dont
varie -^ lorsque o tend vers zéro. Le ds'- ne devient généralement pas, au
loin, celui d'un Univers de Minkowski.
La question des atmosphères parait donc plus difficile qu'en gravitation
newtoniennc.
(S. On trouvera ailleurs quehjues développements utiles, tant sur le pro-
blème sim[)lc de Schwarzschild que sur les problèmes de densité donnée
en R, soit continue, soit discontinue, et ceux où la donnée est la loi de
compressibilité.
TUERMO-DYAAMIQil^ APPLIQUÉE. — Sur une nouvelle mach' ne frigorifique
à air. Note de M. Maurice Leblanc.
Le principe de la nouvelle machine frigorifique à air a été décrit dans
notre Note du 12 juin, dont celle-ci est la suite.
Elle est constituée {fig. i) parla réunion d'un compresseur {vatté^ d'un
détendeur déwaué^ d'un refroidisscur, d'un réfrigérant, et de deux ventila-
lOQO ACADÉMie DES SCIENCES.
leurs W, et W.. La figure 2 est une vue en plan et coupe du détendeur
déwatté, tel qu'il a été ré ilisc.
Il se compose de deux cylindres jumelés A, A',, Aj A'^ (y?^''. i), symé-
Compnesseur Watté
Figr. I.
triques par rapport à l'axe de la machine. Ils sont à double effet; leurs fonds
A, et A. communiquent entre eux, de même leurs fonds A'i et A'^. Dans
leurs parois sont pratiquées des lumières c,, c', et d, po '^^ ^'^ premier; Oo,
c^ et d. pour le second. Elles se développent le long de circonférences : les
lumières c, et c^ sont situées à la mêjue dislanqc de la lumière </, —
Dans les cylindres se meuvent ensemble deux pistons '^idenliques, dont
SÉANCE DU 19 JUIN I922. iSqI
les liges sont reliées à l'cxlérieur et commandées par une même bielle.
Chacun d'eux a aussi deux lumières développées le long de circonfé-
rences et dont la distance est égale à celle des lumières c, et d^. Elles com-
muniquent individuellement avec les fonds de cylindre les plus voisins
d'elles, par des canaux pratiqués à l'intérieur des pistons.
Le schéma de la figure i montre les liaisons du détendeur déwatté
avec le refroidisseur et le réfrigérant, la disposition des ventilateurs et celle
du compresseur watté.
Les pistons sont représentés à leur fin de course de droite. Alors, leurs
lumières de droite sont en face des lumières c\ et c'., et leurs lumières de
gauche en face des lumières d^ et r/. ; les lumières c^ et c^ sont obturées par
les parois des pistons.
Entre les lumières c\ et c'., est branché un circuit comprenant le refroidis-
seur R, et le ventilateur W, dont le courant d'air pénètre dans la machine
par la lumière c\ et en sort par la lumière c'^. Il chasse l'air contenu
entre elles et le remplace par de l'air sortant du refroidisseur R, à
rélatP,V,T,.
Entre les lumières d^ et r/o est branché un autre circuit comprenant le
réfrigérant R^ et le ventilateur Wo dont le courant d'air pénètre dans la
machine par la lumière d., et en sort par la lumière d^. Il chasse l'air con-
tenu entre elles et le remplace par de l'air sortant du refroidisseur R^ à
l'état P.V^T,.
Lorsque les pistons vont de leur fin de course de droite à leur fin de
course de gauche, ils ferment d'abord les lumières c',, c.,^ d^, d^. L'air à
Tétai P,V,T, contenu dans les fonds de cylindre de droite se détend et
arrive à l'état PaVjTo quand les pistons découvrent les lumières <7,, Wj,
c, etc., les lumières c, et c'., demeurant recouvertes. En même temps, l'air
à l'état P2V3T3 contenu dans les fonds de cylindre de gauche s'est com-
primé et est venu à l'étal P, V,,Tj. De nouveaux balayages remplacent l'air
à l'état P,V,T, par de l'air à l'état PoVjTa et l'air à l'état P,Y,,T, parde
l'uirà rétat'p,V,T,, ....
Le détendeur déwatlé fait constamment passer de l'air du refroidisseur
dans le réfrigérant, mais celui-ci est repris, à la sortie du réfrigérant, par le
compresseur watté qui le refoule à l'entrée du refroidisseur.
Le balayage doit être fait avec précision et les ventilateurs doivent faire
passer, à chaque ouverlure des lumières, un volume d'air égal à celui con-
tenu dans les cylindres.
Si le balayage à haute pression était insuffisant, tout l'air à la tempéra-
Fig. 2.
SÉANCE UU 19 JUIN I922. l593
ture T,, ne serait pas remplacé par de l'air à la tempéraliire T, el la tempé-
rature To, à la fin de la détente, serait supérieure à celle prévue. Un excès
de balayage amènera une dépense de travail de ventilation inutile, mais
n'élèvera pas la température To.
Un balayage à basse pression trop énergique, après avoir extrait du
détendeur à la température T^,, enverrait dans le réfrigérant de l'air à la
température T3.
Il convient donc de régler plutôt par excès le balayage à haute pression
et par défaut celui à basse pression.
Le volume d'air à balayer par seconde étant proportionnel à la vitesse
de rotation du détendeur déwatté, il convient de faire commander celui-ci
et les ventilateurs par un môme moteur auxiliaire à vitesse constante.
Le compresseur watté pourra être éloigné du détendeur, auquel il n'aura
à être relié que par des conduites de petit diamètre. Il sera conduit parle
moteur principal.
La pression Pj S-'ra maintenue constante, malgré les fuites, par un petit
compresseur analogue à ceux qui desservent les freins des voitures élec-
triques, se mettant en roule ou s'arrêtant de lui-même.
Knfin l'on réglera la vitesse du compresseur watté, de manière à maintenir
la pression P, à la valeur voulue.
Le syslème de distribution du détendeur déwatté ne comporte aucun organe de
mouvement spécial et permet de donner une grande seclion aux lumières qui peuvent
occuper les trois quarts de la circonférence le long de laquelle elles se développent.
On voit, sur la figure 2, la tète de bielle commandée par un relais d'engrenages : il
fait décrire au centre de la tète une épicycloïde aplatie, au lieu d'une ciiconférence.
Alors la vitesse des pistons est très ralentie aux fins de leurs courses et accélérée dans
leurs milieux. Celle disposition double la durée du balayage, à égalité de hauteur des
lumières, mais elle devra être éprouvée par une mise en service prolongée.
En faisant conduire les pistons par un simple mouvement de bielle et manivelle,
nous aurons réglé la hauteur des lumières de manière qu'elles commencent à s'ouvrir
et achèvent de se fermer lorsque la manivelle fait avec l'horizonlale des angles égaux
à — 45° et H- 45°.
Si l'on prend pour unités de longueur el de temps le mètre et la seconde el désigne
par R le rayon des cylindres, /■ celui de la manivelle, y. la vitesse en tours par seconde
du détendeur déwatlé, W la vitesse du courant d'air de balayage à basse pression, les
ventilateurs ayant un rendement de 0,7 : pour ne perdre que loo*""™ par kilo-
gramme d'air, dans les orifices de la machine, dont 8 dans ceux du compresseur
watté, on trouve qu'il faut avoir :
Ra zi: o, 176 m : sec, W = 20,8 m : sec.
D'autre part, nous avons dû faire /■ = 0,866 R. Alors la course utile des pistons,
l594 ACADÉMIE DES SCIENCES.
c'est-à-dire celle qu'ils effectuent en comprimant ou détendant l'air et non en rem-
plissant le rôle de tiroirs, est égale à r\/i z= 1,22.5 R et Ton a :
Volume engendré par seconde o,352
Volume engendré pendant la course utile des pistons R
Par rapport à sa puissance, la machine est d'autant plus légère et moins encom-
branle que ce rapport est plus grand. Il convient donc de donner de petits cylindres
au détendeur déwalté, quille à multiplier leur nombre en les associant, au besoin,
comme ceux d'un moteur d'automobile.
Cela ne présente aucun inconvénient, grâce à la faiblesse des échanges de chaleur
entre l'air et les parois qui renferment. Au contraire, il en résulterait une grande
diminution de rendement thermique, pour une machine à ammoniac.
Nous pouvons ainsi faire une machine frigorifique à air capable de rivaliser, à tous
les points de vue, avec les machines à ammoniac.
Dans une pi'ochaine Note, nous ferons connaître les résultais fournis par
la première machine de ce genre construite et actuellement en essais.
GÉOLOGIE. — Essai de coordinalion chronologique générale
des temps quaternaires . Note ( ' ) de M. Chaiîles Depéret.
Je terminerai mon étude des formations quaternaires marines du nord de
TEurope par un court aperçu sur Thistoire du bouclier Scandinave.
Massif fenno-scandinave. — Le bouclier Scandinave a été le centre de
dispersion des grands inlandsis qui ont envahi à diverses reprises le nord de
rp.urope à Fépoque quaternaire. Le massif a-t-il perdu totalement ou en
partie sa couverture de glace aux époques de vèc\mu(ïemQni interglaciaires ?
Cela est possible, sans qu'on ait pu reconnaître jusqu'ici en Scandinavie
des dé[)ôts mai'ins d'âge franchement quaternaires, comparables à ceux des
lies Britanniques, de Hollande, du Danemark et de rAllemagne.
Il faut arriver jusqu'après la retraite du glacier mecklembourgien-wur-
mien pour voir la mer pénétrer sur les côtes et dans l'intérieur du massif au
fur et à mesure de la fonte des glaces.
Bien qu'il s'agisse de faits qui sortent déjà du Quaternaire, je ne puis
m'empècher de donner au moins un aperçu de ces invasions marines post-
quaternaires et de leurs relations avec les phénomènes de submersion et
d'exhaussement reconnus par les i^emarquables travaux des géologues scan-
(') Séance du 6 juin 1922. jc
SÉANCE DU 19 JUIN I922. l5gD
dinaves, finlandais et danois : B.rôggci-, de Geer, Mnnllir, Hogbom,
Scdci'holm, Ramsay, Madsen, \ordmann, de.
Ces pavants ont reconnu trois étapes marins de l)as en haut :
1. Argile à Yoldia arclica et Arca glacial^ {mer à Yohlia, faune arc-
tique).
2. Couches à Tapes decussata : faune mixte arctique et tempérée, ayant
pour équivalent latéral dans la région ballique les sables à Ancylus Jîuvia-
tiiis (lac à Ancylas).
3. Argiles et sables à Litlorina liltorea {mer à Litlorines, faune tempérée).
Les lignes de rivage atteignent des maxima d'altitude décroissante : 276 '"
pour la mer à Yoldia^ 100*" pour le lac à Ancyla.s, 80'" pour la mer à Lillo-
rines.
On a généralement interprété ces faits par un affaissement du massif
Scandinave antérieur ou contemporain de la mer à Yoldia, suivi d'un
exhaussement en trois échelons, répondant aux altitudes indiquées.
Tels sont les faits. Nombreuses ont été les théories pour les expliquer.
J'indiquerai seulement les suivantes: ï" Déformation de la surface marine
par Tatlraction des masses glaciaires; 2° Contraction des roches par le froid
et dilatation ultérieure par la fonte du glacier (Drygalski); 3*^ Surélévation
du niveau de la mer par la restitution de l'eau de fonte des glaciers de
Tensemble du globe ( Pcnck); 4*^ Affaissement du massif par la surcharge
de masses de glace de plusieurs kilomètres d'épaisseur et décompression à
la fonte du glacier (théorie isostasique)] 5° Enfin, simples mouvements
d'ensemble épeirogéniques.
Les trois premières théories se sont montrées inadéquates à la valeur
numérique des changements observés et les opinions acluellesdesgéologues
se partagent entre Visostasie et Vèpeiro génie. Je me rallie nettement à l'hy-
pothèse isoslasique pour les raisons suivantes :
i"^ Les mouvements d'affaissement et d'exhaussement du massif fenno-
scandinave sont extrêmement récents. L'étage à Littorines appartient à l'âge
du bronze. L'étage moyen à Tapes a fourni en haut des haches polies
néolithiques et à sa base les grands tranchels (Skivespaller) du début du
Néolithique. Enfin l'argile à 7o/r/«'« est postérieure aux moraines baltiques ou
viirmiennes. Il paraît peu vraisemblable que des mouvements épeirogéniques
de cette importance aient pu se produire à une époque à peine préhistorique
et contemporaine de l'homme néolithique.
2^ Ces mouvements épeirogéniques sont d'autant plus invraisemblables
que la région fenno-scandina\ e estun //oz/cV/e/ de très ancienne consolidation,
iSgÔ ACADÉMIE DES SCIENCES.
remarquable par sa fixité et sa résistance aux transgressions pendant la
durée presque entière des périodes géologiques.
3° Un argument 1res fort en faveur de Thypothèse isoslasiqne est la
remarquable concordance entre les régions de maximum d'exhaussement
du massif d'une part et de plus grande épaisseur des masses glaciaires de
l'autre. Les cartes des courbes isobases àe. \?i mer à Fo/Vm publiées par De
Geer, Sederlhom et Ramsay montrent un centre maximum de soulèvement
(275'") dans la région orientale de la Suède, à l'entrée du golfe de Bothnie.
Autour de ce centre, les courbes isobases s'ordonnent en lignes concen-
triques à niveau décroissant jusqu'à la ligne O, qui enferme l'ensemble du
massif, en atteignant au Sud la pointe du Jutland et les rives allemandes
de la Baltique. Les géologues s'accordent pour admettre que c'est aussi
dans la région de maximum de surélévation que l'inlandsis a acquis son
épaisseur maximum de plus de 3ooo'", comme le démontre le passage long-
temps maintenu des bras du glacier se dirigeant vers l'Atlantique par les
cols de la chaîne Scandinave. Cette superposition des deux phénomènes ne
peut être l'effet du hasard, d'autant plus que les courbes isobases de la mer
à Littorines se superposent à celles de la mer à Yoldia avec un maximum
de 80™ seulement.
On a objecté à l'hypothèse isostasique que la pénétration de la mer à
Yoldia en Norwège (Brôgger) s'est faite par étapes, accompagnant le progrès
de la fonte du glacier et amenant les lignes de rivage à des niveaux de plus
en plus élevés à mesure que Ton monte dans la série des couches. Dans
l'hypothèse de Taffaissement par le poids du glacier, le maxinuim de
dépression aurait dû être au début et non à la fin de cet étage.
Mais, contrairement à ces conclusions, De Geer a montré qu'en Suède le
pays avait déjà subi son maximum d'affaissement au moment où il portait
la calotte glaciaire et que la fonte du glacier a été accompagnée d'un sou-
lèvement saccadé et non d'un affaissement.
Xous retiendrons de cet exposé le fait capital et impressionnant que le
mouvement d'exhaussement qui a allecté le bouclier fenno-scandinave à
l'époque postquaternaire se décompose en trois étapes progressives qui
coïncident avec la fonte de plus en plus accusée du grand inlandsis.
4" Des faits analogues ont été observés sur le pourtour du bouclier cana-
dien (Labrador, Nouvelle-Ecosse, Terre-Neuve) et c'est aussi à l'hypolbèsc
isostasique que se rallient maintenant la majeure partie des géologues amé-
ricains, tels que Barrell, Fairchild, Daly et beaucoup d'autres.
Observations gomplémf.ntairks sur lks lignes de rivage quaternaires. —
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1597
Depuis la publication de la série de mes Notes sur les formalions quater-
naires marines, quelques observations nouvelles sont venues étendre et
confiiiner les conclusions de mon travail :
1. Maroc. — Les plus intéressants de ces faits nouveaux ont trait à la
côte atlantique marocaine. Aux environs immédiats de Casablanca, M. Le-
cointre (') nous a fait connaître trois étages marins à faune distincte :
1° Le niveau le plus ancien et le plus élevé est un calcaire gréso-tufîacé
qui contient, avec une faune méditerranéenne banale, deux espèces Iropi-
cales : Calyptrœa radians ham . des îles du Cap ^ ert et Acanthina crassila-
hrum Lam. des côtes du Chili et du Pérou. L'altitude maximum de cet
affleurement est de 80*" (carrière de Maarif) et la ligne de rivage, qui élait
cerlaineinent un peu plus élevée, se rapproche beaucoup de l'altitude nor-
male de l'étage Sicilien (90'"- 100'" ). Au même étage il convient de rattacher
deux autres gisements : («) les calcaires saccharoïdes de Dar Sidi Abderha-
nane atteints par un puits à + 57'" et {Jj) les calcaires compactes d'Anfa
exploites pour pierre de taille à la cote maximum h- 29™. Ces deux gise-
ments qui ont fourni aussi Calyptrœa radians et Acanthina rrassilabruni
doivent être regardés comme des dépôts plus profonds de la même mer
sicilienne.
2° Une terrasse topographique plane de poudingues marins qui surmonte
le calcaire d'Anfa s'élève à la cote H- So"^ cl représente, à n'en pas douter,
la terrasse marine thyrrhènie nne .
3° Aux Roches Noires, la fabiique de ciment Le Palmier exploite des
calcaires gréseux avec Purpura hœmastoma L., Patella safiana Lam., Sipho-
naria Algesirœ Quoy et (îiaimard (où ^L Lecointre a recueilli à la base des
débris â' Elephas du groupe anliquus-iolensis) . Le sommet de la carrière est
à --h 20"^ et doit représenter, à peu de chose près, le niveau de la ligne de
rivage monasterienne.
4" Entin, M, Lecointre signale le long de la côte, en plusieurs points ( El
Hang, îlot de Fedhala, Ain D'ab, Ain Mazi, Aïn Rouman), des dépôts
malins échelonnés de la côte + 12'" à la côte + G'", avec faune marocaine
actuelle et indiquant sans doute une ou plusieurs lignes de rivage un peu
plus récentes.
La concordance est frappante de ces lignes de rivage de la côte atlantique
marocaine avec trois des lignes de rivage classiques de la Méditerranée.
2. Côte française de la Manche. — MM. Dautzenberg et Dollfus (-) ont
(') Liîi^oiiNTiiE. Comptes rendus, t. 167, 1918, p. 875 el 896.
(^) Dautzknberg el Dollfus, Comptes rendus, t. 168, 1919, p. 169.
iSqS académie des sciences.
découvert près de Saint-Malo, au hameau de Saint-Joseph, à près de S*""
de la mer, un dépôt de sables et graviers marins de i™,2o d^épaisseur,
contenant une faune de 4^ espèces de Mollusques, toutes de la Manche
actuelle. L'altitude du dépôt est seulement de 5"" à 6™ au-dessus des plus
hautes eaux, mais la ligne de rivage était sans doute un peu plus élevée et
se rattachait peut-être à celle du cordon littoral avec banc d'Huîtres à H- io°^
signalé par Gênée aux Polders de Dol.
Je signalerai aussi un autre gisement marin à l'extrémité nord du boule-
vard maritime du Havre. Ce gisement, déjà indiqué par Lennier(') et
Passy (-) (comme me l'a fait aimablement savoir M. Julien), consiste en
une série de sables et d'argiles tourbeuses reposant sur le Kimméridgien :
la base descend à o"^, 5o au-dessus des plus hautes marées et le sommet
atteint +9^,60. La faune est identique à celle de la Manche. Le niveau
exact de la. ligne de rivage ne peut être établi.
météorologie. ~ Pressions et poids spécifiques de l'air en atmosphère
normale. Note (^) de M. A. Râteau.
Toutes les forces qui prennent naissance dans un aéroplane (sustentation,
résistance à l'avancement, pressions sur les pistons du moteur, traction de
l'hélice) sont proportionnelles au poids spécifique de l'air dans lequel il vole.
Il est donc d'une utilité primordiale de connaître aussi exactement que
possible les variations de ce poids spécifique avec l'altitude, tout au moins
en atmosphère moyenne dans nos climats.
Des indications, à ce sujet, ont été données déjà par le professeur Gamba
de Pavie, par M. R. Soreau, d'après 4o observations faites par ballons
sonde au cours du premier semestre ic)i2(''), et par M. Lapresle, d'après
21 5 observations faites à l'Observatoire de Lindenberg, près Berlin, de
1906 à 1916 (^).
Les résultats de M. Soreau et ceux de l'Observatoire de Lindenberg
(^) Lennikk, Etudes géologiques et paléontologujues de i embouchure de la
Seine. 1872, p. 280.
(-) Passy, Description géologique du département de la Seine-Inférieure ^ 1882,
p. 84.
(^) Séance du i3 juin 1922.
(*) Comptes rendus., t. 169, 1919, p. 818, et Aérophile, i-i5 décembre 1919.
(^) Aérophi/e, i-i5 mars 1920.
SÉANCE DU 19 JUIN I922. iSgg
paraissent à première vue quelque peu divergents; mais une analyse appro-
fondie m'a montré qu'ils s'accordent parfaitement, en sorte que nous pou-
vons préciser mantenant les conditions de ralmosphère normale mieux qu'on
ne l'a fait jusqu'ici.
Étudions d'abord la décroissance des pressions.
i** Pressions. — La variation dp de la pression atmosphérique est liée à la
24
23
22
21
20
19
Atmosphère normale
. Z--A/oq A
'
Z --B loq -^
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^
1 1
Altitudes
Z e
1
n Km.
10
20
variation correspondante dL de l'altitude Z, comptée en kilomètres à partir
du niveau de la mer, et au poids spécifique nr de l'air à cette altitude par la
formule
(I)
dp zrz. — xsdTj.
i6oo
ACADEMIE DES SCIENCES.
Si la température était constante, ce qui est à peu près réalisé dans la
stratosphère, au-dessus de li'^'", cj serait proportionnel à /), et l'on aurait,
en intégrant (i),
(2)
mo p
Posons, le logarithme étant maintenant pris avec la base lo,
(3)
Z= — A log|j(, avec jj. = — .
Po
Dans la stratosphère, où la température moyenne est — 54*^, on aurait
-0.
-^ 1
1 1
il
A
denbt
'^
v^--
c .
/^
Sorei
Lf -,
^^^
/
\;
/
1
X
•a-
r
i
N
\
1
0
\
\
'=^
/
///7i/
ies i
Z en
Kn
7.
\^
10
Fis.
A =14,76, Z représentant une différence d'altitudes et u. le rapport des
pressions à ces altitudes.
Voyons, d'après les moyennes des observations, comment varie en
réalité le coefficient A avec l'altitude, à partir de la mer. Sur le graphique
{fig- 1) (Z en abscisse, A en ordonnée), j'ai marqué les points qui corres-
pondent aux chiffres donnés par M. Soreau (courbe i) et aux chiffres de
Lindenberg (courbe 2).
Nous constatons que, jusqu'à Z = ii''", les points expérimentaux se
rangent assez bien sur des droites, d'ailleurs convergentes, comme cela doit
être, sur un point de l'axe des Z, et ce point est Z = 87'". Les. écarts entre
SÉANCE DU 19 JUIN I922. 160I
les points expérimentaux et les droites
(4) A ==19, 12.5 — o,cî2i Z pour ^indenbe^^^
(4') A :r= 18,965 — o,2i8Z pour Soreau
ne dépassent pas 0,17 et o,i/j pour 100, respectivement.
J'ai marqué, pour y voir plus clair, les écarts absolus sur la figure 2, où
les ordonnées sont considérablement amplifiées. On voit bien ainsi
l'accord remarquable entre les deux séries de chiffres. Les courbes réelles
serpentent sensiblement de la même manière autour des droites moyennes.
Au-dessus de 1 1'"", comme on est en stratosphère, les droites de la figure i
se prolongent par des arcs d'hyperbole, asymptotes à la droite A = lAj?^
parallèle à l'axe des Z. L'écart de i,3 pour 100, entre les chiffres deSoreau
et ceux de Lindenberg provient évidemment d'une certaine différence
entre les températures moyennes (probablemeet 3^,6 au sol) pour les deux
séries d'observations; et, en effet, les résultats utilisés par M. Soreau ont
tous été obtenus en hiver ou au printemps, tandis que ceux de Linden-
berg se répartissent mieux sur l'ensemble de l'année, et de plus ils se rap-
portent à des lieux où les températures moyennes annuelles ne sont pas les
mêmes.
1° Poids spécifiques. — Pour les poids spécifiques, posons de même :
(5) Z = — B losrX avec >. =
Puisque, d'après (1), gt est la dérivée de p par rapport à Z, X peut se déduire
de a et B de A. En particulier, si A suivait exactement la loi linéaire,
comme (4), A — A'( i — ^Z), on aurait, en partant de (i),
(6) >. irz,a(i- 6log,a)S
et, ensuite, par développement en série, en supposant le coefficient
A'^ 18,965,
par exemple, correspondant aux résultats de Soreau,
(7) B::z: 23,4(i — 1 , 12^- + o, I 37- + . . .) avec :r = — •
Cette équation représente une courbe qui, dans les limites de notre gra-
phique, est très peu différente de la droite 3 {fig. i), dont l'équation est
B = 23,4 — o,295Z.
Mais, en fait, la courbe de A serpente autour de la droite moyenne ; il doit
G. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 25.) I I^
l602 ACADÉMIE DES SCIENCES.
en être de même pour B, avec des écarts relatifs plus larges puisque cr est
la dérivée de p. Les écarts les plus importants correspondent aux points
d'inflexion de la courbe des A et les écarts nuls aux écarts maximum de A.
C'est bien ce que Ton constate pour la partie au delà de Z = 5.
La courbe 4 suit les points ronds qui, jusqu'à Z = i4, correspondent
exactement aux chiffres de poids spécifiques de Lindenberg; au delà de
Z = i3, je l'ai prolongée par un arc d'hyperbole, comme cela doit être en
stratosphère à température constante.
Les points marqués par des croix traduisent les chiffres que j'ai déduits
des pressions données par M. Soreau, non pas par différentiation, mais par
les différences finies, de kilomètre en kilomètre. Avec un tel mode de calcul,
il faut s'attendre à des écarts considérables. On constate, néanmoins, un
accord satisfaisant avec la courbe 4 déduite des chiffres de Lindenberg,
sauf entre 0*^°^ et 5'"", où les croix paraissent se rapprocher plus de la droite 3
que de la courbe 4- A ces basses altitudes, on sait que les températures de
l'air sont peu stables et les observations, par conséquent, très irrégulières.
Si l'on voulait que, entre o"^*" et 5"*", la courbe de B corresponde bien à
celle de A, il faudrait la remonter et lui donner la forme sinueuse indiquée
en l\\ qui se rapproche davantage des points résultant des données de
Soreau.
De cette analyse, en résumé, il me paraît découler que la courbe 4, ou l\'
au-dessous de 5'^'*^, représente, à quelques millièmes près, 4 ou 5 au plus,
les variations relatives du poids spécifique moyen de l'air avec l'altitude,
dans nos régions. De nouvelles observations permettront de la préciser
davantage, sans la déformer, sans doute, au delà de ce que j'indique ci-
dessus. Nous possédons donc maintenant une bonne base pour les calculs
relatifs à l'atmosphère normale.
Mais, malheureusement, cette courbe ne paraît pas susceptible d'être
mise en équation sous forme simple, et il faut nécessairement se servir du
graphique pour procéder aux calculs numériques.
Formules binômes. — On représente parfois la pression relative moyenne
par une formule binôme telle que
(8) /jL=:(i — aZ)'«.
Le poids spécifique relatif X, étant la dérivée de la pression, doit être, dès
lors, représenté par
(9) ). ■=(i-aZ)'"-'.
Ces formes sont, dans certains cas, commodes. Elles seraient rigoureuses si
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l6o3
la décroissance de la température de l'air était exactement proportionnelle
à Taltitude; mais, comme, en réalité, il n'en va pas ainsi, les valeurs qu'elles
donnent s'écartent, du moins pour les poids spécifiques, des valeurs vraies
de quantités allant jusqu'à plus de 3 pour 100. C'est trop.
Déterminons, par exemple, a et m par la condition que la formule (8)
concorde avec la première des formules (4), relative aux observations de
Lindenberg-, pour Z, = i et pour Zo = 8 qui sont des altitudes où les résul-
tats de Soreau et de Lindenberg s'accordent parfaitement entre eux. C'est
assurément ce que nous pouvons faire de mieux.
L'exposant m se calcule par
7 /
(10)
— A, log(i — aZ.2) — Al log(i — aZ,)
après avoir calculé le coefficient a par l'équation
(u) (I — «Z2•)■^^^'=(l-«Z,)•^-z^-
qui, dans le cas choisi, est
(11 6«) I — 8» = ( I — a)8-''.
Nous obtenons ainsi m = 0,396, a = 0,022210, que l'on peut plus sim-
plement remplacer par m ^ 5,4, « = 0,0222, sans erreur sensible.
Avec ces chifTres, on trouve, pour écarts entre la formule (8) et la for-
mule (3), complétée par (4), les valeurs indiquées à la deuxième ligne du
Tableau ci-après :
à Z
. .=:
0.
1.
A'- A,..
. ^T
— o,oo5
0
B'
.=
23,58
28,82
+0,012
22,24
8.
10.
1^.
0
— 0,0 i8
— 0 , (>49
21 ,42
20 , 85
20 , 27
Ces écarts sont traduits sur la figure 2 par la courbe C en pointillé mixte.
On constate par là que la forme binôme, avec l'exposant et le coefficient
ci-dessus, suit les déterminations de la pression à moins de 0,14 pour 100
près, jusqu'à Z = 1 1''™, un peu mieux que la forme logarithmique (3).
Pour les poids spécifiques, cela va moins bien. La troisième ligne du
Tableau indique les valeurs de B déduites du rapprochement des for-
mules (5) et (9). Ces valeurs sont trop fortes. L'écart avec les chiffres
observés atteint 3,i pour 100 à Z = 3 et i,5 pour 100 à Z = 1 1 ('). Il est
(•) Pour amener la courbe résultant de la forme (9) à coïncider avec la droite 3 dans
la région avoisinant Z = 5, il faudrait élever l'exposant m — i à 4,46, au lieu de 4)4-
i6o4 agadémie'^des sciences.
donc préférable de recourir aux courbes des graphiques que j'ai donnés et
qui résultent des observations elles-mêmes. D'ailleurs, au delà de ii'^™, les
formules en question ne conviennent plus du tout.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur r élimination des constantes arbitraires.
Note de M. Uiquieu.
I. Considérons un système difTérentiel, S, impliquant les /c fonctions
inconnues u^ ... des h variables indépendantes ic, ... et remplissant les
conditions A et B, formulées ci-après :
A. Le système S est résolu par rapport à diverses dérivées des fonctions
inconnues., et ses seconds membres^ analytiques et réguliers entre certaines
limites^ sont indépendants de toute dérivée principale ('). De plus, en attri-
buant aux variables indépendantes et aux inconnues des cotes (-) respectives
convenablement choisies sous la restriction expresse que la cote de chaque
variable indépendante soit supérieure à zéro, chaque second membre ne con-
tient^ outre les variables indépendantes, que des quantités (inconnues ou
dérivées^ dont la cote ne surpasse pas celle du premier membre correspondant.
Désignant alors par o la cote minima, et par A la cote maxima des pre-
miers membres du système S, prolongeons indéfiniment ce dernier par toutes
les difîérenliations possibles d'ordres o, 1,2,... exécutées conformément
à l'algorithme des fonctions composées, et partageons les relations résul-
tantes en groupes successifs, Sg, 83+,, ..., Sa, Sa4-, , ..., d'après les cotes
croissantes de leurs premiers membres : chacun de ces groupes, désigné par
une notation où figure un indice, comprend un nombre de relations essen-
tiellement limité, au moins égal au nombre des dérivées principales de cote
égale à cet indice. Gela étant, nous adjoindrons à l'hypothèse A la sui-
vante :
B. Dans les limites où les seconds membres de S sont tous analytiques et
réguliers, et en imposant, éventuellement, aux valeurs numériques des
quantités qui y figurent telles ou telles restrictions d'inégalité, on peut, des
groupes successifs (en nombre illimité) Sg, 83+, , . . ., S^, . . ., dont chacun est
linéaire par rapport aux dérivées principales de cote, égale à son indice,
extraire respectivement des groupes, /g, îg^,, ..., /c? •i ^^l^ ^"^ ^'"'^ quel-
conque d'entre eux, /<-, composé de relations en nombre exactement égal à celui
(*) RiQuiER, Les Systèmes d' équaùons' aux dérivées partielles, n° 90.
(*) Ibid.. no 102.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l6o5
des dérivées principales de cote C, soit résoluble par rapport à celles-ci (confor-
mément à l'algorithme de Cramer). Nous désignerons par '^g, '>pç+,, • • ., 'j'c
les formules obtenues en résolvant l'ensemble des groupes ?§, Zg^,, .. ., ïc(où
C est quelconque) par rapport aux dérivées principales de cotes 0, 0+ i, ...,C:
l'expression qui en résulte pour l'une quelconque de ces dernières ne
contient, outre les variables x, . . ., que des quantités, inconnues ou dérivées
paramétriques, de cote inférieure ou égale à C, à l'exclusion de toute dérivée
principale.
II. Les conditions A et B étant supposées remplies, nous dirons que le
système S esi passif , lorsqu'il satisfait en outre à la suivante : Si^après avoir
résolu r ensemble des groupes ^g, /g^_, , . . ., tf, (où C est quelconque) par rapport
aux dérivées principales de cotes 0, 0 4- i , . . . , C, o/i substitue à ces dernières, dans
les équations restantes de Sg, Sg+,, . . ., Se, les expressions fournies par les for-
mules de résolution j/g, j/g^., , . . ., j/,, les relations résultantes sont vérifiées pour
toutes valeurs numériques des variables x, . . . , des inconnues u, . . ., et des déri-
vées paramétiiques de cote inférieure ou égale à C, considérées pour un
instant comme autant de variables indépendantes distinctes (').
Les systèmes de cette espèce jouissent de la propriété suivante :
Nommons fonction formelle des variables :;,... une série entière en s, ..,,
admettant, ou non, quelque système de rayons de convergence : cela étant,
le système S, supposé passif , admet une figure intégrale formelle, et une seule,
répondant à des conditions initiales données. Dans cet énoncé, les le incon-
nues «, ... sont considérées, indifféremment, soit comme dépendant seule-
ment des h variables X, ..., soit comme dépendant en même temps d'autres
variables, en nombre quelconque, qui ne figurent dans les équations du
système ni par elles-mêmes, ni par l'intermédiaire d'aucun symbole de
dérivation.
III. Le système S étant supposé passif, désignons par 0 un entier (algé-
brique) au moins égal à A, et considérons, dans le groupe formé par les
inconnues u, . . . et leurs dérivées paramétriques de tous ordres, les diverses
quantités dont la cote ne surpasse pas 0. Soient q le nombre des quantités
ainsi envisagées; v^^ .. ., p^ ces quantités elles-mêmes; (S, 0) un système
C) Un exemple de système différentiel remplissant les conditions A et B est fourni
par les systèmes orthoïques, que nous avons étudiés dans un Mémoire ayant pour titre :
Sur une question fondamentale du Calcul intégral {Acta niathematica, t. 23).
Cette élude contient, notamment, la réduction des conditions de passivité d'un système
orlhoïque à un nombre essentiellement limité d'entre elles.
l6o6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
d'équations aux dérivées partielles, identique à S quanta l'écriture, mais où
les k inconnues «, . . . seront supposées dépendre, non plus seulement des h
variables ir, . . ., comme dans S, mais en même temps de q autres variables
a,, . . ., a^. Considérons alors le groupe des li fonctions formelles
(i) //=rU[.r — .»'"), ...,a, — a\" , ....a,, — q\^ ],....
dépendant des h-\- q variables a:-, ..., a,, . .. , a^, aux valeurs initiales respec-
tives £r"*', ..., a',"', ..., a^*" ; puis, prolongeant indéfiniment le système (i) par
toutes les différentialions possibles d'ordres o, i, 2, ... relatives aux seules
variables X ^ ... ^ extrayons du système ainsi prolongé les q relations ayant
pour premiers membres respectifs i^, , . , . , c ,
^ ,', = V, [x — ^■'»), . . ., a, - (x\"\ . . ., a,/— a^;' J,
(2) i '
[Nous supposons expressément que les termes constants des seconds
membres de (2), associés aux valeurs a?*"', ... de a?, . . ., n'excèdent pas les
limites spécifiées dans la condition B.J
Considérons enfin, parnii les dérivées principales (\e'à inconnues m, ... du
système S, celles dont la cote ne surpasse pas 0; désignons leur nombre
par p^ ces quantités elles-mêmes par (v, , . . ., (t'^,; puis, du système (1), indé-
finiment prolongé comme ci-dessus, extrayons les p relations ayant pour
premiers membres respectifs n\ , . . ., c^'^,,
, .vi = W,[.r — ^'O', ..., «1 — a;'\ ..., 3(,/— a;^'"],
(3)
( ^^^,, — ^Np[x — x'''\ ...,ai— a',« , ..., «,/—«</"].
Cela posé, la propriété qui fait l'objet de la présente Note se formulera
comme il suit : Le principe général des fonctions implicites étant., comme
il est possible de le faire, étendu au inonde des fonctions formelles., et le
groupe des relations (^1^ étant supposé résoluble par rapport aux constantes
arbitraires a,, .. ., a,^ conformément à ce principe., pour que., dans V espace
à k -\- h -\- q dimensions Uu, . . ,, x, . . .,a,, . . ., a^)l, la figure (i), à h -\- q
dimensions, soit une intégrale du système ( S , 0 ) , il faut et il sujfit quen rempla-
çant, dans (3), a, , . . ., a^ parleurs valeurs tirées de (^1^, on retombe sur celles
d'entre les relations 'j/g, '^g^, , 'j/g^.,, .... qui ont pour premiers membres respec-
tifs «->, , . . . , (Vp, c est-à-dire sur les relations 'spj, •j'8+, , . . . , ^0.
Cet énoncé renferme comme .cas très parliculiers deux propriétés clas-
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1607
siques, relatives, l'une aux intégrales générales d'un système différentiel
total, l'autre aux intégrales complètes de Téquation aux dérivées partielles
t)u . , Ôll \
ô.v '' \ ()y
CRISTALLOGRAPHIE. — Sur les liquides à plans équidistants de Grandjean.
Note ( ' ) de MM. G. Fkiedel et L. Royer.
Nous avons montré, dans une récente Communication, que la inflexion
des couleurs dites « épipoliques » et le pouvoir rotatoire paraissent liés,
dans les liquides à plans équidistants, à la structure particulière qui se
manifeste par Fexistence de ces plans. Voici deux faits nouveaux qui nous
semblent établir définitivement cette conclusion :
Les mélanges de cyanbenzalaminocinnamate d'amyle (liquide du pre-
mier type) et de benzoate de cholestérine (liquide du second type) tenant
de 2,5 à 2,75 du premier corps pour i du second, montrent à basse tempé-
rature, au voisinage du point de fusion des cristaux, toutes les propriétés
d'un corps du premier type, comme le cyanbenzalaminocinnamate pur; la
longueur d'onde d'inversion est seulement rejelée dans l'infrarouge et les
plans beaucoup plus espacés que dans le corps pur. Aux températures
élevées, au voisinage de la fusion isotrope, ils ont toutes les propriétés d'un
corps du second type, comme le sel de cholestérine pur, avec également la
longueur d'onde d'inversion rejetée dans l'infrarouge et les plans très
espacés. Le changement se fait à une certaine température 6, d'autant plus
élevée que la proportion de sel de cholestérine est plus faible, et qui pour
les mélanges à 3/[ dépasse déjà la température de fusion isotrope, de même
que pour les mélanges à 2,25/i elle reste inférieure à la température de
cristallisation. En approchant de 6, on assiste à la transformation d'un
corps du premier type en un corps du second. Le pouvoir rotatoire qui,
aux températures inférieures à 0, est droit et décroissant du violet au rouge,
devient gauche et reste décroissant dans le même sens; les virgules, qui ne
se voient nettement qu'à une certaine distance de G de part et d'autre,
changent de sens; le déplacement -des franges noires par rotation des
niçois s'inverse.
En approchant de 0, aussi bi«n par refroidissement queparéchaulTement,
(') Séance du 6 juin 1922.
l6o8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
on voit les plans de Grandjean s'espacer de plus en plus, et très rapidement
au voisinage immédiat de 6, leurs distances pouvant croitre dans la propor-
tion de I à 3 ou 4 et plus sans qu'ils cessent d'être visibles. Puis ils dispa-
raissent, leurs bords devenant de plus en plus semblables aux fils qui carac-
térisent les liquides à fils ordinaires et qui sont, comme on sait, des axes
d'enroulement de la structure; à G, il n'y a plus de trace de plans, et les
bords des anciens plans ne diffèrent plus des fils. Les virgules se sont ella-
cées. Si l'on observe entre un verre plan et un verre convexe, on voit les
anneaux de pouvoir rotatoire s'évanouir sans notable déplacement. Puis,
la température 0 dépassée dans un sens ou dans l'autre, on voit reparaître
les plans de Grandjean, d'abord très espacés, puis de plus en plus serrés à
mesure que la température s'éloigne de 6. Les virgules se reforment, changées
de sens; les anneaux de pouvoir rolatoire se rétablissent, de plus en plus
nets. Mais à la température 6, il n'y a plus ni plans, ni virgules, ni pouvoir
rotatoire; on a affaire à un liquide à fils ordinaire sous forme de plages à
noyaux et à fils, jamais normales à Taxe d'ailleurs et ne différant pas des
plages à noyaux de l'azoxyphénétol. A la température 6, les détails de la
face inférieure de la préparation se voient nettement à travers lépaisseur
minime du liquide; mais dès qu'on s'en écarte et que les plans apparaissent,
aucune mise au point n'est plus possible à travers, ne fût-ce qu'un seul de
ces plans.
Il paraît résulter de là qu'à la température 0, la structure à forte torsion
liée à l'existence des plans, et qui est cause du pouvoir rotatoire, disparaît;
au-dessus de 0, la torsion est dans un sens; au-dessous, dans l'autre; en
approchant de 0, elle diminue par l'espacement des plans; à 0, elle semble
disparaître. Le passage d'un corps du premier type à un corps du second se
fait par simple changement de sens de la torsion, et par l'intermédiaire
d'un liquide sans torsion spontanée qui ne diffère en rien des liquides à tils
ordinaires.
Le second fait est le suivant :
S'il est vrai que la longueur d'onde d'inversion du pouvoir rotatoire soit
précisément celle du rayon réfléchi par les plans, et qui est définie par
l'équidistance de ces plans, cette longueur d'onde doit dépendre de l'inci-
dence comme en dépendent, il est facile de le constater et cela est connu
depuis longtemps, la longueur d'onde de la couleur épipolique réfléchie et
la couleur complémentaire transmise. C'est ce que nous avons constaté en
effet. L'emploi du monochromateur permet de déterminer aisément la lon-
gueur d'onde d'inversion en observant les anneaux du pouvoir rotatoire
SÉANCE DU 19 JUIN I922. ï^09
entre verre plan et verre convexe. Si Ton dispose les choses de façon à pou-
voir faire tourner la préparation autour d'un axe horizontal pénétranl
dans le four électrique où la préparation est maintenue à température cons-
tante, on constate que la longueur d'onde d'inversion varie avec Tinclinai-
son, et est d'autant plus petite que Tinclinaison de la préparation par rap-
port à la platine du microscope est plus grande. Les mesures précises des
longueurs d'onde réfléchies, qui seront nécessaires pour la comparaison,
n'ont pas encore été faites, maison peut d'ores et déjà affirmer que la varia-
tion de la longueur d'onde d'inversion est dans le sens' et de l'ordre de
grandeur prévus. Il est extrêmement probable que la longueur d'onde
d'inversion coïncide avec la longueur d'onde réfléchie, non seulement sous
l'incidence normale, mais aussi sous des incidences quelconques.
Dans les préparations dont les plans de Grandjean n'offrent pas parlout
un parfait parallélisme avec la surface du support, cas très fréquent, on
observe d'un point à l'autre de notables variations du pouvoir rotatoire et,
en même temps, de la couleur réfléchie. Il n'est pas rare qu'au voisinage de
la longueur d'onde d'inversion l'on trouve des parties de la préparation qui
montrent un pouvoir rotatoire droit pendant que d'autres ont le pouvoir
rotatoire gauche. Il en résulte que toutes les mesures portant soit sur le
pouvoir rotatoirejj soit sur la longueur d'onde d'inversion, soit sur les lon-
gueurs d'onde réfléchies ou sur les indices, ne peuvent être faites utilement
que sur des préparations parfaitement organisées, qui ne sont pas toujours
aisées à obtenir sur verre, et que l'on reconnaît à ce qu'elles réfléchissent
une couleur bien homogène et totalement polarisée circulaire. Ces faits
s'expliquent tout naturellement à la suite de la constatation précédente :
les variations locales du pouvoir rotatoire et de la longueur d'onde réfléchie
(d'inversion) sont dues aux régions de la préparation où les plans de
Grandjean font des angles trop importants avec le plan normal au rayon
lumineux observé. La loi de variation de la longueur d'onde réfléchie avec
l'inclinaison, aisée à calculer, montre d'ailleurs que fort heureusement
l'effet de l'inclinaison est négligeable quand celle-ci n'est que de quelques
degrés.
Pour toutes ces raisons, il nous paraît hors de doute que le pouvoir rota-
toire énorme qui caractérise les liquides à plans est, au même titre et en
même temps que la réflexion des couleurs par ces liquides, déterminé par
la structure très particulière liée à l'existence de ces plans. De cette struc-
ture, nous ne savons encore que peu de chose. Nous pouvons présumer
qu'elle comporte, d'un plan à l'autre, des torsions extrêmement fortes,
l6lO ACADÉMIE DES SCIENCES.
pouvant aller probablement à quelque go" par intervalle de plans, soit un
millier de tours par millimètre dans les cas ordinaires; et nous savons
qu'elle présente, à intervalles réguliers, des discontinuités qui sont les plans
de Grandjean, dont les bords paraissent être des lignes d'enroulement de
la structure comparables aux fils. Ces plans ont la propriété, encore inex-
pliquée, de réfléchir Tun des rayons circulaires à Texclusion de Tautre ;
mais cette propriété étant donnée, Féquidistance de ces plans nous permet
de calculer (les indices étant supposés connus) la longueur d'onde réfléchie
et ses variations avec l'inclinaison, et par suite la longueur d'onde d'inver-
sion du pouvoir rotatoire. Tous ces faits, ainsi que la variation anomale du
pouvoir rotatoire au voisinage de la longueur d'onde d'inversion, s'expli-
queront d'un seul coup lorsqu'on connaîtra la structure.
Il va de soi qu'une structure dans laquelle interviennent des torsions
spontanées qui, dans un même corps, sont toujours de même sens, doit être
déterminée par l'asymétrie de la molécule. Mais ce n'est pas directement
cette asymétrie de la molécule qui détermine l'énorme pouvoir rotatoire
des liquides à plans.
M. Paul Painlevé dépose sur le Bureau de l'Académie un Ouvrage
intitulé : Les axiomes de la Mécanique^ examen critique (Paris, Gauthier-
Villars), dont il est l'auteur.
Dans la première Partie de cet Ouvrage, ajoute M. Painlevé, u j'ai
reproduit l'expose et la discussion des axiomes de la Mécanique, tels que je
les ai enseignés depuis de longues années et qui se prêtent d'eux-mêmes à
la comparaison avec la doctrine einsteinienne.
« Le premier Chapitre delà seconde Partie est relatif à la propagation
de la lumière et aux différentes explications possibles et compatibles de
l'expérience de Michelson, de l'aberration et de la formule de Fizeau-
Fresnel. Le second Chapitre se rapporte au principe de l'action et de la
réaction : les propriétés attribuées par Newton au mouvement absolu
n'entraînent pas sous sa forme stricte le principe classique de l'action et de
la réaction, mais sont compatibles avec une forme plus étendue du prin-
cipe où la force n'est plus égale à my, {m quantité de matière, y accéléra-
tion absolue), mais est définie de la manière suivante : soient y^ et y„ les
projections de y sur la tangente et sur la normale principale à la trajec-
toire ; la force F est la somme des deux vecteurs ni/{^)'fc et mcp((^)y„,
où f(v) et (p(ç') sont deux fonctions positives de la vitesse absolue (^, les
SÉANCE DU 19 JUIN 1(,22. 161I
mêmes pour tous les éléments matériels, et égales à l'unité pour v = o. On
peut appeler m la masse statique, mf(v) la masse cinétique longitudinale
eimz>{v) la masse cinétique transversale. On construit ainsi une Mécanique
ayant les mêmes points de départ que la Mécanique newlonienne, qui
coïncide avec celle-ci ipouv f(v)^z>(i^)^r, et qui se raccorde avec la
Mécanique einsteinienne pour un choix convenable (adopté une fois pour
toutes) des fonctions /(r) et o(i^). »
ELECTIOIXS.
L'Académie procède, par la voie du scrutin, à l'élection d'un Membre
de !a Section d'Anatomie et Zoologie, en remplacement de M. Ranviei-.
décédé.
Le nombre de votants étant og,
M. Charles Gravier obtient 37 suffrages
M. Maurice Caullery » 10 »
M. Louis Lapicque » 10 »
M. Edouard Retterer » i suffrage
Il y a un bulletin blanc.
M. Charles Gravier, ayant obtenu la majorité absolue des suffrages, est
proclamé élu.
Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la Répu-
blique.
CORRE SPOND AXCE
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
Primera réunion nacional de la Sociedad Argentina de Ciencias n'aturales.
Tucuman, 1916.
l6l2 ACADÉMIE DES SCIENCES,
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Des équations aux dérivées partielles du second
ordre intégrables par la méthode de Darboux. Note de M. Gosse, pré-
sentée par M. Goursat.
Si Ton désigne par m^ et m.^ les racines deTéquation caractéristique
- , àf df
os àt
relative à Téquation aux dérivées partielles
E = /■ +/(./•, r, z, p, q, s, t) = o,
on peut énoncer les résultats suivants :
I. Si l'équation E admet, pour le système i de caractéristiques, un inva-
riant d'ordre supérieur à 3, sans en admettre d'ordre inférieur, ou bien elle
admet une involution d'ordre 3, ou bien la racine m^ vérifie la relation
dl as
II. Une équation E qui n'est en involution avec aucune autre d'ordre 3
et qui admet, pour chaque système de caractéristiques, un invariant
d'ordre supérieur à 3, est une équation de Mon g-e- A m père.
En particulier, toute équation de la première classe qui n'admet aucune
involution d'ordre inférieur ou égal à 3 se réduit à une équation de Monge-
Ampère.
L'étude générale de la méthode de Darboux met donc d'elle-même en
évidence l'importance de cette catégorie d'équations, et il est naturel de
chercher à déterminer celles d'entre elles qui sont de la première classe.
J'ai résolu le problème dans les deux cas les plus simples :
1° Il y a une intégrale intermédiaire du premier ordre pour chaque sys-
tème de caractéristiques.
Toutes les équations de la première classe de cette catégorie se déduisent
par une transformation de contact des équationsdu type j^ z=:y(a:, y, s, p, q),
classées et intégrées par M. Goursat (').
2° Chaque système de caractéristiques admet deux invariants d'ordre au
plus égal à 2.
(') Voir Goursat, Annales de la Faculté de Toulouse, 2'^ série, t. 1, 1899, et ma
Thèse de Doctorat (chez Privai, Toulouse, 1921).
SÉANCE DU 19 JUIN I922. l6l3
Ce cas se ramène au précédent.
3° L'étude du problème général exige une longue discussion. -Dans tous
les cas que j'ai pu traiter complètement, et en me bornant aux équations
non linéaires, j'ai été ramené aux seules équations que je viens de
signaler (M.
GÉOMÉTRIE iNFIiNlTÉSiMALE. — Surfaces applicables avec égalité des rayons
de courbure principaux. Note de M. Bertrand Gambier, prés-entée
par M. G. Kœnigs.
1. Ossian Bonnet (-), puis M. Hazzidakis (') ont étudié les surfaces S,
S' applicables avec égalité des rayons principaux aux points homologues.
Me bornant au cas où S admet une déformation continue de cette espèce
à un paramètre, j'ajouterai quelques remarques. On sait que ce cas donne :
a. La surface minima ou à courbure moyenne constante la plus générale.
b. Une famille de surfaces à un paramètre comprises dans les surfaces
représentant le ds-
(I) d^--^ 0^^^\ dudv,
où U est fonction arbitraire de u et V de v.
c. Une certaine surface contenant trois paramètres de forme et un autre
d'iiomothélie. Ces quatre paramètres fixés, on a une surface unique^ qui
nest ni de révolution^ ni hélicoïdale , répondant au problème grâce à ses
co' auto-applications.
2. Une circonstance curieuse, non signalée jusqu'ici, est que les types
[b), (c) ne peuvent fournir aucune surface réelle ; néanmoins, comme par un
choix convenable des fonctions ou constantes arbitraires, on peut obtenir
c3o' surfaces S lieu d'un point M(œ,y, iz), oùx,y, z sont réelles, et que
le ds^ définit alors une infinité d'autres surfaces S, applicables sur S (sans
conservation des rayons principaux) réelles, telles que le point M, homo-
logue de M soit réel, on obtient pour chaque couple S, S, un système
cyclique réel, un système triple orthogonal réel, comme je l'ai expliqué en
particulier au Bulletin des Sciences mathématiques , 19-I •
Pour le type (ji) une partie de ces résultats subsiste; on peut trouver des
(') Loc. cit.
(^) Journal de l'École Polytechnique, cahier 42, 1867.
(^) Journal de Crelle, t. 117, 1897.
l6l4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
surfaces minima ou à courbure moyenne constante réelles, mais on peut
trouver des surfaces imaginaires donnant des systèmes cycliques ou sys-
tèmes orthogonaux réels.
M. Hazzidakis a pu donner en termes finis les équations paramétriques
des surfaces du type (è); en dégageantes formules des constantes de dépla
cernent, on a
(3)
(r + 0(«— 0
W/c . r l^du « -I- i'
t est une constante représentant le paramètre de déformation.
Il suffît que U, V soient respectivement fonctions complexes conjuguées
des variables complexes conjuguées u, v et que t soit imaginaire pure, pour
obtenir les propriétés énoncées.
Un cas où le ds^(i) est de révolution s'obtient pourU = iu'^ et V= — iV,
c'est le ds^ caractéristique des développées de surfaces minima. Les
formules donnent ce' surfaces transcendantes, sauf celles obtenues
pour / = o ou / = ce, qui sont algébriques et réglées, d'équation respective
,,^ \ 3{a- -^ iz) {a: ~ izY-h y*—o,
( 4 )
/ ^h {x + iz){œ — izY-}- i^j {œ — izY-^ i = o.
Associées à la développée de la surface minima d'Enneper, elles four-
nissent des systèmes cycliques algébriques; les systèmes orthogonaux
correspondants sont algébriques pour la première et comprennent, pour la
seconde, une famille algébrique, deux familles transcendantes,
3. Pour le type (c), Ossian Bonnet trouve une surface S qui n'est ni
l'évolutive ni hélicoïdale; le ds"^ de S est de révolution et les auto-applications
de S conservent les rayons principaux. Or, ni Ossian Bonnet, ni M. Hazzi-
dakis ne remarquent que leurs formules définissent en outre une certaine
surface hélicoïdale 1. unique et bien déterminée quand S est obtenue; cette
surface 2 est applicable sur S avec conservation des rayons principaux et
doit être considérée comme une auto-déformèe à la limite de S.
Je dois donner quelques explications sur un paradoxe qui peut se pro-
duire pour toute surface, ni révolutive ni hélicoïdale, dont le ds"^ est de
révolution : il n'est pas nécessaire que cette surface S soit du type étudié
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l6l5
par Ossian Bonnet. Traçons sur S le réseau |î} = consl. des méridiens,
01. = const. des parallèles^ c'est-à-dire des courbes devenant méridiens et
parallèles quand S est déformée en surface de révolution. Je suppose que a
est l'arc du méridien et |ÎJ celui du parallèle a = o. Sur S les bandes
où /est une longueur arbitraire (qui ne joue aucun rôle), sont toutes des
déformées de l'une d'elles; la bande de rang n, pour n ^= 00, peut ou devenir
asymptote à une certaine surface hélicoïdale ou révolutive, ou rester à
distance finie sans posséder de surface asymptotique, ou s'éloignera linfini,
mais peu importe : on peut, par un déplacement, faire coïncider avec Ox^
Oy les tangentes au méridien et au parallèle issus du point (0,^0 + 7^— 1 /).
Cette bande de rang/i déplacée peut, dans certains cas, tendre [)0ur/2 = ce
vers une certaine position limite S bien déterminée; cette surface 2 a
même ds- que S et doit être considérée comme une auto-déformée à la
limite de S, et cela bien que S et Z «e soient pas superposables par un dépla-
cement fini .
Pour la surface S du type (c) dOssian Bonnet, cette circonstance se
présente et fournit une surface 2 hélicoïdale oubliée. Dans le type (è),
pour U = m- et Y = — ïV% le ds'^ est encore de révolution, mais pour
chaque surface S obtenue les auto-déformations changent les rayons de
courbure principaux, de sorte que dans ce cas précis on n'obtient comme
solution de notre problème ni surface de révolution, ni surface hélicoïdale.
ÉLECTRICITÉ. —Sur la polarité de l'arc électrique. Note de MM. L. Duxoyer
et P. Toulon.
Il est aujourd'hui classique que l'émission d'éleclrons par la cathode est
indispensable au fonctionnement de l'arc électrique et que, par conséquent,
si l'une des électrodes est systématiquement refroidie, il est naturel qu'elle
fonctionne comme anode. A ce point de vue, l'arc Garbarini, qui fonctionne
habituellement entre le charbon positif porté à très haute température et
une couronne métallique négative énergiquement refroidie par un courant
d'eau, peut paraître paradoxal. Paradoxal également le fait que dans un
redresseur à vapeur de mercure il est possible, sans nuire à la qualité du
redressement, de faire rougir les anodes alors que le mercure cathodique
reste à une température bien inférieure à 36o°.
l6l6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les expériences dont il va être rendu compte confirment, d'ime part, la
doctrine classique du fonctionnement de l'arc et montrent comment le
paradoxe peut être expliqué; elles ont, en même temps, donné lieu à
la réalisation d un dispositif extrêmement simple qui permet d'obtenir
un courant pulsatoire à sens unique, équivalent dans beaucoup de cas à
du courant continu, au moyen de courant alternatif.
M. Blondel a montré jadis ( ' ) que l'arc jaillissant entre une électrode de
charbon et une électrode, métallique sous une forme électromotrice alter-
native peut présenter deux régimes : l'arc « court » passe dans les deux
sens, tandis que l'arc « long » est polarisé et ne laisse passer le courant que
dans le sens métal-charbon.
On pourrait se demander si cette polarisation est due au fait que l'une
des électrodes est métallique. Il est facile de montrer qu'en réalité le phéno-
mène est dû exclusivement à ce que l'électrode métallique est toujours,
grâce à sa conductibilité, à une température plus basse que l'électrode de
charbon. Si, en effet, on remplace l'électrode. métallique par un tube de
graphite énergiquement refroidi par un courant d'eau, on constate, comme
avec le métal, que l'arc passe uniquement de l'électrode froide à l'électrode
chaude ; la nature de l'électrode ne joue donc pratiquement aucun rôle dans
le phénomène.
Les arcs « longs » polarisés de M, Blondel sont d'ailleurs assez instables,
avec une tendance marquée soit à s'éteindre, soit à se transformer en arcs
« courts ». Nous avons obtenu des arcs polarisés d'une parfaite stabilité en
associant à l'électrode froide deux électrodes entre lesquelles jaillit un arc
d'entretien. L'électrode froide est constituée par un tube conducteur, d'une
substance d'ailleurs quelconque, refroidi par un courant d'eau. L'arc d'en-
tretien jaillit entre des électrodes de charbon ; cet arc d'entretien peut être
alimenté en courant continu, mais également en courant alternatif, ce qui
est évidemment beaucoup plus intéressant. Le schéma des monljagnes sera
indiqué ailleurs.
L'étude oscillographique du courant polarisé, ainsi que la comparaison
des indications d'appareils à courant continu et d'appareils à courant alter-
natif placés sur le circuit de ce courant, nous ont montré que, dans les con-
ditions de nos expériences, la polarisation du courant est pratiquement
parfaite pour des tensions alternatives inférieures à 5oo volts; mais pour des
tensions plus élevées, par exemple 900 volts, la polarisation se montre
(') A. Blondel, Comptes rendus^ t. 128, 1899, P- 727-731.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1617
moins bonne. Quant à l'intensité moyenne qu'il est possible d'obtenir pour
le courant redressé, il semble que rien, a priori^ ne doive la limiter. En fait,
avec une tension alternative de 220 volts qui, théoriquement, ne peut donner
pour le courant polarisé qu'une tension moyenne de 90 volts au maximum,
nous avons obtenu 90 ampères sous 86 volts aux bornés de l'arc polarisé. Les
charbons de l'arc d'entretien avaient 12""™ et 16™™ de diamètre, et l'élec-
trode froide était un tube de cuivre rouge de i5"™de diamètre, refroidi par
circulation d'eau.
Ces expériences confirment donc que, s'il n'y a pas contact entre les
électrodes, il n'y a jamais allumage de l'arc (au-dessous d'une tension
limite), même au sein d'un gaz très conducteur, si l'électrode froide est
cathode -, il y a, au contraire, allumage certain si elle est anode. Il faut
donc, pour l'allumage de l'arc, que l'une des électrodes émette des élec-
trons. En effet, quand l'électrode froide est cathode, elle n'en émet pas
parce qu'elle est froide, et l'électrode chaude n'en émet pas parce qu'elle
est positive ; si, au contraire, l'électrode chaude est négative, elle émet des
électrons et l'arc s'allume.
Mais s'il y a contact entre les électrodes, l'arc s'allumera toujours en
courant continu, même si la cathode est refroidie dans son ensemble. En
effet, le contact qui, dans la réalité, ne donnera lieu au passage du courant
qu'en quelques points isolés, y produira une élévation locale de tempéra-
ture, suffisante pour que l'émission électronique se produise en ces points.
L'étendue des régions de très haute température pourra être, du reste,
beaucoup trop petite pour donner lieu à aucune incandescence visible.
C'est donc la température de cette région d'émission électronique qu'il faut
prendre en considération, et non pas la température d'ensemble de la
cathode.
Par exemple, dans l'arc Garbarini, la température des régions catho-
diques, qui jouent véritablement un rôle dans le fonctionnement de l'arc,
n'est donc nullement la température du métal refroidi, mais une tempéra-
ture certainement supérieure à celle du cratère positif de l'arc.
De même, le fait que l'on peut faire fonctionner un redresseur à vapeur
de mercure avec des anodes fortement rougies, montre que la petite tache
lumineuse qui se déplace sur la cathode est à une température certaine-
ment supérieure à 1000°.
C. R., 1932, I" Semestre. (T. 174, N* 25.) 1 17
l6l8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ÉLECTRICITÉ. — Sur un nouvel électromèlre à index rigide destiné à la mesure
des radiations. Note de M. K. Szilard, transmise par M. J. Violle.
Les électromètres transportables que j'ai étudiés il y a quelques
années (^) sont des appareils dont l'aiguille est à pivots et à spiral. Depuis
j'ai reconnu qu'un autre système de suspension difTérent du premier permet
également l'emploi d'une aiguille indicatrice longue et rigide. Avec ce
nouveau montage l'instrument reste également transportable et sa sensibi-
lité se trouve considérablement augmentée par rapport à l'électromètre à
spiral.
Principe. — L'aiguille servant à la fois d'équipage mobile et d'index
rigide est électriquement reliée à la cage; elle est attirée par un « cadran »
de forme spéciale, isolé et chargé d'électricité au moyen d'une minuscule
machine à frottement. L'aiguille est suspendue par un ruban fin, tendu^ dont
la torsion sert de couple antagoniste.
Description. — Un ruban très fin en bronze R, long de 25*"^, est tendu
verticalement entre deux ressorts à boudin B. A égale distance de ces extré-
mités, le ruban supporte l'aiguille A à laquelle il est solidaire. Grâce à cette
suspension élastique l'appareil est transportable et ne nécessite pas d'être
placé dans une position parfaitement horizontale.
Afin d'avoir un équipage mobile aussi léger que possible, l'aiguille est
découpée de sorte qu'en une pièce elle serve à la fois d'organe d'attraction
et d'indicateur. Dans cet effet, l'une de ses extrémités C est circulaire for-
mant un secteur de cercle évidé, l'autre est droite et pointue.
Le cadran N, de forme et de surface aussi réduites que possible (afin de
lui donner une capacité électrique mini ma), se trouve dans le prolonge-
ment du secteur G de l'aiguille, concentriquement à celui-ci. Ge cadran est
composé de deux paires de secteurs d'anneaux, rivés concentriquement
ensemble. Grâce à cette forme, l'aiguille est attirée toujours dans le sens de
la circonférence. Supporté par une petite colonne, le cadran, seul organe
porteur de charge, se prolonge, à travers un bouchon d'ambre, dans la
chambre d'ionisation J, disposée au-dessous. Entre ses paires de segments,
à égale distance des deux, se trouve l'aiguille engagée sous un angle de
i5° environ, lorsqu'elle est au repos; des vis de réglage, servant de points
(•) Comptes rendus, t. 136. igiS, p. 779, et t. 157, 1918, p. 768.
SÉANCE DU 19 JUIN 192:2. 1^19
d'attache aux ressorts B sont disposées en K et permettent de régler les
positions verticale et horizontale de Taiguille.
Chargeur automatique. — En face du cadran, mais suffisamment éloigné
de celui-ci, se trouve un dispositif permettant de le charger à un potentiel
voulu. Ce chargeur consiste en un tube d'ébonite E dans lequel coulisse une
petite brosse circulaire I en crin. Le frottement des crins contre l'ébonite
(sur un parcours de i*^™ à 2"™) produit de l'électricité en quantité suffisante
pour fournir la charge nécessaire au cadran.
Remise à zéro. — Il convient souvent de ramener l'aiguille exactement
sur une même division servant de zéro. Pour faciliter cette opération, un
levier L peut faire contact avec le secteur. Ce levier étant construit en ma-
tière peu conductrice, il y introduit une légère fuite : une fois l'aiguille
arrivée à la division voulue, on rompt son contact.
Lecture. — Elle se fait aisément au moyen de V aiguille et son échelle fixe ;
l620 ACADÉMIE DES SCIENCES.
la grande sensibilité de l'appareil dispense de VemY)\oi du microscope. D'autre
part, les déplacements de l'index étant amortis et d'une régularité parfaite,
on peut utiliser pour la lecture un microscope à court foyer ; le microscope
pouvant approcher l'aiguille à quelques millimètres près pourra être for-
tement grossissant et fournira une image d'une netteté tranchante et irré-
prochable (non pas comme Cimage conjuse d'une feuille d'or).
Le microscope est monté sur l'axe même de l'aiguille, permettant de suivre
celle-ci tout le long de l'échelle et de choisir la région la plus convenable au
point de vue du régime de voltage ou de sensibilité. Une division du micro-
mètre correspond ào™™,i de déplacement réel de l'aiguille. Les divisions
du micromètre sont pratiquement proportionnelles entre elles dans presque
toute la longueur de l'échelle.
Sensibilité. — En disposant dans la chambre d'ionisation o^.oi d'oxyde
noir d'uranium fraîchement préparé (exempt d'uranium X), on obtient un
déplacement visible à Vœil nu sur l'échelle. Dans le micromètre ce mouvement
correspond à i division par seconde. Or ce courant, d'après Me Coy ('),
est égale à 1,7. io~' U. E. S., soit à 5,7.10—'' ampère. Des petites fractions
de ce courant sont encore bien mesurables. Le régime de voltage est entre
35o et 45o volts.
Emploi. — L'appareil est parfaitement transportable; on peut le déplacer
et même le retourner sans crainte. Aucun réglage préalable n'est nécessaire
pour sa mise en marche ; la charge se fait automatiquement et une remise à
zéro permet des lectures dans des conditions identiques entre elles. L'ins-
trument dispense de l'utilisation du microscope, son système de lecture étant
semblable à celui d'un ampèremètre ordinaire, mais l'emploi d'une lecture
micrométrique est d'autant plus justifié que l'image de l'aiguille est d'une
netteté parfaite. Cet appareil rendu supérieur aux électroscopes à feuille par
sa robustesse, sa commodité d'emploi, sa constance et sa sensibilité est ap-
pelé à les remplacer en tous leurs usages.
ÉLECTRICITÉ. — Sur une propriété curieuse d'un montage spécial des machines
électriques excitées en série. Note de M. F. Guéry, présentée par M. Paul
Janet.
Considérons n machines électriques identiques, à courant continu, exci-
tées en série, montées en zigzag, et entraînées mécaniquement à la même
(*) Me GoY, Phil. Mag., t. 11, 1906, p. 177.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 162I
vitesse. Par montage en zigzag nous entendons que l'induit d'une des
machines est monté en série avec l'inducteur de la voisine et que tous ces
ensembles d'un inducteur et d'un induit sont mis en parallèle les uns avec
les autres. Les induits de ces machines, numérotés i, 2, . .., zi, sont par-
courus par des courants I|, I2, • • -, I».
D'une manière générale, abstraction faite de la saturation magnétique, la
différence de potentiel aux bornes d'une machine excitée en série a pour
expression
u = a-{- k\ -f-^j — ,
al
<2, constante tenant compte du magnétisme rémanent;
kj constante positive ou négative suivant le sens de l'enroulement inducteur ;
^, inductance de l'inducteur.
Négligeant la résistance des circuits, l'inductance des induits et l'induc-
tion mutuelle des inducteurs et des induits, nous pouvons écrire
( I1+ 12 + . . .-1-I„=0.
En posant
(2)
ii =
^ = 'n,
(^n ^1 I T T ■ ^n—\ ^n t t
-, ri, — I2, ..., In — r -1- in — ^Ij
et retranchant deux à deux les relations (i), on a
(3) h -7- = o, ..., h -7- = o.
^ ' m dt m dt
On a, de plus, identiquement
2 f = fi + 4 + • • • -1- 4 = o.
Enfin les I sont donnés en fonction des i par les relations
/ 4 -t- 2 «3 + . . . 4- ( n — i) t„
Y'= n '
(4) ;
La solution générale des relations (3) est de la forme
l62 2 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Par substitution dans les relations ( 3 ), on obtient les valeurs de i^, . . . , î„
et la relation de condition
(— i)"-*(mp)«4- I = o
dont les racines fournissent les valeurs des n coefficients exponentiels.
Une racine de cette équation en mp est de la forme
XtT I . ÂTT
cos hv — isin — ;
n ^ n ■
les valeurs de X correspondant aux différentes racines sont les nombres pairs
de o à 2/1 — 2, si 71 est pair, et les nombres impairs de i à 2« — i , si /i est
impair. Dans le premier cas, les racines réelles correspondent à X = o
et À = /ï; dans le deuxième cas, la racine réelle est donnée par \ = n.
En tenant compte de la relation Si = o, on voit facilement que />owr/i /)««>,
t
lii se réduit à la somme des termes correspondant à la racine en e '".
Le coefficient de ces termes doit donc être nul.
t
Mais le coefficient de Tautre terme réel, en e '", n'est pas nécessairement
nul. Pour que le régime puisse être stable, il est donc nécessaire que k soit
négatif, c'est-à-dire que les connexions soient celles qui correspondraient à
la marche des machines en génératrices sur un circuit extérieur. Mais cette
condition ne sera pas suffisante en général, car les termes imaginaires don-
nant lieu à un régime pulsatoire n'auront pas nécessairement un coefficient
nul, et ceux de ces termes qui correspondent à un exposant ayant une partie
réelle positive croîtront indéfiniment avec t.
Le montage avec un nombre pair de machines n'est donc pas toujours
nécessairement stable, même si les connexions sont convenablement établies.
11 l'est toujours avec deux machines, puisqu'il n'y a pas dans ce cas de
racines imaginaires.
Le cas de quatre machines est tout à fait particulier; les deux racines
imaginaires sont du type imaginaire pur et correspondent par conséquent à
un régime oscillatoire non amorti.
La période T a pour valeur 2-n: ^- En désignant par N le nombre de tours
par seconde de l'induit, /i, le nombre de conducteurs périphériques de l'in-
duit, n^ le nombre de spires total de l'inducteur, l'expression de la période
peut se mettre sous la forme
J\/ll *
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1023
Celte expression appliquée à des moteurs de traction de types connus
fournit des valeurs variant d'une demi-seconde à quelques secondes.
On voit aisément que la puissance demandée à chacun des moteurs est
alternative, avec une fréquence double de celle du courant.
Certains phénomènes observés pratiquement sur des moteurs montés en
zigzag, fermés sur un circuit extérieur assez résistant relativement à celui
des moteurs, et jouant par suite un rôle négligeable dans la distribution des
courants, paraissent correspondre à ce fonctionnement spécial et très
curieux.
Pour n impair, on voit facilement que les coefficients des différents termes
de î peuvent n'être pas nuls, tout en donnant une somme nulle dans 2i. La
stabilité n'est jamais assurée dans ce cas. Par suite, on peut dire que, prati-
quement, le montage en zigzag est applicable seulement à deux machines.
ÉLECTRICITÉ. — SuT' la transmission de l'écriture et des dessins par T. S. F.
Note (*)de M. Edouard Belin, présentée par M. Maurice Leblanc.
Dans deux précédentes Notes, nous avons exposé notre système de trans-
mission téléphotographique de Técriture et des images entre deux postes
reliés par un fil au moyen de courant continu ou alternatif. Depuis, nous
sommes parvenus à transmettre sans fil l'écriture et le dessin après avoir
résolu deux séries de problèmes relatifs, les uns à l'émission et la réception
des signaux, les autres à la synchronisation des appareils des deux postes.
Nous avons utilisé les ondes entretenues pour la transmission, sans rien
changer aux dispositions ordinaires : l'-s manipulateurs des stations étaient
simplement manœuvres par des relais actionnés, eux-mêmes, par le tra-
ducteur de nos transmetteurs habituels.
A la réception, nous avons substitué au téléphone notre galvanomètre
enregistreur (oscillographe ou galvanomètre à corde) en amplifiant d'abord,
dans le cas des transmissions à très grande distance, les courants à basse
fréquence.
Pour la synchronisation, les appareils transmetteurs et récepteurs ont eu
leur vitesse réglée par des horloges, dont les différences de marche étaient
pratiquement négligeables pendant la durée d'une transmission et, pour
rendre leurs mouvements de même phase, nous leur avons fait émettre des
(*) Séance du i3 juin 1922.
1624
ACADÉMIE DES SCIENCES.
signaux périodiques spéciaux, au moment de leur mise en route; leur pério-
dicité permettait de les distinguer nettement dans un téléphone et, à Taide
d'un dispositif mécanique, on pouvait donner, à volonté, un mouvement
d'avance ou de retard à l'un des deux de manière à faire coïncider les signaux
émis par eux.
Une première expérience a été tentée en juin 1921 à la station Lafayette
de la Croix d'Hins.
Un de nos transmetteurs portatifs ^installé au'^Gentral Radio de la rue
Froidevaux commandait, par fil^ laîstation|Lafayette et celle-ci émettait des
ondes enregistrées à notre laboratoire de Malmaison.
Les résultats furent de suite concluants.
La seconde série d'expériences eut lieu en juillet et août 192 1, entre
l'Amérique et la France. La transmission était faite de la station de la
Marine américaine d'Annapolis à la station de Malmaison, où la réception
se faisait sur antenne connectée à un amplificateur à lampes.
C'est ainsi qu'a été reçu, de manière tout à fait satisfaisante, un premier
message téléphotographique dans la nuit du 4 au 5 août. Ce radio-télépho-
togramme était le premier de ce genre qui ait jamais été lancé par-dessus
l'Atlantique.
La troisième série d'expériences a été effectuée en octobre 1921. Le poste
SÉANCE DU 19* JUIN I922. 1626
de réception de la Marine américaine a reçu des messages aulographiques
envoyés de France, tel celui que nous reproduisons ci-contre.
Comme pour les premiers essais, l'appareil transmetteur était à Paris et
commandait, par fil, la station radio de Croix d'Hins.
Pour la transmission^Morse, dès que les parasites sont un peu nombreux
et intenses, ils coupent les longues en les transformant en plusieurs brèves,
ou de plusieurs brèves font une longue, ou de plusieurs longues un trait con-
tinu sans aucune signification.
Envisageons maintenant l'inscription autographique.
Ici, les signaux ne se succèdent plus dans un ordre dont la parfaite régu-
larité peut seule assurer la lisibilité et l'exactitude du texte. Les émissions
se succèdent dans un ordre tout à fait irrégulier, selon la fantaisie de
l'auteur du texte original. Mais, si les appareils sont bien synchronisés,
chaque point vient, à l'enregistrement, s'inscrire à la place qui lui est
assignée, l'ensemble de tous les points juxtaposés formant le tracé d'une
lettre ou d'un caractère.
Qu'un parasite intense survienne au moment précis ou doit s'enregistrer
un point, c'est-à-dire en concordance parfaite avec l'émission d'un signal.
S'il est de même intensité que le signal lui-même, il reste sans effet.
Si son action a pour efTet d'augmenter ou de réduire la course du galva-
nomètre, le point considéré ne s'enregistre pas et le tracé du caractère se
trouve coupé par une petite hachure blanche. Or, quand même ces hachures
seraient assez nombreuses sur une série de caractères, ces derniers, pour
être striés, resteraient parfaitement lisibles.
Quant aux parasites qui surviennent entre les signaux, ils n'ont pour effet
que de parsemer le fond du télégramme de petits points noirs, qui, parfois
innombrables, donnent seulement aux documents l'aspect d'un texte noir
tracé sur un fond grisé.
RADIOACTIVITÉ. — Précipitation par la soude du nitrate d'uranyle. Radioac-
tivité du précipité. Note ( ' ) de MM. Pierre Jolibois et Robert Bossuet,
présentée par M. H. Le Chatelier.
Nous avons entrepris, au moyen de l'appareil mélangeur décrit précé-
demment par l'un de nous (^), l'étude de la précipitation du nitrate d'ura-
(') Séance du i3 juin 1922.
(*) Comptes rendus, t. 169, 1919, p. logS et ii6j.
1626 ACADÉMIE DES SCIENCES.
nyle en solution étendue par la soude. Le principe de la méthode employée
consiste à mélanger aussi rapidement que possible une solution contenant
^ de molécule d'uranium par litre à l'état de nitrate avec une solution de
soude d'un titre connu et variable à chaque expérience.
Suivant les proportions de soude introduite il se forme un précipité
total, un précipité partiel ou simplement il se produit un changement de
coloration. Quand cela était possible nous avons recueilli le précipité que
nous avons séparé du liquide surnageant et nous y avons dosé l'uranium et
Ja soude après l'avoir lavé et desséché à 140°. D'autre part, nous avons
- dosé dans le liquide soit l'uranium, soit la soude.
Pour certaines teneurs nous avons remarqué le phénomène suivant : le
précipité se dépose en deux temps; tout d'abord une certaine portion de
ruranium précipite sous forme d'un produit jaunâtre gélatineux difficile
à filtrer. Le liquide restant diffuse la lumière et possède les caractères
d'une solution colloïdale. Soumis à l'éblillition, un nouveau précipité se
dépose. Nous désignerons ultérieurement par P, le précipité se formant
spontanément et par P2 le précipité obtenu à la suite de l'ébuUition,
Le Tableau ci-dessous rend compte des résultats obtenus dans nos expé-
riences.
Analyse
Solution Précipité P, du
en molécules Précipité P, obtenu liquide surnageant,
par litre de par ébullition —
- — ■*■- ^ — — --- premier dépôt. après dépôt de Pj. Molécules par litre
N^OSIJO'. NaOH UO' V». Na^O»/,. 00'%. Na'0%. de U. de NaOH.
1.. 0,0275 0,2 87,42 7,8 pas de précipité o 0,068
2.. 0,0275 o,io5 88,0 8,o3 id. o 0)019
3.. 0,0275 0,076 88,4 7 id. o 0,001
4... 0,0275 0,07 89,15 5,90 90,0 6,6 o traces
5.. 0,0275 0,06 traces 92» 7 3,i o traces
6.. 0,0275 o,o55 92,8 1,6 98,5 1,2 0,00089 o
7.. 0,0275 o,o5 93,02 1,3 91)7 1)5 o,oo33 o
8.. 0,0275 0,045 92,9 1,5 93,1 1,2 u o
9.. 0,0275 o,o4 pas de précipité 92,7 i,3 0,0072 o
10.. 0,0275 o,o35 id. traces de précipité 0,0106 o '
" o,o3 id. pas de précipité o,oi3o o
Les analyses des précipités montrent que, bien que desséchés à i4o°, ils
contiennent une proportion importante d'eau; nous avons vérifié ce fait par
des expériences qualitatives. Déplus, nous avons constaté l'absence, dans le
précipité, de quantités pondérables d'azotates (résultats négatifs de la
méthode Schlœsing).
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1627
Les conclusions que l'on peut tirer de ces analyses sont les suivantes :
I** La précipitation du nitrate d'uranyle N^O^UO' en solution étendue
ne commence que lorsque l'introduction d'une quantité équimoléculaire de
soude est complète. Le liquide contient alors les sels NO^Na et soit un sel
basique NO'LiO% soit une solution de UO' dans N'^O'.UO'. Bien que
l'expérience montre qu'il convient, pour obtenir la précipitation commen-
çante, d'ajouter environ une molécule exacte de soude, fait qui milite en
faveur de l'existence d'un sel basique, nous croyons qu'il vaut mieux adopter
la seconde hypothèse; en elTet, les solutions de nitrate d'uranyle saturées
de UO' à chaud laissent déposer UO' par refroidissement.
2° Le précipité qui se produit soit par précipitation spontanée, soit par
coagulation de sa solution colloïdale est formé, tant qu'il n'y a pas excès de
soude, par de l'hydrate de UO^ impur contenant plus de i,5 pour 100 de
soude. Ceci explique pourquoi on ne peut songer à employer cette méthode
pour préparer UO'. Il est à remarquer que, contrairement à ce que l'on
pouvait penser, il ne se forme aucun nitrate basique insoluble.
3° Dès que la quantité de soude introduite dépasse deux molécules, la pré-
cipitation est totale et le précipité fixe une quantité beaucoup plus impor-
tante de soude qui atteint très vite la limite d'environ 7,8 pour 100 de Na^O.
Cette teneur ne correspond à aucune formule simple. La formule du corps
de la composition simple la plus voisine serait 2lJ0^H-0Na-0 qui corres-
pond à 9, 5 pour 1 00 Na' O . Etant donnée la facilité avec laquelle Ij O^ entre
en solution colloïdale, il y a plutôt lieu de penser que nous sommes en
présence d'une adsorption de soude par UO'. Cette adsorption serait irré-
versible dans les conditions de l'expérience puisqu'une teneur notable de
soude persiste dans le précipité même en présence de nitrate d'uranyle libre.
Radioactivité du précipité. — Nous avons au moyen de l'appareil Curie et
Laborde comparé la radioactivité des précipités à celle d'un étalon de U'O*
pur préparé depuis plus d'une année et conservé à l'abri de l'humidité. Nous
n'avons constaté aucune anomalie dans la radioactivité des corps provenant
de nos expériences. L'intensité du rayonnement est en rapport avec la quan-
tité d'uranium révélée par l'analyse. Il nous a paru intéressantde distinguer
l'uranium X en étudiant plus spécialement le rayonnement ^ grâce à la fîl-
tration des particules a au moyen d'un écran en aluminium de -^ de milli-
mètre d'épaisseur.
Dans tous les cas nous avons constaté que le premier précipité qui se
forme entraîne une partie très imporlanle de l'uranium X.
1628 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La coiirbe^ci-dessous donne la variation de la radioactivité avec le temps
des produits de l'expérience 7.
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(2)
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l.Z
1. .^
o
<^
0,8 o
0.6
OA
0,2
0 50
Nom 6 ne de Jours
Rayonnement p des précipités (expérience?).
Le poids de l'étalon^employé était de 3^,5 U'O*.
Le poids des précipités soumis à Pexpérience était de 2^.
La courbe (i) correspond au précipité P,, (2) au précipité Pa, (3) au
produit de Tévaporation de l'eau mère après calcination à 800**.
Les courbes obtenues avec les autres précipités sont analogues.
On peut en tirer la conclusion suivante : l'oxyde d'uranium X est moins
basique que l'oxyde d'uranium.
SÉANCE DU 19 JUIN ly22.
1629
CHIMIE MINÉRALE. — Sur V adsorption du fer par les précipités de bioxyde
de manganèse. Note (') de M. Max Geloso, présentée par M. H. Le
Chatelier.
Le précipité obtenu en liqueur acide, par Faction du persulfate d'ammo-
niaque sur un sel de manganèse, se présente sous la forme MnO*~*, £ variant
suivant la teneur en fer de la solution (-). Le précipité gélatineux renferme
du fer.
Pour doser le fer ainsi entraîné, on l'a séparé du manganèse par précipi-
tation au moyen du Gupferron (').
Tableau I.
n ■ , ,■ (Mn...
Loncentrations en moi.-nigr par litre. < crutij
Fe
ajouté
restant en solution
à la solution.
(par différence).
adsorbé
0
0
0
0,498
o,o33
0,465
• 0,997
0,129
0,868
i>99
0,77
1 ,22
2,74
ï,39
1,35
3,48
',99
1,49
4,98
3,19
ï,79
7,47
5,35
2,12
12,44
9,74
2,70
24,90
21,27
3,63
45,73
41,07
4,66
9^70
86,01
5,69
123,43
117,40
6,o3
162,76
146,43
6,33
23i ,42
224,46
6,96
302 , I 2
354,75
7,37
5i5,85
5o8,33
7,52
10,695
10
-I
mol.-mgr
i5o,5
10
-3 1
par litre.
Précipité
mai
ganique.
Mn'^
Mn".
(par différence)
0, l32
10,563
0,090
io,6o5
0,072
10,623
o,o5o
10,645
o,o4o
io,65o
o,o35
10,655
0,0275
10, 663
0,020
10,676
0,012
10, 683
o,oo5
10,690
0,002
10,693
(') Séance du i3juin 1922.
(') NicoLARDOT, Geloso et Réglàdb, Comptes rendus., t. 170, 1920, p. 808. Voir aussi
Ann. de Chimie anal.., i5 mars et i5 avril 1922.
(') O. Baudisch, Chem. Zeitg., t. 33, 1909, et t. 35, 191 1.
-CNVv
'M
uJ L 1 S F:
^0^
^^
fe
0
l63o ACADÉMIE DES SCIENCES.
Les deux premières colonnes du Tableau indiquent les concentrations
en Mn" divalent et Mn'^ tétravalent.
On voit que Mn" est déplacé par le fer adsorbé, mais les premières por-
tions de fer adsorbé déplacent des quantités de Mn" relativement beaucoup
plus fortes que les dernières.
Tableau. II.
, ^ j n ' I- ' { ^^ io,6q5 )
Influence de l acidité. < p «> 8/ [ mol. -mgr par litre.
Fe Précipité manganique.
restant au sol
SO*H'. (par différence). adsorbé. Mn". Mn".
o Précipitation de sulfate basique à l'ébuUition
3o,i 1,454 3,83 \
i5o,5 3,444 1,84 /
376,2 4,4i4 .,17 C ^'^^^^ ''*'^^'*
762,5 4,544 0,74 )
1 Précipitation incomplète de manganèse
La quantité de fer adsorbé varie en raison inverse de l'acidité, mais celte
variation ne peut être exprimée sous forme linéaire, elle peut l'être par une
fonction exponentielle.
Tableau III.
SO*IP... i5o,5 ) mol.-mgr
Variation de la concentration de Vadsorhant. ^ ^ y ^r c
Fe 5,284 ) par litre
Fe restant en solution
Mn. (par difl'érence). Fe adsorbé.
2,i4 4,801 o,483
10,69 3,444 1,84
21,39 2,334 2,95
32,08 1,684 3,60
62,78 1,284 4>oo
La quantité de fer adsorbé croît avec l'adsorbant mais n'est pas une fonc-
tion linéaire de celui-ci.
Influence du sulfate d'ammoniaque. — Le sel de fer étant introduit sous
forme d'alun ammoniacal, j'ai étudié l'influence du sulfate d'ammoniaque.
Elle est négligeable.
Solution Solution
additionnée de SO'Am' sans addition
(25s par litre). de sel.
Fer adsorbé.
06,0426 oB,o4o8
08,0430 OK, o4l2
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l63l
Considérations générales sur le phénomène. — Il existe donc un parallé-
lisme étroit entre l'hydrolyse du sel ferrique et son adsorplion.
L'hydrolyse du sulfate ferrique augmente avec la dilution. De même,
avec la diminution de Tacide libre en excès. Les substances (sulfate d'ammo-
niaque) qui n'ont pas ou peu d'influence sur l'hydrolyse sont presque sans
action sur l'adsorption.
Constitution moléculaire du sel adsorbé. — Le fer adsorbé se trouve en
majeure partie à l'état d'hydrate et non de sulfate, la quantité de soufre
décelée à l'analyse, variant avec le nombre de lavages, tandis que la propor-
tion de fer ne change pas. Voici quelques chiffres obtenus sur des précipités
peu lavés :
Fe adsorbé 0»,0459. 0»,0826. 0»,108. 0«,129.
c j . j , . ' •.. \ o,oo3q o,ooq4 0,0121 o,oi64
S. dose dans le précipite { z. Z ^r^ ^
( 0,0025 0,0120 0,0108 0,0161
A chaque nouveau lavage, les précipités perdent de l'acide sulfurique,
mais cet acide peut provenir de l'hydrolyse du sulfate ferrique. En opérant
de même sur le précipité manganique, en l'absence de fer, j'ai trouvé :
„„-,,, ( Mn" 06,002Q
qS, 200 Mn se décomposant en : < ,, ,„ „
^ I Mni^ os,23oi
ç, , , j Après lavages énergiques 0^,0007
1 Après petit nombre de lavages .. . oe,ooi3
CHIMIE ORGANIQUE. — L' action des alcools sur V oL-bromobenzalacétophénone .
Note de MM. Ch. Dcfkaisse et P. Gérald, présentée par M. Ch.
Moureu.
Nous avons établi (') que l'a-bromobenzalacétophénone peut fixer une
molécule d'alcool élhylique pour donner un dérivé saturé :
_L. rsHs OH
G«H5_C0 — GBrnzCH-Cnis ^ > C^H^— CO — CHBr — CH(OC»H«) — C«H^
Ce dérivé perd ensuite HBr sous l'influence des alcalis, en donnant nais-
sance à un composé éthylénique :
C« 11^— GO — Gll Br — CH ( OG^ H- ) - G« IP —X GMl-^- GO — Gll =r (0G= H^) - G" H«
11 y avait lieu de supposer que d'autres alcools pourraient, dans des condi-
tions analogues, donner ces deux réactions, tout comme l'alcool éthylique.
(*) Gii. DuFRAissE et P. Gérald, Comptes rendus^ t, 173, 1921, p. 985.
l63l ACADÉMIE DES SCIENCES.
Cependant Abell ( ' ), malgré de minutieuses expériences, n'avait pas réussi
à obtenir à l'état cristallisé le dérivé éthylénique correspondant à l'alcool
méthylique. Ce fait singulier nous imposait de tenter à notre tour la prépa-
ration, non seulement des dérivés méthoxylés, mais aussi de quelques
homolog-ues. Outre l'intérêt qui s'attache toujours à la solution d'un pro-
blème délicat, ces nouvelles recherches offraient l'avantage de soumettre à
l'épreuve de l'expérience les théories que nous avons émises sur la réaction
de Wislicenus.
Plus heureux que nos devanciers, nous avons réussi avec d'autres alcools
le même couple de réactions qu'avec l'alcool éthylique. Nous croyons
même être en mesure de donner la raison pour laquelle le composé éthoxylé
C«H?— CO — GH = C(OC'H«) — C«Hs
est particulièrement facile à isoler : ce corps a, en effet, un point de fusion
sensiblement plus élevé que ceux de ses homologues, il aura donc plus de
chances, toutes choses égales d'ailleurs, de cristalliser spontanément, sans
amorçage, dans un mélange réactionnel plus ou moins complexe.
Voici le Tableau des composés obtenus :
A. Type SATURÉ : C«H«-CO-CHBr—CH(OR) — C«H«.
Fusion.
I. Chaîne normale. — Composés où R est un groupement :
o o
i*> Méthylique cristaux blancs 76-77
2° Elhjlique » 60-61
3" Propvlique » 95-96
4° Bulylique » 81-82
II. Chaîne ramifiée. — Composé où R est un groupement :
5° Isobutylique cristaux blancs iio-iii
B. Type éthylénique: C^H^— CO — CH = C(0R) — C«H\
Fusion.
I. Chaîne normale. — Composés où R est un groupement :
o o
1° Méthylique cristaux blanchâtres 65-66
2° Éthylique. » 77~78
3° Propylique » 59-60
4° Butylique liquide jaunâtre
II. Chaîne ramifiée. — Composé où R est un groupement :
5° Isobutylique cristaux blanchâtres 55-56
III. Chaîne normale. — Composé où R est un groupement :
6° Propylique secondaire cristaux blanchâtres 49-5o
L'obtention de ces divers composés établit avec certitude le bien-fondé
de l'interprétation que nous avons donnée de la réaction de Wislicenus.
(') Chem. Soc, l. 101, 1912, p. 998.
SÉANCE DU 19 JUIN I922.
l633
CRISTALLOGRAPHIE. — Etude spectrale de la triboluminescence du saccharose.
Note de M. Hk;\ri Longciiambon, présentée par M. F. Wallerant,
Quelques rares expériences ont été faites par divers auteurs pour déter-
miner la composition spectrale de la lumière émise par triboluminescence
et éclaircir ainsi la nature de ce phénomène. Les spectres obtenus, notam-
ment celui émis par le sucre ( ' ), furent trouvés continus.
En reprenant des expériences de ce genre, j'ai pu m'assurer (jue le spectre
émis par ce corps est en réalité nettement discontinu.
Cette détermination a été faite en br isani du sucre, placé dans l'air à la
pression atmosphérique, devant la fente d'un spectrogra[)hc à équipage en
quartz, et ceci d'une façon presque continue durant plu!>ieuis heures.
Comme le montre la reproduction ci-dessous, le spectre obtenu dans ces
conditions est constitué uniquement de bandes très étroites et bien séparées.
I. Spectre du fer.
II. Spectre de triboluminescence du sucre (gr. 3 fois).
III. Spectre d'un tube de Pliicker à azote.
Le cliché original, obtenu après 4 heures 10 minutes de pose et avec une
fente de o"°',5 de largeur environ, montre 23 bandes de longueurs d'ondes
moyennes suivantes :
IJ
,
jj.
V-
V- ^
V-
V-
0
,296
o,3i6
0,337
0,367
o,388
0,414
298
827
35o
37'-
3895
420
3l2
33j
3535
3755
394
427
3i4
334
358
38o5
4oo
C'est-à-dire qu'on retrouve presque toutes les C()n>tituaiit<s du s. cond
{}) J. BuRKE, Rep. Brit. Ass., 1898.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N« 25.)
ij8
l634 ACADÉMIE DES SCIENCES.
pectre positif de bandes de l'azote, et uniquement des éléments, de ce
spectre.
La comparaison avec le spectre d'un tube de Pliicker à azote (et à parois
de verre) obtenu avec le même spectrographe met ceci immédiatement en
évidence.
D'autre part, Teffluve dans l'air à la pression ordinaire donne régulière-
ment le même spectre.
La triboluminescence du sucre serait donc due à une effluve s'eflectuant
dans l'air entre deux particules solides qui viennent d'être séparées brus-
quement et se trouvent chargées électriquement. Cette apparition de
charges électriques n'a rien de bien surprenant étant données les propriétés
pyroélectriques du sucre. Rien ne permet cependant de dire que la tribo-
luminescence du sucre soit un effet de sa pyroélectricité.
Le fait "^que la triboluminescence du sucre est due à une effluve peut être
vérifié en observant l'influence sur l'intensité lumineuse de la pression de
l'air dans lequel ce corps est placé. Dans ce but j'ai brisé du sucre en le
heurtant contre les parois d'un récipient en verre où se faisait un vide
progressif. Entre des limites de pression de l'ordre de 4*"°* et o'^'",! de mer-
cure, la luminosité est notablement plus intense que sous la pression atmo-
sphérique et forme une auréole beaucoup plus large autour du point de
rupture. Elle décroît ensuite et dans un vide très poussé devient beaucoup
plus faible qu'à la pression atmosphérique.
Ces observations confirment donc l'hypothèse émise plus haut.
D'autre part, j'ai eu Toccasion, dans ces dernières expériences, de cons-
tater le phénomène suivant :
Le récipient en verre contenant des cristaux de sucre ayant été violem-
ment agité de façon à produire de fines poussières de sucre, on le laisse au
repos et l'on produit une brusque compression ou décompression de l'air,
tout en restant au-dessous d'une pression de quelques centimètres de
mercure. On observe alors une illumination vive de toute la masse gazeuse
particulièrement intense au voisinage des morceaux de sucre et des régions
de la paroi où se sont déposées des poussières de ce corps, et d'autant plus
intense que la variation de pression est plus brusque. Ce phénomène
paraît dû à une triboluminescence des poussières de sucre qui sont agitées
par les remous du gaz, ce dernier se trouvant sous une pression particu-
lièrement favorable à une émission lumineuse intense par effluve.
On constate de plus que de l'air chargé de ces poussières, dirigé sur un
électroscope, le décharge très rapidement.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l635
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALI'. — Sw^ la j'épaitition des anthocyanidines dans
les organes colorés des plantes. Note de M. St. Jonesco, présentée par
M, Gaston Bonnier.
En 1920, M. O. Rosenheim (') a publié un travail sur les anthocya-
nines. Dans ses recherches l'auteur met en évidence l'existence d'une
anlhocyanidine à l'état liljre dans les feuilles jeunes de Vitis vinifera. 11 a
obtenu ce pigment à Tétat cristallisé, et il en a étudié tous les caractères.-
En 1921, sans avoir connaissance de ce Mémoire, nous avons fait, sur le
même sujet, des recherches qui ont porté sur plusieurs espèces déplantes
et dont nous avons publié les résultats (-). Rappelons que nous avons
trouvé des anthocyanidines, à l'état libre, dans les fruits de Ruscus aculeatus
et de Solanum Dulcamara^ dans les feuilles rouges de Prunus Pissardi ei dans
les fleurs de Papaver et de Pelargonium.
Depuis, nous avons recherché si ce pigment est généralement répandu
dans les organes des plantes colorés en rouge, violet ou bleu. Nous
avons expérimenté sur les feuilles rouges à'' Ampélopsis, les feuilles d'un
rouge violet de Betterave, les tigelles rouges de Sarrasin argenté, les fleurs
violettes de Gladiolus et de Cobœa scandens, les fleurs rouge pourpre de
Canna et d'une variété cultivée de Rose; eniin sur les fleurs bleues de Bleuet
( Centaurea Cyanus) . j 1
En employant la méthode d'extraction par l'alcool' amylique, comme
nous l'avions fait précédemment, nous avons obtenu des résultats qui dif-
fèrent suivant la coloration de chaque organe. Dans ces dernières recherches
nous n'avons trouvé d'anthocyanidines, comme pigment coloré, que dans
les feuilles à' Ampélopsis et dans les tigelles rouges de Sarrasin. Les antho-
cyanidines d\impelopsis présentent, dans l'alcool amylique, une coloration
d'un rouge grenat, et celles des tigelles de Sarrasin une coloration d'un
jvse violacé.
L'extrait acide obtenu avec les autres plantes (Betterave, Gladiolus,
Cobœa, Canna, Rose, Bleuet) a toujours une belle coloration rouge, avec des
nuances violettes qui varient suivant l'espèce. Mais en lavant par l'alcool
amylique ce pigment ne passe qu'en très petite quantité dans l'alcool, et il
(') Otto Rosenheim, Observations on Anthocyanins : I. The Anthocyanins of (lie
young leaves of the grape vine {Riochem. Journ., l. I4, 1920).
(-) Comptes rendus, t. 173, 1921, p. 168 et 426.
l6]6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
en esl relire enlièreracnt par deux lavages successifs avec de Teau sulfurique
à 7 pour loo. L'alcool amylique garde alors une bcUe coloration jaune
intense. '
Cet alcool, coloré en jaune, lavé plusieurs fois avec de l'eau acidifiée et
enfin avec de l'acétate de sodium, conserve toujours celle même coloration
jaune qui ne s'atténue pas par des lavages successifs à l'eau sulfiirique et à
l'acétate de sodium. Donc, il y a, dans l'extrait acide primitif coloré en
rouge violet, un pigment jaune qui est cédé liés facilement à l'alcool
amylique.
Après avoir obtenu par liiti-ation Texlrait acide dont nous venons de
parler, il reste sur le filtre un résidu formé des débris de plantes mélangés
avec du sable et du talc. Si nous traitons ce résidu par l'alcool amylique
comme nous avons fait pour la préparation des antbocyanidines, cet alcool
se colore en r()uge violet. Or, après lavage avec de l'eau sulfurique pour
eidever le pigment ronge, il reste dans l'alcool un pigment jaune qui est
semblable à celui obtenu précédemment avec l'extrait acide, mais d'une
coloration beaucoup plus intense.
Par conséquent, dans les organes étudiés de ces six espèces, il n'existe
pas d'antbocyanidines à l'état libre, comme pigment coloré en rouge. 11 y a,
au contraire, un pigment jaune intense qui semble remplacer les anthocya-
nidines; ce pigment se rencontre, comme elles, à coté du pigment violet
ou bleu (pii colore divers organes.
Si l'on cbauffe avec de Taride cldoihydi ique dilué à 20 pour 100, ce
pigment jaune ne se colore pas en rouge, mais accentue seulement l'inten-
sité de sa coloration. Il ne peut donc être considéré comme une pseudo-
base d'une antbocyanidine, car on sait que ces derniers corps ont la pro-
priété caractéristique de se colorer en rouge dès qu'ils sont chauffés avec un
acide. Pour le moment, nous nous bornons à signaler la présence de ce pig-
ment spécial qui fait partie des corps colorants à l'ensemble desquels on
donne le nom d'antliocyane.
Les organes des plantes dans lesquels on rencontre des pignienls anlho-
cyaniques peuvent donc être divisés en deux catégories.
L Certains organes sont d'un rouge pur caractéristique : fleurs de Pelar-
gonium et de Papaver^ feuilles rouges A'' Amnelopsis^ tigelles rouges de Saj--
rasin. (Nous faisons rentrer dans cette catégorie les feuilles de Prunus Pis-
sardi où. la couleur extérieure est d'un rouge biunâlre à cause de la présence
de la cbloiophylle, mais qui donnent des solutions d'un rouge pur.) Dans
ces organes il existe : i" un pigment antliocy unique rouge; 2" un pigment
SÉANCE DU 19 JUIN I922. 1687
launâlre parfois nuancé d'orange pâle qui est une pseudo-base d'anthocya-
nidine, car cliaufîî avec Facide chlorhydrique il se co'ore en rouge; 3*^ une
anlhocyani'linc, à l'état libre, dont l'existence a été démontrée.
II. D'aiiUvs p'antes (Betterave, Gladiolm, Cobœa, Canna^ Rose, Bleuet)
ont des colorations rouge pourpre, ronge violacé ou des colorations bleues.
Dans les organes étudiés de ces plantes, il n'y a pas d'antbocyanidines
libres, mais seulement un pigment anthocyaniqiie, dont \à coloration
varie suivant clia(jue espèce de plante, et \\w pigment coloré en jaune franc
très intense, qui se dissout dans Talcool amylique comme les aiitbocva-
nidines, mais qui n'est pas une pseudo-base.
En résumé, les anthocyanidines, en tant que pigment coloré et à l'état
libre, n'existent pas clans tous les tissus colorés qui contiennent de l'antho-
cyane. Elles semblent caractéristiques des organes d^un rouge pur, tandis que
l'on trouve à leur place un pigment jaune dans les organes colorés en bleu, en
violet ou dans ceux d'un rouge pourpre^ chez lesquels les anthocyanidines
font complètement défaut.
PHYSIOLOGIE. — Influence de V avitaminose sur la lactation^
Note de MM. E. Wollman et 31. Vagliano, présenlée par M. Roux.
On sait, depuis les recherches de ^P Collum et Simmonds ('), que les
petits rats à la mamelle ne se développent pas lorsque la nourriture de la
mère est privée de vitamines. D'après M*^ Collum et Simmonds, ce résultat
s'expliquerait uniquement par l'absence de vitamines dans le lait, celui-ci
étant, par ailleurs, quantitativement et qualitativement suffisant; ils en ont
conclu que la nourrice est incapable de faire la synthèse des étamines. Il
nous a semljié intéressant d'étudier la question de plus près.
Dans une première expérience un rat blanc femelle, placé sur régime
avitaminé (riz glacé, caséine puriliéc, mélange salin, — le tout stérilisé
à 120°), mettait bas 3 jours plus tard. Les petits furent aussitôt divisés
en deux lots de deux rats chaque. Le lot I ne reçoit que du lait de la mère;
le lot II, en plus, des vitamines A et B (sous forme d'extraits de levure et
de beurre).
La figuru' montre que pendant une première période de 8 jours environ
le développement se fait de façon normale pour les rats des deux lots; puis
(') Amer, Journ. PhysioL, t. ii-G, 1918, p. 275.
l638 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le poids baisse et cela aussi bien pour les petits rats recevant des vitamines
que pour ceux qui en sont privés : au bout de i5 jours il ne reste dans
chaque lot qu'un petit. Ce résultat ne s'explique qu'en admettant soit que
le lait est devenu insuffisant autrement que par manque de vitamines, soit
que les petits à la mamelle sont incapables d'utiliser ces substances sous la
forme inaccoutumée sous laquelle elles leur sont fournies. Or, la figure
montre qu'en ajoutant (en X) du lait avitaminé ( ' ) aux deux lots, la courbe
du lot II se redresse aussitôt et redevient normale : les petits j ats utilisent
donc parfaitement les vitamines qui leur sont fournies. Par contre, le
poids du rat I reste stationnaire et l'animal meurt vers le vingt-cinquième
jour.
^20
n
j
/
\
1
/
u\
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\À
"^
X
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/
^
</
♦t
//
'
/
6 10 IV 18
Temps enjour^
Va 28
Dans une deuxième expérience un rat femelle placé au régime avitaminé
met bas 7 jours plus tard. Les petits rats sont répartis en trois lots recevant
chacun, en plus du lait de la mère, du lait avitaminé. Un des lots(I) reçoit,
en outre, des vitamines A et B.
Pen lant une première période dii 8 jours le développement est normal
pour les trois lots; à partir de ce m )inent il se ralentit beaucoup pour les
lots n et m (ne recevant pas de vitamines). A partir du vingt-quatrième
jour on ajoute de la vitamine A au lot II ^ans que l'allure de la couibe en
soit changée. Au trente-sixième jour les lats du lot III (ne recevant que du
(') Passaij^e d'oKvgèae à chaud (80") peiiilaiil 24 heures el sléiilisalion à 120°.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1689
lait avitaminé) étant morts on ajoute de la vitamine 13 au lot 11 : la courbe
fie croissance se relève aussitôt [jour se ra|)procher de la normale.
Ces résultats montrent que :
1° Conformément aux expériences de M*^ Collum et Simmonds, la nour-
rice est incapable de réaliser la synthèse dos vitamines de croissance;
2° Mise à un régime avitaminé, elle continue à fournir pendant quelque
temps (8 jours environ pour le rat) du lait de qualité et en quantité suffi-
santes pour assurer le développement des petits. Plus tard, la sécrétion
lactée devient insuffisante ; cette insuffisance ne porte pas que sur les vita-
mines, car Tadjonction de celles-ci à ralimentation ne change rien aux
résultats;
3° Les petits rats à la mamelle sont capables, dès les premiers jours de
leur vie, d'utiliser les vitamines d'origine étrangère (sous la forme d'extraits
de levure et de beurre). Ce fait présente un intérêt pratique au point de vue
de l'aliu.entation du nourrisson.
PHYSlOLOGitî. — Sur r auto-immunisation contre les rrs^imes carences.
Note (') de MM. G. Mouriquand et P. Michel (de Lyon), présentée
par M. Widal.
Un certain nombre d'auteurs qui ont reproduit le syndrome d'Eykman
chez le pigeon par Talimentation exclusive aux graines décortiquées ou
stérilisées ont dans certains cas, d'ailleurs assez rares, i-emarqué le phéno-
mène suivant :
Après une période de paralysie plus ou moins affirmée, on assiste (*),
sans que le régime ait été modifié, à une véritable régression des troubles
névritiques. On peut ainsi observer plusieurs rechutes successives avec
guérison apparente de quelques jours entre chacune d'elles. Tout se passe
dans ces cas comme si l'organisme semblait s'immuniser partiellement,
passagèrement, contre l'aliment carence, générateur de troubles nerveux
par avitaminose.
Ces faits n'auraient guère retenu notre attention si nous ne les avions
retrouvés avec plus de fréquence et de netteté dans un autre syndrome de
carence : le scorbut expérimental.
(^) Séance du i3 juin 1922.
(-) Weill et MouurQUAXD. Revue de Médecine, n" 1, 1916: elc.
l64o ACADÉMIE DES SCIENCES.
A ce point de vue, nos recherches nous ont permis de distinguer deux
sortes de scorbut :
Le scorbut aigu (Holst et Frolich), facilement provoqué par une alimen-
tation exclusive aux grains de céréales (orge, 'avoine, etc.), s'arrête excep-
tionnellement dans son évolution. Il ne présente donc pas un moyen favo-
rable pour l'étude des phénomènes envisagés ici.
11 n'en est pas de même du scorbut chronique que nous sommes arrivés à
déterminer presque à coup sûr grâce à une technique plus loin indiquée.
Tous les cobayes atteints de scorbut chronique n'évoluent pas régulière-
ment vers la cachexie et la mort comme ceux atteints de scorbut aigu. La
plupart, après avoir présente des manifestations scorbutiques typiques,
recouvrent un état normal, sans qu'aucun changement ait été apporté à
leur régime qui reste rigoureusement celui qui a déterminé les premières
manifestations scorbutiques.
Tout se passe dans ces cas comme si l'organisme avait acquis une sorte
d'immunité vis-à-vis de l'aliment carence, comme il l'acquiert vis-à-vis de
certaines intoxications ou infections.
Cette immunité est d'ailleurs variable suivant les sujets : dans certains
cas, elle est extrêmement prolongée (plus de ico jours); dans d'autres, on
observe des rechutes successives alternant avec des périodes où tous les
signes locaux disparaissent pendant i5 jours et plus (*). Ces périodes
d'adaptation s'accompagnent parfois même d'une restitutio ad integrum du
squelette, (^ette adaptation peut être telle que la reproduction s'effectue
normalement.
Certaines conditions sont nécessaires pour que puisse s'installer cette
sorte d'auto-immunisation plus ou moins durable de l'organisme contre la
carence alimentaire. Et tout d'abord il faut, comme nous l'avons déjà
indiqué, comme l'a signalé d'autre part H. (iodlewski, que le régime ne
soit que partiellement carence.
Dans le régime du type Hulst et Frolich (avoine seule) non seulement
manque la substance antiscorbutique, mais également certains éléments
indispensables'à la nutrition, bien spécifiés par Mac Colluin : sels minéraux,
lipsoluble, amino-acides, etc. C'est donc un régime à carences multiples
qui entraine une déchéance trop rapide de l'organisme pour qu'il lui soit
posssible d'apporter la moindre résistance à l'aliment nocif.
Si, comme certains auteurs américains, on ajoute du foin au grain de
(•) Société de Biologie^ i8 avril 1921.
SÉANCE DU 19 JUIîs^ 1922. 16/ÎI
céréale (avoine + foin ou orge -f- foin) les niani'cstalions osseuses ne sont
guère retardées mais la déchéance générale est moins rapide et moins
profonde
Mais dans ces cas mêmes on n'observe peu ou pas d'arivtdans l'évolution
du scorbut.
Ce régime ne paraît guère être déficient qu'en substance antiscorbulique.
En ellet si on lui ajoule de 5""' à 10""' de jus de cilron cru, la nutrition et
la croissance des cobayes deviennent normales. Nos animaux à ce régime
ont été sacrifiés au i^So*" jour en pleine santé.
Nous nous sommes demandé si la stérilisation (i heure et demie à 120°)
de ce jus de citron cru n'atténuerait pas son pouvoir antiscoibuii(|ue et ne
permettrait pas d'obtenir, nou plus rapidement mais à longue écliéance, un
syndrome scorbutique chez le cobaye.
Holst et Frolich, et nombre d'auteurs après eux. ont pensé que celle stéri-
lisation n'atténuait que peu ou pas la valeur antiscorbulique du jus de
citron.
Le fait que nous ayons pu provoquer par l'adjonction de 10"°' de jus de
cilron stérilisé au régime foin + orge un scorbut apparaissant vers le
80*" jour ou plus tard semble indiquer que les expériences des auteurs pré-
cités n'ont pas été assez longtemps poursuivies.
Quoi qu'il en soit, la technique signalée ci-dessus permet d'obtenir tardi-
vement chez le cobaye un scorbut à évolution très lente (la [)ériode scorbu-
tique proprement dite a duré dans nos cas de 2 à 8 semaines).
Dans ces cas, la carence ne portait à peu près que sur la substance anti-
scorbutique (les hydrates de carbone, les albumines, les graisses, le liposo-
luble, les sels, la substance anlinévritique étant apportés par les céréales et
le foin).
C'est donc là un type de carence partielle élective permettant longtemps
une nutrition voisine de la normale (le poids de la plupart de nos animaux
a augmenté jusqu'à une période avancée du scorbut) et une auto-immunisa-
tion plus ou moins durable contre l'aliment carence que parait interdire Jes
carences multiples.
Ce type de carence est assez exactement reproduit par certains nourris-
sons mis pendant de longs mois au lait stérilisé et conservé (déficient en
antiscorbutique et contenant par ailleurs toutes les autres substances indis-
pensables).
Ces nourrissons opposent souvent au régime scorbutigène une résistance
qui a pu faire douter de son pouvoir nocif.
l642 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Ils ont eux aussi des périodes de « fléchissement organique » qui peuvent
aboutir au scorbut confirmé, mais aussi se traduire par de simples troubles
de précarence (Weill et Mouriquand) : anémie, troubles osseux, modifica-
tions de la marche qui, dans certains cas, régressent spontanément sans
changement de régime par un phénomène d'auto-immunisation de leur
organisme comparable à celui qui apparaît avec tant de netteté dans le
scorbut chronique expérimental.
L'extension du régime qui survient vers le 9'' mois écarte généralement
toutes manifestations d'une carence qui dans ses formes frustes échappe au
diagnostic du médecin non averti.
Nous ajouterons que chez le cobaye, certaines substances (extrait thyroï-
dien : Société de Biologie^ 20 décembre 1920; certains corps gras : Société
de Biologie^ 22 mai 1922), dans des circonstances que nous cherchons à élu-
cider, semblent s'opposer à ces tentatives d'auto-immunisation et précipiter
l'évolution du scorbut.
PHYSIOLOGIE. — Les a donneurs de sang "i) en niédecine vétérinaire. Note de
MM. L. Paxisset et «ï. Verge, présentée par M. E. Leclainche.
Si l'on met en contact des sangs de même espèce, mais provenant d'orga-
nismes différents, il peut survenir soit l'agglutination, soit la lyse des
hématies. Ces phénomènes ont été particulièrement bien étudiés chez
l'homme pendant la guerre (travaux des auteurs américains ; de Jeanbrau,
de Giraud, en France, etc.).
A la lumière de ces recherches, on a classé tous les hommes en quatre
groupes sanguins (Moss). Nous avons recherché, à notre tour, chez les
équidés et chez les bovidés, s'il fallait opérer une discrinjination dans le
choix des donneurs avant de pratiquer la transfusion du sang. Nous avons
donc essayé de reconnaître si ces actions réciproques d'agglutination et
dliémolyse pouvaient survenir dans les organismes animaux avec la même
fréquence que dans les organismes humains.
I. Choix des donneurs chez les équidés. — Nous avons opéré sur de nom-
breux sérums et de nombreux globules rouges. La récolte du sérum se fait
par les méthodes classiques ; l'obtention des hématies résulte des lavages
et de la cenfrifugation du sang défibriné. Les globules, ramenés au volume
initial du sang, sont dilués alors au vingtième, en sérum physiologique.
Dans des tubes à agglutination, on place 10 gouttes de la dilution
SÉANCE DU 19 JUIN I922. 164 3
d'hémalies du donneur. On ajoute ensuite, selon les tubes, 10, 20 et
3o ^-ouïtes du sérum à essayer, provenant du rrcepteiir. On agite, on laisse
au contact une deiui-lieure et on lit les K'sultats du point de vue de l'agglu-
tination.
Au bout de 2 Iieures de contact, on peut apprécier l'hémolyse. Ces
deux réactions : agglutination et lyse. sont donc faciles à interpréter/^ /v'/z-o.
Ces ph('iiomèncs sont rarement observés chez le cheval et il est impossible
d'esquisser, comme Moss le fit pour l'espèce humaine, un classement des
équidés eu plusieurs gioupes. Les sérums normaux équins agglutinent peu
les globules rouges équins : 21 fois seulement sur 171 essais, et toujours cette
floculation est légère.
Bien plus, un sérum d'âne et un sérum de mulet ne présentèrent que ra-
rement, dans nos expériences, la qualité agglutinante à l'égard des hématies
de cheval (4 lois sur 23 essais). Encore est-il nécessaire d'ajouter que cette
hémoagglutination fut toujours peu marquée.
Il nous apparaît par conséquent à peu près inutile, et une longue expéri-
mentation clinique avait confirmé par avance ces recherches théoriques, de
se préoccuper des actions réciproques d'agglutination et de lyse chez le
cheval et de pratiquer de tels essais avant de transfuser.
Cependant, il est l)on de se méfier lorsque le sujet récepteur a déjà été
transfusé plusieurs fois. Nous possédons au laboratoire un cheval ayant
reçu du sang citrate homologue à maintes reprises. L'étude des pouvoirs
agglutinant et lytique de son séruui à l'égard d'hématies de sujets sains a
mis en évidence des actions manifestes agglutinantes et hémolytiques. Il
semble donc qu'en ces cas, mais en ces cas seulement, la recherche des
épreuves révélatrices soit indiquée; si ces essais sont impossibles, ou tàtera
la sensibilité du récepteur [)ar la méthode de Besredka des injections su-
bintrantes.
11. Choix des donneurs chez les bovidés. — Nous avons appliqué aux
bjvidés les procédés (jui précèdent. Mais, dans cette espèce, aussi bien
entre les individus de même race qu'entre les organismes de races diffé-
rentes, ou observe des manifestations typiques dagglulinalion et cTe IvbC.
Certains séiums agglutinent tous les globules rouges qui leur sont pré-
sentés, même leurs piopres hématies. Ces animaux sont dès lors particu-
lièrement sensibles aux transfusions.
Cette fréquence relative des actions agglutinantes et l>ti(jues chez les
bovidés expliquerait peut-être [)ourquoi les transfusions sanguines sont
parfois si dangereuses ici. Lt les symptômes qui traduisent au dehors l'in-
l64/i ACADÉMIE DES SCIENCES^
toxication de l'organisme transfusé : dyspnée, œdème aigu du poumon,
collapsus cardiaque, hémoglobinuiie..., sont sans doute le fait des poisons
hémolytiques.
Quoi qu'il en soit, sur 36 expériences effectuées en notre laboratoire,
i5 fois — soit environ i fois sur 2 — Tagglutinalion des hématies fut
intense.
Est-ce à dire qu'il faille rejef^r la transfusion du sang citrate chez le
bœuf? Nous ne le croyons pas; d'ailleurs, les obsei\ allons de Dosliens, de
Van Saceghem prouvent que la méthode est souvent inofifensive. Mais, au
moment de prati(|uer l'opération, on ne -sera jamais assuré de sa béni-
gnité; on redoutera toujours une issue fâcheuse chez le récepteur, et le prati-
cien devra être prêt à parer à toute éventualité.
En résumé, les dangers de Tagglutination et de l'hémolyse sont peu à
craindre chez le cheval. Ils apparaissent beaucoup plus redoutables cliez le
bœuf, mois il sera toujours possible de les éviter en pratiquant, avant toute
transfusion, les épreuves simples que nous venons d'indiquer.
PROTOZOOLOGIE. — Gregarina S;enuridis KùlL et son hôte.
Note de M. Jean Delpuy, présentée par M. F. Mesnil.
Cette Grégarineaété décrite et fort bien figurée par Kôlliker en 1848 (')
et n'a jamais été revue depuis, autant que je i-ache (mais j'ai lout lieu de
croire qu'il en est bien ainsi). Elle est cependant extrêmement abondante,
au moins sur les côtes de la Hougue et notamment de l'île Talihou, dans
un Lombricien limicole marin, lui-même 1res abondant. Dans un lot
de i5o individus de ce ver, pris absolument au hasard et r.ipidemenl exa-
mmés, j'en compte au moins 1 1»3 certainement panisités, soit 82 pour 100.
Je m'en tiendrai dans la présente Noie aux observations qui peuvent èlre
faites sur le vivant, soit in situ, soit après dilacéralion sur lame, et qui
permettent déjà de préciser cci tains points.
I. L'hùte, nomnié par Kôlliker « Sœnuris variegnta Holl'm. {Lumbricus
variegatus G. Miill.) », est le Pachydrilus verrucusus C'ap. L'idenlilé parfaite
de divers stades de la Grégariue avec la description et les figures de Kôlliker,
la spécitjcité absolue de ce parasite vis à-vis de son hôte, ne peuvent laisser
aucun doute à cet égard.
(«) Zeitschr.f. wiss. ZooL, I, 1, p. 12-16, lig. 21-28 (pi. II et III).
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. l645
II. il n'est pas exact que le parasite soit confiné aux organes génitaux
mâles des plus grands individus de Thote.
Quel que soit leur âge, tous les Pachydriles verruqucux peuvent être
atteints. Certains d'entre eux ont leur cavité générale bourrée de kystes
presque d'un bout à Tau ire de leur corps. Toutefois, je n'ai jamais observé
de trophozoïtes en avant des organes génitaux; les kystes sont plus rares
dans cette région qu'ailleurs, mais on en peut trouver, quoique rarement,
jusque dans le tritomcrido, à proximité même du cerveau.
in. Dans un lot de Pachydriles parasités, les individus qui présentent
des trophozoïtes forment toujours une très faible minorité.
Comme le supposait justement Kôlliker, on trouve des Grégarines toute
l'année. Il ne p irait pas y avoir d'époque particulièrement favorable à leur
développement. Dans un même ver, toutes les Grégarines sont très géné-
ralement à peu près au même stade. La rareté des trophozoïtes tient
certainement à ce que le parasite en question ne reste que peu de temps en
cet état.
IV. Quand on en trouve, les trophozoïtes sont très souvent en syzygie en
Toutes les figures à la cliambre claire.
A, B, C : X 200 environ; D : x 600 environ.
opposition {fig'. A, A'). Suivant que l'union des deux individus, toujours
de tailles légèrement différentes, est plus ou moins solide, leurs noyaux sont
plus ou moins rapprochés l'un de l'autre. Ce n'est certainement là que la
phase finale de la vie végétative, prélude à la conjugaison, à l'enkystement
et à la sporulation.
l646 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En effet, on trouve, dans des cas favorables, des individus isolés, com-
plètement libres dans la cavité g-énérale {fig. B). Dans ceux-ci, il peut ar-
river, mais il est rare, que le noyau occupe une position centrale; le plus
souvent il est un peu plus près de Fune des extrémités.
Enfin on trouve encore des individus isolés presque complètement libres
dans la cavité g-énérale de Fhôte, mais dont Tune des extrémités, enfoncée
entre les cellules chloragogènes jusqu'au niveau de l'épithélium intestinal,
est fixe. Le noyau est toujours alors plus près de cette extrémité. Quand on
met de tels individus en liberté par dihicéralion, on voit que Textrémilé
proche du noyau est munie d'un véritable épimérite épi- et sarcocytiquc
{fig^ C).
Ces derniers individus, ainsi que les individus accouplés, ne se déforment
pas sensiblement quand ils sont mis en liberté dans l'eau de mer, tandis que
les individus B y subissent une plasmolyse assez rapide. Il arrive assez fré-
quemment qu'en libérant des individus ei r.yzygie, on les sépare ; mais on
n'en trouve jamais de tels in situ.
V. Ainsi donc, la Gregarina Sœnuridis Kôil. passe par un stade
Monocystis, puis par un stade Zygocystis. Dès 1848, effectivement, A.
von Frantzius la rapporta à ce dernier genre, d'autant plus que Kr)lliker
ne l'avait décrite qu'à ce stade et aux stades ultérieuis.
VI. Comme l'a bien démontré Ed. Hesse (1909)0, elle est très diilé-
rente de VUrospora Sœnuridis Ray Lankester, parasite du Tubifex des ruis-
seaux. Ses spores {fig. D) ne sont en effet pas appendiculées et rappeHent,
en plus petit, celles de la Monocystis Michœlseni Edm. liesse.
VII. Il semble bien qu'il puisse y avoir des enkystements solitaires et il
y a certainement des enkystements doubles sans conjugaison, mais ces cas,
surtout le premier, sont en somme assez rares.
VIII. Dans aucun des stades ici envisagés, la Grégarine du Pachydrile
verruqueux n'est animée de mouvements propres.
IX. Les mêmes vers ou des individus qui paraissent indemnes de Gréga-
rines peuvent héberger dans Tintestin V Anoplophrya Pachydrili (Clap.) et
dans le cœlome une nouvelle Anoplophrya que je décrirai très prochainement
sous le nom d'vl. elongata.
(') Cet auteur, qui n'a pas observé \a Zygocystis Sœnuridis, \ni àonne ^our ho\.e
le Lumbricuius variegalus MiilL, trompé par une synonymie illusoire et fallacieuse.
SÉANCE DU 19 JUIN 192 2. 1647
PARÀSITOLOGIE. — Élude de quelques cas simples de parasitisme cyclique
chez les insectes entomophages. Note de M. W.-R. Thompson, présentée
par M. P. Marchai.
Dans des Notes antérieures (' ) je me suis contenté de développer les for-
mules qui représentent à mon sens ce qu'il y a d'essentiel dans le phéno-
mène du parasitisme cvclique. Tl faudra étudier plus lard un certain
nombre de modalités du processus, qui résultent de rintervention de fac-
teurs non encore considérés. Car, par suite de la multiplicité et de lirrégu-
larité dans l'action des facteurs agissant dans la nature, le phénomène du
parasitisme cyclique doit être toujours plus ou moins déformé, quehjuefois
méconnaissable. Cependant, toute étude entreprise sur ce phénomène doit
nécessairement avoir comme point de départ la considération approfondie
des cas les plus simples, où les facteurs essentiels entrent seuls en jeu. 11
paraît logique, en effet, d'admettre que ces cas constituent des moyennes
autour desquelles se produisent les variations que nous constatons dans la
nature. Et s'il en est ainsi, nous aurons plus de chances de faire œuvre
utile, en essayant de comprendre les divers aspects du mouvement idéal,
(|u'en étudiant avec minutie n'importe quel cas spécial s'écartant notable-
ment de la moyenne, bien qu'il puisse se rencontrer plus fréquemment dans
la nature.
Parmi lis conclusions que l'on peut tirer de l'étude des formules, il en est
que la simple réfleclion rendent assez évidentes. J'ai tenu néanmoins à les
justilier en partant d'une base théorique bien définie.
Prenons d'abord les équations qui donnent le nombre d'hôtes et le
nombre de parasites dans la /'*"* génération lorsque /z = le nombre initial
d'hôtes, p = le nombre initial de parasites, A = la puissance reproductrice
de l'hôte par génération, 5 = la puissance reproductrice du parasite par
génération, Is et l/i le nombre total de parasites et d'hôtes produit par
génération, la proportion des sexes étant la même chez l'un et l'autre.
Soit donc
H,= n /i' / — pshf ^_^^ ,
Pi = ps'l.
Mettons n = 1000, p = 10, .y = 3, h = 2, /— 2, nous aurons alors les
valeurs suivantes pour H et P :
(*) Comptes rendus, t. 164, 1917, p. 1201 et i433.
l648 ACADÉMIE DES SCIENCES.
/... 1. 2. 3. 4. 5. 6. ■ 7. 8. 9. 10.
H,.. 4000 7880 i5 4oo 29720 56200 102680 176200 264920 267^00 o
P,.. 60 180 540 1620 4860 i4 58o 43740 i3i 220 398660
Comme le faisait remarquer P. Marchai dans une Note, présentée à la
Société de Biologie en 1(897 ('), où il voyait déjà nettement ce qu'il y a
d'essentiel dans le phénomène du parasitisme cyclique, Tespèce parasite
présente une courbe d'évolution numérique qui lui est propre et qui côtoie
celle de l'hôte pendant la période ascendante; il arrive un moment où la
courbe du parasite rencontre celle de Thôte et il en résulte une chute
brusque verticale des deux courbes confondues qui marquerait l'extermina-
tion de l'hôte entraînant celle du parasite, si l'hôte ne possédait pas une
grande variabilité dans la durée nécessaire au développement de l'individu;
grâce à cette variabilité il y a toujours des réserves échappant, en majeure
partie, à l'action destructive des parasites et permettant à l'espèce de
reprendre sa progression, après être descendue à un tuux numérique très
bas.
Dans un cas de parasitisme cyclique, comme le fait voir l'étude des
chilTres donnés, la présence du parasite n'empêche pas l'hôte de s'accroître;
il devient même de plus en plus nuisible pendant un temps considérable;
puis peut rester en nombre stationnaire, deux générations dans le cas exa-
miné; le maximum d'abondance est alors atteint; mais, à ce moment,
brusquement s'accomplit le résultat du travail parasitaire, l'hôte disparaît
presque complètement; après quoi il peut rester à l'état relativement
inoffensif pendant une longue période, comme on l'a démontré pour cer-
tains insectes nuisibles.
Dans son travail sur l'utilisation des insectes auxiliaires entomophages
P. Marchai fait ressortir aussi cette particularité du phénomène dont il
s'agit en donnant plusieurs exemples saisissants de la disparition d'un
insecte au moment où il a atteint son maximum d'abondance (^).
A l'inverse des méthodes de lutte directe par les moyens mécaniques et
chimiques, qui déterminent chaque année une diminution nette et percep-
tible du nombre de l'insecte nuisible, et apportent au cultivateur un soula-
gement appréciable, mais en général d'effet passager, l'utilisation des para-
sites entomophages peut ne donner aucun résultat évident, pendant un
temps assez long; mais, lorsque son effet se produit, il dépasse tout ce qu'il
(') C. fi. Soc. BioL, 10" série, l. i, a° 4, p. 129 et i3o; Paris, 1897.
(2) Ann. Insl. Nat. Agr., 2" série, vol. 6, pi. Il; Paris, 1907.
SÉANCE DU 19 JUIN 1922. 1649
est possible d'accomplir par les moyens mécaniques et, dans la plupart des
cas, le soulagement déterminé est de longue durée.
Pendant toute cette période d'attente, si la multiplication du parasite
n'empêche pas celle de l'hôte, et ne donne aucun résultat perceptible à
Tobservateur ordinaire, il n'en est pas moins vrai qu'elle a un effet utile en
déterminant un ralentissement dans la multiplication de l'hôte. Ainsi, à
côté des valeurs pour H^ que nous avons obtenues dans la table ci-dessus,
mettons celles de l'équation
qui représente le cas où l'hôte se reproduit librement. Nous avons alors :
H,....
4 000
7880
i5 4oo
29 720
H,....
4 000
8 000
16 000
32 000
<....
6.
7.
8.
9.
H,...
102680
176 200
264 920
267 4oo
H,...
128000
256 000
5i2 000
I 024 000
5.
56 200
64 000
10.
o
2 o48 000
Ceci nous fait voir que dans le cas où la présence du parasite n'empêche
pas l'hôte de progresser en nombre et en activité destructive, elle produit
au moins un léger ralentissement de cette augmentation, ce ralentissement
pouvant à un certain momeni aboutir à l'anéantissement de l'hôte. Il serait
facile de montrer, par la simple élude des équations, que cette affirmation
a une valeur générale.
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Vaccine et néoplasmes.
Note de MM. C. Levaditi et S. Nicglau, présentée par M. Roux.
Il nous a été possible de cultiver le virus vaccinal pur [neurovaccine (')]
dans les néoplasmes épithéliaux du rat et de la souris (^). Cette Note a pour
objet l'exposé de nos résultats concernant les rapports entre ce virus et les
cellules néoplasiques des cancers et des sarcomes expérimentaux.
1° Épithéliome. — Nous nous sommes servis de tumeurs épithéliales du
rat et de la souris, mises aimablement à notre disposition par M. Regaud et
(') Levaditi et Nicolau, Comptes rendus, t. 173, 1921, p.. 870.
(*) Levaditi et Nicolau, Comptes rendus, t. ilk, 1922, p. 778, et C. R. Soc. de
Biol., t. 86, 1922, p. 928.
C. R., 11)12, I" Semestre. (T. 174, N* 25.) I ^9
l65o ACADÉMIE DES SCIENCES.
M"* Ledebt. Lorsqu'on injecte dans un néoplasme bien développé, o*""', 2 à
o"'*',4 d'une émulsion stérile de neurovaccine, on constate, les jours sui-
vants, une augmentation du volume de la tumeur . Excisée du 6* a u
10® jour et inoculée sur la peau d'un lapin neuf, cette tumeur provoque
une éruption vaccinale intense et confluente. Il s'ensuit que le virus vaccinal
se cultive abondamment dans les néoplasmes épithêliaux du rat et de la souris.
. 2** Sarcome. — Il n'en est pas de même du sarcome. La vaccine, inoculée
dans une tumeur sarcomateuse (mêmes espèces animales) y est totalement
détruite, ou bien y végète mal. Chez la souris, le sarcome se montre du
cinquième au dixième jour, stérile ou très faiblement virulent pour le lapin.
Dans la tumeur sarcomateuse du rat, la pullulation du germe est plus
marquée que chez la souris, quoique de beaucoup plus faible que dans
répithéliome de la même espèce animale.
L'épithéliome et le sarcome se comportent donc différemment quant à
leur affinité pour le virus vaccinal : le cancer^ d'origine ecto-en<lodermique^
constitue un excellent milieu de culture, tandis que le sarcome., d^origme méso-
dermique, empêche le développement du germe de la vaccine.
3° Le résultat est le même si, au lieu d'injecter la neurovaccine dans la tumeur, on
'inocule dans la circulation générale d'un rat porteur de néoplasme. Deux rais
carfcéreux. reçoivent la vaccine dans la veine caudale et sont sacrifiés 6 et 8 jours après.
La tumeur, ainsi que certains organes, sont inoculés sur la peau rasée de lapins neufs.
Le testicule et le poumon se montrent l'un stérile. Vautre très pauvre en germes^
tandis que répitliéliome renferme une riche culture vaccinale. Par contre, chez un
rat femelle, porteur d'un volumineux sarcome et injecté de la même manière, l'ovaire
contenait de nombreux éléments vaccinaux^ alors que le néoplasme sarcomateux
en était totalement dépourvu.
Il s'ensuit que, même lorsque la vaccine est ititroduite dans le sang, les
tumeurs d'origine embryonnaire diverse se comportent ditTéremment à
son égard : l'épithéliome l'absorbe, s'en imprègne et facilite sa culture,
alors que le sarcome la détruit, sans pour cela entraver son dévelop-
pement dans l'ovaire du môme animal. Ces données confirment l'affinité
spécifiquedu virus vaccinal pour les cellules ecto-endodermiques et germi-
natives, en état de prolifération karyocinétique intense, contrastant avec
l'affinité nulle de ce virus pour les tissus mésodermiques (Levaditi et
Nit^laur).
4" Dans la plupart des cas (4 fois sur 7 chez la souris, 3 fois sur 3 chez
le rat), le cancer épithélial, inoculé de vaccine, perd définitivement ses
propriétés de greffe. Malgré la présence de cellules néoplasiques vivantes
SÉANCE UU 19 JUIN I922. 1^5 I
(mitoses abondantes), répithéliome, riche en virus, greffé sur plusieurs
animaux neufs (5 à 6), ne se reproduit plus. Le greffon se nécrose et finit
par se résorber. Mais dans d^aulres cas, plus rares, la tumeur réussit a
se développer par greffe. Quelle est alors la sensibilité des greffons a
l'égard du virus vaccinal? L'expérience prouve que les éléments neopla-
siques de ces greffons continuent à être réceptifs ('). Ils n'ont acquis aucune
immunité antivaccinale, et ceci est vrai, non seulement pour les greffes de
seconde et de troisième génération, mais aussi pour les premiers greffons.
Cette persistance de la réceptivité permet d'arrêter les greffes successives
d'un épithéliome, lorsque l'arrêt n'a pu être obtenu d'un seul coup. Nous
avons réussi à réaliser cette stérilisation en faisant agir la vaccine sur les
greffons de la seconde ou de la troisième génération (-).
5oL'épithéliome qui, pendant un certain temps, vit en symbiose avec la vaccine,
finit par se ramollir, se nécroser et s'éliminer. Certains animaux, guéris de leur tumeur,
meurent en général d'infection secondaire. Toutefois, nous avons obtenu dans trois
cas (épithéliome du rat) la guérison définitive, en injectant la vaccine dans la c.rcn-
lation générale, 2 et 1 3 jours après la grefte.
6° Lorsqu'on greffe l'épithéliome à un rat vacciné par la peau contre la
vaccine, la tumeur se développe normalement. L'expérience prouve qu'une
telle tumeur ne tolère plus la culture du virus : ensemencée abondamment,
elle se montre avirulente pour le lapin. Or il n'en est pas de même de ses
greffons • ceux-ci récupèrent vite leur réceptivité. Tout se passe comme si
les éléments nêoplasiques qui se développent dans un organisme immunisé lui
empruntaient ses qualités réfraciaires aussi longtemps qu'ils sont héberges par
lui Sitôt qu'ils changent d'hôte pour donner lieu à de nouvelles générations de
cellules- fdles, l'immunité d'emprunt cesse; les cellules retrouvent leur sensibilité
initiale.
D'autre part, chez le rai, un épithéliome qui, au cours de son évolution, a i^çu
deux injections de vaccine en l'espace de 2^ jours, est encore sensible au même virus
injecté une troisième fois, le trentième jour (culture abondante). Il s'ensuit que dans
un espace de temps largement suffisant pour la création de l'immunité cutanée che^un
animal neuf, le cancer n'a pas acquis d'état réfractaire propre. Ce fait^ rapproche des
précédents, montre que les néoplasmes ont une vie à part assez différente de cette
des tissus de V organisme-hôte. Us sont incapables d^acquérir Vimmanite, comme
le font Vépiderme, la cornée ou le cerveau des animaux neufs.
(>) Certaines de ces greffes peuvent contenir des quantités appréciables de la
vaccine injectée dans la tumeur mère.
(2) L'expérience réussit moins bien avec le sarcome.
l652 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Conclusions. i° L'origine embryologique des néoplasmes domine leur
affinité pour la vaccine : les tumeurs épithéliales ecto-endodermiques permettent
la culture du virus vaccinal, à rencontre des tumeurs sarcomateuses mésoder-
miques qui, elles, détruisent ce virus.
2° La vaccine fait perdre aux cellules néoplasiques épithéliales leur pouvoir
de greffe.
3" Vépithéliome, contaminé par la vaccine.^ subit une excitation néoforma-
tive avant de se ramollir, de se nécroser et de s'éliminer.
4'' La cellule cancéreuse emprunte à V organisme qui V héberge Vétat rèfrac-
taire vaccinal conféré à ce dernier. Elle est cependant incapable de se vacciner
pour son propre compte, ce en quoi elle diffère des éléments cellulaires normaux.
Il s'ensuit que toute cellule qui, pour des raisons encore inconnues., devient
élément néoplasique, acquiert, de par ce fait, des aptitudes nouvelles.
La séance est levée à i6 heures.
A. Lx.
ACADÉMIE DES SCIENCES
SÉANCE DU LUNDI 2(> JUIN 11)22.
PRÉSIDENCE DE M. Émjle BERTIN.
MÉMOIRES ET C0M3IUNICATI0XS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.
M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts adresse
ampliation du Décret, en date du 23 juin ic)2i>, qui porte approbation de
l'élection que l'Académie a faite de M. Cu. Gravier pour occuper, dans
la Section d'Anatomie et Zoologie, la place vacante par le décès de
M. Ramier.
Il est donné lecture de ce Décret.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Charles Gravier prend place
parmi ses Confrères.
M. Maurice d'Ocagne donne lecture d'une notice sur la vie et les travaux
de Jules Carpeiitier, Académicien libre.
CYTOLOGIE. — Recherches sur la structure de la cellule dans les Iris.
Note (') de M. P. -A. Dangeard.
Le cytoplasme de la cellule végétale renferme toujours d'après mes^
observations antérieures trois systèmes d'stincts d'éléments figurés (-) :
i" Le racuome, formé par les métachromes et les vacuoles ordinaires : ce
système donne naissance aux corpuscules métachromatiques, à l'anlhocyane
et aux tanins;
(>) Séance du 19 juin 1922.
(2) P. -A. Dangeard, Sur la distinction du chondriome des auteurs en vacuome,
plastidome et spliérome {Comptes rendus, t. 169, 1919, p. ioo5).
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N» 26.) ^^^
lG54 ACADÉMIE DES SCIENCES.
2° heplasiidome, constitué par rcnsemble des plastes, mitoplastes, amy-
loplaslcs, chloroplastes, etc., dont la fonction est de produire les pigments
chlorophylliens et Tamidon ;
3° Le sphérome, comprenant de nombreux globules d'aspect réfringent :
ce sont les microsomes qui au moins dans certains cas paraissent en relation
avec la production de substances oléagineuses.
Cette distinction était importante, car elle allait à Tencontre d'une
théorie séduisante qui admettait que les diverses sécrétions de la cellule,
corpuscules métachromatiques et amidon, anthocyane et chlorophylle,
huile, tanin et glycogène provenaient d'un seul élément, la mitochondrie ^
susceptible de se transformer en chondriocontes et chondriomites .
Cette théorie est maintenant abandonnée : quelques-uns de ses anciens
partisans essaient encore cependant de conserver la notion du chondriome,
en réunissant sous ce nom les éléments du plastidome et ceux du sphérome
qu'ils désignent indifféremment sous le nom de mitochondries et de chon-
driocontes ; ils invoquent comme prétexte que ces éléments se colorent de la
même façon avec certaines méthodes histologiques dites mitochondriales.
Cette opinion pouvait à la rigueur se soutenir à l'époque encore récente
où l'on ignorait que ces éléments n'ont au cours du développement de la
plante aucune relation d'origine ou de parenté : comme cette indépendance
est maintenant bien établie ('), l'expression de chondriome n'a plus aucun
sens lorsqu'il s'agit de la cellule végétale : à deux formations cellulaires indé-
pendantes, il faut deux noms différents; à deux catégories d'éléments
distincts qui se transmettent parallèlement dans les cellules au même titre
que les noyaux, la désignation commune de mitochondries et de chondrio-
contes, voire de chondriomites ne saurait que perpétuer la confusion sans
profit.
Le genre Iris se prête merveilleusement à une étude d'ensemble du plas-
tidome et du sphérome, ainsi que je vais essayer de le montrer dans cette
Note :
Feuilles adultes. — Prenons une feuille d'Iris germanica par exemple;
enlevons avec la pointe d'un scalpel un lambeau d'épiderme : ce lambeau
emporte presque toujours avec lui une assise intacte des cellules sous-
jacentes du mésophylle. Il nous est loisible alors d'étudier, sur le vivant,
trois sortes de cellules qui présentent des caractères différents : cellules
(') P. -A. Dangeard, Plastidome, vaciioine et sphérome dans Selaginella Kiaussiana
{Comptes rendus, l. 170, ig^o, p. 3oi).
SÉANCE ÛU 26 JUIN 1922. l655
vertes du mésophylle^ cellules épidenniques incolores^ cellules vertes stoma-
tiques.
Dans les cellules vertes du mésophylle^ le plastidome est constitué par de
gros plastes situés d'ordinaire au contact de la membrane : ils sont aplatis
en disques et imprégnés de chlorophylle : ces c/doroplastes, pour la plupart,
montrent, à leur surface, un ou plus rarement deux globules oîéagi-
Fig. I. — Plastidome et spliérome dans les cellules du mésopliylle de la feuille d'Iris gernianha.
neux (fig- i, EV, quelquefois, en pleine p5^ode végétative, ils renferment
de nombreuses granulations oléagineuses.
Dans ces mêmes cellules vertes du mésophylle, le sphérome est formé de
nombreuses sphérules incolores de moyenne réfringence, toutes de même
grosseur {ftg. i, E) : ce sont les rnicrosomes qui, à l'enconlre des plastes, ne
peuvent être caractérisés sur le vivant que par leur forme : ce sont, si Ton
veut, des sphérosomes .
Le cytoplasme des cellules du mésophylle forme sous la membrane une
l656 ACADÉMIE DES SCIENCES.
couche mince qui est reliée à celle qui entoure le noyau par de fins cordons
qui se déplacent et se déforment plus ou moins rapidement : c'est dans ces
cordons que circulent continuellement les microsomes, comme s'ils étaient
emportés par un courant; ces cordons peuvent s'étaler en nappe pour se
reconstituer ensuite sous d'autres formes.
Le transport des chloroplastes d'un point à un autre de la cellule est
beaucoup plus difficile à observer directement : ces éléments n'ont comme
les microsomes qu'un rôle passif, mais leur grosseur est un obstacle à leur
circulation normale à lintérieur des cordons cytoplasmiques : ce sont ces
derniers qui, en se contractant et aussi en changeant de place comme les
pseudopodes d'une amibe, les amènent d'un point à un autre de la cellule :
en réalité, les chloroplastes ne sont pas, comme on Tenseigne parfois, des
éléments phototactiques : ils sont entraînés passivement, par exemple
quand ils semblent quitter une face trop éclairée, pour se réfugier sur une
autre qui l'est moins.
Examinons maintenant les cellules épidermiques : celles-ci sont très
allongées et incolores.
Le plastidome est constitué, dans ces cellules, par des plastes incolores
qui ont fréquemment la forme de rubans plus ou moins contournés : ce
sont au point de vue de la forme des mitoplastes {ftg. 2, E) : ils renferment
de nombreux petits globules oléagineux, ce qui en fait des mitoplastes oléi-
fères. La question de la forme des plastes est d'ailleurs tout à fait secon-
daire car, il en existe, dans les cellules épidermiques, particulièrement à la
base de la feuille et à sa face interne de complètement sphériques qui sont
également bourrés de granulations graisseuses (Jîg. 2, F).
Le sphérome montre de très nombreux microsomes un peu plus petits en
général que ceux des cellules du mésopbylle : ils paraissent aussi plus
réfringents : leur mouvement de circulation à l'intérieur des trabécules ou
des cordons cytoplasmiques est également plus rapide que dans les cellules
du mésopbylle {fig- 2, E, F).
Les cellules slomatiques possèdent des caractères particuliers : elles ren-
ferment des chloroplastes arçjndis, contenant des grains d'amidon : le
sphérome ressemble à celui des autres cellules et montre de nombreux mi-
crosomes.
La distinction des plastes amylifères et des plastes oléifères se fait facile-
ment à l'aide de la solution iodée et de l'acide osmique : il est beaucoup
plus délicat d'établir l'origine des globules d'huile de taille variable qui
existent parfois dans le cytoplasme des feuilles adultes.
En ce qui concerne les cellules du mésopbylle atteintes d'une sorte de
SÉANCE DU 26 JUIN I922. l657
dégénérescence graisseuse, il semble que ces globules se détachent de la
surface des chloroplastes pour émigrer dans le cytoplasme où ils peuvent se
fusionner en corpuscules plus gros. Il en est de mêine pour les cellules épi-
dermiques, avec celte différence que les mitoplastes sont parfois envahis et
déformés par des corpuscules oléagineux, les uns très gros, les autres plus
petits : un plus ou moins grand nombre sont abandonnés dans le cyto-
plasme. L'origine de l'huile est certainement diflerente dans les cellules
Fig. 2. - Plastidome et sphérome dans les cellules épidermiques de la feuille A' Iris gennanica.
stomatiques, car les plastes y renferment toujours de Famidon : à voir
toutes les transitions qui relient ces globules aux microsomes, on pourrait
croire que ce sont ces derniers qui subissent eux-mêmes la dégénérescence
graisseuse. ^ -i "
Cette étude, faite sur la cellule vivante, nous a fourni des détails très
précis sur les éléments qui y sont contenus : complétons par Femploi des
méthodes dites à tort mitochondriales. Depuis longtemps, ainsi que je l'ai
indiqué, j'emploie la méthode de coloration à l'hématoxyhne ferrique après
fixation au liquide de Regaud, ou au liquide de Laguesse. Cette dernière
fixation a mes préférences, car j'ai observé qu'avec le fixateur Regaud, les
éléments du sphérome se déforment fréquemment et se présentent alors
l658 ACADÉMIE DES SCIENCES.
SOUS l'aspect de bâtonnets et même de filaments : ce dernier cas peut se
produire par fixation défectueuse avec une chaînette de plusieurs sphéro-
s.omes au contact : c'est sans doute ce qui explique l'erreur de plusieurs
chondriomistes qui, parmi leurs « mitochondries inactives », ont fréquem-
ment décrit des filaments qu'ils désignent sous le nom de chondriocontes :
en réalité, la forme normale des microsomes est celle d'une boule de billard et
la seule déformation constatée est celle en court bâtonnet.
Dans les préparations fixées avec le liquide de Laguesse et colorées par
l'hématoxyline ferrique, les plastes et les microsomes se voient avec une
netteté admirable, par le fait même que les uns et les autres sont colorés en
noir intense sur le fond incolore du cytoplasme {fig. i, F) : ces éléments
partagent donc, avec le noyau, un pouvoir électif considérable. On admet,
en histologie, que cette propriété élective est due à la présence d'une subs-
tance particulière, la chromatine, qui jouerait un grand rùle dans la cellule;
mais, tandis que la chromatine du noyau et des plastes. tantôt s'accumule,
tantôt disparaît plus ou moins, il semble qu'elle reste toujours extrêmement
abondante dans les microsomes qui sont à cet égard de véritables chromati-
nosomes permanents. La fonction des microsomes, encore inconnue, me
semble liée à un échange réciproque de chromatine avec le cytoplasme,
s'effectuant, grâce à la circulation active de ces éléments, dans l'ensemble
de la tîellule; je pense aussi que, dans certains cas, ces éléments peuvent
subir une dégénérescence graisseuse.
Feuilles jeunes. — L'étude des jeunes feuilles présente un grand intérêt
au point de vue du métabolisme cellulaire : j'ai pu en examiner un grand
nombre depuis la longueur de i'""" jusqu'à celle de lo'"" environ.
Dans les cellules épidermiques de toutes ces feuilles, on ne rencontre
jamais d'amidon et les plastes deviennent de bonne heure oléifères
{fig. 2, B) : ils contiennent de petites gouttelettes oléagineuses; on les
distingue alors facilement des microsomes : ils sont fréquemment groupés
autour du noyau, mais se dispersent vile d'une façon irrégulière dans la
cellule; dans des feuilles qui n'ont encore que 2'"™ à 5'°'". certaines cellules
ne renferment que des plastes filamenteux ou mitoplastes {fîg. 2, D);
d'autres cellules ne contiennent que des plastes arrondis ou sphéroplastes
( fig. 2, C); dans quelques-unes, mitoplastes q\. sphéroplastes sont mélangés.
Les microsomes présentent dans Tépiderme de ces jeunes feuilles leurs
caractères ordinaires : leur déplacemennt à Tintérieur du cytoplasme peut
R.observer de très bonne heure.
La distinction des plastes et des microsomes au sommet des jeunes
SÉANCE DU li6 JUIX in'22. 1669
feuilles présente parfois sur le vivant une réelle difficulti', paice que les
plastes ont encore une structure homogène comme les microsornes : on '
arrive cependant à reconnaître les plastes à leur taille un peu plus grande
{fig. 2, A) : partout ailleur?, aucune confusion nVsl possible, car les
plastes deviennent granuleux et oléifcres; après fixation et coloration, celte
difficulté n'existe plus au môme degré.
L'évolution des plastes dans les cellules du mesophylle est plus compli-
quée : dans les feuilles de 1°'°', la plupart sont homogènes tout au moins
vers le sommet {fig- i, A) : mais, vers la base, on rencontre presque
toujours déjà une zone amylifère : l'amidon apparaît ensuite dans la partie
subapicale : dans les feuilles de 2°^'° à 3"'"\ il existe en général de nom-
breux amA,loplastes vers le sommet et vers la base de la feuille; sur les
feuilles de i*™ les amyloplastes sont nombreux partout : chaque cellule en
renferme 40 à Go entourant le noyau ( fig. i , B j.
Sur les feuilles de i*"™ à lo*^"', on assiste à la disparition progrcssi\e de
l'amidon dans les cellules du mesophylle : les aujyloplastes persistent
seulement vers la base : sur une feuille de S*"" à mi-hauteur, on peut ren-
contrer des cellules ayant 60 ou 80 plastes encore remplis d'amidon en gra-
nules, mais présentant déjà une teinte verdâtre : au même niveau, sur une
feuille de 8*^™, on voit ces plastes encore group;''S autour du noyau qui ne
possèdent plus d'amidon {fig. i, C), mais dont la teinte jaune verdâtre est
plus accentuée : vers le sommet de cette même feuille, les cellules du meso-
phylle contiennent des chloroplastes ordinaiies aplatis, disposés sous la
membrane (/%.. i, D) : sur des feuilles de 10'™ on peut constater que ces
chloroplastes, comme dans les feuilles adultes, ont déjà, à leur surface, un
ou deux corpuscules oh-agineux {fig. i, E).
BOTANIQUE, — Sur l'hérédité acquise. Note de M. J. Cosiaxii.v.
Quelques conséc|uences découlent d'une des plus remarquables concep-
tions de Noél Bernard qu'une recherche récente vient de confirmer (') :
dans les espèces vivaces, l'association avec les champignons souterrains
produit une symbiose durable et stable ; chez les espèces annuelles, au
contraire, le consortium ne s'établit pas et les filaments fungiques qui
pénètrent dans le système radical sont phagocytés. Or on sait depuis
longtemps que le caractère de pérennité chez une plante herbacée résulte
(') -Magucu, Svinbiosi et tttbérisalio:i {A/i/i. se. nat. Bot., lo*" série, l. 3, if)"^!)-
l66o ACADÉMIE DES SCIENCES.
de l'action des climats froids, alpins ou septentrionaux, on doit donc penser
qu'ils agissent favorablement pour l'établissement d'une symbiose solide et
permanente.
On sait que s'il y a Go pour loo de plantes annuelles et bisannuelles
entre 200"^ et 600™ d'altitude, il n'y a que 6 pour 100 au-dessus de 1800'"
et G pour 100 dans le domaine arctique. Ces résultats sont confirmés par
les variations de la même espèce [Poaannua, Linaria alpina, etc. (*)].
La découverte du dimorphisme saisonnier faite par Wettstein complète
heureusement ces données pour les petites espèces précoces et tardives (^)
qui gardent leurs caractères par des semis successifs à Prague. Il a montré,
en même temps, que les types précoces avaient une tige simple ou peu
ramifiée; la ramification de la tige était, au contraire, un caractère des
formes tardives. Or des différences tout à fait semblables ont été constatées
expérimentalement à l'aide des mycorhizes dans les deux séries suivantes :
Solarium tuberosum à tubercule normal, Orobus tuberosum, Mercurialis
perennis^ Loroglossum et Orc/iis normaux d'une part et Solamim tuberosum
sans tubercule (dégénéré), Orobus coccineus^ Mercurialis annua (iMagrou),
Loroglossum et Orchis ramifiés (Fabrc et Bernard) d'autre part. Il y a donc
parallélisme entre les types précoces et les types à symbiose stable. Mais le
caractère précoce est certainement lié au climat alpin ou septentrional;
cela apparaît nettement dans les cas de trimorphisme saisonnier étudiés par
Murbeck(^). Ces données confirment donc bien ce qui a été énoncé plus
haut.
On est amené à appliquer ces remarques à la Pomme de terre cultivée qui,
par suite du mode de multiplication, a perdu ses mycorhizes que possédait
le type sauvage dont elle a pu dériver (Solanum Maglia) ( '). Or, c'est sur
les hauts ])latcaux des Andes que la Pomme de terre était cultivée avant la
découverte de l'Amérique; c'est donc bien une espèce montagnarde (vivant
presque jusqu'à 4000""). Ce caractère alpestre se manifeste par la dégéné-
(^) Bonnier a donné d'ailleurs à ces premiers résultats une ampleur extraordinaire,
après trente-cinq ans d'expérimentation dans les Alpes {Comptes rendus, t. 170,
1920, p. i356).
(^) Euphrasia montana Jordan, précoce; F. Rostkoviana Hayne, tardif.
(^) Gentiana campestris, espèce de Linnée détriplée en : hallica annuel; saesica
précoce, localisé dans la presqu'île Scandinave; germaniœ des plaines de l'Europe
centrale (ces deux dernières formes étant bisannuelles).
(*) M"^^ NoUl Bernard et Magrou (/t/i«. se. nal. Bot., (f série, t. IV, p. 202).
SÉANCE DU 2b JUIN I922. 1661
rescenoe eq Algéri.e (,',), et sous Tcquateur la culture. n'est possible qu'aux
très hautes altitudes (- ). Il découle de ces constatations que, pour maintenir
cette plante dans la direction évolutive produite dans Tespèce primitive par
les champignons des racines, il faut la cultiver dans les pays froids, à haute
altitude ou latitude élevée. Dans ces conditions, la force héréditaire
acquise l'emportera ('). A Alger, climat beaucoup trop chaud, la dégéné-
rescence pourra atteindre 60 pour 100 [pour la variété Up to date (^)]. Les
caractères héréditaires se maintiennent intacts si la plante est placée dans
les conditions climatériques qu'elle exige et qui 0})èrent dans le même sens
que les mycorhizes : c'est pour cela que la Pomme de terre continue à tubé-
riser, bien que sans champignons (puisqu'on la propage par tubercules
indemnes de toute espèce symbiotique et qu'on l'ensemence dans un terrain
quelconque). On peut donc en conclure que si les Solanum tuberosum cul-
tivés continuent à donner des Pommes de terre ce n'est pas grâce à l'art du
sélectionneur, c'est tout simplement par Teffet du climat septentrional (^)
dont l'action est parallèle à celle de Vhèrèdilè acquise. Il y a là une hypothèse
de travail qui pourra probablement intéresser les praticiens, non seulement
dans les pays septentrionaux, mais surtout dans les régions tropicales [sereh
de la Canne à sucre, nécrose libérienne du Caféier ('), frisure du Tabac ( ')].
(') CosTANTiN et Gérôme, Bull. Mas. Jlist. nat.., i9'8> P- 542; 1919, p. i.
(-) Gapus et Bois, Produits coloniaux^ p. io5.
(^) Ceci s'accorde avec le fait noté par Viichling {Bot. Zeit., t. 00, 1902), que le
froid fa\orise la tubérisation, résultat en harmonie a\ ec celui annoncé par Livingston
{Bot. Gaz., t. 20 et 22, 1900, 190.5), qu'un abaissement de température agit comme
une élévation de la concentration osmotique, déterminant l'apparition de formes pal-
melloïdes au lieu de formes filamenteuses {Stigcocloniuni).
{'*) Or celte variété écossaise a pu être cultivée et maintenue sans changement pen-
dant vingt-cinq ans sur les hautes terres d'Ecosse, sans dégénérescence : Cotton {Soc.
path. vég. France^ 1922, p. 85; Congrès de la Pomme de terre., Londres, no-
vembre 1921). Le cliifiVe de 60 pour 100 se rapporte à la dégénérescence totale (il y
a, en plus, la dégénérescence partielle, petits tubercules).
(^) On a remarqué depuis longtemps [Anderson (1-88), Chaucey (1794),
Pryce (1796), Sutton (1906) , iMacoun (1918) au Canada, Martinet en Suisse, Cot-
ton (1922) en Ecosse] que les milieux, froids, les districts élevés de la montagne,
étaient meilleurs pour la I^omme de terre. Le cas exceptionnel des Hautes-Pyrénées
[Picot de Lapeyrousse (1895), Ducomet (1922)] paraît devoir s'expliquer par l'in-
lluence d'une basse latitude [Dl'comet {Journ. Soc. /tort., 4" série, t. 22, p. 255; Soc.
palli. cégét. France, '9^^» P- 3'^)]-
('■) Stahel Gekold, Bull. 40, Départ, agric., Surinam, mars 1920; Agricult.
Nesvs, 192 1 , p. 126.
(■) TniLLAKD, Agr. Coloniale.^ d" série, 1921, p. 194.
l662 ACADÉMIE DES SCIENCES.
On voit, par ce qui vient d'être exposé, que le caractère cnigmalique et
mystérieux de l'hérédité acquise disparaît, dans le cas envisagé, puisque,
après la suppression de la cause initiale qui a déclenche la variation, on voit
se substituer à elle un autre facteur qui la remplace et produit le même
effet.
MÉDECINE. — Sur la Vaccination préopératoire.
Note de MM. Pierre et Louis Bazy.
Les opérations que l'on pratique sur des organes ou des régions infecté?,
même quand elles sont purement libératrices et ne consistent qu'en des
débridements, peuvent donner lieu à des accidents sérieux, peuvent même
déclencher des phénomènes de la plus haute gravité, analogues à ceux de
l'anaphylaxie mortelle, si bien étudiés et décrits par M. Ch. Richet.
Ces accidents étaient bien connus des anciens et attribués par eux à l'ou-
verture par l'instrument tranchant de nouvelles bouches pour l'absorption
de produits septiques. Aussi avaient-ils proposé de remplacer l'instrument
tranchant par le fer rouge qui, tout en faisant les incisions nécessaires, fer-
mait toute bouche, toute surface absorbante.
Il serait intéressant de prévoir quels sont les cas qui peuvent donner lieu
à ces phénomènes anaphylactoïdes.
Si, dans une région qui a été le siège d'une infection et qui semble
refroidie, on peut, grâce à V intra-dermo -ré action imaginée par Tun de
nous ('), savoir si une infection est ou non en activité, dans d'autres cas
où l'infection existe, on ne peut pas à l'avance savoir si cette infection
latente ne se réveillera pas et si ce réveil ne sera pas foudroyant.
Les nombreuses blessures de la guerre ont montré que ce danger existait
très réel et malheureusement très fréquent. Aussi s'est-on efforcé, et l'un de
nous y a contribué pour sa part (-), de parer à ces dangers et de les pic-
venir par l'injection préventive de sérums antiinfectieux et notamment du
sérum de Leclainche et Vallée qui a donné de si beaux résultats.
Or ces résultats peuvent et doivent être obtenus dans la pratique civile,
où heureusement on a moins fréquemment l'occasion de les rechercher,
mais où il faut néanmoins transporter les méthodes de la chirurgie de
(') Louis Bazv, Valeur diagnostique et pronostique de la bactériolhérapie dans
les infections chirurgicales des viscères abdominaux, ^appendicite en particulier
{Soc. de C/iir., 12 mars 1919, p. 4^8).
(■^) Louis Bazv, Le sérum de Leclainche et ] allée dans la pré\'ention désinfec-
tions post-opératoires {Soc. di i'hir., 21 mars J917, p. 8o3 el 28 mars 1917, p. 824).
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1 G'j^^
guerre. On ne peut en effet resLer indifférent et n'être pas fortement rmii
de voir, à la suite dune simple incision, d'un simple déhridement de
phlegmon diffus périurélral, éclater des accidents rapidement mortels,
analogues, ainsi que je Tai déjà dit, à ceux de certains états anaphylac-
tiques parmi les plus graves.
La sérothérapie préventive doit donc être appliquée aux cas urgents, à
ceux où Fintervention ne souffre pas de délai; mais dans ceux où l'inter-
vention peut être différée, il y a avantage à remplacer la sérothérapie pré-
ventive par V auto-vaccination préventne, grâce à quoi l'organisme fabrique
lui-raême les moyens de défense strictement spécifiques contre les infections
diverses dont les effets sont temporairement annihilés par les conditions
mêmes de leur localisation, mais qui peuvent l'assaillir au moment où, })ar
une intervention chirurgicale, on leur ouvrira des portes, des voies
d'absorption.
Les affections des voies urinaires réalisent ces conditions très fréquem-
ment : les infections sont localisées dans le bassinet, dans la vessie, dans
l'urètre dont la muqueuse, tant qu'elle n'est pas traumatisée, oppose à
l'invasion microbienne une l)arrière longtemps efficace mais néanmoins pas
complète, ni absolue. De plus, on peut, plus facilement que dans les plaies
anfractueuses, connaître les microl)es variés qui contribuent à l'infection.
Mais, si ces infections urinaires restent longtemps localisées et sont, en
apparence, inoffensives, elles n"en sont pas moins dangereuses le jour où
Ion change les conditions de leur existence et de leur évolution. C'est pour
éviter ces dangers éventuels et qu'on peut même dire probables que nous
avons pensé à faire l'auto-vaccination de ces sujets infectés.
Ainsi donc, dans ces cas d'infection plus ou moins étendues ou localisées
de l'appareil urinaire, où une intervention était nécessitée par ces lésions
compliquées ou non de corps étrangers tels que calculs, nous avons eu
ridée, après avoir reconnu le ou les microbes infectant les voies urinaires.
de pratiquer une auto-vaccination préopératoire .
Nous avons fait préparer des auto-vaccins soit simples, soit composés,
suivant qu'on se trouvait en présence d'un seul ou de plusieurs microbes et
les avons injectés à nos malades à la dose progressivement croissante de
200 millions à i, 3, 5, 7, 10 milliards.
Or ces malades ont retiré un bénéfice rapide de ces injections, lutine
s'améliorant, les microbes diminuant de quantité ou même disparaissant,
l'état général se remontant rapidement, la sensation de bien-être, l'appétit
et. les forces renaissant : ce qui prouve que l'infection, quoique atténuée,
l6G4 ACADÉMIE DES SCIENCES.
existait bien réellement. Puis les opérations que nous ayons dû pratiquer,
lithotritie, taille, opérations dites de prostatectomies, etc., se sont com-
portées comme si nous avions opéré dans un milieu rigoureusement asep-
tique, la guérison étant survenue dans un délai minimum, 12, il\, 1 5 jours.
Quel que soit, en effet, le soin que Ton mette à éviter la contamination
des tissus incisés par Furine microbienne, on ne le peut littéralement pas
dans certains cas; dans d'autres, elle est très difficile; de plus, si l'on
réfléchit que dans les régions où l'on opère, les moyens de défense des tissus
contaminés sont très faibles, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la sim-
plicité avec laquelle s'opère la guérison. La réunion par première intention
dans certains cas, la réunion secondaire, dans les cas qui ne comportent pas
la réunion primitive, s'opère dans des conditions de rapidité qui excluent
toute idée d'infection, ou du moins les réunions des tissus incisés se font
comme si l'infection n'existait pas, comme si l'action des microbes était
annihilée.
NOMOGRAPHIE. — Sur les nomo grammes à transparent orienté.
ÎNote de M. Maurice d'Ocagne.
Le grand intérêt des iiomogrammes de M. W. Margoulis, récemment
présentés à l'Académie, réside dans le fait que, sans dissociation, par suite
sans introduction de systèmes ramifiés, et sans introduction non plus de
systèmes surabondants relatifs aux variables qui entrent dans l'équation
donnée, ils permettent, pour certaines équations d'une forme se rencon-
trant assez souvent dans les applications, d'atteindre jusqu'au nombre de
neuf variables, alors que, comme on sait, ce nombre limite, dans les mêmes
conditions (c'est-à-dire sans dissociation ni systèmes surabondants), est de
trois pour les nomogrammes à hgnes concourantes et de six pour ceux à
points alignés. Cette circonstance a l'immense avantage de permettre
(comme je l'ai fait voir pour certains nomogrammes à points alignés com-
parés à d'autres comportant nécessairement pour les mêmes équations des
systèmes surabondants) de suivre à vue les variations des solutions pour
certaines variations des données et d'obtenir, en conséquence, également à
vue, certains maxima ou minima dont la connaissance importe grandement
en pratique et qui ne sauraient être déterminés analytiquement qu'au prix
de calculs fort compliqués. C'est ce qui a permis à M. Margoulis de
traiter nomographiquement, d'une façon si remarquable, certaines équa-
SÉANCE DU 26 JUL\ 1922. lC65
lions fondamentales de la mécanique de l'aviation, qui, pour la raison que
je viens de dire, eussent échappé aux méthodes de l'usage courant.
Lidée même de recourir à des transparents orientés munis de systèmes
cotés s'est déjà présentée à divers auteurs, mais dans des cas particuliers
beaucoup plus simples. Je citerai le capitaine Batailler (tué pendant la der-
nière guerre), (jui, il y a une quinzaine d'années, a donné une série de
nomogrammes de ce genre pour les formules balistiques de Siacci (') et le
professeur Mehmke dont les nomogrammes à images logarithmiques pour
la résolution de certaines équations algébriques d'ordre supérieur, rentrent
aussi dans ce type (-). Mais nul n'avait abordé avant M. Margoulis
l'adaptation de ce genre de nomogramme à des équations de forme plus
compliquée.
Ces nomogrammes appartiennent à la catégorie de ceux comportant,
d'une manière générale, un plan mobile à deux degrés de liberté, auxquels
est consacrée, dans la deuxième édition de mon Traité (p. l\io), la Sec-
tion II B du Chapitre VI.
Il peut n'être pas sans intérêt de faire voir a posteriori ici comment ils se
rattachent à la théorie morphologique générale qui m^a permis, comme on
sait, de prévoir et de classer d'avance tous les types possibles de nomo-
grammes, envisagés sous le rapport de leur structure.
Le plan fixe II et le plan mobile H' (transparent) que comporte le nomo-
gramme étant rapportés respectivement aux axes rectangulaires O.r et O v,
d'une part, O' x' et O'j', de l'autre, il suffît de prendre, comme inter-
venant dans le contact entre éléments constants, le point xl à l'infini sur
O' x' ^ et l'axe Ox, pour que le type (6.) de ma dernière classification ( ')
fournisse /é: (ry^e le plus général de nomogramme à transparent orienté. Le
plus souvent, d'ailleurs, dans les occasions oùce type trouve à être employé,
l'un des éléments intervenant dans chacun des trois autres contacts se
réduit à un point. Un tel contact est dit ponctuel.
Le nombre des cotes attachées à un élément, ligne ou point, appartenant
à un système quelconque, pouvant être indéfiniment accru par le moyen
des systèmes ramifiés (^), c'est-à-dire, en somme, au moyen de certaines
(') Cités dans mon Calcul graplivjiie et Noinographie ( i""'' éd., p. 36o ; 2"= éd.,
p. 364).
(^) Traité de Noinographie (1''' éd., p. 385; 2" éd., p. !\'io). On renconlie encore
un transparent orienté dans quelques exemples isolés comme le tokomèlre de
M. Kraïtcliik destiné à certains calculs iinanciers.
(^) Traité de ISomographie, 2^ édition, p. 488.
(*) Jbid.. p. i33.
l666 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dissociations, nous nous contenterons ici de considérer les systèmes les
plus généraux cotés sans l'intermédiaire d'aucune ramification, soit à une
cote pour les lignes et à deux pour les points.
Faisons encore la remarque que, lorsque les plans II et H' ont une orien-
tation fixe l'un par rapport à l'autre, on peut, à une symétrie près par rap-
port aux origines respectives O et 0', permuter, de l'un à l'autre plan, deux
systèmes mis en contact. Cela tient tout simplement à ce que si, pour une
certaine position relative, le point (œ, y) de II coïncide avec le point Çx' , y')
de II', il en est de même des points ( — x', —y' ) de II et (— x, — y) de II'.
Cette remarque permet, sans que cela nuise à la généralité, de supposer que
les points intervenant dans chacun des trois contacts appartiennent tous au
môme plan, II' par exemple.
Cela dit, appelons P'^^, P.,,, Pj^ les points à deux cotes envisagés sur II',
respectivement définis parles réseaux (s,, z.,), (^3, 3^), (z^, z^^)-^ les coor-
données de ces points P', seront données par des formules telles que
De même, soient L-, L^, l.g les lignes à une cote tracées sur II. Chacune
d'elles, L„, sera définie, en fonction de sa cote r,^, par une équation telle
(|ue
J n{^ > y^ ^n ) ^^ O.
Dans ces conditions, la notation symbolique du nomogramme étant,
suivant nos ordinaires conventions ('),
<-o.r, P',,-L„ p;,-L„ p;e-u,
on voit que si a et (^ sont les coordonnées de O' par rapport à Ox et Or les
trois derniers contacts s'expriment par
(/7(/l2+a, gv2 + ^, Z-,) = 0,
(0 ■ /s (/s; + a, .^34 + 13. -^8) = O,
Il suffît d'éliminer les paramètres a et [^ entre ces trois équations pour
avoir l'équation à neuf variables, de z^ k z,^^ représentée par cette méthode,
sans dissociation ni systèmes surabondants.
On ne saurait, dans le cas général, expliciter le type de cette équation.
Il faut, pour cela, que deux des trois équations (1) aient une forme particu-
lière qui permette d'en tirer a et p; c'est ce qui a lieu dans le cas (qui semble
(') Traité de ISomogrophie, 2« édition, p. 432.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1667
être celui qui s'est le plus fréquemment offert à M. Margoulis) où les deu.v
premiers contacts cotés se rédui>ent à une coïncidence de deux points (').
Ce cas se produit lorsque les systèmes de points P',^ et P,^ se réduisent k
un seul, auquel cas un point de ce système unique est mis en coïncidence
avec le point P^g du réseau formé par les faisceaux L^ et L^. Dans ces condi-
tions, les variables z^ et z,, disparaissant, on peut, pour plus de régularité,
effectuer le changement de notation consistant à substituer les indices
3, 4? 7 aux indices 7, 8, 9 ci-dessus. Dès lors, la uolalion symbolique du
nomogramme devenant
<-oa;, p;,aP.;, p;o-L„
les contacts entre éléments cotés s'expriment simplement par
(f 1-2= Ai — oc,
(2) ■ j ^-,2=^34— S,
et l'élimination de a et [^ entre ces équations peut s'expliciter sous la forme
Une telle équation ne serait, on le voit, représentable par entre-croise-
ment que par introduction de systèmes ramifiés correspondant aux fonc-
tions — /, 2+/3i H-/o6 6t — o-,^ -I- ^3,, 4- ^5,., chacun d'eux étant équivalent
à une dissociation en cinq équations, grâce à l'introduction de quatre
variables auxiliaires auxquelles correspondent autant de systèmes de
liaison. De plus, une telle dissociation introduirait un système surabondant
pour chacune des six premières variables, ce qui rendrait le nomogramme
absolument inutilisable.
Tout nomogramme à transparent orienté et à contacts ponctuels pourra
se déduire du type général se traduisant par les équations (i) ci-dessus
moyennant, au besoin, le remplacement de certaines des variables qui y
interviennent par des constantes et la particularisation des supports de cer-
taines des échelles. C'est ainsi, par exemple, que Ton retombe sur le type
des nomogrammes du capitaine Batailler, rappelés au début de cette Note,
lorsqu'on remplace par des constantes les cinq variables z-.,, z,,, z^, c-, z^, et
que l'on prend pour supports des échelles (:^i), (^3) et (^j), les axes O'jc',
O'y' et une droite également inclinée sur ces axes, et pour éléments
(') Traité de i\omographie^ 2*= édition, p. 434, Rem. II.
fi = o,
/si = o,
h = k.
/sG^y.,
ë"'^ ^T>
é'si^ys)
^8=<>,
^36= C— /s,
1668 ACADÉMIE DES SCIENCES.
constants en contact avec (:;,) et (:?3), les axes Oj^etOy. Pour réaliser
toutes ces conditions, qui font ranger le nomogramme dans la classe (^o),
il suffit de faire, dans les équations (i),
c étant une constante.
Cela réduit ces équations à
/, + a = o,
F(/ô+c', c— /, + ,3, 59) = 0,
et, par suite, le résultat de l'élimination des paramètres a et [51 à
r'(/.— /h C-/5-/3, r9) = o,
ou, en changeant les indices,
Dans les nomogrammes à points alignés, le transparent, sur lequel peut
être tracé l'index rectiligne servant à la lecture, change d'orientation en
même temps que de position. Ces nomogrammes ne se rattachent donc pas
directement à ceux que nous envisageons ici. On ne peut arriver, par voie
indirecte, à effectuer ce rattachement qu'en se donnant la possibilité de
réaliser, au moyen d'un transparent d'orientation fixe, un alignement de
direction quelconque, ce qui ne peut avoir lieu que si l'on dote le plan II'
d'un faisceau de droites D' rayonnant à partir d'un point quelconque, O'par
exemple, ce point O' devant être mis en coïncidence avec un des points
cotés du plan II. Encore convient-il d'observer qu'en général l'alignement
servant à la lecture ne sera déterminé dans ce cas que par une interpolation
à vue à travers le faisceau rayonnant au lieu d'être effectivement réalisé par
un index comme dans le procédé normal.
On aperçoit d'ailleurs immédiatement qu'au point de vue morphologique
les deux variantes appartiennent à des types distincts.
La variante à faisceau rayonnant de droites D' se dénote, en effet ('),
si O' est mis en coïncidence avec le point (^, , z.,^^
( ') Ibid., p. 43o.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1669
qui appartient au type (52)de la classification générale, alors que le pur
nomogramme à points alignés rentre dans le type (3,).
Aux nomogrammes à transparent orienté ne possédant qu'un degré de
liberté, que constituent les règles à calcul considérées sous leur forme la
plus générale, M. Margouiis \ient d'en ajouter une nouvelle classe, non
moins importante pour les applications, avec transparent orienté à deux
degrés de liberté.
Il resterait maintenant à découvrir des cas où l'on put pratiquement
recourir à des systèmes mobiles au troisième degré de liberté. Théorique-
ment, ils sont prévus d'avance parla classification générale ((ue j'ai rappelée
plus haut, où ils viendraient se ranger dans les classes ne comportant aucun
contact entre éléments constants. Mais on n'a jusqu'ici rencontré, que je
sache, aucun type d'équation fourni par les applications pratiques, qui soit
réductible aux formes, nécessairement assez compliquées, qui corres-
pondent à ces classes.
AVIATION. — Calcul des variations du plojond d'un aéroplane dues à
une variation de son poids ou à V emploi d'un turbo-compresseur. Note ( ')
de M. A. Râteau.
Les précisions (|ue j'ai données, en ce qui concerne les pressions baromé-
triques et les poids spécifiques de l'air en atmosphère normale, dans ma
dernière Note à l'Académie (^), permettent de faire les calculs des variations
du plafond d'un aéroplane avec beaucoup plus de justesse qu'auparavant.
Déjà, dans ma Note du 23 juin 1919, j'avais présenté des indications à ce
sujet; mais j'ignorais à cette époque les résultats obtenus dans les observa-
tions par ballons-sonde, et je m'étais borné à prendre pour coefficient B de
la formule logarithmique, reliant le poids spécifique cr à l'altitude Z, la
valeur constante 21,6, qui ne s'éloigne pas, il est vrai, de la vérité pour des
altitudes comprises entre 3''°^ et 7'"", ce qui était suffisant jusqu'à ces der-
niers temps.
Au delà de 7*"", il faut, sous peine de commettre de fortes erreurs, tenir
compte de la décroissance rapide de ce coefficient B. Je vais donc reprendre
la question. Pour les notations, je renvoie à mes Notes antérieures du
10 juin i9i() (•■*) et du i 2 juin 1922 (^).
(*) Séance du 19 juin 1922.
(^) Comptes rendus, l. 174, i92'2, p. i5ii.
(•^) Comptes rendus^ t. 1G8, 1919, p- 1142.
C. R., i9«, 1" Semestre. (T. 174, N» 26.) 121
lG~0 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En vol horizontal, la puissance propulsive utile ^r.nVp (n étant la vitesse
de rotation du moleur, F son couple utile moyen, p le rendement de riiélice)
est égale à la puissance ré>istanle de TairXrar^ sur Tcnscmble de l'avion :
Remplaçons, dans celte expression, la vitesse v par sa valeur tirée de la
relation de sustentation P = Ygt^'-, nous obtenons :
(2) 2TïnTp = — — .
Pour un avion détciminé, au plafond, les fonctions X et Y de la seule
incidence a sont aussi déterminées, car Tincidence a,, au plafond est tou-
jours la même; j'ai démontré encore qu'il en est de même du recul de
l'hélice et par conséquent de son rendement. Dès lors.
2-p^ = '+
(3)
est dcterniinc, ct-il vient
(4) ^nTzfi—V''.
C est cette relation simple qui permet de voir clairement comment varie le
plafond quand on change le poids total de l'avion ou le couple F du mo-
teur.
1° Action des variations du poids. — Supposons que, pour des change-
ments d'altitude modérés, le couple F soit proportionnel à tô, et po-
sons F = cIîtt; alors (4) devient
D'ailleurs, avec la même hypothèse, (i) devient
(^) 2r.A.np = Xi'\
Comme, au plafond, n est proportionnel à ^, puisque le recul de l'hélice
est déterminé, on voit de suite par celte relation que la vitesse i), d'un avion
au plafond, ainsi que la vitesse de rotation n^^du moteur (carburation réglée
de la même manière) sont indépendantes du poids total P. La précédente
montre ensuite que cr est proportionnel à P. Donc, si l'on compare les pla-
fonds Z, et Z. correspondant à deux poids dilTérenls P, et P^ du même
avion, on a
(7)
SÉANCE DU 26 JUIN 1922.
I
167I
el, en prenant les logarithmes et utilisant la relation (5) de ma Note du
12 juin 1922,
(8)
^P,
n suffit de se reporter au graphique, figure i de ladite \ote, qui donne B
en fonction de Z pour calculer l'abaissement du plafond qui correspond à
z.uuu
/
.
j
1
L
.^.,^
Sure
:hâri^_20%
1 i
1 ^
1
\
i
1
•^ 1.500
\
1
^
1
j
Sure
har^e 15%
1
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1
1
-0
.
0
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1
1
i ~"^ ■
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/
1
f—
1
1 1
5.000 10.000
Plafond initial en mètres
Fij;. 1.
P>
5.000
une surcharge relative ^p — -■ A cet effet, Z, étant donné, on a immédiate-
ment B, par la courbe, puis B, et Z. par Tintersection de cette courbe avec
la droite^ = j^ - log|r
1G72 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le graphique ci-dessus (//o. i) donne le résultat de ce calcul pour des
surcharges, échelonnées, de 5, 10, 1 5 et 20 pour 100, et pour des plafonds
initiaux allant jusqu'à iS*"". On voit que, au-dessus de ô""", les abaissements
du plafond vont en décroissant, conséquence de la diminution du coeffi-
cient B.
Si l'on tenait compte de la constante qu'il faut pour plus de rigueur faire
figurer dans l'expression du couple, comme nous allons le voir dans le cas
suivant, on trouverait des abaissements du plafond légèrement plus petits.
1^ Action du turho-compresseiir. — Ici les variations du plafond sont si
grandes que, pour bien suivre la réalité des choses, il est indispensable de
ne pas négliger le terme constant v, voisin de 0,12, qui entre dans la for-
mule du couple. Nous poserons donc maintenant
(9) V = .V{U5--J).
Nous supposerons bien entendu que, quand on adapte le turbo-compres-
seur au moteur, on change aussi l'hélice de manière à ramener la vitesse de
rotation n du moteur aux mêmes chiffres. Il faut alors en augmenter très
notablement le pas (et un p^u le diamètre). Le rendement de l'hélice s'en
trouve légèrement amélioré; mais nous négligerons cette circonstance favo-
rable, dont on ne peut d'ailleurs apprécier exactement l'influence que dans
chaque cas d'espèce. Dès lors, le facteur '\/n de la formule (4) doit être
considéré comme étant le même pour l'avion avec ou sans turbo.
Pour l'avion sans turbo, on a, d'après (4),
(10) '^rt.t'(CTi— v)CTJ=:Pi
Pour l'avion avec turbo, deux cas principaux sont à envisager:
a. Le turbo est calculé pour rétablir exactement le poids spécifique cj^, du sol
lorsque V avion se tj^ouçe au nom^eau plafond. Alors (4) devient
(11) ^nX'{TJ3o—'->)^l — 'P'^'
Nous prenons le même poids P. pour avoir l'influence spécifique du
turbo; on calculera ensuite le déchet dû à la surcharge qu'il impose.
En comparant (10) et (i i), nous avons
(12)
57o — ^ J
d'où l'altitude Zo correspondante en se servant de la courbe des B.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1673
On trouve ainsi qae Z, est un peu plus grand que 3Z, aux basses altitudes
et au contraire un peu plus petit que 3Z, aux grandes altitudes.
b. Le turbo est calculé pour augmenter le poids spécifique de Vair envi-
10
Lxhaussements du plafond pour un rapport de compression -^^= m
E
c
OJ
T3
C
o
Q_
C
«;
E
0)
M
CO
X
X
aJ
i
—-
rn = 4
i
1
---
m = 3
^
-^
-^^
1
-^
r/n = 4
'—
"-^.-^^
m^
-~
m=Z
.
m = 2 !
\
!
1
1
0 5 • iÛ
Plafond initial en Km.
Fig. 2.
roniiant toujours dans le même rapport m, à partir de r altitude où il touj-ne à
sa vitesse maximum.
Alors la relation (4) devient
1 2.
(i3) ^iiAo'{mTxii — v)c7^=:P-:
d'où, en comparant (10) et (i3), et supposant que le poids P reste le
même.
(•4)
{niu5i— y)-z;!y.,^= {r^i — v)-c7i,
équation du troisième degré, par rapport à l'inconnue ût^, qu'il est facile de
résoudre. On trouve ensuite Z, par la courbe des coefficients B.
1674 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Le graphique {fig. 2) donne les résultats du calcul, pour trois valeurs de
/;? (2, 3 et 4) et en admettant V = G, 1 2.
On voit que, à cause de la décroissance de B, les exhaussements du
plafond dus au turbo-compresseur diminuent à mesure que le plafond initial
s'élève.
Exemple, — Supposons m= 2, qui est réalisé avec nos turbo-compres-
seurs actuels, et Z = 6''™, où gt, = 0,661 , avec c>o = i , 248.
L'équation (i4) donne m^=. o,4o55, auquel, d'après le graphique, cor-
respond, en atmosphère normale, Zj = ioo45"\ D'autre pari, l'adaptation
du turbo occasionne une surcharge de 5 pour 100, à laquelle correspond,
d'après la figure i, un abaissement du plafond de 36o"'. Le gain net est
donc, dans ce cas, de 4o45 — 36o = 3(j85™.
BOTAXIQUE. — Le groupe du Ghrysalidocarpus lutescens.
Note ( ' ) de M. Henri Jumelle.
Nous avons déjà plusieurs fois, dans nos études antérieures sur la végé-
tation de Madagascar, fait remarquer à quel point cette flore malgache,
avec ses nombreuses formes de transition, est de celles qui rendent tout
particulièrement difficile une délimitation précise de l'espèce linnéenne.
Nous avons notamment rencontré de grandes difficultés à cet égard à
propos du genre Mascarenhasia parmi les Apocynées; nous retrouvons des
difficultés analogues pour certains Palmiers de la grande île.
Autour du Ghrysalidocarpus lutescens^ par exemple, se groupent plusieurs
espèces qui pourraient tout aussi bien n'en être que des modifications
locales, provoquées par les conditions de milieu (altitude, sol, exposition,
humidité, etc.), puis fixées par hérédité. Quelques caractères peuvent bien
permettre, en efl"et, de distinguer ces diverses formes, mais ils sont tels que,
si l'on considère, d'autre part, le port général et les autres grands carac-
tères de ces plantes, on a bien plutôt l'impression de se trouver en présence
de différentes modalités d'un type unique. On n'éprouve aucune difficulté
à séparer du Ghrysalidocarpus lutescens le Gh. rivularis ou le Gh. oleraceus,
dont les segments foliaires, très larges dans le Gh. rivularis^ sont par groupes
le long du rachis, tandis qu'ils sont isolés dans le Ch. lutescens; mais nous
ne trouvons, ni dans les feuilles, ni dans les inflorescences, aucune sépa-
(') Séance du 19 juin 1922.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. lÔyS
ralioii aussi nette entre les représentants de ce que nous appelons le groupe
du Chrysalidocarpus lutesccns. ^
Ce C/i. luiescem est un des l^almiers les plus anciennement et les mieux
connus de Madagascar. Il est de longue dale cultive dans nos serres sous
le nom àWreca lutescens; et l'ancienneté de son introduction en Europe
tient à son habitat dans son pays d'origine. Formant un peuplement continu
sur les dunes littorales de TEst de Madagascar, entre la mer et les lagunes,
depuis Maroantsetra jusqu'à Forl-Dauphin , il devait être tout de suite
remarqué par les voyageurs abordant la côte; et il était facile de se pro-
curer et d'expédier des fruits ou des plants.
A l'état spontané, ce lafahazo des Betsimisaraka, le rehazo des Tanala,
est un Palmier à port robuste, poussant en touffes de six à dix troncs, et
davantage, ces troncs ayant de 4"' à 10™ de hauteur et jusqu'à 12^" de dia-
mètre. Les six à sept feuilles qui couronnent chaque stipe sont à gaine et
pétiole jaunâtres (d'où le nom de lutescens) dans les endroits découverts;
à l'ombre, la teinte est plus verte. Les nombreux segments foliaires, plus
ou moins équidistants, sauf parfois ceux de la base, ont en moyenne 6o*™
de longueur sur i5'"'" à 20'"'^ de largeur; les inférieurs ne sont pas sensible-
ment plus courts que les médians. L'inflorescence, assez longuement
pédonculée, est trois fois ramifiée à la base; les fruits mûrs sont assez régu-
lièrement ovoïdes, un peu atténués aux deux extrémités, à stigmate
basilaire.
Or la répartition assez régulière des segments, leur étroitesse, la longueur
presque égale des segments inférieurs et médians, l'aspect d'ensemble de
l'inflorescence sontautant de caractères qui contribuentà donner à peu près
le même port au Ch. Baronii, qui est Xt farihazo du Centre, où il croît, au-
dessus de 800'", dans les bois à Lichens des cimes, au Ch. propinquus, qui,
dans l'Analamazaotra, se rencontre auprès de ce Ch. Baronii, mais dans les
endroits moins ombragés, et au Ch. onilahensis , à peu près des mêmes
altitudes, mais sur le versant occidental, dans le bassin de l'Onilahy.
Les seules différences d'aspect de ces Palmiers sont leur plus ou moins
grande gracilité. Le Ch. lutescens, du littoral, est le plus robuste; le Ch,
omlahensis est le plus grêle; les deux autres sont intermédiaires. Mais tous
poussent par touffes, qui se composent de 3 à 4 troncs de 2'" à 6™ de hau-
teur, avec un diamètre de (3'"' à lo^"", dans le Ch. Baronii., de 4 à 5 troncs
de 2"^ à 3°^, avec un diamètre de S*^"" à lo^"", dans le Ch. onilahensis. Quant
aux segments foliaires, ils ont, sur la plus grande longueur du rachis, 25*^''"
à 35'°^ sur lo™"^ dans le Ch. Baronii, 23-^'" sur S'""* dans le Ch. propinquuSy
1676 ACADÉMIE DES SCIENCES.
/jo'^'" à 5o"' sur 10™'" à i5™'" dans le C'A. onilahensis. Les inflorescences de
ces trois espèces ne paraissent jamais que deux fois ramiliées, mais cette
moindre ramification, comparée à celle du Ch. lutescens^ coïncide avec la
moindre robustesse.
Quelles sont, dès lors, les dilTérences qui nous empêchent de réunir tous
ces Palmiers en une seule espèce ? C'est déjà, indépendamment des dimen-
sions des segments foliaires, qui ne sont pas tout à fait les mêmes, la lon-
gueur du pétiole, qui est très court ou même nul dans le Ch. propinquus, très
court encore (4*'"' à ô"™) dans le Ch. onilahensis^ plus long (jusqu'à 25"")
dans le Ch. Baronii, où il reste toutefois plus court que la gaine, et long (au
moins 20"") dans le Ch. lutesccns^ où il est, au contraire, ordinairement
plus long que cette gaine. Mais, même à ce point de vue, si l'on remarque
encore que les longueurs de la gaine et du pétiole peuvent dépendre de
l'âge de la plante, de la hauteur du stipe, de la plus ou moins grande vigueur
de croissance du pied, on ne peut pas attacher une trop grande importance à
ces dimensions.
Analomiquemcnt, d'autre part, les mérislèles, dans les segments, sont
sensiblement difterentes. Elles n'occupent pas toule l'épaisseur des nervures
et n'atteignent pas l'épiderme supérieur dans le Ch. propinqiius ^ alors
qu'elles correspondent à toute l'épaisseur de la nervure dans les trois autres
espèces : dans le Ch. lutcscens., où elles sont vaguement elliptiques, avec un
très court et très léger rétrécissement vers le haut; dans le Ch. Baronii, où
elles sontplutôt pirifornies, avec un long rétrécissement supérieur; dans le
Ch. onilahensis, où elles sont grossièrement turbinées, la pointe vers le bas.
En outre, dans le parenchyme, foliaire, il n'y a que quelques îlots scléreux,
au voisinage des nervures, dans le Ch. propinquiis, et ces îlots sont aussi très
rares ou même manquent dans le Ch. Baronii, tandis qu'ils sont très nom-
breux dans le Ch. lutescens, ainsi que, surtout vers l'épiderme supérieur,
dans le Ch. Baronii.
Enfin il est à remarquer encore, au point de vue de la morphologie
externe, que l'orifice de la gaine non encore déchirée est très oblique dans
le Ch. liaroniiy où ses bords se continuent presque insensiblement avec les
bords du pétiole, tandis que le même orifice fait un angle obtus avec le
pétiole dans le Ch. lutescens et un angle presque droit dans le Ch. onilahensis
et le Ch. propinquus .
Et il nous faut bien tenir compte de ces caractères, car nous constatons
que, chez le Ch. lutescens, aussi bien la structure anatomique de la feuille
que la disposition et la forme de l'orifice de la gaine sont absolument iden-
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1677
tiques dans des spécimens récoltés sur les dunes littorales, dans un autre
spécimen qui nous a été adressé du Jardin d'Essais de Tlvoloina et sur des
pieds provenant de nos serres, c'est-à-dire dans des exemplaires qui, tout
en ayant pour origine première le même peuplement littoral, se sont cepen-
dant trouvés ensuite soumis à des conditions assez différentes de végétation,
surtout quand il s'agit des individus cultivés dans nos serres.
Ce dernier fait indique évidemment une certaine fixité des caractères
spécifiques correspondant à un peuplement; cette fixité pourtant ne serait
pas telle que, à la longue, d'autres facteurs plus puissants, comme l'altitude,
le sol, etc., ne soient en état de déterminer des modifications progressives,
qui se fixent à leur tour. De là sans doute résultent ces formes que nous
n'osons pas affirmer être des variétés d'une même espèce et que nous consi-
dérons comme espèces affines, mais dont l'ensemble forme, en tout cas, dans
le genre, un groupe qu'il est intéressant d'établir, car on atténue ainsi ce
que peut avoir de trompeur, lorsqu'on le prend au- sens linnéen, le terme
d' « espèce », dont la trop grande précision apparente a bien le défaut,
qu'on lui a maintes fois justement reproché, de ne pas toujours corres-
pondre certainement à la réalité.
M. .1. Hadamard fait hommage à l'Académie des Leçons d'Analyse fonc-
tionnelle professées au Collège de France par Paujl Lévy, pour lesquelles il
a écrit une Préface.
ÉLECTIONS.
Par 42 suffrages, contre 2 à Sir Robert Hadfield et i à Sir William Pope,
M. AMi'i PicTET est élu Correspondant pour la Section de Chimie, en rem-
placement de M. Ph.-A. Giiye, décédé.
PLIS CACHETES.
MM. Paul Sacerdote et Pierre La.mrert demandent Touverture d'un
pli cacheté reçu dans la séance du 23 avril 191 7 et inscrit sous le n° 8383.
Ce pli, ouvert en séance par M. le Président, contient une \ole inti-
tulée : Nouveau procédé pour déceler la présence d'un sous-marm.
(Renvoi à l'examen de M. Berlin.)
l6:8 ACADÉMIE DES SCIENCES.
CORRESPOIVDAIVCE.
M. le Ministre de l'Ixstuuciion publique et dis ï»eaux-Arts invite
l'Académie à lui désigner huit de ses Membres qui occuperont les places
que Texpiration des pouvoirs rendra prochainement vacantes dans la Com-
mission technique de la Caisse des recherches scientifiques.
M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la
Correspondance :
Jacques Rurff. Des sciences physiques aux sciences morales. (Piéscntc par
M. Emile Borel.)
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur certaines équations fonctionnelles algé-
briques. Note de M. H. Mineur, prcsentce par M. Goursat.
I. Soit o- un groupe continu de transformations birationnelles à j' varia-
bles défini par 5 transformations infinitésimales indépendantes :
/, = i
Nous supposons que g est simplement transitif, le déterminant ù formé
avec les c.,., n'est donc pas identiquement nul; désignons par (0) le lieu qui
a pour équation 0=0.
Soit
une relation algébrique entre .y + i variables, dans l'espace à ^ H- i dimen-
sions; elle définit une multiplicité algébrique Oli à s dimensions.
Dans ce (jui va suivre, nous supposerons toujours les r liés par celte rela-
tion (I). Soit (j un groupe continu à s paramètres de transformations bira-
tionnelles sur Oit et laissant OU invariante. Nous supposons (j' simplement
transitif, sauf sur une multiplicité (A) tracée sur OU. et isomorphe à g.
D'après la théorie de Lie, il existe un système de 5 -t- i fonctions j',,
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1679
Xa, ■•-, Ys+i de a?,, j?2, ..., Xs, vérifiant (I), prenant en un point ^r." des
valeurs données et telles que si Ton considère ces fonctions comme définis-
sant une iransformalion r —f(x), le groupe CJ est le transformé de if par/.
En d'autres termes y =/(^) ^st définie par l'équation fonctionnelle
(II) /l^] = (J[f]'
II. ?sous allons étudier les fonctions/ des variables x ainsi définies :
i"* Posons ^R = cr\^ -+- ixl, les fonctions y se comportent comme des fonc-
tions ratioimelles dans tout domaine fermé de l'espace x\,x^, x'^, x_,, . ..,
x'^, x] de connexion linéaire égale à Tunité et ne contenant aucun point
de (0).
2° Si, lorsque le point x\, x\, .. ., x] décrit un contour fermé, les fonc-
tions y, reprennent des valeurs y, différentes des valeurs primitives, la trans-
formation qui fait passer des 7, aux y^ est permutable avec toutes celles
de g.
Ces deux théorèmes sont encore vrais si Ton échange entre eux g et g,
les X et les y.
III. Deux cas peuvent donc se présenter :
1° Toutes les transformations de i^ sont permutables entre elles; en pre-
nant pour ^^- le groupe x'- = x^-h a^ (i = i, 2, ...,s), on obtient pour les j
des fonctions uniformes.
2°^ n'admet aucune transformation infinitésimale distinguée; si g est
tel que par un choix convenable des paramètres, les équations de ^•
dépendent birationnellement de ces paramètres, les fonctions y sont uni-
formes dans un domaine quelconque. De plus, la correspondance établie
par (II) entre les transformations finies de o- et g est l)iuniforme, ce qui
n'a pas lieu lorsque g est permutable.
IV. Soit x' = ^.{x) une transformation à s variables telle que Ton ait
symboliquement f[^{x)] = /[r]. Nous dirons que z appartient au
groupe (^') de /. On obtient facilement (g') en considérant les y comme
des variables et les. r comme des fonctions et l'on arrive au résultat suivant :
(g') est un sous-groupe discontinu du groupe g' formé des transforma-
tions permutables avec toutes les transformations de g.
Les substitutions de («') sont de deux sortes : les unes, analogues aux
périodes cycliques des intégrales abéliennes. proviennent des contours
tracés sur DXU qui ne peuvent être réduits à un point par une déformation
continue; les autres, analogues aux périodes polaires, proviennent de
contours infiniment petits entourant un point de S.
l68o ACADÉMIE DES SCIENCES.
On voit qu'à chaque structure de groupe simplement transitif correspond
une classe de transcendantes uniformes. Les fonctions elliptiques et abé-
liennes correspondent à la structure (X^, X^) = o et la théorie précédente
consiste à les définir par leur théorème d'addition.
ANALYSE MATHÉMATIQUE. — ^ Sur le problème des moments.
Note de M, Torstk.v C.vrleman, présentée par M. Emile Borel.
Etant donnée une suite de constantes réelles Co, C,, . . ., C,,, . . ., propo-
sons-nous de déterminer une fonction '\>{oc) non décroissante (à une
infinité de points de croissance) qui satisfasse aux relations
(l) / X' Ch]^{x) — C., (vmo, I, 2, .. .).
Ce problème qui généralise le problème des moments de Stielljes a récem-
ment été l'objet d'importantes recherches de M. Hamburger (vl/r///?. Ann.^
«/ '" \o
1920, 1921). Il suit de l'inégalité évidente / l ^ Vv^' | r/'j/(.r)^o que
les formes quadratiques ^C/,^,/J>X7 doivent être positives définies. Ces
/'. '/
^ Cv
conditions entraînent que la série — \ ^7^ peut cire développée (formel-
lement) en fraction continue de la forme
Désignons par Sv la substitution linéaire
(3) . T=-
En comparant So, S,, ..., S„_, on trouve
S,S,...S„_.(0 =
I <■/, — [x I a., — [j. ' I '!„ — [J. — t
Supposons pour préciser I[al > o, I| aj désignant la partie imaginaire
de [X. 11 suit de {^) que l'inégalité I[/ 1 > o entraîne I[T] > o. On en con-
SÉANCE DU 26 JUIN 1922, 1681
dut que la transformation ^ — S„S, ... 'S,^_^(t) transforme le demi-plan
supérieur des l en un cercle C„{[j.) situr entièrement au-dessus de l'axe réel
dans le plan des H, et, en outre, que chaque Cn([J.) contient tous les Cv([J^)
d'indice supérieur. La suite des cercles C,(l;.), C.,{[j.), ..., C„(a), . .. tend
donc ou vers un cercle limite C(tjL) ou bien vers un seul point p(u!-). Dans
le second cas nous dirons avec M. Hamburger que la fraction continue est
complètement convergente.
Citons maintenant le lemme suivant :
« Soit 'l'o(^) une fonction non décroissante telle ([ue tous les moments
correspondants existent. Alors on a
/_
r — z — v'
" — 00 *
où l'on a posé
yo=/ a']>o{j^), ïoai=/ a:^/'|o(^i'). 1 X — z'
'|,(^) étant une fonction de même nature que '|o(^)- "
'f'^ _ est égal
Av
V - — ^(Av^ o). La proposition générale s'en déduit par un passage à
V = I
la
limite en approchant / '^ par des expressions de la forme
2j ■~^^^~ : H -^^^ : \-^^^ 3—.
••■■ X^i — C ^—m -^ •^' m -'
V = — ni
Soit maintenant '\{^x) une solution quelconque de (i). Par application
répétée du lemme que nous venons d'énoncer, on voit que la valeur de /,
solution de l'équation
ç=r î^iM=s.s,...s„_,(o
est de la forme i= 1 ij^ii^fl. '\/,^(x) étant non décroissante, on trouve
I[/] ^ o. Le point H est donc situé à l'intérieur du cercle C„(a). Ceci ayant
lieu quel que soit /?, on voit que ^ appartient au cercle C([j.). D'où le
résultat : 5/ 'j'(ï') est une solution quelconque du problème des moments (i),
l682 ACADÉMIE DES SCIENCES,
on a S
ï(^)-/ î
d^i^)
F-
I([J.) étant le centre du cercle C(u.) et p([J.) S07i rayon.
En supposant p([Ji-) = o, on obtient comme-cas particulier le théorème de
M. Hamburger : Si la fraction continue (2) est complètement convergente
le problème des moments (i) est déterminé.
Signalons encore le théorème suivant facile à démontrer : Pour que '\^(a')
soit une solution du problème des moments (i), il faut et il suffit qu il existe
une suite de fractions limitées
gnii^) = .Jn ' ,. - I..' ' ,. - ,j:r"„ (/-/' >o),
telles que Von ait
lim 6[j'"=: &JJL, Yim a\j!^ =i y.^ (jjl = o, 1,2,...),
Il m o-
"^^^^r^. (ït^^^^)-
CALCUL DES PROBABILITÉS. — Sur la loi de Gauss. Note de M. Paul Lévy,
présentée par M. Hadamard.
Dans une Note présentée le 27 mars, j'ai indiqué des conditions dans
lesquelles on peut affirmer que la somme d'un grand nombre d'erreurs très
petites obéit à la limite de la loi de Gauss. I ne erreur de rédaction m'a fait
écrire, dans Ténoncé de la première condition, les mots valeurs de x supé-
rieures à d en valeur absolue, alors que je voulais écrire supérieures à Cm.
L'énoncé ainsi faussé était inexact, comme l'a fait remarquer M. Lindeberg
dans sa Note du 29 mai 1922.
Voici brièvement indiquée la démonstration de la proposition ainsi
rectifiée.
Considérons d'abord ce qu'il est commode d'appeler z//ze/oiV/r/>ro//(7^////e
réduite., c'est-à-dire pour laquelle on ait
(I)
/ xdV{x)z=o, 1)1'^= 1 x''-d\ {x) ■=:\.
F(a7) désignant la probabilité pour que la variable considérée soit iîifé-
rieure à x. Une loi de probabilité peut être réduite par un changement
SÉANCE DU 2(j JUIN 1922. l683
d'origine et un changement d'unité, pourvu que Tintégralc rn^ soit finie.
Étant donné un nombre i positif arl)itrairement petit, on peut déterminer
un nombre C tel que
£
x-^dV{x) >i
En posant
oiz.)— f e'-'-' d¥{x), (.){z)= f e'-^x-^ cl F ( x) ,
g(^) étant donc \à fonction raraclérislique, on a évidemment
l9"(-^) 4-Gj(c)I <-^, |w'(..)|<C, |o.(c)-^j(o)|<Clrl,
d'où Ton déduit, en observant que 0(0 ) = i, 'f'i t) ) = o, o ( o ) = — i,
.(--)-! +
2 D
On peut donc déterminer h positif tel que \z\<^h entraîne
(2) -|(^)=z:log9(--) = -^'[l + £5(.)] (-i<0<.).
Il suffit d'ailleurs de connaître l'expression de C en fonction de £ pour en
déduire celle de h. Si donc on a un ensemble de lois réduites pour lesquelles
les intégrales qui définissent nr convergent également vers l'unité, on peut
déterminer h de manière que la formule (2) s'applique à toutes ces lois.
Ceci posé, supposons que les lois de probabilité qu'il s'agit de composer
vérifient la première condition (i), que les valeurs de la moyenne quadra-
tique m soient toutes inférieures à un nombre très petit r,, et que les lois
réduites correspondantes constituent une famille de la nature que nous
venons de considérer (ce qui équivaut aux conditions de ma précédente
Note, en tenant compte de la rectification indiquée ci-dessus). Pour toutes
ces lois, Tj I s j <^ A entraîne
'i^{z) = \o^f ei--''dV{x)=—'^^^[i + zB{z)\
Pour mettre en évidence Tallure de la loi composante, il faut bien en-
tendu la supposer réduite, c'est-à-dire que Iw- = i . Pour cette loi, le loga-
rithme de la fonction caractéristique est alors, pour r, ]::!<//, de la forme
W{z)=^l^]j{z)=-—[\->rZe,{z)], (-I<5:<l).
l684 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En choisissant d'abord £, puis •/) aussi petit qu'il est nécessaire, on voit
que, dans tout intervalle fini, ^X^) diiïère aussi peu que Ton veut de — ^>
valeur qui caractérise la loi de Gauss.
Ce résultat me paraît suffisant pour que l'on puisse dire en termes peu
précis que Ton a à la limite la loi de Gauss. Il serait préférable d'établir que
pour la loi composante, supposée réduite, on a
\l'2.% J_.„
<£
Bien que je n'aie pu y parvenir jusqu'ici, je crois qu'il est possible d'y
arriver sans nouvelle hypothèse.
NOMOGRAPHIE. — Les abaques à transparent orienté. Note (')
de M. W. Margoulis, présentée par M. Ch. Lallemand.
Le transparent orienté a fait sa première apparition systématique en
i885, dans les abaques hexagonaux de M. Ch. Lallemand.
J'ai réussi à généraliser largement cette méthode de façon à pouvoir
représenter, soit sous leurs propres formes, soit sous des formes difl'ércntes,
toutes les équations représentables par les autres systèmes d'abaques, ainsi
qu'un certain nombre d'équations rebelles à ces derniers systèmes.
Depuis 1914? j'ai établi, principalement en vue de la solution de différents
problèmes intéressant l'Aviation, une trentaine d'abaques de cette nature.
Ces abaques conviennent surtout à la résolution, par une seule opération
et sans systèmes surabondants, d'une ou de plusieurs équations à grand
nombre de variables; ils se prêtent particulièrement à la discussion nonio-
graphique des équations.
FORMES CANONIQUES d'ÉQLATIONS KEPRÉSENTABLES PAU LES ABAQUES A TRANSPARENT OBIENTÉ.
L'abaque de l'équation F(X, \ ,::.)= o, où
comprend un fond sur lequel, dans un système d'axes OXY, après éli-
mination de z^ et z.;, entre les équations x = y,o, 7 = i,',,25 of* trace le
réseau de points à deux cotes (^z^^ z.,), ainsi que le faisceau {z.).
(') Séance du 19 juin 1922.
SÉANCE DU 26 JlIN I922. l685
Le transparent, d'autre part, porte, dans un sxslènie d'axes 0,XY,
parallèles aux axes OXY, le reseau (-.,, z-.,), obtenu par Télimination de z^
et z, entre les équations x= — j\ .^^y = — g^ ,, ainsi que le réseau (z., z-^,)
tracé au moyen des relations .r =/:5,07 y = © ,.o-
Si, dans l'équation ci-dessus, /, ^ = <t>(i,'-,.o), .... le fond portera les
échelles binaires (:?,, z^) et {z.,, z,,), le réseau des lignes à deux cotes
(^^.2^ ^h.;) et le faisceau (z,,). Sur le transparent seront tracées les échelles
binaires(;,3, =„),(--, -g), (-95 -.0) et (:;, ,, -11;), ainsi que les réseaux (A,„6,/i,,»)
e t ( " 9 , ( 0 5 '^\ \ ,{-2 )•
Pour résoudre un système d'équations du genre ci-dessus, se prêtant à
l'emploi de la méthode, on superposera les échelles des variables com-
munes. Ainsi, pour deux équations à huit variables, on utilisera : 1° un
fond portant le réseau {z^, z.,) et les faisceaux (z^), (z^); 2° un transparent
avec un point fixe et deux réseaux (z.,, z,), (z-^, z,,), ou bien un fond et un
transparent portant chacun deux réseaux.
Le même procédé s'applique à une seule équation : par l'introduction de
variables auxiliaires, on la divise en plusieurs équations et l'on élimine
ces variables par la suppression d'un réseau ou par sa réduction à un
faisceau.
TYPES d'abaques POUR FORMES CANONIQUES DE LA MÉTHODE DES POINTS ALIGNÉS.
On peut considérer les abaques à points alignés comme des cas particuliers des
abaques à transparent orienté; il suffit, en etVet, de diviser l'équation |/,^,/j,|= o
en trois équations de la forme
\ =XZn, ou \=- h), A _ — r
et d'accoler les trois abaques par l'éclielle commune (7).
Mais si, pour des équations d'ordre 3 et 4, on ne procède pas par division, et que,
pour des ordres supérieurs, on emploie la division et l'anamorphose logarithmique,
on obtient des abaques de formes différentes.
Ainsi, les équations d'ordre 3, à 3 termes, sont représen tables par un abaque
à 3 échelles et 3 index droits, formant entre eux un angle quelconque (cas particulier :
abaque hexagonal).
L'abaque des équations d'ordre 3, à 4 termes, et d'ordre 4, à 3 et 4 termes, est une
espèce d'abaque hexagonal généralisé, comportant 3 échelles et 3 index, qui peuvent
être tous courbes.
L'ordre 5 donne un abaque à 2 échelles courbes ou droites, une échelle droite, un
index courbe et un index droit. L'ordre 6 conduit à 3 échelles courbes ou droites et
un index courbe.
L'équation générale à quatre variables donne un abaque à double index courbe
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 26.) ^'^^
l686 ACADÉMIE DES SCIENCES.
or/en^e, comportant quatre échelles courbes ou droites et un faisceau d'index courlîes
équidistants.
Les autres formes canoniques peuvent être représentées, en remplaçant les échelles
par des réseaux.
Parmi les équations traitées par M. Mehmke, Téquation
aj.-"'y" 4- bx/'yi-^- cx''y^+ i = o
peut être représentée plus simplement (sans variable auxiliaire) par un fond, portant
les réseaux («, b)^ (c, d) et réchelie (r) et par un transparent à trois index. De même
les équations complètes de degré 3 et 4 peuvent être traduites, par l'emploi de points
à deux côtés, au moyen d'un transparent unique.
DESCRIPTION SOMMAIRE DE QUELQUES ABAQUES A TRANSPARENT ORIENTÉ.
I. Choix de la voilure (Vun avion ou d'un hélicoptère. — Trois équations à
neuf variables :
P
,^^^mi^, V.= -J^; K,=/(]v).
II. Montée d'un avion. — Trois équations entre huit variables :
J\h)-\r^{hy - I /(/0-Ya)(/0'
où h désigne l'altitude; H, le plafond; X,, X et Y, des fonctions des élé-
nicnls ci-après, savoir : la charge par cheval et par mètre carré de sur-
face portante, le rendement de Thélice, le nombre de tours du moteur, la
vitesse ascensionnelle et le temps de montée.
III. Abaque généi^al pour rétablissement d'un projet d'avion ou d'hélicop-
tère. — L'abaque réunit avec les six équations des deux précédents abaques
les équations des poids constitutifs de l'avion ou de l'hélicoptère; il résout
ainsi un ensemble de huit équations comprenant treize variables au total.
IV. Convoi remorqué par une locomotive (formule Frank-Vaës). — J'ai
traduit cette formule par un abaque à sept variables, sans systèmes^surabon-
dants, et qui permet d'obtenir par une opération unique le résultat cherché.
SÉANCE DU 26 JUIN 1912. 1687
ASTRONOMIE. — La loi de Ricmnnn, le périhélie de Mercure et la déviation
de lalumière. Noie de M. Gastox Bertkand.
1. Loi de Ricmann. — D'après la loi cleclrodynamique de lUemann,
légèrement modifiée, les équations du mouvement relatif d'une masse
m(.x,y, z) attirée par une autre masse sont
d^œ /Mj? /m d /i (lx\ a/ M ^i''
~dF ^ r^ '^ ~c^ dt \r 'dt ) 2 c- r*
et les deux analogues eny et z.
c, vitesse de la lumière; f, coefticient d'attraction; -M, masse fictive de la
masse attirante; c, vitesse de la masse attirée; a, paramètre indéterminé
qui rend plus simple la loi de Riemann.
On voit aisément que, quelles que soient les conditions initiales, le mou-
vement est plan et que l'on a :
L'intégrale des aires
dt \ c^ r J
L'intégrale des forces vives
/ 3t/M\ 2 /'M
c- r r
2. Equation delà trajectoire et rotation du périhélie. — Une fois posé
.„ . a/M I
/M = A. -^ = u., - = u,
•' c- ' r
l'équation de la trajectoire sécrit
du- ( 2/u. \ ^ 9/t.-\-'j.h II
Pour une trajectoire voisine d'une ellipse on a
et, par conséquent,
I j^ > o. A < o
2P— 4>,v-
'- = 2 /. + /j.
h +v/(2À — /JLAy'+4/'r-cos4/i — ^(5 — 5o).
l688 ACADÉMIE DES SCIENCES,
le rayon vecteur est minimum quand
2 A a.
I — -p^ = 2 /« TT ,
(9,-0o)y^
ce qui donne pour la rotation du périhélie pendant une révolution
012=27: Il pi-) ~' •
Dans le cas actuel y^ est infiniment petit
V
r^
et, comme le mouvement a lieu sensiblement suivant les lois de Kepler, on
obtient finalement la formule cherchée
012 = 8a
c-T2(i — e2)
ï, durée de la révolution; a, demi-grand axe; e, excentricité.
3. Déviation de la lumière. — On peut assimiler un rayon lumineux à la
trajectoire d'une particule électrisée qui part de l'infini avec la vitesse c et
vient passer à la distance minimum K du centre du Soleil.
On a alors les deux équations du mouvement
dB
F/
dt ~'
/• + p.
t,ï —
c- /• H- 2 >.
avec
D'où la trajectoire
P=(c2R + 2A)(R+p.)-
2K
r
— ■'-^{i + a)
c-
2\u
a.) cos 1 / I
iûcf-M-
^(5 %).
,WH+i^Vu "''*
Or, =^ est approximativement égal à i''™, 5 et, pour un rayon qui rase la
SEANCE OU 26 JUIN 1922. 1689
surface du Soleil, 1 •
R = 695 Soo''"' ;
^T~ est donc du second ordre en ^Vrr et Ton trouve pour la déviation
cherchée
2C-
ou tout simplement
'='-^^
4. Résumé et conclusion. — Formules d'Einstein :
0-1.2(1 — e-) c- ï\
Loi de Riemann modifiée :
cM - ( I — e- ) c- K
Loi de Ne^Yton (a = o) :
2fM
L Si l'on adopte 42", 9 pour la rotation séculaire du périhélie de Mercure,
on doit prendre a = 3 et la déviation d'un rayon lumineux est
c'est-à-dire, pour un rayon rasant la surface du Soleil, 2", 2 au lieu de i",75
déduite de la formule d'Einstein.
IL Si l'on adopte les calculs de Grossmann qui attribuent 38" tout au
plus à Mercure, le nombre a qui caractérise le champ électrique solaire ç%i
égal à 2,6 environ et l'on a pour 0
// faudra donc des mesures d'une extrême précision pour décider entre
Einstein et Riemann.
1690 ACADÉMIE DES SCIENCES.
ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Observations d'étoiles du type N et notamment
d'une étoile à température effective extrêmement basse, au jnoyen du photo-
mètre hétérochrome de l'Observatoire. Note de MM. Charles IVordmann et
Le Morvan.
Nous avons étudié, au moyen du pliotonièlre hétérochrome fixé au petit
équatorial coudé de l'Observatoire de Paris, la répartition de l'intensité dans
le spectre de plusieurs étoiles du type spectral N de Harvard. On sait que
les étoiles (en nombre assez limité) appartenant à ce type sont toutes d'assez
faible grandeur et comme telles inaccessibles aux méthodes speclrophoto-
métriques habituelles, même avec desinstrumenls puissants.
Nos observations ont porté spécialement sur les liois étoiles suivantes :
1° l'étoile 4195 H. R. qui est indiquée par Harvard Revised Photometry
(H. R.) comme étant de grandeur (>, 32, et qui, par une singulière anomalie,
ne figure pas dans le récent catalogue de Harvaid, Heni'i Draper Mémorial
(H. D.); 2'' l'étoile 484^) H. R. indiqué pai' H. R. comme étant de gran-
deur 5,53 el qui porte dans H. D. le numéro 1 10914 avec Findicalion d'une
variabilité oscillant entre les grandeurs 4,8 et 6,0; cette étoile porte aussi
le nom de Y Canum venaticorum ; 3° l'étoile H. D. 1 12359 qui porte aussi le
Xiom. à.ç. R Y Draconi s ei que H. D. indique comme variant enti^e les gran-
deurs 6,1 el 7,1.
Nous avons observé systématiquement ces trois étoiles notamment dans
les soirées des 20, 22, 23 el 27 mai 1922 en les rapportant aux étoiles de
comparaison']; Ursœ majoris^ x, et v.., Bootis^ 4^9^ et 479^ H. R. Nous avons
au cours d'autres soirées rattaché ces étoiles de comparaison à la Polaire.
Pour celle-ci, rappelons-le, si l'on désigne respectivement par R, V et B
les intensités observées à travers nos trois écrans rouge, vert et bleu, anté-
rieurement définis, nous avons adopté la valeur log^ = — Oj844) à laquelle
correspond la température effective de 8200° absolus.
Dans le Tableau ci-après, on donne, d'après nos observations, qui sont
extrêmement concordantes d'une soirée à l'autre, les valeurs par rapport
à la Polaire de logp et de log-rr pour les trois étoiles du type N considé-
rées et leurs températures effectives déduites de ces valeurs par la loi de
Planck.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 169I
•ostt Polaire
V
log — Polaire
Nom de l'étoile.
JR 1000,0.
(0 1900.0.
. fi . -,
— log — étoile.
-Io,-..,o,i,..
Température
cllei ii\e.
4195 H. R..
h III
I0.38,:?
+67" 56
-0,448
—(^^46
344'» absolus
110914 H. D..
12.40,4
+45,58
-..^•568
— 0,242
3oi<) )'
112559 H. D..
12. 52, 5
+66,32
— 0.936
—0,594
2164 »
La signification de ce Tableau es! claire. Par exemple, le fait que pour la
troisième étoile logp Polaire — lo» g étoile = — 0,936 signifie que l'étoile
étant ramenée à avoir la même intensité que la Polaire dans le rouge, son
intensité dans le bleu est inférieure à celle de la Polaire dans un rapport
dont le logarithme égale — 0,936. Autrement dit, la Polaire et Téloile
1 12559 H- ^- étant ramenées à être identi([iies si on les observe à travers
l'écran rouge du photomètre, Téclat de la Polaire sera 8,63 fois plus grand
([ue celui de Tétoile si on les observe ensuite à travers l'écran bleu, c'est-
à-dire dépassera l'éclat de l'étoile de 2,34 grandeurs stellaires. L'interpré-
tation des autres nombres du Tableau est aussi simple.
Si l'on se reporte aux températures elTectives que nous avons déterminées
antérieurement par le même procédé pour un certain nombre d'étoiles
(voir notamment Comptes rendus, 6 décembre 1909, 11 avril 1921,
II juillet 1921, etc.), on constate que diverses étoiles du type M (notam-
ment p Persée, Bételgeuse, r\ Gémeaux) ont des températures effectives
qui sont inférieures à celles des deux premières étoiles du type N du
Tableau précédent, ou du même ordre de grandeur. De cela une remarque
importante se dégage d'abord : Contrairement à une opinion répandue, la
température effective des étoiles du type ÏN {étoiles carbonées) ri est pas toujours
inférieure à celle des étoiles du type M [et même du type K, puisque d'après
nos déterminations antérieures {loc. cit.) Aldébaran a une température
effective à peu près égale à celle de l'étoile 419^ H. R.].
Par contre, la troisième étoile du Tableau ci-dessus, 1 12559 H- ^-^ possède
la température effective la plus basse que nous ayons jamais déterminée parmi
les étoiles : 2160° absolus, c'est-à-dire 1887° C. C'est une température effective
à peine supérieure à celle de la partie lumineuse de la flamme du pétrole.
La comparaison des nombres obtenus ci-dessus montre d'ailleurs que
parmi les étoiles de la classe N [de même que nous l'avons établi pour celles
des autres classes spectrales (loc. cit.)\ on observe des températures effec-
tives assez dissemblables, ce qui provient sans doute d'absorptions inégales
des atmosphères stellaires.
1692 ACiVDÉMIE DES SCIENCES.
Nous nous proposons de comparer ces absorptions atmosphériques
stellaires.
P. -S. — M. Coblentz a déterminé récemment (/'/•oc. of the National Acad .
of Sciences^ U. S. A., vol. 8, n** 3, p. 49) les températures effectives
de 16 étoiles en mesurant au moyen de piles thermo-électriques ultra-
sensibles la répartition de l'énergie dans leurs spectres.
Il est intéressant de comparer ces résultats à ceux que nous avions nous-
mêmes obtenus antérieuremenl pour celles de ces 16 étoiles qui avaient
été étudiées par nous au moyen du photomètre hétérochrome. Cette compa-
raison est faite dans le Tableau suivant :
Température elTective
Temprralure anlérieiireinent
elTecti\e clélerniinée
d'après par Cli. ÎV'ortlinann
Nom lie l'étoile. Spectre. Coblentz. et Le Morvan (').
o 0
a Lyi'œ Ao 8000 12200
a Can. maj Ao 8000 19,200
y. Can. min F5 6000 6800
a Aurigfe Go 6000 4700
a Tauri K5 35oo 35oo
a Orionis Ma ' 3ooo .2750
(3 Androm Ma 4ooo 3-oo
IJ. Geminorum Ma 35oo 32oo
L'accord on le voit est excellent, sauf peut-être pour les deux premières
étoiles. Il est assez curieux que Rosenberg dont les résultats obtenus par
une méthode photographique étaient, pour toutes nos autres étoiles com-
munes, en très bon accord avec ceux que j'avais obtenus avant lui, a donné
pour ces deux étoiles des chiffres (22000° pour a Lyrae) qui divergent encore
plus des nôtres, et d'ailleurs en sens inverse, que ceux de Coblentz (-). Cette
divergence isolée et jus([u'ici inexpliquée étant mise à part, tout cela tend
à prouver que pour être la première en date des méthodes de pyrométrie
stellaire, et celle qui, pour un instrument donné, s'applique aux étoiles les
plus faibles, la méthode du photomètre hétérochrome n'en voit pas moins
ses résultats confirmés par les autres procédés qui ont été établis postérieure-
ment pour le même objet.
f^(*) Comptes rendus, 6 décembre 1909; i4 mars 1910 ; 9 janvier 191 1 ;
1 1 juillet 1921.
(^) Comptes rendus, t. 156, i9i3, p. i3i5.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1698
PHYSIQUE MOLÉCULAIRE. — Nouvelle évaluation de la pression interne des
liquides. Critérium de V association des molécules dans un liquide. Note (')
de M. IV. Vasii.esco Karpex, présentée par M. Paul Janet.
L'existence de la pression interne des liquides introduite pour la pre-
mière fois par Laplace, pour expliquer les phénomènes capillaires, ne sau-
rait plus faire de doute aujourd'hui. La considération de cette giandeur a
été le point de départ des célèbres travaux de Van der Waais, qui en a
montré l'intérêt et déterminé la valeur, pour différents liquides, en parlant
de son équation d'état.
Voici une nouvelle manière d'évaluer la pression interne que Laplace
désigne par la lettre K.
Lorsque le fluide se dilate, la pression p exécute le travail extérieur utilisable; la
pression K le travail intérieur, en faveur de l'énergie potentielle mutuelle des molécules
qui augmente.
Soientyj, v., T la pression, le volume et la température absolue du fluide.
Produisons, par une décompression isotherme, une augmentation dv du
volume, et soit dÇl la chaleur reçue par le fluide. On a
dQ = ldi',
/ étant la chaleur latente d'expansion à température constante. D'un autre
côté, le travail accompli par la pression totale est (p ■+■ K.)dv.
Si nous admettons que, dans la décompression à température constante,
les molécules du fluide sont restées les mêmes, c'est-à-dire que leur masse et
leur énergie individuelle n'ont pas changé, on doit avoir, J étant l'équiva-
lent mécanique de la chaleur :
Remplaçant / jiar sa valeur donnée par la formule de Clapeyron, on
obtient
(■) k = t{±
Lorsque le coefflcient de pression à volume constant ( -j j n'est pas direc-
(') Séance du iSjuin 19-22.
1694 ACADÉMIE DES SCIENCES.
temerit connu, on peut le remplacer par le rapport ^> du coefficient de dilata-
tion a au coefficient de compression u. et la formule précédente devient
(2) K==T--/..
Le Tableau suivant contient les valeurs de K calculées pour quelques
liquides choisis parmi ceux dont la dilatation thermique et la compressi-
bilité ont été étudiées dans un domaine plus étendu.
Teni- K h l;i Iciii- Ailleurs
pi-ratuie pi'ralure des
Tempe- coiies- roiies- K k d'après données
Liquides. rature, pniidanle. puiidanle. F, V. dc-r Waais. expérimentales.
Ellier 168 o 1900 53 iqûo Amagal
Alcool élliylique. . 90 '.in 33oo 62 2/400 »
Eau 200 102 io3oo 5 1,5 10700 »
Chlorure d'éthjle. H 8 2700 ' 5o 2o4o * »
Alcool méthj'lique. 20 27 3900 5o » Amogal, Pierre (a)
I i35 o 1740 ^2 »
Isopentane ' ., ^, _. ,' . > S.Youn<r
'■ i '87,'^ o i;)bo Z|8 lemp. cril. ' ^
' 8 0 2200 67 ? ))
Mercure à 192", K =: 17000 Carnazzi (|j.)
La première colonne du Tableau conlienl la température à laquelle K a été calculé
à l'aide de la formule (2), cette tempéralure est la plus haute à laquelle a et jj. ont été
déterminés; la seconde colonne contient la température du liquide correspondant à
l'^éther pris à 0°; la troisième contient la valeur de K ramenée à la tempéralure cor-
respondante (les pressions correspondantes étant toutes voisines de la pression
atmosphérique), en admellant que Iv est proportionnel à — ; la quatrième colonne
contient le rapport de K à la pression critique P,., ce rapport doit être à peu près
constant, il constitue une vérification de l'exactitude de Tévaluation de K; la cin-
quième colonne contient les valeurs de K données par Van der Vaals, ces valeurs sont
d'environ un quart moindres que celles que j'ai trouvées, sauf pour l'eau, et c'est
précisément pour Peau que Van der Vaals avait constaté l'écart du rapport p-;
enfin, la sixième colonne contient l'indication des auteurs dont les expériences m'ont
servi au calcul de K.
Pour l'isopentane j'ai calculé K en prenant le liquide à des températures
différentes, et Ton voit que, à la température relativement basse de 8°,
l'écart de p- est considérable. J'ai constaté un écart semblable pour presque
SÉANCE DU 2G JUIN 1922. lÔgS
tous les liquidas don l j'ai voulu calculer K; il provient certainement du
fait que les molécules du liquide, à température relativement basse, sont
associées (comme cela a été remarqué par différents auteurs) et qu'elles se
dissocient par la dilatation, ou ()ar une élévation de la température. Dans
ce cas les formules (i) ou (2) ne sont plus applicables, et c'est la raison pour
laquelle, pour calculer R, j'ai pris les liquides à baule température.
•Lorsque, à la température considérée, les molécules sont associées et se
dissocient par la décompression, il faut introduire la chaleur dcj absorbée
par la dissociation des molécules. La formule (2) devient alors
(3) j_^j__K_^,
dans laquelle K est la valeur de la pression inlerne calculée à haute tempé-
rature, ramenée à la température considérée, et vérifiée par la valeur du
rapport p- ou, en absence des données, déduite de ce rapport.
La formule (3) constitue un critérium de Tassocialion des molécules dans
un liquide. Les molécules seront associées si -~ est différent de zéro.
La clialeurr/^ est généralement positive.
Pour l'eau dq est. au contraire, constamment négatif; on a en effet T— ■< io3oo
pour toutes les températures au-dessous de 200°, y. étant nul à 4° et négatif au-dessous
de 4°,
Il faut en conclure que, au-dessous de aoo", les molécules de l'eau sont associées, et
que leur dissociation se fait avec dégagement de chaleur, explicable par la transfor-
mation de la vitesse de rotation ou d'oscillation des molécules associées, en vitesse de
translation des molécules composantes devenues libres.
RÂDIOAC'IIVITÉ. — Sur le dosage direct de très faibles quantités de radium
par les rayons pénétrants. Note de M. B. S/ilard, présentée par
M. Daniel Berthelot.
En apportant quelques perfectionnements à l'éleclromètre récemment
décrit (*), j'ai réalisé un appareil d'une sensibilité non encore atteinte par
un instrument transportnble, fonctionnant sans battei^ie de haute tension ni
miroir de projection.
(') Comptes rendus^ t. 174, 1922, p. 1618.
1696 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Principe. — J'ai remarqué que la capacité, la force antagoniste et l'inertie
de l'équipage mobile ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent la sensi-
bilité de l'électromètre; la position des cadrans par rapport àraiguillcpeut
jouer un rôle considérable. Pour s'en rendre compte il suffit d'excenlrer la
position des secteurs fixes /(voir la figure) par rapport au secteur mobile a
de l'aiguille, soit en substituant les secteurs fixes par d'autres, de rayon infé-
rieur à celui de l'aiguille, soit simplement en déplaçant leur centre par rap-
port à l'aiguille. Celte dissyniétrie créera des régions où l'angle de dévia-
tion de l'aiguille ne sera plus une siuiple fonction de la charge électrique.
Pendant que la force antagoniste (torsion) restera proportionnelle à l'angle,
l'attraction correspondant à chaque élément d'angle du cadran décroîtra
rapidement. Il en résultera pour l'aiguille un déplacement angulaire sensi-
blement plus grand que celui qui correspondrait normalement à la variation
du potentiel. Cet effet peut être accentué à volonté, et pour une forte dissy-
métrie peut se traduire par une instabilité complète de l'aiguille. Entre
cette dernière position et la position normale se trouvent tout une gamme
de positions correspondant chacune à un régime de sensibilité propre et bien
définie.
Montage. — Afin de pouvoir doiineià l'instrument la sensibilité désirée, nous avons
construit un éleclromètre à cadran réglable, qui tout en restant éleclriquemenl isolé
peut tourner autour d'un centre c difTérent de celui de l'aiguille.
L'ambre e supportant le secteur se trouve noyé dans une roue dentée k solidement
encastrée dans la platine. Cette roue peut être commandée au moyen d'un pignon in\
le secteur /peut s'excentrer ainsi à volonté vers la tangente de Taiguille.
SÉANCE DU 26 JUIN 192a. 1697
Grâce au piolongemenl de l'aiguille h et de réchelle fixe /, linsli umenl permet des
lectures directes, sans microscope; la charge électrique est fournie automatiquement
par le petit appareil p, n, r, comme pour l'instrument antérieurement décrit (') et
duquel celui-ci dilïère par son long fil de suspension (/io'"<) et sa chambre d'ionisation
qui est complètement close. L'ensemble est monté sur un trépied à vis calantes, per-
mettant de régler la distance entre le fond et un socle plan.
Réglage et mesures. — On fournit la charge au cadran l en poussant
simplement r jusqu'au fond; l'aiguille A dévie. Pour régler l'appareil à la
sensibilité désirée, on place sur le socle, au-dessous de la chambre d'ionisa-
tion, un disque métallique sur lequel on a fixé, au moyen d'un vernis, i*''
à 2^' d'oxyde d'urane.
Les rayons pénétrants de cette substance provoquent un courant qui se
traduit, pour une faible dissymétrie du secteur, par un mouvement d'ai-
guille visible à Cœil nu. En tournant le pignon m, on cherche ensuite la
position convenable du secteur, pour donner l'ordre de sensibilité voulu
et l'on examine au fur et à mesure l'allure de la décharge. Cette sensibilité,
du reste, Ticst limitée que par la fuite spontanée de V instrument due aux ions
habituellement présents dans Vair.
Avec quelque habitude on arrive même à régler à une sensibilité telle
que la fuite spontanée donne un déplacement visible dans le microscope; évi-
demment une telle sensibilité n'a d'intérêt que dans des cas spéciaux comme
l'étude de la radiation pénétrante de la terre, la radioactivité des
roches, etc.
Le réglage une fois obtenu, l'appareil conserve pour longtemps, sans
variation, la même sensibilité.
Étant donnée la possibilité de faire de rapides observations de fuite spon-
tanée et vu la précision des mesures, même de cet ordre, une augmentation
de quelques pour-cent de cette valeur peut déjà fournir des données
bonnes et certaines.
Grâce à cette sensibilité on peut utiliser pour les mesures les rayons
pénétrants seuls et être ainsi à l'abri de toute erreur due à l'état de division
et teneur en émanation de la substance étudiée.
Pour le dosage on place la substance à examiner (minerais, roches, sédi-
ments, médicaments, etc.) dans une boite étanche (afin d'engendrer l'éma-
nation) et en la plaçant au-dessous de l'appareil on la compare avec un
étalon identiquement confectionné.
Sensibilité. — L'instrument muni d'un microscope peut être réglé sans
(') Loc. cit.
1698 ACADÉMIE DES SCIENCES.
peine à une sensibilité telle qu'une division du micromètre par seconde cor-
responde à lO-^U.E.S. C'est Tordre de grandeur du courant que pro-
voque 0^,001 U'O** placé dans l'appareil.
Des minerais, des résidus de fabrication, des sables monazités contenant
par gramme lO'^'gdeRaou d'autres substances (U, Th, MeTh, etc.) de
rayonnement équivalent, enfermés en quantité convenable dans une boîte
métallique et disposés au-dessous de la chambre d'ionisation, peuvent
donner, parles rayons pénétrants, un courant analogue et deviennent ])ar
conséquent facilement dosables. Des essais effectués avec 5oo^ de produit
contenant 10 " g de Ra par gramme nous ont permis des dosages avec une
erreur de 2, 5 pour 100. On sait qu'un produit de telle teneur est déjà au delà
de la limite de l'exploitation pratique; ces mesures sont néanmoins très impor-
tantes et pour le contrôle de fabrication et pour la prospection, d'autant
plus qu'elles peuvent être exécutées sur place en quelques minutes.
CHIMIE PHYSIQUE. — Recherche magnétochimique des constitutions en chimie
minérale. Les acides de l'arsenic. Note de M. Paul Pascal, présentée par
M.iJH. Le Chatelier.
L'étude magnétique des dérivés de l'arsenic fournit l'occasion de rappro-
chements suggestifs avec les acides du phosphore et du soufre.
En déterminant la susceptibilité moléculaire des composés les plus variés :
arsines, cacodyles, arsénites, cacodylates, arsonales, arséniates, dérivés de
Tarsénobenzène, etc., on a recueilli les chiffres suivants, en face desquels est
inscrite la part contributive, calculée par additivité, de l'arsenic ou des
groupements oxyarsénieux :
Composés. Susceptibilités. lîadicaux.
As(C'*H')^ —1769.10-" As = — 206. lO"''
(CH3)2Âs— As(CIP)'' ' —1000 As = — 204
(C«H')^AsCl —1455 As = — 212
(CH-^j-^AsCOCMl') -1826 AsO = -25o
As(0C»H-5)s —1950 As03= — 348
(As03)2Ba3 —1842 AsO^= — 354
[(NH3Cl)(OH)G'MPAs=]-,2H-0... -2461 As =-2i4
(G«Il3)3As(OH)-^ — 2I05.IO-' As — -43o.io-"
(G«H=^)3AsO — 1991 AsO=~428
(CH3)'-AsO(011) —799 AsO-^=— 474
CH='AsO(ONa)2,IPO —1068 AsO-^=-ai4
AsO(ONa)%i2H20 —2400 AsO^nz — 523
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. l(>99
On peut en tirer les remarques suivantes, indépendantes encore de toute
formule développée et de toute théorie de la valence. '■
1" Dans les dérivés incomplètement saturés, le diamagnétismc de l'arse-
nic et des groupements oxyarsénieux est fortement atténué, comme on
devait s'y attendre, mais ces groupements ont une individualité magnétique
constante d'un composé à l'autre, savoir :
As rz: — 009. H)"^', .\sO=r — 25o.IO"', AsO^i^ — O.H.k»-'.
Au degré de précision des mesures, ces nombres forment ime progres-
sion arithmétique lacunaire dont la raison est la susceptibilité (~ 46. io~" )
de l'oxygène des fonctions alcool ou éther-oxyde, comme il arrive dans la
série des acides du soufre ou du phosphore. Nous sommes donc amenés à
conclure à l'existence d'un atome d'arsenic de mémo degré de saturation
dans les arsines, les oxyarsines, les dérivés de l'arsénobenzol, les arsénites
organiques et minéraux; l'oxygène ne servirait quà faire la liaison entre
le métalloïde et les métaux, rhydrogène ou les radicaux organiques du
reste de la molécule.
De même que les arsines sont notées AsR% il faudrait écrire sous la
forme AsR-(OR), As(OM)% les formules des oxyarsines et des arsénites.
2° Dans les dérivés de l'arsenic au maximum de saturation, on remarque
la constance du diamagnétisme des radicaux suivants :
As r:^ — 43o.io~', AsO = — 4^8. IO~',
AsO^= —474. 10-'. AsO'' — — 5i8.io-":
or les trois derniers termes forment presque rigoureusement une progres-
sion arithmétique de même raison que précédemment, mais dont l'arsenic
est exclu.
On doit donc admettre dans les oxydes d'arsines, les cacodylates, les
arsonates et les arséniates la présence dun atome d'oxygène particulier
nettement apparenté à l'oxygène des cétones et des aldéhydes, puisqu'il
déprime à peine le diamagnétisme. Il en résulte pour ces corps les formules
développées R^ AsO, R=^AsO(OH), RAsO(OH)% AsO(OH)% qui rappel-
lent tout à fait celles des acides phosphoniques et phosphoriques retrouvées
par l'analyse magnétique.
Le passage des arsénites As(OAI)' aux arsonates RAsO(0\i)- ne peut
alors s'expliquer par simple échange de radicaux et il faut admettre dans
cette transformation la production de composés d'addition intermédiaires,
comme dans le passage des phosphites aux phosphonates, des sulfites aux
sulfonates.
1700 ACADEMIE DES SCIENCES.
L'arsenic combiné possède donc deux susceptibilités atomiques, suivant
le degré de saturation de ses composés; nous avions déjà trouvé cette
propriété pour le phosphore, et la chose peut être généralisée aux autres
cléments de même famille. Voici en elTet quelques susceptibilités atomiques
observées, la valeur minima correspondant à la saturation incomplète :
Susceplihilités
Composés moléculaires. atomiques.
F^Sh — 455.1 0-' Sb"'=-263.io-^
((:''|[s)"Sb —1822 Sb"' = -259
(C«H-')='Sb(011)-2 —2383 Sb^' = -669
(G'"'H'*)3Bi —1969.10-^ I^i"'=— 406.1 o-^
(C'-'H^)M-5i(N0^^)=' -2545 BP=-69S
Nous avions trouvé précédemment que les propriétés du phosphore com-
biné correspondaient dans une molécule saturée à celle du phosphore
blanc; celles de l'antimoine saturé voisinent avec la valeur moyenne des
déterminations faites sur le métalloïde lui-même; il n'est pas inutile enfin de
signaler que la susceptibilité de l'arsenic pentavalent coïncide rigoureu-
sement avec le chiffre que nous calculions a priori il y a douze ans pour le
métalloïde pur.
Cette dernière valeur avait été déterminée en admettant la règle généra-
lisée depuis, d'après laquelle le logarithme de la susceptibilité atomique d'un
élément est une fonction linéaire du poids atomique dans chaque famille
naturelle. A la faveur des chiffres précédents, celte règle trouve une illus-
tration nouvelle dans l'exemple des éléments de la troisième famille de
métalloïdes, mais elle se dédouble pour tenir compte des deux valences pos-
sibles. On la vérifie alors exactement pour le groupe du phosphore, de
l'arsenic et de l'antimoine pentavalents, et pour le groupe de l'arsenic, de
l'antimoine et du bismuth trivalents, mettant ainsi en évidence la parenté
plus étroite de l'arsenic et de l'antimoine.
CHIMIE PHYSIQUE. — SiŒ 1(1 dissociation du chloroplntinaie de baryum.
Note de M. G. Gire, présentée par M. H. Le Chatelier.
Dans son Mémoire sur les réactions formant des systèmes monova-
riants('), M. Matignon a prévu la réversibilité de la décomposition bien
{}) Ann. de Chini. et de Phys.^ 8"^ série, t. 14-, 1908, p. 64-
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1 yOI
connue du chloroplatinate de potassium et montré plus tard l'exactitude de
cette prévision ( ' ).
Je me suis proposé de faire l'étude expérimentale delà dissociation de
certains chloroplatinates et notamment du chloroplatinate de baryum
-(PtCI\BaCI%oi)= -Ptsoi.+ BaCl-soi.-HCl\-az.
2 ' 1
Dans ce but, le sel était disposé dans le réservoir d'un thermomètre en
porcelaine placé horizontalement dans un four électrique. Le tube du ther-
momètre communiquait d'une part avec une trompe à mercure que l'on
pouvait isoler du système à l'aide d'un robinel : d'autre part, avec un lube
vertical plongeant dans une cuvette de mercure portant déjà un tube baro-
métrique.
L'équilibre une fois établi, la différence des hauteurs du mercure dans les
tubes manométrique et barométrique, mesurée au calhétomèlre, donnait la
tension cherchée. La température était donnée par un couple Le Chatelier
platine-platine rhodié.
Pour éviter l'attaque du mercure par le chlore, un peu d'acide sulfurique
était introduit au-dessus du mercure dans le tube manométrique. La correc-
tion relative à cet acide était faite au début de l'expérience.
Les résultats des déterminations sont réunis dans le Tableau suivant :
Températi
ire
en degi-és C.
al)Solue.
428
701
458
73.
486
7^9
5i4
787
537
810
556
829
565
838
574
847
584
857
595
868
617
890
632
905
645
9,8
655
928
665
938
Tensions
mesurt'cs
en mm de Hg.
calculées.
4,6
3,8
9.8
8.4
i4,B •
16,8
3i ,2
32.2
54,8
53,3
80,3
-80,3
95.0
96.6
114,9
116,0
i4i,3
i4i,6
172,2
175,9
268.5
268,5
3o2,6
352,6
434,7
445,1
53o,7
53i,3
616.7
632, 0
(1) Zeit. fur Eleklrochemie, 1910, n° 18.
C. R., 1922, I" Semestre. (T. 174, N» 26.) 1^3
I^02 ACADÉMIE DES SCIENCES.
En Utilisant les pressions mesurées à 556", 617'', (J32° pour déterminer les
coefficients de l'équation d'équilibre, j'ai trouvé
3446,316 \ r^ f ra
logP =z h 7,702 logT — 17,41669
(T représentant la température absolue de dissociation, Pla tension en cen-
timètres de mercure).
Pour les différentes températures, les tensions calculées à l'aide de cette
équation sont sensiblement égales à celles trouvées expérimentalement
(4^ colonne du Tableau).
La dissociation du chlomplatinale de baryum est un équilibre du genre
»'•
sol. + O.
Toutes les courbes de dissociation représentant de tels systèmes sont sen-
siblement homologues. Si T et T' représentent les températures absolues
pour lesquelles deux quelconques de ces systèmes ont une même tension de
dissociation, on doit avoir approximativement
Z - Q.
T' ~ Q''
Q et Q' étant les chaleurs de réactions des deux systèmes pour la mise en
liberté d'une molécule-gramme de gaz.
J'ai comparé la courbe de dissociation du chloroplatinate de baryum
à celles de certains composés ammoniacaux,
|(AlC1^9NH3)^^(ÂlCl^6NH3) + NH3- ^'%- ('),
ZnCi^4l^H^ — ZnGl^3NtP +NtP— 11,90 C^),
LiCP.3NH3 :^LiCl2.2NH-^ +NIi^— 11,09 (')'
en prenant comme tension caractéristique la pression atmosphérique (760"™
deHg).
Le premier de ces systèmes atteint cette pression à la température
absolue de 258°, 4, le deuxième à 363° et le troisième à 332°.
L'équation d'équilibre du chloroplatinate donne 948° pour la température
absolue correspondant à cette même tension.
(') Baud, Ann. de Cliim. et de Phj'S., 8" série, t. 1, 1904, p. 8.
(^) IsAMBERT, Ann. de l'Ecole Normale, 1868, p. 129.
(') BoNNEFOi, Ann. de Chini. cL de Phys., 7'' série, t. 33, 1901, p. 317.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1 7o3
On en déduit pour la chaleur de réaction les valeurs 3o"'34, 3i'*'o8,
3i"'67 à partir de chacun des systèmes considérés.
Si l'on calcule cette même chaleur de réaction à partir de Téqualion
d'équilibre par la formule
Q = — (17 X 4,571) + 2^T,
a el b étant les coefficients en ^, et logT dans cette équation, on obtient
pour la température normale 94^°? valeur sensiblement égale aux précé-
dentes.
Je me propose de vérifier cette valeur par une mesure expérimentale de
la chaleur de formation du chloroplatinate de baryum.
CHIMIE INDUSTRIELLE. — Sur les élèmenls accessoires des scories
de déphosphoration. Note (') de M. A. Demolon, présentée par M. Lindet.
Les scories de déphosphoration apportent au sol une quantité de chaux,
de magnésie et de manganèse qui n'est pas négligeable. Nous avons étudié
à ce triple point de vue un certain nombre d'échantillons de scories Thomas
livrées à TAgriculture.
I. Chaux. — Nous nous sommes préoccupé de déterminer principale-
ment la chaux susceptible d'intervenir dans la réaction du sol. Les détermi-
nations effectuées ont été les suivantes :
1° Cliauv caustique soluble dans l'eau dislillée pure (tilrage alcalimétrique) ;
2° Chaux soluble dans l'eau sucrée à 5 pour 100 (tilrage alcali métrique) ;
3° Chaux soluble dans l'eau sucrée après décorbonalalion par chauflage;
4° Chaux soluble dans l'acide phénique à 2 pour 100 (procédé Lindel);
5° Chaux déplacée par une solution neulre d'humale d'ammoniaque (lilrage à i'élat
de CaO après calcination);
6° Chaux soluble dans le chlorhydrate d'ammoniaque à froid à diverses concentra-
tions (tilrage de l'ammoniaque mise en liberté);
7° Chaux déplacée par l'acide carbonique en solution saturée (titrée alcalimétri-
quement);
8° Chaux totale soluble dans les acides minéraux.
Avant de donner les résultats analytiques ainsi obtenus, il est intéressant
(*) Séance du 19 juin 1922.
1704 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de noter comment secompoi'leiit les réactifs ci-dessus en fonction du temps.
L'allure des phénomènes étant la même dans tous les cas, nous nous borne-
rons à donner les courbes calculées pour Téchantillon n° 6.
Les réaclions obtenues comportent deux pliases. La première au cours de
laquelle une certaine quantité de chaux variable avec les réactifs passe en
solution en un temps relativement court. La seconde dans laquelle il y a
mobilisation lente et continue observée pendant cinq jours dans nos essais.
Les chilTics que nous donnons sont donc conventionnels, mais nos condi-
tions opératoires sont telles qu'ils représentent la chaux facilement mobili-
sable correspondant à la première phase de nos courbes.
Kfui sucréi.' 5 "/„
après Aciilo neutre CO"
scorie tlécarbo- pliéni(|iic d'Iiumalc Nn''Cl.j°/„ en solulion
'^t^'iclil Eau brûle naUitioii ■2°/,, tl';inirnon. à froid saturée
employé. distillée (' ). (-). ( = ). (3). (i). (i). (S). Chaux totale. .MgO.
NM.. o,67<V„ '.'7 3,2o 3,24 3,32 8,73 10,69 47, «^5 4,48
2 i,5t 2,35 4,20 4.59 4,46 9,18 9,63 47,10 3,17
3 0,16 0,22 0,92 0,45 J,25 3,92 8,5i 44,50 4,29
^'' 3,75 4,42 5,60 6,49 7,02 10,97 11,92 48, 4o 2,70
3 2,24 3,24 6,20 5,88 5,63 9,29 10, 52 47,26 3,92
^' 4,08 5,07 5,73 6,o4 5,25 i3,io 12,32 46, 8f 8,12
^ 3,08 4,17 4,78 7,56 5,52 10, 4i 11,64 43,70 7,74
8 1,12 1,45 2,19 2,46 2,83 11,53 7,67 44,25 4,38
9 2,12 2,35 3,36 8,28 5,76 12,88 9,29 4i,i5 9,o5
10 3,3o 5,16 6,94 8,62 6,96 11,87 7'39 47,72 3,73
ISoLa. — (') Scorie, 1?; eau, 200""'. Diuve cragitation : i Iieure. — (-) iJtirée d'agilalion : i heure. —
(3) Scorie, is; réactif, 100™'. Durée d'agitation: 1 heure. — (^) Scorie, iS; réactif, 100""', renfermant og, 3oo
humâtes. — (^) Scorie, os, 5 ; deux traitements: 200''"'' (i heure) et 200""' (1/2 heure).
Des résultats ci-dessus on peut tirer quelques conclusions générales :
I" La chaux caustique proprement dite n'existe qu'en faible quantité
(i à 3 pour 100 en moyenne) dans les scoiies ; elle diminue d'ailleurs par
carbonatation spontanée à Tair.
2° Il existe dans les scories des silicates complexes susceptibles de libérer
de la chaux assez lentement sous l'action de l'eau pure, plus facilement sous
l'action de l'eau sucrée, d'une solution d'humate d'ammoniaque ou d'acide
phénique. En présence de sels ammoniacaux ou d'acide cai^bonique en solu-
lion saturée, la mobilisation de la chaux se fait en deux temps : dans une
première phase, il y a mobilisation rapide d'environ les | delà chaux labile,
le phénomène se continuant ensuite beaucoup plus lentement. La chaux
SÉANCE DU 26 JUIN 1922^. 17o5
caustique libre ne représente donc qu'une faible partie de la chaux des sco-
ries contribuant à Falcalinisation du sol. On sVxplique en outre que les
scories puissent manifester à cet égard un effet presque ini médiat, d'autre
part une aclioii d'une certaine durée.
Si l'on établit le rapport du nombre de molécules de GaO et MgO com-
binées à la silice au nombre de molécules SiO', l'acide phospliorique étant
supposé à l'état de phosphate tribasique, on trouve un chiffre compris
entre 2 et 3 et généralement voisin de 3. Il est par conséquent vraisem-
blable, comme M. Le Chatelier l'a suggéré pour les produits hydrauliques,
d'admettre que l'on a afl'aire à une solution solide de chaux et de silicate
dicalcique, ce dernier élant décomposable à froid par CO- et les sels ammo-
niacaux. L'hypothèse du phosphate tétracalcique conduirait au contiaire à
des silicates inexistants, intermédiaires entre le silicate monocalcique et le
silicate dicalcique.
1706 ACADÉMIE DES SCIENCES.
II. Magnésie. — Nous avons rencontré de la magnésie en quantité
notable et d'ailleurs assez variable dans toutes les scories. I^^lle provient des
matériaux réfractaires employés pour le garnissage des fours et des conver-
tisseurs. Nos dosages ont oscillé entre 3 et i5 pour 100 avec une moyenne
de 8, 90 pour 25 échantillons. Cette magnésie se trouve à Tétat de combi-
naisons silicatées.
III. Manganèse — Les scories renferment à Télat d'oxyde du manganèse
provenant des ferromanganèses introduits dans les convertisseurs. La quan-
tité de manganèse totale est assez constante et voisine de 4 et 5 pour 100.
Ce manganèse est facilement solubJe dans l'acide citrique à 2 pour 100, et
partiellement soluble dans tous les réactifs faibles signalés plus haut.
On peut donc considérer que les scories sont susceptibles d'apporter au
sol, sous une forme facilement assimilable, le manganèse qui peut lui
manquer.
CHIMIE ORGANIQUE. — Siw V oxydation par les mélanges d'acide salfurique
et de chromâtes. Note de M. L.-J. Simox.
Les mélanges oxydants renfermant l'anhydride chromique ou les chro-
mâtes ont été souvent employés pour déterminer le carbone dans les sub-
stances qui en renferment. Différents auteurs ont, dans cette intention,
mesuré le volume du gaz carbonique dégagé. En collaboration avec
M. Joseph Guyot, nous avons utilisé cetle technique à l'analyse des éthers
de l'alcool méthylique auxquels elle s'applique particulièrement bien. Son
emploi, un peu empirique, impose des prescriptions auxquelles il est
d'ailleurs aisé d'obéir : en particulier, il convient d'élever la température
jusqu'à 100° en un temps donné (environ 3o minutes) et de maintenir à
cette température pendant un temps fixé (exactement 4 minutes) la fiole
laboratoire où s'efiectue l'oxydation. Les proportions d'acide sulfurique et
d'anhydride chromique ou de chromâtes ne sont pas non plus indiflerentcs.
Moyennant ces précautions, cette méthode se prête très commodément et
très rapidement à l'analyse d'un grand nombre de substances organiques
ternaires. Le Tableau suivant en montre l'application aux biacides acy-
cliques à chaîne linéaire.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 17^7
C pour 100
Nom de la substance. trouve. caleule.
Acide oxalique (hydraté) iQ^^J , '9>o^
Oxalate d'ammonium iG,6 10,9
Acide succinique 39,6 39,63 40>7
Succinate d'ammonium 3i ,7 01,0
Glutarate de baryum (hydraté) 16,08 16, 55 16,78
Acide adipique 49.8^ 49,^2 ^9>^^
» pimélique • 5i,85 5i,8i 52, 5o
subérique 54,43 54,48 ^3,17
azélaïque ^7,09 56,64 57,42
sébacique 08,62 58,54 59'4o
Cette méthode s'applique également à tous les membres du groupe des
sucres à Texception des méthylpentoses et de leurs dérivés, à la plupart des
phénols et acides aromatiques, sauf ceux qui sont méthylés sur le noyau
aromatique. Cette méthode se présente donc avec un caractère assei:
général. Une exception importante est celle de l'acide acétique.
Soumis à l'action de l'anhydride chromique et de l'acide sulfurique con-
centré dans les conditions précitées, il ne donne aucun signe d'oxydation.
Il en est à peu près de même de ses sels. Cependant, en prolongeant la
durée de chauffe à ioo«, il se produit avec les sels un léger dégagement
gazeux variable avec chacun d'eux. Le classement qui en résulte a mani-
festé l'influence favorable de l'oxyde d'argent et a conduit à un perfection-
nement de la méthode qui a permis de faire fentrer l'acide acétique et ses
dérivés dans la règle générale.
Ce perfectionnement consiste à chauffer la substance avec un mélange
d'acide sulfùriquc concentré et de chromate d'argent. Les proportions à
employer ont été fixées par des expériences systématiques et l'on ne doit
pas s'en écarter trop si l'on veut retirer de l'emploi de ce procédé tout ce
qu'il peut donner. Pour brûler environ o°,i de substance, on emploie
environ i5^°^' d'acide sulfurique concentré et 12s de chromate d'argent. Je
n'ai pas cru utile de reproduire les nombreux résultats relatifs à la com-
bustion de l'acide acétique; mais il m'a semblé intéressant de comparer les
résultats obtenus par l'emploi de l'anhydride chiomique d'une part et du
chromate d'argent d'autre part sur un certain nombre de dérivés acétylés.
1708 ACADÉMIE DES SCIENCES.
C pour 100
trouvé
Nom de la substance. CrO'. CrO^Ag^. calculé.
Acétine (mono) de la glycérine 25,-5 4^,5 44^8
» (di) de la glycérine 22,8 45,3 47^7
» de rérylhi'ite 18, 3 49,3 49^6
» de la dulcite 18, i5 49)6 49, 7^
» de la mannile 18, 3 4^,9 49)7^
» de l'inosite 18,2 48,6 5o
» du glucose 21, o5 49,6 49^2
» du cellose (a) 22,1 48,4 49,6
» du cellose ([3) 22,1 48,7 49)6
» du tréhalose 21, 3 48,8 49)6
Acélale de cellulose n° 1 26,5 48,7 5o
Acétate de cellulose n° 2 26,4 48, t5 5o
Acide acétylsalicylique 47^3 60,2 60
De ce Tableau il résulte :
i*' que par Temploi du mélange d'acide sulfurique et d'anhydride chro-
mique Tacide acétique combiné résiste presque complètement à l'oxydalion ;
2° qu'il est presque complètement brûlé par l'emploi d'acide sulfurique
et de chromate d'argent.
Le rôle du chromate d'argent paraît spécifique ; il ne peut être remplacé par
le chromate de plomb- l'emploi de sels de mercure, de nickel, de cobalt
n'a pas conduit non plus à des résultats comparables.
Les homologues de l'acide acétique et les alcools primaires correspon-
dants ne sont pas complètement brûlés par l'emploi de l'anhydride chro-
mique, mais on peut y parvenir par l'emploi du chromate d'argent.
CHIMIE ORGANIQUE. — Sur faction du chlorohromure de trirnéthyléne sur
(juelques cétones de la série grasse. Note de M"*" Hélèxe Billon, présentée
par M. A. Haller.
Par l'action du chlorobromure de trirnéthyléne sur les dialcoylacéto-
phénones sodées au moyen de l'amidure de sodium, MM. Haller, Bauer(')
et M, A. Haller et M"»' Ramart (^) ont obtenu des cétones § chlorées de la
(*) A. Haller et E. Bauer, Comptes rendus, t. 152, 191 1, p. i64i.
(2) A. Haller et M-"* Ramart, Ann. de Chimie, g^ série, t. 8, p. 11.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. I 709
forme
/^'
C« H5 - C — G— CH2 - CIP - CIP Cl
Il \j^,
et en même temps, dans le cas de l'isopropylphénylcétone du 2.5-diIjcn-
zoyl-2.5-diméthylheptan('.
Nous avons étendu cette réaction aux cétones de la série grasse.
Action du chlorobromure de trimélhylènc sur Visobulyrone. — A 1™*^' d'iso-
butyrone sodée au moyen de Tamidure de sodium en solution élhérée, nous
avons ajouté 1°^°' de chlorobromure de triméthylène à froid. Il se produit
immédiatement un précipité de bromure de sodium. On chauffe 5 à 6 heures
pour achever la réaction. On décompose le produit par l'eau, on décante la
couche éthérée qui est lavée et séchée. Après avoir évaporé l'éthcr on
rectifie le liquide à la pression atmosphérique. On recueille un peu d'iso-
butyrone inaltérée (P. E. i24°-i25°), et du chlorobromure n'ayant pas
réagi (P. E. i45°). On distille alors le résidu sous une pression de 20™™.
On obtient après rectification un liquide incolore, bouillant à 120''- 122°
sous 20™™, auquel l'analyse assigne la formule de la triméthyl-2.4-4-chloro-
7-heptanone-3,
(CH^)^— CH - C - C— CH='— CH^— CH'^CI.
l \cn.
Nous avons eu aussi une portion passant de i45°à i5o° que nous pensions
être constituée par le dichlorure. Soumis à une seconde distillation ce pro-
duit a subi une décomposition.
Action du chlorobromure de triméthylène sur la dinièthylpinacoline . — Nous
avons effectué cette opération dans les mêmes conditions, mais en substi-
tuant le benzène à Féther comme solvant.
Nous avons ainsi obtenu un liquide incolore distillant à iio°-ii2'^
sous 12"^'" qui, à l'analyse, a donné des chiffres correspondant à la télra--
mèlhyl-'i . 2.[\.\-chloro-'j-heplanone-i ,
CIP— C-C — C— CtP-CH^ — CH'GI.
La létraméthyléthylcétone, préalablement sodée par l'amidure de sodium
au sein du benzène, nous a donné avec le même chlorobromure la télramé-
l'jlO ACADÉMIE DES SCIENCES.
thyl-3.3.5.3-chloro-^-oclano7ic-fi (P . E. 124° sous 16™™),
Clp-^G — C — G— CH2— CH2— CIl^CI.
Nous n'avons obtenu dans aucun cas de dicétone.
Avec lapinacoline, et en opérant absolument comme pour Fisobutyrone,
nous avons isolé un liquide incolore distillant à 97° sous i ^'""^ et qui ne
contient pas de Cl. L'analyse lui assigne la formule brute G" H-' O qui en
fait un isomère de Yallylpinacoline.
La présence de ce dernier composé pourrait s'expliquer en admettant
qu'il y eût départ d'acide chlorhydrique au cours de la distillation, comme
le fait a été observé avec le benzoyl-2-méthyl-2-chloro-5-pentane (').
Toutefois les propriétés physiques et chimiques du composé obtenu ne
coïncident pas avec celles de TaHylpinacoline préparée par allylation directe
de la pinacoline (-). Ce corps ne décolore, en effet, pas l'eau bromée;
d'autre part, sa densité, sa réfraction moléculaire et sa semicarbazone la
différencient nettement de cette dernière cétone. Nous sommes portée à le
considérer comme àw pivaloyltéti amélhylène
(GH3)3_ G _ G — GH - GH^
Il I i
O GH^-GH^
Action de la diméthylamine et de la diéthy lamine sur les cétones 0 chlorées
obtenues dans la réaction précédente. — Dans chaque cas le chlorure est
chauffé à 200°, dans un autoclave avec un léger excès de diméthylamine ou
de diéthylamine en solution benzénique, pendant un jour.
Le produit de la réaction est acidifié par HCl et agité avec du benzène.
La solution benzénique contient la cétone qui n'a pas réagi. La liqueur
chlorhydrique est évaporée en partie puis traitée par de la soude concen-
trée. La base ainsi mise en liberté est extraite par de l'éther puis distillée.
Toutes ces amino-cétones se carbonatent très rapidement au contact de
l'air. Elles donnent chacune un chlorhydrate cristallisant en beaux feuillets
nacrés.
Nous avons obtenu ainsi :
(1) A. Haller et M-^-^ Ramaht, loc. cit.
(■-) A. Haller et E. Baler, Comptes rendus., l. 158, 1914? P- 829.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. I71I
La diméthylamino-i-trimèthyl-[\.l\.'j-heptanonc-S
(Cll-^)2-CH — CO— C<^|^^|f ^'-GIP— Cir-N(CH3)2 (Kb. 120» sous ^a-"-) ;
La dièthylamino- 1 -triméthyl-[\.l\.'j-heplnnone-b
(GH^)^— CM - CO - (:<^^^"'^'_Gir^- CI|2iN(Cni">)- (i:b. 1 26-- 128" sous 20™™);
La dimélhylamino- 1 -tètrarnélhyl-\ . 4 • 7 • ']-hcptanonc- 5
(Cir*j3-C-C0-G<^J^^|f ^'-Gil^-.CH2i\(GH3)^ (Éb. 126"-! 38° sous 20™-");
La dimélhylamino- 1 -tétraméthyl-[\ .4.6 .'ô-octanone-5
CGH^^-\ /('GH^i-
C2H5/^~^^^ " ^\GH2 — GH-^- GfPNCCH')-^ (Eb. i38°-i4o° sous 20™").
CHIMIE ORGANIQUE. — 5///' la Uaiisjormation des alcools ètkylèniques ter-
tiaires (genre linalol) en alcools éthyléniques primaires (genre géraniol).
Note de MM. R. Locquin et Sixg Wouseng, présentée par M. A. Haller.
C'est lin fait, signalé pour la première fois il y a longtemps déjà, par
^L Ph. Barbier, que, dans différentes conditions, le linalol
(G'-'H") (GM3).G(0II)-GH:=:GH-^
peut être transformé en géraniol (C^ H" ) (CH^) — C = CH — CH- OH.
Il était intéressant de rechercher si une semblable isomérisation d'un
alcool tertiaire en un alcool primaire constituait une exception imputable
aux propriétés souvent très spéciales des composés terpéniques ou bien
si, au contraire, on pouvait la reproduire à partir de n'impoi te quel alcool
éthylénique tertiaire possédant le groupement terminal particulier
>G(0I1)-GH = GH2
qui existe dans le linalol.
Cette étude n'a jamais été entreprise faute de matière première. Il nous
a été possible de l'aborder dès que nous avons eu à notre disposition des
quantités notables de dialcoylvinylcarbinols du type général
RR'.G(OH)-GH = GH%
1^12 ACADÉMIE DES SGIEl>GES.
alcools qui possèdent précisément le groupement terminal en question et
dont nous avons exposé le mode d'obtention dans une précédenle Note (').
Voici le résumé de nos observations : les dialcoylvinylcarbinols sur les-
quels ont porté nos expériences n'ont pas été modifiés dans le sens désiré
par action de l'eau surchauffée, même à 220^ pendant 3o heures. Par contre,
ils ont tous pu êlre isomérisés en alcools primaires correspondants sous
l'influence de réactifs acides en général (anhydride acétique à 120°; acide
acétique bouillant; gaz chlorhydrique ou bromhydrique, etc.), et c'est là
une des causes pour lesquelles, comme nous l'avons signalé précédemment,
l'éthérification de ces alcools tertiaires n'est pas convenablement réalisable.
L'isomérisalion s'est efTecluée pour le mieux en chaiiiranl au bain d'huile à i io°-i i5°,
pendant au moins i5 heures, les dialcoylvinylcarbinols avec une fois et demie à deux
fois leur poids d'acide acétique cristallisabie. Itnsuite, on précipite par l'eau, traite
l'huile surnageante par la soude alcoolique pour saponifier les acétates formés, extrait
à nouveau et rectifie enfin le produit obtenu.
Au début, distille une quantité variable d'hydrocarbures résultant d'une déshydra-
tation partielle ; puis, le point d'ébullition s'élève et dépasse plus ou moins rapidement
celui de l'alcool tertiaire initial. Pour se débarrasser des hydrocarbures restants, de
l'alcool tertiaire éthylénique non transformé, de l'alcool tertiaire saturé préexistant, etc.,
on traite alors le résidu par l'anhydride phtalique en milieu benzénique, en se con-
formant exactement aux prescriptions de Sléphan (^), car on sait que, dans ces con-
ditions, seuls, les alcools primaires ou secondaires donnent un phtalate acide. Après
séparation et saponification du phtalate acide qui a pris naissance, on obtient
finalement, avec un rendement variable suivant la nature du corps mis en jeu, un alcool
très pur, bouillant à point fixe à 2.5" au moins au-dessus du point d'ébullition de l'al-
cool tertiaire dont on est parti.
Les alcools fournis par les transpositions de ce genre appartiennent cer-
tainement, comme on s'en rendra compte par l'examen de l'ensemble de
leurs propriétés, à la série des alcools 3.3 (o// ^[^) didlcoylallyliqiics du type
général RR'C = CH — CH-OH, série dont on ne connaît actuellemenl que
trois termes à savoir : l'alcoal [î[3-diméthylallylique, le géraniol et son'
isomère le nérol.
Ce sont des liquides plus visqueux que les alcools tertiaires dont ils déri-
vent; ils sont éthérifiables et fournissent des allophanates très caractéris-
tiques, Par oxydation suffisamment énergique, leur molécule est coupée
(') R. LocQULN et SuNG WoL'SENG, Comptes rendus, t. 174, 1922, p. i53i ; voir aussi
p. 1427.
(^) Stéphan, Joarti. f, prakt, Cheni., 2*^ série, t, 60, 1899, p. a/jS.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. »7l3
avec régénération de la cétone R — CD — II', ce qui situe la position de la
liaison éthylénique. Par oxydation chromique ménagée ils donnent norma-
lement les aldéhydes élhyléniques correspondants ou ^^-dialcoylacro!éincs
RIV — C = CH - CHO; mais nous ferons dès maintenant remarquer que
ce dernier résultat ne saurait être suffisant pour constituer à lui seul une
preuve irrécusable de la présence d'une fonction alcoolique primaire. Aussi
avons-nous établi le caractère primaire de cette fonction par d'autres
moyens.
Les indications ci-dessous rassemblent les principales données qui jalon-
nent notre travail.
1'^ En pai-lanl du inélliylisoliexylvinylcarbinol (Eb,;,..- = 89°-9i°.) nous avons obtenu,
avec un rendemenl net de 20 pour 100, Valcool ^-mél/ijl-S>-isohexylallylique
C'«H2oO (Eb,,,„„i=ziio'') et fournissant, par oxydation, la |3-méthyl-[3-isohe\ylacroléine
(Ebi,„,„ =: 95° à io5") dont la semicarbazone fond à 164*'. Par hydrogénation calaly-
tique à froid (Pt ou Ni ), le même alcool 3-métliyl-3-isohe\yIallylique conduit au
télraliydrogéraniol déjà connu et dont l'alloplianate fond à 117".
2° Èa parlant du dipropylvinylcarbinol (El)i2".".= 75°-76'') nous avons obtenu, avec
un rendemenl de 20 pour 100, Valcool Çjp-dipropvlc'llrUr/iie
C'-'H"*0(Eb,,..— 99'^-ioi")
dont l'alloplianate fond à 1/47°- '48° sur les bains de Hg.
Cet alcool allylique disubstitué nous a fourni par oxydation la [3,3-dlpropylacroléine
dont la semicarbazone fond à i7i"-i73°, tandis que par hydrogénation (H-hPt), il
nous a conduit à un alcool saturé dont l'allophanate fond à i33''-i34" et la semicar-
bazone du pyruvate à 116" après séchage à l'étuve.
Ce dernier alcool saturé est Identique, par ses propriétés et par celles de ses dérivés,
à l'alcool j3[3-dipropylpropylique, indubitablement primaire, que fournil la réduction,
par le sodium et l'alcool absolu, du |3|3-dipropylacrylale d'élhyle (Eb,o»"= 122°- 128°)
obtenu lui-même par déshydratation de l'oxyéther formé dans la condensation clas-
sique de la bulyrone avec le bromacélale d'élhyle.
3° En partant du mélhylterl.bulylvinylcarblnol (Eb = i46°-i:i7°), nous avons pré-
paré, avec un rendement supérieur k 5o pour 100, Valcool pmélliyl-'^-lert.butylal-
/y/«(7weG»H'«0(Eb,2-.= 84°)donl l'allophanate fond à 77°. L'aldéhyde correspondant,
ou j3-métliyl-^-lert.butylacrolélne, bout de 75° à 78° sous iS"""' et sa semicarbazone
fond à 2o4"-2o5"; son oxydation (à l'air ou par AgOH) conduit à l'acide p-mélhyl-
|3-tert.bulylacrylique fondant cà 85" et transformable, par léger chauffage avec de
l'acide sulfurique, en une lactone saturée CMP^Q-^ bouillant à 110° sous i4'°'^" et
fondant à 98"'-99° déjà décrite par Pelschnlkow.
I714 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Sur les roches paléozoïques draguées par le Pourquoi-Pas? en
1921 dans la Manche occidentale. Note de MM. F. Kerforne et L. Dan-
GKARD, présentée par M. Pierre Termier.
Dans une Note récente à l'Académie des Sciences ('), MM. Paul Lemoine
et René Abrard ont étudié les roches crétacées draguées en 1921 par le
Pourquoi-Pas? M., le D^'Charcota rapporté également du fond de la Manche
une grande quantité de roches sédimenLaires paléozoïques, de roches érup-
tives et métamorphiques, recueillies à bord par M. Hamel.
La plupart des échantillons se présentent à l'état de galets de taille
variable dépassant parfois iS*^™; certains blocs ont une forme anguleuse ou
irrégulière ; deux seulement semblent avoir été arrachés au substratum.
Étant donnée la profondeur à laquelle ils ont été dragués (20'° à iio™),
ils paraissent dans beaucoup de cas provenir d'affleurements sous-marins
peu éloignés, auxquels ils ont pu être empruntés à des époques diverses.
Sans parler des roches éruptives et métamorphiques dont l'étude n'est
pas encore achevée, la liste des roches identifiées est longue. Les grès
dominent de beaucoup : grès rosés du type des grés d'Erquy^ grès blancs
rappelant le grès armoricain, grès sombres et quartzites noirs analogues à
ceux du Gothlandien, etc.
Dans quatre stations, dont trois entre Cancale et Chausey, on a trouvé
des roches briovériennes typiques; enlin la drague a rapporté au sud de
Guernesey du minerai de fer type Normandie et entre Serk et Carteret
plusieurs échantillons de calcaire primaire, sans doute dévonien.
Les grès du type d'Erquy ont été recueillis en abondance dans 18 sta-
tions sur 3o. Leur grande répartition dans le golfe normanno-breton et
jusque dans la fosse centrale donne à ce faciès une importance que l'on ne
soupçonnait pas, étant donnés les afdeurements peu considérables qui
existent sur la côte, et serait en accord avec l'hypothèse émise par l'un de
nous (-) que les grès d'Erquy constitueraient une formation à caractère
transgressif, supérieure au Dévonien, peut-être permienne.
Il faut noter l'existence de galets du même grès au nord de Cancale, à
(•) Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. 2^3.
(^) F. Kerforne, Sur la géologie des Cotes-du-Nord {Bull. Soc. se. et méd. de
l'Ouest, t. 22, n» 2, igiS).
SÉANCE DU 26 JUIN 19^2. I7l5
peu de dislance du gisement quaternaire du Mont Dol où les fragments de
grès d'Erquy se rencontrent, ainsi d'ailleurs que des silex crétacés.
9 Autres roches
séàiïï\entàireç,
A,^ "Iw— v.J
51
La présence de galets de roches sédimentaires au nord de Taxe cristallo-
phyllien du Léon, jusqu'au large d'(3uessant, fait espérer qu'on retrouvera
la trac3 de synclinaux paléozoïques immergés qu'il y aurait intérêt à
rechercher par des dragages effectués entre Ouessant et les iles Scilly.
C'est encore la drague qui permettra sans doute d'élucider le problème
des relations des synclinaux du Cotentin avec ceux de Bretagne, relations
qu'il est difficile d'imaginer actuellement.
Les résultats de la campagne de 1921 sont donc intéressants et montrent
Futilité de nouvelles explorations sous-marines. Ces crosières apportent
une aide précieuse à l'étude du Massif armoricain et à la solution de
problèmes stratigraphiques et tectoniques qu'il est difficile de résoudre
sans connaître le fond de la Manche.
iyi6 ACADÉMIE DES SCIENCES.
GÉOLOGIE. — Sur la découverte du Silurien à Graptolithes et du Bèvonien à
Tentaculites aux Beni-Afeur (sud de Djidjelli, Algérie). Note (') de
M. F. EiiRMAN.v, transmise par M. Ch. Depéret.
La région des Beni-Afeur (Douar Djimila), où affleure le Primaire, est
située à 25''™ au sud-sud-est de Djidjelli, à environ 55''°' au nord-ouest de
Conslantine, et à i 5''°' au sud de Taher, sur la bordure ouest du massif
ancien de CoUo.
Ce pays, d'un abord et d'un parcours difficiles, est sauvage, boisé, très
peu peuplé, entrecoupé de gorges profondes aux contreforts abrupts, offrant
parfois des dénivellations de plus de iooo"\ Les explorations géologiques
y sont malaisées et il n'y a rien d'étonnant à ce que cette découverte n'ait
pas été faite plus tôt.
Les couches primaires, peu puissantes (quelques centaines de mètres)
affleurent sur prés de 8'"" sur les flancs sud et ouest du dj. Kelaa (1248™-
i25o™) où elles sont, dans l'ensemble, faiblement inclinées vers le Nord et
l'Est, avec plongement sous cette montagne. Les affleuremenls primaires
forment, aux environs de l'altitude 900™, une croupe à arête sud-ouest
circonscrite par le confluent de l'oued Zatout (rivière des ramiers) et de
l'oued Djinedjène, un peu en aval du coude brusque que forme cette oued,
lorsque, empruntant le couloir ^ud-nord d'un axe anticlinal du massif
*îancien, il abandonne sa direction Ouest-Est pour prendre la direction Sud-
Nord qu'il conservera jusqu'à son embouchure dans le Sahel de Taher.
Dans une reconnaissance de cette région (août 1921), j'avais découvert
des conglomérats , arkoses^ grauwackes^psammites^ schistes^ calcaires marmo-
réens à Orthoceras et calschistes à Tentaculites que. vu le faciès, je rapportai
au Dévonien.
Cet étage géologique n'ayant jamais été signalé paléontologiquement
dans le nord de l'Algérie et, d'autre part, les fossiles recueillis me semblant
insuffisants, je n'avais pas cru devoir publier cette découverte.
Ayant pu, en avril dernier, consacrer quelques jours à l'étude des Beni-
Afeur^ un heureux hasard m'a permis de découvrir quelques débris de
Graptolithes (Monograptus) dans des schistes qui me semblent appartenir à
une assise discordante sous la série signalée ci-dessus.
(*) Séance du 19 juin 1922.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1717
D'autre part, de nouveaux fossiles : Polypiers, Crinoùies, Céphalopodes,
Tenincidites, Styliolina, etc.. ainsi que le faciès typique des grauwackes,
psammites, calschistes. marbres colorés en particulier, confirment Tâge
dévonien d'une partie des assises primaires des Beni-Afeur.
Les schistes à graptolithes et schistes graphitiques surmontent une série
puissante de gneiss, phyllades, granidites, calcaires cristallins et cipolins,
schistes divers plus ou moins métamorphiques, avec intercalations de con-
glomérats et quartzites. Cet ensemble pourrait représenter le Précambrien.
le Cambrien, et aussi le Silurien.
Dans cette Note, je ne donnerai que la succession des différentes assises
primaires à partir des schistes à graptolithes, d'après une coupe SW-NE,
suivant Féperon du dj. Kelaa, passant par la Mechtat Zouararane et le
marabout Kedit Salem. On observe de bas en haut :
I" Schistes à graptolithes, schistes gris bleu satinés et schistes graphi-
tiques.
2° a. Grès schisteux verts, grès verts grossiers, quartzites, arkoses et
poudingues.
b. Schistes violacés à veines de quartz blanc, lits de conglomérats
bigarrés et brèches schisteuses.
3° Poudingues, brèches et arkoses, discordants sur l'assise précédente.
40 a. Schistes modifiés avec lentilles de grès, quartzites et petits lits de
conglomérats, de calschistes et de grauwackes à Tentacidites.
b. Schistes à Tentaculites et Styliolites {Styliolina clavulus).
c. Grauwacke d'un brun terreux, à fossiles indéterminables.
d. Grès calcarifères durs, gris bleu foncé, à empreintes mécaniques.
5° Schistes violacés, gris bleu, jaunes, avec nodules, lentilles ou pla-
quettes calcaires ainsi que des lentilles de grès, quartzites, conglomérats.
Une lentille de calcaire marmoréen a fourni des polypiers {Alvéolites,
Cyathophyllum, etc.).
6° Schistes violacés, psammites, grauwackes, fer ohgiste.
7° Assise calcaire discordante sur les précédentes et comprenant :
a. Calcaires bréchoïdes, marmoréens gris bleu à Orthocératidés et Cri-
noides (Rhipidocrinus).
b. Calschistes à lentilles de marbres bariolés rougeàtres dans l'ensemble,
avec Crinoïdes, Tentaculites scalaris, Coleoprion gracilis, etc.
c. Calcaires marmoréens à Orthocératidés abondants.
11 est intéressant de noter certaines analogies de faciès avec le Dévonien
du Sahara, de la Sardaigne, ainsi que la remarquable analogie pétrogra-
C. R., 1922, i" Semestre. (T. 174, N» 26 ) ^^^
1718 ACADÉMIE DES SCIENCES.
phique des arkoses, grauwackes, psatntnites, calschistes et marbres avec
ceux de Belgique et du pays rhénan.
Toute cette série primaire est couronnée en discordance par une puis-
sante assise détritique tertiaire (conglomérats, grès et marnes à Lépido-
cyclines).
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Reparution de la température dans Le lac du
Bourget. Note de M. Ch. Gorceix, présentée par M. Pierre Termier.
La température d'un lac étant fonction de l'espace et du temps, lorsqu'on
parle de répartition, il est sous-entendu que c'est à un instant donné, ou
tout au moins pendant un temps assez court pour que les variations soient
négligeables.
Avec les thermomètres à renversement les opérations sont longues;
réparties sur un temps assez long, les mesures, si elles sont nombreuses, ne
donnent que de grossières moyennes.
Un appareil que je viens de réaliser, avec le concours pécuniaire de la
Direction des Recherches scientifiques et des Inventions, permet au con-
traire de recueillir en un temps excessivement court un nombre suffisant
d'observations pourarrivcràdesconclusions précises. Il vientdemepermettre
de réaliser en 28 heures de travail près de 5oo mesures de température
à o°,2 ou o°,3 près, réparties en 6^ stations sur les 45"""' du lac du Bourget.
En marche normale, on peut compter sur 3o lectures à l'heure, y compris
les déplacements.
L'appareil devant être docril dans un aulre recueil, je me borne à indiquer qu'il
est basé sur la mesure des variations, avec la température, de la résistance électrique
d'un fil de cuivre fix-é au bout d'un câble qui se déroule sur un treuil. Ce câble com-
prenant, outre une àme en acier, trois conducteurs en cuivre, permet de transporter
jusqu'à la résistance thermique un sommet convenable du pont de Wlieatstone et
d'annuler ainsi l'ellet des varialions calorifiques du câble. Un galvanoscope de mani-
pulation Garpenlier, suspendu à trois caoutchoucs, et un rhéostat à deux décades
donnent les varialions de résistance à o,o5 ohm.
Un dispositif à contact de mercure indique l'arrivée de la sonde au fond. En raison
de la conductibilité et de la pression de l'eau, les détails de construction sont très
importants.
Les résultats que j'ai obtenus concernent la période du i5 mai au
7 juin 1922. Ce fut une période de forte chaleur succédant à une période
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. I719
de pluie qui avait fait déborder le lac. i.e i5 mai il occupait à peu près son
lit majeur; jusqu'à fin maison niveau avait baissé alors que celui du lihône
montait, de sorte que dans les premiers jours de juin ce fleuve était sur le
point d'y déverser ses eaux, comme il le fait pendant 3 mois environ tous
les ans; le lac était presque fermé.
Au début le lac était donc froid. La température à la surface oscillait
autour de 12", 6 pour descendre à cf,l\ à 10'" et 7*^,3 à 3o"\
Les mesures eflfectuées les i5 (soir), 16. 19, 11 où la température à la
surface s'éleva à 19". (J montrent que raugnientalion fut surtout superfi-
cielle: à 9" il n'y avait aucun changement; le 3o mai (matin ) la tempéra-
ture moyenne à la surface atteint 20'', 9. La couche chaude a gagné forte-
ment en épaisseur, à 4™ on a 20^,2, mais, à partir de là, la décroissance est
rapide, à 9"^ on n'a plus que 1 1" et Tuniformité ne se produit plus qu'à i 2™
ou i4".
Le 2 juin, un orage et une violente tempêle ayant agité les eaux, on trouve
le 3 juin une courbe à décroissance plus régulière; la chaleur a gagné en
profondeur : 2" à 10™, o°,5 à 20^".
Le fail capital ressortant des observations, c'est l'identilé des formes des
courbes de répartition suivant la verticale, en tous les points du lac, et le
peu d'écart qu'elles présentent entre elles le même jour. La forme est
connue; le point d'inflexion correspondant à la couche du saut de Richter
s'abaisse au fur et à mesure de l'emmagasinement de la chaleur.
Une remarque assez générale, c'est que les courbes de deux points à
températures superficielles inégales se coupent de façon à présenter sensi-
blement des aires égales, c'est-à-dire que la quantité de calorique par unité
de surface est à peu près constante. C'est une sorte à'isoslasie calorifique
qui se traduit par un courant superficiel et un courant de profondeur
moyenne en sens inverse du premier, avec région calme à la hauteur du
point d'intersection (10™ pour l'époque considérée). Je crois que c'est là
l'explication de ces courants, difl'érents de ceux produits par le vent, qu'on
observe dans le lac.
Pour l'étude de la répartition, on peut se borner à opérer tous les mètres
entre 0°^ et lo'", puis à 20™ et 3o"\ et ne faire par jour qu'une ou deux
mesures au delà.
En novembre 1919 j'avais trouvé une ligne de puits dont la température
variait de 12'' à ilf,'] au lieu de 11°, allant de Saint-Simon à Puer en
passant par La Fin; je pensais que le courant chaud se prolongeait dans le
lac. Je n'en ai pas trouvé le moindre indice; il est vrai que l'été est mal
i;20 ACADÉMIE DES SCIENCES.
choisi pour ces recherches, la couche où peiivenL se trouver ces sources
étant à la même température ou à peu près.
En traçant les courbes journalières de répartition on peut facilement
déduire de l'aire qui les sépare la quantité de calories emmagasinées ou
perdues, dans le laps de temps considéré. Ce calcul fait pour la période
de i4 jours du i5 au 3o mai 1922 m'a donné le chiffre de 25 x 10" grandes
calories, soit celui que produirait la combustion de 35710 wagons de
10 tonnes de houille, dégageant 7000 calories, ou une couche uniforme sur
le lac de 6™"', G. Entre le plus grand hiver et Tété le plus chaud on trouve-
rait une quantité 10 fois plus grande.
Les deux bassins ne jouissent pas du même climat : celui du Nord est plus
méridional, c'est un fait connu. Les courbes montrent qu'en ell'et le lac y
est plus chaud de ()°,5 environ. J'attribue ce fait un peu à la plus grande
largeur et à la disposition des bords du lac qui prolongent l'insolation et
surtout au déversement du Rhône qui, par application du paradoxe cité
pnr Foret dans le Léman, en raison de l'accroissement de densité de ses
eaux limoneuses, apporte au lac la même quantité de chaleur que 5 ou G jours
d'été de plus que dans le bassin du Sud.
11 serait intéressant de poursuivre ces études sur au moins une année
entière, en y consacrant 2 ou 3 jours par mois.
PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Stir le mécanisme de Vaclion parasitaire du
Pénicillium glaucum LiiikcL du Mucor stolonifer Ehih. \ote de M. Pif.kre
NoBÉcouiiT, présentée par M. Guignard.
Le Pénicillium glaucum Lk et le Mucor stolonifer ¥\\vh . sont, on le sait,
deux champignons vivant très communément en saprophytes sur des subs-
tances très diverses. Mais, outre ce mode de vie, ils peuvent parasiter un
certain nombre de fruits mûrs ou encore verts et en amener la pourriture
plus ou moins rapidement.
C'est Davaine ( ') qui le premier a montré que la pourriture des fruits est
occasionnée par le développement du mycélium de divers champignons et
non pas, comme on le croyait alors, par une altération chimique, une
exagération de la maturité. Mais l'illustre biologiste n'avait pas indiqué par
(') Davainii:, Recherches sur la pourrilare des fruits {Comptes rendus, t. 63,
1866).
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1 7 j I
quel mécanisme les champignons incriminés produisent les modifications
que Ton constate dans les fruits infectés. Nous avons repris Tétude de cette
question et voici les premiers résultats que nous ont fournis nos recherches.
Nous inoculions artificiellement des fruits avec des spores provenant de cultures
pures de Penicilliiini ou de Mucor. La surface du fruit à inoculer était préalablement
lavée à l'alcool (parfois même llambée) afin d'en assurer l'asepsie: puis, avec une
aiguille ou une lame llambée, on faisait une plaie nu fruit, dans laquelle étaient
déposées les spores provenant de la culture pure. La poui riture se propageait alors
plus ou moins rapidement autour du point d'inoculation, suivant l'espèce de fruit sur
lequel on opérait. Les Tomates, même vertes, sont très rapidement [envahies [par le
Mucor stolonifer, et plus lentement par le PeAJi'c////«/« glaiicum: les Poires sont
également très sensibles au premier de ces champignons ; au contraire, les Pommes
sont plus facilement attaquées par le second.
Ajoutons qu'après pourriture complète des fruits, on prenait soin de vérifier que
celle-ci était bien due au champignon inoculé.
Les fruits ainsi infectés sont plus ou moins ramollis, leurs tissus désorganisés n'of-
frant plus de cohérence par suite de la dissolution des lamelles mitoyennes unissant
les cellules entre elles. L'examen microscopif[ue permet de constater que le proto-
plasme, recroquevillé, granuleux et opaque, est mort.
On peut exprimer facilement le suc des fruits ainsi ramollis. Après fillration, les
sucs obtenus se présentent sous laspecl de liquides d'un jaune plus ou moins pâle,
légèrement opalescents, à réaction acide.. En y plongeant des fragments de tissus végé-
taux diveis (fragments de Pomme, de Poire, de tige de Fève, de tubercule de Topi-
nambour, de Carotte, de bulbe d'Oignon, etc.), nous avons pu constater qu'au bout
d'un certain temps ces tissus étalent ramollis et avaient leurs cellules plasmolysées et
tuées, c'est-à-dire présentaient les mêmes phénomènes que les tissus des fruits para-
sités par les champignons dont nous nous occupons.
La meilleure manière d'observer ces faits consiste à faire des coupes épaisses de
tissus végétaux et de les immerger dans les sucs à étudier. En examinant de temps à
autre ces coupes sous le microscope, on peut suivre la marche des efl'ets produits et
constater qu'ils sont identiques à ceux produits par les champignons eux-mêmes.
Un exemple particulièrement net est fourni par le suc que l'on peut extraire des
Poires attaquées par le Mucor slolonifer. En y plongeant immédiatement après sa
préparation des coupes de tissus végétaux, on constate qu'elles se ramollissent progres-
sivement, en même temps que la plasniolyse de leurs cellules se produit et s'accentu
de plus en plus. Le temps nécessaire pour obtenir une désorganisation complète de
ces coupes est variable suivant la nature des tissus employés, leur épaisseur et aussi
la température. A 20°, des coupes de carotte épaisses de iCoH- sont complètement
ramollies et ont leurs cellules tuées en 3 heures environ.
La courte durée de ces expériences montre que les effets constatés sont bien dus à
des substances présentes dans les sucs utilisés et non à des microorganismes qui s'v
seraient développés postérieurement à leur pré))aration. D'ailleurs les mêmes effets
se produisent encore et dans le même laps de temps, si l'on additionne ces sucs de
corps susceptibles d'empêcher la pullulation microbienne, tels que le chloroforme ou
1^22 ACADÉMIE DES SCIENCES.
le toluène. Nous avons en outre vérifié que des sucs extraits de Pommes, Poires ou
Tomates saines ne désorganisent point les tissus végétaux qu'on y plonge.
Nous pensons donc avoir démontré, par cet ensemble d'expériences, que
Faction nuisible exercée sur les fruits par le P. glaiicum et le M. slolonifer
est due à des substances sécrétées par ces champignons et qui, diffusant
dans la chair du fruit parasité, se reliouvent dans le suc que l'on peut en
extraire.
Quelle est la nature de ces substances? Nous croyons pouvoir affirmer
qu'elles sont de nature enzymoïde. En effet les sucs en question, chauffés
vers 60° pendant un quart d'heure, perdent déiinilivement leur action des-
truclrice sur les tissus végétaux, tandis que, refroidis aux environs de 0°,
ils voient leur action temporairement suspendue jusqu'à ce que la tempé-
rature soit redevenue plus favorable. Or ces deux propriétés sonl précisé-
ment caractéristiques des enzymes.
De plus, ces substances peuvent être extraites des sucs actifs en traitant
ceux-ci par plusieurs volumes d'alcool fort : on obtient ainsi des précipités
floconneux, blancs ou jaunâtres, que Ton peut recueillir par filtration ou
centrifugation. Ces précipités se redissolvent presque totalement dans l'eau
et ces solutions exercent sur les fragments de tissus végétaux les mêmes
effets que les sucs à partir desquels on les a obtenues.
Notons que Cl's substances, que nous pourrions qualifier de toxines fon-
gi({ues, n'agissent qu'en milieu acide. Sil'on alcalinise avec du bicarbonate
de soude les sucs en dissolutions qui les contiennent, les coupes de végé-
taux (|ue l'on y plonge ultérieurement conservent leur aspect normal.
Nous avons essayé d'obtenir ces toxines en cultivant nos champignons
sur bouillon de carotte, dans des ballons à fond plat. Mais, même après un
abondant développement du mycéiium, nous n'avons pu constater d'effet
destructeur appréciable du liquide de culture. Toutefois, en retirant le
mycélium de il/wco/- i/o/o/«'/e/' de son milieu de culture et en le mettant
macérer pendant plusieurs jours dans de l'eau stérilisée, nous avons obtenu
un li([uide doué de la propriété de désorganiser les tissus végétaux.
Remarquons enfin que les toxines sécrétées par le P. i>iauciim et le
M. slolonifer aghsent même sur les tissus de plantes c[ue ces champignons
sont incapables de parasiter (Carottes, Topinambours, Fèves, etc.). On
semble eu droit d^en conclure que l'immunité dont jouissent ces plantes
envers ces champignons n'est pas due à la résistance de leurs tissus aux
sécrétions de ces parasites, mais à d'autres causes que nous essayons d'éta-
blir par des recherches actuellement en cours.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 17^^
BIOLOGIE VÉGÉTALE, — Observations sur l'oplimnin d'aUiludc pour la colo-
ration des Jlcnrs. Note de M. .Iosepm Rouget, présentée par M. Gaston
Bonnier.
L'Hépatique {Hepatica iriloba Cliaix)est une plante montagnarde. Sur le
versant nord des Pyrénées centrales où ont été faites mes observations, on
ne la trouve guère au-dessous de 4oo"^ d'altitude, mais elle peut remonter
jusqu'à 2000'". Les fleurs sont blanches, roses ou bleues, ou d'une couleur
intermédiaire entre ces trois teintes. Les pieds à fleurs blanches perdent
généralement leurs feuilles chaque année, tandis que ceux à fleurs roses ou
bleues ont tendance à les conserver. Or, les pieds qui portent les fleurs les
plus brillamment colorées se trouvent toujours, dans des stations ombra-
gées, sur les versants exposés au Nord, entre 700"^ et 1000'". Plus haut, ces
vives couleurs s'atténuent, et, à la limite supérieure d'extension de cette
espèce, tous les pieds portent des fleurs blanches. A cette même altitude de
700-" à 1 000"". la couleur des fleurs se dégrade, dans les stations ensoleillées,
jusqu'au blanc le plus pur.
J'ai pu reproduire expérimentalement les variations de coloris observées
dans la nature. De fortes toufl'es d'Hépatiques, prises dans les endroits où
les fleurs étaient vivement colorées, ont été transplantées, à l'exposition
Nord, dans la Station de Pène-Blanque (ait. 200o'")et au jardin de l'Obser-
■ vatoire du Pic du Midi (ait. oSSo"").
L'année suivante, ces pieds portèrent des fleurs complètement blanches.
Et même les Hépatiques de la Station de Pène-Blanque, plantées dans les
endroits abrités par les Rhododendrons, s'y sont très bien adaptées et
continuent à donner des fleurs blanches, comme celles du type spontané
qu'on peut encore trouver à cette haute altitude. D'autre part, des Hépa-
tiques, également choisies dans les endroits où les fleurs sont les^ plus
colorées, entre 700°^ et looo'", ont été transplantées à diverses expositions
entre 5oo™ et 600"". Partout où les fleurs ne se sont pas développées à
une exposition Nord, leurs teintes ont plus ou moins pâli ou même ces
fleurs sont devenues complètemenl blanches. Suivant la durée de l'inso-
lation, la décoloration a été plus ou moins accentuée.
D'autres espèces m'ont donné des résultats analogues à ceux que j^ai
obtenus avec l'Hépatique. Ainsi le Ramondia pyrenaicaWich. elYHorminum
pyrenaicum L. ont des fleurs violettes dans leurs stations naturelles; ces
deux espèces ont été cultivées d'une partà Bagnères-de-Bigorre (ait. 548"),
1724 î^GADÉMlE DES (SCIENCES.
et y ont donné des fleurs d'un violet pâle; d'autre» part, au sommet du
Pic du Midi où la décoloration a été encore plus accentuée et où les fleurs
sont devenues incomplètement blanches. Par contre, à Pène-Blanque, les
fleurs ont toujours été dun violet très intense.
De même, une forte touff'e à' Alliiun fallax Don, cultivée à Bagnères-de-
Bigorre où les fleurs étaient d'un rose clair, a été divisée et les fragments
ont été plantés, les uns à Pène-Blanque, les autres au sommet du Pic du
Midi. A 285o™, les fleurs furent d'un rose clair comme dans la plaine,
tandis qu'à 2000" elles devinrent pourpres. Cette altitude de 2000'" est
donc voisine de l'optimum pour la coloration des fleurs de ces trois espèces.
XJ'Aconilum Napellus L., V Ac]uilegia vidg'aris h., le Brunclla grandijhra
Jacq., cà fleurs violettes, rarement blanches; le Géranium pyrenaicuinW \\\à. ,
à fleurs d'un rose lilas, ont été cultivés au Jardin de TObservaloire du Pic
du Midi. Ces plantes y ont toujours donné des fleurs décolorées, bleuâtres
ou blanchâtres.
Chez Iqs Ficaria ranunculoides Mœnch., (altha palustris Willd., Geum
pyrenaicnin Willd. et biivaticum Pourret, Lilium pyrenaicuni (ïouan, Fri-
lillavui pyrenaica L., à fleurs jaunes ou jaunâtres, j'ai aussi constaté une
atténuation très marquée de la coloration lorsqu'on cultive ces espèces dans
les mêmes conditions que précédemment.
Certaines espèces paraissent se comporter autrement que les précédentes.
Ainsi V Alliiim Sphœnoprasum L. est une plante à fleurs roses; cultivée à
Pèn€-Blanque et au sommet du Pic du Midi, celte espèce donne des fleurs
violettes, et même d'un violet intense dans cette dernière station. Les fleurs
de Thalictum aqiiilegifolium. L., qui sont roses ou blanchâtres à Bagnères-
de-Bigorre, deviennent d'un rose foncé à Pène-Blanque et d'un rouge violacé
au sommet du Pic du Midi. Le Pinguicula vulgaris L. a toujours des fleurs
d'un bleu intense au sommet du Pic, alois que, plus bas, les fleurs de
cette espèce varient du bleu au blanc. On peut dire que, pour la colora-
tion des fleurs de ces espèces, il n"y a pas d'optimum d'altitude, cette colo-
ration augmentant d'éclat et d'intensité jusqu'à la limite extrême de leur
aire altitudinale.
Ces expériences et ces observations ajoutent de nouveaux exemples à
ceux qui avaient été doiméspar M. Gaston Bonnier sur l'optimum d'altitude
pour la coloration des fleurs (' ), et montrent, par des faits précis, à quel
point cet optimum est variable suivant les espèces.
(*) G. BoNMER, Recherches expérimenlales sur Vadaptalion des plantes au climat
alpin {Ann, des Se. tiat. : Bot., "j" série, t. 20, iSgS).
SÉANCE DU 2(3 JUIN 19^2.
1-25
BOTANIQUE. — Stir la tiiniéfacUoii et la tubérisalion.
Xole de M. Jeax Dlfrexoy, présentée par M. L. iMangin.
La présence de tumeurs, accidentelle et pathologique chez la plupart des
plantes, peut devenir habituelle chez certaines espèces : chez diverses
Eucalyptus, le collet de la plantuïe se dilate toujours, par prolifération des
bourgeons axillaires des cotylédons et des premières feuilles, qui, en se
fusionnant, englobent les premiers entre-nœuds de la tige, Taxe hypocolylé
et la base de la racine ('); ainsi, se forme un tubercule pourvu de racines
et de nombreux bourgeons, noyant des entre-nœuds caulinaires dans un
parenchyme ligneux : de larges rayons médullaires y séparent des paquets
de fibres torses (fig. i).
y\„_ ,. _ Tumeur du Collet d'Eucalyptus eugenoïdes (envoi Hookcr, Tcclinological Muséum,
Sydney). A droite, bois caulinaire normal; à gauclie, bois de tumeur de la même coupe trans-
versale. (Pliotomicrographie; x 76.)
Des tumeurs homologues dilatent la base de nos J<>icacées arborescentes
{ftg- 2).
Des nodules apparaissent au-dessous du collet de la plupart des jeunes
Arbutus Unedo des Pinada d'Arcachon, et augmentent de volume à mesure
que Tarbre grossit : sur sa souche fortement dilatée, l'arbre adulte forme
(M Fletchkh and MissoN, Shoot beariiig tumours of Eacalypls aiid Angophoras
{Proc. Lmn. Soc; A'. S. U'aies. avril 1918).
1726 ACADÉMIE DES SCIe'nCES.
des tiges puissantes. La cause de ces dilatations reste obscure: dans les
\^'
Fig. 2. — Coupe transversale de tumeur du collet d'un jeune Arbiftus Unedo. En bas, bois normal
de 1920; en liaut, bois de lunieur formé en i;)2i, avec rayons médullaires hyperplasiés (/•).
(Photomicrographie; x 7').)
Fig. 3. — Coupe transversale dans une tumeur du Collet de jeune Arbutus Unedo (déc. ig-^i)- X, bois
d'automne 1920; x.^, bois de printemps; x'.,, bois réaclionnel de la tumeur; RM, rayon médullaire
hyperplasié dont les cellules sont bourrées d'auiyloleucites («); C, assise cambiale fonctionnelle;
P, P', détail des ponctuations des cellules ligneuses de la tumeur; 1\ aspect exiérieur de la tumeur
principale; T.M, tumeur mélaslasi(]ue ; XY, plan de la coupe transversale.
i^égions cambiales et pbellodermiques des tumeurs (TArbutii.s, de très rares
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1727
bactéries peuvent être mises en évidence, mais leur culture sur gélose ou
carotte n'atteint qu'un développement insi<^ni(iant ( ').
Ces rendemMits ne paraissent pas indispensables; certains .4/'A/////.y jeunes
en sont privés et, par germination aseptique, la plantule forme ses coty-
lédons sans hypertrophier aucune de ses parties.
Ces tumeurs accumulent en automne et en hiver, dans leurs rayons
médullaires hypertrophiés et hyperplasiés {fîg. 3), de grosses quantités
d'amyloleucites : elles ont donc la signification anatomiquc et ph\siolo-
gique de tubercules, tubercules peu perfectionnés, oiVrant un exemple de
transition entre la tuméfaction et la tubérisation.
PHYSIOLOGIE. — Perméabililé ionique élective des éléments cellulaires. Note
de MM. AV. Mestrêzat, Pierre Girard et V. Morax, présentée par
M. E. Roux.
Les belles recherches de Hamburger sur les globules rouges ont défini-
tivement établi la perméabilité des membranes cellulaires aux électrolytes.
Nous n'avons cependant que peu de renseignements sur la modalité de
cette perméabilité, dont dépend d'une façon étroite le chimisme proloplas-
mique. Les ions des différentes molécules dissociées franchissent-ils les
parois cellulaires en proportions moléculaires chimiquement équivalentes
ou bien les anions et les cations sont-ils l'objet d'un triage sélectif au niveau
de la paroi, comme le laisserait entrevoir la difTérence de composition miné-
rale des tissus et des sécrétions de l'organisme?
Les difficultés rencontrées par les auteurs qu'ont préoccupé ce problème
nous ont paru tenir davantage au test choisi par eux qu'au caractère délicat
des essais poursuivis.
Les quelques expériences de Hamburger sur ce sujet appellent des réserves;
celle réalisée par AL MoUiard avec le Sterigniatocystis nigra et le cblorure
d'ammonium est déjà démonstrative. Il nous a semblé que la cornée, mem-
brane de nature conjonctive, recouverte sur sa face externe parl'épithélium
stratifié de la conjonctive bulbaire et sur sa face interne par l'endothélium
de la chambre antérieure, constituait, par la double barrière do cellules
soudées qu'elle présente, un objet d'études exceptionnel.
Si l'on cherche à déterminer chez le lapin et le chien la perméabibté de
(') E. Sinilli rapporte avoir isolé le Bacteriuin lumefaciens d'une îumeiir de
VA.Unedo, qu'il considère comme une galle en couronne.
1728 ACADÉMIE DES SCIENCES.
dedans en dehors de celte membrane aux ions de différents sels, on est
frappé du fait que les anions et les calions d'une même molécule dissociée ne
traversent pas la cornée en proportions chimiquement équiçalenles. Nos
expériences ont porté sur divers sels alcalins et alcalino-tcrreux. Voici
(|uelques chiffres relatifs à Ca (NO) et MgSO. Les rapports (NO'):(Ca)
et (SO''):(Mg), évalués en ions-milligrammes par litre dans le Tableau sui-
vant et dans Thumeur aqueuse, après irenle minutes de contact de l'cpilhé-
lium externe de la cornée avec des solutions de ces deux sels, ont varié,
dans les expériences rapportées ci-dessous, de — ^ à -^ et de —^ à ' .
o,oc5 o,o\ 0,09 o,65
M i 1 1 igra m m es-ions
Concen-
dilTusrs
par litre.
tration
. -»^_
---^—
bain
Anions.
Calions.
Rapport
j-Ca .4 Acj.
ext.
p. 100.
R('aclion.
Dun'e
e\p.
(NO^)'.
(Ca)".
anions
( NO^
cations
1921
26 nov, . .
4
n eu Ire
3o'
3,657
0,061
2/0, o3
28 déc. . .
4
neutre
3o
2,756
o,48i
2/0 , 34
1922
16 févr . .
5
pW
3o
i4,634
1.249
2/0, 10
8 mars. .
5
pn :6,8
3o
14.297
3,890
2/0 , 54
s G"
Mg.TAq.
(SO'')".
(Mg)".
1921
18 juin .
2
neutre
3o
3,5i4
2.290
i/o, 65
9 nov . .
4
neutre
3o
'.•769
0.600
i/o, 38
18. juin..
2
lé^. aie.
3o
2 , 3 1 2
2,170
1/0,93
20 juin . .
4
acide
3o
2.4«2
0,975
i/o,4o
26 cet. . .
4
neul re
3o
62.828
0,466
1/0,07
Observations.
Lapin.
( Réunion 3 lapins).
(Acid. lég. citr.) opal.
lég. épilh. corn.
(Acid. citr.) cornée nor-
male (réun. 3 lapins).
I.ajiin.
Lapin.
La pin.
Lapin (ac. tarlrique).
Courant de 3 miliiamp.
(anode à la nuque).
L'acidification légère du milieu par un acide organique (citrique ou tar-
lrique) augmente la perméabilité générale sans modifier l'effet de dissocia-
tion observé. L'usage d'un courant électrique de 3 milliampères, quand il
favorise la pénétration des anions dans la chambre antérieure, exagère d'une
façon considérable le phénomène.
Si l'effet sélectif au niveau de la cornée est seul en cause dans les expé-
riences précédentes, les molécules salines injectées dans la chambre anté-
rieure d'yeux énucléés doivent demeurer inchangées. C'est ce que l'on
observe, en effet, comme en témoionent les rapports ''J^l de -^,
° ^ ^ (Ca) 1 ,02
2 2
7732 ' 7^' °bf*^"^s après une demi-heure dans des expériences de contrôle.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 17^9
Lorsque rinjeclion est faite dans la chambre antérieure dun œil en place
sur l'animal vivant, une résorption sanguine élective, ionique, de sens
inverse de celle observée à travers la cornée, intervient. Les ions qui ont
diffusé le plus vite d'une solution extérieure à l'œil dans l'humeur aqueuse
sont aussi les premiers à quitter celle-ci. On observe un phénomène con-
traire, en apparence, à celui que nous signalions à l'instant. Ce sont, cette
fois-ci, les cations qui s'accumulent dans la chambre antérieure. Le rapport
des anions aux cations, dans une expérience faite avec le sulfate de
magnésie, a alteinl, de la sorte, la valeur remarquable de— •
Au cours de ces échanges ioniques, la loi de l'équilibration des charges
demeure intangible. La pénétration en excès d'anions dans l'humeur
aqueuse s'accompagne d'une sortie correspondante d'anions compensateurs,
qui, comme dans le cas des dialysats du plasma étudiés par Tun de nous,
sont, en partie du moins, constitués par des ions (Cl;.
En résumé, les dissociations que nous avons observées dans le passage des
ions d'une même molécule à travers une barrière cellulaire ou seulement
endothéliale montrent que la perméabilité des cellules aux électrolytes est
xxwQ perméabilité ionique et que cette perméabilité est élective ; nous en avons
eu une doub'e preuve dans la filtration cornéenne et la résorption au niveau
des vaisseaux.
L'importance qu'acquièrent ces données au point de vue du chimisme
cellulaire ne peut manquer de retenir l'attention. Les groupements ioniques
qui seront réalisés de l'autre côté d'un septum électivement perméable aux
ions se trouveront différents de ceux du milieu initial et nous pouvons envi-
sager dès aujourdliui la possibilité de voir se réaliser dans le protoplasme
de^nouveaux équilibres et des groupements ioniques entièrement différents
de ceux des humeurs ou de ceux que pourrait faire prévoir le seul jeu des
lois de l'affinité.
PHYSIOLOGIE. — Rapprochement des effets des acides nucléiques et de l'an-
tithrombine du plasma de peplone sur la coagulalnlilé du sang circulant
chez la grenouille. Note de M. Dovox, présentée par M. Roux.
I. J'ai prouvé (') que l'injection d'une seule et très faible dose d'acide
nucléique provoque, chez la grenouille, l'incoagulabililé du sang circulant,
(') Comptes rendus, t. 17i, 1922, p. \\^.
I73o ACADÉMIE DES SCIENCES.
pendant plusieurs heures et même plusieurs jours. J'ai constaté que Panti-
thrombine pliosphorée (antithrombine) anticoag'ulante qui passe, chez le
chien, dans le sang, sous l'influence des injections depeptone, possède des
propriétés comparables à celles des acides nucléiques sur la grenouille.
II. Exemple. — On injecle, dans la veine libiaie, à un chien de forte taille, une
solution de peptone Wilte [o", 2 par kilogramme, dans 20*^™^ d'eau]. Après trois mi-
nutes on recueille, dans des tubes de centrifuge, aSo^ de sang carotidien environ.
[Si la saignée est trop copieuse, les dernières portions ont tendance à se coaguler.]
On centrifuge à grande vitesse. On isole le plasma. 55*^™^ de plasma sont chaufTés
au bain-marie bouillant, pendant dix minutes, dans un tube de centrifuge en
pyrex. Lorsque le coagulum a été bien formé et dilacéré avec un agitateur, on
centrifuge. Le liquide est recueilli dans un tube de centrifuge, puis additionné de
vingt gouttes environ d'acide acétique au dixième et chauffé au bain-marie bouillant
pendant quelques minutes jusqu'à séparation des nucléo- protéides. Le précipité est
isolé par centrifugalion, lavé deux fois de suite dans le tube de centrifuge avec une
petite quantité d'eau distillée, puis redissous dans 5*^"^' d'une solution alcaline faible
(eau distillée, 1000; chlorure de sodium, 4; carbonate de soude, 5). On injecte à une
grenouille de 3os environ, i'^"'' de la solution des nucléo-proléides actives [antithrom-
bine] dans le sac lymphatique dorsal. Une demi-heure plus tard on saigne la gre-
nouille par section d'une cuisse. Le sang recueilli ne se coagule pas, les globules se
déposent spontanément. La phase pendant laquelle le sang circulant est incoagnlalile
dure, dans ces conditions, plus de deux heures. Le sang recueilli est incoagulable
pendant plusieurs jours. L'injection de o'^'"\5 de la solution est inefficace. Je rappelle
que l'antithrombine est activée in vitro; si l'on saigne une grenouille en laissant
tomber le sang sur quelques gouttes de la solution, le mélange ne se coagule pas.
III. Expérience de contrôle. — On prélève, sur un chien de forte taille, 25os de sang
carotidien sur os, 5 d'oxalate de potasse dissous dans 10'^"'' d'eau. On centrifuge le
mélange incoagulable; on prélève .dS*"'"^ de plasma et l'on isole les nucléo-protéides
contenues dans ce plasma, exactement dans les mêmes conditions que dans l'expérience
précédente. On redissout les nucléo-protéides isolées dans 5*^™' de la solution
alcaline faible. On injecte à des grenouilles un ou plusieurs centimètres cubes
de la solution. Le sang circulant ne devient pas incoagulable. De plus, la solution
est absolument inactive in vitro. Le ?ang normal, dont on a isolé le plasma au moyen
d'un artifice (emploi de l'oKalate), contient donc des nucIéo-protèides, mais celles-ci
sont inactives; il ne contient pas d'antithrombine.
IV. Je considère que l'antithrombine phosphorée du plasma de peptone
provient des noyaux cellulaires et doit son activité au groupement phos-
phore qu'elle contient. Il m'a paru intéressant de rapprocher les effets des
injections des acides nucléiques des efl'ets des injections de l'antithrombine
sur le sang circulant chez la grenouille. Avec un peu d'habitude mes expé-
riences peuvent être faites pendant le temps généralement consacré à un
cours.
SÉANCE OU 26 JUIN 19^2. I73l
PHYSIOLOGIE. — Idiosyncrasie et anaphylaxie. Note de MM. L. Panisset
et J. Verc.e, présentée par M. E. Leclainche.
La sensibilité d'un organisme à l'égard de certaines substances liétérogènes
peut être spontanée (idiosyncrasie) ou acquise (anaphylaxie). La sensibilité
d'un organisme à l'égard d'injections intra-veineuses de sang homologue est
plus rare. Nous l'avons observée sur un cheval et nous sommes parvenus à
établir que cette idiosyncrasie naturelle, indifTérenciable cliniquement de
l'anaphylaxie, est le premier phénomène par lequel s'affirme l'hypersensi-
bilité, L'anaphylaxie vraie dépend d'une sensibilisation antérieure et repré-
sente un stade plus avancé et plus complet de cette anaphylaxie.
Aoiis prélevons à un cheval suspect d'anémie infeclieuse loo'^"'' de sang que nous
injectons aussitôt dans la veine jugulaire d'un cheval sain.
Deux, heures après cette transfusion se déclenche chez le sujet sain une crise anaphy-
lactique intense. Elle se traduit par une vive accélération des mouvements respiratoires
14.5 en moyenne par minute au lieu de 12 à i5) et cardiaques (80 pulsations au lieu
de 35 à 40). La dyspnée est profonde, le flanc discordant, les muqueuses, violemment
congestionnées ; chaque respiration s'accompagne d'une plainte, longue et répétée. Les
masses musculaires de la croupe sont soulevées par des mouvements synchrones de
l'expiration.
Quatre heures après la transfusion, le pouls demeure vite, filant, presque incomplabie.
Du jetage séro-muqueux. souille l'entrée des cavités nasales.
Ces phénomènes de choc s'atténuent bientôt. Pour ne pas être tenté de les rapporter
à une toxicité particulière du sang injecté, nous inoculâmes 20*^™^ du sérum du même
donneur dans la veine auriculaire d'un lapin. Celui-ci ne manifesta aucun trouble,
immédiat ou tardif.
Seule, donc, l'idiosyncrasie était en cause. Six jours après cette première transfu-
sion, nous transfusons à nouveau dans la veine jugulaire du même animal 2 litres de sang
citrate à 4 pour 1000. provenant d'une jument saine. Le choc se déclencha immédiate-
ment et non plus, comme dans l'expérience primitive, après une certaine période
d'incubation.
Le récepteur est en proie à une vive anxiété, cœur et respiration s'accélèrent et
bientôt apparaît une réaction cutanée intense : toutes les parties du corps, sauf les
membres, sont recouvertes de boutons saillants, avec horripilation à ce niveau.
L'échauboulure (urticaire é([uine) est surtout marquée au niveau de l'encolure et
de la croupe.
On assiste ensuite à une sédation des phénomènes généraux et l'animal reprend peu
à peu son aspect normal.
Est-ce de l'hémoanaphylaxie qui s'est manifestée dans ce cas? Il semble
que oui; le raccourcissement de la période d'incubation des accidents, leur
1732 ACADÉMIE DES SCIENCES.
symptomatologie précise, leur disparition rapide plaident en faveur de cette
hypothèse. L'apparition de l'urticaire rappelle à n'en pas douter les poussées
urlicariennes qui, en certains cas, suivent les injections sériques chez
l'homme. Nous nous trouvons ici en présence de manifestations de même
nature, dont l'explication serait dans les réactions vaso-motrices qui
accompagnent, chez le récepteur, la pénétration du sang transfusé (Jean-
brau et Giraud).
L'expérimentation sur ce cheval ne s'arrêta pas là. Toute transfusion
était immédiatement suivie de phénomènes plus ou moins graves traduisant
l'hypersensibilité du sujet. Or il est impossible d'incriminer la vitesse de
l'acte opératoire puisque, dans la règle, cinq minutes nous étaient néces-
saires pour transfuser 5oo""' de sang citrate.
En outre, lorsque deux transfusions égales en quantité étaient pratiquées
à 24 heures d'intervalle, les symptômes morbides déclenchés par la seconde
étaient beaucoup plus atténués que ceux dus à la première. Le choc initial
vaccine pour ainsi dire contre le choc du lendemain; il se produit une
désensibilisation marquée, quoi((ue incomplète, de l'organisme. C'est en
quelque sorte une immunité par épuiseinenl.
Aussi appliquâmes-nous dans la suite à ce cheval hypersensible le pro-
cédé des injections subintrantes de Besredka. i^es phénomènes do choc
disparurent à peu prés complètemeni .
Nous avons essayé de déceler expérimentalement cette isohémo-
anaphylaxie par des réactions locales.
Dans le derme de la p:iiipière inférieure, nous injeclions à ce clieval, à droite j^ de
centimètre cube de ses propres globules lavés, à gaiiche -^ de centimètre cube des
globules lavés de la jument qui nous avait servi de donneur.
Aucun œdème, aucune conjonctivite ne survinrent dans les heures consé-
cutives à nos essais d'intra-dermo-réaction. Nous avons abouti également à
un échec complet en remplaçant les injections de globules rouges par des
injections d'auto- ou d'iso-sérum, faites aux mêmes doses et dans les
mômes conditions.
En résumé, nous avons observé, chez un cheval, des phénomènes mor-
bides manifestes à la suite de transfusions de sang homologue citrate. Les
phénomènes avaient l'allure clinique du choc anaphylactique.
L'observation est intéressante en ce sens qu'une première transfusion
peut donner naissance à des manifestations typiques d'hypersensibilité.
Idiosyncrasie et anaphylaxie sont impossibles à différencier cliniquement;
SÉANCE DU 26 JUL\ 1922. 1733
mais les méthodes d'antianapliylaxie permettent en tous les cas de pallier
aux symptômes fâcheux qui peuvent survenir au cours des transfusions,
uniques ou répétées.
Quel est le mécanisme intime de ces accidents dramatiques, qu'ils tra-
duisent ridiosyncrasie ou l'anaphylaxie? Les travaux récents du profes-
seur Widal permettent de les rapporter à une instabilité de l'équilibre col-
loïdal des humeurs et des tissus.
Dans le cas qui fait Tobjetde cette Note, Téquilibre colloïdal plasmatique
devait rtrc particulièrement instable, puisque la transfusion d'un sang
homologue déclenchait un bouleversement profond; or, chez le cheval, la
transfusion est une opération presque toujours bénigne.
CIUMIE PHYSIOLOGIQUE. — L'acide cyanùjue existe-il dans le sang?
Note de MxVI. Maurice jVicloux et Georges Welter, présentée
par M. Widal.
Les travaux très importants de Fosse (') ont démontré d'une manière
indiscutable les deux points suivants :
L L'oxydation par le permanganate de potasse, en présence ou non
d'ammoniaque, des matières protéiques et des acides aminés, fournit de
Turée. Il en est de même de l'oxydation par ce même persel, en présence
d'ammoniaque, des autres principes carbonés contenus chez les êtres
vivants : la glycérine, constituant des corps gras, les hydrates de carbone,
glucose, lévulose, saccharose, dextrine, inuline, amidon.
IL Le terme intermédiaire de cette oxydation est l'acide c\ani(|ue.
Il était dès lors logique de se demander si les processus d'oxydation,
que met en jeu l'organisme, ne fourniraient pas aussi de l'acide cyanique,
lequel se transformerait ultérieurement en urée, question d'une importance
capitale au point de vue de la genèse de l'urée. On était par ailleurs d'au-
tant plus incité à se poser ainsi cette question, qu'une certaine quantité
d'azote sanguin non albuminoïde, Vazoie résiduel, n'a pas encore été iden-
tifié jusqu'ici et que, a priori, on pouvait penser que tout ou partie de cet
azote pouvait être représenté par l'acide cyanique.
(') Voir un des Mémoires de brosse, intitulé : Recherches sur le mécanisme de la
formalion de l'urée {Bulletin de la Société de Chimie biologique, t. 11, 1920,
p. 4-12). On y trouvera la bibliographie. Voir aussi Comptes rendus, 1912, t. loi
et 155 ; igiS, t. I06 et 157 ; 1914, t- 158 et 159 ; 1919, t. 168.
C. R., 1922, 1" Semestre. (T. 174, N° 26.) 1^5
1734 ACADÉMIE DES SCIENCES.
Telle est rorigine de notre travail.
L/expérimentation, des plus simples, a été menée de la façon suivante :
i. Expériences sur le cyanate de potassium en solution aqueuse. — Des volumes
CJiinus d'une solution, préparée extemporanément, de cyanale de potassium à
1 pour 1000, ont été additionnés de chlorure d'ammonium en solution saturée et main-
tenus pendant plusieurs heures à 35°, en présence de vapeur d'eau saturante pour
éviter l'évaporation. A la fin de l'expérience, le liquide était additionné d'acide acé-
tiiiue et de xanthjdrol et l'urée dosée en suivant la micro-méthode déjà décrite (').
Soluti
iiatc
ion
e
Durée
de
de nya
salure
Te tri-
(le [lulas
I
si 11 m.
um-'
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NH'
cm'
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l'expérience.
1 2 heures
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0
10
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0, I
1 2 »
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I
0, I
48 »
35
I
0
12 »
35
Dosa
ige de l'i
urée
\anthyl-
Rendement
urée.
Urée.
pour 100.
0,64 I
rag
0,09
12
1,858
0,265
36
3,993
0,57
77
0
0
0
Celte pi^emière série d'expériences montre que, dans les conditions de
l'expérimentation physiologique (température ne dépassant pas 35"), le
cyanate de potassium, en présence de chlorure d'ammonium, se transforme
en urée avec un très bon rendement, à la condition de prolonger le séjour à
Tétuve pendant 12 heures au moins.
II. Expériences sur le plasma sanguin. — Nous avons recueilli directement, sur
du papier oxalaté, du sang de chien pris dans l'artère fémorale.
Après centrifugation immédiate, nous avons, d'une part dosé l'urée dans le plasma,
d'autre part mesuré 5""' de ce plasma auquel ont été ajoutés p'^™\5 d'une solution
saturée de chlorure d'ammonium.
Nous avons pris ensuite trois tubes à essai (^), dans chacun desquels a été intro-
duit i^'"' de ce mélange; puis nous avons versé, dans le dernier seulement, ©""^i d'une
solution de cyanate de potassium à i pour 1000, soit o'"s,i, afin de démontrer, par
l'augraenlalion ultérieure du taux de l'urée, la possibilité de déceler la présence d'une
aussi faible quantité de cyanate.
Les tubes, fermés par des capuchons de caoutchouc, ont été placés dans une étuve
à 35<', et, après une période d'attente variable, les dosages ont été elTectués et ont
donné les résultats suivants :
(/) Maurice Nicloux et Gkorges Welter, Micro-analyse quantitative gravimé-
trique de Vurée, Application au dosage de Vurée dans i""' de sang {Comptes
rendus., t. 173, 1921, p. i490î 6l Bulletin de la Société de Chimie biologique^ t. h,
1922, p. 128-142).
(-) Tous les objets employés : tubes de centrifugeur, tubes à essai, pipettes, papier
oxalaté, etc., ont été naturellement stérilisés avec le plus grand soin.
SÉANCB DU a6 JIH.N I922. 1735
Urée
Urée ( iiig par cm'
(mg par cm'), flu pl;isiiia initial ).
rlasma initial : i •"'" . Dosage immédiat ■
' o,a56 (^) 0.256
Tiilje 1, plasma après 36 liouies à 35" 0,228 o,254
Tube 2, » 60 » 0,232 o,258
Tube 3, plasma + cyanate, après 36 heures à 35". 0,263 0,293
Ces chiffres, exacts à ±0,01 près, sont identiques, qu'il s'ag^isse rlu
plasma initial ou du plasma additionnr de chlorure d'ammonium; de plus,
le dernier montre que la faible quantit('' de o"^^', i de cyanate, introduite dans
le tube 3, s'est traduite par une augmentation sensible du taux de l'urée.
m. Expériences sur la lymphe. — i\ous avons poursuivi nos reclierches en opérant
sur la lymplie dans les mêmes conditions, c'est-à-dire : i" en efTectuant le dosage
immédiat de l'urée dans la lymphe; 2" en ajoutant à 4""' de lymphe, o^"'%2 de la
solution saturée de chlorure d'ammonium et portant le mélange à l'étuve à 35°. Nous
avons obtenu :
Urée
(mg par cm'
, Lréc de lyinplie
( tiig par cm). initiale).
Lymphe initiale : i""', dosage immédiat o,546 0,5^6
Lymphe initiale dzNH'^Gl : i™'', dosage après 12*" à 35°.. . 0,52 0,546
Tels sont les faits. Ils sont indubitablement négatifs. L'acide cyanique
n'existe pas dans le sang et dans la lymphe à l'état normal; du moins nos
procédés d'analyse actuels, pourtant suffisamment précis, ne peuvent l'y
déceler. Ceci veut-il dire qu'il ne s'en forme pas? Nous ne saurions sur ce
point être affirmatifs. Rien ne s'oppose en effet à admettre que l'acide
cyanique aussitôt formé est aussitôt détruit, ou transformé en urée. 11
serait un exemple de plus de ces nombreux corps du métabolisme intermé-
diaire dont on saisit avec la plus grande difficulté la présence, même en
mettant en jeu les procédés analytiques les plus délicats..
(') Ce dosage, qui sert de contrôle, a été edectué sur le sérum obtenu après coagu-
lation (24 heures) du sang du même animal, recueilli au même instant que le sang
oxalaté.
1736 ACADÉMIE DES SCIENCES.
BIOLOGIE. — Influence sur le dévelopuemcnt des œufs d'un Batracien d'une
substance extraite de la fertilisine des œufs d'un Poisson. Note de
M. A. Weber, présentée par M. Henneguy.
Les recherches récentes de biologistes américains ont montré que les
œufs nu\rs et non fécondés d'un certain nombre d'Invertébrés ou de Ver-
tébrés inférieurs exsudent dans Teau une substance que F.-R. Lillie a
nommée fertilisine. L'éloignement de cette fertilisine par lavage des œufs
empêche la fécondation; en ajoutant aux œufs un peu de cette substance,
puis du sperme de la même espèce, les phénomènes normaux de la fécon-
dation sont à nouveau rendus possibles. Les œufs mûrs d'un certain
nombre d'invertébiés, mis au contact d'une fertilisine, présentent le phéno-
mène d'autoparthénogenèse et poursuivent leurdévelo[)pement (O. Glaser,
A. Woodward).
Les recherches de Miss Woodward sui' la sécrétion ovulaire ont mis en
évidence dans la fertilisine deux substances, une agglutinine et une lipoly-
sine. L'agglutinine oriente, agglutine, puis paralyse les spermatozoïdes.
La lipolysine est Tagent parthénogénétique non spécifique de la fertilisine;
sous son influence le diamètre de gouttelettes graisseuses, émulsionnées
dans Teau, diminue.
Il se pourrait qu'il y ait seulement là un phénomène de dissolution de la
graisse; aussi pour ne pas préjuger de son action, je ne parlerai de celte
lipolysine que sous l'autre dénomination qui a été proposée par Miss Wood-
ward, celle d'agent parthénogénétique de la fertilisine. La substance en
question déclencherait le développement en modifiant les acides non saturés
de l'œuf; ainsi ces derniers cesseraient leur inhibition vis-à-vis des enzymes,
dont la mise en action correspond à l'activation de l'œuf. Je dois ajouter
que F.-R. Lillie n'admet pas sans restriction cette théorie de l'autoparthé-
nogenèse, développée par Miss Woodward.
Quoi qu'il en soit, l'agent parthénogénétique de la fertilisine se comporte
comme un modificateur des corps gras, de même qu'un certain nombre
d'agents parthénogénétiques chimiques : éther, chloroforme, hydrate de
chloral, etc. On sait d'autre part que, tandis que chez certains Invertébrés
le sang de la même espèce inhibe la fécondation (F.-R. Lillie), il se trouve
dans le sang d'espèces différentes (Friedenthal) et même de Mammifères
(T.-B. Robertson) des substances cytolysantes de l'œuf ou oocytases qui
sont des agents parthénogénétiques.
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. '7^7
Il m'a semblé qu'il eLail possible d'établir un rapprochement entre ces
différentes considérations et les faits que j'ai observés en greffant des œufs
de Batraciens dans la cavité péritonéale d'adultes de même espèce ou
d'espèces différentes. J'ai été amené à supposer que le milieu intérieur des
Urodèles possède vis-à-vis des œufs fécondés une double action narcotique
et cytolysante.
Les phénomènes de narcose se traduisent surtout par un très î^rand
ralentissement du développement ou bien par la possibilité d'une pénétra-
tion secondaire de nombreux spermatozoïdes restés à l'intérieur de la
coque, à la surface de l'œuf; il se produit ainsi une polyspermie qui peut
être très abondante. Lorsque l'action du milieu intérieur est prolongée ou
plus marquée, l'œuf est profondément altéré. La cytolyse semble atteindre
d'abord le noyau pour se propager ensuite aux plaquettes vitellines du
cytoplasme.
11 m'a paru intéressant de rechercher comment agirait, sur des œufs
fécondés de Batraciens Urodèles, l'agent parthénogénétique extrait d'une
fertilisine. Je me suis servi de la substance exsudée par les œufs d'un
Gardon {Leuciscus mtiliish.) connu à Genève sous le nom de Vengeron.Les
œufs de ce Poisson, retirés par pression du corps de la femelle, sont laissés
une demi-heure dans un peu d'eau douce. Le liquide devient laiteux et
trouble; il agglutine les spermatozoïdes de Vengeron en 6 à 7 minutes.
Traitée par les procédés de T.-B. Robertson et de Miss Wood^vard, avec
quelques légères modifications que je ferai connaître ultérieurement, cette
fertilisine donne une substance qui se dissout dans l'eau en la rendant
légèrement laiteuse.
J'ai placé dans cette solution des œufs fraîchement pondus de Triton
alpestris. Au bout de i5 heures, tandis que les œufs témoins se sont plu-
sieurs fois divisés et qu'il devient difficile de compter à la loupe les cellules
de segmentation, les œufs en expérience n'ont pas dépassé le stade de
quatre blastomères; leur évolution ne va guère plus loin, ils meurent rapi-
dement.
Chez les œufs fécondés de Triton alpestris soumis à l'agent partlienoge-
nétique de la fertilisine de Leuciscus ruti/us, le développement ne s'est pro-
duit qu'avec une grande lenteur; la segmentation n'a commencé «lu'après
un retard considérable. La soi-disant lipolysine s'est comportée comme un
narcotique; elle ne semble pas avoir cytolyse les œufs de Triton, mais elle
a agi sur eux comme le miheu interne des Urodèles, lorsqu il est atténue.
L'agent parthénogénétique de la fertilisine de Vengeron inhibe le déve-
1738 ACADÉMIE DES SCIENCES.
loppement des œufs de Triton, comme si ces œufs avaient été plongés pen-
dant quelques instants dans une solution faible d'un narcotique solvant des
i^^raisscs, ou greffés dans la cavité périlonéale d'un Urodèle adulte. Tous
ces phénomènes paraissent avoir entre eux des ressenjhlances frappantes.
J'ai montré GOJiinient je pouvais faire disparaître par adsorption la pro-
priété narcotique ou cytolytique du milieu intérieur des Urodèles. Je
poursuis des recherches pour essayer de mettre en évidence, dans le sang
de ces Batraciens, une substance comparable, par ses propriétés, à l'agent
parthénogénétique de la fécondation.
BIOLOGIE. — Sur la variabililé de Vespèce et la création expérimentale de
nouvelles races chez le bombyx du Mûrier. Note de M. A. Lécaillon,
présentée par M. Henneguy.
Les tentatives faites dans le but d'oblenir expérimentalement de nou-
velles races chez les animaux doivent porter de préférence sur les espèces
où la reproduction d'un seul couple engendre un grand nombre de sujets.
Les chances de rencontrer parmi ceux-ci un ou plusieurs individus pourvus
d'un caractère nouveau et héréditaire sont, en effet, d'autant plus grandes
que la fécondité de l'espèce l'est elle-même. En prenant comme reproduc-
teurs le ou les individus modifiés, on peut espérer fixer le caractère nouveau
et obtenir ainsi une race nouvelle. En ce qui concerne les moyens à employer
pour faciliter la production de caractères nouveaux chez un ou plusieurs
sujets d'une espèce ou d'une race déterminée, on peut soit placer un lot
d'individus de cette espèce ou de cette race dans des conditions nouvelles
d'existence, soit encore, ce qui est préférable, pratiquer des croisements
entre sujets de races différentes, si cela est possilde. Dans certains cas. on
peut aussi modifier plus ou moins profondément une race donnée, et la
dédoubler en quelque sorte, en choisissant quelque caractère qui n'existe
normalement que chez certains individus de la race, alors qu'il est toujours
absent chez certains autres, et en prenant exclusivement comme repro-
ducteurs, soit des individus n'ayant pas le caractère en question, ou au
contraire le possédant toujoiiis.
J'ai employé ces divers procédés et obtenu, chez le Bombyx du Mûrier,
en de très courts laps de temps, plusieurs races chez lesquelles le caractère
que j'ai pris, dans une certaine mesure arbitrairement, comme devant être
le caractère essentiel de la race à créer, se trouve définitivement fixé. Voici
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. I739
dans quelles conditions et siii\;iiil (jiiels processus Tanc de ces races s'est
développée :
En 191 7, un croisement l'ut [)rali(|ué entre un Papillon inAle l»i\olliii
accidentel d\ine race à ver blanc (c'est-à-dire non pij^menlé) et un Papillon
femelle pol\ vollin de Chine (race très différente de la précédente), prove-
nant aussi d'un ver non pigmenté.
En 1918, la ponte fournie en 191 7 par le couple précédent donna nais-
sance à une génération univoltine à vers blancs normaux.
En 1919, la ponte fournie en i9i<S par la génération univoltine précé-
dente donna naissance à des bivoltins. Les vers de la première volte ne
présentèrent aucune particularité, mais parmi les vers de la deuxième géné-
ration se trouvèrent deux sujets Jaune verdâlre^ complètement différents,
par la coloration générale du tégument, des autres vers. Ces deux vers-
furent tous deux des Bombyx femelles. Les deux Papillons produits furent
accouplés avec deux mâles nés des mêmes parents qu'eux, mais nécessaire-
ment issus de deux vers de couleur blanche ordinaire.
En 1920, la ponte d'un des couples précédents produisit des vers jaune
verdâtre et d'autres vers n'ayant pas ce caractère; celle du deuxième couple
ne donna aucun ver jaune verdâtre.
Tous les Papillons qui sortiient des cocons produits par ces vers pon-
dirent des œufs bivoltins. Un couple fut constitué avec une femelle issue
d'un cocon de ver jaune verdâtre avec un mâle dérivant d'un ver à couleur
blanche.
En 193 ï, les œufs pondus par le couple produisirent S-j vers jaune ver-
dâtre et 166 vers blancs. Les Papillons nés des premiers furent accouplés
entre eux ; les uns pondirent des œufs univoltins, les autres des œufs bivol-
tins. Les vers qui naquirent de ces derniers furent tous jaune verdâtre (ces
observations ayant porté sur 76 vers prélevés au hasard sur (juatre pontes
différentes).
En 1922, 26 vers provenant d'œufs prélevés au hasard sur la ponte uni-
voltine de 1921 et sur quatre pontes provenant des l^qiillons de la deuxième
volte, furent tous jaune verdâtre. Ce dernier cal^actère doit être considéré
comnie dorénavant fixé et peut être pris comme caractère distinctif prin-
cipal de la race nouvelle.
Dans le cas qui vient d'être décrit, la variation initiale qui fut le point de
départ du développement de la race nouvelle correspond. exactement aux
« mutations » de de Vries. Si elle s'était produite en même temps chez
deux individus de sexe différent, qu'il eût été possible d'accon|>!er de suite,
I74o ACADÉMIE DES SCIENCES.
la race à vers jaune verdâtre aurait été créée beaucoup plus rapidement.
Dans des cas différents, j'ai obtenu de nouvelles races dans un délai beau-
coup plus court.
Quand une race a été ainsi créée ou transformée par rapport à un carac-
tère déterminé, choisi à volonté, elle conserve nécessairement d'autres
caractères qui peuvent être aussi communs à tous les individus ou être
seulement l'apanage de certains d'entre eux. Et ces autres caractères
peuvent avoir été empruntés aux générateurs initiaux ou même être parfois
des caractères nouveaux tout comme le caractère fondamental.
BIOLOGIE. — Suj' rapparilion (Vinterscxiiès dans une lignée de Daphnia
magna (Crustacé cladocère), et sur le délerminisme probable du phénomène.
Note de M. R. de La Vaulx, présentée par M. F. Mesnil.
Il y a un an, j'ai publié, sur l'inlersexualité des Cladocères, une étude
fondée sur l'examen de 35o individus aberrants appartenant à l'espèce
Daphnia atkinsoni Baird (^). L'aptitude à la formation de ces anomalies
sexuelles s'était montrée héréditaire dans la lignée, mais, les premiers
intersexués ayant été trouvés par hasard dans une culture, je ne pouvais
qu'émettre des hypothèses au sujet du délerminisme du phénomène. De
nouvelles expériences me permettent aujourd'hui d'apporter quelques
précisions.
Je m'étais proposé cette année d'essayer de faire apparaître expérimen-
talement des formes intersexaées dans une lignée n'en ayant pas encore
produit. L'hérédité pouvant, ainsi que je l'ai montré, sauter plusieurs
générations, il était indispensable, pour éviter toute cause d'erreur, d'em-
ployer un matériel bien connu. Je disposais heureusement d'une lignée de
Daphnia magna élevée en captivité depuis huit ans et provenant d'un
unique exemplaire récolté à l'île de Batz (Finistère). Au cours de recherches
précédentes, j'avais examiné plusieurs milliers d'individus sans rencontrer
un seul cas d'intersexualité, et cela, bien que mon attention ait été attirée
sur les faits de cet ordre, par les études poursuivies parallèlement sur
D. atkinsoni depuis 191 5. Je pouvais donc admettre que l'aptitude à la pro-
duction d'inlersexués ne faisait pas partie du patrimoine héréditaire de la
lignée. Pour mes recherches, j'ai mis à profit les travaux de G. Smith et
(*) H. UK La Vaulx, Uinlersexiialitc chez un Crustacé cladocère {Bull. Biut.
France-Belgique, l. 00, p. 1-86).
SÉANCE DU 26 JUIN 1922. 1741
mes propres observations montrant l'influence du continenient sur la pio-
portion des sexes. Lorsque les Gladocères sont bien nourris, mais élevés
dans une très faible ([uanlilé d'eau, à température moyenne (i2"-i5*'), la
proportion des mâles et des éphippies se relève considérablement.
Le 22 février une jeune femelle, venant d'une culture médiocreoient alimentée, mais
logée dans un bocal de 2 litres, est isolée et nourrie de bouse. Elle donne succes-
sivement : iid',69,79,4cf + 29,-9. Les 7 femelles de la troisième portée sont,
dès leur naissance, placées ensemble dans un tube contenant à peine i*^'"' d'eau, mais
copieusement garni de Chlamydonionas. Dans ces conditions, les animaux prospè-
rent, se chargent de réserves adipeuses colorées en rouge (ainsi que le font les mâles),
mais les œufs ne se forment pas. Il suffit d'ailleurs de retirer un individu et de
l'isoler dans une quantité d'eau suffisante pour que les œufs se développent rapide-
ment. Le confinement, poussé à l'extrême, a donc pour résultat d'arrêter l'ovogenèse,
en dépit d'une alimentation copieuse.
Parmi ces 7 Daphnies, nées le 18 mars, 2 individus (DM*"' et DM') ont ainsi leur
ponte arrêtée jusqu'au 3 mai, alors que^ normalement, une Daphnie pond, suivant la
température, 5 à i5 jours après sa naissance. D\F ayant été alors isolée donne
successivement : 3 9 , 16 9 , 17 9 -i- i cf , 1 9 4- 8 cf , 4 9 , 3 9 , «? (portée non exami-
née), 99, «?, puis une portée comprenant 5 9 -t- 8 cf et un inlersexué typique avec
des antennules mâles et des ovaires anormaux (les œufs n'ont pu être pondus). DM"
donne encore : 2 œufs qui avortent, 3 9-1-3 inters. -h 4 œufs avortés et 1 9 H- i cf -h 2
intersexués.
De son côté DM*^. isolée parallèlement, donne : 69, i2Cf-f-G9, 39, 2 9, 49,
II 9 , i5 cf -I- 2 9 , io9 , /<?, 1 cf -I- io9 , 69 , 69 , et enfin, pour les i 3« et i4" por-
tées, 2 9 -I- I intersexué et . > 9 , dont une atrophiée, 1 cf et i intersexué.
Faut-il voir, dans la sorte d^intoxication créée par le confinement, la
cause de l'apparition des formes intersexuelles? La chose paraît assez pro-
bable, bien qu'une objection se présente : pourquoi l'effet ne s'est-il fait
sentir que dans les lo*" et i'^*^ portées des deux Daphnies en expérience ?
A cela, on peut répondre que l'aptitude à la formation d'intersexués se
manifeste toujours très irrégulièrement, même là où elle fait partie du patri-
moine héréditaire de la lignée et qu'elle ne se révèle ni à chaque portée ni à
chaque génération. Il se peut d'ailleurs que la sénilité de l'ovaire soit venue
compléter la perturbation apportée par l'intoxication préalable. Un fait
est, à ce sujet, particulièrement digne de remarque : « l ne femelle, venant
de la seconde portée de DM** (^la seule, d'ailleurs, dont la descendance ait
été suivie), a livré des intersexués dans sa 7*" et 8*" portée. Les deux femelles
soumises au confinement (D\P et DM') ont donc donné, directement ou
pur leur descendance, des formes itttersexuelles // la même époque. Le fait
laisserait supposer qu'une certaine période d'incubalion, si l'on peut dire,
174^ ACADÉMIE DES SCIENCES.
est nécessaiie à la manifestation de ranoinalie. 11 faut noter que les condi-
tions d'élevage (alimentation, température, etc.) n'ont pas subi de modifi-
cation durant la période qui a précédé l'apparition des individus aberrants.
Les 12 intersexués examinés jusqu'ici oflï'ent des formes et des disposi-
tions analogues à celles (|ue j'ai décrites chez 1). atkin.soni. Il est à renjar-
quer que depuis 1873, date à laquelle Ivurz signale un exemple d'aberration
« androgyne » chez une D. magna, aucun autre cas semblable n'avait été
mentionné chez cette espèce, pourtant très répandue.
De nouvelles recherches, effectuées sur d'autres espèces de Cladocères,
seront nécessaires pour décider si les anomalies sont régulièrement pro-
duites par le confinement et si elles proviennent d'une intoxication de
l'ovaire due à l'accumulation des produits d'excrétion, ou s'il faut mettre en
cause la succession trop brusque de conditions favorisant la parthénogenèse
à d'autres propices à la reproduction gamogénétique. La première hypo-
thèse est la plus vraisemblable, car les aberrations sexuelles sont fré-
quemment accompagnées de la production d'œufs avortés ou d'individus
atrophiés.
BIOLOGIE. — La spanandrie {disette de mâles) géographique
chez un Isopode terrestre. Note de ^L A. Vanokl, présentée par M. F. Mesnil.
C'est un fait bien connu que, chez les Isopodes du groupe des Trichoniscus
sensu stricto {=:s: Spiloniscus Racovitza), les mâles sont extrêmement rares
dans les régions septentrionales et moyennes de l'Europe. Verhoeff (1917)
a donné le nom de Trichoniscus pusilius cœlebs à cette race exclusivement
parthénogénétique. Je crois que l'on peut conserver pour cette variété ou
espèce le nom de Trichoniscus pusilius de Brandt(i833) : 1° parce que la
diagnose de Brandt, très insuffisante d'ailleurs, se rapporte vraisemblable-
ment à cette race parthénogénétique; 2° parce que les espèces ou races par-
thénogénétiques ne pourront, probablement, jamais être déterminées de
façon précise, la systématique des Trichoniscinœ étant établie sur des carac-
tères tirés des appareils copulateurs mâles. Quoi qu'il en soit, ce Tr. pusilius
n'est représenté dans toute l'Europe septentrionale et moyenne que par des
femelles. Sars en Norvège, Budde-Lund au Danemark, Verhoefi et Dahl
dans l'Allemagne du Nord, Cari dans la Suisse moyenne, n'ont jamais
trouvé les mâles de cette espèce. Les nombreux exemplaires de Tr. pusdlus
que j'ai récoltés, soit aux environs de Paris, soit en Haute-Saône, étaient
SÉANCE DU 26 JUIN 192a. 1743
tous des individus femelles, (^uaiid les mâles evislcnl, ils soiiL exlivmeniciil
rares [exemple : chez /'/•. thenanm Grave (191 /j), i cf pour lioo 9 |.
Par contre, dans le sud de T VlN^magne et de la Suisse et surtout dans les
régions méditerranéennes, les mâles paraissent beaucoup plus communs,
et, dans quekjues cas, la proportion des sexes esl tout à fait normale; il y a
autant de mâles que de femelles. On Irouvc d'ailleurs tous les intermé-
diaires entre l'absence complète de mâles et l'égalité numérique des sexes.
Chez les Tr. noriciis Verh , muscivagus Verh., nivaltis Verh., des Al|)es
bavaroises, simplicifrons Verh., d'Herzégovine, Ton rencontre les deux
sexes, mais les 9 soni toujours beaucoup plus communes que les cf. (Jhez
Tr. provisùrius Rac, des Pyrénées, fragilis Rac. et Ctacluissini (Giard),
d'Algérie, les cf sont relativement abondants quoiqu'en nombre moindre
que les 9 . Enfin, chez un Trichonisciis que j'ai récolté à Ranyuls-sur-Mer
(Pyrénées Orientales), et qui parait identique au Tr. (nfor/naiiis \{ac., des
Alpes-Maritimes, j'ai trouvé, soit dans mes récoltes, soil dans les envois de
M. le D'" Migot, une jjropoi lion de 4 '^ pour 3 9 .
La reproduction bisexuée, (|ui parait être la règle dans la région médi-
terranéenne, fait donc place, dans le nord, à une parlhénogenèse constante
accompagnée de la disparition totale ou partielle des mâles.
Ces faits sont intéressants par eux-mêmes, mais ils le sont d'autant plus
qu'ils ne constituent pas un cas isolé, mais qu'ils représentent seulement un
exemple particulier d'un phénomène très général.
Chez de nombreux Phyllopodes notostracés et conchostracés, les d* sont
très rares (ou même inconnus) dans les espèces de l'Europe moyenne et
septentrionale, tandis que dans les formes tropicales, les deux sexes sont
aussi communs l'un que l'autre (Wolf, 1908). Les cf de nombreuses
espèces d'Ostracodes du genre Cypris et genres voisins paraissent faire
complètement défaut dans l'Europe tempérée, tandis qu'ils se rencontrent
fréquemment dans les régions méditerranéennes ( Moniez, 1891; Wohlge-
mqth, I9i4)'0n trouve des exemples analogues chez les Tnsecles. Les d^
de Myrmecophila (icervorum, le curieux (jryllide commensal des fourmis,
sont rarissimes dans l'Europe moyenne et la reproduction est exclusive-
ment parthénogénétique; dans la \âr\éié subdii/a, d'Italie, les cf sont plus
communs (i d pour 5 9 d'après Silvestri); enfin chez une espèce voisine,
iM. Surcoufi Chopard (1919), de l'extrême Sud algérien, le nombre des cf
dépasse celui des 9 (11 cf pour 2 9). Il en esl de même pour certains
Phasmides; les cf de Clonopsis gallica Charp. sonl, en France, de vraies
raretés, tandis qu'en Algérie, les cf de Cl. algérien Paul;, simple variété
1744 ACADÉMIE DES SCIENCES.
de Cl. gallica, sont aussi communs que les 9 . Il en est peut-être de même
pour d'autres Insectes, comme Rhodites rosœ, des Thysanopteres., etc., mais
des études précises sur la proportion des sexes suivant les différentes
régions font encore défaut pour ces espèces. D'autres cas semblables
seront certainement signalés quand l'attention des spécialistes aura été
attirée sur cette (juestioii.
Et même, cbez les plantes, on pourrait citer des faits du même ordre :
dans le groupe des Algues brunes, le couple Cuûeria- Aglaozonia présente,
dans la Méditerranée et l'Océan, une alternance de générations régulières
entre le sporophyte {Aglaozonia) et le gamétopbyte (Culleria). Mais, dans
les mers du Nord, la forme Cutleria disparaît, et le tronçon asexué, Aglao-
zojua, subsiste seul. Les Phanérogames offrent également quelques faits de
cet ordre : on ne rencontre les deux sexes de Stratiotes aloides qu'au-dessous
de 55° nord (Ascherson, 1875; Wesenberg-Lund, 1912); au delà, on
ne trouve que des pieds ç , et, comme la parthénogenèse n'existe pas chez
cette espèce, la plante se reproduit exclusivement par boutures dans les
régions septentrionales.
Je propose de désigner ce phénomène delà disparition des mâles dans les
régions septentrionales par le terme de spanandrie géographique (').
Ces phénomènes de spanandrie posent de multiples questions qui sont
loin d'être résolues et que je me propose d'étudier :
La disparition des mâles et l'aptitude des œufs à se développer parthéno-
génétiquement sont des phénomènes très différents (-). Existe-t-il un rapport
entre ces deux processus"? Les femelles des races normalement bisexuées
(•)Le terme de spanandrie a été créé par Marchai en 1911.II le définit ainsi
{Annal. Se. Nal. Zoot., 9^ série, t. 18, 1918, p. 268): « J'ai donné le nom de spanan-
drie au phénomène de la disparition ou de l'extrême rareté des mâles dans une lignée
qui est nettement spécialisée pour la reproduction bisexuée et qui succède à un cycle
de générations parlhénogénétiques >:. Celte définition ne s'applique pas exactement
aux phénomènes que j'ai décrits plus haut, mais je crois qu'il va intérêt, au lieu de
créer un mol nouveau, d'élargir la définition du terme de spanandrie, et de l'appli-
quer à tous les cas de disparition des mâles dans des races primitivement bisexuées,
mais devenues ultérieurement parlhénogénétiques, ou hermaphrodites, ou suscep-
tibles de se reproduire asexuellement.
(-) Comme exemple typique de disjonction de ces deux phénomènes, on peut citer
la mutation de Bhabditis pellio, étudiée par P. Hertwig (1920). Cette race, apparue
brusquement, était caractérisée par l'absence complète de mâles ; comme les femelles
n'étaient pas parthénogénétiques, cette mutation n'a pu être maintenue qu'artificiel-
lement, en fournissant à ces femelles des mâles de la lignée normale.
SÉANCE DU 26 JUIN I922. 1745
possèdent-elles déjà natiirellemenl une aptitude à la parthénogenèse (')?
Quelles sont les différences qui existent entre l'ovogénèse et la réduction
chromatique des femelles parthénogénétiques et celles des femelles fé-
condées ?
A quelles causes doit-on attribuer cette disparition des màlcs dans les
régions septentrionales? Ce dernier problème est certainement très com-
plexe. En tout cas, on peut affirmer, dès maintenant, qu'il ne s'agit pas
d'une simple question de température. En effet, les mâles existent dans
plusieurs races de Trichoniscus habitant les Alpes, à des altitudes relati-
vement élevées, tandis que l'on ne rencontre que des femelles dans les
plaines de l'Europe moyenne où la température est relativement douce.
Ces faits de spanandrie géographique montrent une fois de plus que des
races dérivées d'espèces bisexuées peuvent se reproduire indéfiniment par
parthénogenèse, sans qu'il en résulte aucun dommage pour l'espèce.
PROTISTOLOGIE. - Sur un Péridinien, parasite intracellulaire des Vélelles.
Note de M. R. Hovasse, présentée par M. F. Mesuil.
Un important échouage de Vélelles, au pied même du laboratoire Marion
(Marseille), m'a permis d'étudier une forme parasitaire que je crois nou-
velle.
Il s'agit d'un Protiste de 8'^- à 12}'-, existant en abondance et se multi-
phant activement dans les canaux gastrovasculaires, dans la mésoglée et
surtout à l'intérieur même des cellules bordant les quatre canaux radiaires
des bourgeons sexués que portent les gonozoïtes du Cœlentéré.
Son ectoplasme vacuolaire est riche en inclusions tant basophiles qu'aci-
dophiles, avec, entre les vacuoles, des mitochondries parfois réunies en un
réseau périphérique.
L'endoplasme est dense, homogène, et généralement aucune membrane
ne le sépare du noyau. Celui-ci ne paraît nulle part être au repos; il est
très condensé et n'est formé que de chromosomes bacilliformes, courts, de
volume et de nombre variés suivant les cellules. Ils sont disposés en un
disque épais, que des sortes de canaux grossièrement parallèles traversent
parfois, déterminant autour d'eux l'orientation des bâtonnets chroma-
tiques. Il ne me paraît pas y avoir de centrosome, ni de fuseau mitotique.
(') Parthénogenèse qui, de plus, doit être tliély toque pour assurer le maintien de
l'espèce.
1746 ACADÉMIE DES SCIENCES.
La division est un simple groupement des chromosomes aux deux extré-
mités de la cellule.
Cette description, si Ton fait abstraclioii du mode de vie et de la nature
de l'hôte, est identique à celle que fait Chatton, dans sa remarquable mono-
graphie des Péridiniens parasites, à propos des sporocytes des Blaslodi-
nium Chatton.
Ces Péridiniens sont les hôtes de Copépodes planktoniques (Calanides,
Corycœides et C/c/o/>.v) dont ils habitent l'estomac. L'adulte est enveloppé
d'une cuticule résistanle à travers laquelle il se nourrit par osmose. Par
division, il fournit deux cellules dissemblables, Tune germinale qui
continue à se diviser, produisant des sporocytes, l'autre somato-germinale
en quelque sorte, (pii s'accroît indivise, puis, comme sa mère, redonne une
cellule strictement germinale et une autre qui se remet à croître, et ainsi
de suite.
Les sporocytes sortent de la cuticule, passent dans l'inleslin et sont
rejetcs au dehors. Ils se transforment alors en spores mobiles, les dino-
spores, fragiles, peu susceptibles de mener longuement une vie libre, et qui
s'enkystent bientôt sans que leur destinée ultérieure soit connue.
Si le Blastodinium des Vélelles est simplement une espèce analogue à
celle que nous fait ainsi connaître Chatton, et qui n'en diffère que par
l'hôte, il doit exister dans la Yélelle un adulte en division, analogue à celui
que je viens de décrire. Malgré toutes mes recherches, je n'ai pu le déceler,
pas plus sur les coupes de deux individus infectés que par la dilacération
d'une dizaine de Vélelles fixées à l'alcool.
Après leur mise en liberté, les sporocytes décrits par Chatton cessent
bientôt de se diviser, et ne semblent pas se nouirir (à moins qu'holophy-
tiquement). Tous les miens au contraire se multiplient activement, princi-
palement ceux qui sont intracellulaires; leurs nombreuses enclaves me
semblent l'indice d'une nutrition active, peut-être phagocytaire.
J'en arrive ainsi à penser (|u'il doit y avoir entre ces organismes une
différence non pas générique ou spécifique, mais plutôt de stade d'évo-
lution.
Copépodes et Vélelles sont des êtres pélagiques, vivant dans les mêmes
milieux; il me paraît vraisendjlable que les Vélelles peuvent s'infecter en
absorbant soit des dinospores libres, soit plutôt des Copépodes parasités.
Trouvant un milieu plus favorable, les sporozoïtes y atteindraient le
maximum d'adaptation parasitaire, la vie intracellulaire. Blastodinium
deviendrait donc un parasite à deux hôtes.
Les Vélelles ne sont malheureusement pas des animaux de laboratoires,
SÉANCE DU a6 JUIN 1922. 1747
c'est par exception qu'elles se reiiconlicnL dans le golfe de Marseille; aussi
ai-je tenu, à cause des lacunes do mon observation, à attirer sur ces jolis
êtres l'attention des naturalistes travaillant sur des emplacements plus
favorisés des courants marin's, la connaissance de stades moins ou plus
avancés dans l'évolution du parasite clioz le Ojelentéié pourra seule pei-
nieltre de trancher la question.
M. A.-L. Herrkra adresse une Note intitulée : Sur la présence de l'acide
silicique chez les colloïdes organiques, à propos de la Communication de
MM. Malfitano et Gatoire sur Tamylocellulose considérée comme composé
d'acide silicique et amylose.
A 16 heures trois quarts, l'Académie se forme en Comité secret.
La séance est levée 317 heures.
É. P.
ERRATA.
(Séance du i'^ février 1922.)
Note de MM. C. Matignon et M. Fréjacques^ Sur hi transformation de
'ammoniaque en urée :
Page 456, au lieu de
lire
I — X
K.
Même page, ligne 5, au lieu de — li*"'', lire — 6'"i,7.
jn^S ACADÉMIE DES SCIENCES.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
OUVRAGIÎS RI'ÇUS DANS LKS SfiANCES DE MAI 1922 {SUl'te).
Les Ouvrages suivants de M. D. Zoel Garcia de Galdeano {suite) :
— Tralado :{eneral de /natemàlicas. Yyàvagoza, Cssaïml, 1916; i fa se. 2 a"^".
— Correlaciones niateniàlico-/isico-(/uîmicas.Zava§ozdi,CdiSana\, 1916; i fasc. 22'='".
— /Vociones de crllica inalemdlica. Zavagoza^ Casana\, 1916; i fasc. 2.5'^™.
— Las construcciones matemdticas adaptadas al complemento de anâUsis infi-
nitésimal. Zaragoza, Casanal, 1916; i fasc. 25=™.
— La matemdtica hasta el présente y en sus aplicaciones futuras. Madrid,
Eduardo Arias, 1917; i fasc. 24'='".
— Mis ûllinios programas de elenienlos de câlculo infinitésimal y complementos
con nociones de las leorias correspondientes. Zaragoza, Casanal, 1917; 1 fasc. 22'''".
— Ensenanza matemâiica. Zaragoza, Casanal, 1918; i fasc. 22"".
— El progreso cientijico. Zaragoza, Casanal, 1918; i fasc. 28'''".
— Mis divagaciones en el nuevo mélodo de ensenanza matematica. Zaragoza,
Casanal, 1919; 1 fasc. 24""".
Vue d'ensemble sur les machines à calculer, par Malrice d'Ocagme. Paris, Gau-
thier-V^illars, 1922; J fasc. 20'™.
Observations and experiments on the occurence of spark Unes {enhanced Unes)
in the arc. Fart II : Magnésium, zinc and cadmium, hy G. -A. Hemsalech and A. de
Gramot. Extrait de Philosophical Magazine, may 1922).
Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par Albert l"^'',
prince souverain de Monaco. Imprimerie de Monaco. Fascicule IX : Ifydroïdes, Plu-
maridœ, par Maurice Bedot, 1921; 1 fasc. SS*^™.
— Fascicule LXl : Tomoptérides, par A. Malaquin et F. Carix, 1922; i fasc. 25'^'°.
La mort el son mystère, par Camille Flammarion. Tome I ; Avant la mort, 1920;
tome 11 : Autour de la mort, 1921; tome III : Après la mort, 1922; 3 vol. iS'^'".
(^A suivre.)
FL\ DU TOME CENT-SOIXANTE-QUATORZIEME.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES DE L'ÂCÂDÉMlE DES SCIENCES
TABLES ALPHABÉTIQUES
JAiNVIER - JUIN 1922.
TABLE DES MATIEKES DU TOME 174.
Pages.
Académie. — Etat de l'Académie des
Sciences au i^^ janvier IQ22 5
— M. Georges Lemoine, président sor-
tant, fait connaître à l'Académie
l'état où se trouve l'impression des
recueils qu'elle publie et les chan-
gements survenus parmi les mem-
bres et les correspondants pendant
le cours de l'année 1921 i 3
— Allocution prononcée par M. E.
Berlin en prenant possession du
fauteuil de la présidence 18
— Délègue son Bureau aux solennités
du cent -cinquantième anniver-
saire de l'Académie royale de Bel-
gique 22
— M. le Secrétaire perpétuel annonce à
l'Académie que le tome 169 (1919,
second semestre) des Comptes ren-
dus est eu distribution au secré-
tariat 337
— Le Déparlement de l'Industrie et de
l'Agriculture de la République et
Canton de ^euchatel informe l'Aca-
démie de l'oiiverture d'un concours
de réglage de chronomètres qui
aura lieu en 1923 3i6
— M. le Président souhaite la bienvenue
C. R., 192Î, I- Semestre. (T. 174.)
Pages,
à I\I. R. G. Ailken qui assiste à la
séance "85
MM. Fournier et Favé sont désignés
pour représenter l'Académie à la
réunion d'été que l'Institution oj
naval architecls tiendra à Paris les 4 ,
5 et 6 juillet 1922 793
M. Joubin est désigné pour repré-
senter l'Académie au YII^ Congrès
national des Pèches maritimes, qui
se tiendra à Marseille en octobre
192^- ••• ; ; 'JI7
M. le Président souhaite la bienvenue
à M. Hisashi Kimura, Rigakulia-
kuski, directeur de l'Observatoire
de Latitude de Mizusawa, et à
M. Alphonse Demoulin, membre de
l'Académie royale de B|;lgique .... 977
M. le Président annonce un déplace-
n\ent de séance en raison des fêtes
de Pâques 977
M. le Président souhaite la bienvenue
à M. Waddell, correspondant pour
la Section de Mécanique, qui
assiste à la séance 1269
M. le Président souhaite la bienvenue
à MM. Dodwell, de l'Observatoire
d'Adélaïde ; Baldwyn, de l'Obser-
126
") 3 3-2/
IjSo TABLE DES
Pages,
vatoire de Melbourne ; Saint-
John, de l'Observatoire du Mount
Wilson, qui assistent à la séance. i3o9
— M. le Président annonce un déplace-
ment de séance à l'occasion des
fêtes de la Pentecôte i385
— M. le Président souhaite la bienvenue
à M. Moiirelo, professeur à l'Uni-
versité de Madrid, et au D'' Ri-
chard Bishop Moore, chimiste en
chef du Bureau des mines des Etats-
Unis, qui assistent à la séance . . . i385
■ — M. le Secrétaire perpétuel présente le
tome 57 des « Mémoires de l'Aca-
démie des Sciences » i44l
— -M. le Président souhaite la bienvenue
à M. Farid Boulad Bey, membre de
l'Institut d'Egypte i44i
— Voir Bureau des Longitudes, Candi-
datures, Comtnissions académiques.
Commissions ministérielles. Congrès
géologique international. Conseil
international de recherches. Décès,
Ecole Polytechnique, Elections, Fon-
dation Loutreuil, Fonds Bonaparte,
Nécrologie , Plis cachetés , Solen-
jiités scientifiques. Union interna-
tionale d'astronomie, id. de géodésie
et de géophysique.
Académie royale de Belgique. —
MM. L. Guignard, le Prince Bona-
parte, M. d'Ocagne sont adjoints
à la délégation qui représentera
l'Académie aux fêtes du cent-
cinquantième anniversaire de la
. fondation de l'Académie royale
de Belgique ')S-
— M. Mesnil est adjoint à la même
délégation i'-ii9
Acoustique. — Sur le bruit des avions;
par M. Charles Dévé loio
AcTiNOMÉTRiE. — Sur le rayonnement
diurne de l'atmosphère au mont
Blanc; par M. A. Boutaric i83
— ■ Observations relevées au muni
Blanc; par M. A. Boutaric J09
Agronomie. — De l'influence de l'orien-
tation sur les succès de la trans-
plantation des arbres; par M. Mar-
tin-Zédé (3 1
— Sur la nocuité du terreau du fumici';
par M. .1. Petit i JG2
^- Voir Chimie a<4)icole.
MATIERES.
Pages.
Algèbre. — Sur la généralisation des
fractions continues; par M. Auric. i[\
— Sur la généralisation des nombres
entiers complexes; par M. Auric. i45
— Sur le développement en fraction
continue. des nombres algébriques;
par M. Auric 2^9
— Sur la résolution d'une équation li-
néaire indéterminée; par M. Auric. 4^9
— Sur les cayléens et les bicayléens
anormaux; par M. Maurice Lecat. 728
— Sur un théorème d'Algèbre; par
M. Paul Montel 85o
— Sur un nouveau théorème d'Algèbre;
par M. Paul Montel 1220
Analyse mathématique. — Sur les fa-
milles quasi-normales; par M. Paul
Montel 22
— Sur une classe de fonctions crois-
santes; par M. Théodore Varo-
poulos 89
— Sur le produit de Laplacc, relatif
à certains hypercylindres ; par
M. Pierre Humbert 91
— Sur un tableau normal relatif aux
surfaces unilatérales; par M. Gus-
tave Dumas 93
— Sur les fonctions définies par des
séries de fractions rationnelles;
par M. Arnaud Denjoy 95
— Sur une extension d'un théorème
de M. Landau; par M. PaulJMontel. i43
— Sur un théorème de M. Monte!; par
M. Th. Varopoulos 272
— Sur les zéros de certaines fonctions;
par M. A. Angelesco ; 278
— Sur les équations différentielles du
premier ordre à points critiques
fixes; par M. Armand Cahen 276
— Erratum relatif à cette communica-
tion 716
— Remarques sur les fonctions quasi
analytiques et les fonctions indé-
finiment dérivables; par M. ]\Iau-
rice Gevrey 368
— Les séries de fractions rationnelles
et l'intégration; par M. Gaston
Julia 370
— Sur un théorème de M. Denjoy; par
M. Torsten Carleman 873
— Les caractères des modules de formes
et les systèmes d'équations aux
dérivées partielles; par M. Maurice
TABLE DES MATIERES.
Si
Janet
Errata relatifs à cette cominuiiica-
tion
Sur un point fondanxeutal de la
théorie du potentiel; par M. Wi-
told Wilkosz
Sur les fonctions d'une variable
réelle indéfiniment dérivables; par
M. Emile Borel
Les équations fonctionnelles et
la représentation conforme ; par
M. Gaston Julia
Sur le raccordement des lignes et
la courbe élastique plane; par
M. Georges-J. Rémoundos
Sur quelques applications du calcul
différentiel absolu ; par M. René
Lagrange
Pages.
432
716
435
Sur les séries 7 — ^
.ÀmdZ
; par M. Tur-
■ X. y..,
sten Carleman
Sur un théorème de M. Landau ; par
M. Spiridion Sarantopoiilos
Nouvelles applications de la repré-
sentation conforme aux équa-
tions fonctionnelles ; par M. Gaston
Julia
Sur un problème nouveau concer-
nant les fonctions analytiques et
la représentation conforme ; par
M.HenriVillat
Sur l'application des variétés d'ordre
/) dans un espace a: d'ordre )t ; par
M. René Lagrange
Sur l'équation générale du type, ellip-
tique ; par M. Kyrille Popoff
Le théorème de Cauchy sur l'inté-
grale d une fonction entre des li-
mites imaginaires; par M. G.
Mittag-Leffler
Sur la détermination des équations
différentielles du second ordrr
intégrables par quadratures ; par
M. Jules Drach
Sur la transformation des substitu-
tions rationnelles en substitu-
tions linéaires ; par M. Gaston
Julia
Sur l'intégrale définie et la mesure
des ensembles; par M. Stoîlow . . . .
Sur une théorie classique de Cauchy;
M. E. Goursat
Sur les équations non linéaires aux
dérivées partielles du second ordre
J19
521
■388
591
653
6)6
658
■ /
Pages
797
800
802
836
853
1087
855
'Jï9
du type ellipti(jue; par M. Georges
Giraud '.
— Erratum relatif à cette communica-
tion
— Sur le rôle de la loi de Gauss dans la
théorie des erreurs; par M. Paul
Lévy
— Sur la formule d'interpolation de
Stirling; par M. N.-E. Norlund. . .
— Délinition arithmétique d'une distri-
bution de masses s'étendant à
l'infini et quasi périodique, avec
une densité moyenne nulle; par
M. Emile Borel 977
— Errata relatifs à celle communica-
tion 1208
— • Une application de la théorir- des
équations intégrales; par M. /('«;•
Fredliolm 980
— Sur les formes canoniques invariantes
des systèmes algébriques et diffé-
rentiels; par M. Maurice Janel. . .
— Erratum relatif à cette communica-
tion
— Démonstration d'un théorème de
M. Borel; par M. Torsten Carleman.
— Remarques de M. Borel sur cette
communication
— Sur les fonctions entières d'ordre
entier; par M. G. Valiron io54
— Sur la théorie des invariants inté-
graux; par M. E. Goursat 1089
— Sur la formule d'interpolation de
Newton; par M. N.-E. JSôrlund . . .
— Le théorème de Cauchy sur Tinté-
grale d'une fonction entre les li-
mites imaginaires; par M. G.
Mittag-Leffler
— Sur les fonctions croissantes posi-
tives; par M. Spyridion Sarnnto-
poulos I 320
— Sur quelques thcorèniis de M. Borel:
par M. Th. Varopoulos i323
— Sur les relations qui existent entre
l'ordre de croissance dune fonc-
tion monogène et la densité de ses
zéros ; par M. Rolf Nevanlinna .... i325
— Sur les figures intégrales singulières
des systèmes partiels du premier
ordre auxquels s'applique la mé-
thode d'intégration de .Jacobi; par
M. Riquier 1392
— Sur la loi de Gauss; par M. J.-W.
Lindeberg. . 1 '|OU
1 136
994
996
1108
1 14J
17^2
TABLE DES
Pages.
-T- Sur les fonctions automorphes de
plusieurs variables indépendantes ;
par M. P.-J. Myrherg i4o2
— Sur les figures intégrales singulières
des systèmes passifs du premier
ordre n'impliquant qu'une seule
fonction inconnue; par M. Riquier. i5Ï7
— Sur les séries asymptotiques ; par
M. Torsten Carleman i ')i~
— Sur l'éli^iiination des constantes arbi-
traires ; par M. Riquier i6o4
— Des équations aux dérivées partielles
du second ordre intégrablcs par
la méthode de Darboux; par
M. Gosse 1 6 1 2
— Sur certaines équations fonction-
nelles algébriques ; par M. //.
Mineur 1678
— Sur le problème des moments ; par
M. Torsten Carleman 1680
— Voir Géométrie infinitésimale.
Analyse spectrale. — Dosage du
krypton et du xénon en valeurs
absolues par spectrophotométrie ;
par MM. Charles Moureu et Adolphe
Lepape 908
Anatomie. ■ — De l'asymétrie du sque-
lette des membres supérieurs ; par
M. A.- A. Mendes-Corrêa 4 i*J
— Sur le déterminisnie des caractères
sexuels secondaires chez les Uro-
dèles ; par M. M. Aron 709
— Sur le développement des carac-
tères sexuels primaires chez les
Urodèles. Hypothèse sur son dé-
terminisme; par M. M. Aron i 568
Anatomie pathologique, — Sur l'histo-
genèse et l'origine des chordomes ;
par MM. Alezais et Peyron 419
— Sur quelques fonctions du mégaea-
ryocyte tumoral, en particulier sur
son rôle vasoformateur ; par I\I. />'.
Argaud J73
— Sur l'histogenèse des épithéliomas
basocellulaires; par M. F. Ladreyt. r>G4
Anatomie végétale. — Sur les croix de
Malte présentées par les bois, sou-
mis à des traumatismes ; par ]M. J.
Costantin 1 3 1 3
— ■ L'organisation libéroligneuse, chez
la Mercuriale, reproduit-elle une
disposition ancestrale? par M. P.
Bugnon 1484
MATIERES.
— Voir Botanique.
Pages.
Archéologie. — La représentation ma-
térielle préhistorique 4.es Pléiades
à dix étoiles dans un bassin de ro-
cher des Epesscs (Vendée) ; par
M. Marcel Baudouin 587
Arithmétique. — Voir Prohabililés,
Théorie des nombres.
Astronomie. — Sur la détermination
interférentielle des diamètres des
étoiles dont l'éclat superficiel n'est
pas uniforme; par M. Maurice
Hamy 842
— Sur le calcul de la précession ; par
M. H. Andoyer 5o6
— Mesures de parallaxes stellaires à
l'Observatoire de Deadborn (Etats-
Unis) ; par M. Philippe Fox 595
— Sur une propriété des émulsions
photographiques et l'enregistre-
ment des étoiles, pendant les
éclipses totales de Soleil, en vue
de la vérification de l'effet Eins-
tein; par M. Maurice Hàmy.... 717
— Sur la détermination du diamètre des
étoiles par la méthode interféren-
tielle; par J^. Maurice Hamy . . . . 904
— Sur les déviations des rayons lumi-
neux passant au voisinage d'un
■astre ; par M. Ferrier l4o4
— Sur une nouvelle rtiéthode interfé-
rentielle pour la mesure du dia-
mètre apparent des étoiles; par
M. ^4. Danjon 1 4o8
— Sur le calcul des coordonnées hélio-
graphicjucs; par M. E. Merlin. . . . i536
— La loi de Riemann, le périhélie de
Mercure et la déviation de la lu-
mière ; par M. Gaston Bertrand .... 1687
— Voir Comètes, Cosmogonie, Éclipses,
Histoire des Sciences, Relativité.
Astronomie physique. — Observation
d'une étoile anormale au photo-
mètre hétérochrome de l'Observa-
toire de Paris; par MM. Charles
Nordmann et Le Morvan 10 1
— Sur la pression des atmosphères des
étoiles et du Soleil ; par M. P. Salet 1 5 1
— La périodicité et le mouvement des
taches du Soleil en latitude expli-
qués par la pulsation de son noyau ;
par M. Emile Belot 283
TABLE DES MATIERES.
Pa£;ps.
La projection do la himièro des
étoiles doubles périodiques et les
oscillations des raies spectrales;
par M. G. Sagnac '•;''
Observation d'un phénomène singu-
lier que présente l'étoile 0 de la
Grande Ourse; par MM. Charles
Nordmann et Le Morvan 669
Mesure de la pression dans l'atmo-
sphère du Soleil ; par M. A. Perot . . 933
Observations du Soleil, faites à l'Ob-
servatoire de Lyon, pendant le
quatrième trimestre de 1921 ; par
M. J. Guillaume ioo5
Détermination du champ magnétique
extérieur du Soleil par la structure
de la couronne du Soleil et les
constantes des aurores boréales ;
par M. Cari Stôrmer i447
Observations d'étoiles du type N et
1753
Pages.
notamnaont d'une étoile à tempéra-
ture efîeclive extrêmement basse,
au moyen du photomètre hété-
rochromc de l'Observatoire; par
MM. Charles Nordmann et Le
Morvan 1 690
— Voir Cosmogonie , Spectroscopie.
Aviation. — Sur la forme optimum à
donner aux hélices propulsives ; par
M. Eugène Pagezy i327
— Théorie générale du turbo-compres-
scur pour moteurs d'avions; par
M. A. Râteau i Ji i
— Calcul des variations du plafond
d'un aéroplane dues à une varia-
tion de son poids ou à l'emploi
d'un turbo-compresseur ; par M. A.
Râteau 1669
— • Voir Acoustique, Météorologie.
B
Bactériologie. — Variétés de bacilles
pyocyanoïdes; par M. C. Gessard.
— Physiologie microbienne et facteur
accessoire de la croissance ; par
M. Pierre Goy
— Voir Microbiologie, Parasitologie, Pa-
thologie végétale.
Balistique intérieure. — Au sujet de
la vitesse de combustion des pou-
dres colloïdales ; par AL Paul
Bourgoin
— Voir Alécaniqiie.
Biologie. — Contribution à l'étude des
bouillies cupriques; par M. et
Mme Q_ Villedieu
— Erratum relatif à cette communica-
tion
— - Sur les relations du Crustacé et de
l'Éponge chez les Cirripèdes spon-
gicoles; par M. Ch.-J . Gravier. . . .
— - Histolyse et Phagocytose muscu-
laires dans le cœlome des Néréides
à maturité sexuelle; par M. Ar-
mandDehorne
— Le rôle de l'alcalinité de l'eau de mer
dans les fécondations hétérogènes;
par M. Alphonse Labbé
— Théorie de l'action des parasites en-
tomophages. Les formules mathé-
1579
')32
83o
io13
1199
tiques du parasitisme cyclique ; par
M. Ty.-jR. Thompson 1 201
— L'activation du spermatozoïde dans
les fécondations hétérogènes; par
M. Alphonse Labbé 1297
— Sur la formation de fuseaux myoly-
tiques et sur leur phagocytose dans
le cœlome de Lipobranchus in-
termedius de Saint- Joseph; par
M. Armand Dehorne 1299
— La spanandrie (disette de mâles)
géographique chez un Isopode ter-
restre; par M. A. Vandel 1742
— Voir Bactériologie, Chimie biologique
et physiologique, Cytologie, Embryo-
génie, Entomologie, Histologie, Mi-
crobiologie, Morphologie, Physiqw
biologique.
Biologie animale. — Sur les caractères
d'un Hybride issu de l'union d'un
Canard musqué mâle ( Cairina
moschata Flem.) et d'une Oie
d'Egypte femelle ( Chenalopes
segypticus Eyt.) ; par M. A. Lécail-
, Ion ". 68
- Sur l'indépendance de la glande sé-
minale et des caractères sexuels
secondaires chez les Poissons.
Étude expérimentale; par M, R.
'7'*4
TABLE DES
(ounier
— Sur des phénomènes d'auto-destruc-
tion et d'auto-agglutination chez
les Convoluta ; par lA^^ Anna
Drzewina et M. Georges Bohn. . . .
— Contribution à l'étude de la régres-
sion d'un organe : les muscles vi-
brateurs dn vol d'Apterina pedestris
Meig. pendant la nymphose; par
M. L. Mercier
— Convergence ou variation parallèle
dans le genre Ilalimede (Lepidopl.
Satyridse; par MM. Ch. Oberthur rt
C. Houlbert
— Sur les caractères d'un hybride mâle
provenant de l'union d'un Canard
Pilet mâle (Dafila acuta L.) et d'un
Canard sauvage femelle [An as Bo fi-
chas L.) ; par M. A. Lécaillon
— Sur la fécondité des Hybrides obtenus
par le croisement du Canard Pilrt
mâle [Dafila acuta L.) et du Canard
sauvage femelle [Anas boschas L.) ;
par M. A. Lécaillon
— Notion de « seuil différentiel o et expli-
cation humorale du gynandromor-
phisme des oiseaux bipartis; par
-M. A. Pézard
— Influence sur le développement des
œufs d'un Batracien d'une subs-
tance extraite de la fcrtilisinc des
œufs d'un Poisson; par M. A. We-
ber
— Sur la variabilité de l'espèce et la
création expérinientale de nou-
velles races chez le Bombyx du
Mûrier; par M. A. Lécaillon
— ■ Sur l'apparition d 'intersexués dans
une lignée de Daphnia magna
(Crustacé cladocère), et sur le
déterminisme probable du phéno-
mène; par M. R. de La VVu//.r. . . .
— Voir Entomologie, Zoologie.
Biologie végétale. — Influence des
radiations solaires sur la culture
de la Belladone et la formation des
alcaloïdes dans les feuilles; par
MM. A. Goris et H. Deluard
— - Hérédité anormale de la couleur des
embryons d'une variété de Pois
(Pisum sativum L.) ; par M. L.
Blaringhem
— Sur l'hérédité du sexe chez la Lych-
nide dioïque (Lychnis i'espertina
Pages.
33o
6:v
M
88 •■
1 4 3 1
i5-3
1-30
1-38
17/10
188
MATIERES.
Pages.
Sibthorp) ; par M. L. Blaringhem . . i4'?9
— Observations sur l'optimum d'alti-
tude pour la coloration des fleurs;
par M. Joseph Bouget i "23
— Voir Botanique, Cryptogamie, Mor-
phologie.
Botanique. ■ — Sur le mécanisme de
l'orientation des feuilles ; par
M. Edgar Zaepffel 119
— Sur le gamétophytc des Marchantiées
par M. Ch. Douin 1 ?. i
— Sur la végétation algologique de
Rockall; par M. G. LIamel 243
— Le mucilage chez les Urticées ; par
M. Paul Guérin 480
— Les Neophloga, Palmiers de Mada-
gascar; par M. H. .Jumelle 483
— Sur la signification des canalicules
de Ilolmgren; par MM. A. Guillier-
mond et G. Mangenot 485
— Sur la signification de l'appareil ré-
ticulaire de Colgi; par MM. A.
Guilliermond et G. Mangenot . . . . 692
— Sur la détermination de la faculté
germinative autrenient que par
la germination des graines; par
M. Pierre Lesage . . . . ^ 7^6
— Influence de la métérologie de l'année
1921 sur le rougissement et la chute
des feuilles; par MM. Joseph
Bouget et Ad. Davy de Virville .... 768
— Détermination de Voptimum d'humi-
dité du milieu extérieur chez les
Oscillaires; par M. Henri Coupin. . 892
— Reproduction des Vaucheria par
zoospores amiboïdes; par M. A.
de Puymaly 824
— Sur l'clongation des racines; par
M. //. Ricome 880
— Sur l'hypocotyle de la Mercuriale;
par M. P. Bugnon 9^4
— Un grand Palmier du centre de Ma-
dagascar; par M. Henri Jumelle. . 957
— Une nouvelle espèce de Syncepha-
lastrum; affinités de ci' gi'ure; par
M. Paul Vuillemin 986
— Température ultra-maxima suppor-
tée par les embryons iVHelian -
ihus annuus L. ; par M. Edmond
Gain io3i
— Le mycélium à boucles chez les Aseo-
mycètes; par M. et M'"^ Fernand
Moreau 1072
TABLE DES
Pages.
Sur l'origine du Sparlina Townseiidi
et sur son rôle dans la fixation des
vases marines ; par MM. L. Corbière
et Aug. Chevalier io84
Sur une tardive régénération de
Mousse; par M. Jacques Maheu. . . 1 124
Des synanthies, à propos du Narcis-
sus Tazetta L ; par M. G. Nicolas . . n 26
Relations entre les chlamydospores
et les boucles mycélicnnes; par
M. Paul Vuillemin 1 1 48
Sur la ramification dichotome dans
les cotylédons; par M. P. Bugnon. 1194
Les principales variations du déve-
loppement vasculaire dans les
premières phyllorhizes des Phané-
rogames ne sont pas déterminées
par l'accroissement intercalaire;
par M. Gustave Chauveaud 1487
• Sur la résistance comparative à la
chaleur des points végétatifs de
l'embryon du Grand-Soleil ; par
M. Edmond Gain i '^7
- La cinèsc somatique dans la tige
aérienne d'Equiselurn arvense L. ;
par M. Maurice Lenoir i559
MATIÈRES. I"^-^
Pages
— Aiialomic des fleurs d'une même
espèce à diverses altitudes ; par
M'i*' Marguerite Larbaud 1 jGa
— Sur l'hérédité acquise; par M. Cos-
tantin i^^9
— Le groupe du Chrysalidocarpus hi-
tescens; par M. Henri Jumelle 1674
— Sur la tuméfaction et la tubérisation;
par M. Jean Dufresnoy i/^J
— Voir Analomie végétale, Morphologie
végétale. Physiologie végétale.
Botanique appliquée. ■ — Voir Agro-
nomie, Biologie végétale. Chimie
agricole, Chimie végétale, Crypto-
gamie. Cytologie végétale. Écono-
mie rurale. Embryogénie végétale.
Géographie botanique. Histologie
végétale, Pathologie végétale, Phy-
siologie végétale.
Bulletin bibliographique. — i32,
427, 715, 784, 9'y^, 1088, 1208,
1268, i384, i584, 1748,
Bureau des Longitudes. — M. Mau-
rice Hamy fait hommage à l'Aca-
démie de « l'Annuaire pour 1922 », 5i5
c
Calcul des probabilités. — Sur la loi
de Gauss; par M. Paul Lévy
Calcul mécanique. — Sur des balances
à calcul; par M. Stanislas Millot. .
Candidatures. — ■ Liste des candidats
à la succession de M. J. Carpen-
tier : 1° M. Maurice de Broglie;
■2,0 M. Paul Séjourné; 3° MM. Jean
Charcot, Alexandre Desgrez, Mau-
rice d'Ocagne
— Liste des candidats à la succession
de U.Alfred Grandidier: i^M. Gus-
tave Ferrie; 2" MM. Félix Arago,
Eugène Fichot; Georges Perrier,
Edouard Perrin, Jean Tilho
M. Ed. Réitérer prie l'Académie de
vouloir bien le compter au nombre
des candidats à la place vacante,
dans la section d'anatomie et zoo-
logie, par le décès de M. Ranvier . .
— M. Élie Cartan prie l'Académie de
vouloir bien le compter au nombre
des candidats à la place vacante,
1682
9^7
33G
1219
dans la section de géométrie, par
le décès de M. Emilie Jordan iSig
— Liste des candidats à la place va-
cante par le décès de M. C. Jor-
dan : 1° M. Henri Lebesgue;
2° MM. Élie Cartan, Jules Drach;
30 MM. Claude Guichard, Ernest
Vessiot ^3^^
— Liste de candidats à la place vacante
par suite de la mort de M. Ranvier :
1° M. Charles Gravier; 2° M. Mau-
rice Caullery; 3° MM. Raoul An-
thony, Louis Lapicque, Edouard
Retterer, Louis Roule i J83
Chimie. — Sur l'auloxydation : les
Antioxygènes; par MM. Charles
Moureu et Charles Dufraisse 208
— Essai d'extension systématique de
la préparation des organométal-
liques. Application à l'iodure de
fer éthyle ; par MM. André Job
r\ R,'}>é T^t'irJi l35^
17^6
TABLE DES
Pages
— Voir Balistique, Radioaclivité.
Chimie agricole. — Relation entre
l'indice de chlore et la teneur en
azote de la terre végétale; par
MlleC. Veil 317
— Composition des betteraves sau-
vages; par M. E. Saillard 4ii
— La stérilisation partielle du sol; par
MM. Gustave Rivière et Georges
Pichard 49^
— Disparition progressive de l'acide
sulfureux libre dans un jus de
pommes conservé ; par MM. War-
collier et Le Moal 634
Chimie analytique. — Appareil pour la
détermination de la concentration
d'une solution en ions hydrogène.
Application à la recherche des
acides minéraux dans le vinaigre;
par M. André Kling et M. et
Mme ji Lassieur iG5
— Nouvelle méthode pour la recherche
de la graisse de coco dans le beurre
de vache; par M. C.-F. Muttelet. . 220
— Sur le dosage du soufre dans les py-
rites de fer; par MM. G. Chaudron
et G. Juge-Boirard 683
— Sur la séparation de l'oxyde ferrique
et de l'alumine d'avec la chaux
par la méthode des azotates; par
M. Charriou
— Sur la composition des vins de lies
et des lies de vin; par M. L. Se-
michon 1 1 79
— Sur le dosage de l'azote ammoniacal
dans les matières organiques azo-
tées, et particulièrement dans les
matières protéiques et leurs pro-
duits de dédoublement; par M. J.
Froidevaux I238
Chimie appliquée. — Voir Éclairage.
Chimie biologique. — Sur les pro-
priétés distinctives des amylases
de différentes provenances; par
M. Jean Ef front 18
— Le procédé d'épuration par les
« boues activées » est-il applicable
au système séparatif ? par M. Lu-
cien Cavel 578
— Sur une méthode indicatrice per-
mettant d'évaluer la vitalité des
semences par voie biochimique ;
par MM. Antonin Nèmec et Fran-
tisek Duchoh 632
731
MATIERES.
— Solubilisation et dégradation diasta-
sique des matières azotées du maïs ;
application aux fabriques de le-
vure ; par M. P. Noltin
— Zinc et cancer; par M. Paul Cristal. .
— Influence du sélénium et du radium
sur la germination des grains; par
M. J. Stoklasa
— L'amylocellulose considérée comme
composé d'acide silicique etd'amy-
lose; par MM. G. Malfitano et
M. Catoire
— Influence du sélénium sur l'évolu-
tion végétale, en présence ou en
l'absence de radioactivité; par
M. J. Stoklasa
— Constitution de l'œuf de Truite
" (Trutta fario) ; par M. E. Fauré-
Frémiet et M^e H. GarrauU
— L'attaque des minerais par les bac-
téries. Oxydation de la blende;
par MM. André Helhronner et
W. Rudolfs
— Le rendement énergétique dans la
croissance de VAspergillus niger;
par MM. Émile-F. Terroine et
René Wurmser
— Constitution de l'œuf ovarien de
Carpe [Cyprinus Carpio) ; par
M. E. Fauré-Frémiet et M^e H.
GarrauU
— Voir Microbiologie.
Chimie industrielle. — Action
d'acides minéraux sur les cellu-
loses brutes; formation et destruc-
tion concomitantes de réducteurs.
Utilisation de sous-produits de
cette destruction; par M. G. Meu-
nier
— Sur la fabrication de la soude à
l'ammoniaque; par M. H. Le Cha-
telier
— Sur la préparation du bicarbonate
de sodium; par M. E. Toporescu.
— Sur les monochlorotoluèncs ; par
MM. A. Wahl, G. Normand et
G. Vermeylen
— Un nouveau procédé de fabrication
industrielle de la baryte pour le
traitement des mélasses de su-
crerie; par MM. Camille Deguide
et Paul Baud
— Kaolins, argiles, bauxites, etc. Perte
au feu et porosité; par M. A,
Pages.
712
1128
1256
13-5
1378
1435
149"»
468
836
870
946
TABLE DES MATIERES.
756
Pages.
Bigot 1^32
— Sur un comburimètre et un contrô-
leur pour le gaz, système Creliel-
Veltcr; par M. A. Grebel ri85
— Sur les éléments accessoires des sco-
ries de déphosphoration; par M. A.
Demolon 1 70^
Chimie minérale. — Sur les oxydes
d'uranium; par M. P. Lebeau. . . . '^88
— Action du sélénium sur l'or; par
M. H. Pélabon Sg i
— Sur le rôle des impuretés gazeuses
dans l'oxydation catalytique du
gaz ammoniac. Influence de l'hy-
drogène phosphore; par M. Eugène
Decarrière 46o,
— Extraction et purification du scan-
dium de la thorveïtite de Mada-
gascar; par MM. Pierre Urbain et
G.Urbain i3io
— Sur le sulfure de zinc phosphores-
cent; par M. A.-A. Gunlz i3 )6
— Sur les nouvelles propriétés du sul-
fate vert de chrome; par M. A.
Recoura i46o
— Sur la vitesse d'absorption de l'acide
carbonique par les solutions alca-
lines ; par M. Paul Riou i463
— Sur l'adsorption du fer par les préci-
pités de bioxyde de manganèse;
par M. Max Geloso 1629
— Voir Minéralogie.
Chimie organique. — Synthèse de
l'acide cyanhydrique par oxyda-
tion, en milieu argentico-ammo-
niacal, d'alcools, de phénols et
d'aminés ; par MM. R. Fosse et
A. Hieulle 39
— Composé organométallique mixte de
l'aluminium; par M. Faillebin .... 112
— Détermination des acides gras par la
formation de leurs complexes à
base d'uranyle et de sodium; par
MM. J. Barlot et M^e M.-T.
Brenet ii4
— Sur la sulfobenzide; par M. Eug.
Grandmougin 168
— Action du sulfite de soude sur le
nitrobcnzène ; par MM. Seyewetz
et Vignat
— Sur quelques nouveaux dérivés de
la sulfobenzide ; par M. Eug. Grand-
mougin
—- Sur la composition de l'esseiicc de
17
Paj
296
393
térébenthine d'Alcp; par M. Geor-
ges Dupont
— Sur l'oxyde du cyclohexène et l'ortho-
méthylcyclohexanol ; par MM. Mar-
cel Godchot et Pierre Bedos
— Composé organométallique mixte de
l'aluminium; par M. V. Thomas. .
— Nouvelle préparation d'aminés cyclo-
forméniques ; par M. Alphonse
Mailhc
— • Préparation catalytique des cyclo-
hexanetriols; par MM. J.-B. Se«-
derens et J. A boulenc
— Sur quelques dérivés de la subérone;
par MM. Marcel Godchot et Pierre
Brun
— Sur les isatines halogénées ; par
M. Eugène Grandmougin
— Sur la réduction du benzoate d'éthylc
et de quelques autres composés
benzéniques par le sodium et l'al-
cool absolu; par M. Hervé de Pom-
mereau
— Hydrogénation formique des sels
quaternaires d'hexaméthylèncté-
tramine; par MM. Marcel Somme-
let et Jean Guioth
— Sur les acides a-alcoyllévuliques; par
MM. H. Gault et T. Salomon
— Sur les leucoindigos acylés et al-
coylés; par M. E. Grandmougin . . .
— Nouveaux caractères distinctifs des
trois propanol-2-camphocarbono-
lides fondant respectivement à
i^i», ii^o-liSo et 890-900; par
M. A. Haller et M^^ Ramart-
Lucas
— Sur la décomposition catalytique de
l'acide oléique; par M. Alphonse
Mailhe : . . . .
Aptitude de l'aldhéyde formique à
former l'acide cyanhydrique par
oxydation, en milieu argentico-
ammoniacal; par MM. R. Fosse
et A. Hieulle
— Sur la polymérisation de la lévo-
glucosane; par MM. Amé Pictet
et J.-H. Ross
— Action du chlorure de thionyle sur
les acides-alcools a; par M. E.-E.
Biaise et M^^ Montagne
— Sur les quindolines; par M. E.
Grandmougin
— Péshydratation du méthyl-a-phényl-
57
;es.
39'
461
464
40')
GiG
618
620
685
687
754
-58
8-3
iii3
II -3
1758
TABLE DES MATIERES.
Pages.
2-propanol-i et du dimélhyl-2.2-
phényI-3-propanol-i ; par M. A.
^ Haller et M^e Ramart 121 1
— Ethers homocamphoriqucs neutres
et leurs produits de réduction; par
M. Palfray I235
— Etude de deux propiophénones aa.
[îp-substituées et de leurs produits
de dédoublement par l'amidure
de sodium; par M™^ Ramart et
M. G. Albesco 1 289
— Sur l'auto-oxydation des composés
sulfurés organiques ; par M. Marcel
Delépine 1291
— Etude de quelques cyanures de ben-
zylc dialcoylés ainsi que des al-
cools, amides, aminés et acides
correspondants ; par M. Joseph
Blondeau 1^24
— Sur l'action de l'acétylène sur les cé-
tones sodées et la préparation
des dialcoylétlîinylcarbinols; par
MM. R. Locquin et Sung Wouseng. 1427
— Sur la furfural-a-méthylcyclohexa-
none et quelques-uns de ses dé-
rivés et sur les mono- et difurfural-
cyclohexanones; parM^ie A. TT C///.1469
— Sur la préparation des dialcoylvinyl-
carbinols; par MM. R. Locquin et
Sung Wouseng i 55 1
— Action du chlorure do thionyle sur
les acides-alcools 'a; par M. E.-E.
Biaise et M"© Montagne 1 553
— Sur la chlorhydrine de l'oxyde de
mésityle et sa transformation en
chlorhydrine de la tétraméthyl-
glycérine; par MM. Pastureau et
Henri Bernard i 555
— L'action des alcools sur l'a-bromo-
benzalacétophénonc; par MM. Ch.
Dufraisse et P. Gérald i63i
— Sur l'oxydation par les mélanges
d'acide sulfurique et de chro-
mâtes; par M. L.-J. Simon r;o6
— Sur l'action du chlorobromure de
triméthylène sur quelques cétones
de la série grasse; par M^e Hélène
Billon j ~o8
— Sur la transformation des alcools
éthyléniques tertiaires (genre li-
nalol ) en alcools éthyléniques
primaires (genre géraniol) ; \^av
MM. R. Locf/uin et Sung W^iuseng. 171 1
Çhjmie physiologique, — Le venin
Pages.
des fourmis, en particulier de
l'acide formique; par M. Robert
Stuniper 66
— Nouvelles observations sur le venin
des fourmis; par M. Robert Stum-
per..: 4x3
— Sur l'équilibre superficiel du sérum
et de quelques solutions colloï-
dales ; par M. P. Leconite du Noûy. 962
— Sur l'équilibre superficiel du sérum
et de certaines solutions colloï-
dales; par M. P. Lecomte du Noûy. I258
— L'acide cyanique existe-t-il dans le
sang? par MM. Maurice Nicloux
et Georges Welter i 733
Chimie physique. — Le recuit des
verres ; par M. Tafpn 36
— Dilatabilité du chrome et des alliages
nickel-chrome dans un intervalle
étendu de températures ; par M. P.
Chevenard 1 09
— Sur le recuit et les propriétés méca-
niques du verre; par M. Tafpn .... i 59
— Sur la vitesse d'extension de couches
minces d'huiles à la surface d'une
nappe d'eau; par M. Paul Woog. . 162
— Sur la loi d'action de la sucrase :
vitesse d'hydrolyse et réaction du
milieu; par M. H. Colin et M^^e A.
Chaudun.. 218
— Influence de la température sur la
vitesse d'interpénétration des so-
lides; par MM. H. Weiss et P.
Henry 292
— Sur deux nouveaux molybdo-malates
d'ammonium; par M. E. Darmois. 294
— Relations entre les différents oxydes
d'uranium; par MM. Pierre Joli-
bois et Robert Bossuet. 386
— Sur la transformation de l'ammo-
niaque en urée; par MM. C. Ma-
tignon et M. Fré Jacques 455
— Errata relatifs à cette communica-
tion 1 747;
— Recherche magnétochimique des
constitutions en chimie minérale.
Les acides du phosphore; par
M. Paul Pascal 457
— Utilisation de la force thermo-élec-
tromotrice de contact pour iden-
tifier quelques aciers; par M. Gali-
bourg 547
— Action des rayons rouges et infra-
rouges sur les sulfures phospho-
TABLE DES
Pages,
rcsconts; par M. Maurice Curie. . . V'io
Solubilité des acides toluiques iso-
mères dans les trois xylènes; par
M. Chapas 610
Contribution à l'élude de la trempe;
par M. A. Poucholle 611
Etude électrométrique de l'hydro-
lyse, sous l'action de la baryte, de
quelques complexes aminés du co-
balt; par M. Pau/ Jo& 6i3
Sur l'élimination de la cbaleur de
réaction dans la synthèse de l'am-
moniaque par les hyperpressions ;
par M. Georges Claude 681
Spectre d'absorption de la vapeur de
benzène et grandeurs fondamen-
tales de la molécule de benzène :
par M. Victor Henri 809
Spectre d'absorption ultraviolet du
phénol dans différents solvants;
par M. F.-W. Klingstedt 812
Sur une méthode optique pour la
détermination de la solubilité réci-
proque de liquides peu miscibles;
par M. C. Chéneveau 81 5
Etude cinétique des solutions alca-
lines d'iode; par M. O. Liévin 868
Sur l'hydrolyse des sels roséocobal-
tiques; par M. P. Job. g^S
Sur la préparation du chlorure d'am-
monium; par M. P. Mondain Mon-
tai 1014
Sur la vitesse d'absorption de l'acide
carbonique par les solutions alca-
lines; par M. Paul Biou . . 1017
Sur une application de la méthode
optique de déterniination de la so-
lubilité d'un liquide dans un autre;
par M. C. Chéneveau 1019
Action des acides sur le molybdo-
malate d'ammonium; par M. E.
Darmois 1062
Sur l'étude de la pénétration de la
trempe dans l'acier; par MM. Geor-
ges Charpy et Louis Grenel 1278
Sur la réduction des oxydes par
l'hydrogène; par M. E. Berger. ... i34i
Sur l'allotropie « dynamique » du
tellure; par M. .4. Damiens i344
Sur les séries L du lutécium et de
l'ytterbium et sur l'identification
d'un celtium avec l'élément de
nombre atomique 72; par M. A.
Dauvillier 1 34;
MATIÈRES. 1759
Pages.
— Les numéros atomiques du néo-ytter-
bium, du lutécium et du celtium;
par M. G. Urbain i349
— Floculation du sulfure d'arsenic col-
loïdal. Influence de la concentra-
tion du colloïde, de l'agitation et
de la température; par MAL A.
Boutaric et M. Vuillauine i35i
— Essais de fabrication synthétique
des nacres par production de ré-
seaux chimiques ; par MM. Clé-
ment et Bivière 1 3 ")3
— Influence du facteur temps sur l'in-
terpénétration des solides par
réaction chimique; par MM. II.
Weiss et P. Henry 1 4 ■*'
— Sur la préparation de l'azotate d'am-
moniaque; par M'i^ Wurmser. ... i /jôG
— Sur la représentation géométrique
des équilibres salins; par M. Henry
Le Chatelier l 'ioi
— Sur la cristallisation du tellure
amorphe; par M. .4. Damiens i 348
— Recherche maguétochimique des
constitutions en chimie minérale.
Les acides de l'arsenic ; par M. Paul
Pascal 1698
— Sur la dissociation du chloroplatinate
de baryum; par M. G. Gire i 700
— - Voir Électrochimie, Mécanique chi-
mique. Photochimie, Physique in-
dustrielle, Badioacti^'ité.
Chimie synthétique. — Voir Physique
industrielle.
Chimie végétale. — Sur la présence
d'un glucoside à essence dans les
tiges foliées et les racines du Sedum
Telephium L. ; par M. Marc Bridel. 1 86
— A propos des effloresccnces du Bho-
dymenia palmata; présence d'un
xylauc chez les Algues floridées ;
par MM. C. Sauvageau et G. De-
nigès 791
— Sur la conaposition chimique de
l'Ergot de Diss et de l'Ergot
d'Avoine; par M. Georges Tanret. 827
— A propos du « réveil de la terre arable »
par M. A. Petit io33
— Voir Biologie et Physiologie végétale.
Chroîscmétrie. — Le Département de
V Industrie et de l'Agriculture de la
Bépublique et Canton de J\euchatel
informe l'Académie de l'ouverture
1760
TABLE DES MATIERES.
Pages,
d'un concours de réglage de chro-
nomètres qui aura lieu en igiS . . . . >i6
— Les problèmes mécaniques des res-
sorts réglants; par M. Jules An-
drade 722
— Les problèmes mécaniques des res-
sorts réglants ; par M. Jules An-
drade 982
— Chronographe électrique, enregis-
trant, en chiffres, le temps au cen-
tième de seconde ; par MM. Henri
Chrétien et Paul Ditisheim 999
— - Les problèmes mécaniques des res-
sorts réglants; par M. Jules An-
drade Ii44
— Erratum relatif à cette communica-
tion 1 383
— Trois classes de vibrations isochrones
non entretenues et trois types de
machines horaires fixes. Instru-
ments nouveaux pour l'étude ex-
périmentale des viscosités; par
M. Jules Andrade i5i9
Cinématique. — Sur une machine auto-
matique à multiplier; par M. Au-
gustin Séguin 1 1 54
CiNÉMATOGRAPHiE. — Appareil pour la
dissociation rapide des images dans
la cinématographie par étincelle
électrique; par M. L. Bull loSg
Collège de France. — M. le Minisire
de l'Instruction publique invite
l'Académie à lui présenter une
liste de deux candidats à la chaire
d'histoire naturelle des corps or-
ganisés vacante au Collège de
France 588
— Sont présentés pour la chaire d'his-
toire naturelle des corps organisés :
1° M. André Mayer ; 2° M. Mau-
rice Doyon 796
Comètes. — Observations de la comète
Skjellerup (1922 a), faites à l'équa-
torial coudé de l'Observatoire de
Besançon ; par M. P. Chofardet .... 1 332
— Observation de la comète Skjellerup
1922 6), faite à 1 équatorial coudé
de l'Observatoire de Nice; par
M. A. Schaumasse i333
— Observations de la comète Skjellerup,
faites à l'équatorial coudé de l'Ob-
servatoire de Lyon; par M. J.
Guillaume i4o7
— Qbgervation de la comète 1922 b
Pages.
(Skjellerup), faite à l'Observa-
toire de Marseille (équatorial d'Ei-
chens 0^,26 d'ouverture) ; par
Mlle o. Jasse. 1 408
— Observations de la comète 1922 a
(Skjellerup) faites à l'équatorial
de 49*^'" de l'Observatoire de Stras-
bourg; par M. A. Danjon i.'iSô
Commissions académiques. — MM. E.
Picard, P. Appell, H. Le Chatelier.
Ch. Moureu; A. de Gramont, le
Maréchal Foch, sont élus membres
de la Commission chargée de pré-
senter une liste de candidats à la
succession de M. J. Carpentier,
décédé , 142
— Commissions des prix 649
Commissions ministérielles. — M. le
Ministre de l'agriculture invite
l'Académie à désigner six de ses
Membres qui feront partie du
Conseil d'administration de l'Ins-
titut des recherches agronomiques. 22
— MM. E. Roux, Th. Schlœsing, L. Ma-
quenne, E. Leclainche, P. Viala,
L. Lindet, membres de la section
d'économie rurale, sont désignés 89
— M. le Ministre du travail invite l'Aca-
démie à lui désigner un de ses
Membres qui occupera, dans la
Commission supérieure des mala-
dies professionnelles, la place va-
cante par l'expiration des pouvoirs
de M. Widal, rééligible* 85o
— M. E. Widal est désigné 917
— M. le Ministre de l'Instruction pu-
blique invite l'Académie à lui
désigner huit de ses membres pour
occuper les places prochainement
vacantes dans la Commission tech-
nique de la Caisse des recherches
scientifiques 1678
Conférence générale des Poids et
Mesures. — M. Emile Picard
dépose sur le bureau les « Comptes
rendus des séances de la sixième
Conférence générale des Poids et
Mesures » 81
— M. Ch.-Ed. Guillaume fait hommage
à l'Académie d'une brochure inti-
tulée : « Les récents progrès du
système métrique ». 88
— M. P. Appell fait hommage à l'Aca-
démie d'une brochure intitulée ;
TABLE DES
Pages.
« Comité inlornalional des Poids
et Mesures. Procès-verbaux des
séances. Session de 192 1 » 88
Congrès géologique international.
— MM. A. Lacroix, Ch. Barrais,
P. Termier, Ém. Haug sont délé-
gués au XIII^ Congrès géologique
international qui se tiendra à
Bruxelles au mois d'août jgî'.i .... 1446
Conseil international des recher-
ches. — M. A. Schuster adresse le
programme des travaux de la
deuxième assemblée générale qui
se tiendra à Bruxelles, du 25 au
29 juillet 1922 8 jo
Cosmogonie. • — Sur une nouvelle théorie
de la formation des nébuleuses spi-
rales et du système solaire; par
M. Th. Moreux "jgS
— Sur le rôle des milieux nébuleux dans
la dynamique des systèmes stellaire
et planétaire; par M. E. Belot ioJ6
— Voir Gravitation einsteinienne, Rela-
tivité.
Cristallographie. — Sur lés cristaux
liquides de phosphate de calcium;
par M. P. Gauhert... mi
— Sur les liquides à plans équidistants
de Grandjean; par MM. G. Friedel
et L. Roïjer i "> 1 3
— Sur les liquides à plans équidistants
de Grandjean; par MM. G. Friedel
et L. Royer 1 60;
— Voir Minéralogie.
Cryptogamie. — Sur le parasitisme de
Sphacelaria bipinnata Sauvagcau;
par M. E. Chemin 244
MATIÈRES. 1^61
Pages.
— y OIT Biologievégétale, Botanique, Cyto-
logie végétale. Physiologie végétale.
Cytologie. — Sur le polymorphisme
et la maturation des spores des
Syndinides (Péridiniens) ; par
M. Edouard Chalton 1 26
— Influence de la pression osmotique
sur la division cellulaire; par M. J.
Dragoiu I99
— Sur des phénomènes de condensation
de corps gras à la surface des mito-
chondries ; par M. R. Noël 372
— Sur la conjugaison parallèle des chro-
mosomes et le mécanisme de la
réduction chromatique ; par M. P.
Bouin 968
— Sur la présence intra-nucléolaire du
centrosome; par M. R. Argaud. . . 1078
— Voir Biologie.
Cytologie animale. — La régulation
du nombre des chromosomes chez
les emhryoris parthénogénétiques
de Grenouille rousse. Son méca-
nisme ; par M. R. Hovasse 72
Cytologie végétale. — Sur l'origine
des vacuoles aux dépens de l'aleu-
rone pendant la germination des
Graminées ; par M. PierreDangeard. 3ig
— L'origine du centrosome et la forma-
tion du fuseau chez Stypocaulon
scoparium (L.) Kutz; par M. Pierre
Georgévitch 693
— Recherches sur la structure de la cel-
lule dans les Iris; par M. P.-^.
Dangeard i653
— Voir Biologie végétale
D
Décès de membres et de correspon-
dants. — De M. Ciamician, associé
étranger i J J
— De M. Camille Jordan, membre de la
section de géométrie 209
— De M. Max Nœther, correspondant
pour la section de géométrie 649
— De M. Louis Ranvier, membre de
la section d'anatomie et zoologie . . 83 :>
— De M. Ph.-A. Guye, correspondant
pour la section de chimie ^97
De M. René Benoit, correspondant
de l'Académie pour la section de
physique générale, et de Sir Pa-
trick Manson, correspondant pour
la section de médecine et chirurgie. 1209
De M. Laveran, inenibre de la section
de médecine et chirurgie 1009
De M. Erneal Solvay, correspondant
pour la section de chimie i385
Voir Nécrologie.
I -62
TABLE DES MATIERES.
E
Pages.
Eclairage. — Sur une lampe à l'ormol ;
par M. E. Berger 1471
Éclipses. — Sur ies observations de
l'éclipse partielle de Soleil du i^'' oc-
tobre 1921, faites à Buenos-Ayres
(République Argentine) ; par M. J.
Ubach ^ 804
— Observations de l'éclipse parlielle
de Soleil du 28 mars 1922 faites
à l'Observatoire de Lyon (Saiiit-
Genis-Laval) ; par M. Jean Mas-
cart «Jj')
— Observation de l'éclipse de Soleil du
28 mars 1922, à l'Observatoire de
Strasbourg; par M. Ernest Esclan-
gon 9J6
— Observations de l'éclipse de Soleil
dû 28 mars 1922; par M. Th. Mo-
reux 936
— Éclipse de Soleil du 28 mars 1922,
observée à l'Observatoire de Ksara
(Syrie) ; par MM. Berloty et Com-
bler 1 004
— Observation de l'éclipse annulaire
du Soleil du 27-28 mars 1922, faite
à l'Observatoire astronomique de
Valence (Espagne); par M. /. Ta-
razona ioo4
Ecole polytechnique. ■ — M. le Mi-
nistre de la Guerre invite l'Aca-
dénaie à lui désigner un de ses
membres qui fera partie du Conseil
de perfectionnement, en rempla-'
cernent de M. C. Jordan, décédé. . . 43 1
— M H. Denlandres est élu ;")i6
Économie industrielle. — Sur le sa-
laire parabolique; par M. Lalle-
niand 845
— • Errata relatifs à cette communica-
tion '. ■ 975
Élasticité. — ■ Sur la déformation élas-
tique d'un corps isotroj^e; par
M. Sudria i534
Élections de membres et de corres-
pondants.— M. Maurice d'Ocagne
est élu académicien libre 270
— M. Gustave Ferrie est élu membre de
la section de géographie et naviga-
tion 367
— M. E.-I. Fredhulin est élu correspon-
Pages.
dant de l'Académie pour la section
de géométrie 587
— M. Henri Jumelle est élu correspon-
dant de l'Académie pour la section-
de bolaniiiue 588
— M. René Baire est élu correspondant
pour la section de géométrie 917
— M. Charles Gras'ier est élu membre de
la section d'anatomie et zoologie. 161 1
— M. Amé Pictet est élu correspondant
pour la section de chimie 1677
Electricité. — Sur la mesure des iso-
lements jjar la méthode dite d'accu-
mulation; par M. H. Chaumat. . . . 286
— Erratum relatif à cette communica-
lion 426
— Mesure de la eonslante, diélectrique
des gaz et des vapeurs au moyen
des circuits à ondes entretenues ;
par M. Bedeau 080
— Sur l'extension de la loi de Paschen
aux fluides polarisés; par M. C.-E.
Guye 445
— Sur les tensions et pressions de Max-
well dans les aimants et les dié-
lectriques; par M. G. Gouy 5io
— • Sur l'entretien simultané d'un circuit
oscillant et de circuits harmoniques
par M. C. Gutton 941
— Étude expérimentale sur les pertes
d'énergie dans quelques diélec-
triques industriels; par M. Au-
gustin Frigon i338
— Sur les diagranames circulaires des
systèmes triphasés déséquilibrés et
la délinition de leur degré de désé-
quilibrage.; par M. Louis- G. Stok-
vis 14 18
— Sur la polarité de l'arc électrique;
par MM. L. Dunoyer et P. Toulon . 1 61 5
— Sur un nouvel électromètre à index
rigide destiné à la mesure des ra-
diations; par M. B. Szilard 1G18
— ■ Sur une propriété curieuse d'un mon-
tage spécial des machines élec-
triques excitées en série ; par M. F.
Guéry 1 620
— Voir Magnétisme, Mesures électriques,
Physique du Globe, Télégraphie,
Téléplionie, Theiino-électriciié.
TABLE DES MATIÈRES.
378
/i4i
1 170
Pages
Électro-optique. — Sur la série L du
spectre des rayons X; par M. D.
Coster
— Sur les lignes K a dos élénuails lé-
gers ; par M. V. Dolejsek
— Sur la complexité de la série K des
éléments légers et son interpréta-
tion théorique; par M. A. Dau-
villier
— Sur le degré d'exaelilude de la loi
de Bragg pour ks rayons X ; par
M. Manne Siegbahn
— Sur un effet électro- el magnéto-
optique des liquides qui tiennent
des poudres métalliques en sus-
pension ; par M. St. Procopiu
— Sur la mesure précise des niveaux
d'énergie de l'atome de baryum
et sur l'apparition du spectre L
d'ionisation; par M. A. Dauvillier.
— Sur un nouveau phénomène d'absorp-
tion observé dans le domaine des
rayons X; par MM. M. de Bioglie
et A. Dauvillier 1^46
— Voir Specirocopie.
Embryogénie. — La dipyrénie des
spermies dans certaines doubles
spermatogénèses est obtenue par
une mitose hétérotypique qui se
produit au cours du dévrloppe-
ment; par M. P. Boiiin i 'J71
— Voir Biologie et Physiologie.
Embryogénie végétale. • — Embryogé-
nie des Rosacées. Les premiers
stades du développement de l'em-
bryon chez le Geum urbanum L. ;
par M. René Souèges 1070
— Embryogénie des Rosacées. Les der-
niers stades du développement de
l'embryon chez le Geum urba-
num L. ; par M. René Souèges . .
— Voir Biologie et Physiologie végétale.
Entomologie. — Quelques vues nou-
I 763
Pages.
119:
velles sur la Systématique des
Melanargia (Lépidoptères : Saty-
ridx); par MM. Ch. Oberthur et
C. Houlbert
— La variation des pièces copulatrices
chez les Coléoptères; par M. René
Jeannel
— La dispersion géographique des Sil-
phidœ Catopinx pendant le Ter-
tiaire; par M. René .Jeannel
-- L'histogenèse des muscles du vol chez
la Ranàtre, la Xèpe et les Nauco-
rises; par M. Raymond Poisson. . .
— Sommeil d'hiver cédant à l'hiver chez
les larves et nymphes de Mus-
cides; par M. E. Roubaud
— La métamorphose des femelles el
l'hypermétamorphose des mâles
chez les Coccides du groupe des
Margarodes ; par M. Paul Mar-
chai
— Relations entre le sang et la colora-
lion du cocon chez le Bombyx
mori; par MM. Clément Vaney et
.Jean Pelasse
— Étude mathématique de l'action
des parasites entomophages. Durée
du cycle parasitaire et accroisse-
ment de la proportion d'hôtes para-
sités; par M. W.-R. Thompson
— Origine de la coloration naturelle de
la soie chez le Bombyx mori; par
MM. Clément Vaney et Jean Pelasse
— Voir Biologie, Zoologie.
Épidémiologie. — La Musaraigne,
Crocidura Stampflii, et la peste
au Sénégal; par MM. Marcel Léger
et A. Baury / •"•
— \o\v Médecine expérimentale, Para-
sitologie.
Errata. — i3i, 336, 426, 5o4, 584, 716,
783, 896, 975, 1087, ii36, 1208,
i3o8, i383, 1747.
190
324
569
770
964
1091
1072
1433
i566
423
Fondation Loutreuil. ■ — M. Jules
Garçon adresse un rapport sur
l'emploi de la subvention qui lui
a été accordée en 1916 sur la Fon-
dation Loutreuil -^ ' ^
M. B. Berloty adresse des rapports
relatifs aux subventions accordées
à l'Observatoire de Ksara en 1919
et 192 1 •
M. le Directeur de l'École supérieure
■it'>T
1764
TABLE DES
Pages.
d' Aéronautique et de Construction
mécanique adresse un rapport re-
latif à l'emploi qui a été d'une fait
subvention accordée sur la Fonda-
tion Loutreuil en 1921
— M. D. Berthelot est élu membre du
Conseil de la fondation en rempla-
cement de M. C. Jordan, décédé . .
Fonds Bonaparte. — M. Raoul Bayeux
588
MATIERES.
adresse un rapport sur l'emploi
qu'il a fait de la siibvention accor-
dée en 19 16 sur le Fonds Bonaparte
— M. Edmond Bauer et M. G.-A. Hem-
salech adressent des rapports re-
latifs à l'emploi qu'ils ont fait des
subventions qui leur ont été accor-
dées
Pages.
89
Goi
G72
Géodésie. — Sur une lunette coudée
destinée à l'application de la mé-
thode des hauteurs égales ; par
M. A. de La Baume-Pluvinel 'J3:
— Sur les différences d'altitude des sta-
tions de l'arc méridien de l'équa-
tcur; par M. Georges Perrier . . . . 53f
— Compensation des différences d'alti-
tude d'une chaîne de triangles de
premier ordre. Application à la
triangulation de l'arc méridien de
l'équateur; par M. Georges Per-
rier
— Détermination des coefffcicnts dans
le développenxent en polynômes de
Laplace d'une fonction de deux
variables; par M. G. Prévost
• — Expériences relatives à la marche
d'un pendule et d'un chrono-
mètre, effectuées à Chamonix et à
l'Observatoire du mont Blanc, du
I®' août au 10 septembre Hj'ii ; par
M. Jean Lecarme 1 1 1 j
— Voir Topographie.
Géographie physique. — Les captures
de l'Oum er Rebia et l'hydrogra-
phie générale du Moyen-Atlas ma-
rocain; par M. J. Savornin 53
— Sur le massif de Poïana Ruska et la
corrélation des cycles d'érosion des
Carpates méridionales ; par M. Eni-
maiiuel de Martonne io4
— Observations sur la sculpture du re-
lief par les glaces; par M. André
Allix a33
— Modifications apportées à la plage
de Sangatte à la suite des tem-
pêtes de décembre 1921 ; par M. G.
Dubois .i35
— L'érosion rissicnne dans les hautes
vallées de la Gère et du Goul (Can-
tal) ; par M^^^ Yvonne Boisse de
Black 473
— Observations sur la sculpture du
relief par les glaces; par M. André
Allix O89
— Le Wûrmien dans les hautes vallées
de la Cère et du Goul (Cantal);
par M^i^ Yvonne Boisse de Black. . . J'247
— Le système glaciaire du Beerenberg
de Jan Mayen; par M. P.-L. Mer-
canton 1479
— Répartition de la température dans
le lac du Bourget; par M. Ch.
Gorceix 1718
— Voir Géologie, Hydrogéologie, Hydro-
logie.
Géologie. — Sur l'âge des phosphates
marocains; par M. Louis Gentil. . . l^i
— Le contact anormal du Flysch nord-
pyrénéen au nord de Saint-Jean-
Pied-de-Port; par M. Pierre Vien-
not 45
~ L'Atlantis et la Régression quater-
naire; par M. Ph. Négris 4?
— Les lignites du Cap-Bon (Tunisie) ;
par M. A. Allemand- Martin 49
— Sur la présence de calcaires à Alvéo-
lines d'âge probablement auver-
sien à la base du Nummulitique du
plateau d'Arâehc (Massif de Plati,
Haute-Savoie) ; par M. Léon Mo-
ret 5o
— Sur une formation rédonieiine (Mio-
cène supérieur) ravinant les argiles
éocèncs, à minerai de fer,, au sud
de Rennes (Dle-et- Vilaine) ; par
MM. y. Milon et L. Dangeard 117
— Les vestiges du Lutétien, remaniés
dans le Quaternaire du nord de la
TABI.E Di:S MATIEIŒS.
;6S
Pages.
France; par M. Maurice Lciiclte . . 1 7'î
Erratum rdalif à ci-ttc commiiiiica-
tion î JG
LastrutUiro du Noid-Anuamaii nord
dr Tlianli lloa: par M. Charles
■ Jacoh 1 ;(")
Sur l'àfïc des dépôls de pliosplialL-
de chaux du Sud marocain, algérien
et Tunisien; par M. L. Joleaiid . ... i ;8
Sur l'existence du Crétacé supérieur
dans la fosse centrale de la Manche
d'après les dragages du D''Charcot;
par MM. Paul Lenioine et René
Abrard '2i'i
Sur la géologie de la province de
Sam Neua (Haut Laos oriental);
par M. Léou Dussault., -r^A
Les massifs autochtones du Nord-
Est du Tonkiii; par M. Heiié
Bourrel 227
Sur la structure du Trias des régions
de Meknès à ITnnaouen (Maroc
septentrional;) par M. P. Russo. 'i^t)
La structure du Nord-Annam au sud
de Thanh Hoa ; par M. Charles Ja-
cob -.'QV)
Nouvelles observations sur les dislo-
cations de la Montagne de la Bas-
tille, près de Grenoble ; par MM. F.
Blanchet et E. Chagny '\oi
Sur la limite orientale du massif
granitique de Millevaches ; par
M. G. Mouret 098
L" bassin oligocène effondré Saint-
Flour (Cantal), Malzieu (Lozère).
La Truyère miocène, affluent de
l'Allier; par M. Ph. Glangeaud. ... ^01
• Phases glaciaires en Grèce ; leur rela-
tion avec le morcellement de
l'Ègéis ; par M. Ph, Négris !\o\
■ Les nappes dans le nord-est du
Tonkin; par M. René Bourref ioG
- Sur la géologie du Tonkin occidental :
par M. Léon DussauU 4 08
- La structure du Tonkin méridional;
par M. Charles Jacob '[~i
- Le Nummulitique au sud des Pyré-
nées ; par M. H. Douvillé wj
- Svir le prolongement de la fracture
d'Argcntat (Corrèze) dans la ré-
gion du Dorât (Haute- Vienne et
Vienne) ; par M. G. Mourel 553
- Le Tarn Dao et la région de la basse
Rivière Claire (Tonkin) ; par M.Léon
C. K., 1922, I" Semestre. (T. 174.)
Pages.
UussauU 555
Sur la formation du (iouf de Cap-
Breton; par M. (h. Gorceix 557
- Sur la géologie des environs d'A
Mi Tcliéou (Yunnan oriental) ; par
M. Justin Fromagel 5Go
— Sur la présence du Tortonien à Va-
lence (Espagne) ; par M. Gignoux. 5G'2
— Sur la structure du Nord-.^nnam et
du Tonkin; par M. Charles Jacob. (ri'i
— Observations stratigraphiques et tec-
toniques à la frontière nord-est C\i
Maroc; par M. ./. Savornin 627
— Les roches éruplives de la série inter-
médiaire dans le iS'ord-Annam et
le Tonkin; par M. Charles Jacob. 761
— (Quelques coupes sur la bordure orien-
tale du massif du Vercors ; par
M. Paul Corbiit yG'j
— Sur l'existence de j)iiénonièiies de
charriage à l'extrémité orientale
de la chaîne Ibérique, près de
Montalban (province de Téruel,
Espagne) ; par M. //. Joly 820
— Observations tectoniques sur les ter-
rains secondaires de la bordure
méridionale des Vosges ; par M^^^ G.
Cousin 9/19
- Contribution à l'étude d\i bassin
tertiaire du sud de Ilenncs. Décou-
vertes de lits à Poissons et à
Plantes dans des argiles noires au
sommet du Chattien: par MM. L.
Dangeard et Y. Milon 952
— Sur l'allure et les dislocations de la
nappe du Cheiron au sud du haut
Estéron, jusqu'à la haute vallée
du Loiip (Alpes-Maritimt s) : par
M. Anlonin Lanquine 1024
— Sur la présence d'écaillés ou de lam-
beaux de charriage dans la chaîne
Celtibérique (provinces de Sara-
gosse, Logrono et Soria, Espagne) ;
par M. H. Joly 1 185
— Sur la constitution géologi(|ue du
territoire des Hauts Plateaux et de
Figuig (Maroc oriental); p;, ^l. P.
Russo 1188
— La chronologie du (^Kiaternaire et les
fouilles de Cotencher; par ^f. H.
Lagotala '. 1 1 90
— De l'origine fluviale de la baie du
Lévrier; par M. .1. Gruvel 1242
— Sur la limite du Bathonien et du
I 27
I'j(j6 TABLE DES
Pages,.
Bajocien en Lorraine; par M. Paul
Thiéry i243
— Sur l'allure tectonique des couches
crétacées et tertiaires aux envi-
rons de Haro (province de Logrono,
Espagne) ; par M. H. Joly i474
— Sur les stades glaciaires et sur un val-
lon enregistreur des stades (Bédi-
nat, Chaîne de Belledonne) : par
M. P. Lory 1 4 ;6
- — Essai de coordination chronolo-
gique générale des temps quater-
naires; par M. Charles Depérel . . . . i 5o-2
— ■ Essai de coordination chronologique
générale des temps quaternaires ;
par M. Charles Depérel 1 594
— Sur les roches paléozoïques draguées
par le « Pourquoi-Pas?» en 1921 -
dans la Manche occidentale; par
MM. F. Kerforne et L. Dangeard. . i 714
— Sur la découverte du Silurien à Grap-
tolithes et du Dévonicn à Tentacu-
lites aux Beni-Afeur (sud de Djid-
jelli, Algérie) ; par M. F. Ehrmann. 1716
— ■ Voir Géographie physique. Géophy-
sique, Hydrologie, Lithologie, Océa-
nographie, Paléontologie.
Géométrie. — Sur les réseaux de points;
par M. G. Tzitzéica i5o
— - Sur les surfaces telles que les axes
des cercles osculateurs à une fa-
mille de lignes de courbure appar-
tiennent à un complexe linéaire;
par M. R. Jacques 281
— • Sur une généralisation de la notion
de courbure de Riemann et les
espaces à torsion; par M. E. Car-
tan 593
— La courbure de l'espace ; par M. J. Le
Roux '. . 924
— Sur la géométrie confornie des sys-
tèmes de cercles; par M. E. Ves-
siot 989
— Quelques propriétés des surfaces ré-
glées en liaison avec la théorie du
parallélisme de M. Levi-Cività;
par M. A. Myller 997
— Sur les surfaces cerclées; par M. E.
Vessiot 1 1 o I
— - Sur le tracé des arcs de cercles de
grand rayon; par M. F. -H. Mur-
'■«.'/ • 1399
— Voir Relativité.
Géométrie infinitésimale. — Surfaces
MATIERES.
Pages.
et variétés de translation de So-
phus Lie ; par M. Bertrand Gam-
bier 98
— Sur les réseaux tînii; par M. C. Gui-
chard 1 38
— Sur les réseaux qui sont plusieurs
fois Ooo; pai' M. C. Guichard 362
— Correspondance ponctuelle entre
deux surfaces avec échange des
réseaux conjugués en réseaux or-
thogonaux et vice versa; par
M. Bertrand Gambier 523
— Correspondances ponctuelles déduites
de l'étude des trois formes quadra-
tiques fondamentales de deux sur-
faces; par M. Bertrand Gambier. 661
— Sur les réseaux qui sont harmoniques
à une congruence C. L. et conju-
guée à une autre congruence C. L. ;
par M. C. Guichard 718
— Surfaces isothermiciues à représenta-
tion sphérique isotherme; par
M. Bertrand Gambier 921
— Sur les correspondances ponctuelles
de deux surfaces et sur une classe
de surfaces analogues aux surfaces
isothermiques ; par M. Bertrand
Gambier 1 1 10
— Généralisation d'un problème de
Sophus Lie dans la géométrie des
transformations de contact; par
M. E.-O. Lovelt ii5i
— Sur les lignes asymptotiqucs des sur-
faces. Etude d'un cas particulier;
par M. C. Guichard 1 2 1 5
— Surfaces applicables avec égalité
des rayons de courbure princi-
'paux; par M. Bertfand Gambier. . 161 3
— Voir Analyse mathématique.
Géophysique. — Phénomènes élec-
triques produits par les gisements
métalliques; par MM. C. et M.
Schluniberger 477
— Eruptions volcaniques sous-marines
profondes; par M. J. Thoulet 1068
— A propos du dernier tremblement
de terre provençal; par M. Adrien
Guébhard 1027
— Voir Magnétisme terrestre. Météoro-
logie, Océanographie. Sismologie.
Gr.witation einsteinienne. — Champ
isotrope. Sphère fluide hétéro-
gène; par M. Marcel Brillouin .... i585
— Voir Relativité.
TABLE DES MATIIOUES.
1767
H
P..ges.
Histoire des Sciences. — M. //. .4/i-
doyer présente à l'Académie un
essai sur l'œuvre scientifique de
Laplace '>i't
Histologie. — Sur le tissu lymphoïde
de l'intestin moyen des Myxi-
noïdes et sur sa signification mor-
phologique ; par M. Jacques Mfnvas. 88y
— Sur les fibres perforantes de l'os des
Mammifères; par M. E. Gryiifeltl. 966
— Le tissu lymphoïde de la valvule spi-
rale de l'intestin moyen de r.4//t-
niocœles brancliialis et sa signifi-
cation morphologique; par ^L ./.
Mawas 1 04 1
— Voir Cytologie.
Hydraulique. — Sur les surfaces de
discontinuité ; par M. G. Cami-
chel GG6
livDHOUVNAMiQUE. — ()u(i<|uis consi-
dérations sur la forme du solide
et l'énergie cinétique du fiuide (pii
l'entoure; par M. D. Riaboiichifiski. Afl
— Sur quel(|ues cas de mouvements
plans des fluides autour de solides '
avec tourbillons : par M. />. Riahou-
chinski 1 224
Hydrologie. — Etude des eaux des
glaciers d'Argentière et des Bos-
sons; par MM. d'Aisoiival, Bor-
das et Touplain i4 13
Hygiène. — L'Indice de toxicité des
appareils d'éclairage, de chaulïage
et des moteurs à explosion; par
M. Kohn Abrest io46
Lithologie. — Sur une syénite à
corindon et sillimanite formée par
endomorphisme du granité; par
M. A. Lacroix.
Voir Géophysique.
899
M
M.\GNÉTISME TERRESTRE. ValeUIS
des éléments magnétiques à la
station du Val-Joyeux à Ville-
preux (Scine-et-Oise) au i*^'' jan-
vier 1922; par M. Ch. Dufour i8.'j
— Etat magnétique de basaltes arc-
tiques; par M. P.-L. Mercanton . .■ 11 17
— Perturbations de la déclinaison ma-
gnétique à Lyon pendant l'année
de 1920-1921 ; par M. Flajolel. . . . i3(3i
— Voir Géophysique, Physique du Globe.
MÉCANIQUE. — Sur les principes de la
balistique intérieure; par MM. Gos-
sot et Liouville 27
— Cycloïdes de glissement des terres;
par M. Frontard 526
— Logoïdes de glissement des terres;
par ^L Fronlard 740
Sur les déformations plain s et le ])ro-
blème de la poussée des terres ; par
M. Georges Rémoundos 929
Loi de la hauteur dangereuse tb s ta-
lus argileux; par M. Fronlard 900
Sur le problème de la poussée des
terres; par M. E. Goursal io49
Sur l'équilibre des talus en terre
cohérente: par M. Gustave Guil-
laumin 1 1 65
Sur les équations de l'équilibre li-
mite des corps cohérents; par
M. Gustave Guillaumin 1278
Sur trois classes de mouvements vi-
bratoires non entretenus ; par
M. Jules Andrade 1017
Sur les ligues de glisseincnl planes
1768
tabliï: des
Pases.
MATIERES.
des corps pulvérulents, cohérents
ou plastiques; par M. Gustas'e
Guillaumin \.\\o
— Voir Cinématique, Dynamique, Élas-
ticité, Relativité.
Mécanique appliquée. — Travail dé-
pensé dans l'usinage mécanique du
bois ; par M. J . Petit pas 'j-2(j
— Rendement organique des moteurs
à combustion interne; par M. An-
dré Planiol tj(33
— Etude des pertes par frottements
dans les moteurs à combustion
interne; par M. André Planiol. . . . 8G0
— Sur une démonstration et la géné-
ralisation du théorème de'Mena-
brea; par M. J. Sudria 1222
— Sur le problème général de la poussée
des terres; par M. Georges Ré-
moundos i '>33
— ■ Voir Aviation, Chionoméirie, Elas-
ticité.
Mécanique céleste. — M. Emile
Schwoerer présente à l'Académie
un travail sur la détermination
de l'équation séculaire de la Terre
dans la théorie d'Arrhénius 88
— Sur le sens de rotation des lignes co-
tidalcs autour des poins amphidro-
miqucs; par M. E. Fichot j/jS
— Sur le mouvement d'une planète
dans un milieu résistant ; par
M. P. Fatoii 1 162
— Sur le mouvement d'une planète
dans un milieu résistant; par
M. Jean Chazy 1 280
— Sur le mouvement d'une planète
dans un milieu résistant; par
M. P. Fatou I o3o
Médecine. — • Sur un signe auditif de
spécificité; par MM. Rousselot et
A. Marie ;<)
— Sur un nouveau procédé de dia-
gnostic de la fièvre méditerra-
néenne; par M. E. Burnet 4'^i
— Les gymnastiques respiratoires et les
épreuves de Valsalva et de Muller;
par M. Henri-Jean Frossard "ioo
— La radiothérapie combinée du sein
et des ovaires contre les tumeurs
du sein; par M. Foveau de Cour-
melles 5o3
— Sur un composé bismuthique de la
série aromatique et son activité
thérapeutique; par MM. Henri
Grenet et Henri Drouin
Modifications de la chronaxie des
muscles squelettiques et de leurs
nerfs, par répercussion de la lé-
sion de neurones auxqiiels ils sont
fonctionnellement associés; par
M. Georges Bourguignon
- Traitement de la contracture par
l'excitation électri()ue des muscles
non contractures dans les lésions
du faisceau pyramidal et dans la
contracture secondaire à la para-
lysie faciale périphérique. Evolu-
tion de la chronaxie au cours du
traitement; par M. Georges Bour-
guignon
— Expériences sur lintrodiiction de
l'ion iode par élccLrolyse chez
l'homme, et son élimination par
les urines; par MM. Georges Bour-
guignon et Conduché
Sur la vaccination préopératoire; par
MM. Pierre et Louis Bazy
— Voir Epidémiologie , Parasitologie ,
Pathologie, Pliysique médicale.
Médecine expérimentale. — Emploi
du bismuth dans la prophylaxie
de la syphilis; par MM. R. Sazerac
et C. Levaditi
— Vaccine pure cérébrale. Virulence
pour l'homme; par MM. C. Leva-
diti et S. Nicolau.
— Les stomoxes, propagateurs de la try-
panosomiase des dromadaires; par
MM. Edm. Sergent et A. Dona-
tien.
— Vaccination préventive par voie
digestive chez l'homme ; par
MM. Charles Nicolle et E. Conseil.
— Sur les chocs traumatiques; par
MM. Auguste Lumière et Henri
Couturier
— Les feuillets embryonnaires en rap-
port avec les affinités du virus vac-
cinal ; par MM. C. Levaditi et
;S. Nicolau
— Action préventive et curative dans
la syphilis du dérivé acétylé de
l'acide oxyaminophénylarsiniquc
(sel de soude) ; par MM. C. Leva-
diti et Navarre Martin. '.
— Sur un type d'arthrite fréquemment
Pages.
647
8yo
1437
16G2
128
249
582
m
7:6
778
893
TABLE DES
Pages,
obsiivé clicz les cobayes iul'cclés
par le Micrococcus melitensis; par
M. Et. Buinel "j; J
— Vaccination antilypli<)ïtli(|uc par sca-
rifications; par MM. Auguste Lu-
mière et Jean Chevrotier 1080
— Quelques résultats acquis par la mé-
thode des élevages aseptiques :
I. Scorbut expérimental; II. Infec-
tion cholérique du cobaye asep-
tique: par MM. Cohendyct E. Woll-
man 1082
— Action préventive, dans la syphilis,
du dérivé acétylé de l'acide oxyami-
uophénylarsinique (sel de soude) ;
par MM. L. Fournier, C. Levaditi,
A. Navarro- Martin et A. Schwartz. i38o
— Vaccine et néoplasmes; par MM. C.
Levaditi et S. Nicolau 1649
MÉDECINE VÉTÉRINAIRE. — Dualité pos-
sible de la fièvre aphteuse (hypo-
thèse de travail) ; par M. Schein . . . 9o4
— Sur l'immunité anti-aphteuse; par
MM. H. Vallée cX H. Carré 207
— Encéphalite aiguë contagieuse du
bœuf; par MM. A. Donatien et
R. Bosselut 25o
— La durée de la période contagieuse
dans la fièvre aphteuse; par
M. Charles Lebailly 1 58o
Mesures électriques. — Sur le galva-
nomètre balistique; par M. H.
Chaumat ^■'
— Sur l'application du galvanomètre
balistique aux essais de fer; par
M. H. Chaumat i55
— Sur la mesure des puissances en cou-
rants alternatifs dans les cas anor-
maux; par M. Henri Chawnat. . . . 545
— La mesure des puissances par l'élec-
trodynamomètre différentiel; par
M. Paul de la Gorce 607
— Sur un nouveau wattmètre; par
M. H. Chaumat 806
— Sur un dispositif pcmn liant l'éli-
mination et la détermination du
facteur de correction des watt-
mètres ; par M. Henri Chaumat .... 1007
Mét.vllurgie. — Sur la variation des
propriétés mécaniques des métaux
et alliages aux basses températures ;
parMM. Léon Guillet et Jean Cour-
not 384
MATIÈRES. I7()9
Pages.
- Sur le Iraitiniciil ihcrriiique de
quelques fontes de moulage; par
M. Jean Durand 74^
— Voir Chimie industrielle.
Météorologie. - Le déplacement des
hausses et des baisses baromé-
triques et la direction des cirrus;
par MM. L. Besson et H. Dutheil.. 237
— Syr la climatologie du Maroc; par
M. Louis Gentil 3 11
— La signification des cirrus dans la
prévision du temps; par MAf. Ph.
Schereschewsky et Ph. Wehrlé. ... 3i4
— Sur l'observation des nuages en
prévision du temps; par M. Ga-
briel Guilberl 817
— Les grands mouvements de l'atmo-
sphère et la prévision du temps;
par M. Paul Garrigou-Lagrange . . 1028
— Sur la coloration ocre que présen-
tèrent en mars 1922 les neiges du
Briançonnais; par MM. Pons et
Rémy 1482
— Pressions et poids spécifiques de
l'air en atmosphère normale.; par
M. A. Râteau r'i98
— Voir Aviation.
Microbiologie. — La mort stérile des
Chenilles infectées ; par M. S. Metal-
niko'A> 202
— Nouvelles observations sur la cul-
ture du B. pyocyanique sur mi-
lieux artificiels définis : par MM. A.
Goris et A. Liât 575
— Action d'un suc gastrique artificiel
sur les granulations pulmonaires
tuberculeuses du cobaye ; par
MM. E. Fernbach et 6". Rullier 781
— Recherches histo -niicrobiologiqm s
sur la paralysie générale. Exis-
tence du tréponème dans le cyto-
plasme des cellules nerveuses de
l'écorce cérébrale; par M. Y. Ma-
nomlian 1 134
- — Contribution à l'étude de la culture
in vitro du virus de la vaccine ; par
M. Harry Plotz 1265
— Sur la présence de microbes acéto-
nogènes dans la flore intestinale
des diabétiques; par M. Albert
Bcrthelot et li"^^ St. Danysz-
Michel i3o3
— Réactions de défense et dimmunité
provoquées par injection intrader-
i;';o TABLE DES MATIERES.
Pages,
inique de microbes vivants ou tués
par la chaleur; par MM. M. Breton
et V. Grysez i jo6
— Sur la pluralité des virus aphteux;
par MM. H. Vallée et H. Carré 1 498
— Voir Biologie, Cytologie, Épidémio-
logie, Parasitologie, Physiologie.
Minéralogie. — Le plomb dans les
minerais d'urane de Madagascar;
par M. Muguet i ;>
— Erratum relatif à celle conuuuiiiea-
tion. 336
— Sur la de\vindlil<', nouveau minéral
radioactif; par M. Alfred Schoep . . 623
— Sur la stasite, un minéral nouveau,
dimorphe de la dewindtite; par
M. Alfred Schoep 87')
— Nouvelle méthode de recherche de
l'or et de l'argent dans les mine-
rais au moyen du chalumeau; par
M. Ad. Braly 1 06 ">
— La soddite, nouveau minéral radio-
actif; par M. Alfred Schoep 10G6
Pages.
— Sur la becquerélite, nouveau minéral
radioactif; par M. Alfred Schoep. . 1240
— - Sur la composition et les caractères
chimiques de la thortveitite de Ma-
dagascar; par MM. Ch. Boulanger
et G. Urbain i442
— Voir Cristallographie, Géologie, Litho-
logie, Radioactivité.
Morphologie. — Signification morpho-
logique du tissu glandulaire endo-
crinien du testicule des LIrodèles;
par M. M. Aron 332
— Voir Biologie, Zoologie.
Muséum national d'histoire natu-
relle. — M. le Ministre de l'Ins-
truction publique invite l'Académie
à lui présenter une liste de deux
candidats à la chaire d'anatomie
comparée SGy
— Liste de deux candidats à la chaire
d'anatomie comparée: i°M. Raoul
Anthony; 2° M. Henry Neuville. . . 3i4
N
Navigation. — Relations entre : les
formes de carène d'un navire; les
déplacements relatifs de sa houle
satellite; son aptitude à la vitesse;
sa vitesse la plus économique; et
la résistance de l'eau à sa transla-
tion; par M. F.-E. Fournier i34
— Erratum relatif à cette communica-
tion 336
Nécrologie. — M. .4. Haller retrace la
vie scientifique de Giacomo Cia-
mician 1 33
— M. Emile Picard présente à l'Aca-
déniie un résumé des travaux ma-
thématiques de Camille Jordan . . . 210
— Notice relative à Louis Ranvier;
par M. Henneguy 833
— M. A. Haller donne lecture d'une no-
tice nécrologique sur Ph.-A. Guye, 897
— M. Emile Picard rappelle à l'Aca-
démie les remarquables qualités
scientifiques de R. Benoit 1209
-- M. F. Mesnil donne lecture d'une
notice nécrologique relative à Sir
Patrick Manson 1 209
-T- M. Albin Haller rappelle les princi-
paux travaux d'Alphotise Laveran. i3o9
— M. Albin Haller rappelle les princi-
paux travaux d'Ernest Solvay . ... i385
— Voir Décès, Notices historiques.
Nomographie. — Sur la genèse et l'état
actuel de la science des abaques;
par M. Ch. Lallemand 82
— Sur la réduction de la quatrième
dimension à iwie représentation
plane; par M. d'Ocagne 146
— Sur les avantages comparés des
abaques hexagonaux et des aba-
ques à points alignés; par M. Ch.
Lallemand 253
— Sur l'examen comparatif de diverses
méthodes nomographiques; par
M. d'Ocagne 355
— Sur les nomogrammes à transparent
orienté; par M. Maurice d'Ocagne. 1664
— Les abaques à transparent orienté;
par M. W. Margoulis. . .' 1684
Notices historiques. — M. Maurice
d'Ocagne donne lecture d'une
notice sur la vie et les travaux de
Jules Carpentier i653
— Voir Nécrologie.
TABLE DES MATIERES.
771
o
Pages
Océanographie. — Sur les lignes
neutres de sédiments sous-marins
côtiers; par M. J. Thoidet 63o
— Sur les températures à différentes
profondeurs de la fosse du Cap-
Breton; par M. J.-B. Charcot. ... i24(j
— Distribution du calcaire dans les
globisédiments profonds; par M. ./.
Thoidet i-^ 4V(
— Sur les variations de composition
chimique de l'eau de mer et l'éva-
luation de la salinité; par MM. Ga-
briel Bertrand. Freundler et M"e Mé-
nager 19)1
Optique. — Portée obtenue par nn
phare de grand atterrage avec op-
tique à réflecteurs métalliques;
par M. Jean Reij aSg
— Calcul des éléments qui uétciinincnl
un système centré formé par un
nombre quelconque de surfaces:
Pdges.
par M. B. Boulouch 4-o
— Sur l'inversion du pouvoir rotatoire
dans les liquides anisotropes; par
M. L. Royer 11 8 9.
— Voir Pholograpliie, lielalivilé, Spec-
troscopie.
Optique géométrique. — Relation
entre l'aberration et l'astigma-
tisme pour un point situé sur
l'axe d'un système optique centré,
par M. Marcel Dufour 288
— Sur l'existence géométrique d'un
invariant général des faisceaux de
rayons se réfractant suivant la loi
de Descartes, et ses applications
à l'Optique géométrique et au
rayonnement; par M. Labiissière . 676
< )PTIQUE géométrique SUPÉRIEURE.
Sur la réfraction d'un pinceau lu-
mineux dans le cas général; par
M. Dufour I 539
Paléontologie animale. — Sur la
faune des couches naoyennes et
supérieures de l'Aalénien du Grand-
Duché de liUxembourg ; par
MM. Henri Joly et Nicolas Laux. 181
— Sur l'importance pratique et phylo-
génétique du talon antérieur (T„)
des molaires des mastodontes et
des éléphants; par M. Sabba Stefa-
nescu .î3o
— Sur quelques Poissons néocomieus de
la Haute-Marne et de la Meuse ;
par M. G. Corroy 3o4
— Sur l'aire de dispersion de Dyrosauriis,
Crocodilien fossile du Nord-Ouest
africain; par M. L. Joleaud 3o6
— Les Turritelles tertiaires et actuelles :
évolution et migrations; par M.
Louis Guillaume 764
— Sur la phylogénie de VElephas auli-
quus; par M. Sabba Stefanescu .... 1 1 19
— Les Reptiles néocomiens et albiens du
Bassin de Paris; par M. G. Corroy. 1 192
— La faune villafranchienne des Sables
de Chagny (Saône-et-Loire) ; par
M. Lucien Mayet 1 2 54
— Voir Géologie.
Paléontologie végétale. — Sur les
Conifères et les Fougères du Weal-
dien de Féron-Glageon (Nord) ; par
M. Alfred Carpentier 1 1 2 i
Parasitologie. — Coccidi( s doiseaux
palustres. Le genre Jarrina n. g. ;
par MM. L. Léger et E. tlesse. ... -4
— Microsporidies bactériformes et essai
de systématique du groupe; par
MM. L. Léger et E. liesse Sa;
— Gregarina Sœnuridis Koll. et son
hôte; par M. Jean Delphy 1^44
— Etude de quelques cas simples de pa-
rasitisme cyclique chez les insectes
entomophages ; par M. TT'.-i?.
Thompson 1647
— Sur un Péridinieii, parasite intracel-
lulaire des Vélelles; par M. R. Ho-
vasse 174^
— Voir Biologie, Epidémiologie, Micro-
biologie.
1772
TABLE DES
MATIERES.
Pathologie. — Sur un cas de iiiouiliase
bronchique; par MM. A. Sartory
et L. Moinson
— Voir Épidémiologie, Médecine, Para-
sitologie.
Pétrographie. — Voir Lithologie.
Photochimie. — Etude spectrogra-
phique de dévirage du platino-
cyanure de baryum dans l'ofîet
Villard; par ]\IM. .1. Zimmern et
E. Salles
Photographie. — Sur un nouvi 1 olttu-
ratour d'objectif pour la prise de
photographies aériennes avec les
appareils à grand foyer; par M. A,
Guillemet
— Voir Cinématograplde.
Physiologie. — Mesure de l'excitabilité
d'un nerf sécrétoire : corde du
tympan et glande sous-maxillaire;
par M. et M^e A. Chauchard
— Sur le déterminisme des caractères
sexuels chez les Tritons; par
M. Ch. Chanipy
— L'acuité auditive et l'aptitude au
service militaire; par M. Murage. .
— L'action de l'histamine sur la sécré-
tion du suc gastrique chez les pi-
geons; par M. W. Koskowski
— La tension superficielle et la narcose:
par M. W. Kopaczewski
— L'accoutumance du ferment lacti(|iir
aux poisons (spécificité, simulta-
néité et alternance) ; par MM. Char-
les Richef, Eudoxie Bachrach et
Henry Cardot
— Licoagulabilité du sang ciiculant
provoquée chez la grenouille par
les injections d'acides nucléiques.
Durée de la phase. Comparaison
avec divers anticoagulants ; par
M. Doyen
— Résistance des femelles eu gesta-
tion aux chocs anapliylactiques et
anaphylactoïdes; par MM. Auguste
Lumière et Henri Couturier
— Sur les conditions de la genèse de
l'harmosone sexuelle chez les Ba-
traciens anoures; par M. Chanipy.
— Sur la circulation entéro-hépatique
des acides biliaires; par M. E.
Wertheinï'er
— Piecherehcs sur les projuiélt's pliysio-
8o
Rof)
63
192
197
r,!\-)
' I I )
''i9J
■197
pHges.
logiques et thérapeutiques des
diastases tissulaires. De l'existence
des diastases synthétisantes; par
M. F. Maignon 56G
Action de la température sur le chon-
driome cellulaire. Un critérium
physique des formations mito-
chondriales; par MM. A. Policard
et G. Mangenot 645
Erratum relatif à cette communica-
tion 716
Utilisation des diastases tissulaires
pour la détermination de l'organe
dont l'insuffisance fonctionnelle
est la cause d'un état pathologique
déterminé. — Application de cette
méthode clinique à l'étude du rôle
physiologiste de certains organes;
par M. F. Maignon 6g8
Sur les conditions physiologiques
relatives à la parure nuptiale pé-
riodique chez les Oiseaux : par
M. J. Benoit 701
Etudes sur la fernientation lactique.
Le souvenir chez les microbes; par
MM. Charles Bichet, Eudoxie Bach-
rach et Henry Cardot 842
Sur un mécanisme intervenant dans
la fixation des graisses par la
glande cortico - surrénale ; par
MM. A. Policard et Juliana Tritch-
koi>itch 960
I^a différenciation des phénomènes
de choc par contact; par M. W.
Kopaczewski i o34
La respiration niaxiiuuni aux liés
hautes altitudes; par M. Raoul
Bayeux 1087
Nicotine et les nerfs inhibitoires du
cœur; par M. W. Koskowski lo^g
Sur la fixation directe des graisses
par les glandes sébacées; par M. A.
Policard et M^e J,diana Trilchko-
ritch ' i364
Variation de la pression osmotique
du sang des Poissons Téléostéens
d'eau douce sous l'influence de
l'accroissement de salinité de l'eau
ambiante; par MM. Paid Portier
et Marcel Duval 1 366
I^e réflexe linguo-maxillaire [idli-
nium reflex) ; par MM. Henry Car-
dot et Henri Laugier i368
Compas d'orientation du jiinl : |)ar
TABLE DES
Pages
M. Gabriel Bidon i3-o
— Mécanisnac des échanoes tiilic la
cellule et le milieu amhiaut: par
M. Louis Lapicqiie i \\)0
— Variation de la pression osniotique
du sang des Sélaciens sous l'in-
fluence de la modification de la
salinité de leau de mer environ-
nante; par MM. Paul Portier et
Marcel Dm-al i i93
— Musculomètre artiliciel; par M. Ga-
briel Bidon I ^64
— Influence de l'avitaminose sur la
lactation; par MM. E. WoUduiii
et M. Vagliano 163;
— Sur l'auto-immunisatiou contre les
régimes carences: par MM. G.Mou-
riquand et P. Michel 1639
— Les « donneurs de sang « en niéde-
cine vétérinaire; par MM. L. Pa-
nisset et J. Verge 16/12
— Perméabilité ionique élective des élé-
ments cellulaires ; par MM. TV . ]\Ies-
trézat, Pierre Girard et. V. Morax. . i 727
— Rapprochement des effets des acides
nucléiques et de l'antithrombine
du plasma de peptone sur la coagu-
lahilité du sang circulant chez la
grenouille; par M. Doyoïi 1729
— Idiosyncrasie et anaphylaxie ; par
MM. L. Panisset et J. Verge 1731
— Voir Biologie, Chimie biologique et
physiologique, Physique médicale.
Psycho-physiologie.
Physiologie pathologique. — Re-
cherches sur l'insufîisance protéo-
pexique du foie dans l'hépatite
dysentérique; par MM. 7'^. Widal.
P. Abrami et ./. Hutinel 3 "n
— Azotémie et hyperprotéidoglycémie
expérimentales ; par MM. H. Bierry,
F. Rathery et F. Bordet 970
— Régime équilibré et acidose diabé-
tique ; par MM. A. Desgrez,
H: Bierry et F. Rathery 1576
— Voir Pathologie.
Physiologie végétale. — Etude dis
plantes salées pendant la période
où se produisent des anomalies ;
par M. Pierre Lesage 56
— La recherche des pseudo-bases d an-
thocyanidines dans les tissus végé-
taux: par M. Raoul Combes 58
— Sur la toxicité di- divers phénols ni-
MATIÈRES. 1773
Pages.
très pour le Slerigmalocyslis iiigra;
par M. L. Plantejol 1 ^3
La l'urmation des pigments anlho-
cyaniques; par M. Raoul Combes. 1^0
Action des sels solubles de plomb
sur les plantes; par M. Eugène
Bonnet 488
— Sur les variations de la teneur en
manganèse des feuilles avec l'âge;
par M. Gabriel Bertrand et M">e M,
Rosenblatt 491
— Sur une nouvelle fermentation acide
produite par le Sterigmatocystis
nigra; par M. Marin Molliard . ... 881
— Lifluence de la chaux sur le rende -
ment des graines pendant la pé-
riode germinative;par MM. L.Ma-
quenne et R. Cerighelli 1^69
— Sur la végétation dans des milieux
pauvres en oxygène; par MM. L.
Maquenne et E. Demoussy i387
— Sur la répartition des anthocyani-
dincs dans les organes colorés des
plantes; par M. St. .Ionesco i635
— Sur le mécanisme de l'action para-
sitaire du Pénicillium glaucum
Link et du Mucor stolonifer Ehrb;
par M. Pierre Nobécourt 1 720
— Voir Biologie végétale. Botanique.
Physique. — Les invariants newto-
niens de la matière et de l'énergie
radiante, et l'éther mécanique des
ondes variables; par M. G. Sagnac.
— Le principe de relativité dans les dié-
lectriques; par M. E. Carvallo. . . .
— Sur l'interprétation de l'expérience
de Michelson ; par M. E. Brylinski.
— Sur la pression dans les fluides ai-
mantés ou polarisés ; par M. G.
Gouy
— Les points de congélation de liquides
organiques purs comme repères
thermométriques aux températures
inférieures à o" C. ; par M. Jean
Timmermans, M^'^ H. Van der
Horst et M. H. Kamerlingh Onnes.
— Nouveau mode de détermination des
diamètres moléculaires par la ro-
tation électromagnétique de la dé-
charge dans les gaz; par M. C.-E.
Guye et R. Rudy
— Sur les barovariomètres à écoule-
ment capillaire: par MM. M. Cour-
29
loG
i53
264
365
382
1774 TABLE DES
Pages.
fines et Jean Villey 54 i
— Mesure du pouvoir moyen de péné-
tration d'un faisceau de rayons X
par un nouveau procédé radiochro-
nométrique; par M. Miratnond de
Laroquette Go'j
— Micromanomètre à sensibilité ré-
glable; par M. F. Michaud 80')
— Détermination du point d'inversion
supérieur de la chaleur spécifique
de la vapeur saturée de benzine;
par MM. G. Bruhat et A. Delaygue. 937
— Sur les spectres corpusculaires des
éléments; par M. Maurice de Bro-
glie 9''>9
— Sur l'action photogénique des ultra-
radiations; par M. Albert Nodon. . . 1061
— Cheminement capillaire, diffusion et
déplacement ; par M. Louis Lu-
mière io9r)
— La rigidité des gelées; par M. F. Mi-
chaud 19.80
— Sur les variations de l'opalescence
critique avec la température et la
longueur d'onde de la lumière inci-
dente; par M. A. AiidaiU i333
— Sur le champ électromagnétique des
trajectoires stationnaires de Bohr;
par Edmond Bauer i 335
— La chaieur de vaporisation et la diffé-
rence m' — m des chaleurs spéci-
fiques à l'état de saturation pour
l'argon, l'oxygène, l'azote et l'hy-
drogène ; par MM. E. Mathias,
C.-A. Crommelin et H. Kamerlingh
Onnes '395
— Sur un nouveau rayonnement et son
application à l'étude de l'ultravio-
let de Millikan et de Lyman ; par
M. G. Reboul i45i
— Thermostats à enceintes multiples;
par M. A. Tian 14 53
— Sur les variations de ropalescence
critique avec le remplissage des
tubes et la nature des liquides étu-
diés; par M. A. Andant 1 5'| i
— Voir Acoustique, Élasticité, Électricité,
Gravitation, Radioactivité, Radio-
logie, Relativité, Spectroscopie, Télé-
graphie sans fil, Thermodynamique.
Physique appliquée. — Sur une mé-
thode permettant de reconnaître
les perles japonaises cultivées; par
MM. 7. Galibourg et F. Ryziger . . 1019
MATIERES.
Pages.
Physique biologique. — Influence de
la chaleur et de quelques dissol-
vants sur la viscosité du sérum
de cheval; par M. A. Vila i i3i
Physique du Globe. — Voir Actino-
métrie. Géophysique.
Physique mathématique. — Hypo-
thèses physiques et hypothèses
géométriques; parM. Emile Borel. io5o
— Sur la connexion du champ tensoriel ;
par M. Paid Dienes 1 167
— Champ électromagnétique conipa-
tible aveele champ gravi fique cor-
respondant; par M. Th. De Donder. 19.98
— Sur l'électrodynamique des milieux
homogènes et isotropes en repos ;
par M. Louis Roy i^^9
— Sur les actions électromagnétiques
dans un système isotrope; par
M. Louis Roy 1 448
— Voir Gravitation, Relativité.
Physique médicale. — L'auscultation
électrique de la respiration au
début de la liiberculose; nouvelle
méthode d'auscultation pratiquée
à l'aide de stéthoscopes micro-
téléphoniques amplificateurs; par
M. J. Glover 58o
Physique industrielle. — Sur des
accidents observés dans la synthèse
de l'ammoniaque par les hypt'f-
pressions et sur le moyen de les
éviter; par M. Georges Claude. ... i57
Physique moléculaire. — Coiichrs
minces formées par des naélanges
de glycérides; par M'i« Paule Col-
let 544
— Nouvelle évaluation de la pression
interne des liquides. Critérium de
l'association des molécules dans un
liquide; par M. i\'. \'asilesco Kar-
pen 169^
Plis cachetés. — M. tl. de Bellescize
demande l'ouverture de deux plis
cachetés reçus respectivement dans
les séances du 21 mars et 10 oc-
tobre 1921 et inscrits sous les
nos 8854 et 8923 917
— M. M. Gandillot diniaude l'ouver-
ture d'un pli cacheté contenant
une note intitulée : « Véritable in-
terprétation des théories relati-
vistes » '^'^'11
TABLE DES MATIERES
Pa^es
— MM. Paul Sacerdote et Pierre Larn berl
demandent l'ouverture d'un pli
cacheté contenant une note inti-
tulée : « Nouveau procédé pour dé-
celer la présence d'un sous-marin ».
Psycho-physiologie. — Etude des
temps de réactions psychomotrices
i6-
'775
Pages,
tactiles chez l'homme normal; par
MM. P. Béhague et J. Beyne 12^9
Loi de la vitesse d'établissement des
processus chromatiques fondamen-
taux en fonction de l'intensité
de l'excitation lumineuse ; par
M. Henri Piéron i'->94
Radioactivitk . — Sur quelques pro-
priétés oxydasiques du thorium X :
par MM. Pierre Lemay et Léon .1a-
loiiMre 171
— Sur le poids atomique du chlore dans
un minéral ancien, l'apatite de
Balmc; par M"'' EUeii Gleditsch et
M. B. Samdahl 716
— Précipitation par la soude du ni-
trate d'uranyle. Radioactivité du
précipité; par MM. Pierre Jolibois
et Robert Bossiiel 169.5
— Sur le dosage direct de très faibles
quantités de radium par les rayons
pénétrants; par M. B. Szilard 1G95
' — Voir Minéralogie.
I'adiologie. — Influence de la tempé-
rature sur la sensibilité des émul-
sions en radiographie; par M. .4.
Zimmern 4 )0
— Voir Physique.
liELATiviTÉ. — M. Emile Picard pré-
sente à l'Académie une brochure
intitulée : « I^e principe de relati-
vité et ses applications à l'Astro-
nomie » 81
— Quelques remarques sur la relativité;
par M. Léon Lecornu 337
— Sur une définition géométrique du
tenseur d'énergie d'Einstein; par
M. E. Cartan 437
— Sur les espaces généralisés et la théo-
rie fie la relativité; par M. /•.'. Car-
tan 734
La géométrie des espaces coiirhis
et le tenseur d'énergie d'Einstein;
par M. Enrico Bompiani 737
Sur les espaces conformes généra-
lisés et l'Univers optique; par
M. E. Cartan 837
Sur une coïncidence remarquable
dans la •théorie de la relativité; par
M. Maurice Sauger 1002
Sur les équations de structiire des
espaces généralisés et l'expression
analytique du tenseur d'Einstein;
par M. E. Cartan 1 104
La théorie classique et la théorie
einsteinienne de la gravitation ; par
M. Paul Painlevé 11 37
Sur les vérifications astronomiques
de la théorie de la relativité; par
M. .Jean Chazy ii57
Note de M. Painle^'é sur cette com-
munication 1 161
Les lois de Kepler et les orbites rela-
tivistes; par M. J. Trousset 1 160
Note de M. Painlevé sur cette com-
munication 1 1 6 1
Sur la conception relativiste de 1 es-
pace ; par M. S. Zarem ba 1 4 1 6
Voir Cosmogonie, Gravitation. Méca-
nique, Optique, Physique, Physique
mathématique.
S
Sismologie. — Sur le tremblement de
terre italien du 7 septenabre 1920;
par M. P. Monnet 47 )
— Voir Géophysique.
Solennités scientifiques. — L'Aca-
démie royale de Belgique invite
l'Académie à participer aux solen-
nités qui auront lieu à l'occasion du
cent-cinquantième anniversaire de
sa fondation
L'Académie délègue son Bureau. . . .
MINL L. Guignard. le Prince Bona-
22
22
1776
TABLE DES
Pages.
387
parle, Al. d'Ocagne sont adjoints
à cette délégation
— M. Mesnil est adjoint à la même délé-
gation 1 ■' 1',)
— h'Unù'er^ilé royale de Pudoue invite
l'Académie à se faire représenter
aux fêtes du septième centenaire
de sa fondation, qui auront lieu du
1 4 au 1 7 mai 1 922 5 1 6
— M. Emile Borel est désigné '^Bj
— L'Académie charge M. Bazy de la
représenter, le 1 4 mai 1922, à l'inau-
guration du monument élevé à la
mémoire de M. Lucas Champion-
nière, à l'IIô tel-Dieu l'^iQ
Spectroscopie. — Sûr la variation de la
longueur d'onde des raies tellu-
MATIERES.
Pages.
riques ; par M. A. Perol 215
Siir l'évolution du spectre du magné-
sium sous l'influence d'actions élec-
triques croissantes. Application à
l'Astrophysique; par MM. A. de
Gramont et G.-A. Hemsalecli 350
— Errata relatifs à cette com.munica-
tion 58^
— Sur les spectres d'étincelles dans
l'eau; par MM. Léon et Eugène
Bloch 1456
— Etude spectrale de. la triholumines-
cence du saccharose; par M. //enri
Longchambon i633
— Voir Chimie minérale, Optique, Photo-
chimie.
Télégraphie sans fil. — Sur la récep-
tion des ondes entretenues par
modulation; par M. R. Jouaust. . . 35
— Sur la synchronisation harmonique
des oscillateurs électriques; par
M. Mercier 448
— Sur la transmission télégraphique
des photographies, dessins et écri-
tures; par M. Edouard Belin G; 8
— Sur une nouvelle méthode d'émis-
sion douhlant le rendement des
stations de télégraphie sans fil; par
MM. Henri Abraham et René Pla-
niol 1 284
— Amortissement des oscillations des
résonateurs de T.S.F. ; par M. de
Bellescize i4'>7
— Sur la transmission de l'écriture et des
dessins par T.S.F. ; par M. Edouard
Belin i623
Théorie des nombres. — Sur la mé-
thode d'approximation d'Hermite;
par M. G. Valiron i 53o
Thermodynamique. — Sur les varia-
tions de l'entropie dans les gaz
réels; par M. V. JSjegovan aSa
— Sur le maximum de la chaleur de
vaporisation; par M. E. Ariès. . . . io5o
Thermodynamique appliquée. • — Sur
l'emploi de l'air comme agent fri-
gorifique; par M. Maurice Leblanc. i5o5
— Sur une nouvelle machine frigori-
fique à air; par M. Maurice Le-
blanc 1 589
Topographie. — Sur les applications de
la photographie aérienne et de
l'appareil de photorestitution; par
M. H. Roussilhe 863
u
Union internationale d'astronomie.
— MM. A. Lacroix, H. Deslandres,
G. Bigourdan, B. Baillaud, Ch.
Lallemand, L. Favé, D. Berthelot,
L. Joubin, G. Ferrie, niemhres de
l'Académie, et M. Emile Mathias,
correspondant, sont délégués pour
représenter l'Académie à la confé-
rence des Unions internationales
d'Astronomie et de Céo<lésie et
Géophysique, qui se tiendra à
Rome du 2 au 10 mai 1922 io53
M. Maurice Hamy est adjoint à la
délégation qui représentera l'Aca-
démie à la réunion de l'Union in-
ternationale d'Astronomie, qui se
tiendra à Rome du 2 au 10 mai
1922 ii5i
TABLE DES MATIERES.
Pages.
— M. B- Baillaud rend compte des tra-
vaux du Congrès qui vient de se
tenir à Rome • 44 •
Union internationale de géodésie
ET GÉOPHYSIQUE. — M. Ch. Lttlle-
inand, président de cette Union,
remet à l'Académie le programme
de la première Assemblée générale. <)i<S
— MM. A. Lacroix, H. Dedandres,
G. Bigourdan, B. Baillaud, Ch. Lal-
leniand, L. Favé, D. Berthelol, L.
'777
Pages.
Joubin, G. Ferrie, membres de
l'Académie, et M. Emile Mathias,
correspondant, sont délégués pour
représenter l'Académie à la Confé-
rence des Unions internationnares
d'astronomie et de géodésie et
géopliysique,qui se tiendra à Rome
du 1 au lo mai ^{y2.'} loio
M. Ch. Lalleinand, rend compte des
travaux du Congrès qui vient de
se tenir à Rome ^44 •
Zoologie. — Mesure de la surface cu-
tanée du cheval : par M. B. Boittisij. iy5
— Sur un genre de Poisson abyssal japo-
nais très rare, nouvellement re-
trouvé dans l'océan Atlantique
Nord-Africain ; par M. Louis Boule. 64o
— " Sur la morphologie des pièces buc-
cales chez le mâle d'Akidognathia
halidaii (Bâte and Westwood) ; par
M. Théodore Monod 642
— Sur un type nouveau et remarquable
de Gymnosonaes (Laginiopsisn.g.) ;
par Mrae A. Pruvot ' 696
— ■ Sur un nouveau Poisson aveugle des
eaux douces de l'Afrique occiden-
tale; par M. Jacques Pellegrin. . . . 884
— L'appareil maxillaire d'HisIriobdella
hoitiari; affinités des llistriobdel-
lides avec les Euniciens; par
MM. F. Mesnil et M. Caullery (ji3
— Une Haplosporidie, Ilaplosporidiuru
Caullery i nov. sp., parasite de Ne-
reilepas fucata Sav.; par MM. L.
Mercier et Baymond Poisson i'2o5
— Sur l'ontogenèse des Poissons Scom-
briformes appartenant à la famille
des Luvaridés; par M. Louis Boule. laGa
— Voir Biologie, Cytologie, Economie
rurale. Embryogénie, Entomologie,
Morphologie, Parasitologie, Patho-
logie animale, Physique biologique.
TABLE DES AUTEURS.
1779
TAIÎLE DES AUTEUKS.
MM. - Pages.
ABOULENC (J.). - Voir Senderens
[J.-B.) et J. Aboulenc.
ABRAHAM (Henri) et René PLA-
NIOL. — Sur une nouvelle mé-
thode d'émission doublant le ren-
dement des stations de télégraphie
sans fil 1284
ABRAMI (P.). — Voir ^yidal [Fernand],
P. Ahrami et J. Hutinel.
ABRARD (René). — Voir Lemoine
{Paul) et René Abrard.
ACADÉMIE ROYALE DE BELGI-
QUE. — Invite l'Académie à
participer aux solennités qui au-
ront lieu à l'occasion du cent-
cinquantième anniversaire de sa
fondation 2
ACADÉMIE DES SCIENCES DE LIS-
BONNE. — Adresse l'expression
de ses condoléances à l'occasion
du décès de M. C. Jordan 4^i
AITKEN (R.-G.). — Assiste à une
séance de l'Académie 783
ALBESCO (G.). — Voir Ramart (M^e) et
G. Albesco.
ALEZAIS et PEYRON. — Sur l'histo-
genèse et l'origine des chordomes. 419
ALLEMAND-MARTIN (A.). — Les
lignites du Cap-Bon (Tunisie) ... 49
ALLIX (André). — Observations sur
la sculpture du relief par les glaces. 2 33
— Observations sur la sculpture du
relief par les glaces 689
AMET. — La houille verte (imp.) .... 918
ANDANT (A.). — Sur les variations
de l'opalescence critique avec la
température et la longueur d'onde
de la lumière incidente io33
— Sur les variations de l'opalescence
MM. Pages.
critique avec le remplissage des
tubes et la nature dos liquides
étudiés 1 54 I
ANDOYER (Henri). — Sur le calcul de
la précession 5o6
— Présente à l'Acadéniie un essai sur
l'œuvre scientifique de Laplace. 5i5
— Fait partie de la commission des
prix d'astronomie 65o
ANDRADE (.Iules). — Fait hommage
de son ouvrage : « Les organes
réglant des chronomètres » 43i
— Les problèmes mécaniques des res-
sorts réglants 722, 982 et 11 44
— Erratum relatif à la dernière de ces
communications i383
— Sur trois classes de mouvements
vibratoires non entretenues i3i7
— Trois classes de vibrations isochrones
non entretenues et trois types de
machines horaires fixes. Instru-
ments nouveaux pour l'étude
expérimentale des viscosités.... l5ig
ANGELESCO (A). — Sur les zéros de
certaines fonctions ^T^ •
ANTHONY (Raoul). — Est présenté
en première ligne pour la chaire
d anatomie comparée du Mu -
séum d'histoire naturelle 43i
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. Ranvier 1 583
APPELE (Paul). — Fait hommage à
l'Académie d'une brochure inti-
tulée : « Comité international des
Poids et Mesures. Procès-verbaux
des séances. Session de 1921 >. . . 88
- — Élu membre de la commission char-
gée de présenter une liste de can-
didats à la succession de M. J.
17H0 TABLE DES
MM. Pages.
Carpeiitier, décédé i^'i
— Fait partie de la coininission des
prix de mathématiques (> |ij
— id. de mécanique ii>\\)
-^ id. d'astronomie G'o
— id. du prix Montyon de statisti(jue. (JJi
— id. du prix Binoux (j)i
— id. des prix (Gustave Roux, Tliorlel,
fondation Lannelongue, Trémonl,
Gegner, Ilirn, Henri Becquerel. 65i
— id. du prix IToullevigue 652
— id. du prix Henri de Parville 65'2
— id. de la fondation Jérôme Ponli. . . 652
— id. de la cjucstion du prix Bordin. . 652
ARAGO (Félix). — Est présenté en
deuxième ligne pour la succes-
sion de M. Alfred Grandidier . . . . 336
ARGAUD (R). — Sur quelques fonc-
tions du mégacaryocyte tumoral,
en particulier sur son rôle vaso-
formateur j; ^ .
— Sur la présence intranucléolaire du
centrosome 1078
ARIÈS (E.). — Sur le maximum de la
chaleur de vaporisation io5o
ARON (M). — Signification morpholo-
gique du tissu glandulaire endo-
crinien du testitule des Urodèles. 332
— - Sur le déternainisme des caractères
sexuels secondaires chez les Uro-
AUTEURS.
MM. Pages,
dèles 709
— Sur le développenaent des caractères
sexuels primaires chez les Urodèles.
Hypothèse sur son déterminisme, i 568
ARSONVAL (Arsène d'). — Fait partie
de la commission des prix de
médecine et de chirurgie 65o
— id. de physiologie 65 1
— id. du fonds Charles Bouchard.... 65 1
— id. du prix Lallemand 65l
— id. de la question du grand prix de .
sciences physiques 652
ARSONVAL (d'), BORDAS et T(JU-
PLAIN. — Étude des eaux des
glaciers d'Argentière et des Bos-
sons 1143
ASSOCIATRIN DE DOCUMENTA-
TION BIBLIOGRAPHIQUE. —
M. Jules Garçon adresse un rap-
port sur l'emploi de la subven-
tion qui lui a été accordée en
191 6 sur la Fondation Lou treuil. 212
AURIC. — Sur la généralisation des
fractions continues 24
— Sur la généralisation des nombres
entiers complexes i45
— Sur le développenient en fraction
continue des nombres algébriques. 279
— Sur la résolution d'une équation
linéaire indéterminée 4^9
B
BACHRACH (Eudoxie). — Voir Richet
{Charles], Eudoxie Bachrach et
Henry Car dot.
BAILLAUD (Benjamin). — Fait partie
de la commission des prix d'as-
tronomie 65o
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et géophysique io53
— Rend compte des travaux du Con-
grès de l'Union astronomique
internationale qui vient de se
tenir à Rome i /j /j i
BAILLAUD (B.), M^e CHANDON
POURTEAU et Mme MICHAUD.
— Piapport relatif aux signaux
horaires émis de l'Observatoire
de Paris par le poste raHiotélé-
graphique de la Tour Eiffel depuis
1910 jusqu'à la fin de 1919 et aux
signaux horaires émis par le poste
radiotélégraphique de La Doua à
partir du 27 août 1918 (imp.) . . . 1398
BAIRE (René). — Est élu corrcsi)on-
dant pour la section de géométrie
en remplacement de M. Nœlher,
décédé 917
— Adresse des remerciements à l'Aca-
démie I lOI
BALDWIN. — Assiste à une séance de
l'Académie i Sog
BARLOT (J.), et M"e M.-T. BRENET
Détermination des acides gras
par la forniation de leurs complexes
à. base d'uranyle et de sodium. . . 1 1 4
BARROIS (Charles). — Fait partie de
la commission des prix de minéra-
logie et géologie 65o
TABLE DES
MM. Pages.
— Délégué au XIII^ Congrès géolo-
gique international 1446
BARROIS (Cn.), P. PRUVUST et
G. DUBOIS. — Mémoire sur les
faunes siluro-dévonionnes de Liévin
et de l'Artois (imp.) i.>,;6
BATUAUD (.Jules). — La stérilité
féminine, ses causes, son traite-
ment (imp.) 5 iG
BAUD (Paul).— Yoir Deguide [Camille)
et Paul Baud.
BAUDOUIN (Marcel). — La repré-
sentation niatériclle préhistorique
des Pléiades à dix étoiles dans
un bassin de rocher des Epesses
(Vendée) 537
BAUER (Edmond). — Adresse un rap-
port relatif à l'emploi qu'il a fait
de la subvention qui lui a été ac-
cordée sur le Fonds Bonaparte. . . '271
— Sur le champ électromagnétique des
trajectoires stationnaires de Bohr. i335
BAURY (A.). — Voir Léger {Marcel)
et A. Baury.
BAYEUX (Raoul). — Adresse un rap-
port sur l'emploi qu'il a fait de la
subvention accordée cn 1916 sur
le Fonds Bonaparte 89
— La respiration maximuni aux très
Jiautes altitudes 1007
BAYLE (F.). — Adresse une note con-
sacrée à l'étude de formules pei'-
mettant d'établir les salaires ou-
vriers d'après des règles ration-
nelles 1 58-2
BAZY (Pierre). — Fait partie de la
commision des prix de médecine
et de chirurgie 65o
— id. du fonds Charles Bouchard.... 65 1
— Délégué à l'inauguration d'un mo-
nument élevé à la mémoire de
M. Lucas-Championnière 1219
BAZY (Pierre et Louis). • — Sur la
vaccination préopératoire 1662
BEAU (M.). — Voir Lindel [Léon),
M. Beau et Ch. Porcher.
BECQUEREL (Jean). — Le principe
de la relativité et de la théorie de
la gravitation. Leçons professées à
l'Ecole polytechnique et au Mu-
séum d'histoire naturelle (inap.). 796
BEDEAU. — Mesure de la constante
diélectrique des gaz et des vapeurs
au moyen des circuits à ondes
C. H., 192a, 1" Semestre. (T. 174.)
AUTEURS. 1781
MM. Pages,
entretenues 38o
BÉDOS (Pierre). — Voir Godchot
(Marcel) et Pierre Bédos.
BEDOT (Maurice). — Ilydroïdes;
Plumarida; (imp.) i3'20
BÉIIAGUE (P.) et J. BEYNE. — -
Etude des temps de réactions psy-
cho-motrices tactiles chez l'homme
normal '259
BÉHAL (Auguste). — Fait partie de la
commission des prix de chimie. . 65o
BELIN (Edouard). — Sur la trans-
mission télégraphique des photo-
graphies, dessins et écritures G78
— Sur la transmission de l'écriture et
des dessins par T. S. F iG23
BELLESCIZE (H. de). — Demande
l'ouverture de deux plis cachetés
reçus respectivement dans les
séances des 21 mars et 10 octobre
1921 et inscrits sous les n°^ 88o4
et 8923 ••• 917
— Amortissement des oscillations des
résonateurs de T. S. F i457
BELOT (Emile). — La périodicité et le
mouvement des taches du Soleil
en latitude expliqués par la pulsa-
tion de son noyau 283
— Sur le rôle des milieux nébuleux
dans la dynamique des systèmes
stellaire et planétaire io56
— Exposition syjithétique de l'origine
dualistique des mondes (imp.). 1527
BENOIT (René). — Sa mort est
annoncée à l'Académie 1209
— ■ M. Emile Picard rappelle ses prin-
cipaux travaux t . 1 209
BENOIT (J.). — Sur les conditions
physiologiques relatives à la pa-
rure nuptiale périodique chez les
Oiseaux 701
BERGER (E.). — Sur la réduction des
oxydes par l'hydrogène i34i
— ' Sur une lampe à formol 1+71
BERLOTY (B.). — Adresse des rap-
ports relatifs aux subventions
accordées à l'Observalcire de
Ksara sur la Fondation Loutreuil
en 1919 et 1921 '..... 3G7
BERLOTY et COMBIER. — Éclipse de,
Soleil du 28 mars 1922, observée
à l'Observatoire de Ksara (Syrie)., ioo4
BERNARD (Henri). — Voir Pastureau
et Henri Bernard.
128
1782
MM/
BERTHELOT (Daniel). — Fait partie
de la commission des prix de
physique 65o
— id. du prix Binoux , 65i
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et géophysique io53
— Elu membre du Conseil de la fon-
dation Loutreuil en remplace-
ment de M. C. Jordan, décédé. . . 1277
— Fait hommage à l'Académie d'un
ouvrage intitulé : <' La physique
et la métaphysique des théories
d'Einstein » 144*^
BERTHELOT (Albert) et M^e St.
DANYSZ-MICHEL. — Sur la
présence de microbes acétono-
gènes dans la flore intestinale des
diabétiques 1 3o3
BERTIN (Emile). — Allocution pro-
noncée en prenant possession du
fauteuil de la présidence. ....... 18
— Allocution à l'occasion de la mort
de M. Camille Jordan 209
— Fait partie de la commission des
prix de mécanique 649
— id. de géographie 65o
— id. de navigation 65o
— id. Médailles Arago, Lavoisier, Ber-
thelot 65i
— id. des prix Gustave Roux, Thorlet,
fondations Lannclongue, Tré-
mont, Gegner, Hirn, Henri Bec-
querel 65 1
— id. du prix Henri de Parville 652
— Annonce à l'Académie le décès de
M. Ph.-A. Guye, correspondant
pour la section de chimie 897
— Annonce à l'Académie le décès de
M. René Benoît, correspondant
de l'Académie pour la section de
physique générale, et celui de Sir
Patrick Manson correspondant
pour la section de médecine et
chirurgie 1 209
BERTRAND (Gabriel) et M^e M.
ROSENBLATT. — Sur les va-
riations sur la teneur en manganèse
des feuilles avec l'âge , • • • • 491
BERTRAND (Gabriel), FRÉUN-
DLER et Mlle MÉNAGER. — Sur
les variations de composition
chimique de l'eau de mer et l'éva-
luation de la salinité I25i
TABLE DES AUTEURS.
Pages. MM. Pages.
BERTRAND (Gaston). — La loi de
Riemann, le périhélie de Mercure
et la déviation de la lumière. . . . 1687
BESSON (L.) et H. DUTHEIL. — Le
déplacement des hausses et des
baisses barométriques et la direc-
tion des cirrus 237
BEYNE (J.). — Voir Béhague [P.] et
J. Beyne.
BIANCHI (L.). — La mécanique du
cerveau et la fonction des lobes
frontaux (inip.) 270
BIDOU (Gabriel). — Compas d'orien-
tation du pied 1370
— Musculomètre artificiel i 564
BIERRY (H.), F. RATHERY et F.
BORDET. — Azotémie et hyper-
protéidoglycémie expérimentales. 970
— Voir Desgrez [A.], H. Bierry et F.
Rathery.
BIGOT (A.). — Ivaolins , argiles,
bauxites, etc. Perte au feu et
porosité 1 202
BIGOURDAN (Guillaume). — Pré-
sente à l'Académie le premier
numéro d'un Bulletin horaire
publié sous sa direction, par le
Bureau international de l'Heure. 211
— Communique plusieurs publications
relatives aux travaux du Bureau '
international de l'Heure 585
— Fait partie de la commission des
prix d'astronomie 65o
— id. du prix Ginoux 65 1
— id. du prix Houllevigue 652
— id. du prix Henry Wilde 652
— id. du prix Victor Raulin 652
— id. de la fondation Jérôme Ponti. 652
— id. de la question du prix Bordin. 652
— Fait hommage à l'Académie d'un
ouvrage intitulé : « Gnomonique
ou Traité théorique et pratique de
la construction des cadrans so-
laires «, suivi de Tables auxiliaires
relatives aux cadrans et aux ca-
lendriers 795
— Fait hommage à l'Académie d'une
brochure intitulée : « L'Astro-
nomie en Alsace et particulière-
ment à Strasbourg » 988
■ — Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et géophysique io53
— Fait hommage à l'Académie d'une
TABLE DES
MM. Pages,
brochure sur les Corrections des
signaux horaires et d'un fascicule
du « Bulletin horaire du Bureau
international de l'Heure » i 5'26
BILLON (Mlle Hélène). — Sur l'ac-
tion du chlorobroniure de tri-
méthylène sur quelques cétones
de la série grasse 1 708
BLAISE (E.-E.) et MUe MONTAGNE.
— Action du chlorure de thionyle
sur les acides-alcools ot 1 1 73
— Action du chlorure de thionyle sur
les acides-alcools a i553
BLANCHET (F.) et E. CIIAGNY. —
Nouvelles observations sur les
dislocations de la Montagne de la
Bastille, près de Grenoble 3o2
BLARINGHEM (L.). — Hérédité anor-
male de la couleur des embryons
d'une variété de Pois {Pisuin
sativiun L.) 877
— Sur l'hérédité du sexe chez la Lych-
nide dioïque [Lychnis vespertiita
Sibthorp) 1 429
BLOCH (Léon et Eugène). — Sur les
spectres d'étincelles dans l'eau. i456
BLONDEAU (Joseph). — Étude de
quelques cyanures de bcnzyle
dialcoylés ainsi que des alcools,
aniides, aminés et acides corres-
pondants 1424
BOHN (Georges). — Voir Drzewina
(Mme Anna) et M. Georges Bohn.
BOISSE DE BLACK (MUe Yvonne).
— L'érosion rissienne dans les
hautes vallées de la Cère et du
Goul (Cantal) 473
— Le Wûrmien dans les hautes vallées
de la Cère et du Goul (Cantal).. . 1247
BOMPIANI (Enrico) — La géométrie
des espaces courbes et le tenseur
d'énergie d'Einstein 70^
BONAPARTE (Le Prince). — Fait
hommage du fascicule 10 de ses
« Notes ptéridologiques « 43o
— Fait hommage du li^ fascicule de
ses « Notes ptéridologiques »... 5i6
— Est adjoint à la délégation qui re-
présentera l'Académie aux fêtes
du cent-cinquantième anniver-
saire de la fondation de l'Acadé-
mie royale de Belgique 387
— Fait partie de la commision des
prix de géographie 65o
AUTEURS. 1783
MM. Pages.
— id. de botanique 65o
— id. d'anatomii^ et zoologie 65o
— id. du prix Montyon de statistique. 65 1
- — Fait hommage à l'Académie du
12^ fascicule de ses « Notes ptéri-
dologiques » I I o 1
BONNET (Eugène). — Action des sels
solubles de plomb sur les plantes. 488
BONNIER (Gaston). — Fait partie
de la commission des prix de bo-
tanique 6 jo
— (Jfîre à l'Académie le Tome V> de la
« Flore complète de France, Suisse
et Belgique » 727
BOREL (Emile). — Sur les fonctions
d'une variable réelle indéfiniment
dériv ablcs.. 5o5
— ■ Est désigné pour représenter l'Acadé-
mie aux fêtes du septième cente-
naire de la fondation de l'L^niver-
sité royale de Padouc J87
— Fait partie de la commission des
prix de mathématiques C49
— id. Montyon de statistique 65 1
— id. du prix Henry Wilde 652
— id. de la question du prix Bordin . 652
— Offre à l'Académie un livre intitulé
« L'espace et le temps » 794
— Définition arithmétique d'une distri-
bution de masses s'étendant à
l'infini et quasi périodique, avec
une densité moyenne nulle 977
— Errata relatifs à cette communica-
tion 1 208
— Remarques sur une note de M. Car-
leman 996
— Hypothèses physiques et hypo-
thèses géométriques io5o
BORDAS. — Voir Arsonval {(V), Bordas
et Touplaiit.
BOSSELUT (R.). — Voir Donatien {A.)
et R. Bosselid.
BOSSUET (Robert). — Voir Jolibois
{Pierre) et Robert Bossuet. ~
BOUGAULT (J.) et H. HÉRISSEY.
— Notice sur la vie et les travaux
d'Emile Boiirquelot (inip.) 89
BOUGET (Joseph). — Observations sur
l'optimum d'altitude pour la colo-
ration des fleurs i 728
BOUGET (Joseph) et Ad. DAVY DE
VIRVILLE. — Influence de- la
météorologie de l'année 1921 sur
le rouffissement et la chute des
1784 , TABLE DES
MM. Pages,
feuilles 768
BOUIN (P.). — Sur la conjugaison pa-
rallèle des chromosomes et le
mécanisme de la réduction chro-
matique 968
— La dipyrénie des spcrmies dans cer-
taines doubles spermatogénèses
est obtenue par une mitose hété-
rotypique qui se produit au cours
du développement 1571
BOULANGER (Ch.) et G. URBAIN.
— • Sur la composition et les carac-
tères chimiques de la ihortveitite
de Madagascar i44'^
BOULOUCH (R.). — Calcul des élé-
ments cjui déterminent un sys-
tème centré formé par un nombre
quelconque de surfaces 45o
BOULVIN (J.). — Tirage induit par
trompe aspirante (inap.) 1446
— A propos de l'étude des machines
à vapeur par le diagramme entro-
pique (inip.) l446
BOURGEOIS (Robert). -- Fait partie
de la commission des prix de géo-
graphie 65o
— id. de navigation 65o
id. du prix Victor Raulin 65'2
BOURGOIN (Paul). — Au sujet de la
vitesse de combustion des poudres
colloïdales 5o2
BOURGUIGNON (Georges). — Modi-
fications de la chronaxie des
muscles squelettiques et de leurs
nerfs, par répercussion de la lé-
sion de neurones auxquels ils
sont fonctionnellenient associés. 773
— Traitement de la contracture par
l'excitation électrique des mus-
cles non contractures dans les
lésions du faisceau pyramidal et
dans la contractiire secondaire à
la paralysie faciale périphérique.
Évolution de la chronaxie au
cours du traitement 890
BOURGUIGNON (Georges) et CON-
DUCHE. — Exjîériences sur l'in-
troduction de l'ion iode par élec-
trolyse chez l'homme et son éli-
mination par les urines i4^7
BOURQUELOT (Emile). — Notice
sur sa vie et ses travaux, par
J. Bougault et H. Hérissey (imp.). 89
BOURRET (René). — Les massifs
AUTEURS.
MM. Pages,
autochtines du Nord - Est du
Tonkin 227
— Les nappes dans le Nord-Est A\\
Tonkin.. 406
BOUSSINESQ (Joseph). — Fait partie
de la commission des prix de ma-
thématiques 649
— id. de mécanique 649
— id. d'astronomie 65o
— id. de navigation 65o
— id. de physique 65o
— id. du prix Binoux, 65 1
— id. du prix Houllevigue ^ 652
— id. de la fondation Jérôme Ponti. 652
— . id. de la (jucstion du prix Bordin. 652
BOURTARIC (A.). — Sur le rayonne-
ment diurne de l'atmosphère au
Mont Blanc 1 83
— Observations relevées au Mont Blanc. 3o9
BOUTARIC (A.) et M. VUILLAUME.
— Floculation du sulfure d'arsenic
colloïdal. Influence de la concen-
tration du colloïde, de l'agitation
et de la température i35i
BOUTIIILLON (Léon). — La théorie
et la pratique des radiocommu-
nications. II. La propagation des
ondes électromagnétiques à la
surface de la Terre (imp.) 728
BOUTY. — Fait partie de la comniis-
sion des prix de physique 65o
BOUVIER (Louis). — Fait partie de la
commission des prix de botanique. 65o
— id. d'anatomie et zoologie 65o
— id. du prix Binoux 65 1
— id. du prix Alhumbert . 65 1
— id. du prix Lallemand 65 1
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Saintour 652
BOUY (R. de). — Adresse un mémoire
de M. Des Perrières, daté du 20 no-
vembre 1770, intitulé : « Projet
d'un bâtiment de mer pouvant
naviguer entre deux eaux » 1268
BRALY (An.). — Nouvelle méthode
de recherche de l'or et de l'argent
dans les minerais au moyen du
chalumeau io65
BRANLY (Edouard). — Fait partie de
la commission dçs prix de physique. 65o
— id. de médecine et chirurgie 65o
— jd. du fonds Charles Bouchard... 65 1
BRENET (Mlle M.-T.). — Voir Barlot
[J.) et Mlle M.-T. Brenet.
TABLE DES
MM. Pages.
BRETON (Jules-Louis). — Fait hom-
mage d'un ouvrage de M. Albert
Banc, intitulé : « Les ingénieurs
et la guerre. La mobilisation tech-
nique et scientifique », dont il a
écrit la préface 728
BRETON (M.) et V. GRYSEZ. —
Réactions de défense et d'immu-
nité provoquées par injection
intradermique de microbes vi-
vants ou tués par la chaleur. . . . i3o6
BRIDEL (Marc). — Sur la présence
d'un glucoside à essence dans
les tiges foliées et les racines du
Sedum Telephiiim 1. 186
BRILLOUIN. — Fait partie de la
commission des prix de physi-
que ; . . 6'jo
— Chanip isotrope. Sphère fluide hété-
rogène 1 585
BROGLIE (Maurice de). — Est pré-
senté en première ligne pour la
succession de M. J. Carpenlier. 2 52
— Obtient des suffrages 270
— Sur les spectres corpusculaires des
éléments 989
BROGLIE (M. de) et A. DAUVILLIER
— Sur un nouveau phénomène d'ab-
sorption observé dans le domaine
des rayons X 1 546
BRUHAT (g.) et A. DELAYGUE. —
Détermination du point d'inver-
sion supérieur de la chaleur spé-
cifique de la vapeur saturée de
benzine 937
BRUN (Pierre). — Voir Godchot
[Marcel] et Pierre Brun.
AUTEURS. 1785
MM. Pages.
BRUTTINI (Arturo). — Ramassage
et utilisation des déchets et résidus
pour l'alimentation de l'homme
et des animaux, pour les engrais
et les industries agricoles (i9l4"
1920) (imp.) I054
BRYLINSKI (E.). Sur iint.rpréta-
lion de l'expérience de Miclielson. i53
BUGNON (P.). — Sur l'hypocotyle de
la Mercuriale 904
— Sur la ramification dicholome dans
les cotylédons 1 194-
— L'organisation libéroligneuse, chez
la Mercuriale, reproduit-elle une
disposition ancestrale ? i484
BULL (L.). — Appareil pour la disso-
ciation rapide des images dans la
cinématographie par étincelle élec-
trique io59
BUREAU INTERNATIONAL DE
L'HEURE. — M. Bigourdan
présente à l'Académie le premier
numéro d'un Bulletin horaire
publié, sous sa direction, par le
Bureau international de l'heure. 211
— M. Bigourdan communique plu-
sieurs de ses publications 585
BURNET (E.). — Sur un nouveau pro-
cédé de diagnostic de la fièvre
méritanéenne 4^1
— Sur un type d'arthrite fréquemment
observé chez les cobayes infectés
par le Micrococcus melitensis . . . 978
BURT WOLBACH (S.), John L.
TODD and Francis W. PAL-
FREY. — The Etiology and Pa-
tlîology of Typhus (imp.) 988
c
CAHEN (Armand). — Sur les équa-
tions différentielles du premier
ordre à points critiques fixes ....
— Erratum relatif à cette communica-
tion
CAMICHEL (G.). — Sur les surfaces
de discontinuité
CARDOT (Henry) et Henri LAU-
GIER. — Le réflexe linguo-maxil-
laire [ultimum reflex]
CARDOT (Henry). — Voir Bicliet
(Charles), Eudoxie Barhrarh et
Henry Cardot.
276
716
666
CARIN (F.). — Voir Malaquin [A.) et
F. Carin.
CARLEMAN (Torsten). — Sur un
théorème de M. Denjoy "i'Z
— Sur les séries / — 588
— Démonstration d'un théorème de
M. Borel 994
— Remarques de M. Borel sur cette
communication 99^
— Sur les séries asymplotiques 1327
— Sur le problème des moments 1680
CARPENTIER (Jules). — Son rem-
1786
MM.
TABLE DES
Pages.
1446
i653
43
1^/
91Ï
I io4
placement
— Jules Corpeiitier (1831-1821) in tne-
tnoriani (imp.)
— M. Maurice d'Ocagne donne lecture
d'une notice sur sa vie et ses tra-
vaux
CARPENTIER (Alfred). — Sur les
Conifères et les Fougères du Weal-
dien de Féron-Glageon (Nord).
CARRÉ (H.). — Voir Vallée (H.) et
//. Carré.
CARTAN (E.) — Sur une définition
géométrique du tenseur d'énergie
d'Einstein
— Sur une généralisation de la notion
de courbure de Riemann et les
espaces à torsion 598
— Sur les espaces généralisés et la
théorie de la Relativité 734
— Sur les espaces conformes généra-
lisés et l'Univers optique 85"
— Leçons sur les invariants intégraux
(imp-)
— Sur les équations de structure des
espaces généralisés et l'expression
analytique du tenseur d'Einstein.
— Prie l'Académie de vouloir bien le
compter au nombre des candidats
à la place vacante, dans la sec-
tion de géométrie, par le décès
de M. Camille Jordan 1019
— Est présenté en deuxième ligne
pour la succession de M. C. Jordan i383
— Obtient des suffrages 1398
CARVALLO (E.). — Le principe de
relativité dans les diélectriques. 106
CATOIRE (M.). — Voir Malfitano [G.)
et M. Catoire.
CAULLERY (Maurice). — Est pré-
senté en deuxième ligne pour la
succession de M. Ranvier i583
— Obtient des suffrages 1611
— Voir Mesnil (F.) et M. Caullery.
CAVALLIER (Camille). — Notes
économiques d'un métallurgiste
(imp.) ^
CAVEL (Lucien). — Le procédé d'épu-
ration par les « boues activées >'
est-il applicable au système sépa-
ratif ? "
CERIGIIELLI (R.). — Voir Maquenne
(L.) et R. Cerighelli.
CHAGNY (E.). — Voir Blanchet (F.)
et E. Cliagny.
1398
AUTEURS.
MM. Pages.
CHAMPY (Ch.). — Sur le détermi-
nisme des caractères sexuels chez
les Tritons 192
— Sur les conditions de la genèse de
l'harmosone sexuelle chez les Ra-
traciens anoures 497
CHANDON (Mme). _ Voir Baillaud
(B.), M™e Chandon, Pourteau et
Mme Michaud.
CIIAPAS. ■ — Solubilité des acides to-
luiques isomères dans les trois
xylènes 610
CIIARCOT (Jean). — Est présenté en
troisième ligne pour la succession
de M. ./. Carpeniier 252
— Obtient des suffrages 270
CHARCOT (J.-B.). — Sur les tempéra-
tures à différentes profondeurs
de la fosse du Cap-Breton 1246
CHARPY (Georges) et Louis GRE-
NET. — Sur l'étude de la pénétra-
tion de la trempe dans l'acier. . . . 1278
CHARRIOU. — Sur la séparation de
l'oxyde ferrique et de l'alumine
d'avec la chaux par la méthode
des azotates 7^1
CHATTON (Edouard). — Sur le poly-
morphisme et la maturation des
spores des Sydinides (Pérédinicns). 126
CIIAUCHARD (M. et M^e). _ Mesure
de l'excitabilité d'un nerf sécré-
toire : corde du tympan et glande
sous-maxillaire 63
CHAUDRON (G.) et G. JUGE-BOI-
RARD. — Sur le dosage du soufre
dans les pyrites de fer 683
CHAUDUN (Mlle A.). — Voir Colin {H.)
et Mlle A. Chaudun.
CHAUMAT (Henri). — Sur le galvano-
mètre balistique 32
— Sur l'application du galvanomètre
balistique aux essais de fer i55
— Sur la mesure des isolements par la
méthode dite d'accumlation 286
— Erratum relatif à cette communi-
cation 4^6
— Sur la mesure des puissances en cou-
rants alternatifs dans les cas anor-
maux 545
— ■ Sur un nouveau wattmètre 866
— Sur un dispositif permettant l'éli-
mination et la détermination du
facteur de correction des watt-
mètres - 1007
TABLE DES
MM. Pages.
CHAUVEAUD (Gustave).'— Les prin-
cipales variations du développe-
ment vasculaiie dans les pre-
mières phyllorhizes des Phanéro-
games ne sont pas déterminées par
l'accroissement intercalaire 1487
CHAZY (Jean). — Sur les vérifications
astronomiques de la théorie de la
relativité 1 1 jj
— Note de H. Painle.vè sur cette com-
munication 1 161
— Sur le mouvement d'une planète dans
un milieu résistant 1280
CHEMIN (E.). — Sur le parasitisme
de Sphacelaria bipinnaia Sauva-
geau 244
CHÉNEVEAU (C). — Sur une méthode
optique pour la détermination de
la solubilité réciproque de liquides
peu miscibles 81 5
— Sur une application de la méthode
optique de détermination de la
solubilité d'un liquide dans un
autre 1019
CHEVALIER (Auc). — Voir Cor-
bière (L.) et Aiig. Chevalier.
CHEVENARD (P.). — Dilatabilité du
chrome et des alliages nickel-
chrome dans un intervalle étendu
de températures 109
CHEVROTIER (.Iean). — Voir Lu-
mière [Auguste] et Jean Chevrotier.
CHOFARDET (P.). — Observations de
la comète Skjellerup (1922 a),
faites à l'équatorial coudé de l'Ob-
servatoire de Besançon i532
CHRÉTIEN (Henri) et Paul DITI-
SHEIM. — Chronographe élec-
trique , enregistrant, en chiffres,
le temps au centième de seconde. 999
CIAMICIAN. — M. le Président annonce
sa mort survenue à Bologne le
2 janvier 1922 i33
— M. A. H aller retrace sa vie scienti-
fique i33
CLAUDE (Georges). — Sur des acci-
dents observés dans la synthèse de
l'ammoniaque par les hyperpres-
sions et sur le moyen de les éviter. lô"
— Sur l'élimination de la chaleur de
réaction dans la synthèse de l'am-
moniaque par les hyperpressions. 681
CLÉMENT et RIVIERE. — Essais de
fabrication synthétique des nacres
AUTEURS. 1787
MM, Pages,
par production de réseaux chi-
miques l353
COHBMDY et E. WOLLMAN. —
Quelques résultats acquis par la
méthode des élevages aseptiques :
I. Scorbut expérimental; II. In-
fection cholérique du cobaye asep-
tique 1082
COLIN (H.) et M'ie A. CHAUDUN. —
Sur la loi d'action de la sucrase :
vitesse d'hydrolyse et réaction du
milieu 218
COLIN (Elicio). — xxve-xxixe BibUo-
graphie géographique (1915-1919)
(imp.) 918
COLLET (Mlle Paule). ~ Couches
minces formées par des mélanges
de glycérides 544
COLLIN (André) et SANGUINETTI.
— Traduction d'un ouvrage de
M. L. Bianchi 270
COMBES (Raoul). — La recherche des
pseudo - basex d'anthocyanidines
dans les tissus végétaux 58
— La formation des pigments anthocya-
niques 240
COMBIER. — Voir Berlotij et Comhier.
CONDUCHÉ. — Voir Bourguignon
( Georges] et Conduché.
CONSEIL (E.). — Voir Mcolle [Charles]
et E. Conseil.
CORBIERE (L.).' et Aug. CHEVA-
LIER. — Sur l'origine du Spar-
tina Townsendi et sur son rôle
dans la fixation des vases marines. 1074
CORBIN (Paul). — Quelques coupes
sur la bordure orientale du massif
du Vercors 7*^^
CORROY (G.). — Sur quelques Pois-
sons néocomiens de la Haute-
Marne et de la Meuse 3o4
— Les Reptiles néocomiens et albiens
du Bassin de Paris 1 192
COSTANTIN (Julien). — Présente à^
l'Académie un ouvrage intitulé :
« Histoire naturelle illustrée : les
Plantes » 1 4 1
— Fait partie de la con\mission des
prix de botanique 65o
— id, du prix Bordin 65o
— Sur les croix de Malte présentées par
les bois soumis à des traumatismes. 1 3 1 3
— Sur l'hérédité acquise lôSg
COSTANTIN (J.) et F. FAIDEAU. —
I. Les
du
1788
MM.
Histoire naturelle illustrée
Plantes (imp.)
COSTER (D.). — Sur la série L
spectre des rayons X
COUANON (Georges). — Les vins et
^ eaux de vie de vin de France (inip.)
CdUPIN (Henri). — Détermination
de Voptinum d'humidité du milieu
extérieur chez les Oscillaires. . . .
COURNOT (Jean). — Voir Guillet
[Léon] et Jean Cournot.
COURRIER (R.). — &Lir l'indépendance
de la glande séminale et des carac-
tères sexuels secondaires chez les
Poissons. Etude expérimentale. .
COURTINES (M.) et Jean VILLEY.
TABLE DES AUTEUHS.
ies.
527
127
y j
89,2
MM.
Pages.
541
— Sur les barovariomètres à écou-
lement capillaire
COUSIN (Mlle G.). — Observations tec-
toniques sur les terrains secon-
daires de la bordure méridionale
des Vosges 949
COUTURIER (Henri). — Voir Lumière
(Auguste) et Henri Couturier.
CRISTOL (Paul). — Zinc et cancer.. 887
CROMMELIN (C.-A.). — Voir Malhins
(£".), C.-A. Crommelin et H. Knmer-
merlingh Onnes.
CURIE (Maurice). — Action des
rayons rouges et infrarouges sur
les sulfures phosphorescents.... 55o
D
DAMIENS (A.). — Sur l'allotropie
« dynamique » du tellure i344
— - Sur la cristallisation du tellure
amorphe 1 548
DANGEARD (Pierre). — Sur l'ori-
gine des vacuoles aux dépens de
l'aleurone pondant la germination
des Graminées 819
— Fait partie de la commission des
prix de botanique 63o
— Recherches sur la structure de la cel-
lule dans les Iris i6-53
DANGEARD (L.) et Y. MILON. —
Sur une formation rédonienne (Mio-
cène supérieur) ravinant les argiles
éocènes, à minerai de fer, au sud
de Rennes (Ille-et- Vilaine) 117
— Contribution à l'étude du bassin ter-
tiaire du sud de Renncs; Décou-
vertes de lits à Poissons et à Plantes
dans des argiles noires au somniet
du Chattien ()5a
— Voir Kerjorne (F.) et L. Dangeard.
— Voir Milon (Y.) et L. Dangeard.
DANJON (A.). — Sur une nouvelle
méthode interférentiellc pour la
mesure du diamètre apparent des
étoiles 1408
— Observations de la comète 1922 a
(Skjellerup) faites -à l'équatorial
de 49'^'" de l'Observatoire de Stras-
bourg i536
DANYSZ -MICHEL (Mme St. ) . —
Voir Berthelot [Albert] et M^e St.
Danysz-Michcl.
DARMOIS (E.). — Sur deux nouveaux
molybdo-malates d'ammonium... 294
— Action des acides sur le molybdo-
malate d'fimmonium 1062
DAUVILLIER (A.). — Sur la com-
plexité de la série K des éléments
légers et son interprétation théo-
rique 443
— Sur les séries L du lutécium et de
l'ytterbium et sur l'identification
d'un celtium avec l'élément de
nombre atomique 72 i347
— Sur la mesure précise des niveaux d'é-
nergie de l'atome de baryum et sur
l'apparition du s^Jectre L d'ionisa-
tion 1543
Voir Broglie [M. de) et A. Dauvillier.
DAVY DE VIRVILLE (Ad.). — Voir
Bouget {Joseph) et Ad. Davy de
Vir<^ille.
DECARRIÈRE (E.). — Sur le rôle des
impuretés gazeuses dans l'oxyda-
tion catalytique du gaz ammoniac.
Influence de l'hydrogène phos-
phore 460
— Sur le rôle des impuretés gazeuses
dans l'oxydation catalytique du
gaz ammoniac 756
DE DONDER (Th.). — Champ électro-
magnétique compatible avec le
champ gravifique correspondant. . 1228
TABLE DES AUTEURS.
MM.
MM. Piigcs.
DEGUIDE (Camille) et Paul liAUD.
— Un nouveau procédé de fabrica-
tion iudustriclJe de la baryte pour
le traitement des mélasses de su-
crerie -. 1177
DEHORNE (Armand). — llistolyse et
Phagocytose musculaires dans le
cœlome des Néréides à maturité
sexuelle 1043
— Sur la forma lion de fuseaux myo-
lytic[ues et sur leur phagocytose
dans le cœlome de Li pobranchus
intermedius de Saint-.Joseph . . . . 1299
DELAYGUE (A.). — Voir Bruhat (G.)
et A. Delaygue.
DELÉPINE (Marcel). — Sur l'auto-
oxydatiou des composés sulfurés
organiques .' 129 1
DELPHY (Jean). — Études sur l'orga-
nisation et le développement des
lombriciens. limicoles thalasso-
philcs (inip.) 22
— Gregarina Sœnurulis Kiill. et son
hôte 1644
DELUARD (H.). — Voir Goris (.1.) et
H. Deluard.
DEMOLON (A.). — Sur les éléments
acc(^ssoires des scories de déphos-
phoration 1 7o3
DEMOULIN (Alphonse). — Assiste à
une séance de l'Académie 977
DEMOUSSY (E.). — Voir Maquenne
(L.) et E. Deinoussy.
DENIGÈS (G.). — YoÏT Saumgeau [C.)
et G. Denigès.
DENJOY (Arnaud). — Sur les fonc-
tions définies par des séries de frac-
tions rationnelles _. 9 >
DEPÉRET (Charles). — Fait partie de
la commission des prix de minéra-
logie et géologie 65o
— Essai de coordination chromologique
générale des temps quaternaires . i J02
— Essai de coordination chronologique
générale des temps quaternaires . . 1 394
DESGREZ (Alexandre). — Est pré-
senté eu troisième ligne pour la
succession de M. J. Carpentier . . 232
— Obtient des suffrages 270
DESGREZ (A.), H. BIERRY et F. RA-
THERY. — Régime équilibré et
acidose diabétique 1576
DESLANDRES (Henri). — Est élu
membre du Conseil de perfection-
1789
Pages,
nement de l'École Polytechnique. ")i()
— Fait partie de la commission des .
prix d'astronomie 'JJo
— id. du prix Houllevigue 6)1
— id. du prix Victor Raulin G52
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et de géophysique TOJ^
DES PERRIÈRES. — Projet d'un bâti-
ment de mer pouvant naviguer
entre deux eaux 12G8
DÉVÉ (Charles). — Sur le bruit des
avions loio
DIENES (Paul). — Sur la connexion
du champ tensoriel 1 1G7
DITISHEIM (Paul). — Voir Chrétien
{Henri) et Paul Ditisheim.
DODWELL. — Assiste à une séance de
l'Académie 1^09
DOLEJSEK (V.). — Sur les lignes Ka
des éléments légers 44 1
DONATIEN (A.) et R. BOSSELUT. —
Encéphalite aiguë contagieuse du
bœuf.. 25o
Voir Sergent (Edm.) et A. Donatien.
DOUBLET (E.). — L'astronome Lalandc
et la Géographie (imp.) 1327
— Histoire de l'Astronomie (imp.).... i527
DOUIN (Cu.). — Sur le gamétophytc
des Marchantiées 121
DOUVILLÉ (Henri). —Le Nummulit-
tique au sud des Pyrénées 007
— Fait partie de la commission des
prix de géographie 65o
— id. des prix de minéralogie 6jo
— id. d'anatomie et zoologie 65o
— id. . du prix Bordin 65 1
— id. de la question du grand prix des
Sciences physiques 652
DOYON (Maurice). — Incoagubilité
du sang circulant provoquée chez
la grenouille par les injections
d'acides nucléiques. Durée de îa
phase. Comparaison avec divers
anticoagulants 4i5
— Est présenté en deuxième ligne pour
la Chaire d'Histoire naturelle des
corps organisés, vacante au Col-
lège de France 796
— Rapprochement des effets des acides
nucléiques et de l'antithrombiiie
du plasma de peptone STir la coa-
gulabilité dxi sang circulant chez
la grenouille ^7^9
I'790 TABLE DES
MM. Pages.
DRACH (Jules). — Sur la déttiini-
jiation des équations diiïéiiu-
tielles du second ordre intégrables
par quadratures 797
■ — Est présenté en deuxième ligne
pour la succesion de M. C. Jordan. i383
— Obtient des suffrages 1 398
DRAGOIU (J.). — Influence de la pres-
sion osmotique sur la division cel-
lulaire 199
DROUIN (Henri). .— Voir Gianet
(Henri et Henri Drouin.
DRZEWINA (M«»e Anna) et M. ( ; EORGEs
BOHN. — Sur des phénomènes
d'auto-destruction et d'auto-agglu-
tination chez les Convoluta 33o
DUBOIS (G.). — Modifications apportées
à la plage de Sangatte à la suite
des tempêtes de décembre 1921 . . 935
— Voir Barrois [Ch.], P. Prm'ost et
G. Dubois.
DUCHON (Frantisek). — Voir A'èmec
{Antoi^in) et Frantisek Duchoh.
DUFOUR (Ch.). — Valeurs des éléments
magnétiques à la station du Val-
Joyeux à Villepreux (Seine-et-Oise
au i^"" janvier 1922 j85
— Relation entre l'aberration et l'astig-
matisme pour un point situé sur
l'axe d'un système optique centré. 288
— Sur la réfraction d'un pinceau lumi-
AUTEURS.
MM. Pages,
neux dans le cas général i 539
DUFRAISSE (Ch.) et P. GÉRALD. —
L'action des alcools sur l'a-bro-
mobenzalacétophénone i63i
— Voir Moureii [Charles] et Charles Du-
fraisse.
DUFRENOY (Jean). — Sur la tumé-
faction et la tubérisation 1726
DUMAS (Gustave). — Sur un tableau
normal relatif aux surfaces uni-
latérales 93
DUNOYER (L.) et P. TOULON. —
— Sur la polarité de l'arc électrique 161 5
DUPONT (Georges). — Sur la compo-
sition de l'essence de térébenthine
d'Alep 395
DURAND (Jean). — Sur le traitement
thermique de quelques fontes de
moulage 748
DUROQUIER (Franck). — La T. S. F.
des amateurs (imp.) 367
DUSSAULT (Léon). — Sur la géologie
de la province de Sam Neua
(Haut Laos oriental) 225
— Sur la géologie du Tonkin occidental. 4o8
— Le Tam Dao et la région de la basse
Rivière Claire (Tonkin) 555
DUTHEIL (H.). — Voir Besson (L.) et
H. Dulheil.
DUVAL (Marcel). — Voir Portier
(Paul) et Marcel Duval.
E
ECOLE SUPERIEURE D'AERO-
NAUTIQUE ET DE CONSTRUC-
TION MÉCANIQUE. — Adresse
un rapport relatif à l'emploi qui a
été fait d'une subvention accordée
sur la Fondation Loutreuil en 1921.
EFFRONT (Jean). — Sur les propriétés
distinctives des amylases de diffé-
rentes provenances
EHRMANN (F.). — Sur la découverte du
Silurien à Graptolithes et du Dévo-
588
18
nien à Tentaculites aux Bcni-Afeur
(sud de Djidjelli, Algérie) 1716
EINSTEIN. — Obtient des suffrages
au scrutin pour l'élection d'un
correspondant pour la section de
géométrie 917
ESCLANGON (Ernest). — Observa-
tion de l'éclipsé de Soleil
28 mars 1922, à l'Observatoire de
Strasbourg 936
F
FABRY (Eugène). — Obtient des suf-
frages au scrutin pour l'élection
d'un correspondant pour la sec-
tion de géométrie
FAIDEAU (F.). — Voir Cosiantin (J.
et F. Faideau.
917
TABLE DES AUTEURS.
I 12
1 I I'
I 162
i'')3o
142
' '7'-*
149''
65o
65o
MM. Pages.
FAILLEBIN. — Composé oigauomé-
talliqiK- mixte de l'aluminium. .
FARID BUULAD BEY. — AssisU- à
une séanee de l'Académie
FATOU (P.). — Sur le mouvement d'une
planète dans un milieu résistant . .
— Sur le mouvement d'une planète
dans un milieu résistant
FAUCHÈRE (A.). — Guide pratique
d'agriculture tropicale : II. Les
grandes cultures. L'arachide. Le
cacaoyer. Le caféier. La canne à
sucre (imp.) ,
FAURÉ-FREMIET (E.) et M^e H.
GARRAULT. — Constitution de
l'œuf de truite (Tnilta fario). . . .
— Constitution de l'œuf ovarien de
Carpe {Cyprinus Carpio)
FAVÉ (Louis). — Fait partie de la coni-
mission des prix de géographie . .
— Fait partie de la commission des
prix de navigation
— Est désigné pour représenter l'Aca-
démie à la réunion d'été que V Ins-
titution of naval architectes tiendra
à Paris les 4, 5, et 6 juillet 1922..
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et de géophysique iot3
FERNBACH (E.) et G. RLTLLIER. —
Action d'un suc gastrique artificiel
sur les granulations pulmonaires
tuberculeuses du cobaye 781
FERRIE (Gustave). — Est présenté en
première ligne pour la succession
de M. Alfred Grandi cl er 336
— Est élu 36-
— Son élection est approuvée 429
— Fait partie de la commission des
prix de géographie 65o
— id. des prix de navigation 6)0
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et de géophysique 10)3
FERRIER. — Sur les déviations des
rayons lumineux passant avi voi-
sinage d un astre i4o4
FICHOT (Eugène). ■ — Est présenté en
deuxième ligne pour la succession
de M. Alfred Grandidier 336
— Obtient des suffrages 367
— Sur le sens de rotation des lignes
cotidales autour des points amphi-
dromiques 74^
I79I
Pages.
y88
i36i
MM.
— - Sur les systèmes géodésiques équi-
latères à la surface du sphéroïde
•"terrestre (imp.)
FLAJOLET. — Perturbations de la
déclinaison magnétique à Lyon
pendant l'année de 1920-1921 . . .
FLAMMARION (Camille). — La mort
et son mystère. Tome I : Avant la
mort ; Tome II : Autour de la
mort ; Tome III : Après la mort
(imp.) i3i9
FOCH (le Maréchal). — Élu Membre de
la Commission chargée de pré-
senter une liste de candidats à la
succession de M. J. Carpentier,
décédé 142
FOSSE (R.) et a. HIEULLE. — Syn-
thèse de l'acide cyanhydrique par
oxydation, en milieu argentico-
ammoniacal, d'alcools, de phé-
nols et d'aminés 39
— Aptitude de l'aldéhyde formique à
former l'acide cyanhydrique par
oxydation, en milieu argentico-
ammoniacal 1021
FOURNIER (F. -Ernest). — Relations
entre : les formes de carène d'un
navire ; les déplacements relatifs
de sa houle satellite; son aptitude
à la vitesse; sa vitesse la plus éco-
nomique; et la rési-tance de l'eau
à sa translation i34
— Erratum relatif à cette communica-
tion 336
— Fait partie de la commission des
prix de géographie 65o
— id. des prix de navigation 6 jo
— Est désigné pour représenter l'Aca-
démie à la réunion d'été que
V Institution of naval architects tien-
dra à Paris les 4, 5 et 6 juillet 1922. 79 )
FOURNIER (L.), C. LEVADITI,
A. NAVARRO-MARTIN et A
SCHWARTZ. — Action préven-
tive, dans la syphilis, du dérivé
acétylé de l'acide oxyaminophé-
nvlarsinique (sel de soude) i38o
FOVEÀU DE COURMELLES. — La
radiothérapie combinée du sein et
des ovaires contre les tumeurs du
sein 'o3
FOX (Philippe). — • Mesures de paral-
laxes stellaires à l'Observatoire
de Deadborn (États-Unis) jgT
1792 TABLE DES
MM. Pages.
FREDHOLM (Érik-Ivar). — Est élu
correspondant de l'Académie
pour la section de géométrie. . . jHj
— Adresse des remercîments à l'Aca-
démie ^28
— Une application de la théorie des
équations intégrales 980
F RÉ JACQUES (M'.). — Voir Mali-
gnon [C.) et M. Fréjacques.
FRÉMONT (Ch.). — Essai mécanique
des fds d'acier (imp.) -28
FREUNDLER. — Voir Bertrand {Ga-
briel), Freundler et M"e Ménager.
FRIEDEL (G.) et L. ROYER. —
Erratum relatif à une précédente
communication 1 3 1
— Sur les liquides à plans équidistants
de Grandjean i523, 1607
FRIGON (Augustin). — Étude expé-
rimentale sur les pertes d'énergie
AUTEURS.
MM. Pages,
dans quelques diélectriques indus-
triels i338
FR( JlDEVAUX (J.). — Sur le dosage de
l'azote ammoniacal dans les ma-
tières organiques azotées, et par-
ticulièrement dans les matières
protéiqucs et leurs produits de
dédoublement I238
FROMAGET (Justin). — Sur la géo-
logie des environs d'A Mi Tchéou
(Yunnan oriental) 56o
FRONTARD. — Cycloïdes de glissement
des terres 526
— Logoïdes de glissement des terres . . 740
— Loi de la hauteur dangereuse des
talus argileux gSo
FROSSARD (Henri-Jean). — Les
gymnastiques respiratoires et les
épreuves de Valsalva et de Muller. 5oo
G
GAIN (Edmond). — Température ultra-
maxima supportée par les em-
bryons d'Helianthus annuus L.. io3i
— Sur la résistance comparative à la
chaleur des points végétatifs de
l'embryon du Grand-Soleil...... i557
GALDEANO (Zoel Garcia de). —
Adresse diverses brochures de
mathématiques 1277
GALIBOURG. — Utilisation de la force
thcrmo-électromotrice de contact
pour identifier quelques aciers.. 547
GALIBOURG (J.) et F. RYZIGER. —
Sur une méthode permettant de
reconnaître les perles japonaises
cultivées 1012
GAMBIER (Bertrand). — Surfaces et
variétés de translatioja de Sophus
Lie 98
— Correspondance ponctuelle entre
deux surfaces avec échange des
réseaux conjugués en réseaux
orthogonaux et vice versa 523
— Correspondances ponctuelles, déduites
de l'étude des trois formes qua-
dratiques fondamentales de deux
surfaces 661
— Surfaces isothermiques à représenta-
tion sphérique isotherme 921
— Sur les correspondances ponctuelles
de deux surfaces et sur une classe
de surfaces analogues aux surfaces
isothermiques iiio
— Surfaces applicables avec égalité des
rayons de courbure principaux.. 161 3
GANDILLOT (M.). — Demande l'ou-
verture d'un pli cacheté contenant
une note intitulée ; « Véritable
interprétation des théories rela-
tivistes » 1277
GARÇON (Jules). — Adresse un rapport
sur l'emploi de la subvention qui
lui a été accordée en 1916 sur la
Fondation Loulreuil 212
GARRAULT (M^e H.). — Voir Fauré-
Frémiet (E.) et M^e H. Garrault.
GARRIGOU-LAGRANGE (Paul). —
Les grands mouvements de l'atmo-
sphère et la prévision du temps. . 1028
GAUBERT (P.). — Sur les cristaux
liquides de phosphate de calcium. 1 1 1 5
GAULT (H.) et T. SALOMON. — Sur
les acides x-alcoylléluviques . . . . 734
GAURIER (Ludovic). — Études gla-
ciaires dans les Pyrénées fran-
çaises et espagnoles de 1900 à 1909
(imp.) 367
GELOSO (Max). — Sur l'absorption du
TABLE DES
MM, Pages,
ter par les précipités de bioxydc
de manganèse 162g
GENTIL (Louis). — Sur Fâge des phos-
phates marocains 4 2
— Carte géologique provisoire du
Maroc (inip.) i ja
— Sur la climatologie du Maroc 3i i
GEORGEVITCH (Piehre). — L'origine
du centrosome et la formation du
fuseau chez Stypocaidon aco pari uni
(L.) Kiilz • 693
GÉRALD (P.). — Voir Dufrais.se [Ch.)
et P. Gérald.
GESSARD (C). — Variétés de bacilles
pyocyanoïdcs i3oi
GEVREY (Maurice). — Remarques sur
les fonctions quasi analytiques et
les fonctions indéfiniment déri-
vables 368
GIGNOUX. — Sur la présence du Tor-
tonien à Valence (Espagne) 362
GIRARD (Pierre). — Voir Mestrézal
[W.], Pierre Girard et V. Morax.
GIRAUD (Georges). — Sur les équa-
tions non linéaires aux - dérivées
partielles du second ordre du type
elliptique 853
— Erratum relatif à cette communica-
tion 1087
GIRE (G.). — Sur la dissociation tlu
chloroplatinate de baryuni i 700
GLANGEAUD (Ph.). — Le bassin oli-
gocène effondré Saint-Flour (Can-
tal) — Malzieu (Lozère). La Truy ère
miocène, affluent de l'Allier. . . . ^\Oi
GLEDITSCIi (Mlle Ellen.) et M. B.
SAMDAHL. — Sur le poids ato-
mique du chlore dans un minéral
ancien, l'apatite de Balme 74O
GLOVER (J.). — L'auscultation élec-
trique de la respiration au début
de la tuberculose ; nouvelle mé-
thode d'auscultation pratiquée à
l'aide de stéthoscopes microtélé-
phoniques amplificateurs 58o
GODCHOT (Marcel) et Pierre BE-
DQS. — Sur l'oxyde du cyclo-
hexène et l'orthométhyleyclohexa-
nol 4'^'
GODCHOT (Marcel) et Pierre BRUN.
— Sur quelques dérivés de la
subérone 618
GORCEIX (Ch.). — Sur la formation
du Gouf de Cap-Breton 557
AUTEURS. lyg-J
MM. Pages.
— Répartition de la température dans
h; lac duBourget i 7i8
GORIS (A.) et II. DELUARD. — In-
fluence des radiations solaires
sur la culture de la Belladone et
la formation des alcaloïdes dans
les feuilles 188
GORIS (A.) et A. LIOT. — Nouvelles
observations sur la culture du B.
pyocyanique sur milieux artificiels
définis 17 )
GOSSE. — Des équations aux dérivées
partielles du second ordre inté-
grables par la méthode de Dar-
boux 1612
GOSSOT et LIOUVILLE. — Sur les
principes de la Balistique inté-
rieure 27
GOUDEY (R.). — Adresse une Note
intitulée : « La marche des pendules
et l'agitation microsismique ». . . . 1087
GOURSAT (Edouard). — Fait partie
de la commission des prix de
mathématiques 649
— Sur une théorie classique de Cauchy. 836
— Sur le problème d(> la poussée des
terres io49
— Sur la théorie des invariants inté-
graux 1089
— Fait hommage à l'Académie d'un ou-
vrage qu'il vient de publier sous
le titre : « Leçons sur le problème
de Pîafî »... 1219
GOUY (G.). — Sur la pression dans les
fluides aimantés ou palarisés . . . 264
— - Erratum relatif à cette communica-
tion 267
— Erratum relatif à cette communica-
tion 5o4
GOUY (Georges). — Sur les tensions et
pressions de Maxwell dans les
aimants et les diélectriques 5io
GOY (Pierre). — Physiologie micro-
bienne et facteur accessoire de la
croissance 13/9
GRAMONT (le comte Arnaud de). —
Élu membre de la commission
chargée de présenter une liste di^
candidats à la succession de
M. J. Carpentier, décédé........ 142
— Présente à l'Académie un mémoire
intitulé : « Sur l'emploi de l'ana-
lyse spectrographique en métal-
lurgie » 849
1794 TABLE DES
MM. Pages.
GRAMONT (A. de) et G.-A. HEM-
SALECH. — Sur l'évolution du
spectre du magnésium sous l'in-
fluence d'actions électriques crois-
santes. Applications à l'Astro-
physique 356
— Erratum relatif à cette communica-
tion 584
— Font hommage à l'Académie d'un
Mémoire intitulé : <■<■ Observations
and expcriments on the occurence
of Spark lines (enhanced Unes) in
the arc : I. Lead and tin » 727
— Observations and experiments on
the occurence of spark lines (enhan- '
ced lines) in the arc. Part. II :
Magnésium, zinc and cadmium
(imp.) loi 8
GRANDIDIER (Alfred). — Son rem-
placement 3(^7
GRANDMOUGIN (Eue). — Sur la
sulfoljenzide 1 ()8
— Sur quelques nouveaux dérivés de
la suU'obenzide 3y3
— Sur les isatines halogénées 620
— Sur les leucoindigos acylés et aleoylés 758
— Sur les quindolincs 1175
GRANGER (Ernest). — Nouvelle géo-
graphie universelle, i''® partie
(imp.) 85o
GRAVIER (CuARLES-J.). — Sur les re-
lations du Crustacé et de l'Eponge
chez les Cirripèdes spongicoles. . 83o
— Est présenté en première ligne pour
la succession de M. Ranvier i583
— Est élu 1 6 1 1
— Son élection est approuvée i653
GREBEL (A.). — Sur un comburimètre
et un contrôleur pour le gaz, sys-
tème Grebel-Velter 1283
GRENET (Louis). — Voir Charpij
[Georges] et Louis Greiiel.
GRENET (Henri) et Henri DROUIN.
— Sur un composé bismuthique de
la série aromatique et son activité
thérapeutique 647
GRIMBERT (L.). — Voir Guiarl (J.) et
L. Grimbert.
GRUVEL (A.). — De l'origine fluviale
de la baie du Lévrier litj'^
GRYNFELTT (E.). — Sur les fibres
perforantes de l'os des Mammifères 966
GRYSEZ (V.). — Voir Breton [M.) et
V. Grysez.
AUTEURS.
MM. Pages.
GUÉBHARD (Adrien). — A propos
du dernier tremblement de terre
provençal 1027
GUÉRIN (Paul). — Le mucilage chez
les Urticées 480
GUERY (F.). — Sur une propriété cu-
rieuse d'un montage spécial des
machines électriques excitées en
série 1620
GUIART (.;.). — Parasitologie (imp.). 5i6
GUIART (J.) etL. GRIMBERT. — Dia-
gnostic chimique, microscopique
et parasitologie (imp.) 728
GUICHARD (Claude). — Sur les ré-
seaux £2oo 1 38
— Sur les réseaux qui sont plusieurs
fois Ûoo 3G2
— Sur les réseaux qui sont harmo-
niques à une congruence G. L. et
conjuguée à une autre congruence
G. L 718
— Sur les lignes asymptoti(jues des
surfaces. Etude d'un cas parti-
culier 121 5
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. C. Jordan. . i383
GUIGNARD (Léon). — Est adjoint à la
délégation qui représente l'Aca-
démie aux fêtes du 1 5o^ anniver-
saire de la fondation de l'Aca-
démie royale de Belgique 687
— Fait partie de la commission des prix
de géographie 65o
— id. de médecine et chirurgie G5o
— id. du fonds Charles Bouchard 65 1
— id. du prix Gustave Roux, Thorlet,
fondations Lannelongue, Trémont,
Gegner, Ilirn, Henri Becquerel. . . 6ji
" id. du prix AIhumbert 65 1
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Saintour 652
— id, du prix Lonchampt 652
— id. du prix Henry Wilde 652
— id. de la question du grand prix des
sciences physiques 652
GUILBERT (Gabriel). — Sur l'obser-
vation des nuages en prévision du
temps 817
GUILLAUME (Ch.-Ed.). — Fait hom-
mage à l'Académie d'une brochure
intitulée : « Les récents progrès
du syslènit' métrique " 88
GUILLAUME (Louis). —.Les Tur-
ritelles tertiaires et actuelles : évo-
TABLE DES
M^f. Pages,
lulion et niigralions ~i)\
GUILLAUME (J.). — Observations du
Soleil, faites à l'Observatoire de
Lyon, pendant le quatrième tri-
mestre de 1921 looï
— Observations de la comète Skjel-
lerup, faites à l'équatorial coudé
de l'Observatoire de Lyon 1407
GUILLAUMIN (A.). — Voir Scliinz
{Hatis) et .4. Guillaumin.
GUILLAUMIN (Gustave). — Sur
l'équilibre des talus en terre cohé-
rente I I () j
— Sur les équations de l'équilibre liniite
des corps cohérents rijS
— Sur les lignes de glissement planes
des corps pulvérulents, cohérents
ou plastiques 1 4 i o
GUILLEMET (A.). — Sur un nouvel ob-
turateur d'objectif pour la prise
de photographies aériennes avec
les appareils à grand foyer 806
GUILLET (Léon) et Jean COURNOT.
— Sur la variation des propriétés
mécaniques, des métaux et alliages
aux basses températures 384
GUILLIERMOND (A.). — Obtient des
suffrages au scrutin pour l'élec-
AUTEURS. 179.5
MM. Pages.
tion d'un correspondant pour la
section de Botanique 588
GUILLIERMOND (A.) et ('.. MAN-
GE NOT. — Sur la signification
des canalicules de Holmgren.. 485
— Sur la signification de l'appareil réti-
culaire de Golgi ÔQ'i
GUIOTII (Jean). — Voir Soninielel
[Mairel) et Jean Guiot/i.
GUNTZ (A.-A.). — Sur le sulfure d.-
zinc phosphorescent i']'>6
GUTTON (C). — Sur l'entretien sinml-
tané d'un circuit oscillant et de
circuits harmoniques 94 i
GUYE (C.-E.). — Sur l'extension de la
loi de Paschen aux fluides pola-
risés 445
GUYE (C.-E.) et R. RUDY. — Nouveau
mode de détermination des dia-
mètres moléculaires par la rota-
tion électromagnétiqui^ de la dé-
charge dans les gaz ;!82
GUYE (Pu. -A.). — Son décès est an-
noncé à l'Académie 897
— M. Haller lit une notice sur sa vie
et ses travaux 897
— Son remplacement 1677
H
HADAMARD (Jacques). — Fait partie
de la commission des prix de
mathématiques 649
— Fait hommage des Leçons d'analyse
fonctionnelle professées au Col-
lège de France, par Paul Lévy,
pour lesquelles il a écrit une pré- '
face 1*577
HADFIELD (Sir Robert). — Obtient
des suffrages au scrutin pour l'élec-
tion d'un correspondant pour la
section de chimie 1677
HALLER (Albin). — Retrace la vie
scientifique de feu Giacomo Cia-
mician i33
— Présente à l'Académie un volume des
'( Actualités de Chimie contempo-
raine M 587
— Fait partie de la commission des
prix de chimie 65o
— id. médailles Arago, Lavoisicr, Ber-
thelot 65 1
— id. du prix (iustave Roux, Tliorlet,
fondations Lannelongue, Trémont,
Gegner, Ilirn, Henri Becquerel.. 65 1
— id. du prix Bordin 65 1
— id. du prix Henri de Parville 652
— Donne lecture d'une notice nécrolo-
gique sur M. Ph.-A. Guye, corres-
pondant pour la section de chimie. 897
— Annonce à l'Académie le décès de
M. Laveran, membre de la section
de médecine et chirurgie et rap-
pelle ses principaux travaux.... i3o9
— Annonce à l'Académie le décès de
M. Ernest Solvay, correspondant
pour la section de chimie et rap-
pelle ses principaux travaux.... i385
HALLER (A.) et M^e RAMART-
LUCAS. — Nouveaux caractères
distinctifs des trois propanol'2-
camphocarbonolides fondant res-
pectivement à 141°, 117°-! 18° et
890-900 785
1796
MM.
TABLE DES
Pases.
34 ■.
(_5o
717
— Déshydratation du métliyl-2-pliéiiyl-
2-propanol-i et du diiuéthyl-2.2-
phényl-3-propanol-i . 121 1
IIAMEL (G.). — Sur la végétation algo-
logiquc do Rockall 2^3
HAMY (Maurice). — Sur la détermi-
nation intcrférentielle des dia-
mètres des étoiles dont l'éclat su-
perficiel n'est pas uniforme
— Fait hommage à l'Académie de
« l'Annuaire du Bureau des Lon-
gitudes pour 1922 »
— Fait partie de la commissiozi des
prix d'astronomie
— id. du prix Victor Raulin
— Sur une propriété des émulsions
photographiques et l'enregistre-
ment des étoiles, pendant les
éclipses totales de Soleil, en vue de
la vérification de l'cfîet Einstein.
— Sur la détermination du diamètre
des étoiles par la mesure interl'é-
rentielle 904
— Présente à l'Académie un mémoire
« Sur l'approximation des i'onc-
tions de grands nombres » 979
— Délégué à une réunion de l'Union
internationale d'astronomie 1 1 'u
HAUG (Emile). — Fait partie de la
commission des prix de minéra-
logie et géologie (J";o
— Délégué au xiii^ Congrès géologique
international i44*^
HELBRONNER (André) et W.' RU-
DOLFS. — L'attaque des minorais
par les bactéries. ( )xydation de la
blende
HEMSALECII (C-A.). — Adresse un
rapport relalit' à l'emploi qu'il
a fait de la subvention qui lui a
été accordée sur le fonds Bona-
parte
— Voir Gniiuoiil (le comte Arnaud de)
et G. -A. Hemsalech.
1378
AUTEURS. _
MM. Pages.
riENNEGUY (Félix). — Fait parLie de
la commission des prix de bota-
nique.. . 6Jo
— id. des prix d'anatomic et zoologie. 65o
— id. des prix de médecine et chi-
rurgie 6 jo
— id. du prix do physiologie 6">i
— id. du fonds Charles Bouchard.... G")i
— id. du prix Lallemand Gji
— Donne lecture d'une notice nécro-
logique sur M. Raiwier 833
HENRI (Victor). — Spectre d'absorp-
tion de la vapeur de benzène et
grandeurs - fondamentales de la
molécule de benzène 809
HENRY (P.). — Voir Weiss (//.) et P.
Henry.
HÉRISSEY (H.). — Voir Bou^auU (J.)
et H. Ilérissey.
HERRERA (A.-L.). — Adresse une
note intitulée : « Sur la présence
de l'acide siliciquc chez les col-
loïdes organiques » 1 74 7
IIESSE (E.). — Voir Léger (L.) et E.
Hesse.
HIEULLE (A.). — Voir Fosse (/?.)- et
A. Hieulle.
HOEL (Adolf). — Rapports sur les
récentes expéditions norvégiennes
au Spitzberg (imp.) -9G
IIOULBERT (C). — Voir Oberlltur (Ch.)
et C. Houlbert.
IIOVASSE (R.). — La régulation du
nombre des chromosomes chez les
embryons parthénogénétiques de
Grenouille rousse. Son mécanisme. 72
— Sur un Péridinien, parasite intracel-
lulaire des Vélelles i "4 5
IIUMRERT (Pierre). — Sur le produit
de Laplace , relatif à certains
hypercylindres 91
IIUTINEL (J.). — Voir Widal (Fer-
nand), P. Abranti et J. IliUinel.
INSTITUT D'OPTIQUE THÉO-
RIQUE ET APPLIQUÉE ET
"syndicat PATRONAL DES
CONSTRUCTEURS D'INSTRU-
MENTS D'OPTIQUE ET DE
PRÉCISION. — Revue d'op-
t que théorique et instrumentale
(imp.)
TABLE DES AUTEURS.
1797
J
MM. Pages.
JACUB (Chaules). — La structure du
Nord-Anuana au nord de Thanh
Hoa 1 "G
— La strucluro du Nord-Annam. au
sud de Thanh Iloa aijQ
— La structure du Nord-Annana et du
Tonkin ôij
— La structure du Tonkin méridional. 471
— Les roches éruptives de la série inter-
médiaire dans le Nord-Annam et
le Tonkin 761
JACQUES (R.). — Sur les surfaces telles
que les axes des cercles osculateurs
à une famille de lig;nes de courbure
appartiennent à un complexe
linéaire 281
JALUUSTRE (LÉo^•). — Voir Lemaij
(Pierre) et Léon Jalouslre.
JANET (Paul). — Fait hommage à
l'Académie du Tome II de ses
Leçons d'Electrotechnique géné-
rale (5® édition) 270
— Les caractères des modules de formes
et les systèmes d'équations aux
dérivées partielles 4^2
— Errata relatifs à cette communica-
tion 716
JANET (Paul). — Fait partie de la
commission des prix de physique. 65o
— id. du prix Henri de Parville 652
JANET (Maurice). — Sur les formes
canoniques invariantes des sys-
tèmes algébriques et différentiels. 991
— Erratum relatif à cette communi-
cation 1136
JARRY-DESLOGES. — Sur les fron-
tières de la vision (inip.) io54
JASSE (Mlle O.). — Observation de la
comète 1922 b (Skjellerup), faite à
l'Observatoire de Marseille (équa-
torial d'Eichens o"^,26 d'ouver-
ture) 1408
JEANNEL (René). — La variation des
pièces copulatrices chez les Coléop-
tères 024
— La dispersion géographique des
Silphidse Ca^opinœ pendant le Ter-
tiaire 569
JUGE-BOIRARD (G.). — Voir Chau-
dron (G.) et- G. Juge-Boirard.
C. R., i^-ii, i" Semestre. (T. 17i.)
MM, Pages.
JULIA (Gaston). — Les séries de frac-
tions rationnelles et l'intégra-
tion 370
— Les équations fonctionnelles et la
représentation conforme 5l7
— Nouvelles applications de la repré-
sentation conforme aux équa-
tions fonctionnelles G53
— Sur la transformation des substitu-
tions rationnelles en substitutions
linéaires 800
JUMELLE (Henri). — Les Neophloga,
Palmiers de Madagascar 483
— Est élu correspondant de l'Ac^
demie pour la section de botanique. 588
— Adresse des remercînients à l'Aca-
démie 649
— Un grand Palmier du centre de
Madagascar 957
— Le groupe du Chrysalidocarpus Iules-
cens i 1674
JOB (Paul). — Etude électrométrique
de l'hydrolyse, sous l'action de
la baryte, de quelques complexes
aminés du cobalt 6io
— Sur l'hydrolyse des sels roséo-cobal-
tiques 943
JOB (André) et René REICH. — Essai
d'extension systématique de la
préparation des organométalliques.
Application à l'iodure de fer éthyle. 1 3 58
JOLEAUD (L.). — Sur l'âge des dépôts
de phosphate de chaux du Sud
marocain, algérien et tunisien .... 1 78
— Sur l'aire de dispersion de Dyro-
saurus. Crocodilien fossile du Nord-
Ouest africain 3o6
JOLIBOIS (Pierre) et Robert BOS-
SUET. — Relations entre les
différents oxydes d'uranium .... ~ 38fi
— Précipitation par la soude du nitrate
d'uranyle. Radioactivité c!'-i pré-
cipité 1625
JOLY (H.). — Sur l'existence de phéno-
mènes de charriage à l'extrémité
orientale de la chaîne Ibérique,
près de Montalban (province de
Téruel, Espagne) 820
— Sur la présence d'écaillés ou de lam-
beaux de charriage dans la Chaîne
129
179»
MM. Pages.
Celtibérique (provinces de Sara-
gosses Logrono et Soria, Espagne). ii85
— Sur l'allule tectonique des couches
crétacées et tertiaires aux envi-
rons de Haro (province de Lo-
grono, Espagne) i474
JOLY (Henri) et Nicolas LAUX. —
Sur la faune des couches moyennes
et supérieures de l'Aalénien du
Grand-Duché de Luxembourg.. i8i
JONESCO (St.). — Sur la répartition des
anthocyanidines dans les organes
colorés des plantes i6j5
JORDAN (Camille). — M. le Président
annonce sa mort à l'Académie . . . iCfO
' — Son remplacement 1 898
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages.
JOUAUST (R.). "— Sur la réception des
ondes entretenues par modulation. 35
JOUBIN (Louis). — Fait partie de la
commission des prix d'anatomie
et zoologie 65o
— id. du prix Lallemand 65i
— - id. du prix Vaillant 65 1
— id. de la question du grand prix de
sciences physiques 652
— Est désigné pour représenter l'Aca-
démie au VIP Congrès national
des Pêches maritimes, qui se tien-
dra à Marseille en octobre 1922. 917
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et géophysique lo53
K
KARPEN (N.-Vasilesco). — Nouvelle
évaluation de la pression interne
des liquides. Critérium de l'asso-
ciation des molécules dans un
liquide
KERFORNE (F.) et L. DANGEARD.
— Sur les roches palézoïques dra-
guées par le « Pourquoi-Pas ?» en
1921 dans la Manche occidentale.
KILIAN (Wilfrid). — Erratum relatif
à une précédente communication.
— Fait partie de la commission des
prix de minéralogie et géologie. .
KIMURA (HisASKi). =- Assiste à une
séance de l'Académie
KLING (André) et M. et M^e a. LAS-
SIEUR. — Appareil pour la déter-
mination de la concentration d'une
solution en ions hydrogène. Appli-
cation à la recherche des acides
minéraux dans le vinaigre
KLINGSTEDT (F.-W.). — Spectre
1693
1714
loi
65o
977
i65
d'absorption ultraviolet du phénol
dans différents solvants 812
KŒNIGS (Gabriel). — Fait partie de la
commission des prix de naécanique. 649
— id. de navigation 65o
— id. du prix Henri Wilde 652
— id. du prix Caméré 652
— id. de la fondation Jérôme Ponti. 652
— id. de la question du prix Bordin. . 652
KHON-ABREST. — L'indice de toxi-
cité des appareils d'éclairage, de
chauffage et des moteurs à explo-
sion 1046
KOPACZEWSKI (W.). — La tension
superficielle et la narcose 821
— La différenciation des phénomènes
de choc par contact io34
KOSKOWSKI (W.). — L'action de
l'histamine sur la sécrétion du suc
gastrique chez les pigeons 247
— Nicotine et les nerfs inhibitoires du
cœur loSg
LA BAUME PLUVINEL (A. de). —
Sur une lunette coudée destinée à
l'application de la méthode des
hauteurs égales 535
LABBE (Alphonse). — Le rôle de l'al-
calinité de l'eau de mer dans les
fécondations hétérogènes 1 199
— L'activation du spermatozoïde dans
les fécondations hétérogènes
LABUSSIERE. — Sur l'existence l'exis-
tence géométrique d'un invariant
général des faisceaux de rayons se
réfractant suivant la loi de Des-
cartes, et ses applications à l'Op-
1297
TABLE DES
MM. Pages,
tiquf géométrique et au rayon-
nement 07^
LACROIX (Alfred). — Fait partie de
la commission des prix de minéra-
logie et géologie 6do
— id. des médailles Arago, Lavoisier,
Berthelot 65 1
— id. des prix Gustave Roux, Thorlet,
fondations Lannelongue, Trémont,
Gegnor, Hini, Henri Becquerel.. 63 1
— id. du prix Alhumbert. 65 1
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Saintour 652
— id. du prix Henri de Parville 652
— id. du prix Lonchampt 652
— id. du prix Henry Wilde 652
— id. de la question du grand prix des
sciences physiques 652
— Sur une syénite à corindon et silli-
manite formée par endomorphisme
du granité . . ^ 899
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et de géophysique io53
— Délégué au xiii^ Congrès géologique
international i446
LADREYT (F.). — Sur l'histogenèse
des épithéliomas basocellulaires. . 1264
LA GORGE (Paul de). — La mesure
des puissances par l'électrodyna-
momètre différentiel 607
LAGOTALA (H.). — La chronologie
du Quaternaire et les fouilles de
Cotcncher 1190
LAGRANGE (René). — Sur quelques
applications du calcul différentiel
absolu • 521
— Sur l'application des variétés d 'ordre p
dans un espace x d'ordre n 658
LALLEMAND (Charles). — Sur la ge-
nèse et Tétat actuel de la science
des abaques 82
— Sur les avantages comparés des
abaques hexagonaux et des aba-
ques à points alignés 25o
— Fait partie de la commission des
prix de géographie 65o
— id. du prix de navigation 65o
— id. du prix Victor Raulin 652
— ■ Sur le salaire parabolique 845
— Errata relatifs à cette communica-
tion 9.73
— Remet à l'Académie le programme de
la première Assemblée générale de
AUTEURS. 1799
MM. Pages.
l'Union mternationalc de géodésie
et géophysique 918
— Délégué à la Conférence des Unions
internationales d'astronomie et de
géodésie et de géophysique io5'â
— Fait hommage à l'Académie de di-
verses brochures relatives aux
nivellements, à l'élasticité et à
la question du litre i >98
— Rend compte des travaux du Con-
grès de l'Union internationale «I"^
géodésie et de géophysique qui
vient de se tenir à Rome i44l
— Présente à l'Académie un exem-
plaire de son rapport au Congrès
géodésique de Rome et une bro-
chure intitulée : « L'anarchie moné-
taire et ses conséquences écono-
miques >! 1 526
LAMBERT (Gustave). — Son projet
de voyage au pôle. Sa mort (imp.). i399
LAMBERT (Pierre). — Voir Sacer-
dote (Paul) et Pierre Lambert.
LANQUINE (Axtonin). — Sur l'allure
et les dislocations de la nappe du
Cheiron au sud du haut Estéron,
jusqu'à la haute vallée du Loup
(Alpes-Maritimes) 1024
LAPICQUE (Louis). — Mécanisme
des échanges entre la cellule et
le milieu ambiant 1 49^
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. Ranvier i583
— - Obtient des suffrages 161 1
LAPLACE. — Son œuvre scientifique
par M. //. Andoyer 'i 5
LARBAUD (Mlle Marguerite). — Aua-
tomie des fleurs d'une même espèce
à diverses altitudes 1 562
LASSIEUR (M. et M^e A.). — Voir
Kling [André] et M. et M^^e A.
Lassieur.
LAUGIER (Henri). — Voir Cardol
[Henry) et Henri Laugier.
LAUiS'AY (L. de). — Fait partie de la
commission des prix d-> minéra-
logie et géologie 65o
— id. du prix Binoùx. 65 1
LAUX (Nicolas). — Voir Joly [Henri)
et yicolas Laiix^
LA VAULX (R. de). — Sur l'appari-
tion d'intersexués dans une ligne
de Daphnia magna (Crustacé clado-
cère), et sur le déterminisme pro-
8oo
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages,
bable du phénomène i 74o
LAVERAN. — Fait hommage du
Tome 14. 1921, du « Bulletin de la
Société de Pathologie exotique «. . 43o
— Fait partie de la commission des
prix d'anatomie et zoologie 65o
— id. des prix de médecine et chirurgie. 65o
— id. du prix de physiologie 65 1
— id. du fonds Charles Bouchard.... 65 1
— id. du prix Lonchampt 65a
— Sa mort est annoncée à l'Académie. . iSoQ
LEBAILLY (Charles). — La durée de
la période contagieuse dans la
fièvre aphteuse i 58o
LEBEAU (P.). — Sur les oxydes d'ura-
nium 388
LEBESGUE (Henri). — Est présenté
cUj première ligne pour la succes-
sion de M. C. Jordan i'i83
— Est élu 1 398
— Son élection est approuvée i44 i
LEBLANC (Maurice). — Sur l'emploi
de l'air comme agent frigorifique. i5o5
— Sur une nouvelle machine frigori-
fique à air 1 089
LÉCAILLON (A.). — Sur les carac-
tères d un Hybride issu de l'union
d'un Canard musqué mâle [Cai-
rina moschata Flem.) et d'une
Oie d'Egypte femelle [Cltenalopes
œgyplicus Eyt.) 68
— Sur les caractères d'un hylu'ide mâle
provenant de l'union d'un Canard
Pilet mâle (Dafila acuta L.) el d'un
Canard sauvage femelle [Anas
Boschas L.) 885
■ — Sur la fécondité des Hybrides,
obtenus par le croisement du Ca-
nard Pilet mâle (Dafila acuta L.)
et du Canard sauvage femelle
[Anas boschas L.) i43i
— Sur la variabilité de l'espèce et la
création expérimentale de nou-
velles races chez le Bombyx du
Mûrier 1 738
LECARME (Jean). — Expériences rela-
tives à la marche d'un pendule et
d'un chronomètre, effectuées à
Chamonix et à l'Observatoire du
mont Blanc, du i^^' août au 10 sep-
tembre 192 1 141 3
LECAT (Maurice). — Sur les cayléens
et les bicayléens anormaux.... 728
LE CHATELIER (Henry). — Élu
MM. Pages,
membre de la commission chargée
de présenter une liste de candidats
à la succession de M. J. Carpen-
tier, décédé 142
— Fait partie de la commission des
prix de chimie 65o
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Caméré 652
— id. de la question du grand prix
des Sciences physiques 652
— Sur la fabrication de la soude à
l'ammoniaque • 836
— Sur la représentation géométrique
des équilibres salins i5oi
LECLAINCHE (Emmanuel). — Désigné
pour faire partie du Conseil d'ad-
ministration de l'Institut des re-
cherches agronomiques 89
LECOMTE (Henri). — Fait partie de la
Commission des prix de Botanique. 65o
— id. du prix Montyon de statistique.. 65 1
— Fait hommage à l'Académie du fasci-
cule 3, tome 7, de la « Flore géné-
rale de l'Indo-Chiiie » io53
LECOMTE DU NOÛY (P.). — Sur
l'équilibre superficiel du sérum
et de quelques solutions colloïdales. 962
— Sur l'équilibre superficiel du sérum
et de certaines solutions colloï-
dales 1258
LECORNU (Léon). — Quelques re-
marques sur la relativité 337
— Errata relatifs à cette communica-
tion 5o4
— Présente à l'Académie un ouvrage
dont il a écrit la préface, et qui
est intitulé : « L'éther actuel et ses
précurseurs » 586
— Fait partie de la commission des
prix de mathématiques 649
— id. du prix de mécanique 649
— id. du prix de navigation 65o
— id. du prix Hoidlevigue 652
— id. du prix Caméré 652
— id. de la fondation Jérôme Ponti. 652
— id. de la question du prix Bordin. . 652
LEGANGNEUX (H.). — Voir Loir {A.)
et H. Legangneux.
LEGER (L.) et E. HESSE. — Coccidies
d'oiseaux palustres. Le genre Jar-
rina n. g 74
— Microsporidies bactériformes et essai
de systématique du groupe 327
LEGER (Marcel) et A. BAURY. — La
TABLE DES AUTEURS.
laoi
MM. Pages
Musaraigne, Crocidura Stampflii,
et la peste au Sénégal /[•?.'i
LEMAY (Pierre) et Léon .)A-
LOUSTRE. — Sur queUiues pro-
priétés oxydasiques du thoriun^ X. 171
LE MOAL. — Voir Warcollier et Le Moal.
LEMOINE (Georges). — Président
sortant, fait connaître à l'Aca-
démie l'état où se trouve l'impres-
sion des recueils qu'elle publie et
les changements survenus parmi
les membres et les correspondants
pendant le cours de l'année 1921. i5
— ' Fait partie de la commission des
prix de chimie 65o
— Erratum relatif à une précédente
communication 896
LEMOINE (Paul) et René ABRARD.
— Sur l'existence du Crétacé supé-
rieur dans la fosse centrale de la
Manche d'après les dragages du
Dr Charcot 9^3
LE MORVAN. — Voir yordmann
[Charles) et Le Morvan.
LENOIR (Maurice). — La cinèse so-
matiqiie dans la tige aérienne
d'Equisetiim arvense L i^'^O
LEPAPE (Adolphe). — Voir Moiireu
(Charles) et Adolphe Lepape.
LERICHE (Maurice). — Les vestiges
du Lutétien, remaniés dans le
Quaternaire du nord de la France. 1 70
• — Erratum relatif à cette communica-
tion 336
LE ROUX (Jean). — Obtient des suf-
frages au scrutin pour l'élection
d'un correspondant pour la section
de géométrie 917
— La courbure de l'espace 92/)
LESAGE (Pierre). — Etude des plantes
salées pendant la période où se
produisent des anomalies 56
— Sur la détermination de la faculté
germinative autrement que par
la germination des graines 766
LEVADITI (G.) et S. NICOLAU. —
Vaccine pure cérébrale. Virulence
pour l'homme 249
— Les feuillets embryonnaires en rap-
port avec les afTinités du virus
virus vaccinal 778
— Vaccine et néoplasmes 16.49
LEVADITI (C.) et Navarro MARTIN.
— Action préventive et curative
86
65o
MiM. Pages,
dans la syphilis du dérivé acélylé
de l 'acide oxyaminophénylarsi -
nique (sel de soude) 893
— Voir Fownier (L.), C. Levadili,
A. Naimrro- Marti II et A. Schwarlz.
— Voir Sazerac (/?.) et C. Levaditi.
LÉVY (Paul). — Sur le rôle de la loi
de Gauss dans la théorie des
erreurs 855
— M. ./. Hadamard. Leçons d'Analyse
fonctionnelle professées au Col-
lège de France 1677
— Sur la loi de Gauss 1 682
LIÉVIN (O.) — Étude cinétique des'
solutions alcalines d'iode 868
LINDEBERG (.J.-W.). — Sur la loi
de Gauss 1 409
LINDET (Léon). — Désigné pour faire
partie du Conseil d'administra-
tion de l'Institut des recherches
agronomiques
— Fait partie de la commission des
prix de chimie
— Fait hommage à l'Académie d'un
ouvrage intitulé : « L'outillage de
l'industrie chimique, agricole et
alimentaire « 727
LINDET (Léon), M. BEAU et Ch. POR-
CHER. — Font hommage à l'Aca-
démie de la première année (192 1)
de la Revue qu'ils publient sous le
titre : « Le lait, revue générale des
questions laitières » i^o.
LIOT (A.). — Voir Goris [A.) et A. Llot.
LIOUVILLE. — Voir Gossot et Liou-
ville.
LOCQUIN (R.) et SUNG WOUSENG.
— Sur l'action de l'acétylène sur
les cétones sodées et la prépara-
tion des dialcoyltéthinylcarbinols. 1427
— Sur la préparation des dialcoylvinyl-
carbinols i55l
— Sur la transformation des alcools
éthyléniques tertiaires (genre lina-
lol) en alcools éthyléniques pri-
maires (genre géraniol) i 71 1
LOIR (A.) et H. LEGANGNEUX. —
Précis de Muséologie pratique
(imp.) 272
LONGCHAMBON (Henri). — Étude
spectrale de la triboluminescence
du saccharose i633
LORY (P.). — Sur les stades glaciaires
et sur un vallon enregistreur des
i8o2
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages.
stades (Bédinat, Chaîne de Belle-
donne) 1476
LOVETT (E.-O.). — Généralisation d'un
problème de Sophus Lie dans la
géométrie des transformations de
contact ii5i
LUCAS-CHAMPIONNIÈRE. — L'Aca-
démie charge M. Bazy de la repré-
senter, le 14 mai 1922, à l'inaugu-
ration du monument élevé à sa
mémoire à l'Hotel-Dieu 1219
MM. Pages.
LUMIÈRE (Louis). — Cheminement
capillaire, diffusion et déplace-
ment 1096
LUMIÈRE (Auguste) et Henri COU-
TURIER. — Résistance des fe-
melles en gestation aux chocs ana-
phylactiques et anaphylactoïdes. 49^
— Sur les chocs traumatiques 776
LUMIÈRE (Auguste) et Jean CHE-
VROTIER. — Vaccination anti-
lyphoïdique par scarifications 1080
M
MAHEU (Jacques). — Sur une tardive
régénération de Mousse 11 24
MAIGNON (F.). — Recherches sur les
propriétés physiologiques et thé-
rapeutiques des diastases tissu-
laires. De l'existence des dias-
tases synthétisantes '">66
— Utilisation des diastases tissulaires
pour la détermination de l'organe
dont l'insuffisance fonctionnelle
est la cause d'un état patholo-
gique déterminé. — Application de
cette méthode clinique à l'étude du
rôle physiologiste de certains or-
ganes 698
MAILHE (Alphonse). — Nouvelle
préparation d'aminés cycloformé-
niques 4Gj
— Sur la décomposition catalytique de
l'acide oléique 8-3
MALAQUIN (A.) et F. CARIN. — To-
moptérides (inap.) '• 1220
MALFITANO (G.) et M. CATOIRE. —
L'amylocellulose considéré comme
composé d'acide silicique etd'amy-
lose.. 1128
MANGENOT (G.). — Voir Guilliet-
mond [A.) et G. Mangenot.
— Voir Policard {A.) et G. Mangenot.
MANGIN (Louis). — Fait partie de la
commission des prix de botanique. 65o
— id. de physiologie • • • • 65 1
— id. du fonds Charles Bouchard.... 65 1
— id. du prix Bordin 65 1
— id. du prix Lonchampt 652
MANOUÉLIAN (Y.). — Recherches
histomicrobiologiques svir la para-
lysie générale. Existence du tré-
ponème dans le cytoplasme des
cellules nerveuses de l'écorce céré-
brale 1 1 34
MANSON (Sir Patrick). — Sa mort
est annoncée à l'Académie 1209
— M. Mesnil rappelle ses principaux
travaux 1 209
MAQUENNE (Léon). — Désigné pour
faire partie du Conseil d'admi-
nistration de l'Institut des re-
cherches agronomiques 89
— Fait partie de la commission des
prix de chimie 65o
— id. du prix Lonchampt 652
MAQUENNE (L.) et R. CERI-
GHELLI. — Influence de la chaux
sur le rendement des graines pen-
dant la période germinative 1269
MAQUENNE (L.) et E."DEMOUSSY.
— Sur la végétation dans des
milieux pauvres en oxygène 1887
MARAGE. — L'acuité auditive et l'ap-
titude au service militaire 197
MARCHAL (Paul). — Fait partie de la
commission des prix d'anatomie
et zoologie 65o
— id. du jjrix Lallemand 65 1
— id. du prix Saintour 652
— La métamorphose des femelles et
l'hypermétamorphose des mâles
chez les Coccides du groupe des
Margarodes 1091
MARGOULIS (W.). — Les abaques à
transparent orienté. 1684
MARIE (A.). — Voir Rousselot et A.
Marie.
MARTIN-ZEDÉ. — De l'influence de
l'orientation sur les succès de la
TABLE DES AUTEURS,
i8o3
MM. Pages,
transplantation des arbres 6i
MARTONNE (Emmanuel de). — Sur
le massif de Poïana Ruska et la
corrélation des cycles d'érosion des
Carpates méridionales io4
MASCART (Jean). — Observations de
l'éclipsé partielle de Soleil du
28 mars 1922 faites à l'Observa-
toire de Lyon (Saint-Genis-Laval). 935
MATHIAS (Ém"ile). — Délégué à la Con-
férence des Unions internatio-
nales d'astronomie et de géodésie
et géophysique io54
MATHIAS (E.), C.-A. CROMMELIN
et H. KAMERLINGH ONNES.
— La chaleur de vaporisation et
la différence m' — m des chaleurs
spécifiques à l'état de saturation
pour l'argon, l'oxygène, lazote et
l'hydrogène i SgS
MATIGNON (C.) et M. FRÉJACQUES.
— Sur la transformation de l'am-
moniaque en urée 455
— • Errata relatifs à cette communica-
tion 1 747
MAWAS (Jacques). — Sur un tissu lym-
phoïde de l'intestin moyen des
Myxinoïdes et sur la signification
morphologique - 889
— Le tissu lymphoïde de la valvule spi-
rale de l'intestin moyen de l'ylm-
mocaetes branchialis et sa signifi-
cation morphologique io4l
MAYER (André). — Est présenté en
première ligne pour la chaire d'His-
toire- naturelle des corps orga-
nisés, vacante au Collège de
France 796
MAYET (Lucien). — La faune villa-
franchienne des Sables de Chagny
(Saônc-et-Loire) i254
MENDESC0RREA(A.-A.). — De l'asy-
métrie du squelette des membres
supérieurs 4i6
MERCANTON (P.-L.). — État magné-
tique de basaltes arctiques.... 11 17
— Le système glaciaire du Beerenberg
de Jan Mayen i479
MÉNAGER (Mlle). _ Voir Bertrand
(Gabriel), Freundler et MUe Mé-
nager.
MERCIER. — Sur la synchronisation
harmonique des oscillateurs élec-
triques . ." 448
MM. Pages.
MERCIER (L.). — Contribution à
l'étude de la régression d'un
organe : les muscles vibrateurs du
vol d'Apterina pedestris Meig, pen-
dant la nymphose 687
MERCIER (L.) et Raymond POISSON.
— Une Haplosporidie, Haplospo-
ridium CauUeryi nov. sp., parasite
de Nereilepas fucata Sav I205
MERLIN (E.). — Sur le calcul des coor-
données héliographiques i536
MESNAGER (Augustin). — Fait partie
de la commission des prix de méca-
nique 649
— id. de navigation 65o
— id. du prix Caméré 652
MESNIL (Félix). — Fait partie de la
commission des prix d'anatomie
et zoologie 65o
— id. de médecine et chirurgie 65o
— id. du fonds Charles Bouchard. ... 65 1
— id. du prix Lallemand 65 1
— id. du prix Saintour. 652
— - Donne lecture d'une notice nécrolo-
gique relative à Sir Patrick Manson
correspondant pour la section de
médecine et chirurgie 1209
— Délégué aux fêtes du i5o^ anniver-
saite de l'Académie royale de Bel-
gique 1219
MESNIL (F.) et M. CAULLERY. —
— L'appareil maxilliaire d'His-
triohdella homari; affinités des
Histriobdellides avec les Euni-
ciens 91^
MESTRÉZAT (W.), Pierre GIRARD
et V. MORAX. — Perméabilité
ionique élective des éléments cel-
lulaires 1 727
METALNIKOW (S.). — La mort sté-
rile des Chenilles infectées 202
MEUNIER (G.). — Action d'acides
minéraux sur les celluloses brutes ;
formation et destruction concomi-
tantes de réducteurs. Utilisation de
sous-produits de cette destruc-
tion 4 68
MICHAUD (Mme). _ Voir Baillaud
[B.), Mme Chandon, Pourteau et
Mme Michaud.
MICHAUD (Félix). — Micromano-
mètre à sensibilité réglable 8o5
— La rigidité des gelées 1282
— Rayonnement et gravitation (imp.). 1327
i8o4
TABLE DES AUTEURS.
MM Pages.
MICHEL (P.). — Voir Mouriquand (G.)
et P. Michel.
MILLOT (Stanislas). — Sur des ba-
lances à calcul 927
•MILON (G.). — \oiTDangeard (L.) et Y.
Milon.
MINEUR (H.). — Sur certaines équa-
tions fonctionnelles algébriques.. 167S
MINISTÈRE DES RÉGIONS LI-
BÉRÉES. — Reconstitution fon-
cière et cadastre. Emploi de la
photographie aérienne aux levés
cadastraux et aux levés géogra-
phiques (imp.) 8'jo
MINISTRE DE L'AGRICULTURE. —
Invite l'Académie à désigner six de
ses Membres qui feront partie
du Conseil d'administration de
l'Institut des recherches agrono-
miques 0.2
MINISTRE DE LA GUERRE. —
Invite l'Académie à lui désigner
un de ses Membres qui fera partie
du Conseil de perfectionnement
de l'Ecole Polytechnique, en rem-
placement de M. C. Jordan, décédé. 43 1
• — Tables de balistique extérieure,
tomes I, II et III (imp.) 728
MINISTRE DE L'INSTRUCTION
PUBLIQUE ET DES BEAUX
ARTS. — Adresse ampliation du
décret approuvant l'élection de
M. Maurice d'Ocague 337
— Invite l'Académie à lui présenter une
liste de deux candidats à la chaire
d'Anatomie comparée du Mu-
séum d'Histoire naturelle 367
— Adresse ampliation du décret ap-
prouvant l'élection de M. Gustave
Ferrie 429
- — Invite l'Académie à lui présenter une
liste de deux candidats à la chaire
d'Histoire naturelle des corps
organisés vacante au Collège de
France 588
— Adresse ampliation du décret ap-
prouvant l'élection de M. Henri
Lebesgue 1 44 1
— Adresse ampliation du décret approu-
vant l'élection de M. Ch. Gravier. i653
— Invite l'Académie à lui désigner
huit de ses membres pour occuper
les places prochainement vacantes
dans la Comm.ission technique de
MiM. Pages,
la Caisse des recherches scienli-
fiques 1G78
MINISTRE DU TRAVAIL. — Invite
l'Académie à lui désigner un de
ses meinbres qui occupera, dans la
Commission supérieure des mala-
dies professionnelles, la place va-
cante par l'expiration des pou-
voirs de M. Wided, rééligible. . . . S^o
MIRAMOND DE LAROQUETTE. —
Mesure du pouvoir moyen de péné-
tration d'un faisceau de rayons X
par un nouveau procédé radiochro-
mométrique 604
MITTAG-LEFLER (G.). — Le théo-
rème de Caiichy sur l'intégrale
d'une fonction entre des limites
imaginaires 789, 1 143
MOINSON (L.). — Voir Sarfory {A.)
et L. Moinson.
MOLLIARD (Marin). — Sur une nou-
velle fermentation acide produite
par le Slerigmatocystis nigra.,.. 8S1
MONDAIN-MONVAL (P.). — Sur la
préparation du chlorure d'ammo-
nium I o 1 4
MONNET (P.). — Sur le tremble-
ment de terre italien du 7 sep-
tempre 1920 4?^
MONOD (Théodore). — Sur la mor-
phologie des pièces buccales chez
le mâle d'Akidognathia halidaii
(Bâte and Westwood) 642
MONTAGNE (M^e). — Voir Biaise
[E.-E.) et Mlle Montagne.
MONTEE (Paul). — Sur les familles
quasi-normales il
— Sur une extension d'un Lhéorème
de M. Landau 1 33
— Sur un théorème d'algèbre 85o
— Sur un nouveau théorème d'algèbre. 1220
MOORE (Richard Bishop). — Assiste
à une séance de l'Académie.... 1385
MORAX (V.). — Voir Mestrézat [W.],
Pierre Girard et V. Morax.
MOREAU (M. et M^e Fernand). —
Le mycélium à boucles chez les
Ascomycètes 1072
MOPiET (Léon). • — Sur la présence de
calcaires à Alvéolines d'âge pro-
bablement auversien à la base du
Nummulitique du pluteau d'Arâche
(Massif de Phili, TIante-Savoie). . . 5o
MM.
TABLE DES
l'aees
MOREUX (Th.). — Sur mir nouvrllr
Ihéoric «le la ioriiialion des iiéhii-
Iciiscs spirales cl, du systi-uic so-
laire
— Oriaiuc cl loniialion des luoiidcs
(imp.
") I G
i38')
H98
— Observations de l'éclipsé de Soleil
du 28 mars 1922 9^^>
MOUlîELO. — Assiste à une séance de
'Académie
MOURET (G.). — Sur la limite orien-
tale du massif oranitique de Mille-
vaches
— Sur le prolongement de la Iraclure
d'Argentat (Corrèze) dans la ré-
gion du Dorât (llautc-Vienne et
Vienne)
MOUREU (Charles). — Élu membre
de la commission chargée de pré-
senter une liste de candidats à la
succession de M. J. Carpentier,
décédé
— Fait partie de la commission des
prix de chimie
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Henri de Parville.... ('>'32
MOUREU (Charles) et Charles DU-
1I2
65o
AUTEURS. l8o5
MM. Pages.
F UAISSE. - Sur lautoxydation :
les Anlioxygènes 2j8
MUUREU (Chaules) et Adoli-he Llv
PAPE. — Dosage du krypton et
du xénon en valeurs absolues par
speclrophotométrie 908
MOURIQUAND (G.) et P. MICHEL.
— Sur l'auto-immunisation contre
les régimes carences iG'^9
MUGUET. — Le plomb dans les mine-
rais d'urane de Madagascar.... 172
— Erratum relatif à cette communica-
tion 330
MURRAY (F. -IL). — Sur le tracé des
arcs de cercles de grand rayon.. iSgg
MUTTELET (C.-F'.). — Nouvelle mé-
thode pour la recherche de la
graisse de coco dans le beurre de
vache -J^O
MYLLER (A.). — Quelques propriétés
des surfaces réglées en liaison avec
la théorie du parallélisme de
M. Levi-Cività 997
MYRBERG (P.-J.). — Sur les fonctions
— automorphes de plusieurs va-
riables indépendantes I/Jri2
N
NAVARRO-MARTIN (A.). — Voir
Fournier (L.), C. Levadili, A. Na-
i'nrro- Martin et A. Schwartz.
NÉGRIS (Pu.). — L'Atlantis et la
régression quaternaire
-^ Phases glaciaires en Grèce; leur
relation avec le morcellement de
l'Égéis
NÈMEC (Antonin) et Frantiseic
DUCHON. — Sur une méthode
indicatrice permettant d'évaluer
la vitalité des semences par voie
biochimique ,
NEUVILLE (Henri). — Est présenté
en deuxième ligne pour la chaire
d'Anatomic comparée du muséum
d'histoire naturelle
NEVANLINNA (Rolf). — Sur les rela-
tions qui existent entre l'ordre
de croissance d'une fonction mono-
gène et la densité de ses zéros..
'|0^^
G3'i
3i
1 126
2i
NICLOUX (Maurice) et Georges
WELTER. — L'acide cyanique
existe-t-il dans le sang ? i ;33
NICOLAS (G.). — Des synanthies, à
propos du Narcissus Tazetta L. .
NICOLAU (S.). — Voir Levaditi [C] et
S. Nicolau.
NICOLLE (Charles) et E. CONSEIL.
— Vaccination préventive par voie
digestive chez l'homme
NILSONN-CANTEL (Carl-Aug). —_
Ciripeden-Studien. Zur kenntnis
der Biologie, Anatomie und Sys-
tcmatik dieser Gruppe (imp.) ....
N.JEGOVAN (V.). — Sur les variations
de l'entropie dans les gaz réels . .
NOBÉCOURT (Pierre). — Sur le méca-
nisme de l'action parasitaire du
Pénicillium glaucum Link et du
Mucor stolonijer Ehrb
NODON (Albert). — Sur l'action ])ho-
i8o6
TABLE DES AUTEURS.
MM.
Pages.
1061
togénique des ultraradiations . ,
NOËL (R.). — Sur des phénomènes de
condensation de corps gras à la
surface des niitochondries. .'. . . . 572
NOETHER (Max). — Sa mort est
annoncée à l'Académie 649
— Son remplacement 917
NORDMANN (Charles) et LE MOR-
VAN. — Observation d'une étoile
anormale au photomètre hétéro-
chrome de l'Observatoire de Paris. loi
— Observation d'un phénomène sin-
gulier que présente l'étoile 0 de
la Grande Ourse G69
— Observations d'étoiles du type N et
MM. Pages.
notamment d'une étoile à tempé-
rature effective extrêmement bas-
se, au moyen du photomètre hété-
rochrome de l'Observatoire 1690
NÔRLUND (N.-E.). — Sur la formule
d'interpolation de Stirling 919
— Sur la formule d'interpolation de
Newton 1 108
NORMAND (G.). — Voir Wahl (A.),
G. Normand et G. Vermeylen.
NOTTIN (P.). — Solubilisation et dégra-
dation diastasique des matières
azotées du maïs; application aux
fabriques de levure 712
o
OBERTHUR (Charles). — Etudes de
Lépidoptérologie comparée. Fas-
cicule XIX, i'^ partie (imp.) . . . . i/jS
— Etudes de Lépidoptérologie com-
parée (imp.) 1 399
OBERTHUR (Ch.) et C. HOULBERT.
— Quelques vues nouvelles sur
la systématique des Melanargia
(Lépidoptères : Satyridse] 190
— Convergence ou variation parallèle
dans le genre Halimede {Lepidopl.
Satyridse) 70'!
OCAGNE (Maurice d). — Sur la réduc-
tion de la quatrième dimension
à une représentation plane i'|6
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. J. Carpentier. r>/)2
— Est élu 270
— Son élection est approuvée 337
— Sur l'examen comparatif de diverses
méthodes nomographiqucs 355
— Est adjoint à la délégation qui repré-
sentera l'Académie aux fêtes du
i5o^ anniversaire de la fondation
de l'Académie royale de Belgique. 687
— Fait partie de la commission du
prix Caméré 652
— • Offre à l'Académie un travail inti-
tulé : « Coup d'oeil sur les prin-
cipes fondamentaux de la Homo-
graphie » 1 1 5o
— Fait hommage d'une brochure inti-
tulée : « Vue d'ensemble sur les
machines à calculer » i3i8
— Donne lecture d'une notice sur la
la vie et les travaux de Jules Car-
pentier, Académicien libre i653
— Sur les nomogrammes à transparent
orienté 1 664
OLLIVIER (H.). — - Cours de physique
générale. Tome II : thermodyna-
mique et étude de lénergie-rayon-
nante (imp.) io54
ONNES (Heike Kamerlingh). — Voir
Mathias [E.), C.-A. Crommelin et
H. Kamerlingh Onnes.
— Voir Timmermans (Jean), M"^ H.
Van der Horst et M. H. Kamerlingh
Onnes.
PAGEZY (Eugène). — Sur la forme
optimum à donner aux hélices
propulsives 1 32;
PAINLEVÉ (Paul). — Fait partie de
la commission des prix de ma-
thématiques 649
La théorie classique et la théorie
einsteiniennc de la gravitation. . . 1187
Note sur deux communications de
M. Jean Chazy et de M. J. Trousset. i l6l
TABLE DES AUTEURS.
1642
it3i
VK
1698
MM. . . Pages.
— Fait hommage d'un ouvrage inti-
tulé : « Les axiomes de la méca-
nique, examen critique » ibio
PALFRAY. — Éthcrs homocampho-
liques neutres et leurs produits de
réduction l'iJi
PALFREY (FRA^CIs-^V.). — Voir BuH
Wolbach (S.), John-L. Todd et
Francis-W. Palfrey.
PANISSET (L.) et J. VERGE. — Les
<i donneurs de sang » en médecine
vétérinaire
— Idiosyncrasic et anaphylaxie. . .- . .
PASCAL (Paul). — Recherche magné-
tochimique des constitutions en
chimie minérale. Les acides du
phosphore •
— Recherches magnétochimiques des
constitutions en chimie minérale.
Les acides de l'arsenic
PASTUREAU et Henri BERNARD.
— Sur la chlorhydrine de l'oxyde
de mésityle et sa transformation
en chlorhydrine de la tétraméthyl-
glycérine i jtt
PÉLABON (H.). — Action de sélé-
nium sur l'or. ^91
PELLEGRIN (Jacques). — Les pois-
sons des eaux douces de l'Afrique
du Nord française, Maroc, Algérie,
Tunisie, Sahara (imp.) 79^
— Sur un nouveau poisson aveugle des
eaux douces de l'Afrique occiden-
tale
PELOSSE (Jean). — Voir Vaney (Clé-
ment) et Jean Pelasse.
PERCIVAL (John). — The wheat plant
(imp-)
PEROT (A.). — Sur la variation de la
longueur d'onde des raies tellu-
riques
— Mesure de la pression dans l'atmo-
sphère du Soleil
PERRIER (Georges). — Est présenté
en deuxième ligne pour la succes-
sion de M. Alfred Grandidier . .
— Sur les différences d'altitude des
stations de Tare méridien de
l'Equateur
— Compensation des différences d'alti-
tude d'une chaîne de triangles de
premier ordre. Application à la
triangulation de l'arc méridien de
l'équateur "Oi
884
588
953
336
,Î38
MM.
PERRIN (Edouard). — Est présenté
en deuxième ligne pour la succes-
sion de M. Alfred Grandidier..
— Obtient des suffrages
PETIT (A.). — A propos du « réveil
de la terre arable »
— Sur la nocuité du terreau du fumier.
PETITPAS (J.). — Travail dépensé
dans l'usinage mécanique du bois.
PEYRON. — ■ Voir Alezais et Peyron.
PÉZARD (A.). — Notion de « seuil diffé-
rentiel » et explication humorale
du gynandromorphisme des oi-
seaux bipartis
PHISALIX (Mme Marie). — Animaux
venimeux et venins (imp.)
PICARD (Emile). — Dépose sur le
bureau les « Comptes rendus des
séances de la sixième Conférence
générale des Poids et Mesures » . .
— Présente à l'Académie une bro-
chure intitulée : « Le principe de
relativité et ses applications à
l'Astronomie »
— Élu membre de la commission
chargée de présenter une liste de
candidats à la succession de
M. J. Carpentier, décédé ........
— Présente à l'Académie un résumé des
travaux mathématiques de Ca-
mille Jordan
— Fait partie de la commission des
prix de mathématiques
— id. de mécanique
— id. d'astronomie
— id. de physique
— ■ id. du prix Montyon de statistique.
— id. du prix Binoux
— id. médailles Arago, Lavoisier,
Berthelot
— id. du prix Gustave Roux, Thorlet,
fondations Lannelongue, Trémont,
Gegner, Hirn, Henri Becquerel.
— id. du prix Houllevigue ~
d. du prix Henri de Parville
d. du prix Henry Wilde • • • •
d. de la fondation Jérôme Ponti..
— id. de la question du prix Bordin. .
— Rappelle à l'Académie les remar-
quables qualités scientifiques de
M. R. Benoit, dont M. le Président
vient d'annoncer la mort
PICHARD (Georges). — Voir Rivière
[Gustave] et Georges Pichard.
1807
Pages.
3-36
36-
io33
i369.
5? 9
15:3
89
81
142
649
649
65o
65o
65i
65i
65i
65i
•652
652
652
652
652
1209
i8o8
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages.
nCTET (Amé). — Est élu correspon-
dant pour la section de chimie, en
remplacement de M. Pli.- A. Guye,
décédé it'77
PICTET (Amé) et J.-il. UOSS. — Sur
la polymérisa<-fou de la lévoglu-
cosanc 1 1 1 3
PIERON (Henri). — Loi de la vitesse
d'établissement des processus chro-
matiques fondamentaux en fonc-
tion de l'intensité de l'excitation
lumineuse 19,9/1
PLANIOL {André). — Rendement
organique des moteurs à com-
bustion interne 6G3
— Etudes des pertes par frottements
dans , les moteurs à combustion
interne 860
— Voir Abraham (Henri) et Rei^é
Plan loi.
PLANTEFOL (L.). — Sur la toxicité de
divers phénols nitrés pour le Ste-
rigmatocystis nigra 1 9,3
PLOTZ (Harry). — Contribution à
l'étude de la culture in vitro du
virus de la vaccine 12(3")
POINCET. — Turbines à vapeur (imp.). 89
POIRÉE (.J.). — Précis d'arithmétique
(imp-) «9
POISSON (Raymond). — L'histogenèse
des muscles du vol chez la Ranâtre,
la Nêpe et les Naucorises 770
— Voir Mercier (L.) et Raytnond Poisson .
POLICARD (A.) etM"e JulianaTRIT-
CHKOVITCH. — Sur un méca-
nisme intervenant dans la fixation
des graisses par la glande cortico-
surrénale 960
— Sur la fixation directe des graisses
par les glandes sébacées i364
POMMEREAU (Hervé de). — Sur la
réduction du benzoate d'éthyle et
de quelques autres composés ben-
zéniques par le sodium et l'al-
cool absolu GS'i
POLICARD (A.) et G. MANGENOT. --
Action de la température sur le
chondriome cellulaire. Un crité-
rium physiqiu> des formations mi-
MM. Pages,
tochondriales 64')
— Erratum relatif à cette communica-
tion 716
PONS et REMY. — Sur la coloration
ocre que présentèrent en mars 1922
les neiges du Briançonnais 1482
POPE (Sir William). — Obtient des
suffrages au scrutin pour l'élec-
tion d'un correspondant pour la
section de chimie 1677
POPOFF (Kyrille). — • Sur l'équation
générale du type elliptique 73 1
PORCHER (Ch.). — Voir Lindet (Léon),
M. Beau et Ch. Porcher.
PORTIER (Paul) et Marcel DUVAL.
— Variation de la pression osmo-
tique du sang des Poissons Téléos-
téens d'eau douce sous l'influence
de l'accroissement de salinité de
l'eau ambiante i366
— Variation de la pression osmotique
du sang des Sélaciens sous l'in-
fluence de la modification de la
salinité de l'eau de mer environ-
nante 1 493
POUCHOLLE (A.). — Contribution à
l'étude de la trempe Gi i
POURTEAU. — Voir Baillaud (B.),
Mme Chandon, Pourteau et M^e Mi-
cliaud. f
PRÉVOST (G.). — Détermination des
coefficients dans le développe-
ment en polynômes de Laplace
d'une fonction de deux variables. 672
PROCOPIU (St.). — Sur un effet élec-
tro et niagnéto-optiquc des liquides
qui tiennent des poudres métal-
liques en suspension 1 1 70
PRUVOT- (Mme a.); — Sur un type
nouveau et remarquable de Gym-
nosomes (Laginiopsis n. g.) 696
PRUVOST (P.). — Voir Barrais (Ch.),
P. Pruvost et G. Dubois.
PUISEUX. — Fait partie de la com-
mission des prix d'astronomie. 65o
— id. du prix Victor Raulin 6)2
PUYMALY (A. de). — Reproduction
des Vaucheria par zoospores ami-
boïdes 824
TABLE DES AUTEURS.
1809
Q
MM. Pages.
QUÉNU (Edouard). — Fait partie de
la commission des prix de méde-
cine et de ehirurs'io 65o
MM. Pages.
— id. de physiologie 65 1
— id. du ionds Cliarles Bouchard.... 65 1
R
RABATE (E.). — La destruction des
mauvaises herhcs (imp.) i)i8
— La taille des arbres fruitiers de pleiii
vent (prunier d'ente, reine-claude,
pêcher, pommier) (imp.) 918
RABOT (Charles). — Les régions
polaires pendant la guerre (imp.). 79G
RAMART (Mme) et M. G. ALBESCO.
— Etude de deux propiophé-
nones aa. P[ii-substituées et de
leiu's produits de dédoublement
par l'amidure de sodium 1289
RAMART-LUCAS (M^e). _ Voir Hui-
ler (A.) et Mme Ramart-Lucas.
RANG (Albert). — L(?s ingénieurs
et la guerre. La mobilisation tech-
nique et scientifique (imp.) 728
RANVIER (Louis). — Fait partie de
la commission des prix dana-
tomie et zoologie 65o
— Sa mort est annoncée à l'Aca-
démie 833
— Notice sur sa vie et ses travaux,
par M. Heiuiegiii/ 833
RATEAU (Auguste). — Fait partie de
la commission du prix Gaméré.. 6)2
— Théorie générale du turbo-compres-
seur pour moteurs d'avions. ..... i5ii
— Pressions et poids spécifiques de
l'air en atmosphère normale.... 1598
— Calcul des variations du plafond d uu
aéroplane dues à une variation
de son poids ou à l'emploi d'un
turbo-compresseur 1669
RATHERY (F.). — Voir Desgrez (A.).
H. Bierry et F. Rathery.
— Voir Bierry [H.), F. Rathery et
F. Bordet.
REBOUL (G.). — Sur un nouveau
rayonnement et son application
à l'étude de l'ultraviolet de Milikan
et de Lyman 1 4 5 1
RECOURA (A.). — Sur les nouvelles
propriétés du sullale vert de
chrome 1 460
l'vEICH (René). — Voir Joh iAiulrc)
et René Reicli.
RÉMUUNDOS (Georges-.J.). — Sur
le raccordement des lignes et la
courbe élastique plane )19
— Sur les déformations planes et le
problènie de la poussée des terres. 929
— Sur le problème général de la poussée
des terres i 533
RÉMY. — Voir Pons et Rémy.
RETTERER (Edouard). — Pose sa
candidature à la place vacante,
dans la section d'anatomie et zoo-
logie, par le décès de M. Ranvier . 121 9
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. Ranvier . . . . i583
— Obtient des suffrages 1611
RETTERER (Edouard) et Serge VO-
RONOFF. — La glande génitale
mâle et les glandes endocrines
(imp.) 98«
liEY (Jean). — Portée obtenue par un
phare de grand atterrage avec
optique à réflecteurs métalliques. 289
RIABOUGHINSKI (D.). — Quelques
considérations sur la forme du
solide et l'énergie cinétique du
fluide qui l'entoure 212
— Sur quelques cas de mouvements
plans des fluides autour de solidi s
avec tourbillons i ^-=4
RICHARD (P.-J.). — Théorie mathé-
matique des assurances (imp.).. 43i
RICHE (Attale) et Frédéric ROMAN.
— La montagne de Crussol, étude
stratigraphique et paléontologique
(imp.).' 271
RICHET (Charles). — Fait hommage
à l'Académie d'un ouvrage de
M. L. Bianchi, intitulé : « La méca-
nique du cerveau et la fonction
i8io
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages,
des lobes frontaux » 'ijo
— Présente et fait l'exposé de son
« Traité de Métapsychique ....... 4^9
— Fait partie de la commission des
prix de médecine et de chirurgie. 65o
— id. de physiologie '. 65 1
— id. du fonds Charles Bouchard. ... 65 1
— id. du prix Lallcmand 65 1
— id. du prix Lonchampt 652
RICHET (Charles), Eudoxie BA-
CHRACH et Henrv CARDOT.
— L'accoutumance du fcrnaent
lactique aux poissons (spécificité,
simultanéité et alternance) 3^5
— Études sur la fermentation lactique.
Le souvenir chez les microbes.. 8/|2
RICÔME (H.). — Sur l'élongation des
racines 88o
RIQUIER. — Sur les figures intégrales
singulières des systèmes partiels
du premier ordre auxquels s'ap-
plique la méthode d'intégration de
.Jacobi I '3y2
— Sur les figures intégrales singulières
des systèmes passifs du premier
ordre n'impliquant qu'une seule
fonction inconnue I Si 7
— Sur l'élimination des constantes arbi-
traires i6o4
RIOU (Paul). — Sur la vitesse d'absorp-
tion de l'acide carbonique par les
solutions alcalines 1017, i463
RIVIÈRE. — Voir Clémentt et Rivière.
RIVIÈRE (Gustave) et Geores PI-
CHARD. — La stérilisation par-
tielle du sol 493
RUDOLFS (W.). — Voir Ilelbronner
{Aiulré) et W. Rudoljs.
RUDY (R.). — Voir Gmje (C.-Ë.) et
R. Rudij.
RUEFF (Jacques). — Des sbiences
physiques aux sciences morales
(imp.) 1678
RULLIER (G.). — Voir Fembach (E.)
et G. Rullier.
RUSSO (P.). — Sur la structure du
Trias des régions de Mecknès à
rinnaouen (Maroc septentrional). 229
— Sur la constitution géologique du
territoire des Hauts-Plateaux et
de Figuig (Maroc oriental) 1 188
ROMAN (Frédéric). — Voir Riche
[Attale] et Frédéric Roman.
MM. Pages.
ROSENBLATT (M'^e m.). — Voir Ber-
trand [Gabriel] et M^e M. Rosen-
blalt.
ROSS .{J.-H.). — Voir Pictet [Anié] et
J.-H. Ross.
ROUBAUD (E.). — Sommeil d'hiver
cédant à l'hiver chez les larves et
nymphes de Muscides 964
ROULE (Louis). — Sur un genre
de Poisson abyssal japonais très
rare, nouvellement retrouvé dans
l'Océan Atlantique Nord-Africain. 640
— Sur l'ontogenèse des Poissons Scom-
briformes appartenant à la fa-
mille des Luvaridés 1262
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. Ranvier . . . . i583
ROUSSELOT et A. MARIE. — Sur un
signe auditif de spécificité 79
ROUSSILHE (H.). — Ministère des
régions libérées. Reconstitution
foncière et cadastre. Emploi de
la photographie aérienne aux
levés cadastraux et aux levés géo-
graphiques, (imp.) 85o
^— Sur les applications de la photogra-
phie aérienne et de l'appareil de
photorestitution 863
ROUSSY (B.). — Mesure de la surface
cutanée du cheval 195
ROUX (Emile). — Désigné pour faire
partie du Conseil d'administration
de l'Institut des recherches agro-
nomiquos 89
— Fait piv'tie de la commission des
prix de médecine et de chirurgie. . 65o
— id. de physiologie 65 1
— id. du fonds Charles Bouchard.... 65l
— id. du prix Bordin 65i
— id. du prix Saintour 652
— id. du prix Lonchampt 652
ROY (Louis). — Sur l'Électrodyna-
mique des milieux homogènes et
isotropes en repos 1229
— Sur les actions électromagnétiques
dans un système isotrope i448
ROYER (L.). — Sur l'inversion du
pouvoir rotatoire dans les liquides
anisotropes 1 182
— Voir Friedel [G.) et L. Royer.
RYZIGER (F.). — Voir Galibourg (J.)
et F. Ryziger.
TABLE DES AUTEURS.
l8l I
MM. Pages.
SACERDOTE (Pall) et Pierre LAM-
BERT. — Demandent l'ouver-
ture d'un pli cacheté contenant
une note intitulée : « Nouveau
procédé pour déceler la présence
d'un sous-marin « 1677
SAGNAC (G.). — Les invariants new-
toniens de la matière et de l'énergie
radiante, et l'éther mécanique
des ondes variables , 2g
— La projection de la lumière des
étoiles doubles périodiques et les
oscillations des raies spectrales.. 876
SAILLARD (E.). — Composition des
betteraves sauvages ^11
SAINT-JOHN. — Assiste à une séance
de l'Académie iSog
SALET (P.). — Sur la pression des atmo-
sphères des étoiles et du Soleil.. i5i
SALLES (E.). — Voir Zimment (A.) et
E. Salles.
SALOMON (T.). — Voir Gault (H.) et
T. Salomon.
SAMDAHL (B.). — Voir GledUsch
(Mlle ^;/g,j) et M. B. Samdahl.
SANGUINETTL — Voir Collin (André)
et Sanguinetti.
SARANTOPOULOS (Spiridion). — Sur
un théorème de M. Landau Sqi
— Sur les fonctions croissantes posi;
tives i32o
SARTORY (A.) et L. MOINSON. — Sur
un cas de moniliase bronchique . . 77
SAUGER (Maurice). ^ — Sur une coïnci-
dence remarquable dans la théorie
de la relativité 1002
SAUVAGEAU (C.) et G. DENIGÈS. —
A propos des efïlorescenccs du
Rhodymenia palmata ; présence
d'un xylaiie chez les Algues
floridées 791
SAVORNIN (J.). — Les captures de
rOum er Rebia et l'hydrographie
générale du Moyen-Atlas maro-
cain j3
— ■ Observations stratigraphiques et tec-
toniques à la frontière nord-est
du Maroc 627
SAZERAC (R.) et G. LEVADITL —
Emploi du bismuth dans la pro-
^l'^L Pages,
phylaxio de la syphilis 128
SCHAUMASSE (A.). — Observation de
la comète Skjellcrup (1922 b),
faite à l'équatorial coudé de l'Obser-
vatoire de Nice i333
SCHEIN. — Dualité possible de la
fièvre aphteuse (hypothèse de
travail) 2o4
SCHERESCHEWSKY (Pn.) et Pu.
WEHRLÉ. — La signification
des cirrus dans la prévision du
temps 3x4
SCHINZ (Hans) et A. GUILLAUMIN.
— Nova Calédonia. Recherches
scientifiques en Nouvelle Calé-
donie et aux îles Loyalty : Bota-
nique (imp.) 796
SCHLŒSING (Théophile). — Désigné
pour faire partie du Conseil d'ad-
ministration de l'Institut des
recherches agronomiques 89
— Fait partie de la commission des
prix de chimie 65o
SCHLUMBERGER (C. et M.). — Phé-
nomènes électriques produits par
les gisements métalliques 477
SCHOEP (Alfred). — Sur la dewind-
tite, nouveau minéral radioactif. 623
— Sur la stasite, un minéral nouveau,
dimorphe de la dev^'indtite 873
— La soddite, nouveau minéral radioac-
tif 106G
— Sur la becquerélite, nouveau minéral
radioactif 1240
SCHUSTER (A.). — Adresse le pro-
gramme des travaux de la deu-
xième assemblée générale du
Conseil international des Re-
cherches, qui se tiendra à Bruxelles
du 23 au 29 juillet 1922 . Bjo
SCHWARTZ (A.). — Voir Fournier (L.),
C. Levaditi, A. Nmmrro- Martin et
.1 . Schwartz.
SCHWOERER (Emile)! — Présente à
l'Académie un travail sur la déter-
mination de l'équation séculaii'e de
la Terre dans la théorie d'Arrhé-
nius 88
SEBERT (Hyppolyte). — - Fait partie
de la commission des prix de vak-
l8l2
TABLE DES AUTEURS.
MM.
canitjuc
— id. de navigation
SÉGUIN (Augusti.n). — Sur xine ma-
chine automatique à multiplier.
SÉJOURNÉ (Paul). — Est présenté
en deuxième ligne pour la succes-
sion de M. J. Carpentier
— Obtient des suffrages
SEMICHON (L.). — Sur la composition
des vins de lies et des lies de vin . .
SENDERENS (J.-B.) et .J. ABOULENC
— Préparation catalytique des
cyclohcxanetriols
SERGENT (Edm.) et A. DONATIEN.
— Les stonioxes, propagateurs
de la trypanosomiase des dro-
madaires
SERVICE IIYDROGRAPHinUE DE
LA MARINE. — Carte du sud de
la mer du Nord (inip.)
SEYEWETZ et VIGNAT. — Action
du sulfite de soude sur le nitro-
benzène
SIEGBAIIN (Manne). — Sur le degré
d'exactitude de la loi de Bragg
pour les rayons X
SIMON (L.-J.). — Sur l'oxydation par
les mélanges d'acide siilfurique et
de chromâtes
SOCIEDAD ARGENTINA DE CIEN-
CIAS NATURALES. — Primera
réuni(Jn nacional (imp.)
SOCIÉTÉ DE CHIMIE PHYSIOUE.
— Recueil des procès-verbaux
des communications scientifiques
laites devant la société depuis le
8 décembre 1909 jusqu'au
24 juin 191 4 (iiîp-)
SOLOVINE (Maurice). — Traduction
d'un ouvrage de Sir J. J. Thomson
intitulé : « Électricité et matière
(imp.)
SOLVAY (Ernest). — Sa mort est
annoncée à l'Académie
SOMMELET (Marcel) et Jean
GUIOTH. — Hydrogénation for-
mique des sels quaternaires d'he-
xaméthylènetétramine
SOREAU (R.). — Nomographie et
Pages.
65o
II 31
232
270
"79
61 0
582
2ijG
743
170G
iGi I
-96
4 il
i38'
68-
M M .
traité des abaques (imp.)
SOUÈGES (René). — Embryogénie
des Rosacées. Les premiers stades
du développement de l'embryon
chez le Geuin iirbaniiinh. . 1070,
STEFANESCU (Sabba). — Sur l'impor-
tance pratique et phylogénétique
du talon antérieur (Ta) des mo-
laires des mastodontes et des élé-
phants
— Sur la phylogénie de VElcphas antl-
quus :
STENSIO (Erick a. Son). — ■ Triasic
Eishes from Spitzbergon (imp.).
STOKLASA (J.). — Influence du sélé-
nium et du radium sur la germina-
tion des grains
— Influence du séléniunT sur l'évolution
végétale, en présence ou en l'ab-
sence de radioactivité
STOKVIS (Louis-G.). — Sur les dia-
grammes circulaires des systèmes
triphasés déséquilibrés et la défi-
nition de leur degré de désiquili-
bragc
STOILO^Y. — Sur l'intégrale 'définie et
la mesure des ensembles ........
STORMER (Carl). — Détermination
du champ magnétique extérieur du
Soleil par la structure de la cou-
ronne du Soleil et les cous-
tantes des aurores boréales
STUMPER (Robert). — Le venin des
fourmis, en particulier l'acide for-
mique
— Nouvelles observations sur le veniii
des fourmis
SUDRIA (J.). — Sur une démonstra-
tion et la généralisation du théo-
rème de Menabrea
— Sur la déformation élastique d'un
corps isotrope
SZILARD (B.). — Sur un nouvel élec-
tromètre à index rigide destiné à la
mesure des radiations
— Sur le dosage direct de très faibles
quantités de radium par les
rayons pénétrants
Pages.
142
1197
II 19
12 50
1418
802
1477
66
4i3
1222
1 53 '(
1618
i6g5
TABLE DES AUTEURS.
l8l3
MM.
Pages.
36
TAFFIN. — Le recuit des verres...
— Sur le recuit et les propriétés méca-
niques du verre i 59
TANRET (Georges). — Sur la com-
position chimique de l'Ergot de
Diss et de l'Ergot d'Avoine 827
TARAZONA (I.). — Observation de
l'éclipsé annulaire du Soleil du
27-28 mars 1922, faite à l'Obser-
vatoire astronomique de Valence
(Espagne) ioo4
TERMIER (Pierre). — Fait partie de
la commission des prix de minéra-
logie et géologie 6:)0
— id. du prix Vaillant 65 1
— id. du prix Saintour 652
— id. de la question du grand prix des
sciences physiques 652
— Fait hommage à l'Académie de son
livre « A la gloire de la Terre ». 11 49
— Délégué au xiii^ Congrès géologique
international i446
TERROINE (Émile-F.) et René
WURMSER. — Le rendement
énergétique dans la croissance de
VAspergillus niger i435
THIÉRY (Paul). — Sur la limite du
Rathonien et du Bajocicn en
Lorraine 1 2^3
THOMAS (V.). — Composé organométal-
lique mixte de l'aluminium 464
THOMSON (Sir J.-J.). — Fait hommage
de la traduction de son ouvrage :
« Electricité et Matière » 43i
THOMPSON (W.-R.). — Théorie de
l'action des parasites entomo-
phages. Les formules mathéma-
tiques du parasitisme cyclique.. 1201
— Étude mathématique de l'action des
parasites eutomophages. Durée du
cycle parasitaire et accroissement
de la proportion d'hôtes parasités. i433
— Étude de quelques cas simples de
parasitisme cyclique chez les
MM. Pages.
insectes entomophages i647
THOULET (J.). — Sur les lignes neutres
de sédiments sous-marins côtiers. 63o
— Éruptions volcaniques sous-marines
profondes 1068
— Distribution du calcaire dans les
globisédiments profonds 1^49
TIAN (A.). — Thermostats à enceintes
multiples 1 453
TILHO (.Jean). — Est présenté en
deuxième ligne pour la succession
de M. Alfred Grandidier 336
— Obtient des suffrages 367
TIMMERMANS (Jean), M^e H. VAN
DER HORST et M. H. Kamer-
LiNG ONNES. — Les points de
congélation de liquides organiques
purs comme repères thermomé-
triques aux températures infé-
rieures à 0° C 365
TISSERAND (Eugène). — Fait partie
de la commission du prix Montyon
de statistique ^^ i
TODD (JoHN-L.). — Voir Burt Wol-
bach [S.], John-L. Todd and Fran-
cis-W. Palfrey.
TONI (G.-B. de). — Le piante egli ani-
mali in Leonardo da Vinci (imp.). 1277
TOPORESCU (E.). — Sur la prépara-
tion du bicarbonate de sodium. . 870
TOULON (P.). — Voir Dunoijer (L.) et
P. Toulon.
TOUPLAIN. — Voir Arsom'cd [d'),
Bordas et Touplain.
TRITCHKOVITCH (M^e Juliana).
— Voir Policard {A.) et M^e Ju-
liana Triichkovitch.
TROUSSET (J.). — Les lois de Kepler
et les orbites relativistes 1 160
— Note de M. Painlevé, sur cette com-
munication. . iiGi
TZITZÉICA (G.). — Sur les réseaux de
points i5o
u
UBACn (J.). — Sur les. observations de
l'éclipsé partielle de Soleil du
C. R., 1922, !•• Semestre. (T. l74.)
i^"" octobre 1921, faites à Buenos-
Ayres (République Argentine). .
1I0
804
I.»
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages.
UNIVERSITÉ ROYALE DE PADOUE.
— Invite l'Académie à se faire
■ représenter aux fêtes du septième
centenaire de sa fondation, qui
auront lieu du i4 au 17 mai 1922. 5 16
URBAIN (Georges). — Fait partie
de la commission des prix de
chimie 65o
MM. Pages.
— Les numéros atomiques du néo-
ytterbium, du lutécium et du cel-
tium 1 349
— Voir Boulanger {Ch.) et G. Urbain.
URBAIN (Pierre et Georges). —
Extraction et purification du scan-
dium de la thorveïtite de Mada-
gascar 1 3 1 o
Y
VAGLIANO (M.). — Voir Wollman {E.)
et M. Vagliano.
VALIRON (G.). — Sur les fonctions
entières d'ordre entier io54
— Sur la méthode d'approximation
d'Hermite 1 53o
VALLÉE (H.) et H. CARRÉ. — Sur
l'immunité anti-aphteuse 207
— Sur la pluralité des virus aphteux. 1498
VANDEL (A.). — La spauandrie
(disette de mâles) géographique
chez un Isopode terrestre 1742
VAN DER HORST (M^e IL). — Voir
Timmermans, M"^ //. Van der
Horst et M. //. Kamerliugh
Onnes.
VANEY (Félix). — Sur les polynômes
de Laguerre (imp.) i42
VANEY (Clément) et Jean PELOSSE.
• — Relations entre le sang et la
coloration du cocon chez le Bom-
byx mori 1372
— Origine de la coloration naturelle
de la soie chez le Bombyx mori. i566
VAROPOULOS (Théodore). — Sur
une classe de fonctions croissantes. 89
— Sur un théorème de M. Montel. . . . 272
— Sur quelques théorèmes do M. Borel. i323
VEIL (Mlle C). — Relation entre l'in-
dice de chlore et la teneur en
azote de la terre végétale 3i7
VERGE (J.). — Voir Passinet (L.) et
J. Verge.
VESSIOT (Ernest). — Sur la géo-
métrie conforme des systèmes de
cercles 989
— Sur les surfaces cerclées iioi
— Est présenté en troisième ligne pour
la succession de M. C. Jordan.. io83
— Obtient des suffrages 1398
VIALA (Pierre.). — • Désigné pour faire
partie du Conseil d'administration
de l'Institut des recherches agro-
nomiques 89
VIEILLE (Paul). — Fait partie de la
commission des prix de mécanique. 649
— id. de navigation 65o
— id. du prix Caméré 652
VIENNOT (Pierre). — Le contact
anormal du Elysch nord-pyrénéen
au nord de Saint-Jean-Pied-de-
Port 45
VIGNAT. — Voir Seyewetz et Vignat.
VILA (A.). — Influence de la chaleur
et de quelques dissolvants sur la
viscosité du sérum de cheval.... ii3r
VILLARD (Paul). — Fait partie de la
commission des prix de physique, 65o
— id. de la fondation Jérôme Ponti. 652
VILLAT (Henri): — Sur un problème
nouveau concernant les fonctions
analytiques et la représentation
conforme 656
VILLAUME (M.). — Voir Boutaric [A.)
et M. Villaume.
VILLEDIEU (M. et M^e G.). — Contri-
bution à l'étude des bouillies
cupriques 707
— • Erratum relatif à cette communica-
tion 783
VILLEY (Jean). — Physique élémen-
taire et théories modernes. Molé-
cules et atomes. Etats d'équilibre
et mouvements de la n^atière
(imp-) •• •••• 89
— Voir Courtines (M.) et Jean Villey.
VIOLEE (Jules). \ — Fait partie de la
commission des prix de physique . 65o
— id. du prix Montyon de statistique. 65 1
— id. du prix Iloullcvigue 652
— id. du prix Henry Wilde 652
— - id. du prix Victor Raulin 652
VORONOFF (Serge). — Voir Réitérer
(Edouard) et Serge Voronoff.
TABLE DES AUTEURS.
MM. Pages.
VUILLEMIN (Paul). — Une nouvelle
espèce de Syncephalastrum; affi-
nités de ce genre 986
i8i5
MM. Pages.
— Relations entre les chlamydospores
et les boucles mycéliennes 1148
w
WADDELL. — Assiste à une séance de
' l'Académie 1269
WAHL (A.) G. NORMAND et G. VER-
MEYLEN. — Sur les monochloto-
luènes 946
WALL (Frank). — \Ophidia taproha-
nica or the snakes of Ceylon
(inip.) 272
WALLERANT (Frédéric). — Fait
partie de la commission des prix
de minéralogie et géologie 65o
WARCOLLIER et LE MOAL. — Dis-
pariiton progressive de l'acide sul-
fureux libre dans un jus de pommes
conservé 634
WEBER (A.). — Influence sur le déve-
loppement des œufs d'un Batracien
d'une substance extraite de la fer-
tilisine des œufs d'un Poisson.. 1786
WEHRLÉ (Ph.). — Voir Scheres-
chewsky (Ph.) et Ph. Wehrlé.
WEISS (H.) et P. HENRY. — Influence
de la température sur la vitesse
d'interpénétration des solides . . 292
— Influence du facteur temps sur l'in-
terpénétration des solides par réac-
tion chimique 1421
WELTER (Georges). — Voir Nicloux
[Maurice) et Georges Welter.
WERTHEIMER (E.). — Sur la circu-
lation entéro-hépatique des acides
biliaires , 565
WIDAL (Fernand). — Fait partie de
la commission des prix de méde-
cine et de chirurgie 65o
— id. du fonds Charles] Bouchard.... 65 1
— Réélu membre de la Commission
supérieure des maladies profession-
nelles 85o, 917
WIDAL (Fernand), P. ABRAMI et J.
HUTINEL. — Recherches sur
l'insuffisance protéopexique du
foie dans l'hépatite dysentérique. 35 1
WILKOSZ (Witold). — Sur un point
fondamental de la théorie du
potentiel 435
WOLFF (Mlle N.). —Sur la furfural-a-
méthylcyclohexanone et quelques-
uns de ses dérivés et sur les mono-
et difurfuralcyclohexanones 1469
WOLLMAN (E.). — Voir Cohendy et
E. Wollman.
WOLLMAN (E.) et M. VAGLIANO. —
Influence de l'avitaminose sur la
lactation 1687
WOOG (Paul). — Sur la vitesse d'exten-
sion de couches minces d'huiles à
la surface d'une nappe d'eau. ... 162
WOUSENG (Sung). — Voir Locquin
(R.) et Sung Wouseng.
WURMSER (Mlle). — Sur la prépara-
tion de l'azotate d'ammoniaque. 1466
WURMSER (René). — Voir Terroine
[Emile-F.) et René Wurmser.
z
ZAEPFFEL (Edgar). — Sur le méca-
nisme de l'orientation des feuilles. 119
ZAREMBA (S.). — Sur la conception
relativiste de l'espace i4i6
ZEILLER (René). — Son fils, .
M. Jacques Zeiller fait don de son
portrait à l'Académie 212
ZEILLER (Jacques). — Fait don d'un
portrait de son père, M. René
Zeiller, ancien membre de l'aca-
démie 212
ZIMMERN (A.). — Influence de la tem-
pérature sur la sensibilité des
émulsions en radiographie 45o
ZIMMERN (A.) et E. SALLES. —
Étude spectrographique de dévi-
rage du platinocyanure de baryum
dans l'effet Villard 80
i^^^i:
G
lAI'THIER-VII.I.ARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE DES COMPTES RENDUS DES SEANCES DE L ACADEMIE '"-S 'iClEMCEB.
Paris. — Quai des Grands-Auguslins, 55.
70oi3-23
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